Extrait 303-N185

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L’appel du fleuve

La Loire en bande dessinée

Éditorial

La revue 303 entretient des liens fidĂšles et rĂ©guliers avec la bande dessinĂ©e : L’appel du fleuve est ainsi le troisiĂšme numĂ©ro consacrĂ© au neuviĂšme art
 Un tous les dix ans. La Loire elle-mĂȘme, par son omniprĂ©sence, semble profondĂ©ment et indĂ©fectiblement liĂ©e Ă  303. Y aurait-il alors une forme d’évidence Ă  inviter aujourd’hui les auteurs et autrices habitant le territoire ligĂ©rien Ă  crĂ©er des rĂ©cits autour dudit fleuve ?

En ce qui me concerne, oui.

Si, de Paris, je suis retournĂ© vivre Ă  Nantes – ma ville de naissance trĂšs vite quittĂ©e –, il y avait, entre autres raisons, l’envie de me rapprocher de la Loire. Si, de Nantes, je suis allĂ© vivre Ă  Saint-Florent-le-Vieil, c’était, entre autres raisons, pour ressentir plus vivement ce fleuve qui m’aimantait. « L’appel de la Loire », je crois l’avoir entendu tout au long de ma vie. J’ai fini par y rĂ©pondre plus franchement. Vivre en ville, quelle que soit la « qualitĂ© de vie » de celle-ci, je ne connaissais que trop. À Nantes, je ressentais davantage la ville en tant que telle que la Loire qui la traverse. À Saint-Florent-le-Vieil, la Loire est vĂ©ritablement le centre de gravitĂ©. Habiter un lieu c’est, Ă  mes yeux, ressentir cette gravitĂ© qui permet l’appartenance. Faire partie du monde, c’est ressentir pleinement dans notre quotidien les nĂ©cessaires interdĂ©pendances. Tenter de choisir ses liens sans s’aliĂ©ner me paraĂźt ĂȘtre l’un des plus beaux buts de l’existence. Et c’est une forme de luxe que de rĂ©ussir Ă  habiter un lieu qui nous convient, qu’on l’ait choisi ou que l’on s’y soit adaptĂ©. L’équipe de 303 a donc visĂ© juste en me proposant un projet sur lequel j’aurais pu avoir envie de me pencher moi-mĂȘme si l’idĂ©e m’était venue plus tĂŽt et si les conditions avaient Ă©tĂ© rĂ©unies. Mais leur esprit a prĂ©cĂ©dĂ© le mien et l’effet de surprise n’a fait qu’accroĂźtre mon plaisir
 Orchestrer un hors-sĂ©rie sur la Loire « tout en bande dessinĂ©e » pour une revue que j’apprĂ©cie tant, au sein d’un collectif dans lequel je peux Ă©galement m’exprimer comme auteur, est un vĂ©ritable cadeau. C’est donc avec un sentiment de gratitude et « d’évidence » que je me suis attelĂ© Ă  la conception de L’appel du fleuve. Mais qu’en Ă©tait-il des auteurs et autrices des Pays de la Loire que nous voulions contacter ?

Est-ce que la Loire fait partie de leur quotidien ? Qui a conscience de sa prĂ©sence ? Exerce-t-elle une influence sur leur vie et, si oui, Ă  quel degrĂ© ? A-t-elle participĂ© Ă  l’élaboration de leur identitĂ©, ou bien est-ce une rencontre trop rĂ©cente ? Qui se sent « ligĂ©rien·ne » ? Qui a envie de s’emparer du sujet ? Qui a des choses Ă  en dire ? Qui croit n’avoir rien Ă  en dire ? Qui se sent lĂ©gitime ?!

Bien sĂ»r, « la Loire » est un sujet extrĂȘmement vaste et il ne s’agissait pas de tenter, vainement, d’en faire le tour. Il ne s’agissait pas non plus d’en faire un « pur » travail de commande mais d’inviter les auteurs et autrices Ă  rĂ©aliser des rĂ©cits « comme ils l’entendaient ». Notre rĂŽle Ă©tait de leur proposer un cadre, des consignes, des sujets, des ressources, parfois de crĂ©er des liens et souvent d’ouvrir des discussions. Libre ensuite aux artistes de s’en emparer ou non, le plus librement possible, avec leur subjectivitĂ© et leur personnalitĂ©. Les accompagner, sans injonctions. Des rĂ©cits de tous genres et d’une grande diversitĂ© sont apparus. Parfois intimes, personnels, autobiographiques, parfois documentaires, pĂ©dagogiques. De fiction, de non-fiction, de fiction non fictive et de non-fiction fictive. Beaucoup de porositĂ©, d’hybriditĂ©, de contrastes ou d’échos entre leurs histoires, oĂč l’on cĂ©lĂšbre le vivant, oĂč l’on cĂŽtoie la mort et les fantĂŽmes. La Loire se raconte par le biais de la poĂ©sie, de la magie, du fantastique, de la science-fiction, de la sociologie, de la biologie, de l’écologie


Rien d’étonnant Ă  retrouver cette richesse et cette variĂ©tĂ© ici
 Elles sont Ă  l’image de la bande dessinĂ©e contemporaine, grandement reprĂ©sentĂ©e dans les Pays de la Loire. Ses diffĂ©rents courants, mues, flux, fluides et fluctuations, viennent se mĂȘler dans ce recueil Ă  ceux de la Loire en crue, au service d’un grand cru.

L’appel du fleuve

La Loire en bande dessinée

3

Éditorial

Gwen de Bonneval, auteur de bande dessinée

6

Histoire(s) d’un paysage

Maël Rannou, directeur des bibliothÚques de Caen

18 la loire en bande dessinée

20

1024 kilomĂštres

Benjamin Bachelier

◊

Roue dans roue

Stéphane Melchior, scénariste

32

Les bascules

Gwen de Bonneval

◊

Clairvoyance

Fabien Vehlmann, scénariste de bande dessinée

42

Boucles d’eau

Olivier Josso Hamel

◊

Huit couché

Laure Del Pino, auteur et enseignante de bande dessinée

52

Lettre Ă  un ancĂȘtre

Tanitoc

◊

Les mystĂšres de Tanitoc

Laurence Grove, professeur et directeur du Stirling Maxwell

Centre Ă  l’universitĂ© de Glasgow

62

Mes voisins les indienneurs.

Beauté et laideur

Charles Dutertre

Passager clandestin

Alex Cousseau, auteur de romans et d’albums illustrĂ©s

72

Une fabuleuse épopée

Mathieu Demore (dessins) et Anne-Sophie Dumeige (scénario)

◊

Une parenthĂšse

Mathis, auteur-illustrateur

82

Alluvion

Mélanie Allag

ChÚre Mélanie

AnnaĂŻg Plassard, autrice

90

Loire Sentinelle

Pauline Hébert

Les pieds dans le milieu

Sébastien Rochard, journaliste

98

Le come-back du castor d’Europe

Leslie Plée

◊

Castor, j’adore !

Doan Bui, autrice et journaliste

104

Des fraises sur la Lune

Vincent Sorel

◊

Des phrases sur la Lune

Gregory Buchert, écrivain et plasticien

114

Marie-Aline Le Cler : Total Combat

Ariane Hugues (dessins) et Sébastien Rochard (scénario)

◊

La bonne fĂ©e de l’estuaire

Tiphaine Crézé, journaliste et rédactrice

124

Dans mes eaux

Tangui Jossic

◊

La forme d’une üle

Caroline Amouraben, autrice

130

Fleuve fantĂŽme

AdĂšle Verlinden

◊

Droit dans les yeux

Maxime Gueugneau, journaliste spécialisé dans le dessin

138

Le Marais de la Roche

Laure Del Pino

◊

Les eaux croisées de Laure Del Pino

Olivier Josso Hamel, auteur de bande dessinĂ©e et professeur d’enseignement artistique

144

Béhuard. Sauf en temps de crue, le village se visite à pied

Pascal Rabaté

◊

Disons-le !

Alain Kokor, auteur de bande dessinée désaccordé et musicien accordé

154

Le Cygne Noir

Benjamin Adam

◊

Des fictions comme des cygnes noirs

HélÚne Gaudy, écrivaine

162

Neoned

Fred Blanchard

◊

Fred Blanchard : anatomie d’un concept artist

Lloyd Chéry, rédacteur en chef adjoint de Métal Hurlant

168

Comment j’ai failli mourir !

Glen Chapron

◊

Le pouvoir du plongeur

Yann Le Bras, auteur-illustrateur

178

Paimblotin d’occasion

Nina Lechartier (dessins) et Henri Landré (scénario)

◊

Ce que je sais, ce que je crois, ce que je devine

Éva Prouteau, critique d’art

188

Le partage des eaux

JérÎme Mulot

◊

Accueilli par le paysage

Dominique A, artiste

198

Traversées

Thierry Bedouet

◊

Croisements

Fabien Grolleau, auteur et éditeur de bande dessinée

206 À vĂ©lo !

Mathis (scénario) et Aurore Petit (dessins)

◊

À hauteur d’insectes et de brins d’herbe

Coline Pierré, écrivaine

214

La Marche du Fleuve

Anna Conzatti (dessins) et Fabien Vehlmann (scénario)

◊

Plongez !

Henri Landré, programmateur musical

Histoire(s) d’un paysage

Paysage et bande dessinĂ©e ont toujours Ă©tĂ© trĂšs connectĂ©s. Du simple dĂ©cor au carnet de voyage, les rĂ©cits se sont dĂ©veloppĂ©s en grandes aventures Ă©piques, jusqu’à atteindre des paysages intimes. Des approches qui se croisent plus que l’on ne pourrait le croire.

Pour les profanes, dont je suis, Ă©voquer un « paysage » fait surtout penser Ă  la nature, Ă  des paysages a minima boisĂ©s, montagnards
 sauf si le terme est suivi d’une prĂ©cision comme « urbain ». Tout ceci est un peu illusoire tant les paysages « naturels » n’existent pas, les bocages trĂšs prĂ©sents dans les Pays de la Loire nous le rappellent, comme les pĂąturages ailleurs. Le paysage est aussi, de maniĂšre plus large, tout ce que l’on voit Ă  travers quelque chose : on regarde le paysage par une fenĂȘtre, et ce peut ĂȘtre n’importe quoi – d’un dĂ©sert aux toits, en passant par un port ou un terrain vague. La bande dessinĂ©e, qui utilise massivement le systĂšme de cases dĂ©coupant la page, offre autant de points de vue et pourrait nous faire dire, avec l’architecte Lucien Kroll (qui n’en demandait pas tant), que « tout est paysage ». Au-delĂ  de la boutade, ce penseur associait bien le paysage, dans une globalitĂ©, avec l’action humaine, l’environnement, les espĂšces vivantes
 Dessiner un paysage est nĂ©cessairement faire un ensemble de choix de reprĂ©sentations, on montre une chose plutĂŽt qu’une autre, on sĂ©lectionne plus ou moins consciemment ce que l’on a sous les yeux (ou en mĂ©moire) pour faire rĂ©cit, Ă  travers une intervention trĂšs humaine sur cette « nature » soudain figĂ©e. Avec cette reprĂ©sentation, les paysages dessinĂ©s incarnent des paroles, portant des visions prĂ©servatrices, intimes, folkloriques (au pire, coloniales), racontant les liens de leurs auteurices aux territoires reprĂ©sentĂ©s : du touriste au porte-parole, il y a mille maniĂšres.

Carnets de voyage

Rodolphe Töpffer, le Suisse inventeur de la « littĂ©rature en estampes », a ainsi publiĂ©, Ă  cĂŽtĂ© de ce qui est considĂ©rĂ© comme les premiĂšres bandes dessinĂ©es, plusieurs dizaines de rĂ©cits de voyages illustrĂ©s entre 1825 et 1842, se joignant dĂšs l’origine au neuviĂšme art. Durant tout le xixe siĂšcle, les dessinateurs mettront en scĂšne des paysages, parfois pittoresques ou exotisants, parfois pour porter un propos humoristique, comme Gustave DorĂ© et sa Sainte Russie, ou Martial PotĂ©mont documentant l’abolition de l’esclavage Ă  La RĂ©union en 1848 avec une verve fĂ©roce. La bande dessinĂ©e dĂ©crivant des lieux lointains, mais aussi des marchĂ©s, des scĂšnes de vie, autant de territoires ainsi fixĂ©s, rendez-vous centraux des planches publiĂ©es jusqu’à la PremiĂšre Guerre mondiale, que ce soit en France ou ailleurs : comme l’a dĂ©couvert Thierry Smolderen, le journal anglais The Graphic publie de nombreux reportages dans ses pages – rappelant bien que la BD documentaire n’est pas une innovation rĂ©cente. Ces descriptions prĂ©cises, instructives, et parfois dĂ©calĂ©es, se retrouvent pleinement dans les pages de Leslie PlĂ©e, ou dans celles de Charles Dutertre qui, d’un paysage urbain et d’une toponymie mystĂ©rieuse, retrace l’histoire d’un lieu et de ceux qui l’ont habitĂ©.

Si la mer et les fleuves ont surtout nourri une BD d’aventures maritimes, avec des classiques reconnus comme Les Passagers du vent de François Bourgeon ou L’Épervier de Pellerin, nombreux sont les dessinateurs à avoir aussi mis leurs pas dans ceux des arpenteurs. C’est aussi la grande

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Planche extraite de Loire, d’Étienne Davodeau. Étienne Davodeau © Éditions Futuropolis 2023.

La Loire en bande dessinée

1024 kilomĂštres

Les bascules

Boucles d’eau

Lettre Ă  un ancĂȘtre

Tanitoc

Mes voisins les indienneurs. Beauté et laideur

Une fabuleuse épopée

Mathieu Demore et Anne-Sophie Dumeige

Alluvion

Loire Sentinelle

Le come-back du castor d’Europe

Des fraises sur la Lune

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