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Le Monde de Narnia II. Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique

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www.narnia.com Titre original : The Lion, the Witch and the Wardrobe The Chronicles of Narnia ®, Narnia ® and all book titles, characters and locales original to The Chronicles of Narnia, are trademarks of C. S. Lewis Pte. Ltd. Use without permission is strictly prohibited. Published by Editions Gallimard Jeunesse under license from the C. S. Lewis Company Ltd. © C. S. Lewis Pte. Ltd., 1950, pour le texte et les illustrations © C. S. Lewis Pte. Ltd., 1998, pour la mise en couleurs © Éditions Gallimard Jeunesse, 2001, pour la traduction française © Éditions Gallimard Jeunesse, 2008, pour la présente édition

Couverture : Illustrations by Pauline Baynes © Copyright CS Lewis Pte Ltd 1950 Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse


Illustrations de Pauline Baynes Traduit de l’anglais par Anne-Marie Dalmais

GALLIMARD JEUNESSE


1. Le Neveu du magicien 2. Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique 3. Le Cheval et son écuyer 4. Le Prince Caspian 5. L’Odyssée du Passeur d’Aurore 6. Le Fauteuil d’argent 7. La Dernière Bataille


À Lucy Barfield

Ma chère Lucy, J’ai écrit cette histoire pour toi ; mais, en la commençant, je ne m’étais pas rendu compte que les petites filles grandissent plus vite que les livres. Finalement, tu es déjà trop âgée pour t’intéresser aux contes de fées et quand celui-ci se trouvera imprimé et relié, tu seras plus vieille encore ! Mais un jour viendra où tu seras suffisamment âgée pour recommencer à lire des contes. Alors tu descendras ce livre du haut de la bibliothèque, tu l’époussetteras et me diras ce que tu en penses. Je serai probablement trop sourd pour t’entendre et trop vieux pour comprendre un mot de ce que tu me diras, mais je demeurerai ton parrain affectionné,

C. S. Lewis


Il était une fois quatre enfants qui s’appelaient Peter, Susan, Edmund et Lucy. Cette histoire raconte une aventure qui leur arriva lorsqu’ils furent éloignés de Londres, pendant la guerre, à cause des raids aériens. On les envoya chez un vieux professeur qui vivait en pleine campagne, à seize kilomètres de la gare la plus proche et à trois kilomètres du bureau de poste. Ce professeur n’était pas marié et vivait dans une très vaste maison avec une gouvernante, Mme Macready, et trois servantes. (Elles se nommaient Ivy, Margaret et Betty, mais elles ne jouent pas un grand rôle dans l’histoire.) C’était un homme très âgé, avec des cheveux blancs en broussaille, qui poussaient sur une grande partie de son visage aussi bien que sur sa tête. Les enfants l’aimèrent presque immédiatement ; mais le premier soir, quand il sortit pour les accueillir à la porte d’entrée, il avait l’air si bizarre que Lucy (qui était la plus jeune) fut un peu effrayée, et qu’Edmund (qui était le plus jeune après Lucy) eut grande envie de rire 9


et dut, à plusieurs reprises, faire semblant de se moucher pour ne pas le montrer. Dès qu’ils eurent souhaité bonne nuit au professeur et qu’ils furent montés à l’étage pour leur première nuit, les garçons vinrent dans la chambre des filles et tous se mirent à parler de leur hôte : – Nous sommes vraiment bien tombés ! s’exclama Peter. Cela va être merveilleux ! Ce vieux bonhomme nous laissera faire tout ce que nous voulons ! – Je trouve qu’il est vraiment adorable ! ajouta Susan. – Oh ! Arrêtez ! dit Edmund, qui était fatigué, mais s’efforçait de ne pas le montrer, ce qui le mettait toujours de mauvaise humeur. Arrêtez de parler comme ça ! – Comme quoi ? demanda Susan. Et, de toute façon, tu devrais déjà être au lit ! – Tu essaies de parler comme maman, reprit Edmund. Et puis, pour qui te prends-tu en déclarant que je dois aller au lit ? Va au lit toi-même ! – Ne ferions-nous pas mieux d’aller tous nous coucher ? suggéra Lucy. Nous serons sûrement punis si l’on nous entend parler ici… – Mais non ! rétorqua Peter. Je vous affirme que c’est le genre de maison où personne ne se souciera de ce que nous ferons. D’ailleurs, ils ne nous entendront pas : d’ici à la salle à manger, il y a au moins dix minutes de marche, plus toute une série de couloirs et d’escaliers dans l’intervalle ! – Quel est ce bruit ? demanda soudain Lucy. 10


Cette maison était vraiment beaucoup plus vaste que toutes celles dans lesquelles elle était allée auparavant, et la pensée de tous ces longs corridors et de toutes ces portes ouvrant sur des pièces vides commençait à lui donner la chair de poule. – C’est juste un oiseau, petite sotte ! dit Edmund. – C’est un hibou, précisa Peter. Cela va être un endroit merveilleux pour voir des oiseaux. Je vais aller me coucher maintenant. Au fait, si nous partions en exploration demain ? On doit trouver tout ce que l’on veut dans un endroit comme celui-ci. Avez-vous vu ces montagnes, lorsque nous sommes arrivés ? Et les bois ? Il doit y avoir des aigles. Et des cerfs. Il y aura des faucons ! – Des blaireaux ! renchérit Lucy. – Des renards ! ajouta Edmund. – Des lapins ! affirma Susan. Mais, le lendemain matin, il tombait une pluie obstinée, persistante et si drue qu’en regardant par la fenêtre on ne pouvait distinguer ni les montagnes, ni les bois, ni même la rivière, dans le jardin. – Bien sûr, il fallait qu’il pleuve ! ronchonna Edmund. Les enfants venaient juste de terminer leur petit déjeuner, qu’ils avaient pris en compagnie du professeur, et se trouvaient en haut, dans la pièce qu’il leur avait réservée – une longue salle basse, éclairée par quatre fenêtres, deux regardant dans une direction, et deux dans une autre. – Cesse de grogner, Edmund, dit Susan. Je te parie que le temps va s’éclaircir d’ici une heure environ. En 11


attendant, nous ne sommes pas à plaindre. Il y a une radio et des tas de livres ! – Très peu pour moi ! s’exclama Peter. Je préfère partir en exploration dans la maison ! Chacun approuva son projet et c’est ainsi que les aventures commencèrent. C’était l’une de ces maisons dont il semble que jamais l’on ne parviendra à découvrir tous les recoins. Elle recelait toutes sortes d’endroits inattendus. Les quelques premières portes qu’ils ouvrirent ne conduisaient qu’à des chambres d’amis, comme l’on pouvait s’y attendre ; mais bientôt ils arrivèrent dans une très longue salle ornée de tableaux et, là, ils découvrirent une armure complète ; ensuite, il y avait une pièce entièrement tapissée d’étoffe verte, avec une harpe dans un coin ; puis il y avait trois marches qui descendaient, suivies de cinq autres, qui montaient ; et ensuite, une sorte de petit vestibule, situé à l’étage, avec une porte qui ouvrait sur un balcon ; et ensuite, une enfilade de pièces, garnies de livres – la plupart très anciens, et certains plus volumineux qu’une Bible dans une église. Et, tout de suite après, les enfants inspectèrent une pièce, qui était complètement vide, à l’exception d’une grande armoire, ce genre d’armoire dont les portes sont revêtues de miroirs. Il n’y avait absolument rien d’autre dans la pièce, si ce n’est une mouche verte, morte sur le rebord de la fenêtre. – Il n’y a rien ici ! observa Peter. Et ils ressortirent tous en bande, tous à l’exception de Lucy. Elle resta en arrière, parce qu’elle pensait que cela valait la peine d’essayer d’ouvrir la porte de l’ar12


moire, bien qu’elle fût presque certaine que celle-ci serait fermée à clef. Mais, à sa grande surprise, la porte s’ouvrit très facilement et deux boules de naphtaline roulèrent à ses pieds. En regardant à l’intérieur, elle vit plusieurs manteaux suspendus, pour la plupart de longs manteaux de fourrure. Or, il n’y avait rien que Lucy aimât autant que l’odeur et le contact de la fourrure. Elle entra sans hésiter dans l’armoire, s’enfonça parmi les manteaux et frotta son visage contre eux, tout en laissant la porte ouverte, bien entendu, parce qu’elle savait qu’il était très sot de s’enfermer dans une armoire, quelle qu’elle soit. Elle s’enfonça davantage et découvrit qu’il y avait une deuxième rangée de manteaux, pendus derrière la 13


première. Il faisait presque noir, là-dedans, et elle gardait les bras tendus devant elle afin de ne pas se cogner la figure contre le fond de l’armoire. Elle fit encore un pas – puis deux ou trois – s’attendant toujours à sentir le panneau de bois contre ses doigts. Mais elle ne le rencontrait pas. « Ce doit vraiment être une armoire gigantesque ! » pensa Lucy, qui continua d’avancer, en écartant les plis moelleux des manteaux pour passer. Elle remarqua alors que quelque chose craquait sous ses pieds. « Je me demande si ce sont encore des boules de naphtaline », se dit-elle, et elle se baissa pour les toucher avec ses mains. Mais, au lieu de sentir le bois dur et lisse du plancher de l’armoire, elle sentit quelque chose de mou, de poudreux et d’extrêmement froid. « C’est très bizarre ! » observa-t-elle, et elle fit encore un pas ou deux en avant. Un instant plus tard, elle nota que ce qui effleurait son visage et ses mains n’était plus de la douce fourrure, mais quelque chose de dur, de rugueux et même de piquant. – Tiens ! On dirait des branches d’arbre ! s’exclama Lucy. Puis elle vit qu’il y avait une lumière devant elle ; non pas à quelques centimètres, là où le fond de l’armoire aurait dû se trouver, mais très loin. Quelque chose de froid et de doux tombait sur elle. Elle découvrit alors qu’elle se trouvait au milieu d’un bois, la nuit, avec de la neige sous ses pieds et des flocons qui descendaient du ciel. 14


Lucy se sentit un peu effrayée, mais en même temps sa curiosité était piquée au vif. Elle jeta un regard en arrière, par-dessus son épaule, et là, entre les sombres troncs d’arbres, elle put encore discerner la porte ouverte de l’armoire, et même entrevoir la pièce vide d’où elle s’était mise en route. (Elle avait naturellement laissé la porte ouverte, car elle savait que c’était stupide de s’enfermer dans une armoire.) Apparemment, il faisait encore jour là-bas. « Je peux toujours retourner en arrière si quelque chose ne va pas », pensa Lucy. Et elle se mit à marcher – cric crac ! cric crac ! – sur la neige, à travers le bois, en direction de l’autre lumière. Elle l’atteignit au bout de dix minutes environ et découvrit qu’il s’agissait d’un réverbère. Tandis qu’elle l’examinait, en se demandant pourquoi il y avait un réverbère au milieu d’un bois et en réfléchissant à ce qu’elle allait faire ensuite, elle entendit un crissement de pas venant vers elle. Et, peu après, un personnage très étrange sortit d’entre les arbres et apparut dans la lumière du réverbère.


Il était juste un peu plus grand que Lucy et tenait audessus de sa tête un parapluie couvert de neige. Jusqu’à la taille, il ressemblait à un homme, mais ses jambes étaient formées comme celles d’une chèvre (avec un pelage noir et lustré) et, à la place de pieds, il avait des sabots. Il avait aussi une queue, mais Lucy ne la remarqua pas tout de suite, parce qu’elle était soigneusement relevée sur le bras qui tenait le parapluie, afin qu’elle ne traîne pas dans la neige. Il portait une écharpe en laine rouge enroulée autour de son cou, et sa peau était plutôt rougeaude également. Il avait une petite figure bizarre mais avenante, avec une courte barbe taillée en pointe et des cheveux bouclés ; de cette chevelure sortaient deux cornes, qui se dressaient de chaque côté de son front. L’une de ses mains, comme je l’ai dit, tenait le parapluie ; sur l’autre bras, il portait plusieurs paquets enveloppés dans du papier brun. À cause de ces paquets et de la neige, on aurait vraiment cru qu’il venait de faire ses courses de Noël. C’était un faune. Lorsqu’il vit Lucy, il eut un tel sursaut de surprise qu’il laissa tomber tous ses paquets. – Miséricorde ! s’exclama le faune.


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– Bonsoir, dit Lucy. Mais le faune était tellement occupé à ramasser ses paquets qu’il ne répondit pas tout de suite. Quand il eut fini, il lui adressa un petit salut. – Bonsoir, bonsoir, dit le faune. Excusez-moi, je ne veux pas être indiscret, mais aurais-je raison de penser que vous êtes une fille d’Ève ? – Je m’appelle Lucy, lui dit-elle, en ne comprenant pas très bien ses paroles. – Mais vous êtes, pardonnez-moi d’insister, vous êtes ce qu’on appelle une fille ? – Bien sûr, je suis une fille ! répondit Lucy. – Vous êtes, à dire vrai, un Être humain ? – Bien sûr, je suis un être humain ! dit Lucy, encore un peu interloquée. – Certes, certes ! poursuivit le faune. Comme je suis stupide ! Mais je n’ai jamais vu un fils d’Adam ou une fille d’Ève auparavant. Je suis charmé. C’est-à-dire… Et là, il se tut brusquement, comme s’il avait été sur 17


le point de laisser échapper, malgré lui, une parole qu’il ne voulait pas prononcer, et que, heureusement, il s’en était souvenu juste à temps ! – Charmé ! Charmé ! reprit-il. Permettez-moi de me présenter : je m’appelle Tumnus. – Je suis enchantée de faire votre connaissance, monsieur Tumnus, s’exclama Lucy. – Puis-je vous demander, ô Lucy, fille d’Ève, dit M. Tumnus, comment vous êtes entrée à Narnia ? – Narnia ? Qu’est-ce que c’est ? s’étonna Lucy. – C’est l’endroit où nous nous trouvons en ce moment ! expliqua le faune. Le domaine de Narnia comprend toutes les terres qui s’étendent entre le réverbère et le grand château de Cair Paravel, situé sur la mer Orientale. Et vous, est-ce par les farouches bois de l’Ouest que vous êtes venue ? – Moi ? Je suis entrée par l’armoire de la chambre d’amis, répondit Lucy. – Ah ! regretta M. Tumnus, avec une voix un peu mélancolique, si seulement j’avais mieux étudié la géographie lorsque j’étais un petit faune, je saurais tout sur ces pays étrangers. C’est trop tard, maintenant… – Mais il ne s’agit pas de pays ! répliqua Lucy, en éclatant presque de rire. C’est juste derrière… tout du moins… je le pense… C’est l’été, là-bas. – Pendant ce temps, soupira M. Tumnus, c’est l’hiver à Narnia, et cela, depuis très longtemps… et nous allons tous les deux nous enrhumer si nous restons plantés là, à parler dans la neige. Fille d’Ève du lointain pays de Chambre Dami, là où règne sur la brillante 18


cité d’Ar-Moire un éternel été, accepteriez-vous de venir prendre le thé avec moi ? – Merci beaucoup, monsieur Tumnus, dit Lucy, mais je me demande si je ne devrais pas rentrer. – J’habite tout à côté, précisa le faune. Il y aura un bon feu crépitant… et des tartines grillées… et des sardines… et des gâteaux. – Vous êtes vraiment très aimable, dit Lucy, mais je ne pourrai pas rester longtemps. – Si vous voulez prendre mon bras, fille d’Ève, suggéra M. Tumnus, je pourrai tenir ce parapluie au-dessus de nous deux. C’est par ici. En route ! Et c’est ainsi que Lucy se retrouva cheminant entre les arbres, bras dessus, bras dessous avec cette étrange


créature, exactement comme s’ils s’étaient connus depuis toujours. Ils n’avaient pas marché bien longtemps lorsqu’ils atteignirent une partie du bois au terrain plus capricieux : des rochers se dressaient tout autour d’eux, ainsi que des petites collines moutonnantes. Au fond d’un vallon, M. Tumnus bifurqua soudain, comme s’il voulait entrer droit dans un rocher beaucoup plus grand que les autres ; à la dernière minute seulement, Lucy se rendit compte que le faune la guidait vers l’entrée d’une caverne. À peine à l’intérieur, elle se retrouva clignant des yeux à la lumière d’un feu de bois. M. Tumnus se pencha alors et retira de l’âtre, à l’aide d’une jolie petite paire de pinces, un morceau de bois enflammé, avec lequel il alluma une lampe. – Maintenant, cela ne prendra pas longtemps ! annonça-t-il, et il mit immédiatement de l’eau à chauffer. Lucy se dit qu’elle n’avait jamais vu une pièce aussi agréable. C’était une petite caverne, bien sèche et bien propre, en pierres rougeâtres, avec un tapis sur le sol et deux petites chaises (« l’une pour moi, l’autre pour un ami », indiqua M. Tumnus) et une table, et un buffet, et une cheminée, et, suspendu au-dessus de la cheminée, le portrait d’un vieux faune avec une barbe grise. Dans un coin, il y avait une porte qui, d’après Lucy, devait conduire à la chambre de M. Tumnus ; contre l’un des murs s’appuyait une étagère chargée de livres. Lucy les examina, pendant que le faune disposait le couvert pour le thé. Ils avaient des titres tels que : La 20


Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique

Clive Staple Lewis

Cette édition électronique du livre Le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique de Clive Staple Lewis a été réalisée le 25 septembre 2013 par les Éditions Gallimard JJeunesse. Elle repose sur l’édition papier du même ouvrage (ISBN : 9782070619016 - Numéro d’édition : 240303). Code Sodis : N60433 - ISBN : 9782075037518 Numéro d’édition : 261936.


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Le Monde de Narnia II. Le Lion, la Sorcière blanche et l'Armoire magique by Nowela sp. z o.o. - Issuu