
lâencre de Chine caractĂ©risĂ©s par une formulation synoptique obtenue grĂące Ă lâusage de photographies comme sources visuelles.


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fig. 03 Félix Vallotton, Cinq Portraits (Dumaine, Garnier, Henner, Puvis de Chavannes, Guiraud), vers 1887, crayon sur papier, 20 à 31 cm, collection particuliÚre. fig. 04 Félix Vallotton, Ernest Guiraud, vers 1887, mine de plomb sur page de carnet, 16,8 à 10,8 cm, Lausanne, Fondation Félix Vallotton. fig. 05 Félix Vallotton, Lucie Palicot et Pierre Puvis de Chavannes, vers 1887, mine de plomb sur pages de carnet, 16,8 à 10,8 cm, Lausanne, Fondation Félix Vallotton. fig. 06 Félix Vallotton, Lhéritier et Lucie Palicot, vers 1887, mine de plomb sur pages de carnet, 16,8 à 10,8 cm, Lausanne, Fondation Félix Vallotton. fig. 07 Anonyme, Louis Dumaine, Charles Garnier, Jean-Jacques Henner, Ernest Guiraud, Lhéritier, Lucie Palicot, vers 1882, photographies, 12 à 8,5 cm, Lausanne, Fondation Félix Vallotton.
Ces premiers essais rĂ©vĂšlent dĂ©jĂ un artiste en quĂȘte dâun langage personnel. La pĂ©riode qui suit, celle des premiĂšres commandes officielles, des premiĂšres contributions Ă des revues, marque le vĂ©ritable envol de Vallotton illustrateur et dessinateur de presse.
« Je serais trĂšs heureux que vous fissiez toutes les dĂ©marches nĂ©cessaires pour que mon portrait par Vallotton, acceptĂ© depuis des mois par la âRevue illustrĂ©eâ paraisse et que la notice soit faite par vous. » â Paul Verlaine Ă Jules Tellier15 1888-1892
Premiers contacts avec la presse illustrée
La collaboration de Vallotton Ă la Revue illustrĂ©e cat. FVI 002â000 dĂ©bute en 1888, lorsquâil dessine les portraits de trois personnalitĂ©s du monde littĂ©raire et musicalâ: Paul Verlaine, Catulle MendĂšs et Ădouard Lalo. Elle se limitera finalement Ă la publication tardive du seul portrait de Verlaine ILL.â002
Bien quâacceptĂ© par le pĂ©riodique au dĂ©but fig. 03
de lâĂ©tĂ© 1888, il ne paraĂźtra que le 1er septembre 1890, accompagnĂ© dâun texte de Maurice BarrĂšs. Les rĂ©ticences provoquĂ©es par la rĂ©putation sulfureuse du poĂšte expliquent sans doute ce retard. Entre fin mars et dĂ©but juillet 1888, Vallotton a dessinĂ© dâaprĂšs nature deux portraits de Verlaine. Le premier, oĂč lâĂ©crivain se tient debout, est celui paru dans la Revue illustrĂ©eâ; le second, qui le montre assis, servira de modĂšle Ă une xylographie publiĂ©e en 1892 dans LâArt et lâIdĂ©e 16 .

Lâhiver 1891, Vallotton sâattaque Ă la xylographie. Lâadoption de cette technique ancestrale marque un tournant dĂ©cisif dans sa carriĂšre. Le 19 janvier 1892, il annonce Ă son frĂšre Paulâ: «âJe continue Ă faire du bois, une idĂ©e quâon mâa amorcĂ©e, mais jâignore encore sâil en rĂ©sultera quelque chose. [âŠ] Jâen aurai je crois bientĂŽt dans une revueâ; le directeur, un artiste, sâest emballĂ© sur moi, et mâa promis un article, je lâillustrerais, bien entendu, de ceci comme dâautre choseâ17.â» Ladite revue, LâArt et lâIdĂ©e cat. FVI 003â000 â, est Ă©ditĂ©e par le bibliophile et journaliste Octave Uzanne. PubliĂ© le 20 fĂ©vrier, son article intitulĂ© « La renaissance de la gravure sur bois. Un nĂ©o-xylographe M. FĂ©lix Vallotton » est illustrĂ© de onze gravures sur bois, dont certaines taillĂ©es spĂ©cialement pour la revue avant dâĂȘtre diffusĂ©es sous forme dâestampes. Câest le cas de lâautoportrait ILL.â0
rĂ©alisĂ© dâaprĂšs une photographie, oĂč le profil de Vallotton se dĂ©tache sur un arriĂšre-plan constituĂ© par une vue de Lausanne, sa ville nataleâ18. En le prĂ©sentant comme le pionnier du renouveau de la gravure sur bois, lâarticle dâUzanne a jouĂ© un rĂŽle dĂ©terminant dans la reconnaissance de Vallotton. GrĂące Ă lui, ce dernier est invitĂ© Ă exposer au premier salon de la Rose+Croix, tenu Ă Paris du 10 mars au 10 avril 1892. Vallotton peut pour la premiĂšre fois y prĂ©senter ses xylographies en public. La sensation quâelles provoquent se concrĂ©tise par une notoriĂ©tĂ© croissante, notamment auprĂšs des nabis qui lâadmettent dans leur groupe, au dĂ©but de 1893, et au contact desquels il dĂ©veloppe un style synthĂ©tique fondĂ© sur la combinaison dâaplats et dâarabesques.

sur les principes physiognomoniques dâEugĂšne Ledos, intitulĂ©
La Physionomie. Visages et caractĂšres. Lâillustration de sa couverture fig. 19, due Ă un certain P. Moreau, dĂ©note une forte influence des masques de Vallotton. La question des expressions faciales pour reprĂ©senter des Ă©tats Ă©motionnels prĂ©occupera dâailleurs Vallotton en 1898, lors de la rĂ©alisation des illustrations pour la monographie que lui consacre Julius Meier-Graefe ILL.â129
Alors que les traités de physiognomonie tentaient de codifier la relation entre traits physiques et caractÚres moraux, Vallotton privilégie dans ses masques une vision plus intuitive et synthétique du visage, libérée des dogmes scientifiques mais tout aussi évocatrice de la personnalité intérieure.

1895
Félix Vallotton et Jules Renard
Quand le dessin guide le texte, lâexemple magistral de Nib
Supplément de La Revue blanche, Nib
â «ârienâ» en argot â succĂšde au Chasseur de chevelures. InsĂ©rĂ© dans la revue sous la forme dâune feuille imprimĂ©e recto verso et pliĂ©e, il paraĂźt Ă trois reprisesâ: le 1er janvier, le 15 fĂ©vrier et le 1er avril 1895. Chaque numĂ©ro est rĂ©alisĂ© par un tandem composĂ© dâun artiste et dâun homme de lettresâ: Toulouse-Lautrec et Tristan Bernard, FĂ©lix Vallotton et Jules Renard, Pierre Bonnard et Romain Coolus. Si certains contributeurs sont dâanciens du Chasseur de chevelures (Bernard, Renard, Coolus et Vallotton), Nib se distingue de ce prĂ©cĂ©dent supplĂ©ment par son caractĂšre hautement allusif et par la place centrale accordĂ©e Ă lâimage. Son deuxiĂšme numĂ©ro
publiĂ© le 15 fĂ©vrier 1895, aussitĂŽt aprĂšs lâarrivĂ©e de Vallotton Ă La Revue blanche, introduit une formule innovante, qui attribue Ă lâartiste un rĂŽle plus actif dans la conception du feuillet. Le texte y est subordonnĂ© au dessin, comme lâindique le titre en page deux : «âDessins de FĂ©lix Vallotton, commentĂ©s par Jules Renard.â»
page trois,
dans Hiver ILL.â047 , les dialogues vont jusquâĂ prendre graphiquement la forme des personnages dessinĂ©s auxquels ils se rapportent.




Cette inversion de la hiĂ©rarchie habituelle entre texte et image se rĂ©pĂšte lors de la collaboration du duo Renard-Vallotton au Rire, oĂč paraĂźt le 16 mars 1895 Au voleur ! ILL.â050 â. Comme dans Nib, le dessin prĂ©cĂšde le texte qui lâaccompagneâ74. Ce type dâinteraction, qui bouleverse la dĂ©finition traditionnelle de lâillustrateur censĂ© mettre en image un texte existant, atteindra son apogĂ©e dans Les Rassemblements (voir infra).

Six dessins de Vallotton composent ce numĂ©ro de Nib. Les trois premiers â Que les chiens sont heureux ! ILL.â045
Hiver ILL.â047 â figurent chacun sur une page, tandis que les trois autres, rassemblĂ©s sur la derniĂšre page, sont des publicitĂ©s parodiques, pour la SaxolĂ©ine, lâImpĂ©rial Russe de Guerlain et le livre de Jules Renard Poil de Carotte paru fin 1894 chez Flammarion
Que les chiens sont heureux ! montre quatre badauds se dĂ©lectant dâune scĂšne qui se passe hors champ, Ă gauche, et dont un groupe, Ă droite, composĂ© de bourgeois et de curĂ©s, se dĂ©tourne ostensiblement. Vallotton dans son dessin et Jules Renard avec sa lĂ©gende â «âQue les chiens sont heureuxâ!â» â procĂšdent tous deux par suggestion, le sujet principal Ă©tant invisible. Ce dessin a dĂ©jĂ Ă©tĂ© commentĂ© en 1896 par le poĂšte suĂ©dois Ola Hanssonâ: «ââQue les chiens sont heureuxâ est par exemple un chef-dâĆuvre de la gauloiserie la plus authentique, la plus hardie, la plus gracieuse. On ne voit pas directement ce que font ces heureux chiens, car les animaux nâapparaissent pas sur lâimage, mais on le voit par lâintermĂ©diaire des personnages reprĂ©sentĂ©s sur le dessinâ: la jeune fille, qui, curieuse et effrayĂ©e, nây comprend naturellement rien ; les vieilles filles qui vont aigrement leur chemin immuable, les [curĂ©s], leur chapeau enfoncĂ© sur les yeux, le gros boucher surtout, avec son sympathique sourire de clair de lune, qui observe la scĂšne avec intĂ©rĂȘt, et le gavroche qui, pris dâun enthousiasme dionysien, applaudit au spectacleâ75.â» En la laissant





























