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LESGENS, LESTALENTS, LESCRÉATEURS QUIFONTBOUGER

LESADRESSES TENDANCESÀ ABIDJAN ET AILLEURS

Le pont ADO mène au Plateau, dominé parla majestueusetourF.

CÔTE

D’IVOIRE LESROUTES DU FUTUR

Avec le nouveaumandatd’AlassaneOuattara, le pays s’engage dans une séquence historique: transformation de l’économie,pluralisme, intégration d’unejeunesseambitieuse… Voyage dans unenationaux enjeux décisifs.

LES TRAVAUX DU PRÉSIDENT

Nous sommes entrés dans le vif du sujet !

La présidentielle d’octobre 2025, suivie quelques semaines plus tard des élections législatives, a refermé un cycle électoral majeur en Côte d’Ivoire. Réélu haut la main pour un cinquième mandat, le chef de l’État entame un nouveau chapitre, avec une autorité renforcée, confortée par une très large majorité parlementaire – plus des trois quarts des députés. Les institutions ont tenu et joué leur rôle. Le pays est stable. Et l’opposition a été durablement affaiblie, en recherche de programme et de leadership Dans l’opinion, l’atmosphère est à l’optimisme. On se projette, on fait des plans. Et pour beaucoup, le «projet Côte d’Ivoire» n’est plus un slogan: c’est une réalité tangible

Alassane Dramane Ouattara demeure, plus que jamais, le centre de gravité du système. Il connaît son âge, il en a conscience, mais il se sent en forme, en capacité d’agir, de décider et d’influencer le cours des choses Il se sent expérimenté, responsable avec un devoir, une mission: prémunir le pays des dangers et des menaces, protéger les acquis et l’héritage, naviguer parmi les écueils, dans un contexte régional et international plus qu’incertain

Le président sait aussi que la configuration de ce cinquième mandat sera exigeante. Il s’agira de gouverner, de protéger, mais aussi d’anticiper, de transformer, de préparer l’avenir D’accentuer le cap des réformes malgré les tentations conservatrices, d’engager la nécessaire transformation économique, d’acter la montée en gamme. Il s’agira de répondre aux attentes d’un pays jeune, traversé par des sensibilités multiples, dans une société qui évolue rapidement sous l’effet conjugué de la croissance, de l’urbanisation et de l’ouverture au monde. D’une manière ou d’une autre, la Côte d’Ivoire est entrée en mode futur.

À de nombreux égards, la Côte d’Ivoire peut se positionner comme une exception africaine. C’est aujourd’hui l’une des dix premières économies du continent (avec une population de plus de 30 millions d’habitants) La croissance a été soutenue depuis 2011 – entre 6 et 8%. Des investissements massifs ont transformé les infrastructures de transport, d’énergie, d’éducation et de santé. Abidjan s’est imposée comme une métropole majeure, séduisante, connectée aux marchés internationaux La Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, une grande puissance agricole, tout en se diversifiant: hydrocarbures, mines, services, logistique Les indicateurs sociaux se sont améliorés: la pauvreté recule, l’indice de développement humain progresse – le pays est le premier de la zone UEMOA –, et ce malgré les pressions migratoires. L’accès aux services de base s’élargit. Les inégalités persistent, en particulier à Abidjan. Mais la Côte d’Ivoire n’est plus dans une logique de précarité. Elle est entrée dans une dynamique de construction, d’opportunités.

Le pays avance, les équilibres macroéconomiques sont maintenus. Mais tout est relatif aussi. En particulier si on le compare à d’autres nations émergentes, comme en Asie du Sud-Est. Il faut aller plus vite La Côte d’Ivoire reste encore classée parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, selon la classification de la Banque mondiale. Et tout l’objectif est justement d’atteindre la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, seuil symbolique de la véritable émergence. De dépasser, d’ici 2030, la barre d’un revenu national brut par habitant de 4 500 dollars Ce serait un véritable saut, quantitatif comme qualitatif, requérant un effort exigeant et collectif.

PAR ZYAD LIMAM

Il faudra relever des défis structurels majeurs. Absorber le choc démographique. Maîtriser du mieux possible les effets du changement climatique Et redessiner la structure même de l’économie: moderniser les filières agricoles, développer l’industrialisation, transformer localement, accroître la productivité, intégrer les chaînes de valeur régionales et mondiales, investir massivement dans le numérique et l’innovation.

L’une des clés de cet ambitieux programme de transformation économique sera la capacité de la Côte d’Ivoire à le financer. Agir sur la capacité du pays à financer davantage le développement par lui-même. Soutenir une véritable montée en gamme du secteur privé. À l’échelle locale et internationale. L’appuyer dans sa capacité à investir, à faire preuve d’audace. Et surtout, l’accès aux marchés financiers internationaux restera central. La signature du pays «pèse». Aujourd’hui, pour les agences de notation, la Côte d’Ivoire se situe à un cran seulement de l’investment grade (note jugée suffisamment sûre pour les investisseurs institutionnels internationaux). Un positionnement remarquable et rare en Afrique. Mais le passage à l’investment grade (objectif pour 2017-2018) constituerait une étape stratégique majeure, permettant de réduire le coût de la dette, de refinancer plus facilement les passifs, et d’attirer davantage d’investissements de long terme.

Les plans sont là, les perspectives sont réelles, et l’atmosphère dans le pays demeure largement positive. À Abidjan comme à l’intérieur du territoire, du nord au sud, de l’est à l’ouest, la vie suit son cours. On circule, on investit, on étudie, on entreprend Cette normalité agit comme un puissant facteur de transformation Elle installe une confiance essentielle, sans laquelle aucun projet de développement durable n’est possible

Pourtant, même si elle est une exception, la Côte d’Ivoire n’est pas une île. Elle est insérée dans un environnement géopolitique et sécuritaire difficile. La montée des violences au Sahel, la fragilisation de plusieurs États voisins, la porosité des frontières constituent des menaces réelles, en particulier dans le septentrion Ces tensions exigent une vigilance permanente Elles impliquent des investissements continus dans les forces de défense et de sécurité, mais aussi un effort économique et social pour les territoires les plus fragiles. Jusqu’à présent, la nation a su se prémunir au mieux. Mais pour le président Alassane Ouattara, et pour l’ensemble de la classe politique, la sécurité s’impose comme une contrainte stratégique de long terme,

indissociable de la réussite du projet de transformation économique, de la crédibilité internationale du pays et de la paix civile.

Une paix civile, une normalité, une sécurité qui réclament aussi de la visibilité. Alassane Ouattara l’a dit dans sa déclaration de candidature du 29 juillet dernier et au cours de la campagne présidentielle. Ce mandat sera celui de la transmission générationnelle. Le processus n’est pas si simple Le président a un timing à respecter. Pour le moment, avec une équipe stable de lieutenants fidèles, il s’agit d’engager le mandat, la reforme. Et de protéger Mais le processus s’engage Le chef d’État a certainement ses pistes, ses idées, il teste. La «transmission» est aussi une affaire d’ambitions personnelles, de destins particuliers, de compétences Et de chance Chacun peut y croire De nombreux Ivoiriens demandent à ADO de tracer la voie, de proposer un chemin Et si un chemin est proposé, il faudra de l’adhésion La modernité économique, sociétale, le changement de génération appelle aussi la modernité politique. En tenant compte des différences, de l’évolution du pays et de sa jeunesse

Et puis, la transmission générationnelle ne concerne pas que la dévolution du pouvoir. Elle implique d’intégrer pleinement cette jeunesse dans l’équation, dans le projet sociétal Près de 40% de la population a moins de 15 ans, et plus de 70% des Ivoiriens ont moins de 35 ans, soit 22 millions d’Ivoiriens. L’âge médian se situe autour de 18 ans, ce qui signifie que la moitié de la population n’a pas atteint l’âge adulte Et les personnes âgées de 65 ans et plus représentent moins de 3% de la population

Cette structure démographique fait de la jeunesse à la fois le principal atout et le principal défi. Chaque année, entre 300000 et 400000 jeunes arrivent sur le marché du travail, dont une part importante est issue du monde rural Or, l’économie formelle ne crée que 100 000 emplois par an environ, principalement en milieu urbain, laissant encore la majorité des nouveaux entrants s’insérer dans l’agriculture familiale, les activités informelles ou le sous-emploi.

Il faut donc créer des emplois durables et soutenir massivement l’éducation et la formation. L’État a pris la question à bras-le-corps depuis 2011. Les investissements dans l’éducation ont été multipliés par 6,5 en quinze ans. Près de 85 % des enfants finissent le cycle scolaire. La formation supérieure a été privilégiée – neuf campus publics contre trois en 2011. Chaque

année, plus de 40 000 étudiants du 3e cycle sortent des universités du pays Le gouvernement a lancé un plan jeunesse (2023-2025), doté de près 1120 milliards de FCFA, pour accélérer les dispositifs de formation, d’insertion professionnelle, de promotion de l’entrepreneuriat.

Cette équation jeunesse dépasse enfin la «simple» question des budgets et de l’école. Ces nouvelles générations montantes ont besoin d’être impliquées, d’adhérer au modèle De participer à la prise de décision Au débat public Éduquées ou moins bien éduquées, elles sont aussi différentes. Elles ont accès au monde, via le web et les réseaux sociaux – pour le meilleur et pour le pire Elles n’ont pas les mêmes codes sociaux que leurs parents, leurs grands-parents Pas

les mêmes attentes Et probablement pas la même patience

S’adapter, se protéger, transformer l’économie, inclure les nouvelles générations, se projeter vers un avenir durable et inclusif… Le mandat qui s’ouvre pour ADO et la Côte d’Ivoire sera effectivement déterminant Le pays entre dans un processus de changements profonds, structurants. Il faut consolider, imaginer et préparer le futur, celui d’une nation qui comptera près de 50 millions d’habitants en 2050 Alassane Ouattara, cinquième président de la République, a entre les mains une responsabilité majeure, historique Celle de créer les conditions de la pérennité du modèle ivoirien, de créer les conditions du passage de témoin, d’ouvrir la perspective de demain ■

Le chef de l’État Alassane Ouattara au palais présidentiel à Abidjan.

JANVIER2026

UN HORS-SÉRIE

RUBRIQUES

3 ÉDITO

Lestravaux du président parZyadLimam

10 ZOOM

DESGRANDSANGLES ET DESIMAGES

POUR VOUS RACONTER parZyadLimam

22 MELTING-POT

LESGENS,LES LIEUX, LESSONS ET LESCOULEURS parPhilippeDiNacera, Zyad Limam, Amélie Monney-Maurial, Emmanuelle Pontié, Jihane Zorkot

138 POUR CONCLURE

Quel Ivoirien,demain? parEmmanuellePontié

TEMPS FORTS

40 Cap2023. Àgrandevitesse parPhilippeDiNacera

46 Cacao: transformerl’essai parPhilippeDiNacera

50 Quandl’ornoirréécrit le futur parPhilippeDiNacera

54 TouréFaman:«Nous avons un cadremacroéconomique solide et de la visibilité» propos recueillis parPhilippeDiNacera

60 Irchad Razaaly: «Les jeunes onttoutesles clés en main pour dessiner leur avenir» propos recueillis parEmmanuellePontié

66 Voilàles nouvelles générations! parAmélie Monney-Maurial et Jihane Zorkot

80 Dr Oualid Zahreddine: «Formerune jeunesse ouvertesur le monde» propos recueillis parJihaneZorkot

84 Moussa Diomandé: «Ilfautfavoriser la création et la solidité desPME» propos recueillis parPhilippeDiNacera

P.22 P.46 P.102

88 Jean-FrançoisKouamé: «Faire rayonner l’Afriquesur lesterrains du mondeentier» propos recueillis parPhilippeDiNacera

P.114

90 Joseph Khoury:

«La prospérité n’a de sens que si elle est partagée» propos recueillis par Thibaut Cabrera

92 Régis Bamba & Hassan Bourgi:

«Construire les services financiers de demain» propos recueillis par Jihane Zorkot

98 Fatim Camara:

«Reconquérir la France, c’est possible» propos recueillis par Emmanuelle Pontié

102 Voyage sous la grande nef par Philippe Di Nacera

108 Reine Ablaa:

«Une musique du cœur, du corps et de la connexion» propos recueillis par Amélie Monney-Maurial

114 Le sanctuaire de la Comoé par Leila Fakhry

118 Haut les cœurs en plein air! par Jihane Zorkot

124 Surfing in Côte d’Ivoire par Amélie Monney-Maurial

128 Un pays tendances par Amélie Monney-Maurial et Jihane Zorkot

ANNONCEURS

AGL p. 2 – AICI p. 8-9 – Union européenne p. 20-21 – IFM p. 27 – TIAMA p. 35 – Children of Africa p. 39 – PFO p. 49 – Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire p. 53 – SOTICI p. 59 – CCI Côte d’Ivoire p. 64-65 – Abidjan Terminal p. 87 – Plastica CI/ Guérin Packaging p. 96-97 – Mairie de Treichville p. 106-107 – SIFCA p. 112-113 – IDT p. 122-123CIE p. 127 - OCP p. 139 - INTELEC p. 140.

P.128

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ZOOM

Des grands angles et des images pour vous raconter

PRÉSENTÉ PAR ZYAD LIMAM

La vaste skyline du Plateau, avec, entre autres, le pont Alassane Ouattara, la tour F et le stade Félix Houphouët-Boigny.

«BABI» EN GRAND FORMAT

À L’HORIZON, la future tour F s’élève, haute de ses 75 étages et de ses 421 mètres à la pointe de sa flèche. Elle domine la ville tentaculaire. Elle symbolise verticalement l’ambition d’une Côte d’Ivoire émergente. Face à elle, le pont Alassane Ouattara déploie sa ligne élégante, enjambant la lagune, reliant le Plateau, le cœur du pouvoir et des affaires, à Cocody, la commune huppée. Deux structures connectées, pensées par le même architecte,

Pierre Fakhoury, qui dessinent une nouvelle skyline iconique. Afro-cité ambitieuse et survitaminée, Abidjan se vit intensément. Cosmopolite, elle est ouverte sur le continent et sur le monde. Ville business, elle attire capitaux, sièges d’entreprise, start-up, talents et Rastignac venus de toute l’Afrique. Et même de plus loin encore Ville créative, elle est portée par une scène culturelle bouillonnante qui s’inspire du chaos stimulant de «Babi».

Ville plaisir, entre ombre et lumière, qui ne dort jamais, rythmée par le son des musiques métissées. Ville difficile, aussi, ou s’entrechoquent le monde de «ceux qui ont» et le monde de «ceux qui n’ont pas». Ville chantier, finalement, dans l’urgence de réparer le passé tout en préparant le futur. Ici, entre les ponts et les lagunes, entre les autoroutes et les quartiers, les plus chics comme les déshérités, s’écrit un chapitre de l’urbanité africaine de demain.

Une plantation d’hévéas à Grand-Lahou.

AU PAYS DES ORS VERTS

TERRE DE CACAO, de café, d’hévéas, de cajous, de palmiers, de cultures vivrières, la Côte d’Ivoire doit l’essentiel de sa richesse à son sol. L’agriculture demeure le socle de l’économie nationale, le premier pourvoyeur d’emplois et un facteur déterminant de cohésion sociale. Mais ce modèle, longtemps fondé sur l’abondance foncière et l’exportation de matières premières, héritées de l’époque postcoloniale, atteint aujourd’hui ses limites. Les chaînes de valeur mondiales, la pression démographique, l’urbanisation rapide et le changement climatique imposent une profonde mutation. Dans un monde imprévisible, l’enjeu central devient celui de la souveraineté alimentaire. Nourrir une population en forte croissance, transformer les produits sur place, sortir des cultures de rente, réduire la dépendance aux importations et sécuriser les revenus des producteurs exigent une agriculture plus productive, mieux organisée et plus résiliente. La modernisation est incontournable [voir p. 40-45]. La terre doit devenir l’un des leviers pour l’émergence de la Côte d’Ivoire de demain.

AU NORD, L’HISTOIRE DE KONG

NOUS SOMMES À KONG, au nord de la Côte d’Ivoire, aux confins du parc de la Comoé [voir p. 114-117]. C’est ici que la famille du président Alassane Ouattara puise ses origines. Ville sahélienne de mémoire

et de passage, Kong est depuis des siècles un carrefour de transhumance entre le Nord et le Sud. En 1710, le guerrier

Sékou Oumar Ouattara (vers 1665-1745) s’empare de la région, profitant de la supériorité

décisive de sa cavalerie. La cité change alors de dimension: Kong devient la capitale d’un puissant empire, étendant son influence sur une large partie de l’actuel nord ivoirien et sur les régions voisines.

Sa grande mosquée en banco, joyau du style sahélien, témoigne d’un islam ancien, savant et profondément enraciné Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, elle incarne l’élégance austère et

puissante des architectures de terre. Aujourd’hui, cette région stratégique est devenue sensible. Les menaces sécuritaires venues de la bande sahélo-saharienne rappellent la fragilité des équilibres.

Dans ce septentrion exposé, l’État investit massivement pour la sécurité, les transports, les routes, les connexions, l’emploi et la formation – un effort de longue haleine pour s’ancrer dans la stabilité.

La mosquée de Kong, en banco, inscrite au patrimoine de l’Unesco, est caractéristique de l’architecture sahélienne.

LA FRAGILITÉ, ENTRE TERRE ET OCÉAN

SUR 322463 KM², la Côte d’Ivoire déploie une nature riche et contrastée, portée par une humanité plurielle. Forêts denses, lagunes, savanes et littoraux composent un patrimoine naturel exceptionnel, mais fragile. La mer avance, la forêt disparaît, la sécheresse menace les zones sahéliennes.

De la frontière libérienne à celle du Ghana, le pays offre 515 kilomètres de côtes atlantiques, jalonnées de plages encore relativement préservées. Le pays abrite aussi le plus vaste réseau lagunaire d’Afrique, un joyau écologique fait de mangroves et d’écosystèmes uniques. La pression démographique,

parmi les plus fortes de la région, l’urbanisation rapide et les effets déjà visibles du changement climatique – érosion côtière, recul forestier, dérèglement des écosystèmes, etc. – menacent ces équilibres anciens. Et la bataille pour la préservation se joue dès maintenant

La plage de Mondoukou vue du ciel adossée à la lagune.

LA DANSE DE L’HOMME-PANTHÈRE

DES FORÊTS PROFONDES du monde baoulé aux savanes du septentrion sénoufo, des collines de Man aux villages côtiers ébriés, la Côte d’Ivoire déploie un patrimoine traditionnel d’une richesse saisissante. Masques, tambours, danses, rites d’initiation et sociétés secrètes structurent depuis des lunes la vie des communautés, transmettant savoirs, valeurs et liens avec le monde invisible.

Ici, chaque geste a un sens, chaque rythme convoque une mémoire collective La danse des hommes-panthères, emblématique du pays sénoufo, puissante et énigmatique, incarne cette alliance entre l’homme, l’animal et le sacré. Elle dit la force, la protection, mais aussi le mystère de l’initiation, ce passage essentiel qui façonne l’individu et l’inscrit dans la lignée Ce patrimoine

séculaire est fragile. La modernité, l’urbanisation accélérée, l’érosion des cadres communautaires bousculent ces traditions, parfois reléguées au rang de folklore ou menacées par l’oubli. Préserver ces rites et ces savoirs, ce n’est pas regarder le passé avec nostalgie; c’est protéger une part essentielle de l’âme ivoirienne et fusionner, d’une certaine manière, le passé et le futur. ■

Le boloye est une danse sacrée sénoufo.

MELTING-POT

Les gens, les lieux, les sons et les couleurs

Le pavillon national de Côte d’Ivoire à la Biennale de Venise 2024 Avec, entre autres, un triptyque de François-Xavier Gbré

ABIDJAN CITÉ DES ARTS CONTEMPORAINS

Vibrante, comme sur un fil, inspirante, « Babi » s’impose progressivement comme l’un des centres de la créativité africaine.

Un ÉCOSYSTÈME

DYNAMIQUE

ET OPTIMISTE, où évolue un mélange foisonnant d’artistes, galeristes, fondations, collectionneurs, amateurs…

MELTING-POT

LONGTEMPSPERÇUEentantque capitale économique avanttout, Abidjans’imposedésormais commel’undes pôlesdel’art contemporain africain.Portéepar unescène artistique foisonnante, unegénérationdegaleristesengagés, desartistesinternationalementreconnusetune visibilité croissante surles grandesscènesmondiales,lamétropole ivoirienne achangédestatut. Elle n’estplusseulement un lieu de formationoudepassage.Elleest devenueune terre d’inspirationetdecréation, un pointd’ancrage et un marché émergent.

Cetteévolution s’inscritdansuncontexteéconomique favorable. Depuis plus d’unedécennie, la croissance soutenue de l’économie ivoirienne,leretourdelastabilité,l’essor d’uneclasseentrepreneurialeetl’attractivitéd’Abidjan ont contribuéàcréer un écosystème propiceaudéveloppement desindustries culturelles. L’artcontemporainytrouve progressivementsaplace,à la fois commemarqueurde distinction, outilderayonnement et symbole.

Au cœur de cettedynamique,les galeries jouent un rôle structurant–unmonde parailleurs largementféminin Cécile Fakhoury,avecsagalerie éponyme, afortement contribuéàinscrirelascène ivoirienne surlacarte internationale.Enaccompagnant desartistesdésormais incontournablesetenparticipant auxgrandes foires mondiales, commetoutrécemment avec ArtBasel Pariset Miami, elle aouvertdes passerellesdurablesentre Abidjan, l’Europe et lesÉtats-Unis. Dans un registre complémentaire, la galerieFarah Fakhri s’estimposée commeunespace

Le peintreAboudia

audacieux, urbain et tendance.LaFondation Donwahi, créée parIllaDonwahi en 2008,aété conçue en pleine crise politico-militaire ivoirienne commeune bulledepaix, un lieu ouvert àtous, un espace de transmission et de rencontre descultures. La galerieLouiSimoneGuirandou,dirigée aujourd’huipar GazelleGuirandou,poursuituntravail pionnier,impulsant un dialogue constant avec lesscènes africaines et internationales.

Si Abidjans’affirme aujourd’huicomme uneplace artistique crédible,c’est aussigrâce àses artistes et au renouveaucréatif desdernières années.Une génération ivoirienne de premierplansoutientetstructure le marché parlaforce de sestrajectoires. La photographeJoana Choumali,figuremajeure de la scènecontemporaine africaine, expose dans lesplusgrandes institutions internationales. Le peintreAboudia,dontl’œuvre puise dans l’énergiebrute de la villeetl’histoirerécente du pays, s’estimposécomme unevaleurforte du marché mondial.

Ouattara Watts, entreAbidjanetNew York,incarne depuis plusieursdécennies un dialogue fécond entrel’Afrique et l’Occident.ErnestDükütravaille surles significations religieuses, lessyncrétismes, perpétuant un lien toujours richeetcomplexeentre modernitéettradition.Letravail de François-XavierGbréexplore lestransformations de la ville, sesarchitectures,ses cicatrices et sessilences, inscrivant Abidjandansune réflexionpluslarge surles métropoles africaines contemporaines.

Ilsnesontpas lesseuls.Àleurs côtés, desartistescomme Jacobleu ou LafalaiseDionparticipent àl’élargissement du spectreesthétiqueetconceptueldelascène abidjanaise. Leur présence collective et énergiquedansles collections, lesexpositions et lesfoiresconfère àAbidjan unelégitimité durable, au-delàdel’effet de mode.

Cettecréations’enracinedansune villeparticulièrement inspirante.Lacapitaleéconomiqueest uneafro-cité monde, dense, rapide, traverséedecontrastes. Sonchaos apparent –fluxhumains,saturationsonore, architecturesdissonantes, coexistencedetemporalitésmultiples –agitcomme un puissant moteur de création.Babin’est pasundécor,elleest la matièrepremière, le sujetetlelangage.Ellealimentela créativité,l’imaginaire, l’audace desartistes.

Cetteeffervescence trouve un prolongement collectif dans desévénementsfédérateurs,comme AbidjanArt Week,qui contribueàstructurerlaplace,àfavoriser les rencontres et àfaire émergerune sociabilitédumarché. Lors de l’édition2025, du 23 au 27 avril, lesgaleriesont su s’organiseretproposerunparcoursdedécouverte d’artistes àtravers la ville. On chercheencore, bien sûr, le modèle économique d’un grandévénement fédérateur,qui pourrait s’intercaler dans le haut de gammeducalendrier internationalannueldes foires.D’oresetdéjà, çà et là,ony travaille.

La galeriste

Cécile Fakhoury

Cette montée en puissance ne doit toutefois pas masquer les limites du marché. Le nombre de collectionneurs locaux réellement actifs demeure restreint, les dispositifs fiscaux peu incitatifs, et l’absence d’institutions publiques fortes – musées, fonds d’acquisition, commandes publiques – freine encore l’enracinement du secteur. Les galeries évoluent souvent dans un équilibre précaire, encore largement dépendant de l’international. La professionnalisation des métiers périphériques reste un chantier ouvert.

La ministre de la Culture et de la Francophonie Françoise Remarck, l’artiste Joana Choumali et la galeriste Farah Fakhri

Illa Donwahi, cofondatrice et présidente de la Fondation Donwahi, structure privée pour la promotion de l’art contemporain ivoirien

Mais, là aussi, la volonté ne manque pas. Inauguré en mars 2020, le musée des Cultures contemporaines (MuCAT), initiative privée portée par la Fondation Adama Toungara, marque une étape majeure. Implanté à Abobo, grande commune populaire, le MuCAT incarne la décentralisation et la démocratisation de l’accès à l’art contemporain On peut citer aussi l’ouverture du musée d’Art contemporain de Grand-Bassam [voir p. 26]. Et l’engagement de l’État dans la construction d’un grand musée d’Art africain à Cocody, aux normes les plus récentes, dessiné par l’architecte Pierre Fakhoury.

Abidjan avance ainsi sur une ligne de crête, entre vitalité créative et structuration économique. Mais c’est

précisément dans cette tension que réside sa force. Ville d’inventions et d’images, elle ne cherche pas forcément à reproduire un modèle existant. Elle affirme, portée par ses artistes et son imaginaire urbain, une scène contemporaine crédible, singulière et résolument tournée vers l’avenir. ■ Zyad Limam

LA MAISON DE L’ART

Grand-Bassam

Mar.-dim : 9 h-17 h Fermé le lundi info@lamaisondelart.ci

Un souffle nouveau à Grand-Bassam

Dans l’ancien hôtel des Postes et Douanes, rénové sous la houlette des architectes Koffi & Diabaté, la Maison de l’Art marie PATRIMOINE ET CRÉATION CONTEMPORAINE.

UN MUSÉE QUE L’ON VISITE autant pour l’histoire de son bâtiment que pour la sélection de ses œuvres. Voilà une expérience culturelle particulièrement enrichissante.

La Maison de l’Art, inaugurée en mai 2025, offre avant tout une immersion dans l’ancien hôtel des Postes et Douanes [voir p. 137] Il a été rénové avec soin et sens, dans le strict respect des normes patrimoniales, par le cabinet d’architectes de renom Koffi & Diabaté.

On observe la beauté des persiennes depuis l’extérieur du bâtiment, souvenir d’un temps où la climatisation n’existait pas, où les lieux étaient rafraîchis par l’air qui y circulait aisément. Le mélange entre ces détails historiques et le choix d’habiller les luminaires de suspensions contemporaines en terre cuite de Bassam, signées

Maison Kaolin, traduit la volonté de s’inscrire dans un patrimoine historique qui sait se conjuguer au présent.

Mais l’ambition dépasse le simple établissement muséal.

On y découvre deux salles d’exposition permanente, une salle d’exposition temporaire, une résidence d’artistes avec atelier, un café-restaurant et des espaces de rencontres, de réunions et de co-working. Un chantier-école a même accueilli des étudiants en architecture et de l’INSAAC pendant les travaux – la transmission fait partie du projet.

Le musée, dont la collection permanente se visite à l’étage, présente une sélection de la Fondation Société générale, qui a porté ce projet culturel, artistique, architectural et historique en partenariat avec l’État et le ministère de la Culture et de la Francophonie. L’exposition inaugurale, «Souffle», donne le ton: un renouveau artistique pour le pays, une renaissance pour Bassam Un sens de la préservation du patrimoine qui transpire aussi dans la curation des œuvres Les deux salles permettent de découvrir des artistes d’Afrique de l’Ouest, l’une rendant hommage aux maîtres, comme Pascal Konan, Ouattara Watts et Monné Bou, et l’autre ouvrant la voie à une jeunesse créative et singulière, avec notamment Joana Choumali, dont le mélange de broderies et de textiles donne corps à des histoires locales, et Tosin Kalejaye, avec son Taylor’s Corner, particulièrement saisissant par le regard de son personnage et la modernité de ses couleurs.

Après l’installation de nombreux artistes, designers, photographes et réalisateurs, Grand-Bassam, ancienne capitale coloniale classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2012, poursuit son projet de rénovation, et garde l’ambition d’être une ville phare pour l’art et la culture en Côte d’Ivoire. ■ Amélie Monney-Maurial

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Accueil
Propreté -nettoyage
Espaces Verts
Sécurité
Ascenseurs

Ce centre innovant s’étend sur deux hectares en bordure de la lagune.

HUMANITAIRE

UNE «SAFE HOME» POUR LES FEMMES

Dernière réalisation en date de la Fondation Children of Africa, fondée par la Première dame Dominique Ouattara : la Maison des femmes d’Adiaké. Un refuge pour DIRE STOP AUX VIOLENCES.

CRÉÉE EN 1998 par Dominique

Ouattara, Première dame de Côte d’Ivoire, la Fondation Children of Africa a donné naissance à plusieurs structures d’importance, pensées en faveur du bien-être de la mère et de l’enfant. Après l’ouverture de la Case des enfants à Abidjan (rénovée en 2024), puis du lycée de Kong dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, c’est l’hôpital Mère-Enfant de Bingerville, implanté à 30 kilomètres de la capitale

économique, qui a été inauguré en 2018 par le président Alassane Ouattara. Doté d’un plateau technique impressionnant et d’un matériel de dernière génération, l’établissement attire les mamans venues de tout le pays et de la sous-région et leur progéniture. Deux ans plus tard, c’était au tour du Groupe scolaire d’excellence d’Abobo de voir le jour. Trois centres d’accueil pour enfants victimes d’exploitation ont aussi été

construits – à Soubré en 2018, à Bouaké en 2019 et à Ferkessédougou en 2021

Chacune de ces réalisations a pu voir le jour grâce aux dons récoltés par la Fondation, notamment lors des galas de bienfaisance Children of Africa, organisés par la Première dame une année sur deux, et qui réunissent à Abidjan pour quelques jours un parterre impressionnant de stars internationales et de bienfaiteurs Enfin, une dernière structure à but non lucratif a pu sortir

de terre en avril dernier: la Maison des femmes «Safe Home», à Adiaké, dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences. Selon Dominique Ouattara, l’établissement «représente bien plus qu’un simple centre d’accueil. Ce lieu est un refuge, un espace d’écoute et de soutien moral pour toutes celles qui, trop souvent, souffrent dans le silence. À cet endroit, les femmes victimes de violences physiques, psychologiques ou économiques, qui n’avaient jusqu’ici nulle part où aller, pourront désormais trouver un abri sûr».

Bâtie sur une superficie de 19600 m2 , la Maison des femmes, placée sous l’autorité du ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, offre une capacité de 100 lits d’accueil et de nombreuses infrastructures, comme des blocs psychosocial et juridique, des salles d’apprentissage et d’alphabétisation, une salle multimédia, un grand terrain de sport, etc. Une initiative visant à mettre un frein aux violences subies

25 septembre 2025: visite de chantier de l’aile de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Mère-Enfant de Bingerville.

au quotidien par un nombre trop important de femmes en Côte d’Ivoire, et «qui s’inscrit dans la volonté du chef de l’État Alassane Ouattara de promouvoir la solidarité et de favoriser la protection des droits des femmes, pour que chacune de nos sœurs vive dans la dignité, la sécurité et le respect», selon la Première

dame. Et le prochain combat de la Fondation a déjà été annoncé pour les mois à venir: l’inauguration d’une nouvelle aile de cardiologie pédiatrique à l’hôpital Mère-Enfant de Bingerville, en fin de construction, où il sera possible de réaliser des opérations à cœur ouvert pour les enfants malades. ■ Emmanuelle Pontié

Avril 2025: la Première dame inaugure l’établissement avec Nadine Sangaré, directrice de la Fondation Children of Africa, et Hien Yacouba Sié, maire de la commune.

FASHION

Olivia Yacé surlascène mondiale

À traverssatrajectoire, la mannequinetMissWorld Africa fait de chaque podium un espace de RAYONNEMENT CULTUREL et d’affirmation féminine.

QUANDELLEENTRE DANS UNEPIÈCE,impossiblede la louper.Etc’est commesielleentrait dans l’histoire en marche.Une présence calme, uneassurance quine s’impose pas, mais s’éprouve. Chez Olivia Yacé,lagrâce n’estjamaisdécorative; elle esthéritée,construite, assumée. Àtravers elle,c’est uneCôted’Ivoirecontemporaine qui s’exprime, fièredeses racinesetconscientedesaforce, portée parune voix féminine quisaitoùelleva. Très tôt, elle comprend quel’image peut être un langage. Adolescente, auxÉtats-Unis, elle découvre le mannequinatcomme une écoledelarigueur et de la maîtrise de soi, bien loin des clichés. Cettepremièreimmersion internationale façonne sa postureetnourrit uneambitionclaire: évoluersur lesgrandes scènes sans jamais se détacher du fond.La réussite,pourelle, ne peut être queglobale.Académique, professionnelle, humaine. Diplômée en marketing et management,puisspécialisée dans le luxe àLondres, elle construitenparallèle un socleintellectuelsolide, convaincue quel’élégancedurable commence parlavision. Lorsqu’elleest sacrée Miss Côte d’Ivoire le 4septembre 2021,lemomentdépasse la simple consécration.La couronne devientunlevier. Olivia ne la portepas comme un trophée, mais commeunmandat. Elle représente alors unejeunesseivoirienneambitieuse, cultivée,tournée vers l’excellence.Quelquesmoisplustard, surlascène de Miss World, dont la finale se tienten mars 2022,ellemarque l’histoire en décrochant le titredeMissWorld Africa et celuidedeuxièmedauphine. Uneperformance saluée unanimement, quipropulselaCôted’Ivoireparmi les nationsqui comptent dans lesconcoursinternationaux. Plus qu’unclassement, c’estune démonstration. Celled’un leadership féminin africain assumé,articulé, crédible. Cettetrajectoire se prolonge naturellementavecMiss Univers. En 2025,elleest désignée Miss UniversCôte d’Ivoire et représente sonpaysàla74e éditionduconcours,

Lors de l’édition 2025 du concours Miss Univers.

organiséeàBangkok.Làencore, elle impose unesignature. Sa présence,ses prises de parole,ses choixartistiques et la cohérencedesacommunication la distinguent. Elle se classe quatrièmedauphine, offrantàlaCôted’Ivoirel’une de sesmeilleuresperformancesàceniveau. Unevisibilité mondiale qu’ellechoisit d’aborderavecmaturité, allant jusqu’àrenonceràuntitre continentalpourresterfidèle àses valeurs, rappelantque la dignitéprime toujours sur le prestige.Maisréduire Olivia Yacé àses titres serait passer àcôtédel’essentiel.Son parcours s’inscritdansune continuité plus profonde,presque symbolique.Elleavance avec la conscience de celles quilaprécèdent,marchant, dans l’esprit,sur lestracesdelareine Abla Pokou, figure fondatrice et puissantedel’histoireivoirienne. Cette filiationinvisible nourritson rapportauleadershipetà la responsabilité.Êtrevue,oui,maissurtout être utile. Ambassadrice du tourisme ivoirien,engagée pour l’éducationetl’autonomisationdes jeunes filles,elle transforme sa notoriétéenactions concrètes. Àtravers sa fondationetses prises de parole,elledéfendl’estime de soi, la valorisation du teintnaturel,l’égalité des chances. Elle parleaux jeunes femmes sans détour, lesinviteàassumer leur identité,àseformer, àviser haut sans se renier.Danslemêmeélan, elle metun pointd’honneur àporteretàpromouvoirles créateurs ivoiriens, devenant l’égérie de stylistesqu’elle n’hésite jamais àmettreenlumière surles plus grandesscènes, faisantdelamodeunoutil de rayonnementculturel.

Aujourd’hui, Olivia Yacé incarneune nouvelle génération de Miss.Une génération quinesecontenteplus de représenter, mais quiagit. Unefemme quia compris quelavisibilitén’a de valeur quesiellecréedel’impact. Et quirappelle, avec élégance et détermination, quela femmeafricaine n’apas àdemandersaplace:ellelaprend, pleinement,consciemment, durablement. ■ Philippe Di Nacera

La mannequin porteune robe
Lewa,designéepar MaelysPlivard

MODE

MAELYS PLIVARD LEWA, LA MAISON SANS COMPLEXE

Trois ans après son retour et ses débuts au pays, la créatrice de mode franco-ivoirienne a gagné en assurance. Elle travaille broderies et perles, elle habille Olivia Yacé… Prochaine étape: L’OUVERTURE D’UN SHOP pour ancrer de manière tangible son univers.

À MESURE QUE LA CONFIANCE S’EST INSTALLÉE, l’exigence s’est renforcée.

Pour Maelys Plivard, un vêtement ne se limite pas à ce qu’il donne à voir Il doit être irréprochable jusque dans les moindres détails. Plus la vision s’élargit, plus le niveau d’exigence s’élève. Créer, aujourd’hui, signifie rêver en grand, pousser chaque pièce dans ses retranchements et refuser la facilité.

Un tournant majeur vient accélérer cette évolution lorsque certaines de ses créations sont portées par Olivia Yacé à l’occasion du concours Miss Univers [voir p. 30-31] Au-delà de la visibilité nationale et internationale, ce moment agit comme une révélation. Voir son travail quitter l’intimité de l’atelier pour s’exposer sur une scène mondiale provoque

Les perles sont parmi les marques de fabrique de la styliste.

une prise de conscience profonde Les images circulent, les réactions affluent, et Maelys mesure alors le chemin parcouru. Ce passage de l’ombre à la lumière marque l’entrée de son travail dans une autre dimension. Cette reconnaissance se confirme à Abidjan, lors de la Fashion Week, où la créatrice présente pour la première fois une collection haute couture signée Lewa. Des pièces plus audacieuses, plus conceptuelles, révélant une facette mode et affirmée de la marque. Être reconnue dans son propre pays revêt une valeur particulière, presque fondatrice Une fierté, mais aussi une pression saine, qui la pousse à se dépasser et à aller toujours plus loin. Aujourd’hui, Lewa évolue à la frontière du prêt-à-porter et de la haute couture, dans une approche luxueuse où le détail occupe une place centrale – sans ostentation, toutefois. Les lignes sont épurées, les silhouettes modernes, sensuelles et maîtrisées Les perles et broderies, devenues signatures, ne sont pas seulement décoratives; elles structurent, racontent, affirment. Chaque pièce est pensée comme un objet de désir, porteur d’une vision contemporaine, élégante et assumée. Le quotidien de Maelys reflète encore

cette phase de construction La marque reste à taille humaine, presque familiale, et la créatrice est présente à chaque étape, de la conception à la production, en passant par les rendez-vous avec celles qui portent ses créations. Une proximité qu’elle revendique, convaincue que le vêtement prend tout son sens au contact du corps et de la femme qu’il habille. Sa vision de la féminité a, elle aussi, évolué. Elle est aujourd’hui libre, multiple, affranchie des définitions figées Une féminité puissante, capable d’être douce ou affirmée, sensuelle ou discrète Ses créations sont pensées comme des armures délicates, une forme de puissance maîtrisée, élégante, permettant à la femme de se sentir pleinement en confiance, sûre d’elle

Désormais, Maelys refuse les références imposées. Elle crée à partir de son propre langage, fidèle à son univers, tout en restant dans l’échange. Le regard extérieur n’influence pas ses choix, et seule compte la direction qu’elle a décidé de donner à Lewa. La machine est lancée, le virage est assumé. La prochaine étape se profile déjà avec l’ouverture d’un espace physique, pensé comme une extension naturelle de la marque. Un lieu ancré, tangible, permettant de donner une nouvelle dimension à l’univers Lewa À plus long terme, la créatrice imagine une marque appelée à grandir, à voyager, à se structurer, sans jamais perdre ni son mystère ni son essence. Un label durable, sincère, construit dans le temps, à l’image de son parcours personnel. ■ Jihane Zorkot

Lors de la Fashion Week by Elie Kuame.

Richmond Koffi

L’ALCHIMISTE

DES ESSENCES AFRICAINES

À la tête d’un vrai ROYAUME OLFACTIF, le parfumeur a été primé pour l’excellence de ses créations, cultivant héritage familial et modernité.

CERTAINS DESTINS sentent bon dès l’enfance. Richmond Koffi a grandi dans les effluves des créations de sa mère, spécialisée dans les fragrances traditionnelles, à base de clou de girofle et de talc ancestral, destinées aux rites akan. Cette transmission maternelle l’a imprégné comme un buvard absorbe un liquide: profondément et pour toujours En 2016, il fonde Richkoff, sa maison de parfumerie.

Avant d’entamer cette aventure, il passe par Grasse, berceau provençal où travaillent les plus grands nez.

Entre champs de jasmin et ateliers centenaires, il y apprend à composer, à marier les notes, à faire tenir une fragrance sous les tropiques – un art délicat.

Aujourd’hui, Richmond Koffi distille son savoir-faire

dans chaque flacon qui sort de ses laboratoires. Il ne crée pas seulement des parfums d’ambiance ou de peau. Il conçoit aussi des signatures olfactives pour les entreprises, transforme des lieux anonymes en espaces mémorables par la seule puissance du parfum. Son expertise en marketing fait de lui un artisan rare, capable de capturer l’âme d’une marque dans quelques gouttes subtiles.

Le prix national d’Excellence 2024 est venu couronner cette trajectoire singulière Mais il ne se contente pas des honneurs. Son ambition? Faire briller l’Afrique à travers l’art du parfum, prouver que les essences du continent peuvent rivaliser avec les plus grands jus parisiens ou florentins. ■ P.D.N.

INFLUE NCE

GABRIELLE LEMAIRE La forcedumétissage

Avec un PARCOURS MULTICULTUREL et uneexpérienceaulong cours,elles’imposedanslepaysage ivoirien de la communication. Ets’impliqueaussi dans lesmissionsdelaFondation Didier Drogba. Aveclavolonté bien ancrée de contribueràl’ÉMANCIPATION

DES

FEMMES et àlapromotion de leur entrepreneuriat.

ELLE ESTNÉE ÀABIDJAN.Forte de racinesivoiriennes et maliennes, nourriepar deschapitres de vieenAllemagne et en Belgique,par uneéducation anglaise aussi, GabrielleLemaire ne conçoitlemétissage ni commeun décornicomme un slogan.C’est uneexpériencevécue et uneméthode.Elleagrandi, elle atravaillé dans desunivers où lesculturessesuperposent,etparfois s’entrechoquent.

Très tôt, elle acompris lesrèglesimplicites, les rythmesetles silences.Cette connaissance fine des codes– sociaux, institutionnels, culturels– estdevenue l’un desmarqueurs distinctifsdeson cheminement.

Aprèsunparcoursendroit,puisun master en communicationetgestion de criseà l’Université de WestminsteràLondres,après plusieursexpériences au sein de grands groupesinternationaux– dans l’énergie, lesmédiasoulabanque–, elle opèreun choix déterminant: s’ancrer durablementenCôted’Ivoire. Abidjandevient alorsbienplusqu’un pointd’attache professionnel. La villes’imposecomme sa nouvelle maison, un espace de travail, d’engagement et de projection, au cœur d’uneAfrique en transformation rapide.

C’estàAbidjanqu’elle fondeetdéveloppe Barons, unestructure de conseilencommunication stratégique, àlafoisivoirienneetrésolumenttournée vers l’échange avec le continentetlereste du monde. En particulier dans la relation Afrique-Europe,oùlecontinent doit pouvoirsepositionner d’égal àégal. Aprèsune mission

au ministèredes Eaux et Forêts,elles’impliqueégalement dans la question du développementdurable,dela préservation,delalutte contre la déforestation.

C’estlà, dans la cité desLagunes,que sa route croise celledeDidierDrogba, icônedufootballglobal et icôneivoirienne. C’estdorénavantl’undes couples lesplusemblématiques et lesplusimpliqués du pays GabrielleLemaire s’investit alorsdansson nouveau rôle:vice-présidente de la FondationDidierDrogba.

Elle travaillesur la santé, l’éducation, le développement communautaire, et surtoutsur l’autonomisation desfemmesetdes jeunes,avecune attention particulière portée àl’impactetàladurabilitédes projets. GabrielleLemaire assume cettedimension de sa vie, sans qu’ellenerésumeson identité,sans éclipser sonpropreparcoursetsalégitimité.

Àlafoiscommunicante, stratège,impliquée, élégante,instagrameuse efficace,ellepasse d’un personnage àunautre avec unegrandeaisance

Elle estsurtout bien décidéeàcontribuer à l’émancipation desfemmesetàlapromotion de l’entrepreneuriatféminin.Elletient àlesouligner

En Afrique, en particulierdansles grandesvilles, lescapitales,unleadershipféminin fort et audacieux émerge.Les exemples sont nombreux [voirp.66-79], celuideGabrielle et celuidenombreusesautres, activesen affaires,danslasociété publique et la sociétécivile. ■ Z.L.

Le métro, bientôt?

C’est un projet «pharaonique» d’une complexité rare, tracé au cœur d’une capitale économique en EFFERVESCENCE. À terme, le rail doit enclencher des bénéfices SOCIAUX ET ÉCONOMIQUES majeurs.

PAR SON AMPLEUR FINANCIÈRE ET TECHNIQUE, par son ambition et son impact sur la ville, le métro d’Abidjan s’impose comme un projet hors normes Historique

Avec un coût estimé à 1166 milliards de francs CFA – près de 1,77 milliard d’euros –, aucun chantier d’infrastructure n’avait jusqu’ici atteint une telle dimension en Côte d’Ivoire. À ce jour, il demeure également le seul projet de métro urbain engagé dans l’espace francophone africain, conférant à la capitale économique ivoirienne un statut à part sur le continent.

L’ambition est à la mesure des défis d’une métropole en pleine expansion. Longue de 37,5 kilomètres, la future ligne doit relier Anyama, au nord d’Abidjan, à Port-Bouët, au sud, avec une capacité annoncée de 540000 passagers par jour Les rames pourront circuler à une fréquence élevée, jusqu’à un train toutes les 100 secondes aux heures de pointe. La mise en service est désormais attendue à l’horizon fin 2027-début 2028, dans une ville asphyxiée par des embouteillages chroniques, une pollution croissante et des temps de trajet devenus socialement pénalisants.

Derrière ces chiffres spectaculaires se cache une entreprise d’une complexité rare Le tracé traverse des zones parmi les plus denses d’Abidjan, imposant une succession d’ouvrages lourds: 18 stations, 24 ponts, un viaduc franchissant la lagune Ébrié, 34 passerelles piétonnes et huit passages souterrains. Les travaux doivent composer avec un tissu urbain saturé, des réseaux existants parfois obsolètes ou mal cartographiés, et des contraintes environnementales fortes. Un chantier qui relève donc d’une opération de haute précision. Il a fallu travailler, percer, poser des rails sans interrompre la vie d’une agglomération

de plus de six millions d’habitants – et où le métro n’est d’ailleurs pas le seul grand chantier d’infrastructures…

Le projet est porté par l’État ivoirien et confié à un consortium d’entreprises françaises, la STAR. C’est le contractant chargé de la conception, de la réalisation, de l’exploitation et de la maintenance de la ligne 1. Bouygues, Alstom, Colas Rail et Keolis sont les actionnaires du groupement SICMA, la Société ivoirienne de construction du métro d’Abidjan, filiale du groupe Bouygues, réalise quant à elle les travaux.

Pour une large partie des habitants, le métro répond à une attente profonde Commerçants, salariés et étudiants voient dans cette infrastructure la promesse d’un accès plus rapide à l’emploi, aux services publics et aux pôles économiques de la ville. Dans une métropole où la mobilité conditionne largement l’inclusion sociale, ce moyen de transport apparaît comme un outil structurant, susceptible de réduire certaines fractures territoriales. Les autorités évoquent la création de près de 2000 emplois directs, ainsi qu’un effet d’entraînement sur l’aménagement de la ville, avec la construction de logements sociaux, de commerces et d’équipements collectifs le long des rails. Le métro devient ainsi un axe autour duquel se redessinent l’urbanisation et le futur d’Abidjan.

Ce chantier pharaonique agit aussi comme un test grandeur nature. Il cristallise une question centrale: quelle est la capacité des pouvoirs publics à anticiper la croissance urbaine, à moderniser les infrastructures et à concilier développement, efficacité et justice sociale. À Abidjan, plus qu’un projet de transport, le métro est devenu un enjeu de société. ■ Z.L.

AM

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