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International
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La fécondité chute, les gouvernements s’inquiètent
Devenir parent intéresse de moins en moins.
De la Chine au Canada, en passant par l’Europe, des rapports sur les faibles taux de natalité en 2025 sonnent l’alarme sur le futur économique et sociétal de certaines régions. Pour combattre les risques que cela accompagne – stagnation économique, perte de maind'œuvre, vieillissement de la population – les pays concernés adoptent des stratégies variées. Les gouvernements s’appuient notamment sur des incitations financières, des mesures sociales et sur l’immigration. Les résultats sont pour l’instant variés et flous.
anonseulementmenéàunbouleversement social d’une terrible violence – plusieurs enfantsontétéabandonnésetde nombreuses filles cachées de la société – mais est aujourd’hui grandement responsable de la tendance démographique inquiétanteenChine.
Labaissedutauxdeféconditéest autantunenjeupolitiquequesociétal. Si moins d'enfants naissent,c’estaussiparcequede moins en moins de Chinois veulent devenir parents. Le coût monétaire,ainsiquelessacrifices sociaux et professionnels, rendent la perspective d'élever
l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni sont depuis longtemps confrontés à cette dynamique,etdemeurent sans bonne réponse. Dans l’Union européenne,letauxdeféconditéétait de 1,38 en 2023. Aucun de ses pays membres n’a enregistré un tauxsupérieurà1,81,encoreloin des 2,1 nécessaires pour une reproductiondémographique.
La France, pour la première fois depuislafindelaSecondeGuerre mondiale,aobservéplusdemorts quedenaissancessur son territoire : 651 000 décès contre 645 000 nouvelles naissances. Jusqu’à récemment,laFrancese

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moins nombreuse. Le financementdelaretraite,laproductivité du travail ou encore la nécessité del’immigrationcomptentparmi les nombreuses questions que soulève l’évolution négative des tauxdefécondité.L’immigration maintient actuellement la croissancedémographiqueetlamaind’œuvre dans plusieurs de ces pays, mais elle suscite de vives controversespolitiques.
L’enjeudel’éducationsupérieure esttoutaussicentral.Lapopulation de jeunes nés au Québec diminue,conséquenced’untauxde fécondité de 1,33. Pour renouveler continuellement sa popu-

Regretchinois
Si la Chine reste un géant de la population mondiale, elle a subiunavertissementdémographique en 2025. 11,3 millions d’habitants du pays sont décédés, contre seulement 7,92 millions de naissances, soit 1,62 million de moins qu’en 2024. C’est la quatrième année d’affilée que la population chinoise diminue,etsontauxdefécondité extrêmement faible, à la hauteur d’un enfant par femme, est inquiétant pour le futur. En effet, un taux de 2,1 est nécessaire pour éviter un déclin démographique.Legouvernement chinois se trouve alors face à l’impasse,etplusieursestiment quec’estlafautedecertainespolitiques du passé. Entre 1979 et 2015, le Parti communiste chinois (PCC) avait en effet mis en place la politique de l’enfant unique, limitant chaque famille à un seul enfant. Cette stratégie
actualités
unenfantpluspesante. Leshabitants, notamment dans les grandes villes, témoignent d’un coûttoutsimplementtropélevé, les subventions semblant alors dérisoires.Pourcombattreladécroissance démographique, le gouvernement emploie plusieurs moyens. La déclaration par le PCC de l’accouchement comme un acte patriotique résume l’aspect existentiel de ces enjeux.Enparallèle,legouvernement s’engage également dans l’accompagnement familial et augmente les taxes sur les préservatifs.Ensemble,cesmesures cherchent à encourager les jeunes Chinois à fonder une famille.Uneffortqui,pourl’instant, n’apasportésesfruits.
L’Occident:mêmestendances, mêmesenjeux
Levieillissementdelapopulation est pour l’Europe une tendance qui persiste. L’Italie,
Taux de fécondité par pays | database.earth
distinguait en Europe par sa population dynamique, grâce à des politiques sociales avant-gardistesincitantsescitoyensàfonderdenouvellesfamilles.Depuis 1932,unepolitiquesocialedestinéeaurenouvellementdesgénérations porte cet élan familial dans l’hexagone. Un élan, donc, quiperdsonimpulsion.LeCanadan’estpasmieuxplacé,avec1,25 naissance par femme, et se retrouve donc confronté aux mêmesenjeux.
Enjeuxsociétauxetmcgillois
EnEuropecommeauCanada, cette évolution démographique transformelesrapportsentreles générations. Au Canada, la tranche d’âge de 60 à 64 ans est 1,43foispluspeupléequecellede zéro à quatre ans. Au fil des années, on risque alors d’observer unedépendanceplusimportante de la population âgée sur la jeunesse, pourtant de moins en
lation étudiante, l’Université McGill devra potentiellement changer son modèle de recrutement.Dansuncontexteoùlegouvernementquébécoisdécourage l’arrivée d’étudiants internationaux, moins de jeunes québécois signifie un marché universitairefavorableàl’acheteur. Ce phénomène implique plus de compétitivité entre les universités, et donc davantage dechoixpourlesétudiants.
À l’échelle internationale, en ChinecommeenOccident,lesdynamiquesdepouvoirsontbouleversées par le déclin de la population. Les pays du Sud deviennentalorsl’engindelacroissancedémographiqueetpeuvent y voir une occasion de renverser les structures de pouvoir économique,enproposantlemarchéet lamain-d’œuvredufutur.̸
Timotée Allouch-Chantepie Éditeur Actualités
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Les opinions exprimées dans les pages du Délit sont celles de leurs auteur·e·s et ne reflètent pas les politiques ou les positions officielles de l’Université McGill.
La mort d’un deuxième manifestant, tué par ICE, fait encore monter la tension.
LosAngeles,Memphis,Chicago, Washington, La Nouvelle-Orléans et maintenant Minneapolis. Depuis plusieurs mois, ces métropoles sont devenues les cibles de Donald Trump, qui y a déployé la garde nationale, ou de nombreux agents de la police de l’immigration, connuesousl’acronymeICE(Immigration and Customs Enforcement). Minneapolis, ville démocrate du Minnesota, abrite une large population immigrée d’origine africaine, enparticulierdeSomalieetd’Éthiopie. Elle est critiquée par l’administration Trump pour son laxisme face au crime.
Fin 2025, l’administration américaine a lancé dans le Minnesota l’opération Metro Surge, qualifiée par Todd Lyons, directeur par intérimdel’ICE,commela« plus grande opération anti-immigration jamais réalisée (tdlr) » Elle vise en particulier les immigrés somaliens de la ville, accusés par l’administration républicaine de fraude durant la pandémie de COVID-19. Ils auraient, selon lui, volé des centaines de millions de dollars destinés à
Szendrő. Ce meurtre avait mené à d’importantes manifestations et émeutes à travers le pays, et avait déclenché le mouvement BLM (Black Lives Matter), qui continue de résonner aujourd’hui.
Une population en colère
Szendrő nous explique ainsi que la relation entre Minneapolis et les forces de l’ordre a toujours été conflictuelle : « Les gens ne font pas confiance à la police et vice versa. »
Le meurtre de Renee Nicole Good le 7 janvier avait causé l’émoi à l’échelle nationale et des milliers de personnes avaient manifesté pour que l’ICE quitte Minneapolis. Malgré le froid extrême qui touche le continent américain ces derniers jours, des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent quotidiennement pour exiger le départ de la police de l’immigration de leur ville.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux comptes appellent aussi à la résistance contre ICE. @stopicenet, un compte Instagram qui cu-
«Trumpveutdéporterautantdepersonnesqu’ilpeutpourmontreràlabaserépublicainequ’ilcombatlecrimedansles villesdémocrates»
Brendan Szendrő, professeur de sciences politiques à McGill
nourrir des enfants dans le cadre d’un programme gouvernemental. Entre 2 000 et 3 000 policiers de l’immigration seraient déployés dans le cadre de cette opération.
Dans une entrevue accordée au Délit, Brendan Szendrő, professeur de sciences politiques à l’Université McGill et spécialiste en politique américaine, explique qu’il y a une perception commune chez les républicains que les villes démocrates permettent aux extrémistes politiques (de gauche, ndlr) de pratiquer desactivitésillégales.Ainsi,«Trump veut déporter autant de personnes qu’il peut pour montrer à la base républicainequ’ilcombatlecrimedans les villes démocrates ». Cela intervient à un moment où il est confronté, y compris au sein du parti républicain, à des dossiers comme l’affaire Epstein et le Groenland.
La focalisation de l’administration Trump sur Minneapolis ne doit rien au hasard : c’est dans cette même métropole qu’avait été tué George Floyd en juin 2020 par un policier, durant le premier mandat du président républicain, rappelle
mule plus de cent mille abonnés, relaye les arrestations commises par l’ICE, dont celle d’un enfant de cinq ans, qui a suscité l’indignation dans tout le pays. Un site web du même nom, stopice.net, permet, grâce à une carte interactive et un forum de discussion, de repérer des agents de l’immigration et d’en alerter les sans-papiers.
L’impunité des agents de ICE
Moins de trois semaines après le meurtre de Renee Good, la police de l’immigration a tué un deuxième manifestant à Minneapolis. Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, a été abattu alors qu’il était au sol, désarmé, et que de nombreux agents le maintenaient immobile. Alors que DonaldTrumpadéjàtraitél’homme de « terroriste domestique »,denombreux sénateurs des partis républicain et démocrate ont demandé

l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances entourant la mort de l’homme. Il est traité de terroriste par l’administration pour son port d’arme, un droitpourtantgarantiparledeuxième amendement de la Constitution des États-Unis.Commedanslecasdel’enquêteautourdelamortdeReneeGood, le département de la Sécurité intérieureempêchelesenquêteurslocaux du Minnesota d’accéder aux preuves. Avant ce nouvel homicide, Szendrő avançait déjà que les agents de l’ICE ont « le sentiment de pouvoir agir en toute impunité » Lecadrelégalentourantcettepoliceesttrèsflou,etnesera pas modifié tant que Trump sera au pouvoir,ajouteleprofesseur.
«ICEditnechercherquelescriminels, maisçan’estpasvraidutout»
Jalis,étudiant mcgilloisoriginairedeMinneapolis
TimWalz,legouverneurdémocratedu Minnesota,aaccusé l’ICE de« semer le chaos et la violence » à la suite du meurtre d’Alex Pretti. Dimanche, Barack Obama, ancien président des États-Unis, a quant à lui appelé
à un « sursaut » contre les atteintes aux valeurs démocratiques américaines menées par l’administration républicaine.
Les sans-papiers ne sont pas les seuls à être visés par cette police. Jalis, un étudiant américain à McGilloriginairedeMinneapolisaacceptédetémoignerpour Le Délit. Il nous explique que les agents de l’ICE utilisent le profilage racial pour mener leurs arrestations:« Ils s’en fichent, ils voient ta couleur de peau, ils ne vont pas te croire si tu dis que tu es un citoyen. Ils embarquent même ceux avec un passeport pour vérifier leur statut légal. »Ilexpliquequelesmembres de sa communauté d’origine étrangère ne peuvent rien faire : « Ils ne peuvent même plus aller au supermarché. C’est ma mère qui va faire les courses pour les employés mexicains de son entreprise. »Ilnousraconte ensuite le choc qu’il a eu lorsqu'un de ses amis du soccer a été arrêté par l’ICE, il y a à peine dixjours:« Les agents l’attendaient à la sortie de l’école, ils ont emmené sa sœur et lui, ils n’ont que 14 et 16 ans. ICE dit ne chercher que les cri-
minels, mais ça n’est pas vrai du tout, il n’a rien fait, et là, on ne sait même pas où il est. »
Unepopulationquiréprouvel’ICE?
Dans un sondage The New York Times/Siena mené après la mort de Renee Good, 61 % des répondants (démocrates, républicains et indépendants confondus) estimaient que la police de l’immigration « allait trop loin ». Chez les sondés démocrates, ce chiffre augmentait à 94%, mais dégringolait à 19 % chez les électeurs républicains. Un sondage qui reflète une fois de plus l’extrême polarisation de la politique américaine. Un fait confirmé par Szendrő:« Il y a très peu de sujets sur lesquels il existe un consensus global au sein de la société américaine. » ̸
Aurélien Quéméner Éditeur Actualités
Depuis 2019, il n’est pas rare d’entendre Donald Trump réaffirmer tous les quelques mois son souhait d’acquérir le Groenland. Ses remarques n’ont, par le passé, pas toujours été prises au sérieux, d’autant plus que le président américain a l’habitude des remarques provocatrices. Ces dernières semaines ont cependant marqué une accélération inquiétante des ambitions américaines vis-à-vis du Groenland. Le 3 janvier 2026, au lendemain de l’intervention américaine au Venezuela, Katie Miller, ancienne conseillère politique MAGA et épouse du chef de cabinet adjoint de la MaisonBlanche Stephen Miller, publie sur X une image du Groenland aux couleurs des États-Unis avec pour seule légende « BIENTÔT » (tdlr).
Au cours des semaines suivantes, la rhétorique de Trump adopte un ton de plus en plus agressif : il promet d’acquérir le Groenland « d'une manière ou d'une autre » et refuse de se prononcer sur la possibilité de s’emparer de l’île par la force. Tout cela rend son revirement soudain au forum de Davos surprenant. Donald Trump assure dans son discours le 21 janvier ne pas envisager d’intervention militaire pour s’emparer du Groenland : « Nous n’obtiendrons probablement rien sans user de la force, auquel cas nous sommes franchement inarrêtables, mais nous n’allons pas le faire. » Il annonce aussi ne pas imposer de droits de douane supplémentaires aux pays européens qu’il avait ciblés précédemment.
Pourquoi le Groenland?
L'intérêt de Trump pour le Groenland provient, selon lui, principalement d’un enjeu de sécurité nationale.Selonlui,« les États-Unis sont les seuls capables de protéger

vembre 2025, ne fait aucune mention du Groenland. La problématiquesécuritaireestplutôtunenjeu récent et instrumentalisé pour satisfaire les intérêts du président.
Certains experts estiment que la menace de Trump pourrait s’inscrire dans la continuité stratégique de ses frappes sur le Venezuela. Lors de l’intervention militaire du 3 janvier 2026, les forces américaines ont capturé le président Nicolás Maduro. Trump a, ce jour-là, clairement indiqué que les ÉtatsUnisentendaienttirerpartidesres-
« J'ai appris à ne plus être surprise par ce que dit Trump. La seule chose à laquelle on peut s'attendre, c'est l’inattendu »
Rowan Hargreaves, étudiante américaine à McGill
cette immense étendue de glace ». Personne d’autre – le Danemark compris – n’a les capacités militaires nécessaires pour protéger le Groenland des menaces russes et chinoises. La communauté internationale est moins convaincue. En vue de cet article, Le Délit a interrogé Maria Popova, professeure au département de sciences politiques à l'Université McGill. Celle-ci balaye les excuses du président américain et affirme que « ce ne sont que des prétextes pour justifier le comportement agressif des États-Unis. Les arguments de Trump ne sont pas crédibles ». Elle souligne que le rapport de stratégie de défense nationale des États-Unis, publié par l’administration Trump en no-
sources pétrolières du pays. Pour sa part, le Groenland possède de nombreuses ressources naturelles, telles quedesterresrares.
Réactions
Faceauxmenacesaméricaines,les Étatseuropéensontaffichéunsoutien clairauDanemark.CopenhagueaengagéunréarmementduGroenlandafinde réduire sa dépendance envers les États-Unis,désormaisperçuscomme unesourced’incertitudestratégique. Parallèlement, la France, la Suède, l’Allemagne et la Norvège, rejoints par les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni,ontenvoyédupersonnel dans le cadre d’un exercice militaire, Arctic Endurance
Cette initiative divise les analystes. Pour certains, il s’agit surtout d’un geste symbolique : un coup de bluff au déploiement trop limité pour avoir un réel impact opérationnel. D’autres y voient, au contraire, une décision stratégique. Selon Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste du Groenlandàl’UniversitéduQuébec à Trois-Rivières, cette présence signale une préparation du théâtre d’opérationsdansl’éventualitéd’une intervention militaire américaine. Mêmemodeste,ledéploiementservirait ainsi la planification, la coordination entre alliés et la signalisation stratégique.
Du côté groenlandais, la réaction populaire est marquée par un refus explicite de toute logique néocoloniale. On observe notamment une popularisation satirique du slogan trumpiste MAGA, détourné en « Make America Go Away » (« Que l’Amérique s’en aille »). Cette séquence a renforcé une solidarité entre Groenlandais et Danois face aux États-Unis, malgré une relation historiquement tendue.
« Que se passe-t-il lorsque l’État censé garantir la sécurité de ses alliés devient lui-même source de menace? »
Implications pour l’ordre international
Maria Popova précise que ce n’est pas le premier exemple d’intervention et d’occupation américaine ; elle mentionne par exemple l’invasion de l’Irak en 2003. Pourtant, aucune de ces instances n’impliquait une annexion totale à long terme. Néanmoins, selon Popova, le comportement de Trump ne constitue pas une rupture totalement inédite avec le système international en place depuis la guerre froide. C’est pour elle l’annexion illégale de la Crimée par la Russie en 2014, puis l’invasion de l’Ukraine en 2022, qui ont fait s’effondrer l’ordre international contemporain. Ce sont de fait ces événements qui ont érodé les normes fondamentales de souveraineté et d’intégrité territoriale, et frayé le chemin pour les États-Unis. « Ce n’est pas Trump qui a établi le précédent ; la Russie l’a déjà fait en 2014 ».
Certains citoyens américains se sentent résignés par le comportement imprévisible de leur président. Une étudiante américaine de McGill, Rowan Hargreaves, résume cet état d’esprit : « J’ai appris à ne plus être surprise par ce que dit Trump. La seule chose à laquelle on peut s’attendre, c’est l’inattendu. Prévoir l’imprévisible. » Cette posture reflète un fatalisme politique désormais bien installé, où l’imprévisibilité présidentielle est devenue la norme.
Bien que la menace des États-Unis plane toujours au-dessus du Groenland, la professeure Popova souligne unpointimportant:ilnefautpasoublier les étapes concrètes nécessaires pour annexer une région. « En Crimée, rappelle-t-elle, les Russes ont envoyé des forces armées, ils ont pris d’assaut le Parlement et tenu des élections sous la menace des armes. Est-ce que les États-Unis sont prêts à faire ça? Je ne suis pas si sûre… » La situation au Groenland n’est pas encore conclue, et il est difficile de prévoir les prochaines actions de Donald Trump. ̸
Ce qui rend la situation actuelle particulièrement préoccupante, selon elle, est le fait que ce type de logique émane désormais des ÉtatsUnis. Les implications sont nombreuses, notamment à propos de l’OTAN. La question se pose alors : que se passe-t-il lorsque l’état censé garantir la sécurité de ses alliés devient lui-même source de menace? Pour Popova, « l’OTAN est essentiellement terminée ». Elle explique que l’organisation repose sur un principe de promesse, plus précisément de promesse de protection mutuelle. Mêmesirienn’estofficiel,ilnepeutplus yavoirdeconfianceentrelesmembres del’OTANetlesÉtats-Unis.
Héloïse Durning Éditrice Actualités
Une communauté qui suit avec prudence les récents développements politiques.
«J’ai de l’espoir, parce qu’en réalité, je pense qu’on ne le perd jamais vraiment», dit Maria de Lourdes Fermin Miranda, réfugiée politique vénézuélienne installée au Québec. Elle traverse une période d’attente prudente depuis l’été 2025, coïncidant avec l'intensification des pressions américaines sur le Vénézuela.
Arrivée en 2016, Maria, aussi appelée Malula par les personnes qu’elle côtoie au Québec, n’est jamais retournée dans son pays. Ferme opposante du régime depuis l’époque de Hugo Chávez, elle a choisi de quitter le Venezuela après que sa fille a été blessée par une bombe lacrymogène lors d’une série de manifestations en 2014.
Dans la nuit du 3 janvier 2026, l’opération américaine « Absolute Resolve » a été menée sous les ordres du président Donald Trump afin de capturer Nicolás Maduro et sa femme, Cilia Flores. Au pouvoir depuis presque 13 ans, Maduro est accusé d’avoir transporté des
canada

tonnes de cocaïne vers les États-Unis et d’avoir collaboré avec des groupes terroristes. Le couple est actuellement détenu au Centre de détention métropolitaine de Brooklyn et a depuis plaidé non coupable. Bien que l’intervention du président Trump soit dénoncée par plusieurs gouvernements comme une violation du droit
international, elle a été accueillie par Maria avec soulagement et joie: elle raconte avoir fêté l’événement en ouvrant une bouteille de champagne. Après près de 26 années marquées par la peur, Maria apporte son soutien aux mesures prises par le gouvernement américain et son président.
« C’est le diable dont on ignorait avoirbesoin»
D’autresmembresdeladiaspora partagent également ce mélange d’espoiretdesurprise.ErosGreatti est arrivé bien avant la révolution bolivarienne lancée par Chávez en 1999. Il ne se doutait pas, en quittant son pays, que les bouleversements politiques l’empêcheraientd’yretourner.Bien qu’ilnesoutientpasTrump,ilsedit également heureux des derniers événements qui ont secoué son paysd’origine:« C’estlediabledont onignoraitavoirbesoin (tdlr). »
Pour autant, le ressenti des VénézuéliensàCaracasestnuancé: d'importantes manifestations ont eu lieu dans la capitale en soutien à Nicolás Maduro, réclamant sa libération, tandis que des universitaires et des familles ont appelé à la libération de prisonniers politiques encore détenus dans le pays.
La porte-parole du HautCommissaire des Nations Unies,
Ravina Shamdasani, a fait valoir que l’action de la part des États-Unis a compromis « la sécurité de tous les États à travers le monde ». « Loin d’être une victoire pour les droits humains, cette intervention militaire, qui contrevient à la souveraineté du Venezuela et à la Charte des Nations Unies, affaiblit l’architecture de la sécurité internationale… Et c’est un point que le Secrétaire général a égalementsouligné », ajoute-t-elle.
Rappelons que depuis 2014, 7,9 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, ce qui équivaut à 23 % de la population. Il s’agit du plus grand exode de l’histoire récente de l’Amérique latine et l’une des plus grandes crises de déplacement de population au monde. Alors que MadurorestedétenuetqueleVenezuela continue de traverser cette tempête politique, la diaspora observe:pleine d’espoir, mais consciente que l’avenir resteimprévisible. ̸
Pema Tournadre
Contributrice
Les déclarations choc éclipsent les discussions économiques.
L’actualité du Forum économique mondial (FEM) de Davos n’a pas pu passer inaperçue. Cette 56e édition, tenue la semaine dernière, s'est distinguée par une virulence particulière, signe d’un contexte géopolitique explosif. Celui-ci apparaît saturé par les conflits persistants au Moyen-Orient, les affrontements sur le sol européen, et l’escalade de la violence aux États-Unis. Ajoute à cela une posture internationale de Donald Trump de plus en plus offensive. De ce fait, les questions économiques du forum semblent avoir cédé sous le poids des fractures politiques. Du 19 au 23 janvier, les grands acteurs économiques et politiques, tels que Donald Trump,
la publication de rapports, la création de partenariats et le lancement d’initiatives dans des domaines tels que l’innovation, le climat, ou la santé. Son importance médiatique n’est toutefois pas à sous-estimer. En effet, c’est précisément sur ce facteur que les participants semblent avoir joué cette année. Ces derniers ont tiré avantage de la nature provocatrice de leurs discours pour susciter un grand relais médiatique. C’est notammentlecasdudiscoursdeMark Carney, qualifié par Anil Wasif, alumni en politiques publiques de McGill, de«odiscourslepluscitéde la semaine, voire de la décennie ».
En effet, le thème du forum, « A Spirit of Dialogue » (Un esprit de
quidéfinissentletyped’avenirque nous aurons ». Donald Trump, dans un discours d’autocongratulation, déclare quant à lui que «certaines parties de l’Europe ne sont plus reconnaissables », et critique les politiques européennes sur l’énergie et la migration. Le président américain n’a pas manqué de se féliciter de l'ordre économique et politique mondial : « Le Canada existe grâce aux États-Unis », répond-il au discours de Mark Carney. Le premier ministre canadien avait appelé à la vigilance et à l’union des puissances moyennes face à l’hégémonie étasunienne. Par un discours qualifié d’historique par la presse internationale, il a également rappelé tant les positions du Canada en cette période de
« Les puissances moyennes doivent agir de concert, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu! »
Mark Carney, premier ministre du Canada
Emmanuel Macron, Mark Carney, Volodymyr Zelensky, ou encore Bill GatesetElonMusk,ontparticipéau caractèreélectriquedeDavos2026.
Depuis sa création en 1971, le forum de Davos se définit comme une fondation à but non lucratif et une organisation de lobbyisme, ayant pour mission « d’améliorer l’état du monde (tdlr) ». Les réunions annuelles donnent lieu à
dialogue), a été devancé par un flot de déclarations, toutes plus fracassantes les unes que les autres. L’Europe a été l’une des principales cibles des critiques. Zelensky, après avoir passé en revue la scène internationale – allant de la guerre sur son propre sol aux revendications impérialistes sur le Groenland – livre ses réclamations à l’Europe. Il demande une Europe qui serait « à l’initiative d’actions
« rupture de l’ordre mondial » que ses intentions pour l’avenir.
« Lespuissancesmoyennesdoivent agir de concert, affirme Carney, car sivousn’êtespasàlatable,vousêtes aumenu!» Ilproposeainsiunealternative pour les états ne pouvant pas se permettre d’agir seuls, restreints dans leurs options par « la taille de leurmarché,leurcapacitémilitaire, etleurcapacitéàimposerleurvolon-

té ». Carney ouvre une porte aux pays du Sud, qui, tandis que l’Europe traverse une crise économique et politique, pourraient connaîtreunecroissancesoutenue au cours des prochaines années. L’innovation pourrait devenir un levier de cette croissance, le premier ministre canadien mettant l’accent sur l’intelligence artificielle et appelant à une coopération entre démocraties pour s’affranchir des puissances hégémoniques dans ce domaine.
Cette approche consistant à « établirdescoalitionsefficaces,enfonction des enjeux, entre partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble » se profile alors comme un pas de plus vers cette « amélioration de l’état du monde », mission officielle du forum de Davos.̸
Elena Montefiori
Contributrice
Le piège de la commodité.
Depuis la nuit des temps, dans notre société, l’humain a cherché un meilleur sujet amené que celui-là. Au secondaire, on nous apprend à ne pas écrire la même chose que tout le monde, à personnaliser notre introduction. Mais c’est tellement simple de reprendre la formule… Aujourd’hui, je me rends compte que ce dilemme est un exemple parmi tant d’autres où l’on se retrouve face au piège de la commodité.
Le piège de la commodité, c’est choisir la voie facile, rapide, évidente, fluide, optimisée, au détriment de la qualité du résultat. Je ne
uneformediscrètedelibertés’efface. Or jouer exige exactement l’inverse.
Jouer, c’est cultiver un émerveillement et choisir de chercher d’autres manières de voir le monde, notamment sous un angle différent de celui de la productivité. Ça peut être aussi simple que prendre un chemin différent pour se rendre à ses cours. Sortir de la routine habituelle, quoi. Le jeu introduit du hasard là où tout est planifié et oblige à s’arrêter, à remarquer ce qui se passe. C’est aussi une petite révolution de refuser que tout ait une fonction, et d'accepter que certaines expé-
« Quand on essaie de tout optimiser, on perd quelque chose qui vaut beaucoup plus que le temps qu’on y gagne : l’occasion de ralentir »
parle pas juste de travaux d’école. Le piège de la commodité agit aussi sur quelque chose de plus discret:notre attention. Les outils qui nous facilitent la vie décident souvent à notre place de ce qui mérite d’être vu et entendu. L’itinéraire le plus rapide et la prochaine vidéo s’imposent,sansqu’onaitàypenser. Peu à peu, on ne choisit plus vraiment ce à quoi on porte attention. À force de déléguer nos décisions aux outils les plus pratiques, on désapprend à choisir, et quand ça arrive,
riences ne servent à rien d’autre qu’à être vécues. Dans une logique de commodité, tout moment inutile (non productif) devient suspect. Pourtant, ce sont souvent ces moments-là qui laissent une trace.
Le téléphone cellulaire, suspect habituel, y est évidemment pour quelque chose. Il est bien plus divertissant de marcher en écoutant un balado plutôt que les bruits de la ville, ou de manger devant la télé plutôt qu’en silence. Il n’y a rien de

mal à ça, sauf quand ça devient le choix par défaut. À force de se brancher lors de chaque battement entre deux plages de notre horaire réglé à la minute, on élimine le bac à sable du cerveau : l’ennui.
C’est pourtant dans ce vide essentiel que le temps ralentit, que la

mémoire se consolide, que l’inventivité se réveille. Ce n’est pas pour rien que les solutions à nos problèmes semblent apparaître de nulle part quand on fait autre chose qu’essayer de les régler. Quand on essaie de tout optimiser, on perd quelque chose qui vaut beaucoup plus que le temps qu’on y gagne : l’occasion de ralentir.
La session d’hiver passe tellement vite. Il m’arrive encore d’écrire
au sens du détail, au hasard, à la présence, aux temps morts, aux cinq sens. Merde au pilote automatique.
La vie est certainement plus simple grâce à tous les outils à notre disposition aujourd’hui, mais on peut se demander si elle n’est pas plus engourdissante. Je ne pense pas qu’on ait besoin de jeter son cell à la poubelle ou d’arriver en retard à ses cours en essayant de prendre un nouveau chemin chaque jour. Il faut
« C’est aussi une petite révolution de refuser que tout ait une fonction, et d'accepter que certaines expériences ne servent à rien d’autre qu’à être vécues »
«2025» dans mes notes de cours et le mois de janvier est presque fini. On ne voit pas nos journées quand on a des tonnes de cases à cocher sur une liste de choses à faire. On fait tellement de trucs et onn’apasl’impressiond’avoirvécu grand-chose. On a de la difficulté à se rappeler ce qu’on a mangé pour déjeuner ce matin, ou encore les dix derniers reels qu’on vient tout juste de faire défiler. On avance vite, mais sans relief, c’est plat.
Ce n’est pas le temps qui passe trop vite. C’est plutôt à nous de saisir les occasions de ralentir et de jouer, au lieu de sauter d’une distraction à l’autre. Ovations et roses
simplement choisir de faire les choses différemment. Être conscient dans notre manière d’habiter (et non de meubler) le temps. Profiter de l’ennui. Ne pas oublier de jouer. ̸
Les personnages changent, mais l’histoire se répète.
Le Groenland est un territoire autonome du Danemark, habité depuis l’ère néolithique, c’est-à-dire près de quatre-millecinq-cents ans. Dans le contexte géopolitique actuel, on a tendance à oublier que cette île, peuplée d’environ 57 000 personnes, a une histoire distincte, forgée par des hommes et femmes assez braves pour affronter son climat inhospitalier. Malheureusement, les discours belliqueux et impérialistes des pays qui l'entourent ont réduit la valeur de cette terre riche en culture et en traditions à un simple levier économique et stratégique. En dépit du chaos politique, une chose est claire : dans l’équation impérialiste, les désirs des peuples autochtones du
Groenland ne sont pas placés au premier plan. C’est par volonté mettre en valeur l’expérience unique et fascinante des personnes de cette région que Le Délit vous propose un aperçu des histoires des peuples du Groenland.
L’épopéed’unvoyage
La Béringie était une épaisse couche de terre gelée qui servait de pontnaturelentrel’Asieàl’Amérique. Bien avant l’époque des frontières et des passeports, l’être humain était libre de circuler sur cette surface entredeuxcontinents,àsesrisqueset périls. Poussésparlaquêtedeviande de mammouth, des groupes d’humains provenant de la Sibérie s'aventurent à traverser cette vaste
étendue glacée, bravant la faim, le froid, et l’inconnu. Le danger d’une mortprématuréeauxmainsd’unhiver impitoyablenesuffitpasàdécourager des générations successives de poursuivreleursexpéditionsversl’est.
Sitôt l’Alaska atteint, les peuples nomades multiplient leurs voyages sur le continent. Des siècles plus tard, les Saqqaq et les peuples qui leur ont succédé tentent de poursuivre leur migration vers l’est, vers l’île qu’on appelle maintenant le Groenland. Face à l’épreuve étourdissante d’une traversée du cercle polaire, ils doivent s’adapter à des températures glaciales, comparables au vent arctique qui balaye présentement la ville de Montréal. Sans anorak Canada Goose ni ser-
« Ces nouveaux colons semblent oublier le destin que les forces de la nature ont réservé aux Vikings »
vice de livraison à domicile, ces peuples se contentent de chasser des phoques et des caribous pour se nourrir et se maintenir au chaud. Faisant ainsi pleinement usage des rares ressources à leur portée, ils réussissent à s’implanter sur l’île du Groenland. Leur capacité à développer des modes de vie conditionnés par un climat hostile leur à permit de survire malgré un froid glaciale.
Desvoisinsvagabonds
vikingscommencentàsedécomposer. Lecatalyseurultimedecetteimplosion, onleconnaîtbien:lechangementclimatique. Dans ce contexte, un refroidissementprogressifportelecoup degrâceauxVikingsduGroenland.Au fildutemps,leshiversdeviennentplus rigoureux,lesjoursseraccourcissent, et tout signe de vie viking est étouffé souslaneige.
Pour les Vikings, ce déluge marque la fin, mais, pour les ancêtres des Inuit contemporains, ce n’est que le début. À la suite de cette vague de froid, les peuples thuléens venus du nord du Canada s’installent progressivement sur l’île, profitant de leurs technologies adaptées au froid extrême, telles que le kayak, le traîneau à chiens et les techniques de chasse maritime pour vivre en harmonie avec le climat. Un climat que les colons vikings n’ont jamais su dompter.

Stu Doré | Le Délit
L’arrivée des Européens sur l’île du Groenland s’est effectuée en plusieurs phases. Ce sont d’abord des groupes de Vikings qui se sont établis dans le sud-ouest de l’île au 10e siècle, suite à la colonisation d’une partie du territoire par Erik le Rouge. Malgré certaines difficultés às’adapterauxconditionsextrêmes, les colons scandinaves réussissent à prospérer, grâce au pastoralisme et à leur accès à des ressources très demandées sur le marché norvégien, comme l’ivoire de morse. Une fois fermement implantées sur la côte, ces sociétés élargissent leur présence sur le territoire, en déboisant des forêts et en faisant pousser des champs de légumes pour agrandir leurs villages. Ce succès initial a toutefois été de courte durée. En effet, des fouilles archéologiques nous confirment que, moins de cinq cents ans après leur arrivée, les peuples vikings du Groenland se sont entièrement volatilisés de cette île enneigée.
Maiscommentexpliquercettedisparition si soudaine? La réponse est aussi fascinantequ’elleestprémonitoire…
Unschémabienconnu
Au centre de cette énigme se déploientplusieursphénomènesquinous sont malheureusement familiers : l'atrophie des ressources naturelles causée par un extractivisme croissant, une dépendance de la société surlesmarchésinternationauxetles changements climatiques.
Lereculhistoriqueetlesapportsdela sciencemodernenousapprennentque la politique viking de commerce et de subsistance,liéeàl’extractionintensive des ressources naturelles, n’étaittout simplement pas durable. Le déboisement des forêts, qui avait pour but la fabrication de charbon, a déraciné la terre.Cetacharnementàeupourconséquencel’érosiondelaterreàuneperte defertilité,accéléréeparuneexploitation abusive des terres agricoles. À cela s’ajoutel’arrivéemassivedel’ivoired’éléphant africain sur les marchés internationaux,quifaitchuterlavaleur del’ivoiredemorse,fragilisantdavantage l’économielocaledéjàprécaire.
Ainsi,enmanquedenourritureetgraduellement appauvries, les sociétés
Le destin incertain des nouveaux arrivants
LaconquêtedanoiseduGroenland aux18eet19esièclesest unfaitaccompli. Cependant, les pressions militaristes de l’OTAN et des ÉtatsUnisrisquentdefairebasculer,unefois deplus,lasouverainetédeceterritoire. Lavolatilitédustatutd’autonomie,proclaméparlesGroenlandaisetaccepté parleDanemarken2008,s’illustrepar unparadoxepolitique.LesGroenlandais aspirent à l’indépendance, mais refusentd’êtreassujettisàdenouvelles puissancesétrangèresdanslecasd’une séparationavecleDanemark.
Dans le contexte d’une vague d’hubris américain et d’une réticence européenne, la voix des Groenlandais a été réduite au silence. Ils risquent maintenant d’être supplantés. En effet, d’après l’agence de presse Reuteurs, des partisans du président Donald Trump, tel que l’ambassadeur américain au Danemark, Ken Howery, ainsi que le fonds d'investissement Praxis, ont relayé leur vision pour l'établissementdesoi-disant freedom cities au Groenland. Ce concept libertarien s’inscrit dans une logique impérialiste et hyper-capitaliste qui prône la dérégulation extrême et une forme de gouvernance largement soustraite. Pourtant, ces nouveaux colons semblent oublier le destin que les forces de la nature ont réservé aux Vikings. Leurs anciens habitats sont aujourd’hui en ruine, enfouis sous la neige, vestiges d’une civilisation disparue. ̸
Marius Grieb Éditeur Enquête
n’est pas à Davos que s’est révélée l’imposture de l’ordre mondial.
Enfin,onadmetlafaillitemorale de l’Occident, et l’injustice de son deux poids deux mesures. Cemardi20janvier,àDavos,MarkCarney a fait preuve d’une franchise inédite, reconnaissant un ordre mondial défaillant et une application conditionnelle des règles internationales. Les actualités parlent d’ellesmêmes. Car, tandis que Mark Carney
roles, le premier ministre canadien a jouélacartedel’honnêteté,admettant lasupercheriedecetordremondial,et invitant les puissances moyennes à s’unirpourtracerunetroisièmevoie.
Unremaniementgéopolitique?
On se doute que cette honnêteté cachedesmotivationspluslarges.Son
« Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump »
réaffirmesonsoutienleplusfermeau Danemarkentantquepayssouverain duGroenland,leprésidentvénézuélien Nicolás Maduro est toujours détenu auxÉtats-Unis,dansl’illégalitélaplus totale.AuMoyen-Orient,cettelogique impérialiste continue : le Conseil de paixprésidéparTrumppoursuitl’effacementpolitiquedesPalestiniens,sans qu’aucune sanction ferme ne soit imposéeàIsraël.
Undiscoursderupture?
Lesystèmeinternational,telqu’ila été conçu après 1945, devait être régi parlesprincipessupposémentuniversels de démocratie, de respect des droitsdelapersonneetdesouveraineté nationale. Or, ces valeurs ont été appliquéessélectivement,commel’asi justement fait remarquer Mark Carney à Davos : « Nous savions que l’histoiredel’ordreinternationalfondé surdesrèglesétaitenpartiefausse[…] etnoussavionsqueledroitinternationalétaitappliquéavecplusoumoinsde rigueur selon l’identité de l’accusé ou delavictime.»Enprononçantcespa-
discours,sansêtreunmeaculpa,reconnaîtlaparticipationduCanadaàcette grandeillusion.Fauteavouée,àmoitié pardonnée : Mark Carney cherche à gagner en crédibilité auprès des pays du Sud, et emprunte une rhétorique qui s’aligne davantage à la leur. Ses intérêts sont purement économiques : soucieux de diversifier son marché par-delà les ÉtatsUnis, le Canada a renforcé ses liens commerciaux avec la Chine, lors de sa visite à Beijing à la mi-janvier.
Fait rare pour un politicien canadien, son allocution a attiré l’attention internationale et recueilli un soutien domestique multipartite. Cette réception positive n’est pas le résultat d’une conscience éveillée, d’un monde occidental las des transgressions des règles internationales et décidé à rompre avec ses doubles standards. Ce que l’on reconnaît au premier ministre, c’est d’avoir amorcé une critique frontale de la politique d’intimidation déployée par le président Trump, au milieu de dirigeants eu-

ropéens réticents à contester l’hégémonie américaine.
LesystèmeinjustedontparleM.Carney repose sur la coercition des grandespuissancessurlespaysintermédiaires. Il fonctionnait pour les premiers relativement bien jusqu’ici. Maismaintenantquelamenaced’une crise économique frappe à leur porte, le Canada et ses alliés occidentaux ne

s’en accommodent plus vraiment... Guerrescommerciales,menaced’intervention militaire au Groenland : l’hypocrisiesous-jacentedecetordre mondial,fondéesurlesoutieninconditionnel à une puissance impérialiste, ne leur est apparemmentplussiprofitable.
IlauradoncfalluattendrequeTrump menace d’annexer un territoire de l’Union européenne pour que l’indignationdesdémocratiesoccidentales se fasse entendre, et que l’on nous parlede«rupture»del’ordremondial.
Riensurledroitàl’autodétermination des Palestiniens ; rien non plus sur la question des responsabilités israéliennesetaméricaines.
« Ce sont pas ses failles qui ont été exposées au grand jour, mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial »
Troppeu,troptard
Cesmêmesdémocratiesnesesont pas mobilisées de la sorte pour faire appliquer le droit international à Gaza.LesarmesprovenantduCanada continuaient,enjuillet2025,àaffluer versIsraël.L’EtatHébreupoursuitencore ses attaques à l’encontre des civils palestiniens, violant ainsi l’accord du 10 octobre 2025. Depuis l’entréeenvigueurducessez-le-feu,le ministèredelaSantédeGazarecense 477 Palestiniens tués, dont 80 par le Hamas. Et plus tôt dans la semaine, MarkCarneysongeaitencoreàaccepter l’invitation au Conseil de paix, extensionduprojetcolonialisraélien.
Complaisanceoccidentalequis’estaussi observée en ce début de janvier, lorsquelesÉtats-Unis,sousprétextede luttecontrelenarcotrafic,sontintervenus militairement dans un pays souverain. Motivée par l’exploitation des gisements de pétrole du Venezuela, cette ingérence a suscité de tièdes réactionsauprèsdelacommunautéinternationale. Mark Carney, notamment,s’estcontentéd’untimide appel à « toutes les parties à respecter ledroitinternational».
Celafaitbienlongtempsquel’Occident s'affaisse sous le poids de ses propres contradictions. Ce sont pas ses failles quiontétéexposéesaugrandjour,mais plutôt l’injustice profonde de l’ordre mondial,telqu’ilest.LediscoursdeCarney se contente d’enfoncer des portes ouvertesetd’énoncerdesévidences,vécues depuis des décennies déjà par les paysduSud. ̸
Dalia Djazouli Éditrice Décodage
En pleine léthargie générale, la musique comme élan à une sensibilisation politique.
Dès les premières secondes de Sold Out, les artistes Gracie Abrams, Bon Iver et Aaron Dessner nous plongent dans l’atmosphère anxiogène d’une fusillade dans une école secondaire. Cette chanson, parueilyaquelquessemainesdansun effort de levée de fonds pour l’organismeEverytownforGunSafety,nous prend de court par sa représentation crue des fléaux qui hantent le climat politique actuel. Des dirigeants indolents aux forces d’extrême droite, en passant par les patrons intéressés, Abrams et Dessner dépeignent un monde dirigé par des « vendus » et n’épargnentpersonne.
Cette désillusion rejoint le courant postmodernistedanssonrejetdelalégitimité des discours étatiques dominants. En effet, l’art postmoderne est caractériséparuneremiseenquestion d’un principe au cœur de la définition del’ÉtatmoderneformuléeparWeber: le monopole de l’État sur l’emploi de la force.D’uncôté,lesimagesincessantes de la violence perpétrée par une bureaucratie flegmatique encouragent une apathie populaire ; de l’autre, l’art s’ancre dans un désir de chambouler cetteapathie.Ildevientdoncuneforce revigorante pour se sensibiliser de nouveau et prendre conscience de la distance prise avec les événements alarmantsquisemblentnousdépasser.
Bienplusqu’unesimplereprésentation de la réalité, les œuvres d’art démantèlent donc le processus quotidien
sage blanc » pour ne pas avoir à « prier quelqu’un qu’ils considèrent inférieur ». Grâce à cette chanson, l’artiste américaine parvient à mobiliser l’auditeur,àlesensibiliseràdesenjeux concretsetmêmeàluifixerunbutprécis. En guise de touche finale, Hayley Williamsnousfaitunepromesse:«The South will not rise again / Til it’s paid for every sin » (« Le Sud ne se relèvera pastantqu’iln’aurapaspayépourtous sespéchés»).
L’autrice-compositrice-interprèteJanelle Monáe livre quant à elle une critique acérée des États-Unis et de son systèmeviolent,sexisteetracisteavec Americans.Lescoupletsdecettechanson,auxparolesexhaustives,abordent entre autres les injustices du système carcéral, les inégalités salariales, l’appétit pour la guerre et la violence policière qui caractérisent les États-Unis.
L’allégeanceaveugledelalocutrice,qui scande en boucle « I’m American » («Je suis américaine ») durant le refrain,créeuncontrastesaisissantavec l’énumération affligeante qui la précède et permet à l’auditeur d’entendre les contradictions ancrées dans l’État américainetdes’endésolidariser.
Le plaidoyer de Monáe pour un pays plus juste s’inscrit dans une tradition de revendications de la population noireaméricaine,encequiatraitàson inclusionauseindesanation.Bienque la fondation de ce pays repose sur des idéaux démocratiques, la concrétisation de ces idéaux n’a eu lieu que grâce
« D’un côté, les images incessantes de la violence perpétrée par une bureaucratie flegmatique encouragent une apathie populaire »
d’« habitualisation » examiné par le théoricien Viktor Shklovsky. Ce dernier voit l’art comme un excellent moyen de renverser l’automatisation de la perception qui nous rend insensibles.Eneffet,l’artpermettraitde«retrouver la sensation de la vie; [nous] faire ressentir des choses ». Ainsi, la culture,oudanscecas-ci,leschansons à caractère politique, font partie intégrantedelaviepolitiqueetpermettent aux auditeurs d’être sensibilisés à des enjeuxsociétaux,qu’ilssoientinternationauxoudomestiques.
Politiqueinterne
À l’échelle interne, on peut par exemple penser à la chanson True Believer de l’artiste Hayley Williams. Dans ce morceau paru l’année dernière, Williams ne mâche pas ses mots et met en lumière les nombreuses incohérences des discours chrétiens et nationalistes dans le sud des États-Unis. Après avoir critiqué leurs fusils « grands comme leurs enfants » (tldr), elle dénonce leur tendance à dépeindre Jésus avec un « vi-
au combat incessant de la population noireaméricainepourunedémocratisation radicale des droits et libertés promus par la Déclaration d’indépendance.C’estd’ailleursdanscettelignée que«I’mAmerican»setransformeàla toute fin de Americans en « This is not my America » (« Ceci n’est pas mon Amérique»).Danscettechanson,laremise en question de la fierté nationale se confronte également à la violence exercée par l’État américain à l’étranger.Ainsi,s’inscrivantdansunmouvement d’internationalisation prôné avant elle par W. E. B. Du Bois, Martin LutherKingetMalcolmX,leregardde l’artiste se tourne vers les systèmes oppressifs reproduits par les ÉtatsUnis sur la scène mondiale. En témoignent les premières lignes de la chanson : « War is old [...]; let’s play God » (« La guerre est une vieille histoire[...];jouonslerôledeDieu»).
Politiqueinternationale
Cetterésistanceàunsystèmegénéralisé peut également faire penser à la chanson Hypersonic Missiles de Sam

Fender.Parueen2019etfaisantpartie de l’album du même nom, elle dépeint unlocuteurapathiqueetdésensibilisé. Au beau milieu de bombardements à Gaza, d’un engrenage financier insatiable et de discours alarmistes promouvant un réarmement, il demeure « blissfully unaware » (« complaisant danssonignorance»)etpromettoutce qu’ilpossèdeàsapatrieanglaise.Cette critiquedusystème,saupoudréededéfaitisme, illustre la difficulté de se séparer,entantqu’individu,d’unsystème opprimantetfoncièrementinjuste.
Dansuneoptiquecomplémentaire,l’auteur-compositeur-interprète Hozier adoptedansEatYourYounglepointde vue de la classe dirigeante pour critiquer sa tendance à sacrifier les jeunes générations et ce, à travers le globe. Cette chanson de 2023 est inspirée de l’essai satirique « A Modest Proposal » de Jonathan Swift, qui propose la consommation de la chair d’enfants comme échappatoire à la pauvreté pour leurs parents. Hozier reprend
cette idée en incriminant une élite ostentatoire qui écorche les vies des enfants, au profit de guerres et de l’accumulation de ressources matérielles:«Puttin’foodonthetable,sellin’bombsandguns/It’s[...]easierto eat your young » (« Mettre du pain sur la table, vendre des bombes et des fusils / Il est [...] plus facile de manger ses jeunes »).
Troisansplustôt,l’incomparableTaylorSwiftfaisaitelleaussiunedéfense de la jeunesse. Dans Only The Young, ellesoutenaitque,alorsquelesjeunes sontconfrontésàunecoursecontrela mortdurantlesnombreusesfusillades qui rongent les États-Unis, eux seuls sont capables de courir. La course prend ici un sens double, puisqu’elle fait également référence au pouvoir de la jeune génération, qui pourra diriger le pays (« run the country ») et ainsi contrer les politiques opprimantes de Donald Trump. Malgré les fusillades, les inégalités et un sentiment d’impuissance affligeant, Swift
rappelle donc à la jeunesse qu’il lui faut persévéreretcontinueràcourir(«Only the young / Can run [...] / So run »). Écrite avant la réélection de Donald Trump,cettechansonestponctuéed’un certain optimisme qu’on ne retrouve pas, par exemple, dans la plus récente Sold Out. Cette dernière incarne plusieurs éléments plus sombres qui jalonnent la plupart des morceaux examinésdanscetarticle:élitevendue, jeunesse apathique et désillusionnée, rage et peur. Cependant, peu importe leur angle d’approche, toutes ces chansons nous rappellent, comme toute bonne œuvre d’art, l’importance de regarderladouleurenfaceetdenepasoublier.DanslesmotsdeGracieAbramset AaronDessner,«Painisasouvenir/It’s areminder»(«Ladouleurestunsouvenir/C’estunrappel»).̸
Catvy Tran
Illustratrice
Naomi Degueldre
Contributrice
La Boîte, imposante et inquiétante, trône au milieu de la scène. Un projecteur s’allume. Éliza Williams, femme d’affaires, s’avance pour donner son discours.Lapièce Boîtenoire débute.
La beauté de la Boîte
En entrant dans la salle, le premier élément qui attire l'œil du spectateur est la boîte géante qui sépare la scène en deux : une partie supérieure et une partie inférieure. L’intrigue de la pièce est elle-même scindée en deux trames narratives qui cohabitent. D’une part, Éliza et David, cofondateurs d’Essor, présentent leur nouvelle invention : la Boîte, une technologie qui permet à chacun d’obtenir la vie de ses rêves en prévenant les comportements nocifs. D’autre part, Andrés, Tendaji et Laïla, des réfugiés, traitent des données toute la journée pour un salaire de misère afin d’entraîner l’IA à l’origine de la Boîte. Les deux trames narratives ont lieu en parallèle, jusqu’à ce qu’un accident survienne et entremêle la destinée de tous les personnages.
Si le personnage d’Éliza, joué par Catherine-Anne Toupin, privilégie la prospérité et les investissements, son frère David, interprété par Vincent-Guillaume Otis, se préoccupe plutôt des enjeux éthiques : peut-on réellement mettre en vente un produit censé améliorer la vie des gens s’il y a des risques mortels pour les consommateurs? La discorde éclate entre les génies de la technologie et se propage, plus bas sur la scène, aux réfugiés employés par la firme. Comment améliorer sa situation lorsque les autorités profitent de l’exploitation des plus faibles? À une époque où nos voisins du Sud connaissent des moments houleux avec ICE, les mots du personnage de Laïla lorsque les agents frontaliers s’en prennent à elle sans raison résonnent: « Le camp, c’est une prison. Je veux une vie à moi. » Les enjeux mis en scène dans la pièce sont on ne peut plus actuels.
Bienvenueaupaysdespossibilités
Ce que promet la Boîte, c’est une vie meilleure, un moyen simple et
rapide d’atteindre la version de soi idéale. Mais dans une société qui en demande toujours plus, est-il réellement souhaitable d’atteindre la perfection? L’obsession pour cette dernière tue notre société à petit feu. Les exigences et l’intolérance au bonheur de la société pourrissent la vie des individus et empêchent chacun de faire son cheminement personnel. La Boîte ne fait qu’empirer les traumatismes que les individus ressassent. Catherine-Anne Toupin, créatrice de la pièce,dénonceclairementcebesoin déraisonnable pour la perfection ainsi que les abus des multinationalesqui,sansquenousnousenrendions compte, s’emparent de nos vies. « C’est devenu une obsession », confie une utilisatrice de la Boîte. Nous devenons des spectateurs de notre propre existence, incapables d’agir sans l’influence des plus riches et des plus puissants qui contrôlent notre consommation et nos habitudes. La pièce dénonce à cor et à cri les abus des autorités, qu’il s’agisse des entreprises ou des gouvernements, qui considèrent les plus vulnérables de notre socié-

té comme du bétail, bons seulement à enrichir les plus forts.
Boîte noire est une pièce coup de poing. À plusieurs reprises, mes yeux se sont remplis de larmes et je mesuissentieimpuissantefaceaux horreurs de l’humanité. Le futur qui se présente devant nous n’est pas reluisant, et cette pièce de théâtredébordedesoncadredivertissant pour nous secouer au fond
de notre âme. C’est à nous de conserver l’humanité de notre monde.
Boîte noire est une pièce de 1h35 sans entracte qui aborde des sujets sensibles, dont le suicide. Elle sera présentéejusqu’au22février2026auThéâtre Jean-Duceppe. ̸
Rose Langlois Éditrice Culture
Après le franc succès de son premier livre, Le compte est bon, Louis-Daniel Godin revient en force avec la publication de Cindy_16 en octobre 2025.
Derrière la plume
Louis-Daniel Godin est un jeune auteur émergent dans la littérature québécoise. Professeur de création littéraire à l’UQÀM, son premier livre Le compte est bon a été nominé pour de nombreux prix en France et au Canada. L’auteur a notamment reçu le prix Ringuet en 2024, décerné par l’Académie des lettres du Québec. S’inspirant de la psychanalyse dans ses textes, sa plume est reconnue pour recréer la trajec-
Retour sur le nouveau livre de Louis-Daniel Godin.
Alain? À l’époque, c’est un homme de trente-sept ans, le premier partenaire du narrateur, alors âgé de dix-sept ans. Bien après leur rupture, Marc-Alain est envoyé en prison et accusé de nombreux crimes sexuels, l’un d’eux étant d’avoir utilisé le pseudonyme « Cindy_16 » pour leurrer des jeunes adolescents. Le roman revient sur cette période complexe de la vie du narrateur. Connaissait-il la vraie nature de son partenaire? Était-il luimême une victime? L’auteur se promène dans sa mémoire avec « deux pas en arrière et trois pas en avant, enespérantarriverquelquepart».
Ce n’est pas une suite à son livre Le compteestbon,maisplutôtuneconti-
« Cindy_16 est un roman bouleversant mais profondément mémorable. C’est un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse » littérature
toire libre et vagabonde de la pensée humaine. Bien qu’on puisse y percevoir des échos de Proust, Louis-Daniel Godin met de l’avant une voix une voix qui lui est propre. Le roman en bref
Lorsque le narrateur apprend la mort de Marc-Alain dans le journal, il se met à rédiger cette histoire datant de vingt ans. Qui est Marc-
nuationdel'introspectiondel’auteur et du travail de sa mémoire. On retrouve tout de même plusieurs références à son premier livre ; l’auteur constatant que le compte n’est pas bon, qu’une dissonance persiste, appelant à une reprise de l’écriture.
Écrire pour déconstruire la honte
Cindy_16 a une narration plutôt unique. Le roman se déploie en trois
pronoms narratifs. L’auteur le met de l’avant dès les premières pages de son livre : « Il faut raconter au “on” ce qu’on arrive pas à raconter au “je”. Il faut parfois dire “nous” au lieu de “soi”. Il faut y aller comme ça vient, trouver les mots pour le dire. » Cette multiplicité des pronoms narratifs exprime à la fois une mise en distance pour se protéger, undésird’allerjusqu’auboutdel’introspection et l'acceptation de sa propre vulnérabilité. L’auteur crée sa propre voix narrative et se lance dans l’exploration de cette période de sa vie pour déconstruire petit à petit la honte y étant associée.
La force de l’écriture réside dans l’identification qu’elle produit chez le lecteur. Autant dans la forme que danslecontenu,Louis-DanielGodin fait preuve d’une grande authenticité dans son roman. Comme il l’explique lors d’une entrevue avec le journal Urbania : « On écrit souvent à partir de notre petite affaire qui nous apparaît unique [...]. Si un livre résonne et que d’autres gens s’y retrouvent, ça me fait plaisir. Ça me confirme que c’était pas juste ma petite affaire ». Son nouveau roman s’inscritdanscettecontinuité,transformant un récit intime en un récit collectif. Comme dans Le compte est bon, plusieurs lecteurs pourront se reconnaître dans ce qui n’était qu’au début qu’une « petite affaire ».
Cindy_16 estunromanbouleversant, maisprofondémentmémorable.C’est

un texte qui dresse un portrait complexe de la relation amoureuse. En jouant entre les lignes du toxique et du sain, de l’absence et du silence, de la fiction et de la réalité, de la victime et du témoin, Godin aborde la honte sous ses multiples formes. Ce sentiment se dresse comme un personnage à la fois invisible et omniprésent, guidant la progression du texte. Le livre agit comme un processus de libération du fardeau qu’est cette
honte. Le sentiment continue d’habiter le lecteur bien après la dernière page. ̸
Àlasuitedeprèsdedeuxansde travail, le projet de collaboration entre le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et le Groupe de recherche et de réflexion CIÉCO, Entre nos archipels : Dialogues autochtones en contextes francophones, se concrétise finalement. Les 22 et 23 janvier derniers, le public s’est réuni dans l’auditorium Maxwell-Cummings et en ligne pour assister aux discussions avec douze personnalités autoch-
Le nom, porteur de pouvoir
Visagesgraves,quatrepersonnesautochtones se figent devant le soleil couchant à l’horizon, de l’autre côté delarivièredéjàcondamnée.C’estce qu’illustre le tableau The Dakota Boat (1875) du peintre W. Frank Lynn.Marie-AnneRedhead,conservatrice adjointe de l'art autochtone et contemporain à la Galerie d’art de Winnipeg (WAG), aime débuter ses présentations avec cette toile, car
« Nous pensons, donc nous sommes, mais certaines personnes oublient que nous avons toujours existé »
Jeffery Darensbourg, écrivain et interprète (Atakapa-Ishak)
tones du monde de la culture, sur leurs pratiques et sur les enjeux liés à leurs identités.
Vendredi 23 janvier, 13 h, le comité organisateur ouvre la seconde journée de l’événement en compagnie de l’animateur·rice Camille Larivée (Innu·e, Montréal) et des trois panélistes : Jeffery Darensbourg (Atakapa-Ishak, Bulbancha), Keywa Henri (Kali’na Tɨlewuyu, Paris/ Cayenne) et Marie-Anne Redhead (Nêhiyaw, Winnipeg).
théâtre
elle révèle des réalités concernant les peuples autochtones en Amérique : un étouffement des voix, une tendance à disparaître. Comme Jeffery Darensbourg le souligne : « Nous pensons, donc nous sommes, mais certaines personnes oublient que nous avons toujours existé. »
Selon Marie-Anne Redhead, il faut agir et renforcer la solidarité entre les peuples pour contrer cette disparition. Dès son premier projet

Cao | Le Délit
avec de nombreux questionnements identitaires. D’une part, le père de l’artiste, bien que vivant en Guyane – où le système français réprime complètement la présence des peuples autochtones–lui a toujours appris à s’exprimer, à crier pour la nation avec dignité. D’autre part, son grand-père a vécu sous la dictature militaire au Brésil et a fait vœu de silence. Plus jeune, iel préférait ne pas attirer l’attention sur son identité ethnique par peur de se « folkloriser » et d’alimenter l’image stéréotypée de l’autochtone, celle qui est soit invisible, soit fossilisée.
après son entrée en fonction, elle est chargée de vérifier les titres des œuvres de la collection. Le nom est profondément lié à l’identité, car, pour plusieurs nations autochtones, il s’agit d’un porteur de pouvoir qui les relie au monde des esprits. Celui-ci permet de fournir un contexte à l’œuvre ; or parmi sa collection, Redhead a identifié 57 titres erronés ou à connotation raciste. Elle a alors consulté des aîné·e·s autochtones pour en trouver
de nouveaux. Cette action mène les travaux à l’extérieur des murs de la galerie et forge un lien avec le reste de la communauté.
Dans le même ordre d’idée, l’artiste Keywa Henri s’explique : «M’identifier en tant que Kali’na Tɨlewuyu aujourd’hui, c’est un acte de résistance en soi. » Issu·e d’un père Kali’na Tɨlewuyu et d’une mère brésilienne, dont le père est autochtone, iel a grandi
Aujourd’hui, Keywa Henri embrasse ce même trait qu’iel a longuement voulu cacher et le transforme en outil de résistance. «Je sais que même si je crie, ça sera du silence », confie-t-iel, « mais pouvoir crier en fait qu’une seule envie ». Et ce mot de fin résume d’innombrables voix de la communauté autochtone : « Nous existons, nous résistons. » ̸
UJiayuan Cao Éditrice Culture
n an après son adaptation de Company, la Arts UndergraduateTheaterSociety(AUTS) revient sur le devant de la scène avec Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812. Dotée d’une équipe de 46 étudiants – dont 17 interprètes et un orchestre en direct – la troupe disposait de tous les éléments nécessaires à la réussiteduprojet.Etlepariestrelevé. Plusde180billetsontétévenduspour la première représentation, suivie de plusieurs soirs à guichets fermés. Difficiled’imaginerqu’unseulspectateur soit ressorti déçu de la salle du ThéâtrePlaza.
Dès le numéro d’ouverture, le spectateur est transporté dans le Moscou du 19e siècle à travers cette comédie musicale inspirée du volume deux, tome cinqdeGuerreetpaixdeLéonTolstoï. Lorsdelapremièrechanson, le public est mis en garde : il y a beaucoup de personnages et ils possèdent chacun «neufnomsdifférents(tdlr)»,maison se prend vite au jeu. Selon Milan Miville-Dechene, metteur en scène de la production, The Great Comet of 1812 trouve une résonance toute particulière chez le corps étudiant, ce qui a motivé son choix. « Le mélange de pop, techno, folk, a de quoi convertir n’importe quel étudiant aux comédies musicales. On trouve dans la pièce des enjeux très actuels et de nombreux parallèles avec l’expérience universitaire », explique-til. Natasha et Sonya arrivent en effet à Moscou avec des rêves et des aspirations personnelles, tout comme les étudiants de première année à l’Université McGill. Et si les personnages paraissent insouciants sur scène, la pièce demeure pourtant plongée dans l’ombre d’une guerre qui fait rage à l’exté-

Mai DaSilva
mentconstantetexploitentl’espacescénique de manière particulièrement réussie – la scène déborde jusque dans la salle et les interprètes interagissent directement avec le public. Milan rappelle que le théâtre est avant tout « un momentpartagé»:«L’énergiedupublic etdesinterprètess’alimententmutuellement».Letoutestétourdissant,mais justeassez.
Certaines performances individuelles, particulièrement remarquables, viennent solidifier l’ensemble. Claire LatellaestsplendidedanslerôledeNatasha – ingénue par excellence, elle incarne à la perfection la jeune femme fraîchement arrivée de la campagne, fascinée par le monde scintillant de Moscou. Sam Snyders, quant à lui, excelledanslerôledePierreetapporteau récit la gravité qu’il requiert. Un immense coup de cœur pour la performancedeMirandaDeLucadanslerôle de Sonya. Sa prestation de « Sonya Alone », extrêmement touchante, a été couronnée par un tonnerre d'applaudissements – et ce, malgré une salle relativement clairsemée pendant l’avant-première.
rieur : « Il y a une guerre qui fait rage / Quelque part, là-bas / Et Andrey n'est pas là ».
La passion de la troupe crève les yeux. Sourires aux lèvres et regards brillants, les interprètes dégagent un enthousiasme hautement communicatif. Le public se prend lui aussi à sourireenlesregardant.Toutaulong du spectacle, leur professionnalisme estindéniable:lejeuestimpeccable, les chorégraphies parfaitement réglées,letoutétantlefruitdeplusieurs moisdetravailacharné.Milanconfie avoirétudiéattentivement Guerreet paix afin d’informer sa mise en scène.Lescomédienssontenmouve-
Natasha, Pierre & The Great Comet of 1812 est présentée au Théâtre Plaza le 29,30et31janvier ̸
Eugénie St-Pierre Rédactrice en chef

Eugénie St-Pierre, Elie Nguyen | Le Délit
Horizontal
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Vertical
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