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La Mère de l'évangélisation Card.Fernandez FRA

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Card. Victor Manuel Fernández

Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi

La Mère de l'évangélisation

Pourquoi Marie est-elle la première évangélisatrice ?

Conférence pour la rencontre avec les prêtres, religieuses et séminaristes latino-américains qui étudient à Rome (12 décembre 2025).

Marie est l'Étoile de l'évangélisation parce qu'aujourd'hui elle est la première évangélisatrice. Mais disons même plus : elle est la Mère de l'évangélisation. Nous chercherons à fonder cette affirmation à travers quelques textes précieux de la Bible et du Magistère. Avec Elle, viennent le Christ et l'Esprit Commençons par Lc 1,39-45, où est racontée la visite de Marie à Élisabeth. Ici est montrée l'attitude d'Élisabeth envers Marie quand elle la reçoit. Cette attitude est importante parce qu'elle est l'effet de l'action de l'Esprit Saint qui a inspiré Élisabeth à ce moment-là : « Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint et s'écria d'une voix forte » (Lc 1,41-42a). Et ainsi, remplie de la lumière et du feu de l'Esprit, elle prononce trois phrases. Inspirée par l'Esprit Saint, Élisabeth appelle Marie avec le même éloge qu'elle utilise pour le Christ : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ! » (Lc 1,42). Elle les reconnaît comme inséparables. Mais aussitôt après, toujours inspirée par l'Esprit, elle ajoute : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Lc 1,43). D’où m’est-il donné ? (« qui suis-je ? »). Cette attitude d'humilité et de vénération envers Marie est aussi l'effet de l'action de l'Esprit. Et la troisième phrase est : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1,45). Elle loue Marie pour sa foi et pour cela l'appelle « heureuse ». Dans l'Évangile de Luc ce mot n'exprime pas un état d'âme, mais exprime la sainteté : les bienheureux sont ceux qui ont déjà une place au ciel (cf. Lc 6,20-22 ; Mt 5,3-12). Mais quel rapport cela a-t-il avec l'évangélisation ? Remarquons que tout cela arrive à Élisabeth parce qu'elle s'est approchée de Jésus et a été remplie de l'Esprit Saint. Mais Jésus est parvenu à Élisabeth parce que Marie, inséparable du Christ, l'a porté : « tu es bénie..., béni » (Lc 1,42). Cela arrive aussi aujourd'hui, et se produit souvent dans la piété populaire latino-américaine, quand une image de Marie visite une maison, ou s'approche d'un malade à l'hôpital, ou quand un jeune invite un ami à aller à pied vers un sanctuaire marial. Elle comme mère, donne le Christ, et de Lui jaillit pour nous l'Esprit Saint. Remplie de l'Évangile Marie évangélise aussi pour une autre raison. Parce qu'elle conserve dans son cœur tout l'Évangile. Rappelons-nous que par deux fois l'Évangile de Luc dit que Marie méditait attentivement toutes ces choses et les conservait dans son cœur (cf. Lc 2,19.51). Notez bien, deux verbes : elle les gardait, les mettait dans son cœur comme s'il était un écrin de trésors. Elle les méditait aussi, c'est-à-dire savourait le sens, la grandeur, la valeur de tout ce que Jésus faisait et disait. Qu'il est beau que Marie soit ce livre vivant et lumineux, où nous pouvons trouver tout, toute l'histoire de Jésus et son sens le plus profond ! Alors, dans ce cœur de la Mère il y a Jésus, toute son histoire, il y a tout l'Évangile, parce que Marie a été témoin de tout, de l'incarnation et de la naissance jusqu'à la mort en croix et à la résurrection, en passant par toute la vie. Rien ne lui a échappé, en bonne Mère, aucun détail ne lui échappait. Après


trente ans vécus ensemble dans la maison de Nazareth, que de choses Marie sait qui ne sont même pas écrites dans les Évangiles, parce qu'en réalité l'Évangile le plus complet, le seul intégral, est dans le cœur de Marie. Marie relie l'Évangile à notre vie Mais elle n'a pas en elle seulement l'histoire de Jésus. Elle a aussi la tienne. Dans le chapitre 12 de l'Apocalypse, où apparaît la figure de Marie au ciel, il est dit qu'elle a mis au monde Jésus (Ap 12,5), et à la fin la mentionne comme mère du « reste de sa descendance » (Ap 12,17). C'est-à-dire, pour elle, Jésus et nous, qui sommes le reste de sa descendance, sont deux réalités inséparables. Et pour cela elle contemple aussi toute ton histoire, depuis que tu t'es formé dans le sein de ta mère, pendant que tu grandissais dans ton enfance et adolescence, chacune de tes joies et chacune de tes souffrances, tout, du premier au dernier instant de ta vie, tout est gardé dans son cœur de Mère, qui te dit comme elle a dit à Juan Diego : « Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta mère ? [...]. N'es-tu pas dans le creux de mon manteau, dans l’étreinte de mes bras ? »[1] Pour cela Marie, qui a contemplé l'Évangile, garde aussi dans son cœur ta vie très concrète. Ainsi elle peut unir les deux choses : elle peut mettre en contact l'Évangile avec ta vie, elle peut faire en sorte que l'Évangile touche ton existence concrète. Et cela n'est-ce pas évangéliser ? Vous pourriez vous demander quelle importance a tout cela, mais je vous demande de prêter attention parce que c'est extrêmement beau. Il est important qu'il y ait quelqu'un qui se souvienne de ton histoire. Parfois tu pourrais penser que celui qui connaît tout est ta femme, ton mari, ta sœur, ton ami. Mais combien de choses il y a que cette personne ne sait pas de ton histoire, de tes doutes, de tes souffrances ? Marie oui, connaît et garde tout cela. Toi-même tu oublies beaucoup de choses, ou alors elles restent dans une sorte de pénombre intérieure, ou encore toi-même tu préfères les oublier. Il semble qu'à la fin toute ton histoire s'évanouira dans l'oubli. Mais elle, la Mère, conserve tout dans son cœur, garde là tout ce que tu as vécu et connaît bien le sens de chaque chose et de chaque moment. Elle n'oublie pas. Et pour cela, chaque fois que tu vas prier, discuter avec elle, elle pourra comprendre plus que quiconque ce que tu lui dis et aussi ce que tu ne lui dis pas, à la lumière de l'Évangile. Parce qu'elle peut lire chacun de tes moments dans le contexte de tout ce que tu as vécu. Pour cela, en te connectant avec Marie, ta vie reçoit de l'Évangile cette lumière dont tu as besoin pour comprendre ton chemin personnel. Évangélisés par le visage de la Mère De manière mystérieuse, sans paroles, grâce à l'action secrète de l'Esprit Saint, sans que personne ne le leur enseigne ou le leur explique, beaucoup de personnes simples reçoivent dans leur for intérieur le message de l'Évangile en regardant Marie, et ainsi elles sont évangélisées. Pour cela nous disons que le Peuple fidèle ne s'éloigne pas du Christ, ni de l'Évangile, quand il se trouve face à elle, mais parvient à lire « en cette image maternelle tous les mystères de l'Évangile ».[2] (cf. MPF 77) Le Document d'Aparecida l'exprimait ainsi, en se référant au pèlerin qui arrive devant une image de Marie :

« L'arrivée est une rencontre d'amour. Le regard du pèlerin se pose sur une image qui symbolise la tendresse et la proximité de Dieu. L'amour s'arrête, contemple le mystère, jouit en silence. [...] Un bref instant condense une vive expérience spirituelle ».[3] « Contemple le mystère ». Voyons comment l'explique la Note doctrinale Mater populi fidelis en offrant divers exemples concrets de ce que vit un fidèle simple et souffrant quand il trouve l'Évangile en Marie :


« Parce que, sur ce visage maternel se reflète le Seigneur qui nous cherche (cf. Lc 15,4-8), qui vient à notre rencontre les bras ouverts (cf. Lc 15,20), qui se tient devant nous (cf. Lc 18,40), qui se penche et nous soulève jusqu’à sa joue (cf. Os 11,4), qui nous regarde avec amour (cf. Mc 10,21) et qui ne nous condamne pas (cf. Jn 8,11 ; Os 11,9). Sur son visage maternel, beaucoup de pauvres reconnaissent le Seigneur qui "a renversé les puissants de leurs trônes, a élevé les humbles" (Lc 1,52). Ce visage de femme chante le mystère de l'Incarnation. Sur ce visage de la Mère, transpercée par l'épée (cf. Lc 2,35), le Peuple de Dieu reconnaît le mystère de la Croix, et sur ce même visage, baigné de la lumière de Pâques, il perçoit que le Christ est vivant. Et c’est elle, qui a reçu l'Esprit Saint en plénitude, qui soutient les Apôtres en prière au Cénacle (cf. Ac 1,14) » (MPF 77). C'est-à-dire, sans lire ni étudier le texte de Luc 15, sur le visage de Marie ils reconnaissent la miséricorde et la tendresse du Père Dieu. Sans lire le texte d'Osée 11, en regardant Marie ils sentent que ce Père les soulève jusqu’à sa joue. Sans lire le récit de la Passion, en Marie transpercée par l'épée ils lisent le mystère de la Croix rédemptrice. Sans lire les récits de la résurrection ni suivre des cours académiques sur le Mystère pascal, sur le visage de Marie ils découvrent que le Christ est vivant et qu'il y a de l’espoir. Beaucoup d'intellectuels ne comprennent pas cela, parce que tout cela a une logique différente : c'est quelque chose qui se produit de manière secrète, mystérieuse, mystagogique, symbolique, que parfois la personne même qui le vit ne sait pas expliquer, mais dans la rencontre avec Marie elle a été illuminée par l'Évangile. Aussi pour cette raison Marie est évangélisatrice. Donc, nous nous trouvons face à une clarification extrêmement importante, fondamentale pour une Mariologie saine : ce n'est pas que Dieu soit distant et que Marie nous donne cette proximité que Dieu n'a pas. S'il vous plaît, ne dites pas cela. C'est exactement le contraire : il est impossible pour Marie d'être plus proche de nous que le Père, que le Christ, que l'Esprit Saint. Absolument pas. Ce qui se passe c'est qu'en elle, sur son visage de Mère, nous pouvons facilement découvrir la proximité de Dieu, qui est Celui qui rejoint la profonde intimité de nos cœurs. En elle nous reconnaissons cet amour du Père dont l'Évangile nous parle, la tendresse du Christ et la puissance de l'Esprit que nous lisons dans les textes de l'Évangile. Elle est la transparence de notre Dieu proche, miséricordieux et compatissant, comme présenté dans l'Évangile. Mère de la grâce Marie cependant n'est pas évangélisatrice seulement parce qu'en elle nous recevons le message de l'Évangile, mais aussi parce qu'avec son aide maternelle elle nous aide à l'accueillir avec le cœur et à le vivre. C'est l'œuvre de la grâce, et nous, nous nous demandons quel rapport Marie a avec tout cela. Elle ne peut pas mériter pour nous la grâce sanctifiante, parce que « personne, en dehors du Christ, ne peut mériter de plein droit pour autrui la première grâce ».[4] Elle-même a reçu la grâce « en prévision des mérites de Jésus Christ Sauveur du genre humain »[5]. Toutefois, beaucoup de docteurs ont expliqué qu'il est raisonnable (pertinent) que Dieu écoute une intercession[6] et agisse en l'écoutant, parce que c'est sa volonté. Pour cette raison, il peut vouloir librement répandre sa grâce en exauçant le désir de la Mère qui prie pour ses enfants. De cette manière la Mère est incorporée dans son œuvre, dans ce qu'on appelle habituellement la « médiation participée ».[7] Ce désir d'amour maternel avait une force particulière quand elle offrait sa souffrance près de la Croix de l'unique Rédempteur (cf. MPF 32). D'autre part, voyons ce qu'explique la Note doctrinale Mater populi fidelis, quand elle affirme : « Par son intercession, elle peut implorer pour nous les élans intérieurs de l'Esprit Saint, que nous appelons "grâces actuelles". Ce sont ces aides de l'Esprit Saint qui agissent aussi chez les pécheurs pour les disposer à la justification, et aussi chez ceux qui ont déjà été justifiés par la grâce sanctifiante, pour


les stimuler à la croissance. C’est dans ce sens précis qu’il faut interpréter le titre de "Mère de la grâce". Marie collabore humblement pour que nous ouvrions notre cœur au Seigneur, qui seul peut nous justifier par l'action de la grâce sanctifiante [...]. Cela est exclusivement l'œuvre du Seigneur, mais n'exclut pas que, par l'action maternelle de Marie, paroles, images et impulsions diverses puissent atteindre les fidèles pour les aider à avancer dans la vie, à préparer leur cœur à la grâce que le Seigneur infuse, ou à grandir dans la vie de la grâce reçue gratuitement » (MPF 69). « Marie accomplit ainsi une action unique pour nous aider à ouvrir notre cœur au Christ et à sa grâce sanctifiante qui élève et guérit. Lorsqu’elle se communique en envoyant diverses "motions", celles-ci doivent toujours être comprises comme des stimuli pour ouvrir notre vie à l'Unique qui travaille dans la partie la plus intime de notre être » (MPF 70). Pour cette raison, nous la voyons ferme à la Pentecôte, accompagnant la prière des apôtres afin qu'ils s'ouvrent à l'arrivée de l'Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Elle fait de même maintenant, non seulement à travers son exemple et son intercession, mais aussi à travers des « paroles, images et impulsions » qu’elle, en tant que Mère, sait nous faire parvenir. Nous l'avons vu au cours de toute l'histoire de l'évangélisation. La Mère incarnée dans nos vies Marie est évangélisatrice aussi pour une autre raison. Parce que les faibles, les souffrants, les pauvres et les blessés reconnaissent en Marie l'une des leurs, et pour cela ils n'ont pas peur d'elle, se confient docilement à elle, se laissent évangéliser par elle. Rappelons-nous que les évêques latino-américains disaient à Aparecida que les pauvres « rencontrent la tendresse et l'amour de Dieu dans le visage de Marie ».[8] Voyons comment l'explique la Note Mater populi fidelis : « Le Peuple simple et pauvre ne sépare pas la glorieuse Mère et Marie de Nazareth, que nous trouvons dans les Évangiles. Au contraire, il reconnaît la simplicité derrière la gloire, et il sait que Marie n'a pas cessé d'être l'une d’entre eux. C'est celle qui, comme toute mère, a porté son fils dans son sein, l'a allaité, l'a élevé avec tendresse avec l'aide de saint Joseph, et elle n’a pas été exempte des chocs et des doutes de la maternité (cf. Lc 2,48-50). C'est elle qui chante le Dieu qui "a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides" (Lc 1,53) ; qui souffre avec les fiancés qui n’ont plus de vin pour leur fête (cf. Jn 2,3) ; qui sait courir pour aider sa cousine qui en a besoin (cf. Lc 1,39-40) ; qui se laisse blesser, comme transpercée par l’épée, à cause de l'histoire de son peuple, où son Fils est "un signe en butte à la contradiction" (Lc 2,34) ; qui comprend ce que c’est que d’être migrant ou exilé (cf. Mt 2,13-15) ; qui, dans sa pauvreté, ne peut offrir que deux petites colombes (cf. Lc 2,24) et qui sait ce que c’est que d’être méprisée parce qu’elle est de la famille d'un pauvre charpentier (cf. Mc 6,34). Les peuples souffrants reconnaissent Marie marchant à leurs côtés et c’est pourquoi ils cherchent leur Mère pour implorer son aide » (MPF 78). Elle n'intercède pas seulement pour nous, afin que nous puissions ouvrir notre cœur au Christ, mais elle est aussi un signe puissant et beau de la proximité de Dieu qui est véritablement Dieu avec nous. Elle nous permet de cesser de sentir Dieu comme quelqu'un de lointain, incapable de comprendre et de partager nos vies, et de cette manière elle adoucit nos cœurs afin que le Seigneur puisse accomplir son œuvre en nous. Première et plus grande collaboratrice de l'œuvre de la Rédemption Pour toutes ces raisons, Marie évangélise, mais ne rachète pas. La Bible dit avec une extrême clarté : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Ac 4,12). L'unique Rédempteur est le Christ et utiliser ce mot pour se référer à


Marie peut compliquer excessivement les choses. Quand nous parlons de mots, titres ou expressions utilisées par le Peuple de Dieu, il est important de bien distinguer ce que nous appelons la "piété populaire" : certains groupes développent toute une argumentation pour défendre certaines expressions, et c'est leur droit de le faire, mais ceci n'est pas la piété populaire, parce qu'il ne s'agit pas d'expressions utilisées par la grande majorité du Peuple de Dieu. Les simples fidèles n'utilisent pas un langage technique fait de titres et de dogmes, mais manifestent leur appréciation pour Marie d'une autre manière, comme quand dans le pèlerinage du Rocío en Andalousie ils disent : "Que tu es belle !", ou surtout quand en Amérique Latine ils l'appellent "Mamita" ou "Mamacita". Nous n'avons pas de mot plus beau pour Marie : Mère de Dieu, Mère de l'Église, Mère de la grâce, Mère de l'évangélisation : Mère... Toutefois, rappelons-nous ce qu'affirme le document Mater populi fidelis quand il soutient que si pour chaque croyant sa « collaboration avec le Christ devient toujours plus féconde à mesure qu'il se laisse transformer par la grâce, à plus forte raison doit-on l’affirmer de Marie, d'une manière unique et suprême [...]. Elle est la Mère qui a donné au monde l'Auteur de la Rédemption et de la grâce, qui s’est tenue ferme près de la Croix (cf. Jn 19,25), en souffrant avec le Fils, en offrant la douleur de son cœur maternel transpercé par l'épée (cf. Lc 2,35). Elle a été unie au Christ, de l'Incarnation à la Croix et à la Résurrection, d'une manière exclusive et supérieure à tout ce qui peut arriver à tout croyant » (MPF 32). De là découle que le même document soutient textuellement que Marie est la « première et la plus grande collaboratrice dans l'œuvre de la Rédemption et de la grâce » (MPF 22) et qu'« il y a une collaboration unique de Marie à l'œuvre salvifique que le Christ accomplit dans son Église » (MPF 42). Évangélisation intégrale Mais si nous parlons de Marie et de l'évangélisation, nous ne pouvons pas oublier que l'Église propose une évangélisation intégrale, qui ne sépare pas la foi de la vie concrète et de la dignité des personnes. Nous le voyons en Marie quand, bien qu'elle ait reçu l'annonce bouleversante de l'ange, elle courut en hâte aider sa cousine Élisabeth (cf. Lc 1,39-40). C'est cela son cœur évangélisateur, qui ne se contente pas de nous donner le maximum, qui est Jésus Christ. Comme vraie Mère pleine d'amour, elle se préoccupe de toute notre vie, dans le corps et dans l'âme, et ne sépare pas la foi de la valorisation des personnes. Nous le voyons aussi dans l'attitude de service et de compassion qu'elle a montrée aux noces de Cana (cf. Jn 2,1-11) et aujourd'hui elle continue à s'adresser à Jésus pour lui dire : « Ils n'ont plus de vin » (Jn 2,3). Ce texte nous montre Marie comme médiatrice qui intercède, mais pas seulement pour nos besoins spirituels, mais aussi face aux besoins les plus variés de nos familles. Elle, solidaire des souffrances des pauvres, loue Dieu parce qu'« il élève les humbles ; il comble de biens les affamés » (Lc 1,52-53). Quelques perles de François Dans cette dernière partie nous reprendrons brièvement quelques paragraphes mariaux tirés de trois documents du Pape François. Dans Christus vivit se trouve une description de Marie dans l'Évangile comme Mère préoccupée par l'évangélisation. Il dit ainsi : « Marie est la jeune fille à l’âme noble qui tressaille de joie (cf. Lc 1,47), aux yeux illuminés par l'Esprit Saint qui contemple la vie avec foi et garde tout dans son cœur (cf Lc


2,19.51). Elle est cette femme attentive, prête à partir [...]. En sa présence, naît une Église jeune, avec ses Apôtres en sortie pour faire naître un monde nouveau (cf Ac 2,4-11) » (ChV 46-47). Dans Evangelii gaudium, le Pape François renverse l'expression « Marie nous conduit au Christ » et dit quelque chose de surprenant : « Au pied de la croix, en cette grande heure de la nouvelle création, le Christ nous conduit à Marie. Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère » (EG 285). C'est-à-dire que le Christ a voulu que toute son œuvre salvifique ait une Mère, une présence et un visage maternel, et c'est pourquoi le Christ nous porte à elle, qui « marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l'amour de Dieu » (EG 286). Enfin, dans Gaudete et exsultate, il nous invite à nous approcher d'elle sans crainte pour toujours recommencer : « Elle n'accepte pas que nous restions à terre et parfois elle nous porte dans ses bras sans nous juger » (GE 176). C'est pourquoi, continue-t-il, « la Mère n'a pas besoin de beaucoup de paroles, elle n'a pas besoin que nous fassions trop d’efforts pour lui expliquer ce qui nous arrive » (ibid). Il suffit de répéter plusieurs fois ces mots que nous avons appris enfants. Disons-les maintenant ensemble : « Je vous salue Marie... ».

Victor Manuel Card. Fernandez

[1] J.L. Guerrero Rosado, Nican Mopohua : Ici se raconte... le grand événement, Cuautitlán 2003, nn. 23, 119. [2] François, Exhort. Ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 285 : AAS 105 (2013), 1135. [3] Conseil Épiscopal Latino-américain, Ve Conférence Générale de l'Épiscopat Latino-américain et des Caraïbes (Aparecida, 13-31 mai 2007), n. 259. [4] St Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, I-II, q. 114, a. 6, co. [5] Pie IX, Const. ap. Ineffabilis Deus (8 décembre 1854) : Pontificis Maximi Acta. Pars prima, Romae 1854, 616 : « ... la Bienheureuse Vierge Marie dans le premier instant de sa conception, par grâce et privilège singuliers de Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, sauveur du genre humain, a été préservée immune de toute tache du péché originel » (DH 2803) ; Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium (21 novembre 1964), n. 53 : AAS 57 (1965), 58 : « Rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils ». [6] St Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, I-II, q. 114, a. 6, ad 3. [7] St Jean-Paul II, Lettre enc. Redemptoris Mater (25 mars 1987), n. 38 : AAS 79 (1987), 411-412 ; cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 62 : AAS 57 (1965), 63. [8] Conseil Épiscopal Latino-américain, Ve Conférence Générale de l'Épiscopat Latino-américain et des Caraïbes (Aparecida, 13-31 mai 2007), n. 265.


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