NOTE DE SYNTHĂSE
N° 8
JANVIER 2026
www.chaireunesco-adm.com
POINTS CLĂS
â Ce diagnostic territorial de la prĂ©caritĂ© alimentaire a permis de construire une vision partagĂ©e des enjeux dâaccĂšs de toutes et tous Ă une alimentation de qualitĂ© et de crĂ©er de lâinterconnaissance.
â Dans les deux territoires, une diversitĂ© de rĂ©ponses Ă la prĂ©caritĂ© alimentaire est mise en Ćuvre mais se heurte Ă un manque de coordination et de mutualisation des ressources.
â Plusieurs pistes dâaction ont Ă©tĂ© identifiĂ©es collectivement, portant notamment sur lâĂ©quitĂ© dâaccĂšs Ă lâaide alimentaire, lâamĂ©lioration de la qualitĂ© et la diversitĂ© des denrĂ©es, le soutien Ă de nouvelles formes de solidaritĂ©s alimentaires, le renforcement du portage politique sur le sujet et le dĂ©veloppement de coopĂ©rations entre acteur·ice·s.
Diagnostiquer la précarité alimentaire en milieu rural : une démarche qualitative
dans deux territoires pilotes de lâHĂ©rault
Claire NĂ©el, enseignante-chercheure Ă Avignon UniversitĂ©. Ămeline Tete, chargĂ©e de mission, Chaire Unesco Alimentations du monde, LâInstitut Agro Montpellier.
Marie Walser, chargĂ©e de mission, Chaire Unesco Alimentations du monde, LâInstitut Agro Montpellier.
Dans le cadre du projet dâObservatoire dĂ©partemental des solidaritĂ©s alimentaires de lâHĂ©rault (Obsoalim34 1 ), un diagnostic qualitatif de la prĂ©caritĂ© alimentaire a Ă©tĂ© conduit en 2024-2025 par la Chaire Unesco Alimentations du monde et le Conseil dĂ©partemental de lâHĂ©rault sur deux territoires pilotes : le Grand Pic Saint-Loup et le Gangeois
Les cartographies tirĂ©es de la plateforme numĂ©rique 2 ont permis dâengager les Ă©changes avec les acteur·ice·s de ces territoires hĂ©raultais, autour des problĂ©matiques rencontrĂ©es dans la lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire.
Le diagnostic vise Ă expĂ©rimenter une approche qualitative, afin de mieux apprĂ©hender les situations de prĂ©caritĂ© alimentaire Ă lâĂ©chelle locale et dâapprofondir la comprĂ©hension des enjeux liĂ©s Ă lâaccĂšs Ă lâalimentation. En favorisant la mise en relation entre acteur·ice·s, cette dĂ©marche entend impulser une dynamique commune dans des territoires oĂč la thĂ©matique de la lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire n'a pas Ă©tĂ© investie collectivement, en dĂ©pit d'un fort intĂ©rĂȘt exprimĂ© localement. Enfin, la dĂ©marche ambitionne de tester une mĂ©thode qualitative de diagnostic de prĂ©caritĂ© alimentaire qui soit adaptable et rĂ©plicable sur dâautres territoires. Un rapport dĂ©taillĂ© du diagnostic permet dâapprofondir les constats, les actions engagĂ©es et ressources mobilisĂ©es dans les deux territoires ainsi que les pistes d'amĂ©liorations identifiĂ©es.
1. https://obso-alim.org/
2. https://diagnostic.obso-alim.org


La Chaire Unesco Alimentations du monde dĂ©cloisonne les savoirs sur lâalimentation. La sĂ©rie En Bref ! propose les principaux enseignements tirĂ©s de nos confĂ©rences, publications ou projets de recherche-action. Il sâagit de tester une mĂ©thode qualitative de diagnostic de la prĂ©caritĂ© alimentaire qui soit rĂ©plicable ailleurs
Quelles précarités alimentaires
sur le territoire ?
Lors des entretiens, les acteur·ice·s rencontré·e·s (associations, acteur·ice·s sociaux·ales, communes, etc. voir mĂ©thodologie) ont mis en lumiĂšre une diversitĂ© dâobstacles qui entravent lâaccĂšs Ă lâalimentation pour les personnes en situation de prĂ©caritĂ©.
Le premier frein est dâordre financier. Un fait abondĂ© par la littĂ©rature sur la prĂ©caritĂ© alimentaire. La crise du Covid et lâinflation, entre autres, ont renforcĂ© les difficultĂ©s Ă©conomiques pour un nombre croissant de foyers. Les professionnel·le·s de terrain observent une forme de pĂ©rennisation du recours Ă lâaide alimentaire. La capacitĂ© des mĂ©nages Ă complĂ©ter cette aide par leurs propres moyens tend Ă diminuer, en particulier dans le Gangeois, oĂč les vulnĂ©rabilitĂ©s Ă©conomiques sont plus marquĂ©es que dans le Grand Pic Saint-Loup.
Lâisolement est Ă©galement mentionnĂ© comme facteur aggravant de la prĂ©caritĂ© alimentaire. Certaines catĂ©gories de population particuliĂšrement exposĂ©es (personnes seules, ĂągĂ©es, familles monoparentales) sont surreprĂ©sentĂ©es, notamment dans le Gangeois. Les acteur·ice·s Ă©voquent la perte de plaisir et de convivialitĂ© qui peut contribuer Ă un appauvrissement de lâalimentation. Des freins matĂ©riels et pratiques sont aussi relevĂ©s. Le manque dâĂ©quipements de cuisine limite les possibilitĂ©s de conservation et de prĂ©paration des aliments. Les freins peuvent Ă©galement ĂȘtre culturels. Des personnes en situation de prĂ©caritĂ© nâosent pas frĂ©quenter certains lieux dâapprovisionnements (marchĂ© de producteur·ice·s ou magasin bio, par exemple) par sentiment dâillĂ©gitimitĂ©.
MĂTHODOLOGIE
Le diagnostic sâest dĂ©roulĂ© en plusieurs Ă©tapes, entre fin 2024 et dĂ©but 2025.
1. Un recensement des acteur·ice·s des deux territoires : responsables, salarié·e·s et bĂ©nĂ©voles des structures dâaide alimentaire ou de solidaritĂ©s alimentaires, Ă©lu·e·s des CCAS, travailleurs·euses sociaux·ales, chargé·e·s de mission PAT, Ă©lu·e·s de communes.
2. Une rĂ©union de travail collectif avec les acteur·ice·s pour identifier les contraintes locales en matiĂšre de lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire et les problĂ©matiques autour desquelles structurer ce diagnostic. Puis, des entretiens semi-directifs ont Ă©tĂ© menĂ©s auprĂšs dâassociations, dâacteur·ice·s sociaux·ales, de communes et de communautĂ©s de communes des deux territoires (principalement les acteur·ice·s recensé·e·s lors de lâĂ©tape 1). 19 entretiens ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s ; 8 sur le secteur du Gangeois et 11 sur le Grand Pic Saint-Loup, soit 35 personnes rencontrĂ©es.
3. Une rĂ©union de restitution afin de prĂ©senter les premiers rĂ©sultats et dâapprofondir certaines thĂ©matiques et pistes dâinnovation lors dâateliers.
Ainsi, ce diagnostic a articulĂ© des temps dâenquĂȘte et de co-construction avec les acteur·ice·s du territoire, dâanalyse des ressources complĂ©mentaires transmises par ces acteur·ice·s et de croisement avec des ressources issues de la revue de la littĂ©rature.
Le faible niveau de connaissances et de compĂ©tences des personnes â qui rencontreraient des difficultĂ©s Ă transformer les produits de lâaide alimentaire â est mis en avant, de mĂȘme que le manque dâinformations dans lâaccĂšs aux aides ou de visibilitĂ© de certaines actions.
La dimension rurale des deux territoires renforce certaines difficultĂ©s. En effet, le Gangeois est un territoire mal desservi, qui cumule isolement gĂ©ographique et faible densitĂ© de population. Le Grand Pic Saint-Loup mĂȘle des zones pĂ©riurbaines proches de Montpellier Ă des espaces plus ruraux. Dans ces contextes, la mobilitĂ© constitue un enjeu majeur : la dĂ©pendance Ă la voiture (et les coĂ»ts impliquĂ©s) et la raretĂ© des transports en commun compliquent lâaccĂšs aux services et commerces. Par ailleurs, si les solidaritĂ©s de proximitĂ© (famille, voisinage) peuvent faciliter lâaccĂšs Ă lâalimentation, lâinterconnaissance propre aux milieux ruraux renforce le sentiment de gĂȘne ou de honte Ă demander de lâaide, dâautant plus lorsque les dĂ©marches passent par des Ă©lu·e·s ou agent·e·s municipaux·ales. Les acteur·ice·s consulté·e·s Ă©voquent ainsi un non-recours Ă l'aide alimentaire significatif, bien que difficile Ă quantifier. Dans les deux territoires, des acteur·ice·s publics·iques et associatifs·ives sâorganisent pour lutter contre la prĂ©caritĂ© alimentaire Ă travers une diversitĂ© dâactions. Certaines structures mĂšnent plusieurs de ces activitĂ©s.
LES TERRITOIRES PILOTESÂ :
LE GRAND PIC SAINT-LOUP ETÂ LE GANGEOIS
Le diagnostic a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans la CommunautĂ© de communes (CC) du Grand Pic Saint-Loup, (36 communes) et le Gangeois (9 communes), lequel correspond Ă la partie hĂ©raultaise de la CommunautĂ© de communes des CĂ©vennes gangeoises et sumĂ©noises. Les deux territoires se caractĂ©risent par une grande hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© : la CC du Grand Pic Saint-Loup est plus favorisĂ©e que celle du Gangeois, qui prĂ©sente des indicateurs socio-Ă©conomiques et dĂ©mographiques plus fragiles (la CC des CĂ©vennes gangeoises et sumĂ©noises affiche un taux de pauvretĂ© de 20,7 %, soit plus de six points au-dessus de la moyenne nationale â 14,4 % en 2021 selon lâ INSEE ). Ainsi, le risque de prĂ©caritĂ© alimentaire est plutĂŽt faible dans le Grand Pic Saint-Loup, notamment pour les espaces les plus proches du pĂŽle urbain montpelliĂ©rain. La rĂ©gion du Gangeois se caractĂ©rise par un risque de prĂ©caritĂ© alimentaire modĂ©rĂ© Ă Ă©levĂ©, liĂ© Ă un cumul
de contraintes économiques, sociales et géographiques (faiblesse des revenus, chÎmage important, isolement, etc.).
OBSOALIM 34Â : COMPRENDRE ET ANTICIPER LES ENJEUX DE PRĂCARITĂ ALIMENTAIRE SUR LE TERRITOIRE
Obsoalim34 dĂ©signe lâObservatoire des solidaritĂ©s alimentaires de lâHĂ©rault. LancĂ© en 2023 aprĂšs une phase de prĂ©figuration, il mĂšne aujourdâhui trois missions : recenser les dispositifs de solidaritĂ©s alimentaires sur le territoire, caractĂ©riser les risques de prĂ©caritĂ© alimentaire Ă lâĂ©chelle des communes et de leurs quartiers et mettre en lien les acteur·ice·s locaux·ales investi·e·s dans la lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire. Ce projet est soutenu depuis 2021 par lâĂtat (via la DDETS 34 et la DREETS Occitanie) et le Conseil dĂ©partemental de lâHĂ©rault. Il est co-portĂ© par la Chaire Unesco Alimentations du monde et la FĂ©dĂ©ration des acteurs de la solidaritĂ© Occitanie.
Tableau 1. Descriptif des acteur·ice·s et actions de lutte contre la précarité alimentaire
Type dâaction Acteur·ice·s Fonctionnement
Aides financiĂšres ciblĂ©es sur lâalimentation
Distribution de denrées alimentaires
Distribution de paniers de légumes
Restauration solidaire
Actions de sensibilisation Ă une alimentation durable
Service sociaux départementaux, associations de lutte contre la pauvreté, CCAS
Associations dâaide alimentaire, CCAS
Associations
Associations
Organisations agréées EVS, associations
Distribution de chĂšques dâaccompagnement personnalisĂ©s (CAP) ou de bons alimentaires dont le montant varie selon diffĂ©rents critĂšres (composition familiale, etc.) et qui peuvent ĂȘtre utilisĂ©s dans des commerces conventionnĂ©s
Distribution de colis alimentaire à des horaires et dans des lieux déterminés, avec des denrées provenant majoritairement de la Banque alimentaire
Distribution de « paniers dĂ©couverte » dâune AMAP
Distribution gratuite de lĂ©gumes dâune parcelle collective dâun jardin partagĂ©
Snack végétarien à prix libre et repas suspendus Repas partagés à prix libre
Ateliers cuisine, visite de producteur·ice·s, ateliers de glanage, lectures dâĂ©tiquettes, visites de marchĂ©s, etc.
Leur mise en Ćuvre repose sur la mobilisation de ressources Ă la fois financiĂšres, humaines et matĂ©rielles qui sâarticulent de façon singuliĂšre au sein de chaque structure.
Innover
pour faire face aux enjeux locaux
Rendre lâaccĂšs Ă lâaide alimentaire plus Ă©quitable LâaccĂšs Ă lâaide alimentaire est inĂ©gal sur les deux territoires. Dans le Grand Pic Saint-Loup, lâunique association de distribution est situĂ©e au sud et dans le Gangeois, lâoffre se concentre autour de Ganges. Seuls cinq CCAS proposent une aide, limitĂ©e aux habitant·e·s de leur commune, crĂ©ant ainsi des « zones blanches », parfois aggravĂ©es par des difficultĂ©s de mobilitĂ© des bĂ©nĂ©ficiaires. De plus, les crĂ©neaux de distribution (souvent limitĂ©s par les disponibilitĂ©s de locaux) ne sont pas toujours adaptĂ©s aux contraintes des bĂ©nĂ©ficiaires et des bĂ©nĂ©voles.
Les modalitĂ©s dâaccĂšs aux aides varient dâune structure Ă lâautre, ce qui complique les parcours des personnes et soulĂšve des questions dâĂ©quitĂ©. Par exemple, le seuil du reste Ă vivre (montant restant Ă un mĂ©nage aprĂšs dĂ©duction des charges fixes) donnant droit aux distributions dâaide alimentaire varie entre 7 et 13 euros par jour selon les structures. Par ailleurs, lâĂ©valuation des situations nâest pas toujours rĂ©alisĂ©e par des professionnel·le·s de lâaction sociale (dans les CCAS, les Ă©lu·e·s sont principalement chargé·e·s de lâorientation), ce qui interroge quant Ă la qualitĂ© de lâaccueil.
Enfin, certaines associations (notamment celles qui sâinscrivent dans des formes alternatives dâaide alimentaire) se heurtent Ă des contradictions entre leurs principes dâaction â qui visent Ă engager les adhĂ©rent·es dans la durĂ©e â et les logiques institutionnelles â qui imposent dâalterner les publics bĂ©nĂ©ficiant dâun dispositif donnĂ©. Pour amĂ©liorer la lisibilitĂ© et la coordination des actions, il serait intĂ©ressant de mettre en place un rĂ©seau local dâĂ©change dâinformations.
ModalitĂ©s dâaccĂšs
Situations dâurgence, Ă©valuation de la situation sociale des foyers
Evaluation sociale avec calcul du reste à vivre AccÚs ouvert à tou·te·s avec une participation financiÚre par colis
Orientation dâun·e travailleur·euse social·e aprĂšs calcul du reste Ă vivre
Ăvaluation de la situation des foyers par les bĂ©nĂ©voles de lâassociation
Ouvert à tou·te·s
Variable selon les activités proposées et les structures
La participation peut ĂȘtre libre ou Ă destination dâun public en particulier (adolescent·e·s, allocataires du RSA, etc.)
Tableau 2. Les différentes ressources des acteur·ice·s de solidarités alimentaires
Ressources financiĂšres
Principalement des dons de particuliers et/ou dâentreprises pour certaines associations dâaide alimentaire.
Subventions publiques (inégales selon les associations). Appels à projets (ressources minoritaires et ponctuelles).
Participation financiĂšre des personnes qui peut ĂȘtre symbolique ou constituer le pilier du modĂšle Ă©conomique. Budgets des CCAS (lâaide alimentaire est une part marginale).
Ressources humaines
En grande majorité des bénévoles (principalement des retraité·e·s).
Des Ă©lu·e·s des CCAS. Quelques agent·e·s municipaux·ales (aspects logistiques des distributions dâaide alimentaire). Quelques salarié·e·s pour les associations proposant des formes alternatives dâaide alimentaire.
Ressources matérielles
Locaux (municipaux ou associatifs), permanents ou mis à disposition de façon temporaire.
VĂ©hicules (propres ou prĂȘtĂ©s par les communes/autres structures) Ăquipements pour la conservation et la cuisine. TrĂšs inĂ©gal en fonction des acteur·ice·s.
Dans le Grand Pic Saint-Loup, un projet de Syndicat intercommunal Ă vocation unique (Sivu) vise Ă amĂ©liorer la couverture spatiale en aide alimentaire, via la coopĂ©ration intercommunale, tout en apportant une rĂ©ponse professionnalisĂ©e aux besoins sociaux du territoire. ConcrĂštement, il sâagit de dĂ©finir une politique dâaction sociale Ă lâĂ©chelle dâun groupe de communes et de mutualiser les moyens. Cela via lâembauche dâun.e professionnel·le du travail social et lâĂ©largissement de lâaccĂšs Ă lâaide alimentaire dĂ©jĂ mise en place par le CCAS dâune commune aux habitant·e·s de lâensemble des communes du Sivu.
Diversifier et amĂ©liorer la qualitĂ© des denrĂ©es proposĂ©es LâenquĂȘte corrobore les constats de la littĂ©rature scientifique concernant les denrĂ©es issues de lâaide alimentaire : manque de diversitĂ©, inadĂ©quation avec les besoins des personnes, faible qualitĂ© de certains produits, notamment frais. Pour pallier ces difficultĂ©s, les associations
adoptent diverses stratégies, telles que la régulation des stocks, le tri des produits, le recours à des dons issus de jardins partagés ou privés, ou des achats ponctuels de produits pour compléter les colis de la Banque alimentaire.
Enfin, certains acteur·ice·s souhaiteraient renforcer les partenariats avec des producteur·ice·s, pour proposer des produits frais, de qualité et locaux. Cette dynamique se heurte à plusieurs freins : une offre agricole limitée et peu diversifiée, un manque de lieux de stockage et de temps.
Mieux identifier les difficultés, besoins et attentes des personnes
DâaprĂšs les acteur·ice·s rencontré·e·s, une part consĂ©quente des personnes en situation de prĂ©caritĂ© alimentaire reste invisible. Le non-recours Ă lâaide alimentaire est important, notamment en raison du poids de lâinterconnaissance en milieu rural, qui pousse Ă cacher ses difficultĂ©s. Quant aux actions qui ne relĂšvent pas de lâaide alimentaire en nature (restauration solidaire, ateliers cuisine, etc.), elles sont parfois en dĂ©calage avec les besoins rĂ©els des personnes.
Des initiatives dâ« aller vers » peuvent ĂȘtre mises en place. Une association du Gangeois propose, par exemple, un accueil centrĂ© sur la mixitĂ© sociale, lâaccompagnement progressif et le dĂ©veloppement de rĂ©seaux locaux afin de limiter la stigmatisation. Plus
CONCLUSION
Ce diagnostic a mis en lumiĂšre les rĂ©alitĂ©s territoriales en matiĂšre de prĂ©caritĂ© alimentaire, Ă partir du point de vue des acteur·rice·s impliqué·e·s. Les constats issus de lâenquĂȘte qualitative confirment ceux formulĂ©s dans la littĂ©rature scientifique. La prĂ©caritĂ© alimentaire ne se limite pas Ă un manque dâaccĂšs Ă de la nourriture en quantitĂ© suffisante, mais relĂšve dâun ensemble de dimensions (Ă©conomiques, socio-culturelles, pratiques, spatio-temporelles) qui interagissent. En milieu rural, les difficultĂ©s de mobilitĂ©, le contexte dâinterconnaissance ou encore les faibles densitĂ©s de services, peuvent constituer des obstacles supplĂ©mentaires dans lâaccĂšs Ă lâalimentation des personnes en situation de prĂ©caritĂ©. La dĂ©marche a ainsi favorisĂ© une comprĂ©hension commune des enjeux et permis lâexpression dâun besoin partagĂ© concernant lâidentification des initiatives et ressources existantes. Elle a mis en Ă©vidence le cloisonnement des dispositifs et le manque de reconnaissance de lâaction menĂ©e par certaines structures en matiĂšre de lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire, mais aussi une diversitĂ© de pistes dâinnovation. Enfin, les temps dâĂ©changes proposĂ©s ont contribuĂ© Ă renforcer lâinterconnaissance entre les acteur·rice·s des deux territoires, posant ainsi les jalons dâune dynamique collective Ă construire. La poursuite de cette dynamique nĂ©cessitera non seulement un effort de coordination mais surtout une volontĂ© de coopĂ©ration, laquelle apparaĂźt encore limitĂ©e pour certain·e·s acteur·rice·s.
généralement, la co-construction des activités avec les personnes concernées permettrait de mieux répondre à leurs attentes.
Soutenir les dispositifs complĂ©mentaires Ă Â lâaide alimentaire distributive
La diversitĂ© des enjeux et besoins en matiĂšre de prĂ©caritĂ© alimentaire exige une pluralitĂ© de dispositifs complĂ©mentaires. Dans les deux territoires, des projets dâĂ©piceries sociales et solidaires sont Ă lâĂ©tude, afin dâĂ©largir la gamme des produits, limiter la stigmatisation et crĂ©er des espaces dâĂ©changes conviviaux propices Ă lâaccompagnement social et Ă lâaccĂšs aux droits. Ce type de dispositif nĂ©cessite nĂ©anmoins des locaux adaptĂ©s et des ressources humaines suffisantes. Notre enquĂȘte a rĂ©vĂ©lĂ© lâimportance de co-construire, entre acteur·ice·s locaux·ales, les modalitĂ©s de fonctionnement et de gouvernance de ces lieux, afin de mutualiser les ressources et coordonner les actions.
De plus, les associations qui proposent des activitĂ©s culturelles ou Ă©ducatives sur lâalimentation peinent Ă ĂȘtre reconnues comme actrices de la lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire, en raison dâun cloisonnement institutionnel et dâun manque de financements pĂ©rennes. Elles appellent Ă des partenariats renforcĂ©s avec les collectivitĂ©s, notamment Ă travers des conventions pluriannuelles. Enfin, certains acteur·ice·s souhaiteraient crĂ©er des lieux autour de lâalimentation, afin dâamĂ©liorer la logistique, favoriser la convivialitĂ©, sensibiliser aux enjeux alimentaires et environnementaux et renforcer les liens entre producteur·ice·s locaux·ales et associations.
Renforcer le portage politique dans la lutte contre la précarité alimentaire
Les acteur·ice·s interrogé·e·s ont soulignĂ© un « manque de volontĂ© politique locale » sur la question de la prĂ©caritĂ© alimentaire, quâils/elles expliquent par une mĂ©connaissance des rĂ©alitĂ©s sociales et par le fait que le sujet ne relĂšve pas des compĂ©tences obligatoires des collectivitĂ©s. En lâabsence de chef de file, la thĂ©matique est traitĂ©e de façon marginale.
Certain·e·s voient dans les projets alimentaires territoriaux (PAT) un levier intĂ©ressant pour mettre ces enjeux Ă lâagenda politique. Dans le Grand Pic Saint-Loup, le PAT engagĂ© depuis 2016 reste centrĂ© sur les problĂ©matiques agricoles. NĂ©anmoins, pour se conformer aux nouvelles exigences ministĂ©rielles de labellisation, les porteurs de PAT devront se saisir des objectifs socio-Ă©conomiques de lutte contre la prĂ©caritĂ© alimentaire.
Développer les coopérations entre acteur·ice·s
Le manque de coordination entre acteur·ice·s locaux·ales ressort des entretiens. Fait qui sâexplique en partie par un manque de visibilitĂ© mutuelle, des dĂ©saccords politiques ou difficultĂ©s relationnelles, une mise en concurrence des structures pour leur financement (via des appels Ă projets, par exemple) et lâattachement de certaines communes Ă leurs compĂ©tences sociales. S'ensuivent des doublons dâactions, des difficultĂ©s dâorientation des publics et un Ă©parpillement des ressources.
CrĂ©er des espaces de concertation dĂ©cloisonnĂ©s, rĂ©unissant structures associatives et publiques, semble nĂ©cessaire. Le rapport complet prĂ©sente plusieurs initiatives inspirantes en ce sens, dĂ©jĂ Ă lâĆuvre dans dâautres territoires.