Eco Business du 26-01-2026

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Le Maroc a changé de paradigme.C’estunfait constitutionnel depuis 2011 et une réalité budgétairedepuislaLoi Organique des Finances. Sur le papier, le Royaume s 'est doté d'une "Cathédrale de Normes" digne des meilleures démocraties del'OCDE.Pourtant,une question lancinante persiste : pourquoi la performance tarde-telle à se faire sentir dans le quotidien du citoyen ? Ce numéro spécialplongeaucœur du "Paradoxe Bureaucratique" marocain.

La réforme de l'État ne se joue plus dans les textes, mais dans la mesure de leur impact réel

Pendant des décennies, l'administration marocaine a fonctionné comme une forteresse imprenable,bâtiesurun modèle hérité d'une tradition wébérienne rigide:l'autoritéverticale et la conformité procédurale. Dans ce "vieuxmonde",

le bon fonctionnaire étaitceluiquinefaisait pas de vagues Tant que la procédure était respectée à la lettre, que le tampon était apposéaubonendroit et que les crédits budgétaires étaient consommés avant le 31 décembre, la mission de l'État était considérée comme accomplie. La question de l'impact réel de cette dépense sur la vie quotidienne des citoyens : la qualité de l'enseignement, la réduction des disparités régionales ou l'efficacité des soins;étaitsecondaire, voire inexistante L'État dépensait, et cela suffisait à justifier son action Aujourd'hui, cette époque d'impunité managériale est révolue La Constitution de 2011 a marqué une rupture tectonique En gravant dans le marbre le principe de reddition des comptes (Al Massoulia wa Al Mouhassaba), elle a fait basculer le Maroc dans l'ère de la performance obligatoire. Ce n 'est plus une option, c 'est un impératif constitutionnel:

nous ne sommes plus dans une "logique de moyens " (combien coûteceprojet?),maisdansune"logiquederésultats"(quellevaleur ceprojetcrée-t-il?) LaLoiOrganiquedesFinances(LOF)estvenue opérationnaliser cette vision, transformant le budget de l'État en un vastecontratd'objectifs

Cependant,nenousytromponspas.Ilexisteunfossésaisissant, unvéritable"ParadoxeBureaucratique",entrelasophisticationde nosloisetlaréalitérugueusedenospratiquesadministratives. L'image est cruelle mais juste : le Maroc a construit un châssis législatif de Formule 1, une "Cathédrale de Normes" digne des standardsdel'OCDE.Maissouslecapot,lemoteurtourneencoreau rythme d'une bureaucratie poussive, paralysée par l'aversion au risqueetlepoidsdeshabitudes.Legestionnairepublic,écarteléentre uneCourdesComptesquiexigedelaperformanceetunstatutdela fonctionpubliquequiprotègel'anciennetéplutôtquelacompétence, peine à devenir ce " manager " agile que la réforme appelle de ses vœux.

Deladigitalisationentrompe-l'œilquinumériselacomplexitésans la simplifier, à la crise des ressources humaines qui voit nos administrations centrales saturées alors que nos régions sont en pénurie,enpassantparle"désertdeladata"quinousobligeàpiloter à l'aveugle, autant de freins structurels qui empêchent le Maroc de transformerl'essai

L'évaluation des politiques publiques n 'est pas un luxe technocratique réservé aux experts ; c 'est l'outil de survie d'un État moderne Àl'heureoùlamassesalarialeabsorbe11%duPIB,chaque dirhamdépensédoitêtrejustifiéparlebien-êtresocialqu'ilgénère Au-delà des chiffres, c 'est la confiance du citoyen qui est en jeu Bienvenuedansl'èredelavéritéchiffrée

C'est une mutation silencieuse mais fondamentale. Le Maroc tente de s 'extraire d'un modèle séculaire où l'État était une puissance souveraine, pour devenir un prestatairedeservicesjugésursonefficacité.

Mais attention à la confusion : évaluer une politique publique, ce n 'est pas inspecter un fonctionnaire. Décryptage d'un changement delogicielindispensable.

Pourquoi l'administration ne peut plus se contenterd'appliquerlaloi

Pour comprendre l'ampleur du chantier, il faut revenir aux fondamentaux Historiquement, l'administration marocaine s 'est construite sur lemodèledécritparMaxWeber:unestructure hiérarchique, impersonnelle, où la règle prime surlerésultat Danscesystème,lecontrôleest une "inspection" On envoie des auditeurs vérifier si les actes sont légaux, si les factures sontconformes C'estunevisionpolicièredela gestionpublique

L'Évaluation des Politiques Publiques (EPP), telle qu 'elleestdéfiniedansleGuidedel’évaluation duMinistèredel'ÉconomieetdesFinances,est radicalement différente C'est un processus cognitif et analytique. Elle ne demande pas "Est-ce légal ?", mais "Est-ce efficace ?". Elle cherche à mesurer l'écart entre les objectifs annoncésparungouvernementetlesrésultats obtenus sur le terrain. Comme le souligne Donald F. Kettl dans The Global Public Management Revolution, nous assistons à une transition mondiale où les citoyens ne voient plus l'État comme une autorité sacrée, mais comme un fournisseur de services (santé, éducation, infrastructures) dont on exige qualitéetrentabilité

Ce glissement sémantique a des conséquences colossales Il implique que l'administration doit accepter d'être jugée non plus sur ses intentions, mais sur ses résultats C'est ici que réside le "Paradoxe Bureaucratique" marocain Nous avons superposé des outils de management modernes (inspirés du New Public Management anglo-saxon) sur une culture administrative qui reste profondément traditionnelle

L'évaluation exige de la flexibilité, de la prise de risque et une capacitéd'autocritique.Or,lefonctionnairemarocainmoyen,formé à l'école de la conformité, perçoit souvent l'évaluation comme une menace. Le défi n 'est donc pas technique, les méthodes existent, mais culturel. Il s 'agit de transformer une administration de "gestionnaires de crédits" en une administration de " managers de projets". Tant que cette révolution culturelle n ' aura pas eu lieu, les rapportsd'évaluationrisquentderesterdesdocumentsbrillantsqui s 'empilent sur des étagères poussiéreuses, sans jamais modifier le coursdel'actionpublique

Dans son dernier rapport de surveillance, le Fonds Monétaire International (FMI) livre une analyse lucide et sans complaisance des perspectives économiques du Royaume Si l'institutiondeBrettonWoodssaluelasoliditédes fondamentaux marocains elle identifie néanmoinscinqrisquesmaje faire dérailler la trajectoire de fin de l'année 2026. Entre urg tensions géopolitiques mond estclair:l'heuren'estpasau aurenforcementdespare-feu

Lechangementclimatique,m pourlacroissance

Le diagnostic posé par le FM alarmepourlesdécideurspo En tête des préoccupations sans surprise, le changem successiondesannéesdesé considéréecommeunphéno maiscommeunrisquestruct sur le PIB agricole et, pa croissance globale et l'emplo Fonds insiste sur l'urgence d économique à cette nouvel soulignant que la raréfaction de leau pourrait devenir un frein physique au développement si les investissements dans le dessalement et l'efficacitéhydriquenesontpasaccélérés

Enfin, le rapport pointe les risques sociaux liés à la lenteur de certainesréformesstructurellesetàlapersistancedesinégalités Si le chantier de la protection sociale généralisée est salué, son financementpérenneresteundéfi LeFMImetégalementengarde contre un éventuel essoufflement de la croissance chez les principauxpartenaireséconomiquesduMaroc notammentenzone

Le deuxième risque majeur relève de la sphère géopolitique. Dans un monde fragmenté, le Maroc, de par son ouverture commerciale, reste exposéauxchocsexternes.Uneflambéedesprix de l'énergie ou une perturbation des chaînes d'approvisionnement mondiales pourraient rapidement déséquilibrer la balance commerciale et raviver les pressions inflationnistes. À cela s 'ajoute le risque lié aux incertitudes fiscales et à la gestion de la dette publique Le FMI appelle à une vigilance accrue sur les finances de l'État, recommandant de poursuivre la consolidation budgétaire pour reconstituer des marges de manœuvre indispensables en cas de nouvelle crise La soutenabilité de la dette reste un acquis, mais elle doit être préservée face à la hausse des coûtsdefinancementàl'international

C'est l'arme fatale de la réforme La Loi Organique des Finances (LOF) n 'est pas un simple texte comptable, c 'est le levier qui force l'administration à se moderniser En remplaçant la logique de moyens par la logique de résultats, elle oblige chaque ministère à justifier chaque dirham demandé par une promesse de performance mesurable

Comment la Loi Organique des Finances a imposélaculturedurésultat

AvantlaréformedelaLOF130-13,lebudgetdel'État marocain fonctionnait selon une "logique de moyens " . Chaque année, les ministères négociaient leurs enveloppes en se basant sur ce qu'ils avaient dépensé l'année précédente, avec une petite augmentation. On allouait des crédits pour acheter des voitures, payer des salaires ou construiredesmurs,sansjamaisvraimentlierces dépenses à des objectifs précis C'était une navigation à vue, focalisée sur la consommation descrédits

La nouvelle LOF a dynamité ce système en introduisant la "budgétisation par programmes " Désormais, les crédits ne sont plus alloués à des structures, mais à des programmes (ex: "Améliorationdelasantématernelle","Digitalisation de la justice") Cette architecture s ' accompagne d'une obligation redoutable : la production de Projets de Performance (PdP) et de Rapports de Performance(RdP)

Concrètement, un ministre ne peut plus venir au Parlement demander de l'argent sans présenter des Indicateurs de Performance Clés (KPIs) Il doit s ' engager sur des cibles chiffrées : "Nous voulons passerdeX%àY%detauxdescolarisation" Àlafin del'année,ildoitrendredescomptessurl'atteinte ounondecescibles.

Cette réforme aligne le Maroc sur les standards internationaux de gestion des finances publiques. Elle introduit une forme de "contrat" entre le ministère des Finances et les ministères dépensiers. Théoriquement, cela permet une allocation optimale des ressources : l'argent doit allerlàoùilestleplusefficace.

Cependant,l'applicationdelaLOFrévèledesfailles Ladéfinitiondes indicateurs est souvent un exercice périlleux Certains ministères, faute de données ou de vision stratégique, choisissent des indicateurs"faciles"àatteindreoupurementadministratifs(nombre deréunionstenues ),contournantainsil'espritdelaloi LaLOFestun outilpuissant,maiscommetoutoutil,ellenevautqueparlamain qui l'utilise Elle a créé le contenant de la performance ; il reste à construirelecontenu

COUR DES COMPTES : DU GENDARME AU STRATÈGE

C'est le "gardien du temple" de la nouvelle gouvernance. La Cour des Comptes a opéré une mutation spectaculaire. Historiquement cantonnée à la vérification de la régularité des comptes,elleestdevenue,grâceàlaConstitution de 2011, l'évaluateur en chef des politiques publiques. Une montée en puissance qui dérange autantqu'elleassainit.

Au-delàdeschiffres:Quandlesmagistratsjugent l'opportunité

Pendantlongtemps,lacraintedugestionnairepublic était simple : "Ai-je respecté la procédure ?". Si la réponseétaitoui,laCourdesComptesn'avaitrienà dire,mêmesileprojetétaitunéchectotalsurleplan de l'utilité publique L'argent pouvait être gaspillé légalement

Ce temps est révolu La mission de la Cour s 'est élargie pour inclure l'évaluation des projets et des organismes publics Elle ne regarde plus seulement la légalité, elle regarde la gestion Elle pose un jugement sur la pertinence, l'efficience et l'efficacité deschoixopérésparl'Exécutif Lesrapportsannuels delaCour,désormaistrèsmédiatisés,sontdevenus desauditsstratégiquescomplets

CommelesouligneleGuidedel’évaluation,laCour apporte "la vue externe" indispensable Dans un système administratif souvent fermé sur lui-même, oùl'autocritiqueestrare,laCourjouelerôledetiers de confiance objectif Elle fournit la "colonne vertébraletechnocratique"dusystèmed'évaluation Ses magistrats décortiquent des sujets complexes : de la gestion de l'eau à la stratégie industrielle, et produisent des données factuelles qui contredisent souventlacommunicationpolitiqueofficielle.

Cependant, cette nouvelle posture n 'est pas sans tensions.Commel'analysentDamartetRoy(2009),il existe toujours une friction entre la légitimité "technique" de l'expert (la Cour) et la légitimité "politique" de l'élu (le Gouvernement). Jusqu'où le juge financier peut-il aller sans empiéter sur le pouvoirdiscrétionnairedupolitique?

Pour l'instant, la Cour des Comptes s'impose comme la seuleinstitutioncapablederéaliserdesévaluationsex-post sérieuses Ellemetenlumièrelesdéfaillancessystémiques, les retards et les surcoûts Mais son pouvoir s 'arrête au constat Elle ne peut pas obliger l'administration à se réformer ; elle ne peut que la mettre face à ses contradictions C'est un miroir tendu à l'État, parfois cruel, maistoujoursnécessaire.

Décider de construire une autoroute ou un hôpital ne devrait pas être une question d'intuition politique, mais de rationalitééconomique C'esttoutl'enjeudel'AnalyseCoûts-Avantages(ACA),laméthodologiereinedel'évaluationdes politiquespubliques Maiscommentchiffrerlebien-êtred'unepopulation?

L'équationdubien-être:Comprendrel'analyseCoûts-Avantages

L'évaluationdespolitiquespubliquesreposesurdesfondementsthéoriquessolides,notammentceuxdel'économiedu bien-être (Welfare Economics) décrits par Robin Boadway. Le principe est le suivant : l'objectif ultime de toute action publique est de maximiser une "fonction de bien-être social". Autrement dit, chaque dirham dépensé doit générer le maximumd'utilitépourleplusgrandnombredecitoyens.

Pourvérifiercela,l'outilprivilégiéestl'AnalyseCoûts-Avantages(ACA).Contrairementàuneentreprisequiregardeson profit financier, l'État doit regarder le "bénéfice social net". Cela implique de calculer non seulement les coûts directs (matériaux, salaires), mais aussi les "coûts d'opportunité" (qu'aurait-on pu faire d'autre avec cet argent ?) et les externalités(impactsurl'environnement,gaindetemps,santépublique)

C'estlàquel'exercicedevientcomplexeauMaroc PourréaliseruneACArigoureuse,ilfautêtrecapabled'attribuerdes valeursmonétairesàdeschosesquin'ontpasdeprixdemarché,commeletempsgagnéparunusageroularéduction delapollution Leséconomistesutilisentpourcelades"prixfictifs"(shadowprices)

Or,l'administrationmarocainemanquecruellementdedonnéespourcalibrercesmodèles Sansstatistiquesfiablessur lescomportementsdesusagersousurlesimpactsindirects,l'évaluationdevientapproximative Onsecontentesouvent de mesurer les réalisations physiques (le nombre de kilomètres de route) plutôt que l'impact socio-économique réel (l'augmentationdeséchangescommerciauxgrâceàlaroute)

L'enjeu méthodologique est donc crucial Si l'on veut que l'évaluation serve à arbitrer rationnellement entre plusieurs pr j t t il f t l'Ét t i ti d ité d' l é i Si l dé i i blique re ment dé

On peut changer les textes, mais changer lestêtesestuneautreaffaire.L'introduction du management par la performance au Marocseheurteàunobstacledetaille:la culture wébérienne de l'administration. Dans un système où l'erreur est sanctionnée mais l'initiative rarement récompensée, l'évaluation est vécue commeunpiège.

Unecultureadministrativequiprivilégiela prudenceàlaperformance.

Le"NewPublicManagement"(NPM)suppose desmanagerspublicsagiles,autonomeset responsables Or, le profil type du fonctionnaire marocain, tel qu'il est façonné parleStatutGénéraldelaFonctionPublique, estàl'opposédeceportrait Commelenote Brian R Fry, le modèle bureaucratique classiqueprioriselastabilitéetlahiérarchie

Au Maroc, la carrière d'un fonctionnaire est largementdéconnectéedesaperformance L'avancement se fait principalement à l'ancienneté Que vous soyez un innovateur acharné ou un gestionnaire passif, votre salaire et votre progression seront sensiblementlesmêmes Pire,lesystèmede contrôle est asymétrique : on punit les irrégularités procédurales, mais on ne sanctionnepasl'inaction

Celacréeuneculturedel'aversionaurisque (risk aversion). Pour un manager public, la stratégie rationnelle est de " ne pas faire de vagues " . Respecter la procédure à la lettre devient l'objectif unique, car c 'est la seule façondeseprotéger.

Lorsquel'évaluationarrivedanscecontexte, elle est perçue comme une menace. Les indicateurs de performance sont vus comme des outils de flicage plutôt que comme des tableaux de bord de pilotage

On assiste alors à des stratégies de contournement:fixationd'objectifstropbas pour être sûr de les atteindre, rétention d'information,ouformalismeexcessif

Pourquel'évaluationfonctionne,ilnesuffitpasdel'imposer parlaloi.Ilfautrefondrelesystèmed'incitationsRH.Ilfaut que la performance paye, et que l'échec d'un projet innovant soit toléré s'il permet d'apprendre. Sans ce changement culturel, la greffe du management moderne surlevieuxcorpsbureaucratiquecontinuerad'êtrerejetée.

C'estleplusgrospostededépensede l'Étatetsonproblèmeleplusépineux.

Avec une masse salariale avoisinant les 11% du PIB, le Maroc dépense énormément pour ses fonctionnaires. Pourtant, l'évaluation révèle une inefficacité structurelle majeure : une mauvaiserépartitiongéographiqueet fonctionnelle qui s 'apparente à une "perte sèche" pour l'économie nationale.

L'impossible gestion des ressources humainesdel'État

L'évaluation thématique menée par la CourdesComptes(Rapport478)surla fonction publique est accablante de lucidité. Elle met en lumière un déséquilibre flagrant. D'un côté, les administrations centrales à Rabat sont souvent en sureffectif, avec une concentration de cadres De l'autre, les servicesdéconcentrés,ceuxquisontau contact direct du citoyen dans les régions rurales ou éloignées, souffrent d'un manque chronique de personnel qualifié

En termes d'évaluation des politiques publiques,c'estunéchecdel'allocation des ressources L'État paie des salaires qui ne génèrent pas l'utilité sociale attendue là où le besoin est le plus criant C'est ce que les économistes appellent une "deadweight loss" (perte sèche)

Leproblèmeestquel'évaluations'arrête au constat Pourquoi ? Parce que l'administration manque d'outils de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC). Le recrutementsefaitencoretropsouvent surunebasebudgétaire(remplacerun départ à la retraite) plutôt que sur une basestratégique(quellescompétences nousfaut-ilpourdemain?).

De plus, la mobilité des fonctionnaires est entravée par des rigidités statutaires et sociales Il est extrêmement difficile pour l'administration de redéployer autoritairement des effectifs d'une région à une autre Ainsi, malgré les rapports d'évaluation qui tirent la sonnette d'alarme année après année, la machine continue de reproduire les mêmes déséquilibres Ce cas illustreparfaitementlalimitedel'exercice:savoircequine va pas est une chose, avoir la capacité managériale et politiquedelecorrigerenestuneautre

"Maroc Numeric", "EAdministration"... Les slogans sont séduisants.Maisquandongrattele vernis, que trouve-t-on ? Une évaluation sévère de la réalité numérique marocaine montre que l'on a souvent informatisé les procédures sans les repenser. Résultat : le citoyen fait toujours la queue,maisdevantunordinateur.

Numériserlabureaucratien'estpas lamoderniser

La digitalisation était censée être le grand levier de la performance publique L'évaluationmenéeen2019 par la Cour des Comptes sur les services publics en ligne a douché cet enthousiasme. Le constat est celuid'unedigitalisationinachevée.

Le rapport distingue deux types de services : les services "informationnels" et les services "transactionnels". La grande majorité de l'offre marocaine tombe dans la premièrecatégorie.Cesontdessites vitrines qui expliquent la procédure ou permettent de télécharger un formulaire PDF qu'il faut ensuite imprimer, remplir à la main et déposerphysiquementàunguichet La valeur ajoutée pour l'usager est minime

Le véritable E-Gov, celui qui est "transactionnel"(toutfairedebouten bout en ligne), reste rare Pourquoi ? À cause du manque d'interopérabilité Chaqueministèrea construit son propre système d'information, sa propre forteresse numérique Ces systèmes ne se parlentpas LeMinistèredel'Intérieur ne communique pas automatiquement avec celui des FinancesoudelaSanté

Conséquence:c'estaucitoyendejouerlerôled'intégrateur,enallantchercher une attestation chez l'un pour la donner à l'autre. L'évaluation pointe ici un échec de gouvernance stratégique. On a investi dans la technologie (le hardware), mais pas dans la réingénierie des processus (le software organisationnel).

Ce"ParadoxedelaDigitalisation"montrequelatechnologienepeutpas,àelle seule, résoudre les problèmes de bureaucratie Si vous numérisez une procédure complexe et inefficace, vous obtenez une procédure complexe et inefficace en ligne L'évaluation nous rappelle que la simplification doit précéderladigitalisation

Àquoisertd'êtreperformantsipersonnenevousfaitconfiance?L'évaluationdespolitiquespubliquesaune dimensiondémocratiquecruciale.Elleestlepontentrel'administrationetlecitoyen.Sicepontestcoupé,si l'Étatn'estpas"réactif",c'esttoutlecontratsocialquisefragilise.

TransparenceetRéactivité:Lesclésdelapaixsociale

L'étudedeKimetLee(2012)citéedansnotredossierapporteunéclairagesociologiquefondamental.Elledémontrequela confiance des citoyens envers leur gouvernement est directement corrélée à deux facteurs : la transparence et la "réactivité"(responsiveness).

L'évaluationdespolitiquespubliquesestcenséenourrircesdeuxfacteurs Enpubliantdesrésultats(transparence)eten corrigeantleserreurs(réactivité),l'Étatmontrequ'ilestàl'écoute Or,auMaroc,cemécanismedefeedbackestgrippé

Le citoyen a souvent l'impression que l'administration est une "boîte noire" Il subit les décisions sans comprendre leur logiquenivoirleursrésultats L'absencededonnéesclairessurl'impactdespolitiquespubliquesnourritlasuspicion Quand unprojetprendduretardouqu'unserviceestdéfaillant,lesilencedel'administrationestperçucommeduméprisoude l'incompétence

L'évaluationdoitdoncsortirdesbureauxdesministèrespourdevenirunoutildedialoguepublic LesrapportsdelaCour desComptesoulesévaluationsparlementairesnedoiventpasêtredesarmespolitiques,maisdesbasesdediscussion objectives

Sil'administrationutilisel'évaluationpourdire"Voicioùnousavonséchoué,etvoicicommentnousallonscorrigerletir",elle gagne en crédibilité L'aveu de faiblesse, s'il est suivi d'action, génère de la confiance À l'inverse, la communication triomphalistedéconnectéedelaréalitévécueparlescitoyensdétruitlecapitaldeconfiance L'évaluationestdonc,infine, unoutildelégitimitépolitique

"On ne gère bien que ce que l'on mesure " . L'adage est connu, mais l'administration marocaine souffre d'un déficit chroniqued'informationquirendl'évaluationquasiimpossible.C'estletalond'Achilledetoutelaréforme.Onpeutavoir lameilleureméthodologied'évaluationdumonde,sil'onn'apasdedonnéesfiablesàmettredansl'équation,lerésultat sera faux. Enquête sur ce "Data Deficit" qui transforme trop souvent les rapports de performance en exercices de littératureadministrative.

Pasdestatistiques,pasdepolitiquepublique

Pour faire une Analyse Coûts-Avantages ou remplir unRapportdePerformance(RdP)exigéparlaLOF,il faut des chiffres. Des chiffres précis, frais et fiables. Combien d'élèves ont décroché cette année ? Quel est le temps d'attente moyen aux urgences ? Quel estlecoûtunitairedetraitementd'undossier?

Or, la réalité du terrain est celle d'une pénurie de données (Data Deficit). Beaucoup de ministères ne disposent pas de Systèmes d'Information (SI) intégrés capables de remonter ces informations automatiquement depuis le niveau local jusqu'au niveau central Les données sont souvent éparses, collectéesmanuellementsurdestableursExcelnon standardisés,voiresurpapier

Cette absence de "culture de la donnée" a des conséquences désastreuses D'abord, elle fausse le pilotage : les décideurs naviguent à vue, se basant surdesintuitionsoudesrapportsobsolètes Ensuite, elle vide l'évaluation de sa substance Les indicateursdeperformanceprésentésauParlement sont souvent des estimations grossières ("proxies") ou se limitent à des données financières (taux d'émission) qui ne disent rien de la qualité du service

Le Guide de l’évaluation insiste pourtant sur la nécessité de construire des bases de données robustes avant même de lancer une politique publique. Mais dans l'urgence politique, cette étape estsouventsautée.

Poursortirdecetteimpasse,l'Étatdoitconsidérerla donnée comme une infrastructure publique, au même titre que les routes ou les barrages. Sans un investissement massif dans la collecte et le traitementdeladonnéestatistique,l'évaluationdes politiques publiques restera un exercice théorique, déconnectédelaréalitéduterrain

Et si la solution au blocage bureaucratique n'était pas humaine, mais technologique ?

Aujourd'hui, on évalue les politiques publiques cinq ans après leur lancement, souvent pour constater les dégâts. Demain, l'Intelligence Artificielle et le Big Data pourraient permettre une évaluation en tempsréel,prédictiveetincontestable.

Biensûr,cettevisiontechnophilenedoitpasfaireoublierlesenjeux éthiques et la nécessité d'un contrôle humain. Mais face à la résilience de la culture bureaucratique traditionnelle, la technologie apparaît comme un bélier capable d'enfoncer les portes de l'opacité. Si l'administration ne veut pas s'évaluer ellemême,lesalgorithmesfinirontparlefaireàsaplace.C'estlesens del'histoirepourunÉtatmoderne.

Silaculturehumainerésisteauchangement, latechnologiepourraitbienl'imposer

L'évaluationtraditionnelleaundéfautmajeur: ellearrivesouventtroptard C'estuneautopsie

On dissèque l'échec une fois que l'argent est dépensé L'avenirdel'évaluationdespolitiques publiques réside dans le passage du "postmortem"au"tempsréel"

L'intégration du Big Data et de l'Intelligence Artificielle (IA) dans l'administration offre des perspectives vertigineuses Imaginez des systèmes capables de collecter automatiquementdesmillionsdedonnéessur l'utilisation des services publics, sans intervention humaine (donc sans biais ni rétentiond'information)

Une "Gouvernance Algorithmique" permettrait de détecter les anomalies budgétaires ou les goulots d'étranglement opérationnels au moment où ils se produisent. La Cour des Comptes ou les inspecteurs généraux disposeraient de tableaux de bord prédictifs, signalant qu ' un projet dévie de sa trajectoire bienavantqu'ilnesoittroptardpouragir.

Deplus,latechnologiepeutaideràsurmonter le déficit de confiance identifié par Kim & Lee LaBlockchain,parexemple,pourraitgarantirla traçabilitéintégraledesfondspublics,rendant la corruption ou le détournement infiniment plusdifficiles

Après des années difficiles, la production marocaine d’huile d’olive rebondit

Après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse, la filière oléicole marocaine amorce un net redressement Les dernières estimationsfontétatd’unereprisesensibledelaproduction,portéepar desconditionsclimatiquesplusfavorablesetunemeilleuregestiondes vergersdanscertainesrégionscléscommeFès-MeknèsetMarrakechSafi

Ce rebond reste toutefois contrasté Si les volumes repartent à la hausse, les coûts de production demeurent élevés, notamment en raison de l’énergie, de l’irrigation et de la main-d’œuvre Les petits producteurs, en particulier, peinent encore à absorber ces charges, malgrélahaussedesprixàlavente

Àmoyenterme,ladurabilitédecettereprisedépendradel’adaptation austresshydriqueetdelamodernisationdespratiquesagricoles Sans investissements structurants, le rebond actuel pourrait rester conjoncturelplutôtquestructurel

Maroc:leHCPprévoit5%decroissanceen2026

LeHaut-CommissariatauPlananticipeunecroissanceéconomiquede5% pour le Maroc en 2026, portée par un redressement agricole et une dynamiquesoutenuedessecteursnonagricoles Cetteprojectionmarqueun regain d’optimisme après plusieurs années d’aléas climatiques et de tensionsinflationnistes

SelonleHCP,l’agriculturejoueraitànouveauunrôlemoteur,àconditionque lesprécipitationsseconfirment Enparallèle,l’industrie,leBTPetlesservices devraientbénéficierdelarelancedesinvestissementspublicsetdesgrands chantiersliésauxinfrastructuresetauMondial2030

Cette prévision reste néanmoins soumise à des incertitudes externes, notamment l’évolution de la conjoncture internationale et des prix de l’énergie Le défi central demeure la transformation de la croissance en emploisdurables,particulièrementpourlesjeunes

États-Unis–Maroc : une visite pour renforcer le partenariat économique

La visite au Maroc de Jason Smith, président du Comité des voies et moyens de la Chambre des représentants américaine, s’inscrit dans une volonté de consolider le partenariat économique bilatéral. Elle intervient dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales.

Leséchangesontportésurl’accorddelibre-échange,l’investissement industrieletlacoopérationdanslessecteursstratégiques,notamment l’énergie, l’agro-industrie et les technologies. Washington voit dans le Maroc un partenaire stable en Afrique et une plateforme régionale crédible

Pour Rabat, l’enjeu est clair : attirer davantage d’investissements américains à forte valeur ajoutée Reste à traduire les intentions politiquesenprojetsconcrets,capablesdeproduireunimpactréelsur l’emploietletransfertdecompétences

Mondial2030:Tangerinstalledespanneauxintelligentspour fluidifierlacirculation

Dans le cadre de sa préparation au Mondial 2030, Tanger déploie des panneaux de signalisation intelligents destinés à améliorerlafluiditédutraficurbain Cesdispositifspermettent d’adapter l’information routière en temps réel selon la circulation

L’objectifestdouble:réduirelesembouteillageschroniqueset améliorer l’expérience des habitants comme des visiteurs La ville, confrontée à une croissance rapide du parc automobile, misesurlatechnologiepouranticiperlespicsdetrafic Ce projet s’inscrit dans une modernisation plus large de la mobilitéurbaine Resteàassurerlacohérenceentreinnovation technologique, transport public et gouvernance locale, afin d’éviterdessolutionsfragmentéesetpeudurables

Habillement:leMarocresteunfournisseurclédelaFrance

Malgré un contexte international tendu, le Maroc conserve sa 8ᵉ place parmi les principaux fournisseurs d’habillement de la France

Cette résilience s’explique par la proximité géographique et la réactivitédesindustrielsmarocains

Le modèle du « fast fashion de proximité » joue en faveur du Royaume,permettantdesdélaiscourtsetunemeilleureadaptation aux tendances du marché européen Toutefois, la concurrence de paysàbascoûtsrestevive

À moyen terme, la montée en gamme et la transition vers une production plus durable apparaissent incontournables Sans cela, l’avantagecomparatifmarocainpourraits’éroderfaceauxnouvelles exigencesenvironnementaleseuropéennes

L’UEautorisedesnégociationsavecleMarocsurlapêche

Les États membres de l’Union européenne ont donné mandatàlaCommissionpourouvrirdesnégociationsavec le Maroc sur un nouvel accord de pêche Cette décision relanceundossierstratégiquemaispolitiquementsensible

Pour l’UE, l’enjeu est d’assurer l’accès aux ressources halieutiques tout en sécurisant un cadre juridique stable Pour le Maroc, il s’agit de défendre la valorisation de ses ressourcesetlesretombéeséconomiqueslocales

Les discussions devront intégrer les impératifs de durabilité et de souveraineté La pêche reste un secteur clé pour l’emploi côtier, mais aussi un terrain de négociation diplomatiqueàforteportéesymbolique

La saison 2024-2025 marque un net redressement des exportationsmarocainesd’oranges,avecunehaussede38% Lesvolumesexportésatteignent84600tonnes,portésparune demandesoutenuesurlesmarchéseuropéenetrusse

Cette performance intervient après plusieurs campagnes difficiles, affectées par la sécheresse et la baisse de la production Les conditions climatiques plus favorables ont permisuneaméliorationdesrendementsetdelaqualité

Cependant, la filière reste exposée aux aléas climatiques et aux coûts logistiques La diversification des marchés et l’investissementdanslatransformationpourraientrenforcerla résilienceàlongterme

La Banque mondiale prévoit une croissance modérée pour le Marocen2026

La Banque mondiale anticipe une croissance plus modérée de l’économie marocaine en 2026, contrastant avec les projections plusoptimistesdesinstitutionsnationales.L’organismeévoqueun contexteinternationalincertain.

Selon ses analyses, la reprise agricole pourrait être contrebalancéepardescontraintesbudgétairesetunedemande externe moins dynamique Les réformes structurelles restent déterminantespoursoutenirl’investissementprivé Cedécalagedeprévisionssoulignel’importancedelaprudence LaquestioncentraledemeurelacapacitéduMarocàréduiresa dépendance climatique et à renforcer la productivité de son économie

Fruits rouges au Maroc : le nord relance la saison des myrtilles

La campagne des myrtilles démarre dans le nord du Maroc avec quelques semaines de retard, en raison de conditions climatiques atypiques. Malgré cela, les producteurstablentsurunesaisonglobalementpositive

La région bénéficie d’un savoir-faire consolidé et d’une forteorientationexportatrice,notammentversl’Europe La demande reste soutenue, portée par l’intérêt croissant pourlesfruitsàhautevaleurnutritionnelle

Les défis persistent toutefois, notamment la gestion de l’eau et la pression sur les coûts La compétitivité future passera par l’innovation variétale et une meilleure intégrationlogistique

Emirates poursuit ses journées de recrutement au Maroc LacompagnieEmiratesorganiseenjanvier2026plusieurs journées de recrutement dans les principales villes marocaines Ces sessions visent principalement les postesdepersonnelnavigantcommercial

Le Maroc reste un vivier attractif pour les compagnies internationales,enraisondumultilinguismeetdusensdu service Pour de nombreux candidats, ces recrutements représententuneopportunitédemobilitéprofessionnelle

Toutefois, ces départs soulèvent aussi la question de la fuitedescompétences.Ledéfipourlepaysrestedecréer desperspectivescomparablessurlemarchénational

Maroc:étudesurl’emploidesmoinsde30ans

Le ministère de l’Inclusion économique lance une étude qualitative dédiée à l’emploi des jeunes de moins de 30 ans. L’objectif est de mieux comprendre les freins à l’insertion professionnelle

Cette démarche intervient dans un contexte de chômage persistantdesjeunesdiplômés,malgrélesprogrammespublics existants.Lediagnosticviseàdépasserlesapprochespurement statistiques

Lesrésultatsattenduspourraientorienterdenouvellespolitiques plusciblées.Resteàtransformerl’analyseenactionsconcrètes, conditionessentiellepourrestaurerlaconfiancedelajeunesse.

LeMarocstoppel’exportdesardinecongelée

Face à la baisse des débarquements et à la hausse des prix sur le marché local, le Maroc a décidé de suspendre l’exportation de sardine congelée. La mesureviseàprotégerl’approvisionnementnational.

Cettedécisionrépondàunetensioncroissanteentre exportation et consommation locale La sardine reste un produit de base pour de nombreux ménages marocains.

À plus long terme, la question de la durabilité des ressources halieutiques se pose avec acuité Sans gestion rigoureuse, les arbitrages conjoncturels risquentdeserépéter.

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