AM 394 FREE

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SAHEL

ARMÉES

ENQUÊTE

La tragĂ©die du vol 302 d’Ethiopian

INTERVIEWS

◗ Tiken Jah Fakoly

◗ Nawel Ben Kraïem

◗ Yasmina Khadra

ARTS

« IncarNations » : Sindika

Dokolo expose Ă  Bruxelles

ET MAINTENANT? TUNISIE

Crise politique, dĂ©rive Ă©conomique, incertitudes
 Comment sortir de l’impasse.

UN SOMMET À NIAMEY

Du 4 au 8 juillet, Niamey, capitale du Niger, sera le centre du continent. Pour un sommet extraordinaire de l’Union africaine. PrĂšs de 25 chefs d’État et des milliers de participants viendront marquer la naissance de la Zleca, la zone de libre-Ă©change continentale africaine. On pourrait croire Ă  la naissance d’un nouveau « machin », pour reprendre une expression fameuse du gĂ©nĂ©ral de Gaulle (Ă  propos des Nations unies). Pourtant, il y a lĂ  quelque chose de nouveau, et peut-ĂȘtre de « transformateur ». L’arrivĂ©e de la Zleca pourrait bouleverser la donne. Elle renforcera l’idĂ©e que l’Afrique est « une », que les opportunitĂ©s de son marchĂ© intĂ©rieur, c’est-Ă -dire de ses forces propres, peuvent porter un ambitieux schĂ©ma de dĂ©veloppement. MenĂ©e Ă  bien, en surmontant les difficultĂ©s, la Zleca donnerait naissance au plus vaste espace de libre-Ă©change au monde. Un ensemble de plus d’un milliard d’habitants, reprĂ©sentant prĂšs de 2 500 milliards de dollars de produit intĂ©rieur brut, s’étendant de la MĂ©diterranĂ©e aux mers du Sud, entre ocĂ©an Atlantique et ocĂ©an Indien. Évidemment, l’objectif sera de dĂ©passer l’idĂ©e de « marchĂ© » pour s’orienter vers la notion de coopĂ©ration active. Le systĂšme doit permettre d’augmenter les Ă©changes interafricains (aujourd’hui 16 % du total, alors qu’en Europe, on atteint 70 %), de favoriser l’industrialisation et la prise d’ampleur des services. Et surtout sortir du piĂšge des « spĂ©cialisations ». Aujourd’hui, la plupart des pays africains produisent la mĂȘme chose (en gĂ©nĂ©ral des matiĂšres premiĂšres ou des produits semi-transformĂ©s). Ils sont concurrents entre eux et s’appauvrissent dans le marchĂ© global, trop « petits » pour progresser dans la chaĂźne de valeur. Les obstacles sont encore nombreux, immenses. Le sommet de Niamey sera un point de dĂ©part. Il faudra nĂ©gocier des annĂ©es, dĂ©finir des normes communes, des rĂšgles douaniĂšres, valables pour une cinquantaine d’États, aborder la question des barriĂšres non tarifaires, l’équilibre entre pays cĂŽtiers et pays enclavĂ©s, la mise en place des chambres de compensation pour des devises

diffĂ©rentes. Certains pays, comme le Nigeria, se mĂ©fient d’un accord qui pourrait in fine ouvrir les frontiĂšres intĂ©rieures Ă  des produits venus d’Europe ou d’Asie, via des « pays de transit » peu regardants
 Ces dĂ©bats ne sont pas vains, et rien n’est gagnĂ© d’avance. L’exemple de la construction europĂ©enne montre Ă  quel point le chemin peut ĂȘtre ardu. Et le commerce Ă  lui tout seul ne pourra pas rĂ©soudre toutes les urgences africaines. Le continent a besoin d’infrastructures, d’énergie. D’investir massivement dans le secteur social, Ă©ducation et santĂ©. De se prĂ©parer au rĂ©chauffement climatique. Mais l’unitĂ© peut crĂ©er la force. Et rĂ©vĂ©ler des opportunitĂ©s. Le sommet de Niamey et la naissance de la Zleca marquent une Ă©tape, une borne dans l’histoire. Soixante ans aprĂšs les indĂ©pendances, l’Afrique cherche Ă  se rĂ©unifier Ă©conomiquement, pour accĂ©lĂ©rer sa croissance et se dĂ©partir de son mal-dĂ©veloppement. C’est une utopie qui prend consistance, « un grand rĂȘve en avant » [voir AM no 393] qui pourrait mobiliser une ou deux gĂ©nĂ©rations de jeunes Africains.

Et puis, il y a le cas du Niger. Pays immense (1,268 million de km2, soit deux fois la France), enclavĂ© au cƓur du dĂ©sert, de ce Sahara aux confins indĂ©finissables. Un pays pauvre, engagĂ© dans une vĂ©ritable bataille pour le dĂ©veloppement. Un pays « au front » aussi, face aux djihadismes et aux milices [voir page 22]. L’effort national a Ă©tĂ© consĂ©quent en matiĂšre d’infrastructures : hĂŽtels, aĂ©roports, routes
 On mesure aussi l’effort invisible pour la sĂ©curitĂ©. Et enfin l’effort politique et diplomatique. Le prĂ©sident Issoufou Mahamadou s’est pleinement engagĂ© dans le projet. Les cycles de nĂ©gociations se tiennent Ă  Niamey, au bord du fleuve Niger. Les ratifications du traitĂ© ont Ă©tĂ© diplomatiquement nĂ©gociĂ©es par la prĂ©sidence et son Ă©quipe. Et il y a quelque chose de fortement symbolique dans cette capitale transformĂ©e, dans cette ouverture Ă  l’Afrique, dans la tenue de ce sommet ici, sur ce thĂšme prĂ©cis. LĂ  oĂč les dangers sont encore plus prĂ©sents, lĂ  oĂč les dĂ©fis du dĂ©veloppement sont encore plus prĂ©gnants, rien n’empĂȘche, au contraire, d’investir dans l’avenir, dans une vision collective et ambitieuse du futur. ■

Juillet n° 394 SOMMAIRE

3 ÉDITO

Un sommet Ă  Niamey par Zyad Limam

ON EN PARLE

8 Livres : Fred Vargas, une planĂšte en urgence par Catherine Faye

10 Musique : Africa Express, entre deux continents par Sophie Rosemont

12 Écrans : Grosse chaleur à Brooklyn par Jean-Marie Chazeau

14 Agenda : Le meilleur de la culture par  Catherine Faye

16 ÉvĂ©nement : « PrĂȘte-moi ton rĂȘve », songes itinĂ©rants par Fouzia Marouf

21 C’EST COMMENT ? Chaud devant ! par Emmanuelle PontiĂ©

34 CE QUE J’AI APPRIS Claudy Siar par Astrid Krivian

72 LE PORTFOLIO

« IncarNations », un voyage dans le temps par Zyad Limam

98 VINGT QUESTIONS À
 Zoulikha Bouabdellah par Fouzia Marouf

TEMPS FORTS

22 Sahel : Face aux armĂ©es de l’ombre par Cherif Ouazani

36 Tunisie : À la recherche d’un nouveau souffle par Zyad Limam, Frida Dahmani et Francis Ghilùs

46 Tiken Jah Fakoly : « L’Afrique unie gagnerait tous les combats » par Astrid Krivian

52 Un avion dangereux ? La tragédie du vol ET302 par Cédric Gouverneur

60 Yasmina Khadra : « Une Ɠuvre n’est jamais totalement achevĂ©e » par Fouzia Marouf

66 Nawel Ben Kraïem : « Le droit de prendre la parole » par Astrid Krivian

78 Huawei : L’Afrique comme forteresse ? par Jean-Michel Meyer

MADE IN AFRICA

88 Escapades : Tanger, en renaissance

91 Carrefours : Black Rock Sénégal

92 Fashion : Mantsho, la « fierté noire » dicte la mode par Luisa Nannipieri

VIVRE MIEUX

94 Stop Ă  la malbouffe !

95 Jeunes enfants : on limite les écrans

96 Intestin irritable : les solutions pour soulager

97 Céphalées répétitives : quelles en sont les causes ? par Annick Beaucousin et Julie Gilles

Afrique Magazine est interdit de diïŹ€usion en AlgĂ©rie depuis mai 2018. Plus d’un an !

Une dĂ©cision sans aucune justiïŹcation. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lecture) Ă  exercer une mesure de censure d’un autre temps.

Le maintien de cette interdiction pĂ©nalise nos lecteurs algĂ©riens avant tout, au moment oĂč le pays s’engage dans un grand mouvement de renouvellement.

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AFRIQUE
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Fondation Congo Assistance

Au chevet du troisiĂšme Ăąge

Depuis plus de trente ans, la Fondation Congo Assistance que dirige l’épouse du chef de l’État, Antoinette Sassou N’Guesso, consacre l’essentiel de ses activitĂ©s dans la mise en Ɠuvre d’un programme visant Ă  soulager la souïŹ€rance des plus dĂ©munis. D’oĂč la crĂ©ation de structures adĂ©quates pour les personnes ĂągĂ©es, souvent bannies de la sociĂ©tĂ© dont elles sont pourtant les piliers.

Pour preuve, la prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance a mis Ă  leur disposition la Maison des Seniors, situĂ©e Ă  MïŹlou, dans le 7e arrondissement de Brazzaville, oĂč l’on trouve des services qui tĂ©moignent du respect qu’on leur porte et toutes les conditions nĂ©cessaires pour avoir une ïŹn de vie agrĂ©able.

L’hospice des seniors de MïŹlou a Ă©tĂ© inaugurĂ© le 9 dĂ©cembre 2015 par Antoinette Sassou N’Guesso, prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance. Les travaux de construction et d’équipement ont coĂ»tĂ© environ 2,3 milliards de FCFA, dont 90 % ïŹnancĂ©s sur fonds propre de la Fondation. La construction de ce centre est le fruit des dividendes que la Fondation a rĂ©coltĂ©s lors de la cĂ©lĂ©bration de son 30e anniversaire.

La lutte contre le VIH/sida

Dans les diïŹ€Ă©rents dĂ©partements du Congo, l’épouse du chef de l’État organise des campagnes de sensibilisation sur l’élimination de la transmission du VIH de la mĂšre Ă  l’enfant, et parfois des sĂ©ances de vaccination contre le cancer du col de l’utĂ©rus.

Estimant que la rĂ©duction de nouvelles infections au VIH passe non seulement par l’information, mais aussi par l’administration aux patients d’un traitement antirĂ©troviral prĂ©coce, Antoinette Sassou N’Guesso oïŹ€re des mĂ©dicaments antirĂ©troviraux aux malades.

Le Centre national de référence de la drépanocytose

À l’occasion de la cĂ©lĂ©bration du 30e anniversaire de la Fondation Congo Assistance, l’épouse du chef de l’État avait procĂ©dĂ© le 6 mai 2015 Ă  l’inauguration du Centre national de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose « Maman Antoinette Sassou », construit dans l’enceinte du Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville.

Le Centre national de drépanocytose a, entre autres missions, la coordination des activités de dépistage et de prise en charge de la drépanocytose ; la documentation épidémiologique ainsi que la formation des spécialistes en hématologie et des diplÎmés spécialisés dans la

drĂ©panocytose. Il est aussi destinĂ© Ă  la recherche fondamentale, en tant que clinique, et Ă  la coordination des essais thĂ©rapeutiques. Initiatrice du projet, Antoinette Sassou N’Guesso, qui se dit ĂȘtre ïŹĂšre d’avoir donnĂ© au Congo et Ă  l’Afrique ce bijou, a rappelĂ© que le centre du CHU a une vocation sous-rĂ©gionale (Afrique centrale), conformĂ©ment aux conclusions des premiers Ă©tats gĂ©nĂ©raux tenus Ă  Brazzaville en 2005.

Deux enfants sur 100 au Congo touchés par la forme totale de la drépanocytose

« Au Congo, Ă  travers le Centre de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose, nous voulons crĂ©er les conditions d’une prise en charge eïŹƒciente des malades et d’une recherche appliquĂ©e, fĂ©conde et innovante », a dĂ©clarĂ© la prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance.

Par son statut et ses capacitĂ©s, le Centre national de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose a pour mission de permettre la coordination des activitĂ©s de lutte contre cette maladie gĂ©nĂ©tique, en s’appuyant sur le programme national et la Fondation Congo Assistance.

Au Congo, selon le ministÚre de la Santé, la maladie dans sa forme partielle touche 25 % de la population et deux enfants sur 100 sont touchés dans sa forme totale. Les estimations soulignent que plus de 50 000 personnes (enfants et adultes) vivent avec la forme totale de cette maladie. Une forme trÚs symptomatique, avec un risque élevé de mortalité durant la période infantile.

L’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), qui appuie le Congo dans le processus de dĂ©pistage et de prise en charge, a proposĂ© un ensemble d’interventions de santĂ© publique. Elle prĂ©conise d’amĂ©liorer l’accessibilitĂ© et la qualitĂ© des soins, de renforcer les services cliniques, de laboratoire, de diagnostic et d’imagerie mĂ©dicale, aïŹn de les rendre eïŹƒcaces et adaptĂ©s aux diïŹ€Ă©rents niveaux de systĂšme de santĂ©.

Le couple présidentiel lors de la soirée de charité de la Fondation Congo Assistance, le 22 juin 2019.

Antoinette Sassou N’Guesso honorĂ©e par l’OMS

Pour ses eïŹ€orts consentis dans la lutte contre la drĂ©panocytose, l’épouse du chef de l’État congolais a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e le 20 mai, Ă  GenĂšve, par l’Organisation mondiale de la santĂ© (OMS), lors de l’ouverture de la 72e assemblĂ©e mondiale de la santĂ©.

Antoinette Sassou N’Guesso, prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance, a reçu le diplĂŽme des mains du directeur gĂ©nĂ©ral de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui l’a fĂ©licitĂ©e de vive voix pour son engagement. Pour ce dernier, cette distinction « si bien mĂ©ritĂ©e » est Ă©troitement liĂ©e Ă  la contribution de l’épouse du chef de l’État, « hautement apprĂ©ciĂ©e dans la lutte contre la drĂ©panocytose dans la rĂ©gion africaine de l’OMS ».

Pour l’Afrique

« Sur le plan thĂ©rapeutique, des progrĂšs signiïŹcatifs, certes inĂ©gaux, sont dĂ©sormais Ă  la portĂ©e des malades. L’équitĂ© voudrait que ces progrĂšs soient partagĂ©s par tous, et notamment dans les pays les moins nantis oĂč se concentre la grande majoritĂ© des malades », a expliquĂ© Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Recevant sa distinction, Antoinette Sassou N’Guesso a rĂ©aïŹƒrmĂ© sa dĂ©termination dans la lutte contre la drĂ©panocytose et autres maladies, mĂȘme s’il existe encore quelques faiblesses aggravĂ©es par des diïŹƒ cultĂ©s ïŹ nanciĂšres. Elle a, en outre, remerciĂ© l’OMS pour sa reconnaissance, sans oublier le chef de l’État, Denis Sassou N’Guesso, pour « son appui constant et ses conseils pertinents dans la mise en Ɠuvre de ce combat ».

C’est depuis les annĂ©es 2000 que la PremiĂšre Dame du Congo, en collaboration avec sa consƓur Viviane Wade, ancienne PremiĂšre Dame du SĂ©nĂ©gal, a commencĂ© son plaidoyer, tant sur le plan national qu’international, pour la prĂ©vention et la prise en charge de cette maladie gĂ©nĂ©tique trĂšs rĂ©pandue dans le monde et reconnue aujourd’hui comme une prioritĂ© de santĂ© publique.

« Nous, qui sommes d’une gĂ©nĂ©ration qui a connu la colonisation et luttĂ© pour les indĂ©pendances et ensuite pour l’émancipation de la femme, avions toujours Ă  cƓur l’idĂ©al panafricain. Nous pensions, et nous pensons toujours, que l’Afrique devait occuper une place de choix sur l’échiquier international et que ses peuples devaient accĂ©der Ă  une bonne Ă©ducation, Ă  des soins de santĂ© de qualitĂ© et que les problĂšmes de malnutrition devaient ĂȘtre rĂ©solus dĂ©ïŹnitivement. En somme, nous continuons Ă  rĂȘver d’une Afrique qui parle d’égal Ă  Ă©gal avec les autres continents.

Que l’Afrique puisse se doter d’une vision prospective et se projeter sur les cinquante prochaines annĂ©es, avec la conviction de peser dans les affaires du monde, sera le challenge des gĂ©nĂ©rations futures. Nous avons adoptĂ© plusieurs stratĂ©gies depuis les annĂ©es 1980 et, au bilan, malgrĂ© quelques avancĂ©es, nous avons l’impression d’ĂȘtre statiques. En Ă©cho avec les prĂ©conisations de l’Agenda 2063, nous appelons la sociĂ©tĂ© africaine Ă  travailler ensemble pour construire une Afrique prospĂšre et unie, fondĂ©e sur des valeurs communes et un destin commun. Je pense que la femme africaine doit ĂȘtre plus que jamais associĂ©e Ă  la dĂ©ïŹnition et Ă  la mise en Ɠuvre des plans d’action, en ce sens qu’elle est souvent pragmatique et de bon sens. Poursuivre la lutte contre les grandes pandĂ©mies comme le sida pour aboutir Ă  leur Ă©limination totale, notamment le sida pĂ©diatrique. AmĂ©liorer la prise en charge d’une maladie qui me tient Ă  cƓur et pour laquelle je m’investis chaque jour, Ă  savoir la drĂ©panocytose. Combattre ardemment les cancers fĂ©minins et rĂ©duire la mortalitĂ© maternelle et infantile sur notre continent. EnïŹn, donner plus de confort Ă  nos anciens qui sont les dĂ©positaires et les gardiens de notre savoir ancestral, voilĂ  mon credo.

Les Africains doivent aujourd’hui, plus qu’hier, avoir foi et conïŹance en leur gĂ©nie crĂ©ateur et aux potentiels qu’ils ont. Mon Afrique, celle qui se cherchait et qui a commis des erreurs, doit prĂ©parer celle de l’estime de soi et de la ïŹertĂ©. »

ANTOINETTE SASSOU N’GUESSO

Contacter la Fondation

Brazzaville : +242 06 687 01 37 / +242 05 041 99 89 info@fondationcongoassistance.com fondationcongoassistance.com

Les PremiÚres Dames des deux Congos, lors de la journée mondiale de sensibilisation de la drépanocytose le 19 juin 2019, à Brazzaville.

Fred Vargas Une planĂšte en urgence

L’une des Ă©crivaines LES PLUS VENDUES EN EUROPE troque ses enquĂȘtes contre u n rĂ©quisitoire pour l’écologie.

C’EST MAINTENANT OU JAMAIS ! L’auteure de polars change de registre et livre un essai dans lequel elle exhorte Ă  agir pour sauver la planĂšte. Seul point commun avec les investigations du commissaire Adamsberg, son personnage phare : le crime. Mais cette fois-ci, elle s’attaque aux crimes contre la planĂšte, Ă  l’épuisement des ressources naturelles. Et contrairement Ă  ses enquĂȘtes policiĂšres, les coupables sont vite dĂ©masquĂ©s. En tĂȘte de liste, gouvernants « apparemment impuissants », milliardaires Ă  la tĂȘte des lobbies, tenus comme responsables de la dĂ©sinformation et du dĂ©sastre. Nous y sommes
 « Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la rĂ©alitĂ© que lorsqu’elle lui fait mal », Ă©crit-elle. L’engagement, elle en connaĂźt un rayon. On se souvient notamment de son implication dans l’affaire Cesare Battisti, oĂč elle n’eut de cesse de militer pour la libĂ©ration de l’écrivain italien, ex-activiste d’extrĂȘme gauche, condamnĂ© pour quatre meurtres. Aujourd’hui, c’est un appel Ă  la mobilisation et Ă  la rĂ©volution qu’elle lance. Pour l’avenir de la Terre et de l’humanitĂ©. Rien d’étonnant Ă  ce que la reine du polar français – Quand sort la recluse (2015) a Ă©tĂ© Ă©coulĂ© Ă  540 000 exemplaires et Ă  195 000 en poche – prenne Ă  bras-le-corps l’état d’urgence Ă©cologique.

É

« L’HUMANITÉ EN PÉRIL : VIRONS DE BORD, TOUTE ! », Fred Vargas, Flammarion, 256 pages, 15 €

Écrire n’est pas sa premiĂšre vocation. C’est d’abord l’archĂ©ozoologie (une discipline qui collecte des informations sur les sociĂ©tĂ©s passĂ©es Ă  partir d’ossements d’animaux) qui la passionne. L’histoire mĂ©diĂ©vale aussi. Pour se dĂ©tendre, aprĂšs ses heures de fouilles archĂ©ologiques, elle Ă©crit un premier roman, L’Homme aux cercles bleus, publiĂ© en 1991. Le deuxiĂšme, L’Homme Ă  l’envers, remporte le Grand prix du roman noir de Cognac en 2000. Si sa nature scientifique la pousse Ă  inventer des enquĂȘtes minutieuses, l’auteure est tout aussi tournĂ©e vers l’avenir. Surtout vers celui de la planĂšte, qui la prĂ©occupe au plus haut point. Épuisement des matiĂšres premiĂšres, pĂ©nurie d’eau, dĂ©forestation, Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, rien n’échappe Ă  l’inquiĂ©tude de Fred Vargas, son nom de plume, en Ă©cho Ă  celui de sa sƓur jumelle, la peintre Jo Vargas. L’hommage de cette derniĂšre Ă  Maria Vargas, personnage au destin funeste de La Comtesse aux pieds nus, pourrait bien aujourd’hui entrer en rĂ©sonance avec les dĂ©boires terriens. Qu’à cela ne tienne, l’auteure de Pars vite et reviens tard (2001), chercheuse pendant quinze ans au CNRS, s’est plongĂ©e dans la science climatique, avec l’idĂ©e de mettre toutes les informations disponibles Ă  portĂ©e de ses lecteurs. L’élĂ©ment dĂ©clencheur ? D’abord, la dĂ©mission de Nicolas Hulot, paralysĂ© par le gouvernement, lui-mĂȘme au service des grands lobbies et des multinationales. Puis, la COP24 sur le climat, en 2018, qu’elle qualifie d’« Ă©chec catastrophique ». L’HumanitĂ© en pĂ©ril est une bouteille jetĂ©e Ă  la mer, grĂące Ă  laquelle chacun peut, Ă  son Ă©chelle, mesurer l’ampleur du dĂ©sastre annoncĂ© et adopter de bonnes pratiques au quotidien. Pour tenter d’enrayer le processus de dĂ©gradation de la Terre. Et changer de cap. ■

vieux manuscrits À PRIX D’OR

IL EST ENCORE

POSSIBLE aujourd’hui de visiter la synagogue Ben Ezra, l’une des plus anciennes d’Égypte, dont les gardiens, les « veilleurs », Ă©taient traditionnellement des musulmans. C’est lĂ  que se trouve une piĂšce secrĂšte, « un cimetiĂšre sans Ăąge de manuscrits entassĂ©s pĂȘle-mĂȘle du sol au plafond, datant parfois d’un millĂ©naire ». L’auteur nous entraĂźne au Caire sur les traces de deux chercheuses de Cambridge, Ă  la fin

histoire italienne

LE FEU AUX POUDRES

CE LIVRE EST PLUS QU’UN ROMAN. Il apporte un Ă©clairage sur l’Italie actuelle et sur celle des annĂ©es Berlusconi, dans leurs rapports complexes avec la pĂ©riode fasciste. Tout commence par l’arrivĂ©e d’un Éthiopien sur le palier de l’appartement d’Ilaria, Italienne d’une quarantaine d’annĂ©es. « Je cherche Attilio Profeti », annonce le jeune homme, sur les traces de son grand-pĂšre. Or, c’est le pĂšre d’Ilaria. Tout un pan occultĂ©

« LE DERNIER

VEILLEUR DU VIEUX

CAIRE », Michael

David Lukas, Mercure de France, 272 pages, 23,80 €.

du XIXe siĂšcle, prĂȘtes Ă  tout pour se procurer des textes anciens. Et notamment des rouleaux de la Torah, dont le plus prĂ©cieux excite les convoitises des chercheurs et des musĂ©es du monde entier
 ■ C.F.

« TOUS, SAUF MOI », Francesca Melandri, Gallimard, 576 pages, 24 €

de l’histoire italienne rejaillit alors Ă  travers cette histoire familiale : la conquĂȘte et la colonisation de l’Éthiopie par les Chemises noires de Benito Mussolini, de 1936 Ă  1941. ■ C.F.

PARLE ON EN

livres

« POLITIQUE », Mazen Kerbaj, Actes Sud BD, 128 pages, 22 €.

bd

BAS LES MASQUES

DE LA DÉRISION, de l’autodĂ©rision et beaucoup de vitriol. Ajoutez Ă  cela un fond de tendresse
 Voici un portrait drĂŽle et amer du Liban et de ses voisins syriens et israĂ©liens que nous livre Mazen Kerbaj, dessinateur, trompettiste et Ă©ditorialiste libanais. Dans ce recueil d’histoires courtes, il a rĂ©uni douze annĂ©es de strips, pages et bandes dessinĂ©es sur la situation de son pays, publiĂ©es dans la presse francophone et arabophone libanaise et internationale. Un panorama sans concession, oĂč l’histoire semble se rĂ©pĂ©ter Ă  grande vitesse. Guerre, immigration, libertĂ© de la presse, Ă©cologie
 rien ne lui Ă©chappe. ■ C.F.

« LE TAMBOUR DES LARMES », Beyrouk, Elyzad poche, 248 pages, 9,90 €

roman

TAMBOUR BATTANT

SON ƒUVRE est entiĂšrement dĂ©diĂ©e au Sahara. AprĂšs Je suis seul, paru en 2018, oĂč l’auteur imagine un homme enfermĂ© dans une chambre au milieu d’une ville occupĂ©e par les djihadistes, voici la réédition en petit format du Tambour des larmes, prix Ahmadou Kourouma en 2016. Dans cette Ă©popĂ©e du dĂ©sert mauritanien, menĂ©e par la jeune Rayhana, qui troque l’univers clos du campement contre le tumulte des villes d’Atar et de Nouakchott, se tĂ©lescopent modernitĂ© et traditions ancestrales, État et codes tribaux, tĂ©lĂ©phones portables et tam-tam. Une ode Ă  la libertĂ©, Ă  la dignitĂ© et Ă  l’humanitĂ© tout entiĂšre. ■ C.F.

Avec son projet collaboratif, le leader de Gorillaz (au centre) veut crĂ©er un pont entre l’Occident et l’Afrique.

Africa Express Entre deux continents

« EGOLI », Africa Express, Africa Express/K7.

S’ouvre aujourd’hui un nouveau passionnant chapitre pour DAMON ALBARN, dont le collectif brasse tous les genres et toutes les humeurs. par Sophie Rosemont

LE LEADER DE BLUR et de Gorillaz a toujours pensĂ© que l’avenir de la musique se trouvait en Afrique. En 2006, ce multi-instrumentiste hyperactif fondait aux cĂŽtĂ©s de Martha Wainwright et de Fatboy Slim un collectif de musiciens pour crĂ©er un pont entre Occident, Orient et Afrique. Depuis un premier disque en 2009 – oĂč apparaissaient aussi bien Oumou SangarĂ© que Rachid Taha –, Africa Express a sorti plusieurs albums : Maison des jeunes (2013), Terry Riley In C Mali (2014) The Orchestra of Syrian Musicians (2016). Aujourd’hui, il nous offre Egoli, dont les 18 titres ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s Ă  Johannesbourg, en une semaine. Y est convoquĂ© ce qu’il y a de plus excitant dans la musique actuelle : Ă©lectropop, trap, funk,

: Maison des In ou encore M (2016). nou l ont ét à Joha en une Y est con y a de da a é t

house, disco, rap, folk
 Quant Ă  la liste des invitĂ©s, elle donne le tournis. CĂŽtĂ© africain, on croise le collectif BCUC, Blk Jks, Dominowe, Faka, Phuzekhemisi, Infamous Boiz, DJ Spoko, Mahotella Queens, Moonchild Sanelly, Morena Leraba, Nonku Phiri, Radio 123, Sibot, Zolani Mahola et la rappeuse Sho Madjozi
 CĂŽtĂ© anglo-saxon, on retrouve donc Damon Albarn, mais aussi Blue May, Gruff Rhys (du groupe de pop indĂ© Super Furry Animals), la batteuse et chanteuse Georgia, Ghetts, Mr Jukes ou encore Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs. Tout ce beau monde s’est entendu Ă  merveille, avec l’objectif d’aligner des titres intemporels et rĂ©solument dansants, hormis quelques exceptions. Ça commence tout en douceur avec le bien nommĂ© « Welcome », fort de l’intervention du guitariste virtuose Phuzekhemisi, avant de partir sur les chapeaux de roues avec le sĂ©millant « City in Lights ». Deux tubes arrivent vite : « Johannesburg » et un imparable « Become the Tiger ». Plus loin, on saute dans tous les sens avec « Mama », oĂč s’illustre entre autres Otim Alpha, on se laisse porter par le rap immĂ©diat de « No Games », le groove chaleureux de « Morals » ou les beats lancinants de « Sizi Freaks ». Enfin, le mĂ©lodieux « See the World » est un hymne Ă  l’ouverture et Ă  l’amour, auquel on ne peut rĂ©sister. Merci Damon ! ■

Otim Alpha et Moonchild Sanelly.

« LE SON D’APRÈS », Lala &ce, All Points/ Believe.

&CE, DU HAUT NIVEAU

Avec ce premier album, la rappeuse entre dans la cour des grands.

MAÎTRISANT LE TERRAIN du cloud rap avec bagout et dotĂ©e d’un beau timbre grave, MĂ©lanie Berthinier a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e grĂące au crew du rappeur lyonnais Jorrdee et vit dĂ©sormais Ă  Londres, mais ses origines sont Ă  chercher du cĂŽtĂ© de la CĂŽte d’Ivoire. Avec son premier album, Le Son d’aprĂšs, elle s’impose instantanĂ©ment parmi les grandes du rap contemporain. Dans le titre « Serena (Botcho) », elle rappelle la beautĂ© des postĂ©rieurs africains et la puissance des femmes noires dans un monde trop mince, trop blanc, trop aseptisĂ©, bref, un monde qui n’a plus lieu d’ĂȘtre. Toutes avec Lala &ce ! ■ S.R.

tekno kintueni

KOKOKO!,

ELECTRO FROM KINSHASA

Un nouveau genre musical Ă  la conquĂȘte du monde.

musique

R’n’B MABEL, DU PEDIGREE ET DU TALENT

DEPUIS SA PREMIÈRE MIXTAPE, Ivy to Roses, on suit de prĂšs la fille de Neneh Cherry et de Cameron McVey (producteur, entre autres, de Massive Attack et de Portishead). Son terrain de jeu ? Un R’n’B synthĂ©tique, de la pop attitude, et beaucoup d’ñme, qui bĂ©nĂ©ficie aujourd’hui Ă  son premier album, High Expectations. Des ballades mĂ©lancoliques (« I Belong to Me », « Trouble ») aux titres plus entraĂźnants (« Selfish Love », « Bad Behaviour », « Don’t Call Me Up »), toutes les chansons de l’opus tĂ©moignent du beau brin de voix de Mabel, enfant de la balle qui voit se dessiner devant elle l’autoroute de la gloire. ■ S.R.

« 28 », Doks, Urban Pias.

« HIGH EXPECTATIONS », Mabel, Polydor.

afrorap DOKS, L’ÉNERGIE MÊME

À LA CRÉATION DE KOKOKO! en 2017, ses membres n’avaient pas les moyens de se procurer les instruments qu’ils souhaitaient. Ils en ont donc bricolĂ© Ă  partir de bouteilles ou de bidons trouvĂ©s dans la rue. Ajoutez-y la boĂźte Ă  rythmes culte de la techno, la TR-808, et vous obtenez ce genre inĂ©dit, la tekno kintueni, qui mĂȘle l’électro la plus radicale Ă  des mĂ©lodies dansantes. Produit par le Français DĂ©bruit, le premier album du groupe, Fongola, exporte l’effervescence de Kinshasa sur toutes les scĂšnes du monde. ■ S.R. « FONGOLA », Kokoko!, Transgressive Records/Pias.

NÉ IL Y A 27 ANS À BRAZZAVILLE, Doks grandit au son de la rumba congolaise et passe son temps Ă  jouer au football, Ă  chanter et Ă  danser. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, direction la France, oĂč il ne perd pas son envie de bouger. Ce qui ne manque pas de s’entendre dans 28, son premier album solo, lequel arrive aprĂšs la poignĂ©e de singles qui ont ultra-buzzĂ© de son groupe, Shakalewa. On y compte pas moins de 18 titres (de « Shaina » Ă  « Papa Wemba »), ainsi que trois chansons bonus. Énergique et prolifique, Doks impose son chant haut perchĂ© autotunĂ© comme ses beats afro. ■ S.R. hip-hop LALA

Grosse chaleur Ă  Brooklyn

Dix-huit mois aprĂšs une premiĂšre saison remarquĂ©e, voici le retour de l’hĂ©roĂŻne de Spike Lee sur Netflix. Dans la suite de cette sĂ©rie au casting 100 % « black » et i nterdite aux moins de 16 a ns pour cause de scĂšnes de sexe sans fausses pudeurs, NOLA DARLING n’en fait toujours qu’à sa tĂȘte


par Jean-Marie Chazeau

ON AVAIT LAISSÉ NOLA DARLING rĂ©unissant ses trois amants pour pouvoir mieux les quitter, on la retrouve dans les bras de sa compagne. Et Spike Lee de filmer un premier Ă©pisode saphique et torride
 Mais cette nouvelle saison est (un peu) moins centrĂ©e sur la libertĂ© sexuelle de la belle artiste noire aux yeux clairs. La jeune peintre est rĂ©guliĂšrement prise entre deux feux : ĂȘtre une seconde mĂšre pour la fille de sa maĂźtresse ou se comporter comme sa grande sƓur, dĂ©velopper sa crĂ©ation artistique sans argent ou cĂ©der ses peintures Ă  une sociĂ©tĂ© qui les veut pour faire sa publicitĂ©, ou encore accepter une bourse gĂ©nĂ©reuse rĂ©servĂ©e aux artistes afro-amĂ©ricains mĂȘme si elle est financĂ©e par un odieux personnage (blanc).

Reste qu’entre deux sĂ©ances chez sa psy, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Ainsi, ce dialogue avec un beau sculpteur nigĂ©rian, qui a fait rĂ©agir : aprĂšs avoir Ă©corchĂ© les noms des comĂ©diens anglo-nigĂ©rians Chiwetel Ejiofor (Twelwe Years a Slave, Seul sur Mars
) et John Boyega (Star Wars, Ă©pisodes VII et VIII ), la jeune femme les accuse de voler les rĂŽles des comĂ©diens afro-amĂ©ricains en Ă©tant moins chers qu’eux, allusion directe Ă  des propos tenus il y a deux ans par Samuel L. Jackson. Le dĂ©bat se poursuit autour de la traite nĂ©griĂšre et de l’esclavage, avant de se terminer
 au lit ! L’échange a fait rĂ©agir John Boyega sur Twitter, et les connaisseurs de l’Afrique ont remarquĂ© en passant que le sculpteur en question, prĂ©sentĂ© comme nigĂ©rian donc, portait dans son atelier une tenue traditionnelle du Ghana
 Quand il la porte, car il sculpte nu.

C’est qu’il fait chaud dans bien des Ă©pisodes, lesquels nous entraĂźnent de la plage de Coney Island jusqu’à Porto Rico, dont on dĂ©couvre la communautĂ© noire. Chaude ambiance Ă©galement dans l’hommage de la rue new-yorkaise Ă  Prince, filmĂ© comme un documentaire, ou dans les tensions entre les riches blancs, qui participent Ă  la gentrification de tout un quartier, et une partie de la population multiethnique, chassĂ©e par les prix des loyers qui flambent. En 1986, la version cinĂ©matographique racontait une guĂ©rilla urbaine poussĂ©e par la canicule. Trente-trois ans plus tard, la chaleur continue de monter autour de Nola Darling
 ■

« NOLA DARLING N’EN FAIT QU’À SA TÊTE, SAISON 2 » (États-Unis) de Spike Lee. Avec DeWanda Wise, Michael Luwoye, Anthony Ramos.

road movie

Quand les parallĂšles se croisent

UN JEUNE ANGLAIS qui vient de fĂȘter ses 18 ans au Maroc en famille vole le camping-car de son beaupĂšre dans l’optique de rejoindre son pĂšre en France. Il rencontre en route un jeune Congolais de son Ăąge (StĂ©phane Bak, trĂšs demandĂ© depuis son rĂŽle dans La MisĂ©ricorde de la jungle), sans papiers, qui cherche Ă  gagner l’Europe pour retrouver son frĂšre Ă  Calais. Les voilĂ  qui franchissent sans encombre, ou si peu, les frontiĂšres et les Ă©tapes, en apprenant Ă  se connaĂźtre. Entre l’ado anglais fanfaron mais Ă  l’enfance douloureuse et l’ado congolais qui se fait discret pour Ă©viter les ennuis va naĂźtre une belle amitiĂ©. Une autre vision des « migrants » en Europe, mais le scĂ©nario rĂ©serve trop d’invraisemblances pour que l’on y adhĂšre totalement. ■ J.-M.C.

thriller Cherchez l’intrus

DANS SON CINQUIÈME FILM en tant que rĂ©alisateur, Roschdy Zem se donne le rĂŽle d’une brute Ă©paisse, un type collant et suffisamment malin pour s’incruster dans la vie de deux jeunes entrepreneurs qui ont eu le malheur de faire appel Ă  ses services et qui vont vite le regretter. Ce remake d’un thriller brĂ©silien (L’Intrus, de Beto Brant, sorti en 2001) est transposĂ© dans un Sud oĂč les gitans jouent les gros bras et oĂč l’on peut tomber sur un tripot Ă  l’arriĂšre d’une Ă©picerie arabe. On y croise aussi une femme fatale (Hafsia Herzi), des promoteurs et des politiques forcĂ©ment pourris
 Les rebondissements s’enchaĂźnent jusqu’à un final trĂšs sĂ©rie B. Mais c’est aussi, mine de rien, une dĂ©nonciation de l’aviditĂ© qui mĂšne le monde, rĂ©sumĂ©e par cette rĂ©plique sans appel : « Sans la jalousie, on se contente de ce qu’on a ! » ■ J.-M.C.

« PERSONA NON GRATA » (France) de Roschdy Zem Avec lui-mĂȘme, Nicolas Duvauchelle, RaphaĂ«l Personnaz, Hafsia Herzi.

superproduction

Les hippies Ă  Hollywood

LE 8 AOÛT 1969, les membres d’une communautĂ© hippie tuent dans sa villa Sharon Tate, 26 ans, enceinte de six mois, Ă©pouse du rĂ©alisateur Roman Polanski
 Cinquante ans plus tard, Tarantino nous refait le coup d’Inglourious Basterds oĂč Hitler mourrait avant l’heure, en jouant avec la rĂ©alitĂ© historique. Mais ici, le rĂ©cit est centrĂ© sur les voisins de l’actrice : un acteur sur le dĂ©clin (Leonardo DiCaprio), toujours flanquĂ© de sa doublure cascade (Brad Pitt), qui est aussi son homme Ă  tout faire. Les comĂ©diens sont au sommet de leur art, et la reconstitution des tournages – oĂč l’on rencontre un Bruce Lee en furie – est un rĂ©gal et fait presque oublier une fin problĂ©matique
 ■ J.-M.C.

ONCE UPON A TIME IN
 HOLLYWOOD (États-Unis) de Quentin Tarantino Avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Margot Robbie

« ROADS » (France-Allemagne) de Sébastien Schipper. Avec Fionn Whitehead, Stéphane Bak, Ben Chaplin.

sens et conscience

L’ƒIL DE SALGADO

CÉLÈBRE

LES DROITS

DE L’HOMME

RĂ©trospective d’une Ɠuvre qui FAIT ÉCHO aux valeurs humanistes portĂ©es par le lieu.

SOIXANTE-DIX ANS aprĂšs la DĂ©claration universelle des droits de l’homme, signĂ©e au palais de Chaillot, l’exposition consacrĂ©e au BrĂ©silien SebastiĂŁo Salgado illustre plusieurs articles du texte de 1948. L’accrochage est exceptionnel. Une trentaine d’images en grand format, prises tout au long de ses quarante ans de carriĂšre dans une vingtaine de pays, notamment sur le continent, courent le long des murs du musĂ©e de l’Homme, un lieu ancrĂ© dans l’engagement humaniste et universaliste. Moment de priĂšre dans le dĂ©sert algĂ©rien, camp de rapatriĂ©s du ZaĂŻre et du Burundi au Rwanda, chaque photo claque, tant par la texture que par la composition. Mais c’est surtout le souffle qui s’en dĂ©gage qui saisit. L’homme seul, l’homme multiple, l’homme face Ă  l’immensitĂ©, l’homme face Ă  l’adversitĂ©. Les photos de Salgado informent. Provoquent le dĂ©bat. Et, plus que jamais, donnent sens au premier article de la DĂ©claration : « Tous les ĂȘtres humains naissent libres et Ă©gaux en dignitĂ© et en droits. » ■ Catherine Faye « DÉCLARATIONS. SEBASTIÃO SALGADO », musĂ©e de l’Homme, Paris, France, jusqu’au 11 novembre 2019. museedelhomme.fr

Moment de priÚre dans le désert algérien, en 2009.

Salif Keita présentera en ouverture son dernier opus, Un autre Blanc.

voyage musical UN FESTIVAL À LA RENCONTRE DES CULTURES D’AFRIQUE, DES CARAÏBES ET D’AMÉRIQUE LATINE TREIZE JOURS pour une

célébration planétaire.

C’EST LE PLUS GRAND rendez-vous des musiques du monde sur le continent amĂ©ricain. Avec plus de 700 artistes d’une trentaine de pays, des centaines de milliers de festivaliers, treize jours de concerts dans six salles de spectacles Ă  MontrĂ©al et un village Ă©phĂ©mĂšre au cƓur du centre-ville, le festival, fondĂ© par la lĂ©gende montrĂ©alaise Lamine TourĂ©, accueille les grands noms de la scĂšne internationale, comme les nouvelles gĂ©nĂ©rations de musiciens Ă©mergents. Du Malien Salif Keita, qui ouvrira le festival, Ă  la chanteuse montrĂ©alaise d’origine sud-africaine Lorraine Klaasen, en passant par le lĂ©gendaire groupe de kompa haĂŻtien Tabou Combo ou encore Mamadou Diabate, accompagnĂ© de Zal Sissokho lors de la Nuit de la kora, la programmation se fait l’écho de la ville francophone la plus peuplĂ©e d’AmĂ©rique, cosmopolite, multiculturelle. Un terreau fertile pour la musique du monde. ■ C.F. 33E ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS

D’AFRIQUE, MontrĂ©al, Canada, du 9 au 21 juillet 2019. festivalnuitsdafrique.com

mouvement intemporel

de Ouattara Watts, 1994.

bras-le-corps

Une fĂȘte sonore et visuelle empreinte de SPIRITUALITÉ animiste.

OUATTARA WATTS PEINT avec des brosses, des pinceaux, avec la main, avec son corps. Des chants pygmĂ©es Ă  Mark Rothko, de Cy Twombly Ă  Fela Kuti, de John Coltrane Ă  Basquiat
 Ses Ɠuvres, parfois monumentales, rappellent que le gĂ©nie artistique est intemporel et ne connaĂźt pas de frontiĂšres. Une virĂ©e initiatique et une explosion de sons et de couleurs Ă  la hauteur de l’énergie et de la gĂ©nĂ©rositĂ© de la peinture de l’Ivoirien, new-yorkais depuis trente ans. ■ C.F. « OUATTARA WATTS. RÉSONANCES », Eymoutiers, France, jusqu’au 17 novembre 2019. espace-rebeyrolle.com

concordance des temps

Vichy explore le dynamisme de l’art au Congo-Kinshasa

DE GRANDS NOMS de la RĂ©publique du Congo, connus et reconnus, comme Cheri Samba, Cheri Cherin, Pierre Bodo, Mbiya, y cĂŽtoient la nouvelle gĂ©nĂ©ration – Peter Tujibikile, Sam Ilus, Moke Fils, Amani Bodo, Mika, Bodo Fils, Jean Claude Lofenia, Shula
 Tableaux, sculptures, vidĂ©os, mode, musique made in RDC, pour une exposition sĂ©millante, dans un ex-Ă©tablissement thermal du XIXe siĂšcle. En faisant cohabiter art contemporain et art ancien traditionnel, la scĂ©nographie crĂ©e le dialogue et ancre l’évĂ©nement dans l’histoire mondiale de l’art. ■ C.F.

« CONGO PAINTINGS », musĂ©e des Arts d’Afrique et d’Asie, Vichy, France, jusqu’au 31 octobre 2019. musee-aaa.com

mondes parallùles À VENISE, LES AFRICAINS

BRILLENT PAR LEUR ORIGINALITÉ

Et réveillent la SCÈNE

ARTISTIQUE contemporaine.

LE CONTINENT N’AVAIT pas fait autant parler de lui Ă  Venise depuis 2015. Et pour leur premiĂšre participation, les pavillons du Ghana et de Madagascar frappent fort. Le premier, avec des artistes comme Ibrahim Mahama, El Anatsui ou le cĂ©lĂšbre architecte anglo-ghanĂ©en David Adjaye. Madagascar, avec l’Ɠuvre de JoĂ«l Andrianomearisoa, rĂ©alisĂ©e avec 50 000 feuilles de papier de riz noir. « On veut dĂ©mystifier l’Afrique et montrer aux yeux du monde que nos artistes sont aussi bons que les autres », confie Raphael Chikukwa, commissaire du pavillon du Zimbabwe. Parmi les 89 nations qui rivalisent cette annĂ©e dans l’espoir de dĂ©crocher un Lion d’or ou, Ă  dĂ©faut, une visibilitĂ© exceptionnelle auprĂšs des dĂ©cideurs les plus influents (critiques, musĂ©es, collectionneurs), citons la reine sudafricaine Zanele Muholi, la jeune peintre nigĂ©riane Njideka Akunyili Crosby, l’Éthiopienne Julie Mehretu ou encore les quatre Égyptiens, Ahmed Chiha, Ahmad Abdel Karim, Islam et Moataz Abdallah. Preuve du dynamisme de l’art contemporain africain. ■ C.F.

58E BIENNALE D’ART, Venise, Italie, jusqu’au 24 novembre 2019. labiennale.org

Barouh,
DĂ©tail d’une tenture d’El Anatsui rĂ©alisĂ©e avec des bouchons de bouteille.

Songes itinérants

Le projet est ambitieux. RĂ©unir des artistes africains en rĂ©sidence au Maroc, puis partir sur la route pour une exposition continentale. Six pays sont prĂ©vus pour cette caravane. Objectif : rapprocher l’Ɠuvre de son premier public ! « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » a donc Ă©té lancĂ©e à CASABLANCA les 18, 19 et 20 juin derniers. Une visite comme si vous y Ă©tiez. par Fouzia Marouf, envoyĂ©e spĂ©ciale

DÎNER CONVIVIAL AU BORD DE L’OCÉAN, Ă  Casablanca, le 17 juin. Freddy Tsimba, sculpteur congolais au trait politique, et Bill KouĂ©lany, Ă  la veine radicale, Ă©galement congolaise, Ă©changent longuement. Tsimba, natif de Kinshasa, connaĂźt le Maroc et a dĂ©jĂ  créé en rĂ©sidence artistique Ă  Ifitry, sous l’impulsion du photographe Mustapha Romli, comme ses homologues BarthĂ©lĂ©my Toguo et Soly

PremiĂšres dates sur l’agenda : du 18 juin au 31 juillet 2019, Ă  Casablanca, Ă  la Villa d’Anfa ; en septembre-octobre 2019, Ă  Dakar, au musĂ©e des Civilisations noires ; en juin-juillet 2020, Ă  Marrakech.

CissĂ©, Ă©galement prĂ©sents. « Si, en Europe, les biennales et les foires d’art contemporain ont le monopole de l’art issu du continent, c’est Ă  nous de montrer la crĂ©ation artistique nĂ©e en Afrique », prĂ©cise Simo Chaoui, directeur associĂ© de La Galerie 38, connue pour ses vernissages aux allures de show dans la mĂ©tropole. Quant Ă  Fihr Kettani, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Fondation pour le dĂ©veloppement de la culture contemporaine africaine (FDCCA), créée en janvier 2019, il rappelle l’objectif de « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » : « FĂ©dĂ©rer les principaux acteurs de la scĂšne culturelle en collaborant sous le prisme panafricain. »

Un pari nĂ© il y a trois ans lors d’une discussion informelle entre Simo Chaoui et Yacouba KonatĂ©, ancien commissaire

À gauche : les Ɠuvres d’une Ă©tonnante vitalitĂ© du Marocain Mohamed Melehi dialoguent avec celles, inspirĂ©es, (sur le mur du fond) du Camerounais BarthĂ©lĂ©my Toguo.

PARLE ON EN événement

Ci-dessous, de gauche Ă  droite : l’artiste Abdoulaye KonatĂ©, Arnaud Laubhouet, cofondateur de la FDCCA, le commissaire gĂ©nĂ©ral Yacouba KonatĂ© et Brahim Alaoui, commissaire artistique.

Jems Robert Koko Bi, figure montante de l’art contemporain en CĂŽte d’Ivoire, en rĂ©sidence Ă  Casablanca.

de la Biennale de Dakar et actuel commissaire gĂ©nĂ©ral de l’évĂ©nement. « Persiste la mĂ©prise qu’il ne se passe rien de propre Ă  l’Afrique », lĂąche sans ambages KonatĂ©, qui a Ă©tĂ© le maĂźtre d’Ɠuvre de l’exposition et dont l’ambition est d’inverser le rĂȘve Nord-Sud pour montrer comment l’Afrique offre un terrain fertile Ă  la crĂ©ation.

Le projet de « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » : rĂ©unir en rĂ©sidence une trentaine d’artistes de 15 nationalitĂ©s diffĂ©rentes, crĂ©er des Ɠuvres originales et se lancer dans une grande caravane continentale. Une ambition soutenue et partagĂ©e dĂšs le dĂ©but par le prince Moulay IsmaĂŻl, qui prend la prĂ©sidence de la FDCCA, en cultivant la discrĂ©tion. En tout cas, le 18 juin, le vernissage crĂ©e la surprise Ă  la Villa d’Anfa, un somptueux espace avec piscine. On y retrouve avec plaisir l’Ɠuvre d’El Anatsui, natif du Ghana, pur orfĂšvre de l’art du recyclage. On salue la prĂ©sence du Sud-Africain Wiliam Kentridge, du Marocain Mohamed Melehi et des incontournables ChĂ©ri Samba (RD Congo) et Abdoulaye KonatĂ© (Mali). Sans oublier Yazid Oulab (AlgĂ©rie), dont les aquarelles s’inspirent autant de la poĂ©sie soufie que du monde ouvrier français.

Le 19 juin, ce parcours pluridisciplinaire en plusieurs actes s’est poursuivi Ă  la galerie Shart, fondĂ©e par Hassan Sefrioui, qui a dĂ©frichĂ© la jeune Ă©cole des artistes marocains, puis Ă  la galerie Venise Cadre (devenue GVCC), Ă  Casablanca, offrant un jus vintage avec, aux commandes, Mehdi Hadj Khalifa, jeune curateur mordant apparu sur le marchĂ© de l’art en 2009, spĂ©cialiste de la scĂšne artistique Ă©mergente. À l’origine du programme Mastermind, qui mettait dĂ©jĂ  en lumiĂšre les jeunes talents africains, Hadj Khalifa a lancĂ© en juin l’Association des galeries d’art du Maroc (Agam).

Enfin, soucieuse d’accompagner la crĂ©ation locale, « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » a concoctĂ© une exposition parallĂšle, « Carte blanche », situĂ©e dans un nouvel espace de la mĂ©dina de Casablanca au nom Ă©vocateur, Rue de Tanger. Sa curatrice, Siham Weigant, a cherchĂ© Ă  rĂ©veiller les consciences sur le thĂšme de l’amour. Une belle idĂ©e itinĂ©rante Ă  suivre dans ses prochaines Ă©tapes, qui cĂ©lĂšbre avec talent la libertĂ© de l’artiste en Afrique. ■

Abdoulaye KonatĂ©, devant l’une de ses Ɠuvres. Le Malien s’intĂ©resse au textile, dont il aime tirer parti du relief.

Vitshois Mwilambwe Bondo, natif du RD Congo.

Adel El Siwi, principale figure de l’art contemporain en Égypte.

Ci-contre, de gauche Ă  droite, au premier plan : le Congolais Freddy Tsimba, le BurkinabĂ© Ky Siriki, ChĂ©ri Samba, Ă©galement de RD Congo, et le Camerounais BarthĂ©lĂ©my Toguo, Ă  la Villa d’Anfa, Ă  Casablanca, le 18 juin.

Joseph-Francis SumĂ©gnĂ©, sculpteur originaire du Cameroun. FĂ©ru de la fusion d’objets trouvĂ©s, il s’adonne Ă©galement Ă  la vannerie et au tissage.

À gauche, l’AlgĂ©rien Yazid Oulab, passionnĂ© de poĂ©sie soufie, aborde aussi bien la vidĂ©o, la photo, le dessin que la sculpture.

Sculpture d’homme avec masque en fer gris, signĂ©e par Joseph-Francis SumĂ©gnĂ©.

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ActualitĂ© brĂ»lante fin juin en France : six jours de « canicule »  Les mĂ©dias tournent en boucle : dĂ©finition du phĂ©nomĂšne, qui est dĂ©clarĂ© lorsque les tempĂ©ratures de la nuit culminent Ă  moins de 10 °C au-dessous de celles de la journĂ©e, qui montent, elles, autour de 37 °C, avec un « ressenti » pour le pauvre citoyen qui flirte avec 40 °C ; conseils d’experts en suffocation et malaises, etc.

Les Parisiens, entre autres, Ă©touffent dans une ville bĂ©tonnĂ©e et errent la bouche ouverte Ă  la recherche d’un lieu climatisĂ©, d’une terrasse ventĂ©e ou d’un jardin rafraĂźchi. Les maires appellent leurs citoyens du troisiĂšme Ăąge au tĂ©lĂ©phone, Ă  leur domicile, Ă  l’aide d’un disque enregistrĂ© qui serine qu’il faut boire beaucoup d’eau et martĂšle les numĂ©ros d’urgence en cas de dĂ©shydratation.

L’épreuve du brevet des collĂšges a Ă©tĂ© reportĂ©e pour que les jeunes puissent composer sous des tempĂ©ratures plus clĂ©mentes. On ferme les Ă©coles. Les agriculteurs dĂ©couvrent la sĂ©cheresse et pleurent les rĂ©coltes qui meurent avant maturation. Et lĂ , vous avez toujours un copain bien intentionnĂ© qui vous dit : « Ah, mais toi, tu ne dois pas avoir chaud. Tu es habituĂ©e, car tu vas souvent en Afrique ! » Grave erreur ! Ce que les Français ne savent pas, c’est qu’en Afrique, justement, tout est fait pour Ă©viter la chaleur. Quand on a les moyens, Ă©videmment. Les hĂŽtels, les bureaux, les villas sont climatisĂ©s. Personne ne marche sous le soleil. Du coup, la chaleur, on choisit de la subir quand on va Ă  la mer ou Ă  la piscine. Point. Tout est prĂ©vu, disponible en cas de canicule. En France, on est totalement dĂ©munis, ridicules. Les Parisiens se ruent sur les ventilateurs et les climatiseurs portatifs, qui sont en rupture avant mĂȘme que les tempĂ©ratures ne s’embrasent. Pourtant, ce n’est pas la premiĂšre vague de chaud qui s’abat sur l’Hexagone.

Et si l’on Ă©coute un peu les pythies de la mĂ©tĂ©o et les experts en affolement du climat pour les annĂ©es

Ă  venir, il faudrait que le pays se rĂ©veille vite cĂŽtĂ© Ă©quipements antifournaise en sĂ©rie. Ainsi, prĂ©parĂ©s, les Français tourneraient la page des lamentations, et les services d’urgence qui accueillent les grands dĂ©shydratĂ©s dĂ©sempliraient.

Et surtout, les restaurateurs radins qui ne veulent pas investir dans un systĂšme de refroidissement ou les pouvoirs publics obtus qui interdisent d’installer une clim dans un immeuble haussmannien pour ne pas dĂ©naturer la pierre de taille devraient tous partir en stage Ă  Ouagadougou ou Ă  YaoundĂ©. LĂ , on leur apprendra comment lutter contre une canicule.

Et accessoirement, l’image d’Épinal d’une Afrique oĂč tout le monde crĂšve de chaud dans une hutte posĂ©e sur une steppe brĂ»lante cesserait de hanter certains Français. Sur ce sujet, c’est bien eux qui sont en retard, comparĂ© Ă  notre continent surentraĂźnĂ© ! ■

Ils devraient tous partir en stage à Ouaga ou à Yaoundé. Là, on leur apprendra comment lutter contre une canicule.

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