Tanzania (FR)

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Note de synthĂšse

Aperçu des politiques et pratiques existantes en matiÚre de politiques de réinsertion des mÚres adolescentes en Tanzanie

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FAWE Forum for African Women Educaïżœonalists Forum des Ă©ducatrices africaines

Introduction

Cette note d’orientation met en lumiĂšre les politiques et pratiques existantes en matiĂšre de rĂ©insertion scolaire des mĂšres adolescentes en RĂ©publique-Unie de Tanzanie. Elle s’appuie sur la recherche et le rapport du pays sur les politiques de rĂ©intĂ©gration scolaire des mĂšres adolescentes dans le pays. Elle examine les cadres institutionnels existants–y compris les lois, les politiques et les directives. Elle procĂšde ensuite Ă  l’examen de la fonctionnalitĂ© des cadres institutionnels existants. Sur la base de cette analyse, le document conclut en fournissant des recommandations qui devraient ĂȘtre prises en compte pour que le paysage politique de la rĂ©insertion scolaire des mĂšres adolescentes en Tanzanie soit conforme aux normes et standards internationaux convenus en matiĂšre de respect des droits des mĂšres adolescentes Ă  l’éducation.

Le secteur de l’éducation

Le secteur de l’éducation en Tanzanie est organisĂ© en cinq grands groupes : l’éducation de base et obligatoire comprenant l’enseignement prĂ©-primaire (un an), l’enseignement primaire (sept ans) et l’enseignement secondaire ordinaire (quatre ans) ; l’enseignement secondaire avancĂ©, d’une durĂ©e de deux ans ; l’enseignement et la formation techniques et professionnels (y compris la formation des enseignants); l’éducation des adultes et l’éducation non formelle ; et l’enseignement supĂ©rieur. La mise en Ɠuvre du programme d’éducation de base gratuite (FBEP) est un Ă©lĂ©ment clĂ© de la stratĂ©gie globale du gouvernement pour amĂ©liorer les rĂ©sultats de l’éducation et accĂ©lĂ©rer la croissance. Le programme d’éducation de base sans frais a Ă©tĂ© introduit en 2016 pour permettre Ă  la Tanzanie d’universaliser 12 ans d’éducation de base et d’éliminer Ă  la fois les frais informels dans les Ă©coles primaires gouvernementales et les frais de scolaritĂ© formels pour les Ă©coles gouvernementales du premier cycle du secondaire. Les premiers signes montrent que cette politique encourage beaucoup plus d’enfants Ă  commencer et Ă  rester Ă  l’école1 .

Les plans de dĂ©veloppement du secteur de l’éducation (ESDP)–2016/17–2020/21 pour la Tanzanie continentale prĂ©voient que d’ici 2025, l’offre d’éducation de base couvrira tous les enfants de l’ñge concernĂ©. On s’attend Ă  ce que, d’ici 2025, 90 % des enfants qui entrent dans l’enseignement primaire aient bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une annĂ©e de scolaritĂ© prĂ©primaire, que les causes d’abandon soient traitĂ©es et que les

taux d’abandon aient diminuĂ© de maniĂšre significative, et que le taux de promotion entre le cycle 1 et 2 atteigne 90 % d’ici 2025 2. Le FBEP et le SDEC, s’ils sont mis en Ɠuvre efficacement, permettront de combler les lacunes identifiĂ©es dans le TDHS (2015-16), qui a estimĂ© que le taux de frĂ©quentation net chute de 76% dans les Ă©coles primaires Ă  23% dans les Ă©coles secondaires, et que les filles sont plus susceptibles de frĂ©quenter l’école primaire que les garçons, alors qu’il n’y a pas de diffĂ©rences majeures par sexe dans la frĂ©quentation de l’école secondaire.

Le contexte de la grossesse chez les adolescentes–Tendances, facteurs et rĂ©ponses politiques existantes

La grossesse chez les adolescentes reste un problĂšme de dĂ©veloppement majeur en Tanzanie. On estime que 27 % des adolescentes du pays ĂągĂ©es de 15 Ă  19 ans Ă©taient dĂ©jĂ  mĂšres ou enceintes de leur premier enfant (MoHCDGEC, 2016, citĂ© dans Niboye,20183).Cela reprĂ©sente une nette augmentation par rapport Ă  2010, oĂč seulement environ 23 % des adolescentes ĂągĂ©es de 15 Ă  19 ans avaient commencĂ© Ă  avoir des enfants. Les rĂ©gions oĂč le pourcentage de grossesses chez les adolescentes est Ă©levĂ© en Tanzanie sont Katavi (45,1 %), Tabora (42,6 %), Dodoma (38,6 %), Morogoro (38,5 %), Mara (37,4 %), Shinyanga (33,5 %), Mbeya (33 %), Ruvuma et Kigoma (32 %) et Pwani (30) et Mjini Magharibi (5 %) Ă  Zanzibar, selon l’enquĂȘte TDHS 2015-164.

Il est difficile d’obtenir les estimations les plus rĂ©centes des grossesses chez les adolescentes, dont on pense qu’elles ont connu un pic au milieu de la pĂ©riode COVID-19. Les mĂ©dias indiquent que 190 filles de la rĂ©gion de Pwani sont tombĂ©es enceintes en 2020, Kisarawe enregistrant le plus grand nombre de grossesses. La Banque mondiale estime qu’environ 5 5005 filles abandonnent l’école en raison de grossesses prĂ©coces, mĂȘme si Human Rights Watch, citant une autre source de donnĂ©es, estime Ă  8 000 par an le nombre d’abandons liĂ©s Ă  la grossesse6. La difficultĂ© d’obtenir les statistiques officielles les plus rĂ©centes sur les grossesses d’adolescentes et sur les abandons liĂ©s aux grossesses d’adolescentes a donnĂ© lieu Ă  une multiplication des

1 Al-Samarrai,Samer; Tamagnan,Marie Evane.2019, Gender Equity and Fee-Free Basic Education in Tanzania (English). Washington, D.C. : World Bank Group. http://documents.worldbank.org/curated/en/356111553606355438/Gender- Equity-and-Fee-Free-Basic-Education-in-Tanzania

2 MINISTRY OF EDUCATION, SCIENCE AND TECHNOLOGY, EDUCATION SECTOR DEVELOPMENT PLAN (2016/17 –2020/21), TANZANIA MAINLAND, Updated July 2018

3 Elliott P. Niboye; Back to School after Delivery, the Plight of Teenage Mothers in Zanzibar: Experiences from Mjini Magharibi’s Urban and West Districts in Unguja, in International Journal of Humanities Social Sciences and Education (IJHSSE) Volume 5, Issue 3, March 2018, PP 54-67 ISSN 2349-0373 (Print) & ISSN 2349-0381 (Online) http://dx.doi.org/10.20431/2349-0381.0503006 www.arcjournals.org

4 Ibid

5 https://www.worldbank.org/en/news/factsheet/2020/03/31/tanzania-secondary-education-quality-improvement- program-sequip

6 https://www.hrw.org/sw/news/2020/04/24/341242

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estimations non officielles, qui diffĂšrent sensiblement des statistiques gouvernementales. Par exemple, une Ă©tude a affirmĂ© que 44% des adolescentes de Tanzanie continentale ont donnĂ© naissance Ă  un enfant ou sont enceintes Ă  l’ñge de 19 ans7. Une autre Ă©tude estime qu’en 2016, 12 % des abandons de scolaritĂ© des femmes dans le secondaire Ă©taient dus Ă  une grossesse.

Il Ă©tait difficile d’obtenir des donnĂ©es prĂ©cises sur les grossesses prĂ©coces et l’abandon scolaire qui en dĂ©coule pour les filles sous le rĂ©gime prĂ©cĂ©dent, en raison de la position du gouvernement sur les grossesses prĂ©coces. Au niveau micro, cette situation est aggravĂ©e par la honte et la stigmatisation que suscite le phĂ©nomĂšne, et par le fait que de nombreuses grossesses d’adolescentes ne sont jamais dĂ©clarĂ©es ou enregistrĂ©es. Les statistiques gouvernementales sur l’abandon de l’école secondaire n’enregistrent que l’absentĂ©isme, le dĂ©cĂšs et la grossesse comme causes d’abandon. L’absentĂ©isme scolaire, qui peut recouvrir de nombreuses raisons diffĂ©rentes, reprĂ©sente plus de 90 % de tous les abandons. En 2015, 3 439 filles ont dĂ©clarĂ© avoir abandonnĂ© l’école secondaire en raison d’une grossesse. Bien que l’information soit relativement ancienne, l’enquĂȘte sur le budget des mĂ©nages de 2006 montre que 5 % des filles abandonnent l’école parce qu’elles se marient8.

Les grossesses et les mariages prĂ©coces chez les adolescentes affectent les rĂ©sultats scolaires. PrĂšs d’un tiers des Tanzaniennes se marient avant l’ñge de 18 ans. Il a Ă©tĂ© Ă©tabli que pour chaque annĂ©e oĂč une fille se marie avant l’ñge de 18 ans, la probabilitĂ© de terminer l’école secondaire est rĂ©duite de six points de pourcentage. Al-Samarrai et Tamagnan (2019, voir les notes en fin de texte) citent une Ă©tude rĂ©cente selon laquelle les normes socioculturelles, telles que le manque d’autonomie des filles, l’institution de la dot et les prĂ©fĂ©rences religieuses, contribuent Ă  la propension des filles Ă  se marier tĂŽt et Ă  interrompre leur scolaritĂ©. Le statut socio-Ă©conomique d’un mĂ©nage peut Ă©galement ĂȘtre un vecteur de mariage prĂ©coce, les filles Ă©tant poussĂ©es Ă  se marier tĂŽt pour allĂ©ger le fardeau financier de la famille.

Les grossesses d’adolescentes, qui sont souvent la consĂ©quence de mariages prĂ©coces, ont Ă©galement de graves consĂ©quences pour les filles. En Tanzanie continentale, en particulier pour les filles dont les parents ne peuvent pas se payer une Ă©cole privĂ©e, tomber enceinte signifie la fin de toute chance de terminer leur Ă©ducation de base.La loi sur les rĂšglements de l’éducation (expulsion et exclusion des Ă©lĂšves des Ă©coles n° 295) de 2002 stipule que les Ă©lĂšves peuvent ĂȘtre expulsĂ©s s’ils sont mariĂ©s ou s’ils commettent une infraction pĂ©nale, y compris une infraction Ă  la moralitĂ©.

Bien que la grossesse des adolescentes ne soit pas mentionnĂ©e explicitement, elle est interprĂ©tĂ©e par les responsables de l’éducation, dans le cadre de leurs fonctions, comme une atteinte Ă  la moralitĂ©. La pratique politique existante, bien qu’elle soit devenue plus accommodante dans le rĂ©gime actuel, empĂȘche les jeunes mĂšres de retourner Ă  7 Forced out: Mandatory Pregnancy

l’école publique aprĂšs leur accouchement. Les filles qui ont Ă©tĂ© enceintes ont des taux de frĂ©quentation extrĂȘmement faibles par rapport Ă  la moyenne des filles. En outre, les filles enceintes sont tenues et sont souvent obligĂ©es de rĂ©vĂ©ler l’identitĂ© des hommes qui les ont mises enceintes, qui risquent jusqu’à 30 ans de prison s’ils sont reconnus coupables de ce dĂ©lit. La plupart des filles refusent donc de rĂ©vĂ©ler l’identitĂ© des hommes qui les ont mises enceintes, ou choisissent de quitter discrĂštement l’école avant que la grossesse ne soit dĂ©couverte.

En 2009, des lignes directrices visant Ă  permettre aux mĂšres adolescentes de retourner Ă  l’école ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es, mais il semble qu’elles n’aient Ă©tĂ© ni adoptĂ©es ni mises en Ɠuvre, ce qui a probablement suscitĂ© un nouveau cycle de consultations qui a abouti aux lignes directrices sur la maniĂšre de permettre aux Ă©coliĂšres enceintes de retourner Ă  l’école et de reprendre leurs Ă©tudes de fĂ©vrier 2016. out comme les directives de 2009, la version 2016 ne prĂ©voit qu’une seule possibilitĂ© de rĂ©insertion Ă  la fois pour l’adolescente enceinte et pour le garçon responsable de la grossesse au sein du cycle scolaire. Contrairement Ă  la version 2009, les lignes directrices 2016 sont plus dĂ©taillĂ©es et ont bĂ©nĂ©ficiĂ© de consultations plus larges avec les diffĂ©rentes parties prenantes. La politique stipule que les mĂšres adolescentes peuvent reprendre l’apprentissage six mois aprĂšs l’accouchement, si elles sont mĂ©dicalement aptes, mais cela doit se faire au dĂ©but de l’annĂ©e scolaire. Lorsqu’une grossesse est dĂ©tectĂ©e Ă  proximitĂ© d’examens nationaux, il convient de conseiller Ă  l’adolescente enceinte, dans la mesure oĂč cela est mĂ©dicalement possible, de se prĂ©senter Ă  ces examens.

L’écoliĂšre enceinte est tenue d’écrire une lettre officielle sur un modĂšle approuvĂ©, informant le chef d’établissement et les autres autoritĂ©s Ă©ducatives de son engagement Ă  retourner Ă  l’école aprĂšs l’accouchement. Dans les six mois Ă  un an qui suivent l’accouchement, la mĂšre adolescente doit Ă  nouveau Ă©crire une lettre au chef d’établissement, prĂ©cisant qu’elle est prĂȘte et a l’intention de reprendre l’enseignement. Celle-ci a le choix de retourner dans son ancienne Ă©cole, d’ĂȘtre admise dans une autre Ă©cole ou de suivre un autre mode d’éducation (formel ou informel). La jeune fille est Ă©galement tenue de rĂ©vĂ©ler l’identitĂ© de la personne responsable de la grossesse et, si elle est rĂ©ticente, les lignes directrices prĂ©voient des conseils et des orientations pour qu’elle puisse faire cette rĂ©vĂ©lation afin qu’une action en justice soit engagĂ©e contre l’auteur de l’infraction.

Dans les cas oĂč la grossesse est causĂ©e par un Ă©colier, ce dernier devra ĂȘtre suspendu pendant 6 mois. Il doit Ă©galement Ă©crire au directeur de l’école avant la mise Ă  pied et lorsqu’il est sur le point d’ĂȘtre rĂ©admis. Si l’écolier conteste sa responsabilitĂ© dans la grossesse, il peut ĂȘtre tenu de se soumettre Ă  un test ADN. La famille du garçon responsable de la grossesse est tenue d’assumer la responsabilitĂ© des soins de la jeune mĂšre, ainsi que la prise en charge des frais

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Testing and the Expulsion of Pregnant Students in Tanzanian Schools: THE CENTER FOR REPRODUCTIVE RIGHTS 8 Al-Samarrai,Samer; Tamagnan,Marie Evane.2019, op. cit.
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d’accouchement du bĂ©bĂ© par le gouvernement du village/le responsable de la protection sociale.

Les chefs d’établissement sont tenus de tenir des registres et de soumettre aux autoritĂ©s Ă©ducatives toutes les informations fournies par les Ă©coliĂšres enceintes, les garçons responsables de la grossesse et de la rĂ©admission des mĂšres adolescentes. Les Ă©coles doivent en outre offrir des conseils et des orientations aux adolescentes pour les encourager Ă  rester plus longtemps Ă  l’école et Ă  reprendre leurs Ă©tudes six mois aprĂšs l’accouchement.Les adolescentes enceintes doivent bĂ©nĂ©ficier d’une orientation et de conseils sur les questions de santĂ© et sur leur dĂ©veloppement futur, y compris des conseils aux parents ou tuteurs pour qu’ils s’occupent de l’adolescente enceinte ou de la mĂšre adolescente sans stigmatisation ni discrimination. En ce qui concerne les mesures prĂ©ventives, les Ă©coles sont tenues de proposer une Ă©ducation Ă  la santĂ© sexuelle et gĂ©nĂ©sique adaptĂ©e Ă  l’ñge des Ă©lĂšves et d’encourager les enfants Ă  participer Ă  des activitĂ©s pĂ©riscolaires. Sur le papier, ce projet de lignes directrices semblait progressiste et aurait pu offrir de grandes avancĂ©es dans la lutte contre la rĂ©admission des mĂšres adolescentes. En l’absence de leur adoption et de leur mise en Ɠuvre intĂ©grale, une politique gĂ©nĂ©rale d’expulsion a continuĂ© d’ĂȘtre appliquĂ©e.

Jusqu’à prĂ©sent, les Ă©coles ont pratiquĂ© des tests de grossesse obligatoires peu orthodoxes sur les Ă©tudiantes, souvent effectuĂ©s simultanĂ©ment sur toutes les adolescentes d’une classe ou d’une Ă©cole donnĂ©e. Le projet de lignes directrices Ă©laborĂ© en 20169 visait Ă  remĂ©dier Ă  ces tests obligatoires, en proposant plutĂŽt aux Ă©coliĂšres de rĂ©vĂ©ler leur grossesse ou, si l’école la dĂ©couvre, de se rendre volontairement dans un Ă©tablissement de santĂ© pour y subir un test de grossesse de confirmation. Le projet de lignes directrices sur la maniĂšre de permettre aux Ă©coliĂšres enceintes de retourner Ă  l’école et de reprendre leurs Ă©tudes n’a jamais Ă©tĂ© adoptĂ© dans la pratique, et il faut donc s’attendre Ă  ce que la pratique du dĂ©pistage obligatoire prĂ©vale dans les Ă©coles primaires et secondaires.

Le test de grossesse obligatoire est administrĂ© Ă  toutes les Ă©tudiantes, et pas seulement Ă  celles que l’on soupçonne d’ĂȘtre enceintes. La mĂ©thode de test la plus courante utilisĂ©e par les Ă©coles et les prestataires de soins de santĂ© semble ĂȘtre une procĂ©dure manuelle physiquement invasive, qui consiste pour un enseignant ou un prestataire de soins de santĂ© Ă  pincer, presser et pĂ©trir l’abdomen et parfois les seins d’une Ă©tudiante pour dĂ©celer une grossesse. Ces mĂ©thodes ne sont pas une pratique mĂ©dicale reconnue ; de plus, le test manuel, sous quelque forme que ce soit, n’est pas une procĂ©dure efficace de dĂ©pistage de la grossesse avant le deuxiĂšme trimestre. Les Ă©coles prĂ©fĂšrent cette mĂ©thode car, contrairement au test de grossesse urinaire, elle peut ĂȘtre effectuĂ©e gratuitement. L’utilisation de cette mĂ©thode pour des raisons purement financiĂšres reflĂšte la nature punitive et disciplinaire du test forcĂ©10 .

Ces pratiques vont Ă  l’encontre des normes et standards internationaux. Plus prĂ©cisĂ©ment, elles violent les droits de l’enfant, tels qu’ils sont consacrĂ©s par la loi tanzanienne sur le droit de l’enfant [CAP. 13 R.E. 2019] 11. Cette loi Ă©tablit spĂ©cifiquement ce qui suit :

Protection contre la torture et les traitements dégradants

13.-(1) Il est interdit de soumettre un enfant Ă  la torture ou Ă  d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dĂ©gradants, y compris toute pratique culturelle qui dĂ©shumanise l’enfant ou porte atteinte Ă  son bien-ĂȘtre physique et mental.

Aucune correction d’un enfant n’est justifiable si elle est dĂ©raisonnable en nature ou en degrĂ© selon l’ñge, la condition physique et mentale de l’enfant et aucune correction n’est justifiable si l’enfant est en raison de son jeune Ăąge ou autrement incapable de comprendre le but de la correction.

Le terme “traitement dĂ©gradant” tel qu’il est utilisĂ© dans cette section signifie un acte fait Ă  un enfant dans l’intention d’humilier ou d’abaisser sa dignitĂ©.

14. Toute personne qui enfreint une disposition de la prĂ©sente partie commet une infraction et est passible, en cas de condamnation, d’une amende maximale de cinq millions de shillings ou d’une peine d’emprisonnement maximale de six mois, ou des deux.

Les rĂ©gimes politiques concernant la grossesse des adolescentes et la reprise de la scolaritĂ© sont plus favorables pour les Ăźles de Tanzanie et de Zanzibar. En 2005, le gouvernement rĂ©volutionnaire de Zanzibar (GRZ) a promulguĂ© une loi intitulĂ©e Spinsters and Single Parent Children Protection Act Number 4 de 2005.Cette loi permet aux filles qui tombent enceintes alors qu’elles sont dans des Ă©coles primaires et secondaires de poursuivre leurs Ă©tudes aprĂšs l’accouchement. MalgrĂ© cette disposition politique habilitante et le contexte juridique favorable, de nombreuses adolescentes qui tombent enceintes alors qu’elles sont dans des Ă©coles primaires et secondaires Ă  Zanzibar abandonnent encore l’école chaque annĂ©e (Niboye, 2018, voir les notes en fin de texte pour une rĂ©fĂ©rence complĂšte).

Il semble que, dans la plupart des cas, le retour Ă  l’école des mĂšres adolescentes ne se passe pas aussi bien que prĂ©vu et que nombre d’entre elles ne parviennent pas Ă  accĂ©der au deuxiĂšme cycle de l’enseignement secondaire et Ă  l’enseignement supĂ©rieur pour diverses raisons individuelles, institutionnelles et socioculturelles. Niboye (2018, voir notes en fin de texte) observe que les mĂšres adolescentes qui ont des relations plus soutenantes, que ce soit par le biais du mariage ou du soutien parental, sont plus susceptibles de reprendre leurs Ă©tudes aprĂšs l’accouchement. Il ne note pas non plus de handicap majeur dans les rĂ©sultats scolaires des mĂšres adolescentes ; en fait, il affirme que celles qui

9 Guidelines on How to Enable Pregnant School Girls to Return to School and Resume their Studies, February 2016.

10 Forced out; op. cit.

11 Law of the Child Act [CAP. 13 R.E. 2019] https://tanzlii.org/tz/legislation/act/2019-9

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bĂ©nĂ©ficient d’un soutien important excellent dans leurs Ă©tudes. Un inconvĂ©nient de la politique de Zanzibar est que les filles n’ont qu’une seule chance d’ĂȘtre enceintes. Une fille qui tombe enceinte deux fois perd sa chance de poursuivre ses Ă©tudes.

Recommandations

Les recommandations suivantes sont proposĂ©es, sur la base de l’analyse et de la rĂ©flexion sur les preuves.

1. Il y a une pĂ©nurie de donnĂ©es actuelles sur la prĂ©valence des grossesses chez les adolescentes et les abandons scolaires dus Ă  une grossesse. Les donnĂ©es les plus rĂ©centes accessibles au public proviennent de l’enquĂȘte TDHS de 2015-2016. Les rĂ©sultats de cette Ă©tude rĂ©vĂšlent que les Ă©coles ne tiennent pas un registre prĂ©cis des filles qui abandonnent pour cause de grossesse. Les donnĂ©es des Ă©tablissements de santĂ© peuvent Ă©galement ĂȘtre incomplĂštes : toutes les adolescentes ne se rendent pas dans les Ă©tablissements de santĂ© ou n’y accouchent pas, en particulier dans les zones rurales. Il importe de mener une enquĂȘte nationale sur la prĂ©valence de la grossesse chez les adolescentes et de l’abandon scolaire liĂ© Ă  la grossesse pour permettre une planification efficace.

2. Le projet de directives de rentrĂ©e de 2016 semble plus progressiste que toute autre politique menĂ©e jusqu’à prĂ©sent en ce qui concerne le droit des Ă©coliĂšres enceintes et des mĂšres adolescentes Ă  poursuivre leur Ă©ducation. Ces lignes directrices doivent ĂȘtre rĂ©visĂ©es, adoptĂ©es et mises en Ɠuvre. Les rĂ©visions des lignes directrices pourraient envisager de supprimer l’obligation pour les mĂšres adolescentes de demander une autorisation de rĂ©admission, la suspension des garçons adolescents responsables de la grossesse et la nĂ©cessitĂ© d’un certificat mĂ©dical, conformĂ©ment aux normes et standards internationaux. Dans les directives rĂ©visĂ©es, l’option par dĂ©faut devrait ĂȘtre la rĂ©admission dans une Ă©cole primaire ou secondaire publique, selon le cas, Ă  moins que la mĂšre adolescente n’opte explicitement pour d’autres modes d’apprentissage.

3. Les Ă©lĂ©ments positifs des lignes directrices de 2016 doivent ĂȘtre conservĂ©s. Il s’agit notamment d’encourager les filles Ă  rester plus longtemps Ă  l’école dans la mesure oĂč cela est mĂ©dicalement possible, de fournir un soutien

psychosocial, une orientation et des conseils aux adolescentes lors de la dĂ©couverte de la grossesse, pendant la grossesse, aprĂšs l’accouchement et lors de la reprise de l’apprentissage. Les mesures prĂ©ventives proposĂ©es pour dĂ©courager et prĂ©venir les grossesses chez les adolescentes sont tout aussi progressistes. La rĂ©vision des lignes directrices pour exiger des Ă©coles qu’elles appliquent des mĂ©canismes de prĂ©vention de la stigmatisation et de la discrimination Ă  l’égard des adolescentes enceintes et des mĂšres adolescentes, la crĂ©ation de clubs de soutien par les pairs dans les Ă©coles et le renforcement des mĂ©canismes d’engagement des enseignants et des parents pour encourager les filles Ă  poursuivre leurs Ă©tudes sont autant de mesures supplĂ©mentaires importantes Ă  prendre.

4. Il devrait y avoir une large collaboration concertĂ©e et une action coordonnĂ©e entre les parties prenantes du secteur de l’éducation pour garantir l’existence d’une politique de rĂ©insertion des mĂšres adolescentes dans les Ă©coles .La politique d’éducation et de formation (Sera ya Elimu na Mafunzo) 2014, et le plan de dĂ©veloppement du secteur de l’éducation 2016/17-2020/21 n’ont pas de politiques explicites sur la grossesse des adolescentes et la façon de traiter ses effets sur l’apprentissage. Cette collaboration et coordination Ă  grande Ă©chelle devraient se concentrer sur l’élaboration d’un cadre politique sur la grossesse et la rĂ©insertion des adolescentes, sur la rĂ©vision des lignes directrices de 2016 pour les mettre en conformitĂ© avec les normes et standards internationaux, et sur la diffusion et le dĂ©ploiement de la politique et des lignes directrices, y compris le suivi de leur mise en Ɠuvre effective.

5. Les facteurs contextuels de la grossesse des adolescentes devraient ĂȘtre abordĂ©s afin de renforcer une approche prĂ©ventive plutĂŽt que rĂ©active de la gestion de la grossesse des adolescentes. Dans un premier temps, une Ă©ducation sexuelle complĂšte devrait ĂȘtre introduite Ă  tous les niveaux d’enseignement, avec un contenu ciblĂ© en fonction de l’ñge de l’enfant.

6. Il est nĂ©cessaire de faire campagne pour l’harmonisation des lois sur le mariage et les enfants. La Tanzanie devrait normaliser et harmoniser l’ñge du mariage Ă  18 ans, conformĂ©ment aux normes et standards internationaux. De mĂȘme, pour les filles dĂ©jĂ  mariĂ©es, le fait d’offrir une seule possibilitĂ© de grossesse pendant le cycle scolaire est hautement discriminatoire.

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REMARQUES

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