Anne-Marie Estour
Manuel de survie
au narcissisme toxique
50 répliques pour résister
Après les pervers narcissiques, découvrez qui sont les « Narcisse-gourous » et comment contrer ces donneurs de leçons qui rabaissent pour mieux briller
Anne-Marie Estour
Manuel de survie au
narcissisme toxique
50 répliques pour résister
Éditions Favre SA
29, rue de Bourg
CH-1003 Lausanne
Tél. : (+41) 021 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com
Groupe Libella, Paris
Distribution | importation France, Belgique, Canada : Interforum 92 Avenue de France
F-75013 Paris
Contact.clientele@interforum.fr
Distribution Suisse : Office du livre de Fribourg
Route André Piller
CH-1720 Corminboeuf
Dépôt légal : février 2026
Imprimé en France par Normandie Roto Impression
Lot : 01
Tous droits réservés pour tous pays.
Sauf autorisation expresse, toute reproduction de ce livre, même partielle, par tous procédés, est interdite.
Mise en page : SIR
Dessins intérieurs : Gaëtan Le Cose /// Mouk mouk-illustrateur.com
ISBN : 978-2-8289-2323-5
© 2026, Éditions Favre SA, Lausanne, Suisse
Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien structurel de l’Office fédéral de la culture pour les années 2026-2028.
Avertissements
Les répliques des dialogues suivants sont communes dans certains milieux.
Exprimer certaines de ces croyances ne suffit pas à faire de soi un Narcisse-gourou.
Introduction
Du temps où les armes étaient des bâtons, un malade mental qui devenait violent pouvait être maîtrisé par quelques personnes seulement ; à l’heure de l’armement nucléaire, il peut mettre l’humanité en danger. Or peu de personnes sont capables d’identifier les individus psychiquement dangereux. On ne leur barre donc pas l’accès au pouvoir… et l’actualité démontre à quel point c’est risqué.
La gestion des ressources et des relations internationales se fait actuellement en partie en dépit de l’intérêt général réel des Terriens. On pille les ressources quand on pourrait les gérer durablement, on met les travailleurs sous pression, on organise des pénuries et on alimente des tensions aux conséquences meurtrières. Or, ce n’est pas toujours tant par cupidité qu’à cause d’altérations graves du jugement.
Sur le plan interpersonnel également, les déséquilibres psychiques et mentaux ont des conséquences désastreuses. Au travail, dans leur couple ou leur famille, beaucoup de gens souffrent sans comprendre pourquoi. Ils sont désorientés et ne réalisent pas toujours que la cause de leurs fragilités est extérieure. Ils sont discrètement rabaissés et culpabilisés alors qu’ils sont victimes, dans un renversement situationnel ahurissant. On leur fait douter de qui ils sont et de leur valeur. On leur inculque des croyances incohérentes qui les fragilisent. On les humilie, déstabilise ou déconcerte si souvent qu’ils finissent par trouver
cela normal. Ils en viennent à avoir du mal à travailler ou sont malades et se retrouvent sans cesse dans des scénarios où ils sont encore et encore victimes de ce qu’ils ont subi. Heureusement pour eux, comprendre la cause d’un problème, c’est déjà le résoudre à moitié.
On communique de plus en plus sur les dangers posés par certains profils psychiques. Les profils des pervers narcissiques et des personnalités antisociales (psychopathes ou sociopathes) sont désormais bien connus. En ce qui concerne les narcissiques, on a malheureusement encore souvent d’eux une vision simpliste. On pense, en général, juste à ces personnes qui s’admirent et s’auto-congratulent de façon exacerbée. Il ne s’agit pourtant là que d’une forme que l’aliénation peut prendre, il en existe d’autres, à la fois plus subtiles et toxiques.
Quand, dans la prime enfance, on est abandonné, quand on n’est pas aimé pour soi-même, mais pour ses réussites – ou tout au moins quand on a ce sentiment, par exemple, parce que la fratrie ou les parents sont brillants ou qu’une sœur semble plus aimable –, on vit dans la peur inconsciente d’être rejeté si l’on n’est pas à la hauteur. Plus on a cette perception tôt, plus on est impacté en profondeur. Lorsque l’on est très petit, un rejet équivaut à risquer de ne plus être nourri et donc potentiellement à mourir ; alors, si l’on éprouve une peur aussi intense à cet âge, elle reste inscrite dans l’inconscient de manière quasi indélébile. Même adulte, on en garde les stigmates. Certains, dès l’enfance, abdiquent et se croient à jamais incapables de satisfaire les attentes d’autrui. Ils se replient sur eux ou sont désagréables, comme pour se rendre responsables du rejet plutôt que le subir passivement. D’autres invalident le regard peu aimant posé sur eux et trouvent l’estime et l’amour ailleurs : ils s’en sortent mieux. D’autres encore deviennent narcissiques. Ils développent alors un besoin obsessionnel et impérieux de paraître
bon, parfait ou supérieur en toute situation. Selon l’âge auquel un petit réalise inconsciemment qu’il ne peut être aimé que s’il est un faire-valoir pour ses parents ou s’il satisfait leurs attentes, il est conditionné de manière plus ou moins aliénante. Il met en place des stratégies inconscientes, au mieux pour réussir ou avoir une attitude conforme aux désirs de ses proches, au pire pour se valoriser quoi qu’il fasse, quitte à rabaisser les personnes qui risqueraient de lui faire de l’ombre, à tricher ou mentir.
Selon la nature des attentes parentales, le narcissique investit plus ou moins certains domaines. Si ses parents valorisaient la force, il cherchera à se battre pour démontrer la sienne ou à exceller dans une activité physique. Des parents avec des attentes en matière esthétique engendreront le narcissique que l’on a souvent à l’esprit quand on évoque ce mot : celui qui se regarde dans le miroir et soigne son look de façon obsessionnelle. Des parents attendant une excellence sur le plan intellectuel et moral amèneront leurs enfants à chercher à avoir raison et à paraître bons par tous les moyens : ce sont eux qui deviendront ces Narcissegourous au centre de cet ouvrage. Le terme est calqué sur celui de Narcisse-grandiose, un profil de narcissique qui se met en avant de façon ostentatoire, alors que le Narcisse-vulnérable fait profil bas et joue l’humilité, mais ne supporte aucune critique.
On dit souvent que la société favorise le narcissisme, en fait elle l’exacerbe. Le productivisme, les sites de rencontres, les réseaux sociaux où l’on cherche à amasser le plus de likes possible poussent à se voir soi-même comme un produit qui doit démontrer ses qualités. On cherche à se vendre, à se mettre en avant, à séduire. Le buzz compte plus que la difficulté des tâches réalisées, alors la popularité d’influenceurs ou de vedettes sans talent dépasse celle d’artistes, d’artisans, de scientifiques, de sauveteurs, de lanceurs d’alerte ou d’humanistes géniaux, habiles ou courageux. Quand les semaines de travail sont trop longues
ou éreintantes pour avoir une vraie vie en dehors, on assimile sa valeur à ses réussites professionnelles et l’on subit de plein fouet l’alternance de félicitations qui gonflent l’estime de soi et de reproches qui la dégonflent et incitent, pour résister, à s’imaginer incompris et meilleur que l’on est. On rentre chez soi et on joue à des jeux vidéo conçus pour que l’on s’identifie au personnage principal, un héros surpuissant. Or cette illusion persiste en partie, d’autant que les publicités répètent à l’envi qu’on « le vaut bien ». Beaucoup de films expriment une vision manichéenne du monde dans laquelle les bons s’opposent aux méchants, et bien entendu, tout est fait pour que l’on s’identifie aux personnages du bon côté. En tant que client, si l’on est riche, on est traité comme un roi, ce qui augmente le sentiment d’importance. Des leaders spirituels déclarent qu’une tenue ou une courbette suffit à faire de soi un être vertueux et c’est si facile de les croire. L’école cherche à valoriser chaque enfant, et c’est formidable, mais les diplômes conçus pour faire passer en classe supérieure toute une classe d’âge, quel que soit le mérite individuel, montent à la tête de ceux qui sont trop naïfs pour se rendre compte de la supercherie. Les plus lucides et moins cérébraux, quant à eux, persistent à se croire nuls, parce que l’on ne valorise pas leurs vraies compétences, relationnelles ou manuelles, par exemple. Or une piètre estime de soi favorise également un narcissisme, dit « négatif », qui consiste à se morfondre sur ses défauts de façon obsessionnelle. On pourrait continuer : d’innombrables manières, la société favorise le narcissisme, mais n’est-ce pas justement parce que les narcissiques la rendent narcissisante ?
Les Narcisse-gourous sont dangereux. Au niveau interpersonnel, ils jouent les protecteurs ou les sages alors qu’ils cherchent inconsciemment à saborder pour se sentir grandis. Les leçons qu’ils assènent sont biaisées : leur but véritable est de se promouvoir, pas d’éclairer, ni d’aider. Parce qu’ils ont un besoin impérieux de se percevoir comme bons, ils font suivre dénigrements
et attitudes toxiques de regards doux, de paroles aimantes et sages ou de cadeaux qui désarçonnent et sidèrent. L’entourage est soit séduit mais détruit, soit confus… et se met à penser à eux en boucle pour tenter de comprendre leurs incohérences – ce qui satisfait pleinement les Narcisse-gourous qui adorent être au centre de l’intérêt ! Si l’on pointe la perversité ou les incohérences de leur attitude, ils clament que les accusations sont folles et jouent les victimes car assumer leurs défauts leur est impossible. Rappelons-le, accepter une faille équivaut, dans leur inconscient, au danger de mort que représente pour un tout-petit un abandon parental. Alors quand les faits démontrent qu’ils ont tort ou qu’ils ont mal agi, ils les nient, quitte à tenir des discours au-delà de toute logique. Ils n’hésitent pas non plus à prétendre n’avoir jamais dit ce qu’ils ont dit. Ils rejettent le blâme sur autrui et estiment que c’est à l’autre de changer pour les supporter. Le déni de la souffrance qu’ils provoquent ainsi que leurs culpabilisations injustes, leurs revirements et leur mauvaise foi poussent l’entourage vers l’éloignement, la dépression ou la folie.
En société aussi, les Narcisse-gourous sont dangereux. En science, ils falsifient leurs résultats pour confirmer leurs a priori de départ. Au pouvoir, ils humilient pour paraître grandis. En religion, ils jouent les saints et les martyrs pour se glorifier. Ils démotivent les personnes plus brillantes ou plus engagées car ils craignent l’ombre qu’elles risquent de leur faire, eux qui souvent restent passifs, à se satisfaire de critiquer ce qui ne va pas. Ils ne peuvent se voir autrement que blancs comme neige alors certains se livrent à des activités illégales ou malsaines en toute bonne conscience. À la différence des personnalités antisociales, ils ne sont pas indifférents à la morale ou à la souffrance d’autrui, ils sont juste persuadés d’être trop bons pour être responsables de quoi que ce soit de mal. Ils s’inventent des excuses auxquelles ils croient sincèrement quelle que soit leur absurdité. Tous ne se comportent cependant pas ainsi, beaucoup, au contraire,
s’évertuent à respecter la loi à la lettre pour paraître exemplaires mais aussi à jouer les redresseurs de torts… même quand c’est injustifié. Les Narcisse-gourous répandent des maximes ou croyances douteuses, qui séduisent parfois leur entourage et dont le but est de leur permettre de mieux vivre leur aliénation. Certaines mènent au culte de l’ego ou autorisent à prendre un ascendant sur l’interlocuteur ou à le rabaisser. D’autres engendrent un sentiment de puissance préoccupant. D’autres encore déresponsabilisent et encouragent à un désinvestissement politique qui laisse le champ libre aux lobbies industriels et aux extrémistes. Celles de leurs croyances qui culpabilisent satisfont une volonté de l’emporter sur autrui ou de l’écraser qui se teinte de sadisme. Celles qui amènent à mépriser la raison favorisent les propagandes délirantes, la manipulation affective ou la force et poussent à renoncer aux échanges de vues constructifs, essentiels à la santé d’une démocratie.
Beaucoup des croyances propagées par les Narcisse-gourous, parce qu’elles les arrangent inconsciemment, enfoncent la société dans l’obscurantisme, l’exploitation et la dictature mais elles ne sont pas non plus dénuées de toute vérité. Le but des Narcissegourous est de paraître irréprochables, ils s’appuient donc sur des fondements qui semblent spirituels ou altruistes. Ce mélange intime de blanc et de noir au sein de leur discours explique pourquoi il est parfois difficile de ne pas se laisser convaincre. On s’attachera ici à faire preuve de nuance et à montrer tout autant la part de justesse que les limites de leurs maximes préférées.
Les cercles du développement personnel et de la spiritualité, de l’écologie et de la jeune gauche séduisent tout naturellement les Narcisse-gourous car on y est invité à se focaliser sur soi ou/ et à se positionner comme garant de ce qui est juste ou bon, ce qu’ils adorent. Parce qu’on valorise l’altruisme et le respect de l’autre, on s’attend moins à des attitudes toxiques, ce qui fait
Narcisse-gourou
s’émerveille de lui-même
Un Narcisse-gourou ne fait pas la différence entre ce qu’il dit qu’il est et ce qu’il est vraiment. Pour lui, tout ce qu’il dit est vrai, puisque cela émane de lui et que rien de faux ou de mauvais ne peut venir de lui. Donc s’il pense que c’est bien d’être intelligent, il est instantanément convaincu qu’il l’est. Aucune démonstration du contraire ne peut le convaincre car cela reviendrait à reconnaître qu’il n’est pas parfait, ce qui le renverrait à sa peur de la prime enfance d’être abandonné et donc de mourir.
Sa mauvaise foi et son orgueil sont exaspérants pour l’entourage mais, pour le narcissique, le problème ne peut venir de lui. Si on essaie de le remettre à sa place, il se persuade qu’on est jaloux de lui.
« Je suis dans le cœur »
Une femme fait des embrassades à des amis qui lui ressemblent, puis croise un prof, un militaire, un chasseur et un riche et pense tour à tour : « Planqué ! », « Facho ! », « Monstre ! », « Exploiteur ! »
Une Narcisse-gourou, prenant un air inspiré – L’important, c’est d’être dans le cœur !
Le Chat – Vu les préjugés qu’il y a dans ton cœur, je sais pas…

Les arguments pour résister à la contagion de ce type de posture psychique

Certaines personnes clament qu’elles sont « dans le cœur ». Elles manquent d’affection et cherchent ainsi à en attirer, et certains Narcisse-gourous utilisent ce moyen pour paraître avancés sur le plan spirituel.
Les personnes affectueuses ou en contact avec ce qui se passe dans leur poitrine n’éprouvent, en général, pas le besoin de le dire, car elles s’intéressent plus à autrui qu’à elles-mêmes et aussi parce que les autres le ressentent spontanément.
Quand on est réellement « dans le cœur », on éprouve de la compassion et de la compréhension pour chacun, pas juste pour ceux qui pensent comme soi. Faire des hugs démonstratifs et tenir des propos consensuels sur l’amour et sur la tolérance ne fait pas de soi une personne aimante : l’amour n’est pas une simple capacité à prendre sur soi et à présenter une façade chaleureuse. Se convaincre qu’on est aimant n’est pas l’être. Être sentimental ou facilement débordé par les émotions, non plus. Des réactions affectives épidermiques et spontanées peuvent tout à fait masquer ce que l’on ressent vraiment au niveau du cœur et qui peut ne pas être aimant du tout.
Un travail sur soi et une pratique méditative permettent de développer assez de distance vis-à-vis de ses affects pour pouvoir être réellement « dans le cœur », c’est-à-dire porter attention aux informations qui viennent de la zone du cœur. C’est difficile pour beaucoup d’Occidentaux. Cela demande de développer sa proprioception suffisamment pour percevoir ce qui se vit dans différents endroits du corps.
Dans une culture qui surévalue les aptitudes mentales – qui sont utiles pour générer des profits ou fabriquer des objets sophistiqués –, on a tendance à placer tout le temps sa conscience au niveau du cerveau. Beaucoup d’Occidentaux ont donc perdu
Table des matières
Vous venez de consulter
Tous droits réservés pour tous pays.
Toute reproduction, même partielle, par tous procédés, y compris la photocopie, est interdite.
Éditions Favre SA
Siège social : 29, rue de Bourg – CH–1003 Lausanne
Tél. : +41 (0)21 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com