

Le message Jésus de
COMPRENDRE SES PLUS BELLES PAROLES
Préface
« Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants. »
La lettre aux Hébreux présente ainsi la parole du Seigneur : non comme une lettre morte ou une énigme à déchiffrer, mais comme une parole pleine de vie, à l’œuvre aujourd’hui pour nous rendre toujours plus vivants.
C’est cet émerveillement devant la puissance de la parole de Dieu qui m’a conduit à écrire ce petit livre, sous forme de méditations autour de quarante paroles fortes du Christ ou d’événements importants de sa vie.
Dans la Bible, quarante est un nombre symbolique : celui d’un chemin à parcourir, à la suite des quarante ans du peuple hébreu derrière Moïse pour passer du pays d’esclavage à la Terre promise. Quarante, c’est un appel à l’exode, un appel à quitter inquiétudes ou certitudes pour se laisser porter par celui qui est « le chemin, la vérité et la vie ».
À travers ces quarante citations, c’est donc un chemin de vérité et de vie qui est proposé, aussi bien aux catéchumènes qui se préparent au baptême qu’à toutes celles et tous ceux qui veulent plonger dans les paroles du Christ, comme on s’abreuve à une source d’eau fraîche.
En huit étapes, ce chemin invite à commencer par s’ouvrir au mystère du Dieu Trinité pour parvenir, en fin de parcours, aux portes du paradis.
Quarante paroles fortes du Christ pour vivre avec lui la plus belle aventure de la vie humaine : celle qui nous fait entrer dans l’amour infini que Dieu nous porte, un amour qui nous attend, nous soutient, nous sauve et nous transforme.
Partie I
Dieu est si grand !
Le Dieu des commencements
« Commencement
de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »
Marc 1, 1
Et si l’on commençait… par le commencement ? « Commencement », c’est le premier mot de la Bible. Dieu, qui est sans commencement, commence par nous parler de commencement ! Alors, pour ouvrir son récit, saint Marc choisit lui aussi ce mot, comme un grand prélude à tout son évangile : « Commencement »
Pourtant, l’histoire de Dieu avec l’humanité n’a pas commencé avec la naissance de Jésus-Christ. Il y a d’abord eu la grande œuvre de la Création : des milliards d’années pendant lesquelles Dieu préparait cette alliance.
Ensuite, il y a eu Abraham, Jacob, Moïse… une longue lignée de patriarches, oscillant entre fidélité et infidélité, mais goûtant toujours combien Dieu se révèle à ceux qui le cherchent.
Dieu indéfectiblement présent, proposant et renouvelant sans cesse son alliance. Mais Dieu si souvent déçu et blessé par l’usage que les humains font de la liberté qu’il leur avait offerte par amour : combien de guerres, de souffrances, d’égoïsmes, d’avidité pour l’argent et le pouvoir !
Gâché par l’humanité orgueilleuse et par les forces démoniaques, le commencement de l’alliance avait fait jaillir un espoir, devenu une grande espérance grâce aux promesses divines : que tout recommence un jour, comme une nouvelle chance.
Et voici qu’un jour, en terre de Palestine, le Père éternel envoya son Fils, qui est en personne le nouveau commencement de l’humanité tout entière. Sa naissance fut le commencement d’un grand bouleversement : pas seulement une nouvelle chance donnée à l’humanité, mais aussi une nouvelle création.
Pour bien prendre conscience de ce qui est advenu dans cette nouvelle création, saint Marc fait suivre le mot « commencement » d’un autre tout aussi décisif : « Évangile » .
Quand il écrit son récit, autour de l’an 60, ce mot n’a pas encore pris la signification d’un livre biblique rapportant la vie et le message de Jésus-Christ.
À l’époque, « évangile » ça veut simplement dire une nouvelle qui réjouit : la naissance d’un enfant, la joie d’une bonne récolte…
Mais saint Marc s’en saisit pour rejoindre toutes les attentes de bonnes nouvelles de l’humanité et pour les élever bien au-delà de ce que nous aurions pu espérer :
« Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. »
En entendant saint Marc commencer ainsi son évangile, nous voilà donc interpelés, dès les premières pages de ce chemin : l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu, est-il vraiment pour moi la Bonne Nouvelle tant espérée ?
Une si Bonne Nouvelle qu’elle a priorité sur toutes les autres nouvelles que l’on aime partager.
Une si Bonne Nouvelle qu’elle dépasse et transfigure toutes les mauvaises nouvelles de nos vies et de la vie du monde.
Alors, même si vous en êtes seulement au « commencement » de votre chemin de vie chrétienne, laissez donc cette Bonne Nouvelle vous transformer en profondeur et vous faire rayonner de joie !
Pour découvrir aussi combien les commencements sont enthousiasmants quand ils sont porteurs d’une telle espérance ; et saisir qu’avec Jésus-Christ, on n’a jamais fini de commencer, car il nous l’assure :
« Voici que je fais toutes choses nouvelles ! »
Le Tout-Puissant
« Alors, du ciel vint une voix qui disait : “Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore.”
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. »
Jean 12, 28-29a
Coup de tonnerre à Jérusalem !
C’est ainsi que la foule perçoit ce qui est en train de se passer : comme un coup de tonnerre.
Ce n’est pas la première fois que le Dieu Tout-Puissant s’exprime ainsi. Au pied de la montagne du Sinaï déjà, le Seigneur s’était manifesté à Moïse par de grands coups de tonnerre ; et le psaume 28 s’en étonnait : « Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre ! »
Car elle est puissante, la voix de Dieu ! Devant elle, la voix des grands de ce monde comme la voix de notre orgueil ou celle des tentations sont réduites à rien, ridiculement faibles et inaudibles.
Mais ce coup de tonnerre doit peut-être résonner dans nos âmes et tout bousculer en nous : si nous savions comme Dieu est grand !
Quand nous levons les yeux vers un ciel étoilé, nous ne percevons qu’une poignée des deux cents milliards d’étoiles qui illuminent la Voie lactée. Notre galaxie n’est elle-même que l’une des milliers de milliards de galaxies composant l’univers.
Il y a de quoi avoir le tournis devant une telle grandeur… Et, pourtant, le Dieu Tout-Puissant est encore infiniment plus grand que tout cela, plus grand que tout le créé.
Il est l’Au-delà de tout !
Après notre mort, le coup de tonnerre perçu par les habitants de Jérusalem se transformera certainement pour nous en un sublime feu d’artifice !
Nous verrons de nos yeux combien le Seigneur est infiniment plus grand, plus beau, plus rayonnant que tout ce que nous pouvions imaginer.
Alors, nous comprendrons « plus grand », nous aimerons « plus grand », nous louerons « plus grand ».
Mais, pour le moment, nous sommes en pèlerinage ici-bas, dans cette vie qui, pour prendre tout son sens, doit confesser combien Dieu est grand. Avec un immense défi qui se présente à nous.
Ce défi, c’est de concilier cette grandeur incommensurable de Dieu avec sa discrète proximité au plus profond de nous.
Ce défi, c’est de pouvoir appeler Dieu du nom de Père et d’oser le tutoyer si l’on veut, tout en reconnaissant son infinie majesté.
Ce défi, c’est de confesser que le Fils du Père éternel venant naître dans la jeune Marie est en même temps celui que rien ne peut contenir.
Ce défi, c’est de reconnaître que Dieu est plus grand que l’immensité de l’univers, mais qu’il se rencontre en vérité dans les plus petits.
La toute-puissance du Seigneur est tellement aimante qu’elle se trouve impuissante devant une créature qui s’y refuse ; mais elle est tellement miséricordieuse qu’elle est toujours prête à tendre les bras à ceux qui se repentent de leur refus.
Ainsi pouvons-nous faire une autre expérience que celle du coup de tonnerre, qui impressionne mais qui peut rester bien trop extérieur à nos vies. Nous pouvons faire la même expérience intérieure que le prophète Élie au mont Horeb : « il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. »
Et c’est là que le Seigneur se manifesta à Élie.
Cette brise légère, c’est la puissance de Dieu qui vient à chaque instant caresser nos âmes.
Trinité !
« Allez !
De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
Matthieu 28, 19
Au nom : quand Jésus Christ appelle à plonger dans la vie que le Père veut nous donner pour l’éternité, il emploie un singulier.
Père, Fils, et Saint-Esprit : l’unité des trois Personnes divines est telle que le plongeon dans leur puissance d’amour est nécessairement au singulier.
Devant la révélation de ce mystère impossible à inventer par un esprit humain, la réflexion théologique en est venue à former un mot, comme on forge un objet d’art ou que l’on fait fondre un métal pour qu’une cloche résonne en toute clarté : Trinité !
Non pas trois dieux particulièrement unis ; ni un Dieu unique qui aurait trois manières de se manifester au monde ; mais un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit ; un seul Dieu en trois Personnes divines.
La Trinité n’est donc pas une juxtaposition de trois individualités, qui conduirait à la formule mathématique 1 + 1 + 1 pour ne pouvoir aboutir qu’au résultat de 3.
La Trinité est bien plutôt une multiplication d’amour en Dieu lui-même, si bien qu’il est possible de compter ainsi : 1 x 1 x 1, ce qui est bien égal à 1.
Un seul Dieu en trois Personnes.
La Trinité n’est cependant pas un problème mathématique à résoudre ; elle est un don à recevoir, celui de la Révélation, par laquelle Dieu nous permet d’accéder au mystère de son Être même.
Il s’agit donc d’accueillir la Révélation divine, telle que Jésus nous la fait contempler quand il envoie ses disciples à travers le monde : « Allez… et baptisez au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »
Cet appel est la révélation d’un Dieu qui aime de toute éternité, puisque c’est là son Être même. Mystère d’un Dieu d’amour, c’est-à-dire d’offrande et de partage, d’échange et de circulation de vie, avant même de créer le monde.
En Dieu, il y a un échange infini d’amour. Il y a donc en lui quelqu’un pour offrir et quelqu’un pour recevoir. En Dieu, il y a, de toute éternité, une pluralité pour que l’amour puisse s’échanger, circuler, procurer de la joie.
« Baptisez… au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » : le baptême fait plonger dans cet échange infini d’amour, que Dieu répand hors de lui-même pour vivre de sa Vie.
Le baptême fait participer à la relation du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le baptême nous rend donc totalement « relationnels », avec Dieu et avec les autres, si bien que les baptisés ne sont plus des individualités séparées les unes des autres : ils forment un seul corps.
Lorsqu’un chrétien agit, il est appelé à toujours le faire « au nom » de ce corps qui reflète l’amour trinitaire.
Un singulier dans la pluralité, une unité dans la diversité, une communion d’amour, un même élan de vie : voilà ce que forment les baptisés et que l’on appelle « Église ».
À son image et à sa ressemblance
« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés.
Demeurez dans mon amour. »
Jean 15, 9
Impossible de quitter le mystère de la Sainte Trinité ! Il est tellement grand et enveloppe avec tant de puissance tout le créé qu’aucune parole du Christ ne peut être entendue en dehors de la révélation trinitaire.
Ainsi, un appel comme celui-ci, « Demeurez dans mon amour », ne peut pas être accueilli comme une simple règle à suivre pour être un bon chrétien. Il s’agit bien plutôt de laisser le mystère de la Trinité se déployer dans toutes les réalités de notre vie.
Jésus fait d’ailleurs précéder cette exigence d’amour d’une référence à la relation qu’il vit avec le Père de toute éternité : « Comme le Père m’a aimé. » C’est ainsi que le Christ nous aime et qu’il nous appelle à aimer : comme le Père l’aime éternellement.
Bien que le mystère de la Trinité nous dépasse toujours, il traverse l’infini pour venir bouleverser nos vies quotidiennes, si bien que tout ce que nous vivons peut être entendu comme un écho au mystère trinitaire.
Ainsi, puisque Dieu est Trinité, il y a certainement d’abord dans l’être humain créé à son image une dimension « ternaire » plus que « binaire. »
Nous nous découvrons alors corps, âme et esprit : le corps caractérisé par la sensation, l’âme par la relation, l’esprit par la contemplation. Trois dimensions, comme une empreinte du mystère trinitaire dans tout ce que nous sommes ; et comme un appel à veiller avec autant d’attention sur chacune de ces dimensions de notre être.
Ainsi, le corps se soigne par une bonne hygiène de vie ; l’âme (en grec, la psyché) se soigne par des relations équilibrées ; l’esprit se soigne par la prière et tout particulièrement par les sacrements, qui infusent en nous la vie divine.
Cette empreinte trinitaire marque aussi nos manières de penser. Souvent, dans nos choix, il faut chercher une « troisième voie », plus subtile et donc plus vraie que les positions tranchées entre « tout blanc » ou « tout noir ». Sur
quelque sujet que ce soit, le discernement vise souvent à découvrir cette troisième voie. Non pas le « en même temps » de la confusion politique ; non pas « le ying et le yang » dangereusement binaire ; mais « le chemin, la vérité et la vie » ternaire.
Vous pouvez chercher encore par vous-même ; vous verrez que le mystère de la Trinité a bien un impact sur tout ce que nous sommes.
Ainsi, il y a en nous trois puissances de l’âme (l’intelligence, la mémoire et la volonté) ; trois vertus théologales, c’est-à-dire des purs dons de Dieu (la foi, l’espérance et la charité) ; trois dimensions dans notre perception du temps (le passé, le présent et l’avenir).
En tout cela, le créé reflète la Trinité.
La Trinité n’est donc pas une notion qui nous embarrasse parce que nous ne savons pas comment en parler aux autres ou comment la comprendre nous-mêmes.
La Trinité, c’est une réalité à vivre : c’est laisser le Père, le Fils et le Saint-Esprit transformer notre regard sur tout ce qui existe ; et c’est consentir amoureusement à refléter la beauté trinitaire.
Compter jusqu’à Un
« Le Père et moi, nous sommes UN. »
Jean 10, 30
Dieu, lui, se fait tellement petit qu’il ne sait compter que jusqu’à Un. Quand Jésus révèle l’union à son Père, c’est en disant : « Le Père et moi, nous sommes UN. » Quand il prie son Père, il demande pour nous : « Qu’ils soient Un comme nous sommes Un. » Dieu ne sait compter que jusqu’à Un, parce qu’il est Un et qu’il nous veut Un.
Puisque Dieu ne sait compter que jusqu’à Un, il voit d’abord en chacun de nous l’unique que nous sommes. Cet unique qu’il a créé incomparable à quiconque, si bien que l’une des plus grandes offenses que nous puissions faire à Dieu, c’est de vouloir être un autre au lieu d’être pleinement nous-même.
Puisque Dieu ne sait compter que jusqu’à Un, chaque « un » qu’il crée, il y met tout son amour. Et voici le changement permanent de regard que nous devons avoir sur les autres : voir en eux l’unique que Dieu a créé dans sa bonté.
Puisque Dieu ne sait compter que jusqu’à Un, il nous voit tous ensemble comme un seul peuple, non pas comme des milliards d’individus disséminés sur la terre. Dieu nous voit Un et nous veut Un.
Alors, puisqu’il ne sait compter que jusqu’à Un, Dieu nous apprend, nous aussi, à savoir compter jusqu’à Un : pour que nous consentions à nous voir comme une seule humanité, quelles que soient nos origines, nos couleurs de peau ou nos manières de penser.
Si tous les êtres humains comptaient seulement jusqu’à Un, nos quartiers, nos villages, nos familles, notre humanité entière seraient tellement plus paisibles ! Ce n’est pas une utopie puisque c’est la manière de compter de Dieu : seulement jusqu’à Un, si bien que lorsqu’un Palestinien de Gaza est bombardé comme lorsqu’un Juif d’Israël est agressé, l’Un que nous sommes est tout à la fois bombardé et agressé.
Dieu nous apprend à compter jusqu’à Un, au point que les 613 commandements de la loi de Moïse, Jésus les condense en un seul : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur et ton prochain comme toi-même. » L’unité de notre foi, l’unité
de notre être et l’unité de nos relations, nous les trouvons en cherchant toujours ce commandement unique et unifiant.
Dieu ne sait compter que jusqu’à Un et il nous apprend encore à compter jusqu’à Un, pour que change aussi notre regard sur la planète entière. Nous sommes Un, une seule Création avec tout ce qui existe sur terre, sous terre et dans la mer. Non pas un « Un holistique », sorte de grand tout où nous cesserions d’exister pour nous y fondre ; mais l’unité d’une maison commune, à habiter ensemble, avec toutes les créatures, pour y vivre en profonde communion.
Dieu ne sait compter que jusqu’à Un, si bien que toute la Révélation porte cette unité essentielle et vitale.
Les 4 Évangiles ? Une seule Bonne Nouvelle.
Les 8 béatitudes ? Un seul bonheur.
Les 12 Apôtres ? Un seul témoignage.
Les 73 livres de la Bible ? Une seule parole d’amour de Dieu.
Avec Dieu, apprenons à compter jusqu’à Un, pour y trouver l’unité de la Révélation, l’unité de notre être, l’unité entre nous, l’unité de tout le créé, l’unité avec Dieu.
Partie II
Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !
De l’autorité dans le bazar
« Ils entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité. »
Marc 1, 21-22
Bienvenue à Capharnaüm ! Une petite ville située dans le nord d’Israël, sans prétention, sans importance. C’est pourtant là que Jésus s’installe après la mort de son cousin Jean le Baptiste.
Capharnaüm, c’est aussi devenu le synonyme du désordre, du bazar. Quand Jésus entre à Capharnaüm, il entre dans un grand bazar !
En réalité, il l’avait déjà fait, depuis qu’il était né à Bethléem : en devenant l’un de nous, le Fils de Dieu était entré dans le grand bazar de la vie humaine.
Mais après la mort de Jean le Baptiste, Jésus prend une décision : il rejoint Capharnaüm. Il entre dans cette ville devenue le symbole du désordre pour manifester son autorité sur tout ce qu’il peut y avoir de bazar dans nos vies et dans le monde.
Mais de quelle autorité s’agit-il ?
Il faudra attendre la fin de l’Évangile pour que le voile se lève, quand un centurion romain criera au pied de la croix : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. »
Son autorité, le Christ la tient de lui-même comme Fils de Dieu, dans la communion du Père et du Saint-Esprit ; mais c’est sur la croix qu’elle resplendit dans toute sa lumière. Son amour prend autorité sur les désordres du monde et du cœur humain.
L’évidence s’impose alors : le véritable Capharnaüm, c’était la mort, ce désordre absolu, créant un bazar phénoménal dans la Création et s’opposant si dramatiquement à notre désir de vivre.
C’est dans ce Capharnaüm de désolation que le Christ entre en portant la croix. Il en sort vainqueur, brisant les portes de la mort.
D’ailleurs, au matin de Pâques, quand l’apôtre Jean entre dans le sépulcre du Christ, il remarque une chose : le tombeau est vide, mais les linges sont restés là, bien rangés : c’est la fin du désordre ! Un ordre nouveau est advenu, l’ordre de la vie éternelle !
En prélude à cette victoire pascale, le premier acte de la vie publique du Christ, c’est d’enseigner avec autorité. Non pas qu’il parle plus fort que les autres ; mais ses paroles rejoignent le bazar intérieur de l’être humain. Elles le rejoignent pour éveiller un grand désir de vérité et pour chasser les démons qui étouffent l’élan de vie.
C’est cette autorité-là qui marque les foules : des paroles qui font grandir, selon la définition même de l’autorité : avoir de l’autorité, c’est « faire croître ». Si l’autoritarisme asphyxie la vie, l’autorité la fait grandir.
L’autorité du Christ n’est donc pas un pouvoir écrasant dont il faudrait avoir peur. Dieu n’a pas besoin de se rassurer sur son importance en exerçant un pouvoir autoritaire sur les autres. Il ne cherche pas à soumettre, mais à élever.
N’est-ce pas cela que les habitants de Capharnaüm saisissent quand Jésus vient rejoindre leur bazar ? Son enseignement fait autorité, parce qu’il est porté par un grand désir, exprimé plus loin par ces mots : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
Alors, si vous trouvez que votre vie actuelle est un véritable capharnaüm, invoquez le Christ, soumettez-vous à son autorité, faites-lui pleinement confiance.
Ô Christ, viens établir ton règne en moi ! Exerce sur moi toute ton autorité : sur mon péché pour l’anéantir, sur les suggestions du démon pour les faire taire, sur mes désirs pour les orienter vers le Père, sur mes projets pour les remettre à l’Esprit Saint.
Sur tout le bazar qui est en moi, exerce ta divine et bienfaisante AUTORITÉ !
La lumière du monde
« Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. »
Jean 8, 12
La lumière a toujours exercé sur l’être humain une fascination formidable. Pensez au regard d’un nourrisson sur une bougie ou à notre émerveillement devant un lever de soleil. Pensez aussi à la peur du noir, quand on est petit enfant… comme une intuition, peut-être, que l’obscurité pourrait dominer sur nous pour toujours.
Dans cette peur, Jésus-Christ nous rejoint et proclame : « Je suis la lumière du monde. »
Cette lumineuse révélation, le Seigneur la fait à un moment précis. L’évangéliste indique qu’elle a lieu après une grande semaine de fête, celle des « illuminations. » Pendant ces festivités, on éclairait toute la ville de Jérusalem, et de grands lustres en or étaient suspendus devant le Temple.
Cette fête faisait mémoire d’événements fondateurs de la foi d’Israël : guidé par Moïse, le peuple libéré de l’esclavage en Égypte avait traversé la mer Rouge. Mais, de l’autre côté, c’était le désert. Dieu allait-il abandonner son peuple ? Non, jusqu’à l’arrivée en Terre promise, le Seigneur n’avait cessé d’accompagner les siens, sous forme d’une nuée lumineuse ou d’une colonne de feu.
C’est donc après avoir commémoré cet événement lumineux que le Christ se présente au Temple et révèle : « Je suis la lumière du monde. »
Impossible pour ceux qui l’écoutent de ne pas faire le lien. Se prend-il pour la nuée lumineuse qui guidait nos ancêtres au désert ? Jésus lève alors le doute : « celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres ».
Le Christ s’identifie clairement à la nuée lumineuse qui permit au peuple de ne jamais baisser les bras au cours des longues années à traverser le désert.
La nuée lumineuse, la colonne de feu, est donc désormais là, en personne ! Une Lumière si puissante qu’elle ne s’éteindra même pas quand Jésus-Christ
mourra et sera mis au tombeau. Au contraire, c’est lui qui éclairera les ténèbres de la mort pour libérer ceux qui en étaient prisonniers.
C’est ce que la liturgie symbolise au cours de la vigile pascale. Alors que l’église est dans l’obscurité la plus totale, les fidèles entrent derrière un grand cierge allumé et proclament : « Lumière du Christ ! »
Puis, à ce cierge, les baptisés allument chacun une bougie ; ainsi, la lumière devient contagieuse, elle embrase tout et tout le monde, sans distinguer ceux dont la vie est plus obscure de ceux dont elle est plus lumineuse.
De même, lors de son baptême, le néophyte reçoit une bougie allumée au cierge pascal. C’est le don de la lumière du Christ, mais c’est aussi un appel à choisir par quoi éclairer les chemins de la vie.
Car d’autres lumières peuvent nous attirer : la lumière éblouissante du succès, la lumière séduisante de l’or, la lumière bleutée des écrans. Des lumières qui risquent de faire de nous des moustiques : attirés par les phares d’une voiture, ils finissent par s’y écraser.
Alors, le Christ surgit dans notre quête de clarté. Il y apporte la lumière de l’amour trinitaire pour dissiper les ténèbres de nos cœurs et nous fait désirer des biens plus lumineux que toutes les promesses du monde.
Sa lumière nous prépare ainsi au jour où nos yeux se fermeront sur cette vie terrestre. Alors, ce ne sera pas l’obscurité, car nous verrons le Christ, qui nous tendra les bras en nous disant :
« Je suis la lumière du monde ! »
Le bon berger
« Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. »
Jean 10, 14
De jour comme de nuit, les bergers veillent sur leur troupeau, attentifs à ce qu’aucune brebis ne s’égare, à ce qu’aucune ne se fasse dévorer par les loups. Jésus prend cette image pour nous faire saisir l’amour qu’il a pour nous : « Moi, je suis le bon pasteur. »
Le pape François offrit un jour une méditation sur les bergers, en invitant à observer leurs positions parfois devant leur troupeau, parfois derrière, parfois au milieu. De même pour le Christ, le Bon Berger de nos vies.
Il y a d’abord les moments où il se tient devant nous, pour tracer le chemin. Bâton à la main, il protège du danger des bêtes féroces. Derrière lui, les brebis peuvent avancer avec assurance !
Situé devant elles, il leur laisse la liberté de le suivre, chacune à son rythme, certaines faisant des détours, d’autres s’arrêtant en chemin avant de courir pour rejoindre le troupeau. C’est peut-être ce que vous avez vécu dans votre chemin de foi jusqu’ici.
Mais le berger ne se tient pas toujours à la tête du troupeau. Il risquerait de ne pas remarquer les brebis qui s’égarent ou celles qui peinent à marcher. Alors, parfois, il se place à l’arrière.
Le Christ Bon Berger affectionne particulièrement cette dernière place ; c’est celle qu’il a prise pour nous sauver.
Ainsi, à l’arrière du troupeau, il manifeste sa confiance envers ses brebis pour qu’elles ouvrent la route. Il sait qu’elles sont capables de belles choses, alors il les laisse prendre des initiatives. Nous ne sommes pas des marionnettes dans les mains de Dieu ni dans celles de l’Église ; dans la fidélité à l’Évangile, le Seigneur nous laisse essayer, explorer, inventer.
Nous nous disons peut-être qu’il serait plus simple que le Seigneur décide et agisse à notre place ; mais ce n’est pas ainsi que bat son cœur de Bon Berger.
Son but n’est pas de nous téléguider, mais d’être notre partenaire d’alliance éternelle. Posté derrière nous, il nous assure qu’il ne nous abandonnera jamais.
Le Christ Bon Berger aime aussi se tenir au milieu de ses brebis, selon sa promesse :
« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Se tenant au milieu de nous, il devient notre centre de gravité. Nous ne risquons plus alors d’être ballotés par les événements de la vie, les inquiétudes sur le monde ou les conflits relationnels.
Bon Berger devant, derrière et au milieu, jusqu’à la destination finale qu’est le paradis. Alors, le Seigneur ne sera plus soit à la tête, soit au milieu, soit à l’arrière : il sera les trois en même temps, car Dieu sera « tout en tous ».
Seigneur, tu dors ?
« Les vagues se jetaient sur la barque […] Lui dormait sur le coussin à l’arrière.
Les disciples le réveillent et lui disent : “Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ?” »
Marc 4, 37-38
La mer est agitée, la barque se remplit d’eau. Les disciples s’agitent eux aussi ; c’est comme s’ils adoptaient le mouvement des vagues.
À l’arrière de la barque, l’ambiance est tout autre, Jésus dort paisiblement. Là, tout au fond, une paix est préservée, un calme assuré.
Les disciples auraient pu aller de ce côté-ci de la barque : au lieu de prendre modèle sur les vagues qui s’agitent en criant « Maître, nous sommes perdus, cela ne te fait rien ? » ; ils auraient pu se modeler sur le calme de Jésus pour confesser : « Maître, tu es là, donc tout va bien ! »
Il faut alors que Jésus les interpelle, et nous avec eux : « N’avez-vous pas encore la foi ? » Car si la barque est tellement agitée, ce n’est pas seulement en raison des vagues qui viennent la secouer. C’est aussi en raison du balancement intérieur des disciples.
Ils oscillent sans doute entre deux paroles bibliques qu’ils connaissent forcément par cœur, deux paroles de psaumes.
Dans la première, c’est l’inquiétude qui domine face aux dangers :
« Pourquoi dors-tu, Seigneur ? »
Dans la seconde, c’est la confiance qui l’emporte :
« Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël ! »
Combien de fois nous arrive-t-il, à nous aussi, d’osciller entre la confiance en Dieu et le doute sur sa présence ? Nous balançons de l’un à l’autre, au point que notre barque risque de chavirer.
Et voilà Jésus, qui dort à l’arrière de la barque ; non pas qu’il joue avec les nerfs de ses disciples, mais il veut les aider à faire un choix résolu, pour en finir avec ce balancement permanent entre la foi et l’incrédulité.
Pour cela, il faut qu’ils soient consolidés intérieurement ; qu’ils n’aient pas seulement confiance en Jésus quand tout va bien, mais qu’ils soient capables de croire qu’il s’occupe vraiment de tout, même dans les tempêtes et au creux des vagues.
Et vous, oserez-vous poser aujourd’hui cet acte de foi fondamental ?
Les difficultés de la vie font souvent tanguer notre barque personnelle. Mais Jésus est là, au fond de notre âme comme au fond de la barque des disciples. Il y est présent, solide et paisible.
Nous pouvons choisir de lui tourner le dos en ne regardant que l’agitation qui nous entoure ; notre vie prend alors la forme des vagues tempétueuses.
Mais nous pouvons aussi aller jusqu’au fond de la barque de notre âme, pour y rencontrer le Christ qui nous apaise. C’est cela, avoir la foi.
Dans le secret de votre âme, osez donc dire au Seigneur que vous croyez en lui, que vous savez qu’il est là, que vous ne doutez pas de sa bonté.
La clé des chants
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Luc 2, 14
Quand la voix mélodieuse des anges perce la nuit de Bethléem, c’est pour chanter que Dieu aime l’humanité : « Paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Ce chant des anges n’est ni le premier ni le dernier chant d’amour qui parcourt la terre. Dans les chansons et les romans, les films et les poèmes, pas de sujet plus fort ni plus présent que l’amour.
Quand la Parole de Dieu chante l’amour, ce n’est cependant pas pour ajouter son couplet personnel au grand chant d’amour qui résonne à travers le monde.
La révélation biblique, c’est plutôt la clé de ce chant, comme on parle de clé de fa ou de clé de sol. Cette clé permet de bien lire la partition et assure à tous les musiciens l’harmonie de leur interprétation.
Ainsi, la Parole de Dieu est la clé d’harmonisation de tous nos sentiments, nos désirs d’aimer et d’être aimés. La révélation biblique offre cette clé pour savoir chanter l’amour par toute notre vie.
Non pas qu’on aime forcément mal sans cette clé : des non-croyants ou des croyants d’autres religions peuvent aimer bien plus authentiquement que certains chrétiens. Nous n’avons pas le monopole du « savoir aimer ». Mais être chrétien, c’est s’émerveiller de recevoir du Seigneur la clé qui permet à tous ceux qui chantent l’amour de le faire harmonieusement.
Cette clé divine donne d’abord le « la » par une parole courte, mais d’une puissance inouïe : « Dieu est amour. »
Révélation fulgurante que saint Jean a reçue du Saint-Esprit : l’amour n’est pas un simple effet qui jaillit de Dieu ; il est l’Amour.
Par conséquent, lorsque Dieu crée, il crée forcément par amour et pour l’amour. Les fleurs, les montagnes, les animaux et les êtres humains : tous font écho à l’amour de celui qui les a créés.
Nous devrions donc toujours regarder chaque créature à partir de cette clé fondamentale, qui permet de lire la partition de la Création : tout est reflet de l’amour de Dieu !
C’est sans doute pour cela qu’un beau paysage ou les ailes d’un papillon nous touchent directement au cœur : ils font écho à l’amour du Créateur.
Le Seigneur ne peut rien faire d’autre que nous aimer, puisqu’il est Amour. N’est-ce pas rassurant ? Si quelqu’un demandait à Dieu de le haïr, le Seigneur répondrait : « Je ne peux pas, car je suis Amour ! Donc, je t’aime et je ne cesserai jamais de t’aimer ! »
C’est, en un sens, la seule limite qui soit présente en Dieu : il ne peut que ce que peut l’amour.
Voilà donc la clé qui nous permet de lire l’ensemble de la réalité : l’amour inconditionnel que Dieu nous porte.
Cet amour est source d’une paix profonde, comme le chantent les anges au cœur de la nuit :
« Paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! »
