ĂDITO
Une nouvelle indépendance par Zyad Limam

Un soldat français sur la base opérationnelle de Gao.

Maghreb
LE MALI FACE à SON DESTIN Géopolitique
La Tunisie cÎté lumiÚres
ĂlĂ©ments positifs et rĂ©jouissants malgrĂ© une crise multiforme
![]()
ĂDITO
Une nouvelle indépendance par Zyad Limam

Un soldat français sur la base opérationnelle de Gao.

Maghreb
ĂlĂ©ments positifs et rĂ©jouissants malgrĂ© une crise multiforme
La pandémie de Covid-19 doit ouvrir la voie à des changements profonds, à une rupture
avec les modÚles anciens, à une renaissance tournée vers le progrÚs et la jeunesse.
Angélique
Kidjo
« Jâaime la vie simple »

Yamina Benguigui
« RĂ©aliser un film, câest lever un tabou »


Dalila Dalléas
Bouzar « Lâart a toujours fait partie de ma vie »
+ LE DOCUMENT
« Noir ou blanc. Choisis ton camp »
















PAR ZYAD LIMAM
La lutte contre le Covid-19 est loin dâĂȘtre finie, et dans le monde, et tout particuliĂšrement en Afrique. Le continent, qui a su faire preuve de rĂ©silience et de responsabilitĂ© depuis mars 2020, reste phĂ©nomĂ©nalement fragile devant la pandĂ©mie. LâĂ©conomie a Ă©tĂ© touchĂ©e de plein fouet. Une troisiĂšme vague, alimentĂ©e par le variant Delta, est en cours, notamment en Afrique australe et en Afrique de lâEst. De nouveaux variants « africains » peuvent Ă©merger. Le taux de vaccination reste dĂ©sespĂ©rĂ©ment bas : moins d e 2 % d es Africains auront Ă©tĂ© vaccinĂ©s Ă la date de cet Ă©dito. La lutte contre la pandĂ©mie, la lutte pour vacciner au plus vite le plus grand nombre, la lutte pour sĂ©curiser les approvisionnements, mobiliser les ressources internes et externes restent essentielles, primordiales. Le pire danger serait une forme de complaisance, dâun « finalement ce nâest pas si grave », de toute façon « câest une maladie de riches, ou de Blancs⊠».
Une Afrique avec un Covid durablement endĂ©mique se retrouverait sur le cĂŽtĂ© de lâhumanitĂ©, en marge des formidables mutations qui se dessinent.
Tout Ă©vĂ©nement de cette ampleur, guerre massive ou Ă©pidĂ©mie globale, a toujours eu un effet profondĂ©ment transformateur sur lâhumanitĂ©. Le Covid bouleversera nos habitudes de vivre, de vivre ensemble, de travail et de production. Des milliards dâĂȘtres humains ont acceptĂ© et acceptent encore de formidables contraintes dans leur vie quotidienne et intime. De nouveaux modes de communication Ă©mergent. La numĂ©risation va prendre une ampleur encore plus envahissante, pour le meilleur et pour le pire. Psychiquement, notre faiblesse dâĂȘtres humains, la vanitĂ© des frontiĂšres, les limites du modĂšle « capitalistico-technologique » sont apparues, bĂ©antes, dĂ©stabilisatrices. Quelque chose de plus encourageant, qui relĂšve dâune forme encore « fĆtale » de conscience humaine collective, apparaĂźt. Nous sommes tous dans la mĂȘme barque planĂ©taireâŠ
LâAfrique doit sâinscrire dans ce mouvement de changement, de renouvellement. Le Covid a soulignĂ© Ă quel point le modĂšle « postcolonial » Ă©tait rapiĂ©cĂ©, usĂ©. Ă quel point nous avons besoin de modernitĂ©. Ă quel
point nos dĂ©bats politico-politiciens sont dĂ©passĂ©s par le vertige des dĂ©fis auxquels nous devons faire face. Et Ă quel point nous devons construire une vĂ©ritable indĂ©pendance basĂ©e sur la croissance, le dĂ©veloppement, lâaccroissement des richesses collectives, lâinclusivitĂ© sociale, le dĂ©veloppement massif des nouvelles technologies, de lâĂ©ducation, la formation⊠à quel point nous devons trouver la clĂ© de notre indĂ©pendance financiĂšre, en proposant dâabord les bons projets, en pesant plus lourds sur les dĂ©bats stratĂ©giques, en aidant nos entrepreneurs Ă crĂ©er des richesses, en diversifiant nos productions, en ouvrant le marchĂ© intĂ©rieur continental, en gĂ©nĂ©rant des ressources domestiques (avec une imposition juste, voir pages 76-79). Et en luttant contre la fraude, lâĂ©vasion des capitaux, en investissant nous-mĂȘmes, chez nous dans notre avenir.
LâAfrique doit aussi prendre le leadership sur le dĂ©bat essentiel, celui du dĂ©veloppement durable et de la lutte contre le rĂ©chauffement climatique. Nous avons un formidable capital naturel, un trĂ©sor (eau, soleil, forĂȘts, terres arables, espaceâŠ) quâil nous faut Ă la fois protĂ©ger et mettre en valeur. Nous avons un rĂŽle Ă prendre dans cette bataille essentielle pour le futur de lâhumanitĂ©. Une carte Ă jouer. Une proximitĂ© avec notre environnement, sur lequel nous pourrions nous appuyer. Et les sources de financement dans ce domaine sont multiples. Il faut sortir cette question des ministĂšres Ă peine dotĂ©s, des discours convenus, et la placer au cĆur de nos stratĂ©gies de dĂ©veloppement.
Cet effort historique, cette nouvelle indĂ©pendance, cette « renaissance » (pour reprendre un terme Ă la mode il y a dĂ©jĂ une bonne vingtaine dâannĂ©es), ce dĂ©passement collectif, nous le devons Ă cette formidable jeunesse montante, Ă ces centaines de millions de nouveaux Africains, premiĂšres victimes sociales du Covid, en recherche dâune perspective, dâun Ă©lan, pour investir leur Ă©nergie, leur crĂ©ativitĂ©. Les tentations destructrices sont toujours possibles. Alors quâils sont la force de lâAfrique en devenir [Ă lire pages 28-35, notre dossier « Transformons lâAfrique »] â
N°418 JUILLET 2021
3 ĂDITO
Une nouvelle indépendance par Zyad Limam
6 ON EN PARLE
CâEST DE LâART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN El Anatsui en sa Conciergerie
24 PARCOURS
Jean dâAmĂ©rique par Astrid Krivian
27 CâEST COMMENT ? Tourisme Ă domicile par Emmanuelle PontiĂ©
72 LE DOCUMENT
« Noir ou blanc. Choisis ton camp » par Alexandra Fisch
90 VINGT QUESTIONS ĂâŠ
Yousra Mansour par Astrid Krivian
TEMPS FORTS
28 Transformons lâAfrique ! par CĂ©dric Gouverneur et Zyad Limam
36 La Tunisie cÎté lumiÚres par Frida Dahmani
46 Le Mali face à son destin par Cédric Gouverneur
56 Yamina Benguigui : « RĂ©aliser un film, câest lever un tabou » par Astrid Krivian
62 AngĂ©lique Kidjo : « Jâaime la vie simple » par Sophie Rosemont
68 Dalila DallĂ©as Bouzar : « Lâart a toujours fait partie de ma vie » par Fouzia Marouf



P.28




Afrique Magazine est interdit de diffusion en AlgĂ©rie depuis mai 2018. Une dĂ©cision sans aucune justification. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lecture) Ă exercer une mesure de censure dâun autre temps Le maintien de cette interdiction pĂ©nalise nos lecteurs algĂ©riens avant tout, au moment oĂč le pays sâengage dans un grand mouvement de renouvellement. Nos amis algĂ©riens peuvent nous retrouver sur notre site Internet : www.afriquemagazine.com

76 Les Africains nâĂ©chapperont pas Ă lâimpĂŽt
80 Nigeria Air va en fi n pouvoir décoller
81 Le Cameroun sous tension
82 Le Maroc en quĂȘte dâun nouveau souffle
84 CĂŽte dâIvoire : vers la fi n des dĂ©lestages ? par Jean-Michel Meyer
VIVRE MIEUX
86 Vitamines : dĂ©mĂȘler le vrai du faux
87 De la propolis contre le Covid-19
88 Comment bien choisir sa brosse à dents électrique
89 Prise de poids : les impacts sur lâorganisme par Annick Beaucousin et Julie Gilles

FONDĂ EN 1983 (37e ANNĂE)

31, RUE POUSSIN â 75016 PARIS â FRANCE
TĂ©l. : (33) 1 53 84 41 81 â Fax : (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com
Zyad Limam
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION DIRECTEUR DE LA RĂDACTION zlimam@afriquemagazine.com
Assisté de Laurence Limousin llimousin@afriquemagazine.com
RĂDACTION
Emmanuelle Pontié
DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RĂDACTION epontie@afriquemagazine.com
Isabella Meomartini DIRECTRICE ARTISTIQUE imeomartini@afriquemagazine.com
Jessica Binois PREMIĂRE SECRĂTAIRE DE RĂDACTION sr@afriquemagazine.com
Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com
ONT COLLABORĂ Ă CE NUMĂRO
Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Catherine Faye, Alexandra Fisch, Glez, Cédric Gouverneur, Dominique Jouenne, Astrid Krivian, Fouzia Marouf, Jean-Michel Meyer, Luisa Nannipieri, Sophie Rosemont, Arnaud Salvat.
VIVRE MIEUX
Danielle Ben Yahmed RĂDACTRICE EN CHEF avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.
VENTES
EXPORT Laurent Boin
TĂL. : (33) 6Â 87 31Â 88 65
FRANCE Destination Media 66, rue des Cévennes - 75015 Paris
TĂL. : (33) 1Â 56 82Â 12 00
ABONNEMENTS
Com&Com/Afrique Magazine
18-20, av. Ădouard-Herriot
92350 Le Plessis-Robinson
Tél. : (33) 1 40 94 22 22
Fax : (33) 1 40 94 22 32 afriquemagazine@cometcom.fr
COMMUNICATION ET PUBLICITĂ regie@afriquemagazine.com
AM International
31, rue Poussin - 75016 Paris
Tél. : (33) 1 53 84 41 81
Fax : (33) 1Â 53 84Â 41 93
AFRIQUE MAGAZINE EST UN MENSUEL ĂDITĂ PAR
31, rue Poussin - 75016 Paris. SAS au capital de 768 20 0Â euros. PRĂSIDENT : Zyad Limam.
Compogravure : Open Graphic Média, Bagnolet.
Imprimeur : Léonce Deprez, ZI, Secteur du Moulin, 62620 Ruitz
Commission paritaire : 0224 D 85602. DépÎt légal : juillet 2021.
La rĂ©daction nâest pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rĂ©dactionnelles sont donnĂ©es Ă titre dâinformation, sans aucun but publicitaire. La reproduction, mĂȘme partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rĂ©daction. © Afrique Magazine 2021.
Câest maintenant, et câest de lâart, de la culture, de la mode, du design et du voyage


AprĂšs quarante-cinq ans de carriĂšre, lâARTISTE GHANĂEN investit pour la premiĂšre fois Paris avec une exposition personnelle.

IL AURA FALLU ATTENDRE la Saison Africa2020 pour quâEl Anatsui, mondialement respectĂ© et connu, ait sa premiĂšre exposition personnelle en France. Mais son installation au cĆur de lâun des monuments les plus beaux et symboliques de Paris, la Conciergerie, sur invitation du Centre des monuments nationaux, fait presque oublier lâattente. « En quĂȘte de libertĂ© » est une exposition poĂ©tique et intime créée sur mesure pour ce lieu historique. Ses Ă©lĂ©ments entrent en rĂ©sonance avec les voĂ»tes mĂ©diĂ©vales et les grandes cheminĂ©es du lieu, jouant avec la lumiĂšre naturelle et lâĂ©clairage artificiel pour donner vie Ă une atmosphĂšre tamisĂ©e et onirique. Notre regard se pose sur les six sculptures mĂ©talliques, composĂ©es de capsules de bouteilles et de canettes de soda, ou sur les deux riviĂšres qui mĂȘlent textile et projection vidĂ©o, clin dâĆil Ă la Seine. Une installation Ă arpenter et Ă sâapproprier, qui invite Ă mĂ©diter sur le temps qui sâĂ©coule, ou simplement un lieu dans lequel sâimmerger pour se sentir bien et apaisĂ©s. Libres. â Luisa Nannipieri


« EN QUĂTE DE LIBERTà », Conciergerie, Paris (France), jusquâau 14 novembre. paris-conciergerie.fr
Ousmane SembĂšne, Ă gauche, et Samba Gadjigo, Ă droite.
à écouter maintenant !
Cedric Burnside
I Be Trying, Single Lock Records





Le CINĂASTE SĂNĂGALAIS est lâobjet dâun documentaire richement illustrĂ© qui sort en mĂȘme temps que la version restaurĂ©e de son chef-dâĆuvre, Le Mandat.
QUATORZE ANS APRĂS SA DISPARITION, Ousmane SembĂšne reste plus que jamais « le pĂšre du cinĂ©ma africain », expression quâil rĂ©futait par ailleurs. En 2015, un documentaire sĂ©nĂ©galo-amĂ©ricain lui rendait hommage, mais sa diffusion Ă©tait restĂ©e cantonnĂ©e aux festivals. Le voici enfin en salles, Ă lâoccasion de la ressortie en version restaurĂ©e de son classique, Le Mandat, qui nous plonge au cĆur du Dakar de 1968 : dans cette fable tragi-comique, un homme tente dâobtenir auprĂšs de lâadministration le droit de toucher un mandat envoyĂ© par son neveu balayeur Ă Paris â de quoi lâaider Ă nourrir ses sept enfants et ses deux Ă©pouses, quâil prend pour ses domestiques. Un bonheur de mise en scĂšne, aux couleurs flamboyantes. Le documentaire soigne lui aussi sa forme avec dâĂ©lĂ©gantes transitions animĂ©es qui introduisent chaque chapitre retraçant la carriĂšre et lâimpact international de celui qui disait : « Si les Africains ne racontent pas leurs propres histoires, lâAfrique va bientĂŽt disparaĂźtre. » Les deux rĂ©alisateurs (sĂ©nĂ©galais et amĂ©ricain) mĂȘlent archives et tĂ©moignages dans un salutaire et passionnant rappel des faits dâarmes du cinĂ©aste : il Ă©tait contre la colonisation, le racisme, lâexcision, ou les dĂ©rives de la religion musulmane. Sans pour autant oublier les zones dâombre de cet homme au caractĂšre ombrageux⊠PĂšre du cinĂ©ma africain peut-ĂȘtre, mais absent pour ses enfants â mĂȘme si son fils Alain confie finalement devant la camĂ©ra quâil avait fini par devenir comme un ami. â Jean-Marie Chazeau SEMBĂNE ! (SĂ©nĂ©gal, Ătats-Unis), de Samba Gadjigo et Jason Silverman. En salles (et en DVD/Blu-ray pour Le Mandat).


Dâabord connu pour son impressionnant jeu de batterie, Cedric Burnside, petit-fils du lĂ©gendaire bluesman R. L. Burnside et fils du batteur Calvin Jackson, rĂ©invente le Mississippi hill country blues depuis son premier album solo, paru il y a trois ans. Nouvelle dĂ©monstration ici, qui remonte aux racines africaines tout en cultivant des riffs typiquement sudistes⊠Bref, du rythme, de lâĂ©lĂ©gance et une authenticitĂ© palpable !
Fixi & Nicolas Giraud
Tempo Tempo ! A Tony Allen Celebration, La Familia/LâAutre Distribution/Idol


Si le petit-fils de Tony Allen, Tunji, sâest joint Ă lâenregistrement de ce disque hommage, câest quâil connaissait la loyautĂ© de Fixi et de Nicolas Giraud, compagnons du lĂ©gendaire batteur pendant prĂšs de vingt-cinq ans. Câest lui qui les a formĂ©s, et sâils ont chacun ĆuvrĂ© avec dâautres, de Keziah Jones Ă Manu Dibango, ils ont continuĂ© Ă suivre son tempo. AprĂšs sa mort brutale, en avril 2020, ils ont composĂ© autour des enregistrements de ses batteries et invitĂ© Fatai Rolling Dollar, MaĂŻa Barouh ou encore Ayo Nefretiti. Une vĂ©ritable cĂ©lĂ©bration.
Dobet Gnahoré
Couleur, Cumbancha

EnregistrĂ© durant la pandĂ©mie sanitaire de 2020, ce bien nommĂ© Couleur tĂ©moigne de lâĂ©nergie de la chanteuse ivoirienne, couronnĂ©e dâun Grammy Award en 2010, et qui, une fois encore, dĂ©fend la cause des femmes comme celle de la terre africaine. Rythmes relevĂ©s, instrumentation gracieuse, exploration afropop : Dobet GnahorĂ© nâoublie pas dâoĂč elle vient, mais sait renouveler sa grammaire musicale. Une rĂ©ussite. â Sophie Rosemont

Le poĂšte et musicien originaire de TRINIDAD revient avec un album aussi groovy quâengagĂ©.
AM : En quoi la mort de George Floyd a influencé votre opus ?
Anthony Joseph : Si la mort dâun homme noir aux Ătats-Unis Ă©tait chose banale, sa diffusion, massive, ne lâĂ©tait pas. Nuit aprĂšs nuit, des gens descendaient dans la rue, et le mouvement Black Lives Matter a pris une ampleur inattendue et rĂ©confortante. Pour affronter un systĂšme aussi oppressif, il ne faut pas avoir peur dâĂȘtre vindicatif. On ne peut pas nĂ©gocier avec les racistes, qui se nourrissent dâune lutte de pouvoir. LĂ oĂč jâai grandi, Ă Trinidad, tout le monde Ă©tait noir, je nâai donc pas subi le racisme comme dâautres. Au Royaume-Uni, en revanche, jâai dĂ©couvert un racisme institutionnalisĂ©, du systĂšme financier Ă celui des classes. Câest la part la plus violente du capitalisme, et donc de lâindividualisme. Sur « Swing Praxis », vous mettez en lumiĂšre la pluralitĂ© de la musique noire, qui a pu aussi bien ĂȘtre un refuge quâun outil politique⊠Oui, depuis longtemps. Quand on regarde un tableau, on rĂ©flĂ©chit. Mais une chanson te chope immĂ©diatement, câest une forme dâart trĂšs directe⊠La musique a ce pouvoir de fĂ©dĂ©rer les gens. Pas besoin dâĂȘtre noir pour aimer Fela Kuti, par exemple ! Son impact
a Ă©tĂ© musical mais aussi politique, sur le sol amĂ©ricain comme en Afrique. Beaucoup de jeunes artistes apprennent de personnalitĂ©s comme lui, qui brisent les frontiĂšres. En quoi votre Ćuvre tĂ©moigne Ă la fois de lâinfluence du spoken word, façon Gil Scott-Heron, et de la poĂ©sie caribĂ©enne ?


ANTHONY JOSEPH, The Rich Are Only Defeated When Running For Their Lives, Heavenly Sweetness.
Bien que rĂ©volutionnaire, Scott-Heron possĂ©dait une vulnĂ©rabilitĂ©, une sentimentalitĂ© qui a inspirĂ© tout le monde, des poĂštes aux rappeurs. Moi compris, mais je ne lâai dĂ©couvert quâautour de mes 20 ans. Et jâai commencĂ© Ă Ă©crire Ă 12 ! Dans les CaraĂŻbes, nous bĂ©nĂ©ficions dâune grande tradition orale. Parmi ceux qui mâont influencĂ©, il y a Mighty Sparrow, Lord Kitchener, Linton Kwesi Johnson, Mighty Shadow, et beaucoup de reggae men des annĂ©es 1970 comme Big Youth et Leroy Sibbles. Jâai toujours Ă©tĂ© marquĂ© par un personnage griot du carnaval de Trinidad, le Midnight Robber, qui se lance chaque soir dans de complexes et Ă©lĂ©gants discours⊠« Language » rend, elle, hommage au poĂšte jamaĂŻcain Anthony McNeill⊠Comme Edward Kamau Brathwaite, il a essayĂ© de forger une esthĂ©tique panafricaine expĂ©rimentale hors des carcans europĂ©ens. Le principe Ă©tait de dĂ©crire ce quâĂ©tait sa vie dans les CaraĂŻbes, de mettre en valeur la culture noire.
De Frantz Fanon à Aimé Césaire, le langage est un outil précieux⊠Comme dans votre musique, finalement ?
Absolument. Kamau, qui sâĂ©tait fixĂ© pour mission dâĂ©laborer un nĂ©o-crĂ©ole, disait : « OĂč est-on plus esclave que dans le langage ? » On a voulu contrĂŽler la maniĂšre dont on parlait, dont nous Ă©tions nommĂ©s, et aujourdâhui, nous devons pleinement le maĂźtriser. â
Propos recueillis par Sophie Rosemont
MUSIQUE

Nuba Nova est lâoccasion de cĂ©lĂ©brer le talent du maĂźtre du MALOUF ALGĂRIEN rĂ©cemment disparu.
LE 21 SEPTEMBRE 2020, lâun des plus grands reprĂ©sentants du malouf, Hamdi Benani, nous quittait, emportĂ© par le Covid-19. En plus de cinq dĂ©cennies de carriĂšre, il avait rĂ©inventĂ© les codes de cette musique classique algĂ©rienne, notamment en lâhabillant de basse, de batterie et mĂȘme de guitare Ă©lectrique ! Peu avant son dĂ©cĂšs, il avait rencontrĂ© et sympathisĂ© avec lâun de ses compatriotes, le virtuose du oud Ă©lectrique Mehdi Haddab. Ensemble, ils ont enregistrĂ© Nuba Nova, riche de 10 morceaux qui cultivent le patrimoine arabo-andalou tout en lui insufflant une fraĂźcheur contemporaine. Quand le malouf visite pop et blues, ressuscitant la dextĂ©ritĂ© des musiciens dâantan, de Constantine Ă Cordoue⊠câest forcĂ©ment trĂšs beau. â S.R. HAMDI BENANI ET MEHDI HADDAB (AVEC SPEED CARAVAN), Nuba Nova, Buda Musique/Believe/Socadisc.



AprĂšs plus de 30 romans sur le Moyen-Orient, Gilbert SinouĂ© nous emmĂšne au Maroc au XVIIe siĂšcle. ON LE SURNOMME LE ROI-SOLEIL MAROCAIN. Durant son demi-siĂšcle de rĂšgne, cet homme hors du commun a rĂ©ussi lâimpossible : unifier son royaume et Ă©tendre son territoire. Pourtant, en plus de luttes internes, Moulay IsmaĂŻl, sultan et commandeur des croyants, a dĂ» faire face Ă lâhĂ©gĂ©monie de pays europĂ©ens, tels lâEspagne, le Portugal ou lâAngleterre, prĂȘts Ă sâapproprier cette terre. En arabe, on appelle la rĂ©gion « Jzirat al maghreb ». Et en français, lâ« Ăźle du Couchant ». DâoĂč le titre du nouvel ouvrage de lâĂ©crivain et scĂ©nariste franco-Ă©gyptien, dont le talent de conteur ne cesse de mettre en lumiĂšre les hĂ©ros de lâhistoire. Ce premier volume dâune trilogie â qui se terminera en 1912, Ă lâheure du protectorat â dĂ©bute avec lâintronisation de Moulay IsmaĂŻl le 10 avril 1672. Lâhistoire nous est contĂ©e Ă travers le regard dâun Français, Casimir Giordano, mĂ©decin personnel du sultan. Une mise Ă distance efficace. â C.F. GILBERT SINOUĂ, LâĂle du couchant, Gallimard, 304 pages, 20 âŹ


LâĂgyptien Naguib Mahfouz (1911-2006) Ă©tait un Ă©crivain prolifique.
la vie.
LE TITRE DE SON OUVRAGE rappelle le cĂ©lĂšbre voyage dâIbn BattĂ»ta (1304-1368/1377). Mais contrairement Ă lâaudacieux explorateur marocain, Naguib Mahfouz nâa pas bougĂ© du Caire. Le Voyage dâIbn Fattouma est un voyage intĂ©rieur, dans le temps, Ă travers les pĂ©rĂ©grinations de son hĂ©ros fictif, depuis les premiĂšres civilisations jusquâĂ lâĂ©poque contemporaine. Musulman rĂ©voltĂ© par la corruption qui rĂšgne dans son pays et encouragĂ© par son prĂ©cepteur et maĂźtre spirituel, Ibn Fattouma dĂ©cide de partir Ă la recherche dâune citĂ© lointaine rĂ©putĂ©e vertueuse, DĂąr al-Gabal, la Demeure de la Montagne. Personne ne lâa encore visitĂ©e. DĂšs lors, embarquĂ© dans une caravane de commerçants, il entreprend un long pĂ©riple Ă travers cinq pays. Chaque Ătat traversĂ© figurant une Ă©tape de lâhistoire de lâhumanitĂ©, en mĂȘme temps quâun systĂšme social, et symbolisant la libertĂ©, le capitalisme ou encore lâoppression. « Que cherches-tu voyageur ? Quels sentiments bouillonnent-ils en toi ? », Ă©crit lâauteur de plus de 50 romans et recueils de nouvelles et prix Nobel de littĂ©rature en 1988. Au-delĂ de lâidentification et du dĂ©doublement de lâĂȘtre, il y a indĂ©niablement une intention de confĂ©rer Ă ce court roman non seulement une dimension didactique, philosophique et religieuse, mais Ă©galement une portĂ©e sociologique. Sans oublier dâinterroger les rĂȘves que chacun porte en soi. « Que cherche lâĂȘtre humain ? Est-ce le mĂȘme rĂȘve ou y a-t-il autant de rĂȘves que de contrĂ©es et de patries ? La perfection se trouve-t-elle vraiment Ă DĂąr al-Gabal ? » Il est passionnant de cheminer dans les contrĂ©es intimes de lâenfant de KhĂąn al-Khalili, quartier populaire du vieux Caire, devenu monstre sacrĂ© de la littĂ©rature. Ici, lâĂ©crivain aux lunettes noires, auteur des mĂ©morables Impasse des deux palais, Le Jardin du passĂ© ou encore La Belle du Caire, propose une fable existentielle. Loin des descriptions de la vie cairote, truffĂ©es de satire politique et de personnages truculents, il nous mĂšne sur le chemin dâune rĂ©flexion sans fin. â C.F. NAGUIB MAHFOUZ, Le Voyage dâIbn Fattouma, Actes Sud, 144 pages, 16 âŹ
Le destin hors du commun dâun individu a priori ordinaire, plongĂ© dans la tourmente de lâhistoire contemporaine. QUI SAVAIT que le commandant Massoud avait eu un garde du corps russe ? Lâhistoire est suffisamment surprenante pour que Jean-Pierre PĂ©cau nous entraĂźne sur les traces de ce soldat de lâex-URSS en pleine guerre dâAfghanistan. NikolaĂŻ Bystrov, rĂ©quisitionnĂ© en 1983, Ă 19 ans, intĂšgre les forces spĂ©ciales et devient un redoutable tireur dâĂ©lite. Lors dâune patrouille dans un village, il tombe dans une embuscade, est fait prisonnier par les moudjahidines, puis vendu aux hommes de Massoud. Au fil des jours, il Ă©pouse la cause afghane et gagne la confiance du chef, au point de devenir lâun de ses fidĂšles et son garde du corps dĂ©vouĂ©, lui sauvant la vie Ă plusieurs reprises. Une aventure humaine hors du commun, portĂ©e par un rĂ©cit documentĂ©. OĂč lâĂąpretĂ© des paysages et les atrocitĂ©s de la guĂ©rilla renforcent la singularitĂ© de deux personnalitĂ©s que tout semble opposer. En apparence. â C.F.







JEAN-PIERRE PĂCAU ET RENATO ARLEM, Le Garde du corps de Massoud, Delcourt, 60 pages, 15,50 âŹ
BEAU LIVRE
Une ode aux agrumes, pour cĂ©lĂ©brer lâĂ©tĂ© et lâimpĂ©tuositĂ© dâun horticulteur amateur. TOUT COMMENCE avec J. C. Volkamer (1644-1720), marchand de Nuremberg fou dâagrumes. Il fait ainsi venir des plants dâItalie, dâAfrique du Nord et du Cap de Bonne-EspĂ©rance. Citrons, cĂ©drats, bergamotes, rien ne manque Ă ce festival botanique. Il ne sâarrĂȘte pas lĂ et commande Ă une Ă©quipe de graveurs sur cuivre 256 planches de 170 espĂšces pour illustrer un traitĂ© en deux volumes. Trois siĂšcles plus tard, Taschen livre un ouvrage Ă couper le souffle, publiĂ© Ă 5 000 exemplaires. Sous la couverture en tissu imprimĂ©, gravures Ă©clatantes, reproductions rares colorĂ©es Ă la main et narration captivante ravivent une Ă©poque oĂč ces fruits doux-amers Ă©taient vraiment exotiques. Un tĂ©moignage sensuel et historique sur leur arrivĂ©e dans le nord des Alpes. â C.F. J. C. VOLKAMER, The Book of Citrus Fruits, Taschen, 384 pages, 125 âŹ

night-club,



Le premier numéro, avec en couverture les Lutteurs, du sculpteur sénégalais Ousmane Sow.
« REVUE NOIRE : UNE HISTOIRE DâARTS CONTEMPORAINS AFRICAINS », Les Abattoirs, Toulouse (France), jusquâau 29 aoĂ»t. lesabattoirs.org

Une sĂ©lection dâĆuvres et un panorama de 300 photographies, en Ă©cho aux 34 numĂ©ros de lâaudacieuse REVUE NOIRE, publiĂ©e de 1991 Ă 2000.

DĂS LE PREMIER NUMĂRO, paru le 1er mai 1991, avec en couverture les Lutteurs, du sculpteur Ousmane Sow, le trimestriel audacieux Revue noire, publiĂ© en français et en anglais, et diffusĂ© en Europe, en Afrique, en AmĂ©rique et en Asie, crĂ©e le buzz. Un pari fou pour rendre compte de la modernitĂ© et de la crĂ©ativitĂ© du continent et dĂ©passer les notions de post-colonialisme. Câest cette mĂȘme sculpture de lâartiste sĂ©nĂ©galais qui accueille trente ans plus tard les visiteurs Ă lâentrĂ©e des Abattoirs. Lâobjectif de lâexposition ? Faire (re)dĂ©couvrir une scĂšne artistique foisonnante, riche et pluridisciplinaire, dâAlex Agbaglo Acolatse Ă HervĂ© Yamguen, en passant par Samuel Fosso ou Seydou KeĂŻta. En mixant des crĂ©ations signĂ©es de plasticiens connus du grand public et dâautres dâartistes plus confidentiels, comme le Mauricien Ennri Kums. Une maniĂšre de prendre le relais de la revue iconique, disparue en 2000. Car, bien plus quâune publication, celle-ci rĂ©vĂ©la une reprĂ©sentation artistique peu connue en Occident et touchant toutes les formes dâexpressions. â C.F.
PORTRAIT
Ă 35 ans, cet artiste
PLURIDISCIPLINAIRE redonne du souffle à la création.

LES CONFINEMENTS successifs nâauront pas eu raison de lui. Jamais il nâa cessĂ© de se rĂ©pĂ©ter la maxime de la prodigieuse chorĂ©graphe Pina Bausch : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus. » PortĂ© par cette Ă©nergie, en pleine pandĂ©mie, le jeune metteur en scĂšne a postĂ© sur Instagram une vidĂ©o, devenue virale, montrant des danseurs en mouvement, chacun depuis chez soi. Il ne sâattendait pas Ă ce que cette publication lâamĂšne si loin.
Joint par la directrice de la danse de lâOpĂ©ra national de Paris, AurĂ©lie
Dupont, Mehdi Kerkouche, venu du monde du hip-hop, a Ă©tĂ© invitĂ© Ă signer une piĂšce pour la compagnie lĂ©gendaire. Un rĂȘve dâenfant. Qui a germĂ© en banlieue parisienne, dans une famille algĂ©rienne, oĂč sa mĂšre, voyant en lui une volontĂ© singuliĂšre, lui a donnĂ© les moyens de se rĂ©aliser. Son parcours est fulgurant. Du cinĂ©ma aux dĂ©filĂ©s, en passant par la publicitĂ©, il coache des artistes de tous horizons, comme Christine and the Queens. Et gĂšre les mises en scĂšne de grands Ă©vĂ©nements culturels. En 2017, il monte la compagnie EMKA, pour laquelle il chorĂ©graphie Dabkeh, du nom dâune danse traditionnelle au Moyen-Orient, quâil dĂ©structure en mode hip-hop. Aujourdâhui, que ce soit Ă lâopĂ©ra ou sur les rĂ©seaux sociaux, ce passeur, influencĂ© par ses origines berbĂšres, crĂ©e des ponts entre danse contemporaine et ballet classique. â C.F.





Dans son deuxiĂšme long-mĂ©trage, HAFSIA HERZI fait le portrait lumineux dâune mĂšre maghrĂ©bine des quartiers nord de Marseille.
« LES ENFANTS, ils nous bouffent notre vie », confie Nora, qui abrite sa famille dans une citĂ© HLM marseillaise dĂ©glinguĂ©e. Plus de mari, un grand fils en prison, un autre collĂ© Ă ses jeux vidĂ©o, une fille avec un enfant, une belle-fille et son ado⊠Pour nourrir tout ce petit monde, Nora part Ă lâaube Ă lâaĂ©roport pour nettoyer des avions, puis sâoccupe dâune vieille dame et de sa maison. Mais la chronique nâest pas misĂ©rabiliste. DerriĂšre la camĂ©ra, Hafsia Herzi est en immersion dans un milieu quâelle connaĂźt bien. Comme dans son premier film en tant que rĂ©alisatrice (Tu mĂ©rites un amour, en 2019) et ceux dâAbdellatif Kechiche (qui lâa fait jouer dans La Graine et le Mulet, en 2007), les dialogues assurent le spectacle. Accent marseillais, embrouilles : ça se coupe la parole, ça rit, ça sâengueule⊠Avec au centre, cette femme droite et bienveillante


DerriĂšre la camĂ©ra, lâactrice est en immersion dans un milieu quâelle connaĂźt bien.

qui, comme pour les autres personnages, nâest pas incarnĂ©e par une comĂ©dienne professionnelle. Authentique, sa douceur mĂ©lancolique mais dĂ©terminĂ©e rayonne. Un superbe hommage Ă bien des mamans. â J.-M.C.
BONNE MĂRE (France), dâHafsia Herzi. Avec Halima Benhamed, Sabrina Benhamed, Justine GrĂ©gory. En salles.
Deux chances (sur 24) pour le continent cette annĂ©e, sous le regard du jury de Spike Lee ! HUIT ANS aprĂšs Grigris, le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun retrouve la compĂ©tition officielle avec Lingui, et Nabil Ayouch concourt pour la premiĂšre fois pour la Palme dâor avec Haut et fort â le dernier film marocain en compĂ©tition remontant Ă 1962 ! Cannes se donne aussi une touche Ă©colo avec le docu dâAĂŻssa MaĂŻga rĂ©alisĂ© au Niger : Marcher sur lâeau. Ă noter dans les sĂ©lections parallĂšles, La Femme du fossoyeur, tournĂ© Ă Djibouti par le Finlandais Khadar Ayderus Ahmed (nĂ© Ă Mogadiscio) est sĂ©lectionnĂ© dans la Semaine de la critique, laquelle sera clĂŽturĂ©e par le nouveau film de la Tunisienne Leyla Bouzid : Une histoire dâamour et de dĂ©sir. Comme une dĂ©finition du cinĂ©ma. â J.-M.C.
74E FESTIVAL DE CANNES (France), du 6 au 17Â juillet. festival-cannes.com

RâNâB
Son premier album, Deadpan Love, démontre UN TALENT qui sait jongler entre musique et comédie, scÚne indie et mainstream. à suivre !
CE NâEST QUE SON PREMIER ALBUM studio, et pourtant il est dĂ©jĂ trĂšs attendu. Ă son compteur, plus de 100 000 disques vendus et 200 millions de streams. Not bad⊠NĂ© Joshua Karpeh il y a vingt-huit ans dans lâOhio, ce chanteur Ă la voix haut perchĂ©e et multi-instrumentiste accompli (dâabord flĂ»tiste) sâest fait remarquer sur la scĂšne de Brooklyn avec une poignĂ©e dâEP. Ils ont attirĂ© lâattention de Taylor Swift ou de John Mayer, qui lui ont demandĂ© de lâaide. Sur ce trĂšs rĂ©ussi Deadpan Love, Cautious Clay collabore avec la crĂšme des songwriters anglo-saxons, de Tobias Jesso Jr. Ă Daniel Nigro, en passant par Ammar Malik, et propose un duo au rappeur de Chicago Saba. De « High Risk Travel » à « Bump Stock », les 14 titres cultivent un RânâB dont les Ă©chos hip-hop ne dĂ©rangent guĂšre la richesse instrumentale et sa recherche sonore. â S.R. CAUTIOUS CLAY, Deadpan Love, The Orchard.
Le MONTREUX JAZZ FESTIVAL édite des live emblématiques de sa programmation. Honneur aux dames avec deux reines de la musique noire américaine.


CâEST AVEC LE LABEL BMG que le cĂ©lĂšbre festival suisse lance la collection de disques « The Montreux Years », afin de faire valoir un corpus exceptionnel de performances scĂ©niques. Nina Simone y a jouĂ© cinq fois entre 1968 et 1990, et y a repris « Ne me quitte pas » ou « No Woman No Cry », incarnĂ© avec lâengagement quâon lui connaĂźt. Câest Ă©galement sur trois dĂ©cennies quâEtta James est montĂ©e sur la scĂšne de Montreux : son premier passage, en 1975, Ă©tait aussi sa premiĂšre apparition europĂ©enne. Des frissons dans le dos quand on Ă©coute « Iâd Rather Go Blind »⊠Nina et Etta : deux voix de diamant, des Ă©nergies Ă©lectriques et des idoles pour les gĂ©nĂ©rations de chanteuses qui ont suivi. â S.R.
Nina Simone : The Montreux Years et Etta James : The Montreux Years, BMG/Montreux Jazz Festival.

Ci-contre, Au bord du réel, Jean-Christian Bourcart.
Ci-dessous, Vigne, Ketuta Alexi-Meskhishvili, 2021 (série Ornements géorgiens).




« LES RENCONTRES
DâARLES » (France), jusquâau 26 septembre. rencontres-arles.com/fr
Ci-dessus, Nyadhour, Elevated, Dana Scruggs, Vallée de la Mo rt, Californie, 2019.
Ci-contre, Shaun Oliver, Pieter Hugo, Le Cap, 2011 (série Kin)



PHOTOS
Une INVITATION AU VOYAGE et un rendez-vous incontournable, qui sâinscrit dans le cadre de la Saison Africa2020.
SI LâĂDITION 2020 des Rencontres dâArles nâa pu se tenir, cet observatoire privilĂ©giĂ© de la crĂ©ation photographique sera, en 2021, composĂ© dâune vingtaine dâexpositions dans la ville et plusieurs lieux de la rĂ©gion Provence-Alpes-CĂŽte dâAzur. Reflet des Ă©volutions sociĂ©tales que cet art nâa de cesse de documenter, il met en lumiĂšre, cette annĂ©e, les questions de genres et dâidentitĂ©s. Une rĂ©flexion sur la reprĂ©sentation est abordĂ©e par lâexposition « The New Black Vanguard », qui cĂ©lĂšbre celle des corps noirs dans leur diversitĂ©, Ă la croisĂ©e de lâhybridation des disciplines entre art, mode et culture. Expressions et constructions individuelles et collectives, regards multiples sur le monde trouvent Ă©galement un Ă©cho dans lâintrospection Ă laquelle se livre le Sud-Africain Pieter Hugo dans lâexpo « Ătre prĂ©sent ». Des regards venus dâAfrique, mais aussi du Soudan, du Chili, et dâailleurs. â C.F.

Tahar Rahim est trÚs juste dans ce rÎle éprouvant.
Un film grand public qui rend justice Ă un Mauritanien torturĂ© et enfermĂ© Ă tort durant quatorze ans dans les GEĂLES DE LâARMĂE AMĂRICAINE Ă Cuba.
THE MAURITANIAN (titre original de ce thriller trĂšs politique), câest Mohamedou Ould Salahi. Deux mois aprĂšs le 11 septembre 2001, soupçonnĂ© dâappartenir Ă Al-QaĂŻda et dâavoir commanditĂ© lâattentat contre le World Trade Center, il est arrĂȘtĂ© dans sa famille (les scĂšnes ont rĂ©ellement Ă©tĂ© tournĂ©es Ă Nouakchott), puis transfĂ©rĂ© en Jordanie, en Afghanistan, et au camp de GuantĂĄnamo, Ă Cuba. Il nâa aucun lien avec les islamistes mais sera torturĂ© Ă tel point quâil avouera tout ce quâon lui dira⊠Tahar Rahim, dans ce rĂŽle Ă©prouvant, donne toute la mesure de la sensibilitĂ©, lâhumilitĂ© et lâhumour de cet homme, dont on dĂ©couvre le vrai visage lors du gĂ©nĂ©rique de fin, souriant et chantant en Ă©coutant du Bob Dylan ! Car Mohamedou Ould Salahi, innocent, est sorti de cette Ă©preuve de quatorze ans sans perdre son humanitĂ©, quand, face Ă lui, tout Ă©tait fait pour la nier. GrĂące Ă sa force de caractĂšre, sa foi, son recours Ă lâĂ©criture et lâaide dâune avocate amĂ©ricaine

(Jodie Foster, implacable), dĂ©terminĂ©e Ă dĂ©noncer une dĂ©tention illĂ©gitime. CĂŽtĂ© Pentagone, câest un militaire chrĂ©tien conservateur qui va peu Ă peu comprendre que ses aveux ont Ă©tĂ© obtenus sous la torture et ne valent rien. Mais George W. Bush et Donald Rumsfeld veulent un coupable. LâarmĂ©e ne reconnaĂźtra jamais son erreur, mĂȘme sous Barack Obama. On pĂ©nĂštre ainsi au cĆur dâune justice dâexception, dans la base amĂ©ricaine de GuantĂĄnamo (reconstituĂ©e en Afrique du Sud).
RĂ©alisĂ© par le Britannique Kevin Macdonald â dont le biopic sur le dictateur ougandais Idi Amin Dada, Le Dernier Roi dâĂcosse, avait valu un oscar Ă Forest Whitaker â, ce film dĂ©nonce efficacement les reniements de la dĂ©mocratie amĂ©ricaine. Pour mieux souligner lâextraordinaire personnalitĂ© dâun Mauritanien qui a tout pardonnĂ©. â J.-M.C. DĂSIGNĂ COUPABLE (Royaume-Uni), de Kevin Macdonald. Avec Tahar Rahim, Jodie Foster, Benedict Cumberbatch. En salles.

Ce journaliste sĂ©nĂ©galais sort son premier film, Le PĂšre de Nafi, qui raconte lâaffront entre deux frĂšres dans un village en proie Ă lâextrĂ©misme religieux. Un regard empreint de justesse sur la complexitĂ© des liens familiaux, lâinstrumentalisation de la foi, les aspirations de la jeunesse.
AM : Comment avez-vous imaginĂ© cette histoire familiale, au sein dâun village menacĂ© par le fondamentalisme ?
Mamadou Dia : En tant que journaliste, jâai fait face Ă lâextrĂ©misme religieux lors de mes reportages au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria⊠Tous ces pays ont Ă©tĂ© pris de court. Pourtant, en regardant de plus prĂšs, on observait des signes avant-coureurs, mais ils nâont pas Ă©tĂ© relayĂ©s, considĂ©rĂ©s : des institutions religieuses au financement opaque sortaient de terre, le comportement et le langage des personnes changeaient, lâinterdiction de la musique, du football⊠Mais tant que les extrĂ©mistes ne nous atteignent pas directement, on se croit Ă lâabri. Au SĂ©nĂ©gal, les mariages dits communautaires, qui unissent deux familles, ont encore cours. Le clan familial joue un rĂŽle trĂšs important, la communautĂ© doit se souder. Donc quand elle est touchĂ©e, tout change dans le pays. Je me suis demandĂ© quelle serait lâissue si un extrĂ©miste essayait de corrompre ce lien. Pour imposer sa doctrine, mon personnage, Ousmane, profite du manque dâaction de lâĂtat dans lâintĂ©rieur du pays, de son discrĂ©dit auprĂšs de la population. Il nâest jamais filmĂ© comme un danger. Souvent, on pense que la menace vient de lâextĂ©rieur, des Ă©trangers, des migrants⊠Or, ici, il est au cĆur de la famille. La violence nâest pas seulement visible, graphique : elle est aussi dans ces plans oĂč les protagonistes sont cernĂ©s, leurs visages emprisonnĂ©s dans un cercle vicieux. Vous venez du journalisme. Pourquoi avoir choisi la fiction pour aborder ce thĂšme ?
la libertĂ© de se projeter, de dĂ©peindre une menace qui nâest pas encore tangible dans le rĂ©el. Elle voyage beaucoup plus que les actualitĂ©s et ouvre des dĂ©bats. CâĂ©tait important dâancrer lâhistoire Ă Matam, mon village natal. AprĂšs la projection lĂ -bas, nous avons longuement Ă©changĂ© avec le public. OĂč avez-vous appris le mĂ©tier de rĂ©alisateur ?

Jâai Ă©tudiĂ© Ă la Tisch School of the Arts, Ă New York. Jâai appris quâun cinĂ©aste doit maĂźtriser la technique, savoir quel objectif utiliser, quelle valeur de plan, quel grain dâimage⊠Jâadore ! Ma classe rĂ©unissait plus de 20 nationalitĂ©s diffĂ©rentes : tant dâhistoires, dâexpĂ©riences Ă raconter ! Ces divers regards sur mes productions Ă©taient trĂšs constructifs. Je me suis constituĂ© ma bande dâamis, avec qui je travaille depuis : mon chef opĂ©rateur, mon monteur, mon producteur. Ătre dans un lieu oĂč les gens rĂȘvent de cinĂ©ma est essentiel. Câest ce qui manque parfois. Le SĂ©nĂ©gal regorge de talents, mais il est trĂšs difficile dâobtenir les financements, le soutien. MĂȘme si plusieurs projets voient le jour, tel le Centre Yennenga, dĂ©diĂ© au cinĂ©ma, créé par le rĂ©alisateur Alain Gomis. Que vous a conseillĂ© Spike Lee, lâun de vos professeurs ?
En gĂ©nĂ©ral, les mĂ©dias jouent sur les attentes du public. Jâai travaillĂ© pour des agences de presse : certaines ne sâintĂ©ressent quâaux sujets nĂ©gatifs (coups dâĂtat, Ă©pidĂ©miesâŠ), dâautres aux success-stories uniquement. Or, les choses sont plus nuancĂ©es, et la fiction permet cet angle. Elle donne
De ne jamais puiser dans mes Ă©conomies pour produire un film. Mais mĂȘme sâil a raison, je nâai pas le luxe de suivre cette rĂšgle ! Malcolm X est le premier film que jâai vu, enfant, sur grand Ă©cran â un drap blanc accrochĂ© au mur de lâĂ©cole. Jâai alors pris conscience de lâexistence du rĂ©alisateur derriĂšre la toile. Je lui ai racontĂ© cette anecdote, et il mâa donnĂ© lâautorisation dâutiliser les voix et lâaffiche de son Ćuvre pour mon court-mĂ©trage
Samedi CinĂ©ma. Nous avons des affinitĂ©s, il est trĂšs gentil, entier, direct. Un jour, dĂ©couragĂ©, je lui ai dit : « Câest trĂšs difficile de faire des films ! » Il mâa rĂ©pondu : « Mais quâest-ce qui est facile ? » â Propos recueillis par Astrid Krivian

Ă 31 ans, lâAmĂ©ricano-ZimbabwĂ©enne sort son premier ALBUM au titre Ă©loquent.
CâEST ALICIA KEYS qui lâa remarquĂ©e lorsquâelle Ă©tait Ă©tudiante Ă lâuniversitĂ© Stanford. Puis Jessie Ware ou Yuna ont fait appel Ă ses talents de songwriteuse. Aujourdâhui, Alexandra Govere, alias Shungudzo, sort un premier album remarquablement orchestrĂ© et chantĂ©, et sâimpose comme une folkeuse contemporaine : « Et pourtant, Ă cause de la couleur de ma peau, jâai dĂ» me battre pour que lâon lâaccepte ! Ma mĂšre, qui a grandi en AmĂ©rique, adore la musique folk. Des artistes comme Bob Dylan, Crosby, Stills, Nash and Young ou encore Tracy Chapman ont Ă©tĂ© mes premiers amours, pour leur engagement liĂ© Ă leur poĂ©sie. » Ainsi, sa musique est « sociopolitique », singuliĂšre et engagĂ©e : « Quâils soient contre le gouvernement, la mĂ©tĂ©o, leurs partenaires amoureux, leurs corps qui se dĂ©tĂ©riorent dans le miroir, les humains sont intrinsĂšquement des protestataires, explique-t-elle. La plupart dâentre nous sont mĂȘme nĂ©s en pleurant ! Cela effraie presque les gens de sâaffirmer activistes, alors que câest lâune des choses les plus naturelles que nous puissions faire. » DâoĂč Iâm Not A Mother, But I Have Children, un album nourri de protest songs, qui rappelle Ă quel point nos vies valent plus que ce que nous proposent nos gouvernements. NĂ©e Ă Hawaii en 1990, Shungudzo a grandi entre deux continents, lâAfrique et lâAmĂ©rique du Nord, et a cofondĂ© jeune adolescente une association venant en aide aux enfants orphelins Ă cause du sida. En 1999, elle a Ă©tĂ© la premiĂšre gymnaste noire Ă reprĂ©senter le Zimbabwe aux All-Africa Games. Une expĂ©rience qui lâinfluence encore en tant quâartiste : « Jây ai vĂ©cu la concurrence et le racisme, mais le sport mâa appris la discipline et la volontĂ© de persister malgrĂ© les Ă©checs. Ă la fois dans lâart et dans la vie, jâen ai gardĂ© lâidĂ©e que chaque obstacle est une opportunitĂ©. Je pleure beaucoup quand je me plante. Mais je me lĂšve et rĂ©essaye ! » Bien quâinstallĂ©e Ă Los Angeles, elle nâa pas oubliĂ© ses racines africaines : « Les annĂ©es que jâai passĂ©es au Zimbabwe mâont permis de dĂ©velopper mes boussoles morales, spirituelles et crĂ©atives, mes guides les plus fiables tout au long de ma vie. MĂȘme quand je les ai ignorĂ©es, elles ne se sont jamais trompĂ©es. » â S.R.

SHUNGUDZO, Iâm Not A Mother, But I Have Children, BMG.


Les bandes tissées qui rehaussent certains kimonos de la ligne « Humaine » ont été confectionnées par des artisanes béninoises.

MODE
Les Ă©toffes sâintĂšgrent discrĂštement Ă des piĂšces modernes e n lin, soie ou coton.

Une marque ĂCORESPONSABLE ET ENGAGĂE Ă destination des femmes dĂ©terminĂ©es.
LANCĂE EN 2019 par la Parisienne Amy Lee
Djougari, Toucoulor est une marque Ă©thique et engagĂ©e, pensĂ©e pour les citadines modernes qui aiment les coupes travaillĂ©es et affichent leur style dans les dĂ©tails. Le nom de la marque rend hommage aux Toucouleurs, un peuple dâAfrique de lâOuest, connus pour leur mixitĂ© et leur ouverture dâesprit. Mais aussi aux origines de la styliste et notamment Ă sa grand-mĂšre peule, quâelle nâa connue quâĂ travers les rĂ©cits de son pĂšre. La dĂ©couverte de cette femme forte et indĂ©pendante, loin des clichĂ©s, a Ă©tĂ© pour elle une rĂ©vĂ©lation qui lâa poussĂ©e Ă entreprendre un voyage initiatique au Mali et au SĂ©nĂ©gal.
Câest lĂ quâest nĂ©e lâidĂ©e de Toucoulor. Depuis, Amy Lee Djougari, qui vient de signer sa cinquiĂšme collection, baptisĂ©e « Humaine », travaille entre Paris et le continent pour rĂ©habiliter les savoir-faire en perdition et les tissus traditionnels. Teints, tissĂ©s
et cousus par des artisans africains, ceux-ci sâintĂšgrent discrĂštement Ă des piĂšces modernes et confortables. « Je travaille avec des matiĂšres naturelles ou nobles, Ă partir de chutes de crĂ©ateurs parisiens, comme Balenciaga ou Yves Saint Laurent », prĂ©cise la designeuse. Une dĂ©marche Ă©coresponsable qui valorise dâautant plus les insertions en bogolan ou en lĂ©pi.
Les bandes tissĂ©es qui rehaussent certains kimonos ont par exemple Ă©tĂ© confectionnĂ©es par des artisanes bĂ©ninoises. Dans sa variante Ă manches longues, en lin blanc et coton, ou en tant que surchemise, dĂ©clinĂ©e en version marine ou ocra, le kimono est lâune des piĂšces phares de la collection Ă©tĂ©. Dans laquelle on retrouve aussi des robes et des chemises aux manches bouffantes. Sans oublier des tailleurs et des vestes souples aux coupes larges et rĂ©solues. En somme, la garde-robe idĂ©ale dâune femme affranchie et rĂ©siliente. toucoulor.com â L.N.
Toute la VARIĂTĂ DU SAVOIR-FAIRE de lâAfrique de lâOuest en un label.

NĂE EN 2004 Ă LomĂ© sous le nom de Jacquie Bijoux, la marque de la designeuse togolaise Jacquie Atandji a connu un succĂšs retentissant. En quelques annĂ©es, celle qui a commencĂ© par crĂ©er des bijoux originaux et des sacs en wax Ă partir de chutes de tissus a tellement Ă©largi ses collections quâelle a dĂ» changer le nom de lâentreprise. Aujourdâhui, elle vend sur Internet et dans deux boutiques vĂȘtements, accessoires et petits meubles uniques, rĂ©alisĂ©s Ă partir dâune grande variĂ©tĂ© de matĂ©riaux, sous le nom de Jacquie CrĂ©ations au Togo, et depuis 2017, sous celui dâEthnic Chic au SĂ©nĂ©gal. PassionnĂ©e par son travail, la styliste dessine elle-mĂȘme la plupart de ses produits, notamment les bijoux en corne et os ciselĂ©s par un Ă©bĂ©niste Ă LomĂ©, puis sâappuie sur le travail dâune vingtaine dâartisans spĂ©cialisĂ©s pour les rĂ©aliser. Les objets en bronze sont par exemple forgĂ©s au Burkina, la maroquinerie vient du SĂ©nĂ©gal et les batiks sont imprimĂ©s au Ghana. Ă peu prĂšs tous les deux mois, cette incorrigible voyageuse fait le tour des ateliers afin de veiller au processus de production. Et de trouver de nouvelles idĂ©es pour ses crĂ©ations, colorĂ©es et joyeuses comme lâAfrique. jacquiecreations.com â L.N.


Mabrouk sâest spĂ©cialisĂ© dans la cuisine juive tunisienne contemporaine.
Réserver une table est un petit plaisir qui a encore plus de saveur depuis la fin des restrictions sanitaires parisiennes. DEUX ADRESSES pour se régaler.
DEPUIS LA RĂOUVERTURE des restaurants, chez Mabrouk, un spot en plein Paris dĂ©diĂ© Ă la cuisine juive tunisienne contemporaine, lâĂ©quipe a lancĂ© un brunch colorĂ© composĂ© de pancakes Ă la fleur dâoranger, merguez grillĂ©es, halla perdue Ă la pistache, briques au thon ou au bĆuf, et mĂȘme une salade de kale pour les plus tendance. Lâadresse idĂ©ale
pour bien commencer le dimanche en sirotant une infusion Ă base de miel, jus de citron, gingembre et menthe fraĂźche, que lâon soit attablĂ©s Ă la terrasse de couleur bleu ciel, comme la mĂ©dina de Sousse, ou assis Ă lâintĂ©rieur sur les banquettes en tissu grattĂ©, entourĂ©s de tapis dâOrient suspendus et de mosaĂŻques murales turquoises, comme la faĂŻence artisanale.

es t le restaurant
africain le p lus grand de la capitale.
On quitte lâambiance solaire du Mabrouk pour plonger dans lâatmosphĂšre sophistiquĂ©e du restaurant africain le plus grand de la capitale, au cĆur du 2e arrondissement.
La cĂ©lĂšbre Villa Maasai peut compter sur un bar lounge et un dĂ©licieux bar Ă cocktails et, surtout, sur une carte gastronomique panafricaine trĂšs sĂ©duisante. De grands classiques tels que le mafĂ©, le yassa, le ndolĂ© ou le thiĂ©boudienne sont Ă savourer dans un dĂ©cor qui mĂ©lange architecture nĂ©oclassique et habillage ethnique. Chaque soir, lâĂ©tablissement sort le grand jeu avec des spectacles et concerts en live, qui animent lâambiance et Ă©gayent le public. Une expĂ©rience qui sĂ©duit tous les sens. â L.N. Mabrouk, 64 rue RĂ©aumur, 75003 Paris. mabrouk-paris.fr Villa Maasai, 9 boulevard des Italiens, 75002 Paris. villamaasai.fr

JUSQUâAU 21 NOVEMBRE, Venise accueille la 17e Biennale dâarchitecture. Une Ă©dition intitulĂ©e « How Will We Live Together? », qui interroge sur les problĂšmes de notre sociĂ©tĂ©. Parmi les 112 participants de 46 pays, on retrouve beaucoup de jeunes cabinets africains, comme Atelier Masomi (Niger) ou Cave_Bureau (Kenya). Nous avons rencontrĂ© le commissaire de lâĂ©vĂ©nement, Hashim Sarkis, architecte libanais et professeur au MIT.
AM : Mis Ă part lâĂgypte, les pays africains nâont pas de pavillons nationaux cette annĂ©e. Quelle est la place du continent ?
Hashim Sarkis : Le problĂšme des financements a pesĂ© Ă©normĂ©ment, et en effet, malheureusement, beaucoup de pays nâont pas pu participer. Mais je tenais Ă ce que lâAfrique ait une place importante, parce quâon y retrouve toutes les problĂ©matiques dont lâon parle : le climat, les migrations, les polarisations politiques et Ă©conomiques⊠Les sections « Among Diverse Beings » et « As One Planet » sâouvrent avec deux projets du continent, car je pense vraiment quâils ouvrent les yeux du public sur le passĂ© et le futur. Mais on parle aussi dâAddis-Abeba dans la sĂ©rie dâĂ©tudes hors concours « Co-Habitat », et pas mal dâautres projets abordent la question des migrations sur le continent. Ătant moi-mĂȘme rĂ©fugiĂ©, je crois que vivre en transition aujourdâhui est devenu

une condition normale. Câest la nouvelle citoyennetĂ©, et il faut reconcevoir les espaces sous ce jour. Les invitĂ©s ne sont pas forcĂ©ment trĂšs connus et beaucoup sont jeunes. Comment les avez-vous sĂ©lectionnĂ©s ?
Cette Ă©dition part dâun questionnement, mais on voulait surtout prĂ©senter des solutions, des idĂ©es innovantes. Et ce sont les citoyens qui vont les trouver, nous proposer de nouvelles façons de vivre ensemble. Câest ce que je cherchais quand jâai choisi les participants, et jâai trouvĂ© beaucoup de jeunes avec des idĂ©es formidables, qui mĂ©langent artisanat et nouvelles technologies. Ils ont apportĂ© des projets inattendus. Peju Alatise (Niger) est plasticienne et poĂšte, Paula Nascimento (Angola) et Mpho Matsipa (Afrique du Sud) effectuent des recherches dans les domaines de lâurbanisme et de la mobilité⊠Câest une biennale trĂšs artistique, et il se trouve que la plupart des invitĂ©s africains sont des femmes. Est-ce un choix ou un hasard ?
Les deux [rires] ! On a veillĂ© Ă ce que tous les ateliers soient menĂ©s ou coanimĂ©s par une femme, et environ les deux tiers des invitĂ©s sont des femmes. On ne voit pas encore une majoritĂ© de femmes Ă la tĂȘte des cabinets, mais ça avance tout doucement. Mon but Ă©tait de prĂ©senter des idĂ©es qui parlent dâun futur diffĂ©rent, et il se trouve tout simplement que les Africaines ont beaucoup dâidĂ©es innovantes. â Propos recueillis par Luisa Nannipieri
le poĂšte publie son premier roman, un rĂ©cit foudroyant qui raconte la vie dâune ado dans les bas-fonds de Port-au-Prince. par Astrid Krivian
e voici, rĂ©cit des abysses en quĂȘte dâun asile au bout des lettres. [...] Un alphabet de volcans, de mots rouges, de mots blessĂ©s par le feu des violences. » Ainsi parle TĂȘte FĂȘlĂ©e, hĂ©roĂŻne de Soleil Ă coudre, qui « remue le ciel du verbe » pour Ă©crire des lettres Ă son amoureuse. Dans un quartier dĂ©favorisĂ© de la capitale haĂŻtienne, lâadolescente affronte lâadversitĂ© et tente de survivre dans un environnement pĂ©tri de violence et de cruautĂ©. LâĂ©criture est ici un souffle salutaire, une quĂȘte de lumiĂšre, mĂ©taphore de la dĂ©marche de lâauteur. Ce qui ne nous tue pas, nous rend peut-ĂȘtre plus poĂšte, avance-t-il : « Je viens des bas-fonds. Câest grĂące Ă la poĂ©sie que jâexiste. Elle mâa sorti dâune spirale de violence. Ă travers elle, je cherche une fenĂȘtre, un espoir oĂč je peux agir contre les ombres, les tĂ©nĂšbres. Un espace oĂč je peux faire entendre le chant blessĂ© du monde. » Dans ce roman, cartographie sociale et politique dâHaĂŻti, la voix de son personnage fait rĂ©sonner celle de son peuple. « MalgrĂ© la pauvretĂ©, la prĂ©caritĂ©, lâabsence totale de lâĂtat, les HaĂŻtiens ont toujours trouvĂ© un moyen de construire leur vie. »
Cet orfĂšvre des mots, qui taille ses puissants « stupĂ©fiants images », pour citer Aragon, dans la brutalitĂ© du monde, Ă©crit dans un français irriguĂ© par lâimaginaire et la musique du crĂ©ole. Sa boussole ? Une citation de Sony Labou Tansi : « On nâest Ă©crivain quâĂ condition dâĂȘtre poĂšte. »
NĂ© en HaĂŻti Ă CĂŽtes-de-Fer en 1994, il dĂ©couvre le rap Ă 11 ans, Ă son arrivĂ©e Ă Port-au-Prince. FascinĂ© par cette musique au verbe brut, qui fait Ă©cho Ă sa rĂ©alitĂ© sociale, il jette ses premiers textes sur le papier et les dĂ©clame sur scĂšne. Au lycĂ©e, grĂące Ă ses professeurs, il entre vĂ©ritablement dans « le bain des mots », bouleversĂ© par ses lectures de FrankĂ©tienne, Mahmoud Darwich, Kateb Yacine, RenĂ© DepestreâŠ
Mais sa famille ne voit pas dâun bon Ćil ses choix de vie, de ses dreadlocks Ă ses Ă©tudes : philosophie Ă lâĂcole normale supĂ©rieure, ethnologie et psychologie Ă la facultĂ©. « Mes parents sont des chrĂ©tiens trĂšs conservateurs. Je ne me reconnaissais pas dans ces dogmes. Les mouvements sociaux de gauche Ă©tant frĂ©quents Ă lâuniversitĂ©, ils me disaient que jâallais finir dans la rue avec une balle dans le crĂąne. » Ils le mettent Ă la porte Ă ses 18 ans. Cette rupture difficile nourrit son Ă©criture. « Je voulais me battre contre ces situations extrĂȘmes. Une voix souterraine, qui cherche Ă contrer les discriminations, les injustices, traverse mon Ćuvre. »

Dans un acte de naissance artistique, Jean se choisit un patronyme : « dâAmĂ©rique ». « Un symbole dâouverture, de voyage. » Ses trois recueils (il signe le premier, Petite fleur du ghetto, en 2015) et sa piĂšce de théùtre CathĂ©drale des cochons seront presque tous primĂ©s. DĂ©diĂ©e « aux accusĂ©s de poĂ©sie », cette derniĂšre est le long cri dâun poĂšte dĂ©tenu par un rĂ©gime autoritaire, portĂ© par la force de son art qui brise les barreaux. Dans un pays oĂč la poĂ©sie, « veine qui fait respirer la littĂ©rature », est trĂšs estimĂ©e, il a fondĂ© le festival Transe PoĂ©tique Ă Port-au-Prince, pour faire entendre les nouveaux talents. Aujourdâhui, il partage sa vie entre son Ăźle natale, Paris et Bruxelles : « Je garde une branche de mon arbre dans ces diffĂ©rents lieux ». â

«Une voix souterraine, qui cherche Ă contrer les injustices, traverse mon Ćuvre.»
mensuel indispensable.



Ou par le biais de notre prestataire avec
BULLETIN Ă RETOURNER SOUS ENVELOPPE AFFRANCHIE, ET ACCOMPAGNĂ DE VOTRE RĂGLEMENT Ă : COM&COM/AFRIQUE MAGAZINE 18-20 AV. ĂDOUARD HERRIOT â 92350 LE PLESSIS-ROBINSON â FRANCE
TĂL. : (33) 1 40 94 22 22 â FAX : (33) 1 40 94 22 32 â E-MAIL : afriquemagazine@cometcom.fr
Je choisis mon tarif :
â FRANCE (1 AN) : 39 âŹ
â ĂTRANGER (1 AN) : 49 âŹ

Je choisis mon rĂšglement (en euros uniquement) Ă lâordre de AMI par :

â ChĂšque bancaire ou postal
â Carte bancaire n° Expirant le Date et signature obligatoire



PAR EMMANUELLE PONTIĂ
Alors voilĂ , les vacances arrivent ! Chouette ! Je vois dĂ©jĂ les Africains fortunĂ©s rĂȘver de leurs destinations habituelles : DubaĂŻ, Paris, New York, Marrakech⊠Et se rĂ©jouir Ă lâidĂ©e de ne rien faire, loin des tracasseries locales du quotidien, des sollicitations incessantes de la famille proche ou Ă©loignĂ©e, des rĂ©unions politiques interminables ou des chĂ©ries toujours plus capricieuses. Eh bien, justement, et si cette annĂ©e, on changeait de braquet ?
En 2021, malgrĂ© quelques efforts rĂ©alisĂ©s par les pays touristiques qui allĂšgent un peu les restrictions dues Ă la pandĂ©mie mondiale que lâon nâa plus besoin de nommer, globalement, le voyage restera un vaste casse-tĂȘte chinois ! La valse des tests PCR et des quarantaines continue de sâimposer, notamment pour les Africains voyageurs, quâils aient envie de quitter leur continent ou mĂȘme de se dĂ©placer dans un pays voisin. Du coup, pourquoi ne pas vous essayer cette annĂ©e Ă la dĂ©couverte de votre propre pays et aller enfin visiter en masse les richesses culturelles ou naturelles, dont vos contrĂ©es regorgent, et que vous ne connaissez finalement quâĂ travers les rĂ©cits que vous entendez quand vous Ă©changez avec un Ă©tranger qui paye cher pour venir voir les chutes de la LobĂ©, lĂ©zarder sur la plage de la Somone, sâenfoncer en pays pygmĂ©e, ou remonter vos fleuves en pirogue gĂ©ante ?
Bref, un peu de tourisme intĂ©rieur, Ă la conquĂȘte des joyaux nationaux, risquerait de plus vous Ă©pater que de dormir dans une chambre dâhĂŽtel au 18e étage dâun building quelconque. Accessoirement, ça coĂ»te moins cher. Mieux, ça donne un coup de fouet gĂ©ant aux industries locales de locations de bungalows, de vĂ©hicules tout-terrain, de guides formĂ©s et de bien dâautres secteurs exsangues depuis lâavĂšnement du Covid-19.

On parle bien de dĂ©couvrir dâautres rĂ©gions, dâautres cultures, dâautres ethnies que la vĂŽtre. Car aller au sempiternel village oĂč vous avez construit une maison secondaire ne vous coupera pas du harcĂšlement familial et des centaines de soucis Ă rĂ©soudre qui vous y attendent. Cette annĂ©e, allez, un peu de curiositĂ© sur votre pays et les cultures de vos congĂ©nĂšres. Ăa changera. Et paradoxalement, ça vous reposera encore plus lâesprit. On prend le pari ? Essayez. â
Profitez de nos offres d'abonnements pour accéder à la totalité de nos magazines et bien plus encore