

Sommaire
Pour la gestion du temps ....................................................................................
LA BOÎTE À OUTILS Comment limiter le temps perdu ?
Pour s’orienter dans l’espace
Pour les devoirs scolaires des enfants ...........................................................
LA
À OUTILS Quelles solutions pour aider son enfant ? ...............................................
les « petits » calculs ....................................................................................
LA BOÎTE À OUTILS Comment faciliter la réalisation de calculs au quotidien ? ......................
les difficultés organisationnelles ............................................................
La prise en soin orthophonique
Une fois le diagnostic établi, l’orthophoniste peut vous proposer une prise en soin avec des séances régulières afin de vous donner des outils qui vous aideront à vivre avec la dyscalculie. Les objectifs thérapeutiques seront à fixer ensemble en fonction de vos demandes, de vos difficultés et de vos perspectives d’évolution.
Certaines personnes n’ont besoin que d’un diagnostic et ne souhaitent pas entreprendre de projet thérapeutique par la suite. Ces personnes sont devenues adultes en ayant toujours vécu avec leurs difficultés ; elles ont donc pu, avec le temps, réussir à s’adapter et à développer leurs propres stratégies pour compenser leurs difficultés. Il leur est alors possible de vivre convenablement sans que le trouble n’affecte trop leur qualité de vie.
D’autres personnes réussissent à compenser leurs difficultés grâce à d’autres compétences qui sont mieux développées et contrebalancent ce qui ne fonctionne pas.
Si vous choisissez d’entreprendre une prise en soin orthophonique, les objectifs thérapeutiques que vous définirez avec l’orthophoniste ne pourront être atteints que si vous êtes acteur et régulier dans votre suivi orthophonique. Le rôle de l’orthophoniste est de vous fournir des supports adaptés, mais c’est vous qui effectuez le travail !
- Un travail de réconciliation -
Le premier objectif de cette prise en soin sera de se « réconcilier » avec le nombre. En effet, du fait de l’anxiété que génère le traitement des nombres chez les personnes dyscalculiques, il est courant d’observer des stratégies d’évitement des nombres. C’est une réaction tout à fait compréhensible et humaine. Qui a envie de faire quelque chose qui l’angoisse et pour laquelle il se pense mauvais ? Mais cet évitement bloque la personne dans un cercle vicieux (voir p. 114). Cette situation freine alors les perspectives de progression de la personne et renforce davantage le sentiment d’anxiété face au nombre.
« Quand j’étais étudiante, je travaillais dans une chaîne de restauration rapide et j’étais en caisse. Je n’y suis pas restée longtemps, je faisais en sorte d’aller plutôt dans la salle de restaurant. Un jour, une cliente m’a demandé un café. Il y avait beaucoup de monde. On doit taper l’argent que nous donne le client et la machine affiche le rendu de monnaie exact. Mais je me suis trompée et je n’avais pas le bon rendu de monnaie. J’étais incapable de calculer combien je devais rendre à la cliente. Sous la pression, j’ai alors simulé une erreur de la machine pour tout recommencer et avoir le montant du rendu de monnaie sur la machine. Je faisais la même chose à l’école.
Quand la professeure de mathématiques me demandait de répondre à une question ou de passer au tableau, je faisais toujours en sorte de simuler que je n’étais pas en forme ou autre pour ne pas répondre. » Marine, 24 ans
Des activités numériques accessibles et évaluables, pour voir les progrès, pourraient vous permettre de « renouer » progressivement avec les nombres. Le but étant de vous montrer que même avec des difficultés numériques importantes, il vous est possible de manipuler le nombre.
- Retrouver la confiance en soi -
Alain Kervarrec, orthophoniste et psychologue, a écrit un article passionnant dans la revue Rééducation orthophonique. Il explique l’importante corrélation entre les facteurs psychosociaux (c’est-à-dire les facteurs qui relèvent
des relations avec autrui, de l’organisation, des émotions ressenties, des croyances ou encore des valeurs) et les apprentissages. Il existe un lien fort entre la représentation que l’on a de soi (cette représentation étant fortement influencée par ce que les autres pensent de nous) et le développement de nos compétences cognitives.
De nombreuses études ont en effet montré l’influence importante des stéréotypes. Un stéréotype est une croyance largement partagée portée sur un groupe de personnes, comme « les filles sont nulles en mathématiques ». Ce stéréotype est négatif dans le sens où il conditionne déjà les filles à se sentir moins compétentes que les garçons en mathématiques. Ils peuvent aussi être positifs : si on lui dit « ta mère est d’origine anglaise, tu vas être forte en anglais », une élève sera déjà conditionnée pour la réussite dans le domaine de la langue anglaise.
UNE EXPÉRIENCE CONCLUANTE
Dans son article, Alain Kervarrec décrit une expérience menée en 1982 par des chercheurs américains. Ces derniers ont constitué trois groupes de personnes âgées qui ont été testées sur une tâche de type casse-tête.
Le premier groupe n’a pas eu d’entraînement à la suite du test.
Le deuxième groupe a eu un entraînement avec des encouragements à l’oral de la part de l’animateur. Le troisième groupe a eu un entraînement avec une aide physique de l’animateur qui leur montrait comment faire en faisant à leur place.
Un test post-entraînement a été proposé aux trois groupes, pour voir s’il y avait quand même eu une évolution sans entraînement. Les résultats de ces tests montrent que les personnes du groupe ayant eu des encouragements à l’oral ont vu leurs compétences s’améliorer significativement. Les personnes du groupe ayant une aide physique, en revanche, se sont montrées plus lentes et ont commis plus d’erreurs. Ils se sentaient même moins confiants.
Cette expérience montre l’importance d’être vous-même acteur de votre projet thérapeutique, avec une intervention peu invasive du thérapeute. Dans son article, l’auteur parle également de « réappropriation de soi », qui serait une démarche indispensable pour une prise en soin efficace.
La première étape de « réconciliation » avec le nombre serait donc un premier pas vers cette mise en confiance de soi face au nombre pour ensuite envisager le projet thérapeutique plus sereinement.
Le rôle de l’orthophoniste est donc de vous proposer un entraînement des mécanismes cognitifs mathématiques tout en veillant à ce que l’entraînement réponde à vos objectifs thérapeutiques et à ce que le travail entrepris en séance se répercute sur votre quotidien.
« Je pense que si j’avais eu une rééducation, ma vie aurait été tout autre. Ma fille est dyscalculique et heureusement j’ai fait ce qu’il fallait. Se faire traiter d’imbécile par un prof de maths quand on a 12 ans et cela pendant une année complète quand on est ado, c’est horrible au point de vouloir mettre fin à tout cela. Aujourd’hui, je ne peux pas passer les concours que je voudrais car s’il y a des tests psychotechniques, je sais que je vais les rater. Je ne sais même pas faire une division. De toute façon, c’est comme si je n’arrivais pas à comprendre l’histoire des nombres, je n’arrive pas à les faire entrer dans ma tête, ils restent dehors, j’ai été obligée de passer par des moyens de ma propre invention pour pouvoir calculer des trucs de base. Bref, je suis malheureuse à cause de cela. » Cécile, 32 ans
Dans la vie quotidienne
Bien sûr, il est possible que vous ne vous reconnaissiez pas dans toutes les descriptions des conséquences du trouble, et c’est tant mieux ! La dyscalculie peut s’exprimer différemment selon les personnes et à des degrés divers. C’est pourquoi une liste de généralités ou de conseils ne pourra jamais se substituer à une consultation chez une orthophoniste. A contrario, la consultation permet d’avoir un suivi personnalisé et adapté à vos attentes. Néanmoins, les astuces concrètes et pratiques peuvent vous aider au quotidien, dans différents domaines de vie.
- Pour les estimations -
Savoir estimer une quantité est une compétence qui a toute son importance dans notre quotidien. Estimer correctement une distance, par exemple, permet d’éviter des accrochages et des accidents de la route. Bon nombre de mes patients me rapportent qu’ils ont dû passer leur permis plusieurs fois avant de l’obtenir et/ou qu’ils ont fréquemment de petits accidents car ils n’ont pas su appréhender correctement l’espace disponible.
Estimer une quantité d’aliments permet de cuisiner des proportions adaptées au nombre de personnes attendues pour le repas. Estimer la durée d’une action permet d’anticiper pour respecter l’horaire de rendez-vous fixé. C’est une habileté numérique de base dont nous disposons de façon innée, mais cette faculté peut être atteinte chez les personnes dyscalculiques.
« Je me sens comme une adulte irresponsable qui ne réussira jamais à comprendre les chiffres. Je suis incapable de rendre la monnaie ou de faire des calculs mentaux. J’évite tous les sujets qui obligent à se rendre compte d’un espace ou d’une quantité (la taille d’une maison, d’un appartement, d’un lieu, la quantité d’un liquide). »
Sandrine, 45 ans
LA BOÎTE À OUTILS
Comment entraîner cette faculté ?
Si vous avez entrepris une prise en soin orthophonique, c’est une compétence que la professionnelle de santé va vous proposer d’exercer régulièrement. Nous disposons d’outils adaptés pour l’entraîner : jeux, logiciels orthophoniques…
Vous pouvez également vous entraîner vous-même au quotidien en vous lançant des petits défis. Voici quelques exemples :
• Vous devez acheter des tomates ; définissez un poids (1 kg, par exemple) et tentez de prendre 1 kg à vue d’œil. Vérifiez ensuite sur la balance.
• Vous avez prévu de prendre une douche ; lancez votre chronomètre. À la fin, estimez la durée de votre douche et regardez sur votre chronomètre si vous êtes proche de la réalité.
• Vous vous rendez chez un ami ; amusez-vous à estimer le nombre de mètres carrés de son salon, puis demandez-lui la surface.
• Vous faites quelques courses ; essayez d’estimer le montant total de votre panier.
Ces petits défis réalisés au quotidien vous permettront, bien sûr, d’entraîner vos capacités d’estimation, mais également d’enrichir vos connaissances générales sur le nombre. Plus vous aurez de connaissances numériques, mieux vous saurez appréhender le nombre, car il vous sera facile de mettre du sens sur ce que représente la quantité traitée.
- En cuisine -
Un autre poste clé dans la vie d’un foyer est sans nul doute la cuisine. À raison de trois repas par jour, 365 jours dans l’année, on peut dire qu’on y passe du temps ! Les personnes rencontrant des difficultés en mathématiques rapportent souvent qu’il leur est difficile de cuisiner, car il y a fréquemment des erreurs de quantité, de dosage ou d’adaptation de proportions. Ces difficultés font sens étant donné que doser de la farine, convertir des proportions d’aliments ou estimer une quantité de riz à cuire font directement appel aux habiletés mathématiques.
La préparation d’un plat mobilise en réalité une série de compétences numériques et visuo-spatiales : comprendre une succession d’étapes, anticiper les temps de cuisson, ajuster une recette pour deux, quatre ou six personnes, ou encore repérer s’il reste assez d’ingrédients pour préparer un repas. Pour certains, l’usage d’unités de mesure différentes (grammes, millilitres, cuillères, tasses) ajoute une complexité supplémentaire. De même, la gestion simultanée de plusieurs préparations (surveiller une cuisson tout en pesant un ingrédient, par exemple) sollicite la flexibilité et mobilise beaucoup de ressources attentionnelles (voir p. 127), compétences cognitives pouvant être fragilisées dans la dyscalculie.
Les sessions de cuisine peuvent alors vite devenir un casse-tête, générant stress et découragement, alors même qu’il s’agit d’un moment quotidien incontournable.
« Je cuisine toujours à l’œil, c’est plus ou moins réussi, mais doser des aliments m’est trop difficile. » Olivia, 38 ans
LA BOÎTE À OUTILS
Comment rendre la cuisine plus facile ?
Si vous avez choisi de suivre une recette pour faire un plat en particulier, prenez le temps de comprendre votre recette en amont. Pour cela, lisez-la entièrement dans un premier temps. Repérez les quantités en les surlignant, par exemple. Vous pouvez même les écrire sur une autre page pour porter une attention particulière à ces quantités d’aliments. Si certaines quantités vous paraissent complexes à mesurer, vous pouvez chercher sur internet à combien équivaut la quantité identifiée en cuillères à soupe, par exemple.
Exemple :
• 1 cuillère à soupe = 10 grammes de farine.
• Pour mesurer 100 grammes de farine, il faudra alors prendre 10 cuillères à soupe de farine.
Autre cas fréquent : votre verre doseur affiche des centilitres mais pas de millilitres, et votre recette donne une quantité de lait en millilitres.
De nouveau, sur internet, vous trouverez des outils de conversion de quantités.
De plus en plus de sites de recettes proposent de choisir le nombre de personnes prévues à table pour vous proposer directement les bonnes proportions d’ingrédients afin de réaliser votre recette.
Lors de vos courses hebdomadaires, s’il vous est difficile d’acheter les quantités d’aliments adaptées pour faire les repas de la semaine, établir les menus à l’avance peut être une bonne solution. Écrivez les jours durant lesquels vous mangez chez vous et choisissez à l’avance le menu du jour. Puis, dressez votre liste de courses en fonction de vos menus choisis pour la semaine. Si l’envie vous prend, vous pourrez toujours intervertir deux menus dans la semaine, mais au moins vous aurez la quantité de repas exacte jusqu’aux prochaines courses. Vous éviterez ainsi le gaspillage de nourriture et d’argent.
- Pour la gestion du temps -
Un autre paramètre qui a son importance dans un foyer est la gestion du temps. Savoir estimer correctement le temps et anticiper la durée d’une tâche domestique ou d’un trajet, c’est pouvoir arriver à l’heure à un rendez-vous. De nos jours, avec nos vies bien chargées, nos agendas sont remplis et notre temps est souvent compté. Il n’est pas rare que je relève que mes patients arrivent dans mon cabinet soit bien trop en avance, soit en retard. C’est l’une des plaintes qui revient le plus fréquemment.
À la question suivante : « En général, rencontrez-vous des difficultés pour arriver à l’heure chez vous, à un repas de famille, à une sortie entre amis ou sur votre lieu de travail ? », 40 % des personnes interrogées répondent « oui » dans les trois domaines cités. Ce nombre représente 4 personnes sur 10, c’est-à-dire presque la moitié.

« J’arrive rarement à l’heure, je suis soit très en avance, soit très en retard, surtout si je ne connais pas le lieu du rendez-vous. »
Marine, 24 ans
LA BOÎTE À OUTILS
Comment limiter le temps perdu ?
Utilisez un agenda grand format pour pouvoir TOUT noter ! Bien sûr, notez vos rendez-vous, mais inscrivez également l’heure à laquelle vous devez partir en fonction de votre mode de transport. Si vous prenez le bus, notez l’heure de passage du bus que vous devez prendre et écrivez à quelle heure vous fait arriver le bus pour vérifier que vous arriverez à l’heure.
Vous pouvez également utiliser un agenda électronique sur lequel il est plus facile de faire des annotations, mais la vue d’ensemble est peut-être moins aisée que sur un grand agenda papier.
Utilisez un code couleur pour différencier vos rendez-vous professionnels et personnels. Le but est que vous puissiez vous y retrouver rapidement et lire facilement votre agenda.
Regardez sur internet l’estimation de votre temps de trajet. Grâce à nos GPS, nous pouvons aujourd’hui sélectionner le mode de transport et avoir une estimation du temps de trajet. À cette durée, n’hésitez pas à ajouter quelques minutes supplémentaires pour pouvoir gérer d’éventuels embouteillages ou le temps de trouver où vous garer si vous vous déplacez en voiture.
Portez une montre. Néanmoins, la lecture de l’heure est également un sujet de difficultés chez les personnes présentant des troubles mathématiques ; mais vous pouvez opter pour une montre avec un cadran numérique.
