SAHEL
ARMĂES

ENQUĂTE
La tragĂ©die du vol 302 dâEthiopian
INTERVIEWS
â Tiken Jah Fakoly
â Nawel Ben KraĂŻem
â Yasmina Khadra
ARTS
« IncarNations » : Sindika
Dokolo expose Ă Bruxelles
![]()
ARMĂES

ENQUĂTE
La tragĂ©die du vol 302 dâEthiopian
INTERVIEWS
â Tiken Jah Fakoly
â Nawel Ben KraĂŻem
â Yasmina Khadra
ARTS
« IncarNations » : Sindika
Dokolo expose Ă Bruxelles
Crise politique, dĂ©rive Ă©conomique, incertitudes⊠Comment sortir de lâimpasse.


Du 4 au 8 juillet, Niamey, capitale du Niger, sera le centre du continent. Pour un sommet extraordinaire de lâUnion africaine. PrĂšs de 25 chefs dâĂtat et des milliers de participants viendront marquer la naissance de la Zleca, la zone de libre-Ă©change continentale africaine. On pourrait croire Ă la naissance dâun nouveau « machin », pour reprendre une expression fameuse du gĂ©nĂ©ral de Gaulle (Ă propos des Nations unies). Pourtant, il y a lĂ quelque chose de nouveau, et peut-ĂȘtre de « transformateur ». LâarrivĂ©e de la Zleca pourrait bouleverser la donne. Elle renforcera lâidĂ©e que lâAfrique est « une », que les opportunitĂ©s de son marchĂ© intĂ©rieur, câest-Ă -dire de ses forces propres, peuvent porter un ambitieux schĂ©ma de dĂ©veloppement. MenĂ©e Ă bien, en surmontant les difficultĂ©s, la Zleca donnerait naissance au plus vaste espace de libre-Ă©change au monde. Un ensemble de plus dâun milliard dâhabitants, reprĂ©sentant prĂšs de 2 500 milliards de dollars de produit intĂ©rieur brut, sâĂ©tendant de la MĂ©diterranĂ©e aux mers du Sud, entre ocĂ©an Atlantique et ocĂ©an Indien. Ăvidemment, lâobjectif sera de dĂ©passer lâidĂ©e de « marchĂ© » pour sâorienter vers la notion de coopĂ©ration active. Le systĂšme doit permettre dâaugmenter les Ă©changes interafricains (aujourdâhui 16 % du total, alors quâen Europe, on atteint 70 %), de favoriser lâindustrialisation et la prise dâampleur des services. Et surtout sortir du piĂšge des « spĂ©cialisations ». Aujourdâhui, la plupart des pays africains produisent la mĂȘme chose (en gĂ©nĂ©ral des matiĂšres premiĂšres ou des produits semi-transformĂ©s). Ils sont concurrents entre eux et sâappauvrissent dans le marchĂ© global, trop « petits » pour progresser dans la chaĂźne de valeur. Les obstacles sont encore nombreux, immenses. Le sommet de Niamey sera un point de dĂ©part. Il faudra nĂ©gocier des annĂ©es, dĂ©finir des normes communes, des rĂšgles douaniĂšres, valables pour une cinquantaine dâĂtats, aborder la question des barriĂšres non tarifaires, lâĂ©quilibre entre pays cĂŽtiers et pays enclavĂ©s, la mise en place des chambres de compensation pour des devises
diffĂ©rentes. Certains pays, comme le Nigeria, se mĂ©fient dâun accord qui pourrait in fine ouvrir les frontiĂšres intĂ©rieures Ă des produits venus dâEurope ou dâAsie, via des « pays de transit » peu regardants⊠Ces dĂ©bats ne sont pas vains, et rien nâest gagnĂ© dâavance. Lâexemple de la construction europĂ©enne montre Ă quel point le chemin peut ĂȘtre ardu. Et le commerce Ă lui tout seul ne pourra pas rĂ©soudre toutes les urgences africaines. Le continent a besoin dâinfrastructures, dâĂ©nergie. Dâinvestir massivement dans le secteur social, Ă©ducation et santĂ©. De se prĂ©parer au rĂ©chauffement climatique. Mais lâunitĂ© peut crĂ©er la force. Et rĂ©vĂ©ler des opportunitĂ©s. Le sommet de Niamey et la naissance de la Zleca marquent une Ă©tape, une borne dans lâhistoire. Soixante ans aprĂšs les indĂ©pendances, lâAfrique cherche Ă se rĂ©unifier Ă©conomiquement, pour accĂ©lĂ©rer sa croissance et se dĂ©partir de son mal-dĂ©veloppement. Câest une utopie qui prend consistance, « un grand rĂȘve en avant » [voir AM no 393] qui pourrait mobiliser une ou deux gĂ©nĂ©rations de jeunes Africains.
Et puis, il y a le cas du Niger. Pays immense (1,268 million de km2, soit deux fois la France), enclavĂ© au cĆur du dĂ©sert, de ce Sahara aux confins indĂ©finissables. Un pays pauvre, engagĂ© dans une vĂ©ritable bataille pour le dĂ©veloppement. Un pays « au front » aussi, face aux djihadismes et aux milices [voir page 22]. Lâeffort national a Ă©tĂ© consĂ©quent en matiĂšre dâinfrastructures : hĂŽtels, aĂ©roports, routes⊠On mesure aussi lâeffort invisible pour la sĂ©curitĂ©. Et enfin lâeffort politique et diplomatique. Le prĂ©sident Issoufou Mahamadou sâest pleinement engagĂ© dans le projet. Les cycles de nĂ©gociations se tiennent Ă Niamey, au bord du fleuve Niger. Les ratifications du traitĂ© ont Ă©tĂ© diplomatiquement nĂ©gociĂ©es par la prĂ©sidence et son Ă©quipe. Et il y a quelque chose de fortement symbolique dans cette capitale transformĂ©e, dans cette ouverture Ă lâAfrique, dans la tenue de ce sommet ici, sur ce thĂšme prĂ©cis. LĂ oĂč les dangers sont encore plus prĂ©sents, lĂ oĂč les dĂ©fis du dĂ©veloppement sont encore plus prĂ©gnants, rien nâempĂȘche, au contraire, dâinvestir dans lâavenir, dans une vision collective et ambitieuse du futur. â


3 ĂDITO
Un sommet Ă Niamey par Zyad Limam



8 Livres : Fred Vargas, une planĂšte en urgence par Catherine Faye
10 Musique : Africa Express, entre deux continents par Sophie Rosemont
12 Ăcrans : Grosse chaleur Ă Brooklyn par Jean-Marie Chazeau
14 Agenda : Le meilleur de la culture par Catherine Faye
16 ĂvĂ©nement : « PrĂȘte-moi ton rĂȘve », songes itinĂ©rants par Fouzia Marouf
21 CâEST COMMENT ? Chaud devant ! par Emmanuelle PontiĂ©
34 CE QUE JâAI APPRIS Claudy Siar par Astrid Krivian
72 LE PORTFOLIO
« IncarNations », un voyage dans le temps par Zyad Limam
98 VINGT QUESTIONS Ă⊠Zoulikha Bouabdellah par Fouzia Marouf
22 Sahel : Face aux armĂ©es de lâombre par Cherif Ouazani
36 Tunisie : Ă la recherche dâun nouveau souffle par Zyad Limam, Frida Dahmani et Francis GhilĂšs
46 Tiken Jah Fakoly : « LâAfrique unie gagnerait tous les combats » par Astrid Krivian
52 Un avion dangereux ? La tragédie du vol ET302 par Cédric Gouverneur
60 Yasmina Khadra : « Une Ćuvre nâest jamais totalement achevĂ©e » par Fouzia Marouf
66 Nawel Ben Kraïem : « Le droit de prendre la parole » par Astrid Krivian
78 Huawei : LâAfrique comme forteresse ? par Jean-Michel Meyer

88 Escapades : Tanger, en renaissance
91 Carrefours : Black Rock Sénégal
92 Fashion : Mantsho, la « fierté noire » dicte la mode par Luisa Nannipieri
94 Stop Ă la malbouffe !
95 Jeunes enfants : on limite les écrans
96 Intestin irritable : les solutions pour soulager
97 Céphalées répétitives : quelles en sont les causes ? par Annick Beaucousin et Julie Gilles

Afrique Magazine est interdit de diïŹusion en AlgĂ©rie depuis mai 2018. Plus dâun an !
Une dĂ©cision sans aucune justiïŹcation. Cette grande nation africaine est la seule du continent (et de toute notre zone de lecture) Ă exercer une mesure de censure dâun autre temps.
Le maintien de cette interdiction pĂ©nalise nos lecteurs algĂ©riens avant tout, au moment oĂč le pays sâengage dans un grand mouvement de renouvellement.
Nos amis algériens peuvent nous retrouver sur notre site Internet : www.afriquemagazine.com
MAGAZINE

FONDĂ EN 1983 (35e ANNĂE) 31, RUE POUSSIN â 75016 PARIS â FRANCE TĂ©l. : (33) 1 53 84 41 81 â Fax : (33) 1 53 84 41 93 redaction@afriquemagazine.com
Zyad Limam DIRECTEUR DE LA PUBLICATION DIRECTEUR DE LA RĂDACTION zlimam@afriquemagazine.com
Assisté de Maya Ayari mayari@afriquemagazine.com
RĂDACTION
Emmanuelle Pontié
DIRECTRICE ADJOINTE DE LA RĂDACTION epontie@afriquemagazine.com
Isabella Meomartini DIRECTRICE ARTISTIQUE imeomartini@afriquemagazine.com
Jessica Binois PREMIĂRE SECRĂTAIRE DE RĂDACTION sr@afriquemagazine.com
Amanda Rougier PHOTO arougier@afriquemagazine.com
ONT COLLABORĂ Ă CE NUMĂRO
Juliette Bain-Cohen-Tanugi, Jean-Marie Chazeau, Frida Dahmani, Cécile Espérou-Kenig, Catherine Faye, Francis GhilÚs, Glez, Cédric Gouverneur, Dominique Jouenne, Astrid Krivian, Fouzia Marouf, JeanMichel Meyer, Luisa Nannipieri, Cherif Ouazani, Sophie Rosemont.
VIVRE MIEUX
RĂDACTRICE EN CHEF
Danielle Ben Yahmed avec Annick Beaucousin, Julie Gilles.
VENTES
EXPORT Laurent Boin
Tél.: (33)6 87 31 88 65
France Destination Media 66, rue des Cévennes - 75015 Paris. Tél.: (33)1
00
ABONNEMENTS Com&Com/Afrique Magazine
18-20, av Ădouard-Herriot - 92350 Le Plessis-Robinson
Tél.: (33)1 40 94 22 22 - Fax: (33)1 40 94 22 32 afriquemagazine@cometcom.fr
COMMUNICATION ET PUBLICITĂ regie@afriquemagazine.com
AM International
31, rue Poussin - 75016 Paris
TĂ©l.: (33)1 53 84 41 81 â Fax: (33)1 53 84 4
AFRIQUE MAGAZINE EST UN MENSUEL ĂDITĂ PAR
31, rue Poussin - 75016 Paris.
SAS au capital de 768Â 200 euros.
PRĂSIDENT: Zyad Limam
Compogravure: Open Graphic Média, Bagnolet. Imprimeur: Léonce Deprez, ZI, Secteur du Moulin, 62620 Ruitz
Commission paritaire : 0224 D 85602 DépÎt légal : juillet 2019.
La rĂ©daction nâest pas responsable des textes et des photos reçus. Les indications de marque et les adresses figurant dans les pages rĂ©dactionnelles sont donnĂ©es Ă titre dâinformation, sans aucun but publicitaire. La reproduction, mĂȘme partielle, des articles et illustrations pris dans Afrique Magazine est strictement interdite, sauf accord de la rĂ©daction. © Afrique Magazine 2019.


Au chevet du troisiĂšme Ăąge
Depuis plus de trente ans, la Fondation Congo Assistance que dirige lâĂ©pouse du chef de lâĂtat, Antoinette Sassou NâGuesso, consacre lâessentiel de ses activitĂ©s dans la mise en Ćuvre dâun programme visant Ă soulager la souïŹrance des plus dĂ©munis. DâoĂč la crĂ©ation de structures adĂ©quates pour les personnes ĂągĂ©es, souvent bannies de la sociĂ©tĂ© dont elles sont pourtant les piliers.
Pour preuve, la prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance a mis Ă leur disposition la Maison des Seniors, situĂ©e Ă MïŹlou, dans le 7e arrondissement de Brazzaville, oĂč lâon trouve des services qui tĂ©moignent du respect quâon leur porte et toutes les conditions nĂ©cessaires pour avoir une ïŹn de vie agrĂ©able.
Lâhospice des seniors de MïŹlou a Ă©tĂ© inaugurĂ© le 9 dĂ©cembre 2015 par Antoinette Sassou NâGuesso, prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance. Les travaux de construction et dâĂ©quipement ont coĂ»tĂ© environ 2,3 milliards de FCFA, dont 90 % ïŹnancĂ©s sur fonds propre de la Fondation. La construction de ce centre est le fruit des dividendes que la Fondation a rĂ©coltĂ©s lors de la cĂ©lĂ©bration de son 30e anniversaire.
La lutte contre le VIH/sida
Dans les diïŹĂ©rents dĂ©partements du Congo, lâĂ©pouse du chef de lâĂtat organise des campagnes de sensibilisation sur lâĂ©limination de la transmission du VIH de la mĂšre Ă lâenfant, et parfois des sĂ©ances de vaccination contre le cancer du col de lâutĂ©rus.
Estimant que la rĂ©duction de nouvelles infections au VIH passe non seulement par lâinformation, mais aussi par lâadministration aux patients dâun traitement antirĂ©troviral prĂ©coce, Antoinette Sassou NâGuesso oïŹre des mĂ©dicaments antirĂ©troviraux aux malades.
Le Centre national de référence de la drépanocytose
Ă lâoccasion de la cĂ©lĂ©bration du 30e anniversaire de la Fondation Congo Assistance, lâĂ©pouse du chef de lâĂtat avait procĂ©dĂ© le 6 mai 2015 Ă lâinauguration du Centre national de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose « Maman Antoinette Sassou », construit dans lâenceinte du Centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville.
Le Centre national de drépanocytose a, entre autres missions, la coordination des activités de dépistage et de prise en charge de la drépanocytose ; la documentation épidémiologique ainsi que la formation des spécialistes en hématologie et des diplÎmés spécialisés dans la

drĂ©panocytose. Il est aussi destinĂ© Ă la recherche fondamentale, en tant que clinique, et Ă la coordination des essais thĂ©rapeutiques. Initiatrice du projet, Antoinette Sassou NâGuesso, qui se dit ĂȘtre ïŹĂšre dâavoir donnĂ© au Congo et Ă lâAfrique ce bijou, a rappelĂ© que le centre du CHU a une vocation sous-rĂ©gionale (Afrique centrale), conformĂ©ment aux conclusions des premiers Ă©tats gĂ©nĂ©raux tenus Ă Brazzaville en 2005.
Deux enfants sur 100 au Congo touchés par la forme totale de la drépanocytose
« Au Congo, Ă travers le Centre de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose, nous voulons crĂ©er les conditions dâune prise en charge eïŹciente des malades et dâune recherche appliquĂ©e, fĂ©conde et innovante », a dĂ©clarĂ© la prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance.
Par son statut et ses capacitĂ©s, le Centre national de rĂ©fĂ©rence de la drĂ©panocytose a pour mission de permettre la coordination des activitĂ©s de lutte contre cette maladie gĂ©nĂ©tique, en sâappuyant sur le programme national et la Fondation Congo Assistance.
Au Congo, selon le ministÚre de la Santé, la maladie dans sa forme partielle touche 25 % de la population et deux enfants sur 100 sont touchés dans sa forme totale. Les estimations soulignent que plus de 50 000 personnes (enfants et adultes) vivent avec la forme totale de cette maladie. Une forme trÚs symptomatique, avec un risque élevé de mortalité durant la période infantile.
LâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS), qui appuie le Congo dans le processus de dĂ©pistage et de prise en charge, a proposĂ© un ensemble dâinterventions de santĂ© publique. Elle prĂ©conise dâamĂ©liorer lâaccessibilitĂ© et la qualitĂ© des soins, de renforcer les services cliniques, de laboratoire, de diagnostic et dâimagerie mĂ©dicale, aïŹn de les rendre eïŹcaces et adaptĂ©s aux diïŹĂ©rents niveaux de systĂšme de santĂ©.


Pour ses eïŹorts consentis dans la lutte contre la drĂ©panocytose, lâĂ©pouse du chef de lâĂtat congolais a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e le 20 mai, Ă GenĂšve, par lâOrganisation mondiale de la santĂ© (OMS), lors de lâouverture de la 72e assemblĂ©e mondiale de la santĂ©.
Antoinette Sassou NâGuesso, prĂ©sidente de la Fondation Congo Assistance, a reçu le diplĂŽme des mains du directeur gĂ©nĂ©ral de lâOMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui lâa fĂ©licitĂ©e de vive voix pour son engagement. Pour ce dernier, cette distinction « si bien mĂ©ritĂ©e » est Ă©troitement liĂ©e Ă la contribution de lâĂ©pouse du chef de lâĂtat, « hautement apprĂ©ciĂ©e dans la lutte contre la drĂ©panocytose dans la rĂ©gion africaine de lâOMS ».

« Sur le plan thĂ©rapeutique, des progrĂšs signiïŹcatifs, certes inĂ©gaux, sont dĂ©sormais Ă la portĂ©e des malades. LâĂ©quitĂ© voudrait que ces progrĂšs soient partagĂ©s par tous, et notamment dans les pays les moins nantis oĂč se concentre la grande majoritĂ© des malades », a expliquĂ© Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Recevant sa distinction, Antoinette Sassou NâGuesso a rĂ©aïŹrmĂ© sa dĂ©termination dans la lutte contre la drĂ©panocytose et autres maladies, mĂȘme sâil existe encore quelques faiblesses aggravĂ©es par des diïŹ cultĂ©s ïŹ nanciĂšres. Elle a, en outre, remerciĂ© lâOMS pour sa reconnaissance, sans oublier le chef de lâĂtat, Denis Sassou NâGuesso, pour « son appui constant et ses conseils pertinents dans la mise en Ćuvre de ce combat ».
Câest depuis les annĂ©es 2000 que la PremiĂšre Dame du Congo, en collaboration avec sa consĆur Viviane Wade, ancienne PremiĂšre Dame du SĂ©nĂ©gal, a commencĂ© son plaidoyer, tant sur le plan national quâinternational, pour la prĂ©vention et la prise en charge de cette maladie gĂ©nĂ©tique trĂšs rĂ©pandue dans le monde et reconnue aujourdâhui comme une prioritĂ© de santĂ© publique.

« Nous, qui sommes dâune gĂ©nĂ©ration qui a connu la colonisation et luttĂ© pour les indĂ©pendances et ensuite pour lâĂ©mancipation de la femme, avions toujours Ă cĆur lâidĂ©al panafricain. Nous pensions, et nous pensons toujours, que lâAfrique devait occuper une place de choix sur lâĂ©chiquier international et que ses peuples devaient accĂ©der Ă une bonne Ă©ducation, Ă des soins de santĂ© de qualitĂ© et que les problĂšmes de malnutrition devaient ĂȘtre rĂ©solus dĂ©ïŹnitivement. En somme, nous continuons Ă rĂȘver dâune Afrique qui parle dâĂ©gal Ă Ă©gal avec les autres continents.
Que lâAfrique puisse se doter dâune vision prospective et se projeter sur les cinquante prochaines annĂ©es, avec la conviction de peser dans les affaires du monde, sera le challenge des gĂ©nĂ©rations futures. Nous avons adoptĂ© plusieurs stratĂ©gies depuis les annĂ©es 1980 et, au bilan, malgrĂ© quelques avancĂ©es, nous avons lâimpression dâĂȘtre statiques. En Ă©cho avec les prĂ©conisations de lâAgenda 2063, nous appelons la sociĂ©tĂ© africaine Ă travailler ensemble pour construire une Afrique prospĂšre et unie, fondĂ©e sur des valeurs communes et un destin commun. Je pense que la femme africaine doit ĂȘtre plus que jamais associĂ©e Ă la dĂ©ïŹnition et Ă la mise en Ćuvre des plans dâaction, en ce sens quâelle est souvent pragmatique et de bon sens. Poursuivre la lutte contre les grandes pandĂ©mies comme le sida pour aboutir Ă leur Ă©limination totale, notamment le sida pĂ©diatrique. AmĂ©liorer la prise en charge dâune maladie qui me tient Ă cĆur et pour laquelle je mâinvestis chaque jour, Ă savoir la drĂ©panocytose. Combattre ardemment les cancers fĂ©minins et rĂ©duire la mortalitĂ© maternelle et infantile sur notre continent. EnïŹn, donner plus de confort Ă nos anciens qui sont les dĂ©positaires et les gardiens de notre savoir ancestral, voilĂ mon credo.
Les Africains doivent aujourdâhui, plus quâhier, avoir foi et conïŹance en leur gĂ©nie crĂ©ateur et aux potentiels quâils ont. Mon Afrique, celle qui se cherchait et qui a commis des erreurs, doit prĂ©parer celle de lâestime de soi et de la ïŹertĂ©. »
ANTOINETTE SASSOU NâGUESSO
Contacter la Fondation
Brazzaville : +242 06 687 01 37 / +242 05 041 99 89 info@fondationcongoassistance.com fondationcongoassistance.com

Lâune des Ă©crivaines LES PLUS VENDUES EN EUROPE troque ses enquĂȘtes contre u n rĂ©quisitoire pour lâĂ©cologie.
par Catherine Faye
CâEST MAINTENANT OU JAMAIS ! Lâauteure de polars change de registre et livre un essai dans lequel elle exhorte Ă agir pour sauver la planĂšte. Seul point commun avec les investigations du commissaire Adamsberg, son personnage phare : le crime. Mais cette fois-ci, elle sâattaque aux crimes contre la planĂšte, Ă lâĂ©puisement des ressources naturelles. Et contrairement Ă ses enquĂȘtes policiĂšres, les coupables sont vite dĂ©masquĂ©s. En tĂȘte de liste, gouvernants « apparemment impuissants », milliardaires Ă la tĂȘte des lobbies, tenus comme responsables de la dĂ©sinformation et du dĂ©sastre. Nous y sommes⊠« Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul lâhomme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la rĂ©alitĂ© que lorsquâelle lui fait mal », Ă©crit-elle. Lâengagement, elle en connaĂźt un rayon. On se souvient notamment de son implication dans lâaffaire Cesare Battisti, oĂč elle nâeut de cesse de militer pour la libĂ©ration de lâĂ©crivain italien, ex-activiste dâextrĂȘme gauche, condamnĂ© pour quatre meurtres. Aujourdâhui, câest un appel Ă la mobilisation et Ă la rĂ©volution quâelle lance. Pour lâavenir de la Terre et de lâhumanitĂ©. Rien dâĂ©tonnant Ă ce que la reine du polar français â Quand sort la recluse (2015) a Ă©tĂ© Ă©coulĂ© Ă 540 000 exemplaires et Ă 195 000 en poche â prenne Ă bras-le-corps lâĂ©tat dâurgence Ă©cologique.


Ă
« LâHUMANITĂ EN PĂRIL : VIRONS DE BORD, TOUTE ! », Fred Vargas, Flammarion, 256 pages, 15 âŹ
Ăcrire nâest pas sa premiĂšre vocation. Câest dâabord lâarchĂ©ozoologie (une discipline qui collecte des informations sur les sociĂ©tĂ©s passĂ©es Ă partir dâossements dâanimaux) qui la passionne. Lâhistoire mĂ©diĂ©vale aussi. Pour se dĂ©tendre, aprĂšs ses heures de fouilles archĂ©ologiques, elle Ă©crit un premier roman, LâHomme aux cercles bleus, publiĂ© en 1991. Le deuxiĂšme, LâHomme Ă lâenvers, remporte le Grand prix du roman noir de Cognac en 2000. Si sa nature scientifique la pousse Ă inventer des enquĂȘtes minutieuses, lâauteure est tout aussi tournĂ©e vers lâavenir. Surtout vers celui de la planĂšte, qui la prĂ©occupe au plus haut point. Ăpuisement des matiĂšres premiĂšres, pĂ©nurie dâeau, dĂ©forestation, Ă©missions de gaz Ă effet de serre, rien nâĂ©chappe Ă lâinquiĂ©tude de Fred Vargas, son nom de plume, en Ă©cho Ă celui de sa sĆur jumelle, la peintre Jo Vargas. Lâhommage de cette derniĂšre Ă Maria Vargas, personnage au destin funeste de La Comtesse aux pieds nus, pourrait bien aujourdâhui entrer en rĂ©sonance avec les dĂ©boires terriens. QuâĂ cela ne tienne, lâauteure de Pars vite et reviens tard (2001), chercheuse pendant quinze ans au CNRS, sâest plongĂ©e dans la science climatique, avec lâidĂ©e de mettre toutes les informations disponibles Ă portĂ©e de ses lecteurs. LâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur ? Dâabord, la dĂ©mission de Nicolas Hulot, paralysĂ© par le gouvernement, lui-mĂȘme au service des grands lobbies et des multinationales. Puis, la COP24 sur le climat, en 2018, quâelle qualifie dâ« Ă©chec catastrophique ». LâHumanitĂ© en pĂ©ril est une bouteille jetĂ©e Ă la mer, grĂące Ă laquelle chacun peut, Ă son Ă©chelle, mesurer lâampleur du dĂ©sastre annoncĂ© et adopter de bonnes pratiques au quotidien. Pour tenter dâenrayer le processus de dĂ©gradation de la Terre. Et changer de cap. â
vieux manuscrits Ă PRIX DâOR
IL EST ENCORE
POSSIBLE aujourdâhui de visiter la synagogue Ben Ezra, lâune des plus anciennes dâĂgypte, dont les gardiens, les « veilleurs », Ă©taient traditionnellement des musulmans. Câest lĂ que se trouve une piĂšce secrĂšte, « un cimetiĂšre sans Ăąge de manuscrits entassĂ©s pĂȘle-mĂȘle du sol au plafond, datant parfois dâun millĂ©naire ». Lâauteur nous entraĂźne au Caire sur les traces de deux chercheuses de Cambridge, Ă la fin
LE FEU AUX POUDRES
CE LIVRE EST PLUS QUâUN ROMAN. Il apporte un Ă©clairage sur lâItalie actuelle et sur celle des annĂ©es Berlusconi, dans leurs rapports complexes avec la pĂ©riode fasciste. Tout commence par lâarrivĂ©e dâun Ăthiopien sur le palier de lâappartement dâIlaria, Italienne dâune quarantaine dâannĂ©es. « Je cherche Attilio Profeti », annonce le jeune homme, sur les traces de son grand-pĂšre. Or, câest le pĂšre dâIlaria. Tout un pan occultĂ©


« LE DERNIER
VEILLEUR DU VIEUX
CAIRE », Michael
David Lukas, Mercure de France, 272 pages, 23,80 âŹ.
du XIXe siĂšcle, prĂȘtes Ă tout pour se procurer des textes anciens. Et notamment des rouleaux de la Torah, dont le plus prĂ©cieux excite les convoitises des chercheurs et des musĂ©es du monde entier⊠â C.F.


« TOUS, SAUF MOI », Francesca Melandri, Gallimard, 576 pages, 24 âŹ
de lâhistoire italienne rejaillit alors Ă travers cette histoire familiale : la conquĂȘte et la colonisation de lâĂthiopie par les Chemises noires de Benito Mussolini, de 1936 Ă 1941. â C.F.



« POLITIQUE », Mazen Kerbaj, Actes Sud BD, 128 pages, 22 âŹ.
DE LA DĂRISION, de lâautodĂ©rision et beaucoup de vitriol. Ajoutez Ă cela un fond de tendresse⊠Voici un portrait drĂŽle et amer du Liban et de ses voisins syriens et israĂ©liens que nous livre Mazen Kerbaj, dessinateur, trompettiste et Ă©ditorialiste libanais. Dans ce recueil dâhistoires courtes, il a rĂ©uni douze annĂ©es de strips, pages et bandes dessinĂ©es sur la situation de son pays, publiĂ©es dans la presse francophone et arabophone libanaise et internationale. Un panorama sans concession, oĂč lâhistoire semble se rĂ©pĂ©ter Ă grande vitesse. Guerre, immigration, libertĂ© de la presse, Ă©cologie⊠rien ne lui Ă©chappe. â C.F.


« LE TAMBOUR DES LARMES », Beyrouk, Elyzad poche, 248 pages, 9,90 âŹ
roman
TAMBOUR BATTANT
SON ĆUVRE est entiĂšrement dĂ©diĂ©e au Sahara. AprĂšs Je suis seul, paru en 2018, oĂč lâauteur imagine un homme enfermĂ© dans une chambre au milieu dâune ville occupĂ©e par les djihadistes, voici la réédition en petit format du Tambour des larmes, prix Ahmadou Kourouma en 2016. Dans cette Ă©popĂ©e du dĂ©sert mauritanien, menĂ©e par la jeune Rayhana, qui troque lâunivers clos du campement contre le tumulte des villes dâAtar et de Nouakchott, se tĂ©lescopent modernitĂ© et traditions ancestrales, Ătat et codes tribaux, tĂ©lĂ©phones portables et tam-tam. Une ode Ă la libertĂ©, Ă la dignitĂ© et Ă lâhumanitĂ© tout entiĂšre. â C.F.
Avec son projet collaboratif, le leader de Gorillaz (au centre) veut crĂ©er un pont entre lâOccident et lâAfrique.

« EGOLI », Africa Express, Africa Express/K7.



Sâouvre aujourdâhui un nouveau passionnant chapitre pour DAMON ALBARN, dont le collectif brasse tous les genres et toutes les humeurs. par Sophie Rosemont


LE LEADER DE BLUR et de Gorillaz a toujours pensĂ© que lâavenir de la musique se trouvait en Afrique. En 2006, ce multi-instrumentiste hyperactif fondait aux cĂŽtĂ©s de Martha Wainwright et de Fatboy Slim un collectif de musiciens pour crĂ©er un pont entre Occident, Orient et Afrique. Depuis un premier disque en 2009 â oĂč apparaissaient aussi bien Oumou SangarĂ© que Rachid Taha â, Africa Express a sorti plusieurs albums : Maison des jeunes (2013), Terry Riley In C Mali (2014) The Orchestra of Syrian Musicians (2016). Aujourdâhui, il nous offre Egoli, dont les 18 titres ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s Ă Johannesbourg, en une semaine. Y est convoquĂ© ce quâil y a de plus excitant dans la musique actuelle : Ă©lectropop, trap, funk,
: Maison des In ou encore M (2016). nou l ont ét à Joha en une Y est con y a de da a é t




house, disco, rap, folk⊠Quant Ă la liste des invitĂ©s, elle donne le tournis. CĂŽtĂ© africain, on croise le collectif BCUC, Blk Jks, Dominowe, Faka, Phuzekhemisi, Infamous Boiz, DJ Spoko, Mahotella Queens, Moonchild Sanelly, Morena Leraba, Nonku Phiri, Radio 123, Sibot, Zolani Mahola et la rappeuse Sho Madjozi⊠CĂŽtĂ© anglo-saxon, on retrouve donc Damon Albarn, mais aussi Blue May, Gruff Rhys (du groupe de pop indĂ© Super Furry Animals), la batteuse et chanteuse Georgia, Ghetts, Mr Jukes ou encore Nick Zinner des Yeah Yeah Yeahs. Tout ce beau monde sâest entendu Ă merveille, avec lâobjectif dâaligner des titres intemporels et rĂ©solument dansants, hormis quelques exceptions. Ăa commence tout en douceur avec le bien nommĂ© « Welcome », fort de lâintervention du guitariste virtuose Phuzekhemisi, avant de partir sur les chapeaux de roues avec le sĂ©millant « City in Lights ». Deux tubes arrivent vite : « Johannesburg » et un imparable « Become the Tiger ». Plus loin, on saute dans tous les sens avec « Mama », oĂč sâillustre entre autres Otim Alpha, on se laisse porter par le rap immĂ©diat de « No Games », le groove chaleureux de « Morals » ou les beats lancinants de « Sizi Freaks ». Enfin, le mĂ©lodieux « See the World » est un hymne Ă lâouverture et Ă lâamour, auquel on ne peut rĂ©sister. Merci Damon ! â
« LE SON DâAPRĂS », Lala &ce, All Points/ Believe.





Avec ce premier album, la rappeuse entre dans la cour des grands.
MAĂTRISANT LE TERRAIN du cloud rap avec bagout et dotĂ©e dâun beau timbre grave, MĂ©lanie Berthinier a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e grĂące au crew du rappeur lyonnais Jorrdee et vit dĂ©sormais Ă Londres, mais ses origines sont Ă chercher du cĂŽtĂ© de la CĂŽte dâIvoire. Avec son premier album, Le Son dâaprĂšs, elle sâimpose instantanĂ©ment parmi les grandes du rap contemporain. Dans le titre « Serena (Botcho) », elle rappelle la beautĂ© des postĂ©rieurs africains et la puissance des femmes noires dans un monde trop mince, trop blanc, trop aseptisĂ©, bref, un monde qui nâa plus lieu dâĂȘtre. Toutes avec Lala &ce ! â S.R.
tekno kintueni
ELECTRO FROM KINSHASA
Un nouveau genre musical Ă la conquĂȘte du monde.

RânâB MABEL, DU PEDIGREE ET DU TALENT
DEPUIS SA PREMIĂRE MIXTAPE, Ivy to Roses, on suit de prĂšs la fille de Neneh Cherry et de Cameron McVey (producteur, entre autres, de Massive Attack et de Portishead). Son terrain de jeu ? Un RânâB synthĂ©tique, de la pop attitude, et beaucoup dâĂąme, qui bĂ©nĂ©ficie aujourdâhui Ă son premier album, High Expectations. Des ballades mĂ©lancoliques (« I Belong to Me », « Trouble ») aux titres plus entraĂźnants (« Selfish Love », « Bad Behaviour », « Donât Call Me Up »), toutes les chansons de lâopus tĂ©moignent du beau brin de voix de Mabel, enfant de la balle qui voit se dessiner devant elle lâautoroute de la gloire. â S.R.


« 28 », Doks, Urban Pias.
« HIGH EXPECTATIONS », Mabel, Polydor.


Ă LA CRĂATION DE KOKOKO! en 2017, ses membres nâavaient pas les moyens de se procurer les instruments quâils souhaitaient. Ils en ont donc bricolĂ© Ă partir de bouteilles ou de bidons trouvĂ©s dans la rue. Ajoutez-y la boĂźte Ă rythmes culte de la techno, la TR-808, et vous obtenez ce genre inĂ©dit, la tekno kintueni, qui mĂȘle lâĂ©lectro la plus radicale Ă des mĂ©lodies dansantes. Produit par le Français DĂ©bruit, le premier album du groupe, Fongola, exporte lâeffervescence de Kinshasa sur toutes les scĂšnes du monde. â S.R. « FONGOLA », Kokoko!, Transgressive Records/Pias.
NĂ IL Y A 27 ANS Ă BRAZZAVILLE, Doks grandit au son de la rumba congolaise et passe son temps Ă jouer au football, Ă chanter et Ă danser. Au dĂ©but des annĂ©es 2000, direction la France, oĂč il ne perd pas son envie de bouger. Ce qui ne manque pas de sâentendre dans 28, son premier album solo, lequel arrive aprĂšs la poignĂ©e de singles qui ont ultra-buzzĂ© de son groupe, Shakalewa. On y compte pas moins de 18 titres (de « Shaina » à « Papa Wemba »), ainsi que trois chansons bonus. Ănergique et prolifique, Doks impose son chant haut perchĂ© autotunĂ© comme ses beats afro. â S.R. hip-hop LALA


Dix-huit mois aprĂšs une premiĂšre saison remarquĂ©e, voici le retour de lâhĂ©roĂŻne de Spike Lee sur Netflix. Dans la suite de cette sĂ©rie au casting 100 % « black » et i nterdite aux moins de 16 a ns pour cause de scĂšnes de sexe sans fausses pudeurs, NOLA DARLING nâen fait toujours quâĂ sa tĂȘteâŠ
par Jean-Marie Chazeau
ON AVAIT LAISSĂ NOLA DARLING rĂ©unissant ses trois amants pour pouvoir mieux les quitter, on la retrouve dans les bras de sa compagne. Et Spike Lee de filmer un premier Ă©pisode saphique et torride⊠Mais cette nouvelle saison est (un peu) moins centrĂ©e sur la libertĂ© sexuelle de la belle artiste noire aux yeux clairs. La jeune peintre est rĂ©guliĂšrement prise entre deux feux : ĂȘtre une seconde mĂšre pour la fille de sa maĂźtresse ou se comporter comme sa grande sĆur, dĂ©velopper sa crĂ©ation artistique sans argent ou cĂ©der ses peintures Ă une sociĂ©tĂ© qui les veut pour faire sa publicitĂ©, ou encore accepter une bourse gĂ©nĂ©reuse rĂ©servĂ©e aux artistes afro-amĂ©ricains mĂȘme si elle est financĂ©e par un odieux personnage (blanc).
Reste quâentre deux sĂ©ances chez sa psy, elle nâa pas sa langue dans sa poche. Ainsi, ce dialogue avec un beau sculpteur nigĂ©rian, qui a fait rĂ©agir : aprĂšs avoir Ă©corchĂ© les noms des comĂ©diens anglo-nigĂ©rians Chiwetel Ejiofor (Twelwe Years a Slave, Seul sur MarsâŠ) et John Boyega (Star Wars, Ă©pisodes VII et VIII ), la jeune femme les accuse de voler les rĂŽles des comĂ©diens afro-amĂ©ricains en Ă©tant moins chers quâeux, allusion directe Ă des propos tenus il y a deux ans par Samuel L. Jackson. Le dĂ©bat se poursuit autour de la traite nĂ©griĂšre et de lâesclavage, avant de se terminer⊠au lit ! LâĂ©change a fait rĂ©agir John Boyega sur Twitter, et les connaisseurs de lâAfrique ont remarquĂ© en passant que le sculpteur en question, prĂ©sentĂ© comme nigĂ©rian donc, portait dans son atelier une tenue traditionnelle du Ghana⊠Quand il la porte, car il sculpte nu.
Câest quâil fait chaud dans bien des Ă©pisodes, lesquels nous entraĂźnent de la plage de Coney Island jusquâĂ Porto Rico, dont on dĂ©couvre la communautĂ© noire. Chaude ambiance Ă©galement dans lâhommage de la rue new-yorkaise Ă Prince, filmĂ© comme un documentaire, ou dans les tensions entre les riches blancs, qui participent Ă la gentrification de tout un quartier, et une partie de la population multiethnique, chassĂ©e par les prix des loyers qui flambent. En 1986, la version cinĂ©matographique racontait une guĂ©rilla urbaine poussĂ©e par la canicule. Trente-trois ans plus tard, la chaleur continue de monter autour de Nola Darling⊠â
« NOLA DARLING NâEN FAIT QUâĂ SA TĂTE, SAISON 2 » (Ătats-Unis) de Spike Lee. Avec DeWanda Wise, Michael Luwoye, Anthony Ramos.
UN JEUNE ANGLAIS qui vient de fĂȘter ses 18 ans au Maroc en famille vole le camping-car de son beaupĂšre dans lâoptique de rejoindre son pĂšre en France. Il rencontre en route un jeune Congolais de son Ăąge (StĂ©phane Bak, trĂšs demandĂ© depuis son rĂŽle dans La MisĂ©ricorde de la jungle), sans papiers, qui cherche Ă gagner lâEurope pour retrouver son frĂšre Ă Calais. Les voilĂ qui franchissent sans encombre, ou si peu, les frontiĂšres et les Ă©tapes, en apprenant Ă se connaĂźtre. Entre lâado anglais fanfaron mais Ă lâenfance douloureuse et lâado congolais qui se fait discret pour Ă©viter les ennuis va naĂźtre une belle amitiĂ©. Une autre vision des « migrants » en Europe, mais le scĂ©nario rĂ©serve trop dâinvraisemblances pour que lâon y adhĂšre totalement. â J.-M.C.


DANS SON CINQUIĂME FILM en tant que rĂ©alisateur, Roschdy Zem se donne le rĂŽle dâune brute Ă©paisse, un type collant et suffisamment malin pour sâincruster dans la vie de deux jeunes entrepreneurs qui ont eu le malheur de faire appel Ă ses services et qui vont vite le regretter. Ce remake dâun thriller brĂ©silien (LâIntrus, de Beto Brant, sorti en 2001) est transposĂ© dans un Sud oĂč les gitans jouent les gros bras et oĂč lâon peut tomber sur un tripot Ă lâarriĂšre dâune Ă©picerie arabe. On y croise aussi une femme fatale (Hafsia Herzi), des promoteurs et des politiques forcĂ©ment pourris⊠Les rebondissements sâenchaĂźnent jusquâĂ un final trĂšs sĂ©rie B. Mais câest aussi, mine de rien, une dĂ©nonciation de lâaviditĂ© qui mĂšne le monde, rĂ©sumĂ©e par cette rĂ©plique sans appel : « Sans la jalousie, on se contente de ce quâon a ! » â J.-M.C.
« PERSONA NON GRATA » (France) de Roschdy Zem Avec lui-mĂȘme, Nicolas Duvauchelle, RaphaĂ«l Personnaz, Hafsia Herzi.
LE 8 AOĂT 1969, les membres dâune communautĂ© hippie tuent dans sa villa Sharon Tate, 26 ans, enceinte de six mois, Ă©pouse du rĂ©alisateur Roman Polanski⊠Cinquante ans plus tard, Tarantino nous refait le coup dâInglourious Basterds oĂč Hitler mourrait avant lâheure, en jouant avec la rĂ©alitĂ© historique. Mais ici, le rĂ©cit est centrĂ© sur les voisins de lâactrice : un acteur sur le dĂ©clin (Leonardo DiCaprio), toujours flanquĂ© de sa doublure cascade (Brad Pitt), qui est aussi son homme Ă tout faire. Les comĂ©diens sont au sommet de leur art, et la reconstitution des tournages â oĂč lâon rencontre un Bruce Lee en furie â est un rĂ©gal et fait presque oublier une fin problĂ©matique⊠â J.-M.C.
ONCE UPON A TIME IN⊠HOLLYWOOD (Ătats-Unis) de Quentin Tarantino Avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio, Margot Robbie




sens et conscience

RĂ©trospective dâune Ćuvre qui FAIT ĂCHO aux valeurs humanistes portĂ©es par le lieu.
SOIXANTE-DIX ANS aprĂšs la DĂ©claration universelle des droits de lâhomme, signĂ©e au palais de Chaillot, lâexposition consacrĂ©e au BrĂ©silien SebastiĂŁo Salgado illustre plusieurs articles du texte de 1948. Lâaccrochage est exceptionnel. Une trentaine dâimages en grand format, prises tout au long de ses quarante ans de carriĂšre dans une vingtaine de pays, notamment sur le continent, courent le long des murs du musĂ©e de lâHomme, un lieu ancrĂ© dans lâengagement humaniste et universaliste. Moment de priĂšre dans le dĂ©sert algĂ©rien, camp de rapatriĂ©s du ZaĂŻre et du Burundi au Rwanda, chaque photo claque, tant par la texture que par la composition. Mais câest surtout le souffle qui sâen dĂ©gage qui saisit. Lâhomme seul, lâhomme multiple, lâhomme face Ă lâimmensitĂ©, lâhomme face Ă lâadversitĂ©. Les photos de Salgado informent. Provoquent le dĂ©bat. Et, plus que jamais, donnent sens au premier article de la DĂ©claration : « Tous les ĂȘtres humains naissent libres et Ă©gaux en dignitĂ© et en droits. » â Catherine Faye « DĂCLARATIONS. SEBASTIĂO SALGADO », musĂ©e de lâHomme, Paris, France, jusquâau 11 novembre 2019. museedelhomme.fr
Moment de priÚre dans le désert algérien, en 2009.

Salif Keita présentera en ouverture son dernier opus, Un autre Blanc.

célébration planétaire.
CâEST LE PLUS GRAND rendez-vous des musiques du monde sur le continent amĂ©ricain. Avec plus de 700 artistes dâune trentaine de pays, des centaines de milliers de festivaliers, treize jours de concerts dans six salles de spectacles Ă MontrĂ©al et un village Ă©phĂ©mĂšre au cĆur du centre-ville, le festival, fondĂ© par la lĂ©gende montrĂ©alaise Lamine TourĂ©, accueille les grands noms de la scĂšne internationale, comme les nouvelles gĂ©nĂ©rations de musiciens Ă©mergents. Du Malien Salif Keita, qui ouvrira le festival, Ă la chanteuse montrĂ©alaise dâorigine sud-africaine Lorraine Klaasen, en passant par le lĂ©gendaire groupe de kompa haĂŻtien Tabou Combo ou encore Mamadou Diabate, accompagnĂ© de Zal Sissokho lors de la Nuit de la kora, la programmation se fait lâĂ©cho de la ville francophone la plus peuplĂ©e dâAmĂ©rique, cosmopolite, multiculturelle. Un terreau fertile pour la musique du monde. â C.F. 33E ĂDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS
DâAFRIQUE, MontrĂ©al, Canada, du 9 au 21 juillet 2019. festivalnuitsdafrique.com











mouvement intemporel


de Ouattara Watts, 1994.
Une fĂȘte sonore et visuelle empreinte de SPIRITUALITĂ animiste.
OUATTARA WATTS PEINT avec des brosses, des pinceaux, avec la main, avec son corps. Des chants pygmĂ©es Ă Mark Rothko, de Cy Twombly Ă Fela Kuti, de John Coltrane Ă Basquiat⊠Ses Ćuvres, parfois monumentales, rappellent que le gĂ©nie artistique est intemporel et ne connaĂźt pas de frontiĂšres. Une virĂ©e initiatique et une explosion de sons et de couleurs Ă la hauteur de lâĂ©nergie et de la gĂ©nĂ©rositĂ© de la peinture de lâIvoirien, new-yorkais depuis trente ans. â C.F. « OUATTARA WATTS. RĂSONANCES », Eymoutiers, France, jusquâau 17 novembre 2019. espace-rebeyrolle.com
concordance des temps
Vichy explore le dynamisme de lâart au Congo-Kinshasa
DE GRANDS NOMS de la RĂ©publique du Congo, connus et reconnus, comme Cheri Samba, Cheri Cherin, Pierre Bodo, Mbiya, y cĂŽtoient la nouvelle gĂ©nĂ©ration â Peter Tujibikile, Sam Ilus, Moke Fils, Amani Bodo, Mika, Bodo Fils, Jean Claude Lofenia, Shula⊠Tableaux, sculptures, vidĂ©os, mode, musique made in RDC, pour une exposition sĂ©millante, dans un ex-Ă©tablissement thermal du XIXe siĂšcle. En faisant cohabiter art contemporain et art ancien traditionnel, la scĂ©nographie crĂ©e le dialogue et ancre lâĂ©vĂ©nement dans lâhistoire mondiale de lâart. â C.F.
« CONGO PAINTINGS », musĂ©e des Arts dâAfrique et dâAsie, Vichy, France, jusquâau 31 octobre 2019. musee-aaa.com


ARTISTIQUE contemporaine.
LE CONTINENT NâAVAIT pas fait autant parler de lui Ă Venise depuis 2015. Et pour leur premiĂšre participation, les pavillons du Ghana et de Madagascar frappent fort. Le premier, avec des artistes comme Ibrahim Mahama, El Anatsui ou le cĂ©lĂšbre architecte anglo-ghanĂ©en David Adjaye. Madagascar, avec lâĆuvre de JoĂ«l Andrianomearisoa, rĂ©alisĂ©e avec 50 000 feuilles de papier de riz noir. « On veut dĂ©mystifier lâAfrique et montrer aux yeux du monde que nos artistes sont aussi bons que les autres », confie Raphael Chikukwa, commissaire du pavillon du Zimbabwe. Parmi les 89 nations qui rivalisent cette annĂ©e dans lâespoir de dĂ©crocher un Lion dâor ou, Ă dĂ©faut, une visibilitĂ© exceptionnelle auprĂšs des dĂ©cideurs les plus influents (critiques, musĂ©es, collectionneurs), citons la reine sudafricaine Zanele Muholi, la jeune peintre nigĂ©riane Njideka Akunyili Crosby, lâĂthiopienne Julie Mehretu ou encore les quatre Ăgyptiens, Ahmed Chiha, Ahmad Abdel Karim, Islam et Moataz Abdallah. Preuve du dynamisme de lâart contemporain africain. â C.F.
58E BIENNALE DâART, Venise, Italie, jusquâau 24 novembre 2019. labiennale.org

Le projet est ambitieux. RĂ©unir des artistes africains en rĂ©sidence au Maroc, puis partir sur la route pour une exposition continentale. Six pays sont prĂ©vus pour cette caravane. Objectif : rapprocher lâĆuvre de son premier public ! « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » a donc Ă©té lancĂ©e Ă Â CASABLANCA les 18, 19 et 20 juin derniers. Une visite comme si vous y Ă©tiez. par Fouzia Marouf, envoyĂ©e spĂ©ciale
DĂNER CONVIVIAL AU BORD DE LâOCĂAN, Ă Casablanca, le 17 juin. Freddy Tsimba, sculpteur congolais au trait politique, et Bill KouĂ©lany, Ă la veine radicale, Ă©galement congolaise, Ă©changent longuement. Tsimba, natif de Kinshasa, connaĂźt le Maroc et a dĂ©jĂ créé en rĂ©sidence artistique Ă Ifitry, sous lâimpulsion du photographe Mustapha Romli, comme ses homologues BarthĂ©lĂ©my Toguo et Soly

PremiĂšres dates sur lâagenda : du 18 juin au 31 juillet 2019, Ă Casablanca, Ă la Villa dâAnfa ; en septembre-octobre 2019, Ă Dakar, au musĂ©e des Civilisations noires ; en juin-juillet 2020, Ă Marrakech.
CissĂ©, Ă©galement prĂ©sents. « Si, en Europe, les biennales et les foires dâart contemporain ont le monopole de lâart issu du continent, câest Ă nous de montrer la crĂ©ation artistique nĂ©e en Afrique », prĂ©cise Simo Chaoui, directeur associĂ© de La Galerie 38, connue pour ses vernissages aux allures de show dans la mĂ©tropole. Quant Ă Fihr Kettani, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Fondation pour le dĂ©veloppement de la culture contemporaine africaine (FDCCA), créée en janvier 2019, il rappelle lâobjectif de « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » : « FĂ©dĂ©rer les principaux acteurs de la scĂšne culturelle en collaborant sous le prisme panafricain. »
Un pari nĂ© il y a trois ans lors dâune discussion informelle entre Simo Chaoui et Yacouba KonatĂ©, ancien commissaire

Ă gauche : les Ćuvres dâune Ă©tonnante vitalitĂ© du Marocain Mohamed Melehi dialoguent avec celles, inspirĂ©es, (sur le mur du fond) du Camerounais BarthĂ©lĂ©my Toguo.
Ci-dessous, de gauche Ă droite : lâartiste Abdoulaye KonatĂ©, Arnaud Laubhouet, cofondateur de la FDCCA, le commissaire gĂ©nĂ©ral Yacouba KonatĂ© et Brahim Alaoui, commissaire artistique.


de la Biennale de Dakar et actuel commissaire gĂ©nĂ©ral de lâĂ©vĂ©nement. « Persiste la mĂ©prise quâil ne se passe rien de propre Ă lâAfrique », lĂąche sans ambages KonatĂ©, qui a Ă©tĂ© le maĂźtre dâĆuvre de lâexposition et dont lâambition est dâinverser le rĂȘve Nord-Sud pour montrer comment lâAfrique offre un terrain fertile Ă la crĂ©ation.
Le projet de « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » : rĂ©unir en rĂ©sidence une trentaine dâartistes de 15 nationalitĂ©s diffĂ©rentes, crĂ©er des Ćuvres originales et se lancer dans une grande caravane continentale. Une ambition soutenue et partagĂ©e dĂšs le dĂ©but par le prince Moulay IsmaĂŻl, qui prend la prĂ©sidence de la FDCCA, en cultivant la discrĂ©tion. En tout cas, le 18 juin, le vernissage crĂ©e la surprise Ă la Villa dâAnfa, un somptueux espace avec piscine. On y retrouve avec plaisir lâĆuvre dâEl Anatsui, natif du Ghana, pur orfĂšvre de lâart du recyclage. On salue la prĂ©sence du Sud-Africain Wiliam Kentridge, du Marocain Mohamed Melehi et des incontournables ChĂ©ri Samba (RD Congo) et Abdoulaye KonatĂ© (Mali). Sans oublier Yazid Oulab (AlgĂ©rie), dont les aquarelles sâinspirent autant de la poĂ©sie soufie que du monde ouvrier français.
Le 19 juin, ce parcours pluridisciplinaire en plusieurs actes sâest poursuivi Ă la galerie Shart, fondĂ©e par Hassan Sefrioui, qui a dĂ©frichĂ© la jeune Ă©cole des artistes marocains, puis Ă la galerie Venise Cadre (devenue GVCC), Ă Casablanca, offrant un jus vintage avec, aux commandes, Mehdi Hadj Khalifa, jeune curateur mordant apparu sur le marchĂ© de lâart en 2009, spĂ©cialiste de la scĂšne artistique Ă©mergente. Ă lâorigine du programme Mastermind, qui mettait dĂ©jĂ en lumiĂšre les jeunes talents africains, Hadj Khalifa a lancĂ© en juin lâAssociation des galeries dâart du Maroc (Agam).
Enfin, soucieuse dâaccompagner la crĂ©ation locale, « PrĂȘte-moi ton rĂȘve » a concoctĂ© une exposition parallĂšle, « Carte blanche », situĂ©e dans un nouvel espace de la mĂ©dina de Casablanca au nom Ă©vocateur, Rue de Tanger. Sa curatrice, Siham Weigant, a cherchĂ© Ă rĂ©veiller les consciences sur le thĂšme de lâamour. Une belle idĂ©e itinĂ©rante Ă suivre dans ses prochaines Ă©tapes, qui cĂ©lĂšbre avec talent la libertĂ© de lâartiste en Afrique. â

Abdoulaye KonatĂ©, devant lâune de ses Ćuvres. Le Malien sâintĂ©resse au textile, dont il aime tirer parti du relief.

Vitshois Mwilambwe Bondo, natif du RDÂ Congo.

Adel El Siwi, principale figure de lâart contemporain en Ăgypte.
Ci-contre, de gauche Ă droite, au premier plan : le Congolais Freddy Tsimba, le BurkinabĂ© Ky Siriki, ChĂ©ri Samba, Ă©galement de RD Congo, et le Camerounais BarthĂ©lĂ©my Toguo, Ă la Villa dâAnfa, Ă Casablanca, le 18 juin.

Joseph-Francis SumĂ©gnĂ©, sculpteur originaire du Cameroun. FĂ©ru de la fusion dâobjets trouvĂ©s, il sâadonne Ă©galement Ă la vannerie et au tissage.






Ă gauche, lâAlgĂ©rien Yazid Oulab, passionnĂ© de poĂ©sie soufie, aborde aussi bien la vidĂ©o, la photo, le dessin que la sculpture.












Sculpture dâhomme avec masque en fer gris, signĂ©e par Joseph-Francis SumĂ©gnĂ©.


NOUVELLE
Contemporain, en prise avec cette Afrique qui change, ouvert sur le monde dâaujourdâhui, est votre rendez-vous mensuel indispensable .













OUI, je souhaite mâabonner Ă et profiter de vos offres (10 numĂ©ros dont 2 doubles)
BULLETIN Ă RETOURNER SOUS ENVELOPPE AFFRANCHIE, ET ACCOMPAGNĂ DE VOTRE RĂGLEMENT ĂÂ : COM&COM/AFRIQUE MAGAZINE 18/20Â AV. ĂDOUARD-HERRIOT â 92350 LE PLESSIS-ROBINSON â FRANCE
TĂL. : (33) 1 40 94 22 22 â FAX : (33) 1 40 94 22 32 â E-MAIL : afriquemagazine@cometcom.fr
Je choisis mon tarif :
â FRANCE, 1 AN : 39 âŹ
â ĂTRANGER : 49 âŹ
Je choisis mon rĂšglement (en euros uniquement) Ă lâordre de AMI par :
â ChĂšque bancaire ou postal
â Carte bancaire n°
Expirant le Date et signature obligatoire






par Emmanuelle Pontié

ActualitĂ© brĂ»lante fin juin en France : six jours de « canicule »⊠Les mĂ©dias tournent en boucle : dĂ©finition du phĂ©nomĂšne, qui est dĂ©clarĂ© lorsque les tempĂ©ratures de la nuit culminent Ă moins de 10 °C au-dessous de celles de la journĂ©e, qui montent, elles, autour de 37 °C, avec un « ressenti » pour le pauvre citoyen qui flirte avec 40 °C ; conseils dâexperts en suffocation et malaises, etc.
Les Parisiens, entre autres, Ă©touffent dans une ville bĂ©tonnĂ©e et errent la bouche ouverte Ă la recherche dâun lieu climatisĂ©, dâune terrasse ventĂ©e ou dâun jardin rafraĂźchi. Les maires appellent leurs citoyens du troisiĂšme Ăąge au tĂ©lĂ©phone, Ă leur domicile, Ă lâaide dâun disque enregistrĂ© qui serine quâil faut boire beaucoup dâeau et martĂšle les numĂ©ros dâurgence en cas de dĂ©shydratation.
LâĂ©preuve du brevet des collĂšges a Ă©tĂ© reportĂ©e pour que les jeunes puissent composer sous des tempĂ©ratures plus clĂ©mentes. On ferme les Ă©coles. Les agriculteurs dĂ©couvrent la sĂ©cheresse et pleurent les rĂ©coltes qui meurent avant maturation. Et lĂ , vous avez toujours un copain bien intentionnĂ© qui vous dit : « Ah, mais toi, tu ne dois pas avoir chaud. Tu es habituĂ©e, car tu vas souvent en Afrique ! » Grave erreur ! Ce que les Français ne savent pas, câest quâen Afrique, justement, tout est fait pour Ă©viter la chaleur. Quand on a les moyens, Ă©videmment. Les hĂŽtels, les bureaux, les villas sont climatisĂ©s. Personne ne marche sous le soleil. Du coup, la chaleur, on choisit de la subir quand on va Ă la mer ou Ă la piscine. Point. Tout est prĂ©vu, disponible en cas de canicule. En France, on est totalement dĂ©munis, ridicules. Les Parisiens se ruent sur les ventilateurs et les climatiseurs portatifs, qui sont en rupture avant mĂȘme que les tempĂ©ratures ne sâembrasent. Pourtant, ce nâest pas la premiĂšre vague de chaud qui sâabat sur lâHexagone.
Et si lâon Ă©coute un peu les pythies de la mĂ©tĂ©o et les experts en affolement du climat pour les annĂ©es

Ă venir, il faudrait que le pays se rĂ©veille vite cĂŽtĂ© Ă©quipements antifournaise en sĂ©rie. Ainsi, prĂ©parĂ©s, les Français tourneraient la page des lamentations, et les services dâurgence qui accueillent les grands dĂ©shydratĂ©s dĂ©sempliraient.
Et surtout, les restaurateurs radins qui ne veulent pas investir dans un systĂšme de refroidissement ou les pouvoirs publics obtus qui interdisent dâinstaller une clim dans un immeuble haussmannien pour ne pas dĂ©naturer la pierre de taille devraient tous partir en stage Ă Ouagadougou ou Ă YaoundĂ©. LĂ , on leur apprendra comment lutter contre une canicule.
Et accessoirement, lâimage dâĂpinal dâune Afrique oĂč tout le monde crĂšve de chaud dans une hutte posĂ©e sur une steppe brĂ»lante cesserait de hanter certains Français. Sur ce sujet, câest bien eux qui sont en retard, comparĂ© Ă notre continent surentraĂźnĂ© ! â
Ils devraient tous partir en stage à Ouaga ou à Yaoundé. Là , on leur apprendra comment lutter contre une canicule.
Profitez de nos offres d'abonnements pour accéder à la totalité de nos magazines et bien plus encore