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Le Monde de Narnia IV. Le Prince Caspian

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www.narnia.com Titre original : Prince Caspian The Chronicles of Narnia ®, Narnia ® and all book titles, characters and locales original to The Chronicles of Narnia, are trademarks of C. S. Lewis Pte. Ltd. Use without permission is strictly prohibited. Published by Editions Gallimard Jeunesse under license from the C. S. Lewis Company Ltd. © C. S. Lewis Pte. Ltd., 1951, pour le texte et les illustrations © C. S. Lewis Pte. Ltd., 1998, pour la mise en couleurs © Éditions Gallimard Jeunesse, 2001, pour la traduction française © Éditions Gallimard Jeunesse, 2008, pour la présente édition

Couverture : Illustrations by Pauline Baynes © Copyright CS Lewis Pte Ltd 1951 Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse


Illustrations de Pauline Baynes Traduit de l’anglais par Anne-Marie Dalmais

GALLIMARD JEUNESSE


1. Le Neveu du magicien 2. Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique 3. Le Cheval et son écuyer 4. Le Prince Caspian 5. L’Odyssée du Passeur d’Aurore 6. Le Fauteuil d’argent 7. La Dernière Bataille


À Mary Clare Havard


Il était une fois quatre enfants qui se prénommaient Peter, Susan, Edmund et Lucy. Un autre livre, intitulé Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique, a raconté l’aventure extraordinaire dont ils avaient été les héros. Un jour, en ouvrant la porte d’une armoire magique, les enfants s’étaient retrouvés dans un monde complètement différent du nôtre ; et, dans ce monde différent, étaient devenus les rois et les reines d’un pays appelé Narnia. Pendant leur séjour à Narnia, ils eurent l’impression de régner durant de longues et longues années ; mais lorsque Peter, Susan, Edmund et Lucy rentrèrent par la porte de l’armoire, et se retrouvèrent en Angleterre, il apparut que toute leur histoire n’avait pris aucun temps. En tout cas, nul n’avait remarqué leur absence, et ils ne parlèrent à personne de ce qui leur était arrivé, à l’exception d’un vieux monsieur plein de bon sens et de sagesse. 7


Il y avait un an déjà que tous ces événements s’étaient produits et, pour le moment, les quatre enfants étaient assis sur un banc, dans une petite gare de campagne, entourés par des piles de valises et de boîtes de jeux. Ils étaient en route pour retourner en classe et avaient voyagé ensemble jusqu’à cette petite gare, située à la jonction de deux lignes ; ici, dans quelques minutes, un train arriverait qui emmènerait les petites filles vers une école ; puis, une demi-heure plus tard, environ, un autre train s’arrêterait, et les deux garçons partiraient pour un autre collège. La première moitié du voyage, lorsqu’ils étaient encore réunis, leur avait toujours semblé faire partie des vacances ; mais maintenant qu’ils étaient sur le point de se dire au revoir et de s’en aller dans différentes directions, chacun se rendait compte que les vacances étaient vraiment terminées, et chacun sentait renaître en lui les sentiments liés au début du trimestre. Lucy allait en pension pour la première fois. C’était une gare de campagne déserte, endormie, et il n’y avait pratiquement personne sur le quai en dehors d’eux-mêmes. Soudain, Lucy poussa un petit cri aigu, comme quelqu’un qui a été piqué par une guêpe. – Qu’y a-t-il, Lucy ? demanda Edmund. Mais il s’interrompit brusquement et fit un bruit qui ressemblait à : « OOOhhh ! » – Que diable… commença Peter. Et puis, lui aussi modifia brusquement les paroles qu’il allait prononcer. À leur place, il s’exclama : – Susan ! Lâche-moi ! Que fais-tu ? Où me tires-tu ? 8


– Je ne te touche pas, rétorqua-t-elle. Mais, par contre, il y a quelqu’un qui est en train de me tirer en arrière. Oh… Oh… Oh… Arrêtez ! Chacun remarqua que le visage des autres était devenu très blanc. – J’ai exactement la même sensation, dit Edmund d’une voix oppressée. C’est comme si j’étais traîné de force en arrière. Une force effrayante… Horreur ! Voilà que cela recommence ! – Pour moi aussi ! gémit Lucy. Oh ! Je ne peux pas le supporter ! – Attention ! cria Edmund. Donnons-nous la main et restons ensemble. C’est la magie… Je reconnais cette sensation. Vite ! – Oui, approuva Susan. Donnons-nous la main. Oh ! Comme j’aimerais que cela s’arrête… Oh ! Un instant plus tard, les bagages, le banc, le quai et la gare avaient complètement disparu. Les quatre enfants, haletants et main dans la main, se retrouvèrent debout dans un lieu planté d’arbres, et d’arbres si serrés que, de toutes parts, des branches les piquaient, et qu’ils avaient à peine la place de remuer. Ils se frottèrent les yeux et respirèrent profondément. – Oh ! Peter ! s’exclama Lucy. Penses-tu que nous soyons revenus à Narnia ? – Cela pourrait être n’importe où, répondit-il. Je ne vois pas à un mètre à cause de tous ces arbres. Essayons d’atteindre un endroit découvert… à condition qu’un tel endroit existe. Avec pas mal de difficultés, au prix de quelques 9


piqûres d’orties et égratignures d’épines, ils réussirent à se frayer un chemin hors du fourré. Alors ils eurent une autre surprise : tout devint beaucoup plus clair et, au bout de quelques pas, ils se retrouvèrent à la lisière du bois, surplombant une plage de sable fin. À quelques mètres de là, une mer très calme se brisait sur le sable avec des vaguelettes si minuscules qu’on entendait à peine leur clapotis. Il n’y avait pas de terre en vue et aucun nuage dans le ciel. Le soleil était à peu près là où il devait être à dix heures du matin, et l’eau était d’un bleu éblouissant. Ils passèrent quelques instants à humer le parfum de la mer. – Bigre ! s’exclama Peter. Ce n’est pas mal ! Cinq minutes plus tard, chacun était pieds nus et barbotait dans l’eau claire et fraîche. – C’est plus agréable que d’être enfermé dans un train mal aéré, en route vers le latin, le français et l’algèbre ! déclara Edmund. Puis, pendant un long moment, les enfants restèrent silencieux, uniquement occupés à barboter et à chercher des crevettes et des crabes. – Tout de même, finit par dire Susan, je pense que nous devrions faire quelques plans. Nous aurons bientôt envie de manger quelque chose. – Nous avons les sandwichs que maman nous a donnés pour le voyage, répondit Edmund. Tout du moins, j’ai les miens. – Moi pas, dit Lucy. Ils étaient dans mon petit sac. – Les miens aussi, dit Susan. – Les miens sont dans la poche de mon manteau, 10


là-bas, sur la plage, précisa Peter. Deux déjeuners pour quatre : cela ne va pas être très amusant. – Pour l’instant, dit Lucy, j’ai plus envie de boire que de manger. Tous les autres s’aperçurent alors qu’ils avaient très soif, comme c’est habituellement le cas après avoir pataugé dans de l’eau salée, sous un soleil brûlant. – C’est comme si nous étions naufragés, remarqua Edmund. Dans les livres, les héros trouvent toujours sur leur île des sources d’eau claire et fraîche. Nous ferions bien de les chercher. – Cela veut-il dire que nous devons retourner dans ce bois si touffu ? s’inquiéta Susan. – Pas du tout, répondit Peter. S’il y a des rivières, elles doivent obligatoirement se jeter dans la mer et, si nous marchons le long de la plage, nous devons obligatoirement les trouver. Ils revinrent donc sur leurs pas en pataugeant, traversèrent d’abord la bande de sable lisse et humide, puis montèrent sur le sable sec et friable, qui colle aux orteils, et entreprirent de mettre leurs chaussettes et leurs chaussures. Edmund et Lucy avaient envie de les laisser là et de partir en exploration pieds nus, mais Susan dit que ce serait de la folie. – Nous pourrions ne jamais les retrouver, fit-elle observer, et nous en aurons besoin si nous sommes encore là à la tombée de la nuit, quand il commencera à faire froid. Une fois habillés, ils se mirent en route le long du rivage, avec la mer sur leur gauche et le bois sur leur 11


droite. À l’exception d’une mouette qui passait de temps à autre, c’était un endroit extrêmement silencieux. Le bois était si touffu et si broussailleux que les enfants ne pouvaient pas voir à l’intérieur ; et rien n’y bougeait, pas un oiseau, pas même un insecte. Les coquillages, les algues et les anémones, ou bien les minuscules crabes dans les creux des rochers, tout cela, c’est très joli, mais l’on s’en lasse bien vite quand on a la gorge sèche. Et, depuis qu’ils étaient sortis de l’eau fraîche, les enfants sentaient leurs pieds lourds et brûlants. Susan et Lucy avaient leurs manteaux de pluie à porter. Edmund avait posé le sien sur le banc de la gare juste avant que la magie s’empare d’eux ; Peter et lui se relayaient pour porter le lourd pardessus de Peter. Soudain le rivage dessina une courbe vers la droite. Environ un quart d’heure plus tard, après qu’ils eurent franchi un banc de rochers, prolongé par un promontoire, le rivage fit un brusque coude. Les enfants tournaient maintenant le dos à la partie de la mer qui leur était apparue au moment où ils étaient sortis du bois, et, désormais, en regardant droit devant eux, ils pouvaient voir, au-delà de l’eau, une autre côte recouverte de bois épais, et tout à fait semblable à celle qu’ils étaient en train d’explorer. – Je me demande si c’est une île, ou bien une partie de la côte, que nous allons bientôt rejoindre ? dit Lucy. – Je ne sais pas, répondit Peter. Et ils continuèrent en silence leur marche lente et pénible. La côte sur laquelle ils cheminaient se rapprochait 12


de plus en plus de la côte opposée et, chaque fois qu’ils contournaient une pointe, les enfants s’attendaient à trouver l’endroit où les deux rivages se joindraient. Mais chaque fois ils étaient déçus. Ils atteignirent un amas de rochers, qu’ils durent escalader et, de là-haut, ils purent voir loin devant eux, et… – Oh ! Zut ! s’écria Edmund. Quelle poisse ! Nous ne pourrons jamais atteindre ces autres bois. Nous sommes sur une île ! C’était exact. À cet endroit, le passage entre eux et le rivage opposé n’avait que vingt-cinq à trente-cinq mètres de large ; mais ils pouvaient voir à présent que c’était la passe la plus étroite. Plus loin, leur propre rivage tournait à nouveau vers la droite et ils voyaient, entre eux et la terre ferme, se déployer la haute mer. Il était évident qu’ils avaient déjà parcouru plus de la moitié du tour de l’île. 13


– Regardez ! s’écria soudain Lucy. Qu’est-ce que c’est ? Elle tendit le doigt vers une longue chose argentée qui ressemblait à un serpent couché en travers de la plage. – Une rivière ! Une rivière ! s’exclamèrent les autres. Fatigués comme ils l’étaient, ils dégringolèrent les rochers sans perdre une minute et se précipitèrent vers l’eau douce. Ils savaient que la rivière serait meilleure à boire un peu plus haut, à l’écart de la plage ; c’est pourquoi ils se dirigèrent immédiatement vers l’endroit où elle sortait du bois. Les arbres poussaient toujours aussi dru, mais la rivière s’était creusé un lit profond entre de hautes berges tapissées de mousse, si bien qu’en se baissant l’on pouvait remonter son cours dans une sorte de tunnel de feuillages. Ils tombèrent à genoux à la première mare, qui était toute transparente et comme striée de ridules, et ils burent, burent longuement ; puis ils plongèrent leurs visages dans l’eau, et y trempèrent leurs bras jusqu’aux coudes. – Et maintenant, demanda Edmund, que faisonsnous de ces sandwichs ? – Ne ferions-nous pas mieux de les garder ? suggéra Susan. Il se peut que nous en ayons vraiment besoin plus tard. – Maintenant que nous n’avons plus soif, observa Lucy, j’espère que nous continuerons à ne pas sentir que nous avons faim, comme c’était le cas lorsque nous avions soif. – Mais que faisons-nous de ces sandwichs ? répéta Edmund. Cela ne sert à rien de les garder jusqu’à ce 14


qu’ils ne soient plus bons à manger. Il faut vous souvenir qu’il fait nettement plus chaud ici qu’en Angleterre, et que nous les transportons dans nos poches depuis des heures. Alors ils sortirent les deux paquets et les divisèrent en quatre portions ; personne n’en eut suffisamment, mais c’était beaucoup mieux que rien. Puis ils exposèrent leurs plans pour le prochain repas. Lucy voulait retourner au bord de la mer pour attraper des crevettes, mais quelqu’un fit remarquer qu’ils n’avaient pas de filets. Edmund déclara qu’ils devaient ramasser des œufs de mouette dans les rochers mais, en réfléchissant bien à cette proposition, ils ne purent pas se rappeler s’ils avaient vu des œufs de mouette ; et, par ailleurs, au cas où ils en trouveraient, ils n’avaient pas la possibilité de les faire cuire. Peter estima, pour sa part, qu’à moins d’un coup de chance ils seraient bientôt très contents de manger des œufs crus, mais il ne jugea pas nécessaire d’exprimer cette pensée à haute voix. Susan dit que c’était dommage qu’ils aient mangé leurs sandwichs si tôt. Une ou deux disputes faillirent éclater à ce stade de la discussion. C’est finalement Edmund qui trancha : – Écoutez-moi ! Il n’y a qu’une chose à faire. Nous devons explorer le bois. Les ermites, les chevaliers errants, tous les gens de cette espèce se débrouillent toujours pour survivre, d’une manière ou d’une autre, quand ils se trouvent dans une forêt. Ils découvrent des racines, des baies, des choses… – Quelle sorte de racines ? demanda Susan. 15


– J’ai toujours pensé qu’il s’agissait de racines d’arbres, murmura Lucy. – Allons ! Venez ! ordonna Peter. Edmund a raison. Nous devons essayer de faire quelque chose. Et puis cela vaudra mieux que de marcher à nouveau en plein soleil. Alors ils se levèrent tous et commencèrent à suivre la rivière. C’était une entreprise très ardue. Ils devaient se pencher sous certaines branches et grimper sur d’autres, ils trébuchaient dans d’énormes touffes de plantes, qui ressemblaient à des rhododendrons, ils déchiraient leurs vêtements et ils se mouillaient les pieds dans la rivière ; ils n’entendaient toujours aucun son, à l’exception du clapotis de l’eau et des bruits qu’ils faisaient eux-mêmes. Ils commençaient à être vraiment très fatigués, lorsqu’ils décelèrent une odeur délicieuse, puis remarquèrent l’éclat d’une couleur très brillante, bien au-dessus d’eux, sur la droite, tout en haut de la berge. – Pas possible ! s’exclama Lucy. Je crois bien que c’est un pommier ! C’en était un. Soufflant et haletant, les enfants escaladèrent la pente raide de la berge, se frayèrent un chemin à travers des ronces et se retrouvèrent autour d’un vieil arbre, dont les branches étaient lourdes de grosses pommes jaune d’or, aussi fermes et juteuses qu’on pouvait le rêver. – Et ce n’est pas le seul arbre ! remarqua Edmund, la bouche pleine de pomme. Regardez ici, et là ! – Tiens ! Il y en a des douzaines ! dit Susan, en jetant 16


le trognon de sa première pomme et en cueillant la seconde. Ce fut certainement un verger, il y a très, très longtemps, avant que l’endroit ne devienne sauvage et que le bois ne pousse. – Alors cette île fut habitée autrefois, déduisit Peter. 17


– Et qu’est-ce que c’est que cela ? demanda Lucy, en pointant son doigt droit devant elle. – Bigre ! C’est un mur ! dit Peter. Un vieux mur en pierre. Pressant le pas entre les branches chargées de fruits, ils atteignirent le mur. Il était très vieux, démoli par endroits, couvert de mousse et de giroflées grimpantes, mais il dominait tout ce qui l’entourait, à l’exception des arbres les plus grands. Lorsqu’ils furent tout près, les enfants découvrirent une grande arche qui, jadis, avait certainement été fermée par un portail mais qui, à présent, était obstruée par le plus énorme de tous les pommiers. Ils durent briser quelques branches pour passer ; une fois qu’ils y furent parvenus, ils se mirent à cligner des yeux parce que la lumière du jour était devenue brusquement beaucoup plus brillante. Ils se trouvaient dans un lieu à ciel ouvert, tout entouré de murs. À l’intérieur de cette enceinte, il n’y avait pas d’arbres, mais simplement de l’herbe et des pâquerettes, du lierre et des murs gris. C’était un endroit lumineux, secret, silencieux et plutôt triste ; les quatre enfants marchèrent vers le centre, heureux de pouvoir se tenir droits, et de remuer librement leurs bras et leurs jambes.


Le Prince Caspian Clive Staple Lewis

Cette édition électronique du livre Le Prince Caspian de Clive Staple Lewis a été réalisée le 26 septembre 2013 par les Éditions Gallimard Jeunesse. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782070619030 - Numéro d’édition : 244034). Code Sodis : N60437 - ISBN : 9782075037556 Numéro d’édition : 261940.


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Le Monde de Narnia IV. Le Prince Caspian by Nowela sp. z o.o. - Issuu