Malawi (FR)

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Note de synthĂšse

Aperçu des politiques et pratiques existantes en matiÚre de politiques de réinsertion des mÚres adolescentes au Malawi

F A W E
FAWE Forum for African Women Educaïżœonalists Forum des Ă©ducatrices africaines FAWE Malawi

Introduction

Le prĂ©sent document de politique gĂ©nĂ©rale met en lumiĂšre les politiques et pratiques existantes en matiĂšre de rĂ©intĂ©gration scolaire pour les mĂšres adolescentes au Malawi. Il s’inspire en partie des conclusions de l’étude nationale et du rapport de 2014 sur l’évaluation des progrĂšs rĂ©alisĂ©s dans l’amĂ©lioration de l’accĂšs des filles Ă  l’éducation, et s’appuie sur celles-ci. Cette Ă©tude de 2014 s’est concentrĂ©e sur la politique de rĂ©admission et d’autres politiques connexes au Malawi. Cependant, l’étude actuelle se penche sur les cadres institutionnels existants–y compris les lois, les politiques et les directives. Elle examine ensuite la fonctionnalitĂ© des cadres institutionnels existants. L’étude examine Ă©galement les lacunes et les succĂšs existants afin d’identifier les prochaines Ă©tapes pour les domaines politiques prioritaires. Sur la base de cette analyse, le document conclut en fournissant des recommandations qui devraient ĂȘtre prises en compte pour amener le paysage politique de la rĂ©insertion scolaire des mĂšres adolescentes au Malawi Ă  se conformer aux normes et standards internationaux convenus dans le respect des droits Ă©ducatifs des mĂšres adolescentes.

Selon le rapport de l’enquĂȘte dĂ©mographique et de santĂ© (EDS) de 2016, au Malawi, 29% des femmes et des jeunes filles ĂągĂ©es de 15 Ă  19 ans ont eu une naissance vivante ou sont enceintes, et 47% des jeunes filles se marient avant l’ñge de 18 ans.1 Cela va Ă  l’encontre de la politique gouvernementale, qui rend obligatoire la scolarisation de toute personne ĂągĂ©e de moins de 18 ans.2 L’éducation obligatoire pour les enfants de moins de 18 ans est censĂ©e dissuader les mariages d’enfants et prĂ©venir les grossesses chez les adolescentes jusqu’à la fin de l’enseignement secondaire. En outre, le gouvernement a interdit les mariages d’enfants de moins de 18 ans. Si le gouvernement a fait de grands progrĂšs dans le dĂ©veloppement de l’éducation universelle, il reste encore beaucoup Ă  faire pour que ces politiques aient l’effet escomptĂ©. Les mariages prĂ©coces et les grossesses d’adolescentes continuent d’affecter la rĂ©tention scolaire et le niveau d’éducation des filles.

Le contexte de la politique

Les directives rĂ©visĂ©es pour la mise en Ɠuvre de la politique de rĂ©admission visent Ă  amĂ©liorer la rĂ©tention des filles dans les Ă©coles primaires et secondaires. Le ministĂšre des Sciences, de l’Éducation et de la Technologie (MoEST) a rĂ©visĂ© la politique de rĂ©admission en 2018 afin de simplifier sa mise en Ɠuvre et de la confier aux Ă©coles. L’objectif est d’accroĂźtre la scolarisation, la rĂ©tention et l’achĂšvement de la phase d’éducation de base. La politique garantit Ă©galement l’existence de mĂ©canismes de soutien spĂ©ciaux aux niveaux

familial et communautaire pour aider les parents adolescents. Elle fournit des conseils Ă  toutes les parties prenantes du secteur de l’éducation sur la rĂ©admission des filles qui tombent enceintes et des garçons responsables de la grossesse.

Les filles ne sont pas autorisĂ©es Ă  rester Ă  l’école mais sont censĂ©es retourner en classe un an aprĂšs l’accouchement.

Cela n’est possible que si la rentrĂ©e scolaire tombe au dĂ©but du premier trimestre du calendrier acadĂ©mique. Essentiellement, si les six mois tombent aprĂšs ou avant le premier trimestre, la pĂ©riode de rentrĂ©e scolaire peut Ă©galement ĂȘtre Ă©tendue Ă  plus d’un an. Sur une note positive, la politique de rĂ©admission reconnaĂźt les dĂ©fis auxquels sont confrontĂ©es les jeunes femmes qui cherchent Ă  rĂ©intĂ©grer le systĂšme, notamment la stigmatisation de la part des enseignants et des pairs, les problĂšmes d’alimentation du nourrisson et le manque de possibilitĂ©s de garde d’enfants. Elle propose un certain nombre de mĂ©canismes pour y remĂ©dier et attribue la responsabilitĂ© aux diffĂ©rents niveaux de gouvernement, aux Ă©coles et aux familles de relever les dĂ©fis identifiĂ©s. La rĂ©admission reconnaĂźt Ă©galement l’importance d’une Ă©ducation sexuelle complĂšte pour enrayer les grossesses chez les adolescentes, et demande que des efforts soient faits pour la fournir aux apprenants de maniĂšre appropriĂ©e.

Cela dit, dans une certaine mesure, la politique reste lourde sur le plan bureaucratique, puisqu’elle exige qu’une adolescente enceinte Ă©crive une lettre pour se retirer de l’école, attende au moins un an avant de chercher Ă  rĂ©intĂ©grer l’école aprĂšs avoir accouchĂ©, et fasse une nouvelle demande de rĂ©admission. La mise en Ɠuvre de cette politique a Ă©galement posĂ© des problĂšmes. Dans certaines rĂ©gions, les enseignants et les groupes de mĂšres l’ont adoptĂ©e et s’efforcent de faire en sorte que les mĂšres adolescentes reprennent leurs Ă©tudes. Dans d’autres zones, cependant, sa mise en Ɠuvre reste inĂ©gale et dĂ©sordonnĂ©e, les enseignants et les administrateurs statuant sur les retours Ă  l’école au cas par cas. Les jeunes pĂšres, qui sont Ă©galement censĂ©s ĂȘtre suspendus, sont rarement obligĂ©s de quitter l’école3. Sur une note plus positive, il n’est pas nĂ©cessaire d’obtenir un certificat du personnel mĂ©dical pour vĂ©rifier l’aptitude des filles Ă  retourner Ă  l’école.

Il existe des facteurs contextuels et des obstacles qui entravent la mise en Ɠuvre complĂšte et efficace de la politique. Pour que la politique de rĂ©admission ait l’effet escomptĂ© sur les mĂšres adolescentes, ces obstacles devront ĂȘtre levĂ©s. Ces barriĂšres comprennent :

1 Office national de la statistique (ONS) [Malawi] et ICF 2017. EnquĂȘte dĂ©mographique et sanitaire du Malawi 2015-16. Zomba, Malawi, et Rockville, Maryland, États-Unis. NSO et ICF. pp.56-73.

2 Section 13 de la loi sur l’éducation, 2013

3 https://www.anthropology-news.org/index.php/2019/05/02/readmission-policy-and-state-ngo-funder-relations-in-malawi/

Lacunes et opportunités de changement Facteurs sociaux et culturels

Les grossesses d’adolescentes et les abandons scolaires s’inscrivent dans un rĂ©seau complexe de normes sociales et culturelles relatives au mariage qui façonnent la comprĂ©hension et les pratiques des parents et de la communautĂ© au sens large. Ces normes font qu’il est socialement acceptable pour les parents d’envoyer leurs filles enceintes en mariage, quel que soit leur niveau d’éducation ou, pire encore, leur Ăąge. La grossesse chez les adolescentes est perçue comme un indicateur de la maturitĂ© d’une fille ; elle signale qu’elle est mĂ»re pour le mariage, mĂȘme si elle n’a pas encore 18 ans.

Les attitudes accommodantes de la plupart des parents et des communautĂ©s Ă  l’égard des mariages d’enfants militent contre la mise en Ɠuvre efficace de la politique de rĂ©admission. La plupart des communautĂ©s et des parents considĂšrent le mariage des adolescents comme souhaitable et comme une rĂ©ussite. L’étude a Ă©tabli que dans les foyers oĂč de telles attitudes sont prĂ©dominantes, les adolescentes sont socialisĂ©es Ă  croire et Ă  attendre le mariage prĂ©coce comme une pratique acceptable. L’étude a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© que les parents et les adolescents qui ont de telles opinions ne connaissent pas la politique de rĂ©admission. Les enseignants ont exprimĂ© leur frustration Ă  travailler contre ces pratiques culturelles fortement ancrĂ©es, et ils ont observĂ© que les groupes de mĂšres ne trouvent pas plus facile de convaincre les parents de renvoyer leurs enfants Ă  l’école aprĂšs l’accouchement. Souvent, ces mĂšres adolescentes suivent la dĂ©cision de leurs parents et se marient dĂšs l’ñge de 14 ans.

Les groupes de mĂšres, les enseignants et les autres intervenants qui suivent physiquement les filles enceintes et les jeunes mĂšres pour les convaincre de retourner Ă  l’école se heurtent Ă  une forte rĂ©sistance des parents et sont parfois victimes d’insultes verbales. Les motivations pour ne pas vouloir renvoyer les filles Ă  l’école sont souvent d’ordre Ă©conomique. Les parents des mĂšres adolescentes exigent souvent de l’argent Ă  l’homme responsable de la grossesse. Certains parents voient dans la grossesse de leur fille une occasion de gagner de l’argent.

D’autres pratiques culturelles au Malawi renforcent l’attitude des parents et de la communautĂ© envers les grossesses et les mariages d’enfants. Par exemple, lors de la collecte de donnĂ©es pour cette Ă©tude, les rites d’initiation sont apparus comme un facteur important de grossesses et de mariages prĂ©coces. Les enseignants ont particuliĂšrement exprimĂ© leur mĂ©contentement Ă  l’égard des cĂ©rĂ©monies d’initiation car ils affirment que certains des sujets abordĂ©s lors de ces cĂ©rĂ©monies ont un contenu adulte qui Ă©veille la curiositĂ© sexuelle des jeunes filles et garçons. Ces pratiques culturelles font croire aux enfants qu’ils sont des adultes et qu’ils sont

donc capables d’adopter un comportement d’adulte, y compris le sexe et le mariage.

Ces pratiques violent les lois existantes et la politique gouvernementale. Le fait de se marier, d’avoir des relations sexuelles avec un enfant de moins de 18 ans ou de le donner en mariage constitue un dĂ©lit pĂ©nal. Ces dispositions lĂ©gales claires ont peu d’impact dans la plupart des zones rurales oĂč l’ignorance de cette loi est associĂ©e Ă  sa faible application. La mise en Ɠuvre de la politique de rĂ©admission au sein de ces populations n’a pas Ă©tĂ© optimale. Le FAWEMA et d’autres organisations travaillant sur la grossesse des adolescentes et la rĂ©insertion scolaire indiquent qu’ils intensifient les sĂ©ances de sensibilisation dans les Ă©coles peu aprĂšs les cĂ©rĂ©monies d’initiation. Les cĂ©rĂ©monies d’initiation ont lieu principalement pendant les longues vacances d’étĂ©. Cette pĂ©riode coĂŻncide Ă©galement avec les pics les plus importants d’abandons scolaires.

Pression des pairs et pauvreté

La pression et l’influence des pairs chez les adolescents entraĂźnent des abandons scolaires. À Lilongwe, par exemple, l’étude a Ă©tabli que la pression des pairs contraint les filles des foyers socio-Ă©conomiques les plus modestes Ă  adopter un comportement sexuel risquĂ© pour financer leur Ă©ducation. Lorsque l’incapacitĂ© des parents Ă  fournir les ressources de base dont leurs filles ont besoin est aggravĂ©e par la pression des pairs et l’influence des autres filles, certaines d’entre elles ont recours Ă  des relations sexuelles intergĂ©nĂ©rationnelles pour pouvoir acheter du matĂ©riel scolaire comme des livres, des uniformes et d’autres besoins scolaires. De plus, certains parents pauvres peuvent encourager leurs adolescentes Ă  se marier pour des raisons purement Ă©conomiques, afin d’augmenter les revenus du foyer.4 Les filles de ces foyers recherchent donc des hommes qui ont des moyens matĂ©riels et financiers.

À Mzimba, par exemple, de nombreux jeunes hommes travaillent comme travailleurs migrants en Afrique du Sud. Ces jeunes hommes attirent les adolescentes avec des objets matĂ©riels qu’ils ramĂšnent chez eux. En consĂ©quence, les filles finissent par ĂȘtre enceintes et abandonnent l’école. Lorsque d’autres adolescents voient le changement de statut Ă©conomique des adolescents mariĂ©s, certains sont tentĂ©s de suivre le mouvement. Les enseignants et les groupes de mĂšres trouvent particuliĂšrement difficile de sauver les filles des mariages prĂ©coces et de les rĂ©intĂ©grer Ă  l’école. Dans certaines rĂ©gions, on a constatĂ© un succĂšs considĂ©rable dans le retour des filles Ă  l’école grĂące aux interventions d’organisations comme l’UNICEF. 5 Une fille ciblĂ©e par l’UNICEF a indiquĂ© qu’elle opĂ©rait en fait Ă  partir du domicile de son mari. Bien qu’anecdotique, certaines personnes pensent que certaines filles sont incitĂ©es Ă  retourner Ă  l’école en raison de l’aide matĂ©rielle offerte par l’UNICEF plutĂŽt que

4 Ministre du Genre, du DĂ©veloppement communautaire et du Bien-ĂȘtre social, ‘A Rapid Assessment Study of Teenage Pregnancies and Child Marriages During COVID-19 in Malawi’, pp.14.

5 L’UNICEF mĂšne un projet de rĂ©intĂ©gration des filles dans les Ă©coles dans six districts, ciblant cent filles dans chaque district.

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par une rĂ©elle volontĂ© de poursuivre leur Ă©ducation. MalgrĂ© ces points de vue divergents, le facteur le plus important reste la facilitation du retour Ă  l’école et le maintien du niveau d’éducation.

Il existe des exceptions Ă  l’influence nĂ©gative des pairs. Cette Ă©tude a documentĂ© l’exemple de l’école primaire Bunda Ă  Lilongwe, qui connaĂźt un taux d’abandon scolaire plus faible que les autres Ă©coles de Lilongwe Rural East. Les enseignants ont attribuĂ© cela au fait que l’école est situĂ©e sur le campus de l’UniversitĂ© d’Agriculture et de Ressources Naturelles de Lilongwe.

Les Ă©tudiants de l’universitĂ© se rendent souvent Ă  l’école et offrent aux enfants un mentorat ou des discussions sur leur carriĂšre. Il s’agit d’un engagement volontaire de la part des Ă©tudiants de l’universitĂ© eux-mĂȘmes.

Fourniture inadĂ©quate de ressources d’apprentissage

Ces derniĂšres annĂ©es, le gouvernement et ses partenaires de dĂ©veloppement ont augmentĂ© la fourniture de ressources pĂ©dagogiques aux Ă©coles et aux apprenants, y compris l’équipement des Ă©coles. Cependant, ces dispositions n’ont pas rĂ©pondu Ă  la demande existante des Ă©coles et des apprenants. Pour combler cette lacune, des organisations comme FAWEMA et l’UNICEF complĂštent ce rĂŽle. Le FAWEMA, par le biais de son projet « Keeping Girls in School » (Garder les filles Ă  l’école), a amĂ©liorĂ© les taux de scolarisation et de rĂ©tention et rĂ©duit considĂ©rablement l’absentĂ©isme dans les Ă©coles. De mĂȘme, dans les districts ou les Ă©coles oĂč l’UNICEF mĂšne des interventions, le taux de scolarisation et de rĂ©tention des filles reste Ă©levĂ©. L’aide apportĂ©e par les organismes non Ă©tatiques souffre souvent d’un manque de durabilitĂ© et Ă©choue souvent au niveau de l’institutionnalisation dans les politiques, la planification et les budgets gouvernementaux.

Manque de sensibilisation aux cadres politiques et législatifs pertinents

Les membres de la communautĂ© ont une connaissance limitĂ©e des lois et politiques pertinentes qui rĂ©gissent l’éducation au Malawi, y compris la politique de rĂ©admission. Il en rĂ©sulte une approche de laissez-faire de l’éducation des filles, en particulier dans les zones rurales. Cette Ă©tude a rĂ©vĂ©lĂ© un manque flagrant de sensibilisation des parents, aggravĂ© par le faible niveau d’éducation de ces derniers. En gĂ©nĂ©ral, les parents qui n’ont jamais fait d’études ou ceux qui en ont trĂšs peu n’apprĂ©cient pas la valeur de l’éducation. Il est peu probable qu’ils imposent la rĂ©inscription de leurs filles Ă  l’école aprĂšs l’accouchement. Cela devient un cercle vicieux qui nourrit et alimente l’analphabĂ©tisme et la pauvretĂ© transgĂ©nĂ©rationnels dans ces rĂ©gions.

L’ignorance par les parents des lois et des politiques gouvernementales ou leur apathie Ă  l’égard de ces lois est

renforcĂ©e par la faible application de ces derniĂšres par les agences gouvernementales de niveau infĂ©rieur chargĂ©es de la mise en Ɠuvre des politiques et/ou de l’application des lois. Par exemple, le code pĂ©nal criminalise le mariage des enfants de moins de 18 ans, tandis que la loi de 2017 sur le VIH et le sida (prĂ©vention et gestion) comporte une liste de pratiques socioculturelles jugĂ©es nuisibles et donc interdites dans le pays. Certaines d’entre elles ont trait aux cĂ©rĂ©monies d’initiation. L’application de ces lois et politiques pourrait garantir une mise en Ɠuvre efficace de la politique de rĂ©admission, mais la faiblesse de l’application signifie que cette tĂąche est souvent laissĂ©e aux enseignants et aux groupes de mĂšres. En outre, l’absence d’un mĂ©canisme de suivi tangible permettant de comptabiliser toutes les filles qui abandonnent l’école pour cause de grossesse aggrave encore le problĂšme.

L’impact de la pandĂ©mie du COVID-19

Le COVID-19 a gravement perturbĂ© l’éducation sur de multiples fronts. Avec la reprise de l’enseignement, les enfants ont dĂ» apprendre en deux Ă©quipes alternĂ©es, les plus jeunes et les personnes handicapĂ©es trouvant difficile et risquĂ© de parcourir les longues distances pour assister aux cours de l’aprĂšs-midi. Cette pratique a Ă©tĂ© introduite pendant la saison agricole, lorsque la plupart des zones rurales sont gĂ©nĂ©ralement couvertes de vĂ©gĂ©tation et de cultures comme le maĂŻs. Cela a ajoutĂ© une couche de danger et d’insĂ©curitĂ© pour les filles et les jeunes enfants. Dans l’est rural de Lilongwe, qui est sujet au banditisme, certains enfants choisissent de ne pas aller Ă  l’école, en particulier les plus jeunes choisissent de ne pas aller Ă  l’école, en particulier l’aprĂšs-midi, car ils ont peur de rentrer chez eux tard le soir.6

Cette Ă©tude a Ă©tabli que la vague d’abandons scolaires chez les filles a Ă©tĂ© considĂ©rablement aggravĂ©e par la pandĂ©mie de COVID-19. Un rapport d’évaluation rapide du ministĂšre du Genre, du DĂ©veloppement communautaire et du Bien-ĂȘtre social7 a rĂ©vĂ©lĂ© que les cas de mariages d’enfants ont Ă©galement augmentĂ© dans tous les districts du pays au cours de l’annĂ©e de la pandĂ©mie de COVID-19. Il existe des preuves d’une recrudescence des grossesses chez les adolescentes et des mariages d’enfants pendant la pĂ©riode de la pandĂ©mie.

Les preuves indiquent que Salima a enregistrĂ© une augmentation de 11,5% (la plus faible) tandis que Mangochi a enregistrĂ© une augmentation de 99% (la plus Ă©levĂ©e). L’évaluation a Ă©galement Ă©tabli qu’il y avait une tendance Ă  la hausse des grossesses chez les adolescentes au cours de la mĂȘme pĂ©riode. Par exemple, les grossesses chez les adolescentes ont augmentĂ© de 99% Ă  Phalombe, l’un des districts ciblĂ©s par cette Ă©tude.

Le district de Blantyre est particuliĂšrement intĂ©ressant car il enregistre qu’en une seule annĂ©e (pĂ©riode COVID-19), un total de 3 728 enfants ont abandonnĂ© l’école et que sur ce chiffre, 2 064 Ă©taient des filles, ce qui reprĂ©sente environ 55% du taux total d’abandon. Intuitivement, ces chiffres indiquent des mariages prĂ©coces et des grossesses prĂ©coces. Il est

6 Selon le PEA du TDC de Chiseka, le service de l’aprùs-midi se termine à 16 heures.

7 Ministre du Genre, du DĂ©veloppement communautaire et du Bien-ĂȘtre social, ‘ibid. pp.3-13.

hautement improbable que tous ces abandons puissent ĂȘtre sauvĂ©s et rĂ©intĂ©grĂ©s dans les Ă©coles.

Le MoEST a autorisĂ© les filles qui sont tombĂ©es enceintes pendant la longue pause du COVID-19 Ă  passer leurs examens tout en Ă©tant enceintes. Cependant, sur le terrain, il a fallu l’intĂ©rĂȘt et l’engagement personnels des enseignants pour faire appliquer la directive ministĂ©rielle. Les enseignants Ă©taient particuliĂšrement prĂ©occupĂ©s par certains Ă©lĂšves qu’ils jugeaient intelligents et qui avaient le potentiel pour passer au niveau supĂ©rieur. Cependant, la plupart de ces filles ne sont jamais retournĂ©es Ă  l’école, optant pour le mariage. InĂ©vitablement, les effets de la pandĂ©mie de COVID-19 ont Ă©tĂ© dĂ©lĂ©tĂšres sur l’éducation des filles et nĂ©cessiteront des interventions durables Ă  long terme pour rĂ©parer les dĂ©gĂąts.

Lacunes dans la mise en Ɠuvre de la politique

Le cadre politique et lĂ©gislatif du Malawi en matiĂšre de rĂ©insertion est progressif mais sa mise en Ɠuvre reste alĂ©atoire. La mise en Ɠuvre effective semble incomber aux enseignants et aux PEA, qui sont conscients de son existence. Cependant, la plupart des Ă©coles, notamment les Ă©coles primaires rurales, ne disposent pas d’exemplaires de la politique. La sensibilisation dans les Ă©coles est transmise de bouche Ă  oreille par les CDT aux directeurs d’école. MĂȘme au niveau des CDT, certains PEA ont un exemplaire de la politique, d’autres non. Il semble Ă©galement que les directives relatives Ă  la version rĂ©visĂ©e de la politique n’aient Ă©tĂ© mises Ă  disposition que l’annĂ©e derniĂšre.

Presque tous les documents politiques et lĂ©gislatifs sont facilement accessibles sur le site Web du MoEST. Cependant, pour la plupart des Ă©coles rurales qui n’ont pas d’ordinateur ni d’accĂšs Ă  Internet, l’obtention de ces documents peut s’avĂ©rer difficile. La plupart des enseignants ne connaissent mĂȘme pas l’existence du site web et des documents tĂ©lĂ©chargeables. La politique prĂ©voit que les formulaires d’abandon et de rĂ©admission des apprenants soient signĂ©s par l’apprenant, le chef d’établissement et les parents, mais ces formulaires ne sont pas disponibles dans les Ă©coles, ni en ligne. Certaines Ă©coles ont eu recours Ă  la conception de leurs propres formulaires, tandis que d’autres sont restĂ©es fidĂšles Ă  la vieille Ă©cole qui consiste Ă  Ă©crire des lettres (rĂ©digĂ©es par l’apprenant ou les parents) Ă  la fois pour l’abandon de l’école et la rĂ©admission.

La date de retour Ă  l’école aprĂšs l’accouchement est Ă©galement appliquĂ©e de maniĂšre dĂ©sordonnĂ©e. Les enseignants conviennent de la nĂ©cessitĂ© de libĂ©rer les filles enceintes dĂšs qu’il est dĂ©tectĂ© qu’une fille est enceinte, mais diffĂšrent sur les procĂ©dures de rĂ©intĂ©gration. Cependant, la plupart des enseignants insistent pour que les filles soient rĂ©admises au dĂ©but du premier trimestre. Pour ce qui est de la durĂ©e du repos de maternitĂ©, les rĂ©ponses varient de deux semaines Ă  un an. Le FAWEMA a indiquĂ© que la pĂ©riode est d’un an alors que la politique indique six mois.8 Enfin, un autre domaine critique dont la mise en Ɠuvre doit encore ĂȘtre

synchronisĂ©e est la fourniture d’un soutien psychosocial et de conseils. Sur une note positive, l’idĂ©e de jumeler les filles qui reviennent avec des mentors est un moyen louable de rĂ©intĂ©grer la fille dans l’école. Les enseignants sont Ă©galement chargĂ©s de conseiller la jeune fille et l’ensemble de l’école afin d’éviter toute violence verbale Ă  son encontre. Cependant, il n’existe pas de programme standard que les enseignants peuvent suivre pour s’assurer que les filles sont pleinement rĂ©intĂ©grĂ©es dans les Ă©coles. Certaines Ă©coles ont indiquĂ© que parfois, certaines filles continuent d’abandonner l’école aprĂšs y ĂȘtre retournĂ©es, prĂ©fĂ©rant se marier ou simplement rester Ă  la maison. Le fait d’abandonner aprĂšs avoir Ă©tĂ© rĂ©admis est un signe clair de l’échec du changement de mentalitĂ© de l’enfant. L’approche dĂ©sordonnĂ©e du conseil, telle qu’elle a Ă©tĂ© constatĂ©e au cours de l’étude, n’est manifestement pas un moyen efficace d’assurer une rĂ©intĂ©gration durable.

Recommandations

Sur la base des rĂ©sultats de l’étude, les recommandations suivantes sont formulĂ©es

1. Il est nĂ©cessaire de sensibiliser largement Ă  la politique de rĂ©admission. Cette sensibilisation devrait idĂ©alement ĂȘtre menĂ©e par une approche multipartite qui implique le gouvernement, la sociĂ©tĂ© civile, les Ă©coles, les chefs religieux et les structures communautaires. Des messages simples, mais cohĂ©rents et constants, vĂ©hiculĂ©s dans un langage et des mĂ©dias appropriĂ©s Ă  travers le pays, sont nĂ©cessaires pour sensibiliser le public Ă  la politique, Ă  son contenu et aux consĂ©quences de la non-adhĂ©sion. La politique de rĂ©admission fait partie d’un cadre institutionnel liĂ© Ă  la loi sur la prĂ©vention et la gestion du VIH et du SIDA et au code pĂ©nal. La sensibilisation Ă  la politique devrait ĂȘtre liĂ©e aux dispositions de la loi et du code.

2. Le gouvernement devrait instituer des mĂ©canismes pour renforcer la mise en Ɠuvre de la politique. Ces mĂ©canismes devraient inclure le soutien aux fonctionnaires au niveau du district afin qu’ils soient en mesure de surveiller et d’appliquer efficacement la mise en Ɠuvre de la politique. Lorsque cela est nĂ©cessaire et appropriĂ©, des rĂšglements doivent ĂȘtre créés pour permettre l’application des politiques. Dans le cadre du renforcement de la mise en Ɠuvre de la politique, un systĂšme solide de contrĂŽle et de suivi doit ĂȘtre disponible pour vĂ©rifier que les Ă©coles et les parents respectent la politique. Ces donnĂ©es de suivi devraient ĂȘtre examinĂ©es pĂ©riodiquement Ă  des fins de mise en Ɠuvre de la politique, mais aussi d’apprentissage et de prise de dĂ©cision.

3. Des efforts louables sont dĂ©ployĂ©s par le gouvernement pour soutenir les apprenants avec des ressources d’apprentissage de base, pour former et recruter davantage d’enseignants et pour amĂ©liorer l’infrastructure des Ă©coles. Cependant, le message qui

8 La pĂ©riode de six mois a Ă©tĂ© Ă©tendue Ă  un an aprĂšs consultation des parties prenantes, mais le document de politique n’a pas Ă©tĂ© modifiĂ©.

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ressort Ă  la fois de l’examen des documents et des entretiens est que les dispositions prises jusqu’à prĂ©sent restent largement insuffisantes. Le gouvernement devrait envisager d’augmenter son soutien au matĂ©riel d’apprentissage, en particulier dans les Ă©coles qui accueillent principalement des enfants issus des couches sociales Ă©conomiques infĂ©rieures.

4. Le gouvernement devrait envisager de dĂ©velopper et d’institutionnaliser un programme complet de conseil pour les adolescents (garçons et filles), les copains, les mentors et les autres groupes vulnĂ©rables Ă  l’école. Le conseil aux jeunes mĂšres allaitantes devrait se poursuivre mĂȘme pendant leurs vacances de maternitĂ© afin de les prĂ©parer Ă  leur retour Ă  l’école.

5. Il est urgent de mettre en place un programme standardisĂ© pour le mentorat, avec des directives claires sur la maniĂšre de procĂ©der, ainsi qu’un programme de formation pour les enseignants et les Ă©lĂšves mentors. Dans un tel cadre, il est important d’institutionnaliser et de formaliser la relation copain/mentor avec un programme de conseil pertinent pour cette relation. Ce cadre devrait ĂȘtre Ă©tendu pour inclure les groupes de mĂšres et les parents/soignants afin qu’un continuum de mentorat soit dĂ©veloppĂ© depuis le foyer jusqu’aux niveaux communautaire et scolaire.

6. Le gouvernement devrait adopter une approche dĂ©centralisĂ©e de la prise de dĂ©cision qui permette aux districts et aux Ă©coles d’adapter les programmes d’apprentissage Ă  ce qui fonctionne dans les contextes locaux Ă  la lumiĂšre de Covid-19. Une approche uniforme n’est pas adaptĂ©e Ă  des dynamiques contextuellement variĂ©es face Ă  la Covid-19.

7. Le ministĂšre de l’éducation, de la science et de la technologie doit accorder une attention particuliĂšre aux mĂ©nages dirigĂ©s par des enfants afin d’éviter qu’ils n’abandonnent l’école par manque de soins et de conseils de la part de leurs parents. Les mĂ©nages dirigĂ©s par des enfants doivent ĂȘtre mis en relation avec des groupes de mĂšres et ces derniers doivent ĂȘtre soutenus pour les mettre en relation avec des Ă©coles et d’autres mĂ©canismes de soutien social et Ă©conomique.

8. Il est nĂ©cessaire que le gouvernement mette Ă  disposition les formulaires de retrait et de rĂ©admission dans les Ă©coles. Ces formulaires devraient indiquer explicitement la date Ă  laquelle une fille est censĂ©e revenir Ă  l’école, ce qui facilitera le suivi. Enfin, le gouvernement doit envisager de supprimer l’exigence des formulaires de retrait et de rĂ©admission comme condition de rĂ©admission, et envisager en outre d’autoriser les adolescentes enceintes Ă  poursuivre leur Ă©ducation jusqu’à ce qu’il devienne mĂ©dicalement impossible de poursuivre leurs Ă©tudes.

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