PLEINS FEUX SUR LE DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL
L’histoire de Tonnoma Travail et autonomisation des femmes au Burkina Faso Rebekka Grun, Irene Jillson, Florence Kantiono, Gilberte Kedote, Nathalie Ouangraoua, et Moudjibath Daouda-Koudjo
P L E I N S F E U X S U R L E D É V E L O P P E M E N T I N T E R N AT I O N A L
L’histoire de Tonnoma Travail et autonomisation des femmes au Burkina Faso
REBEKKA GRUN, IRENE JILLSON, FLORENCE KANTIONO, GILBERTE KEDOTE, NATHALIE OUANGRAOUA, ET MOUDJIBATH DAOUDA-KOUDJO
© 2021 Banque internationale pour la reconstruction et le développement / La Banque mondiale 1818 H Street NW, Washington, DC 20433 Téléphone : 202–473–1000 ; Internet : www.worldbank.org Certains droits réservés 1 2 3 4 24 23 22 21 La publication originale de cet ouvrage est en anglais sous le titre de Tonnoma’s Story : Women’s Work and Empowerment in Burkina Faso en 2021. En cas de contradictions, la langue originelle prévaudra. Cet ouvrage a été établi par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs. Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de la Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. La Banque mondiale ne garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité, ni l’actualité des données citées dans cet ouvrage. Elle n’est pas responsable des erreurs, omissions, ou contradictions dans les informations qui y sont fournies, ni de l’utilisation qui serait faite ou non des informations, méthodes, procédés ou conclusions présentés dans l’ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et toute autre information figurant sur les cartes du présent ouvrage n’impliquent de la part de la Banque mondiale aucun jugement quant au statut juridique d’un territoire quelconque et ne signifient nullement que l’institution reconnaît ou accepte ces frontières. Rien de ce qui figure dans le présent ouvrage ne constitue, ni n’implique, ni ne peut être considéré comme, une limitation des privilèges et immunités de la Banque mondiale, ou une renonciation à ces privilèges et immunités, qui sont expressément réservés.
Droits et autorisations
L’utilisation de cet ouvrage est soumise aux conditions de la licence Creative Commons Attribution 3.0 IGO (CC BY 3.0 IGO) http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/igo/ Conformément aux termes de la licence Creative Commons Attribution (paternité), il est possible de copier, distribuer, transmettre et adapter le contenu de l’ouvrage, notamment à des fins commerciales, sous réserve du respect des conditions suivantes : Mention de la source — L’ouvrage doit être cité de la manière suivante : Grun, Rebekka, Irene Jillson, Florence Kantiono, Gilberte Kedote, Nathalie Ouangraoua, et Moudjibath Daouda-Koudjo. 2021. L’histoire de Tonnoma : Travail et autonomisation des femmes au Burkina Faso. Washington, DC : La Banque mondiale. doi: 10.1596/978-1-4648-1646-8. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO Traductions — Si une traduction de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source de l’ouvrage le déni de responsabilité suivant : Cette traduction n’a pas été réalisée par la Banque mondiale et ne doit pas être considérée comme une traduction officielle de cette dernière. La Banque mondiale ne saurait être tenue responsable du contenu de la traduction ni des erreurs qu’elle pourrait contenir. Adaptations — Si une adaptation de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source le déni de responsabilité suivant : Cet ouvrage est une adaptation d’une œuvre originale de la Banque mondiale. Les idées et opinions exprimées dans cette adaptation n’engagent que l’auteur ou les auteurs de l’adaptation et ne sont pas validées par la Banque mondiale. Contenu tiers — La Banque mondiale n’est pas nécessairement propriétaire de chaque composante du contenu de cet ouvrage. Elle ne garantit donc pas que l’utilisation d’une composante ou d’une partie quelconque du contenu de l’ouvrage ne porte pas atteinte aux droits des tierces parties concernées. L’utilisateur du contenu assume seul le risque de réclamations ou de plaintes pour violation desdits droits. Pour réutiliser une composante de cet ouvrage, il vous appartient de juger si une autorisation est requise et de l’obtenir le cas échéant auprès du détenteur des droits d’auteur. Parmi les composantes, on citera, à titre d’exemple, les tableaux, les graphiques et les images. Pour tous renseignements sur les droits et licences doivent être adressées à World Bank Publications, The World Bank Group, 1818 H Street, NW Washington, DC, 20433, USA ; courriel : pubrights@worldbank.org. ISBN : 978-1-4648-1646-8 DOI : 10.1596/978-1-4648-1646-8 Photo de couverture : © Amina Semlali / La Banque mondiale. Autorisation nécessaire pour toute reutilization. Conception de la page de couverture : Debra Naylor / Naylor Design Inc.
Table des matières
Remerciements v À propos des auteurs vii Introduction xi
Tonnoma 1 Notes 3
CHAPITRE 1 Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma 5 Une nouvelle en or 5 Où sont les emplois pour les femmes ? 8 Ces facteurs qui excluent les femmes du marché du travail 10 Notes 13 References 14
CHAPITRE 2 À l’aube de la rédemption 15 Affronter les premiers obstacles 15 Une candidate parmi d’autres 16 Une longue nuit 17 Le tirage au sort 17 Préparatifs pour le terrain : Comment contourner les difficultés du terrain ? 18 Notes 21
CHAPITRE 3 L’emploi 23 Jour J 23 Premières expériences 25 Riposte toute féminine 26 Accessibilité des sites 27 Emploi et responsabilité familiale 28 Aptitudes et échange de connaissances 29 Esprit d’équipe et équité 30 Notes 33
CHAPITRE 4 Ma vie de brigadière 35 Des intrus dans la place 35 Esprit d’équipe : l’union fait la force 37 Mouvement d’ensemble 38 Ingéniosité féminine et reconnaissance masculine 39 Acquisition de connaissances et compétences 40 La nouvelle Tonnoma 40 Premiers pas vers la constitution d’un capital et projection 42 iii
iv | L’histoire de Tonnoma
Des projets en masse 43 Notes 44
CHAPITRE 5 Échanges importants au village 47 À l’ombre du baobab 47 Partage d’expériences : Tonnoma leader de la discussion 50 Soif de la réalité 51 Gestion des conflits 52 Orientation sur les canaux d’information 52 Risques divers et prévention 53 Un exemple pour les autres 55 Notes 62
CHAPITRE 6 De meilleurs lendemains 65 Comme le temps passe ! 65 Retour sur le passé 66 Regrets et tristesse en abondance 68 Nouveau regard sur le futur 69 Notes 70
Épilogue 73 Notes 73
Appendice A Le Projet Emploi Jeunes et Développement des Compétences 75 Appendice B Cette étude 77 Appendice C Outils de collecte des données 81
Photos P.1 P.2 P.3 P.4
Cour familiale et meules dans un village du Burkina Faso 1 Une cour dans le village de Tonnoma 1 Deux bénéficiaires du PEJDC pilent du maïs dans l’enceinte du village 2 Agriculture familiale : déterrer des pommes de terre avec une houe en bois, Burkina Faso 2 3.1 Une femme and un enfant sur un velo, Burkina Faso 24 5.1 Le Baobab 48
Table B.1
Nombre de groupes de discussion et d’entretiens individuals menés, par lieu 78
Remerciements
Cet ouvrage est le fruit d’un effort collectif mené sous la direction de Rebekka Grun (chef d’équipe et économiste senior), qui a également assuré le contrôle de la qualité. Gilberte Kedote (spécialiste de la protection sociale) était chargée de la supervision dans le pays ; Moudjibath Daouda-Koudjo ( journaliste consultante) et Irene Jillson (professeur associée, Faculté de médecine de l’Université de Georgetown) ont assuré la supervision technique. Roland Berenger Berehoudougou (spécialiste de la protection sociale) a fourni des conseils techniques pour la collecte de données. Cet ouvrage repose sur une étude de terrain réalisée par Florence Kantiono (boursière du programme « early-years fellow » qui vise à promouvoir le développement de la petite enfance) et Nathalie Ouangraoua (consultante en sociologie). Il a été rédigé conjointement par Rebekka Grun, Irene Jillson, Florence Kantiono, Gilberte Kedote, Nathalie Ouangraoua et Moudjibath Daouda-Koudjo. Rebekka Grun et Irene Jillson ont édité le texte original. Le modèle inédit de recherche, qui utilise des méthodes qualitatives et qualitatives pour la collecte et l’analyse des données, ainsi que les rigoureux principes et pratiques déontologiques appliquées pour ces recherches, ont été mis au point par Rebekka Grun, Irene Jillson et Gilberte Kedote, avec le concours de Florence Kantiono et Nathalie Ouangraoua. L’équipe remercie le comité local d’examen institutionnel. Amina Semlali (spécialiste du développement humain) a coordonné le projet et revu le texte aux fins de contrôle de la qualité à différentes étapes, Frieda Vandeninden (économiste) a réalisé l’analyse quantitative et Lydie Anne Billey (assistante de programme) a fourni un grand soutien administratif. L’équipe tient à remercier les transcripteurs pour leur précieuse contribution ; ils ont fait preuve d’un dévouement qui dépasse toutes les attentes. Les auteurs ont vivement apprécié les observations et suggestions formulées par les membres du comité de lecture : Ana Maria Munoz Boudet (sociologue senior), Benedicte Leroy de la Briere (économiste principale), Ritika Dsouza (analyste de recherche) et Miriam Muller (sociologue). La rédaction de cet ouvrage a grandement bénéficié de l’aide, des orientations et des conseils prodigués par les nombreux supérieurs hiérarchiques et collègues de la Banque mondiale, notamment Jehan Arulpragasam (chef de service au Pôle mondial
v
vi | L’histoire de Tonnoma
d’expertise) et Cheick Kanté (responsable des opérations de la Banque pour le Burkina Faso). L’équipe remercie tout particulièrement le gouvernement du Burkina Faso, notamment le ministère de la Jeunesse et les responsables des programmes de protection sociale — tels que Amidou Bancé (Coordonnateur du projet Emplois des jeunes et développement des compétences — PEJDC) et son prédécesseur Nassa Souleymane (ex-coordonnateur du PEJDC) — ainsi que les partenaires et autres acteurs qui ont contribué au renforcement du système national de protection sociale. L’équipe apppécie également le rôle de liaison joué par Issa Bani (spécialiste des mesures de sauvegarde environnementale pour le PEJDC) dans le cadre des Travaux à haute intensité de main-d’œuvre (THIMO) et les crèches mobiles. Elle adresse également ses remerciements aux responsables municipaux qui ont facilité la collecte de données de terrain. Aussi et surtout, l’équipe exprime sa gratitude aux nombreuses femmes ayant participé aux travaux publics au Burkina Faso. C’est au fil des entretiens et discussions de groupe menés dans le cadre du projet qu’est née « Tonnoma » — un personnage fictif qui reflète les caractéristiques de toutes ces femmes. Les membres de l’équipe les remercient sincèrement pour avoir pris le temps de les rencontrer et pour la franchise de leurs échanges. Cet ouvrage a été publié avec un financement fourni dans le cadre du PEJDC par l’initiative UFGE (Umbrella Facility for Gender Equality1), un fonds fiduciaire multidonateurs de la Banque mondiale qui finance des travaux de recherche, des études d’impact et la collecte de données pour aider les décideurs et les praticiens à réduire les écarts entre les sexes dans tous les pays et secteurs. L’équipe est profondément reconnaissant à l’UFGE pour son soutien indéfectible. Elle tient également à remercier les membres du Conseil de partenariat du Programme de protection sociale adaptative au Sahel2. Enfin, les auteurs tiennent à remercier Elizabeth Forsyth pour la patience et la précision dont elle a fait preuve dans son précieux travail d’assistance rédactionnelle, et Janice Tuten pour avoir mené de main ferme les derniers efforts qui ont conduit à la publication de cet ouvrage dans le cadre de la série de la Banque mondiale intitulée International Development in Focus. Les auteurs apprécient l’assistance et le soutien qu’ils ont reçus pour cet ouvrage et présentent leurs excuses pour toute omission.
NOTES 1. Voir https://www.worldbank.org/en/programs/umbrellafacilityforgenderequality. 2. Voir https://www.worldbank.org/en/programs/sahel-adaptive-social-protection -program-trust-fund.
À propos des auteurs
Moudjibath Daouda-Koudjo est journaliste et conseillère de rédaction, spécialiste de la presse et des communication avec les jeunes. Elle est consultante auprès de l’équipe de protection sociale du bureau de la Banque mondiale à Ouagadougou depuis 2019. Elle a été rédactrice pendant 17 ans, chargée des communications et partenariats institutionnels pour une maison d’édition internationale basée au Bénin et en France. En 2013, elle est devenue rédactrice en chef de trois revues pour les jeunes diffusées en Afrique de l’Ouest. Elle a également été enseignante et journaliste pour un quotidien à Cotonou (Bénin). En 2017, Doauda-Koudjo a cofondé sa propre maison d’édition et de communications, qui publie des ouvrages d’auteurs africains et deux revues pour enfants diffusés dans cinq pays d’Afrique de l’Ouest. Elle est titulaire d’une maîtrise en communications internationales de l’Institut international de communication de Paris (IICP), d’un diplôme de journalisme de l’Institut supérieur de journalisme de Paris et d’un DEA en littérature africaine comparative de la Sorbonne (Université de Paris IV). Elle a également suivi des cours de licence à l’Université nationale du Bénin (devenue l’Université d’Abomey Calavi) et de préparation d’un C2 en lettres modernes (certificat décerné au bout de quatre années d’études). Rebekka Grun est économiste senior et chef d’équipe (protection sociale et emploi) pour la région Afrique à la Banque mondiale, où elle mobilise et gère des financements en faveur des réfugiés et groupes dans le besoin. Dans son travail de promotion des femmes qui travaillent et du développement de l’enfant, elle a fondé et dirige un projet novateur de crèches mobiles à la Banque mondiale. Au cours d’une carrière de plus de 20 ans dans le domaines du développement, elle a géré un portefeuille de projets de protection sociale en tant que conseillère auprès d’un ancien président de la Banque mondiale et élaboré des politiques nouvelles concernant la famille et la protection de l’enfance au sein de la cellule stratégique du cabinet du Premier ministre britannique. Dans ses temps libres, elle écrit et donne des conférences sur les aspects économiques des relations. Son blogue, www.dateconomics.com, a fait l’objet d’articles dans HuffPost et Medium, et son programme TEDx Talk a été lancé au début de 2020. Elle est titulaire d’un doctorat d’économie de l’University College de Londres et d’une licence de l’Université de St. Gallen. vii
viii | L’histoire de Tonnoma
Irene Jillson est professeur associée à l’Université de Georgetown, où elle enseigne à la faculté de médecine et à la School of Foreign Service ainsi qu’au Georgetown College. Elle a conçu et lancé des cours dans les domaines suivants : éthique de la santé mondiale, systèmes de santé mondiale et politiques y afférentes, science responsable, recherche en santé mondiale, et enjeux d’une politique en matière de technologie internationale. Elle donne également des cours d’éthique médicale et des soins de santé. Elle est fondatrice et présidente de Policy Research Incorporated, un bureau d’études privé qui effectue depuis plus de 25 ans des recheches sur les politiques sanitaires et sociales au niveau local, national et international. Elle a effectué de nombreux travaux de recherche sur les politiques et fourni une assistance technique et des conseils de politique générale, notamment dans les régions Amérique latine et Caraïbes et MoyenOrient et Afrique du Nord. Elle a conçu et supervisé des projets de développement et des études axés notamment sur l’émancipation des femmes. Elle est l’auteur de nombreux articles dans des revues internationales à comité de lecture. Elle est titulaire d’un doctorat en politique et gestion technologiques de l’Université de Westminster. Florence Kantiono a cinq ans d’expérience professionnelle en tant que spécialiste des communications en matière de développement. Boursière du programme « early-years fellow », elle travaille au bureau de la Banque mondiale au Burkina Faso dans le domaine de l’éducation, de la santé et de la protection sociale. Elle a participé à l’élargissement des projets de garde d’enfants, notamment à la mise en oeuvre du projet de crèches mobiles, en collaboration avec des responsables du développement de la petite enfance du ministère de la Femme, de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire et le ministère de l’Éducation nationale, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales. Elle collabore également à l’étude d’impact sur les crèches mobiles. Avant de rejoindre la Banque mondiale, elle a travaillé pour Handicap Solidaire Burkina, une organisation qui défend les droits des personnes handicapées, et pour l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ)–Pro-Enfant dans le domaine des droits des jeunes et des enfants. Elle est titulaire d’une licence en communications, avec spécialisation en développement, de l’Université Aube nouvelle à Ouagadougou, et d’un certificat d’études supérieures en éducation de la petite enfance de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Gilberte Kedote est assistante sociale spécialisée dans les programmes de protection sociale. Elle collabore aux programmes de protection sociale de la Banque mondiale dans les pays d’Afrique francophone (Bénin, Burkina Faso, Comores, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Guinée, Guinée-Bissau, Mauritanie, Sénégal et Togo), après une brillante carrière au sein du gouvernement béninois. Inlassable championne de l’égalité des chances, notamment en matière de développement des femmes et des enfants, elle est titulaire d’une licence de technicien en sciences sociales et affaires familiales de l’Université d’Aix-en-Provence, Marseille, France. Nathalie Ouangraoua est consultante au bureau de la Banque mondiale au Burkina Faso depuis 2017. Elle mène des recherches sociologiques dans des domaines tels que l’égalité des sexes et la corruption. Avant d’entrer à la Banque mondiale, elle a participé à un projet de recherche anthropologique — Adhésion à long terme aux traitements antirétroviraux au Burkina Faso — une
À propos des auteurs | ix
collaboration entre l’Université de Ouagadougou et le Royal Tropical Institute (Child Development Policy and Practice). Elle a également réalisé plusieurs études et recueilli des données avec Plan International Burkina Faso. Elle est titulaire d’une maîtrise en sciences sociales et a suivi une formation de sociologue. Outre ses travaux dans le domaine du développement international, elle a suivi une formation professionnelle de couture et broderie au Lycée professionnel Yennega, et une formation de coiffeuse.
Introduction
Au Burkina Faso, la question de l’employabilité des jeunes demeure préoccupante. Pour la résoudre, le gouvernement a pris l’initiative d’organiser des travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre, afin de pouvoir offrir des emplois temporaires à ce segment de la population. Entre autres initiatives, le gouvernement a mis en œuvre, de 2013 à 2019, le projet Emploi des jeunes et développement des compétences (PEJDC)1 pour améliorer l’accès à des emplois temporaires et à des opportunités de développement de compétences des jeunes déscolarisés ou sans qualification. La participation à ces travaux est appuyée par des formations de base complémentaires et recyclages pour permettre aux intéressés participant au programme, d’acquérir des connaissances ou d’améliorer des compétences utiles sur-le-champ ou ultérieurement exploitables. Il a été constaté que la majeure partie des candidats à ces travaux publics sont des femmes (plus de 80 %). Les hommes et femmes recrutés sont répartis en groupes ou brigades de vingt-cinq travailleurs et sont dénommés « Brigadiers et brigadières des THIMO ». Cet ouvrage, basé sur des faits réels, tire son inspiration des résultats d’une recherche qualitative sur les facteurs entravant ou favorisant la capacité des femmes burkinabé à travailler. La recherche a été menée auprès des femmes ayant participé aux activités de la composante intitulée « Travaux à haute intensité de main-d’œuvre » du PEJDC, dans trois communes urbaines (Ouagadougou2, Bobo-Dioulasso3 et Ouahigouya4) et deux communes rurales (Barga5 et Rambo6). Au total, quatre-vingt-quatorze brigadières et quarante et un brigadiers ont été individuellement interviewés, en mooré ou en dioula, mais rarement en français. Le personnel administratif et d’encadrement dans les communes, les conjoints et proches des brigadières ont également été interviewés, portant le total des entretiens individuels à cent soixante-dix. Cinq focus groups de femmes et cinq focus groups d’hommes ont été établis. La collecte de données s’est étalée de février à novembre 2018. Tonnoma est un personnage fictif qui possède les caractéristiques des femmes interviewées. Il a en effet été créé sur la base des propos recueillis auprès des différentes femmes participant aux Travaux à haute intensité de main d’œuvre (THIMO), des extraits d’entretiens individuels ainsi que des
xi
xii | L’histoire de Tonnoma
discussions de groupe. Ainsi, tous les propos rapportés dans cet ouvrage condensent les informations venant directement des femmes participantes et de leurs proches lors des entretiens qualitatifs. Afin de complémenter l’analyse qualitative, des données quantitatives viennent ponctuellement illustrer la représentativité de Tonnoma. Les données d’enquête les plus récentes (Enquête multisectorielle continue 2014) ont en effet été utilisées pour définir les principales caractéristiques socioéconomiques des participantes potentielles aux THIMO, c’est-à-dire les jeunes femmes pauvres vivant en milieux rural et urbain. Les femmes et leur travail sur les chantiers de travaux publics organisés par les municipalités, avec l’appui du Projet Emploi des Jeunes et Développement de compétences (PEJDC), forment l’essentiel de l’intérêt des auteurs, qui ont rencontré et parlé avec de nombreuses femmes burkinabé, leurs conjoints, collègues et voisins. Ces femmes ont volontiers dévoilé leur vie, les difficultés et les contraintes qu’elles rencontrent au quotidien pour obtenir un emploi ou se faire engager, et les aptitudes qu’elles ont dû déployer pour contourner les difficultés rencontrées. Leurs expériences et perspectives tissent la trame de cette histoire. Pour en faciliter la lecture, les auteurs ont condensé ces portraits de femmes en un seul personnage quintessentiel : Tonnoma. Ils se sont inspirés pour ce faire de l’ouvrage intitulé « The Social Animal »7 dont l’auteur est David Brooks. Les premières pages du présent ouvrage décrivent le village imaginaire où vit Tonnoma. Dans cet endroit, hommes et femmes se battent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Tonnoma est aussi une lutteuse et son combat prend forme au moment où la jeune femme entend parler d’un projet offrant la possibilité aux femmes de travailler temporairement. Tout au long du récit, les lecteurs pourront se familiariser avec la vie quotidienne des femmes vivant en milieu rural et désirant travailler. Structurée en six chapitres, la description rétrospective de son histoire raconte une enfance marquée par les difficultés rencontrées par sa famille et dont les conséquences ont déterminé et continuent à déterminer sa vie de femme, d’épouse et de mère. Il est expliqué comment Tonnoma a eu vent du projet des THIMO, le processus de recrutement des employés, les bénéfices et expériences acquises par les femmes durant le projet, mais aussi les difficultés rencontrées et les défis à r elever ; défis à partir desquels des projets d’avenir émergent, ainsi que des pistes permettant d’améliorer les conditions de travail des femmes et leur employabilité. Enfin, un grand nombre des résultats présentés ici soulignent la cohérence avec les résultats de travaux similaires sur la participation des femmes aux t ravaux publics ailleurs dans le monde, tels que « Routes vers l’agence : Effets de l’amélioration de la participation des femmes aux projets de routes rurales sur l’agence des femmes — Une évaluation comparative des projets de transport ruraux en Argentine, au Nicaragua et au Pérou » (Banque mondiale 2015) ; « Programmes de travaux publics : une stratégie de réduction de la pauvreté. La dimension de genre revisitée dans les programmes d’investissement à forte intensité d’emploi dans 30 pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes » (OIT 2015) ; et « Améliorer les opportunités économiques des femmes grâce à l’emploi dans la construction et l’entretien des routes rurales : leçons opérationnelles de l’Amérique latine, de l’Est Asie et de l’Asie du Sud » (Banque mondiale 2018).
Introduction | xiii
NOTES 1. Crédit IDA de 50 millions de dollars des États-Unis, soit environ 25 milliards de FCFA (Banque mondiale). 2. Capitale administrative du Burkina Faso. 3. Capitale économique du Burkina Faso. 4. Ville du nord du Burkina Faso située dans la province du Yatenga, à 185 km de Ouagadougou, en direction du Mali. 5. Commune rurale située dans la région du nord fréquemment affectée par les aléas climatiques, surtout la sécheresse. 6. Village du nord, chef-lieu du département de Rambo situé dans la province du Yatenga. 7. Brooks, David, L’animal social — Les ressorts cachés de l’amour, du bonheur et de la réussite. Presses de la Cité, 2012.
REFERENCES Banque mondiale. 2015. Roads to Agency: Effects of Enhancing Women’s Participation in Rural Roads Projects on Women’s Agency—A Comparative Assessment of Rural Transport Projects in Argentina, Nicaragua, and Peru. Washington, DC: World Bank. Banque mondiale. 2018. Enhancing Women’s Economic Opportunities through Employment in Rural Roads Construction and Maintenance: Operational Lessons from Latin America, East Asia, and South Asia. Washington, DC: World Bank. Brooks, David. 2012. The Social Animal: The Hidden Sources of Love, Character, and Achievement. New York, NY: Random House. INSD (Institut National de la Statistique et de la Démographie). 2014. « Enquête Multisectorielle Continue (EMC) 2014 : Burkina Faso ». Ensemble de données téléchargé à partir de https:// microdata.worldbank.org/index.php/catalog/2538. OIT (Organisation internationale du travail). 2015. Public Works Programmes: A Strategy for Poverty Alleviation; The Gender Dimension Revisited in Employment-Intensive Investment Programmes in 30 Countries in Africa, Asia, Latin America, and the Caribbean. Geneva: ILO.
Tonnoma Tonnoma a vingt-six ans et vit à Barga, commune rurale du Burkina Faso. Mariée à dix-neuf ans à un homme de quinze ans son aîné, elle est mère de trois enfants, qui ont tous moins de dix ans1. Elle vit avec sa famille dans une grande concession, où d’autres familles sont également établies. La mosaïque de peuplement de ce vaste lieu est formée de plusieurs ménages qui possèdent leurs propres normes, valeurs et traditions sociales. Dans cet environnement, la vie quotidienne de chacun se déroule, riche en faits, comportements et expériences vécues. Les photos P.1, P.2 et P.3 montrent des cours d’un village du Burkina Faso. Tonnoma ne sait ni lire ni écrire, comme la plupart des autres femmes de la commune (84 %), mais ses deux aînés fréquentent l’école. Comme la plupart des filles burkinabé, elle a quitté l’école primaire à l’âge de onze ans. Son mari Rawidi n’a reçu aucune éducation scolaire. Il consacre ses journées aux activités agricoles pour nourrir sa famille (Photo P4). Dans cette province, l’autosuffisance alimentaire dépend complètement de la pluviométrie. Lorsque le climat est favorable, il vend ses excédents agricoles et reçoit assez d’argent pour satisfaire aux besoins de sa femme, de ses enfants et des autres membres de sa famille. Cependant, ses revenus sont irréguliers et insuffisants pour couvrir les besoins du ménage, dans les moments défavorables. Avant qu’elle ne participe au programme des THIMO du projet d’emploi et de développement des compétences des jeunes (PEJDC), Tonnoma exécutait uniquement ses travaux ménagers journaliers et ne possédait aucun revenu propre. Elle avait toujours dépendu de son mari pour tous ses besoins, y compris les soins de santé des enfants. Les moyens financiers étant limités, lorsqu’un membre de la famille tombait malade, il était fait recours à l’automédication si Rawidi n’avait pas l’argent nécessaire
PHOTO P1
Cour familiale et meules dans un village du Burkina Faso
Source : © Ollivier Girard / CIFOR. Utilisé avec la permission d’Ollivier Girard / CIFOR ; autorisation supplémentaire requise pour la réutilisation.
PHOTO P2
Une cour dans le village de Tonnoma
Source : © SCIAN W. Noël Pierre / Projet de filet de sécurité sociale - Burkina Faso. Utilisé avec l’autorisation de SCIAN W. Noël Pierre / Social Safety Net Project – Burkina Faso ; autorisation supplémentaire requise pour la réutilisation.
1
2 | L'histoire de Tonnoma
à l’achat des médicaments, ou bien était absent. C’est ainsi que Tonnoma avait perdu un bébé de deux ans faute de pouvoir le soigner parce que son mari était en voyage2. Tonnoma et les femmes de la concession entretiennent un petit champ que les hommes leur ont permis d’exploiter pour leurs propres besoins. En saison, elles y cultivent le petit mil, le sorgho rouge et l’arachide qui sont les principales cultures vivrières qui réussissent le mieux dans la zone. Ce lopin de terre est censé leur procurer des revenus par la vente des récoltes à la fin de l’unique saison pluvieuse annuelle, qui s’étale de mai ou juin à août ou septembre. Le peu d’argent ainsi gagné doit permettre aux femmes d’acheter des vêtements pour leurs enfants et Source : © SCIAN W. Noël Pierre / Projet de filet de sécurité sociale - Burkina pour elles-mêmes, de faire des réserves de condiments Faso. Utilisé avec l’autorisation de SCIAN W. Noël Pierre / Projet de filet de et de mettre un peu d’argent de côté pour d’autres sécurité sociale – Burkina Faso ; autorisation supplémentaire requise pour la réutilisation. dépenses imprévues ou urgentes, telles que les soins de santé. Et cette économie doit durer au moins un an, c’est-à-dire jusqu’aux récoltes suivantes, car il faut PHOTO P4 tenir compte des caprices de dame Nature dans cette Agriculture familiale : déterrer des pommes de terre avec région à faible pluviométrie. Dès le début de la saison une houe en bois, Burkina Faso des pluies, l’environnement de leur commune se transforme et se pare de plusieurs tons de vert. Du vert foncé au vert tendre et au vert olive, les couleurs se mélangent aux teintes ocre de la terre. Une telle symphonie de couleurs permet difficilement d’imaginer le dénuement et la dureté des sols qui s’ensuivent dès l’apparition de la saison sèche. Des nuages de poussière couvrent souvent la région lorsque souffle l’harmattan3, et le sol ferrugineux prend alors un ton brunrouge. Seules les plantes épineuses continuent de pointer leurs dards au soleil. Les vastes frondaisons désertent les rares arbres feuillus devenus soudain d’inutiles bouquets de tiges étoilées. Ils n’offrent plus aucun ombrage apaisant à ceux qui fuient la chaleur omniprésente. Source : © Ollivier Girard / CIFOR. Utilisé avec la permission d’Ollivier Girard / CIFOR ; autorisation supplémentaire requise pour la réutilisation. Parfois, une petite basse-cour vient compléter l’ensemble des biens domestiques. La famille de Tonnoma possède dix poulets et une petite chèvre qui donnera naissance à des petits et produira un peu de lait en temps voulu. En réalité, ce micro-élevage domestique n’est pas destiné à améliorer la qualité des repas. C’est une sorte d’épargne vivante qui sera vendue rapidement au marché en cas d’urgence ou d’imprévu. Cependant, la nourriture n’est pas abondante et suffisamment diversifiée pour les besoins nutritionnels de chacun4. En conséquence, les enfants sont d’apparence chétive et paraissent bien plus jeunes qu’ils ne le sont (de trois ans en moyenne). PHOTO P3
Deux bénéficiaires du PEJDC pilent du maïs dans l’enceinte du village
Tonnoma | 3
NOTES 1. Les statistiques décrivant Tonnoma et sa famille se réfèrent à une jeune femme pauvre (âgée de 16 à 35 ans) vivant en milieu rural au Burkina Faso ; elles sont basées sur la plus récente enquête sur les ménages disponible (l’Enquête multisectorielle continue - EmC 2014 ; ensemble de données téléchargé à partir de https://microdata.worldbank.org/index .php/catalog/2538). 2. Entretiens individuels avec des femmes membres de la brigade DX47, DX49 et DX61. 3. Vent d’harmattan : un vent saisonnier sec et poussiéreux qui souffle du nord du désert du Sahara vers la côte ouest-africaine de novembre à janvier. 4. Entretiens individuels avec des femmes membres des brigades DX56, DX57 et DX59.
1
Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma
Tonnoma est informée du recrutement dans les THIMO et des conditions d’emploi. Elle discute avec ses amies et sa famille des obstacles que rencontrent les femmes pour accéder à l’éducation et au travail, tels que la pauvreté, la santé, l’absence d’un réseau de sécurité et les normes sociales qui dictent le rôle (inférieur en hiérarchie) de la femme. Elle explique le cercle vicieux liant pauvreté et manque d’éducation.
UNE NOUVELLE EN OR La pluie, la pluie avait rendu le sol boueux et l’eau remplissait les nombreux petits trous parsemant le chemin de terre que Tonnoma traversait. Il était environ onze heures du matin, et la chaleur se faisait toujours plus pesante, maintenant que le ciel s’était momentanément délesté de ses nuages. Comme toujours pendant la saison des pluies, Tonnoma rentrait de ses travaux champêtres. Elle portait sur la tête le fagot de bois sec ramassé pour nourrir le feu de la cuisine du soir. C’était jour de marché au village ; elle s’y était arrêtée pour faire quelques achats de condiments et de légumes. Comme à l’accoutumée, elle constituait son stock lorsqu’elle en avait les moyens. Le PEJDC Elle resserra son pagne en wax vert sur son teeshirt floqué aux couleurs d’un parti politique national En 2016, le projet offre des opportunités d’emplois et équilibra son anneau porteur sur le haut de sa tête. temporaires (un contrat de six mois non renouvelable) Sur la place du marché, elle aperçut un attroupement aux jeunes et aux femmes de seize à trente-cinq ans, de femmes. Il s’agissait des femmes de la concession scolarisé(e)s ou non. voisine et de quelques autres femmes d’un village Au moment où cette enquête a commencé, le voisin dépendant de la commune rurale de Barga. PEJDC procédait à son deuxième recrutement dans la Tonnoma s’approcha du groupe pour le saluer et zone, et les employé(e)s de la première vague arribavarder. Elle entendit une femme du village voisin vaient au terme de leur contrat. annoncer une nouvelle qui la réjouit beaucoup : « Il va Le recrutement des employés de la seconde vague y avoir un autre recrutement d’employés pour travailler THIMO commençait deux semaines plus tard. pendant quelques mois » dit-elle. Elle-même n’avait pas pu postuler lors du recrutement précédent parce
5
6 | L'histoire de Tonnoma
qu’elle ne remplissait pas toutes les conditions exigées. Cette annonce attisa la curiosité de Tonnoma qui intervint aussitôt dans la conversation pour en apprendre un peu plus à ce sujet1. La femme regarda Tonnoma avec étonnement : « Ne me dites pas que vous entendez parler de ce travail pour la première fois ! Il fait partie des travaux rémunérés que la mairie organise pour aider les gens du village à obtenir un revenu régulier pendant quelque temps, surtout pendant la saison sèche. Mais il faut avoir un certain âge pour se présenter et remplir d’autres conditions. Lors du premier recrutement, je n’avais pas de papier d’identité, aussi je n’ai pas cherché à en savoir plus. En tout cas, je m’apprête pour le prochain recrutement. » Avant même que Tonnoma n’intervienne à nouveau, une femme de son village ajouta : « Moi j’ai déposé ma candidature lors du premier recrutement. Je n’ai malheureusement pas été retenue. Mais je vais encore tenter ma chance cette fois-ci. Alors, toi non plus tu n’avais pas de pièce d’identité ? » fit entendre une autre femme. « Mais si ! On nous avait demandé de déposer une copie de l’acte de naissance et de la CNIB2 à la mairie pour le recrutement. Un seul jour était désigné pour le dépôt et le lendemain, on est parti tirer des ‘‘oui’’ et des ‘‘non’’ dans une sorte de loterie3. Ces ‘‘oui’’ et ‘‘non’’ étaient inscrits sur des bouts de papier pliés dans un bocal et les candidats les tiraient à tour de rôle. Ce sont les ‘‘oui’’ qui ont obtenu le travail. Lors du dépôt, j’avais effectivement remarqué qu’on rejetait les dossiers de certaines personnes. Mais comme je ne les connaissais pas, je ne me suis pas approchée d’elles pour connaître la raison de ces rejets. Peut-être qu’elles ne remplissaient pas toutes les conditions. » précisa la femme. Une à une, d’autres femmes vinrent s’ajouter au groupe en discussion. Tonnoma intervint à nouveau : « Si je comprends bien, toi tu as tiré un ˝non˝… Mais comment avez-vous su qu’il y avait un recrutement ? Hum ! L’information est venue à nous par le CVD4. Un crieur public est passé dans tout le village pour annoncer la nouvelle. Je pense qu’il a transmis l’information de la même façon partout. Il est passé à nouveau chez nous hier. Restez à l’écoute. Si votre village est concerné, l’information va y parvenir aussi » répondit-elle en souriant. C’est alors que Tonnoma s’étonna d’entendre une voisine de son quartier s’exclamer avec enthousiasme : « Ç’est déjà fait ! Le crieur public nous a informées il y a quelques jours et je crois que toutes les personnes intéressées ont déjà commencé à constituer leur dossier. Dites-moi, et celles qui ne savaient rien de tout ça ? Est-ce qu’elles peuvent encore déposer leur dossier ? » lui demanda Tonnoma. « Mais bien sûr ! » répondit la femme d’une voix ferme et pleine d’assurance. « Vous avez deux semaines pour déposer votre dossier ». Comment ? Cette offre avait déjà été lancée une première fois et elle n’en avait rien su ! Elle se rendit alors compte que le message du CVD avait dû être annoncé au moment où elle était au puits, et lorsque Rawidi était au champ. Issue d’une famille pauvre, la jeune femme vivait pratiquement en marge de la société. Elle s’impliquait peu dans la vie du village, n’ayant pas les moyens de participer aux activités exigeant une contribution financière5 ou un habillement adéquat. Elle se tenait toujours à l’écart du reste du village et des autres femmes de la communauté et préférait s’activer aux tâches ménagères.
Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma | 7
Elle n’était jamais au courant des affaires du village6. Ses seules sources de communication et d’information venaient des rencontres fortuites autour du puits ou sur le marché. En effet, à l’exception des salutations obligatoires lors des rares cérémonies festives ou funèbres, où elle peinait parfois à s’attarder, elle n’avait aucune occasion de se trouver en société. Depuis qu’elle avait quitté sa famille après son mariage, toute son existence était concentrée sur son foyer. Et ses pas la portaient rarement hors du trajet maison-puits, maison-champ, maison-marché. Elle ne savait rien des différents changements survenus dans les environs et dans la communauté. Discrètement, elle effaça la larme qui coulait sur sa joue : elle pensait au bébé qu’elle avait perdu quelques années plus tôt. Lorsqu’il était tombé malade, elle avait épuisé les tisanes et décoctions habituelles pour le soigner et ne savait plus quoi faire. Son mari était absent et elle n’avait pas l’argent nécessaire à la consultation au dispensaire du district. Elle ignorait même qu’un centre de santé de proximité avait été inauguré dans le village et que des facilités étaient offertes pour améliorer la santé des mères et des enfants. Lorsqu’elle l’avait appris, il était déjà trop tard pour le petit Tipsaya7. Tonnoma prit congé des femmes et termina ses emplettes avant de retourner chez elle. Son cerveau fourmillait des informations reçues qui lui ouvraient des perspectives inattendues. Les offres d’emploi étaient si rares dans la zone qu’elle ne pouvait concevoir la possibilité de faire autre chose que les sempiternels travaux agricoles8 et de posséder ses propres revenus. Bien qu’elle n’ait jamais imaginé trouver un emploi rémunéré, elle rêvait souvent de disposer d’un petit capital financier pour développer une activité rémunératrice. Elle ignorait les bienfaits de la liberté, financière ou autre, et en se mariant avait accepté de se soumettre à l’autorité de son mari puisque telle était la tradition. Si elle violait les lois de la commune en contournant les décisions de Rawidi, elle devrait en assumer les conséquences et savait qu’elle risquait la répudiation9. Contrainte aux tâches ménagères et au travail champêtre, elle suivait les normes et règles sociales auxquelles toute femme doit se soumettre10 et disposait de peu de temps de loisir ou de distraction. Elle n’avait aucune motivation pour développer des relations interpersonnelles avec son entourage11 et craignait par-dessus tout les désaccords et la discorde. Ce comportement n’encourageait aucuneLa sous-scolarisation des filles ment son initiative et sa créativité, figée qu’elle était 12 dans la routine quotidienne . « Les pratiques traditionnelles et culturelles conduisent Toute occupée à ses pensées, Tonnoma ne put évià un faible niveau d’éducation des filles » (entretien ter une flaque d’eau et laissa échapper un petit rire individuel avec un membre masculin de la brigade moqueur. Elle secoua ses pieds chaussés de sandales CB11). Bien que l’accès à l’éducation et les taux d’alphaplastique et essora son pagne. Poussant un soupir de bétisation se soient améliorés au cours de la dernière soulagement en arrivant chez elle, elle ne put disdécennie, ils demeurent un défi. En 2018, plus de traire ses pensées de l’opportunité qui s’offrait à elle. 4 filles sur 10 en âge de fréquenter le premier cycle du Et l’idée de déposer sa candidature lui vint peu à peu secondaire n’étaient pas scolarisées ; les garçons et les à l’esprit. filles ont eu du mal à terminer le cycle scolaire Elle se rendit chez sa meilleure amie Ki Kounandia (seulement 39 % ont terminé le premier cycle du qui lui confirma la bonne nouvelle. Tonnoma secondaire). s’enthousiasma : De plus, les taux d’analphabétisme restent élevés : « Voilà ! Maintenant quelqu’un pense à nous. Même 45 % chez les jeunes femmes et 38 % chez les jeunes si je n’ai pas encore obtenu de travail, j’ai espoir que nous hommes (UNESCO 2018). les femmes pourrons prendre part à une activité autre que l’agriculture13.
8 | L'histoire de Tonnoma
Et les activités agricoles ne durent que trois ou quatre mois, de toute façon. Le reste de l’année, nous sommes oisives14, même si les récoltes ne suffisent pas pour subsister jusqu’à la saison suivante !15 Oui » répondit Tonnoma d’un air songeur. « Nous les femmes, sommes soumises au poids de la tradition qui nous permet seulement d’avoir des enfants et de nous consacrer aux travaux domestiques16. Impossible de gagner quelque argent en faisant autre chose. Ah ça ! Il faudrait d’abord que ton mari accepte que tu quittes la maison pour aller travailler ! » rétorqua Ki Kounandia, hochant vigoureusement la tête17.
OÙ SONT LES EMPLOIS POUR LES FEMMES ? Les deux femmes, assises sur un banc, restèrent silencieuses pendant un moment. Puis Ki Kounandia reprit la parole en gardant la tête baissée : « Ce sera un véritable miracle si la mairie nous accepte. Chaque fois que des travaux démarrent dans notre région, seuls les hommes sont engagés. C’est vrai, les femmes mariées sont toujours occupées avec les enfants et les travaux ménagers. Mais pendant les périodes creuses, on aimerait bien gagner un peu d’argent, n’est-ce pas ? Ah, ça oui ! Par exemple dans ces entreprises qui font des travaux ici. La plupart du temps, elles ont déjà leur propre personnel. En ce qui concerne le recrutement de main-d’œuvre locale, elles s’intéressent peu aux femmes. Les recruteurs estiment que les activités proposées ne sont pas pour elles !18 En ce qui me concerne, je n’ai jamais essayé de trouver du travail hors de la maison » dit Tonnoma. « Tu sais comme j’étais jeune quand maman est tombée malade. À partir de onze ans, j’ai dû m’occuper de tous les travaux domestiques et de mes cinq petits frères et sœurs. Je n’avais ni le temps de penser à mon futur, ni à quoi que ce soit, et j’étais trop jeune pour chercher du travail à l’extérieur. Il m’était impossible de continuer l’école et de gagner de l’argent en même temps. Puis je me suis Rareté des offres d’emplois féminins mariée et, depuis ce temps, je suis soumise à l’autorité de mon mari. Il y a eu les enfants et j’ai continué à travailler Le taux de chômage est plus élevé pour les femmes que à la maison et au champ. Mais, ma chère amie, à présent, pour les hommes : en 2016, 20,2 % des femmes (15 à 64 à présent. » Tonnoma finit sa phrase et se leva en ans) étaient au chômage contre 8 % des hommes. secouant l’index d’un air décidé. L’attachement au marché du travail est faible, avec « Ah ! ah ! ah ! Tu as raison » fit Ki Kounandia en seulement 9,3 % des femmes sans emploi recherchant soutenant le regard déterminé de son amie. « Mais j’esactivement un emploi (contre 4,1 % des hommes). père qu’ils ne vont pas nous demander des choses imposParmi les femmes au chômage, environ 48 % sont des sibles à faire ! femmes au foyer, 20 % sont des étudiantes et 11,7 % Que veux-tu dire ? sont trop âgées pour travailler (Ministère de la femme, Ils nous feront peut-être écrire, ou bien lire, je ne sais de la solidarité nationale, de la famille et des affaires même pas écrire mon nom. Je n’ai jamais mis les pieds à humanitaires 2017). l’école. » Dans les zones rurales, le taux de chômage est Tonnoma la fixa tristement. Elle-même avait peu encore plus élevé : 26,5 % pour les femmes et 9,9 % fréquenté l’école, seulement pendant deux ans, et elle pour les hommes (Ministère de la femme, de la solidaavait déjà tout oublié. Elle avait commencé avec rité nationale, de la famille et des affaires humanitaires presque trois ans de retard à suivre le cours d’initiation 2017). en même temps que Kiswendsida19, son frère cadet. Ceci parce que ses parents n’avaient pas les moyens
Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma | 9
d’assurer le coût et les charges de sa scolarité au moment voulu. Elle se rassit sur le banc, se rapprochant de sa vieille amie. « - Je n’ai jamais compris pourquoi tu n’es pas venue à l’école avec nous à l’époque. Ta famille n’a pourtant jamais eu les gros problèmes qui m’ont fait abandonner les études. Et tous tes frères y sont allés, eux… » dit Tonnoma. « Hum, mon amie, je regretterai toute ma vie de n’être pas allée à l’école. Malheureusement, elle n’est toujours pas accessible à tous. Même si les établissements scolaires ne couvrent pas la demande de la population, ce qui perdure est cette disparité traditionnelle entre filles et garçons qui s’impose lors de l’inscription. Mes parents ont privilégié la scolarisation de mes frères… ils ont préféré envoyer les garçons étudier20. Nous les filles sommes restées à la maison pour aider notre mère dans les tâches ménagères. ˝Vous devez vous préparer à la gestion de votre futur ménage˝ répétait ma mère. Et mon père ne manquait pas de rappeler l’adage populaire qui dit qu’une femme doit vivre aux côtés de son mari et le servir nuit et jour21… Alors, c’est ça la tradition ? Si les filles ne vont pas à l’école ou n’y restent pas, ce n’est pas seulement une question de moyens comme pour moi » murmura Tonnoma. « Bien sûr que non ! » reprit Ki Kounandia. « Dans notre société, la tendance est plus en faveur des jeunes garçons. Les filles sont appelées à se marier et à avoir des enfants. Après quoi il est difficile, voire impossible de poursuivre des études. Vu la difficulté d’inscrire leurs enfants, les parents donnent la préférence à ceux qui auront le moins de contraintes et la possibilité de faire de longues études. Quand la femme procrée, elle consacre son temps aux enfants et à leurs soins, à la cuisine, la lessive et autres tâches ménagères. Il lui est difficile dans ces conditions de mener d’autres activités22. C’est évident ! Prends mon exemple : je suis mariée depuis sept ans. Qu’ai-je fait durant tout ce temps ? » Après un bref silence, Tonnoma reprit : « Je n’ai aucun diplôme, aucune qualification... Et moi donc ! » l’interrompit Ki Kounandia en poursuivant : « Chaque fois que j’ai cherché du travail, on m’a toujours écartée du fait que deux conditions me disqualifiaient : le manque de diplôme et de qualification. L’analphabétisme nous étrangle et nous interdit de trouver un emploi. Nous ne sommes pas les seules victimes ! L’année dernière, ma petite sœur Piqsoba23 a raté un emploi de monitrice dans une école maternelle du centre de la région, parce qu’elle ne connaît pas le français et ne peut lire les instructions d’utilisation du matériel d’encadrement des enfants24. Suite à cet échec, elle a été obligée d’accepter un emploi d’aide-ménagère, celui qu’on qualifie communément de « bonne ». Le revenu de ce travail est si faible qu’il ne lui permet pas de subvenir à tous ses besoins. Elle court le risque de perdre son travail à tout moment car les demandeurs d’emploi dans ce domaine sont légion et la sélection est très sévère »25 dit Tonnoma sur un ton découragé. « C’est vrai, je sais que les employeurs changent en permanence d’employés de maison au moindre comportement leur déplaisant ! » acquiesça sa compagne. « En effet. Nous subissons ces contraintes à présent à cause de la pauvreté de nos familles. Nous avons quitté l’école très tôt, les uns après les autres, parce que nos parents étaient incapables d’assumer cette charge financière supplémentaire. Kiswendsida, qui est apprenti mécanicien, n’a pas pu suivre de formation professionnelle en mécanique, car il devait tout d’abord obtenir le CEP26, c’est-à-dire savoir lire et écrire. S’il avait suivi cette formation, non seulement ses compétences auraient été renforcées, mais il aurait aussi eu la possibilité de passer des concours,
10 | L'histoire de Tonnoma
étant titulaire d’un certificat d’aptitude professionnelle. Ses chances d’obtenir un emploi auraient été multipliées27. Il est vrai que la scolarisation des enfants a fait des progrès récemment » dit Ki Kounandia, marquant son approbation en hochant la tête. « L’État aide les parents en octroyant des fournitures scolaires aux élèves du primaire. Certaines cantines scolaires offrent des repas gratuits, ce qui réduit la charge des familles pauvres et pourrait favoriser l’inscription des filles à l’école. Mais toi et moi avons subi plusieurs contraintes : une sous-scolarisation qui a réduit nos chances d’obtenir un emploi28 ; l’analphabétisme qui s’en est suivi ; et une restriction de mouvement dans la communauté qui impacte notre ouverture sur le monde puisque nous ne pouvons communiquer et partager nos expériences29. Ah ! Nous sommes vraiment désavantagées par rapport aux hommes30. Pourquoi leur accorde-t-on plus d’importance qu’à nous, dis-moi ?31. Le pire de tout, Tonnoma, est que nous n’avons aucun accès aux biens et services. Nous sommes totalement dépendantes32 ! Nous ne pouvons rien faire sans père, frère ou mari. Notre statut de mère et d’épouse joue contre nous. » Les deux amies prenaient soudain conscience du poids social qui leur était infligé. Et comme elles se comprenaient ! Un cri d’enfant se fit entendre au loin. Cri de faim, ou de souffrance ? Tonnoma se souvint qu’elle devait récupérer son petit Arzouma33 laissé à la garde de sa belle-mère. Elle se leva, remit son fagot de bois sur la tête et reprit son panier tressé de lianes colorées contenant ses achats. « Deux semaines, ma chère, dans deux semaines on pourra se renseigner sur ce travail ! » dit-elle en prenant congé. « Oui, dans deux semaines » reprit Ki Kounandia. « Après tout, on ne nous demandera que le CNIB et notre acte de naissance… et nous les avons. Nous les avons mon amie, nous les avons ! »
CES FACTEURS QUI EXCLUENT LES FEMMES DU MARCHÉ DU TRAVAIL Les parents de Tonnoma avaient lutté pour la scolarisation de leurs enfants. Mais lorsque la mère était tombée malade, elle avait privilégié l’automédication pour ne pas toucher aux économies du ménage et préserver le bien-être des enfants, surtout leur éducation scolaire. Des soins efficaces étaient disponibles au centre de santé le plus proche, mais leur coût relativement élevé la retenait de s’y rendre. Consulter le centre de santé signifiait hypothéquer la scolarité des enfants. Sa santé empirant, le père décida d’investir toutes ses économies dans les soins médicaux de sa femme. Les coûts du traitement devenant élevés sans qu’une amélioration se manifeste, chèvres, moutons et poulets furent vendus pour couvrir les frais médicaux. Malheureusement, rien n’y fit, et la mère de Tonnoma abandonna son commerce de vente de galettes. Elle demeura paralysée, totalement handicapée par des malformations aux mains. Le père dût fermer sa boutique de produits divers, n’ayant plus les moyens de nourrir convenablement sa famille et de payer la scolarité de ses cinq enfants34. Le père de Tonnoma, devenu sans emploi et ruiné, fut contraint de s’éloigner du village et de sa famille pour rechercher du travail. De nombreuses femmes ont connu ou connaissent des situations similaires, leur mari les ayant momentanément
Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma | 11
abandonnées pour travailler sur les sites d’orpaillage ou ailleurs, parfois pendant de longues périodes35. Des règles discriminatoires imprévues Le handicap physique, à coup sûr, est un facteur aux thimo limitatif dans la recherche d’un emploi36. Les critères d’admission tendent à marginaliser les personnes hanSachant que les personnes qui subissent des discrimidicapées et touchent davantage les femmes, qui sont nations sur le marché de l’emploi sont souvent celles considérées moins compétitives sur le marché de qui sont dans le besoin, et afin de les protéger, les cril’emploi. tères de sélection officielle des brigadiers se composent Les THIMO n’échappent pas à cette règle. des éléments suivants : L’aptitude physique et les capacités de travail sont des • Être de nationalité burkinabé ; critères sous-entendus pour postuler dans les THIMO. Les personnes handicapées, les femmes enceintes et • Être âgé de seize à trente-cinq ans ; même les femmes allaitantes se trouvent parfois écar• Être déscolarisé, peu scolarisé ou non scolarisé ; tées lors du recrutement37. • Ne pas avoir déjà participé aux THIMO. Sur le chemin du retour, la jeune femme pressa le pas, craignant que son mari ne se fâche de son absence. Ces critères sont définis par le projet, mais en réalité, Sa conversation avec Ki Kounandia la taraudait. Mille au niveau des zones de mise en œuvre, il est apparu que pensées se bousculaient en elle. Malgré sa jeunesse, plusieurs communes ont ajouté, de leur propre chef, elle avait déjà traversé bien des épreuves et avait fait des critères supplémentaires discriminatoires lors de face à des situations accablantes, mais elle sentait une la sélection des bénéficiaires. détermination farouche poindre en elle... « Maintenant je dois être forte, courageuse et sortir du cocon où je suis enfermée... L’heure est venue de la rédemption. Je dois saisir cette opportunité unique et tenter de changer ma vie » pensait-elle38. Elle était cependant consciente qu’elle devait agir avec pondération. Comment son mari réagirait-il à l’annonce de cette nouvelle ? Et pourrait-elle concilier le travail, les enfants et la maison ? Une fois chez elle, Tonnoma se calma et reprit ses activités coutumières. Plus tard dans la soirée, elle se dit qu’elle devrait glaner plus d’informations le jour suivant et décida d’aller au puits tôt le lendemain matin. À l’heure dite, elle rejoignit un petit groupe de femmes qui attendaient pour puiser de l’eau. Parmi elles se trouvait sa belle-sœur Poko39, la troisième et plus jeune épouse du frère aîné de son mari. Après l’avoir saluée, Poko reprit la conversation avec trois autres femmes : « Donc, j’avais été classée dans un groupe qui devait travailler à deux kilomètres du village. Oui, c’est un peu loin, mais je voulais tellement ce travail… ». Tonnoma interrompit aussitôt sa belle-sœur : « Vous parlez de Tibo ? » Les quatre femmes la regardèrent étonnées et éclatèrent de rire. « On parle de qui ? de Tibo ? Qui est-il ? Ah, ah, mais non ! Tonnoma, tu veux dire TIIIIIMMMO ? Ah bon ? C’est TIIIIIIMMMO ? » fit-elle en riant à son tour. Poko reprit son discours. C’est ainsi que Tonnoma apprit que sa belle-sœur avait été retenue précédemment pour travailler dans une localité située à deux kilomètres du village. Elle s’absentait tous les jours de la semaine, sauf le samedi et le dimanche. Les deux autres épouses plus âgées n’avaient pu postuler. Dans cette famille, les activités ménagères se répartissaient à tour de rôle entre chaque épouse, dans un souci d’équité et pour éviter toute mésentente. Travaillant de sept à quatorze heures, Poko avait donc concentré ses obligations domestiques en début d’après-midi et dans la soirée.
12 | L'histoire de Tonnoma
Tonnoma trouvait cette idée très intéressante et l’approuva d’un sourire : « Fantastique ! Et en plus, tu as la chance d’avoir les deux autres épouses pour garder les enfants et s’occuper des travaux ménagers ! Hum… Non, ce n’est pas si simple, ma chère Tonnoma » fit Poko en secouant la tête. « Tu sais que je ne peux rien décider si mes deux aînées n’ont pas d’abord donné leur accord. » La tradition, en effet, obligeait chacun à respecter les aînés. En tant que troisième épouse et plus jeune femme, Poko devait obtenir l’accord de son mari, puisque la décision ultime lui revenait en tant que chef de famille40. Tonnoma avait déjà remarqué que son beau-frère sollicitait plus souvent Poko pour l’exécution de certaines tâches, sans doute à cause de son jeune âge. Souvent, les coépouses parlaient de favoritisme et de discrimination. « Et puis ? » lança une des femmes, apparemment passionnée par cette histoire. « Et bien » reprit Poko, « chez nous la seule activité de la matinée est de donner le petit déjeuner aux membres de la famille. Les activités ménagères sont surtout concentrées dans la soirée. Depuis que je suis mariée, j’ai toujours aidé les coépouses à chercher l’eau, faire la vaisselle, piler les condiments pour la cuisine… mais je n’ai pas pu négocier avec elles un autre travail en dehors des tâches ménagères. Et votre mari n’a rien dit ? » intervint une autre femme qui avait suivi la conversation de loin, attendant de remplir sa barrique d’eau. « Ce jour-là, mon mari a suivi toute la conversation, mais il n’est pas du tout intervenu pour les influencer. » La présence du mari se justifiait du fait de son autorité et aussi parce qu’aucune décision ne pouvait se prendre en son absence ou sans son accord. En tant que chef du ménage, chacun lui devait respect et obéissance41. Les femmes devaient accepter ses décisions et prescriptions. Le beau-frère de Tonnoma était conscient des rivalités entre ses femmes ou des conflits latents qui les tenaillaient. Il savait fort bien également que, dans leur société, les plus jeunes ne pouvaient contraindre leurs aînées à acquiescer à leurs désirs. Mais s’il donnait son La place de l’épouse dans la société approbation à Poko, les autres femmes ne pouvaient que se rallier à cette décision42. « Un mari doit être mis au courant de toutes les actions « Mais alors, » dit Tonnoma, « est-ce que ton mari de sa femme et l’aider à opérer des choix raisonnés et accepterait ou non que tu travailles ? convenables. Hum… » fit Poko en laissant échapper un profond Il est responsable de sa femme et de tout ce qui soupir ; « en réalité, j’ai déposé mon dossier et fait le intervient dans le ménage. Il oriente et dicte les actions tirage en cachette. Je lui en ai parlé seulement après que de sa femme. L’organisation et le fonctionnement du j’ai été retenue. Mais il ne m’a pas donné son accord ; ménage reposent sur la décision du mari et la femme aucune de ses femmes ne travaillerait43. Il a ajouté que si exécute ses ordres. » (Voir Entretiens individuels l’une d’entre elles se risquait à lui désobéir, elle serait hommes brigadiers EP5 ; EP7 ; EP) expulsée de la cour familiale44 ». « La femme ne dispose d’aucune autonomie dans les En son for intérieur, Tonnoma se réjouissait d’être prises de décision dans le ménage ou la communauté. l’unique épouse de son mari. L’idée de poser elle-même Pour voyager, soigner les enfants, établir les extraits de sa candidature au projet THIMO se faisait pressante, naissance et les scolariser, rendre visite aux parents, et elle tâcha d’en apprendre plus sur la composition travailler ou entreprendre une activité génératrice de des dossiers, les conditions d’éligibilité et les dates de revenu, ainsi que pour payer les vivres, elle a besoin de dépôt et de tirage. Cependant, une légère inquiétude l’approbation de son mari. » (Voir Entretiens indivinaissait en elle, car elle aurait à franchir quelques obsduels femmes brigadières EJ5). tacles avant de postuler. Rawidi pouvait refuser qu’elle
Au-delà des contraintes : l’espoir de Tonnoma | 13
s’absente de la cour pendant de longues heures45. L’idée que sa femme travaille à l’extérieur lui était totalement étrangère. En revenant du puits, Tonnoma pensait à ses enfants. C’était la période scolaire et ses deux aînés, Ounogo46 et Arba47 se montraient plus indépendants. Mais Arzouma le petit la suivait partout. Il avait presque deux ans mais elle l’allaitait encore. Comment pourrait-elle se séparer de lui des journées entières ? Cette question la rendait nerveuse et, cherchant une solution possible, elle pensa soudain à Néeré48 sa jeune sœur, qui était elle aussi à la recherche d’un emploi d’aide-ménagère au centre urbain de la région.
NOTES 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7.
Voir Entretiens individuels personnel administratif D9 et D11. Carte nationale d’identité burkinabé. Voir Entretiens individuels femmes brigadières B22 et B50. Comité villageois de développement. Voir Entretien individuel femmes brigadières CB59. Sous-information : voir Entretiens individuels femmes brigadières CB46 ; CB58 ; CB62. En mooré, « la vérité est finie » ou encore « toute la vérité est là ». Prénom donné principalement aux garçons. 8. Voir Entretien individuel hommes brigadiers CB38. 9. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ47 ; EJ65 ; EJ66 ; EJ67 ; EJ68. 10. Ibid., EJ39 ; EJ40 ; EJ50. 11. Ibid., EJ49 ; EJ51 ; EJ53 ; EJ57. 12. Sous-information : voir Entretiens individuels femmes brigadières CB46 ; CB58 ; CB62. 13. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF61 et DF58. 14. Ibid., CZ74 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers DF22 et DF27. 15. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF6 ; DF5 ; DX91. 16. Ibid., ED16 ; ED24 ; CB19 ; CB18. 17. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ19 et EJ50. 18. Voir Entretien individuel hommes brigadiers CB7. 19. « Celui qui a foi en Dieu », prénom surtout masculin mais parfois mixte. 20. Voir Entretien individuel hommes brigadiers CB21. 21. Voir Entretien individuel femmes brigadières EJ20. 22. Ibid., CB19 et CB18. 23. « Sincérité » en mooré. 24. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers CB17 ; CB20 ; CB21 ; CB22. 25. Ibid., CB19. 26. Certificat d’études primaires (diplôme qui sanctionne six années d’études à l’école primaire et sans lequel il est impossible d’accéder au collège). 27. Voir Entretien individuel hommes brigadiers CB12. 28. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CB27 ; CB33 ; CB34 ; CB35 ; CB43 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers CB21. 29. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ39 et EJ40 ; voir Entretiens individuels personnel administratif FB8 ; FB10 ; FB12 ; FH20 ; FH21 ; voir focus groups hommes Ouagadougou B51. 30. Voir Entretien individuel femmes brigadières CB16. 31. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers CB21. 32. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ10 ; EJ16 ; EJ17 ; EJ19. 33. « Vendredi » : prénom masculin donné aux enfants nés le vendredi. 34. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DX31 ; DX34 ; DX35 ; DX38 ; DX40. 35. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DX13 ; DX14 ; DX15 ; DX43 ; DX47. 36. Ibid., CB48. 37. Voir Entretiens individuels personnel administratif H15 ; CB23 ; CB45. 38. Ibid., DF17.
14 | L'histoire de Tonnoma
39. « Poko » et « Raogo » : noms donnés aux jumeaux de sexes différents. Poko est un prénom féminin et Raogo un prénom masculin. 40. Pour des preuves scientifiques de cette subordination de l’épouse à son mari, se référer à l’article intitulé « Genre et prise de décision au sein du ménage au Burkina Faso (Gender and decision-making within the household in Burkina Faso) ; article de Bilampoa Gnoumou Thiombiano (Institut supérieur des sciences de la population, ISSP, Université de Ouagadougou, Burkina Faso), publié dans Cahiers québécois de démographie vol. 43, n°2, automne 2014. Disponible à l’adresse suivante : https://www.erudit.org/fr/revues /c qd/ 2 014-v43-n2-cqd01651/1027979ar/ (9 janvier 2015 pour la diffusion numérique). 41. Voir Entretien individuel femmes brigadières EV44. 42. Ibid., EV18. 43. Ibid., EP7 et EP27. 44. Ibid., EP5 ; EP9 ; EP10 ; EP16 ; EP36 ; EP37. 45. La cour désigne habituellement l’espace de vie commune à plusieurs familles vivant dans des appartements distincts d’une même maison, dans une même enceinte. 46. « La chance » : prénom donné plutôt aux filles. 47. « Mercredi » : prénom mixte donné aux enfants né un mercredi. 48. « Jolie » en mooré.
REFERENCES Gnoumou Thiombiano, Bilampoa. 2014. « Genre et prise de décision au sein du ménage au Burkina Faso ». Cahiers québécois de démographie (Institut Supérieur des Sciences de la Population, Université de Ouagadougou) 43 (2): 249–78. https://www.erudit.org/fr/revues /cqd/2014-v43-n2-cqd01651/1027979ar. Ministère de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et des affaires humanitaires. 2017. Tableau de bord statistique femme et genre 2016. Ouagadougou : Ministère de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et des affaires humanitaires. http://cns.bf/IMG/pdf /tableau_de_bord_statistique_2016_femme_et_genre_final.pdf. UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture). 2018. « Objectifs de développement durable : Burkina Faso ». http://uis.unesco.org/en/country/bf.
2
À l’aube de la rédemption
Tonnoma visite le chef du canton et lui explique les avantages du travail THIMO, espérant ainsi avoir son approbation. L’ayant obtenue, elle peut compter également avec le support de son mari. Les THIMO reçoivent une foule de demandes et l’admission se fait par loterie. Les diverses réactions des admis et des non-admis sont révélées. Le fait d’être sélectionnée donne à Tonnoma une vision de ses nouvelles possibilités en tant qu’employée rémunérée, telles que sa participation aux décisions de la communauté, et l’établissement d’un petit commerce. La jeune femme se prépare pour les THIMO et prend connaissance de la nature du travail. Une contrainte importante à son emploi reste la garde des enfants. Lors de la loterie, les femmes admises avaient caché leurs enfants.
AFFRONTER LES PREMIERS OBSTACLES Quelques jours plus tard, la décision de Tonnoma était fermement ancrée en elle, bien qu’elle eût conscience des obstacles pouvant entraver ses chances de succès aux THIMO1. Le plus gros obstacle serait d’obtenir l’approbation de son mari. Comme les autres hommes du village, Rawidi est resté fidèle aux traditions. Il était strict et changeait rarement d’avis. Elle aurait besoin de procéder avec prudence et d’avoir un bon plan pour obtenir son approbation? La seule personne capable d’influencer son mari était le chef du canton2, que Rawidi écoutait et respectait. Aussi Tonnoma décida-t-elle d’aller le consulter.3 Deux jours plus tard, elle se présenta très tôt à la cour du chef, pour éviter le pic de chaleur qui se manifestait dès dix heures. Il était assis dans la cour de sa maison sous le grand karité4 où il avait l’habitude de recevoir les visiteurs. Il lui désigna un des sièges disposés autour de lui. Elle s’assit, attendit qu’il lui adresse la parole, ce qu’il fit en prenant des nouvelles de sa
La prépondérance des femmes dans le projet d’emploi et de développement des compétences des jeunes (PEJDC) PEJDC se concentre sur l’embauche de travailleurs de la communauté locale. Il embauche des travailleurs sous-scolarisés et sans instruction. En conséquence, les femmes ont plus de chances d’être recrutées. Le quota de genre pour les projets de travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre (THIMO) est d’au moins 30 % de femmes. Cependant, à la loterie, plus de femmes sont embauchées que d’hommes (entretiens individuels avec des femmes membres de la brigade B29 et B30) car il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes. Le quota réel de genre atteint est de près de 65 %.
15
16 | L'histoire de Tonnoma
famille, puis en s’enquérant des raisons de sa visite. Tonnoma lui exposa sa situation familiale et les conditions difficiles que son ménage rencontrait. Les opportunités de travail étaient rares pour les femmes comme elle, et nulles pour celles qui n’avaient aucun diplôme. Par ailleurs, la grossesse ou l’allaitement étaient des facteurs éliminatoires ; les femmes étaient sous-représentées dans les emplois ou en étaient simplement exclues5. Tonnoma expliqua au chef les avantages et bénéfices qu’un travail dans les THIMO, officiellement ouvert aux femmes, aux non-diplômés et même aux non-alphabétisés, pourrait apporter à sa famille. Le chef l’écouta attentivement : « Avec cet emploi, a déclaré Tonnoma, je pourrais économiser de l’argent et démarrer une petite entreprise ou trouver un autre moyen de gagner de l’argent. Je pourrais aussi aider mon mari avec nos dépenses ménagères, aider à acheter des fournitures ou payer l’éducation et les soins de santé des enfants. Mais d’abord je dois obtenir son approbation » Le chef constata que Tonnoma respectait les normes sociales. Elle semblait incarner la femme « idéale » de sa communauté : soumise, obéissante et respectueuse. Il songea un instant à l’adage populaire qui disait que « la valeur et la fierté d’une femme se mesurent à la bonne gestion de son ménage »6. Par ses propos, Tonnoma put convaincre le chef de sa bonne foi et des éventuels bienfaits familiaux d’un travail aux THIMO. Dès que la jeune femme eût prit congé, il fit convoquer son mari. Celui-ci choisit de venir au coucher du soleil. Il faisait alors bien moins chaud, grâce à la fraîcheur naissante d’un air chargé de pluie. Arguments solides à l’appui, le chef relata au mari les doléances de sa femme. Rawidi comprit sur l’instant qu’il était impossible de contredire la décision du chef. Il était assez intelligent pour savoir le bien que sa famille tirerait d’un revenu supplémentaire. Pourquoi rater une telle opportunité ? Sa réponse fut claire : - « Si le chef approuve, cela signifie qu’un travail pour ma femme sera utile et bénéfique à toute la famille. En conséquence, je n’ai aucune objection. »
UNE CANDIDATE PARMI D’AUTRES En possession de toutes ces informations, Tonnoma était à présent sûre de répondre aux conditions de sélection. Il lui avait fallu demander de l’argent à son mari pour faire faire les copies des pièces à fournir au dossier. Rawidi avait d’abord hésité, mais vu la promesse faite au chef du village, il finit par acquiescer. À présent, elle attendait le jour de dépôt des dossiers où, de huit à seize heures, elle pourrait se rendre à la mairie. Le jour suivant, il y aurait une « séance de tirage au sort ». En effet, la procédure de sélection des quelques centaines de personnes que les THIMO recruteraient, sur les milliers de dossiers déposés, voulait que chacun vienne tirer le bulletin qui le désignerait heureux élu ou candidat malheureux. Pensant que la première étape du dépôt serait rapide, Tonnoma se présenta à la mairie vers dix heures. Elle fut étonnée de voir les jardins du bâtiment grouillant de monde7 : hommes et femmes se mêlaient et il était difficile de savoir qui dominait. Elle ne voyait qu’une foule immense et désordonnée8. Dans la cohue et la bousculade, chacun parlait sans s’adresser à personne en particulier, et la jeune femme prit conscience de l’événement exceptionnel auquel de nombreux jeunes et elle-même assistaient. Tous, diplômés, non- diplômés, scolarisés, non- scolarisés9 voulaient obtenir un emploi. Tonnoma croisa la fille d’une voisine qui possédait le BEPC10 et avait fréquenté le lycée
À l’aube de la rédemption | 17
jusqu’en terminale. Elle aussi se tenait dans les rangs, son dossier à la main. Elle dit à Tonnoma qu’elle avait dû cesser les études trois ans plus tôt par manque de moyens financiers et qu’elle était toujours sans emploi, malgré de nombreuses démarches restées sans suite11. Tonnoma fit la queue, sous le brûlant soleil burkinabé, de dix à treize heures avant de pouvoir enfin déposer le précieux document. Cinquante minutes de marche l’attendaient pour le retour, sans compter le passage chez sa belle-mère qui gardait son plus jeune enfant. Voilà quatre heures qu’elle était partie, il fallait faire vite. Sur le chemin, elle aperçût soudain sa belle-mère qui venait vers elle, son petit-fils sur le dos enfoui dans un pagne noué sur ses seins et à sa taille. L’enfant n’ayant fait que pleurer et inconsolable, sa grand-mère avait décidé de rejoindre sa maman pour qu’elle puisse l’allaiter, ce que fit Tonnoma sur-le-champ, en s’asseyant sur une pierre en bordure de route. Contemplant son fils, un nouveau souci la saisit : la garde de l’enfant. Au Burkina Faso, les enfants en bas âge avaient l’habitude de suivre leur mère partout. Ainsi le voulait la tradition, que la garde d’enfant soit disponible ou non. Si Tonnoma obtenait un travail, il lui faudrait trouver quelqu’un sur place pour s’occuper du petit12. Sa belle-mère la pressa de questions auxquelles elle répondit, décrivant la foule et commentant ses chances de succès vu la pléthore d’aspirants.
UNE LONGUE NUIT Une fois chez elle, Tonnoma finit rapidement ses travaux ménagers et mit les enfants au lit sans attendre13 avant d’aller se coucher. Elle devait se lever de bonne heure le lendemain, cuisiner le tô14 pour son mari et ses enfants, préparer ces derniers pour l’école et parcourir plus de trois kilomètres pour assister au tirage qui commençait à huit heures précises. Vu l’interminable file d’attente du matin, elle souhaitait être une des premières à tenter sa chance. Bien que fatiguée, elle ne put s’endormir et passa une longue nuit blanche. Son esprit fourmillait de projets et des changements que sa vie allait connaître si toutefois elle était chanceuse. À trois heures du matin, n’y tenant plus, elle était déjà debout. Pan, pan, pan ! Tandis que le village dormait encore, des coups de pilon résonnaient dans le silence nocturne. Tonnoma pilait le mil pour préparer le tô. La lune se profilait dans le ciel sombre et la jeune femme ne s’était pas rendu compte qu’il faisait encore nuit. La possibilité de gagner un salaire occupait toutes ses pensées et elle avait perdu la notion du temps. Au moment où le village s’éveillait, elle avait déjà fini sa cuisine.
LE TIRAGE AU SORT À six heures, Tonnoma atteignit la mairie. À sa grande surprise, elle constata que tout le monde était déjà là, et depuis longtemps. Elle se rangea en bout de file. Si tous ceux qui étaient devant elle tiraient le billet « oui », elle risquait fort d’être rejetée15. Les gens se bousculaient, et si certains se tenaient tranquillement dans la file, plusieurs personnes venant d’arriver tentaient de dépasser les autres16. La jeune femme était silencieuse, elle rêvassait. Parfois elle soupirait, parfois elle souriait ; parfois encore, elle marmonnait des phrases incompréhensibles
18 | L'histoire de Tonnoma
et inaudibles. Elle se sentait perdue dans la foule et la peur de tirer un « non » ne la quittait plus. Les femmes formaient une file distincte de celle des hommes17. Certaines étaient enceintes, d’autres allaitaient. Des enfants pleuraient et s’accrochaient à leur mère ; d’autres avaient faim. D’autres encore, juchés sur le dos maternel en plein soleil, criaient de tant d’inconfort18. La période des fortes chaleurs sévissait en même temps que les premières pluies. Le soleil était déjà ardent à cette heure matinale. Les cris des candidats se battant pour avoir une place dans les THIMO s’entremêlaient à ceux des enfants qui refusaient de rester à l’ombre sous surveillance d’une personne autre que leur mère19. Le bruit et la confusion régnaient. Le moment tant attendu arriva enfin. L’administrateur apparut et le tirage commença. Tonnoma aperçut Ki Kounandia un peu plus loin devant elle. Cette dernière la vit aussi, mais aucune n’osa quitter sa place de peur de perdre son tour. Elles se firent un signe de reconnaissance et d’encouragement. Les « oui » et les « non » se mélangeaient, mais le nombre de « oui » escompté n’était pas encore atteint. Des cris de joie se mêlaient aux cris de désespoir ou de regret et émanaient surtout du rang des femmes20. Tonnoma attendait patiemment. Pour elle, il y avait toujours un espoir puisqu’il restait encore des bouts de papier dans le bocal de tirage. Elle se disait : « Même si c’est le dernier oui, je voudrais faire partie de la liste des admis. Mon Dieu ! Aide ton enfant ! » Elle fut surprise de voir que les femmes enceintes et les femmes allaitant étaient tirées du rang21. Se trouvant loin derrière, elle s’empressa de confier discrètement Arzouma à Ki Kounandia qui revenait du tirage22 après avoir obtenu un « oui » et qui attendit Tonnoma pour repartir avec elle. Arrivée devant le bocal, Tonnoma y glissa la main et saisit un billet, le cœur battant. C’était un « oui » ! Submergée par l’émotion, elle resta pétrifiée pendant un court instant avant de reprendre ses esprits. Son enfant pleurait mais elle ne l’entendait pas. Elle répétait sans cesse : « L’espoir est permis. Dieu, merci, tu es merveilleux ! Tout vient à point à qui sait attendre ». Sur le chemin du retour, les deux femmes, toutes fières, poussaient des exclamations de joie, de soulagement et de plaisir anticipé. « - Et voilà ! À compter de ce jour, je suis fonctionnaire ! Moi aussi je vais travailler, avoir un salaire23 et ressembler aux autres. - Moi aussi, je suis fonctionnaire ! Maintenant je vais gagner l’estime des autres, m’afficher dans la société et mon avis comptera lors des rencontres de femmes. - Qui sait, peut-être qu’on me confiera un poste à responsabilité dans le groupe des femmes du village24. Je pourrai aussi épargner et faire le commerce de dolo25 ou de soumbala26 le jour du marché27. Cela me permettra d’être autonome et de décharger mon mari de quelques dépenses ; surtout, je n’aurai plus à emprunter ! »28 Sur ce, les deux amies se séparèrent. Tonnoma, arrivant à la maison, apprit qu’elle était la seule à avoir tiré un « oui » parmi les nombreuses femmes de la cour et du voisinage qui s’étaient présentées29. La nouvelle de son succès se répandit vite dans le village. Elle rayonnait de bonheur.
PRÉPARATIFS POUR LE TERRAIN : COMMENT CONTOURNER LES DIFFICULTÉS DU TERRAIN ? Avant de démarrer leurs activités, Tonnoma et les autres recrues avaient dû se faire vacciner et suivre une formation sur l’utilisation des outils de travail, l’organisation des travaux et les comportements sur le terrain. Ils avaient reçu des
À l’aube de la rédemption | 19
conseils pratiques pour assurer la cohésion des membres des équipes futures, et avaient appris à gérer les crises ou les conflits éventuels. Ils avaient aussi pris connaissance du règlement intérieur qui précisait en détail la conduite à tenir sur le terrain30. À présent, il suffisait d’attendre le début des activités. Le travail aux THIMO consistait, d’une part, en travaux individuels mais toujours en équipe, comme le creusage de trous, la fixation de poteaux, le tissage de grillage ; et, d’autre part, en travaux de groupe comme le nettoyage, le balayage, le compactage, le ramassage des ordures, etc. Tonnoma avait hâte de commencer à travailler et de recevoir son premier salaire à la fin du mois. Elle aspirait déjà à l’autonomie économique et pensait à l’adage populaire : « l’argent, c’est le nerf de la guerre ». Elle se répétait : « les gens disent que l’argent ne fait pas le bonheur... peut-être, mais il résout des problèmes et sauve de bien de situations graves ! L’argent aide à l’accomplissement de soi »31. Durant la période de formation, les brigadiers et brigadières, ainsi nommés dans les THIMO — ils faisaient partie de sous-groupes de travail nommés « brigades » — eurent l’occasion d’échanger quelques expériences. Chacun avait son histoire, sa préoccupation à partager. Ce jour-là, une violente pluie était tombée vers la fin de la séance de formation. Les persiennes en fer des fenêtres de la salle, restées ouvertes, laissaient entrer l’odeur appétissante de la latérite mouillée. Un vent rafraîchi par l’eau soulageait les visages luisant de sueur. Les conversations allaient durer jusqu’à la fin de l’averse. Jouant nerveusement avec une fleur pourpre de bougainvillée, une collègue de Tonnoma raconta : « Ma coépouse et moi avons ˝tiré˝. Elle a tiré ˝non˝, et quand elle a appris que j’avais tiré ˝oui˝, elle a pleuré pendant trois jours, jusqu’à ce que notre mari la secoue et la traite de jalouse pour la calmer. Elle m’a confié qu’il ne s’agissait pas de jalousie, mais qu’elle aurait souhaité être comme les autres, ne pouvant ignorer la situation économique de sa famille, particulièrement sa situation de précarité. » Un homme prit ensuite la parole. Lors d’un précédent échange, il avait mentionné qu’il avait tout juste l’âge limite pour postuler et que s’il avait tiré « non », il n’aurait plus jamais la possibilité de travailler aux THIMO. Il attira l’attention générale en déclarant : « - Moi aussi j’ai vu une femme se mettre à pleurer quand elle a tiré ˝non˝, parce que sa voisine, qui avait déjà participé aux premières activités THIMO, a pu économiser et entreprendre un commerce de vente de galettes32. Elle est devenue autonome et satisfait à ses besoins sans aucun recours extérieur. - C’est vrai » dit une autre. « J’ai assisté à la scène moi aussi. Cette femme se lamentait, disant que ses enfants risquaient de rater l’école cette année, leur père ne pouvant pas payer leur scolarité33. Je me souviens encore de ses paroles : ˝Deux de mes enfants ont dû quitter l’école pour faute de paiement. Dans les environs, toutes les femmes qui ont participé ont eu la chance d’être retenues ; je suis la seule malchanceuse. C’est pour cela que je pleure, je ne peux rien faire, j’ai les mains vides. Que Dieu donne longue vie à ce projet pour que je puisse participer aux travaux une prochaine fois !˝. Cette femme avait encore trouvé le cœur de bénir ce projet… Tout le monde compatissait. » Un long silence s’ensuivit, durant lequel chacun s’imaginait à la place de cette pauvre femme et prenait conscience de sa propre chance. Un homme plus jeune, assis près de celui qui avait abordé la conversation et qui n’avait cessé de secouer la tête en signe de désapprobation, ajouta :
20 | L'histoire de Tonnoma
« - De nos jours, les hommes exigent la participation des femmes dans les dépenses. Ils ne veulent plus être les seuls à contribuer. Certains préfèrent dépenser leur argent avec leurs maîtresses dans des bars34. Les femmes sont contraintes de prendre en charge la scolarité des enfants, leur santé et leur alimentation. - Oui » approuva avec conviction une autre femme. « Et c’est la raison pour laquelle les femmes veulent travailler, c’est pourquoi les femmes DOIVENT travailler35. » Les langues se déliaient, les témoignages continuaient. Une femme assise à côté de Tonnoma prit la parole à son tour : « - Mon cas à moi est problématique. J’ai tiré ˝oui˝ mais j’ai peur de la réaction de mon mari. Il ne veut pas que je travaille, mais que je reste à la cour. Même pour rendre visite à mes parents, il faut négocier, il faut demander la permission une semaine à l’avance et compter sur sa bonne humeur pour qu’il accepte36. C’est si compliqué pour nous les femmes ! Il est le chef de famille, je suis sous sa responsabilité. Si je le contredis, je risque d’être séparée de mes enfants. - C’est le lot de nous toutes ici, tu sais. Hum hum… ! », approuvèrent plusieurs voix. La femme hocha la tête et continua : - « Mais si je laisse mes enfants, qui va s’en occuper ?37 C’est pour eux qu’on se bat, n’est-ce pas ? Pour qu’ils aient un meilleur avenir. Pourtant mon mari n’a pas d’emploi permanent, il se débrouille comme il peut. Son revenu est faible et il a des difficultés pour subvenir à mes besoins et à ceux des enfants. - Et comment as-tu fait pour être ici alors ? » l’interrompit une voix masculine. « - J’ai pu postuler parce qu’il a obtenu un contrat d’une année loin du village. Donc, j’espère finir mon travail dans les THIMO avant qu’il revienne38. Je compte aussi sur la bonne foi et la bonne volonté des membres de ma belle-famille pour garder le secret. J’ai parlé avec eux de ma motivation et ils n’ont pas protesté. »39 Entendant tout cela, Tonnoma prenait conscience du fait que ses rencontres avec d’autres, rares jusqu’à présent, engendraient l’éveil de sa conscience. Les rencontres fournissaient le cadre de partage d’expérience, de découverte et de changement de mentalité. Comment prendre une quelconque décision sans ouverture sur le monde et sans opportunité ? C’est alors que quelqu’un aborda la question des enfants. Tonnoma fut de nouveau tout ouïe. Durant les nombreux échanges lors de cette période de préparation, elle avait découvert que la plupart des brigadières avaient, comme elle, des enfants à allaiter. Elles avaient toutes caché leurs enfants pour se faire accepter40. Mais en attendant le début des activités, il fallait trouver des stratégies pour gérer ces petits. On était en pleine année scolaire, et il était difficile de trouver des gardes d’enfant à demeure, les aînés ne pouvant pas s’occuper de leurs jeunes frères et sœurs. Tonnoma en savait quelque chose. Elle était consciente qu’il fallait garantir leur bien-être pour permettre aux mères de vaquer à leurs travaux. Lorsqu’elle avait dissimulé Arzouma le jour du recrutement, elle pensait : « L’important, c’est d’être recrutée. Quant à mon enfant, ma sœur pourra me venir en aide. Et si elle n’est pas disponible, je le mettrai sur mon dos pour travailler comme à l’habitude ». Elle avait oublié que le petit lui était très attaché et ne voulait jamais en être séparé41 ; elle avait aussi oublié de tenir compte de la durée du travail, du climat, des conditions dans lesquelles les activités seraient effectuées, ainsi que des conséquences possibles pour son enfant. Nombre de femmes allaitantes pensaient de même. Elles envisageaient de porter leur enfant sur le dos pour travailler toute la journée et ce, pendant les six mois de durée du contrat.
À l’aube de la rédemption | 21
Mais elles n’allaient pas tarder à découvrir les défaillances et les difficultés liées à la gestion des enfants sur le site du travail42. Les constats qu’elles avaient faits sur les difficultés liées à cette gestion n’étaient que des préliminaires par rapport à la mésaventure qui les attendait sur les sites. Durant cette concertation, une femme était restée en marge des autres et soupirait. Quand les autres femmes eurent fini de parler et s’apprêtèrent à rentrer chez elles. Il ne pleuvait presque plus, c’était le moment de s’échapper. C’est alors que la femme restée silencieuse prononça d’une voix forte et inquiète : « - Vous êtes contentes, hein ! Au moins vos problèmes ont une solution. Chacune sait maintenant comment elle pourra contourner les contraintes. Mon problème à moi est différent. Je suis en début de grossesse. L’administrateur l’ignore encore. Mais qu’adviendra-t-il de moi dans les mois qui suivent ? Vont-ils me laisser travailler ou bien serai-je remerciée ? La procréation et la maternité réduisent encore les chances des femmes de pouvoir travailler. Si je pouvais trouver une solution à mon problème, je serais bien apaisée. » Les femmes se tournèrent vers elle et la regardèrent avec compassion. Quand elle se tut, les participantes lui répondirent à l’unisson : « On te défendra ! ».
NOTES 1. 2. 3. 4.
5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31.
Voir Entretiens individuels femmes brigadières EP29 et EP31. Voir Entretien individuel hommes brigadiers FB17. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EV31 ; EV32 ; EV36 ; EV74. Grand arbre tropical de quelques pays du sud du Sahara. Les femmes extraient des noyaux de ses fruits verts et sucrés une huile et préparent un beurre utilisé pour la cuisson et les soins cosmétiques. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CB22 et CB27. Voir Entretien individuel membres de famille CM22. Voir Entretien individuel femmes brigadières B23. Ibid., DF17. Voir Entretien individuel personnel administratif H6. BEPC : Brevet d’études du premier cycle, examen de passage obligatoire du collège au lycée (trois années de la classe de seconde à la terminale). Voir Entretien individuel femmes brigadières CB25. Ibid., FB6. Ibid., EV24 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers FB37. Pâte à base de farine de mil ou de maïs qui accompagne différentes sauces. Voir Entretien individuel femmes brigadières B20. Ibid., H37 ; H38 ; H39 ; H41 ; Entretien individuel hommes brigadiers B5. Voir Entretiens individuels femmes brigadières B24 ; B26 ; B33. Ibid., FB22. Ibid., FB25 et FB53. Focus groups hommes Ouaga B75. Voir Entretiens individuels femmes brigadières T13 ; T15 ; T23. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers FB4 et FB6. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CZ22 et CZ70. Ibid., CZ41 ; CZ71 ; CZ74 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers DF23. Boisson locale alcoolisée et préparée à base de mil germé. Épice faite à base des grains du néré fermentés, à très forte odeur, et utilisée dans l’assaisonnement des mets locaux. Voir Entretien individuel femmes brigadières CZ35. Ibid., CZ38 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers DF18. Voir Entretien individuel femmes brigadières DF61. Ibid., B21 ; B26 ; B31 ; B43. Ibid., CT22.
22 | L'histoire de Tonnoma
32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 40. 41.
Voir Focus groups hommes Ouaga B75. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DX51 ; DX90 ; DX83 ; DX76 ; DX74. Ibid., DX57 ; DX60 ; DX62 ; DX71 ; DX72. Ibid., DX50 ; DX58 ; DX59. Ibid., EP5. Ibid., EV25. Ibid., EV19 et EV20. Ibid., EJ74. Voir Entretien individuel hommes brigadiers FB6. Voir Entretien individuel personnel administratif CB17 ; voir Focus groups hommes Ouaga B113. 42. Voir entretien individuel femmes brigadières AL65.
3
L’emploi
Les THIMO démarrent avec l’organisation des tâches. Tonnoma et ses collègues prennent conscience du conflit entre l’accomplissement du travail et leurs charges ménagères, ainsi que la pression créée par l’emploi rémunéré et la satisfaction des besoins familiaux. - Les femmes enceintes, allaitantes et amenant les enfants sur le site essuient des reproches de manque de productivité. Elles s’organisent pour garder les enfants en rotation. - Les risques liés au travail deviennent apparents pour les employés et les enfants : poussière, insectes, serpents, bactéries et pesticides, entre autres.
JOUR J Après l’administration de vaccins préventifs aux recrues, le jour vint du grand rassemblement à la mairie pour le démarrage des activités THIMO. Femmes et hommes avaient été convoqués à huit heures pour la prise de contact, la distribution des outils de travail, la répartition des équipes et les précisions sur les sites d’intervention. La ponctualité était de rigueur, il fallait être à l’heure pour faire bonne impression et garder la confiance de l’employeur. Tonnoma habitait assez loin et n’avait pas de moyen de locomotion. Par précaution, elle était allée emprunter le vélo d’une voisine la veille au soir1. Ce jour fut aussi celui de la rupture avec sa routine quotidienne. Elle se disait : « Aujourd’hui, une autre vie commence pour moi. Je vais faire de nouvelles rencontres, tisser des liens avec les collègues2, faire autre chose que les tâches ménagères. Je vais apprendre comment me comporter avec les autres en dehors du cadre familial. Ah ! que c’est excitant d’aller à la découverte du monde ! Je dois cependant m’organiser pour ne pas décevoir mon mari et le faire changer d’avis. Si je fais des bêtises, le chef ne me soutiendra pas. J’ai intérêt à bien me comporter au travail et à la maison3. » À cinq heures trente, Tonnoma terminait de préparer le petit déjeuner pour sa famille. Puis elle apprêta les enfants pour l’école car il fallait maintenir une bonne ambiance familiale et ne rien négliger4. À six heures, son petit déjeuner
23
24 | L'histoire de Tonnoma
terminé, elle se mit en route et parcourut à vélo la piste de terre sèche dorée. Le vent matinal levait la poussière rose sahélienne qui lui piquait le nez et les yeux. Dans son village, rares étaient les femmes qui possédaient un vélo. Généralement, ils appartenaient aux hommes comme moyen de transport des marchandises de colportage. De nombreuses femmes avaient des difficultés pour se rendre sur les sites à cause de leur éloignement et du manque de transport5. Il fallait aussi amener les jeunes enfants, ce qui compliquait encore la situation. L’alternative était de se lever très tôt et d’emmener les enfants dans des charrettes tirées par des ânes jusqu’au point de rendez-vous6. Celles qui n’avaient pas de charrette devaient emprunter un vélo à leur entourage. Tonnoma n’ayant pas l’habitude de rouler à Source : © Ollivier Girard / CIFOR. Utilisé avec la permission d’Ollivier Girard bicyclette, son trajet fut un véritable parcours du / CIFOR ; autorisation supplémentaire requise pour la réutilisation. combattant7. Elle pédalait avec difficulté et très lentement, le vent la fouettait de face et la ralentissait, d’autant plus qu’Arzouma était solidement enroulé dans un pagne sur son dos. Elle l’avait en outre recouvert d’une toile de coton vert pour le protéger de la poussière. La broderie caractéristique en forme de cœur, et parfois de fleurs décorant ce pagne, prévenait quiconque que la femme l’arborant portait un être fragile sur son dos, et qu’il fallait faire attention. Tonnoma avait l’habitude des travaux physiques parfois pénibles, mais pédaler sur un vélo pour la première fois lui sembla dix fois plus difficile. En cours de route, le petit se mit à crier et la jeune femme dût s’arrêter pour le nourrir et le calmer, ce qui la retarda d’une trentaine de minutes. Elle atteignit la mairie au moment où les brigadiers et brigadières s’approchaient du superviseur pour entendre l’appel. Elle gara vite son vélo et se précipita vers le groupe. Elle était essoufflée et transpirait. Elle avait dû pédaler un peu plus vite pour rattraper son retard. Ses vêtements étaient trempés, comme si la pluie l’avait battue en pleine saison sèche ! L’appel commença. Quand un nom tombait, une voix répondait « Présent ! ». Quand vint le tour de Tonnoma, elle leva sa main et répondit très fort, d’une voix cassée et perdue : « C’est moi-même, je suis venue ». Le groupe éclata de rire. Après l’appel, les équipes de travail furent constituées et on leur expliqua l’organisation du travail. Toutes les équipes étaient composées d’hommes et de femmes, et chacun devait accomplir le même travail. Les brigadiers et brigadières reçurent ensuite leur matériel : blouses, bottes, gants, pelles, pioches, brouettes, balais, masques à poussière ou cache-nez et autres outils adaptés aux activités et à utiliser sur le terrain8. La plupart des brigadières affectées dans des centres de santé portaient des uniformes. Ce fut une fierté pour elles de les vêtir et d’afficher ainsi leur statut professionnel9. Entre eux, les brigadiers et brigadières murmuraient : « Toute personne qui nous croisera saura qu’on est différents, qu’on est utiles »10. Le seul port de blouse les distinguait, et c’était aussi une fierté de se sentir autre. PHOTO 3.1
Une femme and un enfant sur un velo, Burkina Faso
L’emploi | 25
PREMIÈRES EXPÉRIENCES La première séance sur le terrain était un jour de test et d’observation. Avec toutes les activités préliminaires, il était impossible de se rendre sur un site éloigné de la mairie. Il était déjà onze heures et le soleil, presque à son zénith, dardait ses rayons brûlants ; la chaleur alourdissait l’atmosphère en montant du sol surchauffé. Cette intervention de terrain débuta par le nettoyage et le désherbage de l’enceinte même de la mairie, ainsi que le désherbage d’un espace réservé aux activités culturelles et sportives, situé sur le côté du bâtiment. Tonnoma se trouvait dans l’équipe de désherbage. Les femmes allaitantes avaient toutes leur bébé sur le dos, solidement emmitouflé dans un pagne qui ne laissait dépasser que la tête et les jambes. Elles ne se connaissaient pas encore et échangeaient peu. La plupart d’entre elles se rencontraient pour la première fois et n’avaient pas eu l’opportunité de se concerter à propos de la garde d’enfants. Il fallait donc se débrouiller pour l’instant. La sœur de Tonnoma, qui aurait pu s’occuper de son petit, s’était rendue au centre urbain de la commune pour une proposition de travail. À midi, la température était devenue intenable et les cris d’enfants se mêlaient au bruit des machettes coupant les arbustes et les mauvaises herbes, et à celui des pelles ramassant les d’ordures. La poussière rose du sol formait un nuage et flottait au-dessus des travailleurs. Les mamans portaient des masques mais pas les enfants. Très vite, ceux-ci se mirent à tousser, certains vomissaient, d’autres donnaient des coups de pied à leur mère et voulaient sortir du pagne. Les femmes n’avaient pas pensé à apporter de quoi les nourrir. Les uns pleuraient parce qu’ils avaient faim, les autres parce qu’ils avaient chaud et du mal à respirer. Les insectes piquaient les travailleurs et les enfants. Tous se grattaient comme s’ils avaient la gale. Même les adultes, brigadiers et brigadières, éprouvaient de plus en plus de mal à travailler au fur et à mesure que le temps passait. Beaucoup ignoraient les difficultés de ce type d’activité et le temps nécessaire à son exécution. Ils n’avaient pris aucune disposition ; le port des vêtements de travail lui-même réduisait leur aptitude et ralentissait leurs efforts. Il n’était pas aisé de porter bottes et gants pour la première fois. Tous ces facteurs mettaient un frein au déroulement des travaux11. La saison pluvieuse ne faisait que commencer. Le terrain n’avait pas été débroussaillé depuis plus d’un an. La végétation sèche et fraîche se mêlait, l’herbe était touffue et les buissons d’épineux bien développés. De cet enchevêtrement végétal, un serpent surgit soudain. Les femmes se mirent à courir vers l’abri avec les enfants mais les hommes, qui l’avaient pris en chasse, revinrent bredouille : le reptile avait réussi à se faufiler dans un trou. Des difficultés persistaient au niveau du désherbage. Les participants aux activités du précédent contrat avaient relaté des cas de morsures de serpent12. Les employés possédaient leur matériel de protection et une assurance de prise en charge en cas d’accident du travail, mais les enfants n’étaient pas couverts13. Les mères n’avaient pas le temps de s’occuper des enfants14. Il n’y avait aucune aire ombragée où les déposer. Et de toute façon, il n’y avait personne pour les surveiller et les mettre à l’abri en cas d’accident ou de danger comme des piqûres d’insecte ou de scorpion, des morsures de serpent, etc.15. Ainsi, ce premier jour fut extrêmement difficile pour les enfants exposés aux aléas du soleil, de la poussière et des mauvaises odeurs16.
26 | L'histoire de Tonnoma
Au moment du recrutement, les femmes allaitantes avaient contourné les clauses en cachant qu’elles avaient des enfants17. Elles ignoraient les types d’activité à réaliser, ne savaient pas dans quelles conditions elles s’effectueraient et si elles étaient conciliables avec la présence d’enfants18. Elles étaient pourtant habituées à accomplir leurs tâches quotidiennes avec leur enfant sur le dos : cultiver, préparer le tô, faire la vaisselle, puiser de l’eau, piler le grain pour la farine. Certaines n’avaient aucune assistance pour faire garder leurs petits, d’autres avaient des enfants capricieux qui refusaient d’être confiés à quelqu’un d’autre que leur mère19. À domicile cependant, les mères avaient la liberté de suspendre leurs activités et de les reprendre à leur guise, elles n’étaient pas contraintes de porter les enfants sur le dos toute la journée. La plupart du temps, ceux qui étaient sages étaient mis sous la surveillance d’une tierce personne, une connaissance ou un membre de la famille. Mais si les activités ménagères prédisposaient rarement les enfants aux maladies, les THIMO ne se rangeaient pas dans la même catégorie. Ils les exposaient aux microbes et aux accidents, et il fallait se montrer très vigilant pour garantir leur sécurité20. Le superviseur observait le travail et les attitudes des uns et des autres. À l’heure dite, il annonça la fin des travaux. Puis il invita tout le monde à s’approcher pour entendre le programme du jour suivant. Il restait une partie de terrain à désherber. Comme il y avait trois équipes, il décida qu’une équipe terminerait le désherbage et que les deux autres creuseraient des trous pour installer des poteaux de pose du grillage autour du périmètre maraîcher. Les membres de ces deux équipes, dont Tonnoma faisait partie, pourraient se rendre directement sur le site indiqué sans avoir à passer par la mairie21. Le site désigné était situé à trois kilomètres de la cour de Tonnoma, dans le sens opposé à la mairie. Le superviseur fit ensuite le point sur la journée et annonça : « - Avant de vous libérer, j’ai une remarque à faire : j’ai constaté que presque toutes les femmes ont amené des enfants. Leurs pleurs perturbent et ralentissent les travaux. Dorénavant, je vous recommande de les laisser à la maison ou à la charge de quelqu’un d’autre. Si vous persistez, vous serez remplacées par d’autres personnes plus productives, »22 Il marqua une pause et poursuivit son propos sans prêter attention aux murmures de protestation visiblement féminins qui s’élevèrent sans attendre. « - Par ailleurs, j’ai vu que certains d’entre vous avaient enlevé leurs gants, sans doute pour travailler plus rapidement. Mais vous devez utiliser le matériel qui vous a été distribué. Ceci non seulement pour faciliter le travail, mais aussi pour assurer votre sécurité. Ces dispositions sont prises pour minimiser les risques et il est obligatoire de respecter les instructions. Celui ou celle qui n’utilise pas les équipements mis à sa disposition sera sanctionné et pointé comme étant absent. »23 Tonnoma ne dit pas un mot. Elle essayait d’atténuer le nœud qui s’était formé dans sa gorge.
RIPOSTE TOUTE FÉMININE Face aux risques de renvoi qu’encouraient les femmes allaitantes, une réunion « d’urgence » fut convoquée dès le départ du superviseur24. La présence des enfants sur les sites perturbait en effet les travaux ; les pauses prolongées ralentissaient les tâches et expliquaient le faible rendement des mères.
L’emploi | 27
Cette situation provoquait des conflits d’intérêt, d’une part lorsque l’activité était exécutée en équipe et, d’autre part, entraînait un faible revenu lorsque l’activité était payée à la tâche25. Outre les difficultés créées par la présence des enfants sur les sites, certaines activités spécifiques Une solution de baby-sitting étaient difficiles à concilier 26. L’épuration des caniveaux par exemple, le nettoyage des routes non Pour éviter les conflits avec les superviseurs, la solution fermées, le balayage, le creusage de trous et des puits, immédiate envisagée par les brigadières fut la le désherbage, l’utilisation des pesticides, etc., surveillance alternée ou rotative des enfants par les 27 affectaient les petits . Il fut question de cas très inquiébrigadières elles-mêmes. Cette proposition fut acceptants : noyades28, blessures causées par des tessons de tée par toutes les femmes. Même celles qui n’amenaient bouteille, des pierres ou des pioches29 et infections pas d’enfants sur les sites ont proposé leur soutien aux liées à l’insalubrité des sites30. mères allaitantes pendant leur période de pause. La femme qui avait organisé la réunion prit la parole : « - La majorité des femmes ici présentes ont des enfants. Vous avez vous-mêmes constaté combien ils souffrent et comme ils ont perturbé notre travail aujourd’hui31. Nous avons lutté pour obtenir cet emploi et nos efforts ne doivent pas être vains. Nous avons besoin d’argent et nous avons tout intérêt à bien travailler sous peine d’être renvoyées32. - On est toutes d’accord. Mais comment allons-nous faire s’il n’y a personne pour prendre soin de nos petits à la maison pendant toute une journée ? - Écoutez, s’il est difficile pour chacune de trouver une garde d’enfant, je suggère que les mamans mettent en place une garde alternée. Cela nous permettra d’être plus productives et nos petits seront à l’abri du danger et des risques33. Voyez vousmêmes comme ils sont épuisés, ils finiront par attraper la fièvre, par tousser constamment à force de respirer la poussière et rester si longtemps sous le soleil brûlant !34 - C’est une excellente idée ! » s’exclamèrent plusieurs d’entre elles. « Nous allons commencer tout de suite. Et nous établirons un roulement de pause officielle en nous remplaçant mutuellement. De cette façon, les enfants seront surveillés et le travail ne sera plus perturbé. » Cette solution fit l’unanimité ; les femmes qui employaient des baby-sitters à la maison les amèneraient sur le site pour surveiller les petits pendant que les mamans travailleraient, la meilleure solution étant bien sûr de laisser l’enfant à la maison35.
ACCESSIBILITÉ DES SITES Les horaires de travail applicables dès le lendemain étaient de sept à quatorze heures. La ponctualité était de mise et était vérifiée chaque jour par appel entre le début et la fin des travaux. Il fallait être assidu. La paresse, les retards et les absences injustifiés n’étaient pas tolérés36. S’ils se répétaient, des sanctions seraient imposées, telles que le non-pointage qui entraînait une retenue conséquente sur le salaire mensuel, voire un renvoi37. Selon le témoignage d’une brigadière, sa coépouse qui avait participé au recrutement précédent avait risqué d’être renvoyée à cause de plusieurs retards injustifiés38. Sa cour était assez éloignée de certains sites d’intervention39 et elle devait s’y rendre à pied, ce qui expliquait ses retards, mais ne les justifiait
28 | L'histoire de Tonnoma
aucunement ; elle était censée prendre les dispositions nécessaires pour respecter les horaires. En conséquence, elle avait subi des réductions de salaire durant les premiers mois ; après avoir pu acheter un vélo, son problème fut réglé. D’autres femmes étaient retardées à la maison par leur mari40 ; il leur était difficile de trouver l’équilibre entre les exigences de ponctualité au travail et les obligations du ménage41. Sur le chemin du retour, ce premier jour, Tonnoma réfléchissait à la nouvelle épreuve qui l’attendait. En effet, elle devait retourner le vélo emprunté à la voisine et n’avait aucun autre moyen de déplacement que la marche à pied. Il fallait de toute urgence trouver une solution intermédiaire. Comment allait-elle atteindre les sites les plus éloignés sans moyen de transport ? « Mon mari a un vélo, son jeune frère également mais tous deux les utilisent pour le colportage. Il y a aussi ce vieux vélo en panne laissé à l’abandon… Si j’avais un peu d’argent, je pourrais essayer de le faire réparer en attendant de pouvoir m’en acheter un neuf. Ah, qu’il est important d’avoir son indépendance financière ! Sans cela je vais passer tout mon temps à exposer mes problèmes aux autres pour obtenir des miettes42. Et il va falloir qu’on accepte de me faire un crédit. Mais celui-ci ne s’obtient que si on peut justifier d’un revenu. Qui va prêter de l’argent à quelqu’un vivant aux dépens des autres ? Comment le prêteur sera-t-il remboursé ? Bon ! Peut-être que rien n’est perdu puisque je toucherai un salaire à la fin du mois, voyons si j’aurai de la chance. » Tonnoma fit d’abord une escale chez la femme de son cousin qui lui avait prêté le vélo, pour prolonger son temps d’utilisation en attendant que la bicyclette en panne soit réparée43. Celle-ci donna spontanément son accord à sa parente44.
EMPLOI ET RESPONSABILITÉ FAMILIALE À cause de la réunion après le travail, de ses arrêts pour allaiter Arzouma et du détour chez son cousin, Tonnoma arriva à la maison presqu’à la nuit tombée. Tous étaient inquiets et l’attendaient impatiemment. Ses deux aînés, Zounogo et Arba, avaient trouvé la maison vide au retour de l’école. C’était une première, pour eux aussi ! Ils se tenaient sur le seuil de la porte d’entrée en compagnie de leur père. Rawidi poussait de profonds soupirs et s’interrogeait : « Est-ce que je n’ai pas fait une erreur en lui permettant de travailler ? C’est le premier jour et elle n’est toujours pas rentrée. Que fait-elle sur la route ? Que lui est-il arrivé ? Il fait nuit, les enfants ont faim et devront bientôt aller se coucher. À quelle heure allons-nous manger ? À ce rythme, je ne pourrai pas supporter ça longtemps. Pourtant, elle m’avait assuré que les activités finissaient un peu tôt et qu’elle pouvait gérer ses heures de travail et le ménage. Hum ! Qu’elle revienne d’abord saine et sauve, après on verra. »45 Alors qu’il faisait déjà un peu sombre, on entendit Tonnoma qui saluait quelqu’un dans le lointain. Les enfants commencèrent à pousser des cris de joie : « Maman, maman ! ». Sur ce, le mari rentra très vite dans la cour avant même qu’elle n’apparaisse. Quand Tonnoma entra, tout le monde était furieux. Les frères de son mari et leurs femmes étaient là aussi en compagnie des enfants. Tous l’attendaient. Pour calmer la situation, d’une voix basse et d’un air pitoyable, elle expliqua en détail les raisons de son retard. Il n’y avait pas de téléphone et elle n’avait pas pu alerter son mari. Ses excuses furent acceptées après qu’on l’eût sermonnée. Rawidi la mit en garde et lui enjoignit de prendre toutes les
L’emploi | 29
dispositions nécessaires pour que cela ne se répète pas. Les dispositions en question devaient mettre le mari et les enfants à l’aise en toutes circonstances, le minimum étant de toujours prévoir de la nourriture pour eux avant de s’absenter46. Cette nuit-là, Tonnoma ne put fermer l’œil. Arzouma avait toussé incessamment et son petit corps était brûlant. Au matin, elle était épuisée. Levée encore plus tôt que d’habitude, elle finit ses travaux ménagers avant de se rendre au travail. L’enfant était certainement malade à cause de l’inconfort de la veille sur le site du travail47. Elle-même se sentait abattue et patraque, et l’insomnie n’arrangeait rien. Mais elle ne pouvait pas s’absenter dès le deuxième jour, au risque d’être remplacée par une personne sur la liste d’attente. En prenant congé de la maisonnée, elle précisa à son mari qu’elle passerait au dispensaire avant d’aller sur le site, afin de faire examiner Arzouma. Pour minimiser les désagréments, et forte des leçons de la veille, Tonnoma emporta avec elle un bidon de cinq litres d’eau et de la nourriture pour elle et son enfant. Sa situation économique avait toujours été très compliquée48. Elle était angoissée par les prochains termes des quelques crédits qu’elle avait contractés et n’avait pas d’autre issue que ce travail rémunéré, presqu’un miracle49. Elle ne pouvait compter sur aucune autre source de revenu. C’était très important pour elle de travailler et subvenir à ses besoins. Pour rien au monde, elle ne voulait que ses enfants connaissent le même sort qu’elle. Elle se battait pour le bien-être familial, pour elle-même et pour ses enfants, et était prête à tous les efforts et sacrifices possibles pour sortir sa famille de cette pauvreté. La nécessité et le rêve de jours meilleurs lui donnaient des ailes50. Sans même qu’elle en ait conscience, ses jambes pédalaient plus vite, comme si elle allait atteindre ce futur tant rêvé à vélo. Jour après jour, tout en honorant ses tâches ménagères et ses obligations familiales, Tonnoma allait aussi honorer son engagement professionnel. Ainsi démarrèrent ses premiers jours de travail dans le projet THIMO.
APTITUDES ET ÉCHANGE DE CONNAISSANCES Le travail du jour consistait à creuser des trous, et pioches et pelles devraient être utilisés à cette fin. Les marques des trous étaient alignées à distance régulière. La formation des recrues devait leur permettre de bien utiliser les outils mis à leur disposition51. Un tel renforcement des capacités était indispensable, car à chaque outil correspondait un mode d’emploi spécifique. Tonnoma savait comment procéder en théorie. Mais il s’agissait là d’une tâche individuelle et son analphabétisme fut le premier obstacle à la réalisation de cette activité. En effet, le creusage des trous demandés exigeait le respect des mesures précises indiquées : il fallait qu’elle trouve la technique pour reporter les distances au sol correctement. Comment s’y prendre ? Au sein de son équipe se trouvaient quelques employés instruits. Sans hésiter, elle sollicita leur assistance et demanda à l’un d’eux de mesurer la distance entre deux trous. Elle transféra la distance sur un morceau de bois rectiligne et s’en servit comme mesurette. Les autres membres de l’équipe, hommes et femmes analphabètes, l’imitèrent aussitôt. Elle fit ainsi la preuve que le travail dans les THIMO favorisait le partage d’expérience, l’apprentissage et l’éveil des consciences52.
30 | L'histoire de Tonnoma
ESPRIT D’ÉQUIPE ET ÉQUITÉ Pour éviter les tensions, les tâches étaient réparties équitablement entre les membres de l’équipe.53 Chacun avait un nombre donné de trous à creuser par jour. Si cette directive n’était pas respectée, le pointage était supprimé et la journée n’était pas payée. Une femme enceinte sur le terrain était sujette à de fréquents malaises ; elle travaillait avec peine et se montrait visiblement peu apte aux travaux pénibles. Les employeurs évitent généralement de les embaucher, du fait de leur fragilité qui ralentit le rendement. L’état de grossesse devient un obstacle supplémentaire réduisant les chances de travail de ces femmes. L’employeur veut avant tout des résultats, ce qui défavorise incontestablement les femmes enceintes54. bien qu’elle fasse de son mieux. Il s’ensuivit que le superviseur décida de la congédier55, mais les protestations partagées des brigadiers et brigadières du groupe l’en empêchèrent. Les uns disaient que les femmes enceintes sont fragiles et doivent rester au repos jusqu’à l’accouchement pour éviter les risques de fausse couche56. Les autres demandaient qu’elle soit assignée à des travaux moins pénibles et de courte durée avec du matériel adéquat, par exemple le nettoyage et le balayage avec un balai à longue manche mieux adapté57. À la surprise du superviseur, certains hommes défendaient également les femmes enceintes, clamant que la grossesse est un processus normal de la procréation, qu’il fallait l’accepter tout en donnant aux femmes la chance de travailler. « - Elles sont nos mères et donnent la vie. Il faut leur confier les tâches aisées comme le balayage et le nettoyage des bureaux ; vous devez leur donner la chance de faire leurs preuves. »58 Les femmes renchérirent en posant des questions fort pertinentes. Une femme, au motif qu’elle est enceinte, n’a-t-elle aucun besoin à satisfaire ? N’a-telle pas besoin d’argent comme les autres ? N’a-t-elle pas le droit de travailler pour gagner cet argent ? Les femmes négocièrent pendant quelque temps avec le superviseur et il fut convenu que leur collègue assurerait la surveillance des enfants, tandis que ses tâches seraient partagées entre elles. Les mères prêteraient attention, si nécessaire, aux pleurs et appels de leurs enfants59. Ses capacités physiques et son aptitude étant limitées par sa grossesse,60 elle produisait un plus faible rendement que ses collègues, Tonnoma était émerveillée de ce qu’elles avaient accompli en présentant un front uni. Elle se souvenait que tous avaient promis de défendre la femme enceinte pendant les formations préliminaires, lorsqu’elle avait fait part de ses craintes. Tous les brigadiers et brigadières avaient chacun le même nombre de trous à creuser. Tous travaillaient avec acharnement et détermination pour ne pas perdre de temps. Les hommes se disaient plus forts et plus résistants que les femmes et des rivalités naissaient entre les deux sexes et même entre les femmes. Celles-ci redoublaient d’efforts pour gagner du temps et finir les premières61. Complètement absorbée et débordée par son travail, Tonnoma n’entendait pas son enfant pleurer, lorsqu’une voix d’homme s’éleva : « Hé ! Le travail d’accord, mais les enfants d’abord ! ». Alors elle tendit l’oreille et reconnut les pleurs d’Arzouma. Il était malade et ne supportait pas d’être éloigné de sa maman. Il pleurait sans cesse et sa mère devait faire de multiples pauses pour prendre soin de lui, le calmer et le nourrir. Elle ne put se concentrer sur le travail que
L’emploi | 31
lorsque l’enfant s’endormit après avoir mangé. La conséquence de tous ces arrêts ne resta pas ignorée longtemps : elle avait deux trous de retard sur les autres et redoubla d’efforts pour finir le travail62. Tandis que Tonnoma revenait sur le site après qu’Arzouma se fut endormi, elle entendit des chuchotements et des protestations sur son passage. Une brigadière disait : « On voit ce que tu fais, cette activité est quantifiable63. Le jour où l’implication de chacun sera difficilement mesurable comme pour le nettoyage ou le désherbage, ce sont les autres qui vont compenser ou rattraper ton retard. Est-ce que tu vas partager ton salaire ? Tu as intérêt à travailler et à ne pas profiter des autres ». Une autre voix s’éleva plus loin : « …une fainéante qui profite de son enfant pour ne pas travailler »64. Une autre dit encore : « Toi qui parlais de rédemption, penses-tu que ce sont les autres qui vont t’aider à sortir de la vie misérable qui est la tienne ? Chacun pour soi, Dieu pour tous. » Les hommes eux-mêmes n’étaient pas en reste, ils prirent sa défense : « Laissez-la ! Les femmes sont égales aux hommes ici, elle finira au même moment que nous autres. On ne fait pas un pari sur le labour d’un champ pendant la saison des pluies ! Il faut laisser chacun faire ses preuves en lui donnant une daba65 et un espace cultivable. On évaluera ainsi les compétences de chacun ». Les femmes accompagnaient leurs propos de sifflements de suprême mépris, les joues pressées contre les dents et les lèvres en cul de poule : « Tchruuuuurrr ! ». Tonnoma avait les larmes aux yeux, mais ne pouvait rien dire. Le cœur serré, elle augmenta sa vitesse de creusage. Certes, les mêmes brigadiers et brigadières s’étaient mis d’accord pour laisser les femmes allaitantes s’occuper de leur bébé pendant qu’elles continuaient le travail. Mais voilà que les promesses étaient déjà oubliées à la première occasion et tout devenait confus. Certaines femmes voulaient s’octroyer de nombreuses pauses ou rester avec les enfants pendant des heures, sous prétexte qu’elles allaitaient des bébés âgés de six à douze mois66. Toutes n’étaient pas paresseuses, la vie de femme au foyer n’est pas de tout repos. Mais leurs tâches ménagères non rémunérées n’étaient pas régies par des normes et des règles telles que la précision des heures de travail, le respect des programmes d’activité, la ponctualité, l’assiduité, la rigueur dans le respect des instructions, etc. avec un barème et un règlement intérieur67. Des disputes naissaient ainsi entre les femmes ayant leur enfant sur le site et celles qui étaient seules, car cela créait un rythme de travail différent entre les deux groupes68. « Là où il y a des enfants, il n’y a pas de sérieux ! » marmonnaient quelques hommes69. Il existait sans nul doute quelques femmes qui, pour ne pas travailler, multipliaient les pauses d’allaitement70. Mais Tonnoma était déconcentrée et ralentie par les pleurnichements incessants de son fils71. Ses multiples arrêts furent interprétés comme un signe de paresse. Piquée dans sa fierté, Tonnoma redoubla d’ardeur. Ce jour-là, l’activité était payée à la tâche. Au moment où tous ses collègues finissaient, il lui restait un demi-trou à creuser. Elle avait vingt minutes, temps insuffisant, pour atteindre la profondeur requise. Mais le superviseur, au vu de son dévouement et de sa détermination, lui accorda trente minutes de plus pour terminer sa tâche. Dès qu’elle eut fini, le superviseur rassembla tout le monde et dit : « C’est terminé pour aujourd’hui ». Il fit le point des travaux et insista sur le respect mutuel entre collègues. Il rappela que les injures et les moqueries étaient interdits. Il avait entendu les commentaires et les sous-entendus des uns et des autres et ajouta que si cela se reproduisait, des sanctions s’appliqueraient aux
32 | L'histoire de Tonnoma
concernés ou à toute l’équipe72. Il expliqua que « le creusage des trous n’est pas nouveau dans la localité mais les hommes, du fait de leur force physique, sont plus aptes et plus habiles que les femmes. Ils ont aussi l’habitude de creuser des puits et parfois des trous sur les sites d’orpaillage, ce qui facilite leur tâche. Ce que nous recherchons avant tout, c’est un travail de qualité ». Ki Kounandia avait remarqué combien son amie était peinée par les remarques désobligeantes des autres femmes. Mais elle n’avait pas pu la soutenir, étant occupée à travailler. Elle demanda à parler aux deux équipes présentes sur le site après l’intervention du superviseur. « - Nous faisons un travail d’équipe » dit-elle. « Si la cohésion règne dans le groupe, elle favorisera la bonne réalisation des travaux 73. Gardons l’esprit de solidarité et cultivons l’entraide. Même si vous n’êtes pas capables de venir en aide à une personne, cultivez la tolérance et le respect, acceptez les autres et leurs différences. Tout le monde n’a pas les mêmes aptitudes, les mêmes capacités physiques, ou les mêmes contraintes. Nous ne pouvons donc pas observer le même rythme de travail74. L’essentiel est de faire celui-ci correctement, d’être satisfait des résultats et de répondre aux attentes de notre employeur. » Elle fit une petite pause, le temps de vérifier que ses propos ne soulevaient aucune hostilité, avant de poursuivre. « - Nous sommes tous humains et ce qui arrive à mon prochain aujourd’hui peut m’arriver demain. Si nous voulons critiquer, faisons-le avec réserve car il est fort possible qu’on doive un jour solliciter l’aide ou le service de la personne qu’on a critiquée. Nous devons passer six mois ensemble. Au rythme actuel, nous risquons de mal accomplir nos travaux. » Dans la crainte de subir encore les reproches d’un retour tardif à la maison, Tonnoma ne put même pas remercier son amie d’avoir pris sa défense. Ce n’est que quelques jours plus tard qu’elle eut l’occasion de lui parler plus longuement. Ce jour-là, elle avait fini sa tâche plus tôt que la veille. Elle ouvrait une mangue douce et succulente pour la partager avec son amie. Elle se sentait fatiguée mais satisfaite d’avoir fini son travail à temps. Elle avait été pointée et cela lui avait fait oublier sa fatigue. De plus, elle n’avait aucune contrainte sur le chemin du retour. Elle serait à la maison bien avant le début des travaux de ménage du soir. En parcourant ensemble un bout de chemin, les deux femmes savouraient la chair jaune et juteuse du fruit tout en discutant. « - Tu n’as pas besoin de me remercier », lui dit son amie. « Et puis, tu n’es pas la seule mère allaitant dans le groupe. C’est vrai que plusieurs pauses ralentissent le travail. Mais même sans enfant à soigner, chacun a un rythme de travail différent. Il est vrai que cela peut créer des frustrations, surtout en travaux de groupe, cela se comprend. - Bien sûr », répondit Tonnoma. « J’ai parfois aussi des difficultés pour suivre le rythme. Même si je n’entends plus de méchants commentaires, je suis intimidée et manque de confiance en moi et en mes capacités de production. » Elle gardait le silence et voulait à tout prix conserver son emploi. Pensant à l’adage populaire qui dit que « la parole est d’argent mais le silence est d’or », elle avait décidé, par son abnégation, sa détermination et son dévouement au travail, de faire cesser les ragots. Elle se disait qu’après tout, le travail ne durait que six mois. Pour elle, la satisfaction de l’employeur importait avant tout et elle faisait le maximum pour fournir un rendement satisfaisant. Les remarques pertinentes du superviseur lui permettaient d’évaluer ses compétences et la qualité de
L’emploi | 33
son travail. Tandis que certains employés se faisaient réprimander pour un travail mal fait, un comportement ou un acte déplacé, Tonnoma tirait des leçons de ces remarques, et cela lui permettait de se corriger, d’améliorer ses compétences, d’approfondir ses connaissances et de donner plus de précision à son travail75. Par exemple, quand l’un des brigadiers était sermonné parce qu’un de ses trous était mal creusé, elle vérifiait les siens et aplanissait les parois. Elle repoussait aussi le sable loin du trou.
NOTES 1. Voir Entretien individuel personnel administratif BJ22 ; voir Entretien individuel femmes brigadières CZ26. 2. Voir Focus groups femmes Ouaga B20. 3. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT21 ; CZ37 ; CZ55 ; CZ58 ; CZ86. 4. Ibid., EV81. 5. Voir Entretien individuel hommes brigadiers DF19. 6. Voir Entretien individuel femmes brigadières FB14. 7. Expression d’origine militaire utilisée pour caractériser des activités pénibles. 8. Focus groups femmes Ouaga B14. 9. Voir Entretien individuel hommes brigadiers DF14. 10. Voir Entretien individuel femmes brigadières CZ41. 11. Entretien individuel hommes brigadiers DF6 ; voir Entretien individuel femmes brigadières BV25 ; voir Focus groups femmes Ouaga B 30. 12. Voir Focus groups femmes Bobo B8. 13. Voir Entretiens individuels personnel administratif CN6 et CN7. 14. Voir Entretien individuel femmes brigadières BV79. 15. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers BV36 ; BV38 ; BV42 ; BV43 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières BV77 ; BV81 ; BV86 ; BV94 ; BV96 ; BV97. 16. Voir Entretiens individuels femmes brigadières BV78 ; BV84 ; BV97 ; BV 98 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers BV33 ; BV34 ; BV43 ; BV44. 17. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers FB4 et FB6. 18. Ibid., FH5 ; FH10 ; FH11. 19. Voir Focus groups femmes Ouaga B28. 20. Voir Entretien individuel hommes brigadiers FH14. 21. Voir Entretiens individuels personnel administratif Z11 ; Z13 ; Z18 ; Z19. 22. Voir Focus groups femmes Bobo B16. 23. Voir Entretiens individuels personnel administratif BP18 ; BV18 ; DL7. 24. Ibid.,AF17. 25. Voir Entretiens individuels femmes brigadières FB10 et FB11. 26. Ibid., FB26. 27. Ibid., FB8 et FB12. 28. Ibid., FB91 et FB92. 29. Ibid., FB15, Intoxication de produits chimiques - Voir Entretien individuel femmes brigadières FB9. 30. Ibid., FB55 et FB76. 31. Voir Entretien individuel personnel administratif CN8. 32. Voir Entretien individuel femmes brigadières AF22. 33. Ibid., FB63. 34. Voir Entretiens individuels personnel administratif CN7 ; CN10 ; CN11. 35. Voir Entretiens individuels femmes brigadières FB28 ; FB41 ; FB42 ; FB82. 36. Voir Entretiens individuels personnel administratif BJ20 ; Z17 ; Z20 ; DL14. 37. Ibid., BV11 ; DL18 ; DL22. 38. Ibid., DL21. 39. Ibid., BJ22 ; Focus groups femmes Ouaga B15. 40. Voir Entretien individuel femmes brigadières EP5. 41. Ibid., EV24 et EV64. 42. Voir Entretien individuel hommes brigadiers DF38.
34 | L'histoire de Tonnoma
43. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EV57 ; EV64 ; CZ26 ; voir Focus groups femmes Ouaga B14. 44. Voir Entretien individuel personnel administratif GL17. 45. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers EV30 et EV35. 46. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EV81 et EV82 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers FB35 et FB37. 47. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers BV33 et BV44 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières BV84 et BV98. 48. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CZ54 ; CZ62 ; CZ84 ; DF40 ; DF43 ; DF56. 49. Ibid., CZ38. 50. Ibid., CZ23 ; CZ39 ; CZ40 ; CZ46. 51. Voir Entretien individuel hommes brigadiers AF16 ; voir Entretien individuel personnel administratif AX14 ; Focus groups femmes Pourra B 18. 52. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CZ55 ; CZ66 ; CZ76 ; voir Entretien individuel personnel administratif AX22. 53. Voir Entretiens individuels femmes brigadières GR10 et GR15. 54. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers FN5 ; FN7 ; FN8 ; FN9 ; FN19 ; FN22 ; CB4. 55. Voir Entretiens individuels personnel administratif CX10 ; CX12 ; CX14 ; CX16. 56. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers AX17, AX18 ; AX31 ; AX36. 57. Voir Entretiens individuels personnel administratif CX6 ; CX7 ; CX8 ; Cx19. 58. Ibid., FT7 ; FT8 ; FT9 ; FT13 ; FT22. 59. Ibid., FT25 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières FN5 ; FN11 ; FN13 ; FN16. 60. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers AX4 ; AX10 ; AX11. 61. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers AF11 ; AF14 ; AF15 ; voir Focus groups hommes Ouaga B35 ; Focus groups hommes Barga B14. 62. Voir Entretien individuel hommes brigadiers BV7. 63. Voir Entretiens individuels femmes brigadières FB10 et FB11. 64. Ibid., FB17 ; FB20 ; GR18. 65. Instrument de labour traditionnel, houe à large lame évasée. 66. Voir Entretien individuel hommes brigadiers FH4. 67. Voir Entretien individuel personnel administratif FN16 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers FH12. 68. Voir Entretiens individuels femmes brigadières BV36 ; BV50, BV78. 69. Voir Entretien individuel hommes brigadiers BV36. 70. Voir Entretien individuel femmes brigadières GR18 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers FH14. 71. Voir Entretiens individuels femmes brigadières BV25 et BV75 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers BV7 et BV8. 72. Voir Entretien individuel femmes brigadières GR20. 73. Ibid., AL31 et AL18. 74. Voir Focus groups hommes Barga B14. 75. Voir Focus groups hommes Barga B11 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers AF10 ; AF11 ; AF13.
4
Ma vie de brigadière
L’organisation des THIMO a connu des instances de fraude à l’inscription. Tonnoma découvre qu’elle a une voix, ose parler en public et se trouve soutenue par ses collègues féminines. Les hommes se moquent parfois des femmes lorsqu’elles accusent un retard dans les travaux physiques. Mais celles-ci réussissent à s’organiser et terminent leur tâche plus efficacement que les hommes. Le travail rémunéré engendre une émancipation chez les femmes et les rôles traditionnels s’assouplissent. - Les formations (civisme, commerce et métiers) qui accompagnent les THIMO ont un impact. Tonnoma améliore les pratiques d’hygiène domestique, ce qui étonne ses proches. Mais elle réussit à convaincre son époux de leur bienfondé et il approuve les nouvelles pratiques. Elle épargne également une partie de ses revenus et commence un petit commerce, devient membre de l’association villageoise des femmes et gagne leur respect. Plusieurs femmes entreprennent des commerces et gagnent ainsi l’appréciation et le soutien de leurs maris. Le temps passait, les activités se succédaient et des relations interpersonnelles se nouaient et se développaient. Les brigadiers et brigadières intégraient les activités THIMO dans leurs pratiques quotidiennes. Ils maîtrisaient à présent l’utilisation des outils de travail et les travaux de terrain. Certains projetaient déjà d’entreprendre certaines activités, d’avoir un métier et de travailler avec d’autres entreprises ou projets si l’opportunité se présentait. Il restait encore de nombreuses activités à réaliser, toutes différentes. Certaines tâches étaient complexes et difficiles à accomplir pour Tonnoma et d’autres femmes. Cependant, elles gardaient espoir et étaient déterminées à satisfaire leur employeur. Elles développèrent diverses stratégies pour contourner les difficultés rencontrées.
DES INTRUS DANS LA PLACE Chaque jour, sur le terrain, le superviseur de chaque équipe procédait à l’appel de présence effective des recrues. Quelques jours après le début des travaux, une femme et un homme se joignirent à l’équipe de Tonnoma. Ils n’avaient jamais répondu à l’appel des jours précédents, et pour cause : leurs noms ne figuraient pas sur la liste des personnes retenues et le superviseur n’avait fourni aucune 35
36 | L'histoire de Tonnoma
explication sur leur arrivée ; ils furent simplement intégrés à l’équipe et leurs noms ajoutés à la liste. Tous s’interrogeaient sur la subite apparition de ces nouveaux venus. Les uns parlaient de remplaçants figurant sur la liste d’attente. Pourtant, aucun abandon n’avait été observé, aucune absence relevée. D’autres parlaient d’une liste complémentaire de recrutement. Pourquoi n’avait-on pas appelé les personnes dont les noms figuraient sur la liste d’attente officielle ? Cette question ne fut pas élucidée. C’est seulement beaucoup plus tard qu’on apprit que ces personnes étaient des proches du personnel de la mairie1. Les interrogations des travailleurs se manifestèrent tout d’abord par des chuchotements, des soupçons, puis des messes basses. Et lors d’une pause, les langues finirent par se délier et on apprit que le cas de ces personnes n’était pas isolé. Le recrutement s’était déroulé en public à la mairie et personne ne suspectait un manque de transparence et d’égalité des chances parmi les candidats. Les bocaux de tirage étaient visibles de tous et le tirage se faisait à la vue de tout le monde2. Tonnoma et son amie Ki Kounandia étaient parties immédiatement après le tirage. Toutes joyeuses, elles étaient pressées de transmettre la bonne nouvelle à leurs maris et leur entourage3. « Il ’était impossible de constater la non-transparence au moment du tirage. C’est seulement par la suite que nous avons appris par ouï-dire qu’il y avait eu des cas de fraude. »4 Le recrutement était en effet bien organisé et il n’y avait rien à reprocher aux recruteurs. Les irrégularités ne furent observées qu’après l’arrivée des nouveaux venus. Une collègue de Tonnoma avait ainsi reconnu dans son équipe un voisin de quartier qui avait pourtant tiré « non » le jour du recrutement. Et une femme qui était connue pour avoir travaillé lors du précédent recrutement — elle avait, à l’époque, propagé la nouvelle de son tirage du « oui »5 — était également apparue dans une autre équipe. Tonnoma restait silencieuse sur le sujet, mais se posait quelques questions : « Le jour du tirage, tout le monde a vu que les bocaux étaient déjà prêts à notre arrivée. On ne peut donc être sûrs que les consignes de transparence aient été respectées. De toute façon, nous n’avons pas été informés des conditions et des clauses concernant le tirage, ni du nombre de personnes à recruter par la commune. Les informations ne mentionnaient que le nombre total de personnes sollicitées. Tout était flou et ce que j’ai constaté, c’est qu’il y avait vraiment trop de ˝ non ˝ »6. Une femme lui confia un jour : « Qui va laisser un ami, un parent ou un proche de côté et recruter un inconnu ? Il faut trouver un moyen de l’engager, même s’il n’a pas tiré le bon billet. Certains n’ont même pas eu besoin de procéder au tirage parce que leur place était déjà garantie. Sur cent personnes nécessaires au départ, on avait l’impression que cinquante d’entre elles avaient tiré « oui » ; il y a eu des inscriptions par affinité. »7 Une autre ajouta que « des gens se sont plaints quand ils ont tiré ˝non˝. On a même ouvert aux détenteurs de ˝oui˝ un compte dans une institution bancaire qui se trouvait sur place à la mairie. Par la suite, ces mêmes personnes n’ont pas pu participer aux travaux parce que, pour une raison qu’eux-mêmes ignoraient, leurs noms avaient été portés sur la liste d’attente »8. C’est alors que Ki Kounandia intervint : « Quand on a posé la question aux nouveaux venus, ils ont dit qu’ils venaient d’une autre équipe et qu’ils avaient été réaffectés dans la nôtre. Pourtant, des collègues savaient que la femme avait pris part aux précédents travaux THIMO. Quant à l’homme, il faisait auparavant du bénévolat à la mairie. Ils n’ont jamais participé au tirage au sort. »9
Ma vie de brigadière | 37
Les fraudes se manifestaient ainsi sous plusieurs formes. Une voisine de Tonnoma avait été recrutée pour la deuxième fois et se trouvait dans son équipe. L’ayant reconnue, la jeune femme voulut savoir comment elle avait réussi à tromper la vigilance des recruteurs puisqu’elle jurait n’avoir aucune relation à la mairie. Elle avoua avoir participé plus d’une fois aux travaux en utilisant les pièces d’identité de sa sœur qui lui ressemblait10.
ESPRIT D’ÉQUIPE : L’UNION FAIT LA FORCE À la fin d’une journée de travail, comme à l’accoutumée, le superviseur présenta le programme du jour suivant : charger du sable dans les camions. Hommes et femmes étaient concernés. Les entreprises qui venaient travailler dans la localité recrutaient parfois de la main-d’œuvre locale. Les femmes avaient rarement l’opportunité de participer à ces activités qui étaient considérées comme des « travaux d’hommes ». Ces entreprises sollicitaient donc prioritairement la main-d’œuvre masculine. En revanche, les THIMO ne faisaient aucune distinction et proposaient à tous les mêmes activités. Les femmes avaient ainsi plus de chances de travailler, ce qui justifiait leur engouement lors du recrutement11. Si les activités étaient ainsi gérées, la nouvelle du chargement de sable ou de gravillon était une première pour elles dans la localité. Tonnoma fut stupéfaite en entendant le superviseur. Elle prit sa tête entre ses mains et murmura : « Oh ! Les femmes aussi vont devoir faire ça ! Là, on va encore se moquer de moi. Je n’ai jamais fait un tel travail. Comment vais-je soulever la pelle pour atteindre la benne du camion et y déposer le sable ? Surtout moi qui ne suis pas très grande ? ». Les autres femmes n’en pensaient pas moins. Après l’annonce du programme, les hommes se quittèrent ; certains prenaient le chemin du retour à pied, d’autres récupéraient leurs vélos. Les femmes, quant à elles, se sentaient tellement découragées qu’elles ne bougeaient pas. Elles doutaient de leur capacité physique et de leur aptitude à pelleter du sable. Elles restaient figées, silencieuses et incapables de se dire au revoir. Tonnoma avait bien une idée, mais elle devait la partager avec son entourage et obtenir l’approbation des femmes avant de l’exécuter. Elle rompit le silence et dit : « Ne restons pas muettes. Essayons de trouver une solution pour accomplir ce travail. Qu’allons-nous faire pour répondre aux attentes du superviseur ? ». Elle comprit alors que toutes les femmes avaient la même préoccupation. Et le groupe de s’exclamer à l’unisson : « Vraiment ! qu’allons-nous faire ? ». Une femme du groupe s’était auparavant distinguée par son esprit de solidarité et sa capacité organisationnelle. Du fait de son dynamisme, de sa volonté de défendre les femmes quand elles étaient sévèrement critiquées, de sa lutte acharnée pour assurer l’harmonie et la cohésion dans le groupe, les hommes l’avaient dénommée « Chef des femmes » et ce surnom avait été spontanément adopté. Elle quitta le groupe et avança vers Tonnoma. « - Dis-moi Tonno, ne crois-tu pas qu’il faudrait inviter toutes les femmes à se prononcer, pour qu’ensemble on puisse trouver une solution ? - Chef des femmes, compte tenu de la situation, c’est une très bonne idée. Je me rallie à ta proposition ». Ainsi, toutes les femmes furent invitées à se joindre à la discussion. La chef des femmes s’exprima longuement devant l’assemblée attentive :
38 | L'histoire de Tonnoma
« - Nous sommes ici dans le cadre d’activités organisées par la mairie. Nous sommes toutes heureuses de travailler, de recevoir de l’argent, de devenir autonomes et de nous épanouir12. Mais nous nous trouvons sur un lieu de rencontre, d’apprentissage, de partage d’expériences et d’approfondissement des connaissances. Par exemple, nous avons reçu une formation sur l’utilisation des outils de travail, qui favorise la consolidation des relations interpersonnelles13. Si nous avons été constituées en équipe, je pense que c’est pour être capables de travailler ensemble. Pensez à l’adage qui dit : « un seul doigt ne peut pas ramasser la farine ». Je pense que si nous appliquons la formule « l’union fait la force », si nous cultivons la solidarité et l’entraide, nous avancerons avec sûreté et conviction. Ce soir, nous nous trouvons face à une situation difficile : le chargement du sable dans des camions. Je suppose que nombre d’entre nous ne maîtrisent pas ce travail. Mais ensemble, nous pouvons surmonter notre faiblesse et contourner cette difficulté14. Voyez vousmêmes, il sera difficile de soulever la pelle pleine de sable pour atteindre la benne du camion. Comment s’y prendre ? Ceci est une question de groupe uniquement. Si nous avons toutes la volonté de travailler, nous pourrons sauver notre honneur 15. Nous avons signé un contrat et pris l’engagement d’exécuter tous les travaux demandés par le projet, nous ne devons pas décevoir nos employeurs. Cela pourrait remettre en cause nos possibilités de travail futur dans d’autres projets. Réfléchissons, mes sœurs, à une solution adéquate. » La chef des femmes demanda des propositions convenables. Il ne fallait pas donner l’occasion aux hommes de se moquer d’elles. En cas de résistance ou de refus de travailler, elles risquaient des sanctions comme le non-pointage du travail journalier, ou la suspension.
MOUVEMENT D’ENSEMBLE Après plusieurs propositions qui se révélaient peu pratiques, une voix s’éleva, pleine d’assurance et de conviction, celle de Tonnoma. D’ordinaire, elle n’intervenait jamais dans les débats ou discussions, ni n’interrompait qui que ce soit. Suivant les consignes de son mari, qui lui interdirait de travailler si elle était la cause d’une dispute ou mésentente, elle hésitait à prendre la parole, et face aux pressions et provocations de certaines femmes, elle réagissait peu. Elle feignait l’ignorance et la passivité. De plus, comme le précisaient le règlement intérieur et les consignes reçues à la mairie, les disputes et contestations étaient interdites16. En cas de conflit, les brigadiers et brigadières devaient rappeler les protagonistes à l’ordre ou en référer à la hiérarchie pour régler le problème. Cela pouvait se solder par un avertissement, une mise en garde, un non-pointage ou une suspension entraînant une déduction de salaire et, dans le pire des cas, un renvoi. Comme aucune solution pratique et efficace n’avait été offerte, Tonnoma annonça qu’elle avait pensé à une technique pouvant être efficace, mais qui demandait la participation de toutes. Avant qu’elle n’ait eu le temps d’ouvrir la bouche, une équipière lança : « Faites vite, reine des connaissances. On est impatientes de vous entendre ! »17. Comme d’habitude, cette brigadière, qui avait toujours des propos moqueurs ou vexants envers tout le monde et Tonnoma en particulier, se faisait de nouveau remarquer. Tout le monde choisit de l’ignorer. En temps normal, Tonnoma se serait recroquevillée, choquée par les propos dérogatoires de sa collègue. Cette fois pourtant, elle était si impatiente de
Ma vie de brigadière | 39
partager son idée qu’elle ignora les propos vils de sa collègue. Encouragée par la curiosité que les autres femmes montraient à son encontre, elle répliqua : « Être timide ou ne pas aimer parler à tort et à travers ne signifie pas qu’on est ignorante ». Un grand silence se fit alors dans l’assemblée. La chef des femmes invita la jeune femme à reprendre la parole. « - Je pense que si nous transportons le sable sur la tête, comme on le fait pour l’eau, on pourra charger les camions. Voici comment nous procéderons : deux ou trois femmes se positionneront à l’intérieur de la benne et prendront les seaux de celles qui les leur apporteront, pour les déverser ensuite dans la benne. Qu’en pensez-vous ? - C’est parfait ! Nous sommes d’accord » répondirent les femmes d’une seule voix18. Elles applaudirent Tonnoma, l’encourageant ainsi à s’investir dans les discussions de groupe. Finalement, les employées apprenaient à s’organiser et à travailler en équipe19.
INGÉNIOSITÉ FÉMININE ET RECONNAISSANCE MASCULINE Le lendemain matin, le site était envahi de seaux. Chaque femme avait apporté le sien. Brigadiers et superviseurs se posaient des questions20 ; ils étaient curieux de voir comment les femmes allaient s’y prendre avec ce nouvel outil de stockage d’eau. En même temps, les brigadiers ne manquaient pas de critiquer les femmes sur leurs talents, aptitudes et capacités à travailler. Concernant les trous, par exemple, les femmes les creusaient moins profondément. Tous savaient que le creusage de puits et le chargement de sable n’étaient pas des travaux féminins. Seuls les hommes les accomplissaient dans la localité. « À quoi vont servir tous ces seaux ? » se demandaient les brigadiers21. Puis, en attendant de découvrir leur utilité, ils amenèrent un camion pour commencer le chargement. Ainsi constitués en équipes et sans plus se préoccuper des femmes, ils commencèrent à pelleter et charger le sable. Tout en travaillant, ils continuaient à se moquer de leurs collègues. Le regard tourné vers elles, ils riaient aux éclats et disaient : « Elles ont dit que nous sommes égaux non ? Laissons-les faire leurs preuves. » De leur côté, les femmes s’affairaient autour d’un autre camion et mettaient en pratique la méthode convenue la veille. Surpris, les hommes suspendirent un moment leur travail pour les contempler, œuvrant avec détermination et acharnement. Cette fois-ci, hommes et femmes accomplissaient le même travail avec des techniques différentes22. Eux qui les croyaient incapables de tels exploits… Les voir développer de telles initiatives efficaces était fascinant et méritait félicitations. De plus, les quantités de sable transporté étaient bien plus importantes que celles pelletées par les hommes. Les femmes étaient très rapides. En file indienne, elles allaient et venaient sans cesse. Une certaine compétition se fit bientôt entre les deux groupes. Conscientes de l’enjeu, elles rivalisèrent sans attendre et finirent de remplir leur camion bien avant les hommes. À la fin de la journée ceux-ci, ainsi que le superviseur, félicitèrent et encouragèrent leurs congénères pour leur esprit de solidarité et détermination dans le travail. Chaque localité avait ses pratiques et systèmes de représentation sociale. Les rôles étaient répartis en fonction du sexe et se transmettaient de génération en génération. Au niveau de la répartition des tâches, il existait des travaux
40 | L'histoire de Tonnoma
exclusivement attribués à l’un ou à l’autre sexe, ce qui constituait une limite aux possibilités de chacun de participer à certaines activités. Les travaux proposés par la mairie ne faisaient cependant pas de différence entre les sexes dans l’attribution des tâches ; une marque de rupture allait permettre aux femmes de changer cette vision, d’outrepasser les préjugés, et à la société de poser un nouveau regard sur elles23. Il s’agissait là d’une véritable révolution dans cette localité où la rareté des emplois pour les femmes était la norme24. La motivation monétaire encourageait celles-ci à travailler25 et augmentait la confiance en leurs capacités vis-à-vis des hommes. Elles pouvaient dorénavant accomplir des travaux jusqu’à présent exclusivement masculins26. Le jour suivant, il fallait creuser des puits pour alimenter le périmètre maraîcher, activité qui faisait ressurgir les pratiques traditionnelles de séparation des rôles. La réalisation de ce travail nécessitait de l’eau pour la construction de la margelle. Si le creusage des puits avait toujours été un travail d’homme, le transport de l’eau était celui des femmes et des enfants, et était spécifiquement assigné aux femmes dans l’exécution des tâches ménagères. Il était inacceptable et inconcevable qu’une femme creuse un puits en présence d’hommes, surtout dans cette localité. Et aucun homme n’était prêt à mettre un seau d’eau sur la tête. Cette fois-ci, brigadiers et brigadières s’organisèrent et répartirent les travaux en fonction de leurs rôles et responsabilités coutumiers. Ils décidèrent à l’unanimité que les femmes transporteraient l’eau et les hommes creuseraient les puits27.
ACQUISITION DE CONNAISSANCES ET COMPÉTENCES Durant ces travaux, il apparut que les THIMO ne fournissaient pas seulement l’opportunité de travailler et de gagner de l’argent ; c’était aussi un cadre de rencontre, de partage d’expériences et d’acquisition de connaissances. En plus des travaux de terrain, une demi-journée était consacrée chaque semaine à la formation sur différents thèmes sociétaux. Les formations favorisaient le bon déroulement des activités, permettaient de cultiver la tolérance, l’entente, la cohésion et l’harmonie dans les équipes. Les brigadiers et brigadières découvraient dans le détail la nature des différentes relations interpersonnelles : conflictuelles, de solidarité ou de partenariat. C’était un cadre d’apprentissage de l’acceptation des autres, du travailler et du vivre ensemble différents mais égaux. Ces formations permettaient aussi de sensibiliser les employés à la prévention des maladies et des risques d’infections diverses, et au bien-être familial et personnel. Les thèmes abordés concernaient les IST28, le VIH / sida29, le civisme, l’hygiène, l’environnement, l’entrepreneuriat et le développement des compétences30.
LA NOUVELLE TONNOMA L’impact de la formation n’allait pas tarder à se manifester dans le changement de comportement de Tonnoma. Le premier changement observé fut l’introduction de l’hygiène dans les pratiques quotidiennes. La cour était nettoyée plus régulièrement et l’entourage avait constaté et apprécié la nette amélioration du lieu. Tonnoma était admirée et encouragée à persévérer et transmettre ses acquis.
Ma vie de brigadière | 41
Mais précisément à cause de cela, elle était traitée de « Blanche » par certains, car son comportement avait évolué depuis qu’elle travaillait dans les THIMO. Ce terme n’était pas utilisé péjorativement, mais marquait sa différence avec les autres femmes du village et représentait le symbole d’une transformation. Et lorsqu’une pratique inhabituelle s’exerçait dans la communauté, elle était qualifiée d’exotique ou d’exogène31. Tonnoma balayait la cour tous les jours. Cependant, sa belle-mère s’en plaignait car, selon les mœurs sociales, balayer la cour quotidiennement entraînait la dispersion et l’éparpillement des richesses et des biens. Rawidi aussi remarquait le changement « soudain » de sa femme et s’en inquiétait. Voilà plusieurs jours qu’il l’observait sans réagir et tout le monde s’étonnait de sa prétendue indifférence. Les insinuations se multipliaient pour lui rappeler son rôle de chef de ménage devant faire régner l’ordre dès qu’une déviation aux règles et normes sociales se manifestait. « Mais comment peut-on raisonner quelqu’un qui crée sciemment une situation pour provoquer son départ ? » se demandait-il. Un jour, assis dans un coin de la cour, Rawidi pensait tout haut : « Hum ! Pourtant, elle connaît les mœurs et les pratiques dans notre zone. Pourquoi ce changement brusque ? Il faut que j’essaie de comprendre. Elle a à peine commencé à travailler et la voilà qui devient étrangère. Pense-t-elle à me provoquer pour que je la force à partir ? Sinon, que recherche-t-elle ? Elle est encore jeune et belle, d’autres hommes pourraient la convoiter. Et elle est loin de moi toute la journée… Vais-je la perdre ? Et qu’est-ce qu’on leur raconte au travail ? » 32 Il s’interrogeait et se tourmentait. En tant que chef de ménage, chacun lui devait obéissance et soumission. Selon la coutume la femme, une fois mariée, ne pouvait quitter son mari sans le soutien de sa famille et de la communauté, sous risque de bannissement. Seule une faute de l’époux pouvait permettre à la femme de partir sans être bannie. Mais si une femme se lasse de son mari, ne multiplie-t-elle pas les provocations pour le pousser à mal agir et le quitter avec le soutien de tous ? Pendant que Rawidi se perdait ainsi en conjectures, Tonnoma faisait d’autres découvertes. Désormais, grâce au travail, elle évoluait hors du ménage, faisait des rencontres avec ses semblables, communiquait et partageait ses expériences. Sa conscience s’éveillait et sa mentalité changeait peu à peu. Après moult réflexions, Rawidi décida avec quelque appréhension d’interroger sa femme à propos der ses nouveaux agissements dans la cour familiale. Elle éclata alors de rire. « Ah ! Monsieur mon mari s’inquiète de mon comportement ! ». Après cette brève taquinerie sans conséquence, elle lui exposa les bienfaits de la propreté et l’importance de l’hygiène en expliquant comment un simple nettoyage de cour avait un impact positif sur la vie quotidienne. Voici ce qu’elle lui dit : « - Chef de famille, je ne viole pas les coutumes. Dans la cour nous élevons de la volaille et des moutons ; il n’y a pas d’enclos prévu pour eux et ils répandent leurs excréta partout. Les plus jeunes enfants les ramassent parfois et les mangent. Le vent les soulève et les disperse dans l’air que nous respirons ; il les dépose sur les aliments et dans l’eau, ce qui conduit à la propagation et la transmission de maladies. Mais si la cour est régulièrement balayée, nous préviendrons ces maladies, améliorerons notre hygiène sanitaire et minimiserons les dépenses de santé33. - C’est effectivement la réalité dans notre zone. Les enfants souffrent de nombreuses maladies dont on ignore la provenance… Je te comprends, à présent ! » répliqua Rawidi se levant, soudain apaisé34.
42 | L'histoire de Tonnoma
Ayant reçu la bénédiction de son mari, Tonnoma mit en place une nouvelle gestion de son foyer. Chaque soir dès le retour du travail, elle faisait la vaisselle et récurait tous les ustensiles de cuisine. La cour était désormais régulièrement balayée et son mari l’aidait parfois. L’eau à usage domestique et de boisson était désormais couverte à l’abri de la poussière et des microbes. Les critiques négatives se transformèrent alors en formules de sollicitude et d’encouragement35, non seulement parce qu’elle avait le soutien de son mari, mais aussi et surtout parce que les autres se rendirent vite compte du bénéfice de l’hygiène sur l’environnement. Ce fut là le point de départ des pratiques d’hygiène dans son entourage.
PREMIERS PAS VERS LA CONSTITUTION D’UN CAPITAL ET PROJECTION Cela faisait maintenant trente jours que Tonnoma travaillait et elle allait bientôt entendre une bonne nouvelle. Le superviseur annonça le paiement des salaires dans les prochains jours. Elle était excitée et se demandait déjà comment disposer de ce premier revenu. Le jour de paie, elle fut la première sur les rangs et rentra vite à la maison. Il était tout d’abord urgent de rembourser le crédit de quatre mille francs36 qu’elle avait contracté pour réparer son vélo. Ensuite, pour renforcer le soutien à son mari, elle lui donnerait cinq mille francs pour l’achat des vivres et offrirait aussi mille francs à sa belle-mère. Sur son salaire de trentesept mille francs, il lui en resterait vingt-sept mille. Elle avait déjà décidé d’épargner vingt mille francs et mit de côté les sept mille francs restants pour ses dépenses personnelles et celles de ses enfants37. Depuis longtemps, Tonnoma pensait également à quelle activité génératrice de revenu elle pourrait se consacrer plus tard. Dans la localité, il fallait recenser les activités rentables et réalisables en tenant compte du capital disponible. En trois mois, elle économisa soixante-quinze mille francs. Les fêtes auraient lieu dans un mois et elle voulait en profiter pour vendre des habits prêt-à-porter et des produits de beauté pour femmes. Ces articles se vendaient très bien en cette période, surtout les tenues de femmes et d’enfants. Chacune voulait se faire belle et changer de parure. Pour obtenir le maximum de bénéfices, Tonnoma entreprit ses achats avant tout le monde : produits de beauté et quelques vêtements d’enfant et de femme. Elle proposa tout d’abord ses articles à des collègues et très vite, son stock fut épuisé. Il fallait en acheter davantage pour les vendre aux habitants du village ; ses commandes s’allongeaient en vue de la fête38. À cette occasion, elle put également acheter des vêtements et des chaussures pour elle et ses enfants39. En même temps, la qualité de la nourriture s’améliora. Le jour de la fête, elle prépara des mets exceptionnels, généralement réservés pour les grandes manifestations car difficiles à confectionner et assez onéreux40. Mais il lui tenait à cœur d’offrir quelque chose de spécial à sa famille maintenant qu’elle le pouvait41. Il existait dans le village un groupement de femmes œuvrant à la protection de l’environnement. Il se réunissait une fois par mois pour échanger des conseils, partager des expériences et développer des initiatives ou des projets. Une cotisation annuelle de mille francs par adhérente était obligatoire pour assurer le fonctionnement de l’association. Tonnoma n’avait jamais participé aux rencontres, n’en n’ayant pas les moyens. Outre la cotisation annuelle, il fallait payer un c ertain montant pour participer aux manifestions festives ou
Ma vie de brigadière | 43
funéraires. Elle enviait ces femmes car toutes avaient l’occasion de voyager pour exercer certaines activités et effectuer des travaux ponctuels rapportant des revenus importants. Elles avaient ainsi acquis le respect et la considération de toute la communauté. Le groupement nouait des partenariats avec des structures de financement et d’accompagnement pour favoriser la collaboration et le développement42. Depuis qu’elle avait acquis des connaissances sur la préservation de l’environnement et puisqu’elle touchait un salaire, Tonnoma décida de devenir membre du groupement et de s’imprégner davantage des réalités43. Elle fut bien accueillie ; désormais, lors des rencontres, ses interventions étaient écoutées avec la plus grande attention ; Elle était respectée et enviée. Plus le temps passait, plus elle gagnait la confiance et l’estime des autres. Elle en conclut que pour avoir une importance dans la société, il faut savoir se montrer utile44. « Beaucoup de gens pensent que pour entreprendre, il faut de grosses sommes d’argent. Mais je suis persuadée qu’avec de la volonté, une petite somme suffit pour réaliser des exploits. Il faut simplement avoir confiance en soi et en ses propres convictions, être motivé et organisé » songeait-elle. Son activité commerciale pendant la période des fêtes au village avait été rentable et lui avait permis d’augmenter son capital. Ses conditions de vie s’amélioreraient davantage lorsqu’elle pourrait faire fructifier ce capital. Pour le moment, elle contrôlait ses dépenses et les limitait au strict minimum. Mais sa grande préoccupation était de trouver un moyen d’accroître ses revenus. Il lui faudrait pour cela réfléchir sérieusement à une activité rentable et viable à long terme.
DES PROJETS EN MASSE Parmi ses projets, elle envisageait d’acheter une machine à coudre. Après avoir pris des renseignements auprès des professionnels de la couture, elle découvrit que ce secteur n’était pas saturé et qu’elle avait des chances de trouver des clients sur le marché. Car, en plus des tenues qu’elle confectionnerait, elle pourrait faire des retouches de vêtements, activité assez lucrative. À cette fin, elle devrait suivre une formation qui prendrait du temps et il lui serait alors difficile de conserver ses économies. Le projet avait promis d’offrir des formations dans plusieurs métiers, mais auparavant elle devait faire fructifier son petit capital sous peine de le voir fondre au soleil. Lorsqu’elle eût mis de l’ordre dans ses idées, Tonnoma les partagea avec ses voisines et amis à l’occasion d’un de leurs fréquents échanges. Ils étaient assis sous un grand baobab. Cet arbre robuste et géant vit pendant des siècles et fournit régulièrement des feuilles jeunes et comestibles. Au Burkina Faso, il est considéré sacré du fait de sa résilience et les vieilles personnes parlent de lui comme d’un être humain. Il offrait beaucoup d’ombre à cette période de l’année et était le lieu de repos par excellence. Ce jour-là, le soleil était brûlant mais la dense et ample canopée de l’arbre procurait une fraîcheur bienvenue à l’espace de réunion. Les branches et feuilles en éventail formaient une voûte ronde qui couvrait l’assemblée. « À la fin de mon contrat, je compte pousser les femmes à s’unir pour travailler ensemble » dit Tonnoma. « Ce que nous avons appris des THIMO peut se pérenniser. Je pense à l’aménagement des bas-fonds pour la culture de contre-saison et le périmètre maraîcher. Ces activités seront diversifiées lorsque nous aurons plus de connaissances grâce à la formation de métiers. Par la suite, quand je disposerai d’un
44 | L'histoire de Tonnoma
bénéfice conséquent, je projette de suivre une formation en couture et de me perfectionner pour devenir moi-même formatrice. Je constate que dans notre localité, il n’existe aucun formateur, ce qui explique notre retard dans le domaine de la couture, ainsi que dans d’autres secteurs d’activité. Mais j’espère que vous aussi développerez de belles initiatives pour ce village et ses environs. Surtout qu’avec l’avènement des THIMO, d’autres possibilités de travail ont été découvertes dans la zone. Outre la fabrication de briques, les bas-fonds pourraient par exemple être aménagés pour le maraîchage. » Dès qu’il fut connu, le projet de Tonnoma devint populaire auprès des femmes du village. Elles voulaient toutes l’imiter et entreprendre des activités rémunératrices. La jeune femme était bien sûr consciente que tout démarrage d’activité est difficile et que la détermination et l’union des forces sont indispensables pour réussir. Les femmes devraient s’investir à fond pour surmonter les contraintes. Des ONG et structures de financement mises en place par le gouvernement accompagnaient les projets des femmes et des jeunes et leur offraient subventions et crédits. Le projet de Tonnoma pourrait bénéficier de ces soutiens multiformes et compter sur la force de production des femmes pour réussir. La plupart des jeunes gens qui n’avaient jamais pris part aux travaux THIMO décidèrent eux aussi de préparer leurs dossiers pour se présenter aux prochains recrutements. Tandis que Tonnoma parlait, Rawidi, revenu de ses activités de colportage, avait rejoint le groupe sous le baobab. Elle ne s’était pas aperçue de sa présence et s’en rendit compte lorsqu’il intervint sur un ton de plaisanterie : « Combien de millions as-tu déjà économisé pour mettre en œuvre ton projet ? ». Il y eut un éclat de rire général. Un autre homme ajouta : « Je félicite et j’encourage les femmes à travailler davantage. Cela nous décharge de quelques dépenses et elles contribuent par leurs gains à l’amélioration des conditions de vie de la famille. »45
NOTES 1. Voir Entretien individuel femmes brigadières CB47. 2. Plusieurs enquêtés ont donné ce point de vue ; voir Entretien individuel femmes brigadières H64 ; voir également Entretiens individuels hommes brigadiers K25 ; K27 ; K 29 (170 entretiens individuels, cinq focus groups femmes et cinq focus groups hommes ont été réalisés). 3. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers H4 ; H5 ; H6 ; H8 ; H9 ; H10 ; H25 ; H26. 4. Voir Entretien individuel femmes brigadières H74. 5. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers H26 ; H28 ; H38. 6. Ibid., H31. 7. Voir Focus groups hommes Ouaga B24 ; voir Focus groups femmes Bobo B16 ; B18 ; voir Entretiens individuels hommes Bobo B13 ; B15 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières H21 ; H47 ; H52 ; H53 ; H54 ; H59 ; H66 ; H67 ; H70. 8. Voir Entretiens individuels femmes brigadières H71 ; H72. 9. Voir Entretien individuel hommes brigadiers Bobo B14 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières B44 ; B52. 10. Voir Entretiens individuels femmes brigadières H79 ; H80 ; H81. 11. Voir Focus groups hommes Ouaga B37 ; B39 ; voir Entretien individuel femmes brigadières DF17. 12. Voir Entretien individuel femmes brigadières CZ80. 13. Ibid., AL11 ; AL18 ; AL34. 14. Ibid., AL17. 15. Ibid., AL31. 16. Voir Focus groups hommes Ouahigouya E41 ; voir Entretiens individuels personnel administratif DO12 et DR16.
Ma vie de brigadière | 45
17. Voir Entretien individuel femmes brigadières GR. 18. Voir Focus groups hommes Barga B14 ; observation directe sur le terrain des collectes de données de cette recherche : chargement du sable par les femmes brigadières à Barga, mars 2018. 19. Voir Entretien individuel personnel administratif DX15. 20. Voir Entretiens individuels femmes brigadières Z5 ; Z11 ; Z14 ; Z15. 21. Ibid., Z16 et Z17. 22. Ibid., Z13. 23. Ibid., DX66. 24. Voir Focus groups hommes Barga B16. 25. Voir Entretien individuel femmes brigadières CZ87. 26. Voir Focus groups hommes Barga B14 ; B15 ; B16. 27. Voir Entretiens individuels femmes brigadières Z97 ; Z93 ; Z94 ; Z95. 28. Infections sexuellement transmissibles. 29. Virus de l’immunodéficience humaine / Syndrome d’immunodéficience acquise. 30. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF18 ; DF24 ; DF68 ; DF74 ; DF75 ; voir Entretiens individuels personnel administratif DX6 ; DX7 ; DX9. 31. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF18 ; DF24 ; DF68 ; DF74 ; DF75 ; CT10 ; CT18 ; CT35 ; CT43 ; CT47 ; CT48 ; CT58 ; CT66. 32. Ibid., CB20 et CB55. 33. Ibid., CH49 ; CH71 ; CH97. 34. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers CN4 et CN11. 35. Voir Entretiens individuels femmes brigadières AL24 ; AL74 ; CZ61. 36. Comprendre par francs CFA la monnaie officielle de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale francophones (1 dollar = 550 francs CFA / 1 euro = 656 FCFA). 37. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF72 ; DF73 ; DF77 ; DF82 ; voir Focus groups femmes Bobo B19 ; B29. 38. Voir Focus groups femmes Bobo B30. 39. Ibid., B19 ; voir Entretien individuel femmes CT53 ; voir Entretien individuel personnel administratif ED8. 40. Voir Entretien individuel personnel administratif ED15 ; voir Entretiens individuels membres de famille BU19 et BU21. 41. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF63 et DF65. 42. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT 19 et CT22. 43. Voir Entretien individuel membres de famille BU22 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers DF33. 44. Voir Focus groups hommes Ouaga B74 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers DF4 et DF23 ; voir Entretien individuel personnel administratif AX19. 45. Voir Entretiens individuels membres de famille AK9 ; AK10 ; AK12 : voir Entretiens individuels femmes brigadières DF10 ; DR7 ; DR31.
5
Échanges importants au village
Les nouveaux revenus de Tonnoma et ses formations ont un impact. Son enfant ne tombe plus malade aussi souvent, la famille se nourrit mieux et la jeune femme prend soin d’elle. Les THIMO apprennent aussi à gérer les conflits. - Elle partage ses acquis. Les femmes et les jeunes filles de son village recherchent ses conseils. Les différences entre THIMO urbains et ruraux sont expliquées : moyens d’information, risques et sécurité au travail et facilitation de l’épargne. Les THIMO permettent également aux femmes d’obtenir une indépendance économique, ainsi qu’une certaine auto-détermination. Mais la hiérarchie de la société est immuable : la femme dépend du mari, et la jeune femme de ses parents pour toute décision majeure. Et accomplir un travail rémunéré en plus des travaux ménagers est épuisant. La contrainte la plus sévère dans ce domaine reste la garde des enfants. Ceux-ci connaissent quelques risques, leur présence cause des interruptions de travail et engendre des accusations de production ralentie. Les femmes s’organisent et désignent les femmes enceintes pour garder les enfants à tour de rôle aux abords du site.
À L’OMBRE DU BAOBAB Ce jour-là, brigadiers et brigadières devaient procéder à l’élagage de quelques plantes qui bloquaient le passage de la piste rurale. Ils avaient fini plus tôt qu’à l’ordinaire et étaient libres de partir vers treize heures. La plupart des femmes étaient restées sur place, qui pour bavarder, qui pour se reposer comme elles en avaient pris l’habitude lorsque les travaux finissaient plus tôt. Tonnoma s’excusa de ne pouvoir s’attarder. Surprises, les autres lui demandèrent pourquoi. « Rien de grave » répondit-elle avec un sourire. Elle semblait préoccupée et pensive, mais restait joviale. Elle se montrait pleine de confiance et d’assurance et s’était épanouie depuis qu’elle avait commencé à travailler dans les THIMO. Arrivée à la maison, elle géra quelques affaires urgentes avant de rejoindre les femmes de son beau-frère installées sous le baobab, pour les aider à travailler. Il y avait eu une grande amélioration de ses conditions de vie, de celles
47
48 | L'histoire de Tonnoma
de ses enfants et de son mari. Le petit Arzouma, qui avait fréquemment la diarrhée, avait retrouvé la santé puisque sa mère avait pu le faire soigner au dispensaire, et aussi grâce à l’amélioration des conditions hygiéniques et alimentaires de la famille. Cette réussite remarquable conduisait les autres femmes à se réunir presque tous les soirs sous le baobab afin de bénéficier des quelques conseils de Tonnoma. Celle-ci se prêtait volontiers aux questions lorsqu’elle disposait d’un peu de temps comme aujourd’hui, et c’était dans ce but qu’elle s’était empressée de rentrer. Comme à l’accoutumée, elle retrouva les femmes, certaines aidant au tri des condiments et à la préparation de la farine pour le tô, les autres pour bavarder. Le baobab est connu comme l’arbre de vie. Il fournit de l’ombre et de la Tonnoma s’apprêtait à les rejoindre quand elle se nourriture et maintient le sol humide pour réduire l’érosion dans les paysages rendit compte que la jarre d’eau était vide. Dévouée burkinabés secs. Les baobabs africains peuvent vivre plus de 1000 ans, mais comme elle l’était, elle remplissait les jarres de la beaucoup sont victimes du changement climatique. Source : © Amina Semlali / Banque mondiale. Autorisation requise pour la famille et celles des autres femmes de la concession réutilisation. lorsqu’elle en avait le temps. Il n’y avait jamais eu de rupture d’eau dans la cour, surtout celle destinée à la consommation et à la cuisine. Dans toute la concession, c’était surtout chez Tonnoma qu’on trouvait de l’eau, alors qu’il en manquait souvent chez les autres. Il existait des puits à proximité des concessions, mais la majorité des femmes préféraient se rendre à « l’ancien puits ». Ainsi appelait-on celui qui était situé à environ un kilomètre de la sortie du village. On racontait qu‘il existait depuis des décennies et son eau, limpide et potable, était plus propre que celle des autres puits creusés récemment. De surcroît, faire ce trajet donnait aux femmes une occasion de se distraire, de se rencontrer et d’échanger en petit groupe. Comme le puits était éloigné, ces dames disposaient de plus de temps pour se raconter des histoires, partager des expériences, des connaissances et se donner des conseils, même des plus intimes, sans que les hommes les entendent ou interviennent. La quasi-totalité des femmes adoraient se rendre au puits au moins une ou deux fois par semaine. Tonnoma partageait avec elles son vécu dans les THIMO et entendait des conseils et autres avis. Elle avait prévu de se rendre deux fois à l’ancien puits ce jour-là, afin de ramener une quantité d’eau suffisante dans sa grande bassine en caoutchouc. Deux femmes assises sous l’arbre à palabres se proposèrent de l’accompagner ; elles voulaient l’aider à vite finir ses travaux afin qu’elle puisse se joindre à elles et leur parler de son expérience dans les THIMO. Wendmi, la jeune sœur de Ki Kounandia, se rendait aussi au puits. Collégienne d’environ quatorze ans, elle vivait chez sa grande sœur pour accéder plus facilement à l’école. Pour la jeune génération, l’ancien puits était plutôt le puits de l’espoir. Les jeunes disaient que toutes les femmes y noyaient leurs soucis à travers les conseils, les échanges et les partages. De fait, c’était un véritable lieu de socialisation et de modulation des mentalités. Même si la tradition limitait la mobilité et l’investissement des femmes dans les sphères de discussion et de décision, elle ne pouvait les empêcher de jouer pleinement leur rôle de ménagère. Comme il existait peu d’espaces de communication, à part les marchés, bien des PHOTO 5.1
Le Baobab
Échanges importants au village | 49
changements de comportement et de mentalité se faisaient lors de ces rencontres autour du puits. Dès que Tonnoma et Wendmi se croisèrent, la conversation commença. « - Hé Wendmi, comment vas-tu ? » la salua Tonnoma. « - Ça va bien, et chez vous ? » répondit la jeune fille. - « Dieu merci, ça va aussi. N’es-tu pas allée à l’école aujourd’hui » ? Wendmi s’empressa d’expliquer qu’elle avait eu cours le matin mais que le programme ne comportait pas de cours l’après-midi. Elle savait depuis longtemps que Tonnoma prenait les études très au sérieux. Bien qu’analphabète, l’amie de sa grande sœur avait pris l’habitude de s’asseoir avec ses enfants et ceux du voisinage pour les inciter à apprendre leurs leçons. Elle semblait pleinement consciente de l’importance de l’éducation des jeunes. Elle encourageait les enfants et flattait les plus petits en leur distribuant des bonbons et, depuis qu’elle recevait un salaire, promettait des petits cadeaux à ceux qui se classeraient parmi les cinq premiers de la classe à l’évaluation finale. Connaissant les liens très forts qui unissaient Tonnoma à Ki Kounandia, la jeune fille décida d’aider l’amie de sa grande sœur. C’est ainsi qu’elles se rendirent quatre fois au puits et remplirent presque toutes les jarres de la concession. Les pagnes en wax multicolores brillaient sous le soleil de l’après-midi et leurs dessins géométriques jaunes, orange, roses, verts et bruns dansaient dans la lumière ; leurs pas accélérés soulevaient de petits nuages de poussière rose. Émue par sa gentillesse, Tonnoma prodigua des conseils à Wendmi. Elle l’encouragea à persévérer et à redoubler d’efforts dans ses études. Tout en renouant son foulard assorti à son pagne, elle lui dit ceci : « Tu as eu la chance d’aller à l’école et de franchir la barrière des études primaires. Maintenant tu es au secondaire ! Si tu as le soutien de ta famille, il faut aller le plus loin possible dans tes études pour multiplier tes chances dans la vie ». Les deux autres femmes l’écoutaient et acquiesçaient. La jeune femme poursuivit : « De nos jours, être instruit est un atout pour accéder à certains travaux et à certains postes. Les THIMO tiennent parfois compte du niveau d’études lors du recrutement. Les superviseurs savent lire et écrire. Ainsi, pour les activités figurant dans le cadre d’appui de l’administration, ce sont les personnes scolarisées et diplômées qui sont retenues1. Les filles ont rarement accès à l’école ici. Tu as la chance de pouvoir étudier, mets tous les atouts de ton côté ». Wendmi l’écouta attentivement et promit de suivre ses conseils. Tonnoma la remercia de son aide et la bénit. Après avoir déposé la dernière bassine d’eau près des plats, marmites et casseroles sales, la jeune fille s’en alla. Une fois tous les ustensiles de cuisine récurés et rangés dans un grand panier en paille tressée appartenant à sa belle-mère, Tonnoma rejoignit les autres femmes sous le baobab pour converser, tout en préparant les condiments de la sauce feuilles pour accompagner le tô, principal mets du village très apprécié des enfants. En réalité, le tô de petit mil ou de sorgho était l’essentiel de la cuisine locale et de tout le Yatenga, souvent accompagné de sauces gluantes à base de feuilles de baobab ou de kapok et parfois de gombo sec. Tonnoma menait la discussion sur sa vie de brigadière. C’est alors que Mariam, épouse d’un des grands frères de Rawidi et candidate malheureuse aux THIMO, prit place dans le groupe. Elle voulait elle aussi s’imprégner des réalités concernant les THIMO.
50 | L'histoire de Tonnoma
PARTAGE D’EXPÉRIENCES : TONNOMA LEADER DE LA DISCUSSION La discussion des femmes devenait de plus en plus intéressante et captivante. Même les hommes s’étaient approchés pour entendre Tonnoma et ses expériences. Rayonnante, sourire aux lèvres, elle exprimait la joie, l’amour et donnait de l’espoir à son auditoire. Elle portait enfin pleinement son prénom, Soutonnoma2, qui signifie « Espérance ». Le débat avait débuté par des faits divers sur les relations entre parents et enfants. Une fois Tonnoma apparue, il changea de direction. Les habitants avaient depuis un certain moment constaté le changement dans le village, et les employés des THIMO ne passaient pas inaperçus dans leur uniforme vert. Ceux qui ignoraient l’existence de ces travaux s’interrogeaient sur l’appartenance de ces personnes. D’autres étaient au courant et voulaient en savoir plus au sujet des expériences vécues par les travailleurs. Quelle chance ils avaient de poser des questions à Tonnoma qui savait les renseigner. Mariam aimait taquiner Tonnoma parce qu’elles étaient mariées à deux frères. Suivant la tradition, les belles-sœurs jouaient librement à rivaliser et ce jeu servait à détendre l’atmosphère. Elle interpella sa co-épouse : « - Tonnoma, comme tu as fini ton travail plus tôt, c’est l’occasion pour nous de découvrir ta vie de brigadière. D’ailleurs, tu nous avais promis de nous conter cette vie en détail ! Voici le moment venu, n’est-ce pas ? - Bien sûr ! J’ai exceptionnellement terminé mon travail plus tôt aujourd’hui. Et grâce au soutien de mes deux voisines et de la sœur de Ki Kounandia, j’ai presque fini mes travaux ménagers. Il me reste à faire la cuisine mais j’ai du temps pour échanger mes impressions avec vous ! » répondit-elle en souriant. La tempête qui avait secoué la région la veille au soir avait arraché des branches d’arbre qui jonchaient la piste rurale principale et bloquaient le passage. Le superviseur avait été obligé de changer le programme de la journée afin de faire élaguer les branches cassées qui pendaient au-dessus de la route et procéder au ramassage de celles qui encombraient le passage. Tonnoma expliqua que « l’élagage des plantes est une activité physique pénible, surtout pour les femmes, mais nous devons travailler en équipe. Ainsi, les hommes ont coupé les branches et les femmes ont assuré leur ramassage. C’est un travail qui vise à améliorer notre cadre de vie et notre environnement. Certains organismes ont eu la gentillesse d’offrir des dons multiformes3. Nous avons reçu des paquets d’eau, de la nourriture, et même de l’argent. D’autres font directement des cadeaux aux enfants. D’autres encore passent nous saluer et nous encouragent. Ce sont des exemples parmi tant d’autres qui prouvent que notre travail n’est pas en vain. Cela nous amène à redoubler d’ardeur et à persévérer4. - Hum ! Travail bénéfique en effet ! Heureusement qu’on ne vous a pas confié des machettes pour couper les arbres » murmura quelqu’un dans le groupe d’hommes qui s’était formé à l’écart... « - La propreté des routes est la responsabilité de l’équipe. Nous devons être efficaces et performants. Il arrive que les superviseurs répartissent les tâches en fonction des sexes, mais rarement » précisa Tonnoma à haute voix, chacun ayant entendu la remarque de l’homme. « - Donc, hommes et femmes n’accomplissent pas les mêmes travaux ? Pourtant l’autre jour, tu es partie avec un seau pour charger le sable, ce qui n’est pas censé être un travail de femme ! » dit Mariam5.
Échanges importants au village | 51
« - Ce fait n’est pas observable dans toutes les situations. Parfois certains t ravaux sont trop pénibles pour être exécutés par les femmes, par exemple le transport et le dépôt de grosses pierres pour construire les digues d’aménagement des bas-fonds. Dans ce cas, le superviseur répartit les tâches et définit le rôle de chacun. Parfois aussi, certaines de nos valeurs et pratiques traditionnelles sont transposées sur le terrain, en particulier dans la répartition des travaux selon le sexe, comme par exemple le balayage dans notre espace social, qui est généralement attribué aux femmes. Mais nous devons relativiser, puisqu’il arrive aussi que les femmes et les hommes accomplissent les mêmes tâches »6 répondit Tonnoma.
SOIF DE LA RÉALITÉ La plupart des participants à la discussion capables de s’inscrire aux travaux des THIMO voulaient toujours plus d’informations, surtout se forger une idée de ce qui les motiverait à postuler, ou les démotiver. « - Tonnoma, comment sont formées les équipes ? » demanda une participante. « - Je ne peux vous expliquer les critères de formation des équipes. Mais je peux vous assurer que savoir lire et écrire est un gros avantage. Les employés scolarisés sont destinés à devenir superviseurs ou à appuyer la mairie dans les activités administratives comme l’établissement des documents d’état civil7. Si une femme est enceinte, elle est exemptée des travaux pénibles8. La garde des enfants lui est confiée, ainsi que les travaux de nettoyage et de balayage »9 expliqua-t-elle. Les histoires s’enchaînaient, chacune racontait sa journée au marché ou sur la route de la brousse et Tonnoma continuait à dévoiler ses expériences et ses acquis dans les THIMO ainsi que ses projets, selon les questions qui lui étaient posées. Un homme demanda soudain : « - Je sais que la femme doit constamment être au four et au moulin. Comment fais-tu pour concilier la gestion du ménage et le travail ? - Bien ! Les difficultés ne manquent pas ! Vu les horaires de travail, qui sont de sept à quatorze heures, il faut s’organiser et être très déterminé. L’accompagnement du mari est nécessaire car la gestion du ménage est la responsabilité du couple. Il faut donc une confiance et une entente mutuelles entre époux. Tous les matins, je dois préparer le petit déjeuner pour ma famille, mais aussi être présente et ponctuelle au travail. Nous sommes payés par jour et les absences injustifiées sont sanctionnées. Par exemple, si je m’absente un jour, ce temps de travail sera déduit de mon salaire à la fin du mois. Concilier les activités des THIMO avec les obligations familiales demande une bonne capacité organisationnelle et le soutien de l’entourage » répondit Tonnoma qui adressa un regard amusé vers son mari. Tout le monde savait en effet que sa famille l’épaulait sans faillir. Son époux, ses enfants et sa belle-mère l’aidaient maintenant autant que possible dans les tâches ménagères. Rawidi, quelque peu réticent au début, encourageait désormais sa femme et l’accompagnait ouvertement dans certaines tâches domestiques. Il allait chercher l’eau à vélo avec des bidons de vingt litres. La participation de sa femme dans les dépenses du ménage lui avait permis d’agrandir son petit commerce et de retirer davantage de bénéfices. Il était devenu plus compréhensif et parlait volontiers de l’importance de travailler pour les femmes.
52 | L'histoire de Tonnoma
GESTION DES CONFLITS Il y avait parfois des tiraillements sur le terrain entre les membres des équipes THIMO. Une femme en avait été témoin, alors qu’elle traversait le site de travail pour se rendre dans un village voisin. Elle demanda à Tonnoma comment se passaient les relations entre collègues et la manière dont les conflits étaient gérés. Celle-ci aborda volontiers ce sujet somme toute assez délicat : « - Vous savez, partout où il y a des regroupements d’hommes, il y a des incompréhensions, des conflits d’intérêt et des disputes en tous genres. Mais lorsqu’ils se produisent au sein des THIMO, nous tâchons de rétablir l’ordre dans le groupe10. Ne dit-on pas que ˝la langue et les dents se mordent mais cohabitent toujours˝ ? Il est vrai qu’au début, c’était compliqué, mais par la suite, avec les interventions du superviseur et des employés THIMO, la situation s’est bien améliorée11. - Eh bien, vous avez de la chance que les gens de vos groupes soient pacifiques ! » fit remarquer quelqu’un. « - Oh, ce n’est pas facile du tout, au début en tout cas » fit Tonnoma qui se souvenait encore des provocations d’une certaine brigadière à son endroit. « Mais la formation que nous avons reçue sur le civisme, et les sensibilisations sur la tolérance et l’acceptation des autres a eu un impact positif sur les relations interpersonnelles12. Cela a engendré une harmonie et une cohésion dans les groupes et a permis plus d’efficacité et un meilleur rendement. Ce travail nous enseigne aussi la philosophie de la vie. Les travaux sont parfois pénibles et les relations interpersonnelles compliquées. Mais la vie dans les THIMO apaise et nous amène à changer de comportement et à interpréter les faits différemment13. Il se produit un éveil des consciences et, à travers les formations, nous avons aussi acquis des connaissances sur l’importance de l’hygiène dans la vie, sur la sauvegarde de l’environnement et la prévention de certaines maladies. Nous savons tous aujourd’hui qu’en effectuant un simple balayage de cour, les maladies diarrhéiques reculent. Notre slogan est ˝Solidarité-Entraide˝. »14
ORIENTATION SUR LES CANAUX D’INFORMATION Quelques femmes qui auraient aimé participer aux activités THIMO, mais ne furent informées du recrutement que longtemps après le démarrage des travaux, voulurent en savoir davantage sur les moyens d’information concernant la participation à ces activités et sur les conditions d’éligibilité. Tonnoma rappela brièvement son parcours. « - C’est par hasard que j’ai obtenu l’information. Un jour au marché, une femme de passage a partagé la nouvelle. Il paraît que la mairie a informé les leaders communautaires qui ont convoqué la population pour transmettre l’information15. Mon mari et moi étions absents ce jour-là. Tous les intéressés qui répondaient aux critères de choix sont allés déposer leur dossier pour le tirage au sort. Des affiches avaient été collées sur les murs de la mairie. Pour poser leur candidature, hommes et femmes devaient disposer d’une CNIB, d’un acte de naissance et être âgés de seize à trente-cinq ans. Seules les femmes enceintes et les femmes allaitant étaient exclues des rangs. J’ai dû confier mon petit Arzouma à Ki Kounandia pour pouvoir procéder au tirage. Je vous assure que, lors du recrutement, la grande cour de la mairie a dû refuser du monde ! Ceux qui tiraient ˝oui˝ criaient de joie et tous les ˝non˝ se lamentaient. »
Échanges importants au village | 53
L’assistance était suspendue aux lèvres de Tonnoma, qui poursuivit : « - Avant le déploiement sur le terrain, les employés subissaient plusieurs vaccinations pour se protéger des blessures, infections et maladies liées à certains travaux. Des kits d’outils de travail et de protection ont été octroyés aux bénéficiaires. Ah oui, avant que j’oublie, on nous a aussi fait savoir que nous avions la possibilité d’ouvrir un compte bancaire. - C’est merveilleux ça ! Avoir un compte bancaire, c’est figurer parmi les grands ! » s’écria la femme du jeune frère de Rawidi. « - Tu nous encourages vraiment à travailler dans les THIMO. Imaginez ! Avoir un compte bancaire, c’est devenir quelqu’un d’important » intervint à son tour un jeune homme. Tout le monde éclata de rire à ces remarques, puis Tonnoma avoua en riant elle aussi : « - Ah bon ! Au moins, je ne suis pas la seule à avoir cette perception ! Malheureusement, les établissements bancaires ne sont pas accessibles ici. Dans les centres urbains, tous les employés THIMO ont un compte bancaire et à la fin du mois leur salaire est transféré sur ce compte. Nous savons tout cela grâce à des connaissances qui travaillent dans les THIMO en ville. »
RISQUES DIVERS ET PRÉVENTION Les échanges se poursuivirent dans la bonne humeur générale. Puis Rawidi intervint de nouveau : « - Existe-t-il des risques à effectuer ces travaux ? Et quelles sont les mesures de prévention ? - Hum, il y a toujours des risques et pas seulement dans les THIMO. Mais nous sollicitons la mise à disposition du matériel de protection et de travail, et son remplacement s’il est abîmé. L’autre jour, une herbe a entaillé la main d’une collègue qui avait oublié ses gants à la maison. Le superviseur ne l’a pas su, sinon elle risquait une sanction pour n’avoir pas respecté la consigne d’utilisation des matériels de protection. - Ah, tout cela est vraiment très sérieux ! - Bien sûr ! » acquiesça Tonnoma qui continua en déclarant : « Pour anticiper et minimiser les risques d’accidents, le projet donne aux employés des kits de matériel de travail et de protection comme je vous l’ai dit ; c’est très bien, à condition que ce matériel soit fourni en quantité suffisante pour couvrir tous les employés. Ce n’était malheureusement pas le cas dans nos équipes et nous avons été contraints de partager les kits. S’il s’agit du matériel de travail, il est facile de s’organiser, mais le matériel de protection est individuel et impossible à partager. Dieu merci, il ne s’est pas encore produit d’accident ou de blessure grave dans mon groupe. »16
Quelques nouvelles de la ville Tandis que tout le monde riait, une femme s’approcha. Mariam reconnut sa cousine Nimata qui vivait en ville. Elle se précipita vers elle pour prendre le paquet qu’elle tenait, un sac carré à fermeture éclair en fines lamelles de plastique tressé qui servait à tout transporter. Mariam présenta sa cousine à l’assistance. On s’empressa de lui proposer un siège et on lui offrit un bol de zomkom17. Après les salutations d’usage, les échanges
54 | L'histoire de Tonnoma
de nouvelles des uns et des autres, Nimata remercia les participants de leur accueil chaleureux. Elle venait rendre une courte visite à sa tante et repartait dès le lendemain soir afin de reprendre le travail. « - J’ai trouvé du travail par la mairie de la ville. Mon contrat doit encore durer trois mois et je profite du week-end pour venir ici, je suis en congé samedi et dimanche » précisa-t-elle. « - Hé, toi aussi tu travailles dans les THIMO ? » demanda Mariam. La cousine s’exclama avec étonnement et quelque fierté : « Mais comment sais-tu que je suis une brigadière aux THIMO ? ». L’assistance poussa une exclamation devant cette coïncidence. « - Ça alors, ma belle-sœur y travaille aussi. Elle est d’ailleurs la seule à avoir été retenue dans tout notre entourage ! » fit Mariam en désignant Tonnoma. « - J’ai eu de la chance ! » intervint celle-ci en toute modestie. « Je crois que si je n’étais pas passée au marché ce jour-là, je n’aurais rien su à propos des THIMO. - Au marché ? Comment ça ? » s’étonna la nouvelle venue. « - En fait, j’ai entendu par hasard des femmes en parler, tout simplement. Je n’ai rien su du précédent recrutement. Les gens du village ont appris l’existence des THIMO par le crieur public et le CVD. Mais tout le monde n’était pas présent à ce moment-là, ce qui a fait que ces informations ne sont parvenues à certains que plus tard. - Ah, je comprends. En ville, j’ai entendu une annonce à la radio. En fait, les moyens d’information varient d’une localité à l’autre. Les plus efficaces sont utilisées selon les habitudes des gens. - C’est bien cela » intervint l’un des hommes assis près de Rawidi. « Vous savez que peu de personnes possèdent une radio ici au village. Et celles qui en ont une captent difficilement les émissions. » Tonnoma et Nimata se regardaient en souriant. Le fait d’être toutes deux brigadières créait entre elles un lien invisible et spontané. Tonnoma était pleine de curiosité et voulait savoir comment les choses se passaient en ville pour les employés des THIMO. « - Alors, vous aussi vous portez des uniformes en ville ? » demanda-t-elle. « - Oui, c’est obligatoire » ! répondit Nimata en se tournant vers Tonnoma. « Non seulement cet uniforme nous distingue des autres personnes, mais il garantit aussi notre sécurité pendant les activités de nettoyage des rues. Vous savez qu’il y a des centaines de voitures en ville qui circulent à toute vitesse ! Grâce à nos uniformes, les conducteurs peuvent nous distinguer des passants, ce qui permet d’éviter les risques d’accident. - Hum, le risque n’est pas seulement dans les rues des grandes villes, n’est-ce pas ? J’ai déjà entendu parler de morsures de serpents et autres ici-même ! - Oui j’imagine… En ville, devant les risques qu’encourent les employés THIMO, la souscription à une assurance est obligatoire pour tous. C’est important et aide à leur prise en charge en cas d’accident sur les sites. - C’est bien ce qu’une collègue qui a une connaissance des THIMO en ville a affirmé. Malheureusement, dans les villages, les infrastructures ne sont pas développées et il n’existe aucune compagnie d’assurance » répondit Tonnoma. Il semblait normal aux participants d’entendre les deux jeunes femmes échanger leurs impressions. Tous les suivaient attentivement, tirant autant d’informations possibles sur les conditions de travail dans les environnements rural et urbain. Tonnoma poursuivit : « - Et comment s’organisent les brigadières mariées qui ont des enfants ? - Ce n’est pas simple. Plusieurs de mes collègues préparent les repas tôt le matin et les entreposent dans les glacières avant d’aller travailler18.
Échanges importants au village | 55
- Oui, ici aussi on se lève très tôt pour préparer le repas. Mais est-il vrai que vous avez des comptes en banque là-bas ? - Oui, tous les brigadiers ont un compte où le salaire est versé à la fin du mois. On a même la possibilité d’ouvrir un compte d’épargne volontaire. Je choisis moimême le montant que la banque prélève sur mon salaire et transfère sur ce compte, et le solde reste disponible sur le compte courant. - Fantastique ! Ça doit aussi faciliter l’économie, puisqu’on n’est pas tenté de dépenser l’argent qu’on garde sous l’oreiller ! » plaisanta le jeune homme qui était intervenu plus tôt, provoquant le rire de l’assemblée.
Des leçons à tirer Un homme demanda quelles leçons pouvaient être tirées de cette expérience et quelles en seraient les retombées sur les bénéficiaires. Tonnoma répondit en souriant : « Hum ! Je peux dire que le travail libère l’homme. Grâce à lui, je ne tracasse plus mon mari avec mes propres besoins et je peux même participer aux dépenses de la famille19. Dans le village, je suis de plus en plus considérée. Voyez comme vous prêtez attention à ce que je dis, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Je transmets aux autres ce que j’ai appris dans les THIMO et ceci pour le bien-être de la communauté »20. Une femme ajouta : « C’est bien vrai. Même les conditions d’hygiène se sont améliorées. Tonnoma n’a pas besoin de se justifier, les changements sont visibles autour d’elle, sur elle et en elle. Elle est épanouie, plus ouverte et prête à collaborer avec les autres. Elle n’est plus la personne renfermée et timide de jadis » 21. Le temps avait vite passé et le crépuscule montait à l’horizon. Les enfants faisaient rentrer la volaille dans les poulaillers, les animaux des basses-cours regagnaient bruyamment leur abri. Tonnoma avait mis en route une sauce d’arachides. Elle allait de temps en temps à la cuisine pour en surveiller la cuisson, humant le parfum savoureux qui s’élevait de la marmite, puis elle retournait sous le baobab. Toute la discussion était rythmée par les coups de pilon des femmes qui préparaient la farine pour le tô. Les odeurs de bonne cuisine se répandirent bientôt dans l’air. Certaines femmes avaient quitté la réunion pour se consacrer à leurs travaux ménagers, comme Mariam suivie de sa cousine. Elles laissaient Tonnoma en compagnie de quelques femmes plus âgées qui, libérées des activités ménagères dont leurs belles-filles avaient pris la relève, étaient venues se joindre au groupe. Certains hommes étaient restés avec Rawidi et les échanges continuèrent. Tonnoma prit congé pour préparer le tô. Comme la nuit tombait, chacun retourna dans sa demeure, remettant à plus tard la discussion. Il n’y avait pas encore d’électricité publique au village, seulement des lampes à huile ou solaires individuelles dans chaque famille et la vie se déroulait au rythme de la lumière du soleil et de la clarté de la lune.
UN EXEMPLE POUR LES AUTRES Tonnoma était devenue la vedette du village ; presque tous parlaient d’elle, de son travail et des projets qu’elle comptait mettre en œuvre. Partout dans les concessions, sur les routes pour ramasser le bois ou au marché, on ne parlait que d’elle. Un matin, une dizaine de femmes marchait en groupe sur le chemin de la brousse. Deux d’entre elles avaient participé à l’une des discussions quelques jours auparavant et l’une disait à l’autre avec enthousiasme : « Le travail a
56 | L'histoire de Tonnoma
vraiment changé cette femme ! Elle était invisible au village, et maintenant, elle s’investit de plus en plus dans les activités de la communauté. Quand j’ai discuté avec elle, elle m’a fait comprendre qu’il fallait prendre des initiatives lorsque les moyens financiers étaient très limités et la nourriture inaccessible. Comment pourrions-nous développer des projets ? Si nous ne sommes pas capables de répondre à l’attente de la communauté, nous ne serons estimées de personne. Ah ! il faut reconnaître que le travail libère, le travail est l’ami de l’homme. »22 La discussion des femmes était motivée par la volonté affichée de Tonnoma de se battre pour développer un projet auquel elles aimeraient participer. La majorité d’entre elles souhaitait à présent travailler en groupe. Que se passait-il donc ? Toutes subissaient une évolution de leur mentalité et un éveil des consciences. Elles se rendaient compte qu’il existait d’autres manières de faire, d’autres formes de socialisation et leur esprit s’ouvrait à la nouveauté, à l’idée d’une autonomie économique, à des connaissances et compétences qu’elles pourraient mettre au service de la communauté et de leurs familles, et cela changeait entièrement leurs perspectives sur la vie23.
Pouvoir décider pour soi Les brigadiers et brigadières reçurent un salaire pendant six mois, ce qui permit à celles-ci de constituer un capital et de le faire fructifier. Habituellement, les femmes disposaient de peu d’autonomie dans les prises de décision. Quel que soit leur désir, elles devaient tout d’abord en référer à leur conjoint. L’autorisation des maris présentait aussi une contrainte pour exercer un emploi. Des femmes travaillaient en cachette pendant un ou deux mois avant que leur mari découvre leur occupation ; certains exigeaient alors qu’elles cessent immédiatement i et d’autres acceptaient qu’elles continuent, après médiation. D’autres femmes sollicitaient l’intervention d’une tierce personne influente pour convaincre le mari. Ce problème de non-responsabilisation des femmes dans leurs choix et leurs actes constituait un frein au développement d’initiatives propres. Conscientes de ce blocage, elles craignaient que Tonnoma ne puisse se réaliser et faire profiter ses congénères de son expérience. L’une d’elles donna à haute voix son avis, que toutes partageaient secrètement : « - Hum, Tonnoma rêve trop. Ce qu’elle envisage de mettre en place est très louable, mais tient-elle compte de la place que nous occupons dans cette société ? Rien ne peut se faire sans l’accord des hommes24. Si ce qu’elle essaie de développer ne se conforme pas aux réalités traditionnelles, j’ai peur qu’elle n’échoue dans ses projets25. Elle sait bien que l’accord du mari est nécessaire pour que les femmes travaillent ou voyagent, tout comme celui des parents pour les jeunes filles26. Ce ne sont pas les initiatives qui font défaut, c’est le manque de responsabilisation qui bloque notre capacité de création, d’autonomisation financière. Vous savez que nombre de femmes n’ont pas postulé pour cet emploi parce que leur mari n’était pas d’accord27. - Comme tu as raison ! On parlait de ça pas plus tard qu’hier avec la femme de mon voisin. Malgré les opportunités que les THIMO offrent aux femmes, certaines ont des difficultés à cause du mari28. Il paraît même que certains hommes se sont complètement déchargés des dépenses du ménage depuis que leurs femmes ont obtenu le contrat. Comment est-ce possible ?29 - Je pense qu’un accompagnement est nécessaire pour faciliter les initiatives féminines. Il faut sensibiliser les hommes aux questions de l’emploi des femmes,
Échanges importants au village | 57
à leur rôle dans le ménage et dans la société, et à leur contribution au développement économique et humain. Permettre à la femme de mener une activité génératrice de revenus lui conférera la capacité de décisions et de choix, et améliorera les conditions de vie du ménage » ajouta une autre. Toutes parlaient et intervenaient les unes après les autres30. « - Les femmes qui bénéficient des activités des THIMO ont pu contribuer d’une manière ou d’une autre à satisfaire les besoins de leur famille. Elles ont aidé au paiement de la scolarité des enfants, investi dans la santé de la famille, amélioré les rations alimentaires et leur qualité, acheté des vêtements, aidé leur mari et d’autres membres de la famille pour les dépenses diverses du ménage. Au-delà de toutes ces interventions, elles ont pu constituer un capital en faisant des économies, ce qui a renforcé la capacité de production pour les unes et engendré la création d’activités source de revenus pour les autres. »31 Une ancienne employée des THIMO, qui se trouvait dans le groupe cheminant sur le sentier, partagea son expérience et les changements que ce travail avait introduit dans sa vie : « J’ai bénéficié des travaux du premier recrutement. C’est à partir de là que j’ai pu développer une activité génératrice de revenus. Auparavant, j’aidais la femme de mon voisin à faire la cuisine. Je le faisais avec plaisir, mais cela ne me permettait pas d’économiser. Comme j’ai pu constituer un capital après le travail de la mairie, je me suis équipée du matériel nécessaire et me suis mise à mon propre compte. À présent, j’emploie à mon tour d’autres femmes qui m’aident dans mes travaux et ma vie s’est nettement améliorée. »32
Gestion des enfants Tonnoma était une jeune femme modeste et sans prétention qui comprenait l’importance de l’ouverture. Elle était prête à partager ses nouvelles connaissances et les femmes n’hésitaient plus à lui poser toutes sortes de questions lorsqu’elles la rencontraient au puits, au marché ou ailleurs. Ce jour-là, elle parlait tranquillement avec une voisine qui, comme elle, allait ramasser du bois sec. « - Dis-moi Tonnoma, quelle est la chose la plus difficile pour toi en tant que femme dans ce travail ? - Hum… Tu sais, les femmes rencontrent de nombreuses difficultés sur les chantiers des THIMO. Mais le souci majeur des mères est la gestion des jeunes enfants. Leurs pleurs perturbent les travaux33 et les superviseurs s’en plaignent. Sans baby-sitter, il est très compliqué de travailler sans interruption. Pourtant nous avons besoin d’assurer l’épanouissement de nos enfants en travaillant ; les mères se battent constamment pour eux. » Tandis que la voisine l’approuvait d’un air convaincu, Tonnoma pensa aux difficultés qu’elle-même rencontrait encore avec Arzouma tout en continuant à bien travailler. Son enfant, hélas, était maladif et pleurait souvent. Parfois, la jeune femme devait cesser son travail toutes les trente minutes pour s’occuper de lui, et cela conduisait à des disputes avec les autres membres du groupe. Lorsque des activités non quantifiables, comme le désherbage et le balayage, s’exécutaient en groupe, Il n’était pas possible d’emmener les enfants partout sur les sites34. « - Oui » poursuivit-elle. « C’est ainsi que les enfants sont régulièrement la cause de conflits entre les femmes qui allaitent et celles qui n’ont pas d’enfants... Il est impossible de les laisser à la maison sans les allaiter une journée entière35.
58 | L'histoire de Tonnoma
Les superviseurs refusent que les mères gardent les enfants sur le dos pour travailler, c’est néfaste pour eux36, il faut donc établir une garde ou bien solliciter sur place l’appui d’une collègue ou d’une femme enceinte qui puisse les surveiller, mais dont il faut en même temps faire le travail pour compenser. - Ce n’est pas simple, hein ! Et que se passe-t-il quand vous vous absentez ? Ou est-ce que vous ne vous absentez jamais ? » questionna à nouveau la voisine. « - Ah, c’est là que tout se complique ! J’ai subi une réduction de salaire correspondant au nombre de jours d’absence lorsque Arzouma est tombé malade et a été hospitalisé quelques jours au centre de santé, dernièrement. » La voisine découvrit ainsi une contrainte supplémentaire qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les clauses du contrat stipulaient que les enfants ne devaient pas se trouver sur les sites et les mères concernées ne pouvaient pas postuler. Comme Tonnoma n’avait pu justifier son absence, elle avait été pénalisée. Le superviseur avait même décidé pendant un moment de suspendre les femmes en absence prolongée, car il s’agissait d’un abandon de poste. Et si un enfant causait trop de perturbations, sa mère risquait d’être renvoyée37. Quelques semaines plus tard, Tonnoma et deux de ses belles-sœurs, mariées et habitant non loin de chez elle, se rencontrèrent par hasard au puits. Très vite, la conversation spontanée se dirigea sur les THIMO. La jeune femme leur expliqua qu’elle espérait un changement positif dans sa vie et celle du village, grâce à ce travail. Elle aspirait à des lendemains meilleurs non seulement pour ellemême mais aussi pour sa famille et la communauté tout entière. Elle fit une comparaison entre sa vie économique avant les THIMO et sa vie actuelle, bien différente. Elle expliqua qu’en tant que femme active, elle avait la capacité financière de s’acheter des objets féminins, alors que c’était impossible auparavant ; elle pouvait aider son mari à payer la scolarité de leurs deux enfants et aussi les vivres. Les rations et la qualité alimentaire de la maisonnée s’étaient améliorées et les mets étaient à présent plus variés. Au cours des échanges, la question de la garde des enfants ressurgit. Ses belles-sœurs lui demandèrent comment elle pouvait travailler sans baby-sitter, avec un enfant qui allaitait encore. « - Les femmes qui amènent les enfants sur les sites se sont organisées pour une garde à tour de rôle » expliqua Tonnoma. « Une fois, le superviseur a voulu renvoyer une femme enceinte qui souffrait de nombreux malaises. Nous avons suggéré qu’elle s’occupe des enfants et, en contrepartie, l’équipe exécuterait ses travaux. Savez-vous que même les femmes sans enfant sur les sites ont apporté leur aide pour la garde ! Cependant, celle-ci n’est pas systématique, les superviseurs ont fait une exception pour la femme enceinte. - Mais Tonnoma ! » sursauta la plus âgée des belles-sœurs, « penses-tu qu’il est prudent de confier son enfant à une inconnue ? Tu sais bien que certaines femmes du village n’ont pas bonne réputation. Tout le monde se méfie d’elles et si la garde leur est confiée, n’y a-t-il pas un danger ? En tout cas, je ne te conseille pas d’accepter cette option. Et je suis sûre que mon frère pensera la même chose38. - Mais non » lui opposa sa jeune sœur. « Je n’ai pas la même vision des choses que toi, grande sœur. Supposons que tu te trouves dans une telle situation et que les mères refusent de te confier leurs enfants. Quelle serait ta réaction ? Penses-tu que tu es meilleure que les autres ? Sais-tu ce que les autres pensent de toi ? De toute façon, les mères seront à proximité et pourront surveiller la garde de temps à autre. »39
Échanges importants au village | 59
Les personnes avaient souvent des préjugés, surtout sur les inconnus. Rawidi, quant à lui, n’a jamais su comment les enfants étaient gérés au travail parce qu’il ne s’est jamais rendu sur les sites. Au village, les enfants étaient toujours confiés à une connaissance de confiance. La communication était très limitée dans les couples et le chef de famille devait être respecté et obéi par femmes et enfants. Cette structuration et hiérarchisation sociale lui conférait autorité et supériorité sur tous les autres membres de la famille. Il était parfois craint et communiquer avec lui demandait beaucoup d’effort et de courage. Figées dans leurs propres croyances et convictions, les femmes ne pouvaient envisager que les hommes acceptent de faire garder leurs jeunes enfants par une personne étrangère à la famille. Une négociation avec des arguments solides à l’appui aurait été impérative pour faire changer les hommes d’avis.
Équilibre entre tradition et vie d’employée
Des crèches mobiles en gestation Selon un responsable des activités THIMO, on commence à mettre en place et à expérimenter ce qui deviendra plus tard la « crèche mobile », de manière non systématique dans certaines localités, sous forme de garde alternée des enfants. « Parallèlement aux THIMO, la garde des enfants a pour objectif de préserver la sécurité de ceux-ci et de donner une opportunité aux mères allaitantes de travailler, ainsi qu’aux femmes enceintes. Si les crèches mobiles dans les THIMO peuvent être assimilées à la garderie d’enfants où les parents ne connaissent ni la provenance des monitrices, ni leur caractère, les hommes pourront comprendre et accepter une telle initiative » (Voir FZ7, FZ13, FZ21 entretien individuel personnel administratif ). Les femmes enceintes sont les actrices principales pour l’aide à la mise en place et la réussite d’un tel projet, qui serait aussi une stratégie d’encouragement de l’emploi de ces femmes.
La vie de brigadière ne soustrayait pas Tonnoma au respect des principes et préceptes des normes sociales, qui avaient toujours guidé et orienté ses actions, sa considération envers autrui et son savoir-vivre. Cet héritage intergénérationnel se transmettait par la socialisation. Tous apprenaient de cette façon les bonnes manières et la philosophie de la vie. Tonnoma n’avait pas oublié son rôle au sein de la famille. Elle était consciente de sa place dans la société ; en tant qu’épouse, elle dépendait de son mari. Elle était sous sa responsabilité et toutes les actions qu’elle souhaitait entreprendre devaient se faire avec le consentement de celui-ci. Pour elle, « la femme ne peut pas aller travailler sans le consentement de son mari, elle n’est ni autonome, ni maîtresse de soi ; elle dépend toujours de quelqu’un qu’elle doit consulter. Elle demeure sous cette autorité, doit la respecter et lui être soumise. Ainsi l’exigent la coutume et les normes sociales, et leur non-respect serait perçu comme une marque de défiance envers le mari et d’insubordination, et pourrait entraîner la discorde conjugale ou la séparation. Il n’est pas normal qu’une femme passe la nuit dehors, c’est signe de libertinage et d’infidélité. Même la jeune fille non mariée doit recevoir l’autorisation de ses parents avant de sortir. »40 La femme ne pouvait ni travailler, ni voyager, ni acheter des vivres, ni rendre visite à quelqu’un, ni développer une activité génératrice de revenu, ni dépenser de grosses sommes d’argent à l’insu de son mari. « Une femme ne doit pas agir ainsi ; elle doit se respecter et respecter les personnes avec lesquelles elle vit. Si la famille est nombreuse, elle doit recevoir la permission des parents, même si le mari est d’accord. Les parents pensent souvent que si l’épouse gagne de l’argent, elle ne va plus respecter son mari. Elle ne peut payer elle-même les vivres sans le consentement du conjoint, sinon il pensera que son épouse veut faire étalage de son argent, que l’entourage se moquera de lui et croira qu’il se fait entretenir. C’est l’homme qui nourrit la femme, il est le propriétaire de la maison. », et pour toutes ces choses, elle devait avoir son autorisation41, son soutien et sa bénédiction.
60 | L'histoire de Tonnoma
De ce fait, Tonnoma informait toujours Rawidi avant d’entreprendre toute action ; cette attitude renforçait la confiance et la cohésion du couple. « Cela peut excuser les retards dans les travaux comme la cuisine. Le mari comprend pourquoi le repas n’est pas prêt à l’heure si la femme est retenue sur le lieu du travail 42, par exemple. Lorsqu’on vit avec un homme, on n’est plus libre de ses mouvements. Le respecter est une manière de ne pas inquiéter les autres et d’avoir leur soutien en cas de besoin. Si un problème surgit, on a besoin de quelqu’un pour nous aider et nous assister43 » expliquait Tonnoma à ses deux hôtesses. Elle avait su passer outre les préjugés et se battre pour être utile à sa famille, son entourage et toute la communauté. En sollicitant le soutien du chef de village pour convaincre son mari, elle avait subtilement gagné la partie. Le chef était le médiateur social ; ainsi, avec son soutien, Tonnoma avait pu le convaincre de la laisser agir à sa guise. L’intervention du chef avait changé l’opinion de Rawidi sur le rôle de la femme, qui consistait à accomplir les travaux domestiques, faire des enfants et s’occuper d’eux. Il avait compris que le travail de la femme pouvait l’aider dans les dépenses de la famille et agrémenter leur vie44. Tout ceci permettait à la jeune femme de s’épanouir et renforçait sa confiance. Elle pouvait ainsi progresser malgré les épreuves et se réaliser, enfin exprimer sa raison d’être et avancer dans ses projets, et faire face à toutes les contrariétés. « Beaucoup d’hommes sont exigeants sur ces questions de respect des normes sociales »45 ajouta-t-elle encore. Mais sa façon d’agir lui avait permis de contourner les contraintes et de travailler, d’être utile à la société et de persévérer dans sa lutte pour avancer et devenir plus autonome.
L’estime des autres Depuis que Tonnoma travaillait dans les THIMO, les visites ne manquaient pas chez elle. L’entourage voulait des informations et l’imiter46. Souvent, les femmes exprimaient le souhait de participer aux THIMO et lui demandaient comment elle parvenait à économiser. Ses amies avaient besoin d’acquérir des connaissances. Des femmes voulaient prendre part aux THIMO et certaines collègues de la jeune femme voulaient développer une activité à la fin du contrat, mais ne savaient comment s’y prendre. D’autres encore manquaient de confiance quant à leur capacité à entreprendre. Tonnoma, elle, avait beaucoup d’ambition et démontrait son engagement dans tous les domaines. Elle participait à toutes les manifestations ayant lieu au village47 et aux activités pour le développement local : • Elle remboursait ses crédits en temps et en heure48 ; • Elle était sortie de la pauvreté grâce à son salaire49 ; • Elle avait amélioré sa qualité de vie en achetant de nouveaux vêtements qui la rendaient attrayante ; en aménageant son cadre de vie par une meilleure pratique d’hygiène ; et en améliorant l’alimentation familiale avec des mets plus variés50 ; • Elle avait pu s’acheter de nouveaux équipements51 ; • Elle avait le respect de son mari52 ; • Elle était financièrement autonome du fait de son travail aux THIMO 53 ; • Elle avait développé elle-même une activité génératrice de revenus54 ; • Elle avait acquis de nouvelles connaissances55 ; • Elle était devenue ouverte d’esprit, éveillait les consciences et faisait preuve d’un changement de mentalité et de comportement56 ; • Elle était capable de réaliser les choses qui lui tenaient à cœur57 ;
Échanges importants au village | 61
• Elle était devenue un modèle à imiter58, tout le monde voulait faire comme elle car elle était épanouie et se sentait importante et riche dans la société. Son réseau d’amies s’était développé et ses relations interpersonnelles s’étaient améliorées. À la descente, il lui était difficile de se reposer avant d’entreprendre ses travaux ménagers, car elle avait constamment de la visite. Un soir, alors qu’elle triait les condiments, tombant de fatigue, une amie venue lui rendre visite s’exclama en la voyant : « - Tonnoma ! Ne tombe pas tête la première dans les condiments ! Si tu es fatiguée, va t’allonger ! - Oui, parfois je me sens stressée et épuisée, mais qui va faire mes travaux ? Je dois me lever tôt chaque matin pour m’occuper des enfants, les préparer pour l’école ; je dois aussi préparer leur petit frère avant de me rendre à la mairie. Mon travail ne doit pas m’empêcher de m’occuper de la famille. - Mais nous sommes ici pour t’épauler ! Depuis que tu es arrivée, tu ne fais que travailler. Nous t’avons aidée à remplir les jarres d’eau, tu as fait la vaisselle, et tu as fait tremper les vêtements de tes enfants pour la lessive. Maintenant tu tries les condiments… Repose-toi un peu ! Tu pourras continuer plus tard ! » la reprit vivement une autre visiteuse qui venait d’arriver. « - Hum, ainsi va la vie ! C’est ce qui permet d’assurer l’harmonie dans la famille » répondit Tonnoma en souriant. Dans la foulée, elle leur expliqua que les travaux se déroulaient de sept à quatorze heures. Les sites de travail étaient parfois éloignés, et s’y rendre et en revenir était long et compliqué, ce qui expliquait les retards qui s’ensuivaient parfois. « - Certaines personnes habitent vraiment très loin. Souvent, le trajet les fatigue, si bien qu’elles doivent se reposer un peu avant de commencer à travailler. Mais cela crée souvent des tensions et mésententes dans les équipes. - Oui, ça se comprend. Sans compter que le travail ne doit pas toujours être facile, n’est-ce pas ? - C’est vrai ! On peut ajouter la difficulté et la pénibilité de certains travaux à cette contrainte. Par exemple, le compactage, le désherbage, le creusage, et l’épuration des caniveaux sont pénibles et exténuants, surtout pour les femmes. Même avec de la volonté, de la motivation et du dynamisme, ces travaux présentent de grandes difficultés. - Ces jours-là, tu dois rentrer bien fatiguée, ma pauvre Tonnoma » dit son interlocutrice avec compassion. Effectivement, certains jours, elle rentrait épuisée et devait encore s’acquitter des travaux du ménage, afin d’assurer la cohésion et l’harmonie dans son foyer. Sans s’étendre davantage, elle acquiesça en hochant la tête et alla sagement se reposer. Elle était tellement fatiguée qu’elle s’endormit aussitôt. Deux heures plus tard, elle se réveilla en sursaut et sortit rapidement de sa demeure. Il faisait déjà nuit et elle devait préparer le repas du soir. Elle s’excusa auprès de ses amies qui avaient lavé les habits des enfants. L’une d’elles la regarda longuement et dit : « Il n’est pas facile de concilier toutes ces activités. Elle fait tellement de sacrifices pour sa famille ! Elle devrait se reposer de temps en temps, sinon elle risque de tomber malade »59. Avant même qu’elle put terminer sa phrase, un bruit de plats entrechoqués se fit entendre au fond de la cour ; Tonnoma était partie chercher des ustensiles de cuisine pour le repas du soir. Ses amies se regardèrent, éclatèrent de rire et se séparèrent. Rawidi s’occupait alors du plus jeune enfant, tandis que son épouse, appuyée par sa belle-mère et les deux plus grands enfants, faisait la cuisine.
62 | L'histoire de Tonnoma
NOTES 1. 2. 3. 4. 5. 6.
7. 8. 9. 10. 11. 12. 13.
14. 15. 16. 17. 18. 19. 20.
21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. 35. 36. 37. 38. 39.
Voir Entretiens individuels personnel administratif T11 ; T12 ; T18. Prénom mixte, mais donné plus souvent par les Mossi aux filles qu’aux garçons. Voir Entretiens individuels femmes brigadières AF27 ; AF30 ; AF 32. Voir Focus groups femmes Barga B11 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières AL18 et Z59 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers AF36. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers AF43 ; AF44 ; Z5 ; Z29 ; Z37 ; voir Entretien individuel personnel administratif T19. Voir Entretiens individuels personnel administratif AF13 ; AF14 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières AL18 et AL31 ; voir Entretien individuel membres de famille M11. Voir Entretiens individuels personnel administratif T7 ; T11 ; T12. Voir Entretiens individuels femmes brigadières BD6 ; BD12 ; BD16 ; BD29 ; BD31 ; BD32. Voir Entretien individuel hommes brigadiers Z37 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières FN8 ; FN11 ; FN12 ; FN13 ; FN14. Voir Entretiens individuels femmes brigadières GR10 ; GR14 ; GR18 ; GR20 ; GR22 ; GR27 ; GR28. Voir Focus groups femmes Ouahigouya B36 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers HP11 ; HP25 ; HP28 ; HP37. Voir Focus groups femmes Bobo B2, Voir Entretiens individuels personnel administratif AX6 ; AX11 ; AX 19 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers CN16 ; CN24 ; CN31. Voir Focus groups femmes Bobo B20, Voir Focus groups femmes Barga B20 ; voir Focus groups femmes Ouahigouya B20 ; voir Focus groups femmes Pourra B20 ; Voir également CZ4 ; CZ5 ; CZ8 ; CZ11 ; CZ 30 ; CZ32. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT10 ; CT18 ; CT24 ; CZ10 ; CZ18 ; CZ76 ; CZ80. Voir annexe sur le Projet d’emploi jeunes et développement des compétences. Voir Entretiens individuels personnel administratif BJ11 et BJ14 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières AR5 ; AX6 ; AX7 ; AX9 ; AX16 ; AX 94 ; AX 98. Zomkom : l’eau traditionnelle de bienvenue dans laquelle on délaie parfois un peu de farine de mil ou de sorgho. Voir Focus groups hommes Bobo B67. Voir Entretien individuel femmes brigadières CT31. Voir Focus groups femmes Bobo B28 ; voir Focus groups hommes Barga B19 ; voir Focus groups femmes Barga B21 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières CT5 ; CZ30 ; CZ71 ; CZ74. Voir Entretiens individuels personnel administratif ED7 ; ED10 ; ED17 ; voir Entretiens individuels hommes brigadiers CZ5 ; CZ10 ; CZ14. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT5 ; CZ68 ; CZ74. Ibid., CT18 ; CT32 ; CT48 ; CT 59 ; CT62 ; CT74 ; CT75. Ibid., EJ5. Ibid., EJ24 ; EJ25 ; EJ38 ; EJ50. Ibid., EJ72. Ibid., EJ7, EJ10 ; EJ15 ; EJ44 ; EP6 ; EP7. Ibid., EJ18 ; EJ19 ; EJ20 ; EP5. Voir Focus groups femmes Bobo B34 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières DX16 ; DX24 ; DX25 ; DX29. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EV5 ; EV7 ; EV8 ; EV9. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers DL29 ; DL30 ; DR23 ; DR24 ; DR26. Voir Focus groups femmes Bobo B30 ; voir Entretien individuel femmes brigadières CT72. Voir Entretiens individuels femmes brigadières FB16 ; FB 17 ; FB25 ; FB53 ; FB54. Ibid., CB67. Voir Focus groups femmes Pourra B24. Voir Entretien individuel femmes brigadières FT22 ; voir Entretien individuel hommes brigadiers BV38. Voir Entretien individuel femmes brigadières BV83. Ibid., GR50 ; GR52 ; GR53 ; GR62 ; GR71 ; GF21. Voir Entretiens individuels personnel administratif FN17 et FN18.
Échanges importants au village | 63
40. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ5 ; EJ6 ; EJ10 ; EJ13 ; EJ19 ; EJ21 ; EJ23 ; EJ50 ; EJ55 ; EJ72 ; EJ80. 41. Ibid., EJ14 ; EJ22 ; EJ24 ; EJ25 ; EJ26. 42. Descendre ou « la descente » : expressions désignant la fin de la journée de travail, rentrer du travail. 43. Voir Entretiens individuels femmes brigadières EJ 30 ; EJ33 ; EJ40 ; EJ43 ; EJ46 ; EJ49. 44. Ibid., EV8 ; EV9 ; EV10 ; EV11. 45. Ibid., EJ53. 46. Ibid., DF85 et DF98. 47. Ibid., CT7 ; CT11 ; CT68 ; voir Focus groups femmes Ouaga B21. 48. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DL38 ; CT48 ; CT68. 49. Ibid., CT7. 50. Ibid., DF13 ; CT17 ; CT18 ; CT25 ; CT51 ; CT53 ; voir Focus groups hommes Ouahigouya B21. 51. Voir Entretien individuel femmes brigadières CT29. 52. Ibid., CT46. 53. Ibid., DF42 et DF44. 54. Ibid., CT54 et CT56. 55. Voir Entretien individuel personnel administratif DX14. 56. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT10 ; CT21 ; CT48 ; CT50. 57. Ibid., CT22. 58. Ibid., CT64 et CT77 ; voir Focus groups hommes Ouaga B75. 59. Voir Entretiens individuels femmes brigadières VE12 ; VE24 ; VE58.
6
De meilleurs lendemains
Les travaux des THIMO tirent à leur fin, et la tristesse est palpable parmi les employés, qui ressentent un choc devant cette issue. Pour certains, la perspective du chômage se concrétise, tandis que d’autres n’ont pas pu faire d’économies. – Cependant, les retombées de ces derniers mois d’activité produisent leurs effets : des petits commerces ont été lancés ou améliorés, des enfants suivent les cours à l’école ; Tonnoma a acquis de nouvelles connaissances et s’implique dans la société. – D’autres effets s’annulent : elle ne peut plus offrir de cadeaux aux enfants et à la famille. - Bien que les femmes aient été employées pendant quelque temps, fait nouveau dont certains hommes doutent encore du bienfait, la plupart de ceux-ci apprécient les contributions des épouses au budget du ménage et voudraient que les THIMO se poursuivent.
COMME LE TEMPS PASSE ! Les mois passaient et le travail de la mairie tirait à sa fin. Tonnoma et ses collègues avaient de l’ambition et leur esprit fourmillait de projets. Elles s’étaient toutes entendues pour reconnaître que le travail « était une opportunité permettant aux femmes de se responsabiliser et de se battre pour exécuter leurs projets »1. Chacune voulait se constituer un fonds de commerce pour développer plus tard une activité à long terme2. Ces derniers mois, les femmes s’étaient habituées à se lever tôt chaque matin, et aussi à recevoir un salaire. La plupart d’entre elles, Tonnoma y compris, n’avaient jamais accompli un travail qui rapportait autant d’argent3. Emportées par leur élan et les changements positifs dans leur vie, elles ne se rendaient même plus compte du temps qui passait. Avant l’offre des THIMO, les emplois étaient rarissimes ; aussi les brigadières faisaient-elles beaucoup d’efforts pour être bien vues par les patrons : il n’était pas question de perdre l’éventuelle chance de se faire réembaucher pour cause de paresse ! Aussi s’appliquaient-elles dans le travail qui leur était confié, même si elles étaient malades. Elles étaient ponctuelles et dynamiques, présentes chaque jour et se mobilisaient pour travailler. Elles étaient bien plus motivées que les hommes et leur faisaient concurrence, ayant besoin de cet emploi et voulant à tout prix devenir financièrement indépendantes4. 65
66 | L'histoire de Tonnoma
Elles avaient beaucoup appris, et certaines avaient renforcé leurs compétences à travers les formations reçues. Elles savaient à présent tailler les fleurs, poser des cordons pierreux, creuser des puits, faire du maraîchage et tisser le grillage. D’autres voulaient même à l’avenir transformer ces nouveaux acquis en métiers5. Tonnoma et ses collègues servaient d’exemple à ceux qui souhaitaient faire le même travail. Dans la concession et autour du voisinage, la jeune femme était la seule à bénéficier des activités THIMO, la plupart des femmes ayant jugé ce travail non rentable et décidé de ne pas participer au recrutement. Par la suite, vu les retombées positives sur les employés, elles avaient félicité Tonnoma pour son dévouement et l’avaient encouragée. Elle était enviée car elle bénéficiait d’une formation professionnelle en entrepreneuriat. Certaines regrettaient alors de n’avoir pas tenté leur chance dans les THIMO. Au moment du recrutement, de nombreuses femmes étaient enceintes. À cause de leur grossesse avancée, elles avaient été écartées. D’une manière ou d’une autre, beaucoup de facteurs avaient empêché certaines de postuler aux THIMO ; elles souhaitaient à présent participer au prochain recrutement6. D’autres femmes encore avaient manifesté le désir de participer aux activités mais n’avaient pu obtenir l’autorisation de leur mari. Par exemple, « certains hommes n’avaient pas confiance en leurs femmes. Alors ils les empêchaient de travailler, ou les surveillaient quand ils acceptaient qu’elles travaillent. Il y avait une femme qui était épiée par son beau-frère, le jeune frère de son mari ; il l’accompagnait sur le chantier et l’observait jusqu’à la fin des travaux. Ensuite, il la raccompagnait à la maison »7. Mais par la suite, au regard des retombées socioéconomiques positives, tout le monde voulait participer. Il était même arrivé que des personnes non inscrites se présentent sur les sites pour se joindre aux groupes, alors que le travail battait déjà son plein. Ainsi passèrent les jours, les semaines, puis les mois...
RETOUR SUR LE PASSÉ Six mois s’étaient écoulés et les contrats venaient à expiration. Le jour vint de se dire au revoir. Quarante-huit heures auparavant, le superviseur annonça la fin officielle des travaux : « Nous venons de passer six mois ensemble. Tous les efforts sont couronnés de succès. Le moment est venu de se quitter et je vous souhaite bonne chance à tous et à toutes. Dans deux jours, vous recevrez votre dernier salaire. » Un grand silence s’étendit sur le groupe. Tous connaissaient la durée du contrat, mais dès qu’ils avaient commencé à travailler et à apprécier les bénéfices, hommes et femmes estimaient ce temps trop court et auraient préféré un contrat à durée indéterminée. Les femmes avaient cherché un emploi pendant longtemps et avaient bataillé avant d’obtenir ce travail. Elles s’interrogeaient à présent sur leur avenir, Tonnoma songeait : « Ici, il n’y a pas de travail. On s’épanouit quand on en possède un et qu’on est occupé, mais quand il se termine, on a envie de pleurer »8. Beaucoup de femmes avaient les larmes aux yeux. Leur participation au projet avait contribué à l’amélioration des conditions de vie de leur famille et de leur entourage ; chacune avait pu satisfaire des besoins réels et pressants.
De meilleurs lendemains | 67
Les propos du superviseur semblaient avoir surpris les travailleurs, qui n’avaient pas vu les mois passer. Un des brigadiers de l’équipe de Tonnoma s’exclama, déçu et révolté : « - Alors maintenant, on va être occupés à ne rien faire, n’existe-t-il pas d’autre modèle de THIMO ? Vous devez parler à ˝ceux qui sont devant nous˝9, la liste que vous avez en main vous permettra de nous contacter. Normalement, ils devraient avoir un geste envers nous au moment du dernier salaire et nous donner une prime pour nous permettre de faire autre chose. L’inactivité va recommencer. Ils ont dit que ce travail réduisait le chômage mais on retourne au point de départ. Et je parle au nom de tout le monde. »10 Tous reconnaissaient que ce travail était la plus belle expérience de leur vie. La tête baissée, une des femmes qui finissait de fermer sa blouse de travail verte dit pensivement : « - Participer à ces travaux nous a aidés à comprendre beaucoup de choses : la salubrité des espaces publics par exemple, à savoir que la propreté relève de la responsabilité de tout le monde. Les gens pensaient que la mairie seule en était responsable, alors que c’est tous ensemble qu’on peut nettoyer le pays. Ce travail a permis de comprendre comment chacun peut participer à la préservation de l’environnement et agir pour le bien-être de la communauté. Il nous a aussi fait connaître les modes de transmission de maladies comme le sida et appris comment les éviter11. » Près d’elle, une femme mince comme un fil défit et refit son foulard, dévoilant un court instant des nattes alignées que la toile de nylon protégeait de la poussière. Elle prit la parole à son tour : « - Dès que nous commençons ce travail sous contrat, nous nous concentrons pour l’accomplir. L’argent que nous gagnons chaque mois, on le bouffe petit à petit. Certains d’entre nous n’ont pas pu économiser, il n’y a aucun fonds pour démarrer quoi que ce soit d’autre. Si on pouvait prolonger ce contrat de six mois, on pourrait économiser un peu et faire autre chose, en se débrouillant ! Il est vrai que nous avons reçu de l’aide mais au moment où on a commencé à s’investir dans le travail, tout s’arrête. Maintenant on va rester à la maison, on n’a pas pu faire assez d’économies pour entreprendre un commerce et beaucoup de gens comme moi vont se retrouver sans rien12. - Tu as raison ma chère, il est difficile d’économiser. Aujourd’hui, les femmes dépensent plus que les hommes. Ce sont elles qui gardent les enfants à la maison, elles n’ont pas d’autre choix ! Mon mari est ouvrier, parfois il peut passer un ou deux mois sans travailler, donc c’est moi qui achète les condiments pour la cuisine. Pendant les périodes de chômage, c’est avec mon salaire que nous effectuons les dépenses. »13 Une autre collègue ajouta : « - Vraiment, les THIMO m’ont sauvée ! J’ai pu soigner ma mère souffrante, dont les soins coûtaient vingt mille francs... J’y ai consacré tout mon premier salaire. J’ai pu aussi investir dans le commerce de mécanique d’engins à deux roues que dirige mon mari. Je lui ai acheté un lot d’outils et maintenant, il est mieux équipé et a plus de clients. » Une troisième confirma que « les avantages des THIMO sont innombrables. Mon enfant était en classe de troisième et mon mari n’avait plus les moyens de payer sa scolarité du fait qu’il est tombé malade et est resté longtemps inactif. Sans mon travail, mon fils n’aurait pas pu passer ses examens et aurait dû abandonner les études ! Mais il a réussi le BEPC et avec ce diplôme, il a plus d’opportunités et peut passer les concours de la fonction publique. »
68 | L'histoire de Tonnoma
Tonnoma ne regrettait absolument pas d’avoir pris part à ces travaux. Quelle chance elle avait eue d’avoir été retenue parmi tant de postulants… Avoir son propre revenu, contribuer au bien-être de sa famille et de la communauté14, en un mot, être utile aux autres et avoir leur considération. « D’autres femmes aussi auraient souhaité obtenir ce boulot pour être actives, recevoir des revenus et être autonomes » se répétait-elle15. La seule chose qu’elle redoutait, c’était de ne plus être capable de continuer ses gâteries aux enfants : depuis qu’elle était salariée, elle avait en effet coutume de leur offrir des petits cadeaux, ainsi qu’aux enfants du proche voisinage16. Dans le groupe des employés présents ce jour-là, chacun avait trouvé un objectif à atteindre, mais la fin du contrat allait y mettre un frein. Ils marmonnaient des propos inaudibles, et le rythme de travail se ralentit soudainement. Le superviseur se montra cependant conciliant et leur laissa jusqu’au coucher du soleil pour terminer. Il faisait déjà sombre lorsque les employés quittèrent le site. Ce jour-là, tout le monde, y compris Tonnoma qui avait plus de trois kilomètres à parcourir jusqu’à la maison, rentra à la nuit.
REGRETS ET TRISTESSE EN ABONDANCE Il faisait maintenant nuit noire. Les enfants avaient attendu en vain le retour de leur mère et étaient rentrés. Assis dans un coin, ils pleuraient inconsolablement et étaient sûrs qu’un malheur était arrivé. Leur père, quant à lui, avait essayé de cacher sa mauvaise humeur. Seul sous le grand baobab, Rawidi imaginait toutes sortes d’éventualités et murmurait : « Qu’ai-je fait ? Je n’aurais pas dû écouter le chef du village. Depuis qu’elle a commencé à travailler dans les THIMO, Tonnoma a complètement changé de comportement. La cour est balayée tous les jours, nos enfants et elle-même sont toujours impeccables. Son teint même a changé. Sa peau est lisse et brille comme la lune. Elle est bien coiffée et sa garde-robe a été renouvelée… Aaah ! Même les autres femmes l’envient17. D’ailleurs, elle est jeune et dans les THIMO, elle travaille avec des hommes aussi jeunes qu’elle et qui sont sûrement plus attirants que moi (soupir). J’espère que je n’ai aucun concurrent et que ma femme n’est pas en train de me fuir ! J’ai eu du mal à la conquérir ; si elle ne rentre pas bientôt j’irai exposer le problème au chef. C’est lui qui m’a convaincu de la laisser travailler, il saura trouver une solution à cette situation. » Tandis que son mari se perdait ainsi en conjectures, Tonnoma arriva chez elle et, avant même qu’on lui demande la raison de son retard, d’un ton plein de désarroi elle annonça : « - C’est fini ! C’est fini pour nous. - Qu’est-ce-qui est fini ? » la questionna Rawidi l’air étonné. « Tu as été renvoyée ? Qu’est-ce que tu as fait pour qu’on te renvoie si tôt, hein ? Tu n’as même pas fait trois mois et tu es licenciée ! Je t’avais dit de faire attention. Et maintenant, voilà ! Qu’allons-nous devenir ? Ce travail nous aidait énormément. Avec l’achat de vivres tu m’as soulagé et mon activité de colportage s’est améliorée. Je possède plus de produits qu’auparavant. Je remercie sans cesse le chef de m’avoir convaincu de te laisser travailler. Est-ce que je peux intercéder pour toi en allant demander pardon aux responsables demain ? » Cette réaction de Rawidi pouvait de prime abord étonner. Mais comme beaucoup d’hommes, il avait dû reconnaître que « grâce à ce travail, les femmes ont bien aidé leurs maris »18. Comme en témoigneraient plus tard les membres du
De meilleurs lendemains | 69
personnel administratif, en plein déroulement du contrat des hommes étaient venus demander qu’on embauche leurs femmes19. Rawidi avait parlé sans que Tonnoma puisse placer un mot. Pour lui aussi, le temps avait passé trop vite. Il connaissait fort bien la durée du contrat, mais n’avait pas pris conscience que six mois s’étaient déjà écoulés ! Quand il eût fini, elle répondit : « - Hum, comme si intervenir en ma faveur était possible ! Si c’était un renvoi, j’aurais eu au moins la possibilité de me faire pardonner et de reprendre mon travail. Mais ce n’est pas le cas, c’est la fin officielle du contrat qui est non renouvelable, il était bien trop court. - Ah vraiment ? Les responsables auraient dû vous donner un contrat d’un an ou d’un an et demi. Cela nous aurait laissé le temps de faire fructifier les économies… Et tu aurais pu te constituer un capital un peu plus important pour entreprendre une autre activité. » Un des frères de Rawidi, arrivé au moment où il prononçait ces paroles, lui répliqua d’un ton moqueur avant de filer sans demander son reste : « C’est toi qui étais réticent au début, non ? Maintenant que tu as retiré les bénéfices du travail de ta femme, tu ne veux pas que ça finisse »20. Sans tenir compte de cette interruption, Tonnoma répondit à son mari : « - C’est vrai, surtout pour nous qui avions des crédits à rembourser. Comment peut-on épargner suffisamment en six mois et se lancer dans une autre activité ? Néanmoins, je félicite les initiateurs de ces travaux : grâce à eux, on a pu faire une petite économie et acquérir des connaissances qui pourront nous servir plus tard ». Sa belle-mère, qui avait assisté à toute la scène en l’accompagnant de profonds soupirs, lâcha enfin : « Hum ! Adieu les mille francs ou mille cinq cents francs dont je bénéficiais à la fin de chaque mois. Avec cette somme, je pouvais faire des achats les jours de marché. C’est ainsi que j’ai payé un plat de graines de néré pour commencer mon commerce de soumbala. La quantité ne me permet pas pour le moment de générer de gros bénéfices mais cela me permet de payer mes noix de colas. L’autre jour, j’ai pu payer deux plaquettes de médicaments à cent francs l’unité pour soigner mes maux de tête. Et Tonnoma pouvait payer les médicaments et soigner ses enfants… Ah, quelle tristesse ! »21.
NOUVEAU REGARD SUR LE FUTUR L’heure de la séparation avait sonné. Deux jours plus tard, tout le monde recevait son dernier salaire aux THIMO. Quand Tonnoma prit le sien, elle poussa un gros soupir : « Donc c’est la fin aujourd’hui. À quand nos prochaines retrouvailles ? À moi la reprise de la routine quotidienne et du ménage ! ». Ces propos firent pleurer beaucoup de femmes, et certains hommes secouèrent la tête en soupirant. Le jour suivant, Tonnoma se leva très tôt pour les travaux ménagers. Ensuite, elle fit sa toilette et s’habilla. Puis elle enfourcha son vélo et prit le chemin du travail. Ce n’est qu’en cours de route qu’elle se souvint qu’elle n’avait plus rien à faire là-bas. Elle freina brusquement. « C’est fini ! Fini définitivement ! Pour toujours ! ». Et elle rebroussa chemin. Une semaine passa. Il n’y eut aucun appel de la mairie pour un travail quelconque ; plus d’amies, plus de collègues, plus rien. Tonnoma resta à la maison. Ses voisines et amies passaient leur temps à la questionner, les enfants aussi. Rawidi, qui avait pris l’habitude de recevoir de l’argent chaque mois, cherchait à savoir si une autre occasion se présenterait ou non. Tout le monde s’inquiétait,
70 | L'histoire de Tonnoma
car la jeune femme était généreuse et partageait ses gains. Sa belle-mère souligna avec nostalgie : « Grâce à elle, on a passé de bonnes fêtes cette année. Elle m’a donné plus d’argent pour que je puisse m’acheter des pagnes. Elle a préparé des mets rares qui ont réjoui tout le monde. » Dans ce retour à l’oisiveté et aux travaux domestiques « ordinaires », Tonnoma pensait : « Je me retrouve à la case départ, je redeviens une mendiante dépendante des autres. Pourtant j’ai pu épargner cent-vingt mille francs, je pourrais quand même trouver quelque chose à faire avec cet argent, mais quoi ? Que vais-je devenir ? Il est vrai que je fais maintenant partie du groupement de femmes, mais leurs activités ne sont pas régulières. Elles sont ponctuelles et se produisent uniquement lors des grandes manifestations. Ce travail m’a permis de gagner de l’argent, d’améliorer ma condition, de gagner le respect, la confiance et l’estime des autres ; je suis devenue utile à ma famille, mon entourage et ma communauté. Même si certains m’encouragent, d’autres se moquent de moi car je suis maintenant sans travail. Ah ! comme ma vie a changé ! Déjà, pendant la formation, j’ai appris beaucoup sur l’entrepreneuriat, sur le VIH, sur l’hygiène. J’ai pu m’acheter un vélo à trente-cinq mille francs qui profitera à tout le monde dans la cour. Oui, ma vie a changé car je me suis payé des habits et des chaussures, et j’ai fait de même pour mes enfants ; j’ai pu régler quelques dettes ; j’ai aussi commencé un petit commerce de vente de vêtements et maintenant que le contrat est terminé, je dois me concentrer sur cette activité pour ne pas rester au chômage et devenir la risée de tous. »22 Elle se souvint alors des paroles de ses deux collègues. L’une avait pu sauver la vie de sa mère en lui offrant des soins médicaux adéquats, l’autre avait pu maintenir son fils à l’école jusqu’à son succès au BEPC. D’une manière ou d’une autre, les travaux proposés par la mairie avaient permis à tout le monde de satisfaire des besoins. Il y avait eu des contraintes, des difficultés et des conflits, mais en dépit de tout, il restait une leçon à tirer : le travail est l’ami de l’homme, seul le travail libère. Cette idée lui redonna un regain de courage pour affronter l’avenir.
NOTES 1. 2. 3. 4.
5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18.
Ibid., CT62. Ibid., CT69 et CT72. Ibid., CT37 ; voir Focus groups femmes Bobo B28. Voir Entretien individuel hommes brigadiers DF14 ; voir Entretiens individuels femmes brigadières CT25 ; CT44 ; AF11 ; AF14 ; AF18 ; AF19 ; AF22 ; AF28 ; AF30 ; AF40 ; AF41 ; AF42 ; AF61. Voir Entretien individuel femmes brigadières CT24 ; voir Entretien individuel personnel administratif DX14 ; voir Focus groups femmes Pourra B18. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DF53 ; DF54 ; DF98. Propos d’un superviseur ; voir Entretien individuel personnel administratif FH20. Voir Entretien individuel femmes brigadières CZ25. Sous-entend les autorités qui décident de ce travail, les employeurs. Voir Focus groups hommes Bobo B95. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CT67 et CT68. Voir Focus groups femmes Bobo B17. Voir Entretiens individuels femmes brigadières DX20 et DF27. Ibid., CT17. Ibid., DF61. Ibid., DF20 et DF21. Ibid., CT17. Voir Entretiens individuels hommes brigadiers DL4 ; DL5 ; DL6 ; DL8 ; DL11.
De meilleurs lendemains | 71
19. 20. 21. 22.
Voir Entretien individuel personnel administratif GL10. Voir Entretien individuel femmes brigadières EV21. Ibid., DF22 ; DL67 ; DL71. Ibid., DF78 ; voir Entretien focus groups femmes Ouahigouya B20.
Épilogue Ce qui comptait en effet, c’était l’avenir. Six mois durant, Tonnoma avait travaillé dans les THIMO, rencontré d’autres personnes, appris et partagé beaucoup. Sa famille et son entourage l’avaient accompagnée et avaient facilité l’accomplissement de son travail. Son dévouement et sa participation aux activités de développement avaient fait d’elle un exemple et elle jouissait à présent de la confiance, du respect et de l’estime de sa communauté. Elle faisait partie du bureau du groupe des femmes en tant que secrétaire de l’organisation. Ce groupement, bien connu dans la localité pour la production du soumbala et du beurre de karité, multipliait les actions de développement en formant les femmes. Avec la construction de la piste rurale, la zone désormais désenclavée offrait une chance supplémentaire de renforcer l’autonomie financière des femmes par la création de petits commerces en bord de route1. Comme aimait à le dire Tonnoma, « Ce travail est une opportunité pour nous permettre de sortir de notre précarité et de nous prendre en charge un jour ». Les femmes ne s’y étaient pas trompées : pendant le contrat, certaines avaient déjà initié une petite activité en vendant des pagnes, des bijoux, des produits de beauté. Leurs projets, à court ou moyen terme à la fin du contrat, étaient diversifiés : grâce aux économies faites sur leurs salaires, certaines femmes, à l’image de plusieurs autres ayant pris part aux premiers THIMO de la zone, avaient pu lancer un commerce, ouvrir un atelier de couture ou renforcer leur capacité de production et ne plus jamais chômer à la fin des travaux2. Les unes faisaient de la vente de vêtements, de de nourriture, de la couture ou de l’élevage ; les autres avaient pu améliorer leur commerce, mieux s’équiper et agrandir leurs ateliers de couture ou de coiffure. Certaines avaient même réussi au concours d’entrée à la fonction publique3.
NOTES 1. Voir Entretiens individuels femmes brigadières CZ5 et CZ17. 2. Ibid., CZ65. 3. Voir Entretien individuel personnel administratif DX6.
73
APPENDICE A
Le Projet Emploi Jeunes et Développement des Compétences Le projet des travaux d’haute intensité en main ‘œuvre (THIMO) s’inscrit dans le cadre du « Projet Emplois Jeunes et Développement des compétences (PEJDC) ». Ce projet est financé par IDA à hauteur de 50 millions de Dollars soit environ 25 milliards de francs CFA. L’accord de financement a été signé en juillet 2013 mais la mise en œuvre des activités a connu un retard dans le démarrage du aux évènements liés à l’insurrection populaire d’octobre 2014 et au putsch de septembre 2015. L’objectif du PEJDC est d’accroître l’accès à l’emploi temporaire des jeunes non scolarisés ou peu scolarisés et leur créer des opportunités de développement des compétences (apprentissage et formation). Les principaux bénéficiaires du projet représentent environ 46 800 jeunes non scolarisés de 16 à 35 ans et comprennent au moins 30 % de femmes. Les THIMO sont des emplois temporaires qui durent six mois, pour favoriser l’employabilité des jeunes gens et des femmes. Les activités réalisées concernent généralement le nettoyage ou l’entretien des espaces publics, la régulation de la circulation urbaine, l’appui à certains services administratifs urbain (la police par exemple). Les hommes et femmes recrutés pour ces travaux sont organisés en brigades de 25 personnes et sont appelés brigadiers et brigadières, placés sous la coordination d’un superviseur. Les unités de coordination chargées de la mise œuvre du projet THIMO sont : • PTR HIMO (l’agence THIMO du Ministère des Infrastructures) pour les zones urbaines ; et • HELVETAS (une ONG) dans les milieux ruraux Au cours de la période d’exécution du projet, le nombre de jeunes hommes et femmes prévu au programme était estimé à 20 500 dont 13 000 personnes dans quatre zones urbaines (Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Ouahigouya et Manga) et le nombre restant dans les zones rurales comme Kaïn, Tangaye, Barga, Rambo dans la région du Nord, Béré et Guiba dans le Centre Sud. La partie urbaine du volet Travaux publics (THIMO) est très active et attire environ 85 % de femmes parmi les candidats. Cependant, on constate que la proportion de femmes parmi ceux qui sont effectivement employés est inférieure à 64 %. Cette situation pourrait s’expliquer par plusieurs contraintes notamment le besoin de garde des enfants à bas âge, les périodes d’allaitement et de grossesses et bien d’autres facteurs. Il reste donc évident que l’accès des femmes aux emplois crées dans le cadre des THIMO ne se fait pas sans difficultés.
75
APPENDICE B
Cette étude L’équipe de recherche s’est proposée d’analyser les contraintes liées au travail des femmes dans les THIMO, ainsi que les contraintes liées à leur liberté de décisions, et à leur autodétermination. Ainsi, pour capter les perceptions de différents groupes concernés par ces travaux et ces emplois temporaires, les chercheurs ont organisé des entretiens individuels avec des femmes recrutées dans les THIMO, des hommes dont les conjointes ont participé à ces travaux, le personnel administratif en charge de l’organisation et du suivi des THIMO ; des hommes recrutés dans les THIMO et collègues des femmes brigadières, de même que des proches ou membres de familles de brigadières. Dans chaque ville, il a également été organisé des focus groups de brigadiers et des focus groups de brigadières. L’analyse des données collectées a permis de comprendre la perception des différents groupes sur la participation des femmes aux THIMO et les contraintes qu’elles vivent dans ce cadre, et d’identifier les retombées de ce travail sur les conditions de vie et de travail des femmes, en se demandant quelles pourraient être les solutions pour lever les contraintes identifiées, notamment l’impact potentielle des Crèches Mobiles développées par les femmes à côté du site de leur travail. Le rapport de ce travail analytique est présenté sous forme de la narration de la participation de l’une des brigadières. Le but est de mettre en relief les conditions de vie et de travail de ces femmes qui ont participé aux THIMO dans ces différentes villes, les circonstances entourant leur participation et leur productivité, leur vie familiale, leur épanouissement, leurs contraintes ou liberté de décisions et autodétermination ; et la vie, la santé et l’épanouissement de leurs enfants. Tonnoma est une histoire vraie, tissée avec les fils de tous les entretiens organisés dans le cadre de cette recherche qualitative, retraçant le processus du recrutement, les angoisses au sujet de la possibilité de se faire recruter et même la liberté de prendre part à la compétition. Cette histoire retrace les contraintes, les échecs, les recommencements mais aussi les espoirs et les succès de ces femmes qui parviennent à se jeter dans l’arène de la compétition pour l’emploi, dans le but d’y puiser la force de s’élever socialement par le fruit de leur propre travail.
MÉTHODOLOGIE La collecte des données a eu lieu durant tout le mois de Mars 2018 au Burkina Faso. Une équipe de chercheurs locaux familiarises avec les milieux de recherche et les langues locales a été formée à travers un atelier à distance depuis 77
78 | L'histoire de Tonnoma
Washington et un atelier a présence à Ouagadougou. Le contenu a porté sur les entretiens semi-structurés (ESS) et les focus groups (FG) dans les communes sélectionnées. Cette section reflète le guide des enquêteurs qui a été applique universellement. Dans chaque commune, les équipes de recherche ont conduit 13-50 ESS (selon la taille de la commune et ses activités THIMO) avec les brigadières et leurs époux, des personnels administratifs en charge de l’organisation et du suivi des THIMO ; des hommes recrutés dans les THIMO et collègues des femmes brigadières, de même que des proches ou membres de familles de brigadières. En outre, les équipes de recherche ont conduit 2 FG dans chaque commune, un avec brigadiers et un avec brigadières, avec 8-10 participants par session (voir tableau B.1). En total, l’étude a mobilisé des données à travers 170 ESS et 10 FG. Les entretiens ont été organisées en langues Moré, Dioula et parfois en français, et transcrits en français.
L’ÉCHANTILLON TABLE B.1 Nombre de groupes de discussion et d’entretiens individuals menés, par lieu
ZONES ET COMMUNE
NOMBRES DE FOCUS GROUPS
ZONES COMMUNE NOMBRES DE FOCUS GROUPS NOMBRES D’ENTRETIENS INDIVIDUELS
Urbaines Ouagadougou
1 focus femmes 1 focus hommes
26 femmes 12 hommes 6 membres de familles 6 personnes ressources
Bobo Dioulasso
1 focus femmes 1 focus hommes
31 brigadières 11 brigadiers 4 personnes ressources 4 membres de familles
Ouahigouya
1 focus femmes 1 focus hommes
12 femmes 6 hommes 2 membres de familles 3 personnes ressources
Barga
1 focus femmes 1 focus hommes
13 femmes 6 hommes 3 membres de famille 2 personnes ressources
Rambo
1 focus femmes 1 focus hommes
12 femmes 6 hommes 3 membres de famille 2 personnes ressources
Le total
10 focus groups
94 femmes 41 hommes 18 membres de famille 17 personnes ressources
Rurales
Source : Banque Mondiale.
Cette étude | 79
ANALYSE Les chercheurs locaux ont fourni des transcriptions en français des ESS et des FG, sur la base d’enregistrements. Pour garantir la qualité et la cohérence des données, le consultant technique basé à Washington a dialogue avec les chercheurs locaux de façon quotidienne ou hebdomadaire afin de suivre les problèmes de collecte de données et répondre aux questions sur le terrain. Cela a permis à l’équipe d’identifier très tôt tout problème de collecte de données et de les résoudre dès que possible. Le processus utilisé pour l’analyse était basé sur la « théorie fondée » (grounded theory) et spécifiquement sur le style d’édition de l’analyse q ualitative. À travers ce processus, en utilisant un formulaire structuré (sous forme de tableau Excel), le chercheur lit attentivement les réponses pour identifier les mots clés dans chaque réponse, les utilise pour développer des catégories de réponses dans les questions, puis utilise ces catégories pour développer des thèmes. Il s’agit essentiellement d’un processus hiérarchique, les mots clés comme le fondement et les thèmes étant le plus haut niveau de regroupement des réponses. Les notes en bas de pages de notre rapport font régulièrement référence aux tableaux Excel structurés avec cette analyse. Nous utilisons cette approche pour cette étude plutôt que d’utiliser NVivo, ATLAS.ti ou un autre logiciel pour nous permettre d’avoir une connaissance approfondie des données qualitatives et parce que la taille de l’échantillon permet d’utiliser cette approche.
APPENDICE C
Outils de Collecte des Données NOTE INTRODUCTIVE POUR LES ENTRETIENS Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle _____________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment. Nous n’utiliserons ni votre nom, ni votre adresse personnelle dans les rapports de l’étude. Il ne sera possible (non plus) de vous identifier à travers vos réponses. Nous espérons que cette étude produise des informations riches qui pourront aider à répondre aux préoccupations des femmes dans les THIMO. Cet entretien pourrait prendre 45 mn à 1h30 heure. Votre participation est volontaire et il n’existe pas de bonne ou de mauvaise réponse. Si vous avez besoin des principales conclusions ou du rapport de l’étude après, vous pouvez vous adressez au PEJDC. Votre contribution est très importante pour la réussite de l’étude. Avez-vous des questions à poser ?
QUESTIONNAIRE ADRESSÉ INDIVIDUELLEMENT AUX FEMMES BRIGADIÈRES OU FEMMES EMPLOYÉS DANS LES THIMO Introduction Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle ___________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment. Date : _______/________________/2018 Nom et prénom de l’enquêteur / enquêtrice : ___________________________________ 81
82 | L'histoire de Tonnoma
Identification de la répondante Commune : _______________________
rurale
urbaine
Quartier / secteur : __________________________ Sexe : ________________ Age : _______ Situation matrimoniale :
marié
veuve
célibataire
divorcé
Nombre d’enfants : _________ Age du plus jeune : _________ Langue maternelle de la répondante :
Mossi
Dioula
Fulfuldé
autres (préciser) : __________________________________________________________ Langue de l’entretien : _________________________________________________________
Questions relatives à l’étude A. Connaissances et réalisation des THIMO / Facteurs
1) Comment avez-vous pris connaissance de la possibilité d’effectuer des travaux dans la communauté ? voisin (e)
membre de famille
mairie
communautaire (CVD, chef du quartiers) 1
leader
ami / connaissance (s)
médias (préciser radio ou télévision) : ___________________________________ autres (préciser) : ________________________________________________________ 2) Comment se fait le recrutement ? Quels sont les critères de sélection ? âge compris entre 16 et 35 ans naissance
ne pas être enceinte
les sites de travail
posséder une CNIB ou un acte de ne pas amener les enfants dans
savoir lire et écrire
autres (préciser) : ______________________________________________________ Y a-t-il des différences pour les femmes et pour les hommes ? oui
non
Expliquez : _________________________________________________________________ 3) Quelles sont les types d’activités proposées pour les THIMO communauté / milieu ? Cas des communes urbaines nettoyage des routes et des espaces publics épuration de caniveaux
désherbage
ramassage des ordures élagage des plantes
ramassage des engins en cas d’opération de la police municipale sécurité routière
sécurité
ramassage des ordures policiers
remblayage des routes
garde des locaux de la mairie en appui aux
taches administratives
autres (préciser) : ______________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 83
Cas des communes rurales Pour les pistes rurales décapage ou creusage du sol étalage de la latérite
nettoyage
désherbage
pose des cordons pierreux
ramassage des pierres
arrosage-compactage
creusage
fixation des panneaux de signalisation des passage d’eau construction des guérites au niveau des barrières Pour périmètre maraîchers pose de clôture de 2 hectares béton
fixation des poteaux et grillage sur un pourtour
creusage des puits
cuvelage des puits en coulant du
aménagement des margelles
parcellement des superficies de maraîchage creuser des trous pour fixer les poteaux (2 à 2,5m d’intervalle) Pour sites sous protection : technique de récupération des sols par régénération trouaison
tissage du grillage de clôture avec du fil de fer mou
plantation des arbres
tracé sur le pourtour
fixation des poteaux : planter des arbres pour tout le pourtour de la clôture Est-ce différent pour les hommes et les femmes ?
oui
non
Si oui pourquoi ? ____________________________________________________________ 4) Existent-ils des facteurs qui entravent la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ? oui non Quels sont les facteurs ? autorisation des maris horaires non convenables
penibilité des travaux grossesse
manque de service de grarde des enfants
allaitement regard des autres
ne savoir ni lire ni écrire autres (préciser) : ___________________________________________________ Quelles sont les stratégies développées pour faire face à ces situations (ou résoudre ses difficultés) : ________________________________________________ 5) Quelles sont les types de travaux que les femmes enceintes (ou allaitantes) peuvent réaliser ? Citez les : ______________________________________________ Dans quelles conditions les femmes peuvent travailler en amenant leurs enfants avec elles ?__________________________________________________________ Quelles sont les types d’activités / travaux qui sont difficiles à concilier avec la présence des enfants ? ____________________________________________________ 6) De façon générale quels autres facteurs entravent- la capacité des femmes à travailler au BF ? Et pourquoi ? _____________________________________________
84 | L'histoire de Tonnoma
7) Les brigadiers / brigadières ont-ils bénéficie de formations ?
oui
non
Si oui quels sont les thèmes développés ? hygiène
civisme
VIH / SIDA2
entrepreneuriat
autres (préciser) : _____________________________________________________ Si non aller à la question 8. De quels autres types de formation souhaiteriez-vous bénéficier ? Pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 8) Quelle est l’importance et l’efficacité des formations dispensées aux femmes et aux hommes ? _____________________________________________________________________________ B. Rôle décisionnel des femmes dans les ménages
9) Quel est l’impact du travail dans les THIMO sur votre condition de vie ? _____________________________________________________________________________ Les femmes jouent-elles un rôle dans la gestion du ménage ? oui
non
Si oui donner des exemples : ________________________________________________ quel rôle jouez-vous dans la gestion de votre ménage ? Si non pourquoi ?____________________________________________________________ 10) Les femmes participent-elle financièrement aux dépenses du ménage ? oui
non
Quels sont les types de depenses du menages auxquelles les femmes contribuent ? nouriture
santé
achat de vetements
scolarité des enfants activités sociales
autres (préciser) :_______________________________________________________ Quelle est votre contribution à la gestion du ménage ? _____________________________________________________________________________ 11) Quelles sont les types de charges qui reviennent spécifiquement aux hommes ? Citez : _____________________________________________________________________________ 12) Quelles sont les retombées socioéconomiques des THIMO sur les conditions de vie : bien-être familial
amélioration des rapports avec la société
valorisation ou estime des autres
compétences
autres (préciser) : ______________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 85
13) Quelles sont les decisions que les femmes peuvent prendre de façon autonome ? Citez et expliquer pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 14) Quelles sont les decisions qu’elles ne peuvent prendre toutes seules ? Citer et expliquez pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 15) Comment ces facteurs entravent-ils l’employabilité des femmes ? Citez quels uns : _____________________________________________________________________________ Comment cela impacte-il la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ? 16) Quelles sont les stratégies que les femmes developpent pour vaincre les difficultés liées à leur employabilité ou à leur capacité de travailler ? _____________________________________________________________________________ 17) Quelles sont les capacités de resiliences developpées par les femmes pour pouvoir travailler ? _____________________________________________________________________________ C. Creches mobiles / Efficacité et remediation
18) Des femmes amènent-elles des enfants dans les sites de travail ?
oui
non
Si oui comment s’organisent-elles pour travailler ? _____________________________________________________________________________ Si non pourquoi ? _____________________________________________________________________________ Qu’est-ce qui explique la présence des enfants sur les sites ? bas âge
absence se garde enfants
dépendance totale de l’enfant (cas de maladie par exemple) refus de l’enfant de rester à la maison refus de l’enfant d’être confié à quelqu’un d’autre autres (préciser) : _______________________________________________________ 19) Les mamans rencontrent-elles des difficultés pour travailler avec les enfants sur les sites ? oui
non
Si oui comment s’organisent-elles pour ? _____________________________________________________________________________
86 | L'histoire de Tonnoma
20) Les femmes allaitantes rencontrent-elles pour travailler dans les THIMO ? oui
non
Si oui que font-elles ? _____________________________________________________________________________ Si non pourquoi ? _____________________________________________________________________________ De façon générale les femmes enceintent rencontrent-elles plus de difficultés pour trouver un emploi au Burkina Faso? oui non Si oui que peut-on faire pour aider les femmes enceintes à être employables au Burkina Faso et en particulier dans les THIMO ? _____________________________________________________________________________ 21) Arrive-t-il que les enfants soient confiés à quelqu’un d’autre pendant que leurs mères travaillent ?
oui
non
Justifiez votre réponse. _____________________________________________________________________________ Pensez-vous qu’il y a des avantages à pouvoir confier son enfant à quelqu’un d’autre le temps de travailler dans le chantier ? Si oui lesquels ?
oui
non
Si non pourquoi ? _________________ _____________________
Pourriez-vous confier votre enfant à quelqu’un d’autre ou le garder avec vous sur le site en travaillant ? ____________________________________________________ Pourquoi ? __________________________________________________________________ 22) Accepteriez-vous qu’une brigadière autre que vous puisse également s’occuper de votre enfant ?
oui
non sinon expliquer les raisons :
23) Selon vous, votre mari accepterait-il que vous confiez votre enfant pendant que vous travaillez dans le chantier ?
oui
non
24) Quelle pourrait être l’impact de cette façon de faire pour les enfants ? Expliquer : ________________________________________________________________ 25) Quelles sont les types de conflits que vous rencontrez sur le terrain ? Citez les : _____________________________________________________________________________ Comment vous les résolvez ? _______________________________________________
QUESTIONNAIRE INDIVIDUEL ADRESSÉ AUX BRIGADIERS Introduction Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle ___________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se
Outils de Collecte des Données | 87
renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment. Date : _______/________________/2018 Nom et prénom de l’enquêteur / enquêtrice : ___________________________________
Identification de la répondante Commune : _______________________
rurale
urbaine
Quartier / secteur : __________________________ Sexe : ________________ Age : __________ Situation matrimoniale :
marié
veuve
célibataire
divorcé
Nombre d’enfants : _________ Age du plus jeune : _________ Langue maternelle de la répondante :
Mossi
Dioula
Fulfuldé
autres (préciser) : __________________________________________________________ Langue de l’entretien : __________________________________________________________
Questions relatives à l’étude A. Connaissances et réalisation des THIMO / Facteurs
1) Comment avez-vous pris connaissance de la possibilité d’effectuer des travaux dans la communauté ? voisin (e)
membre de famille
mairie
leader communautaire (CVD,1 chef du quartiers) ami / connaissance (s)
médias (préciser radio ou télévision) : _________
autres (préciser) : 2) Comment se fait le recrutement ? quels sont les critères de sélection ? âge compris ente 16 et 35 ans posséder une CNIB ou un acte de naissance
ne pas être enceinte
ne pas amener les enfants dans les sites de travail savoir lire et écrire
autres (préciser) : _______________________________
Y a-t-il des différences pour les femmes et pour les hommes ? oui
non
Expliquez : _________________________________________________________________
88 | L'histoire de Tonnoma
3) Quelles sont les types d’activités proposées pour les THIMO communauté / milieu ?
Cas des communes urbaines nettoyage des routes et des espaces publics épuration de caniveaux
désherbage
ramassage des ordures élagage des plantes
ramassage des engins en cas d’opération de la police municipale sécurité routière
sécurité
ramassage des ordures aux policiers
remblayage des routes
garde des locaux de la mairie en appui
taches administratives
autres (préciser) : _______________________________________________________
Cas des communes rurales Pour les pistes rurales décapage ou creusage du sol étalage de la latérite
nettoyage
désherbage
pose des cordons pierreux
ramassage des pierres
arrosage-compactage
creusage
fixation des panneaux de signalisation des passage d’eau construction des guérites au niveau des barrières Pour périmètre maraîchers pose de clôture 2 hectares béton
fixation des poteaux et grillage sur un pourtour de
creusage des puits
cuvelage des puits en coulant du
aménagement des margelles
parcellement des superficies de maraîchage creuser des trous pour fixer les poteaux (2 à 2,5m d’intervalle) Pour Sites sous protection: technique de récupération des sols par régénération trouaison
tissage du grillage de clôture avec du fil de fer mou
plantation des arbres
tracé sur le pourtour
fixation des
poteaux : planter des arbres pour tout le pourtour de la clôture est-ce différent pour les hommes et les femmes ?
oui
non
Si oui pourquoi ? ____________________________________________________________ _____________________________________________________________________________ 4) Existent-ils des facteurs qui entravent la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ?
oui
non
Quels sont les facteurs ? autorisation des maris convenables
grossesse
grarde des enfants
penibilité des travaux allaitement
regard des autres
horaires non
manque de service de ne savoir ni lire ni écrire
autres (préciser) : ______________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 89
Quelles sont les stratégies développées pour faire face à ces situations (ou résoudre ses difficultés) ______________________________________________________________________________ 5) Quelles sont les types de travaux que les femmes enceintes (ou allaitantes) peuvent réaliser ? Citez les : _____________________________________________________________________________ Dans quelles conditions les femmes peuvent travailler en amenant leurs enfants avec elles ? _____________________________________________________________________________ Quelles sont les types d’activités / travaux qui sont difficiles à concilier avec la présence des enfants ? _____________________________________________________________________________ 6) De façon générale quels autres facteurs entravent- la capacité des femmes à travailler au BF ? Et pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 7) Les brigadiers / brigadières ont-ils bénéficie de formations ?
oui
non
Si oui quels sont les thèmes développés ? hygiène
civisme
VIH / SIDA2
entrepreneuriat
autres (préciser) : ______________________________________________________ Si non aller à la question 8. De quels autres types de formation souhaiteriez-vous bénéficier ? Pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 8) Quelle est l’importance et l’efficacité des formations dispensées aux femmes et aux hommes ? ______________________________________________________________________________ B. Rôle décisionnel des femmes dans les ménages
9) Les femmes jouent un rôle dans la gestion des ménages ? oui non Si oui donner des exemples : ______________________________________________________________________________ Quel est l’impact du travail THIMO sur vos conditions de vie ? ______________________________________________________________________________ Quel rôle jouez-vous dans la gestion du ménage ? ______________________________________________________________________________ Si aucun, pourquoi pas? Veuillez préciser. ______________________________________________________________________________ Les femmes participent-elles financièrement à la gestion du ménage ? oui
non
90 | L'histoire de Tonnoma
Si oui quelles sont les types de dépenses auxquelles les femmes contribuent ? nourriture
santé
scolarité
activités sociales ou communautaires
achat de vêtements autres (préciser) : ____________
_____________________________________________________________________________ Quelle est votre contribution à la gestion du ménage ? _____________________________________________________________________________ 10) Quelles sont les types de charges qui reviennent spécifiquement aux hommes ? Citez : _____________________________________________________________________________ 11) Y a-t-il des retombées socioéconomiques des THIMO sur les conditions de vie ?
oui
non
Si oui, lesquelles ? bien-être familial
amélioration des rapports avec la société
valorisation ou estime des autres
compétences
autres (préciser) : ______________________________________________________ 12) Quelles sont les decisions que les femmes peuvent prendre de façon autonome ? Citez et expliquer pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 13) Quelles sont les decisions qu’elles ne peuvent prendre toute seule ? Citer et expliquez pourquoi ? _____________________________________________________________________________ 14) Comment ces facteurs entravent-ils l’employabilité des femmes ? Citez quels uns : _____________________________________________________________________________ Comment cela impact-il la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ? _____________________________________________________________________________ 15) Quelles sont les stratégies que les femmes developpent pour vaincre les difficultés liées à leur employabilité ou à leur capacité de travailler ? _____________________________________________________________________________ 16) Quelles sont les capacités de resilience developpées par les femmes pour pouvoir travailler ? _____________________________________________________________________________ C. Creches mobiles / Efficacité et remediation
17) Les femmes amènent-elles des enfants surles sites de travail ? oui
non
Si oui comment s’organisent-elles pour travailler ? _____________________________________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 91
Si non pourquoi ? _____________________________________________________________________________ Qu’est-ce qui explique la présence des enfants sur les sites ? bas âge
absence se garde enfants
l’enfant (cas de maladie par exemple) maison
dépendance totale de
refus de l’enfant de rester à la
refus de l’enfant d’être confié à quelqu’un d’autre
autres (préciser) : ______________________________________________________ 18) Les mamans rencontrent-elles des difficultés pour travailler avec les enfants sur les sites ?
oui
non
Si oui, comment gèrent-elles ces difficultés ? ______________________________ ______________________________________________________________________________
19) Les femmes allaitantes rencontrent-elles pour travailler dans les THIMO ? oui
non
Si oui que font-elles ? ________________________________________________________ Si non pourquoi ? ___________________________________________________________ De façon générale les femmes enceintent rencontrent-elles plus de difficultés pour trouver un emploi au Burkina Faso ? oui non Si oui que peut-on faire pour aider les femmes enceintes à être e mployables au Burkina Faso et en particulier dans les THIMO ? _____________________________________________________________________________ 20) Arrive-t-il que les enfants soient confiés à quelqu’un d’autre pendant que leurs mères travaillent ? oui non Justifiez votre réponse. _____________________________________________________ Pensez-vous qu’il y a des avantages à pouvoir confier son enfant à quelqu’un d’autre le temps de travailler dans le chantier ? oui non Si oui lesquels ? ____________________________________________________________ Si non pourquoi ? ___________________________________________________________ Auriez-vous accepté que votre femme confie votre enfant à quelqu’un d’autre ou bien le garder avec elle pendant qu’elle travaille sur les sites ? oui non Justifiez votre réponse. _____________________________________________________________________________ 21) Accepteriez-vous qu’une brigadière autre que votre femme puisse également s’occuper de votre enfant ?
oui
non
Si non expliquer les raisons : ________________________________________________ Votre conjoint vous permettrait-il de confier votre enfant à quelqu’un pendant travaille sur le site ? ______________________________________________________________________________
92 | L'histoire de Tonnoma
22) Quel pourrait être l’impact de cette façon de faire sur les enfants ? Expliquer : _________________________________________________________________ 23) Quelles sont les types de conflits que les femmes rencontrent sur le terrain ? Citez les : _____________________________________________________________________________ Comment ces conflits sont résolus ? _____________________________________________________________________________
GUIDE ADRESSÉ AU FOCUS GROUPES FEMMES ET HOMMES THIMO Introduction Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle _____________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment. Date : __________ / _________________/2018 Nom et prénom de l’enquêteur / enquêtrice : ___________________________________
Identification des répondantes (Remplir la fiche de présence avec les caractéristiques sociodémographiques avant l’entretien) Commune : ________________________ Langue d’entretien
Mossi
rurale
Dioula
urbaine
Fulfuldé
autres (préciser) : __________________________________________________________
Questions relatives à l’étude A. Connaissances et réalisation des THIMO / Facteurs (2)
1) Que pensez-vous des THIMO ? Quelles sont les types d’activités proposées dans votre communauté / milieu? Quels sont les critères de sélection ? Sontils les mêmes pour les hommes que pour les femmes ? Quels types d’activités ont été réalisés dans votre milieu ? _____________________________________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 93
2) Quels sont les facteurs qui motivent les femmes à travailler dans les THIMO ? Sont-ils différents pour les hommes ? Comment ces facteurs entravent ou facilitent la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ? Quelles sont les difficultés rencontrées par les femmes qui travaillent dans les THIMO ? De façon générale, quels sont les facteurs qui entravent ou facilitent la capacité des femmes à travailler au Burkina Faso ? _____________________________________________________________________________ 3) Quelles sont les forces que les femmes ou la communauté disposent pour faire face à ces difficultés ? _____________________________________________________________________________ B. Rôle décisionnel des femmes dans les ménages (1)
4) Quelles sont les retombées socioéconomiques des THIMO sur les conditions de vie ? Quels sont les avantages pour les femmes ? Jouent-elles un rôle dans la gestion et les dépenses du ménage ? Quelles sont les types de dépenses qui reviennent aux femmes / aux hommes ? Qu’est-ce que cela induit comme changement dans vos vies ? Dans vos relations interpersonnelles ? Dans vos positions sociales ? _____________________________________________________________________________ C. Creches mobiles / Efficacité et remediation (2)
5) Parlez nous des THIMO et de la gestion des enfants qui suivent leur mamans sur les sites de travail. _____________________________________________________________________________ Quelles sont les difficultés rencontrées ? Quelles sont les activités qui sont difficile à concilier avec la présence des enfants ? Quelles sont les stratégies développées ? que pourrait être l’impact de cette façon de faire sur les enfants ? que pourrait être la position des pères des enfants par rapport à ces stratégies ? 6) Quelle est la capacité des femmes enceinte à travailler dans les THIMO ? quelles sont les difficultés rencontrées ? _____________________________________________________________________________ 7) Quelles sont les capacités de résiliences pour faire face à aux contraintes ? _____________________________________________________________________________ Quelles autres solutions / recommandations proposez-vous pour faciliter le travail des femmes dans les THIMO ? Dans quelles conditions, les femmes peuvent-elles travailler en amenant les enfants avec elles ? _____________________________________________________________________________ 8) Quel est le rôle de la communauté dans la facilitation du travail et de la vie des femmes ? _____________________________________________________________________________
94 | L'histoire de Tonnoma
GUIDE ADRESSÉ AUX RESPONSABLES DU PROJET ET PERSONNELS ADMINISTRATIFS (Agents d’intermédiation, agents de suivi et évaluation, au coordonnateurs PEJDC dans les communes, aux agents de HELVETAS, PTR / HIMO ou leur représentant au niveau locale, point focal, superviseurs, CVD, 1 agent d’intermédiation… )
Introduction Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle _____________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment.
Identité de l’enquêteur / enquêtrice _________________________________________________________________________________
Identification du répondant Région : ___________________________ Commune : _______________________
rural
urbain
Sexe : ___________________ Fonction : ___________________________ Date :__________ / __________ / __________
Questions relatives à l’étude A. Connaissances et réalisation des THIMO / Facteurs
1) Parlez nous des THIMO. C’est-à-dire depuis le recrutement jusqu’à la mise en œuvre des activités : _____________________________________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 95
2) Quelles sont les types d’activités proposées pour les THIMO dans votre communauté / milieu ? Cas des communes urbaines nettoyage des routes et des espaces publics nettoyage des gouttières élagage des plantes municipale
collecte des ordures
contrôle des mauvaises herbes
collecte de matériel en cas d’opération de police
sécurité routière
sécurité
entretien des routes
gardiennage des locaux de la mairie en soutien aux policiers tâches administratives autres (préciser) : _______________________________________________________
Cas des communes rurales Pour les pistes rurales décapage ou creusage du sol
nettoyage
contrôle des m auvaises herbes
étalonnage de latérite
mise en place de b arrières de pierre irrigation et compactage du sol
collecte de pierres
creusage
installation des panneaux de signalisation d’écoulement d’eau construction de guérites aux points de contrôle Pour périmètre maraîchers pose de la clôture de 2 hectares béton
fixation des poteaux et grillage sur un pourtour
creusage des puits
aménagement des margelles
de maraîchage
cuvelage des puits = couler du parcellement des superficies
trouaison pour fixer les poteaux (2 à 2,5m d’intervalle)
Pour les sites de mise en défens = technique de récupération des sols en les amenant à régénérer trouaison
tissage du grillage de clôture avec du fil de fer mou
plantation des arbres tracée sur le pourtour fixation des poteaux : planter des arbres pour tout le pourtour de la clôture 3) Parlez nous de l’organisation des équipes, la répartition des tâches et l’intervention sur le terrain : _____________________________________________________________________________ 4) Tous les employés THIMO depuis le début des activités (des cohortes pour les commune urbaines) bénéficient ils des formations ?
oui
non
Si oui quelles sont les thèmes développés et l’importance et l’efficacité de ces formations ? _____________________________________________________________ Si non pourquoi ? ___________________________________________________________
96 | L'histoire de Tonnoma
5) Quels sont les facteurs entravant la réalisation des activités sur le terrain ? quels sont ceux qui entravent la capacité des femmes à travailler ? Quelles sont les stratégies développées pour résoudre ces difficultés ? _____________________________________________________________________________ 6) Quelles sont les activités qui sont difficiles à concilier avec la présence de enfants ? Dans quelles conditions les femmes peuvent travailler en amenant leurs enfants ? _____________________________________________________________________________ Quelles difficultés rencontrent les femmes enceintes ? Quelles stratégies développées pour y faire face ? Quelles leur capacité à travailler dans les THIMO ? Au cas où celle-ci ne sait ni lire ni écrire comment faire ? _____________________________________________________________________________ 7) Quels types de conflits rencontrez-vous sur le terrain et comment les résolvez-vous ? _____________________________________________________________________________ Dans quels types de conflits les femmes sont-elles impliquées ? Comment ces conflits sont-ils résolus ? ____________________________________________________ B. Rôle décisionnel des femmes dans les ménages
8) Les THIMO ont pour objectif de développer les compétences et renforcer les capacités. Quels constats faites-vous ? Quelles pourrait être les retombées socioéconomiques des THIMO sur les conditions de vie ? Quels rôles jouent-elles dans les dépenses du ménage : _____________________________________________________________________________ C. Creches mobiles / Efficacité et remediation
9) Les enfants suivent-ils leurs mamans pour venir sur les sites ? oui
non
Si oui comment s’organisent-elles pour travailler avec sur les sites ? _____________________________________________________________________________ Quelles appréciations faites-vous de la stratégie développées par les femmes pour travailler en présence de enfants sur les sites ? Quel pourrait être l’impact de cette façon de faire sur les enfants ? Quelles recommandations faites-vous ? _____________________________________________________________________________ Si non la présence des enfants est–elle interdite sur les site ou bien c’est un choix délibéré ? Justifiez votre reponse. _____________________________________________________________________________ Quelle appréciation faites-vous de cela ? Que pensez-vous de cette façon de faire sur le développement des enfants ? _____________________________________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 97
10) Quelles autres solutions / recommandations proposez-vous pour faciliter le travail des femmes dans les THIMO ? Dans leurs conditions, les femmes peuvent-elles travailler en amenant les enfants avec elles ? _____________________________________________________________________________ 11) Quel est le rôle de la communauté pour faciliter la vie des femmes ? Y a-t-il d’autres problèmes que vous aimeriez aborder ? _____________________________________________________________________________
GUIDE ADRESSÉ INDIVIDUELLEMENT AU MEMBRE DE FAMILLE DES BRIGADIÈRES THIMO (Mari, coépouse, enfant si majeur, beaux parents)
Introduction Bonjour, merci de me recevoir. Permettez-moi de me présenter, je m’appelle _____________________. Je vous rends visite en vue de collecter des informations sur les femmes qui travaillent dans les THIMO. L’objectif de l’interview est de se renseigner sur l’impact des activités réalisées sur les conditions de vie et améliorer le programme en question. Notre entretien sera anonyme et confidentiel. C’est pourquoi je dois vous recevoir individuellement. Vous pouvez choisir la place qui vous convient pour discuter en toute confiance. En vue de rapporter fidèlement les informations, nous allons enregistrer notre discussion. Je vous garantis que toutes les discussions seront gardées confidentiellement et votre nom ne sera mentionné à aucun moment. Date : ________ / ___________________ / 2018 Nom et prénom de l’enquêteur / enquêtrice : ___________________________________
Identification du répondant Commune : _________________________________
rurale
urbaine
Quartier / secteur / village : ____________________________________________________ Sexe : _____________ Age : _____________ Lien avec la brigadière (préciser) : _____________________________________________ Langue maternelle de la répondante :
More
Dioula
Fulfuldé
autres (préciser) : __________________________________________________________ Langue de l’entretien : _________________________________________________________
98 | L'histoire de Tonnoma
Questions relatives à l’étude A. Connaissances et réalisation des THIMO / Facteurs
1) Comment les gens sont informés des recrutements pour la réalisation des activités THIIMO dans votre communauté ? voisin (e)
membre de famille
mairie
leader communautaire
marché
crieur public
ami / connaissance (s)
médias (préciser radio ou
télévision) : _________________________________________________________________ autres (préciser) : _______________________________________________________ 2) Comment se fait le recrutement ? Comment se fait le choix des employés ? Citez quelques critères : _____________________________________________________________________________ 3) Quelles sont les types d’activités réalises par les THIMO dans votre communauté / milieu ?
Cas des communes urbaines nettoyage des routes et des espaces publics nettoyage des gouttières élagage des plantes police municipale routes
collecte des ordures
contrôle des mauvaises herbes
collecte de matériel en cas d’opération de
sécurité routière
sécurité
entretien des
gardiennage des locaux de la mairie en soutien aux policiers
tâches administratives
autres (préciser) : _______________________
cas des communes rurales Pour les pistes rurales décapage ou creusage du sol herbes
nettoyage
étalonnage de latérite
collecte de pierres
contrôle des m auvaises
mise en place de b arrières de pierre
irrigation et compactage du sol
creusage
installation des panneaux de signalisation d’écoulement d’eau construction de guérites aux points de contrôle Pour périmètre maraîchers pose de la clôture de 2 hectares béton
fixation des poteaux et grillage sur un pourtour
creusage des puits
aménagement des margelles
de maraîchage
cuvelage des puits = couler du parcellement des superficies
trouaison pour fixer les poteaux (2 à 2,5m d’intervalle)
Outils de Collecte des Données | 99
Pour les sites de mise en défens = technique de récupération des sols en les amenant à régénérer trouaison
tissage du grillage de clôture avec du fil de fer mou
plantation des arbres
tracée sur le pourtour
fixation des poteaux : planter des arbres pour tout le pourtour de la clôture est-ce différents pour les hommes et les femmes ?
oui
non
4) Quels sont les facteurs qui entravent la capacité des femmes à travailler dans les THIMO ? autorisation des maris convenables
penibilité des travaux
grossesse
grarde des enfants
allaitement
regard des autres
horaires non
manque de service de ne savoir ni lire ni écrire
autres (préciser) : _______________________________________________________ Les femmes enceintes peuvent-elles travailler dans les projets THIMO ? _____________________________________________________________________________ Si les femmes enceintes ne sont pas embauchées, pourquoi sont-elles exclues ? _____________________________________________________________________________ Quelles sont les stratégies développées par les femmes pour résoudre ses difficultés ? Que fait la communauté ? _____________________________________________________________________________ 5) De façon générale quels autres facteurs entravent-ils la capacité des femmes à travailler au Burkina Faso? Et pourquoi ? _____________________________________________________________________________ B. Rôle décisionnel des femmes dans les ménages
6) Les femmes jouent-elles un rôle dans la gestion du ménage? oui
non
Si oui donner des exemples : ________________________________________________ Si non pourquoi ?___________________________________________________________ 7) Les femmes participent-elles financièrement aux dépensés du ménage ? oui
non
Quels sont les types de depenses du menages auxquelles les femmes contribuent ?
nouriture
achat de vetements
santé
scolarité des enfants
activités sociales
autres (préciser) : ______________________________________________________ 8) Quelles sont les types de charges qui reviennent spécifiquement aux femmes ? Aux hommes ? Citez : _____________________________________________________________________________
100 | L'histoire de Tonnoma
9) Quelles sont les retombées socioéconomiques des THIMO sur les conditions de vie ? bien-être familial
amélioration des rapports avec la société
valorisation ou estime des autres
compétences
autres (préciser) : ______________________________________________________ 10) Quelles décisions les femmes peuvent-elles prendre de manière indépendante? Mentionner quelques-uns et expliquer pourquoi. Quelles décisions ne peuvent-elles pas prendre seules ? Mentionez certains et expliquez pourquoi : _______________________________________________________ C. Creches mobiles / Efficacité et remediation
11) Est-ce que des femmes amènent des enfants sur les sites pour travailler ? oui
non
Quelles sont les activités qui sont difficiles à concilier avec la présence des enfants ? _____________________________________________________________________________ Comment font ces femmes pour bien s’occuper des enfants et bien travailler ? _____________________________________________________________________________ 12) Question à poser si le membre de famille est une femme : Que pensezvous de cette façon de faire ? Que pourrait être l’impact sur les enfants ? Si vous aviez un enfant qui vous suit partout et que vous vouliez travailler dans les THIMO que feriez vous ? Justifiez votre réponse. _____________________________________________________________________________ Accepteriez-vous de confier votre enfant à quelqu’un d’autre le temps de travailler ?
oui
non Justifier votre réponse : _____________________
Pensez-vous qu’il y a des avantages à pouvoir confier son enfant le temps de travailler dans le chantier ? Si oui lesquels ? __________________________________________________________ Si non pourquoi ? ________________________________________________________ 13) Question à poser si le membre de famille est un homme autre que le mari de la brigadière : Si votre femme était brigadière accepteriez-vous que votre enfant soit confié à quelqu’un d’autre pendant que sa mère travaille ?
oui
non
Si oui pourquoi sinon expliquer les raisons : _____________________________________________________________________________ Pensez-vous qu’il y a des avantages à pouvoir confier son enfant le temps de travailler dans le chantier ? Si oui lesquels ? _____________________________________________________________________________ Si non pourquoi ? _____________________________________________________________________________
Outils de Collecte des Données | 101
PROTOCOLE DU FACILITATEUR POUR LA CONDUITE DES FOCUS GROUPS Préparation Avant la tenue des groupes de discussion, chaque participant aura été recruté par l’équipe de recherche et aura soit signé un formulaire de consentement éclairé, soit verbalement accepté de participer. Si le participant est un jeune (12-18 ans), son parent ou tuteur aura également signé un formulaire d’assentiment ou accepté verbalement la participation de son enfant.
Pendant la réunion du groupe de discussion • Au moins deux heures avant la réunion, avec l’observateur, s’assurer que la salle de réunion est prête : –– Tableau de conférence et marqueurs –– Matériel d’enregistrement (deux audiorecorders et batteries supplémentaires) –– Assurez-vous que les prises électriques fonctionnent, au cas où les piles seraient épuisées –– Chaises (organiser en demi-cercle) – Avoir de l’eau, du jus et / ou du café et / ou du thé et des collations saines disponibles – S’assurer, dans la mesure du possible, que la température ambiante est confortable – Assurez-vous que la pièce sera aussi calme que possible –– Assurez-vous que la salle sera privée pendant le groupe de discussion et que la réunion ne sera pas perturbée, par exemple, en informant les autres personnes dans le bâtiment que le groupe aura lieu dans la salle pendant la période spécifiée et / ou affichera Dérange signe sur la porte. Personne d’autre que les participants, l’animateur et le preneur de notes peuvent être présents dans la salle. –– Faire en sorte que les jetons d’appréciation soient disponibles en nombre suffisant pour le nombre attendu de participants FG. • Saluez chaque participant ou présentez-vous ou demandez au participant ce qu’il ou elle préfère être appelée, si nécessaire en utilisant un pseudonyme, ou engager la conversation avec les participants pour s’assurer qu’ils sont à l’aise avec le processus. Au début de la discussion du groupe de discussion, Rappelez aux participants l’objectif de la réunion : Évaluer le statut d’emploi des femmes dans THIMO, les stratégies développées et les changements induits par THIMO. • Encourager les participants à discuter librement de leurs idées, souligner à nouveau la confidentialité des discussions et que tout ce qui a été dit ne sera divulgué à personne, y compris à leurs parents et tuteurs. • Rappelez-leur que la conversation est enregistrée avec leur permission et que seuls les chercheurs chevronnés impliqués dans l’étude auront accès à l’enregistrement. • Mentionnez que le groupe de discussion durera environ deux heures • Mentionner qui est présent au groupe de discussion, en plus des participants, et son rôle : –– le facilitateur, qui guidera la discussion –– l’observateur, qui « gérera » l’enregistrement audio et prendra des notes manuscrites.
102 | L'histoire de Tonnoma
• Expliquez que le facilitateur enregistrera les idées clés des participants sur le tableau à la fin de chaque question et que les objectifs du tableau de conférence sont –– s’assurer que les idées des participants ont été notées et déterminer s’il y en a d’autres qu’ils veulent mentionner ; et –– aider le facilitateur et l’observateur à se souvenir de ce qui a été discuté et à résumer ce que les participants ont dit. • Mentionner qu’il est important pour chaque personne d’être respectueuse des autres membres du groupe, de permettre à tous de participer ; cela aidera à garantir que chaque participant partagera librement son opinion. • L’animateur et l’observateur doivent éteindre leur téléphone portable et demander aux participants, s’ils en ont un, de faire de même. • Commencez avec un « brise-glace » pour engager les participants. –– Cette question sera déterminée avant les groupes de discussion et sera la même pour tous les groupes de discussion, par exemple : ° Quelle est la chose la plus agréable que vous avez faite ces derniers jours ? ° Quel est votre plat préféré ? –– Ne consacrez pas plus de cinq minutes à cette question, en donnant à chaque participant l’occasion de contribuer, sans insister pour que chacun le fasse. • Commencer à poser des questions au groupe de discussion : (Extrait du guide focus group) • L’animateur pose la première question, en utilisant des « sondes » si nécessaire pour engager les participants dans la discussion. Si les participants ne s’engagent pas facilement dans la discussion de la première question, utilisez les sondes prédéfinies pour la question afin de susciter la participation. • Enregistrer les points clés sur les tableaux de conférence à la fin de la discussion de chaque question, en notant la question en haut de la page et en numérotant les pages ; cela devrait être en écriture claire et assez grand pour tout voir. Cela suppose l’alphabétisation, mais est un signe important de respect de l’opinion des participants: ils voient visuellement que leurs opinions sont enregistrées. –– Résumez la discussion de chaque question et demandez aux participants s’il y a quelque chose d’autre qu’ils aimeraient dire ou s’il y a des corrections à apporter dans ce qu’il / elle a noté sur les tableaux. Ceci est important: 1) s’assurer que tous ont la possibilité de s’engager et tient également compte de la possibilité que certains ne puissent pas lire les tableaux de conférence : et 2) s’assurer que l’enregistrement de l’information est exact. –– S’il y a des changements à apporter, ils doivent être faits sur les tableaux à feuilles mobiles ainsi que sur les notes prises par l’observateur. C’EST CRITIQUE. –– Assurez-vous de consacrer suffisamment de temps à chaque question, en facilitant le passage à la question suivante sans interrompre la discussion dans la mesure du possible. Par exemple, en disant: « Cela a été si utile ; Nous apprécions vraiment vos idées. Nous aimerions connaître vos opinions sur .... » –– Passer à chaque question, en utilisant des sondes si nécessaire.
Outils de Collecte des Données | 103
Utilisation de sondes Ces notes visent à soutenir la formation des animateurs des groupes de discussion, afin de s’assurer que la participation des jeunes suscite leurs perceptions et reflète leurs points de vue dans la mesure du possible. • L’animateur utilise les « sondes » uniquement pour engager les participants dans la discussion. • L’animateur ne devrait utiliser que les sondes écrites par les chercheurs pour assurer la cohérence entre les différents groupes de discussion. Pendant la formation, chacun devrait s’entraîner à utiliser les sondes et s’assurer qu’il n’ajoute pas sa propre langue. Cela peut sembler « anormal » au début, mais c’est très important. • Une caractéristique clé des groupes de discussion est que le facilitateur N’EST PAS un participant au groupe de discussion, mais un « guide » pour la discussion - poser les questions et s’assurer que chaque participant participe à la discussion, dans la mesure du possible. • Le facilitateur ne devrait JAMAIS exprimer sa propre opinion, et ne devrait pas non plus être impliqué dans de longues explications ou discussions sur le sujet. Ce n’est pas le rôle du facilitateur et cela peut changer le résultat du groupe de discussion. Pour ceux qui s’intéressent au sujet - la plupart sinon tous les facilitateurs - c’est difficile, mais c’est très important. • Dans les enregistrements audio de la discussion de groupe, nous devrions entendre la voix de l’animateur seulement quand il pose les questions, utilise les sondes et encourage la participation. • Si les participants posent des questions, dites que vous y répondrez après la fin du groupe de discussion. Ensuite, assurez-vous que vous faites cela, de sorte que leurs attentes sont satisfaites. • Une seule sonde doit être utilisée pour que les participants ne soient pas influencés par les exemples fournis ; deux au maximum. • Les sondes devraient être juste quelques mots. • En aucun cas, le facilitateur ne doit essayer de forcer les réponses. Si les participants semblent réticents à répondre et que les sondes simples n’obtiennent pas de réponses, passez simplement à la question suivante.
Conclusion du groupe de focus • À la fin de la discussion, demander à nouveau si les participants ont quelque chose à dire sur l’inclusion des jeunes, le développement pour soutenir les jeunes, l’extrémisme violent, les moyens d’encourager la paix ou tout autre sujet lié à ce sujet. Cela peut ouvrir une « vanne », alors soyez prudent avec cette question. S’ils veulent parler bien au-delà du temps disponible, vous pourriez suggérer que l’équipe puisse revenir - si c’est possible. • Remerciez les participants et rappelez-leur à quel point cette information est importante - qu’ils apportent une contribution importante.
Conseils pour la dynamique du groupe • Veiller à ce que la discussion soit fluide. –– Les questions du groupe de discussion sont conçues pour être diffusées dans l’ordre. Cependant, il est important de noter que si la discussion passe « naturellement » à une question ultérieure dans la séquence - par exemple,
104 | L'histoire de Tonnoma
de la question 1 à la question 3 - le facilitateur peut laisser cette progression se produire. Si cela se produit, la question doit être clairement délimitée sur les tableaux à feuilles mobiles, les points clés étant faits par les participants. –– Tous les participants devraient être encouragés à participer à la discussion, mais cela devrait être fait avec soin afin de s’assurer qu’aucun ne soit gêné. Il ne doit en aucun cas mettre les participants sur place, en insistant sur la participation. Vous pouvez faire appel à quelqu’un qui n’a pas fait de commentaires en demandant son opinion sur une question, mais s’il ne répond pas, n’insistez pas. –– ‘L’animateur observe attentivement les indices verbaux et non verbaux pour s’assurer que les participants sont à l’aise que leurs « voix » respectives sont entendues. –– Si quelqu’un semble devenir « personnel » ou argumentatif avec d’autres membres et que d’autres semblent mal à l’aise, vous pourriez rappeler aux participants en général (ne dirigez pas l’attention sur l’individu en particulier) du protocole concernant le respect des autres.
Rôle d’observateur pendant le groupe focus • L’observateur consigne la discussion plus en détail que les points clés relevés par le facilitateur. Cela doit être clairement écrit afin que les notes puissent être facilement transcrites. • Si la discussion passe « naturellement » à une question ultérieure dans la séquence - par exemple, de la question 1 à la question 3 - l’observateur devrait le noter spécifiquement. • L’observateur prend des notes sur le contexte du groupe de discussion, y compris par exemple : –– « Interférence » verbale et non verbale entre et parmi les participants –– Perturbations externes telles que les personnes qui ne font pas partie du groupe de discussion entrent dans la salle et perturbent la discussion. • Avant le GF, l’observateur et le facilitateur peuvent convenir de certains signes non verbaux pour communiquer des informations ; par exemple, si un participant ne participe pas à la discussion ou si un participant se comporte de manière inappropriée, par exemple harceler ou intimider un autre participant. • Si un enregistreur audio est également utilisé (avec la permission des participants), l’observateur s’assure que l’enregistreur fonctionne et utilise un enregistreur de secours si nécessaire.
NOTES 1. 2.
CVD : Comité Villageois de Développement. VIH / SIDA : Virus de l’immunodéficience humaine / Syndrome d’immunodéficience acquise.
ECO-AUDIT
Déclaration des avantages environnementaux Le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à réduire son empreinte environnementale. À l’appui de cet engagement, nous exploitons des moyens d’édition électronique et des outils d’impression à la demande installés dans des centres régionaux à travers le monde. Ensemble, ces initiatives permettent une réduction des tirages et des distances de transport, ce qui se traduit par une baisse de la consommation de papier, de l’utilisation de produits chimiques, des émissions de gaz à effet de serre et des déchets. Nous suivons les normes relatives à l’utilisation du papier recommandées par l’Initiative Green Press. La plupart de nos livres sont imprimés sur du papier certifié par le Forest Stewardship Council (FSC) et contenant entre 50 et 100 % de fibre recyclée dans la quasi-totalité des cas. Cette fibre est soit écrue, soit blanchie à l’aide d’un procédé totalement sans chlore (TCF), d’un traitement sans chlore (PCF) ou d’un blanchiment sans chlore élémentaire amélioré (EECF). D’autres informations sur les principes environnementaux de la Banque sontdisponiblessurlesitehttp://www.worldbank.org/corporateresponsibility.
T
onnoma est la protagoniste de cette histoire de développement personnel. Âgée de 26 ans, analphabète et mariée à un homme qui a 15 ans de plus qu’elle, Tonnoma vit dans une région rurale du Burkina Faso. Avant de trouver un emploi avec le projet Emplois des jeunes et développement des compétences, elle s’occupait des tâches ménagères et dépendait des revenus de irréguliers son mari pour subvenir aux besoins de sa famille. Ses revenus n’étaient pas toujours suffisants et ils ont perdu leur quatrième enfant à cause de leur pauvreté. L’histoire de Tonnoma : Travail et emploi des femmes au Burkina Faso est un récit basé sur des faits réels et sur l’expérience de nombreuses femmes. Il s’inspire directement des résultats de recherches qualitatives sur les facteurs qui empêchent ou favorisent le travail des femmes au Burkina Faso. Il offre au lecteur un aperçu de la vie quotidienne des femmes qui vivent en milieu rural et veulent travailler. Cet ouvrage nous montre que les liens affectifs comptent, tout comme le milieu social et culturel dans lequel nous sommes nés, et que si nous voulons promouvoir un véritable développement, nous devons écouter attentivement les bénéficiaires. Comment perçoivent-elles leur situation ? Qu’est-ce qui influence leur comportement ? Quels sont les facteurs qui facilitent ou entravent l’accès des femmes à un emploi — d’après elles ? Ce livre invite le lecteur à réfléchir aux moyens de promouvoir un développement international plus axé sur le bénéficiaire, plus participatif et mieux adapté aux réalités locales.
ISBN 978-1-4648-1646-8
SKU 211646