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Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

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PLEINS FEUX SUR LE DÉ VELOPPEMENT INTERNATIONAL

Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles Les chaînes de valeur émergentes du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée José R. López-Cálix


P L EI NS F EUX S UR LE DÉ V ELOPPEMENT INT ERNAT IONA L

Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles Les chaînes de valeur émergentes du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée

JOSÉ R. LÓPEZ-CÁLIX


© 2020 Banque internationale pour la reconstruction et le développement/La Banque mondiale 1818 H Street NW, Washington, DC 20433 Téléphone : 202-473-1000 ; Internet : www.worldbank.org Certains droits réservés 1 2 3 4 23 22 21 20 La publication originale de cet ouvrage est en anglais sous le titre de Leveraging Export Diversification in Fragile Countries: The Emerging Value Chains of Mali, Chad, Niger, and Guinea en 2020. En cas de contradictions, la langue originelle prévaudra. Cet ouvrage a été établi par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs. Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues de la Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. La Banque mondiale ne garantit pas l’exactitude des données citées dans cet ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et toute autre information figurant sur les cartes du présent ouvrage n’impliquent de la part de la Banque mondiale aucun jugement quant au statut juridique d’un territoire quelconque et ne signifient nullement que l’institution reconnaît ou accepte ces frontières. Rien de ce qui figure dans le présent ouvrage ne constitue ni ne peut être considéré comme une limitation des privilèges et immunités de la Banque mondiale, ni comme une renonciation à ces privilèges et immunités, qui sont expressément réservés. Droits et autorisations

L’utilisation de cet ouvrage est soumise aux conditions de la licence Creative Commons Attribution 3.0 IGO (CC BY 3.0 IGO) http://creativecommons.org/licenses/by/3.0/igo/ Conformément aux termes de la licence Creative Commons Attribution (paternité), il est possible de copier, distribuer, transmettre et adapter le contenu de l’ouvrage, notamment à des fins commerciales, sous réserve du respect des conditions suivantes : Mention de la source – L’ouvrage doit être cité de la manière suivante : López-Cálix, José R. 2020. Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles : Les chaînes de valeur émergentes du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée. Pleins feux sur le développement international. Washington, DC : La Banque ­mondiale. DOI : 10.1596/978-1-4648-1563-8. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO Traductions – Si une traduction de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source de l’ouvrage le déni de responsabilité suivant : Cette traduction n’a pas été réalisée par la Banque mondiale et ne doit pas être considérée comme une traduction officielle de cette dernière. La Banque mondiale ne saurait être tenue responsable du contenu de la traduction ni des erreurs qu’elle pourrait contenir. Adaptations – Si une adaptation de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source le déni de responsabilité suivant : Cet ouvrage est une adaptation d’une oeuvre originale de la Banque mondiale. Les idées et opinions exprimées dans cette adaptation n’engagent que l’auteur ou les auteurs de l’adaptation et ne sont pas validées par la Banque mondiale. Contenu tiers – La Banque mondiale n’est pas nécessairement propriétaire de chaque composante du contenu de cet ouvrage. Elle ne garantit donc pas que l’utilisation d’une composante ou d’une partie quelconque du contenu de l’ouvrage ne porte pas atteinte aux droits des tierces parties concernées. L’utilisateur du contenu assume seul le risque de réclamations ou de plaintes pour violation desdits droits. Pour réutiliser une composante de cet ouvrage, il vous appartient de juger si une autorisation est requise et de l’obtenir le cas échéant auprès du détenteur des droits d’auteur. Parmi les composantes, on citera, à titre d’exemple, les tableaux, les graphiques et les images. Pour tous renseignements sur les droits et licences doivent être adressées à World Bank Publications, The World Bank Group, 1818 H Street NW, Washington, DC 20433, USA ; courriel : pubrights@worldbank.org. ISBN : 978-1-4648-1563-8 DOI : 10.1596/978-1-4648-1563-8 Photo de couverture : © SEYAL-TCHAD Sarl. Utilisé avec l’autorisation de SEYAL-TCHAD Sarl. Autorisation nécessaire pour toute reutilization. Conception de la page de couverture : Debra Naylor / Naylor Design Inc.


Table des matières

Remerciements  ix À Propos de l’auteur   xi Principaux messages  xiii Abréviations  xix

Aperçu  1 Notes  19 Références bibliographiques  20

CHAPITRE 1 Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée   21 Synthèse  21 Les défis de la quête de la diversification des exportations   21 Annexe 1A  36 Notes  38 Références bibliographiques  38

CHAPITRE 2 Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ?   39 Synthèse  39 Pourquoi les efforts antérieurs ont-ils échoué ?   40 Justification de la diversification des exportations   43 Notes  47 Références bibliographiques    47

CHAPITRE 3 Approche conceptuelle  49 Synthèse  49 Ce que dit la théorie sur la diversification et la croissance des exportations  49 L’échelle de diversification des exportations   51 Diversification et dynamique de transformation structurelle   53 Notes  59 Références bibliographiques  60

CHAPITRE 4 Fondements microéconomiques (1)   63 Synthèse  63 Efforts précédemment déployés pour identifier de nouvelles exportations  64 Approche par l’analyse des avantages comparatifs révélés   65 L’analyse de l’espace produit : Une approche complémentaire   69 L’analyse de l’aptitude économique : Une autre approche complémentaire  70 Opportunités de diversification des exportations   71 Annexe 4A : Définitions techniques   74

iii


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Notes  75 Références bibliographiques  76

CHAPITRE 5 Fondements microéconomiques (2)   77 Synthèse  77 Introduction  78 Position du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée dans la typologie des chaînes de valeur mondiales   80 Comment les chaînes de valeur mondiales sont-elles organisées dans le secteur agricole ?   84 Quelles sont les différences entre les chaînes de valeur de chaque pays ?  86 Quels sont les acteurs concernés aux niveaux national et régional ?  89 Possibilités de diversification : Stratégies spécifiques de modernisation et options stratégiques   92 Notes  97 Références bibliographiques  97

CHAPITRE 6 Fondements macroéconomiques (1)   99 Synthèse  99 Contexte  100 Pièges du cadre de politique commerciale des pays MTNG   103 Logistique commerciale et facilitation du commerce   111 Options stratégiques  114 Notes   120 Références bibliographiques  120

CHAPITRE 7 Fondements macroéconomiques (2)   123 Synthèse  123 Principaux obstacles au climat d’investissement observés dans la sous-région MTNG   124 Mesurer la qualité des réglementations commerciales   131 Comparaisons entre pays de la productivité des entreprises   134 Principales options stratégiques   140 Notes   148 Références bibliographiques  148

CHAPITRE 8 Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG   149 Synthèse  149 Nécessité d’une nouvelle approche de développement CVM 2.0 des projets dans les pays MTNG   150 Nouvelle approche de développement CVM 2.0 : Présentation des stratégies par grappes   152 Mesures incitatives commerciales : Ce qui marche et ce qui ne marche pas  155 Mise en œuvre de l’approche de développement CVM 2.0 pour la réussite et l’agenda prioritaire   159 Optimisation des financements pour le développement et rôle clé de la SFI dans l’orientation des ide vers le développement CVM 2.0  161 Notes  170 Références bibliographiques  171 Bibliographie  173

Encadrés A.1 A.2 5.1

Tirer les leçons d’un échec : Le cas de COPEOL en Guinée   2 Leçons des expériences pilotes : Le cas de SOGUIPAH en Guinée   4 Méthode de classification des CVM sur la base de l’analyse comparative   79


Table des matières | v

5.2 6.1 6.2 6.3

Apprendre de meilleures pratiques mondiales pour moderniser les processus et les produits   91 Une informalité élevée dans les échanges régionaux en Afrique de l’Ouest  100 Rôle des bazars frontaliers   108 Estimation de l’impact budgétaire de la réforme du commerce : Le cas du Niger  110

Figures A.1 A.2 A.3 A.4 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 1.7 1.8 1.9 1.10 1.11 1.12 1.13 1.14 1.15 2.1 2.2 2.3 2.4

3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 3.6 3.7

Depuis 2016, les quatre pays MTNG sont classés « En Alerte » dans l’Indice du classement des états fragiles   6 Les niveaux de PIB par habitant au Niger, au Mali et au Tchad ont globalement stagné au cours des 35 dernières années   8 Échelle de diversification des exportations   9 Décomposition de la croissance de la productivité du travail au Niger 1990–2015, et dans d’autres régions du monde, 1990–2005   11 Indice du capital humain en Afrique subsaharienne (pays à faible revenu seulement)  25 Degré de diversification des exportations, 2015   26 Exportations par produit, 2015   28 Destinations des exportations, 2015   29 Croissance des exportations pétrolières versus non-pétrolières au Tchad   30 Croissance des exportations non liées aux ressources naturels en Guinée, au Niger et au Mali   30 Part des exportations mondiales de certaines régions, 2002–2006   31 Exportations régionales de certaines régions   31 Part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations, 2008–2012   32 Afrique subsaharienne : Profondeur de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, moyenne 1991–1995 par rapport à 2008–2012   33 Influx d’IDE dans les pays MTNG, 2007–2016   33 Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets au Mali, par type, 2012–2016  35 Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets au Mali, par type et secteur, 2012–2016  35 Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets en Guinée, par type, 2012–2016   35 Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets en Guinée, par type et par secteur, 2012–2016   35 Depuis 2016, le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée sont classés « En Alerte » dans l’Indice du classement des états fragiles   40 Les revenus du PIB par habitant du Niger, du Mali et du Tchad ont globalement stagné pendant 35 ans   41 La chute des prix du pétrole a considérablement détérioré la situation budgétaire du Tchad  44 Précipitations et croissance du PIB – La croissance du Niger a été marquée par de larges périodes d’expansion et de contraction, dues en grande partie à la dépendance de l’économie envers les précipitations et le prix de l’uranium  44 Échelle de diversification des exportations   52 Valeur ajoutée manufacturière du Tchad versus moyenne Afrique subsaharienne  54 Stagnation de l’industrialisation du Mali   55 Guinée : Corrélation entre la productivité sectorielle et l’évolution de la part de l’emploi, 2006–2015  56 Corrélation de la productivité des secteurs et évolution de l’emploi au Niger et au Tchad, 1990-2015 et 2005–2015   57 Tchad : Décomposition de la croissance de la productivité du travail, 2005–15  58 Décomposition de la croissance de la productivité du travail au Niger, 1990–2015, et les régions du monde, 1990–2005   59


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4.1 4.2 5.1 5.2 5.3 5.4 6.1 6.2 6.3 6.4 7.1 7.2 7.3 7.4 7.5 7.6 7.7 7.8 7.9 7.10 7.11 7.12 7.13 7.14 7.15 7.16 8.1 8.2 8.3

Espace produit pour le Tchad, la Guinée, le Mali et le Niger, 2014   70 L’aptitude économique du Mali, du Tchad et du Niger, 2012–17   72 Gouvernance des chaînes de valeur des produits agricoles dans les pays MTNG   85 Trajectoire de diversification classique de la viande de bovins vivants pour les pays ayant les capacités du Niger   93 Trajectoire de diversification classique de la graine de sésame et de la noix de cajou décortiquée pour les pays ayant les capacités du Mali   94 Trajectoire de diversification classique de la graine de sésame et de la gomme arabique pour les pays ayant les capacités du Tchad   94 Partenaires commerciaux du Tchad, exportations prévues versus exportations réelles   101 Partenaires commerciaux du Niger   102 Tarifs douaniers moyens par étape de production, 2016   106 Performance logistique du Mali, du Niger et du Tchad   112 Cinq principales contraintes majeures (ou très graves) au Mali, au Niger, au Tchad et en Guinée   124 L’instabilité politique est classée première parmi les obstacles aux activités des entreprises   125 Corruption : Considérée comme une contrainte majeure ou très grave   126 Informalité : Considérée comme une contrainte majeure ou très grave   127 Entreprises en concurrence avec des sociétés non enregistrées ou informelles  127 Électricité : Entreprises considérant les coupures d’électricité comme une contrainte majeure ou très grave   128 Accès au financement : Entreprises le considérant comme une contrainte majeure ou très grave   129 Classements comparatifs Doing Business et distance à la frontière (DTF)   131 Productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée, et pays de comparaison  135 Productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée par rapport à des pays ayant un niveau de développement similaire   135 Coûts de la main-d’œuvre manufacturière en Guinée, au Mali et au Niger   136 Les grandes entreprises sont les plus productives au Mali, au Niger et en Guinée  137 Les exportateurs sont plus productifs que les non-exportateurs en Guinée, au Mali et au Niger   138 Peu d’entreprises au Niger exportent leur production, contrairement aux entreprises du Mali et de Guinée   139 Les entreprises détenues par des étrangers sont plus productives que les entreprises nationales en Guinée, au Mali et au Niger   139 Peu d’entreprises manufacturières Nigériennes et Guinéennes sont détenues par des étrangers   140 Mali : Soutien aux projets pilotes à grande échelle du secteur de la mangue : Comment le PMOC soutient la chaîne de valeur de la mangue   165 Tchad : Schéma d’un mécanisme de partage des risques basé sur une agence de gestion des garanties (AGG)   167 Exemple de développeur de chaîne de valeur intégrée : Agriculture durable, sécurité alimentaire et liens (Solidaridad) dans le secteur de l’aquaculture, des produits laitiers et de l’horticulture au Bangladesh   168

Cartes 1.1 1.2

Potentiel commercial des agglomérations ouest-africaines   22 Mali : Situés au sud du pays, les principaux corridors logistiques pour la noix de cajou et le sésame sont éloignés des zones septentrionales menacées par les conflits   24 1A.1 Niger : Chaîne de valeur de la viande et des oignons, octobre 2018   36 1A.2 Tchad : Chaîne de valeur de la gomme arabique et du sésame, octobre 2018  37


Table des matières | vii

Tableaux A.1 A.2 1.1 2.1 2.2 4.1 4.2 5.1 5.2 5.3 5.4 5.5 5.6 5.7 5.8 6.1 6.2 6.3 6.4 6.5 7.1 7.2 7.3 7.4 7.5 7.6 7.7 7.8 7.9 7.10 8.1 8.2 8.3 8.4 8.5 8.6 8.7

Typologie en grappes des politiques de diversification des exportations   13 Refonte des principales politiques de diversification des exportations au Mali, au Tchad, au ­Niger et en Guinée (« facteurs déterminants »)   14 Part de la diversification des exportations dans le total des exportations des pays MTNG, 2015   27 Valeurs moyennes du ratio échanges-PIB    45 Impact potentiel sur la croissance du PIB par habitant du Tchad, du Mali et du Niger   45 Avantage comparatif moyen révélé par secteur au Tchad, en Guinée, au Mali et au Niger, 2015   66 Résumé d’une sélection de produits présentant un potentiel de diversification des exportations plus important   67 Population, revenus et parts de valeur ajoutée, 2015 versus 2000 : Mali, Niger, Tchad, Guinée et pays similaires   80 Part des CVM en tant qu’acheteur et vendeur, 2000 versus 2011, au Mali, au ­Niger, au Tchad, en Guinée et dans les pays similaires   81 Importations et exportations en amont et écart, 2000 versus 2014 au Mali, Niger, Tchad et en Guinée, et pays similaires   82 Caractéristiques des chaînes de valeur mondiales sélectionnées   85 Importance des chaînes de valeur sélectionnées au Tchad, au Mali et au Niger   87 Caractéristiques des chaînes de valeur sélectionnées et contraintes   88 Segments de la chaîne de valeur, acteurs principaux et gouvernance de la chaîne   89 Modernisation des composantes de l’approche par grappes et options stratégiques  95 Taux tarifaires moyens au Niger   104 Comparaison des tarifs douaniers simples et pondérés par groupes régionaux, 2016  105 Indicateurs de commerce transfrontalier   113 Harcèlement sur les routes dans certains pays d’Afrique de l’Ouest   114 Matrice des interventions stratégiques de politique commerciale pour la diversification des ­exportations   115 Quelques indicateurs de la corruption – pays de comparaison et Afrique subsaharienne  126 Interactions avec les administrations fiscales   128 Électricité : Indicateurs   129 Quelques indicateurs d’accès au financement et analyse comparative régionale  130 Création d’entreprises : Indicateurs   132 Permis de construire : Indicateurs   132 Paiement des taxes et impôts : Indicateurs   133 Obtention de prêts : Indicateurs   133 Accès à l’électricité : Indicateurs   134 Principales recommandations stratégiques de Doing Business 2019   141 Étude FFPM des chaînes de valeur du sésame et de la gomme arabique au Tchad   154 Typologie par grappes des politiques de diversification des exportations  154 Comparaison des bonnes pratiques internationales en matière d’incitation à l’investissement : Application au Niger   155 Principales incitations commerciales non fiscales aux CVM dans le secteur manufacturier au ­Maroc, en Turquie et en Tunisie   158 Théorie du changement des principales politiques de diversification des exportations des MTNG révisées (« qui changent la donne »)   159 Approche de la prise de décision en cascade pour les chaînes de valeur agricoles  163 Guinée : Programme de réforme de l’initiative MFD personnalisé pour la SFI et la Banque ­mondiale, 2019   166


Remerciements

Ce rapport régional phare est le résultat d’un travail d’équipe conjoint entre la pratique mondiale Macroéconomie, commerce et investissement et la pratique mondiale Finance, compétitivité et innovation. Il a également bénéficié du soutien de la pratique mondiale Lutte contre la pauvreté, de la pratique mondiale Gouvernance et de la Société financière internationale, qui ont contribué par des documents de référence, des présentations, des études de cas et d’autres notes et contributions techniques pertinentes, et ont pris part à un certain nombre de discussions avec leurs principaux homologues. L’équipe exprime sa reconnaissance aux autorités maliennes, tchadiennes, nigériennes et guinéennes pour leur précieuse collaboration, en particulier les représentants des ministères de l’Agriculture, du Commerce, de l’Économie et des Finances, du Plan, des Mines et de l’Industrie, les instituts nationaux de statistiques, les agences nationales de promotion des exportations et les chambres d’industrie et de commerce de ces pays, qui ont tous apporté un soutien important à la mission, des contributions écrites et participé à des échanges francs tout au long de la préparation de l’étude. Ce rapport de synthèse a été rédigé par une équipe comprenant diverses pratiques mondiales, dirigée par José R. López-Cálix (économiste leader et ancien chef de programme). Les principaux contributeurs (équipe de base) étaient Ephraim Kebede (consultant) pour le chapitre 4, Ghada Ahmed (consultant) pour le chapitre 5, Nihal Pitigala (consultant) pour le chapitre 6, et Mehdi Benyagoub (spécialiste du secteur privé) pour le chapitre 7. Jean-Christophe Maur (économiste principal et co-chef de l’équipe) a fourni de précieuses contributions et des conseils techniques judicieux. Des contributions spécifiques de l’équipe élargie, dont la majeure partie est développée plus en détail dans les études individuelles de pays antérieures, ont été fournies par Mariama Cire Sylla (spécialiste du secteur privé) ; Mamoudou Nagnalen Barry ( jeune professionnel) pour l’aperçu ; Maria Reinholt Andersen (consultante), Nelly Bachelot (Consultant) et Irum Touqeer (spécialiste du secteur public) pour le chapitre 1 ; Fiseha Haile Gebregziabher (économiste), Dinar Prihardini (économiste), Hans Lofgren (consultant) et Asif Islam (économiste) pour le chapitre 2 ; Salma Daki (consultante), Olivier Béguy (économiste senior) et Abdoul Ganiou Mijiyawa (économiste senior) pour le chapitre 3 ; Masud Cader (chargé de portefeuille senior) pour le chapitre 4 ; Daria Taglioni (économiste principale pays) et Bonaventure Fandohan (consultant) pour le chapitre 5 ; Silvia Muzi  ix


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(coordinatrice de programme), George Clarke (consultant) et Lauren Clark (consultante) pour le chapitre 7 ; Mahaman Sani (spécialiste du secteur privé), Xavier Forneris (spécialiste senior du secteur privé), Mukhtar Gulamhussein (chargé d’investissements) et Alexandre Laure (spécialiste senior du secteur privé) pour le chapitre 8. Ont également contribué aux différentes études de pays incluses dans le rapport Luc Razafimandimby (économiste senior), Markus Kitzmuller (économiste senior), Susana Sánchez (économiste senior), Olivier Béguy (économiste senior), Marcel Nshimiyimana (économiste), Olanrewaju Kassim (économiste), Boulel Touré (économiste), Nancy Benjamin (consultante), Thomas Bossuroy (économiste), Aly Sanoh (économiste senior et statisticien), Fatoumata Fadika (spécialiste du secteur financier), Ziva Razafintsalama (économiste agricole senior), Johannes Hoogeveen (économiste principal), Yaye Ngouye Ndao Ep Diagné (chargée des opérations), Gaël Raballand (spécialiste senior du secteur public), Gildas Bopahbe Deudibe (consultant), Kirstin Roster (analyste stratégique), Gemechu Ayana Aga (économiste) et Yosuke Kotsuji (chargé d’investissements senior). Leurs contributions individuelles respectives sont détaillées dans chacun des rapports nationaux et dans les notes d’information. Lars Christian Moller (responsable Pratique mondiale) a assuré un suivi minutieux, prodigué des conseils techniques et des encouragements enthousiastes, tandis que Consolate Rusagara (responsable Pratique mondiale), Rashmi Shankar (responsable Pratique mondiale), Michel Rogy (responsable de programme), Christophe Lemière (responsable de programme), Madio Fall (responsable de programme par intérim), Mehita Sylla (directrice pays), Sabrina Birner (consultante) et Paul Noumba (ancien directeur de pays) ont tous conseillé l’équipe à différentes étapes du processus ou apporté leur contribution à différents chapitres et versions préliminaires. Soukeyna Kané (directrice pays), François Nankobogo (responsable des opérations), Joëlle Dehasse (directrice pays), Rachidi Radji (directrice pays), Boubacar Walbani (chargé des opérations senior) et Michael Hamaide (chargé des opérations principal) ont fourni des conseils sur les pays et un soutien précieux à l’équipe. Des conseils détaillés et instructifs ont été fournis par les pairs évaluateurs du présent rapport dont les noms suivent : Paul Brenton (économiste principal), Vincent Palmade (économiste principal), Joanne Catherine Gaskell (économiste agricole senior), Hoda Youssef (économiste senior) et José Daniel Reyes (économiste senior). Cela a complété les orientations exceptionnelles fournies précédemment par les pairs évaluateurs des différentes études nationales. Pour le Tchad et le Mali : Jakob Engel ( jeune professionnel), Gonzalo Varela (économiste senior), Jean Michel Marchat (économiste principal) et César Calderón (économiste principal). Pour le Niger : Daria Taglioni (économiste principale pays), Fulbert Tchana (économiste senior), Vandana Chandra (consultante, ancienne économiste senior) et Albert Zeufack (chef économiste). Maude Jean-Baptiste Valembrum (assistante de programme) a réalisé un excellent travail de formatage et de révision du document principal. Micky Ananth (analyste des opérations) a joué un rôle déterminant dans le suivi du budget de l’ensemble des études. Hawa Maiga (assistante exécutive senior), Mariama Diabate-Jabbie (assistante exécutive), Fatimata Sy (assistante de programme senior), Hamsatou Diallo Barke (assistante exécutive) et Theresa Bampoe (assistante de programme) ont également apporté un précieux soutien logistique.


À Propos de l’auteur

Originaire du Salvador, José R. López-Cálix est un économiste leader et ancien chef de programme dans la Pratique mondiale Macroéconomie, de commerce et investissement de la Banque mondiale. M. López-Cálix a obtenu son doctorat, sa maîtrise et sa licence, avec des spécialisations en finance internationale, en commerce et en économétrie, à l’Université catholique de Louvain, en Belgique, et à l’Université de Pittsburg, aux États-Unis. Avant de travailler pour la Banque mondiale, sa carrière professionnelle l’a amené à travailler dans plusieurs organisations internationales, dont l’Agence américaine pour le développement international, le Congrès américain, l’Agence canadienne de développement international et la Banque interaméricaine de développement. Il a également occupé le poste de directeur de recherche au Conseil monétaire centraméricain et comme professeur invité dans plusieurs universités américaines et à l’Institut centraméricain d’administration des affaires au Costa Rica. Il a plus de 25 ans d’expérience de travail dans les régions de la Banque mondiale en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, y compris dans de multiples économies fragiles et sujettes aux conflits. Outre ses compétences éprouvées en matière de gestion et de gestion de projets, il a publié de nombreux ouvrage, articles universitaires et rapports. Il a reçu de nombreuses récompenses en tant qu’innovateur pour avoir conçu, testé et mis en œuvre avec succès des outils analytiques désormais ancrés dans les travaux de la Banque mondiale et dans le monde entier. Il s’agit, entre autres, d’un système d’alerte précoce des crises monétaires/fiscales, des enquêtes de suivi des dépenses publiques, des enquêtes sur la prestation de services sociaux, des enquêtes sur les entreprises d’exportation, de la protection budgétaire pour les programmes sociaux prioritaires, d’un indice multivariable du développement infranational (et local) et, plus récemment, d’une approche intégrée de la chaîne de valeur mondiale 2.0 (CVM 2.0) pour attirer les investissements directs étrangers et la participation du secteur privé au développement de l’agroalimentaire et à la diversification des exportations dans des pays fragiles.

xi


Principaux messages

Ce rapport présente les politiques clés de quatre pays fragiles – Mali, Tchad, Niger et Guinée (ci-après « pays MTNG ») – visant à promouvoir efficacement la diversification des exportations pour favoriser la croissance économique. Après plusieurs tentatives infructueuses de diversification économique depuis les années 1990, les quatre pays ont décidé de promouvoir à nouveau une diversification active de leurs exportations. L’expérience acquise à l’échelon international démontre que la performance économique des pays africains fragiles et riches en ressources naturelles reste faible par rapport à celle des pays pairs non fragiles et pauvres en ressources naturelles. Cependant, la production à grande échelle de ressources naturelles (principalement minières), qui offre des opportunités considérables, s’accompagne aussi d’inconvénients majeurs qui empêchent une croissance élevée et soutenue. Ces inconvénients sont particulièrement lourds dans les pays en proie à des conflits engendrés par la cupidité (lorsque les avantages tirés de la croissance fondée sur les ressources naturelles justifient le coût d’opportunité des efforts fournis), ou par des griefs (lorsque les ressources naturelles sont accaparées par des élites restreintes). Parmi ces inconvénients, citons la tendance de l’économie à croître au-delà de son potentiel et à engendrer des cycles de flambée des prix, de forte croissance du produit intérieur brut (PIB) et d’instabilité budgétaire, qui se traduisent par une position budgétaire fragile et une marge de manœuvre budgétaire limitée pour les investissements publics, une « malédiction des ressources naturelles » favorisant la production de produits non compétitifs et non échangeables, et un schéma de croissance orienté vers la recherche de rente et des activités faiblement créatrices d’emplois. En outre, tous les pays MTNG sont enclavés (à part la Guinée) et disposent d’un marché intérieur limité. Pour prendre une nouvelle voie, les pays MTNG sont parvenus à un consensus national autour d’une Vision 2030-35 visant, entre autres, la diversification des exportations pour échapper à cette malédiction. Ce rapport appuie pleinement ces visions à long terme. Dans les paragraphes suivants, nous ne résumons pas les principales conclusions mais nous mettons en exergue dix messages pouvant façonner la conception de politiques nationales au service de la diversification des exportations. Le rapport est axé sur la promotion de chaînes de valeur mondiales (CVM) agroindustrielles soigneusement sélectionnées, dans le cadre  xiii


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d’une nouvelle approche par grappes susceptible de favoriser une croissance économique élevée et durable dans les pays fragiles tels que ceux examinés dans ce rapport. Premier message. La documentation existante montre une forte corrélation entre la concentration des exportations et une accélération de la croissance de courte durée, et entre la diversification des exportations et une croissance élevée, soutenue et inclusive. Au cours des dernières décennies, les exportations de ressources naturelles ont représenté une part importante des exportations totales des pays MTNG. Selon les estimations faites pour ce rapport concernant le Niger et le Mali, dans le cadre de leur modèle actuel d’exportation fondé sur les ressources naturelles, les économies de ces deux pays atteindront (au mieux) des taux de croissance moyens modestes et très volatils au cours des dix prochaines années. En revanche, des politiques de diversification non minières et axées sur les exportations leur permettront d’atteindre des taux de croissance élevés et soutenus. Deuxième message. La « malédiction des ressources naturelles » continue d’entraver la transformation structurelle, notamment la réallocation de la maind’œuvre des activités peu productives à des activités fortement productives, reflet de la diversification des exportations. Alors que les activités minières créent peu d’emplois, dans les pays MTNG plus de 75 % de la population continuent de dépendre de l’agriculture pour leurs moyens de subsistance, et travaillent dans l’agriculture de subsistance ou des activités informelles peu productives. Néanmoins, les estimations faites pour ce rapport montrent qu’au Tchad, au Niger et en Guinée, d’autres secteurs ont engendré une transformation structurelle modeste, mais positive, qui a créé des emplois dans le commerce, le bâtiment et les services publics et financiers. Troisième message. Des stratégies exclusives guidées par la modernisation des services ou une vaste industrialisation ont peu de chance d’accélérer la transformation structurelle dans les pays MTNG. Le transfert de ressources de secteurs peu productifs, notamment l’agriculture ou le commerce informel, vers des secteurs de services modernes et hautement productifs exige une main-d’œuvre qualifiée, mais malheureusement rare dans ces économies. Par ailleurs, le transfert de ressources d’une agriculture peu productive vers de grandes industries manufacturières semble aussi peu prometteur, en raison du faible bilan de ces quatre pays en matière de politiques de substitution d’importations dans la sous-région, sans parler de la performance financière médiocre des entreprises publiques impliquées dans des activités productives. Quatrième message. En revanche, une stratégie agroindustrielle tournée vers l’extérieur peut mener à une diversification et créer de nombreux emplois mieux rémunérés, pour les travailleurs peu qualifiés et très qualifiés. Ce type de stratégie agroindustrielle sera basée sur une combinaison de plusieurs ­éléments : (i) un meilleur accès aux intrants agricoles et aux nouvelles technologies de production afin d’augmenter la productivité ; (ii) de nouvelles cultures, et industries connexes, liées aux nouvelles chaînes de valeur, produisant ­progressivement des exportations agroindustrielles plus sophistiquées ; (iii) une amélioration et une modernisation des infrastructures des services financiers, des transports et des communications ; et (iv) une amélioration du climat des affaires permettant d’attirer réellement des investissements directs étrangers (IDE) ciblés. Cinquième message. À cet effet, les pays MTNG devront envisager d’adopter une stratégie de diversification des exportations en quatre étapes. Ces quatre


Principaux messages | xv

étapes complémentaires, allant de la plus simple à la plus complexe, exigeront d’améliorer la capacité du pays à : (i) augmenter les exportations des produits actuellement exportés ; (ii) ouvrir de nouveaux marchés (régionaux et mondiaux) à l’étranger ; (iii) piloter les nouveaux produits gagnants de l’exportation, plus sophistiqués, en particulier les produits agroindustriels ; et (iv) passer à une véritable stratégie de diversification agroindustrielle fondée sur les chaînes de valeur mondiales. Sixième message. La réduction de la concentration des produits et marchés d’exportation (les deux premières étapes) peut être mise en œuvre à court terme. Les pays MTNG comptent, à des degrés divers, parmi les économies d’Afrique subsaharienne les plus concentrées en termes de produits et les moins diversifiées au niveau des marchés. Dans le cas du Tchad, ces deux indices de diversification sont en train de se détériorer. Une refonte de la politique de promotion des exportations devra tout d’abord permettre d’accroître la production des exportations non minières émergentes. Parallèlement, il conviendra d’explorer de nouveaux marchés en rassemblant des informations et des bases de données commerciales, en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux pour des investissements directs étrangers et en facilitant une meilleure interaction entre acheteurs et vendeurs. Bien que les marchés voisins restent une priorité pour la commercialisation des exportations agroalimentaires, les estimations montrent que les pays MTNG pourraient exporter davantage vers les États-Unis, l’Inde, la France, la Thaïlande et Singapour. Les pays d’Afrique du Nord, tels que le Maroc et la Tunisie, pourraient également offrir des perspectives. Septième message. Lorsqu’il s’agit de piloter de nouveaux produits (complexes) à forte valeur ajoutée (3e étape), la sélectivité est plus importante qu’une politique d’expansion dispersée et coûteuse d’une promotion des exportations non ciblée. Par ailleurs, l’adoption d’une approche ouverte ferait peu de différence, car les quatre pays MTNG ont peu d’options dans la mesure où seule une douzaine de produits agroindustriels semblent avoir un avantage comparatif révélé (ACR), notamment la gomme arabique, les graines de sésame, le maïs, le coton brut, les étoffes tissées et l’ouate en fibre artificielle. Les champions potentiels dans la liste des produits agroalimentaires à promouvoir sont les céréales, les confitures, les gelées, les jus de fruits tropicaux, le sucre et les huiles végétales. Le bétail représente également un potentiel intéressant, même s’il ne semble pas avoir un ACR, probablement à cause d’une carence de données. Huitième message. Dans le processus de sélection rigoureuse de chaînes de valeur mondiales (CVM) compétitives, chaque pays MTNG a dressé une liste de produits d’exportation potentiels. En accord avec les autorités compétentes, le présent rapport choisit la gomme arabique et les graines de sésame pour le Tchad, la viande bovine et les oignons pour le Niger, et le sésame et la noix de cajou pour le Mali. Bien que tous ces produits aient un avantage comparatif révélé (ACR) et un potentiel élevé, ils ne sont pas les seuls sur la liste. Toutefois, de manière générale, toutes les chaînes de valeur émergentes en sont à leurs balbutiements et se caractérisent par une faible participation aux marchés mondiaux (ou même régionaux). Il faudra donc commencer par œuvrer à l’amélioration des CVM sélectionnées. Ce faisant, le passage à des produits plus sophistiqués dans les chaînes de valeur nécessitera des compétences et des ­capacités que les pays MTNG devront développer. Parmi les obstacles microéconomiques à ce développement, citons le manque de soutien institutionnel et politique, le manque d’homogénéité de la qualité, la faiblesse de la productivité


xvi | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

et du volume de production, la faiblesse des capacités de traitement agroalimentaire et l’absence de grandes entreprises étrangères investissant dans l’amélioration des chaînes de valeur. Face à cela, les pays MTNG doivent s’inspirer des pays voisins exportateurs, en veillant à attirer des investisseurs stratégiques pour développer la transformation agroalimentaire. Un examen de la liste des entreprises étrangères relevant de l’agroindustrie en Afrique serait un point de départ. Neuvième message. Ce rapport présente une véritable et nouvelle approche par grappes des chaînes de valeurs mondiales 2.0 (CVM 2.0) pour promouvoir la diversification des exportations. Les quatre piliers de cette politique (4e étape) sont les suivants : (i) amélioration des processus, des produits et des marchés des CVM stratégiques (et bien sélectionnées) ; (ii) investissements ciblés (dimension spatiale) dans les infrastructures commerciales et les corridors logistiques ; (iii) refonte des politiques commerciales et logistiques ; et (iv) climat d’investissement favorable au e-business. Les deux premiers piliers ont été expliqués ci-­ dessus. Les deux derniers sont axés sur la simplification des procédures commerciales, la réduction des droits d’enregistrement des biens fonciers, l’amélioration de la gestion des contrats publics et l’autorisation de paiements électroniques. La mise en place de services de base tels que les guichets uniques et l’application intégrale du Système douanier automatisé (SYDONIA World) dans les douanes, ainsi que l’enregistrement en ligne et le paiement numérique pour les opérations commerciales, devraient simplifier les procédures d’exportation et réduire la corruption. En complément de ces mesures, il est particulièrement crucial pour les pays MTNG enclavés de combler les lacunes logistiques qui gangrènent la circulation des marchandises. L’étape suivante consiste à prendre en compte la dimension spatiale des zones potentielles de production des CVM ; cet emplacement devra non seulement éviter les régions et corridors en proie à des conflits, mais aussi être axé sur la disponibilité d’intrants complémentaires en matière d’infrastructures et de services de base nécessaires au fonctionnement de ces zones. Ce rapport propose donc de concentrer les efforts principalement sur la réhabilitation et la maintenance des corridors clés reliant les centres économiques aux ports principaux : Dakar et Abidjan (Mali), Douala (Tchad), Cotonou et Lomé (Niger). Des facilités de transit bilatérales et l’élimination des innombrables points de contrôle tout au long de ces corridors devraient améliorer l’efficacité du transport de fret. Dans le cas de la Guinée, il est indispensable d’améliorer les installations et la gestion du port de Conakry. Enfin, pour réussir, les quatre pays MTNG doivent s’efforcer d’éliminer les macro-contraintes de politique commerciale. Les priorités politiques devront viser à réduire le nombre de tarifs douaniers et à supprimer les innombrables barrières non tarifaires qui favorisent la corruption, à se conformer aux certifications du commerce international et aux normes de traçabilité, et à attirer de grandes entreprises régionales et internationales rompues à la commercialisation des CVM émergentes. Dixième message. Le Groupe de la Banque mondiale peut jouer un rôle important dans la mise en œuvre de la stratégie par grappes CVM 2.0. Plusieurs projets de la Banque mondiale liés à l’élaboration de chaînes de valeur mondiales (CVM) dans les pays MTNG n’ont eu qu’un succès limité, en raison d’une démarche quasi unidimensionnelle promouvant des éléments isolés, et souvent déconnectés, de la chaîne d’exportation de produits agricoles. Les pays MTNG fournissent souvent peu d’efforts pour moderniser les organisations de producteurs, adopter les normes sanitaires et techniques internationales applicables aux produits et attirer des entreprises étrangères. En revanche,


Principaux messages | xvii

la nouvelle démarche CVM 2.0 illustre les efforts concertés de la Société financière internationale (SFI), de la Banque mondiale et, à terme, de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (Multilateral Investment Guarantee Agency – MIGA), qui sont toutes affiliées au Groupe de la Banque mondiale. Plus particulièrement, le rôle de la SFI pourrait être déterminant pour attirer des investissements directs étrangers. Suivant une approche dite en cascade, qui préconise la justification des interventions des secteurs privé et public dans la promotion de l’agroalimentaire, l’élaboration de plans de mise en œuvre conjoints (PMOC) pilotes est un exemple de collaboration entre institutions du Groupe de la Banque mondiale, déjà à l’essai au Mali, où ces institutions contribuent à promouvoir les exportations de mangue. Parmi les exemples prometteurs de collaboration conjointe, citons également la mise en place d’infrastructures de partage des risques, de grappes agroalimentaires, de modèles d’analyse du champ ­d’application, et d’interventions de développeurs de la chaîne de valeur.


Abréviations

ACR Avantage comparatif révélé AFE Accord sur la facilitation des échanges ALE Accord de libre-échange ANASE Association des nations de l’Asie du Sud-Est ANIPEX Agence nigérienne de promotion des exportations APE Accord de partenariat économique APIM Agence pour la promotion des investissements au Mali BNT Barrière non-tarifaire CCI Centre du commerce international CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest CEDIAM Centre d’étude et de développement industriel et agricole du Mali CEMAC Communauté Économique et Financière d’Afrique Centrale CER Communauté économique régionale CER Corridor économique régional CFA Communauté Financière Africaine CI Climat d’investissement CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement COFCO China Oil and Foodstuffs Corporation COPEOL Compagnie pour l’exploitation des produits de l’huile de palme CREDD Cadre stratégique pour la relance économique et le ­développement durable CV Chaîne de valeur CVM Chaîne de valeur mondiale CVR Chaîne de valeur régionale DTF Distance à la frontière EAC Pays d’Asie de l’Est EDIC Étude diagnostique d’intégration commerciale EGC Équilibre général calculable FCFA Franc CFA FFPM Forces, faiblesses, possibilités, menaces FMI Fonds monétaire international IDA Association internationale de développement  xix


xx | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

IDE Investissements directs étrangers IOPEPC Conseil indien de promotion des exportations de graines et de produits oléagineux (Indian Oilseed and Produce Export Promotion Council) MAD Dirham marocain MFD Maximiser les financements pour le développement (Maximizing Finance for Developement) MIGA Agence multilatérale de garantie des investissements MPR Mécanisme de partage des risques NIF Numéro d’identification fiscale OCDE Organisation de coopération et de développement économiques OMC Organisation mondiale du commerce ONG Organisation non gouvernementale Pays MTNG Mali, Tchad, Niger et Guinée PCDA Programme compétitivité et diversification agricoles PIB Produit intérieur brut PME Petites et moyennes entreprises PMOC Plan de mise en œuvre conjoint PPP Partenariat public-privé SFI Société financière internationale SOGUIPAH Société guinéenne de palmier à huile SONIPEV Société nigérienne de production et d’exportation de viande SYDONIA Système douanier automatisé TEC Tarif extérieur commun TIC Technologies de l’information et de la communication TVA Taxe sur la valeur ajoutée TVI Taxe de vérification des importations UE Union européenne UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine ZLEC Zone de libre-échange continentale Sauf indication contraire, tous les montants en dollars sont en dollars américans (USD).


Aperçu

Ce rapport régional présente les principales politiques que le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée — les « pays MTNG » — doivent suivre s’ils souhaitent tirer parti de la diversification des exportations pour favoriser leur croissance ­économique dans des situations de fragilité et de conflit. Après plusieurs tentatives infructueuses de diversification des exportations depuis les années 1990, ces pays ont accentué leur dépendance à l’égard des ressources naturelles, principalement les minéraux : la bauxite en Guinée, l’uranium au Niger, l’or au Mali et le pétrole au Tchad. Toutefois, l’expérience d’autres pays d’Afrique et d’autres régions du monde montre que si la production à grande échelle de ressources naturelles offre des possibilités substantielles, elle ­présente également des lacunes importantes Il s’agit de la tendance à une ­accélération non soutenue de la croissance pendant les cycles de flambée des prix internationaux, la forte volatilité de la croissance du produit intérieur brut (PIB) qui se traduit par une fragilité de la situation budgétaire, une malédiction des ressources (le « syndrome hollandais ») qui favorise la production de biens non échangeables et un modèle de croissance biaisé en faveur des activités de recherche de rente, autant d ­ ’éléments qui empêchent l’expansion de produits compétitifs et d’activités créatrices d’emplois inclusifs. Ainsi, il n’est pas surprenant que tous les plans de développement national récents — Vision 2025 au Mali, Vision 2030 au Tchad, Vision 2035 au Niger et Vision 2040 en Guinée — partent du principe que ces pays n’ont d’autre choix que de créer des économies concurrentielles et diversifiées. La diversification des exportations est un moyen de sortir de cette malédiction en favorisant la diversification économique et le changement structurel. Nous ne résumons pas les principales conclusions des différents rapports pays, mais nous mettons en exergue leurs principaux constats, ainsi que la nouvelle approche de développement par grappes 2.0 (CVM 2.0). Cette approche pourrait permettre de dégager un consensus national sur la conception de politiques concurrentielles axées sur les exportations pour favoriser une croissance économique durable. Cependant, la tâche est loin d’être simple. Deux études de cas préliminaires illustreront la complexité des principales difficultés à venir.

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2 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Tirer des enseignements des échecs et des réussites : Deux exemples contrastés

Les expériences de Compagnie pour l’exploitation des produits de l’huile de palme (COPEOL) et de la Société guinéenne de palmier à huile (SOGUIPAH) illustrent bien la complexité des problèmes auxquels sont confrontées les entreprises exportatrices des pays fragiles MTNG, même lorsqu’elles sont pleinement soutenues par leur gouvernement (encadrés A.1 et A.2).

ENCADRÉ A.1

Tirer les leçons d’un échec : Le cas de COPEOL en Guinée Il y a plusieurs dizaines d’années, la jeune République de Guinée devenue indépendante inaugurait l’usine d’huile d’arachide de Sincéry, qui devint le principal moteur économique de la ville de Dabola. La région, qui englobe le corridor Kouroussa-Dabola-Dinguiraye et les villes voisines de Mamou, Kankan, Siguiri et Mandiana, produisait suffisamment d’arachides pour satisfaire la demande intérieure. Cette région du centre du pays jouit d’un climat de savane et de millions d’hectares de terres arables qui permettent la culture de l’arachide. Des milliers de producteurs d’arachides ont profité de cette usine et la production de l’usine s’est vendue dans tout le pays, en utilisant initialement la liaison ferroviaire Kankan-Conakry pour atteindre les marchés locaux et internationaux. En 1985, lorsque le pays est passé d’une économie de marché centralisée à une économie de marché et a privatisé ses entreprises publiques, l’usine Sincéry a été également privatisée. Cependant, le processus de privatisation ayant été mal préparé, l’usine a fermé quelques années plus tard. En 2013, le président nouvellement élu issu de la société civile Alpha Condé a décidé de rouvrir l’usine en faisant appel aux groupes français Castel et Sofiproteol, qui en devinrent les uniques propriétaires et immatriculèrent la société sous le nom de COPEOL. La ville de Dabola comptait sur l’usine pour relancer son économie en produisant plus d’huile d’arachide tandis que l’État espérait réduire les importations d’huiles de qualité inférieure. En principe, le contrat social était juste. Mais le temps

passant, la réouverture de Sincéry ne fut une success-story que sur le papier, car elle connut de nombreux problèmes ­opérationnels. Par exemple, alors que sa nouvelle capacité de traitement était censée atteindre 50 000 tonnes d’arachides par an, l’usine atteignit péniblement les 10 000 tonnes, avec des résultats similaires pour les exportations. Aujourd’hui, au bout de près de six années d’activité, l’espoir s’estompe et l’usine risque de nouveau de fermer ses portes. La chaîne de valeur de l’huile d’arachide. COPEOL produit de l’huile d’arachide brute pour l’exportation et des tourteaux d’arachide pour les marchés nationaux et sous-régionaux. Dans son cycle de production, COPEOL commence par discuter d’un prix fixe au kilogramme avec les producteurs d’arachides et de l’appui que COPEOL leur fournira. Une fois le prix d’achat post-récolte convenu, COPEOL apporte ­également un soutien financier et en nature aux ­agriculteurs qui, en échange, promettent de cultiver des arachides et de les vendre au prix convenu. En s’appuyant sur le prix convenu et les prévisions de production transmises par les agriculteurs, COPEOL établit ses propres prévisions de production. Une fois la récolte terminée, les agriculteurs apportent leur récolte à l’usine, COPEOL paie la récolte au prix convenu en déduisant le financement apporté à ­l’agriculteur avant la récolte. Puis vient l’étape de la transformation où COPEOL transforme les arachides en huile d’arachide semi-finie et en tourteaux ­d’arachide. Ainsi, les principaux défis de COPEOL la suite ci-après


Aperçu | 3

Encadré A.1, suite

sont, au stade de la production, la fiabilité de l’accord conclu avec les agriculteurs, les pénuries d’approvisionnement ayant un impact négatif sur la rentabilité de l’usine ; et, au stade de la transformation, l’accès à une source d’énergie fiable, un transport terrestre entre Dabola et Conakry (et d’autres villes de Guinée pour les tourteaux d’arachide) et l’expédition d’huile d’arachide vendue sur le marché européen, où se déroule la d ­ ernière étape de fabrication, ou encore la vente des tourteaux d’arachide sur les marchés sous-régionaux. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Plusieurs facteurs ont contribué au risque d’échec de COPEOL. Tout d’abord, peu d’agriculteurs respectent les termes de l’accord d’achat pendant la période de récolte et ils refusent généralement non seulement de rembourser les intrants reçus, mais préfèrent également vendre leurs récoltes à d’autres clients qu’à l’usine. Lorsque l’usine a rouvert, le président Alpha Condé avait déclaré : « Nous voulons que l’usine produise 100 000 tonnes au lieu de 50 000 tonnes. Pour y arriver, nous devons aider les agriculteurs à atteindre ce niveau de production. L’armée exploitera également 4 000 hectares pour approvisionner l’usine ». Pour atteindre cet objectif, le gouvernement a aidé les associations de producteurs d’arachides en parallèle de l’assistance fournie par COPEOL. Malgré les accords signés avec plus de 3 000 producteurs membres de la Fédération des producteurs d’arachides de Haute-Guinée, COPEOL n’a pas reçu les 25 000 à 30 000 tonnes ­d’arachides nécessaires pour atteindre son seuil de rentabilité. En fait, elle n’en a même pas reçu 3 000 tonnes. Lors d’une réunion organisée par le gouvernement en mai 2016, le président de l’association de producteurs, M. Hadja Djénaba Bangoura, a expliqué que ce manque à gagner pouvait s’expliquer par la chute du prix d’achat, « initialement fixé à 3 000 Franc guinéen le kilogramme lorsque la récolte a commencé en octobre. Mais, en décembre, la direction de COPEOL a décidé de baisser le prix à 2 250 Franc guinéen le kilogramme, ce qui a totalement découragé les agriculteurs ». Ce n’est que fin 2018 qu’un nouveau PDG a été nommé pour empêcher la fermeture.

D’autres problèmes ont nécessité l’intervention des pouvoirs publics, dont : • Des infrastructures de mauvaise qualité. Les exploitations d’arachide étant situées dans des régions isolées, l’absence ou la mauvaise qualité des routes rurales nuisent non seulement aux expéditions, mais alourdissent également les coûts de transport entre le village et le marché. Les producteurs ont affirmé que le prix convenu des arachides s’entendait à la sortie de l’exploitation, tandis que COPEOL a soutenu que les arachides devaient être payées après leur livraison à l’usine. • L’absence de main-d’œuvre qualifiée. Une maind’œuvre hautement qualifiée est nécessaire pour faire fonctionner le laboratoire de l’usine. Cependant, faute de personnel local, l’usine continue de faire appel à du personnel expatrié des filiales de COPEOL dans la sous-région, ce qui augmente ses coûts opérationnels. • Un vide juridique en matière de fiscalité. Selon les responsables de COPEOL, la société bénéficie d’exonérations fiscales sur les actifs de production et les produits d’exportation. • Cependant, la fourniture d’intrants aux producteurs est considérée comme une transaction commerciale (sans exemption) par les autorités fiscales, créant ainsi des crédits d’impôt (passifs potentiels) d’une valeur supérieure à 200 000 USD en 2017. • Un accès limité à l’électricité. Bien qu’un mini-barrage fournisse de l’électricité à Dabola, la période pendant laquelle l’usine fonctionne à plein régime coïncide malheureusement avec le faible débit d’eau ( janvier à avril), lorsque le ­barrage fonctionne à peine. COPEOL utilise donc des groupes électrogènes, ce qui augmente considérablement ses coûts de production. • La faible compétitivité de l’huile d’arachide fabriquée en Guinée. Les coûts de production élevés associés à l’absence de subventions font que le prix de vente de l’huile d’arachide guinéenne est supérieur à celui de ses concurrents de la sous-­ région, en particulier du Sénégal, où le gouvernement octroie des subventions ­considérables.


4 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

ENCADRÉ A.2

Leçons des expériences pilotes : Le cas de SOGUIPAH en Guinée Cependant, avec l’augmentation de la production, les exportations formelles et informelles (c’est-à-dire illégales)vers les pays voisins (Mali, Sénégal, Liberia, Sierra Leone et Guinée-Bissau) et vers les pays ­d’Europe et d’Amérique du Nord ont augmenté. Les données douanières officielles enregistrent des exportations très variables : entre 2011 et 2016, les exportations d’huile de palme et de caoutchouc de SOGUIPAH sont passées respectivement d’environ 500 à 5 000 000 kilogrammes et de 10 000 à 15 000 000 kilogrammes. Ces exportations ont notamment été réalisées dans le cadre de contrats avec des multinationales en Europe et en Asie (comme Michelin), garantissant ainsi la stabilité des prix. Quelques points positifs. De la plantation à la transformation finale des deux produits, leur chaîne de valeur commence et se termine à Diecke, sauf pour leur distribution sur les marchés national, régional et international. Les zones cultivées se situent dans la même région où est implantée l’usine, ce qui réduit les coûts de transport entre l’exploitation et l’usine. Ce contrôle local minutieux des étapes de production de la chaîne de valeur est l’un des principaux atouts de SOGUIPAH. En fait, la société possède non seulement d’importantes plantations de palmiers à huile et hévéas, mais collabore également étroitement avec de petits producteurs privés qui approvisionnent l’usine afin d’accroître sa propre production de matières premières. SOGUIPAH possède environ 9 000 hectares de terres cultivées, dont toute la production est exclusivement destinée à son usine. La société dispose d’un système de production à trois niveaux dans la région, qui profite à ses petits fournisseurs privés : le riz dans les basses terres, le palmier à huile dans les plaines et les hévéas sur les collines. La société soutient ses fournisseurs via des financements (dont un soutien au démarrage avec des semences et des aides en nature) et des actions de formation. Une fois le produit agricole brut expédié à Diecke, le traitement du caoutchouc et de l’huile de palme est pris en charge par plusieurs usines. La production des usines de caoutchouc est uniquement destinée aux exportations vers

l’Asie et l’Europe, et celle des usines d’huile de palme est affectée à la fabrication d’aliments et de savon pour le marché national. Qu’est-ce qui a bien fonctionné ? Plusieurs facteurs ont contribué au démarrage initialement prometteur de SOGUIPAH, dont : (i) l’établissement d’un contrat social fort avec la population de Diecke ; (ii) l’appui d’organismes internationaux ; (iii) des conditions naturelles favorables au développement de la production d’huile de palme et de caoutchouc ; et (iv) la forte demande des marchés nationaux, régionaux et internationaux. • SOGUIPAH a fait de sa responsabilité sociale un atout pour sécuriser ses sources d’approvisionnement et son environnement de travail. La société a non seulement construit des infrastructures sociales (hôpitaux, écoles, routes rurales, points d’eau, etc.), mais elle a également aidé les agriculteurs locaux à développer des exploitations familiales où sont produits du riz et d’autres denrées de consommation quotidienne. La société a également fourni des intrants (semences, engrais, pesticides, etc.) aux familles et renforcé leurs compétences de base en matière de production. Grâce à ce pacte social, les fournisseurs de SOGUIPAH se sont engagés à approvisionner la société dans un environnement social stable, avec peu de grèves ou de violences. • SOGUIPAH a reçu le soutien de nombreux bailleurs de fonds. La Banque africaine de développement (BAD), le Fonds africain de développement (FAD), la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), l’Agence française de développement (AFD), la Caisse française de développement industriel (CFDI) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont fourni des prêts et une assistance technique à la société. • Des conditions naturelles propices, notamment un climat favorable et des précipitations abondantes, ont favorisé la production. Le pays compte la suite ci-après


Aperçu | 5

Encadré A.2, suite

plus de 2 millions d’hectares de palmiers à huile, dont 90 % sont naturels (palmier Dura). Les 10 % restants (palmier Tenera) font presque exclusivement partie de la chaîne d’approvisionnement de SOGUIPAH. • L’existence de marchés intérieurs et extérieurs stables sur lesquels la production peut être vendue malgré l’instabilité des prix internationaux a permis à la société de devenir rentable. La consommation d’huile de palme et de savon par la population de Guinée et des pays voisins est restée élevée grâce à la préférence des consommateurs pour les produits locaux, perçus comme biologiques et sains. Cependant, dans un environnement fragile, des obstacles majeurs continuent de limiter l’impact du projet, notamment : (i) les coûts de transport terrestre restent élevés, car la plupart des clients de la société résident à Conakry (à 1 500 km de l’usine) où les produits doivent être envoyés vers les ports d’expédition du caoutchouc ; (ii) les coûts d’exportation dans le port de Conakry figurent parmi les plus élevés de la région ; (iii) dans quelques cas, la société n’a

pas respecté les normes de qualité imposées par Michelin (un client majeur) et d’autres exigences en matière d’exportation (emballage, contrôle de la qualité par son laboratoire, etc.) ; (iv) SOGUIPAH a été touchée par l’épidémie d’Ébola qui s’est déclarée dans la région où elle opère, entraînant une pénurie temporaire de main-d’œuvre en raison des migrations sortantes de travailleurs ; (v) les agriculteurs continuent de souffrir de l’insécurité qui pèse sur la propriété foncière ; et (vi) la société a récemment subi de fortes baisses du prix du caoutchouc (qui a atteint près du tiers de son pic en 2011), nuisant à sa situation financière. La recapitalisation et la modernisation d’une base industrielle obsolète pourraient nécessiter une ouverture à un partenariat publicprivé (PPP). Dans l’ensemble, une évaluation récente du projet a conclu que SOGUIPAH avait un impact très différencié sur les agriculteurs, avec des avantages plus importants pour les propriétaires de petites parcelles, et des effets indirects positifs résultant de l’émergence de plantations spontanées par des bénéficiaires non liés au projet (Delarue et Cochet, 2013).

Présentés initialement comme des éléments capables de « changer la donne », les ­facteurs à l’origine de leurs échecs et succès respectifs révèlent instantanément les difficultés majeures auxquelles les entreprises exportatrices de la sous-région MTNG sont confrontées, et dont la gravité et la nature peuvent varier du tout au tout. Des difficultés structurelles majeures ont contribué à l’échec des activités de diversification déployées par les pays MTNG

L’instabilité politique et les conflits violents récurrents qui ont entravé les investissements privés, détruit les infrastructures et perturbé les échanges, figurent parmi les principales difficultés à surmonter. L’Indice de fragilité 2016 associe des indicateurs politiques et socioéconomiques tels que, entre autres, la présence d’élites fragmentées, les griefs collectifs, la présence de réfugiés et de populations déplacées en interne, les inégalités de développement, la pression démographique et la pauvreté. En vertu de cet États indice, tous ces pays sont classés dans la catégorie de risque « Élevé », voire « En Alerte », dans l’ordre (décroissant) de gravité suivant : Tchad, Guinée, Niger


6 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE A.1

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Indice de fragilité 2016 (Pourcentage)

Depuis 2016, les quatre pays MTNG sont classés « En Alerte » dans l’Indice du classement des états fragiles

Source : Fonds pour la paix, 2016. Note : Pays MTNG = Mali, Tchad, Niger et Guinée.

et Mali (figure A.1). En particulier, la littérature montre une relation forte, positive et endogène entre fragilité et forte croissance démographique, ce qui, malgré des efforts considérables, laisse présumer que le dividende démographique se transformera en malheur démographique et ralentira la croissance économique de ces pays. Dans les contextes fragiles, la dimension spatiale constitue une contrainte supplémentaire. Tous les pays MTNG (à l’exception de la Guinée) rencontrent de grandes difficultés pour accéder aux régions touchées par des conflits violents, notamment le nord du Mali et la région du lac Tchad. L’augmentation des dépenses militaires réduit aussi la marge de manœuvre budgétaire nécessaire pour combler l’insuffisance des infrastructures nationales (routes, énergie, irrigation, etc.). En conséquence, la sélectivité est essentielle à la réhabilitation et au maintien de corridors logistiques sécurisés pour répondre aux besoins d’exportation. D’autres problèmes structurels sérieux ont également empêché la diversification rapide des exportations provenant de nouvelles activités productives. Contrairement à la Guinée, le Mali, le Niger et le Tchad sont des pays enclavés confrontés à une géographie défavorable au développement des exportations. En raison de l’insuffisance des infrastructures et de la médiocrité de la logistique, la faible connectivité interne et l’accès limité à l’électricité font augmenter les coûts d’exportation et entravent l’accès aux marchés, y compris aux marchés voisins. Les menaces sécuritaires éloignent les investisseurs privés et étrangers de certaines régions et perturbent les flux de main-d’œuvre. En raison de la faiblesse du capital humain, conjuguée à la croissance démographique rapide et à la médiocrité de l’enseignement, la population est majoritairement peu qualifiée. La concentration sur les produits à forte valeur d’exportation et la diversification limitée des marchés étrangers entraînent une faible intégration aux CVM, en plus des influx d’investissements directs étrangers (IDE) qui portent majoritairement sur les industries extractives et, dans certains pays récemment, sur des services de base spécifiques. Jusqu’à présent, aucun pays MTNG n’a reçu d’IDE pour ses nouvelles entreprises agricoles ou ses projets de recherche d’efficacité, généralement associés à la diversification des exportations.


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Ces difficultés partagées ont eu des impacts négatifs supplémentaires. La fréquence élevée des conflits violents freine non seulement l’investissement privé, mais oriente également la consommation publique vers les dépenses militaires, ce qui ne permet pas de consacrer une marge budgétaire à la diversification. De même, l’essor des produits de base de courte durée ne se traduit pas par des investissements publics productifs, mais plutôt par un regain de la consommation. Enfin, la dépendance excessive envers les ressources naturelles rend les économies des pays MTNG extrêmement vulnérables aux crises externes. Sans surprise, depuis que les gouvernements ont déployé d’importants efforts pour garantir la démocratie, réduire la fragilité et les conflits et mettre en œuvre des politiques macroéconomiques saines, leurs performances économiques se sont considérablement améliorées et ils ont privilégié la diversification économique à moyen terme plutôt que la stabilité macroéconomique à court terme. Parce que leur modèle de croissance actuel fondé sur les ressources naturelles a atteint ses limites, les pays MTNG ont un besoin urgent de diversifier leurs exportations

Ces facteurs initiaux soulignent l’importance d’une croissance inclusive et diversifiée. Le modèle de croissance fondé sur la dépendance à l’égard des ressources naturelles présente plusieurs inconvénients. Les activités minières, à forte intensité capitalistique, empêchent la majorité des pauvres des régions rurales de profiter des retombées de l’accélération de la croissance, notamment en termes de création d’emplois et d’amélioration des compétences. L’extraction minière est fortement dépendante des prix internationaux et les cycles d’expansion-­ récession ont des effets identiques sur l’économie des produits non échangeables, ce qui affecte la durabilité de la croissance élevée. Ces pays doivent également créer des emplois dans le secteur agricole, qui présente les taux démographiques et de pauvreté les plus élevés, mais possède aussi un potentiel de création d’emplois inexploité dans le secteur agroalimentaire et d’immenses possibilités d’insertion sur les marchés mondiaux. En outre, la dépendance à l’égard des ressources naturelles ne favorise pas le développement du capital humain et des compétences qui caractérisent toute économie moderne. Enfin, les marchés intérieurs des pays MTNG sont trop petits et fragmentés pour attirer des IDE spécialisés d’un montant suffisant pour stimuler le développement d’un secteur privé naissant. Les IDE orientés vers les marchés mondiaux sont également indispensables pour que ces pays puissent s’adapter aux évolutions technologiques et aux améliorations de la productivité. Il existe des preuves empiriques concluantes de la piètre performance économique des pays africains fragiles et riches en ressources au cours des périodes 1998-2007 et 2008-2017. Cela indique que : (i) la croissance économique moyenne des pays fragiles reste inférieure à celle des pays non fragiles ; (ii) la croissance du PIB par habitant des pays non riches en ressources naturelles est supérieure à celle des pays riches en ressources, quelle que soit leur fragilité, ce qui plaide en faveur de la diversification ; (iii) la croissance dans les pays fragiles et pauvres en ressources naturelles reste inférieure à celle des pays non fragiles et pauvres en ressources naturelles, ce qui plaide en faveur d’une sortie du statut de pays fragile ; et (iv) la croissance a ralenti dans les pays non fragiles riches en ressources naturelles, alors qu’elle s’est accélérée dans les pays fragiles et riches en ressources, même si, dans ces derniers, la probabilité d’un conflit persiste si les élites continuent de s’approprier les ressources.


8 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Le meilleur argument en faveur de la diversification des exportations est peut-être qu’elle donnerait à ces pays une chance d’atteindre la croissance élevée, soutenue et inclusive visée dans leurs plans Vision respectifs

Au cours des 35 dernières années, les niveaux de PIB par habitant au Mali, au Tchad et au Niger ont stagné. La Guinée, qui ne figure pas dans la figure A.2, ne fait pas exception. Une macro-simulation initiale fondée sur des régressions internationales montre que la diversification des exportations favorise la croissance, car au-delà de la réduction de l’instabilité budgétaire et de la croissance, une plus grande ouverture pourrait produire d’importants gains de croissance au Mali, au Niger et au Tchad et, dans une moindre mesure, en Guinée. Sur la base d’un modèle populaire d’équilibre partiel, une analyse comparative simple indique que si ces pays s’ouvraient au commerce international autant que, par exemple, la Malaisie ou le Vietnam, leur taux de croissance annuel par habitant augmenterait de 0,9 à 1,8 point de pourcentage pour le Niger, de 1,6 et 2,6 points de pourcentage pour le Mali et de 0,7 et 1,2 point de pourcentage pour le Tchad. Lorsqu’elle est fortement soutenue par des réformes structurelles, l’ouverture est synonyme de diversification des actifs et des investissements, de meilleure qualité des institutions, de politiques assorties de délais, de concurrence et de moindre appropriation des ressources par les élites. En fait, l’ouverture seule obligerait ces pays à lutter contre les cycles conjoncturels mondiaux et les ruptures d’approvisionnement dans des régions reculées dans la mesure où ces dernières créent de l’instabilité en intégrant des intrants essentiels à leur chaîne de production. Une deuxième macro-simulation basée sur un modèle d’équilibre général calculable (EGC) appliqué individuellement au Niger et au Mali conclut que, sans diversification des exportations, les économies de ces pays devraient connaître au mieux une croissance annuelle moyenne de 4,6 % et 4,7 %, respectivement, jusqu’en 2025, soit des taux modérés en termes de PIB par habitant compte tenu de leurs taux de croissance démographique de 3 à 4 %. De plus, une telle conclusion ne tient pas compte des crises positives sur les termes de l’échange. En fait, la simulation d’un environnement extérieur positif – c’est-à-dire une crise ­positive sur les termes de l’échange résultant d’une augmentation du prix des produits actuellement exportés (ou d’une diminution du prix des produits importés) – montre que cette hausse ne pourrait être que temporaire et ne

FIGURE A.2

200 180 160 140 120 100 80 60 40 20 0

19

9 19 0 9 19 1 92 19 9 19 3 9 19 4 95 19 9 19 6 9 19 7 9 19 8 9 20 9 0 20 0 01 20 0 20 2 0 20 3 0 20 4 05 20 0 20 6 07 20 0 20 8 0 20 9 1 20 0 1 20 1 1 20 2 1 20 3 14

Indicateur PIB par habitant (1990 = 100 Pourcentage)

Les niveaux de PIB par habitant au Niger, au Mali et au Tchad ont globalement stagné au cours des 35 dernières années

Niger Note : PIB = Produit intérieur brut.

Tchad

Mali

Burkina Faso


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modifierait pas fondamentalement les modestes résultats des taux de croissance moyens obtenus dans le scénario de référence.1 Ces constats confirment que le modèle actuel de ces pays basé sur les ressources naturelles présente des limites. À l’inverse, des politiques de diversification favorables aux exportations et stimulant la productivité agricole ou facilitant les échanges produiraient des taux de croissance moyens plus élevés. Grâce à leur impact sur la productivité, les investissements dans l’irrigation pourraient augmenter la croissance moyenne du PIB du Niger de 4,6 % à 5,3 % par an. L’essor de la consommation réelle serait encore plus important, avec une croissance moyenne de 1 point de pourcentage de la consommation, de 4,6 % à 5,7 % par an. Cette hausse s’explique par le fait que l’amélioration de la productivité agricole bénéficierait, d’une part, aux revenus des travailleurs ruraux peu qualifiés, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté, et d’autre part aux revenus des propriétaires fonciers. De même, une amélioration des politiques de facilitation des échanges se traduirait par des taux de croissance moyens plus élevés, bien que moins prononcés que dans le cas précédent. Les résultats pour le Mali montrent des effets similaires sur la croissance, même si les ordres de grandeur diffèrent. Gravir les échelons de la diversification des exportations revigorerait le changement structurel

Une accélération de la croissance dans le contexte de la diversification des exportations ne peut réussir que si elle s’accompagne d’un changement structurel. La transformation économique se définit par une hausse continue de la production par habitant associée à des mutations profondes des variables économiques et démographiques essentielles.2 Parmi ces mutations figure le changement structurel, où le ratio en hausse de la productivité moyenne du travail provenant du passage d’activités à faible productivité vers des activités à forte productivité s’accompagne de flux de main-d’œuvre quittant les sous-­ secteurs à faible productivité pour des secteurs à forte productivité, et de changements dans la composition des exportations, en passant des produits à faible valeur ajoutée vers des produits à forte valeur ajoutée. Les pays MTNG ont de nombreuses alternatives, qui ne s’excluent pas mutuellement, pour diversifier leurs exportations. En s’appuyant sur les enseignements tirés de l’expérience internationale, la représentation organisationnelle ci-­dessous (figure A.3) présente une typologie simple de la diversification des

FIGURE A.3

Échelle de diversification des exportations Sectoriels (favorisant les secteurs exportant des produits non pétroliers/non miniers à plus forte valeur ajoutée)

Croissance basée sur les produits (exportation de produits pilotes non pétroliers/non miniers à plus forte valeur ajoutée) Croissance des marges extensives (exportation de plus de produits non pétroliers/non miniers existants vers de nouveaux marchés)

Croissance des marges intensives (exportation de plus de produits non pétroliers/non miniers existants)


10 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

exportations, qui permet de définir les choix et combinaisons politiques auxquels ces pays sont confrontés. Chaque État devrait considérer chacun de ces éléments comme faisant partie d’un ensemble de politiques personnalisées qui permettent de concevoir sa propre stratégie. La typologie proposée comporte quatre étapes, par ordre croissant de complexité, en gravissant l’échelle de la diversification des exportations (figure A.3). • À la première étape, un pays vise simplement à exporter plus de ce qu’il produit déjà en tant que produits non liés aux ressources naturelles (accroître sa « marge intensive »). • À la deuxième étape, un pays exporte plus de ce qu’il produit, hors ressources naturelles, vers de nouveaux marchés (croissance de sa « marge extensive »). • En échange, à la troisième étape, le pays se tourne vers des produits émergents hors ressources naturelles, souvent pilotes et à plus forte valeur ajoutée. C’est le cas des pays qui ciblent le développement de quelques exportations non traditionnelles (ou « paris stratégiques »), généralement des agroindustries en Afrique de l’Ouest. Cette transition non seulement réduit la concentration des exportations sur un panier réduit de produits de base, mais déclenche également un processus d’apprentissage par la pratique permettant d’améliorer la productivité à moyen terme. • Enfin, à la quatrième et dernière étape, les exportations émergentes de nouveaux biens hors ressources naturelles et à plus forte valeur ajoutée (et, à terme, de services) entraînent une recomposition du PIB sous-sectoriel, qui favorise une part plus importante de produits hors ressources naturelles et à plus forte valeur ajoutée, conduisant finalement à une diversification sectorielle de l’économie. Il convient de noter que les deux dernières étapes s’accompagnent normalement d’un changement structurel où, par exemple, la main-d’œuvre passe de biens, ou de sous-­secteurs, à faible productivité, vers des biens, ou des s­ ecteurs, à forte productivité. Il est intéressant de noter que, contrairement à la tendance régionale observée au cours de ces dernières décennies, tous les pays MTNG ont connu un changement structurel positif — quoique lent — comprenant également une part importante de croissance de la productivité du travail. Par rapport aux moyennes régionales de quatre groupes de pays — Amérique latine et Caraïbes, revenu élevé, Afrique subsaharienne et Asie — la décomposition de la productivité du travail dans les pays MTNG en une composante intrasectorielle en raison des évolutions, de l’accumulation de capital, de la réduction des erreurs d’affectation et des changements structurels, diffère de la moyenne négative des autres pays d’Afrique subsaharienne. Ainsi, le changement structurel au Niger a représenté environ 30 % de la croissance de la productivité du travail sur la période 1990-2015 (figure A.4), environ 35 % sur la période 2005-2015 au Tchad et environ 40 % sur la période 2006-2015 en Guinée. Toutefois, il convient de reconnaître que, dans ces pays, la main-d’œuvre agricole a été principalement réaffectée vers des sous-secteurs à faible productivité en zone urbaine, comme le commerce de détail et les services, alimentant ainsi le secteur informel.


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FIGURE A.4

Décomposition de la croissance de la productivité du travail au Niger 1990–2015, et dans d’autres régions du monde, 1990–2005 LAC

Afrique

Asie

Revenu élevé

Niger –2

–1

0

1

2

3

4

5

Pourcentage Dans

Structurel

Sources : Niger : Comptes nationaux et statistiques du travail ; moyennes régionales pour l’Amérique latine et Caraïbes, l’Afrique, l’Asie et les pays à haut revenu : Daki et López-Cálix (2017), sur la base des travaux de McMillan, Rodrik et Verduzco (2014). Note : LAC = Région Amérique latine et Caraïbes.

Il faudrait en priorité réduire les coûts de transaction, compléter les investissements dans les infrastructures régionales de transport et d’énergie et améliorer les services logistiques. Le Vietnam et les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) présentent également un potentiel commercial. Pour déclencher cette mutation stratégique, il conviendrait dans un premier temps d’évaluer les avantages mutuels retirés par les MTNG et le Nigeria si chacun abaissait ses barrières tarifaires et non tarifaires (BNT) pour les principales denrées de base, éliminant ainsi les obstacles au commerce des produits agricoles et du bétail. Ces mesures devraient être discutées dans le cadre du forum de la CEDEAO et de canaux bilatéraux. Des efforts communs plus importants doivent être fournis en matière de sécurité, notamment pour mieux protéger les populations, la terre et le bétail le long des frontières entre les MTNG et le Nigeria, afin d’élargir l’accès aux territoires productifs. Enfin, il convient également de garantir l’accès aux rives du lac Tchad pour promouvoir le secteur de la pêche. À moyen terme, il faut progressivement intensifier les efforts visant à promouvoir des produits d’exportation plus sophistiqués (à plus forte valeur ajoutée), principalement dans l’agroalimentaire et le textile, ainsi que les technologies de l’information et de la communication (TIC), et les services de transport. Il est particulièrement important d’acquérir un bassin de compétences et de capacités industrielles locales suffisamment important, car celles-ci ne peuvent être ni importées ni développées dans un délai aussi court. Les MTNG doivent donc encourager la modernisation et l’expansion des petites et moyennes entreprises (PME), qui ne fournissent actuellement que des produits de qualité médiocre sur le marché national (ou au mieux régional), pour qu’elles se développent sur les


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marchés mondiaux, avec le soutien d’entreprises étrangères. Compte tenu des schémas de production courants, les produits pilotes possibles pourraient être les suivants : (i) Textiles : Vu la disponibilité des connaissances et des compétences productives nécessaires à la fabrication de ces produits, il est évident que les entreprises nationales des MTGN ont le potentiel d’augmenter leurs parts de marché national et mondial dans le secteur de l’habillement, d’autant que leurs faibles coûts de main-d’œuvre leur offrent la possibilité de développer leur industrie textile pour produire des tissus et des vêtements de qualité supérieure, comme les textiles tissés ; et (ii) Industrie agroalimentaire et produits d’élevage, notamment le riz, les pâtes, les jus de fruits, les huiles végétales, le cuir, les produits laitiers et la viande congelée. Ici, des IDE soigneusement sélectionnés pourraient stimuler une augmentation de la productivité agricole et améliorer les installations de stockage, de conditionnement et de transport, tout en permettant d’élargir la base de connaissances de ces pays pour la fabrication de produits agroalimentaires plus sophistiqués. Enfin, les TIC et les services de voyage et de transport ont également du potentiel. Toutefois, pour la sélection finale de ces IDE, il est fondamental d’agir en concertation étroite et permanente avec le secteur privé. Globalement, et particulièrement au stade pilote, le gouvernement ne devrait pas promouvoir simultanément tous les secteurs prioritaires identifiés. Il devrait plutôt procéder par étape en combinant des approches à court terme et à moyen terme, et en s’appuyant sur des mécanismes de mise en œuvre et de suivi solides. Aux étapes 3 et 4, le succès nécessite une approche par grappes des CVM 2.0

La sélection de quelques paris stratégiques (ou le choix d’une dizaine de produits émergents dans une liste ouverte) n’en est que la première étape. Ériger le développement de nouvelles CVM en priorité nationale et développer le potentiel des CVM constituent des défis bien plus importants. À cet égard, une vision nationale commune pourrait fournir des objectifs clairs pour la stratégie d’exportation en termes d’industries agroalimentaires sélectionnées et d’objectifs de diversification macroéconomique (taux d’ouverture, taux de croissance des exportations, emplois créés, etc.). Le développement du potentiel des CVM nécessite également de tirer des leçons des expériences. En fait, nombre des projets soutenus par le Groupe de la Banque mondiale pour le développement des CVM dans les MTNG ont identifié un certain nombre de pièges résultant de leur approche quasi unidimensionnelle centrée sur des produits uniques et de l’absence d’efforts visant à améliorer les organisations de producteurs, à adopter des normes sanitaires et techniques pour les produits, à attirer les et encourager la participation du secteur privé. Alors que les MTNG redynamisent leurs exportations de produits agroalimentaires en favorisant dans un premier temps les produits à plus faible valeur ajoutée pour lesquels ils ont un avantage comparatif dans une CVM donnée (étape 1) et en pénétrant de nouveaux marchés (étape 2), il est nécessaire de mettre en place des politiques horizontales et verticales pour les aider à développer leur avantage comparatif pour les produits à plus forte valeur ajoutée. Compte tenu des ressources financières limitées de ces pays, le cadre politique devrait examiner avec soin le champ d’application, les types d’instruments à utiliser et leur durée d’application. Concernant le champ d’application, les politiques peuvent être verticales (applicables à une sélection de produits ou de


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secteurs) ou horizontales (applicables à tous les secteurs).3 Les types d’instruments politiques à utiliser peuvent quant à eux prendre la forme d’une contribution publique utile à la production privée ou d’une intervention du marché qui influe sur le comportement de certaines entreprises. Enfin, les interventions politiques devraient être temporaires et soigneusement pesées au regard des alternatives et des ressources disponibles. La matrice ci-dessous présente une typologie de plusieurs politiques de diversification des exportations combinées (horizontales et verticales) pour les MTNG (tableau A.1). Cette liste non exhaustive a été adaptée et détaillée dans chaque étude de pays. L’objectif ici est de fournir une synthèse générale des principaux domaines politiques à examiner. i. Cette approche par grappes de 2.0 des CVM souligne que la clé de la réussite réside dans la nécessité de gérer l’intégralité de la chaîne de valeur et pas uniquement de parties isolées. Il est donc possible de faire la synthèse des principales politiques complémentaires soigneusement sélectionnées qui fourniraient les bases de la diversification des exportations tirée par le secteur privé dans les MTNG. On peut les regrouper en quatre composantes (piliers) de politiques micro et macroéconomiques complémentaires et propices à la diversification. Ces quatre composantes constituent la chaîne logique de la réforme souhaitée (tableau A.2) : ii. Interventions gouvernementales efficaces et bien coordonnées visant à améliorer certains paris stratégiques pour le développement des chaînes de valeur régionales (CVR) et des CVM pour les produits et services. Les interventions clés devraient viser en priorité à : (i) améliorer la production, les rendements et la qualité des paris stratégiques ; (ii) développer les capacités et optimiser l’organisation des acteurs de la chaîne ; (iii) promouvoir le respect des ­certifications internationales et des normes de traçabilité ; et (iv) attirer les IDE dans les nouveaux projets des grandes entreprises régionales et internationales. iii. Compte tenu de l’espace budgétaire et des emprunts extérieurs extrêmement restreints dans les MTNG, des investissements spatialement ciblés dans les infrastructures commerciales (notamment pour développer l’accès à l’électricité et à l’eau) et la réhabilitation et l’entretien des principaux corridors routiers pour accroître la productivité agricole et réduire les coûts de transport.

TABLEAU A.1  Typologie

en grappes des politiques de diversification des exportations POLITIQUES HORIZONTALES

POLITIQUES VERTICALES

Contributions publiques

• Réformes visant l’amélioration du climat des affaires • Investissement dans les infrastructures (implantées dans les régions productrices exportatrices et dans les principaux corridors logistiques)

• Normes et contrôles de qualité, phytosanitaires et d’emballage • Subventions de contrepartie aux PME orientées vers l’exportation • Programmes de formation à la production spécialisés

Interventions de marché

• Réformes de la politique commerciale, des douanes et de la logistique • Accès à la finance numérique et aux politiques de la concurrence • Fonds de recherche et développement • Programmes de formation professionnelle

• Soutien à la modernisation de la gestion agricole aux PME ayant un potentiel de croissance des exportations • Exonérations fiscales temporaires pour les investissements dans les CVM tournées vers l’exportation • Concessions d’accès à la terre

Note : CVM = chaînes de valeurs mondiales ; PME = petites et moyennes entreprises.


14 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU A.2  Refonte des principales politiques de diversification des exportations au Mali, au Tchad, au ­Niger et en Guinée (« facteurs déterminants ») PRINCIPAUX DÉFIS

POLITIQUES ET LES INTERVENTIONS DE MARCHÉ CLÉS

PRINCIPAUX PRODUITS ET RÉSULTATS

Composante 1 : Améliorer les CVM existantes • Faible amélioration des • Introduire des améliorations de processus et des produits la productivité et de la santé (participation à des segments animale (vaccins, engrais, à faible valeur de la chaîne semences certifiées, stockage, comme l’élevage et les assainissement, normes matières premières, environnementales) [étape 1] organisations de producteurs • Renforcer les organisations de producteurs et leur gestion à un stade naissant, qualité [étape 1] médiocre et absence de normes de certification et de • Formation sur la certification de la qualité, le contrôle et les contrôle, déforestation) essais en laboratoire [étape 1] • Soutien financier à la production de biens de plus grande valeur : viande congelée, huile de sésame, savon, etc. [étape 1] • Numérisation des transactions financières agricoles [étapes 1-3] • Création d’une facilité de partage des risques pour les exportateurs débutants [étapes 1-3]

• Augmentation de la • Amélioration des processus et des produits (avec une production et des amélioration de la productiviexportations de certains té) au sein des CVM produits • Diversification progressive sélectionnées de l’offre à l’exportation • Amélioration des techniques agricoles et des compétences vers des biens et services des producteurs à plus forte valeur ajoutée • Augmentation du nombre de produits d’exportation conformes aux normes de qualité • Accès des exportateurs éligibles au préfinancement

• Faiblesse de la mise à niveau • Développement de systèmes des marchés et des liens d’information sur les marchés internationaux (manque étrangers [étape 2] d’informations commerciales, • Envisager des emballages plus producteurs et travailleurs légers et améliorés et l’image non qualifiés) de marque [étape 2] • Aide financière à l’exploration de nouveaux marchés (de niche) [étape 2]

• Amélioration des informa• Augmentation des tions de marché exportations vers de • Nouvelles marques conçues nouveaux marchés à pour des produits à plus forte l’étranger valeur ajoutée

Composante 2 : Cibler les investissements dans les infrastructures commerciales et les principaux corridors • Médiocrité des infrastructures • Aide financière à la mise en d’électricité, d’eau, d’irrigaplace de solutions de plaque tion et des routes solaire hors réseau et de • Transport intérieur non nouvelles techniques d’irrigaorganisé tion (pompes, goutte-à-goutte) • Corridors logistiques en [étapes 3, 4] mauvais état et camionnage • Réhabiliter et entretenir 5 soumis au harcèlement corridors clés : Bamako-Dakar ; routier Bamako-Abidjan ; N’Djamena• Procédures douanières et Douala ; Niamey-Cotonou et logistiques pesantes et Niamey-Lomé [étapes 3, 4] exposées à la corruption • Réduction des points de contrôle routiers [étape 1] • Mise en place d’un guichet unique pour la douane soutenu par un contrôle a posteriori fondé sur le risque et le paiement électronique [étapes 3, 4]

• Un environnement plus • Meilleur accès des populations à l’électricité et à l’eau favorable au développe• Réduction des coûts de ment des exportations transport des chaînes de valeur • Réduction des délais de mondiales transit et des coûts douaniers • Réduction du nombre de transactions sujettes à la corruption

la suite ci-après


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TABLEAU A.2, suite POLITIQUES ET LES INTERVENTIONS DE MARCHÉ CLÉS

PRINCIPAUX DÉFIS

PRINCIPAUX PRODUITS ET RÉSULTATS

Composante 3 : Une politique commerciale et un accès au financement restructurés • Parti pris important contre les exportations, avec exonérations et escalade tarifaires malgré l’évolution vers le TEC • Recours aux BNT qui favorisent la distorsion et la corruption

• Réduire le TEC à quatre • Réduire le coût des importafourchettes (0, 5, 10 et 20) tions et supprimer les frais de [étape 1] douane illicites • Redéfinition ou élimination progressive des exonérations tarifaires inefficaces [étapes 1, 2] • Élimination des barrières transfrontalières et des obstacles paratarifaires illégaux [étapes 1, 2]

• Faible accès des agriculteurs aux services bancaires formels • Manque de sensibilisation à la finance numérique • Manque d’accès des agriculteurs aux marchés étrangers

• Numériser le registre foncier des agriculteurs et le paiement des intrants publics (semences, engrais) par téléphone mobile [étapes 1, 2] • Numériser les paiements des organisations d’agriculteurs [étape 3]

• Augmentation de l’ouverture du commerce • Augmentation de l’accès aux marchés étrangers • Inclusion financière • Informalité réduite • Accès accru au foncier • Réduction des coûts et des délais grâce à des échanges commerciaux modernes et plus efficaces

• Accroissement de l’utilisation d’argent mobile, de monnaie électronique et du commerce électronique • Meilleur accès aux services financiers pour les agriculteurs

Composante 4 : Faciliter un climat d’investissement favorable aux entreprises • Procédures fastidieuses pour la création de PME

• Abaissement du coût de l’enregistrement à un tarif forfaitaire et réduction ou élimination des exigences de capital [étape 1] • Finalisation de l’informatisation du registre des sociétés [étape 3]

• Réduction des coûts et du temps nécessaire à l’immatriculation

• Attribution trop lente des permis de construire et corruption latente

• Abaissement du coût de concession à un montant forfaitaire [étape 1] • Réduire les procédures et le temps nécessaires à l’obtention des concessions [étape 3] • Créer un site Internet pour l’attribution des concessions [étape 3]

• Réduction des coûts et du temps nécessaires à l’obtention des concessions

• Systèmes informatiques commerciaux obsolètes

• Mise en œuvre complète de SYDONIA WORLD dans l’administration douanière [étape 2] • Actualisation de la cartographie des procédures d’importation et exportation, suivie de la présentation des demandes par voie électronique [étape 3]

• Réduction des coûts et du temps nécessaire aux transactions d’import/ export

Note : Chaque action politique suit un ordre d’intervention approprié (indiqué entre parenthèses sous forme d’étapes) sur l’échelle de la diversification des exportations. Étapes 1 à 3 : court terme ; étapes 3-4 : moyen terme. BNT = barrières non tarifaires ; CVM = chaîne de valeur mondiale ; PME = petites et moyennes entreprises ; SYDONIA World = Système douanier automatisé ; TEC = tarif extérieur commun.


16 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Il est essentiel de développer cinq (5) corridors économiques régionaux pour desservir les CVR ou les CVM déjà prioritaires. Ces investissements devraient s’accompagner d’un examen approfondi des procédures douanières et pour le transit du port de Conakry. iv. Un engagement politique ferme afin de réduire les coûts commerciaux et logistiques et de devenir compétitif à l’échelle mondiale. La politique commerciale devrait éliminer tout biais anti-exportation et garantir une concurrence effective sur les marchés des produits et services clés comme les transports, l’énergie et la communication. Les accords de libre-échange (ALE) devraient stimuler les échanges avec les principaux partenaires commerciaux dans les paris stratégiques. Les technologies numériques peuvent entraîner une forte baisse des coûts de transport et de communication et créer des opportunités substantielles d’exportation de services, comme les travaux administratifs. Le commerce électronique peut également élargir l’éventail des mécanismes permettant aux petits producteurs des pays en développement de se développer en exportant, en créant des emplois et en améliorant leur productivité. v. Un climat d’investissement clair, transparent et prévisible favorable aux entreprises, offrant des incitations adaptées aux investisseurs privés nationaux et étrangers. Il ne suffit pas de disposer d’un code d’investissement moderne pour attirer les investissements privés étrangers et nationaux. Les politiques et les interventions de marché clés devraient plutôt viser à réduire les coûts d’enregistrement des nouvelles entreprises, simplifier les paiements d’impôt, accélérer la délivrance des permis fonciers et des permis de construire, en particulier ceux concernant des sites situés dans les principales zones de production, encourager l’accès au crédit et à l’inclusion financière numérique, améliorer la gestion des tribunaux et la gouvernance d’entreprise, et mettre en place un cadre favorable à une politique de concurrence et à des partenariats public-privé (PPP) efficaces. En général, pour les vendeurs de produits agricoles, l’amélioration des paris s­ tratégiques dans les CVM des MTNG nécessite une densification et une modernisation économique en opérant une transition vers des activités à plus forte valeur ajoutée. La densification consiste à impliquer davantage d’acteurs locaux (entreprises et travailleurs) dans le réseau des CVM agricoles. Cela contribue à l’objectif global visant à accroître la valeur ajoutée d’un pays, car il est synonyme de retombées sur tous les secteurs et favorise la résilience aux crises externes, susceptibles d’augmenter avec l’orientation plus marquée vers les exportations, toutes choses étant égales par ailleurs. La modernisation économique consiste quant à elle à gagner en compétitivité sur des produits, des tâches et des secteurs à plus forte valeur ajoutée. Il existe trois types de modernisation économique : (i) la transition vers des produits plus sophistiqués ; (ii) l’augmentation des parts présentant une valeur ajoutée dans les tâches des CVM existantes grâce à la technologie ; et (iii) la transition vers de nouvelles chaînes de valeur avec des parts à plus forte valeur ajoutée. Les responsables des politiques et les entrepreneurs doivent décider du type de modernisation économique souhaitée. Les enseignements tirés des expériences de modernisation des CVM dans le monde entier montrent que les décisions politiques isolées et les stratégies par étapes tendent à échouer et que les chaînes de valeur mondiales (et régionales)


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performantes reposent plutôt sur la combinaison de plusieurs ingrédients clés : (i) le développement de pôles agricoles dans le cadre d’une approche par grappes, c’est-à-dire une stratégie multidimensionnelle de modernisation des CVM avec des programmes simultanés associant des organisations de producteurs, des politiques de commercialisation complètes, flexibles et spécifiques aux CVM et des investissements étrangers ; (ii) l’adoption d’une nouvelle approche de gestion des exploitations agricoles axée sur l’amélioration de la qualité des produits et la mise en œuvre des normes sur l’ensemble de la chaîne et visant à développer l’action collective des producteurs afin d’accroître le rendement et les revenus des agriculteurs ; (iii) des investissements étrangers spécialisés d’entreprises multinationales qui sont à la fois des championnes mondiales confirmées dans la modernisation des chaînes de valeur de produits spécifiques, avec la participation active des producteurs et des transformateurs, et dans l’exploration de trajectoires qui connectent les produits agricoles bruts aux industries à plus forte valeur ajoutée ; et (iv) le soutien d’une politique agricole en harmonisant la nécessité pour les producteurs d’éviter les échecs sociaux, environnementaux ou économiques avec les exigences des marchés mondiaux et régionaux, c’està-dire une nouvelle politique de développement industriel productive qui encourage les CVM du secteur agroalimentaire avec une participation renouvelée du secteur privé. Une approche par grappes efficace et globale devrait également résoudre le problème de la médiocrité des infrastructures affectant la production (électricité et eau) ou le fléau du transit commercial le long des principaux corridors reliant cette économie aux ports de Dakar et Abidjan (Mali), Cotonou et Lomé (Niger), et Douala (Tchad), ainsi qu’aux marchés du Nigeria. Les infrastructures routières et logistiques sont médiocres. La gestion des ports secs des pays voisins (Dosso pour le corridor de Cotonou et Niamey Rive Droite pour les corridors de Lomé, Tema et Abidjan) doit être revue, car ces pays ont le potentiel de faire appel au secteur privé pour gérer leurs concessions. La construction d’un parc de stationnement de 49 hectares à Maradi pour les camions qui se rendent au Nigeria devrait être une autre initiative prioritaire du gouvernement. Ensuite, la gouvernance le long des corridors constitue un problème en raison des nombreux paiements illégaux et du harcèlement routier qui en résulte sur les itinéraires de transit. Enfin, le commerce transfrontalier reste coûteux et inefficace, en grande partie à cause de la difficulté à obtenir des permis d’importation et d’exportation. Les tarifs douaniers élevés résultant d’accords commerciaux régionaux et de barrières non tarifaires permettent de protéger les économies des MTNG. Les pays MTNG (à l’exception de la Guinée) exercent peu de contrôle indépendant sur les deux instruments traditionnels de politique commerciale : le taux de change et les droits de douane. Depuis 1960, le Mali, le Niger et le Tchad partagent une monnaie commune, le franc CFA, dont la valeur est indexée sur l’euro. En tant que pays membres de l’Union économique et monétaire ouest-­ africaine (UEMOA), de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ou de la CEDEAO, ils ont également convenu d’adopter un tarif extérieur commun (TEC), en vigueur depuis la fin des années 90. Alors que la récente dépréciation du franc CFA a favorisé la compétitivité des exportations du Niger, les droits de douane élevés, les nombreuses exceptions et la forte progressivité des tarifs rendent plus difficile la diversification. Malgré les réductions tarifaires nominales actuelles au titre d’accords régionaux, les tarifs douaniers appliqués par le Mali, le Niger et le Tchad restent non seulement plus


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élevés que ceux de la plupart des régions, mais leur niveau de protection prévu par le TEC ne diminuera pas de manière significative à la fin de la période de transition. Pour aggraver les choses, ces tarifs sont soumis à des distorsions considérables résultant d’une multiplicité de taxes et de redevances ad hoc aux frontières, ou de BNT, comme la mauvaise application des règles d’origine ou des normes sanitaires, ce qui encourage le commerce informel et la corruption. Renégocier le TEC dans les forums régionaux, et supprimer les exemptions inefficaces, les taxes et redevances parafiscales et les BNT sont donc des priorités politiques évidentes. Une rationalisation notable des douanes devrait également figurer au programme de facilitation des échanges. Des procédures devraient être mises en place pour réduire les risques de corruption résultant de pratiques administratives opaques et dépassées et de l’absence de systèmes modernes. Les réformes actuelles sont mises en œuvre trop lentement. Après de nombreuses années, l’adoption complète du Système douanier automatisé (SYDONIA) devrait être achevée et opérationnelle dans la plupart des bureaux de douane d’ici à la fin 2019. Les travaux sur un guichet unique national pour les douanes, qui accéléreront l’harmonisation des documents d’importation et d’exportation, viennent de démarrer. Il est également nécessaire d’introduire des réglementations permettant une automatisation des douanes, réduisant ainsi les risques de corruption, et de réexaminer le code des douanes afin d’intégrer les paiements électroniques. L’application harmonisée de l’Accord de facilitation du commerce (AFC) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) figure également parmi les autres initiatives souhaitables. Un climat d’investissement prévisible favorable aux entreprises nécessite de s’attaquer aux principaux obstacles à l’investissement privé dans les MTNG. Dans ces quatre pays, les sociétés interrogées dans le cadre d’une enquête auprès des entreprises conduite par la Banque mondiale ont identifié l’instabilité ­politique, la corruption, l’informalité, la médiocrité du contrôle réglementaire, les pénuries d’énergie et l’accès limité au financement comme des contraintes majeures. Les exportateurs en particulier considèrent que les réglementations douanières et commerciales ainsi que l’accès au financement sont des contraintes trop fortes. Si l’on s’en tient aux tendances actuelles, la sous-­région a de fortes chances de creuser un écart de compétitivité par rapport aux pays de comparaison régionaux et mondiaux. Toutefois, parmi les quatre pays, le Niger a récemment enregistré des améliorations prometteuses et régulières dans son classement Doing Business. Le Mali est un excellent exemple de pays qui a introduit une réforme systématique, sans être en mesure de la poursuivre. La Guinée et le Tchad sont à un stade préliminaire dans la mise en œuvre d’un effort de réforme global visant à résoudre les problèmes liés au climat d’investissement. En outre, une analyse complémentaire de la productivité des entreprises indique que la productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée semble se situer à peu près au niveau attendu compte tenu de leur niveau de revenu par habitant. Cependant, la productivité du travail des entreprises guinéennes est environ deux fois supérieure à celle du Mali et du Niger. Dans les trois pays objet de l’étude, les exportateurs sont également plus productifs dans les trois pays que les non-exportateurs. Les exportateurs médians de ces trois pays produisent environ deux fois plus par travailleur que les non-exportateurs médians. Toutefois, cette différence n’est pas imputable à une intensité du capital ou à des compétences plus élevées, mais à une plus forte présence d’entreprises étrangères qui possèdent d’excellentes


Aperçu | 19

compétences technologiques et organisationnelles. Enfin, les entreprises nigériennes semblent moins susceptibles d’exporter que les entreprises guinéennes et maliennes. Globalement, sauf peut-être pour le Niger, le facteur le plus important pouvant expliquer ces résultats médiocres est l’absence chronique de réformes durables et globales dans ces pays, car les gouvernements continuent d’agir sur des aspects isolés du climat d’investissement, avec un impact limité et durable sur la productivité des entreprises. D’où la nécessité d’intégrer cet aspect à l’approche par grappes. On ne saurait exagérer l’importance de la Société financière internationale (SFI) afin d’attirer les investissements directs étrangers (IDE) pour l’approche par grappes du développement 2.0 des CVM. D’une part, les nombreuses PME produisant actuellement des biens pour la consommation sur le marché intérieur ou vendant leurs produits bruts sur les marchés étrangers ont peu de liens avec les entreprises modernes, principalement sous contrôle étranger, qui négocient sur les marchés internationaux et participent à des activités de négoce à intégration verticale. Ces PME n’ont pas ou peu accès à la technologie ou aux connaissances modernes. Malgré les incitations commerciales accordées aux entreprises étrangères, nationales et publiques, conçues pour favoriser des conditions de concurrence équitables, l’expérience montre que ces incitations ne sont ni la meilleure stratégie pour attirer les IDE ni les seules politiques qui leur importent (Banque mondiale, 2014, 2018). D’autre part, dans la pratique, les études de cas portant sur des expériences africaines fructueuses défendent énergiquement le rôle clé joué par les entreprises internationales et le soutien apporté par la SFI. Ce rôle a été redéfini dans le cadre de l’initiative Maximiser les financements pour le développement (MFD), qui tire parti des investissements privés et optimise l’utilisation des fonds publics. Le cadre du MFD est fondé sur une approche en cascade qui hiérarchise la priorité des solutions du secteur privé (dans la mesure du possible), en introduisant progressivement des interventions publiques uniquement pour pallier les défaillances et les risques du marché et en favorisant les PPP selon les besoins. En pratique, l’approche par grappes du développement 2.0 des CVM est déjà testée au Mali. Depuis 2017, un projet d’exportation de mangues est financé dans le cadre du Plan de mise en œuvre conjointe (PMOC) du Groupe de la Banque mondiale. Le projet soutient quatre acteurs : les producteurs, les transporteurs, les transformateurs et les commerçants. La division des responsabilités a chargé la Banque de s’attaquer aux goulets d’étranglement des infrastructures, de la logistique et des institutions. Elle a également chargé la SFI de soutenir les PME dans le domaine agrofinancier, via le financement d’un mécanisme de crédit-bail pour l’Afrique et un investissement dans une entreprise africaine de transformation des fruits. L’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI), quant à elle est chargée de garantir le risque politique.

NOTES 1. En outre, si le prix des matières premières devait se traduire par une manne économique, seuls les propriétaires des ressources naturelles concernées et les travailleurs hautement qualifiés profiteraient d’une telle amélioration des termes de l’échange. 2. Autres signes de mutation : des changements dans la composition sectorielle des produits (souvent en direction des sous-secteurs de la fabrication et des services), une urbanisation croissante (création de villes productives de taille moyenne), une amélioration de la qualité des emplois et une transition démographique avec des taux de natalité plus faibles (Banque mondiale 2019).


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3. Un outil d’analyse récent (2018) de la Banque mondiale, le Diagnostic pays du secteur privé, vise précisément à identifier les contraintes sectorielles prioritaires et les liens avec les opportunités du secteur privé. La Guinée est sur le point de terminer cette étude.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Banque mondiale. 2014. « World Bank Group: A New Approach to Country Engagement. » Banque mondiale, Washington, DC. ————. 2017. « Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth. » Rapports 120306 -NE, Banque mondiale, Washington, DC. ————. 2018. Global Investment Competitiveness Report 2017/2018: Foreign Investor Perspectives and Policy Implications. Washington, DC: Banque mondiale. doi :10.1596​/978-1-4648-1175-3. ————. 2019. « On the IDA-18 Special Themes: Jobs and Structural Transformation. » Non publié d’information, Banque mondiale, Washington, DC. Daki, S., et J. R. López-Cálix. 2017. « Structural Change in Niger. » Document d’information, Niger : Leveraging Export Diversification to Foster Growth, Banque mondiale, Washington, DC. Delarue, J., et H. Cochet. 2013. « Systemic Impact Evaluation: A Methodology for Complex Agricultural Development Projects: The Case of a Contract Farming Project in Guinea. » European Journal of Development Research 25: 778–96. Fonds pour la paix. 2016. Fragile States Index, Washington, DC, https://fundforpeace.org​ /wp-content/uploads/2018/08/fragilestatesindex-2016.pdf. McMillan, M., D. Rodrik, et ĺ. Verduzco-Gallo. 2014. « Globalization, Structural Change, and Productivity Growth, with an Update on Africa. » World Development 63: 11–32.


1

Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée

SYNTHÈSE • Les efforts du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée (MTNG) visant à ­développer leurs exportations sont freinés par une situation géographique défavorable. • Trois obstacles structurels ont empêché les MTNG de se diversifier : une ­connectivité médiocre, des menaces persistantes pour la sécurité dans des ­environnements fragiles, et un faible capital humain. • La dimension spatiale joue aussi un rôle dans la diversification des exportations dans des contextes de fragilité. • Tous les pays MTNG (Mali, Tchad, Niger, Guinée) souffrent à divers degrés du « syndrome hollandais » : une forte concentration des exportations dans les produits de base issus de ressources naturelles pour un petit nombre de marchés étrangers, freinant le développement d’économies non dépendantes des ressources et perpétuant les conflits liés à l’appropriation des ressources par l’État. • La faible insertion dans les chaînes de valeur mondiales s’accompagne de flux d’IDE ciblant essentiellement les industries extractives et, récemment et pour quelques pays seulement, les services. • À ce jour, les pays MTNG n’ont pas reçu d’IDE destinés à l’agriculture ou à des projets d’amélioration de l’efficacité couramment associés à la diversification des exportations.

LES DÉFIS DE LA QUÊTE DE LA DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS Une exploration du potentiel de diversification des exportations des économies d’Afrique centrale et occidentale, et en particulier du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée (MTNG), devrait commencer par l’étude de leur configuration géospatiale, qui présente un éventail unique de caractéristiques défavorables  21


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pour les produits émergents. Premièrement, trois de ces pays — Niger, Mali et Tchad — sont enclavés, contribuant à leur isolement par rapport aux marchés extérieurs. Deuxièmement, de faibles densités de population rendent l’exploitation d’opportunités commerciales plus compliquée (carte 1.1). Par exemple, la région CEMAC représente un marché de 42,5 millions de personnes réparties sur plus de 3 millions km2, tandis que les 119 millions d’habitants de l’UEMOA (en 2017) occupent une superficie légèrement plus importante (3,5 millions km2). Le Niger et le Tchad ont des superficies deux fois plus étendues que la France, mais une population bien inférieure (un tiers et un quart, respectivement), dispersée en grappes locales sur leur immense territoire. La faible densité de population et l’isolement réduisent le potentiel commercial en raison du manque d’interaction commerciale et du coût par tête élevé des prestations de service, y compris les infrastructures et installations commerciales clés. Dans la région du Sahel, à l’exception du Nigeria (pôles de Lagos et Abuja) et de la zone frontalière entre le Mali et la Guinée, les capitales du Tchad, du Niger et du Mali ne présentent que des agglomérations de taille modérée. Troisièmement, des regroupements de population de faible taille (moins de 2 000 000 habitants) se trouvent à proximité de régions frontalières,

CARTE 1.1

Potentiel commercial des agglomérations ouest-africaines

Source : © Prieto Curiel, R., P. Heinrigs et I. Heo (2017). Utilisé avec l’autorisation des auteurs : Prieto Curiel, R., P. Heinrigs, et I. Heo (2017), “Cities and Spatial Interactions in West Africa”, West African Papers, No. 5, OECD Publishing, Paris, http://doi.org/10.1787/57b30601-en. Réutilisation soumise à autorisation.


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 23

ce qui explique en partie la prédominance du commerce informel entre pays voisins. Enfin, ces petites économies isolées présentent un certain nombre de caractéristiques communes, dont des marchés étroits, une agriculture de subsistance et un faible pouvoir d’achat, ce qui contribue à une intégration médiocre tout en encourageant le commerce informel, y compris la contrebande et le commerce transfrontalier local. L’enclavement s’accompagne d’autres obstacles à la diversification des exportations, en particulier un environnement de transit défavorable aux exportateurs, qui augmente leurs coûts de transaction et affecte les perspectives commerciales régionales et internationales. Étant donné que le Niger, le Tchad et le Mali sont enclavés, ils dépendent entièrement des infrastructures et des procédures administratives de leurs voisins pour transporter des marchandises par voie maritime, ce qui est le mode de transport le plus commode pour le commerce international. En 2014, environ 92 % de leurs échanges passaient par la route, 8 % par le rail et à peine 0,2 % par le transport aérien.1 Le Niger dépend principalement du port de Cotonou, au Bénin, et de ports secs au Burkina Faso. L’axe de N’Djamena au port de Douala est actuellement le principal accès à la côte pour le Tchad, tandis que Dakar et Abidjan est largement utilisé par le Mali. Enfin, Conakry (Guinée) est non seulement desservi par un long itinéraire de camionnage constitué de routes inachevées et en mauvais état, mais son port, souvent considéré comme la porte d’entrée ou de sortie du commerce malien, est mal géré. La connectivité des pays MTNG avec les marchés doit donc être comprise dans une perspective plus large. Bien que certaines politiques et mesures visant à soutenir la diversification des exportations et l’intégration régionale relèvent de la sphère domestique de ces pays, d’autres, comme les politiques commerciales régionales et le développement d’une logistique efficace et de corridors de transit, nécessitent une forte coordination avec leurs voisins et, dans une moindre mesure, avec leurs corridors économiques régionaux (CER) respectifs. Des menaces persistantes pour la sécurité des environnements fragiles font également obstacle aux opportunités commerciales pour les pauvres et les femmes. Les quatre pays MTNG sont considérés comme fragiles (voir chapitre 2). Si l’exploitation des ressources naturelles (principalement minières) offre de belles opportunités cela présente aussi des inconvénients majeurs, et affecte très durement les pays en proie à des conflits, soit par cupidité (lorsque les avantages tirés de la croissance fondée sur les ressources justifient le coût d’opportunité de ces conflits), ou par des griefs (lorsque les ressources naturelles sont accaparées par des élites restreintes). À cet égard, d’importants risques sécuritaires sont apparus, associés en particulier aux activités accrues de Boko Haram au nord du Tchad, du Niger et du Nigeria, mais aussi à d’autres cas de violences dans le nord du Mali. Ces problèmes sécuritaires constituent non seulement d’importants risques budgétaires, mais s’ils sont exacerbés, ils affectent aussi directement la croissance, en particulier dans le secteur agricole, plombent le climat politique et découragent les investisseurs nationaux et étrangers. Ces risques sécuritaires affectent aussi de manière disproportionnée les femmes commerçantes, avec des conséquences sociales substantielles. En bref, les risques liés à la sécurité affectent la production de certaines exportations non liées aux matières premières dans des zones précises. La dimension spatiale a aussi d’autres implications dans des contextes fragiles. Tous les pays MTNG, à l’exception de la Guinée, rencontrent des


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difficultés majeures pour accéder à certaines régions de leur territoire national affectées par des conflits violents. Étant donné que le renforcement des moyens militaires réduit la marge de manœuvre budgétaire pour combler les insuffisances des infrastructures (routes, énergie, irrigation, etc.), cela implique aussi que la sélectivité est essentielle pour réhabiliter et préserver des corridors logistiques sûrs et fournir de l’eau et de l’électricité aux zones productives. Par exemple, comme indiqué sur la carte 1.2, les principaux CARTE 1.2

Mali : Situés au sud du pays, les principaux corridors logistiques pour la noix de cajou et le sésame sont éloignés des zones septentrionales menacées par les conflits


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 25

corridors d’exportation du Mali pour le sésame et la noix de cajou sont ceux qui relient Bamako et Dakar,2 suivi par Bamako-Abidjan (noix de cajou) et Bamako-Tema (graines de sésame). Dans le même ordre d’idées, des corridors alternatifs potentiels, en particulier dans la région septentrionale exposée aux conflits à proximité de Gao, sont moins propices à la facilitation du transport et du commerce en raison de préoccupations sécuritaires et au manque de fiabilité des services locaux liés au commerce. Les quatre pays MTNG se trouvent en bas du classement de l’Indice de capital humain (ICH), ce qui affecte leur productivité et leur compétitivité (figure 1.1).3 En outre, des pays fragiles aux ressources abondantes comme les pays MTNG, où environ 60 % de la population vivent sous le seuil de pauvreté, présentent des taux de pauvreté supérieurs en moyenne à ceux des pays non fragiles. Sans surprise, les quatre pays MTNG dépendent d’une agriculture de subsistance peu productive. Cependant, compte tenu de sa contribution majeure au PIB et à l’emploi, le secteur présente un potentiel de modernisation certain. Au Niger, l’agriculture contribue au PIB à hauteur de 46 % environ et représente environ 80 % du total des emplois, mais présente également la plus faible productivité de la main-d’œuvre (Banque mondiale 2017). On retrouve des caractéristiques similaires au Mali, dont le potentiel d’exportation de produits agricoles est également sous-développé, car il est essentiellement centré sur le coton et exposé à des chocs météorologiques et sécuritaires. Les exportations de coton tendent à présenter des variations importantes en raison de la pluviométrie. Le potentiel de l’agriculture commerciale au Mali (et la nécessaire complémentarité entre agriculture domestique et d’exportation) se reflète dans le fait que les deux sous-secteurs les plus dynamiques ces 35 dernières années ont été l’agriculture d’exportation (coton) et l’agriculture de subsistance (Banque m ­ ondiale 2018a). En revanche, le secteur agricole tchadien présente un manque de dynamisme, la croissance moyenne du secteur (3 %) étant la plus faible de tous les secteurs. En outre, la productivité de sa main-d’œuvre est également la plus basse et sa

FIGURE 1.1

Indice du capital humain en Afrique subsaharienne (pays à faible revenu seulement) Tchad Soudan du Sud Niger Mali Liberia Sierra Leone Mozambique Rwanda Madagascar Guinée Rép. dém. du Congo Burkina Faso Ouganda Éthiopie Burundi Tanzanie Gambie Togo Malawi Comores Bénin Sénégal Zimbabwe 0

0,05

0,10

0,15

0,20

0,25

0,30

0,35

0,40

Source : Indice ICH (base de données), Banque mondiale, Washington, DC, http://www.worldbank.org​/­fr/publication​ /­human-capital.

0,45


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contribution au PIB (autour de 27 %) est presque équivalente à celle de l’industrie pétrolière tout entière pour la décennie écoulée (Banque mondiale 2018b). Les quatre économies des pays MTNG ne sont pas diversifiées, c’est-à-dire qu’elles dépendent de leurs ressources naturelles pour une part très é­ levée de leur PIB ou de leurs exportations ; les pays dont la structure de production est fortement tributaire de la production d’un ou de quelques produits de base ont tendance à être sujets à des conflits. En fait, tous les pays MTNG se classent parmi les économies à faible diversification des exportations, par rapport au reste de l’Afrique ou au monde. La figure 1.2 montre qu’en ce qui concerne la taille de leur population active (une approximation de la taille du pays), les économies MTNG se classent parmi les moins diversifiées (des valeurs plus élevées au-dessus de la ligne de tendance indiquant des niveaux inférieurs de diversification des exportations). Selon l’« hypothèse de la cupidité », dans les pays présentant ces caractéristiques, la présence de ressources naturelles encourage certains groupes à s’approprier une partie de la richesse en matières premières et perpétue les conflits contemporains.4 La concentration des exportations s’accompagne de niveaux élevés de concentration du marché : pétrole au Tchad, or et coton au Mali, uranium au Niger et bauxite en Guinée (tableau 1.1). La concentration des exportations tchadiennes sur un seul produit est de loin la plus importante, puisque 94 % de ses exportations sont constituées de pétrole (figure 1.3). En outre, les marchés destinataires du très petit nombre de produits d’exportation sur lesquels ces pays s’appuient sont fortement concentrés sur quelques pays situés principalement dans trois ou quatre régions (figure 1.4). Cependant, de nouveaux produits et des marchés moins traditionnels émergent, car tous les pays ont identifié une douzaine de pistes agroalimentaires, avec des marchés émergents concentrés en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. La dépendance vis-à-vis des ressources naturelles perpétue également une pénurie d’exportations non fondées sur les ressources, entraînant d’importantes répercussions sur le secteur des biens non commercialisables. FIGURE 1.2

Indice de diversification des exportations (valeurs plus élevées = diversification plus faible)

Degré de diversification des exportations, 2015 7 6

TCD RCA

5 4

GIN

NER MLI

3 2 1 0 4

5

6 7 Log (main-d’œuvre) Pays du Monde

8

Pays étudiés dans le rapport

Sources : Indice de diversification (base de données), FMI, Washington, DC, https://www.imf.org​ /­external /np/res/dfidimf/diversification.htm ; Indicateurs du développement dans le monde – travail (base de données), Banque mondiale, Washington, DC, https://databank.worldbank.org​/­source​ /­world-development​-indicators. Note : GIN = Guinée ; MLI = Mali ; NER = Niger ; RCA= République centrafricaine ; TCD = Tchad.

9


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 27

TABLEAU 1.1  Part de la diversification des exportations dans le total des exportations des pays MTNG, 2015 PAYS

Tchad

Guinée

Mali

Niger

PRINCIPAUX PRODUITS D’EXPORTATION

TROIS PREMIÈRES DESTINATIONS D’EXPORTATION

Produit

Pourcentage du total

Pays

Pourcentage du total

Pétrole

94

États-Unis

61

Légumes

2,5

Inde

17

Textiles

1,6

Japon

12

Bauxite

66

Inde

26

Métaux précieux (or)

20

Ghana

14

Denrées alimentaires

3

Espagne

6,4

Or

59

Suisse

50

Coton brut

20

Inde

16

Graines d’oléagineux

7,2

Chine

9

Pétrole/produits chimiques

46

France

44

Uranium

31

Chine

11

Légumes

6,8

États-Unis

11

Sources : Base de données commerciales de la CNUCED, CNUCED, Genève, https://unctad.org/en/Pages​ /­DITC/Trade-Analysis/TAB-Data-and-Statistics.aspx, et Observatoire de la complexité économique (base de données), https://oec.world/en/ ; sauf pour la Guinée : Khebede 2017b.

Les répercussions profondes de la dépendance à l’égard d’une seule matière première peuvent être illustrées de manière plus frappante par la performance d’exportation des pays de l’ensemble MTNG. Par exemple, au cours des 15 dernières années, le Tchad a bénéficié d’investissements substantiels dans le secteur pétrolier et tire maintenant l’essentiel de ses revenus des exportations de pétrole. Au cours de la même période, le « syndrome hollandais » qui en a résulté, caractérisé par des hauts et des bas associés à une faible compétitivité dans des secteurs autres que l’industrie extractive, a freiné le développement d’autres secteurs, et de l’agriculture en particulier, qui a stagné (figure 1.5). Ce n’est qu’en Guinée (figure 1.6) et, dans une moindre mesure au Niger, que l’activité fondée sur les ressources n’a pas découragé une croissance modérée, mais régulière, des autres exportations. La dépendance vis-à-vis des ressources naturelles dans les pays MTNG est profondément enracinée dans l’économie politique qui entoure la découverte de ressources naturelles et oriente les programmes incitatifs contre l’investissement privé. On ne sera pas surpris d’apprendre que le nombre d’exportateurs dans ces quatre pays est assez faible. L’exemple le plus extrême de la manière dont l’économie politique a modifié de fond en comble le paysage économique de la base productive du pays est peut-être la découverte de pétrole au Tchad en 2002, un événement qui a mené à l’échec les tentatives antérieures de diversification économique. Quand l’économie (et les exportations) du Tchad s’est presque exclusivement centrée sur l’industrie pétrolière, les mesures économiques incitatives ont tourné en défaveur de la production d’autres biens commercialisables. Ce parti pris contre la production de biens hors du pétrole a non seulement empêché le développement de l’investissement privé, mais il a aussi favorisé la détérioration des infrastructures et perturbé les échanges commerciaux. Le soutien public à


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FIGURE 1.3

Exportations par produit, 2015 a. Tchad

Textiles, 1,6 % Produits végétaux, 2,5 %

b. Guinée

Arts et antiquités, 0,65 % Transport, 0,44 % Autre, 0,81 %

Animaux et produits d’origine animale, 2 % Produits végétaux, 3 %

Métaux, 1%

Bois et produits du bois, 0,81% Plastiques/caoutchoucs, 2 % Autre, 2,19 %

Denrées alimentaires, 3 %

Pierre/verre, 20 % Produits minéraux, 66 %

Minéraux et produits, 94%

c. Mali Bois brut, 0,50 % Machines, 0,45 % Autres moteurs, 0,51 % Engrais minéraux ou chimiques mélangés, 3,7 %

d. Niger

Autres graines d’oléagineux, 7,2 % Autre, 8,64 %

Produits d’origine animale,1,6 % Produits d’origine animale et végétale, 1,8 % Machines, 2,7 % Produits végétaux, 6,8 %

Coton brut, 20 %

Denrées alimentaires, 2,6 % Autre, 7,5 %

Produits chimiques, 46 %

Or, 59 % Produits minéraux, 31 %

Sources : Khebede 2017a, 2017b, 2018a, 2018b.

l’agriculture (hors coton) a été réduit progressivement et les exportations traditionnelles comme la gomme arabique se sont détériorées. Le recul de l’intervention gouvernementale dans le secteur agricole a atteint son plus bas à environ 4 % du PIB sur la période 2003-2012, l’un des plus faibles ratios d’Afrique subsaharienne, avec un impact sensible sur une productivité agricole déjà faible et une implication limitée du secteur privé dans l’agriculture tchadienne. Une quinzaine d’années plus tard, les autorités ont compris que la croissance stimulée par le pétrole était de courte durée et ne suffisait pas à soutenir une croissance élevée, et qu’en prenant cette voie, le pays raterait des opportunités substantielles de conversion de la manne pétrolière en investissements publics à l’appui de la diversification des exportations.


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 29

FIGURE 1.4

Destinations des exportations, 2015 a. Tchad

b. Guinée

Total : 2,04 M USD

Total : 2,5 M USD

Europe, 5 %

Amérique du Nord, 5 % Amérique du Nord, 59 %

Asie, 39 % Afrique, 22 %

Asie, 36 %

Europe, 34 % c. Mali

d. Niger

Total : 969 m USD Afrique, 7,2 %

Total : 1,27 M USD Amérique du Sud, 1,1 % Amérique Autre, 0,9 % du Nord, 11 %

Amérique du Nord, 0,62 % Autre, 1,18 %

Europe, 55 % Afrique, 15 %

Asie, 36 %

Asie, 17 %

Sources : Khebede 2017a, 2017b, 2018a, 2018b. Note : m = millions ; M = milliards.

Globalement, les trois grandes régions englobant les MTNG — CEMAC, UEMOA et CEDEAO — ont enregistré des performances médiocres en parts des exportations régionales et mondiales. Ces trois régions figurent parmi les moins intégrées au monde, aucune d’entre elles n’atteignant 1 % du commerce mondial (figure 1.7). Leur part cumulée n’a dépassé 1 % qu’en 2010, atteignant un pic de 1,2 % en 2012, avant de reculer à 0,9 % en 2016, suite à l’effondrement des cours mondiaux des matières premières, dont le pétrole. En ce qui concerne l’intégration régionale, la CEDEAO a connu une augmentation remarquable des

Europe, 55 %


30 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 1.5

Croissance des exportations pétrolières versus non-pétrolières au Tchad 4 500

150

4 000

100 50

3 000 2 500

0

2 000

–50

1 500

Pourcentage

Millions USD

3 500

–100

1 000

–150

500

–200

20 0 20 0 0 20 1 02 20 0 20 3 04 20 0 20 5 06 20 0 20 7 08 20 0 20 9 10 20 11 20 12 20 13 20 1 20 4 15 20 16 20 17

0

Ressources

Hors ressources

Croissance des exportations liées aux ressources Source : Pitigala 2018b.

FIGURE 1.6

Croissance des exportations non liées aux ressources naturels en Guinée, au Niger et au Mali 2 500

80 60

2 000

1 500

20 0

1 000

Pourcentage

Millions USD

40

–20 500 –40

16

20

20 14

20 12

20 10

20 08

20 06

20 04

20 02

20 00

96 19 98

94

19

92

19

19

19

19

90

–60

88

0

Mali Niger Guinée Croissance hors ressources (Guinée, Mali, Niger) Source : Pitigala 2018a.

exportations intrarégionales ces dernières années, mais elle reste en deçà de ses plus hauts niveaux historiques du début des années 2000 (figure 1.8). De même, les exportations intrarégionales au sein de l’UEMOA, et en particulier de la CEMAC, sont faibles lorsqu’on les compare à d’autres unions douanières dans le monde, les exportations intracommunautaires au sein de la CEMAC représentant seulement 5,1 % du total de ces pays en 2010. Outre le retard dans la diversification des exportations et la croissance du commerce Faible régional, les pays MTNG sont également peu intégrés aux CVM, ce qui les empêche d’accéder aux canaux importants de la technologie, de


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 31

FIGURE 1.7

Part des exportations mondiales de certaines régions, 2002–2006 9 8 7 Pourcentage

6 5 4 3 2 1

UEOMA CEMAC CEDEAO 3 régions (CEMAC, CEDEAO et UEMOA)

CAE MERCOSUR

20 16

20 15

20 14

20 13

20 12

20 11

9

20 10

20 0

20 08

6

20 07

20 0

20 05

20 04

20 03

20 02

0

ANASE

Source : Pitigala 2018a. Note : ANASE = Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; CAE = Pays d’Asie de l’Est ; CEDEAO = Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ; MERCOSUR = Marché commun des États d’Amérique du Sud ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

FIGURE 1.8

Exportations régionales de certaines régions 50 45 40 Pourcentage

35 30 25 20 15 10 5

CEMAC

CEDEAO

UEMOA

PAE

20 16

20 15

20 14

20 13

20 12

20 11

20 10

20 08 20 09

20 07

20 05 20 06

20 04

20 03

20 02

0

ANASE

Source : Pitigala 2018a. Note : ANASE = Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; CAE = Pays d’Asie de l’Est ; CEDEAO = Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

l’amélioration de la productivité et des marchés. Des comparaisons des valeurs moyennes de 2008-2012 avec celles de 1991-1995 montrent que les exportateurs de pétrole sahéliens sont les moins bien intégrés dans les chaînes de valeur mondiales en termes de contenu à valeur ajoutée étrangère dans leurs exportations (figure 1.9). Tandis que la diversification au-delà des ressources naturelles a reculé ou stagné au Tchad et au Mali, elle s’est légèrement améliorée au Niger et en Guinée, comme pour le reste de la région Afrique subsaharienne.


32 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 1.9 50 45 40 35 30 25 20 15 10 5 0 Swaziland Sao Tomé-et-Principe Lesotho Seychelles Maurice Cap-Vert Éthiopie Botswana Namibie Burundi Rwanda Tanzanie Liberia Gambie Sierra Leone Togo Kenya Burkina Faso Zimbabwe Afrique du Sud Niger République centrafricaine Madagascar Érythrée Zambie Malawi Bénin Ouganda Rép. dém. du Congo Guinée Sénégal Mali Mozambique Ghana République du Congo Cameroun Côte d’Ivoire Gabon Nigeria Tchad Soudan du Sud Angola Vietnam Pologne Inde Chine Bangladesh Pays en développement à faible revenua,b Marchés émergentsa Économies avancéesa

Part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations des pays, en pourcentage

Part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations, 2008–2012

Reste de l’Afrique subsaharienne

Pays à forte intensité de ressources non pétrolières

Exportateurs de pétrole

Pays de comparaison

Moyenne 1991-95

Sources : Base de données EORA de la CNUCED sur les chaînes de valeur mondiales, https://worldmrio.com/unctadgvc/ ; et calculs des services du FMI. a.  Voir les listes des groupes de pays à l’adresse https://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2018/02/weodata/weoselagr.aspx. b.  Hors pays d’Afrique subsaharienne : https://worldmrio.com/unctadgvc/ ; et calculs des services du FMI.

En fait, la majorité Afrique subsaharienne des pays (24 sur 35) ont progressé, même s’ils partaient de loin (figure 1.10). Cette amélioration est surtout sensible dans les pays non exportateurs de pétrole, dont le Burkina Faso, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Ghana, la Guinée, le Niger, la Sierra Leone et le Zimbabwe. Cela suggère que l’intégration dans les chaînes de valeur peut intervenir même dans des pays où des matières premières autres que des ressources naturelles jouent un rôle. Pour les pays dont la base d’exportation de produits manufacturiers ou de services est limitée, et disposant d’un vivier de main-d’œuvre important, comme dans de nombreux pays Afrique subsaharienne, ce développement peut offrir une opportunité de transformation structurelle. La faible intégration dans la chaîne de valeur mondiale ne devrait pas surprendre, car au cours de la dernière décennie (2007-16), trois des quatre pays MTNG ont connu une tendance à la baisse de leurs influx d’IDE. Andersen (2018) montre que le Niger a connu les influx les plus importants (en part du PIB) et la progression la plus spectaculaire des entrées d’IDE sur la période, avec une forte augmentation à partir de 2008. Sur les pays membres de l’AFWC3 (régions administratives de la Banque mondiale comprenant le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée) restants, c’est le Tchad qui prend la deuxième place en termes de flux entrants ; il est également le seul pays MTNG à présenter une tendance à la hausse des influx d’IDE (en proportion du PIB) ces dernières années. La Guinée et le Mali ont tous deux connu des flux d’IDE relativement stables depuis 2013 (figure 1.11). Selon l’indice de performance


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 33

FIGURE 1.10

Afrique subsaharienne : Profondeur de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales, moyenne 1991–1995 par rapport à 2008–2012

Part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations des pays, moyenne 2008–12 (Pourcentage)

50

40

30

20

MLI 10 TCH

0 0

10

20

30

40

50

Part de valeur ajoutée étrangère dans les exportations des pays, 1991–95 (Pourcentage) Exportateurs de pétrole Reste de la région Pays de comparaison Gros exportateurs de ressources non pétrolières Sources : UNCTAD—Eora Base de données sur les chaines de valeur mondiales, http://worldmrio.com​ /­unctadgvc, et des estimations du FMI. Note : MLI = Mali ; TCH = Chad.

FIGURE 1.11

Influx d’IDE dans les pays MTNG, 2007–2016

Pourcentage du PIB

20 15 10 5 0 –5 –10 2007

2008

2009

2010 Guinée

2011 Tchad

2012

2013 Mali

2014

2015

2016

Niger

Source : Base de données commerciales de la CNUCED, plusieurs années, CNUCED, Genève, https:// unctad.org/en/Pages/DITC/Trade-Analysis​/ ­TAB-Data-and-Statistics​.­aspx. Note : Les flux d’IDE s’entendent nets (crédits des transactions en capital moins débits entre investisseurs directs et leurs affiliés étrangers). IDE = investissement direct étranger ; pays MTNG = Mali, Tchad, Niger et Guinée ; PIB = produit intérieur brut.


34 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

des IDE, (i) le Tchad et le Mali ont attiré globalement le montant d’IDE que l’on pouvait attendre d’économies de leur taille ; (ii) le Niger semble avoir attiré une part des influx d’IDE mondiaux supérieure à ce que sa part du PIB mondial indiquerait ; et (iii) la performance de la Guinée en matière d’IDE a culminé en 2012 et reculé en deçà d’un niveau de parité depuis 2014. Sans surprise, les flux d’investissements étrangers vers les pays MTNG ont suivi le même schéma de concentration de produit et de marché dans les secteurs extractifs, mais avec une tendance à la baisse. Entre 2007 et 2016, tous les projets du Tchad ont porté sur les ressources naturelles, contre 90 % environ des projets de la Guinée, 80 % des projets du Mali et 60 % des projets du Niger. Les principales sources d’IDE destinés au financement de projets ont varié d’un pays à l’autre, mais tous les pays ont reçu des IDE des ÉtatsUnis, du Royaume-Uni ou des deux. La première source d’IDE à destination du Tchad et du Niger a été l’Inde ; la plus grande partie des investisseurs en Guinée étaient originaires du Royaume-Uni ; et les investisseurs au Mali étaient originaires du Canada et de France. Dans le même temps, la Chine a été le plus gros investisseur sur la période au Tchad et au Niger. Il est intéressant de noter qu’au cours de la même période, aucun pays MTNG n’a reçu d’investissement pour un projet agricole entièrement nouveau, tandis que ces dernières années (2012-16), la plupart des IDE à destination des MTNG ont été affectés au secteur des services, faisant baisser la part des IDE ­attribués aux industries extractives sur la période. Le Mali a été l’exception qui confirme la règle au sein du groupe, ses investissements dans les industries extractives ayant à nouveau augmenté ces dernières années (Andersen 2018). Il est important de souligner qu’aucun pays MTNG n’a reçu d’IDE liés à la recherche d’efficacité au cours des cinq dernières années. Si l’on se base sur une typologie qui compartimente les IDE attribués aux ressources naturelles, aux marchés intérieurs, à la recherche d’efficacité et aux investissements liés à la recherche d’actifs stratégiques,5 les IDE liés à la recherche d’efficacité sont orientés vers l’exportation et contribuent le plus à la diversification de l’économie au-delà des secteurs extractifs. Andersen (2018) a également constaté que la plupart des projets d’IDE récents dans les pays MTNG étaient soit des investissements liés à la recherche de marchés domestiques dans le secteur des services, soit liés à la recherche de ressources naturelles dans le secteur minier, ce qui représente toujours environ 30 % des investissements au Mali et en Guinée (figures 1.12-1.15). Les pays de comparaison Afrique subsaharienne montrent que les MTNG sont loin des parts importantes d’IDE liés à la recherche d’efficacité reçus par des pays comme le Sénégal (34 % des p ­ rojets), le Ghana (32 %) et la Namibie (28 %), la ­plupart des projets liés à la recherche d’efficacité se concentrant sur des ­services commerciaux plutôt que sur l’industrie agroalimentaire. Cette constatation ne devrait pas surprendre, car les IDE orientés vers l’exportation reposent sur leur capacité à évoluer au-delà des frontières au moment opportun et de manière économique, tandis que la logistique de l’agro-industrie est plus vulnérable aux conflits que les investissements concentrés exclusivement sur les ressources naturelles ou servant principalement l’économie domestique. De ce fait, un effort plus ciblé des pays MTNG pour attirer des IDE, utilisés pour faire face à des risques de sécurité, expérimentés dans des pays fragiles est devenu une nécessité.


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 35

FIGURE 1.12

FIGURE 1.13

Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets au Mali, par type, 2012–2016

Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets au Mali, par type et secteur, 2012–2016 Recherche de marchés Ciment et produits Autodu mobiles, ciment 8% 8%

Recherche de ressources naturelles

Recherche de ressources naturelles 31%

Pesticides et Extraction de Électricité Engrais métaux non ferreux, 8% 31% 8% Services financiers, 38%

Sources : Andersen 2018. Calcul à partir de la base de données UN COMTRADE, Nations unies, https://comtrade.un.org/, et la Base de données EORA de la CNUCED sur les chaînes de valeur mondiales, https://worldmrio.com/unctadgvc/. Note : Données basées sur la somme des projets de création de nouveaux sites annoncés au cours de la période. Le Mali a reçu un total de 13 nouveaux projets entre 2012 et 2016. IDE = Investissements directs étrangers.

Sources : Andersen 2018. Calcul à partir de la base de données UN COMTRADE, Nations unies, https://comtrade.un.org/, et la Base de données EORA de la CNUCED sur les chaînes de valeur mondiales, https://worldmrio.com/unctadgvc/. Note : Données basées sur la somme des projets de création de nouveaux sites annoncés au cours de la période. Le Mali a reçu un total de 13 nouveaux projets entre 2012 et 2016. IDE = Investissements directs étrangers.

Recherche de marchés 69%

FIGURE 1.14

FIGURE 1.15

Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets en Guinée, par type, 2012–2016

Typologie des IDE : Part des IDE de nouveaux projets en Guinée, par type et par secteur, 2012–2016 Recherche de marchés

Recherche de ressources naturelles

Vente au détail, 17%

Recherche de marchés 67%

Recherche de ressources naturelles 33%

Sources : Andersen 2018. Calcul à partir de la base de données UN COMTRADE, Nations unies, https://comtrade.un.org/, et la Base de données EORA de la CNUCED sur les chaînes de valeur mondiales, https://worldmrio.com/unctadgvc/. Note : Données basées sur la somme des projets de création de nouveaux sites annoncés au cours de la période. La Guinée a reçu un total de 12 nouveaux projets entre 2012 et 2016. IDE = Investissements directs étrangers.

Autres services aux entreprises, 42%

Services financiers, 8%

Production de métaux non ferreux, 25%

Extraction de métaux non ferreux, 8%

Sources : Andersen 2018. Calcul à partir de la base de données UN COMTRADE, Nations unies, https://comtrade.un.org/, et la Base de données EORA de la CNUCED sur les chaînes de valeur mondiales, https://worldmrio.com/unctadgvc/. Note : Données basées sur la somme des projets de création de nouveaux sites annoncés au cours de la période. La Guinée a reçu un total de 12 nouveaux projets entre 2012 et 2016. IDE = Investissements directs étrangers.


36 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

ANNEXE 1A CARTE 1A.1

Niger : Chaîne de valeur de la viande et des oignons, octobre 2018


Contexte de développement pour la diversification des exportations au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée | 37

CARTE 1A.2

Tchad : Chaîne de valeur de la gomme arabique et du sésame, octobre 2018

Source : FCV Global Themes/GEMS Team, Nelly Bachelot, nbachelotworldbank.org. Note : Km = kilomètres.


38 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

NOTES 1. On ne saurait trop insister sur l’importance du Marché unique du transport aérien africain lancé par l’Union africaine par l’intermédiaire de la Commission africaine de l’aviation civile pour intégrer le marché ouest-africain actuellement fragmenté. 2. Des cartes similaires pour la viande et l’oignon au Niger et la gomme arabique et le sésame au Tchad sont présentées en annexe 1A du présent chapitre. 3. L’indice ICH se fonde sur trois dimensions : survie, santé et éducation d’un enfant né aujourd’hui (Banque mondiale 2018c). 4. La théorie de la cupidité postule que la croissance des avantages économique influence le coût d’opportunité des conflits, les soulève gains tirés de l’appropriation par l’État et la capacité de l’État à négocier avec les insurgés ou les combattre (Banque mondiale 2019). 5. La méthodologie de typologie des IDE utilisée dans cette analyse a été élaborée par Erik von Uexkull et José Ramón Perea, économistes principaux au sein de l’Unité « Investissement mondial et concurrence » de la pratique mondiale Macroéconomie, commerce et investissement.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Andersen, M. R. 2018. “FDI Snapshot: Mali, Chad, Niger and Guinea.” Document d’information, Banque mondiale, Washington, DC. Banque mondiale. 2017. « Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Rapport 120306-NE, Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018a. « Mali: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Banque mondiale, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31829. ———. 2018b. « Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Banque mondiale, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31839. ———. 2018c. Projet pour le capital humain. Washington, DC: Banque mondiale. ———. 2019. “Africa’s Pulse, No. 19: An Analysis of Issues Shaping Africa’s Economic Future.” Banque mondiale, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle​ /10986/31499. Khebede, E. 2017a. “The Product Space of Niger.” Document d’information non publié, Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2017b. “The Product Space of Guinea.” Document d’information non publié, Banque ­mondiale, Washington, DC. ———. 2018a. “Exploring Chad’s Opportunities for Export Diversification.” Document d’information non publié, Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018b. “The Product Space of Mali.” Document d’information non publié, Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, Banque mondiale, Washington, DC. Pitigala, N. 2018a. “Trade Policy Options for Export Diversification of MCNG Economies.” Document d’information, Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018b. “Trade Diagnostics and Policy Assessment of Chad.” Document d’information non publié, Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, Banque mondiale, Washington, DC. Prieto Curiel, R., P. Heinrigs, et I. Heo. 2017. « Cities and Spatial Interactions in West Africa: A Clustering Analysis of the Local Interactions of Urban Agglomerations.” West African Papers 05, OECD Publishing, Paris.


2

Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ?

SYNTHÈSE • Au cours de la dernière décennie, des faits concluants ont démontré que les pays d’Afrique subsaharienne fragiles et basés sur les ressources naturelles affichaient une croissance inférieure à celle des pays non fragiles et diversifiés (non basés sur les ressources). • Les efforts de diversification déjà déployés au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée ont échoué pour au moins l’une des trois raisons suivantes : (i) la fréquence élevée de conflits violents ayant non seulement empêché l’investissement privé, mais aussi détruit les infrastructures, perturbé le commerce et orienté la consommation publique vers des dépenses militaires; (ii) l’essor éphémère des matières premières qui ne s’est pas traduit par une croissance soutenue à moyen terme ; et (iii) la dépendance excessive à l’égard des ressources naturelles, qui a rendu les économies des pays MTNG moins compétitives et plus vulnérables aux chocs. • Les MTNG ont également trois raisons importantes de diversifier leurs exportations : (i) pour maintenir une croissance accélérée et réduire l’instabilité budgétaire ; (ii) pour créer des emplois dans le secteur agricole, avec des taux de population et de pauvreté plus élevés et un potentiel de création d’emplois inexploité ; et (iii) pour promouvoir des investissements privés et une insertion accrue sur les marchés mondiaux, leurs marchés nationaux étant trop petits pour attirer les IDE nécessaires pour suivre l’évolution technologique et les gains de productivité. • En fin de compte, la diversification des exportations est bonne pour accélérer une croissance durable et inclusive. Une simulation montre qu’une plus grande ouverture des échanges, résultat souhaitable de la diversification des exportations, contribuerait effectivement à la croissance. Les macro-scénarios de la modélisation EGC corroborent également cette constatation.

39


40 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

POURQUOI LES EFFORTS ANTÉRIEURS ONT-ILS ÉCHOUÉ ? Pour comprendre l’importance de la diversification des exportations vers les pays MTNG, il est essentiel de comprendre d’abord pourquoi les efforts antérieurs ont échoué. Plusieurs raisons sont proposées. • Premièrement, l’instabilité politique et les conflits violents très fréquents ont empêché les investissements privés, détruit les infrastructures et perturbé le commerce. L’Indice du classement des États fragiles 2016 – qui combine des indicateurs politiques et socioéconomiques tels que la fragmentation des élites, les griefs collectifs, la présence de réfugiés et de populations déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI), un développement inégal, la pression démographique et la pauvreté (entre autres) – a permis de classer ces pays dans la catégorie « En Alerte » (figure 2.1). En outre, il existe une forte relation positive et endogène entre fragilité et forte croissance démographique qui, malgré tous les efforts de ces pays, laisse penser que le dividende démographique se transformera en malheur démographique (Goldstone et coll. 2010). • Deuxièmement, il existe des preuves empiriques concluantes de la piètre performance économique des pays africains fragiles et riches en ressources par rapport à leurs pairs entre 2008 et 2017 (Banque mondiale 2019). Premièrement, la croissance économique moyenne dans les pays fragiles reste inférieure à celle des pays non fragiles (2,4 % contre 2,7 %). Deuxièmement, la croissance par habitant dans les pays non dotés de ressources est supérieure à celle des pays riches en ressources, quelle que soit leur situation de fragilité, ce qui plaide en faveur de la diversification. Troisièmement, la croissance des pays fragiles et non dotés de ressources (2,3 %) reste inférieure à celle des pays non fragiles et non dotés de ressources (3,2 %), ce qui montre les aspects positifs de la sortie du statut de fragilité. Enfin, en 1998-2007 et 2008-2017, la croissance a connu un ralentissement dans les pays non fragiles et riches en ressources (de 2,2 %), tandis qu’elle s’est accélérée dans les pays fragiles et riches en ressources (de 1,0 % à 2,4 %). Dans ce dernier cas, cependant, selon l’hypothèse du grief, la probabilité de conflit peut encore augmenter si des ressources supplémentaires sont appropriées par des élites étroites.1

FIGURE 2.1

110

110 100

112

104 94

95

105

108

111

114

114

98

Ira Af k gh an bl iq ist ue an sy rie nn e So ud an So m al ie

90

Ré pu

ub Ré p

120

liq dé ue m po oc pu de rat lai Co iqu re ré e e M al i Ni ge r G Ré u pu in ée bl iq ue Tc ce ha nt d ra fri ca in e

Indice du classement des États fragiles 2016 (Pourcentage)

Depuis 2016, le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée sont classés « En Alerte » dans l’Indice du classement des états fragiles

Sources : Calculs effectués par services de la Banque Mondiale sur la base de données de Fund for Peace 2016.


Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ? | 41

• Troisièmement, les épisodes de croissance stimulés par les ressources naturelles ont été de courte durée et leurs taux de croissance n’ont pas convergé avec ceux des économies à revenu intermédiaire moyen et de l’Afrique subsaharienne. Les MTNG ont ainsi raté d’importantes occasions de transformer des recettes minières ou pétrolières inattendues en investissements accrus dans le capital humain et les infrastructures. Ainsi, en 1990-2014, les revenus du PIB par habitant du Niger, du Tchad et, dans une moindre mesure, du Mali, ont globalement stagné (sauf en 2002, à la suite des découvertes de gisements de pétrole au Tchad, pour augmenter légèrement plus tard) (figure 2.2). Par ailleurs, les faibles ratios décroissants de PIB par habitant n’ont pas suivi les tendances observées dans les économies Afrique subsaharienne et à revenu intermédiaire, comme le montre le cas de la Guinée. En 2016, le revenu du PIB par habitant de la Guinée était égal à 11 % et 35 %, respectivement, du niveau de 1994 pour les économies à revenu intermédiaire moyen et les économies d’Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 2018c). • Quatrièmement, dans ces pays, la dynamique du « syndrome hollandais » a déplacé les ressources vers les secteurs non échangeables, les services non productifs (peu qualifiés) et les dépenses militaires, tout en nuisant à la compétitivité extérieure dans les secteurs échangeables et en biaisant les interventions gouvernementales contre les secteurs agricoles sujets à la diversification. Pour aggraver la situation, les rentes économiques (profits anormaux) provenant des ressources naturelles sont plus élevées dans les pays fragiles que non fragiles (Banque mondiale 2019). D’autre part, les dépenses liées à la sécurité dans les pays MTNG oscillent à elles seules entre 3 % et 5 % du PIB (Banque mondiale 2017, 2018a et 2018b). Ces niveaux sont quasi identiques, par exemple, au budget de l’agriculture du Tchad, qui représentait en moyenne environ 4 % du PIB en 2003-2012, l’un des plus bas en Afrique subsaharienne. Des sous-allocations budgétaires similaires ont contribué à une faible productivité agricole et à une participation limitée du secteur privé dans le secteur agricole clé de ces pays.

FIGURE 2.2

200 180 160 140 120 100 80 60 40 20 0

19 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 2099 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 14

PIB par habitant (1990 = 100)

Les revenus du PIB par habitant du Niger, du Mali et du Tchad ont globalement stagné pendant 35 ans

Niger Source : Banque mondiale 2017. Note : PIB = produit intérieur brut.

Tchad

Mali

Burkina Faso


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Malgré ces difficultés, tous les gouvernements des pays MTNG s’accordent à reconnaître que la diversification économique est essentielle pour leurs ambitions de croissance accélérée soutenue, et le présent rapport fournit une justification solide à cette position. • La Vision 2025 du Mali considère la diversification économique comme une priorité pour parvenir à une croissance soutenue et plus rapide (Gouvernement du Mali, 1999). Pour ce faire, elle propose quatre piliers stratégiques : (i) valoriser le potentiel agropastoral du Mali ; (ii) renforcer le programme d’investissement dans les infrastructures de base ; (iii) promouvoir le secteur privé ; et (iv) investir dans les ressources humaines. Ces piliers orientent la mise en œuvre du Cadre stratégique pour la relance économique et le développement durable (CREDD 2018), qui souligne la nécessité de diversifier les exportations d’or et de coton en développant d’autres secteurs, d’attirer les investissements privés dans l’industrie agroalimentaire et de promouvoir le commerce extérieur et intérieur. Le CREDD vise également à améliorer la gouvernance et la transparence de ses industries extractives. • La Vision 2030 du Tchad vise une économie émergente tirée par des sources de croissance diversifiées et durables. Son objectif est de tripler le PIB moyen par habitant, en passant de 730 USD en 2014 à 2 300 USD en 2030 aux prix courants, tout en réduisant considérablement le taux de pauvreté de 46,7 % en 2011 à 8 % sur la même période. Cela serait possible grâce à la mise en œuvre effective de trois plans quinquennaux consécutifs de développement national (2017-2021 ; 2022-2026 ; 2027-2030), l’instrument de mise en œuvre du pays. Aujourd’hui, la récente chute dramatique des prix du pétrole et la diminution des réserves pétrolières rendent la diversification des exportations encore plus urgente, les réserves pétrolières estimées du Tchad devant s’épuiser au cours des 17 prochaines années.2 Sans surprise, le premier Plan de développement national quinquennal (2017-2021) voit la diversification économique du Tchad centrée sur ses avantages comparatifs hors pétrole, et sur le développement de chaînes de valeur orientées vers l’extérieur dans l’agriculture et l’élevage. • La Vision 2035 du Niger consiste à faire du pays une nation prospère à l’horizon 2035. Cela signifie non seulement un pays dont la croissance économique est nettement supérieure au taux de croissance démographique, à savoir une croissance égale ou supérieure à 6 %, mais aussi un pays inclusif, dont la majeure partie de la population bénéficie des avantages. Le Document d’orientation économique (DOE) 2016-19 s’inscrit dans la Vision 2035 du Niger, qui reconnaît que la pierre angulaire du DOE doit être impérativement une économie compétitive et diversifiée. Le document considère également que la diversification économique du Niger, axée sur un abandon des exportations de ressources naturelles, constitue un fondement essentiel de l’industrialisation et de la création d’emplois. La diversification des exportations semble également urgente dans la mesure où, dans les prochaines années, les exportations traditionnelles du Niger (pétrole et minéraux) devraient stagner ou ne s’améliorer que légèrement.3 Cela devrait contribuer à convertir la diversification des exportations en une stratégie d’atténuation des risques à long terme. • La Vision 2040 de la Guinée ouvre la voie au développement durable du pays. La Vision se reflète dans le Plan national de développement économique et social 2016-2020, qui s’articule autour de quatre piliers stratégiques4 reposant sur trois facteurs : (i) des investissements catalytiques et une bonne


Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ? | 43

gouvernance dans le secteur minier ; (ii) une augmentation de la productivité dans le secteur agropastoral et de la pêche ; et (iii) une diversification industrielle non minière liée aux chaînes de valeur agroéconomiques régionales et l’ouverture au commerce et aux capitaux étrangers. Avec les échéances qui approchent à grands pas, dans quelques années seulement, tous les gouvernements des pays MTNG sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Ils peuvent persévérer dans leur trajectoire axée sur les matières premières, qui semble assez accidentée, ou commencer à diversifier leurs exportations de produits miniers ou pétroliers non transformés pour devenir des pays à revenu intermédiaire, exportateurs et compétitifs. Aucune trajectoire n’est facile, mais l’expérience internationale montre une forte corrélation entre la diversification des exportations et l’accélération de la croissance, cette dernière option étant tout à fait réalisable, car elle a bien fonctionné pour les pays africains aux caractéristiques similaires, et cela semble être l’option retenue. En plus de stimuler l’esprit d’entreprise et l’investissement privé, la diversification des exportations attire les investissements étrangers et favorise l’investissement privé intérieur. Le marché intérieur de ces pays étant trop petit et sous-­développé, il n’est pas attrayant pour les investissements étrangers ni pour un secteur privé naissant dominé par des petites et moyennes entreprises (PME). Par exemple, plus de 90 % du secteur privé guinéen se composent de micro ou petites entreprises informelles travaillant dans l’agriculture, le commerce ou les services, avec des salaires et des compétences peu élevés (BAD 2018).

JUSTIFICATION DE LA DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS Malgré les échecs passés, ces pays ont de solides raisons de diversifier leurs exportations. Ces raisons sont abordées ci-après. • Renforcer la stabilité macroéconomique. Une forte concentration des exportations s’apparente à une forte instabilité budgétaire et externe, empêchant une accélération régulière et soutenue de la croissance. Même dans des pays comme le Tchad, où le PIB par habitant et la réduction de la pauvreté ont progressé rapidement depuis la découverte du pétrole au début des années 2000, des épisodes d’effondrement des prix du pétrole ont entraîné des ajustements budgétaires sans précédent, avec de graves retombées négatives sur la croissance et l’emploi (figure 2.3). Les chocs météorologiques liés aux précipitations ont également affecté les économies du Mali et du Niger (figure 2.4). • Déployer le potentiel de création d’emplois. La diversification des exportations crée des emplois, y compris pour les jeunes et les femmes. Les activités minières et pétrolières sont des activités à forte intensité de capital et il est bien connu que leur impact sur l’emploi domestique est faible, ce qui les empêche de résorber le boom démographique de ces économies. En échange, les exportations agroalimentaires offrent un potentiel inexploité de création d’emplois qualifiés et non qualifiés. • Favoriser les liens positifs entre la diversification des exportations, la croissance économique et les IDE. Au moins trois canaux méritent d’être mentionnés : (i) l’exposition au commerce international, qui permet une réallocation efficace des facteurs de production des entreprises à faible productivité aux


44 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 2.3

La chute des prix du pétrole a considérablement détérioré la situation budgétaire du Tchad

Indice des prix (2005 = 100 %)

300 250 200 150 100 50

20 0 20 3M 03 1 20 M1 04 0 20 M 05 7 20 M 0 4 20 6M 06 1 20 M1 07 0 20 M7 08 20 M 09 4 20 M 09 1 20 M1 10 0 20 M7 11 20 M4 1 20 2M 12 1 20 M1 13 0 20 M7 14 20 M4 1 20 5M 15 1 20 M1 16 0 20 M7 17 M 4

0

Pétrole brut Sources : Banque mondiale 2017, 2018a. Note : M = mois x de l’année.

FIGURE 2.4

Précipitations et croissance du PIB – La croissance du Niger a été marquée par de larges périodes d’expansion et de contraction, dues en grande partie à la dépendance de l’économie envers les précipitations et le prix de l’uranium 15

150

10

100 5

50

0

0 -50

–5

–100

–10

–150

Taux de croissance du PIB (%)

Différence de précipitations (mm)

200

–15

–200

–20

19 7 19 0 7 19 2 7 19 4 76 19 7 19 8 80 19 8 19 2 84 19 8 19 6 88 19 9 19 0 9 19 2 94 19 9 19 6 9 20 8 00 20 0 20 2 04 20 0 20 6 0 20 8 1 20 0 12

–250

Croissance du PIB

Précipitations

Poly. (croissance du PIB)

Poly. (précipitations)

Sources : Banque mondiale 2017, 2018a. Note : mm = millimètres ; PIB = produit intérieur brut ; Poly. = variable de substitution de l’économie politique.


Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ? | 45

entreprises à forte productivité, augmentant ainsi la productivité globale ; (ii) l’entrée d’entreprises multinationales, qui accroît la concurrence sur les marchés des intrants et des produits dans l’économie d’accueil ; et (iii) la ­présence d’entreprises étrangères, qui favorise la transmission des connaissances et de la technologie aux entreprises nationales et, partant, augmente leur productivité. En outre, la raison la plus importante pour laquelle les pays MTNG doivent opter pour la diversification est peut-être son impact sur l’accélération de la croissance soutenue et inclusive. Les simulations effectuées sur les quatre économies montrent qu’une plus grande ouverture commerciale, conséquence directe de la diversification des exportations, renforcerait la croissance en générant des gains de croissance significatifs pour ces pays (tableau 2.1). Sur la base d’un modèle de régression transnational bien connu, élaboré pour expliquer la croissance à long terme, il est possible d’évaluer quantitativement l’impact potentiel des réformes commerciales sur la croissance économique des pays MTNG.5 Plus précisément, ces pays ont été comparés à d’autres pairs d’Afrique subsaharienne identifiés comme tels et à d’autres pays ambitieux. Des scénarios ont ensuite été simulés dans lesquels l’écart dans l’ouverture commerciale (tel que représenté par les ratios échanges/PIB) par rapport à un pays de référence est comblé.6 Les pairs des MTNG en Afrique subsaharienne sont des pays présentant des caractéristiques structurelles similaires, notamment une géographie, des niveaux de revenu et une expérience de développement comparables. Deux de ces pays ont été inclus : la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. En parallèle, les pairs ambitieux des MTNG comprenaient deux pays asiatiques dont les trajectoires de développement valaient la peine d’être imitées : le Vietnam et la Malaisie. Toutefois, pour éviter de fixer des objectifs irréalistes ou irréalisables, les valeurs des MTNG pour 2010-16 ont été comparées aux valeurs moyennes des pays aspirant au même stade de développement que le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée. Cela est plus pertinent que de s’appuyer sur les lacunes des politiques pour la période la plus récente, à savoir 2016. Les résultats sont détaillés ci-après (tableau 2.2). TABLEAU 2.1  Valeurs

moyennes du ratio échanges-PIB

Pourcentage TCHAD

GUINÉE

BURKINA FASO

CÔTE D’IVOIRE

MALI

NIGER

2010–2016 75,2

78,1

64,3

54,8

VIETNAM

MALAISIE

Années 90 Années 60 76,3

61,2

82,9

71,2

Source : Estimations basées sur Haile 2016. Note : PIB = produit intérieur brut.

TABLEAU 2.2  Impact potentiel sur la croissance du PIB par habitant du Tchad, du Mali et du Niger

Pourcentage BURKINA FASO

CÔTE D’IVOIRE

VIETNAM

MALAISIE

Tchad

–1,29

0,43

0,71

1,17

Mali

0,99

2,06

2,57

1,63

Niger

0,26

1,32

1,83

0,89

Source : Estimations basées sur Haile 2016. Note : PIB = produit intérieur brut.


46 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

• Si le Niger s’ouvrait au commerce international (c’est-à-dire s’il avait le même ratio échanges- PIB) autant que le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, son taux de croissance du PIB par habitant augmenterait respectivement de 0,26 et 1,32 point de pourcentage. Le ratio échanges-PIB du Niger dépasserait celui des pays d’Afrique de l’Est comme l’Ouganda, la Tanzanie et l’Éthiopie. Cela reflète une intégration commerciale plus étroite au sein de l’Afrique de l’Ouest, qui est soutenue par une union monétaire. Si le ratio des échanges commerciaux du Niger était comparable à celui du Vietnam et de la Malaisie, la croissance de son PIB par habitant augmenterait d’environ 1,8 point et de 0,9 point de pourcentage, respectivement. • De même, si le Mali comblait les écarts dans le ratio échanges-PIB avec le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, son taux de croissance du PIB par habitant s’accélérerait à 1,0 et 2,1 points de pourcentage respectivement, alors que si le ratio des échanges du Mali était égal à celui du Vietnam ou de la Malaisie, sa croissance du PIB par habitant augmenterait respectivement de 2,6 et 1,6 points de pourcentage environ. • Enfin, si le Tchad était aussi ouvert au commerce international que la Côte d’Ivoire, son taux de croissance annuel du PIB par habitant augmenterait d’environ 0,43 point. Notons que le ratio échanges-PIB du Tchad dépasse déjà celui de nombreux pairs subsahariens, très probablement en raison de sa forte composante d’exportation de pétrole. Si le ratio échanges-PIB du Tchad était égal à celui du Vietnam ou de la Malaisie, deux économies asiatiques que le Tchad pourrait aspirer à imiter, la croissance de son PIB par habitant augmenterait d’environ 0,7 et 1,2 point de pourcentage, respectivement. Les avantages de l’ouverture sont bien connus : bien soutenue par des réformes structurelles, elle apporte des actifs et des investissements diversifiés, de meilleures institutions, de la compétitivité et moins d’appropriation des revenus pétroliers. Toutefois, les résultats de cette simulation doivent être interprétés avec précaution, même s’ils sont confirmés par une modélisation plus sophistiquée. L’approche de l’analyse comparative met en lumière l’augmentation potentielle de l’ouverture commerciale résultant de la diversification des exportations. Par conséquent, la simulation est quelque peu mécanique et ne montre les résultats de la croissance que si l’ouverture du pays comble son écart par rapport au pays de référence. Pourtant, des macroscénarios complémentaires plus complets basés sur la modélisation en équilibre général calculable (EGC) appliquée au Niger et au Mali font état d’impacts très positifs sur la croissance des politiques de diversification des exportations (Banque mondiale 2017, 2018b). Le modèle montre d’abord que sans diversification des exportations, les économies du Niger et du Mali devraient croître à des taux annuels moyens de 4,6 et 4,7 %, respectivement, jusqu’en 2025, taux modestes au mieux en termes de PIB par habitant compte tenu des taux de croissance démographique très élevés. De plus, cette conclusion ne tient pas compte d’une crise positive sur les termes de l’échange. En effet, dans un environnement extérieur positif, simulant une hausse du prix des produits miniers actuellement exportés (voire une baisse du prix des produits importés, c’est-à-dire un choc positif des termes de l’échange), l’effet de croissance ne serait que temporaire et ne modifierait pas fondamentalement ces modestes taux moyens de croissance à moyen terme.7


Pourquoi la diversification des exportations est-elle importante pour les pays MTNG ? | 47

En revanche, des impacts plus importants sur la croissance résulteraient de politiques de diversification en faveur de l’exportation qui stimuleraient la productivité de l’agriculture ou la facilitation du commerce. Grâce à leur impact sur la productivité, les investissements dans l’irrigation ont le potentiel d’augmenter la croissance moyenne du PIB du Niger de 4,6 à 5,3 % par an. L’augmentation de la consommation réelle est encore plus forte, la croissance moyenne de la consommation augmentant de 1 point de pourcentage, passant de 4,6 à 5,7 % par an. Cela s’explique par le fait que l’amélioration de la productivité agricole bénéficierait aux revenus des travailleurs ruraux peu qualifiés, contribuant ainsi à la réduction de la pauvreté, ainsi qu’à ceux des propriétaires terriens. De même, l’amélioration des politiques de facilitation du commerce aurait des effets plus importants sur la croissance, quoique moins prononcés que dans le cas précédent. Les résultats pour le Mali montrent des effets similaires sur la croissance, même si leur ampleur varie.

NOTES 1. « L’hypothèse du grief » suggère qu’une plus grande disponibilité des ressources résultant de la croissance économique pourrait réduire (ou augmenter) la probabilité de conflit selon la manière dont ces ressources sont réparties ou accaparées par des élites restreintes. 2. Le Tchad dispose d’environ 1,5 milliard de barils de réserves prouvées, soit environ 145 barils par habitant. Cette quantité est modeste si on la compare aux 502 barils pour l’Angola et aux 243 barils pour le Nigeria. Avec des taux d’extraction annuels d’environ 8 %, les réserves de pétrole devraient être épuisées vers 2035. Les résultats éventuels d’autres domaines ne modifient pas de manière significative ce résultat. 3. Bien que le grand projet d’uranium d’Imouraren soit temporairement suspendu, les perspectives d’expansion de la production de pétrole et d’or sont favorables, mais limitées aux champs existants. Les exportations d’or devraient connaître une baisse des prix à moyen terme. 4. Ces piliers sont : (i) la promotion de la bonne gouvernance au service du développement durable ; (ii) une transformation économique durable et inclusive ; (iii) le développement inclusif du capital humain ; et (iv) une gestion durable du capital naturel. 5. L’analyse utilise principalement le modèle de régression de la croissance entre pays de Brueckner (2016). Voir Araujo et coll. (2014), Moller et Wacker (2015), et Haile (2016) pour des applications dans le contexte de l’Amérique latine, de la Tanzanie et de l’Éthiopie, respectivement. 6. Cette simulation suppose que le taux d’ouverture commerciale augmente avec la diversification des exportations, non seulement en abaissant les droits de douane (puisque certains pays africains ont des tarifs extérieurs similaires), mais aussi en abaissant les coûts commerciaux, les barrières non tarifaires, les prélèvements, etc. Toutefois, la diversification des exportations ne peut pas être la seule raison d’une telle augmentation éventuelle, car elle pourrait résulter d’une plus forte concentration des exportations. 7. Ce résultat confirme que le modèle de croissance actuel basé sur l’exploitation minière de ces pays a atteint ses limites et que, dans des conditions exceptionnelles, seuls les propriétaires des matières premières et les travailleurs hautement qualifiés bénéficieraient d’une telle amélioration des termes de l’échange.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Araujo, J. T., E. Vostroknutova, M. Brueckner, M. Clavijo, et K. M. Wacker. 2014. Beyond Commodities: The Growth Challenge of Latin America and the Caribbean. Latin American Development Forum. Washington, DC: Banque mondiale.


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BAD (Banque africaine de développement). 2018. “Guinea Economic Outlook.” AfDB, Abidjan. Banque mondiale. 2017. « Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Rapport 120306-NE, Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018a. « Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018b. « Mali: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Banque mondiale, Washington, DC. ———. 2018c. “Country Partnership Framework for the Republic of Guinea for the Period FY2018–FY23.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org​ /handle/10986/29906. ———. 2019. “Africa’s Pulse, No. 19: An Analysis of Issues Shaping Africa’s Economic Future.” Banque mondiale, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31499. Brueckner, J. K. 2014. “National Income and Its Distribution.” IMF Working Paper WP/14/101, IMF, Washington, DC. CREDD 2016–2018. 2016. « Cadre Stratégique pour la relance économique et le développement durable ». Gouvernement du Mali, Bamako. Fonds pour la paix. 2016. Indice du classement des États fragiles, Washington, DC. https://­ fundforpeace.org/wp-content/uploads/2018/08/fragilestatesindex-2016.pdf. Goldstone, J. A., R. H. Bates, D. L. Epstein, T. R. Gurr, M. B. Lustik, M. G. Marshall, J. Ulfelder, et M. Woodward. 2010. “A Global Model for Forecasting Political instability.” American Journal of Political Science 54 (1): 190–208. Gouvernement du Mali. 1999. « Vision du Mali ». Gouvernement du Mali, Bamako. Haile, F. 2016. “Global Shocks and Their Impact on the Tanzanian Economy.” Document de travail 2016–47, Kiel Institute for the World Economy, Kiel. Moller, L. C., et K. M. Wacker. 2015. “Ethiopia’s Growth Acceleration and How to Sustain It: Insights from a Cross-Country Regression Model.” Policy Research Working Paper 7292, World Bank, Washington, DC.


3

Approche conceptuelle ÉCHELLE DE DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS ET TRANSFORMATION STRUCTURELLE

SYNTHÈSE • La documentation montre une forte corrélation entre la diversification des exportations et l’accélération de la croissance. Elle confirme également que la dépendance à l’égard des exportations de ressources naturelles ne permet pas d’obtenir une croissance durable, comporte de nombreuses lacunes et ralentit la transformation structurelle, reflet de la diversification des exportations. • Les pays MTNG (Mali, Tchad, Niger et Guinée) devraient envisager de franchir les quatre étapes d’une stratégie de diversification des exportations : (i) exporter davantage les mêmes produits ; (ii) ouvrir de nouveaux marchés étrangers, aussi bien au niveau régional que mondial ; (iii) identifier les produits agroalimentaires d’exportation gagnants, émergents et plus sophistiqués ; et (iv) participer pleinement à l’industrie agroalimentaire. • La diversification des exportations entraînera (entre autres) une accélération des processus de transformation structurelle dans les pays MTNG. • Toutes les économies MTNG présentent un schéma de changement structurel positif, bien que lent, différent de la tendance essentiellement négative observée en général en Afrique subsaharienne, caractérisée également par une désindustrialisation. Ainsi, dans les pays MTNG, la main-d’œuvre rurale se déplace vers les secteurs urbains productifs, notamment la finance, la construction et les services publics, et proportionnellement moins vers les secteurs associés à l’informalité.

CE QUE DIT LA THÉORIE SUR LA DIVERSIFICATION ET LA CROISSANCE DES EXPORTATIONS La théorie affirme que la dépendance à l’égard des richesses générées par les ressources naturelles ne permet guère d’accélérer durablement la croissance et que, loin d’être une bénédiction, elle présente de nombreuses lacunes, notamment : • Une tendance à dépasser le potentiel en période de prospérité (surchauffe) : Dans les phases initiales de l’essor des matières premières, la demande  49


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intérieure tend à croître trop rapidement, et la politique budgétaire expansionniste a souvent un impact inflationniste. Les dépenses supplémentaires affectent tant les biens échangeables que les bien non échangeable. L a production accrue de matières premières augmente l’offre à l’exportation et, grâce à l’utilisation des devises ainsi générées, elle sert à financer les importations, tandis que les biens non échangeables augmentent également pour répondre à la demande intérieure excédentaire du pays. Par conséquent, la demande de biens non échangeables générée par le boom des matières premières s’accompagne généralement de déficits du compte courant plus importants que d’habitude, entraînant une surchauffe de l’économie. • Forte volatilité de la croissance du produit intérieur brut (PIB). Les prix des matières premières sont très volatils, c’est-à-dire qu’ils présentent des écarts types élevés (souvent supérieurs à 30 % par an). En outre, les chocs des termes de l’échange tendent à être persistants, voire structurels, comme ce fut le cas du dernier choc pétrolier. Ces chocs des termes de l’échange s’accompagnent d’importantes baisses de prix qui créent des contractions majeures et une incertitude dans l’économie. Cela provoque un boom extrêmement volatil de la croissance du PIB basé sur les ressources et amène le PIB non basé sur les ressources à suivre le même schéma. Ce mécanisme de transmission est en soi un obstacle majeur à l’accélération durable de la croissance. • Le « syndrome hollandais » (avec des taux de change ayant tendance à s’apprécier en termes réels). Le boom des matières premières permet de faire baisser le prix des biens non échangeables en raison de la demande excessive de biens importés, voire même d’une baisse due à une appréciation du taux de change favorisant les biens non échangeables. La perte de compétitivité qui en résulte frappe les secteurs des biens échangeables, entravant davantage le potentiel de diversification des exportations et rendant plus attrayants les investissements dans bien non échangeable échangeables (comme la construction). • Des priorisations budgétaires biaisées en faveur d’activités de recherche de rente, non concurrentielles. Les recettes publiques générées par les matières premières ont tendance à être mal réparties et affectées de façon disproportionnée à la satisfaction de besoins non prioritaires, à la suite d’un processus politique manquant souvent de transparence et motivé par des intérêts personnels. Une telle politique discrétionnaire privilégie les dépenses publiques non productives consacrées à des activités portant sur des biens non échangeables plutôt que sur des biens échangeables à plus forte valeur ajoutée et favorisant la productivité agricole. Certains de ces effets indésirables peuvent être atténués par des mécanismes de stabilisation budgétaire bien appliqués (tels que des règles fiscales ou des fonds de stabilisation). Cependant, malgré leur conception appropriée, les institutions fiscales nationales ou régionales ne sont pas encore suffisamment fortes sur le plan institutionnel dans les pays MTNG pour appliquer ces règles.1 En fait, leur fragilité est associée à la faiblesse des institutions, notamment en ce qui concerne l’État de droit et la stabilité politique et ne peut


Approche conceptuelle | 51

garantir la stabilité macro-économique ou la capacité d’attirer davantage d’investisseurs et d’activités commerciales. La théorie affirme également l’existence d’une corrélation positive aux niveaux national et international entre la diversification des exportations et une croissance plus forte. Si une corrélation en soi n’implique pas que la diversification engendre la croissance, une abondante documentation démontre cette relation positive. Il est clairement établi que la diversification des exportations rend l’économie moins vulnérable aux chocs des termes de l’échange et réduit l’instabilité de la croissance, favorisant ainsi la croissance à long terme (voir Imbs et Wacziarg, 2003 ; de Ferranti et coll., 2002 ; Jansen, 2004 ; Bachetta et coll., 2007 ; et Lederman et Maloney, 2012, entre autres, tandis que des traitements complets du sujet se trouvent dans Newfarmer, Shaw et Walkenhorst 2009 et Al-Marhubi 2000). On peut donc en conclure que les pays dont les structures de production et d’exportations sont plus concentrées ont généralement des niveaux de revenu inférieurs à ceux des pays plus diversifiés. Plus récemment, McIntire et coll. (2018) ont constaté que, parmi les petits États, ceux dont les exportations sont plus diversifiées présentent une instabilité de la production plus faible et des taux de croissance moyens supérieurs à ceux des pays moins diversifiés. Pour leur part, Calderón et Cantu (2018) ont étudié les effets de l’ouverture commerciale, de la diversification et du rôle des ressources naturelles sur la croissance dans les ) pays de la CEMAC, y compris le Tchad. Deux conclusions importantes ressortent de cette analyse : (i) l’ouverture des échanges a un lien de causalité positif et significatif avec la croissance ; et (ii) inversement, la concentration des produits d’exportation (et la part des exportations de ressources naturelles dans les exportations totales) a une relation négative et significative avec la croissance.

L’ÉCHELLE DE DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS Bien qu’il n’existe pas de recette unique de diversification des exportations appropriée à tous les pays, de nombreuses options non mutuellement exclusives s’offrent aux pays MTNG. Sur la base des enseignements tirés de l’expérience internationale, une typologie simple de la diversification des exportations permet de définir les grands choix politiques auxquels ces pays sont confrontés. Cette typologie ne devrait pas être considérée comme une recette fixe, mais comme un outil organisationnel qui leur permettra de combiner plusieurs trajectoires de diversification des exportations. Chaque gouvernement devrait considérer chaque option comme faisant partie d’un ensemble de politiques personnalisées menant à la conception de sa propre stratégie. La typologie proposée comporte quatre étapes, dans l’ordre du contenu à valeur ajoutée du paquet d’exportation conçu pour gravir l’échelle de la diversification des exportations (figure 3.1). • À la première étape, un pays vise simplement à exporter plus de volume de ce qu’il produit déjà en tant que produits non liés aux ressources naturelles, ou à accroître sa marge intensive. • À la deuxième étape, le pays exporte ce qu’il produit comme exportations non liées aux ressources vers de nouveaux marchés, ou à accroître sa marge extensive.


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FIGURE 3.1

Échelle de diversification des exportations Sectoriels (favorisant les secteurs qui exportent des produits non pétroliers ou non miniers à forte valeur ajoutée)

Croissance basée sur les produits (exportation de produits non pétroliers ou non miniers à plus forte valeur ajoutée) Croissance des marges extensives (exportation de plus de produits non pétroliers ou non miniers existants vers de nouveaux marchés)

Croissance des marges intensives (exportation de plus de produits non pétroliers ou non miniers existants)

• En échange, à la troisième étape, le pays se tourne vers des produits émergents hors ressources naturelles, souvent pilotes et à plus forte valeur ajoutée. C’est le cas lorsque des pays ciblent la promotion de quelques exportations non traditionnelles (ou paris stratégiques), généralement basées sur les chaînes de valeur de l’agroalimentaire en Afrique de l’Ouest. Cela se traduit non seulement par une moindre concentration des exportations sur un nombre restreint de matières premières, mais également par un processus d’apprentissage par la pratique à moyen terme. • Enfin, à la quatrième et dernière étape, les nouveaux biens d’exportation émergents hors ressources naturelles et à plus forte valeur ajoutée (et, à terme, de services) entraînent une recomposition du PIB sous-sectoriel, qui favorise une part plus importante de produits hors ressources naturelles à plus forte valeur ajoutée, conduisant finalement à une diversification sectorielle de l’économie. Il convient de garder à l’esprit deux mises en garde importantes. Premièrement, les étapes 1 et 2 sont les mieux adaptées aux pays MTNG présentant des exportations dynamiques à faibles complexité et valeur ajoutée (ce dernier concept sera développé dans les chapitres 4 et 5). À ces étapes, des actions simples telles que la facilitation des transactions transfrontalières ou de nouveaux débouchés peuvent revêtir une importance particulière dans un contexte de fragilité. En revanche, les étapes 3 et 4 nécessitent de passer progressivement à des biens (ou services) plus complexes et à plus forte valeur ajoutée. Cela implique l’interaction d’un ensemble plus complet de politiques traitant des principaux défis ou obstacles rencontrés dans l’environnement des affaires initial spécifique à chaque chaîne de valeur de l’agro-industrie sélectionnée avant d’élargir, plus tard, la portée de ces politiques. De plus, ces deux dernières étapes devraient être accompagnées d’un déplacement de la main-d’œuvre, passant de biens ou secteurs à faible productivité à des secteurs à productivité élevée dans le cadre d’un processus appelé « transformation structurelle», dont le statut est examiné plus en détail ci-dessous. Deuxièmement, même si le gouvernement de chaque pays MTNG est censé personnaliser l’ordre et la hiérarchisation des priorités de la liste des mesures stratégiques figurant à la fin de chacun des chapitres suivants, ce rapport présente également des principaux catalyseurs de changement dans les domaines d’intervention, ainsi que leur emplacement idéal sur l’échelle de diversification des exportations (voir tableau 8.5).


Approche conceptuelle | 53

DIVERSIFICATION ET DYNAMIQUE DE TRANSFORMATION STRUCTURELLE Comme indiqué ci-dessus, plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, dont les pays MTNG, ont élaboré des plans visant à atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire à l’horizon 2030-2035, ce qui nécessitera (entre autres) une accélération du processus de transformation structurelle, reflet de la diversification des exportations. Le changement structurel (ou transformation) consiste en une réaffectation dynamique de la main-d’œuvre des secteurs moins productifs vers des secteurs à plus forte productivité. En général, les transformations structurelles sont associées au processus d’industrialisation. Toutefois, le terme a fait l’objet d’un examen poussé, car de nombreux pays, dont les pays MTNG, semblent être encore nettement sous-industrialisés (par rapport à une moyenne de 10 à 12 % du PIB dans les pays Afrique subsaharienne) ou même en cours de désindustrialisation. Toutefois, certains progrès sont observés grâce à l’investissement public dans la construction de raffineries de pétrole et de cimenteries et au développement des industries agroalimentaires, le changement structurel expliquant une part nettement positive de la croissance de la productivité du travail des pays MTNG. Ainsi, contrairement à ce qui semble être une structure régionale en Afrique subsaharienne, des transformations structurelles se produisent effectivement, quoique lentement, dans les économies des pays MTNG. En règle générale, il y a un lien entre industrialisation et transformation structurelle. Les deux processus tendent à converger, car les pays qui ont réussi à atteindre des niveaux élevés de transformation structurelle ont également été caractérisés par la réaffectation de la main-d’œuvre agricole et d’autres ressources vers des activités urbaines modernes, souvent dans le secteur manufacturier ou les services, entraînant une augmentation générale de la productivité et des niveaux de revenus. En général, dans les années 1970 et 1980, les pays d’Asie de l’Est ont réussi à transformer leur économie agraire en une économie manufacturière. En revanche, les économies d’Afrique subsaharienne, notamment les pays MTNG, sont généralement spécialisées dans l’agriculture et les activités axées sur les ressources naturelles. Par conséquent, leur transformation structurelle escomptée, qui devrait mettre l’accent sur la génération d’économies d’échelle, l’adoption de nouvelles technologies et le développement de capacités centrées sur la fabrication ou les services, s’est également produite à un rythme très lent. En fait, la rapidité avec laquelle la transformation structurelle se produit est un facteur déterminant du succès du processus (McMillan, Rodrik et Verduzco 2014). Le modèle de transformation structurelle tend également à être associé à une courbe de la production manufacturière (en part du PIB) en forme de cloche, dans un phénomène appelé « désindustrialisation prématurée ». En général, le tournant semble se produire à des niveaux de revenu beaucoup plus bas pour les pays en développement, de sorte que leur déclin dans le secteur manufacturier commence à des niveaux de revenu qui ne représentent qu’une fraction de ceux auxquels les économies avancées commencent à se désindustrialiser. Ainsi, les pays en développement devraient en principe passer à une économie de services plus tôt que les économies développées. Cela semble être le cas des pays d’Afrique subsaharienne, qui ont connu une baisse importante de la part de l’industrie manufacturière dans le PIB en passant de 15 % dans les années 1980 à environ 11 % en 2015, avec des baisses parallèles de l’emploi et


54 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

de la valeur ajoutée réelle. En tant que réponse politique visant à prévenir la désindustrialisation prématurée, il est communément admis que les perspectives de diversification dépendent encore étroitement de la promotion de nouvelles industries manufacturières (Rodrik 2016). Dans le cas des MTNG, cet argument devrait être affiné, car le potentiel d’accélération de la transformation structurelle pourrait plutôt résider dans la promotion de l’agroindustrie et des services connexes. La difficulté à trouver un modèle commun de transformation structurelle en Afrique est liée au facteur de fragilité. Des recherches récentes (Banque mondiale 2019) pour la période 2008-2017 ont montré que : (i) il existe encore une très grande proportion de travailleurs employés dans l’agriculture dans les pays fragiles ; (ii) la part de l’emploi dans les services dans les pays fragiles est nettement inférieure à celle des pays non fragiles ; (iii) la réduction de la part de l’emploi agricole est plus rapide dans les pays non fragiles que les pays ­fragiles ; (iv) l’augmentation de la part de l’emploi dans les services au cours de la même période est plus rapide dans les pays non fragiles ; et (v) il n’y a pas de différence marquée dans la part de l’emploi industriel entre économies fragiles et non fragiles. À cet égard, l’industrialisation traditionnelle ancrée dans un fort protectionnisme dans les pays MTNG aboutit à de nombreux échecs. Le cas de l’industrialisation stagnante du Tchad en est une illustration. Centrée sur ses entreprises publiques, dont la viabilité financière est très discutable, la part du secteur manufacturier tchadien dans le PIB a régulièrement augmenté de 2005 à 2012, atteignant la moyenne de l’Afrique subsaharienne, avant de rompre la tendance et de diminuer, avec de légères fluctuations entre 2013 et 2015 (figure 3.2). La découverte de gisements de pétrole au début des années 2000 a d’abord été suivie par la création ou l’expansion d’entreprises publiques dans le raffinage du pétrole, la fabrication de ciment, l’assemblage de tracteurs, la transformation du fer, l’assemblage de bicyclettes, la production de jus de fruits, et la relance des industries du textile et du cuir. Cofinancés par le gouvernement au moyen de son propre budget et de prêts de la Chine et de l’Inde, ces investissements ont initialement eu des répercussions positives importantes sur la création d’emplois et la diversification économique.

FIGURE 3.2

Valeur ajoutée manufacturière du Tchad versus moyenne Afrique subsaharienne 12

PIB (en %)

10 8 6 4 2 0 2005 2006 2007 2008 2009 2010 Tchad

2011

2012

2013

2014

2015

Afrique subsaharienne

Sources : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale, Washington, DC, https:// datacatalog​.­worldbank.org/dataset/world​-development-indicators; autorités tchadiennes. Note : PIB = produit intérieur brut.


Approche conceptuelle | 55

Toutefois, leur rentabilité a été affectée non seulement par une mauvaise gestion et un environnement des affaires défavorable, mais également par la baisse des subventions à la suite de la chute des prix.2 Une étude du FMI (2017) a révélé que les subventions aux entreprises publiques étaient répandues et avaient augmenté à 4,8 % du PIB non pétrolier en 2012, ce qui a lourdement pesé sur le budget. Pour sa part, l’industrialisation du Niger ne fait pas exception à la règle : sa part dans le PIB a stagné autour de 6 % du PIB depuis le début des années 1990, avec une légère augmentation au milieu des années 2010. De même, la part moyenne de l’industrie manufacturière dans le PIB au Mali a stagné autour de 10-11% depuis plus de trois décennies. Entre-temps, sa croissance dans tous les sous-secteurs a été volatile et terne au cours de la même période (figure 3.3). Enfin, le secteur manufacturier guinéen est également petit, stagnant en dessous de 9 % du PIB, et il est principalement concentré à Conakry (Banque mondiale 2017b) Le reste de cette section évalue le rythme et le type de changement structurel dans les pays MTNG au cours de la période 1990-2015.3 Les précédentes analyses montrent que dans tous ces pays, si le secteur agricole enregistre le plus faible niveau de productivité de la main-d’œuvre, il a néanmoins la plus grande part d’emploi et de contribution au PIB, bien qu’en déclin. Ainsi, on peut légitimement se demander s’il existe un flux de main-d’œuvre du secteur agricole à faible productivité vers les secteurs à forte productivité. En ce qui concerne le rythme, il est utile de se concentrer sur cette période pour deux raisons : (i) il s’agit de la période la plus récente pour laquelle des données sont disponibles et au cours de laquelle des changements importants se sont produits ; et (ii) il s’agit de la période couverte par un échantillon plus large de pays en développement disponible dans la base de données sectorielle du Centre de Groningue pour la croissance et le développement – Afrique. En ce qui concerne son type, les résultats ci-dessous confirment que les secteurs extractifs ou miniers plus productifs n’ont pas créé d’emplois en abondance, ce qui reflète une faible complémentarité et de faibles retombées entre les économies minières et non minières.4 Qui plus est, l’analyse révèle un modèle positif commun de changement structurel pour tous les pays du MTNG

FIGURE 3.3

Stagnation de l’industrialisation du Mali 14

Industrie manufacturière (en pourcentage du PIB)

12 10 8 6 4 2

19 1980 19 81 1982 1983 1984 1985 1986 19 87 1988 1989 1990 19 91 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 20 99 2000 20 01 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 20 11 2012 2013 2014 15

0

Industries agroalimentaires Source : Gouvernement du Mali, 2017. Note : PIB = produit intérieur brut.

Textiles

Autres industries


56 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

à travers diverses périodes, qui diffère des modèles régionaux en déclin dans le monde entier, y compris ceux observés dans les économies d’Afrique subsaharienne.5 • La transformation structurelle positive de la Guinée s’est accompagnée de flux de main-d’œuvre non seulement de l’agriculture vers les secteurs à forte productivité, mais aussi vers les secteurs à faible productivité. Comme le montre la figure 3.4, la trajectoire de transformation structurelle situe l’agriculture (caractérisée par une faible productivité et une baisse des parts de la main-d’œuvre) dans le quadrant inférieur gauche, et les secteurs les plus dynamiques, tels que les mines et les carrières, les services publics, la construction et l’industrie manufacturière (caractérisées par une forte productivité et une part de la main-d’œuvre très faible, mais croissante) dans le quadrant supérieur droit. Fait intéressant à noter : bien que la main-d’œuvre guinéenne ait quitté l’agriculture, elle s’est surtout tournée vers d’autres secteurs à faible productivité, tels que les services communautaires et gouvernementaux, ainsi que les commerces de gros et de détail. En outre, un flux négligeable de main-d’œuvre a été enregistré dans des secteurs à productivité relativement élevée tels que les finances, les transports et les télécommunications, une dynamique encourageante qui facilite la transformation structurelle. • Le Niger connaît également des changements structurels positifs accompagnés de flux de main-d’œuvre provenant de l’agriculture vers des secteurs à forte productivité, mais aussi vers des secteurs à faible productivité.

FIGURE 3.4

Guinée : Corrélation entre la productivité sectorielle et l’évolution de la part de l’emploi, 2006–2015 min

3 Log (productivité sectorielle/ productivité totale)

ß = 0,413 ; t = 2,17 sp

2

tsc fai

con 1

csps

cgd sg

0

–1 agr –6

–4

–2

0

2

Évolution de la part de l’emploi Valeurs ajustées Source : Les calculs de Mijiyawa (2018) sont basés sur les données de l’Institut National de la Statistique (INS). Note : La taille du cercle représente la part de l’emploi en 2006. agr = agriculture ; cgd = commerce de gros et de détail, hôtels et restaurants ; con = construction ; csps = services communautaires, sociaux et personnels ; fai = finance, assurance et immobilier ; min = mines et carrières ; sg = services gouvernementaux ; sp = services publics ; tsc = transports et télécommunications ; b = coefficient de la variable indépendante dans la régression ; t = statistique t, test standard de la signification de l’estimation bêta. Ln (p/P) = a + bΔ part de l’emploi.


Approche conceptuelle | 57

La trajectoire de transformation structurelle au Niger situe également ­l’agriculture et le commerce de gros (caractérisés par une faible productivité et une part décroissante de la main-d’œuvre) dans le quadrant inférieur gauche et les secteurs relativement plus dynamiques, tels que les services publics et les industries extractives (caractérisés par une productivité élevée et une part de main-d’œuvre en hausse) dans le quadrant supérieur droit (figure 3.5a). La main-d’œuvre nigérienne a quitté l’agriculture et s’est surtout tournée vers les services communautaires (principalement l’éducation et les soins de santé) et, dans une moindre mesure, vers les services de fabrication et de transport, qui ont connu une légère amélioration de la productivité. • Les derniers changements sont positifs bien que de petite envergure. Il va sans dire que l’impact de ces changements sur la productivité globale (et finalement sur la croissance) aurait été beaucoup plus important si la main-d’œuvre avait été délocalisée dans des secteurs plus productifs, ce qui pour diverses raisons (manque de marge de manœuvre budgétaire, faible investissement privé dû à un environnement des affaires défavorable, et chute des prix des matières premières) semblait avoir atteint un plafond en termes de potentiel de création d’emplois. • Pour sa part, le Tchad a connu une transformation structurelle modeste, mais positive. La figure 3.5b montre que l’évolution structurelle du Tchad situe également l’agriculture (caractérisée par une faible productivité et une part décroissante de la main-d’œuvre) dans le quadrant inférieur gauche et le secteur relativement plus dynamique, notamment les industries extractives et

FIGURE 3.5

Corrélation de la productivité des secteurs et évolution de l’emploi au Niger et au Tchad, 1990-2015 et 2005–2015

2,0

b. Tchad

ß = 0,1979 ; t-stat = 1,43 sg

1,5

min

1,0

sp con 0,5

fai

tsc man

cgd

0,0

csps

agr

–0,5 –1,0 –4

Log de (productivité sectorielle/productivité

Log de (productivité sectorielle/productivité

a. Niger

–3

–2

–1

0

1

2

3,0

ß = 0,036 ; t-stat = 0,31

2,5 2,0

min

y = 0,036x + 0,5195 R2 = 0,0157

1,5 1,0

fai tsc con sp csps sg

0,5 0,0

–1,0 –10

cgd, –0,1 man

agr

–0,5 –5

0

5

10

Évolution de la part de l’emploi (OEmployment share)

Évolution de la part de l’emploi (OEmployment share) Valeurs ajustées

Source : Daki, S. et López-Calix 2017. Note : La taille du cercle représente la part de l’emploi en année initiale. agr = agriculture ; cgd = commerce de gros et de détail, hôtels et restaurants ; con = construction ; csps = services communautaires, sociaux et personnels ; fai = finance, assurance et immobilier ; man = industrie manufacturière ; min = mines et carrières ; sg = services gouvernementaux ; sp = services publics ; tsc = transports et télécommunications ; β = coefficient de la variable indépendante dans la régression ; t = statistique t, test standard de la signification de l’estimation bêta. Ln (p/P) = α + βΔ part de l’emploi.


58 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

les services financiers (caractérisés par une productivité élevée et une part croissante de la main-d’œuvre) dans le quadrant supérieur droit, mais avec peu de création d’emplois. • De ce fait, lorsque la main-d’œuvre au Tchad a quitté l’agriculture, elle s’est principalement tournée vers le secteur manufacturier et le commerce de gros et de détail (informel), moins productifs, ainsi que vers les services d’hôtellerie et restauration. Ainsi, le schéma de changement structurel positif, bien que lent, dans les pays de la MTNG diffère du schéma dominant pour la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne. Lorsque les résultats sont basés sur des moyennes régionales pour quatre groupes de pays – l’Amérique latine et les Caraïbes, les pays à revenu élevé, Afrique subsaharienne et Asie — sont présentés, il est possible de corroborer que la décomposition de la productivité du travail des pays MTNG en une composante interne intrasectorielle due au changement technologique, à l’accumulation de capital et à la réduction des mauvaises allocations, et une composante due au changement structurel diffère de celle qui est dominante dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne La figure 3.6 montre que le changement structurel a représenté environ 35 % de la croissance de la productivité du travail au Tchad sur l’ensemble de la période 2005-2015. La figure 3.7 montre que le changement du Niger structurel a représenté environ 30 % de la croissance de la productivité du travail sur l’ensemble de la période 2005-2015. Mijiyawa (2018) a également constaté que le changement structurel représentait environ 40 % de la croissance de la productivité du travail au cours de la période 2006-2015. Ces parts sont non négligeables, même si on les compare à celles de l’Asie, la région où la contribution du changement structurel a été la plus importante.6 Enfin, il faut garder à l’esprit deux importantes mises en garde : d’une part, le fait de privilégier l’agriculture ne signifie pas que l’on minimise le potentiel d’expansion des services et, d’autre part, le fait d’avoir un important excédent de travailleurs dans l’agriculture ne devrait pas en soi être considéré comme un handicap pour la transformation structurelle en soi. Pour ce qui est de la

FIGURE 3.6

Tchad : Décomposition de la croissance de la productivité du travail, 2005–15 2010–15

2005–10

2005–15 0

1

2

3

4

Pourcentage Composante « interne » de la croissance de la productivité Changement structurel Source : Estimations initiales basées sur les travaux de Daki et López-Càlix 2017.

5


Approche conceptuelle | 59

FIGURE 3.7

Décomposition de la croissance de la productivité du travail au Niger, 1990–2015, et les régions du monde, 1990–2005 LAC

Afrique

Asie

Pays à revenu élevé

Niger –2

–1

0

1

2

3

4

5

Pourcentage Interne

Structurel

Sources : Niger : Comptes nationaux et statistiques du travail ; moyennes régionales pour l’Amérique latine et Caraïbes, l’Afrique, l’Asie et les pays à haut revenu : Daki et López-Cálix (2017), sur la base des travaux de McMillan, Rodrik et Verduzco (2014). Note : LAC = Région Amérique latine et Caraïbes.

première mise en garde, comme nous le verrons plus loin, certains services de TIC et de voyage ont révélé des avantages comparatifs positifs. Pour le deuxième point, on peut noter que les pays qui entament le processus de transformation structurelle avec une main-d’œuvre abondante et disponible, comme les MTNG, partagent une condition initiale commune, à savoir un grand nombre de travailleurs non qualifiés prêts à se lancer dans des activités relativement plus productives que les activités de subsistance développées dans les zones rurales, notamment l’industrialisation de l’agroindustrie ou les services d’appui. À cet égard, travailler sur les complémentarités entre l’expansion des chaines de valeur de l’agroindustrie dans une agriculture commerciale initialement orientée vers le marché intérieur pour atteindre ensuite des marchés extérieurs constitue une première étape naturelle. En fin de compte, ce qui est vraiment important pour le processus de transformation structurelle, c’est la capacité de l’économie rurale à générer des emplois abondants et modernes grâce au développement d’activités de la chaîne de valeur de l’agroindustrie plus productives, concurrentielles et axées sur l’exportation.

NOTES 1. De ce fait, ces institutions fiscales ne peuvent garantir ni la stabilité macroéconomique ni la capacité d’attirer plus d’investisseurs et d’activités commerciales. Après de nombreuses tentatives infructueuses, les pays de l’UEMOA et de la CEMAC ont convenu d’un cadre de surveillance multilatérale amélioré, comprenant l’engagement d’atteindre un déficit budgétaire de 3 % du PIB (de base, y compris les dons) à l’horizon 2019. López-Cálix (2017) examine la mise en œuvre antérieure de ces mesures.


60 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

2. Dans le cas des cimenteries et de la raffinerie de pétrole, ces subventions étaient nécessaires car le gouvernement avait imposé un plafond sur les prix de vente de leurs produits pour les rendre plus abordables. La raffinerie, inaugurée en juin 2011, a été fermée en janvier 2012 après le refus de la société chinoise de livrer du carburant à des prix inférieurs au coût de production. La raffinerie, inaugurée en juin 2011, a été fermée en janvier 2012 en raison du refus de la société chinoise de distribuer le carburant à des prix inférieurs au coût de production. 3. Tous les pays, sauf le Mali, pour lesquels des données sectorielles ventilées sur le travail ne sont pas disponibles. Le Tchad dispose de données sur le travail pour 2005 uniquement. Cette section est basée sur les travaux de Daki et López-Calix (2017). 4. Malgré cette constatation, l’exploitation minière reste une priorité (c’est-à-dire l’amélioration de sa gouvernance), car elle est probablement plus facile et plus rapide que le développement de nouvelles exportations agroalimentaires. En outre, certains pays ont réussi à renforcer les retombées entre les deux économies. Au Botswana, le passage de l’industrie du diamant à celle du bœuf en est une parfaite illustration. 5. Rien n’indique que des transformations structurelles importantes aient été à la base de la croissance récente de l’Afrique, car des études antérieures n’ont révélé aucune évolution structurelle dans les pays d’Afrique subsaharienne. McMillan et coll. (2014) couvre la période 1990-2005, marquée par un transfert de main-d’œuvre des secteurs ayant une productivité supérieure à la moyenne vers des secteurs dont la productivité est inférieure à la moyenne d’Afrique subsaharienne. 6. Les résultats pour les pays MTNG ne sont pas exactement comparables à ceux d’autres régions en raison de lacunes dans les données, d’une différence au niveau de la période de référence et des données par habitant appliquées lors du calcul de la décomposition utilisée dans McMillan, Rodrik et Verduzco (2014).

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4

Fondements microéconomiques (1)

IDENTIFIER LES OPPORTUNITÉS DE DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS

SYNTHÈSE • Au niveau microéconomique, le développement d’une stratégie de diversification des exportations nécessite tout d’abord d’identifier les opportunités potentielles d’exportation de produits (ou de services) non pétroliers. • Ces opportunités sont rares au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée (MTNG), qui figurent parmi les pays dont la production est la moins diversifiée et enregistrent les ratios d’exportation les plus concentrés sur le marché de l’Afrique subsaharienne, ces ratios se détériorant même dans certains cas. • Deux approches paramétriques mesurant la compétitivité des produits – ­l’avantage comparatif révélé (ACR) et les taux de croissance (TC) sur 5 ans – ­permettent d’identifier les produits émergents. • Deux approches complémentaires – l’aire et la complexité du produit – déterminent la pertinence de toute option de modernisation d’un produit en fonction de sa compétitivité dans les domaines des technologies et des compétences et de sa proximité par rapport aux marchés étrangers pour les produits présentant des capacités de production similaires. • De façon générale, la position dans l’espace produit des biens les plus compétitifs des pays MTNG (minéraux, végétaux et textiles) est très dispersée et périphérique, ce qui ne favorise guère leur diversification. • Cependant, le succès des paris stratégiques repose toujours sur une grande sélectivité et sur la fourniture des intrants publics actuellement manquants pour lever les obstacles à leur développement. • Par conséquent, la stratégie à court terme (étapes 1 et 2 de l’échelle) devrait se concentrer sur les quelques rares produits pour lesquels chaque pays dispose déjà d’un avantage comparatif important et dont les exportations sont déjà dynamiques.

63


64 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

• La stratégie à moyen terme (étapes 3 et 4 de l’échelle, associées à un changement structurel) devrait accroître progressivement les efforts déployés en faveur de produits d’exportation plus sophistiqués (à plus forte valeur ajoutée), principalement des produits agroalimentaires et des textiles, tout en soutenant les services de technologies de l’information et de la communication (TIC) et de transport.

EFFORTS PRÉCÉDEMMENT DÉPLOYÉS POUR IDENTIFIER DE NOUVELLES EXPORTATIONS Le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée (MTNG) font partie des pays ayant les taux de concentration des exportations les plus élevés au monde, ce qui ralentit leur potentielle croissance. Comme évoqué plus haut, plus de 80 % (moyenne) des recettes d’exportation de ces pays provenaient en 2015 de seulement un ou deux produits primaires, et cette tendance a perduré depuis les années 1970. Leurs recettes d’exportation sont, par conséquent, hautement volatiles, car largement impactées par la demande et les prix mondiaux. Pour pallier cet inconvénient, de nombreux efforts ont été déployés à l’origine pour diversifier leurs exportations. Le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée (Pays MTNG) s’emploient déjà activement à identifier les produits potentiellement gagnants à l’exportation. • Au Niger, l’Agence nigérienne pour la promotion des exportations (ANIPEX) a préparé un rapport analysant le potentiel d’exportation du pays (ANIPEX, 2016). Ce rapport fournit de nombreuses informations sur la capacité potentielle de production et les principales contraintes au développement des exportations. Selon ce rapport, le Niger détient un potentiel élevé d’exportation pour 8 produits : niébé, gomme arabique, produits de l’artisanat, cuirs et peaux, bétail et viande, oignons, graines de sésame et souchet. • Au Mali, le Centre du commerce international (CCI) a préparé pour l’Agence de promotion des exportations (APEX) un rapport qui analyse le potentiel d’exportation du Mali (CCI 2014). Plus récemment, le ministère de l’Agriculture a défini un profil stratégique pour le développement du Programme pour la compétitivité et la diversification de l’agriculture (PCDA) du Mali. Les deux rapports ont identifié 11 produits pour lesquels le Mali avait un potentiel élevé d’exportation : coton, engrais, poissons, haricots verts, gomme arabique, karité, mangues, pommes de terre, riz, graines de sésame et sucre. • L’ANIPEX, au Tchad, et l’Agence Guinéenne de Promotion des Exportations (AGUIPEX) ont réalisé des analyses similaires. Leurs résultats sont précieux, car ils offrent à ces pays un point de départ solide. Chaque analyse, reposant en grande partie sur l’avantage comparatif de chaque pays et sur sa base actuelle de connaissances, ne filtre pas seulement ces résultats, mais montre également que les pays MTNG disposent de possibilités supplémentaires de diversification de leur portefeuille d’exportation, non seulement de produits, mais aussi de services, comme l’avaient initialement montré ces agences. Sur la base de ces résultats, une approche sélective de ciblage des produits émergents est proposée.


Fondements microéconomiques (1) | 65

APPROCHE PAR L’ANALYSE DES AVANTAGES COMPARATIFS RÉVÉLÉS Les deux analyses séquentielles présentées ci-dessous (potentiel d’exportation d’un pays et espace produit) se fondent sur le concept de capacités cachées. La première méthode utilise un indicateur pour estimer la capacité du pays à être compétitif à l’échelle mondiale, appelé avantage comparatif révélé (ACR). L’ACR mesure la compétitivité relative des pays en ce qui concerne l’exportation de différents produits (annexe 4A). La structure des échanges des produits de base reflète les différences entre pays en termes de coûts relatifs ainsi que de facteurs hors prix (Balassa 1986). L’avantage d’utiliser l’indice ACR est qu’il est cohérent avec les changements dans la dotation relative en facteurs de l’économie d’un pays ainsi que l’évolution de sa ­productivité.1 L’inconvénient de cet indice est que la fiabilité et la robustesse de ses résultats sont discutables lorsqu’il y a des barrières à l’importation et des contraintes à l’exportation (French 2017). Pour prendre en compte cette limite, des indicateurs complémentaires sont nécessaires. Idéalement, dans de tels cas, les ACR devraient être estimés sur la base des flux commerciaux bilatéraux. Cependant, la mauvaise qualité des statistiques officielles sur les flux bilatéraux dans les pays MTNG – compte tenu de la part élevée du commerce non enregistré – minimise les gains de fiabilité présumés d’une telle approche. Une approche alternative plus pragmatique (appliquée ici) consisterait à estimer également la croissance moyenne passée des exportations sur cinq ans – une approche souvent utilisée comme indicateur indirect pour identifier les découvertes d’exportation. montre que cette approche permet d’augmenter le nombre de produits de base ayant un potentiel à l’exportation tout en détectant ceux qui ont connu récemment un déclin. Ci-dessous sont présentées les principales conclusions de l’analyse ACR (les Rapports Pays donnent de plus amples détails).2 Pour commencer, des indices ACR spécifiques aux produits, au niveau ­sectoriel, sont estimés afin d’évaluer la compétitivité sectorielle de ces pays (tableau 4.1). L’analyse se concentre sur les produits d’exportation dont la valeur atteint 1,9 milliard USD en 2015. Il est intéressant de noter que tous semblent avoir un fort avantage comparatif (ACR > 1) dans les produits végétaux. En effet, le Tchad et la Guinée jouissent des avantages comparatifs les plus importants dans le domaine des productions végétales, tandis que le Mali dispose notamment d’un avantage comparatif dans la production de cuirs et peaux. En revanche, les avantages comparatifs relatifs du Niger n’étaient pas aussi importants dans ses exportations que chez les trois autres pays. En effet, l’indice ARC le plus élevé du Niger n’est que de 1,9, pour les légumes.3 Dans un deuxième temps, les indices ACR spécifiques aux produits révèlent la compétitivité de quelques produits seulement. Les résultats groupés pour tous les produits MTNG compétitifs sont présentés dans le tableau 4.2, accompagnés de la croissance moyenne de leurs exportations sur cinq ans. La liste n’est pas exhaustive, et quelque peu sélective. Le pays présentant le plus grand nombre de produits compétitifs est le Niger (et cela comprend ses exportations traditionnelles). Cela laisse penser que si les pays ont le potentiel exporter des dizaines de produits, la plupart de ces produits ne présenteraient qu’un potentiel d’exportation très faible. Par exemple, en 2015, le Tchad a exporté un peu plus de 120 ­produits de base (pour des montants allant de seulement 1000 USD à


66 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 4.1  Avantage comparatif moyen révélé par secteur au Tchad, en Guinée, au Mali et au Niger, 2015 TCHAD

GUINÉE

MALI

NIGER

2015

2015

2014

2014

Produits végétaux

63,8

100,22

64,4

1,9

Métaux

31,9

13,79

n.d.

0,1

Produits minéraux

2,1

7,83

n.d.

0,4

Animaux et produits d’origine animale

1,6

4,17

3,5

1,3

Textiles

1,4

3,18

8

0,3

Cuirs, peaux et cuirs bruts, et fourrures

0,6

2,89

175,5

0,8

Bois et produits du bois

0,1

1,76

n.d.

0,1

Pierres et verre

0,1

0,38

28,8

0,1

Plastiques et caoutchouc

0,04

0,36

1,7

0,03

Chimie et industries connexes

0,02

0,34

20,8

0,04

Denrées alimentaires

0,01

0,16

n.d.

0,5

0,001

0,02

1,7

0,1

Chaussures et chapellerie

Sources : Observatory of Economic Complexity (base de données), https://oec.world/en/ ; Khebede 2018a, 2018b. Note : Données normalisées. n.d. = non disponible.

1,9 ­milliard d’USD), alors qu’il ne présente un avantage comparatif relatif que pour 11 d’entre eux. Cela signifie que la part du Tchad dans les exportations mondiales de ces 11 produits de base est supérieure à ce que l’on pourrait attendre, compte tenu de l’importance de ses exportations et de la taille du marché mondial de ces produits. De plus, cette liste n’est pas rallongée de beaucoup même si l’on y inclut les produits dont la croissance des exportations a été positive (de préférence à deux chiffres) au cours des cinq dernières années.4 Par conséquent, les avantages comparatifs les plus élevés du Tchad résident dans les produits végétaux, en particulier la gomme arabique, les graines de sésame, le coton et la farine de maïs. Les autres exportations agro-industrielles hautement compétitives concernent les cuirs ; cuirs bruts et peaux ; et les produits textiles manufacturés.5 Les services spécifiques ont également beaucoup progressé dans les exportations émergentes des pays MTNG. Deux secteurs en particulier, les technologies de l’information et des communications (TIC) et les voyages, présentent des ACR positifs. Au Niger et au Mali, le secteur des TIC a connu une croissance respective moyenne de 33 % et 12,5 %. dans lesquels ces pays ont un avantage comparatif relatif. En dehors des TIC et des voyages, et en supposant que les problèmes de sécurité s’atténuent à moyen terme, la relance du secteur du tourisme offrirait une autre possibilité de diversification. Enfin, tous les pays MTNG pourraient tirer parti de l’expansion de leurs services de transport, un secteur à faible complexité. Le développement d’infrastructures complémentaires de transport est primordial pour soutenir les activités d’exportation, comme souligné ci-dessous.


TABLEAU 4.2  Résumé

d’une sélection de produits présentant un potentiel de diversification des exportations plus important

TCHAD

DESCRIPTION PRODUIT

GUINÉE

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

Farine de maïs

17,4

100

Graines de sésame

57,1

7 051

625,7

83,5

Huile de pétrole et huile de bitume

19,7

–9,4

Cuirs et peaux de reptiles (frais ou conservés)

2,7

Cuir de reptile

DESCRIPTION PRODUIT

MALI

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

DESCRIPTION PRODUIT

NIGER

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

DESCRIPTION PRODUIT

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

Minerais d’aluminium et concentrés

1,152

n.d.

Cuir de peau de chèvre ou de chevreau (hors préparation ultérieure)

592

–37,0

Minerais d’uranium et concentrés

875,9

n.d.

Timbres neufs, documents avec impression de timbres, billets de banque

324

n.d.

Cuir de peau de mouton ou d’agneau (hors préparation)

395

10,4

Uranium naturel et composé

622,7

n.d.

Salmonidés frais ou réfrigérés

104

440,9

Graines de sésame

379

27,2

Graines de sésame

78,7

231

Autres caoutchoucs naturels (sous forme primaire ou plastique)

100

99,7

Coton (non cardé ni peigné)

278

2,1

Chèvres vivantes

72,5

-30

–32,9

Noix de cajou (fraîches ou séchées)

80

3,4

Gomme naturelle, résine, résine-gomme et baumier

123

69,7

Coton tissé uni ou imprimé (>85 % coton)

48,3

48,3

1,1

674

Poissons plats congelés (hors flétans, plies et soles)

57

13,8

Gomme arabique naturelle

91

33,0

Riz (brun) décortiqué 27,8

27,8

22,0

3,1

Minerais de nickel et concentrés

45

n.d.

Engrais minéraux ou chimiques (azotés)

86

n.d.

Vêtements d’occasion et autres articles

25,9

n.d.

Tissus teints (<85% % de fibres synthétiques + coton)

3,8

3 800

Or sous forme semi-manufacturée (non monétaire)

37

n.d.

Goyave, mangue et mangoustan (frais ou séchés)

86

–3,0

Graisses et huiles végétales et leurs fractions

22,1

2,6

Ouate en fibres artificielles (articles)

1,8

37,9

Fèves de cacao (entières ou cassées, crues ou grillées)

29

28,9

Peaux de moutons ou d’agneaux (sans laine, non sélectionnées)

48

30,4

Pommes de terre (congelées)

20,1

2,2

Salmonidés congelés (hors Pacifique, Atlantique)

28

5,9

Or sous forme brute (non monétaire)

35

n.d.

Autres produits minéraux

19,5

n.d.

Cire d’abeille, autres cires d’insectes et spermaceti

25

–33,7

Tissus tissés (<85 % de fibres synthétiques discontinues)

30

150,3

Légumes utilisés principalement pour la consommation humaine

16,6

9,7

Gomme arabique naturelle

(hors HS-0302,11)

Coton (non cardé ni peigné)

Fondements microéconomiques (1) | 67

la suite ci-après


TCHAD

DESCRIPTION PRODUIT

ACR 2015

GUINÉE CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

DESCRIPTION PRODUIT

MALI

ACR 2015

Poissons congelés

19

Or sous forme brute (non monétaire)

17

Poissons séchés (non fumés, sauf morues)

16

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

19,5 n.d.

16,2

DESCRIPTION PRODUIT

NIGER

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

DESCRIPTION PRODUIT

ACR 2015

CGR SUR 5 ANS (POUR CENT)

Fil de coton (hors couture)

22

31,8

Oignons et échalotes (frais ou réfrigérés)

15,5

-9

Autres fruits, préparés ou conservés

17

25,9

Racines et tubercules à haute teneur en amidon (frais)

15,5

n.d.

Bois (brut, hors traitement)

15

n.d.

Chevaux vivants (autres que pure race)

11,9

-10

Autres confitures, gelées de fruits, marmelades

13

321

Source : Base de données du commerce international BACI basée sur des données à HS-6, http://www.cepii.fr/CEPII/en/publications/wp/abstract.asp?NoDoc=2726. Note : Une valeur ACR au-dessus de 1 indique un plus grand potentiel d’exportation. Ce tableau doit être interprété avec prudence en raison de la mauvaise qualité des données ainsi que du rôle de la contrebande et des réexportations. Les pays MTNG importent des vêtements d’occasion plutôt que de les exporter. Le Mali ne peut pas produire ou exporter de fil de coton. Les exportations de pétrole du Niger ainsi que ses exportations de tissu en coton uni ou imprimé et de vêtements d’occasion pourraient en réalité être des réexportations. ACR = Avantage comparatif révélé ; CGR = taux de croissance composés ; HS = code du système harmonisé; MTNG = Mali, Tchad, Niger et Guinée ; n.d. = non disponible.

68 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 4.2, suite


Fondements microéconomiques (1) | 69

L’ANALYSE DE L’ESPACE PRODUIT : UNE APPROCHE COMPLÉMENTAIRE L’analyse de l’espace produit détermine le degré de difficulté attaché aux ­différentes options de diversification et de modernisation d’un produit. L’approche de l’espace produit utilise la production économique comme un indicateur des dotations d’un pays (à savoir l’ensemble de ses capacités). Si un pays veut concurrencer au niveau mondial d’autres fournisseurs d’un produit donné, il doit posséder les compétences nécessaires pour fabriquer ce produit. L’analyse de l’espace produit utilise une mesure unique appelée « densité », qui évalue la proximité de ce bien dans l’espace produit international. La densité nous permet de déterminer la relation existant entre une nouvelle activité potentielle et l’ensemble des capacités du pays (c’est-à-dire les produits que le pays exporte déjà de façon compétitive). En substance, cette analyse affiche visuellement et pour un pays l’expansion possible générée par l’offre de nouveaux produits ou services. L’idée sous-jacente est que le processus d’accumulation des connaissances productives n’est pas aléatoire, mais qu’il dépend du chemin pris lui-même selon les capacités existantes. En d’autres termes, les produits qu’un pays produit aujourd’hui définissent les produits qu’il pourra développer dans un futur proche. Dès lors, un pays pourra facilement développer un nouveau produit s’il possède déjà l’ensemble ou la plupart des capacités requises pour la production de ce produit. Si les technologies ou les compétences requises ne sont pas encore présentes dans le pays, il sera beaucoup plus difficile d’y installer cette activité. En termes simples, il est plus facile pour un pays qui fabrique des chaises de passer à la fabrication de canapés plutôt qu’à la fabrication de voitures. La figure 4.1, panneau a – d, affiche la représentation visuelle de l’espace produit des quatre pays en utilisant les données commerciales sur les exportations pour 2014-2015. Les nœuds de couleur vive représentent les produits exportés par les pays MTNG avec un ACR (>1) en 2014-2015. Les nœuds de couleur pâle identifient les produits pour lesquels les pays MTNG n’étaient pas significativement présents (ACR<1) en 2014-2015. Un lien unit deux produits différents selon la probabilité qu’ils ont d’être « co-exportés » par le pays étudié. L’ensemble de ces liens définit la structure de l’espace produit et c’est cette structure qui influe sur la capacité du pays à passer à de nouveaux produits. Dans cette structure, des produits voisins partagent une part importante des capacités et des compétences nécessaires à leur production et il est alors relativement facile pour le pays de passer à des produits voisins proches. Les produits des pays MTNG occupent une position peu dense, périphérique et très dispersée dans l’espace produit. Ces pays exportent très peu de produits ayant un ACR et leur position actuelle dans l’espace produit est très handicapée. Dans tous les cas, les produits minéraux représentent la plus grande part en valeur de leurs exportations, mais n’occupent qu’une position périphérique dans l’espace produit, ce qui ne facilite guère la diversification vers d’autres biens. Le Tchad est le moins diversifié des quatre pays, avec un espace produit dispersé et composé de produits végétaux, de graines de sésame et de gomme arabique naturelle. En ce qui concerne la Guinée, le minerai d’aluminium et les produits aurifères, principaux secteurs d’exportation en valeur du pays, occupent une position périphérique dans l’espace produit (à l’extrême gauche et en bas à droite), ce qui ne facilite guère la diversification vers d’autres produits. Dans ce pays, les secteurs de la pêche et du bois offrent un fort potentiel


70 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 4.1

Espace produit pour le Tchad, la Guinée, le Mali et le Niger, 2014 a. Tchad

b. Guinée Produits minéraux Produits du bois Légumineuses Produits végétaux

Produits alimentaires Produits textiles

Plastique/ caoutchouc

Pierres

Minéraux Produits d’origine animale

Produits divers

c. Mali

d. Niger

Minéraux

Machines

Pierres précieuses

Produits végétaux

Produits minéraux Produits alimentaires

Produits chimiques Produits alimentaires

Bois Produits textiles

Minéraux

Produits d’origine animale

Produits textiles

Or Engrais Produits végétaux

Cuirs et peaux

Cuirs et peaux Produits végétaux

Sources : Observatoire de la complexité économique (base de données), https://oec.world/en/, et analyse originale.

de diversification. En ce qui concerne le Mali, ses principales exportations de graines de sésame, goyaves, mangues et mangoustans, ainsi que d’autres fruits et légumes, sont positionnées en relative périphérie et dispersées autour du centre du graphique. Quelques produits végétaux transformés et non périssables (légumineuses séchées, huile végétale, fruits tropicaux, confitures et gelées, fruits séchés et pâtes), ainsi que quelques produits d’origine animale (moutons et chèvres vivants, cuirs et peaux) sont positionnés en haut du ­graphique. Les exportations de produits d’origine animale et de produits ­alimentaires transformés (pâtes alimentaires, confitures et gelées, jus de fruits, etc.) suggèrent par ailleurs qu’il existe des possibilités de diversification dans ces secteurs. Comme les trois autres pays, l’espace produit du Niger est dominé par les produits de base exportés. Toutefois, et comme évoqué plus haut, le Niger a un fort potentiel de développement de ses activités de transformation agroalimentaire et dans le secteur des textiles.

L’ANALYSE DE L’APTITUDE ÉCONOMIQUE : UNE AUTRE APPROCHE COMPLÉMENTAIRE L’analyse de l’aptitude économique d’un pays repose également sur le concept de capacités cachées. Largement utilisée par la Société financière internationale (SFI) du GBM et s’appuyant sur le concept antérieur de complexité, l’analyse de l’aptitude économique utilise également la production économique comme


Fondements microéconomiques (1) | 71

indicateur des dotations d’un pays (autrement dit l’ensemble de ses capacités). Un produit est complexe si seuls quelques pays, généralement plus avancés, peuvent le produire. L’aptitude économique représente la diversité des produits exportés d’un pays pondérée par leur complexité. L’hypothèse est que si un pays doit concurrencer au niveau mondial les autres producteurs d’un produit donné, il doit posséder les compétences nécessaires pour le produire. Utilisant également l’indice ACR pour évaluer le degré de compétitivité d’un produit donné, la complexité d’un produit montre le niveau de capacité requis pour le produire. Dans le même ordre d’idées, l’aptitude économique évalue l’évolution de l’ensemble des capacités d’un pays en examinant la diversité des produits que ce pays peut produire et leur complexité. Un pays est réputé avoir un haut niveau de complexité et d’aptitude économique s’il peut produire un seul produit (ou un ensemble de différents produits) exclusif, c’est-à-dire que seuls quelques autres pays possèdent la capacité nécessaire pour produire ce ou ces produits de façon compétitive (Tacchella et coll., 2013). En général, et bien que l’espace produit et l’aptitude économique soient des concepts étroitement liés, la mesure de l’aptitude économique est jugée préférable à la notion d’espace produit, car ses paramètres sont quantifiés. À l’exception des secteurs bien connus axés sur l’exportation qui semblent avoir perdu du terrain, l’analyse de l’aptitude économique des pays MTNG ne présente pas de surprises majeures pour la période 2012-2017 (figure 4.2). L’aptitude économique du Mali dans les métaux (or) et les produits du règne animal (viande et bétail) s’est améliorée, tandis que son aptitude dans les produits agricoles (coton), très élevée en 2012, a diminué. De même, l’aptitude du Tchad dans les secteurs de la foresterie (bois), des produits agricoles, du pétrole et du gaz s’est améliorée, contrairement au secteur du cuir où elle a considérablement diminué. De son côté, l’aptitude du Niger a diminué dans ses secteurs les plus compétitifs (produits du règne animal, viande et bétail, exploitation minière (uranium), produits agricoles et machinerie, alors qu’elle s’est améliorée dans les secteurs du pétrole et du gaz suite aux récentes découvertes de gisements. De façon générale, l’aptitude des trois pays semble vaciller ou disparaître dans des secteurs importants qui représentaient auparavant un potentiel d’exportation. À moins de renverser cette tendance en favorisant certains produits émergents identifiés ci-dessus, leurs schémas sectoriels laissent présager une diminution de leurs capacités et une difficulté croissante à diversifier leurs exportations et passer à l’avenir à des produits plus complexes. Enfin, un pays peut facilement développer un nouveau produit s’il possède déjà toutes les capacités (ou la plupart des capacités) requises pour sa production ou, en d’autres termes, si l’évolution projetée se caractérise par une forte faisabilité (et un faible niveau de complexité). Cependant, il sera beaucoup plus difficile d’installer localement l’activité correspondante si les technologies et les compétences requises ne sont pas encore présentes dans le pays.

OPPORTUNITÉS DE DIVERSIFICATION DES EXPORTATIONS Alors que l’on débat encore des avantages et des inconvénients des approches alternatives de diversification des exportations centrées sur le choix des ­produits gagnants ou sur un menu ouvert, la liste extrêmement limitée de produits présentant un potentiel d’exportation pour les pays MTNG – quelques dizaines par pays – rend ce débat presque inutile. Du point de vue du secteur


72 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 4.2

L’aptitude économique du Mali, du Tchad et du Niger, 2012–17 a. Mali Pétrole et gaz Produits chimiques Produits de la pêche Informatique et électronique 0,5 Vêtements 0,45 Boissons et tabac Machinerie 0,4 0,35 0,3 0, 25 0,2 0,15 0,1 0, 05

Bois Cuir Produits textiles

Métal primaire Équipements électriques Divers Fabrication métallique

Produits du règne animal

Plastiques

Cultures Produits alimentaires

Minéraux et produits Transports

Exploitation minière

Dérivés du pétrole et du charbon Sylviculture Meubles Matières textiles 2017

2012

b. Tchad Produits de la pêche Vêtements

Pétrole et gaz Produits chimiques Informatique et électronique 0,4

Boissons et tabac

0,35

Bois

0,25

Machinerie

0,3

Métal primaire

0,2 0,15

Cuir

Équipements électriques

0,1 0, 05

Produits textiles

Divers

Produits du règne animal

Fabrication métallique Plastiques

Cultures Produits alimentaires

Minéraux et produits Transports

Exploitation minière

Sylviculture Dérivés du pétrole et du charbon Meubles Matières textiles 2017

2012

c. Niger Pétrole et gaz Produits chimiques Produits de la pêche Vêtements 0,6 Informatique et électronique Boissons et tabac

0,5

Machinerie

0,4

Bois

Métal primaire

0,3 Cuir

0,2

Équipements électriques

0,1

Produits textiles

Divers

Produits du règne animal

Fabrication métallique

Cultures

Plastiques

Produits alimentaires

Minéraux et produits

Exploitation minière Sylviculture

Transports Dérivés du pétrole et du charbon Meubles Matières textiles 2017

2012

Source : Calculs d’origine basés sur Cader 2019. Note : Les valeurs de la figure sont des valeurs de secteur normalisées de 0 à 1.


Fondements microéconomiques (1) | 73

public, le choix des produits gagnants permet en théorie de concentrer ­explicitement les politiques et les maigres ressources fiscales sur un nombre limité de produits s­ oigneusement identifiés. Cette approche est particulièrement adaptée aux é­ conomies des pays fragiles tels que les pays MTNG, qui supportent une lourde charge budgétaire pour répondre à leurs besoins militaires et sécuritaires. En revanche, un menu ouvert d’options est préférable pour le secteur privé, car ce dernier, petites et moyennes entreprises (PME) et organisations agricoles incluses, dispose d’une plus grande marge de manœuvre pour saisir les opportunités du marché. Cela est particulièrement évident quand les producteurs de nouveaux produits peu présents dans les ­statistiques, comme le fonio en Guinée ou le karité au Niger, profitent non seulement des capacités nationales pour augmenter leur production, mais aussi de la hausse de la demande des marchés extérieurs (souvent régionaux) pour éventuellement exporter leur production. En réponse, l’objectif à court terme devrait être de développer les produits concurrentiels existants et de leur trouver de nouveaux marchés, c’est-à-dire les étapes 1 et 2 sur l’échelle de la diversification des exportations. Comme évoqué plus haut, et à l’exception des industries extractives (pétrole et minéraux), la compétitivité des pays MTNG repose principalement sur certains produits agricoles et d’élevage. Par conséquent, la stratégie à court terme devrait donner la priorité à la promotion de quelques produits pour lesquels les pays disposent d’un fort avantage concurrentiel et qui présentent un fort potentiel de création d’emplois en raison de leur localisation rurale. Comme l’analyse précédente suggère de privilégier environ une dizaine de produits par pays, les produits agricoles suivants ont été identifiés pour au moins deux pays : noix de cajou, graines de sésame, farine de maïs, gomme arabique naturelle, mangues, oignons, viande bovine et produits textiles existants tels que les tissus teints en coton brut et la ouate de fibres artificielles. Notez que ces produits ne sont pas essentiellement différents de ceux précédemment identifiés par les gouvernements eux-mêmes. Par exemple, le CCI a déjà dressé une liste des principaux produits pour le Mali, à savoir les mangues, la gomme arabique, les graines de sésame, les haricots verts, les pommes de terre, le riz, le karité, le sucre et les produits de la pêche (les produits en italique ont déjà été identifiés dans l’analyse précédente). Cela s’applique également au Niger, où un rapport de l’ANIPEX a identifié les produits suivants : graines de sésame, gomme arabique, cuirs et peaux, bétail et viande de bovins, niébé, oignons, souchet, cuirs et peaux et objets d’artisanat. Enfin, pour la Guinée, le gouvernement guinéen a de la même façon identifié le fonio, le riz, l’ananas, le cacao, les noix de cajou et les produits de la pêche (Khebede, 2017;b ; Banque mondiale, 2017,. Pour tous ces produits, des volumes d’exportation plus importants devraient naturellement conduire à une recherche plus active de nouveaux marchés (régionaux et mondiaux). En s’appuyant sur les meilleures pratiques et en ciblant quelques produits plus sophistiqués, les pays MTNG devraient progressivement intensifier leurs efforts de diversification des exportations à moyen terme, de la phase pilote à l’intégration (étapes 3 et 4). Dans ce domaine, le défi le plus important est de constituer localement un réservoir suffisamment important de compétences et de capacités industrielles qui ne peuvent être ni importées ni développées à court terme. Ces pays doivent par conséquent encourager la modernisation et l’expansion des petites entreprises à faible productivité qui alimentent principalement le marché national (ou au mieux régional) en


74 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

produits peu complexes. Dans un premier temps (étape 3), quelques industries piloteront des points d’entrée et des moyens destinés à la production de certains produits. À un stade plus avancé, quelques industries auront acquis les connaissances suffisantes et développé des activités à forte intensité capitalistique qui devraient raisonnablement inciter les entreprises étrangères à investir localement (étape 4). Compte tenu des modèles standard de production, l’accent devrait être mis sur les deux catégories de produits peu complexes suivants : • Les produits textiles : En supposant que les pays acquièrent les connaissances et les compétences nécessaires à la fabrication de vêtements (tels que les étoffes tissées), les entreprises nationales pourraient clairement accroître leur intervention sur les marchés internationaux du textile. L’avantage considérable que représente le coût de la main-d’œuvre offre aux pays MTNG la possibilité de transformer la fabrication de vêtements en production de tissus de haute qualité. • Les produits agroalimentaires. Le développement dans les pays MTNG de chaînes de valeur agricoles destinées à l’exportation de produits à plus forte valeur ajoutée (pâtes, jus de fruits et huile végétale, par exemple) a été jusqu’à présent entravé par l’incapacité de produire ou de transformer des produits agroindustriels, limitant de ce fait les possibilités d’industrialisation. Des investissements directs étrangers (IDE) sélectionnés peuvent stimuler ces agroindustries, d’abord en augmentant la productivité agricole et en minimisant les pertes post-récolte dues à l’insuffisance des installations de stockage, d’emballage et de transport, puis en élargissant progressivement leur base de connaissances afin de produire des produits agroalimentaires plus sophistiqués. Les chaînes de valeur mondiales (CVM) plus spécifiques sont examinées au chapitre 5.

ANNEXE 4A : DÉFINITIONS TECHNIQUES Avantage comparatif révélé L’indice ACR pour le pays c et le produit i est calculé comme suit : x ( c, i ) ACR ( c, i ) =

∑

∑ x ( c, i ) i

c

x ( c, i )

∑

i ,c

x ( c, i )

où x(c,i) est la valeur des exportations du pays c pour le produit i. L’indice de l’avantage comparatif révélé (ACRic) est facilement interprétable. S’il est ­supérieur à 1, le pays possède un avantage comparatif révélé pour ce produit. Inversement, le pays c n’est pas un exportateur compétitif du produit i lorsque ACR(c,i) < 1, (Balassa, 1986).

Densité de l’espace produit La densité correspond à la proximité moyenne d’un nouveau produit potentiel j avec les produits dont les exportations du pays k sont actuellement concurrentielles (Hidalgo et coll., 2007) :


Fondements microéconomiques (1) | 75

ω kj =

∑xφ ∑φ

i ij

i

ij

i

où wjk est la densité du bien j pour le pays k. fij est la proximité du produit i avec le produit j. La proximité est définie comme la plus faible probabilité conditionnelle par paires d’exportation par un payx exportant le produit i étant donné qu’il exporte déjà le produit j.

Aptitude économique et complexité L’aptitude économique des pays et la complexité des produits sont spécifiées dans un système dynamique, comme suit (Tacchella et coll., 2013) : Fc ( n ) = ∑ p Mcp Q p( n −1) Q p( n ) =

1

∑

c

Mcp

1 ( n −1) c

F

où Fc(n) est l’aptitude du pays c à la nième itération de l’algorithme. Par ailleurs, Qp(n) est la nième itération de la complexité du produit p. Mcp représente la matrice des valeurs binaires des indices ACR indiquant si le pays c est un exportateur concurrentiel ou non du produit p. Les valeurs F et Q sont normalisées à chaque étape. Les conditions de départ de l’algorithme sont Fc = 1 et Qp = 1.

NOTES 1. Un avantage comparatif est révélé si l’ACR > 1. Si l’ACR est inférieur à 1, le pays est réputé avoir un désavantage comparatif dans ce produit ou cette industrie. Alternativement, l’indice ACR est souvent présenté de manière pratique sous forme binaire selon que l’indice ACR du pays pour ce produit ou cette industrie est supérieur ou inférieur à 1, indiquant ainsi si le pays est un exportateur compétitif (ACR = 1) ou non (ACR = 0) de ce produit. 2. La liste complète des produits d’exportation présentant en moyenne une croissance (composée) des exportations sur les cinq dernières années et leurs indices ACR figurent dans chacun des rapports pays pour le Mali, le Niger, le Tchad, et dans Khebede (2017) pour la Guinée. Ils sont également disponibles sur demande auprès des auteurs. Notez également que certains rapports pays incluent d’autres indicateurs, notamment l’attractivité (complexité) (voir les rapports pays du Tchad, de la Guinée et du Niger). 3. Grâce aux ACR sectoriels, il a également été possible de confirmer que certains pays ont perdu leur compétitivité au cours des deux dernières décennies dans un certain nombre de secteurs clés. Les indices ACR sectoriels ont également permis de confirmer que certains pays avaient perdu leur compétitivité dans plusieurs secteurs clés au cours des deux dernières décennies. Notons en particulier le Tchad, où la plus forte baisse a été observée dans les secteurs des textiles et des cuirs et peaux bruts et où seuls les secteurs des métaux et des minéraux ont enregistré des gains marginaux de compétitivité. 4. Voir Banque mondiale (2018). Notez que cette liste n’inclut pas les produits tels que le bétail, pour lequel le commerce informel est important et recèle un potentiel élevé. En outre, certaines exportations agricoles existent en combinaison, notamment le riz et l’huile de palme ou le sorgho et le coton. 5. Les indices ACR estimés pour la liste complète des exportations par pays sont inclus dans les rapports de chaque pays, rapports dont les analyses incluent également deux autres paramètres : la complexité des produits et les derniers taux de croissance combinés des exportations sur cinq ans.


76 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ANIPEX (Agence Nigérienne de Promotion des Exportations). 2016. « Étude sur les potentialités des exportations du Niger. » Ministère du commerce, Gouvernement du Niger, Niamey. Balassa, B. 1986. “Comparative Advantage in Manufactured Goods: A Reappraisal.” Review of Economic and Statistics 68 (2): 315–19. Banque mondiale. 2017. “Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Report 120306-NE, World Bank, Washington, DC. ———. 2018a. “Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31839. ———. 2018b. “Mali: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31829. Cader, M. 2019. “Economic Fitness for Mali, Chad, and Niger.” Unpublished paper, World Bank, Washington, DC. French, S. 2017. “Revealed Comparative Advantage: What Is It Good For?” Journal of International Economics 106 (C): 83–103. Hidalgo, C. A., B. Klinger, A.-L. Barabási, and R. Hausmann. 2007. “The Product Space Conditions the Development of Nations.” Science 317 (5837): 482–87. ITC (International Trade Centre). 2014. “Mali Country Report.” UNCTAD, Geneva. Khebede, E. 2017. “The Product Space of Guinea.” Unpublished background paper, World Bank, Washington, DC. ———. 2018a. “Exploring Chad’s Opportunities for Export Diversification.” Unpublished background paper, Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, World Bank, Washington, DC. ———. 2018b. “The Product Space of Mali.” Unpublished background paper, Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, World Bank, Washington, DC. Tacchella, A., M. Cristelli, G. Caldarelli, A. Gabrielli, and L. Pietronero. 2013. “Economic Complexity: Conceptual Grounding of a New Metrics for Global Competitiveness.” Journal of Economic Dynamics and Control 37 (8): 1683–91.


5

Fondements microéconomiques (2) MODERNISATION DES CHAÎNES DE VALEUR AGRICOLES

SYNTHÈSE Les leçons tirées de l’expérience internationale en matière de modernisation des chaînes de valeur mondiales (CVM) révèlent que les simples changement de politique et les stratégies graduelles tendent à échouer. Les chaînes de valeur mondiales (et régionales) performantes reposent plutôt sur la combinaison de divers éléments clés : • Développement de pôles agricoles dans le cadre d’une approche par grappes, c’est-à-dire une stratégie multidimensionnelle de modernisation des CVM, avec des programmes simultanés associant des organisations de producteurs, des politiques globales flexibles spécifiques aux CVM axées en priorité sur la commercialisation et les investissements étrangers. • Adoption d’une nouvelle approche de gestion des exploitations portant en priorité sur l’amélioration de la qualité des produits et l’application des normes dans l’ensemble de la chaîne, ainsi que sur le développement de l’action collective des producteurs en vue d’accroître la production et les revenus des agriculteurs. • Recherche d’investissements étrangers spécialisés auprès d’entreprises multinationales dédiées qui sont des champions mondiaux confirmés de la modernisation des chaînes de valeur par produit, avec la participation active des producteurs et des transformateurs, et de l’exploration de trajectoires connectant les produits agricoles de base à des industries à plus forte valeur ajoutée. • Application de l’appui à la politique agricole en alignant les besoins des producteurs sur la correction des échecs sociaux, environnementaux et économiques, conformément aux exigences des marchés mondiaux et régionaux, c’est-à-dire une refonte de la politique de développement industriel productive favorisant les CVM dans l’agroalimentaire avec une participation accrue du secteur privé. Sur la base de cette analyse, voici six grandes recommandations de politique générale : • Renforcer les capacités des acteurs dans l’industrie et les organisations d’agriculteurs, ainsi que la coordination. • Renforcer la fiabilité des produits en augmentant à la fois la quantité et la qualité, et concernant la qualité, en dispensant une formation intensive et en appliquant les normes requises par la demande régionale et mondiale.

77


78 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

• Explorer la demande externe croissante de cultures par des entreprises étrangères et améliorer l’infrastructure nécessaire au renforcement de leurs liens avec les marchés. • Garantir des interventions politiques ciblées pour réduire les coûts de production et surveiller les liens exacts entre les différents projets en cours de modernisation. • Augmenter l’efficacité, l’intégrité et la fiabilité de la chaîne de valeur en transférant autant que possible les décisions et la coordination de l’industrie au niveau de l’entreprise. • Fournir des services de vulgarisation soutenant le développement des CVM tels que des programmes de recherche et développement et des programmes d’éducation et de formation.

INTRODUCTION Ce chapitre détermine les trajectoires de modernisation possibles pour le Tchad, le Mali, le Niger et, dans une moindre mesure, la Guinée, afin d’accroître leur participation aux chaînes de valeur mondiales (et régionales) et d’améliorer leurs perspectives de croissance et de diversification économique.1 En partenariat avec des responsables gouvernementaux et d’autres acteurs nationaux et sur la base d’analyses précédentes, les industries prioritaires suivantes ont été identifiées : bovins (Niger), noix de cajou (Mali), gomme arabique (Tchad), oignon (Niger) et graine de sésame (Tchad et Mali). Ces travaux devraient avoir pour but de comprendre les tendances des chaînes de valeur mondiales (CVM) dans les domaines de la gomme arabique, des oléagineux, des noix, de l’élevage et de l’horticulture afin d’identifier les entreprises dominantes, la structure de gouvernance et la dynamique du marché. En outre, il convient d’identifier les principaux concurrents régionaux et les impacts des chaînes de valeur et les obstacles à leur développement afin d’optimiser la stratégie de développement des secteurs agricoles. Des enseignements sont aussi tirés d’expériences positives. Suivant une méthodologie de comparaison des CVM (encadré 5.1), cinq questions sont abordées : • Quelle est la position du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée dans la typologie des CVM ? • Comment sont organisées les CVM dans le secteur agricole clé concentré sur la gomme, les oléagineux, les noix, le bétail et l’horticulture ? Quelles sont les principales tendances qui influencent les échanges ? • Comment les chaînes de valeur diffèrent-elles dans chaque pays ? Quels sont les produits concernés ? Comment les marchés finaux diffèrent-ils ? • Quels sont les acteurs pertinents à l’échelle nationale et à l’échelle régionale ? Comment les grandes entreprises régissent-elles la chaîne ? Comment la production et le commerce sont-ils coordonnés ? • Compte tenu des principaux obstacles économiques, sociaux et environnementaux à la modernisation, quelles sont les stratégies spécifiques susceptibles d’aider le Tchad, le Mali et le Niger (MTNG) à se moderniser dans les CVM sélectionnées ?


Fondements microéconomiques (2) | 79

ENCADRÉ 5.1

Méthode de classification des CVM sur la base de l’analyse comparative Les CVM se réfèrent à la séquence d’activités à valeur ajoutée telles que la création, la fourniture et l’utilisation finale de sous-secteurs économiques, produits ou services. Appliqué au secteur agroalimentaire, ce cadre examine les acteurs, les activités, les politiques et les transformations des réseaux agricoles mondiaux et locaux et leurs effets sur les résultats en matière de sécurité alimentaire (Ahmed et coll. 2017). La gouvernance est une pièce maîtresse de l’analyse. Elle explore la manière dont l’autorité et les relations de pouvoir façonnent la répartition des profits et des risques dans un secteur, et identifie les acteurs qui exercent ce pouvoir (Gereffi 2014). Sept types de trajectoires de modernisation sont examinées (De Marchi et coll. 2013 ; Humphrey et Schmitz 2002 ; Barrientos, Gereffi et Rossi 2012) : • Modernisation des processus, en améliorant l’efficacité du processus de production grâce à la réorganisation d’activités productives, l’adoption de technologies et le perfectionnement de la main-d’œuvre ; • Modernisation des produits, en développant des produits plus sophistiqués et de plus grande valeur grâce à la certification et au développement de produits, les produits biologiques certifiés ayant une plus forte valeur que les produits non certifiés ; • Modernisation fonctionnelle, en investissant dans le capital humain et technologique pour entreprendre de nouvelles activités et fournir un produit ou un service unique et de plus grande valeur ; les activités de recherche et développement, de valorisation de la marque et de distribution sont des exemples de ce type de modernisation des produits ; • Modernisation de la chaîne ou intersectorielle, en pénétrant de nouvelles industries qui souvent ne sont pas liées, par exemple en passant de la production agricole au développement d’un réseau de transport et de logistique. • Modernisation du marché, en trouvant de nouveaux marchés et canaux de distribution, par exemple, en passant des marchés de villages à des marchés régionaux.

• Modernisation sociale, en renforçant le bien-être des travailleurs dans la chaîne de valeur grâce à l’éducation, aux soins de santé, à la formation et autres services qui améliorent les connaissances, la rémunération et la qualité de vie des travailleurs. • Modernisation de l’environnement, en réduisant l’impact des dommages environnementaux. Les économies d’eau, la gestion des terres, la réduction des produits agrochimiques, l’aménagement et le reboisement sont des exemples d’amélioration de l’environnement. Grâce aux données primaires et secondaires collectées entre janvier 2017 et avril 2018, 13 industries agricoles ont été évaluées dans 13 pays africains, principalement au Tchad, au Mali et au Niger. Plus de 60 entretiens sectoriels structurés et semi-structurés ont été menés dans ces trois pays, auprès d’acheteurs mondiaux. Ces données ont été comparées à des résultats de cas pour la Côte d’Ivoire, l’Égypte, l’Éthiopie, le Mozambique, la Namibie, le Nigeria, le Sénégal, la Tanzanie et le Soudan, qui ont également évalué la participation régionale aux CVM. Les entreprises et les parties prenantes du secteur ont été identifiées grâce à des recherches en ligne, des rapports sectoriels, un échantillonnage par référence, des bases de données du secteur et des rapports. En ce qui concerne le commerce mondial, les données sur la production et les politiques ainsi que plusieurs bases de données nationales et internationales ont été consultées, notamment celles de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI), de la FAO et du Comtrade (Commerce des matières premières) des Nations Unies. Enfin, un cadre standard d’analyse des CVM a été utilisé pour effectuer des diagnostics spécifiques au secteur et identifier les trajectoires de modernisation. Cela a été complété par l’utilisation de l’analyse de gestion des risques de Wry et coll. (2013) et les études de Neilson, Pritchard, et Wai-Chung Yeung (2014) ainsi que Pfeffer J. et G. Salancik (1978) sur l’influence des entreprises pour comprendre les dépendances à l’égard des acheteurs mondiaux.


80 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

POSITION DU MALI, DU TCHAD, DU NIGER ET DE LA GUINÉE DANS LA TYPOLOGIE DES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES L’engagement de la majorité des pays de l’Afrique subsaharienne dans les chaînes de valeur régionales (CVR) est timide et, à cet égard, il en va de même pour les pays MTNG. Les pays de l’Afrique subsaharienne ont tendance à exporter des produits situés en amont, c’est-à-dire éloignés du consommateur final, en raison de leur spécialisation dans les produits agricoles ou produits de base nécessitant peu de création de valeur ajoutée nationale. En 2015, l’agriculture représentait une part importante de la valeur ajoutée au Tchad (52 %), au Niger (26 %) et au Mali (41 %), et une part moyenne en Guinée (20 %) (tableau 5.1). Dans le même temps, le secteur manufacturier contribuait en moyenne à moins de 7 % de la valeur ajoutée globale dans ces pays. En revanche, la part de la valeur ajoutée du secteur manufacturier au Vietnam dépassait 13 %, malgré sa dépendance relativement forte à l’égard de la valeur ajoutée produite par l’agriculture (17 %). La participation des CVM, en particulier du côté des acheteurs, aide ces pays à bénéficier des retombées mondiales du savoir et de la productivité. Le dialogue avec les acheteurs et les producteurs mondiaux constitue un canal de transmission important pour apprendre sur les CVM et les moderniser. Pour qu’une entreprise soit en mesure d’approvisionner des marques qui se vendent sur les marchés mondiaux, elle doit importer des technologies, des compétences et des intrants intermédiaires étrangers afin de respecter les normes de qualité élevées requises pour ces marchés. De telles retombées peuvent accélérer le développement économique et social des pays (Taglioni et Winkler 2016).

TABLEAU 5.1  Population, revenus et parts de valeur ajoutée, 2015 versus 2000 : Mali, Niger, Tchad, Guinée et pays similaires

PAYS

POPULATION

PIB PAR HABITANT (DOLLARS US)

2015

2015

PARTS DE LA VALEUR AJOUTÉE 2015

PARTS DE LA VALEUR AJOUTÉE 2000

AGR.

PR.B.

IND.

MF.

SERVICES.

AGR.

PR.B.

IND.

MF.

SERVICES.

Burkina Faso

18 105 570

631

32,9

15,7

21,9

6,2

45,2

32,8

8,4

21,5

13,2

45,7

Cameroun

23 344 179

1 309

23,9

14,5

27,8

13,4

48,2

22,1

15,2

36,0

20,8

41,8

Côte d’Ivoire

22 701 556

1 492

23,7

8,9

21,5

12,5

55,5

25,0

4,3

21,5

17,2

53,5

Éthiopie

99 390 750

486

41,0

12,2

16,3

4,1

42,8

47,8

6,2

12,2

6,0

40,0

Guinée

12 608 590

417

20,2

30,2

37,0

6,7

42,9

22,4

29,4

33,5

4,0

44,2

Malaisie

30 331 007

10 877

8,4

16,3

39,1

22,8

44,3

8,6

17,5

48,3

30,9

43,1

Mali

17 599 694

903

41,0

n.d.

19,3

n.d.

39,8

35,9

n.d.

23,5

n.d.

40,6

Niger

19 899 120

384

36,4

11,9

17,6

5,7

37,3

37,8

11,0

17,8

6,8

44,4

Ouganda

39 032 383

673

24,7

11,7

20,4

8,7

54,9

29,4

15,3

22,9

7,6

47,7

Tchad

14 037 472

952

52,4

11,3

14,2

2,9

33,4

42,3

2,4

11,3

8,9

46,3

Vietnam

91 703 800

1 685

17,0

19,6

33,3

13,7

39,7

22,7

17,1

34,2

17,1

43,1

Sources : Taglioni 2018 ; Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale, Washington, DC, https://databank.worldbank.org/source​ /­world-development-indicators. Note : Vert = valeur élevée ; jaune = valeur moyenne à élevée ; orange = valeur moyenne ; rouge = faible valeur. AGR. = agriculture ; COMM. = commerce ; IND. = industrie ; MF. = fabrication ; n.d. = non disponible ; PIB = produit intérieur brut ; SERV. = services.


Fondements microéconomiques (2) | 81

Cependant, une grosse partie de la production et des exportations des MTNG ne semble pas avoir utilisé ce canal de transmission. Le faible pourcentage de valeur ajoutée étrangère intégrée dans les exportations brutes de ces pays montre la faiblesse de leur intégration du côté des acheteurs, variant de seulement 6 % au Tchad à 11 % en Guinée et au Mali et à 17 % au Niger en 2011. Au Vietnam, en revanche, la part de valeur ajoutée étrangère par exportation (foreign value added by exports, FVAX) a dépassé 43 %, témoignant de sa très forte intégration en tant qu’acheteur. L’Éthiopie fait également partie des acheteurs de chaînes de valeur mondiales malgré sa part de valeur ajoutée agricole relativement élevée (41 %) (tableau 5.2). Parallèlement, une grande partie de la valeur ajoutée nationale du Tchad, de la Guinée, du Niger et du Mali est intégrée dans les exportations de pays tiers, laissant présager une intégration moyenne à forte de ces pays en tant que vendeurs. Son pourcentage dans les exportations (appelé ici DVA3X) est extrêmement élevé en Guinée, atteignant presque 70 % en 2011, tandis que la part dépasse un tiers des exportations au Niger et au Tchad et représente un peu plus du quart des exportations au Mali (tableau 5.2). En revanche, le Vietnam ou l’Éthiopie affichent la plus faible part de valeur ajoutée nationale intégrée dans les exportations de pays tiers. Ces statistiques contrastées et le succès récent de ces pays dans la poursuite d’une forte croissance prouvent que l’intégration dans les marchés internationaux est une stratégie supérieure de substitution des importations, en particulier pour les pays à faible développement dotés d’un secteur privé national relativement superficiel et petit. La tendance décrite ci-dessus est confirmée par la distance moyenne (le fait d’être en amont) entre les exportations et importations et le consommateur final. Le Mali, le Niger, le Tchad et la Guinée se spécialisent dans la

TABLEAU 5.2  Part des CVM en tant qu’acheteur et vendeur, 2000 versus 2011, au Mali, au ­Niger, au Tchad, en Guinée et dans les pays similaires TYPE DE CVM

FVAX (% DES EXPORTATIONS)

DVA3X (% DES EXPORTATIONS)

PAYS

2011

2000

2011

2000

2011

Burkina Faso

Vendeur_agr

7,2

24,3

30,1

24,6

Cameroun

Vendeur _agr_mf

8,6

8,5

41,0

49,5

Côte d’Ivoire

Vendeur _agr_mf

7,4

8,3

31,4

36,4

Éthiopie

Acheteur_agr_mf

54,3

46,1

12,7

20,2

Guinée

Vendeur_agr

6,5

11,4

63,3

69,6

Malaisie

Acheteur_mf

40,3

37,8

23,1

28,6

Mali

Vendeur_agr

13,5

11,1

26,7

26,8

Niger

Vendeur_agr

10,2

17,0

37,1

34,6

Ouganda

Vendeur_agr

10,6

14,2

26,2

26,9

Tchad

Vendeur_agr

9,4

6,2

32,2

35,5

Vietnam

Acheteur_agr_mf

23,7

43,6

21,4

18,7

Sources : Taglioni 2018 ; Base de données mondiale CNUCED-Eora sur les chaînes de valeur, https://worldmrio.com​ /­unctadGVC/. Note : Vert = valeur élevée ; jaune = valeur moyenne à élevée ; orange = valeur moyenne ; rouge = faible valeur. agr = agriculture ; CVM = chaîne de valeur mondiale ; DVA3X = valeur ajoutée nationale intégrée dans les exportations des pays tiers ; FVAX = valeur ajoutée étrangère par exportation ; MF = manufacture.


82 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

production et l’exportation de produits mobilisant des ressources considérables et nécessitant peu de transformation dans le pays. Ces pays ont tendance à afficher une grande distance par rapport à la demande finale (montant en amont) de leur panier moyen d’exportations, en fait le niveau le plus élevé en amont de leurs exportations moyennes dans l’échantillon (tableau 5.3). Par ailleurs, ces pays ont tendance à afficher une distance beaucoup plus courte par rapport à la demande finale d’importations, ce qui reflète leur dépendance vis-à-vis des importations de produits finis, y compris de biens de consommation et d’équipement. Cela est confirmé par les données, qui suggèrent que le panier d’importation moyen au Tchad, en Guinée, au Mali et au Niger affiche la distance la plus courte jusqu’au consommateur final (tableau 5.3). L’écart entre l’amont des importations et celui des exportations peut donc donner une indication du potentiel de transformation et de captage de la valeur ajoutée d’un pays. Les pays qui achètent des intrants, des composants et des machines importés et qui exportent en aval ont tendance à afficher un écart positif (par ex., le Vietnam), tandis que les pays qui achètent des produits finis et des produits d’exportation affichent un écart négatif. C’est le cas pour les quatre pays qui nous intéressent en Afrique de l’Ouest, et particulièrement pour le Tchad. S’appuyant sur les trois types de mesures décrits ci-dessus, une nouvelle taxonomie des CVM classe l’intégration d’un pays dans les CVM selon une perspective macroéconomique (Taglioni et Winkler, 2016). La taxonomie des CVM classe 132 pays dans quatre grands groupes : les vendeurs de produits agricoles, les vendeurs de produits de base, les autres vendeurs et les acheteurs. Cela est basé sur le degré de participation aux chaînes de valeur mondiales d’un pays du

TABLEAU 5.3  Importations et exportations en amont et écart, 2000 ­versus 2014 au Mali, Niger, Tchad et en Guinée, et pays similaires IMPORTATIONS EN AMONT

EXPORTATIONS EN AMONT

ÉCART

PAYS

2000

2014

2000

2014

2004

2014

Burkina Faso

2,06

2,18

3,26

2,44

–1,21

–0,25

Cameroun

2,38

2,34

3,03

2,91

–0,65

–0,57

Côte d’Ivoire

2,50

2,37

2,07

2,13

0,43

0,24

Éthiopie

2,23

2,23

1,87

2,18

0,36

0,05

Guinée

2,07

2,10

2,96

2,89

–0,89

–0,79

Malaisie

2,50

2,50

2,32

2,54

0,18

–0,04

Mali

2,17

2,08

2,89

3,02

–0,72

–0,94

Niger

1,98

2,01

3,03

2,89

–1,05

–0,88

Ouganda

2,13

2,17

1,93

2,07

0,20

0,09

Tchad

1,82

1,94

3,76

3,35

–1,94

–1,41

Vietnam

2,37

2,41

2,07

1,80

0,30

0,61

Sources : Taglioni 2018. Données : Antràs et Chor 2018 ; Base de données COMTRADE de l’ONU, Nations Unies, https://comtrade.un.org/. Note : L’amont signifie la distance moyenne par rapport à l’utilisation finale en termes d’étapes de production d’un produit particulier. Vert = valeur élevée ; jaune = valeur moyenne à élevée ; orange = valeur moyenne ; rouge = faible valeur. Écart = importations en amont moins exportations en amont.


Fondements microéconomiques (2) | 83

côté des acheteurs et des vendeurs, sur la distance moyenne de ses paniers ­d’importation et d’exportation jusqu’au consommateur final et de sa structure économique en termes de valeur ajoutée. Les quatre groupes de CVM se composent de plusieurs sous-types de CVM et sont caractérisés comme suit : • Les vendeurs agricoles sont les pays qui participent à travers l’agroalimentaire et l’agrotransformation (produits manufacturés), notamment au Tchad, en Guinée, au Mali, au Niger et dans la plus grande partie de l’Afrique subsaharienne. • Les vendeurs de produits de base sont les pays qui participent en tant que simples économies de vente de produits de base ou d’une combinaison de denrées à valeur ajoutée et de produits manufacturés, de produits de base à valeur ajoutée et de services, ou de produits à valeur ajoutée, de produits manufacturés et de services. • Les autres vendeurs sont les pays qui participent à travers des produits manufacturés et des services (par exemple, l’Europe, la Corée du Sud), notamment les pôles formés par l’Allemagne, le Japon, les États-Unis et, plus récemment, la Chine. • Enfin, les acheteurs sont les pays qui participent principalement en tant qu’acheteurs dans les chaînes de valeur de l’agroalimentaire et des produits manufacturés, les acheteurs s’intéressant davantage aux produits manufacturés (par exemple, l’Europe de l’Est et l’Asie de l’Est) ou les acheteurs de produits manufacturés ou de services. En comprenant la transformation structurelle des différentes économies au fil du temps, la taxonomie permet d’identifier les trajectoires de modernisation passées et futures, d’informer les diagnostics pays et secteur et d’identifier les stratégies appropriées aux différents contextes nationaux. Voici les trajectoires d’amélioration classiques observées entre 2000 et 2011 : (i) des vendeurs de produits agricoles exerçant une activité manufacturière qui deviennent acheteurs de divers types de produits manufacturiers ; (ii) des vendeurs de produits de base concentrés qui se diversifient dans l’industrie manufacturière ; (iii) des vendeurs de produits de base plus diversifiés qui deviennent acheteurs de produits manufacturés avec un secteur des services renforcé ; et (iv) des acheteurs de produits manufacturés se diversifiant dans les services, mais restant principalement des acheteurs. Les pays MTNG étaient considérés comme des vendeurs agricoles entre 2000 et 2011, ce qui suggère qu’ils n’ont pas saisi toutes les opportunités de bénéficier des achats dans les CVM. Le Tchad et le Mali, en particulier, ont vu leur part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations diminuer au cours de la période, tandis que la Guinée et le Niger ont accru leur part de valeur ajoutée étrangère (tableau 5.2). Du côté des ventes, la Guinée a encore accru sa part considérable de valeur ajoutée nationale représentée par les exportations de pays tiers, tandis que le Tchad et le Mali ont enregistré des augmentations moins importantes, et le Niger une légère baisse (tableau 5.1). Cela se reflète également dans l’amélioration en amont des importations et des exportations des pays au fil du temps. Le Tchad, la Guinée et le Niger ont réussi à réduire leur écart négatif entre 2000 et 2014, notamment en réduisant le nombre de leurs exportations en amont. Dans le même temps, la distance de leurs paniers d’importation respectifs jusqu’au consommateur final est


84 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

devenue plus longue. Seul le Mali a creusé son écart négatif en raison d’exportations plus importantes en amont et d’une distance plus courte jusqu’au consommateur final des importations.

COMMENT LES CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES SONT-ELLES ORGANISÉES DANS LE SECTEUR AGRICOLE ? Le secteur agricole mondial représente plus de 5 000 milliards USD, et les principales entreprises internationales ont des activités dans des segments lucratifs. Certaines entreprises telles que Cargill (céréales et autres produits de base), Olam (céréales, oléagineux, noix et épices) et Nexira (gomme arabique) font le choix d’une intégration verticale et d’une mondialisation approfondie, ce qui constitue un choix stratégique. Cela peut pousser ces entreprises à se moderniser dans des segments à plus forte valeur tels que les produits de marque ou des marchés diversifiés. L’éventail des principaux acheteurs mondiaux s’élargit et comprend des entreprises asiatiques (par ex., la China Oil and Foodstuffs Corporation, COFCO), indiennes (Rallis),2 turques (Ülker) et saoudiennes (Savola Group). Les marchés de l’agriculture sont très concurrentiels, obligeant les entreprises mondiales à investir dans l’innovation, les risques liés à la chaîne d’approvisionnement, la gestion des ressources, l’analyse des données et la technologie afin de conserver un avantage concurrentiel. Les tendances de consommation telles que des aliments plus sains, l’étiquetage propre et le commerce équitable incitent les transformateurs mondiaux à répondre à ces exigences, y compris les certifications bio et halal. Les principales caractéristiques d’une sélection de CVM sont résumées dans le tableau 5.4. Les entreprises mondiales ont un pouvoir asymétrique dans la chaîne, car elles sont les acheteuses principales et les modalités de leurs chaînes d’approvisionnement en Afrique ne conduisent pas nécessairement à une modernisation. Ces entreprises développent des produits intermédiaires complexes et entretiennent des liens relationnels et captifs et des échanges d’informations limités avec les exportateurs du Tchad, du Mali et du Niger. D’autre part, les transformateurs mondiaux s’engagent dans des transactions relationnelles et captives nécessitant beaucoup de connaissances, avec des fabricants de produits alimentaires tels que Kellogg. Cela stimule leur modernisation et préserve un savoir-faire à plus forte valeur sur les marchés développés et émergents. Leur domination dans la chaîne de valeur résulte des investissements dans les marchés, du développement de produits et de technologies, et de l’analyse de données, ce qui en fait des fixeurs de prix. D’autre part, les exportateurs d’Afrique de l’Ouest sont des grossistes, qui facilitent les échanges, sont plus opportunistes et moins organisés et vendent des produits agricoles au comptant sur les marchés. Les exportateurs au Tchad, au Mali et au Niger sont des preneurs de prix et opèrent sur des marchés instables, investissant peu ou pas dans la modernisation. Ils n’adoptent pas non plus une approche proactive pour sécuriser et améliorer leur position sur le marché, ce qui les expose à une forte volatilité et à des changements dans les marchés. La contamination par la salmonelle des graines de sésame en est un exemple, qui a entraîné l’interdiction des exportations de sésame africain. La figure 5.1 ci-dessous donne un aperçu de la gouvernance des chaînes de valeur mondiales agricoles pour ces pays.


Fondements microéconomiques (2) | 85

TABLEAU 5.4  Caractéristiques

des chaînes de valeur mondiales sélectionnées

VARIABLE

BOVINS (VIVANTS)

NOIX DE CAJOU (EN COQUE OU SÉCHÉES) GOMME ARABIQUE

OIGNONS (FRAIS OU RÉFRIGÉRÉS)

GRAINES DE SÉSAME

Commercea

7,7 M USD

2,3 M USD

361 M USD

3,3 M USD

2,6 M USD

Taux de croissancea

Mixte (–16% à +616%)

2.3%

1.1%

Mixte (–21% à +15%)

3.6%

Principaux exportateursa

France, Australie, Canada, Mexique, Allemagne

Ghana, Côte d’Ivoire, Tanzanie, GuinéeBissau, Burkina Faso

Soudan, France, Pays–Bas, Chine, Inde, Tchad, Royaume-Uni, Mexique, Égypte États-Unis d’Amérique

Principaux importateursa

États-Unis d’Amérique, Italie, Turquie, Indonésie, Espagne

Inde, Vietnam, Singapour, Brésil, Togo

France, États-Unis d’Amérique, Inde, Allemagne, Royaume-Uni

États-Unis d’Amérique, Chine, Turquie, Vietnam, Royaume-Uni, Japon, Corée, Allemagne, Malaisie Vietnam

Chefs de file régionauxa

Éthiopie, Soudan, Namibie

Ghana, Côte d’Ivoire, Tanzanie

Soudan, Tchad, Mali

Égypte, République sud-africaine, Soudan

Éthiopie, Soudan, Nigeria

Entreprises dominantes

Tyson, Cargill, JBS, BRF

Olam, Mondelēz International, Planters, Silk, Ülker, Kellogg

Nexira, Alland & Robert, TIC Gums, Kerry

Olam, McCain Foods, Nestlé, Pepsico

Olam, Wilmar, COFCO, Ülker

Entreprises africaines dominantes

Meatco (Namibie), Allana Group (entreprise indienne en Éthiopie)

Olam (Côte d’Ivoire, Gum Arabic Co., Dal Olam (Égypte), Brefoots Olam (Éthiopie, Tanzanie, Mozambique) Food, Coca-Cola of Botley (investisseur Tanzanie), Wilmar Bottling Co. (Soudan) du R-U au Sénégal) (Éthiopie)

Emplacement des segments de chaînes de valeur supérieurs

Amérique du Nord, Union européenne

États-Unis d’Amérique, Union européenne, Canada, Union Amérique du Nord européenne, Brésil, Inde, Vietnam

Facteurs dominants de modernisation

Capital humain, technologie, certifications et normes, traçabilité, qualité, économies d’échelle, secteur privé, infrastructure, marques.

Amérique du Nord, Europe, Asie

Source : Ahmed 2018. Note : M = milliards; m = millions. a. Données 2016 de Chatham House 2018 extraites de https://resourcetrade.earth/.

FIGURE 5.1

Gouvernance des chaînes de valeur des produits agricoles dans les pays MTNG Marchés mondiaux : les relations de gouvernance favorisent la modernisation économique Commerçants/ collecteurs locaux

Commerçants/ acheteurs locaux Grossistes/ commerçants

Producteurs

Commerçants/ acheteurs régionaux

Commerçants régionaux

Transformateur local

Transformateur/ Acheteur mondial

Relationnel Marché Captif avec beaucoup d’informations et un partage des connaissances potentil conduisant à la modernisation Captif avec un faible partage d’informations

Éthiopie, Inde, Soudan, Nigeria, Tanzanie

Japon, Chine, Singapour, États-Unis d’Amérique, Canada


86 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

QUELLES SONT LES DIFFÉRENCES ENTRE LES CHAÎNES DE VALEUR DE CHAQUE PAYS ? Les chaînes de valeur sélectionnées dans ces pays peuvent jouer un rôle important dans leurs stratégies de diversification des exportations et de réduction de la pauvreté. Le Tchad et le Mali sont déjà des acteurs sur les marchés de produits de base du coton brut, mais ils pourraient tirer parti de leur avantage sur d’autres produits stratégiques. Les deux pays sont des acteurs émergents de la gomme arabique et des graines de sésame. La gomme arabique est produite exclusivement dans la ceinture africaine, avec une demande croissante des acheteurs européens et nord-américains. Le sésame complète la production d’autres produits tels que le coton et les arachides tout en fournissant des intrants pour la transformation de l’huile et des aliments pour animaux. Au Niger, l’industrie bovine offre l’occasion de devenir un fournisseur régional et de répondre à la demande locale et régionale de lait dépendant actuellement des importations. Les oignons du Niger, notamment le violet de Galmi, sont une variété appréciée des consommateurs régionaux. Les chaînes de valeur sélectionnées constituent une source d’emplois, les femmes constituant la majorité de la main-d’œuvre dans certains segments tels que les activités de transformation et de tri artisanaux et les ensachages à l’exportation. Le tableau 5.5 ci-dessous donne un aperçu de l’importance des chaînes de valeur restreintes. Les chaînes de valeur sélectionnées sont sous-développées et leurs échanges se font dans des segments de faible valeur. Le tableau 5.6 présente des facteurs clés pour le Tchad, le Mali et le Niger, et le tableau 5.7 décrit les caractéristiques de leurs chaînes de valeur. Les pays entrent dans la chaîne au niveau du segment de la production, mais ils ne se modernisent pas. Tous tardent à adopter des normes, à améliorer la qualité et les processus et à développer des produits de plus grande valeur. Les échanges portent sur des segments de produits de base bruts de faible valeur peu transformés, d’animaux vivants et de produits frais dépourvus d’exigences de qualité ou de certification. Comme les trois pays sont enclavés, une coordination accrue de l’industrie, tout en répondant aux exigences de quantité et de qualité, est essentielle au développement des économies d’échelle et à l’amélioration de la compétitivité. • La gomme arabique au Tchad est un produit forestier non ligneux destiné principalement à l’exportation sous forme brute. Les exportations de gomme à mâcher sont monopolisées par une poignée de commerçants et d’entreprises internationales. L’industrie n’est pas organisée et se heurte à de nombreuses contraintes, notamment la déforestation et le manque de qualifications de la main-d’œuvre. Les graines de sésame au Tchad sont petites, consommées dans le pays et exportées à l’échelle régionale. Au Tchad et au Mali, l’expansion de la production de sésame est liée à la volatilité des prix du coton et des arachides, obligeant les agriculteurs à explorer d’autres cultures commerciales. • Au Mali, la production de graines de sésame et de noix de cajou en est à ses débuts, mais elle croît rapidement (environ 90 % et 316 % par an, respectivement, en réponse à la forte demande des négociants régionaux et internationaux (FAO 2018)). ni le Tchad ni le Mali ne comptaient d’entreprises ayant modernisé leurs installations en adoptant des normes internationales et en


Fondements microéconomiques (2) | 87

TABLEAU 5.5  Importance

des chaînes de valeur sélectionnées au Tchad, au Mali et au Niger

VARIABLE

TCHAD

MALI

NIGER

IMPORTANCE DES CVM

GOMME ARABIQUE

GRAINES DE SÉSAME

NOIX DE CAJOU

GRAINES DE SÉSAME

BÉTAIL (BOVINS)

OIGNONS

% des exportations agricoles (2016)

29

30

0.8

7

12

2.3

Demande mondiale et régionale

Forte

Forte

Forte

Forte

Pour la diversification économique

• Culture de grande valeur

• Culture de • Culture • Culture de • Potentiel élevé pour • Potentiel de rotation de commerciale rotation de exportations de valeur élevé grande valeur de grande grande valeur viande, réduction pour les • Intrant pour valeur • Intrant pour des importations de marchés aliments pour aliments pour produits laitiers et d’exportaanimaux et huiles animaux et huiles exportations laitières tion et produits et produits régionales alimentaires riches alimentaires riches • Potentiel pour le cuir en protéines en protéines de grande valeur

Activités liées à l’emploi pour les travailleuses

• Tri et ensachage de gomme pour exportation

• Production des huiles artisanales • Tri et ensachage pour exportation

• Ramassage • Tri et ensachage pour exportation • Confiture artisanale

• Culture • Huiles artisanales • Tri et ensachage pour exportation

• Laiterie artisanale

• Oignons séchés artisanaux • Sacs d’oignons en jute pour exportation

Potentiel d’emploi

Forte

Forte

Forte

Forte

Forte

Forte

Incidences sur la sécurité alimentaire

• Des revenus plus élevés

• Des revenus plus élevés • Susceptible de contribuer aux huiles alimentaires et aux aliments pour animaux

• Des revenus • Des revenus plus plus élevés élevés • Susceptible de contribuer aux huiles alimentaires et aux aliments pour animaux

• Des revenus plus élevés • Viande et produits laitiers pour la consommation domestique

• Des revenus plus élevés

Forte • Nécessite de l’eau • Usage des terres • Risques de déforestation

Forte • Nécessite de l’eau • Usage des terres

Considérations Forte Forte Forte Forte environne• Nécessite de • Nécessite de l’eau • Nécessite de • Nécessite de l’eau mentales l’eau • Incidence sur l’eau • Usage des terres • Possibilité de l’usage des terres • Usage des reboisement terres

Moyenne à forte

Moyenne à forte

Source : Ahmed 2018. Note : La part du cheptel officiel du Niger correspond au total des exportations, alors que ses parts de bétail et d’oignons excluent le commerce informel.

passant à une transformation primaire ou secondaire sophistiquée. un seul transformateur au Mali, Promotion du sésame au Mali (PROSEMA), est en train de moderniser ses installations. Il utilise le nettoyage et le tri mécanisés du sésame et cherche à obtenir des certifications internationales. • Au Niger, les chaînes de valeur des bovins et des oignons sont en grande partie orientées vers la région et le pays, sans maximiser la valeur ajoutée et avec des produits dérivés peu développés. Le secteur bovin se heurte à des difficultés liées à son manque d’organisation, à la santé animale et aux liens puissants entre grands propriétaires de troupeaux et grossistes. Les conditions dans les segments des animaux vivants et de la viande ne sont pas propices à un


88 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 5.6  Caractéristiques

des chaînes de valeur sélectionnées et contraintes

VARIABLE

BÉTAIL

OIGNONS

GRAINES DE SÉSAME

NOIX DE CAJOU

GOMME ARABIQUE

Orientation primaire

Domestique et régionale

Domestique et régionale

Régionale et mondiale

Régionale et mondiale

Mondiale

Pays

Niger

Niger

Mali, Tchad

Mali

Tchad

Principal importateur

Nigeria

Ghana

Mali, Chine, Tchad, Turquie

Burkina Faso, Inde

États-Unis, France

Position de la chaîne de valeur

Segments de faible valeur

Segments de faible valeur

Segments de faible valeur

Segments de faible valeur

Segments de faible valeur

Liens mondiaux Aucun

Aucun

Faible

Faible

Faible

Profil de la chaîne de valeur

• Grands troupeaux • Troisième exportation • Exporte uniquement des animaux vivants • Traitement de viande non développé, produits laitiers et cuir

• Variété de violet de Galmi • Premier exportateur d’Afrique de l’Ouest • Baisse des exportations et gaspillage excessif • Traitement non développé

• Rotation des cultures de rente au Mali et au Tchad • Chaîne naissante au Mali et au Tchad • Mali » 450 coopératives ; Tchad : plus de 897 coopératives

• Chaîne à ses débuts • 12 000 petites exploitations • Augmentation de la production : 11 % par an • Transformation non développée

• Deuxième rang des exportations • Offre limitée • Travailleurs non qualifiés dans le secteur • Chaîne non développée

Acteurs puissants de la chaîne

Négociants et chevillards

Négociants et coopératives

Négociants

Négociants

Négociants

Caractère informel

Forte

Forte

Forte

Forte

Forte

Orientation stratégique

Faible

Faible

Faible

Faible

Faible

Normes, certifications

Faible à nul

Faible à nul

Faible à nul

Faible à nul

Faible à nul

Contraintes

• Santé animale • Faible qualité • Manque d’informations sur le marché • Faible niveau d’organisation des acteurs • Manque de certifications • Déficits d’infrastructure • Manque de financement • Producteurs et travailleurs non qualifiés

• Faible qualité • Manque de certifications • Manque d’informations sur le marché • Faible niveau d’organisation des acteurs • Déficits d’infrastructure • Manque de financement • Producteurs et travailleurs non qualifiés

• Faible qualité • Manque de certifications • Manque d’informations sur le marché • Faible niveau d’organisation des acteurs • Déficits d’infrastructure • Manque de financement • Producteurs et travailleurs non qualifiés

• Faible qualité • Manque de certifications • Manque d’informations sur le marché • Faible niveau d’organisation des acteurs • Déficits d’infrastructure • Manque de financement • Producteurs et travailleurs non qualifiés

• Faible qualité • Manque de certifications • Manque d’informations sur le marché • Faible niveau d’organisation des acteurs • Déforestation • Déficits d’infrastructure • Manque de financement • Producteurs et travailleurs non qualifiés

accroissement des exportations en raison des conditions sanitaires et d’hygiène médiocres des animaux. Bien qu’il possède de grands troupeaux de bovins, le pays continue de dépendre des importations de produits laitiers en raison de la faible productivité de son bétail et des contraintes d’infrastructure. Le segment de la viande ne comptait qu’un seul abattoir moderne certifié, mais non opérationnel. Cependant, plusieurs entreprises ont récemment émergé dans les produits laitiers. Une entreprise s’est modernisée en adoptant des normes plus strictes, en mettant en œuvre des mesures novatrices


Fondements microéconomiques (2) | 89

pour sécuriser l’offre locale et en la complétant avec des importations pour répondre à la demande. Une autre entreprise s’est développée dans d’autres produits tels que l’eau en bouteille. Le segment de la tannerie de la chaîne bovine est artisanal et également peu développé. • La chaîne de valeur de l’oignon au Niger souffre également d’une qualité médiocre et de contraintes de certification, ce qui l’exclut des marchés mondiaux. L’intensification de la concurrence des producteurs régionaux au Sénégal et au Ghana ainsi que les importations d’oignons chinois et néerlandais réduisent les exportations régionales du Niger. Comparée à d’autres chaînes de valeur sélectionnées, l’industrie de l’oignon au Niger est organisée en coopératives et fédérations qui tentent d’améliorer les performances du secteur. La Fédération de l’oignon au Niger a mis au point un certificat commercial régional afin de faciliter le transport national et transfrontalier des exportations d’oignons.

QUELS SONT LES ACTEURS CONCERNÉS AUX NIVEAUX NATIONAL ET RÉGIONAL ? Les chaînes sélectionnées sont pour la plupart informelles, les grands grossistes agissant en tant que leaders et intermédiaires puissants dans la chaîne (tableau 5.7). La demande mondiale stimule les exportations du Tchad, du Mali et du Niger par le biais d’un réseau de négociants utilisant principalement des canaux informels pour approvisionner les intermédiaires des entreprises internationales et des acheteurs régionaux. Les grossistes sont des exportateurs opérant depuis des capitales, qui sont en compétition avec les négociants informels régionaux pour l’approvisionnement. Ces acteurs disposent d’un réseau d’intermédiaires commerciaux qui fournissent et transportent les produits agricoles. Les grands négociants organisent le transport transfrontalier des marchandises, qui passent par les ports régionaux en direction des

TABLEAU 5.7  Segments

de la chaîne de valeur, acteurs principaux et gouvernance de la chaîne

PAYS

CHAÎNE DE VALEUR

UTILISATION DES INTRANTS PRODUCTION TRANSFORMATION

Niger

Bétail

Faible

Élevée, mais de faible qualité

Faible qualité, artisanal

• Grossistes Accès aux troupeaux • Quatre abattoirs publics et SONIPEV (non opérationnels)

Produits laitiers

Faible

Élevée, mais inaccessible

Dépend des ­importations

Niger Lait, Solani, Laban

Échelle

Oignons

Faible

Forte

Faible qualité, artisanal

Coopératives

• Échelle • Négociant et acheteur

Graines de Faible à nul sésame

Faible

Non développé, Prodex principalement artisanal

• Échelle • Négociant et acheteur

Noix de cajou

Faible à nul

Faible

Non développé, CTARS (Projet) principalement artisanal

• Échelle • Négociant et acheteur

Tchad Graines de Faible à nul sésame

Faible

Non développé, Seyal Chad, Afrimex, Africa principalement artisanal Gums

• Échelle • Négociant et acheteur

Faibles rendements

Non développé, SCCL, Africa Gum, SANIMEX principalement artisanal

• Échelle • Négociant et acheteur

Mali

Gomme arabique

Faible à nul

ENTREPRISES DOMINANTES

SOURCE DE POUVOIR

Note : SCCL = Société Commerciale du Chari et Logone ; SONIPEV = Société Nigérienne de Production et d’Exportation de Viande.


90 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

marchés internationaux. Les transactions dans la chaîne sont effectuées au comptant et de façon opportuniste. Les producteurs ne sont pas organisés dans les chaînes sélectionnées et dépendent du bouche-à-oreille pour recevoir des informations commerciales. Les producteurs sont des preneurs de prix et ont peu de pouvoir dans la chaîne. • Ce n’est que récemment que des acteurs majeurs tels que Prosema (Mali, sésame) et la Société commerciale du Chari et Logone (Tchad, gomme arabique) ont commencé à améliorer leur avantage concurrentiel sur les marchés mondiaux. Les négociants principaux manifestent un intérêt pour l’adoption de normes et de certifications internationales, mais le manque d’investissement des négociants suggère une approche plus passive de la modernisation. • La chaîne de valeur bovine au Niger est très informelle et contrôlée par de grands grossistes qui approvisionnent les abattoirs. Ces acteurs ont peu ou pas de connaissance des exigences des acheteurs régionaux ou mondiaux et sont de puissants fournisseurs d’abattoirs. Le gouvernement possède et exploite des abattoirs, qui sont actuellement en très mauvais état. Les investissements dans des intrants tels que l’élevage et la santé animale sont très faibles. La Société nigérienne de production et d’exportation de viande, le seul abattoir privé et sanitaire au Niger, n’est pas opérationnel actuellement, en raison d’un manque de maillage de la chaîne d’approvisionnement. • Les principaux acteurs du secteur de l’oignon au Niger sont les organisations d’agriculteurs et de négociants qui tentent de faire face à la baisse des exportations. Ces acteurs ont réussi à s’organiser et sont maintenant en concurrence avec les négociants régionaux. Toutefois, leur capacité d’influencer la modernisation est limitée en raison de leur faible connaissance des marchés et des normes mondiales et de leur faible adoption des semences améliorées. • Niger Lait, dans le segment laitier du secteur bovin nigérien, est la seule entreprise leader qui semble se moderniser avec succès. Fondé par une ingénieure formée en France, Niger Lait s’est doté d’une usine laitière moderne certifiée ISO (Organisation internationale de normalisation). L’entreprise cherche à améliorer le bien-être de ses fournisseurs par la formation et des salaires équitables. L’entreprise est engagée dans la modernisation des processus, des produits, de la chaîne et des conditions sociales. Les enseignements tirés d’études comparatives par pays révèlent que les économies d’échelle, l’amélioration de la qualité, les investissements du secteur privé (national et étranger) et les politiques nécessaires pour soutenir la ­croissance du secteur privé et l’organisation de l’industrie sont essentiels à la modernisation. En général, l’adoption rapide de mesures visant à instaurer la confiance dans la qualité des produits par la certification et la traçabilité a permis à Meatco en Namibie d’exporter de la viande en Europe et aux États-Unis. Le renforcement des associations et des politiques sectorielles pour accroître la production et les investissements du secteur privé dans le sésame et l’élevage a été un élément clé de la modernisation de l’Éthiopie et de son accession au rang de premier exportateur. La privatisation du secteur de la gomme arabique au Soudan et le fait d’attirer les investissements d’Olam dans le secteur du sésame en Éthiopie ou de l’oignon en Égypte ont changé la donne pour ces pays, qui ont amélioré leur production et se sont lancés dans la transformation à valeur ­ajoutée. L’Encadré 5.2 donne des exemples détaillés des meilleures pratiques.


Fondements microéconomiques (2) | 91

ENCADRÉ 5.2

Apprendre de meilleures pratiques mondiales pour moderniser les processus et les produits L’Éthiopie associe l’investissement étranger direct (IED) à des politiques actives pour changer la donne dans la mise à niveau du sésame vers la transformation et l’amélioration des normes. Olam est l’un des plus gros acheteurs de café et de sésame éthiopiens. La société étend ses activités dans les chaînes d’approvisionnement du café et du sésame et importe des produits de base essentiels tels que les engrais et le blé en Éthiopie. Les stratégies d’intégration avancées de l’entreprise en Éthiopie ont permis d’améliorer les rendements, la qualité, la gestion et la traçabilité des cultures des agriculteurs. Son implication a fait suite à la création de l’Agence de transformation de l’agriculture (ATA) en 2010 visant à soutenir les changements dans le secteur agricole. Dirigée par un Conseil, l’Agence a pour mission d’introduire de nouvelles technologies et approches pour remédier aux goulots d’étranglement systémiques, faciliter l’exécution des priorités stratégiques et catalyser la transformation du secteur. Les entreprises mondiales du secteur sont, notamment, Wilmar, un groupe agro-industriel asiatique, qui a conclu un accord d’investissement conjoint avec : (i) Repi Soap and Detergent Co en 2014 pour moderniser une usine de fabrication et y installer une raffinerie d’huile comestible et une usine de conditionnement pour les huiles douces spéciales, savons et détergents, et le traitement des graines de sésame ; (ii) East Africa Holdings Ltd, un leader national et régional dans les denrées alimentaires, les cosmétiques, les savons et détergents ; et (iii) l’Impact Angel Network (IAN), qui a lancé ses activités en 2015 en tant qu’entreprise de production de sésame à Addis-Abeba et soutient actuellement plus de 10,000 petits agriculteurs. Système de qualité de la gomme arabique et développement du secteur privé au Soudan. Pays important pour la production et la commercialisation de la gomme arabique, le Soudan dispose d’un système de classement bien établi pour la gomme arabique. Ce système fournit un point de référence important pour déterminer la valeur de la gomme récoltée et constitue la base d’une tarification appropriée. II existe six classes principales, à commencer par la classe 1, la plus chère, cueillie à la main et sélectionnée

(CMS), avec les nodules de taille moyenne les plus propres, les plus clairs en couleur, et les plus uniformes. Il existe actuellement plusieurs transformateurs privés au Soudan. La Khartoum Gum Processing Company et plusieurs autres petits transformateurs produisent aujourd’hui de la gomme séchée par pulvérisation et de la gomme concassée. Plus récemment, le gouvernement a annoncé des investissements américains dans le secteur. En 2017, la plus grande usine de séchage de gomme a ouvert ses portes et dispose d’une capacité de séchage par pulvérisation de 5,500 tonnes, d’une valeur de 37 millions USD. L’usine est affiliée à Dal Food Industry Group, à la société soudanaise Coca Cola Bottling Company, le plus grand fabricant de produits alimentaires et de boissons. L’usine comprend une installation de production de lait en poudre. En Inde, l’Indian Oilseeds and Produce Export Promotion Council (IOPEPC) a pour mission de développer et promouvoir les exportations de graines oléagineuses, d’huiles et de tourteaux. Officiellement connu sous le nom d’IOPEA, l’IOPEPC répond aux besoins des exportateurs depuis soixante ans. En plus de se concentrer sur les exportations, l’IOPEPC s’efforce également de renforcer les chaînes d’approvisionnement nationales en encourageant les agriculteurs, les décortiqueurs, les transformateurs, les inspecteurs et les exportateurs à améliorer la qualité des oléagineux en Inde. Sous la houlette de son président, l’IOPEPC accorde une grande importance à la mise en valeur des oléagineux, des huiles comestibles, des tourteaux et des autres produits relevant de sa compétence. L’IOPEPC s’efforce d’améliorer les rendements et la qualité des graines oléagineuses produites en Inde pour répondre aux besoins des marchés mondiaux. Les pays importateurs sont en permanence préoccupés par la présence d’aflatoxines (arachides), de résidus de pesticides et d’autres contaminants chimiques et microbiologiques dans les produits agricoles fournis par d’autres pays. L’IOPEPC mène des activités (ateliers, distribution de dépliants, etc.) pour sensibiliser les agriculteurs à la lutte contre les aflatoxines et à l’utilisation de pesticides sûrs et autorisés. la suite ci-après


92 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Encadré 5.2, suite

Au Ghana, AgroCenta a été fondé en 2015 par deux ex-employés d’Esoko, Francis Obirikorang et Michael K. Ocansey, pour améliorer la chaîne de valeur agricole dans le pays. La chaîne de valeur était confrontée à deux problèmes importants : un manque d’accès au marché pour les petits exploitants agricoles des zones rurales, ce qui les rend dépendants d’acheteurs intermédiaires aux pratiques abusives ; et l’absence de système coordonné de livraison par camion pour transporter leur production vers les marchés.

Les problèmes de logistique et de transport ont été résolus grâce à la solution brevetée TrucKR d’AgroCenta, permettant aux petits exploitants agricoles des villages isolés de recevoir des offres d’acheteurs intéressés et d’accéder aux camions en un seul clic, dans une sorte de « service Uber pour camions ». AgroCenta a également augmenté la productivité des petits exploitants agricoles en mettant à profit la technologie pour résoudre les problèmes culturaux.

POSSIBILITÉS DE DIVERSIFICATION : STRATÉGIES SPÉCIFIQUES DE MODERNISATION ET OPTIONS STRATÉGIQUES Pour identifier les trajectoires possibles, il est pertinent de mieux connaître tout d’abord les capacités actuelles du Mali, du Niger et du Tchad dans les différentes cultures d’intérêt, et ce à quoi ils peuvent s’attendre sur la base de l’expérience de pays pairs qui ont réussi à occuper une bonne position dans ces cultures. • Niger. Les produits d’intérêt du Niger sont la viande bovine et les animaux vivants. Le pays est intéressé par la production de viande congelée destinée à l’exportation au Nigeria. Cependant, les capacités du Niger en produits bovins sont limitées. Les chiffres officiels des exportations de bovins vivants et d’autres animaux sont difficiles à déterminer en raison du caractère très informel du secteur et du nombre important de transports transfrontaliers de sabots d’animaux, en particulier avec le Nigeria, son principal partenaire commercial. En 2009, les recettes d’exportation étaient estimées à environ 20 % des exportations de produits de base, mais seulement la moitié d’entre elles étaient officiellement enregistrées comme exportations (Banque mondiale, 2017). chèvres, moutons, bovins, chameaux, équidés et ânes, dans cet ordre, sont les principaux types de bétail. Traditionnellement, les pays ayant des capacités dans le domaine des bovins vivants de race non pure ont ensuite développé un avantage comparatif pour les bovins vivants de race pure. Si le Niger réussit à développer les infrastructures nécessaires à la production et à l’exportation de viande congelée, de nombreuses autres possibilités de diversification s’ouvriront. L’analyse de l’espace produit suggère que le marché de la viande bovine est fortement interconnecté et offre de nombreuses possibilités de développer d’autres capacités de transformation à l’intérieur et à l’extérieur du secteur de la viande, y compris dans les produits laitiers, l’alimentation animale et les machines agricoles (figure 5.2). L’expérience des pays pairs laisse penser qu’en devenant compétitif dans l’exportation de produits à base d’abats, un pays peut se diversifier vers des produits aux procédés de refroidissement similaires (c’est-à-dire nécessitant la congélation). Les pays ont tendance à devenir compétitifs d’abord dans le secteur des abats


Fondements microéconomiques (2) | 93

FIGURE 5.2

Trajectoire de diversification classique de la viande de bovins vivants pour les pays ayant les capacités du Niger Morceaux de viande bovine désossés, à chair ou réfrigérés

Produits à base de viande bovine

Viande bovine salée, séchée ou fumée

Morceaux de viande bovine désossés, congelés

Viande bovine, abats de bovins, autres que foies préparés/en conserve Préparations homogénéisées de viandes et abats

Morceaux de viande bovine avec os, congelés

Viande, abats et sang, préparés ou conservés, nda Carcasses et demi-carcasses de bovins, congelées

Aliments pour chiens ou chats (vente au détail)

Aliments pour animaux

Farine ou tourteau, agglomérés sous forme de pellets de viande ou abats pour alimentation animale

Fromages, râpés ou en poudre, de toutes sortes Stéarine de saindoux, oléostéarine et huiles, huile de suif naturelle Caséine

Lactosérum

Produits laitiers naturels, nda

Non exporté de manière compétitive par le Niger Exporté de manière compétitive par le Niger (ACR > 1)

Présure et ses concentrés Carboxyméthylcellulose, sels, sous formes primaires Produits laitiers

Source : Taglioni 2018. Note : ACR = Avantage comparatif révélé.

bovins en général, puis dans celui des abats spécialisés tels que le foie ou la langue. Les pays spécialisés dans les abats congelés sont ensuite devenus compétitifs dans les graisses et huiles animales ainsi que dans les machines de tannage des cuirs et peaux. Parmi les autres possibilités offertes par la viande bovine congelée, on peut citer les coupes bovines désossées et congelées, puis les os coupés, puis les carcasses et demi-carcasses, puis les produits laitiers, en particulier les produits transformés tels que la caséine et le lactosérum. • Mali. Le Mali est un producteur et exportateur de plus en plus compétitif de graines de sésame. il exporte déjà de la noix de cajou (en coques et décortiquée), mais son avantage comparatif dans la noix de cajou en coque, de valeur supérieure, est faible. L’aspiration du Mali est de se diversifier dans l’huile de sésame, l’huile de noix de cajou et les noix de cajou conditionnées. Les capacités actuelles de production de sésame et l’expérience de pays pairs suggèrent que le Mali a de bonnes chances de se développer et de devenir compétitif dans l’exportation d’huile de sésame, en partie grâce aux capacités déjà développées dans la production de gomme arabique (figure 5.3). La probabilité de devenir compétitif dans la production de noix de cajou décortiquées et conditionnées est également élevée, en s’appuyant sur le faible niveau actuel des exportations et l’expérience des pays pairs. • Tchad. L’objectif du Tchad est de développer une industrie d’exportation de gomme arabique au-delà des marchés européens et de devenir compétitif dans la production et l’exportation d’huile de sésame (figure 5.4). Le pays est déjà un exportateur prospère de gomme arabique et de graines de sésame, deux produits qui exigent des compétences et des capacités similaires. Ces dotations devraient faciliter l’expansion du pays vers l’huile de sésame et la

Huiles animales transformées, huiles végétales, préparations industrielles, nda

Machines pour nettoyer, trier, calibrer les œufs, les fruits, etc Lames pour machines agricoles et forestières Milking machines Parts of milking machines and dairy machinery Appareil à rayons ultraviolets ou infrarouges Machines agricoles


94 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 5.3

Trajectoire de diversification classique de la graine de sésame et de la noix de cajou décortiquée pour les pays ayant les capacités du Mali Gomme arabique Animal and textile products (...)

Huile de sésame ou fractions non modifiées chimiquement

Graines de sésame

Légumes secs et autres produits végétaux

Huile d’arachide raffinée non modifiée chimiquement

Produits céréaliers : non moulus, laminés, farine, etc.

Charbon de bois et bois de chauffage Exporté de manière compétitive par le Mali (ACR > 1) Non exporté de manière compétitive par le Mali Note : ACR = Avantage comparatif révélé.

FIGURE 5.4

Trajectoire de diversification classique de la graine de sésame et de la gomme arabique pour les pays ayant les capacités du Tchad Gomme arabique Coton (...)

Huile de sésame ou fractions non modifiées chimiquement

Graines de sésame

Légumes secs et autres produits végétaux

Huile d’arachide raffinée non modifiée chimiquement

Produits céréaliers : non moulus, laminés, farine, etc.

Charbon de bois et bois de chauffage Exporté de manière compétitive par le Tchad (ACR > 1) Non exporté de manière compétitive par le Tchad Note : ACR = Avantage comparatif révélé.

gomme arabique. Ces capacités suggèrent qu’à l’avenir, le Tchad pourrait diversifier sa gamme dans d’autres produits agro-industriels, notamment les légumes secs, le charbon de bois et le bois de chauffage, les produits céréaliers et autres huiles de noix raffinées. Les enseignements tirés de l’expérience acquise dans la modernisation des CVM montrent que des mesures politiques isolées et des stratégies progressives ont tendance à échouer. En revanche, les chaînes de valeur mondiales (et ­régionales) prospères reposent sur un mélange de plusieurs ingrédients clés : • Le développement de pôles agricoles dans le cadre d’une approche groupée, c’est-à-dire une stratégie multidimensionnelle de modernisation de la CVM avec des programmes simultanés impliquant des organisations de producteurs, des politiques globales et flexibles spécifiques à la CVM, de la conception à la commercialisation, et des investissements étrangers. • L’adoption d’une nouvelle approche de gestion agricole axée sur l’amélioration de la qualité des produits et l’application des normes tout au long de la chaîne et sur le développement de l’action collective des producteurs afin d’augmenter les revenus des agriculteurs. Cette approche est développée dans le tableau 5.8.


TABLEAU 5.8  Modernisation

des composantes de l’approche par grappes et options stratégiques

VARIABLE

TCHAD

MALI

NIGER

CHAÎNE DE VALEUR

GOMME ARABIQUE

GRAINES DE SÉSAME

NOIX DE CAJOU

GRAINES DE SÉSAME

Principaux éléments de stratégie pour la modernisation des CVM

• Chaîne d’approvisionnement coordination • Économies d’échelle • Main-d’œuvre development • Certification de la qualité

• Chaîne d’approvisionnement coordination • Économies d’échelle • Perfectionnement de la main-d’œuvre • Certification de la qualité

• Chaîne d’approvisionnement coordination • Économies d’échelle • Main-d’œuvre development • Certification de la qualité

• Chaîne d’approvisionnement coordination • Économies d’échelle • Main-d’œuvre development • Certification de la qualité

Exemples de modernisation observés

n.d.

n.d.

Natio-Cajou : transformateur de noix intégré verticalement

Prosema : négociant et • ONIPEV : abattoir moderne Une organisation premier transformateur certifié d’agriculteurs a mis au point à la recherche de • Niger Lait : transformateur un certificat d’exportation certifications mondiales laitier intégré verticalement et certifié

Modernisation économique

• Modernisation des processus et des produits en produits certifiés tels que les produits biologiques et halal. Renforcer la fiabilité des produits en améliorant les données, la traçabilité et la qualité. • Modernisation des processus et de l’organisation pour augmenter les flux, réduire les coûts et améliorer la coordination de l’industrie. • Modernisation des processus pour faciliter le renforcement des liens entre les acheteurs locaux, régionaux et mondiaux.

• Coordination de la chaîne d’approvisionnement • Santé animale et assainissement • Perfectionnement de la main-d’œuvre • Certification de la qualité

OIGNONS

• Chaîne d’approvisionnement coordination • Main-d’œuvre development • Certification de la qualité

• Modernisation des processus. Développer la capacité des chaînes de valeur de la gomme arabique, des graines de sésame et des noix de cajou à accroître la production et à gérer efficacement la croissance de l’industrie. • Modernisation des processus et des produits. Développer l’efficacité, l’intégrité et la fiabilité de la chaîne de valeur en transférant les décisions et la coordination de l’industrie au niveau de l’exploitation agricole et en attirant des IDE qui changent la donne. • Modernisation des processus, des produits et des marchés pour en faire des produits et des marchés de niche à plus forte valeur ajoutée. Améliorer les revenus des producteurs et des récoltants en augmentant la demande extérieure pour les cultures tchadiennes et maliennes et en diversifiant les marchés. • Modernisation des processus pour intensifier la production. Améliorer les liens entre les projets de production de gomme arabique, de graines de sésame et de noix de cajou et d’autres projets de développement local visant à remédier aux échecs sociaux, environnementaux ou économiques

• Modernisation des • Modernisation des processus et des produits processus et des produits par l’amélioration de la pour obtenir des semences santé animale et des certifiées, par pratiques d’élevage. l’amélioration de la • Modernisation des gestion, du stockage et de processus et des produits la logistique de par la privatisation des l’exploitation agricole, des abattoirs et le conditionnements de plus développement des filières petite taille, et attirer des lait et cuir. IDE qui changent la donne. • Modernisation des • Modernisation des marchés par la marchés par leur diversification des marchés diversification. d’exportation.

En créant des grappes de production et de négoce au niveau de la ferme qui améliorent la production, adoptent la certification, favorisent la transformation et le commerce et encouragent l’entrepreneuriat féminin

Faisceaux trayeurs autour de Niamey fabrication de sacs plus petits

Former les femmes à la

la suite ci-après

Fondements microéconomiques (2) | 95

Modernisation sociale

BOVIN


VARIABLE CHAÎNE DE VALEUR

TCHAD GOMME ARABIQUE

GRAINES DE SÉSAME

Modernisation Formation sur la récolte Gestion de l’eau et de environnementale des arbres, le l’utilisation des terres reboisement et la gestion de l’eau et de l’utilisation des terres. Instruments stratégiques

MALI NOIX DE CAJOU

Gestion de l’eau et de l’utilisation des terres

NIGER GRAINES DE SÉSAME

Gestion de l’eau et de l’utilisation des terres

BOVIN

• Gestion de l’eau et de l’utilisation des terres • Améliorer l’assainissement

OIGNONS

• Gestion de l’eau et de l’utilisation des terres • Réduire les déchets

En plus d’un dialogue public-privé, un dialogue public-public permanent est nécessaire pour créer des politiques cohérentes et un guichet unique pour l’agroalimentaire. • Groupe de travail de l’industrie • Services de vulgarisation • Stratégie industrielle et objectifs de production • Explorer le bloc régional pour attirer des IDE dans une marque • Normes environnementales

• Groupe de travail de l’industrie • Services de vulgarisation • Stratégie industrielle et objectifs de production • Explorer le bloc régional pour attirer des IDE dans une marque • Normes environnementales

• Groupe de travail de l’industrie • Services de vulgarisation • Stratégie industrielle et objectifs de production • Explorer le bloc régional pour attirer des IDE dans une marque • Normes environnementales

• Groupe de travail de l’industrie • Services de vulgarisation • Stratégie industrielle et objectifs de production • Étudier la possibilité d’un bloc régional pour attirer des IDE pour une marque mondiale • Normes environnementales

• Privatiser les abattoirs • Services de vulgarisation et de soutien • Zonage et normes pour animaux • Groupe de travail de l’industrie • Normes environnementales

Note : CVM = chaîne de valeur mondiale ; IDE = investissements directs étrangers ; n.d. = non disponible ; PROSEMA = Promotion du sésame au Mali.

• Groupe de travail de l’industrie • Services de vulgarisation et de soutien • Marquage • Facilitation de l’exportation et de l’investissement

96 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 5.8, suite


Fondements microéconomiques (2) | 97

• Recherche d’investissements étrangers spécialisés auprès d’entreprises multinationales dédiées qui sont des champions mondiaux confirmés de la modernisation des chaînes de valeur par produit, avec la participation active des producteurs et des transformateurs, et de l’exploration de trajectoires connectant les produits agricoles de base à des industries à plus forte valeur ajoutée. • Enfin, l’appui à la politique agricole pour aligner les besoins des producteurs et les échecs sociaux, environnementaux et économiques sur les exigences des marchés mondiaux et régionaux, c’est-à-dire une nouvelle politique de développement industriel productif qui encourage les CVM dans les agroindustries avec une participation renouvelée du secteur privé. Une telle politique doit également s’attaquer aux macro-éléments fondamentaux, en particulier les politiques relatives au commerce et à l’environnement des entreprises. Ce point est développé dans les chapitres suivants du présent rapport. Pour terminer, notre analyse globale de la chaîne de valeur révèle que le Tchad, le Mali et le Niger font face à des menaces similaires en matière de ­production, de qualité et de part de marché. Les maillons les plus faibles de la chaîne sont dans la production, avec un impact direct sur la quantité et la qualité des produits sur les marchés mondiaux et régionaux. Le segment de la production n’est pas lié aux spécifications des acheteurs ni à la dynamique mondiale et régionale. Les producteurs subissent une forte pression des grossistes et des exportateurs, qui contrôlent les relations avec les acheteurs et la logistique. Dans le même temps, les exportateurs ne réinvestissent pas leurs bénéfices en se modernisant, n’ont pas les compétences nécessaires ni l’accès au financement et exercent des pressions sur leurs fournisseurs pour qu’ils maintiennent des coûts de transaction bas et des revenus élevés. Ces résultats suggèrent que la modernisation des processus dans l’intensification des produits et l’organisation des parties prenantes ainsi que la modernisation des produits par l’amélioration de la qualité, les certifications et la responsabilisation des producteurs sont les deux trajectoires de modernisation économique les plus critiques et immédiates. Le tableau 5.8 ci-dessus présente les principales composantes de la modernisation à court et moyen terme et les options stratégiques.

NOTES 1. Pour une analyse des CVM à l’échelle nationale et des résultats pertinents pour le Mali, le Niger et le Tchad, voir Ahmed et Fandohan (2017, 2018a, 2018b). De plus amples détails sont également fournis dans les différents chapitres traitant des CVM dans les rapports pays. 2. Filiale du groupe Tata.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Ahmed, G. 2018. “Upgrading Agricultural Value Chains in Mali, Niger, and Chad.” Unpublished background paper, World Bank, Washington, DC. Ahmed, G., and B. Fandohan. 2017. “GVC in Niger: Bovine and Onions.” Unpublished background paper, Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, World Bank, Washington, DC. ———. 2018a. “Chad’s Value Chains in Sesame Seeds and Gum Arabic.” Unpublished background paper, Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, World Bank, Washington, DC.


98 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

———. 2018b. “GVC in Mali: Sesame Seeds and Cashew.” Unpublished background paper, Mali: Leveraging Export Diversification to Foster Growth, World Bank, Washington, Dc. Ahmed, G., S. Nahapetyan, D. Hamrick, and J. Morgan. 2017. Russian Wheat Value Chain and Global Food Security. Durham: Duke Center on Globalization, Governance & Competitiveness at the Social Science Research institute. https://GVCc.duke.edu/wp-content/uploads​ /2017/05/cggc-russia-wheat-value-chain.pdf. Antràs, P., and D. Chor. 2018. “On the Measurement of Upstreamness and Downstreamness in Global Value Chains.” NBER Working Paper 24185, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA. https://www.nber.org/papers/w24185.pdf. Banque mondiale. 2017. “Niger: Leveraging export Diversification to Foster growth.” Report 120306-NE, World Bank, Washington, DC. Barrientos, S., G. Gereffi, and A. Rossi. 2012. “Economic and Social Upgrading in Global Production Networks: A New Paradigm for a Changing World. ”International Labour Review150 (3–4): 319–40. De Marchi, V., E. Di Maria, and S. Micelli. 2013. “Environmental Strategies, Upgrading, and Competitive Advantage in Global Value Chains.” Business Strategy and the Environment 22 (1): 62–72. FAO (Food and Agriculture Organization). 2018. Food and Agriculture Data. Retrieved from http://www.fao.org/faostat/en/#data. Gereffi, G. 2014. “Global Value Chains in a Post-Washington Consensus World.” Review of International Political Economy 21 (1): 9–37. Humphrey, J., and H. Schmitz. 2002. “How Does Insertion in Global Value Chains Affect Upgrading in Industrial Clusters?” Regional Studies 36 (9): 1017–27. Neilson, J., B. Pritchard, and H. Wai-Chung Yeung. 2014. “Global Value Chains and Global Production Networks in the Changing International Political Economy: An Introduction.” Review of International Political Economy 21: 1–8. Pfeffer, J., and G. Salancik. 1978. The External Control of Organizations: A Resource Dependency Perspective. New York: Harper & Row. Taglioni, D. 2018. “The Position of Mali, Niger, Chad, and Guinea in the Typology of GVCs.” Unpublished background paper, World Bank, Washington, DC. Taglioni, D., and D. Winkler. 2016. Making Global Value Chains Work for Development. Trade and Development series. Washington, DC: World Bank. Wry, T., J. A. Cobb, and H. E. Aldrich. 2013. “More than a Metaphor: Assessing the Historical Legacy of Resource Dependence and its Contemporary Promise as a Theory of Environmental Complexity.” Academy of Management Annals 7 (1): 439–86.


6

Fondements macroéconomiques (1) RÉEXAMINER LA POLITIQUE COMMERCIALE ET LA LOGISTIQUE

SYNTHÈSE • La diversification des exportations devrait tenir compte du cadre de politique commerciale défini par les droits de douane et autres obstacles au commerce déterminant la compétitivité d’une économie. Cela est particulièrement ­important au vu du caractère enclavé de ces pays (à l’exception de la Guinée), de la dispersion des populations régionales en grappes locales sur un vaste ­territoire, et de la généralisation du commerce informel. • Trois accords qui se chevauchent (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest – CEDEAO–, Union économique et monétaire ouest-­ africaine – UEMOA – et Communauté économique et monétaire pour l’Afrique centrale – CEMAC) régissent leurs régimes commerciaux sur la base d’un tarif extérieur commun (TEC) caractérisé par une progressivité élevée des droits et des exemptions excessives. • Un réexamen des TEC en vue d’éliminer les exemptions et de renforcer la ­n eutralité tout en améliorant la cohérence des trois régimes de TEC ­pourrait ­favoriser la réaffectation des ressources des biens et services non ­échangeables basés sur les ressources vers des biens et services échangeables, tout en encourageant les échanges sur les corridors sahéliens reliant les quatre pays. • Les retombées attendues des réformes tarifaires risquent de ne pas se concrétiser pleinement face aux multiples obstacles non tarifaires (parafiscaux) qui ont renforcé le caractère informel du commerce régional, conduisant à des coûts de transaction élevés, des faiblesses de la logistique commerciale, et des liens avec le marché médiocres. • Les coûts associés au commerce et aux transports doivent être pris en compte et des efforts régionaux en matière de facilitation des échanges doivent être mis en œuvre si l’on veut promouvoir le commerce transfrontalier et une intégration plus poussée dans les flux commerciaux régionaux plus formels le long des principaux corridors de transit régionaux et sur les marchés mondiaux.

99


100 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

CONTEXTE Pour évaluer les options de diversification des exportations dans les économies des pays MTNG, il faut avant tout reconnaître les niveaux élevés de commerce informel qui dominent le commerce intrarégional de produits d’origine agricole (encadré 6.1). dans le cadre du développement des chaînes de valeur mondiales (CVM), les pays MTNG doivent accomplir des progrès dans la promotion de la diversification des exportations et du commerce intrarégional et mondial dans un cadre politique qui, non seulement réduit leur dépendance à l’égard des ressources naturelles et favorise les changements structurels, mais qui facilite aussi l’intégration du commerce informel dans les marchés formels. Ceci, contrairement à un cadre incitatif défini par les droits de douane et autres obstacles au commerce qui déterminent la répartition des ressources. Ce chapitre résume les principaux problèmes politiques associés au commerce, les difficultés de diversification des exportations et les recommandations politiques qui promeuvent une croissance durable des exportations hors ressources dans la région. Pour déterminer la bonne combinaison de prescriptions de politique commerciale en vue de diversifier les exports formels dans les pays MTNG, in convient de tenir compte de leur intégration régionale. Les quatre pays appartiennent à trois régimes commerciaux différents et qui se chevauchent, définis par leurs Communautés économiques régionales (CER) respectives. Le Niger et le Mali appartiennent à l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tout comme le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Sénégal et le Togo. Parallèlement, la plupart des pays de l’UEMOA, dont le Niger et le Mali, sont membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), tout comme la Guinée. Les échanges commerciaux du Tchad sont ENCADRÉ 6.1

Une informalité élevée dans les échanges régionaux en Afrique de l’Ouest Le commerce intrarégional (principalement de ­produits agricoles) en Afrique de l’Ouest consiste ­principalement en trois types de flux commerciaux, dont une grande partie reste informelle : • Le commerce transfrontalier, effectué principalement par des commerçants informels autour de marchés naturels sur la base de conditions excédentaires de l’offre et de la demande locales (telles que l’horticulture locale et d’autres produits), et favorisé par des frontières poreuses ; • Le commerce d’arbitrage, en grande partie de la contrebande ou du détournement d’échanges commerciaux avec des pays tiers (par exemple, riz et volaille), destiné à contourner les interdictions commerciales ou les barrières douanières extrêmement restrictives et à tirer parti de la porosité des frontières ; et

• Le commerce basé sur les complémentarités, ­principalement pour les denrées de consommation courante, où des complémentarités existent entre la production et la demande (bétail, céréales et légumineuses, manioc) (Maur et Shepherd, 2015). Une étude récente estime que près de 84 % des échanges agricoles au Tchad sont informels (Étude diagnostique de l’intégration du commerce [EDIC] 2015). L’économie nigérienne est majoritairement agraire et une grande partie du commerce associé, à savoir les produits agricoles et d’élevage, est informelle et non enregistrée (Raballand 2017). De plus, Hoffmann et Melly (2015) décrivent l’activité économique sur les marchés frontaliers entre le Niger et le Nigeria et estiment que les volumes de produits échangés de manière informelle entre le Nigeria, le Niger et le reste de la région sahélo-sahélienne excèdent largement ceux du commerce formel.


Fondements macroéconomiques (1) | 101

officiellement liés par la Communauté économique et monétaire pour l’Afrique centrale (CEMAC) qui inclut également le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Guinée équatoriale et le Gabon, mais pas le Nigéria, qui est membre de la CEDEAO et peut-être le partenaire commercial le plus important, au moins pour le Niger et le Tchad. Les pays de la CEMAC, dont le Tchad, appartiennent également à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale,créée en 1983 mais pratiquement défunte car devant encore être ratifiée. Chacune des trois régions se trouve à différents stades d’intégration, mais toutes ont leurs propres tarifs extérieurs communs (TEC).1 Cependant, il existe un potentiel largement inexploité. Malgré un marché fortement concentré (voir Chapitre 1), un modèle de gravité tenant compte de facteurs économiques clés montre un potentiel commercial inexploité. C’est le cas, par exemple, au Tchad et au Niger pour leurs partenaires commerciaux régionaux, la région élargie de l’Afrique subsaharienne et d’autres grandes économies (figures 6.1 et 6.2). Selon les données disponibles pour ces deux économies, le Niger semble sous-exporter vers des membres de la CEDEAO comme le Bénin, le Burkina Faso et le Nigeria, ainsi que vers des marchés plus vastes comme la France et la Chine. En revanche, les exportations du Niger vers le Togo, le Sénégal et la Belgique sont supérieures à ce que l’on pourrait attendre de facteurs géographiques et autres, ce qui s’explique probablement par la complémentarité des proximités et des échanges, ainsi que par son rôle de base de réexportation pour les pays tiers. De même, bien que les États-Unis et l’Inde soient des partenaires

FIGURE 6.1

Partenaires commerciaux du Tchad, exportations prévues versus exportations réelles

Échanges prévus (log du commerce en 1 000 USD)

15

USA ARE

CHN

FRA

10

5 BEL NER CIV 0 UGA

–5 0

5

10

15

Échanges observés (log du commerce en 1 000 USD) Marchés les plus importants

D’autres marchés (moins importants)

Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale, Washington, DC, https:// databank.worldbank.org/source/world-development​-indicators. Note : ARE = République arabe d’Égypte ; BEL = Belgique ; CHN = Chine ; CIV = Côte d’Ivoire ; FRA = France ; NER = Niger ; UGA = Ouganda ; USA = États-Unis.


102 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 6.2

Partenaires commerciaux du Niger

Échanges prévus (log du commerce en 1 000 USD)

15 FRA ARE 10

CHN

NGA

BFA CIV

USA

BEN 5

TGO SEN UGA BWA

BEL

0 2

4

6

8

10

Échanges observés (log du commerce en 1 000 USD) Valeurs ajustées Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale, Washington, DC, https:// databank.worldbank.org/source/world-development​-indicators Note : ARE = République arabe d’Égypte ; BEL = Belgique ; BEN = Bénin ; BFA = Burkina Faso ; BWA = Botswana ; CHN = Chine ; CIV = Côte d’Ivoire ; FRA = France; NER = Niger ; NGA = Nigeria ; SEN = Sénégal ; TGO = Togo ; UGA = Ouganda ; USA = États-Unis.

commerciaux majeurs pour le Tchad, celui-ci sous-exporte vers ces économies ainsi que vers d’autres pays comme le Japon et la France. Le Tchad sous-­exporte également vers des pays d’Asie de l’Est tels que la Thaïlande et Singapour. S’agissant du Niger et du Tchad, le commerce avec leurs voisins est négligeable (ou sous-déclaré pour ce qui est du Nigeria), leurs échanges étant essentiellement informels. D’autre part, la situation géographique du Rwanda et de l’Éthiopie, deux pays sans frontières communes avec le Tchad, suggère un potentiel de marché inexploré dans la région ASS.En revanche, les exportations du Niger vers le Togo, le Sénégal et la Belgique sont supérieures à ce que l’on pourrait attendre de facteurs géographiques et autres, ce qui s’explique probablement par la complémentarité des proximités et des échanges, ainsi que par son rôle en tant que base de réexportation pour les pays tiers. De même, bien que les États-Unis et l’Inde soient des partenaires commerciaux majeurs pour le Tchad, celui-ci sous-exporte vers ces économies ainsi que vers d’autres pays comme le Japon et la France. Le Tchad sous-exporte également vers des pays d’Asie de l’Est tels que la Thaïlande et Singapour. S’agissant du Niger et du Tchad, le commerce avec leurs voisins est négligeable (ou sous-déclaré pour ce qui est du Nigeria), leurs échanges étant essentiellement informels. D’autre part, la situation géographique du Rwanda et de l’Éthiopie, deux pays sans frontières communes avec le Tchad, suggère un potentiel de marché inexploré dans la région de l’Afrique subsaharienne. Les pays africains ont récemment annoncé leur intention de mettre en place un Accord de libre-échange continental (ALEC), qui vise à libéraliser le commerce des biens et des services et à faciliter les investissements à travers le continent africain. Cela présage probablement de l’introduction d’une politique et d’un cadre


Fondements macroéconomiques (1) | 103

réglementaire globaux.Les modalités des négociations tarifaires de l’ALEC devront répondre efficacement aux conditions commerciales et de politique commerciale spécifiques au contexte africain. Différents degrés d’intégration des marchés entre les CER ainsi que la structure des échanges intra-africains de chaque pays affecteront la facilité avec laquelle les parties seront en mesure de participer à l’ouverture des marchés dans le cadre de l’ALEC. Il est important de fixer des objectifs crédibles de libéralisation et de trouver le meilleur moyen de réconcilier les processus d’intégration parallèles au niveau des CER, inter-CER et de l’ALEC, notamment en assurant une surveillance, un examen et un suivi continus.

PIÈGES DU CADRE DE POLITIQUE COMMERCIALE DES PAYS MTNG Les taxes sur les échanges internationaux continuent de peser sur la fiscalité globale des pays MTNG. D’une part, les taxes sur le commerce international, en baisse, représentent toujours 12,8 %, 28,2 % et 14,9 % des recettes fiscales au Mali, au Niger et en Guinée, respectivement. D’autre part, on ne saurait trop insister sur l’importance d’une réforme douanière, car les recettes douanières devraient être en réalité plus élevées : les industries extractives de ces pays, notamment la Guinée et le Niger, sont fortement tributaires d’intrants ­intermédiaires et de matières premières importées qui sont souvent exemptés de taxes, ce qui explique les déficits à deux chiffres de leurs comptes courants respectifs. Dans le cadre des réformes douanières régionales, la mise en œuvre des TEC adoptés par l’UEMOA, la CEDEAO et la CEMAC comporte de nombreuses incohérences et exceptions. Par exemple, le tarif extérieur commun de la CEMAC comprend cinq catégories : (i) certains produits culturels et liés à l’aviation (détaxés) ; (ii) des articles essentiels (5 %) ; (iii) les matières premières et biens d’équipement (10 %) ; (iv) les biens intermédiaires et biens divers (20 %) ; et (v) les biens de consommation (30 %) (tableau 6.1). Parallèlement, le tarif appliqué par le Tchad en 2012 contient des exceptions au TEC de la CEMAC pour 45 lignes tarifaires. Cependant, ces exceptions n’introduisent pas de nouveaux taux : les produits sont plutôt reclassés dans une autre catégorie tarifaire. Pour leur part, les membres de la CEDEAO ont adopté un TEC entré en vigueur en 2015, qui est divisé en quatre taux nominaux positifs (5, 10, 20, et 35 %). De plus, le dernier examen de la politique commerciale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a mis en évidence la présence d’importantes dérogations au TEC dans les pays. Par exemple, les sociétés minières et autres sociétés agréées en vertu du Code des investissements du Mali sont exemptées de droits de douane. Au Niger, les matières premières et les emballages importés sont exemptés en l’absence de production nationale. En 2015, les exemptions de droits de douane au Mali représentaient environ 114 millions USD (OMC 2017). Des estimations récentes indiquent que les recettes fiscales (et douanières pourraient augmenter considérablement si le Niger éliminait toutes les exonérations fiscales et s’appuyait sur les tarifs douaniers (7,3 %) et autres taxes (2,4 %) (Banque mondiale 2017). En 2015, les membres de la CEDEAO ont adopté le TEC pour 90 % des lignes tarifaires. Le TEC de la CEDEAO était basé sur celui de l’UEMOA, mis en œuvre depuis 2004, mais laissait les 130 lignes tarifaires restantes soumises à un taux de 35 %. Le TEC de la CEDEAO dépasse les règles de l’OMC dans tous les États


104 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 6.1  Taux

tarifaires moyens au Niger

LIGNE TARIFAIRE TAUX MOYEN

1. Taux NPF (nation la plus favorisée) moyen simple appliqué    Produits agricoles (définition OMC)

18,1 22,4

Produits non agricoles (définition OMC)

17,4

Agriculture, chasse, foresterie et pêche (CITI 1)

23,6

Industrie extractive (CITI 2)

11,2

Industrie manufacturière (CITI 3)   2.  Tarifs appliqués effectifs

17,8 18,6

3. Lignes tarifaires hors taxes (pour cent du total des lignes tarifaires)  4.   Taux moyen simple (lignes passibles de droits)

0,6 18,2

5. Droits non ad valorem (pour cent du total des lignes tarifaires)

0,0

6. Contingents tarifaires (pour cent du total des lignes tarifaires)

0,0

7. Pics tarifaires nationaux (pour cent du total des lignes tarifaires)

0,0

8. Pics tarifaires internationaux (% du total des lignes tarifaires)

48,1

9. Écart type global des taux appliqués

9,6

10. « Nuisance » des taux appliqués (% du total des lignes tarifaires)

0,0

Source : Banque mondiale 2017. Note : CITI = Classification internationale type des industries ; OMC = Organisation mondiale du commerce.

membres, à l’exception de la Guinée-Bissau et du Togo. En outre, la catégorie tarifaire supplémentaire de 35 % mise en œuvre dans le cadre de la CEDEAO (en Guinée, par exemple) va au-delà des règles de l’OMC. Pourtant, selon les estimations, son élimination aurait un impact négligeable sur les recettes (FMI 2015). De nombreux autres droits et taxes imposés par les États membres sont fixés à zéro, ce qui prête à confusion. les dernières informations disponibles pour 2017 au niveau des codes à six chiffres indiquent que le Niger et le Mali appliquent des lignes tarifaires NPF avec de nombreux écarts par rapport au TEC. Cela correspond à plus de 100 taux de droits de douane distincts répartis sur l’ensemble du barème tarifaire, certains ayant des écarts minimes par rapport à la structure à cinq tranches (0, 5, 10, 20, 35 %), tandis que les autres pays présentent des écarts plus importants. Certaines simulations sur les taux de TEC ajustés dans l’UEMOA révèlent des coûts commerciaux et sociaux élevés. La révision du TEC avec la tranche supplémentaire de 35 % a des conséquences potentiellement importantes, car elle peut engendrer une augmentation de 7 % à 10 % du coût de la vie pour les ménages, et donc réduire leur bien-être de 2 % à 5 % (Gourdon et Maur 2014). Dans le cas de la Guinée, en raison des différences de modèles de consommation entre les ménages et de la nature de la structure tarifaire, les tarifs sont régressifs sur l’ensemble de la répartition des revenus tant pour le tarif UEMOA quatre bandes que pour le TEC CEDEAO. Dans le premier cas, les droits de douane moyens varient d’environ 12 % pour les plus pauvres à 9 % pour les plus riches et de 13 % à 10 % pour le TEC. L’impact sur les ménages est également régressif pour le TEC de la CEDEAO, les ménages pauvres étant affectés de manière disproportionnée et le coût moyen du bien-être pondéré en fonction de la consommation s’élevant à 5 % pour le cinquième centile le plus faible, contre 3 % pour le 95e centile.


Fondements macroéconomiques (1) | 105

Les taux du TEC dans la CEMAC, l’UEMOA et la CEDEAO affichent une structure croissante (différences résultant de droits d’importation plus élevés sur les produits semi-transformés par rapport aux matières premières et encore plus élevés sur les produits finis), ce qui dénature l’activité commercialisable, la rend non commercialisable et empêche ces économies de s’aligner sur des régions comparables. Les droits de la CEMAC sur les biens intermédiaires et les biens d’équipement sont supérieurs à ceux observés dans d’autres régions, et nettement supérieurs à ceux des pays d’Asie de l’Est (PAE) et de régions telles que l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE). Profondément intégrée aux chaînes de valeur mondiales (tableau 6.2), cette région fait désormais partie des exportateurs de produits industriels les plus diversifiés et les plus prolifiques. La neutralité croissante vis-à-vis des mécanismes d’incitation et l’alignement étroit sur les prix mondiaux ont été les fondements de sa transformation

TABLEAU 6.2  Comparaison des tarifs douaniers simples et pondérés par groupes régionaux, 2016 RÉGION

TYPE DE BIENS

MOYENNE SIMPLE

PAE

Primaires

9,64

3,58

PAE

Biens intermédiaires

8,75

5,35

PAE

Consommation

17,07

7,72

PAE

Biens d’équipement

CEDEAO

Primaires

CEDEAO

Biens intermédiaires

CEDEAO

Consommation

CEDEAO

Biens d’équipement

CEMAC

Primaires

CEMAC

Biens intermédiaires

14,87

12,2

CEMAC

Consommation

24,84

19,99

CEMAC

Biens d’équipement

12,68

12,82

CDAA

Primaires

4,37

0,65

CDAA

Biens intermédiaires

4,49

2,26

CDAA

Consommation

11,96

8,71

CDAA

Biens d’équipement

2,82

2,16

UEMOA

Primaires

17,76

25,38

UEMOA

Biens intermédiaires

10,70

11,50

UEMOA

Consommation

17,51

14,47

4,97 13,42

MOYENNE PONDÉRÉE

4,48 19,11

9,96

9,37

18,36

13,78

7,69

7,79

18,09

10,04

UEMOA

Biens d’équipement

7,94

7,76

ANASE

Primaires

5,33

2,72

ANASE

Biens intermédiaires

4,49

4,08

ANASE

Consommation

9,39

6,16

ANASE

Biens d’équipement

4,89

1,96

UE

Primaires

5,64

n.d.

UE

Biens intermédiaires

0,03

n.d.

UE

Consommation

2,34

n.d.

UE

Biens d’équipement

0,00

n.d.

Sources : Benjamin et Pitigala 2017; Pitigala 2018a, 2018b. Note : n.d. = non disponible. ANASE = Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; CDAA = Communauté de développement de l’Afrique australe ; CEDEAO = Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; CEMAC = Communauté économique et monétaire pour l’Afrique centrale ; PAE = pays d’Asie de l’Est ; UE = Union européenne ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.


106 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

structurelle. En revanche, le TEC des trois blocs régionaux liés aux MTNG indique des droits beaucoup plus élevés sur les produits finis que sur les intrants primaires et intermédiaires, une structure destinée à promouvoir une substitution obsolète des importations en offrant une protection tarifaire à la production industrielle de produits finis. Les droits de douane TEC élevés sur les biens de consommation, dans le but de créer des incitations à la substitution régionale, peuvent permettre d’accroître la production régionale, mais avec un coût élevé pour les consommateurs et au détriment de la diversification des exportations, tant sur le marché régional que dans les CVM. De plus, bien que la progression soit courante dans la plupart des pays africains, la variation est moins prononcée dans les pays du Sahel que dans les autres pays et régions d’Afrique subsaharienne, ainsi que dans les PAE (figure 6.3). La grande diversité des obstacles paratarifaires complexes dans les pays MTNG accroît l’imprévisibilité et réduit la transparence tout en exacerbant l’effet protecteur des droits de douane. Par exemple, le Tchad applique divers prélèvements et taxes, comme une taxe pour l’intégration communautaire (TIC), une contribution pour l’intégration communautaire (CIC), une taxe pour l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA) et une taxe statistique sur toutes les importations, quelle que soit leur origine, toutes ajoutant entre 5 % à 8 % ad valorem. Au Niger, diverses taxes frontalières s’appliquent : (i) une redevance statistique sur les importations (RSI) :1 % ; (ii) une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) fixée à 19 % dans les directives de l’UEMOA ; (iii) un prélèvement communautaire de solidarité (PCS) de l’UEMOA : 1 % ; (iv) un prélèvement communautaire de la CEDEAO : 1 % ; 2 (v) a taxe spéciale à l’importation sur certains produits agricoles: 10 % du prix plancher ; (vi) un droit d’accise : entre 15 % et 45 %, selon le produit (par exemple, les cigarettes et les boissons alcoolisées) ; (vii) une taxe sur la vérification des importations (TVI) : 1 % de la valeur des biens pour financer les frais payés à cotecna ; (viii) un service d’inspection avant expédition ; (ix) une avance sur l’impôt sur les bénéfices industriels et commerciaux (BIC) : 5 % de la valeur des biens pour les opérateurs sans numéro d’identification fiscale (NIF) ; et (x) une taxe de 3 % pour les exploitants dotés d’un NIF (EDIC 2015). De même, un (xi) ­prélèvement communautaire de solidarité de 1 %, imposé aux États membres de l’UEMOA sur les importations en provenance de pays extérieurs à la CEDEAO, un (xii) prélèvement de la CEDEAO de 0,5 % et (xiii) une taxe statistique de 1 % sont également imposés par le Niger. FIGURE 6.3

Tarifs douaniers moyens par étape de production, 2016

Pourcentage

30

7 6 5 4 3 2 1 0

25 20 15 10 5

ce Ré Tc nt p ha ra ub d fri liq ca u in e e Ke Rw nya an Bu da ru Ta nd nz i O an u Bu ga ie rk nd in a a Fa so Bé ni n M al Ni i Sé ger né ga To l g G o ha Ni na g Vi eria et In na do m n RD ésie P M Lao al ai s Br ie Si un ng e ap i ou r

0

Biens de consommation Biens d’équipement

Biens primaires Biens intermédiaires Écart type (échelle de droite)

Sources : Benjamin et Pitigala 2017 ; Banque mondiale 2018a, 2018b. Note : RDP = République démocratique populaire.


Fondements macroéconomiques (1) | 107

L’absence d’équivalent national pour ces droits et prélèvements ­supplémentaires accroît l’effet protecteur des droits de douane et exacerbe la structure tarifaire majorée, ce qui se traduit par des taux de protection effective encore plus élevés que ceux suggérés par la structure tarifaire majorée. Ainsi, les structures tarifaires actuellement appliquées dans les économies MTNG aggravent la pauvreté et découragent les exportations agricoles. En effet, des tarifs élevés amplifiés par les obstacles paratarifaires imposés sur les produits agricoles de base représentent un surcoût substantiel pour les consommateurs, en particulier les ménages pauvres, dont le budget est consacré de manière disproportionnée à la nourriture. Bien que cela puisse protéger ces agriculteurs ouest-­ africains contre les importations en dehors du territoire douanier, cela ne confère que peu de protection dans les pays où les importations sont globalement non compétitives dans le cadre des accords régionaux respectifs. Par conséquent, les pays MTNG ont de considérables opportunités d’accroître et de diversifier leurs exportations de produits agricoles et, dans certains cas, d’exporter des produits transformés de haute qualité. Pour promouvoir la transformation à plus forte valeur ajoutée, il est essentiel que les intrants de production, y compris les outils et l’équipement, puissent être importés avec un niveau de taxation douanière très faible, ce qui aura pour autre avantage de minimiser la distorsion intersectorielle. De plus, si les exportations étaient dirigées vers des marchés hautement concurrentiels, comme cela pourrait être le cas pour la viande et les cuirs et peaux, des droits de douane nuls ou faibles sur les importations d’intrants pourraient rendre les exportations de ces pays suffisamment compétitives.3 De la même manière, des droits de douane élevés sur les produits manufacturés et les biens intermédiaires protègent très peu les producteurs sahéliens, la fabrication de biens échangeables sur le marché intérieur étant relativement faible, de même que la capacité de ces pays à assurer une substitution efficace des importations. Les secteurs perçus comme des secteurs naissants – notamment les jus de fruits, les textiles ou le ciment, qui constituent la capacité d’approvisionnement des régions de la CEMAC – ne suffisent même pas à satisfaire la demande au Tchad. Il en résulte des importations extrarégionales qui entraînent à leur tour une perte substantielle de bien-être, en raison des TEC élevés pour les consommateurs tchadiens. Par conséquent, la justification du maintien d’un degré de progression aussi élevé devrait être examinée et liée à la performance du secteur en terme de compétitivité et, dans l’idéal, progressivement éliminée. Outre les tarifs standard et autres tarifs ad hoc, d’autres obstacles non tarifaires ont une incidence sur le commerce, notamment les obstacles aux frontières par le biais d’interdictions ou de quotas parfois appliqués à des secteurs proposant des produits nationaux concurrentiels. Ceux-ci s’appliquent en grande partie aux produits alimentaires et peuvent être imposés selon les saisons pour protéger les producteurs et les industries locales. Certains membres de la CEDEAO ont occasionnellement imposé des restrictions à l’exportation, généralement sur les céréales, afin d’aider le pays à affronter des problèmes temporaires d’insécurité alimentaire. Enfin, les efforts d’harmonisation régionale, notamment pour les semences et autres intrants agricoles, n’ont pas été pleinement mis en œuvre et continuent de nécessiter une duplication des certifications, tandis que l’absence de normes harmonisées pour les céréales et les légumineuses entrave le mouvement des denrées de base des régions excédentaires vers les régions déficitaires, et ­compromet le potentiel des chaînes de valeur mondiales basées sur les produits agricoles.


108 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

La réforme douanière est une priorité majeure. Les barrières non tarifaires les plus importantes sont peut-être les procédures douanières complexes, souvent inutiles, et qui font doublon (fondées sur des systèmes manuels obsolètes). Cette complexité favorise les collusions et la corruption chez les commerçants, les fonctionnaires et les intermédiaires. Elle incite également à la contrebande et au commerce informel. Les agents des douanes extraient également les paiements pour les marchandises en transit et imposent de longues procédures de dédouanement aux frontières, bloquant les envois pendant des jours, voire des semaines. Bien que la CEDEAO ait pris des engagements régionaux pour éliminer la nécessité de certificats d’origine pour les produits alimentaires, certains membres continuent d’en exiger. En outre, si les pays de la CEDEAO ont signé des accords techniques prévoyant une reconnaissance mutuelle des certificats sanitaires et phytosanitaires, les agents des services frontaliers exigent toujours des opérateurs des doubles certificats. Cela peut être dû en partie à un manque d’informations, mais également à l’intérêt de créer des opportunités de percevoir des frais ou pots-de-vin. Parallèlement, il est possible de rationaliser des flux commerciaux transfrontaliers à travers des bazars frontaliers, similaires à ceux mis en œuvre le long de certaines portions des frontières entre l’Inde et le Bangladesh ou la Chine et le Kazakhstan (encadré 6.2). Ces bazars, ou haat, ont pour objectif principal un régime simplifié pour les transactions commerciales (avec une

ENCADRÉ 6.2

Rôle des bazars frontaliers Les bazars (ou haat) jouent un rôle crucial sur la frontière indo-bangladaise. En 2011, les gouvernements du Bangladesh et de l’Inde ont relancé le concept de bazar frontalier et ouvert un haat pilote à proximité du poste-frontière de Kurigram-Meghalaya. Un haat est un bazar de fortune organisé une fois par semaine, permettant aux résidents frontaliers d’échanger des produits éligibles exonérés de droits de douane tant que les envois ne dépassent pas un seuil fixé à l’avance. Les produits éligibles comprennent les produits agricoles et horticoles locaux, les épices, les produits forestiers mineurs (à l’exclusion du bois d’œuvre), le poisson frais et séché, les produits laitiers et avicoles, les objets et tissus artisanaux. Ces produits sont également exonérés de taxes locales. Depuis le projet pilote, quatre haat frontaliers sont désormais opérationnels le long de la frontière indo-­bangladaise à Meghalaya et Tripura. L’Inde propose de créer 27 nouveaux haat sur les 443 kilomètres de frontière. Le modèle de bazar frontalier a été reproduit dans d’autres régions. Le bazar de Korgas, entre le Source : Kathuria et Malouche 2016.

Kazakhstan et la Chine, constitue un cas exemplaire. C’est l’un des plus grands bazars transfrontaliers de la région, fournissant quelque 1 300 commerçants chaque jour. Le régime bilatéral permet aux commerçants d’entrer sans visa pendant la journée et de bénéficier d’une franchise de droits limitée ( jusqu’à 1,000 USD de marchandises, un taux forfaitaire étant ensuite appliqué). Du côté kazakh de la frontière, le commerce transfrontalier est devenu la principale source d’emplois à Jarkent, la plus grande ville frontalière du district. Selon des estimations prudentes, 10 % de la population locale travaillent directement dans des activités commerciales transfrontalières. Chaque commerçant générerait des emplois pour une à deux personnes supplémentaires dans l’entreposage, le transport local ou la vente dans le bazar. De plus, l’existence du bazar a généré des retombées et créé de nouveaux débouchés pour le commerce de détail et d’autres opportunités commerciales (Kaminiski et Mitra, 2012).


Fondements macroéconomiques (1) | 109

quasi-absence de processus formels et des transactions en franchise de droits et hors taxe). Les installations fournissent également tous les services requis, élargissent la portée des marchés locaux et créent un stimulus direct pour la création de revenus et l’emploi. Les haat prospères ont permis de passer d’une agriculture de subsistance à une agriculture commerciale et à des activités commerciales connexes, dont l’intégration ultérieure à des chaînes d’approvisionnement plus formelles pour l’exportation, en particulier pour les communautés transfrontalières situées le long des frontières entre le Niger, le Tchad et le Nigeria, dans des régions telles que Maradi, Zinder, Diffa, Birni-N’Konni et Tahoua. Sur le plan géographique, une intégration plus étroite dule Niger et du Tchad avec le Nigeria pourrait contribuer à la croissance du commerce des MTNG en biens et services. Le marché de l’Afrique de l’Ouest est dominé par le Nigeria, suivi du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Ensemble, ces pays représentent 80 % du produit intérieur brut (PIB) régional et 75 à 80 % des importations et exportations agricoles. Le Nigéria est la première économie d’Afrique et elle devrait doubler de taille d’ici 2030. La taille de l’économie nigériane, sa diversité, sa démographie et sa trajectoire de croissance projetée offriront probablement le plus grand potentiel de commercialisation dans le commerce agricole pour les pays MTNG. Des preuves anecdotiques indiquent que le pays a d’importantes exportations bidirectionnelles et informelles. Les denrées de consommation courante et les exportations de bétail dominent les flux des pays du Sahel vers le Nigeria et les exportations de mil et de sorgho ceux du Nigeria vers ses voisins. L’ampleur de ce commerce informel montre clairement les fortes complémentarités avec le Nigeria et les perspectives substantielles de synergies de marché, d’externalités positives et d’économies d’échelle qui amélioreront l’efficacité et répartiront mieux les ressources. Bien que la CEDEAO soit théoriquement un espace de libre-échange, les pays ne respectent pas ce principe, ce qui signifie que les pays exportant dans la CEDEAO doivent payer des droits et taxes ad hoc lorsqu’ils exportent au sein de la région. Par conséquent, plutôt que de se concentrer sur les tarifs douaniers, les accords multilatéraux de libre-échange (ALE) devraient faire tomber les onéreuses et fastidieuses barrières non tarifaires et accords de transit. Cela devrait ainsi libérer le véritable potentiel de commerce multilatéral entre le Nigeria et ses voisins, en particulier le Tchad et le Niger. De plus, une telle évolution pourrait avoir des retombées positives sur les services, y compris les liaisons aériennes, la collaboration commerciale et les services financiers, avec des facettes d’intégration plus profondes susceptibles de profiter à tous les pays concernés.4 L’Afrique du Nord offre un autre potentiel de diversification géographique du commerce. Malgré la géographie et la politique des pays MTNG, qui tendent à les orienter vers l’Afrique de l’Ouest plutôt que vers l’Afrique du Nord, le développement rapide de la technologie, de l’économie numérique et de la fourniture de services professionnels (banque, tourisme) a créé de nouvelles opportunités pour ces pays. Cela leur permet notamment d’échanger avec l’Afrique du Nord, y compris à travers des partenariats avec des investisseurs nord-africains (en particulier le Maroc et la Tunisie). Bien que le manque de données nous ait empêché d’estimer l’impact sur les recettes fiscales de ces mouvements dans tous les pays MTNG, l’encadré 6.3 ci-dessus présente ces résultats pour le Niger.


110 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

ENCADRÉ 6.3

Estimation de l’impact budgétaire de la réforme du commerce : Le cas du Niger Cet encadré examine l’impact des accords commerciaux régionaux conclus au Niger sur les importations et les recettes fiscales. Le pays s’est engagé à mettre en œuvre le TEC de la CEDEAO ainsi que l’Accord de partenariat économique (APE) signé avec l’Union européenne (UE) en février 2014. Les simulations montrent l’impact restreint de l’accord préférentiel sur les échanges, limité par le recours généralisé du pays à des exonérations fiscales et par la faible part des importations en provenance de la CEDEAO et de pays européens. En ce qui concerne le TEC, selon les données des douanes, en 2015, seulement 40 % des importations sont entrées au Niger avec le taux de droit NPF légal, tandis que 59 % ont bénéficié d’exonérations partielles (l’uranium ne présentant qu’un taux de 14 %), et 1 % des importations étaient totalement exemptées de droits de douane. De plus, des APE ont été signés avec seulement quatre pays de la CEDEAO (sur 14 membres de la CEDEAO exportant vers le Niger en 2013). En 2013, les importations en provenance de la CEDEAO et des pays européens représentaient respectivement 23 % et 15 % du total des importations, des taux faibles comparés à leurs parts dans les pays voisins. 11 des 14 pays de la CEDEAO ont utilisé leur accès préférentiel (le Nigeria étant le plus important, avec une part de 6 % du total des importations). La diversité des régimes tarifaires et des taxes devrait être simplifiée. De très nombreuses taxes sont perçues sur les importations : droits de douane (5 catégories : 0, 5, 10, 20, et 35 %), deux taxes communautaires de la CEDEAO (1 % chacune), une taxe statistique (1 %), des droits d’accise (alcool : 45 à 50 %, tabac et cigares : 45 %, autres produits : 8, 10, et 15 %), une taxe sur la vérification des importations (1 %) et la TVA (0, 5 et 19 %). Ainsi, en 2015, les recettes fiscales totales des douanes étaient dominées par la TVA (49 %), les droits de douane (30 %), les droits d’accise (10 %) et les autres taxes (11 %). Le droit de douane moyen sur les importations au Niger est de 35,3 %, tandis que les droits de douane seuls ont une moyenne pondérée en fonction des importations de 15,4 % (et une moyenne simple de 12 %). La multiplicité de ces taxes devrait également être prise en compte lors de la simulation de l’élimination des exonérations fiscales.

L’Accord de partenariat économique avec l’UE vise une libéralisation à 75 % du marché sur une période de transition de 20 ans, accompagnée d’un programme de développement de l’APE de 6,5 milliards EUR pour la période 2015–2019 (moins que les 15 milliards demandés initialement par les pays de l’Afrique de l’Ouest.) Les pays de la CEDEAO ont également convenu d’accorder à l’UE tout nouveau traitement tarifaire avantageux consenti à d’autres partenaires commerciaux à l’avenir, à condition que ces derniers bénéficient d’une part du commerce international supérieure à 1,5 % et d’un degré d’industrialisation suffisant (plus de 10 % l’année précédant l’entrée en vigueur de l’accord). Ces critères excluraient toute préférence tarifaire accordée à un autre pays d’Afrique ou de la zone Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP), mais pourraient inclure toute préférence accordée à la Chine, à l’Inde ou au Brésil, par exemple. L’outil de simulation de l’impact de la réforme tarifaire (Tariff Reform impact Simulation Tool, TRIST) de la Banque mondiale a été utilisé pour simuler l’impact sur les recettes d’importation et les recettes fiscales du Niger découlant de la levée des exonérations fiscales et de la mise en œuvre du nouveau TEC et de l’APE. Deux résultats se dégagent : • Sans surprise, les recettes fiscales augmentent considérablement lorsque toutes les exonérations fiscales sont supprimées, que ce soit sur les tarifs douaniers uniquement (taux de croissance de 7,3 %) ou sur toutes les taxes (taux de croissance de 20,4 %), soit une augmentation de 153 à 164 milliards ou 184 milliards FCFA respectivement. L’inconvénient d’une telle mesure politique est que dans le premier cas, le niveau moyen de protection tarifaire augmente de 6,1 à 11,5 % avec l’application des taux de droits NPF légaux, ce qui réduit également les importations totales d’environ 12,3 %. • De plus, l’application du TEC semble à première vue presque inutile dans l’optique de la baisse attendue du niveau de protection extérieure ; et elle n’est que légèrement positive dans l’optique d’une augmentation des importations en provenance de la CEDEAO. En revanche, dans le cadre du TEC, le niveau la suite ci-après


Fondements macroéconomiques (1) | 111

Encadré 6.3, suite

moyen de protection tarifaire du Niger augmente de 6,1 % à 6,3 % et l’impact négatif sur les taux de croissance des importations (-0.5 %) et les taux de croissance positifs des recettes fiscales (+2.2 %) est marginal. Ces effets marginaux modérés sont une conséquence du petit nombre de produits visés, car ces derniers ont

été ­sélectionnés en fonction de leur valeur stratégique pour les membres de la CEDEAO. En outre, les tarifs élevés ciblent les biens consommés en plus grande quantité par les couches les plus pauvres de la population, ce qui pourrait potentiellement avoir un impact non négligeable sur ces dernières.

Sources : Jammes 2017 et Banque mondiale 2017.

LOGISTIQUE COMMERCIALE ET FACILITATION DU COMMERCE Les caractéristiques géographiques contribuent lourdement aux difficultés de diversification des exportations rencontrées par les pays enclavés de la sous-­ région MTNG (à l’exception de la Guinée). En effet, la mesure dans laquelle l’environnement commercial et de transit accentue les coûts de transaction peut déterminer les capacités de commerce formel et informel des pays. Cela est d’autant plus vrai pour les exportateurs dans les contextes fragiles, en conflit ou violents (FCV), où les conflits peuvent encore éroder tout avantage comparatif éventuel dans certaines régions de production, et accentuer la distance entre la production et les marchés. Ces pays dépendent entièrement des infrastructures de transport et des procédures administratives de leurs voisins pour transporter leurs marchandises vers les ports maritimes, canal le plus pratique pour le commerce international. Le Niger dépend principalement de Cotonou (Bénin) et des ports secs du Burkina Faso, reliés par voie ferrée aux ports maritimes de Tema et Takoradi, au Ghana. Le Tchad dépend principalement de Douala (Cameroun), tandis que le Mali expédie ses marchandises principalement via Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d’Ivoire). Les pays utilisent également d’autres couloirs commerciaux existants, mais beaucoup moins fonctionnels, qui les relient à ces grandes villes portuaires. Dans l’ensemble, trois types de paramètres doivent être pris en compte : (i) la qualité de la logistique commerciale et du transport ; (ii) les coûts commerciaux et de transport ; et (iii) la disponibilité de couloirs de transit efficaces les reliant à d’autres pays. Notons également que si les exportations de ressources naturelles sont essentiellement transportées par voie terrestre jusqu’aux ports voisins, d’autres marchandises périssables peuvent être bloquées par des obstacles supplémentaires. C’est souvent le cas pour les produits agroindustriels transportés de zones rurales éparses et isolées vers de grands marchés urbains. Le manque de compétitivité logistique du Tchad, et dans une moindre mesure du Mali, du Niger et de leurs partenaires de transit, souligne les défaillances de leur environnement commercial. Par exemple, le Tchad obtient des résultats relativement médiocres dans différentes catégories de l’Indice de performance de la logistique (IPL) de la Banque mondiale, notamment l’efficacité des processus de dédouanement et de contrôle aux frontières, la qualité des infrastructures commerciales et de transport, la compétitivité et la qualité des


112 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

services ­logistiques (transport routier, opérations de transit et courtage en douane) et la capacité de suivi des consignations. Les trois pays obtiennent d’ailleurs des résultats largement inférieurs aux pays comparables de la région (Kenya, Ouganda et Tanzanie). Le Cameroun n’obtient pas de meilleurs résultats en termes de score IPL (figure 6.4), ce qui aggrave encore les problèmes du Tchad. Si le Mali et le Tchad affichent des performances mitigées en matière de coûts commerciaux, le Tchad obtient des résultats médiocres par rapport à ses semblables en matière de commerce transfrontalier et doit faire face aux coûts de transaction prohibitifs de ses partenaires de transit (Cameroun, Nigeria) (tableau 6.3). L’absence de littoral génère des coûts qui peuvent se refléter dans les différences de prix du marché entre les pays côtiers et les pays enclavés. Les produits vendus à N’Djamena, capitale du Tchad, peuvent être 30 % plus chers que dans les villes voisines du Cameroun. De fait, l’Indicateur de coûts du commerce agrégés (ATCI) de la Banque mondiale montre également que le Tchad affiche les coûts les plus élevés parmi les pays enclavés, tandis que le Mali et le Niger ont enregistré une diminution des coûts du commerce entre 2004 et 2014.5 Cependant, les coûts à l’exportation (en USD par conteneur) sont plus importants au Mali que dans la moyenne des pays de l’UEMOA et d’Afrique subsaharienne. Cela implique que le coût de transport intérieur de marchandises au Mali est également plus élevé en raison des performances insuffisantes du pays en matière de coûts de conformité documentaire et de conformité à la frontière. Comparés à d’autres pays sahéliens et enclavés de la région de l’Afrique de l’Ouest, les coûts au Mali sont inférieurs à ceux du Burkina Faso, mais supérieurs à ceux du Niger. Malgré la multiplicité des accords bilatéraux et régionaux (en grande partie non effectifs),6 de graves problèmes compromettent la disponibilité de couloirs de transit efficaces susceptibles de relier les pays concernés. • L’infrastructure routière est défaillante. Au Niger, l’infrastructure de transport repose essentiellement sur un réseau routier partiellement bitumé et mal entretenu. Au total, le réseau mesure environ 19 000 kilomètres, dont moins de 4 000 kilomètres bitumés. le corridor Cotonou-Niamey est presque entièrement asphalté et est de loin le plus utilisé. Il représente plus de 65 %

FIGURE 6.4

in

Niger

Libye

Mali

Soudan

Tchad

de Re s spe dé c la t is

tra Su ça ivi bi et lit é

ru st fra In

Cameroun

co Q m u lo pé alit gi te é st nc et iq e ue s s

es ct

ur

an e ou D

te Exp rn éd at it io io na ns le s

4,0 3,5 3,0 2,5 2,0 1,5 1,0 0,5 0 s

Indice de performance de la logistique

Performance logistique du Mali, du Niger et du Tchad

Pays similaires (KEN, TZA, UGA)

Source : Indice de performance de la logistique 2017, de la Banque mondiale, Washington, DC, https://lpi.worldbank.org/. Note : Les scores les plus élevés déterminent les pays les plus performants. KEN = Kenya; TZA = Tanzanie ; UGA = Ouganda.


Fondements macroéconomiques (1) | 113

de commerce transfrontalier

CO DÉ NF L A OR I D MI ’EX T P (H É À ORT EU L A AT RE FR IO S) O N : CO CO NT NF ÛT IÈR OR D E ’ MI EX TÉ PO AD RT (U M AT SD IN IO IST N ) RA : TIV CO DÉ NF L A E OR I D MI ’EX TÉ PO (H AD RT EU M AT RE INI IO S) ST N : RA CO CO TIV NF ÛT E OR À L MI ’EX TÉ P À O (U L A RTA SD F TI RO ON ) NT : IÈR CO DÉ NF L A E OR I D MI ’IM TÉ PO (H À RT EU L A AT RE FR IO S) O N : NT IÈR CO CO E NF ÛT OR À MI L’IM TÉ PO À (U L A RTA SD F TIO RO N ) NT : CO DÉ IÈR NF L A E OR I D MI ’IM TÉ PO (H AD RT EU M AT RE INI IO S) ST N : RA TIV CO CO NF ÛT E OR D MI ’IM TÉ PO A R (U DM TAT SD IN IO IST N ) RA : TIV E

TABLEAU 6.3  Indicateurs

Cameroun

202

983

66

306

271

1 407

163

849

Côte d’Ivoire

239

423

84

136

125

456

89

267

Guinée

36

310

48

105

72

405

32

37

Libye

72

575

72

50

79

637

96

60

Mali

48

242

48

33

98

545

77

90

Niger

48

543

41

39

78

462

156

457

Nigeria

135

786

131

250

284

1 077

173

564

République centrafricaine

141

280

48

60

98

209

120

500

Sénégal

61

547

26

96

53

702

72

545

Soudan

162

950

190

428

144

1 093

132

420

Tchad

106

319

87

188

242

669

172

500

33

249

36

157

113

473

75

159

Pays comparables (Botswana, Kenya, Ouganda)

Source : Indice de commerce transfrontalier de la Banque mondiale (délais et coûts), indicateurs Doing Business 2019, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing​-business. Note : Pairs = Pays comparables.

du trafic de marchandises, mais il est également très long – même si ses 1050 ­kilomètres le placent derrière le corridor Lomé-Niamey. Le réseau routier tchadien mesure 42 000 kilomètres de long, dont 6 200 kilomètres de routes principales, et seulement 996 kilomètres sont bitumés, pour la plupart en mauvais état, en particulier dans le nord et l’est du pays. Les routes non bitumées sont souvent inaccessibles pendant la saison des pluies, en particulier dans la moitié sud du pays. La route entre N’Djamena et le port de Douala (1,800 km) est actuellement la principale voie pour désenclaver le Tchad, car près de 90 % du volume total du fret international empruntent ce couloir. • Le harcèlement sur les routes est courant et des paiements illégaux sont collectés aux nombreux postes de contrôle. Le rapport de l’initiative de Gouvernance améliorée du transport routier (IRTG) montre qu’en Afrique de l’Ouest, ces entraves – en termes de nombre de postes de contrôle, pots-de-vin et retards pendant le transport des marchandises entre le point d’entrée et le lieu de livraison – sont plus répandues au Mali, même si leur ampleur a diminué de façon significative ces dernières années (tableau 6.4). Bien que minimes, les paiements individuels (pots-de-vin) à chaque poste de contrôle découragent les commerçants, principalement les populations pauvres et les femmes, qui préfèrent négocier de petits volumes dans le commerce informel. • Le commerce transfrontalier est onéreux et inefficace. Cette situation est liée aux difficultés associées à l’obtention des permis d’importation et


114 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 6.4  Harcèlement

sur les routes dans certains pays d’Afrique

de l’Ouest NOMBRE DE POSTES DE CONTRÔLE PAR 100 KM 2005

POTS-DE-VIN PAR 100 KM

2013

2005

2013

RETARDS PAR TRAJET DE 100 KM 2005

2013

Burkina Faso

5,5

1,6

4 410

2 140

22

17

Côte d’Ivoire

n.d.

1,9

n.d.

2 675

n.d.

8

2

1,8

1 960

679

21

18

Mali

4,6

2,6

12 250

3 775

38

26

Sénégal

n.d.

1,3

n.d.

1 614

n.d.

14

Togo

1,5

0,9

1 470

597

16

7

Ghana

Sources : Calculs de la Banque mondiale (2018b) basés sur les données de l’initiative IRTG (Initiative sur la gouvernance améliorée des transports routiers). Note : Les montants des pots-de-vin sont en monnaie locale. La mesure des retards est la moyenne des minutes perdues à cause des contrôles routiers. KM = kilomètres ; n.d. = non disponible.

d’exportation, les délais de traitement étant très longs, et des pots-de-vin et autres paiements informels sont à prévoir. • Les marchés du transport national sont désorganisés et fragmentés. Dans les trois pays, le secteur du transport est dominé par un grand nombre de transporteurs individuels ou familiaux utilisant une flotte généralement ancienne et mal entretenue. Les entreprises de fret représenteraient moins de 20 % des transporteurs au Mali. Les accords de quotas de partage du fret international signés avec les pays de transit côtiers, associés au système de file d’attente et à diverses pratiques collusoires, constituent des obstacles majeurs à un accès renforcé aux marchés et nuisent à la qualité des services de transport. Les codes de conduite et les règles de circulation se trouvent encore à un stade embryonnaire, générant un manque de fiabilité et de prévisibilité, deux qualités absolument essentielles pour la chaîne d’approvisionnement logistique, et entraînant un cercle vicieux de l’informalité. L’Accord de facilitation du commerce (AFC) de l’OMC récemment ratifié offre à ses membres, y compris la Guinée, le Mali, le Niger et le Tchad et leurs voisins, une occasion réelle et opportune de résoudre les problématiques liées au commerce régional et international. Il facilite en effet la circulation, la mainlevée et le dédouanement des marchandises, ainsi que le transit dans la région. Tous les blocs commerciaux de la région (UEMOA, CEMAC, CEDEAO) participent activement à l’AFC. Chacune de ces trois institutions est mandatée par ses membres respectifs pour négocier et jouer un rôle actif dans les étapes de préparation et la négociation de l’accord. Cependant, certains partenaires clés comme le Cameroun et le Nigeria n’ont pas encore ratifié l’AFC.

OPTIONS STRATÉGIQUES La clé de la diversification des exportations et de la mise en place d’un secteur commercial compétitif consiste à affiner la structure des incitations définie par les obstacles commerciaux, tarifaires et non tarifaires. Ces politiques pourraient aider les pays MTNG à mieux identifier et exploiter les opportunités de diversification économique tout en créant des emplois durables et en promouvant un rôle actif du secteur privé sur les marchés nationaux et internationaux.


Fondements macroéconomiques (1) | 115

Une politique commerciale volontariste doit donc faire partie intégrante de la stratégie. Comme les régimes commerciaux actuels sont extrêmement protecteurs, il convient de procéder à un séquençage approprié des mesures à prendre parallèlement aux actions visant à simplifier la structure tarifaire, à éliminer les fastidieuses barrières non tarifaires et à améliorer les procédures douanières, tout en introduisant d’autres réformes et réglementations qui tiennent compte des contraintes perçues pour l’environnement des affaires. Les paragraphes suivants résument les principales options stratégiques illustrées dans le tableau 6.5. • Explorer les moyens d’affiner les TEC de la CEMAC et de l’UEMOA afin de rapprocher ces pays de leurs semblables pour réduire les distorsions et stimuler la diversification commerciale. Il est conseillé de rétablir quatre tranches de taxation au sein de l’UEMOA (par ex., 0, 5, 10, et 20 % pour les produits de luxe)

TABLEAU 6.5  Matrice des interventions stratégiques de politique commerciale pour la diversification des ­exportations OBJECTIFS

RECOMMANDATIONS ET ACTIONS

INSTITUTIONS CHEFS DE FILE

Harmoniser le TEC dans les pays du Sahel

Mettre en place un tarif extérieur commun de 0, 5, 10 et 20 % à l’échelle de l’UEMOA et de la CEDEAO, et inclure la CEMAC en tant qu’étape intermédiaire vers une rationalisation et une cohérence renforcées

Ministères du Commerce et Amélioration de l’environorganismes régionaux nement commercial et réduction de la contrebande

Améliorer la Donner à un comité interministériel unique le ­gouvernance et pouvoir d’approuver les exonérations tarifaires l’efficacité des incitations Éliminer les exonérations tarifaires inefficaces

Ministères des Finances, des Douanes et du Commerce

INDICATEURS DE RÉSULTATS

Augmentation des recettes et amélioration de l’efficacité

Éliminer les barrières et mesures paratarifaires transfrontalières

Éliminer les mesures paratarifaires illégales et Ministères des Finances et intégrer les taxes restantes dans le TEC existant du Commerce

Réduction des coûts de transaction et amélioration de la transparence

Stabiliser les prix des produits de base

Éliminer les restrictions à l’importation et à l’exportation dans le secteur agricole

Augmentation des investissements dans la chaîne de valeur agricole

Ministères de l’Agriculture et du Commerce

Développer le ­commerce • Mener une analyse coûts-avantages sur le Ministères du Commerce et entre la CEDEAO et le passage à quatre tranches tarifaires et sur les organismes de promotion Nigeria, et le programme exonérations tarifaires, les BNT et les des exportations de promotion des exporprélèvements parafiscaux dans le cadre de tations l’ETLS, en particulier avec le Nigeria • Présenter les conclusions aux comités de négociation à l’occasion des comités interministériels de la CEDEAO, des réunions des responsables du commerce et d’autres forums

Développement du commerce régional de produits agricoles, en particulier d’aliments de base

Élargir les marchés régionaux et ­extrarégionaux pour les produits agricoles

Augmentation de la valeur et des volumes d’exportation, et de la part des exportations agricoles

Définir une stratégie en vue d’adapter le programme de marketing à chaque secteur stratégique sur différents marchés régionaux et internationaux

Ministères du Commerce, de l’Agriculture et des Affaires étrangères, et organismes d’exportation

Promouvoir la diversifica- • Améliorer la capacité des chambres de Ministères du Commerce et Augmentation des tion des exportations commerce, d’industrie et d’artisanat à organismes de promotion exportations vers les vers les marchés recueillir des informations commerciales des exportations marchés d’Asie du Sud asiatiques • Développer les capacités des conseillers commerciaux de chaque mission à l’étranger Établir un leadership pour la mise en œuvre de l’AFC de l’OMC

Définir le mandat du NFTC et son rôle de leader dans le pilotage des plans d’action de l’AFC, ainsi que des mécanismes de coordination interorganisations et de dialogue public-privé

Ministères des Finances et du Commerce, PPS, CCIAN et SGG

Promulgation et mise en œuvre de nouvelles normes d’autorisation des dépenses la suite ci-après


116 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 6.5, suite OBJECTIFS

RECOMMANDATIONS ET ACTIONS

INSTITUTIONS CHEFS DE FILE

INDICATEURS DE RÉSULTATS

Prendre des mesures pour mettre en œuvre le guichet national unique

Faciliter l’harmonisation des documents d’importation et d’exportation entre tous les organismes concernés et procéder à un remaniement orienté vers les entreprises de tous les processus et procédures liés au commerce

Bureau du Premier Premiers pas vers la mise ministre, ministères de la en place d’un guichet Justice, du Commerce, de unique l’Économie, des Finances et du Développement urbain

Simplifier les procédures de contrôle aux frontières

• Rationaliser la saisie des données en éliminant les dossiers redondants • Supprimer la numérisation systématique des documents en adoptant des principes de gestion des risques

Douanes

Simplifier les réglementations et les recettes douanières, et renforcer l’automatisation

• Adopter les législations nécessaires pour rationaliser les documents et déclarations, et développer la télétransmission • Autoriser la transmission électronique des déclarations initiales de transit

Ministères du Commerce et Diminuer le nombre de de la Justice transactions sur document papier

Inclure le commerce de transit dans la dématérialisation des recettes douanières

• Développer les infrastructures nécessaires à la dématérialisation et renforcer la connectivité centralisée de tous les bureaux des douanes (importations/exportations et transit). • Assurer la migration vers SYDONIA WORLD pour la CNUCED

Ministères des Finances et des Douanes

Activation de connexions centralisées entre les bureaux des douanes en vue du déploiement de SYDONIA WORLD

Éliminer les prélève• Mener une campagne de sensibilisation sur ments et frais illégaux sur le trafic de transit auprès des commerçants les couloirs commerciaux de la CEDEAO et de l’UEMOA • Mettre en place un dispositif de notification pour les commerçants confrontés au harcèlement sur les routes

Bureau du Premier ministre, ministères du Commerce, de la Justice et de l’Agriculture, et organismes régionaux

Développement du commerce, en particulier des exportations par les PME et les femmes commerçantes

Promouvoir un secteur • Mettre en œuvre des règles régionales des transports compétitif harmonisées sur l’accès aux professions et et efficace leur exercice, en se basant sur les compétences, la formation et la solvabilité des entreprises • Prévoir des délais de transition suffisants pour intégrer progressivement le secteur informel

Ministères des Transports

Amélioration des performances des transports et réduction des coûts logistiques

Réduction du temps de transit aux frontières

Note : AFC = Accord sur la facilitation des échanges ; BNT = barrière non tarifaire ; CCIAN = Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Artisanat du Niger ; CEDEAO = Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ; CEMAC = Communauté Économique et monétaire de l’Afrique Centrale ; CNUCED = Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement ; ETLS = Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO ; NFTC = Conseil national du commerce extérieur ; OMC = Organisation mondiale du commerce ; PME = petite et moyenne entreprise ; PPS = Plateforme de protection sociale ; SGG = Secrétariat Général du Gouvernement ; SYDONIA World = Système douanier automatisé ; TEC = tarif extérieur commun ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

afin de réduire les coûts sociaux et le biais anti-exportation et de rapprocher ces pays des structures d’incitation plus compétitives observées dans les régions comparables. Une récente étude diagnostique d’intégration commerciale (2015) recommande également d’adopter le régime à quatre tranches proposé ci-dessus pour le tarif extérieur commun (TEC) de la CEMAC. • Éliminer les exonérations. Des estimations menées récemment au Niger indiquent que les services des douanes collectent seulement un tiers des recettes dues en raison des exonérations d’impôts et de la contrebande. Tout en accroissant les recettes, la suppression des exonérations réduit de manière significative les incitations à la maximisation de la rente et améliore la transparence.


Fondements macroéconomiques (1) | 117

• Éliminer les barrières et mesures paratarifaires transfrontalières L’objectif doit être d’éliminer l’ensemble des mesures paratarifaires sur une période de deux à trois ans, et d’intégrer à terme des taxes telles que les redevances statistiques dans les tranches tarifaires existantes afin de réduire les coûts et améliorer la transparence. Toute taxation inférieure à 2 % est considérée comme malvenue, les coûts de sa mise en œuvre étant généralement plus élevés que ses avantages. Elle doit donc être éliminée à court terme. • Éliminer les restrictions à l’importation et à l’exportation. Les restrictions à l’importation touchent des secteurs tels que le maïs, la farine de blé, le manioc, le sucre, l’huile végétale, le riz, le poisson surgelé et réfrigéré, le bœuf et la volaille. Les restrictions à l’exportation s’appliquent principalement aux céréales, en particulier le maïs, le millet et le riz. Les principales raisons qui incitent les gouvernements à imposer de telles restrictions sont les questions de sécurité alimentaire à court terme pendant les périodes de pénurie alimentaire (prévues). Un grand nombre de pays de la région ont d’ailleurs interdit les exportations pendant la crise alimentaire de 2007-2008. Cependant, si une telle décision permet de maintenir les aliments dans le pays à court terme, elle peut avoir un impact négatif sur les décisions d’investissement des acteurs de la chaîne de valeur, et donc une incidence négative à long terme. Dans certains cas, les banques régionales de céréales constituent une solution alternative. • Promouvoir la mise en place de normes régionales. Les négociants en produits agricoles pourraient tirer profit d’une mise en œuvre précise des règles de l’UEMOA/CEDEAO sur les produits agricoles, permettant le transit en franchise de taxe des produits locaux et une reconnaissance régionale des normes relatives aux produits. • Promouvoir un accord de libre-échange bilatéral avec le Nigeria. Lorsque des pays comme le Niger et le Tchad (qui ont des économies de petite taille, sans littoral et non diversifiées) partagent des frontières avec le Nigeria (un pays côtier plus diversifié), les régimes d’incitation ont tendance à dévier. Cela signifie que des droits de douane élevés sur les biens de consommation génèrent des rentes suffisantes pour permettre un arbitrage informel du commerce bilatéral et avec les pays tiers, comme le montrent les diagnostics récents, avec un volume important d’importations informelles de biens de consommation du Nigeria et du Tchad. De plus, l’existence d’un commerce informel important avec le Nigeria en raison des coûts commerciaux et autres coûts de transaction met en évidence la possibilité de relations commerciales mutuellement bénéfiques. Il est donc dans l’intérêt du Niger et du Tchad d’envisager de limiter ou éliminer les coûts commerciaux et de transaction en négociant un accord complet de libre-échange associé à un solide cadre de transit. • Créer des bazars aux frontières afin de promouvoir le commerce transfrontalier, en particulier pour les commerçants pauvres et les femmes. Vu la configuration géographique des marchés reliant le Niger, le Nigeria et le Tchad, il convient d’encourager un régime facilitant la circulation des biens et des personnes participant au commerce de subsistance, en s’inspirant des bazars frontaliers. Ceux-ci facilitent les transactions transfrontalières avec un minimum de formalités (limitées par les protocoles de sécurité) et encouragent le commerce de détail entre les communautés frontalières, et par là même la création d’infrastructures post-récolte susceptibles de réduire les déchets de récolte et d’améliorer la rentabilité pour les communautés locales. Il convient de faciliter la participation aux bazars, par exemple avec des exemptions de visa, des exonérations de taxes aux


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frontières, une réduction des exigences documentaires et l’adoption de bonnes pratiques par les organismes qui gèrent ces procédures pour encourager les flux commerciaux au sein des bazars. Mise en œuvre avec succès dans les régions frontalières du Bangladesh et de l’Inde, une telle initiative pourrait être expérimentée aux points de passage de Maradi, Zinder, Diffa, Birni Nkonni et Tahoua au vu de la densité des communautés le long de la frontière. Un accord de sécurité conjoint dans les régions frontalières pilotes contribuerait à protéger le commerce transfrontalier et garantir l’accès aux territoires productifs autour du lac Tchad. Cela peut également alléger le fardeau du commerce transfrontalier et réduire les activités de maximisation de rente affectant les communautés frontalières, en particulier les commerçantes, plus exposées à l’insécurité et au harcèlement. • Pour atteindre le deuxième échelon de l’échelle de diversification, tous les pays pourraient tirer profit d’actions concertées et exhaustives visant à asseoir leur commerce régional et bilatéral, en particulier avec le Nigeria. En tant que marché principal de la CEDEAO, le Nigeria pourrait être le moteur nécessaire aux pays MTNG, en particulier le Mali, le Niger et le Tchad, pour promouvoir la croissance des exportations. Si un accord complet de libre-échange est envisageable, l’accent doit être mis sur la réduction des coûts de transaction, l’accroissement des investissements dans les infrastructures régionales de transport et d’énergie, et l’amélioration des services logistiques. La première étape de cette stratégie consisterait à évaluer les avantages mutuels pour les deux parties d’un abaissement commun des barrières tarifaires et non tarifaires sur les aliments de base et l’élimination des obstacles aux échanges de produits agricoles et de l’élevage. Ces mesures doivent faire l’objet de discussions au niveau du forum et des canaux de la CEDEAO. Des efforts conjoints accrus sont également nécessaires dans le domaine de la sécurité afin d’améliorer la protection des personnes, des terres et du bétail le long de la frontière avec le Nigeria, et d’améliorer l’accès aux territoires productifs. Ces efforts pourraient aussi viser à garantir l’accès aux rives du lac Tchad afin de promouvoir le secteur de la pêche. • Explorer de nouveaux marchés émergents. Il convient de créer des institutions pour faciliter l’information commerciale sur certains pays d’Afrique et d’Asie grâce à des missions à l’étranger et de renforcer la capacité des différents organismes de développement de l’exportation à explorer en amont les possibilités de la chaîne de valeur en vue de l’exportation de coton vers le Bangladesh, la Corée du Sud, l’Inde et l’Indonésie. En Europe, l’Allemagne, l’Autriche, le Portugal et la Suisse devraient être explorés. Cela implique l’élaboration d’un plan d’action visant à promouvoir les produits agricoles des pays du Sahel dans les destinations cibles mentionnées ci-dessus. Il est également nécessaire d’étudier la faisabilité et les compétences disponibles pour passer au stade supérieur de croissance industrielle dans des pays comme le Niger et le Tchad, par exemple pour les produits chimiques et plastiques dérivés du pétrole. L’expérience montre que les campagnes de promotion des exportations axées sur un secteur spécifique ont tendance à donner de bons résultats. Les actions de promotion doivent bénéficier du soutien d’organismes de promotion des exportations et d’organisations du secteur privé qui peuvent identifier les foires et les salons appropriés tout en soutenant des missions liées au commerce entrant. S’agissant des ressources, les données empiriques suggèrent que les efforts doivent être axés sur les grandes entreprises nouvellement créées ou qui n’exportent pas encore, plutôt que sur les petites entreprises et les exportateurs bien établis. En ce qui concerne les


Fondements macroéconomiques (1) | 119

•

•

•

•

produits agricoles, la capacité de l’Alliance globale du karité et de l’Alliance pour le cajou africain à intégrer les marchés internationaux grâce à la promotion des exportations, à l’ajout de valeur et à l’amélioration des normes fournit des exemples de modèles régionaux à reproduire. Améliorer la logistique commerciale pour faciliter l’accès aux CVM. L’amélioration de la logistique commerciale et du transport, de l’environnement des entreprises (en particulier de l’État de droit), des infrastructures (télécommunications, routes, ports) et de la compétitivité des salaires sont des facteurs clés d’accès aux CVM. Le secteur des services joue un rôle crucial dans la compétitivité des entreprises manufacturières. En effet, il représente une source essentielle de valeur ajoutée pour la diversification des économies sahéliennes et leur offre la possibilité de créer de la valeur ajoutée et de gravir les CVM. Les conditions permettant de mettre à profit les avantages comparatifs existants ou naissants dans l’industrie manufacturière et les services doivent bénéficier d’un appui technologique et du transfert de connaissances d’autres pays, le plus souvent sous la forme d’investissements directs étrangers (IDE). Les initiatives sectorielles destinées à promouvoir l’intégration dans les CVM doivent inclure l’amélioration de la qualité et des normes relatives aux produits afin de tisser des liens avec les acteurs mondiaux tout en établissant des réseaux de production régionaux, en réduisant les BNT et en favorisant la libéralisation tarifaire. Le Tchad, le Mali et le Niger doivent adopter une double stratégie pour lutter contre les paiements illégaux et le harcèlement sur les itinéraires de transit. Premièrement, en relation avec l’UEMOA et la CEDEAO, ces pays devraient négocier une série de principes et de directives régissant le trafic de transit, en précisant les frais de service applicables à chaque étape. Deuxièmement, toujours en relation avec l’UEMOA et la CEDEAO, ces deux pays doivent concevoir et mener une campagne de sensibilisation pour informer les transporteurs et les commerçants sur cette série de directives, en y associant un dispositif simplifié de signalement des frais illégaux. Du Sud Le dispositif de signalement des BNT d’Afrique du Sud constitue un excellent exemple de bonnes pratiques en matière de signalement des BNT, y compris de harcèlement lié au transit. L’Accord de facilitation du commerce (AFC) de l’OMC récemment ratifié offre à la région une occasion réelle et en temps opportun de résoudre les problématiques du commerce régional et international. Il facilite en effet la circulation, la mainlevée et le dédouanement des marchandises, y compris le transit dans toute la région. Les blocs commerciaux de l’UEMOA et de la CEDEAO ont participé activement à la rédaction de cet AFC. En outre, les deux institutions organisent régulièrement des séminaires nationaux et régionaux pour informer sur les dispositions pertinentes et harmoniser l’application de règles communes. La ratification et la mise en œuvre de l’AFC par le Nigeria et le Togo amélioreront vraisemblablement les perspectives de commerce bilatéral et de transit du Niger. Une fois que le Bénin et le Burkina Faso en seront des membres, cela créera un environnement transactionnel homogène avec les corridors commerciaux existants, et ouvrira de nouveaux débouchés commerciaux mutuellement bénéfiques pour tous les pays de la région. Des interventions d’envergure doivent être menées afin de moderniser et de simplifier les procédures, d’assurer la formation du personnel et de renforcer l’automatisation. Ces interventions combinées pourraient réduire considérablement les activités de maximisation de la rente, ainsi que les délais et coûts commerciaux. Les agents des douanes pourraient bénéficier d’un


120 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

accroissement des flux commerciaux avec l’appui de l’automatisation, de la communication, de l’amélioration de la gestion du personnel et de l’amélioration des données sur les transactions commerciales. les interventions conçues pour soutenir la mise en œuvre de l’AFC et faciliter le commerce régional comprennent, entre autres : (i) l’informatisation des systèmes existants, y compris des infrastructures, pour faciliter la transmission de données entre les services douaniers et le commerce de transit ; (ii) la mise en œuvre d’un nouveau code de déontologie, comparable à celui des douanes tchadiennes ; (iii) la formation des agents des douanes ; et (iv) la mise en place d’une infrastructure informatique aux principaux postes de douane et points de transit.

NOTES 1. Existant rapports de l’OMC pour les membres de l’UEMOA, de la CEMAC et de la CEDEAO (2013, 2015, et 2017). 2. La taxe sur le revenu par habitant et la taxe spéciale à l’importation pourraient être moins élevées dans le cadre du TEC de la CEDEAO, car la taxe sur le RPH devait être remplacée par une taxe unique de la CEDEAO. 3. Cela est d’autant plus déterminant pour les produits à base agricole que les estimations récentes des taux de change réels fondés sur les prix agricoles dans les pays d’Afrique subsaharienne, ont montré que le niveau d’appréciation réelle est le plus élevé au Mali, au Niger et au Tchad (Zafar 2017). 4. Le principal obstacle à la formalisation des échanges avec le Nigéria, en particulier dans les aliments de consommation courante, sont les tarifs élevés, qui vont de 5 à 35 %, et les mesures non tarifaires telles que les normes trop restrictives imposées par le Nigéria sur les importations agricoles du Niger et d’autres pays de la CEDEAO. Ceci malgré le ­programme de libéralisation des échanges de la CEDEAO et malgré son déficit intérieur structurel dans la production de bétail, de cultures de base (y compris le maïs) et de légumes. L’ETLS (schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO) élimine les tarifs, les taxes et les barrières non tarifaires (droits de douane, quotas, interdictions, etc.) entre les membres de la CEDEAO. Le Nigéria applique en outre des prélèvements et des taxes ad hoc pouvant atteindre 45 % sur la plupart des importations, augmentant ainsi les taux de tarifs douaniers appliqués ad valorem. 5. Les coûts commerciaux agrégés équivalent au prix d’une réduction du commerce ­international comparée au potentiel qu’impliquent la production et la consommation ­nationales dans les marchés d’origine et de destination (Arvis et coll., 2013). Cette mesure englobe plusieurs éléments auxquels sont confrontés les exportateurs et les importateurs, éléments qui sont convertis ensuite en équivalents ad valorem pour faciliter la comparaison entre pays. 6. Il convient de mentionner le cadre de la CEMAC pour le commerce de transit en Afrique centrale, le cadre de transit international dans les pays de l’Afrique centrale (TIPAC) et les cadres de transit de l’UEMOA et de la CEDEAO.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Arvis, J.-F., B. Shepherd, Y. Duval, and C. Utoktham. 2013. “Trade Costs and Development: A New Data Set.” Economic Premise 104, World Bank, Washington, DC. Banque mondiale. 2017. “Niger: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” Report 120306-NE, World Bank, Washington, DC. ———. 2018a. “Chad: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31839. ———. 2018b. “Mali: Leveraging Export Diversification to Foster Growth.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/31829.


Fondements macroéconomiques (1) | 121

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7

Fondements macroéconomiques (2) ENVIRONNEMENT DES AFFAIRES ET PRODUCTIVITÉ DES ENTREPRISES

SYNTHÈSE • La sous-région englobant les pays MTNG sont l’une des régions d’Afrique subsaharienne où il est le plus difficile de créer et exploiter une entreprise, non seulement en raison du contexte structurel, notamment de l’état de fragilité de la région et de ses conséquences sur les institutions et la gouvernance, mais également du déficit de réformes dans la région en matière de conception et mise en œuvre de politiques visant à améliorer le climat d’investissement (CI). • Les enquêtes les plus récentes révèlent que leur climat d’investissement se heurte à des problèmes courants liés à l’instabilité politique, à la corruption, ­l’informalité, la faiblesse de la surveillance réglementaire, à des lacunes en termes d’énergie et autres infrastructures et à un faible accès au financement. Compte tenu des tendances actuelles, la sous-région risque de creuser son écart de compétitivité avec les pays comparables régionaux et mondiaux. • Par rapport aux non-exportateurs, les exportateurs considèrent que les ­réglementations douanières et commerciales ainsi que l’accès au financement constituent des obstacles sérieux. • Parmi les quatre pays MTNG, le Niger a récemment enregistré une légère progression sur l’indice Doing Business. Le Mali est un excellent exemple de pays ayant des difficultés à maintenir sur la durée un élan réformateur systématique. La Guinée et le Tchad sont à un stade préliminaire dans la mise en route d’un mouvement de réforme global dans tous les domaines du CI. • Une analyse de la productivité révèle que la productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée se situe à peu près au niveau attendu compte tenu de leurs niveaux de revenu par habitant. La productivité du travail des entreprises guinéennes est environ deux fois plus importante que celle des entreprises maliennes et nigériennes. Les exportateurs sont également plus productifs dans les trois pays. Les exportateurs médians de ces trois pays produisent environ deux fois plus par travailleur que les non-exportateurs médians. Toutefois, cet écart n’est pas dû au niveau plus élevé de l’intensité capitalistique ou des compétences, mais à la présence accrue d’entreprises étrangères. Les entreprises nigériennes sont moins susceptibles d’exporter que les entreprises guinéennes et maliennes.  123


124 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

• À l’exception du Niger, le principal facteur à l’origine de ces résultats médiocres est l’absence chronique de dynamique de réforme soutenue dans ces pays, les gouvernements ne prenant que des mesures ad hoc pour remédier à des aspects isolés du climat d’investissement et n’ayant pas d’impact significatif à long terme sur la productivité des entreprises.

PRINCIPAUX OBSTACLES AU CLIMAT D’INVESTISSEMENT OBSERVÉS DANS LA SOUS-RÉGION MTNG Parmi les principales contraintes relevées par les entreprises régionales, la faible capacité institutionnelle et la mauvaise gouvernance figurent parmi les principaux points cités par les dirigeants. Cela n’a rien de surprenant. En fait, le climat général des affaires, traduit par le score de facilité de faire des affaires, et la qualité des institutions sont nettement meilleurs dans les pays non fragiles que dans les pays fragiles comme les MTNG (Banque mondiale 2019). La figure 7.1 montre les cinq principales contraintes enregistrées dans chaque pays étudié et les domaines communs du CI problématiques pour les entreprises dans ces pays. L’instabilité politique (suivie de la corruption) est considérée comme l’un des facteurs les plus contraignants au Mali, au Tchad et en Guinée, et figure parmi les FIGURE 7.1

Cinq principales contraintes majeures (ou très graves) au Mali, au Niger, au Tchad et en Guinée b. Guinée

20 10

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70 65 60

40 30 20

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Pourcentage d'entreprises

60

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Pourcentage d'entreprises

a. Tchad 70

Source : Enquêtes auprès des entreprises du Mali (2016), du Niger (2017), du Tchad et de la Guinée (2016) préparées pour ce rapport, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys.


Fondements macroéconomiques (2) | 125

principaux obstacles mentionnés au Niger. Au Mali, 72,8 % des entreprises ont mentionné l’instabilité politique comme contrainte majeure à grave, contre 68,1 % en Guinée. Viennent ensuite la corruption, l’électricité et la concurrence déloyale, avec respectivement 70,6 %, 67,9 % et 63,7 % des entreprises les qualifiant de contraintes majeures ou très graves. De même, l’informalité figure parmi les principaux domaines de préoccupation. Paradoxalement et malgré les problèmes de gouvernance, les tribunaux ne comptaient pas parmi les principaux obstacles identifiés dans les enquêtes auprès des entreprises (EE), ce qui pourrait indiquer que les différends sont réglés hors des tribunaux. De même, les faibles compétences de la main-d’œuvre n’ont pas été citées comme une contrainte majeure dans la sous-région, alors que la plupart des entreprises interrogées ont déclaré ne pas dispenser de formation à leurs employés, soit parce que ceux-ci possèdent les compétences requises, soit parce que les entreprises n’en ont pas les moyens. Il y a plusieurs raisons au fait que l’instabilité politique soit classée au premier rang des préoccupations de la sous-région (figure 7.2). La quasi-totalité des pays étudiés a connu une forme de conflit interne ou régional au cours des dix dernières années, puis des déplacements massifs de population et une période de transition politique. Le Mali sort d’une période de violences et de déstabilisation. Le Niger a des problèmes de longue date avec la sécurisation de ses frontières. La Guinée a toujours été sujette à des changements de régime et elle a été exposée plus récemment à la pandémie d’Ebola. Les conflits régionaux ont également eu un effet direct sur les mouvements de population, aggravant les vulnérabilités au Tchad et au Niger. Le Tchad est l’un des principaux destinataires d’afflux de réfugiés et de personnes déplacées en interne (PDI) au fil des années. Vu les environnements fragiles et incertains des entreprises, il n’est pas surprenant de constater que la corruption, et dans une certaine mesure l’informalité, figurent en tête du classement des contraintes liées au CI. La corruption vient au second rang des principales contraintes au Mali, au quatrième rang au Niger, au cinquième rang au Tchad et au neuvième rang en Guinée. Les comparateurs régionaux présentés

FIGURE 7.2

L’instabilité politique est classée première parmi les obstacles aux activités des entreprises Pourcentage d'entreprises

40 35 30 25 20 15 10 5

So

G ui n ud Le ée an sot (2 du ho 016 ( ) Er Sud 201 ith ( 6 2 re 0 ) a 14 Zi m M (20 ) ba ali 0 Ré bw (2 9) pu C bl ôt T e ( 016 iq e ch 2 ) ue d ad 01 du ’Ivo (2 6) Co ire 018 Ré n (2 ) p. So go 016 dé ud (2 ) m B an 00 . d ur ( 9) u un 20 C d 1 Af Ma on i ( 4) riq u go 20 ue rita (2 14 su nie 01 ) bs (2 3) a 0 Ke har 14 ny ien ) T a ne G ogo (20 ui 1 n (2 3) Ré pu Ni ée 016 ge (20 ) bl iq M ria 06 ue al (2 ) a 0 ce nt N wi 14 ra ig (2 ) fri er 01 ca (2 4) An ine 017 go (2 ) Si Gam la ( 011 er ) ra bi 201 Le e ( 0) O on 20 ug e 16 an (2 ) G da 017 h ( ) R an 20 Ile wa a ( 13) M nd 201 a Af T uri a (2 3) riq an ce 01 ue za (2 1) du nie 00 9 Su (20 ) d 1 Bo Bén (20 3) Bu ts in 0 rk w ( 7) M ina ana 201 oz F ( 6 am as 20 ) o 1 Ca biq (2 0) m ue 00 er ( 9) o 2 Za un 00 m (2 7) Ét bi 01 hi e o ( 6) Sé pie 201 né ( 3) ga 201 l ( 5) 20 14 )

0

Source : Enquêtes auprès des entreprises 2018, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais d’enquêtes dédiées au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).


126 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

à la figure 7.3 confirment que les entreprises maliennes sont très préoccupées par la corruption. Les indicateurs quantitatifs résumés dans le tableau 7.1 ci-dessous décrivent les conditions difficiles dans lesquelles se déroule leur activité. Les indicateurs mesurant les pratiques illicites indiquent que la quasi-totalité des pays étudiés se livre à des pratiques de corruption élevée par rapport aux normes régionales et mondiales. Cependant, des pratiques illicites particulières sont plus répandues dans certains pays. Au Niger et au Mali, la corruption semble être plus répandue dans la passation de marchés publics, car 46 % et 63 % des entreprises, respectivement, doivent offrir des « cadeaux » pour obtenir un marché public. Ces niveaux sont beaucoup plus élevés qu’en Guinée (25.3 %), au Tchad (33 %) ou que la moyenne régionale (25 %). Alors que les entreprises guinéennes ne font pas état de niveaux de corruption élevés pour l’obtention de permis ou de licences d’importation, le pays arrive en tête pour l’indicateur mesurant les paiements globaux versés par les entreprises « pour l’exécution de formalités », soit près de deux fois la moyenne FIGURE 7.3

Corruption : Considérée comme une contrainte majeure ou très grave Pourcentage d'entreprises

80 70

70,6

64,7

60

58,6

50

41,5

40

42,0

41,4

39,6

36,2

31,3

30

26,6

20 10

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0

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog​ .­worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).

TABLEAU 7.1  Quelques

indicateurs de la corruption – pays de comparaison et Afrique subsaharienne

ENTREPRISES CADEAU ENTREPRISES ENTREPRISES ENTREPRISES ENTREPRISES ENTREPRISES CENSÉES ATTENDU CENSÉES CENSÉES CENSÉES CENSÉES CENSÉES OFFRIR DES POUR OFFRIR DES OFFRIR DES OFFRIR DES OFFRIR DES OFFRIR DES CADEAUX OBTENIR UN CADEAUX CADEAUX CADEAUX CADEAUX CADEAUX POUR POUR OBTENIR MARCHÉ « POUR FAIRE POUR OBTENIR POUR OBTENIR POUR SE OBTENIR UNE UN MARCHÉ PUBLIC (% DE AVANCER LES UNE LICENCE UN PERMIS DE RACCORDER À LICENCE PUBLIC SA VALEUR) CHOSES » D’EXPLOITATION CONSTRUIRE L’ÉLECTRICITÉ D’IMPORTATION

Tchad

33

3,5

38

18,5

69,4

35,8

3,2

Niger

46

4,2

29,4

8,1

12,6

12,2

8,1

Mali

63

5,1

43,9

18,5

74

35,8

42,8

Guinée

25,3

0,4

48,7

n.d.

3,7

8,7

1,6

Afrique subsaharienne

35,5

2,7

27,8

16,1

25,9

22,5

16,8

Tous les pays étudiés

28,9

1,8

22

14,4

23,3

16,1

14,2

Source : Enquêtes auprès des entreprises 2017-2018, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais d’enquêtes dédiées au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016). n.d. = non disponible.


Fondements macroéconomiques (2) | 127

régionale de l’Afrique subsaharienne. En revanche, les entreprises maliennes et tchadiennes se distinguent au niveau de la corruption des organismes publics : 69,4 % et 74 % des entreprises, respectivement, sont censées payer pour obtenir des permis de construire, un chiffre nettement supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (22,5 %). L’informalité, étroitement associée à un comportement anticoncurrentiel, est considérée comme le sous-produit de procédures administratives lourdes et coûteuses. l’informalité est perçue comme un problème majeur dans la plupart des pays étudiés, occupant la quatrième place au Mali, la première au Niger, la septième au Tchad et la troisième en Guinée (figure 7.4), soit un classement nettement plus élevé que dans les autres pays d’Afrique subsaharienne. En outre, tous les pays étudiés indiquent qu’en moyenne plus des trois quarts des entreprises sont en concurrence avec des entreprises informelles ou non enregistrées (figure 7.5). FIGURE 7.4

80

66,9

70

63,7

62,5

55,2

60

53,3

53,2 45,0

50 40

43,1

39,3

38,8 31,0

30

19,0

20

ud

an

d So

ha Tc

e né ui

rit

ce

Ré

au M

G

an

ou er m

ie nt pu ra b fri liq ca ue in e Li be ria su bs ah Af ar riq ie u nn e e

n

l ga Ca

Cô

te

Sé

né

ge Ni

i al M

oi Iv d’

r

10 0 re

Pourcentage d'entreprises

Informalité : Considérée comme une contrainte majeure ou très grave

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org​/­dataset​ /­enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).

FIGURE 7.5

Entreprises en concurrence avec des sociétés non enregistrées ou informelles

Pourcentage d'entreprises

100 75,7

79,5

80,0

85,1

80

68,2

60 40 20 0

Guinée

Mali

Tchad

Niger

Afrique subsaharienne

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog​ .­worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).


128 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Les réponses concernant le fardeau réglementaire indiquent que des coûts et des retards importants sont imposés aux entreprises dans les quatre pays, les incitant fortement à se soustraire à leurs obligations légales. En Guinée, les réglementations douanières et commerciales constituent la deuxième contrainte la plus lourde, l’administration fiscale se classant au troisième rang au Tchad. Le tableau 7.2 présente les problèmes importants qui affectent les relations entre les administrations fiscales et les opérateurs au Tchad, en particulier pour la forte proportion d’entreprises soumises à des inspections ainsi que le nombre élevé de demandes de paiements informels. La fourniture régulière et peu onéreuse d’électricité est une problématique propre aux entreprises de la sous-région. À l’exception de la Guinée, l’électricité est citée parmi les contraintes majeures au Tchad, au Mali et au Niger, soulignant une inquiétude très forte des entreprises. La figure 7.6 montre que les entreprises maliennes et nigériennes affichent des performances inférieures à la moyenne d’Afrique subsaharienne, ce qui donne une idée de la gravité du problème, tandis que la Guinée et dans une moindre mesure le Tchad obtiennent des résultats plus proches des normes d’ASS. Cette situation génère des coûts et des pertes de production du fait des coupures d’électricité. Le tableau 7.3 montre que les entreprises nigériennes sont confrontées à un nombre excessif de coupures d’électricité (25,4 pour un mois type, contre 8,5 en moyenne pour l’Afrique subsaharienne), ce qui les classe au deuxième rang des coûts induits (perte de chiffre d’affaires de 9,2 % en raison des coupures d’électricité) et incite trois entreprises sur quatre à recourir à des

TABLEAU 7.2  Interactions

avec les administrations fiscales MALI

NIGER

GUINÉE

Inspections des agents du fisc (% des entreprises)

TCHAD

82,3

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

70,9

77,6

63,3

76,2

Demandes de paiements informels (% d’entreprises)

24,6

17,2

32,0

4,7

12,9

Source : Enquêtes auprès des entreprises du Mali (2016), du Niger (2017), du Tchad (2018) et de la Guinée (2016) préparées pour ce rapport, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais d’enquêtes dédiées au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).

FIGURE 7.6

Électricité : Entreprises considérant les coupures d’électricité comme une contrainte majeure ou très grave

ho

e

so t Le

e on

G ui

Le

Si

er

ra

né

ie

d

op

ha

hi Ét

Tc

Pourcentage d'entreprises ce Ré nt pu ra b fri liq ca ue in e M Cô al te i d’ Iv oi re Bé ni n Li be ria G ab on M au rit an ie Ca m er ou n Sé né ga l Ni ge r Bu ru nd i Ta nz su an bs i ah Af e ar riq ie u nn e e

80 70 60 50 40 30 20 10 0

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog​.­worldbank.org​/­dataset​ /­enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).


Fondements macroéconomiques (2) | 129

TABLEAU 7.3  Électricité

: Indicateurs

NOMBRE DE COUPURES D’ÉLECTRICITÉ (MOIS TYPE)

Niger

% DES ENTREPRISES POSSÉDANT UN GROUPE ÉLECTROGÈNE

PERTES DUES AUX COUPURES D’ÉLECTRICITÉ (% DU CHIFFRE D’AFFAIRES)

ÉLECTRICITÉ FOURNIE PAR UN GROUPE ÉLECTROGÈNE (% AUTO-GÉNÉRÉ)

% DES ENTREPRISES SUBISSANT DES COUPURES D’ÉLECTRICITÉ

25,4

74,1

9,2

53,3

78

Mali

4,2

66,8

6,5

25,8

86,5

Tchad

4,5

67,7

9,8

18,5

70,2

Guinée

4,5

56,8

4,7

26,6

84,2

Afrique subsaharienne

8,5

51,3

8,5

28,2

78,7

Tous les pays étudiés

6,4

33,4

4,7

20,4

59

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).

FIGURE 7.7 70 60 50 40 30 20 10 0

M

G

ha

al i Zi m na ba M bw au e rit an Sé ie né Ré ga pu l bl T iq og u Ile o Ré e c M pu en aur ic t bl iq rafr e ue ic a du in e Co ng Ta o nz an ie B Ca éni m n er ou n Ré Tc p. ha d dé m Gam .d b u i Af Co e riq ng ue o su L bs ibe ah ria ar ie nn An e go Na la m ib Bu ie ru Ca ndi pVe Rw r t an d M a al aw Ni i ge r Le ia so th o G ab on G ui né e Ni ge Za r m bi e

Pourcentage d'entreprises

Accès au financement : Entreprises le considérant comme une contrainte majeure ou très grave

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016).

groupes électrogènes pour satisfaire plus de la moitié de leurs besoins énergétiques (soit la proportion la plus élevée de groupes électrogènes acquis), contre 28 % en moyenne pour l’Afrique subsaharienne. De leur côté, les entreprises tchadiennes et guinéennes font état d’une fréquence moins élevée des coupures d’électricité, avec 4,5 coupures au cours d’un mois type, contre 8,5 % dans la région d’Afrique subsaharienne (tableau 7.3). L’accès au financement diffère d’un pays à l’autre en termes de perception et d’impact sur les entreprises. L’accès au financement est la quatrième contrainte majeure au Tchad, la cinquième au Mali, la sixième au Niger et la dixième en Guinée. Selon les normes régionales, les entreprises maliennes et tchadiennes se situent au premier niveau des pays considérant le financement comme une contrainte majeure (figure 7.7). Le tableau 7.4 indique que la proportion d’entreprises ayant un prêt ou une ligne de crédit ne s’élève qu’à 12 % et 3,9 % au Tchad et en Guinée, respectivement, et qu’au Mali et au Niger, 27,6 % et 26,3 %, respectivement, des entreprises ont accès à un prêt, soit des chiffres supérieurs à la moyenne ASS de 22,6 %. En revanche, en termes d’utilisation de crédit (financement bancaire pour l’investissement ou le fonds de roulement), le Mali et le Niger affichent des performances légèrement supérieures à la moyenne d’Afrique subsaharienne. Pourtant, les exigences de garanties au Tchad (165 %), en Guinée


130 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 7.4  Quelques

indicateurs d’accès au financement et analyse comparative régionale TCHAD

Entreprises ayant un prêt ou une ligne de crédit (%) Valeur de la garantie pour un prêt (pour cent du prêt)

NIGER

12

27,6

165

159,5

GUINÉE

3,9 100

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

EE

26,3

22,6

33,9

233,2

205,7

200

MALI

Entreprises n’ayant pas besoin de prêt (%)

60,1

38,2

54,8

21,2

37,8

46,3

Entreprises dont la demande de prêt a été rejetée (%)

n.d.

7,3

14,8

10,5

15,8

11,2

Entreprises recourant aux banques pour financer des investissements (%)

7,3

22,1

9,2

55,1

21

25,3

Entreprises recourant aux banques pour financer leur fonds de roulement (%)

9,8

28,9

11,4

51,7

23,7

30,6

Fonds de roulement financé par les banques (%)

2,4

12,6

3,9

15,0

9

11,7

Investissements financés par les banques (%)

1,6

14,1

2,8

19,0

10,3

14,3

Source : Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les résultats pour le Mali, le Tchad, le Niger et la Guinée ont été obtenus par le biais de modules dédiés dans les Enquêtes auprès des entreprises au Mali (2016), au Niger (2017), au Tchad (2018) et en Guinée (2016). EE = Enquête auprès des entreprises ; n.d. = non disponible.

(100 %) et au Niger (158 %) sont inférieures à la moyenne de la région ASS (206 %). • Les entreprises tchadiennes déclarent que l’accès au financement est leur quatrième contrainte majeure. Le niveau d’accès à un prêt est l’un des plus bas (12 %) par rapport à la moyenne mondiale. Le Tchad est un cas typique d’auto-exclusion dans la mesure où la majorité des entreprises (60 %) affirment ne pas avoir besoin de prêt, et citent cet argument pour justifier qu’ils n’en ont pas. Ce fait est soutenu par une faible utilisation de crédit par les entreprises. • Les entreprises maliennes se positionnent relativement bien sur la plupart des indicateurs d’accès au crédit. Pourtant, l’accès au financement est cité comme une contrainte majeure ou très grave par 63 % d’entreprises, l’un des niveaux les plus élevés enregistrés en ASS (par rapport à une moyenne régionale de 40 %). Dans un contexte de fragilité post-conflit, la disponibilité de crédit est limitée et les exigences de garantie, qui sont les plus élevées dans la région ASS, restreignent encore davantage l’accès des petites entreprises aux services financiers. • Niger. Les entreprises jouissent d’un accès nettement plus élevé à des prêts ou des lignes de crédit par rapport à la moyenne régionale et d’autres pays. Elles affichent aussi des taux d’utilisation de crédit plus élevés pour financer leurs besoins opérationnels et d’investissement. De même, les entreprises nigériennes sont moins susceptibles de voir leurs demandes rejetées par les banques. • La Guinée est un cas surprenant dans la mesure où, bien que les entreprises ne soient pas préoccupées par l’accès au crédit, le nombre d’entreprises y accédant est l’un des plus bas du continent. En effet, 3,9 % d’entre elles seulement ont accès à un prêt ou une ligne de crédit. Parallèlement, la Guinée affiche l’un des taux de rejet les plus élevés en dépit de faibles exigences en matière de garantie (100 %), ce qui suggère une exclusion volontaire du financement bancaire. • Les exportateurs au Niger et au Mali perçoivent l’accès au financement (ainsi que les réglementations douanières et commerciales) comme une contrainte majeure par rapport aux non-exportateurs.


Fondements macroéconomiques (2) | 131

MESURER LA QUALITÉ DES RÉGLEMENTATIONS COMMERCIALES En général, les pays MTNG se trouvent loin derrière leurs pairs en raison des coûts de conformité excessifs imposés aux entreprises (notamment pour les procédures de demande de permis et de licences) et des procédures lourdes et complexes qui affectent la qualité du processus réglementaire en l’exposant à des retards inutiles. La figure 7.8 montre le classement relatif et la distance à la frontière (DTF) du Mali, du Niger, du Tchad et de la Guinée par rapport à la région Afrique et à certains pays de comparaison du rapport Doing Business 2018.1 Le Tchad se distingue, avec l’un des classements généraux les plus médiocres (180e position) sur l’indice DB ainsi qu’en termes de DTF (38). Le Mali et le Niger font légèrement mieux que la moyenne ASS, occupant les 143e et 144e rangs et affichant des scores de DTF de 52,9 et 52,3, respectivement. La Guinée, au 153e rang mondial avec un score DTF de 49,8, se situe légèrement en deçà de la norme ASS. Ces résultats sont conformes aux initiatives de réforme individuelles (ou à leur absence) observées ces dernières années. • Le Niger a lancé un programme de réformes ambitieux, qui produit des résultats prometteurs. Le classement du Niger s’améliore régulièrement, passant du 160e rang en 2016 au 150e rang en 2017 et au 144e rang dans le rapport Doing Business 2018. Le pays a réalisé d’énormes progrès sur plusieurs indicateurs, notamment la création d’entreprises (+7,4 % DTF), l’obtention de permis de construire (+7,3 % DTF) et l’enregistrement de propriété (+4,1 % DTF). Au-delà de ces améliorations de classement, l’impact de ces mesures au niveau des entreprises n’est pas encore connu. • Le Mali a pris des mesures concertées au niveau national avec la mise en place du Dispositif institutionnel d’amélioration du climat des affaires et du Conseil national des investisseurs privés (CNIP). Ces initiatives ont accéléré le rythme des réformes réglementaires à partir de 2010. Cependant, les réformes ont stagné depuis les trois dernières années. Des progrès ponctuels et à petite échelle ont été enregistrés dans quelques FIGURE 7.8

Classements comparatifs Doing Business et distance à la frontière (DTF) Côte d’Ivoire (139e rang)

53,7

Sénégal (140e rang)

53

Mali (143e rang)

52,9 52,3

Niger (144e rang)

51,4

Burkina Faso (148e rang) Gambie (146e rang)

51,9

Moyenne Afrique subsaharienne

50,4

Mauritanie (150e rang)

50,88

Guinée (153e rang)

49,8

Cameroun (163e rang)

47,23

Guinée-Bissau (176e rang)

41,4

Tchad (180e rang)

38,0

République centrafricaine (184e rang)

34,8 0

10

20

30

40

50

Distance à la frontière (0–100, indice de notation) Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset​ /­doing-business.

60


132 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

indicateurs tels que la création d’entreprises, la réduction des exigences de capital minimum, les transactions transfrontalières et l’obtention de crédit. Cependant, l’efficacité de la création d’un bureau de crédit reste encore à démontrer. • Le Tchad doit encore mettre en œuvre un programme de réforme DB percutant. L’environnement réglementaire au Tchad est l’un des plus problématiques au monde en raison du niveau élevé des frais, des cotisations sociales et des taxes imposés aux entreprises. Toutefois, selon l’indicateur DTF, le Tchad a réalisé des progrès dans la création d’entreprises et l’enregistrement de propriété. • La Guinée se classe au dernier rang pour les normes régionales. La Guinée n’a pas encore mis en place une dynamique soutenue de réforme. Cependant, le pays a fait de légers progrès en matière de raccordement à l’électricité et de création d’entreprises. Les indicateurs individuels comparent le classement relatif par rapport aux normes régionales et mondiales. • Création d’entreprises : Les entreprises tchadiennes sont sujettes aux retards les plus coûteux et les plus longs en termes de création d’entreprises (tableau 7.5). En revanche, le Niger figure parmi les pays les plus performants de la région ASS et dans le monde (score DTF : 93,6 ; rang : 24e). Entre-temps, le Mali a réalisé des progrès en réduisant les exigences de capital minimum, suivi de la Guinée. • Permis de construire : La Guinée affiche les meilleures performances dans ce domaine, avec de faibles coûts, des retards minimes et une surveillance réglementaire supérieure aux normes régionales (tableau 7.6). Outre la Guinée, le Tchad dispose d’institutions et de procédures de qualité supérieure, bien que

TABLEAU 7.5  Création

d’entreprises : Indicateurs MALI

Aucune procédure

NIGER

TCHAD

GUINÉE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

OCDE

5

3

9

6

7,6

4,9

Temps (jours)

8,5

7

69

8

24

8,5

Coût (% du revenu par habitant)

58,4

8,3

171,3

67,5

49,9

3,1

Classement sur l’indicateur

104

24

125

125

n.d.

n.d.

Distance à la frontière

82,3

93,6

50,2

81,7

76,8

n.d.

Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing-business. Note : n.d. = non disponible; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.

TABLEAU 7.6  Permis

de construire : Indicateurs MALI

NIGER

TCHAD

GUINÉE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

OCDE

Aucune procédure

13

15

13

15

14,8

12,5

Temps (jours)

124

91

226

161

147,5

154,6

Coût (% de la valeur de l’entrepôt)

6,2

13,3

12

4,3

9,9

1,6

Indice de qualité en matière de construction (0-15)

5,5

6

11,5

12

8

11,4

Classement sur l’indicateur

134

163

153

75

n.d.

n.d.

Distance à la frontière

61,3

53,7

56,7

69,9

56,9

n.d.

Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing-business. Note : n.d. = non disponible; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.


Fondements macroéconomiques (2) | 133

ses coûts restent élevés. Le Niger et, dans une moindre mesure, le Mali sont à la traîne et doivent encore prendre des mesures sérieuses pour réduire les coûts et les retards. • Paiement des taxes et impôts : Cet indicateur pose problème pour toutes les nations par rapport aux normes (tableau 7.7). Le Tchad sort du lot, car il est le pays le moins bien classé au niveau mondial. Idem pour la Guinée, qui affiche les taux d’imposition les plus élevés. • Obtention de prêts : Le Mali, le Niger, le Tchad et la Guinée sont similaires à cet égard (tableau 7.8). Cependant, ils améliorent leurs systèmes d’information sur le crédit en adoptant des réglementations qui régiront l’octroi de licences et le fonctionnement des agences de crédit afin de se conformer aux réglementations régionales en la matière (UEMOA, CEMAC et CEDEAO). • Accès à l’électricité : Le raccordement au réseau électrique pose des problèmes importants dans tous les pays, notamment en ce qui concerne son coût, les entreprises tchadiennes payant près de trois fois la moyenne régionale (tableau 7.9). Les indices font également ressortir des lacunes importantes en termes de fiabilité et de transparence des tarifs.

TABLEAU 7.7  Paiement

des taxes et impôts : Indicateurs MALI

NIGER

TCHAD

GUINÉE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

OCDE

Paiements (nombre par an)

35

41

54

57,0

38,8

10,9

Temps (heures par an)

270

270

766

440

304,2

163,4

Taux d’imposition total (% des bénéfices)

48,3

47,3

63,5

68,3

47,0

40,9

Indice des procédures postérieures à la déclaration (0-100)

25,7

38

13

12,3

54,4

85,1

Classement sur l’indicateur

166

160

188

182

52,4

n.d.

Distance à la frontière

51,5

48,4

17,9

38,9

n.d.

n.d.

Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing-business. Note : n.d. = non disponible; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.

TABLEAU 7.8  Obtention

de prêts : Indicateurs MALI

NIGER

TCHAD

GUINÉE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

OCDE

Indice des droits légaux (0-12)

6

6

6

6

5,1

6

Indice sur l’Étendue de l’information sur le crédit (0-8)

0

0

0

0

3

6,6

Couverture du registre de crédit (% d’adultes)

0,1

0,3

2,4

0

6,3

18,3

Couverture du bureau de crédit (% d’adultes)

0,8

0,2

0

0

8,2

63,7

Classement sur l’indicateur

142

142

142

142

n.d.

n.d.

Distance à la frontière

30

30

30

30

40,7

n.d.

Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing-business. Note : n.d. = non disponible; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.


134 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 7.9  Accès

à l’électricité : Indicateurs

Aucune procédure Temps (jours)

MALI

NIGER

TCHAD

GUINÉE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

OCDE

4

4

6

4

5,3

4,7

120

97

67

69

115,3

79,1

2 794,6

5 632,6

9 821

5 639,8

3 737

63

0

0

0

0

0.9

7,4

Classement sur l’indicateur

154

162

177

158

n.d.

n.d.

Distance à la frontière

51,1

44,8

32,1

47,8

45,9

n.d.

Coût (% du revenu par habitant) Indice de fiabilité de l’approvisionnement et de transparence des tarifs (0-8)

Source : Indicateurs Doing Business, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/doing-business. Note: n.d. = non disponible; OCDE = Organisation de coopération et de développement économiques.

COMPARAISONS ENTRE PAYS DE LA PRODUCTIVITÉ DES ENTREPRISES La dernière section présente une analyse des performances des entreprises au Mali, au Niger et en Guinée par rapport aux entreprises d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et autres comparateurs. Cela fournit un aperçu de la façon dont les performances de ces trois pays se comparent à celles de pays au niveau de développement similaire hors Afrique de l’Ouest. En raison du manque de données, le Tchad a été exclu de l’analyse. La productivité du travail est calculée en divisant la valeur ajoutée par le nombre de travailleurs.2 La productivité du travail est élevée lorsqu’une entreprise produit plus avec moins de travailleurs et moins d’intrants achetés. La productivité du travail est plus élevée quand l’entreprise utilise des technologies plus avancées, quand elle est bien gérée ou qu’elle dispose d’une bonne structure organisationnelle. Cependant, la productivité du travail est également affectée par un certain nombre d’autres facteurs. Premièrement, elle sera affectée par la qualité du CI. Deuxièmement, la productivité du travail baisse quand les travailleurs de l’entreprise sont peu instruits ou peu qualifiés. Troisièmement, elle décline lorsque les entreprises sont concentrées dans des secteurs improductifs de l’économie. Enfin, la productivité du travail baisse quand l’entreprise n’utilise pas le capital de manière intensive. Les entreprises qui utilisent le capital de manière intensive substitueront souvent le capital à la main-d’œuvre. La productivité du travail est plus élevée en Guinée qu’au Mali ou au Niger. La production de l’entreprise médiane en Guinée est d’environ 4 000 USD par travailleur, soit près du double de celle du Niger (2 300 USD), et légèrement supérieure à celle du Mali (3 800 USD).3 Mais par rapport au reste du monde, la productivité du travail semble être faible dans les trois pays (figure 7.9). La production de l’entreprise médiane par travailleur dans les trois pays est plus faible que dans tous les autres pays d’Afrique de l’Ouest, sauf en Côte d’Ivoire. La production par travailleur est également inférieure à celle des pays de comparaison (Inde, Chine, Éthiopie et Maroc). Toutefois, là où les travailleurs sont mieux éduqués et plus qualifiés, les entreprises font appel à plus de capitaux, le climat des investissements est plus favorable, et la productivité du travail a tendance à être plus élevée dans les pays à revenu par habitant plus élevé. De ce fait, le Mali, le Niger et la Guinée sont bien positionnés par rapport aux pays ayant un revenu par habitant similaire.


Fondements macroéconomiques (2) | 135

En effet, leur productivité du travail semble être proche du niveau escompté, compte tenu de leur revenu par habitant (figure 7.10). Les comparaisons basées sur les ventes par travailleur sont très similaires à celles basées sur la productivité4 du travail, ce qui corrobore ces résultats, les ventes par travailleur étant les plus faibles au Niger (environ 3 800 USD par travailleur), au niveau le plus élevé en Guinée (environ 6 940 USD) et entre les deux au Mali (environ 4 611 USD).

FIGURE 7.9

47 1

Productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée, et pays de comparaison 22

80 8

7 13 16 3

11 73 8

58 3

6

7

77 2 2

33 1

6

32 8 3 84 3 4 04 8

10 000 5 000

10

10

15 000

56

24 4

20 000

2

Valeur ajoutée par travailleur (USD 2009)

25 000

oc

M

ar

ie op

e Ét

hi

in

Ch

de In

so

Bu

Cô

rk

te

in

a

Fa

ni

n

o

Bé

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G

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0

Pays étudiés dans le rapport Pays de référence mondiale

Pays représentatives de l’Afrique Deux pays africains de bonne performance

Source : Calculs de Clarke (2018) basés sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org​/­dataset/enterprise-surveys. Note : Les mesures partielles de la productivité sont en USD de 2009 et basées sur celui-ci (voir Clarke 2018 pour plus de détails). Tous les points de données s’appliquent à l’entreprise médiane pour chaque mesure de performance.

FIGURE 7.10

Valeur ajoutée par travailleur (USD 2009)

Productivité du travail au Mali, au Niger et en Guinée par rapport à des pays ayant un niveau de développement similaire 22 500 20 000 17 500 15 000 12 500 10 000 7 500 5 000 2 500 0 0

2 000

4 000

6 000

8 000

10 000

12 000

PIB par habitant (USD parite du pouvoir d’achat 2011) Productivité du travail

Guinée

Niger

Mali

Poly. (tendance de la productivité du travail) Linéaire (productivité du travail) Source : Calculs de Clarke 2018, basés sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org​/­dataset/enterprise-surveys. Note : USD de 2009 = basé sur le USD US 2009 constant. Tous les points de données s’appliquent à l’entreprise médiane pour chaque mesure de performance. La figure présente uniquement les pays dont le PIB par habitant se situe entre 0 et 12 000 USD. PIB = produit intérieur brut ; Poly. = Indice d’économie politique (indicateur).


136 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

Les différences de compétences des t­ ravailleurs peuvent expliquer les différences de productivité du travail. Cependant, comme il est difficile dans la pratique de mesurer directement les compétences des travailleurs, le coût de la maind’œuvre sert de mesure indirecte. Si les marchés du travail étaient parfaitement concurrentiels, la productivité marginale du travail serait proportionnelle aux coûts de la m ­ ain-d’œuvre. Les pays ayant des travailleurs hautement qualifiés verseraient donc des salaires plus élevés. Bien que cette mesure soit imparfaite puisque les salaires reflètent également les conditions du marché du travail local, elle fournit des informations utiles sur la qualité de la main-d’œuvre. Parmi les trois pays, les coûts de la main-d’œuvre semblent être les plus bas en Guinée et au Mali. L’entreprise médiane en Guinée affiche des coûts de maind’œuvre de 364 USD par travailleur, ce qui est inférieur à ceux du Mali (769 USD) et du Niger (1 394 USD) (figure 7.11). Les coûts de la main-d’œuvre en Guinée et au Mali semblent également faibles par rapport à ceux des pays de comparaison. Les coûts de main-d’œuvre par travailleur sont plus bas en Guinée que dans tous les pays de comparaison. Les coûts de main-d’œuvre au Mali sont également comparables à ceux de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, mais inférieurs à ceux de tous les pays de comparaison. Enfin, les coûts de la main-d’œuvre au Niger sont légèrement supérieurs à ceux du Togo, mais inférieurs à ceux de l’entreprise médiane au Bénin et au Sénégal, ainsi qu’en Inde et en Chine. Différences de taille des entreprises. Comme dans la plupart des pays, les grandes entreprises en Guinée, au Mali et au Niger sont en moyenne plus productives que les petites. Les grandes entreprises médianes produisent environ 40 989 USD par travailleur, contre 7 287 USD pour les entreprises moyennes

FIGURE 7.11

Coûts de la main-d’œuvre manufacturière en Guinée, au Mali et au Niger

Coûts de main-d’œuvre par travailleur (USD 2009)

6 000 5 093

4 748

4 000

2 000

1 820

1 394

1 845

1 290

769

364

1 893

738

1 122

750

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0

Pays étudiés dans le rapport Pays de référence mondiale

Pays représentatives de l’Afrique Deux pays africains de bonne performance

Source : Analyse des auteurs basée sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog​.­worldbank.org​/­dataset/enterprise-surveys. Note : Les mesures partielles de la productivité sont en USD de 2009 et basées sur celui-ci (voir Clarke 2018 pour plus de détails). Tous les points de données concernent les entreprises médianes pour chaque mesure de performance.


Fondements macroéconomiques (2) | 137

médianes et seulement 1 945 USD pour les petites entreprises médianes (figure 7.12). Des tendances similaires peuvent être observées au Mali et au Niger. Malheureusement, l’échantillon de la Guinée comptait trop peu d’entreprises pour pouvoir procéder à une ventilation similaire. Cependant, deux modèles supplémentaires se dégagent. Premièrement, l’écart entre les petites et moyennes entreprises est plus important au Niger qu’au Mali, où l’entreprise moyenne médiane est près de trois fois plus productive que la petite entreprise médiane. En comparaison, l’entreprise moyenne médiane est près de cinq fois plus productive au Niger. Cela nous amène au deuxième constat : alors que les petites entreprises nigériennes paraissent relativement peu productives — à peu près aussi productives que celles du Mali —, les entreprises moyennes affichent de meilleurs résultats, l’entreprise moyenne médiane étant plus productive que les entreprises de taille similaire au Mali. Ces différences peuvent être dues en partie au fait que les entreprises moyennes disposent d’une intensité capitalistique plus élevée que les petites entreprises au Niger, où la moyenne entreprise médiane fait état d’un capital d’environ 10 000 USD par travailleur, contre seulement 1 000 USD pour les petites entreprises médianes. Ce chiffre est beaucoup plus important qu’au Mali, où l’entreprise moyenne médiane indique un capital d’environ 4 100 USD par travailleur, contre environ 800 USD par travailleur pour la petite entreprise médiane. Différences de statut d’exportation. Les exportateurs sont généralement plus productifs que les non-exportateurs dans la plupart des pays en développement, et ce pour deux raisons. Premièrement, les exportateurs pourraient être plus efficaces que les autres entreprises, car seules les entreprises les plus productives sont en mesure d’accéder aux marchés d’exportation (c’est l’hypothèse de l’autosélection). Deuxièmement, la discipline dont il faut faire preuve pour exporter directement pourrait améliorer leur efficacité (hypothèse de « l’apprentissage par l’exportation »). L’accès aux marchés étrangers oblige les entreprises à devenir plus efficaces ou à tirer parti des conseils techniques fournis par des acheteurs étrangers. Les exportateurs sont également plus productifs dans les trois pays. L’exportateur médian dans les trois pays produit

FIGURE 7.12

Productivité du travail par taille d’entreprise USD 2009

Les grandes entreprises sont les plus productives au Mali, au Niger et en Guinée 45 000 40 000 35 000 30 000 25 000 20 000 15 000 10 000 5 000 0

40 989

40 989

7 287 1 945

10 453 6 579

1 945

Tous les trois pays

1 844 Niger

Petite

Moyenne

Mali Grande

Source : Calculs de Clarke 2018, basés sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org​/­dataset/enterprise-surveys. Note : Les mesures partielles de la productivité sont en USD de 2009 et basées sur celui-ci (voir Clarke 2018 pour plus de détails). Tous les points de données se rapportent aux entreprises médianes. Les résultats combinés pour les trois pays utilisent les données provenant des trois pays. Comme moins de cinq grandes entreprises ont fourni des informations pour le Niger, ce groupe n’est pas pris en compte.


138 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

environ deux fois plus par travailleur que le non-exportateur médian (6 579 USD par travailleur contre 3 330 USD). Bien que le petit nombre d’entreprises soit insuffisant pour procéder à des ventilations similaires à celles de la Guinée et du Niger, le Mali présente une tendance similaire : l’exportateur médian produit environ 6 579 USD par travailleur, contre 3 843 USD pour le non-exportateur médian (figure 7.13). Il est important de noter que ces différences de productivité ne sont pas dues au fait que les exportateurs utilisent le capital ou les travailleurs qualifiés de manière plus intensive que les non-exportateurs. Par exemple, les exportateurs médians des trois pays disposent d’un capital d’environ 3 689 USD par travailleur, contre environ 1 188 USD pour les exportateurs médians. Les exportateurs médians paient également moins leurs travailleurs que les non-exportateurs médians, soit 620 USD par travailleur, contre 878 USD pour les non-exportateurs. Ces chiffres suggèrent que les exportateurs opèrent principalement dans des secteurs à faible intensité de compétences ou de capital. Cela peut surprendre sachant qu’il est improbable que ces trois pays disposent d’avantages comparatifs dans les secteurs à forte intensité de compétences ou de capital. Par ailleurs, les entreprises guinéennes et maliennes sont plus susceptibles d’exporter que les entreprises nigériennes : environ 27 % des entreprises guinéennes et maliennes exportent, contre 13 % seulement des entreprises nigériennes. De plus, les entreprises manufacturières nigériennes déclarant exporter une partie de leur production sont moins nombreuses (13 %) que dans tout autre pays de comparaison d’Afrique de l’Ouest, ou en Chine et en Inde (figure 7.14). Des comparaisons similaires sont valables pour un échantillon plus large de pays. Étant donné que les exportateurs sont plus productifs que les non-exportateurs dans la plupart des pays en développement, il est décevant (mais pas surprenant) de constater que les entreprises du Niger sont moins productives que dans les autres pays MTNG, alors que leurs coûts unitaires de main-d’œuvre sont plus élevés, suggérant que ces entreprises ne sont pas très compétitives.

FIGURE 7.13

Productivité du travail par statut d’exportation, USD 2009

Les exportateurs sont plus productifs que les non-exportateurs en Guinée, au Mali et au Niger 6 579

7 000

6 579

6 000 5 000 4 000

3 843 3 330

3 000 2 000 1 000 0 Tous les trois pays Non-exportateur

Mali Exportateur

Source : Calculs de Clarke 2018, basés sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise-surveys. Note : Les mesures partielles de la productivité sont basées sur le USD de 2009 (voir Clarke 2018 pour plus de détails). Tous les points de données concernent les entreprises médianes pour chaque mesure de performance.


Fondements macroéconomiques (2) | 139

FIGURE 7.14

70

60

60 50 36

40

32

27

30 20

21

22

22

31

25 16

13

11

10

Pays étudiés dans le rapport Pays de référence mondiale

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Pourcentage d’entreprises exportatrices

Peu d’entreprises au Niger exportent leur production, contrairement aux entreprises du Mali et de Guinée

Pays représentatives de l’Afrique Deux pays africains de bonne performance

Source : Calculs de Clarke 2018, basés sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog​.­worldbank.org​/­dataset/enterprise-surveys.

FIGURE 7.15

Productivité du travail par propriété étrangère, USD 2009

Les entreprises détenues par des étrangers sont plus productives que les entreprises nationales en Guinée, au Mali et au Niger 20 000

17 542

17 542

15 000 10 000 5 000 0

3 184

2 594 Tous les trois pays

Mali Nationales

Étrangères

Source : Analyse des auteurs basée sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.­org​/­dataset/enterprise-surveys. Note : Les mesures partielles de la productivité sont en USD de 2009 et basées sur celui-ci (voir Clarke 2018 pour plus de détails). Tous les points de données concernent les entreprises médianes pour chaque mesure de performance.

Différences en matière de propriété étrangère. Dans de nombreux pays, les Investissements directs étrangers (IDE) sont appréciés, car les investisseurs étrangers peuvent permettre aux entreprises d’accéder aux nouvelles technologies et à de nouveaux marchés. C’est également le cas des entreprises étrangères et nationales des trois pays de cette étude (figure 7.15), où les entreprises médianes à capitaux étrangers produisent près de sept fois plus par travailleur que les entreprises nationales médianes (17 500 USD contre 2 600 USD). Les tendances sont ­similaires au Mali. Cependant, il y a trop peu d’entreprises étrangères en Guinée ou au Niger pour procéder à des ventilations similaires pour ces deux pays, puisque environ 5 % s­ eulement des entreprises nigériennes et g­ uinéennes sont détenues par des étrangers par rapport au Burkina Faso ou aux pays de comparaison d’Afrique de l’Ouest (figure 7.16). En revanche, les entreprises à capitaux étrangers sont plus présentes au Mali : environ 19 % des entreprises manufacturières dans


140 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

FIGURE 7.16

Peu d’entreprises manufacturières Nigériennes et Guinéennes sont détenues par des étrangers 51

50 40 30 19

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Pays étudiés dans le rapport Pays de référence mondiale

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17 12

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Pourcentage d’entreprises détenues par des étrangers

60

Pays représentatives de l’Afrique Deux pays africains de bonne performance

Source : Analyse des auteurs basée sur des données des Enquêtes auprès des entreprises, Banque mondiale, Washington, DC, https://datacatalog.worldbank.org/dataset/enterprise​-surveys.

l’échantillon du Mali étaient étrangères – un taux plus élevé que dans la plupart des pays de comparaison en Afrique de l’Ouest ou ailleurs. Des comparaisons plus larges avec d’autres pays au niveau de développement similaire aboutissent aux mêmes conclusions. Si des capitaux étrangers sont nécessaires pour améliorer l’accès aux technologies et aux marchés, et donc améliorer les performances des entreprises, cette conclusion est décevante.

PRINCIPALES OPTIONS STRATÉGIQUES Une série de réformes complémentaires axées sur les entreprises doit être adoptée, simultanément ou par étape. Avant de résumer les stratégies clés préconisées par le rapport Doing Business (DB) adaptées à chacun des quatre pays MTNG (tableau 7.10), il convient de souligner quelques principes essentiels à mettre en place : • Une coordination en amont entre les divers acteurs et institutions gouvernementales sur la stratégie de réformes, car la définition d’une vision commune améliorera les résultats. • Une consultation préalable avec les parties concernées, notamment le monde des affaires, pour accroître la sensibilisation, le consensus et l’appropriation de la stratégie, et susciter des propositions. • Une communication claire sur la stratégie et ses composantes, la transparence étant cruciale pour éviter les malentendus et les distorsions, auprès des citoyens et des entreprises et d’autres parties prenantes, et pour comprendre le « quoi » et le « pourquoi » de l’ensemble du programme et ses principales composantes.


Fondements macroéconomiques (2) | 141

TABLEAU 7.10  Principales SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

recommandations stratégiques de Doing Business 2019

COURT TERME

Piste de réforme

•  Réduire les frais de notaire

1 : Favoriser le dynamisme du secteur privé et réduire l’informalité

•  Réduire les coûts ­d’immatriculation à un taux forfaitaire

•  Poursuivre la ­simplification des procédures (en 1.1 Simplifier ­simplifiant les étapes la création des et les ­procédures) PME

MOYEN TERME

•  Supprimer toutes les taxes professionnelles et de licence restantes et autres formes de droits dérivés du loyer •  Supprimer toutes les exigences de capital minimum

MESURES PROPRES AU PAYS

Mali Court terme •  Faciliter l’accès du public aux statuts standard des entreprises (disponibles en ligne ou sur le site Internet de l’OSS) Moyen terme •  Finaliser l’informatisation du registre du commerce (RCCM) pour accélérer l’immatriculation des entreprises •  Supprimer les droits de timbre de 9 750 francs CFA perçus par l’administration fiscale pour l’enregistrement des statuts. Tchad Court terme •  Réduire le capital minimum de 100 000 à 5 000 FCFA •  Supprimer l’exigence d’un sceau d’entreprise •  Permettre la notification de création ­d’entreprise dans le registre en ligne Moyen terme • Publier les documents standard de constitution (OHADA) et améliorer le fonctionnement du RCCM Guinée Court terme •  Permettre la vérification en ligne du caractère unique de la raison sociale de l’entreprise •  Mise en œuvre de Synergui (logiciel de création d’entreprise pour les nouvelles fonctionnalités et l’interconnexion avec les organismes) •  Permettre la publication d’annonces légales sur le site Internet de l’APIM •  Créer un numéro vert gratuit pour que les créateurs d’entreprises puissent suivre leurs dossiers •  Parachever l’interconnexion entre le guichet unique de l’APIM et l’administration fiscale nationale Moyen terme •  Informatiser le RCCM et le système de traitement à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) •  Achever l’interconnexion entre le bureau du registre du commerce (RCCM) et la CNPS la suite ci-après


142 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

1.2 Accélérer la délivrance des permis de construire

COURT TERME

• Baisser le coût d’immatriculation à un taux forfaitaire (5 % de la valeur du bien)

MOYEN TERME

• Adopter et mettre en œuvre des codes de construction sur la base des bonnes pratiques régionales.

• Rendre accessibles au • Adopter une approche public les informabasée sur le risque (au tions relatives à la niveau des villes) pour réglementation et les inspections avant aux documents liés à le début des travaux la délivrance de de construction et permis de construire après (exception faite et tous les permis des grands bâtiments) existants (site Internet) • Réduire les procédures d’approbation pour les projets plus simples et à faibles risques.

MESURES PROPRES AU PAYS

Mali Court terme • Réduire le nombre de jours nécessaires pour accéder aux études géotechniques • Supprimer le coût d’obtention des informations papier pour un branchement au réseau de distribution d’eau • Réduire le nombre de jours nécessaires pour obtenir un certificat de conformité Moyen terme • Introduire un processus rationalisé pour l’obtention de permis de construire pour les bâtiments plus petits (guichet unique) Tchad Court terme • Constituer un comité pour la délivrance de permis de construire au niveau municipal • Réduire le temps nécessaire pour le branchement aux réseaux de services publics (eau) en créant des services spécifiques pour les demandes des entreprises dans les bureaux de la STEE Veiller à ce que les demandes soient complètes au moment de leur dépôt en créant un bureau d’information au niveau de la municipalité Moyen terme • Réduire le coût d’obtention des études géotechniques actuellement effectuées par un laboratoire (LBTP ou LABOGEC). Guinée Court terme •  Créer une commission chargée du traitement des demandes de permis de construire •  Rationaliser la procédure de dépôt des dossiers en réduisant le nombre de maillons de la chaîne de traitement. Moyen terme • Créer un guichet unique pour les permis de construire et rationaliser et informatiser les procédures la suite ci-après


Fondements macroéconomiques (2) | 143

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

1.3 Simplifier la collecte de l’impôt

COURT TERME

MOYEN TERME

• Simplifier les • Informatiser les procédures et réduire systèmes de paiement les retards liés au des impôts, en paiement de l’impôt commençant par les sur les sociétés et la grandes et moyennes TVA entreprises • Supprimer les • Autoriser les virements restrictions sur les bancaires pour le processus de paiement des impôts remboursement de la • Introduire le dépôt et TVA et les rendre le télépaiement pour opérationnels les grandes entreprises

MESURES PROPRES AU PAYS

Mali Court terme • Introduire un formulaire unique pour les paiements de sécurité sociale à l’INPS • Réduire la fréquence des paiements des impôts (4 au lieu de 12) Niger Court terme Passage à un taux forfaitaire par rapport au droit de timbre lié aux contrats

• Simplifier les codes des impôts et réduire les périodes d’exonération fiscale pour certaines entreprises

Tchad

• Adopter un système de contrôles fiscaux aléatoires aux risques mesurés

• Introduire le dépôt en ligne des demandes de numéro d’identification fiscale (NIF) lors de l’immatriculation de l’entreprise

• Passage à un taux forfaitaire par rapport au droit de timbre lié aux contrats

• Créer un guichet unique pour le paiement de l’impôt (impôt sur les sociétés, sécurité sociale, et procédures de remboursement de la TVA)

Court terme Autoriser l’option d’un dépôt trimestriel de l’impôt sur les sociétés, des redevances de la sécurité sociale et de la TVA (déjà mise en œuvre pour les entreprises de taille moyenne)

Moyen terme

• Unifier le NIF pour tous les impôts et contributions (la CNPS utilise un numéro de sécurité sociale différent) 1.4 Améliorer l’accès au crédit

• Recueillir les informations auprès des prêteurs institutionnels (par ex. les compagnies d’eau et d’électricité) en plus des institutions financières

• Améliorer la capacité des PME à fournir une information financière adéquate

Tous les pays

• Mettre en vigueur la réglementation en matière de recouvrement

• Approuver le cadre réglementaire permettant la création d’un bureau du crédit

• Baisser le seuil des emprunts dans le registre de crédit à un revenu annuel par personne de 1 %

• Mettre en œuvre l’Acte Moyen terme uniforme OHADA • Créer un bureau du crédit élargissant la gamme des actifs garantis • Créer un registre de garanties

Toutes les réformes à entreprendre dans le cadre la BCEAO : Court terme

• Renforcer la capacité de l’équipe d’informations liée au crédit de la Banque centrale

• Autoriser les personnes enregistrées à consulter leurs informations personnelles de crédit la suite ci-après


144 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

1.5 Faciliter le commerce

COURT TERME

• Mettre intégralement en œuvre SYDONIA WORLD

MOYEN TERME

• Introduire des systèmes de guichet unique pour les déclarations et paiements de droits

• Passer intégralement à des systèmes de gestion des contrôles • Approuver un cadre douaniers basés sur juridique pour faciliter les risques les signatures numériques • Faciliter le flux des marchandises en souffrance en envoyant automatiquement les biens nécessitant des exemptions vers le circuit rouge

• Autoriser toutes les entreprises orientées vers l’exportation à accéder à des plans de garantie d’exportation (garanties de financement d’expédition des exportations) et supprimer toutes les restrictions liées aux lettres de crédit nécessitant la mobilisation d’un montant équivalant à la transaction

MESURES PROPRES AU PAYS

Mali Court terme • Réduire les délais et les procédures nécessaires à l’obtention d’une lettre de crédit • Mettre à jour la cartographie des procédures d’import-export effectuées en 2011 sur le principal corridor routier Bamako-Dakar et entreprendre le corridor Bamako-Abidjan Moyen terme • Créer un groupe de travail technique pour proposer une feuille de route des réformes pour les opérations d’export-import Niger Moyen terme • Mettre en œuvre l’acceptation unilatérale des certificats de qualité internationalement reconnus pour réduire les délais de certification • Créer un mécanisme de communication pour les opérateurs confrontés au harcèlement aux points de contrôle ou aux points d’entrée et de sortie Tchad Court terme • Introduire la possibilité de déposer et traiter par voie électronique les documents commerciaux • Effectuer la cartographie des procédures et organismes d’import-export Moyen terme • Supprimer les commissions officielles et les frais prélevés sur les importations et les exportations, notamment dans le port sec de Ngueli • Poursuivre l’installation de scanners douaniers Guinée Court terme • Réduire le nombre de documents nécessaires pour les exportations la suite ci-après


Fondements macroéconomiques (2) | 145

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

1.6 Améliorer la fiabilité et l’accès à l’électricité

COURT TERME

• Préparer des contrats de gestion intérimaires (2 à 3 ans) reconnaissant les risques que le gestionnaire contractant ou le partenaire stratégique peut absorber • Simplifier les procédures de demande de permis de connexion

MOYEN TERME

MESURES PROPRES AU PAYS

• Renforcer les pouvoirs Mali du régulateur et le Court terme rendre opérationnel (le • Réduire de 120 à 20 jours le délai de raccordement des cas échéant) entrepôts au réseau pour un abonnement de 160 kVa • Réduire le coût des • Afficher les coûts de raccordement et les tarifs sur des approvisionnements tableaux et en ligne sur le site Internet d’EDM • Améliorer la fiabilité Moyen terme (entre autres) par l’achat de carburant • Mesurer la fiabilité de l’approvisionnement et la durée pour la production et la fréquence des coupures d’électricité et le temps d’énergie nécessaire pour son rétablissement Niger Moyen terme • Mettre en œuvre l’unité dédiée aux services des PME Tchad Moyen terme • Créer un guichet unique pour les paiements des PME et la traçabilité Guinée Court terme • Créer un guichet unique pour les entreprises locales Moyen terme • Simplifier les processus et réduire le temps et le coût de raccordement des entreprises

Piste de réforme 2 : Améliorer la gouvernance et limiter les rentes 2.1 Lutter contre la corruption 2.2 Améliorer l’accès à la terre

• Approuver les augmentations de salaire pour les postes clés de la fonction publique

• Mettre en vigueur les sanctions prévues par la loi dans les cas de corruption avérée • Systématiser les audits internes des organismes publics

• Réduire les coûts • Rationaliser les d’enregistrement des processus d’enregispropriétés en fixant trement des titres au plus bas les frais • Moderniser le registre des opérations foncier ou le cadastre immobilières pour permettre à l’autorité • Définir des critères pour les projets foncière de recouvrer publics et l’utilisation les coûts opérationà long terme de la nels et d’investisseterre ment • Créer des comités de parties prenantes pour harmoniser la législation sur l’affectation des terres et le régime foncier • Déterminer un seuil pour les parcelles à vendre par zone ou niveau administratif

Mali Moyen terme • Introduire des contrats standardisés pour permettre aux opérateurs d’éviter les services et frais de notaires • Instituer un mécanisme d’évaluation fiscale transparent et prévisible • Diminuer les frais juridiques associés au transfert de propriété (les frais de notaire pourraient être définis par page et plafonnés) Guinée Court terme • Créer un mécanisme de résolution des litiges au cadastre et numériser tous les titres de propriété Moyen terme • Créer un guichet unique pour l’enregistrement des biens fonciers • Créer un mécanisme de résolution des litiges fonciers au cadastre la suite ci-après


146 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

COURT TERME

2.3 Améliorer l’efficacité des tribunaux et des procédures

MOYEN TERME

• Renforcer la confiance dans l’arbitrage et la médiation (le Mali et le Tchad disposent d’une loi réglementant tous les aspects de la médiation) • Augmenter le nombre de magistrats dont la formation correspond aux dispositions de l’OHADA • Automatiser et moderniser les processus au sein des tribunaux • Créer un site Internet pour les tribunaux de commerce et publier les jugements portant sur des litiges commerciaux

MESURES PROPRES AU PAYS

Mali Court terme • Réduire les retards associés aux procès et appliquer des sanctions sévères pour l’utilisation de manœuvres dilatoires • Répertorier les procédures auprès des tribunaux afin d’identifier les goulets d’étranglement • Créer un système de gestion électronique des entreprises pour mettre à jour automatiquement les dossiers examinés par les tribunaux • Permettre une détection rapide des procès en souffrance sur la base d’une période prédéterminée et assister les juges dans les évaluations de performance Moyen terme • Élaborer des outils pour permettre aux magistrats de confier des litiges mineurs (lorsque les enjeux ne justifient pas les frais de procédure) à une médiation • Améliorer la performance des magistrats par la spécialisation (litiges commerciaux) et la formation des juges et du personnel des tribunaux Niger Court terme • Réduire le nombre d’appels à 2 et développer les services d’assistance judiciaire pour informer sur les services disponibles au CNAM • Mettre à jour la liste des nouveaux médiateurs et conciliateurs et renforcer la capacité du personnel du centre de médiation (CNAM) Guinée Court terme • Ouvrir des tribunaux de commerce (y compris des tribunaux pour affaires mineures) et former des magistrats spécialisés dans les litiges commerciaux Moyen terme • Introduire la gestion électronique des procès dans les procédures des tribunaux

2.4 Renforcer la gouvernance d’entreprise

• Modifier le Code du commerce sur la divulgation des transactions entre parties liées • Déterminer les règles de passation de marchés (quotas pour les marchés publics) permettant aux PME de soumettre des propositions individuelles ou conjointes

• Améliorer les règles de Mali procédure civile (index Court terme des procès impliquant • Supprimer les procédures techniques permettant aux des actionnaires) débiteurs récalcitrants de retarder l’application des jugements afin de limiter l’abus de procédures en matière de contestation ou de récupération des marchandises saisies Moyen terme • Permettre aux actionnaires minoritaires de recourir à des voies juridiques lorsqu’ils sont confrontés à un accord réglementaire qui leur est préjudiciable. Niger Moyen terme • Renforcer les obligations de la direction dans les sociétés anonymes (diligence appropriée, décisions éclairées, évitement des conflits d’intérêt) la suite ci-après


Fondements macroéconomiques (2) | 147

TABLEAU 7.10, suite SÉQUENÇAGE DES RÉFORMES

2.5 Accroître l’inclusion financière numérique

COURT TERME

MOYEN TERME

MESURES PROPRES AU PAYS

• Créer des comptes pour les transactions à faible coût favorisant des paiements numériques et appuyer l’établissement de rapports sur le crédit et les paiements transfrontaliers • Créer une infrastructure de base, notamment une infrastructure financière TIC et des capacités de collecte de données • Faciliter l’identification des utilisateurs pour les services financiers numériques, notamment des mécanismes d’identification numérique des clients et des programmes de renforcement des connaissances numériques et financières

Piste de • Renforcer la coopéraréforme 3 : tion régionale Encourager les (UEMOA, CEMAC) sur marchés et la détection des secteur privé cartels 3.1 Concurrence

• Modifier la loi anticartels

• Améliorer la capacité opérationnelle des outils des organismes de contrôle de la concurrence (recherche de marchés et capacité de saisie) et augmenter et mettre en œuvre des pénalités et des amendes

Mali Moyen terme Renforcer l’efficacité de la législation nationale sur la concurrence et l’autorité de régulation de la concurrence Tchad Moyen terme Moderniser la réglementation existante sur la fixation des prix et la concurrence par l’adoption d’une seule loi nationale sur la concurrence Créer une autorité chargée de la réglementation et de l’application des dispositions relatives à la concurrence

3.2 Renforcer le cadre de partenariat public-privé (PPP)

• Superviser la durabilité financière des projets PPP • Renforcer la capacité et l’expertise des unités PPP • Veiller à l’indépendance fiduciaire et réglementaire des unités PPP

Tchad • Approuver la loi nationale sur les PPP et l’unité PPP conformément aux bonnes pratiques régionales et internationales • Identifier les projets à petite échelle à faible risque qui doivent être déployés en tant que projets pilotes Guinée Court terme • Créer une unité PPP

• Définir une réglementation nationale en matière de passation des marchés dans le cadre juridique PPP • Identifier les projets PPP à faible risque en tant que signal aux investisseurs, par exemple l’agroalimentaire Note : Gras = le plus important; italique = ceux qui profitent directement de la diversification des exportations. APIM = Agence pour la Promotion des Investissements au Mali ; BCEAO = Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest ; CEMAC = Communauté Économique et Financière d’Afrique Centrale ; CNAM = Centre National des Arts et Métiers ; CNPS = Caisse Nationale de Prévention Sociale ; EDM = Électricité du Mali ; FCFA = franc CFA (Communauté Financière Africaine) ; INPS = Institut National de Prévoyance Sociale ; LABOGEC = Laboratoire du Génie Civil ; LBTP = Laboratoire du Bâtiment et des Travaux Publics ; NIF = Numéro d’Identification Fiscale ; OHADA = Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires ; OSS = Observatoire du Sahara et du Sahel ; PME = Petites et moyennes entreprises ; PPP = Partenariat public-privé ; RCCM = Registre du Commerce et du Crédit Mobilier ; STEE = Société Tchadienne d’Eau et d’Électricité ; SYDONIA World = Système douanier automatisé ; TIC = Technologies de l’information et des communications ; TVA = Taxe sur la valeur ajoutée ; UEMOA = Union économique et monétaire ouestafricaine.


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NOTES 1. Il convient de noter que Doing Business n’est pas le seul classement international disponible pour évaluer les réglementations commerciales. Plus récemment, un nouvel indice mondial « Enabling the Business of Agriculture » a classé principalement la qualité d’un ensemble d’indicateurs juridiques et, dans une moindre mesure, un certain nombre d’indicateurs d’efficacité. Sur 62 pays, le Mali et le Niger, les deux seuls pays MTNG classés sur cet indicateur, occupaient les 52e et 49e positions en 2017. Le Mali accusait un retard important dans les domaines des machines, des semences et de la qualité des technologies de l’information et des communications (TIC). Le Niger, quant à lui, était en retard concernant les machines, les engrais et la qualité des semences. See: http://pubdocs.worldbank​ .org/en/929581534213514304/EBA17-full-report17.pdf. 2. La valeur ajoutée correspond aux ventes moins le coût des matières premières et des intrants intermédiaires achetés par l’entreprise pour fabriquer le produit final. Le nombre d’employés correspond au nombre de personnes employées à temps plein par l’entreprise. 3. Il existe des différences apparentes, mais il convient de noter que les échantillons sont très petits pour la Guinée et le Niger. Par conséquent, les estimations de la productivité du travail de ces deux pays ne sont pas très précises. On ne peut donc pas rejeter sur le plan statistique l’hypothèse nulle selon laquelle la productivité du travail est à peu près la même dans les trois pays. 4. Les ventes par travailleur ne tiennent pas compte des intrants achetés.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Banque mondiale. 2019. “Africa’s pulse, No. 19: An Analysis of Issues Shaping Africa’s Economic Future.” World Bank, Washington, DC. https://openknowledge.worldbank.org/handle​ /10986/31499. Clarke, G. 2018. “Firms’ Performance in Guinea, Mali, and Niger.” Unpublished background paper, World Bank, Washington, DC.


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Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG UNE APPROCHE PAR GRAPPES CVM 2.0

SYNTHÈSE • Plusieurs des projets de développement de CVM du Groupe de la Banque mondiale au Mali, au Tchad, au Niger et en Guinée (pays MTNG) se heurtent à des limites dues à leur approche quasi unidimensionnelle axée sur un petit nombre d’activités mal connectées et à l’absence de mesures visant à moderniser les organisations de producteurs, à adopter des normes internationales techniques et sanitaires pour les produits, à attirer des entreprises étrangères et promouvoir la participation du secteur privé. • Les pays MTNG peuvent redynamiser leurs exportations agroalimentaires en se spécialisant dans des domaines à plus faible valeur ajoutée pour lesquels ils disposent d’avantages comparatifs le long d’une CVM donnée, tout en appliquant des politiques horizontales et verticales qui les aideraient à développer des avantages comparatifs relatifs dans des produits à plus forte valeur ajoutée. • La pratique courante consistant à réviser et mettre en œuvre des codes des investissements opérationnels est nécessaire, mais elle doit s’accompagner d’examens institutionnels et personnalisés, ainsi que d’un ensemble de mesures incitatives commerciales, fiscales et non fiscales, temporaires et soigneusement contrôlées . • Les quatre piliers d’une approche par grappes CVM 2.0 de diversification des exportations sont les suivants : (i) amélioration des processus, des produits et des marchés des CVM stratégiques (et bien sélectionnées) ; (ii) des investissements ciblés (dimension spatiale) dans les infrastructures commerciales et les corridors logistiques ; (iii) la refonte des politiques commerciales et logistiques ; et (iv) un climat d’investissement favorable au commerce électronique. • Cet agenda ne peut aboutir que s’il est fortement basé sur des investissements privés (étrangers et nationaux) et publics, ce qui implique des plans de mise en œuvre conjoints conçus pour optimiser le financement pour le développement, où les rôles de la Société financière internationale (IFC) pour attirer les Investissements directs étrangers (IDE) et du Groupe de la Banque mondiale pour pallier les défaillances du marché seront essentiels.

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NÉCESSITÉ D’UNE NOUVELLE APPROCHE DE DÉVELOPPEMENT CVM 2.0 DES PROJETS DANS LES PAYS MTNG Au cours de la dernière décennie, la Banque mondiale a multiplié les projets ­soutenant le développement de certaines chaînes de valeur agricoles (CV). Au Tchad, au Mali, au Niger et en Guinée (pays MTNG), ces projets présentent généralement les caractéristiques suivantes : • Au Niger, le Projet d’appui à la compétitivité et à la croissance, en cours depuis 2012 vise à améliorer certains aspects de l’environnement des affaires au Niger, à renforcer la capacité des entreprises soutenues et le développement de la chaîne de valeur de la viande et de la boucherie. Le gouvernement veut réduire le flux de bovins vivants par rapport à la viande et aux sous-produits de la viande afin d’accroître la valeur ajoutée des exportations de bétail. Les avantages et opportunités concurrentiels du secteur de la viande et de la boucherie au Niger sont : (i) la qualité supérieure de sa viande, très recherchée par les consommateurs sur les marchés régionaux ; (ii) la possibilité de faire engraisser le bétail le long du fleuve Niger et dans les centres urbains ; (iii) une demande forte et croissante du Nigeria ; et (iv) l’existence d’un savoirfaire séculaire dans la boucherie, reconnu dans les marchés régionaux, ainsi qu’une forte concentration de petites entités privées informelles. Le Niger compte quatre abattoirs réfrigérés, qui souffrent d’un manque d’hygiène de base et d’une organisation médiocre. De plus, les infrastructures et les équipements se sont progressivement détériorés par manque d’entretien, de sorte que le travail automatisé est remplacé aujourd’hui par du travail manuel. Le projet a initialement soutenu trois activités : (i) le renforcement de l’Agence nigérienne de promotion des exportations (ANIPEX) ; (ii) l’octroi de subventions de contrepartie aux PME développant des chaînes de valeur (assistance ­opérationnelle, crédit, formation) ; et (iii) la réhabilitation de deux (2) ­abattoirs (Niamey et Maradi). • Au Tchad, le Projet d’appui à la chaîne de valeur en cours depuis 2014 (restructuré en 2017) vise à améliorer : (i) des aspects particuliers de l’environnement des affaires ; et (ii) la performance des chaînes de valeur agropastorales (viande et produits laitiers). Le secteur de la viande, au Tchad, présente des avantages concurrentiels et des problèmes similaires à celui du Niger. Le projet soutenait à l’origine quatre activités : (i) le renforcement de l’agence nationale d’investissement et des exportations (ANIE) ; (ii) l’octroi de subventions de contrepartie aux PME développant des chaînes de valeur (assistance opérationnelle, crédit, formation) ; (iii) la réhabilitation des infrastructures de la viande, y compris le transport et trois abattoirs (Walia, Dighel et Farcha) et trois centres de collecte de lait (Walia, Guilmey et Linia) ; et (iv) le soutien au Centre de contrôle de la qualité des denrées alimentaires (CECOQDA) en fournissant du matériel et des agents pour ses nouveaux laboratoires. • Au Mali, le Projet de compétitivité et de diversification agricole (PCDA) de 2005 qui a pris fin en 2015 (devant initialement durer 5 ans et ayant bénéficié de 2 années supplémentaires de financement en 2013-2015), avait une portée plus large. Il visait à accroître les revenus ruraux et les opportunités économiques en améliorant le climat des investissements et les chaînes de valeur agricoles. Le projet a bénéficié à cinq régions (Bamako, Koulikoro, Mopti,


Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 151

Ségou et Sikasso). Les activités parrainées par le projet étaient : (i) l’adoption de nouvelles techniques d’irrigation ; (ii) l’introduction de nouvelles technologies agricoles ; (iii) l’appui aux PME (commerce, exportateurs, artisans) ; (iv) la formation des acteurs clés de la chaîne (principalement les prestataires de services) ; (v) l’octroi de subventions de contrepartie et l’accès au financement (gestion des risques, fonds de garantie) ; et (vi) le soutien à la participation à des événements commerciaux étrangers. Le projet s’est initialement concentré sur huit chaînes (5 chaînes prioritaires : l’oignon, la pomme de terre, la mangue, la papaye et la viande ; et 3 autres à consolider : la banane, l’anacarde et le lait). L’expérience dans les pays MTNG permet d’identifier quelques traits communs et quelques lacunes dans les projets antérieurs de la chaîne de valeur agricole • L’objectif, à savoir l’amélioration des exportations de produits à base agricole, n’a pas été explicité. La seule exception était un résultat subordonné attendu dans le cas du Niger (le remplacement du commerce informel d’animaux vivants par des exportations formelles de viande). Le développement de la CV était également essentiellement axé sur le marché intérieur, peut-être au prétexte que les entreprises développeraient aussi leur capacité d’exportation avec l’augmentation de la production et que de nouveaux produits à plus forte valeur ajoutée émergeraient. • Tous les projets ont pris beaucoup plus de temps que prévu et souvent nécessité des efforts de restructuration importants. Par exemple, le projet tchadien a réduit le nombre d’abattoirs et d’activités liées à leur réhabilitation, tandis que le projet malien a dû se concentrer sur moins de produits, car la mise en œuvre des activités aurait pris beaucoup plus de temps que prévu initialement. • Les performances de certaines activités ont été mitigées. La mise en œuvre des subventions de contrepartie a donné des résultats mitigés, tandis que la réhabilitation des abattoirs a été plus difficile à réaliser que prévu. • Il n’a pas été simple d’articuler les composants traitant du climat d’investissement ou du développement des CV. Dans certains cas, les efforts se sont concentrés sur le vaste agenda Doing Business, dont l’impact direct sur le développement des chaînes de valeur agricoles a été inégal. En pratique, les deux agendas ont été mis en œuvre parallèlement, avec des efforts souvent déconnectés et réalisés par différents homologues gouvernementaux. • L’accent mis sur le développement des chaînes de valeur a été presque unidimensionnel. Les projets du Niger et du Tchad se sont concentrés sur un seul ou très peu de microproblèmes spécifiques liés aux chaînes de valeur agricoles, par exemple les abattoirs, le transport, la réhabilitation ou l’équipement. La seule exception (limitée) était l’accent multidimensionnel mis par le PCDA malien sur l’irrigation, les finances, les technologies, le renforcement des petites et moyennes entreprises et la commercialisation à l’étranger de quelques CV. • Enfin, les efforts consacrés à la modernisation des organisations de producteurs, à l’adoption de normes internationales techniques et sanitaires pour les produits, à l’attraction d’entreprises étrangères et à la promotion de la participation du secteur privé n’ont reçu que peu, voire pas, de soutien de la Société financière internationale (SFI).


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NOUVELLE APPROCHE DE DÉVELOPPEMENT CVM 2.0 : PRÉSENTATION DES STRATÉGIES PAR GRAPPES Comme indiqué ci-dessus, les pays MTNG peuvent redynamiser leurs exportations agroalimentaires en se spécialisant initialement dans des domaines à plus faible valeur ajoutée pour lesquels ils disposent d’avantages comparatifs sur une CVM donnée, tout en investissant activement dans des activités permettant de développer des avantages comparatifs dans des produits à plus forte valeur ajoutée à long terme. C’est la dynamique sous-jacente de l’échelle de diversification des exportations (voir Chapitre 3). Manifestement, le passage de l’étape 1 (marge intensive) à l’étape 2 (marge extensive) sur l’échelle repose principalement sur les efforts déployés par les producteurs privés dans quelques produits émergents pour lesquels les pays ont déjà montré un avantage comparatif. Cependant, il est plus difficile d’atteindre les étapes 3 et 4, et d’évoluer progressivement vers des produits à plus forte valeur ajoutée, car ce processus n’est pas exempt de difficultés et nécessite une approche différente basée sur l’expérience antérieure du développement des chaînes de valeur. En examinant les moyens de redynamiser les chaînes de valeur en les transformant en activités à plus forte valeur ajoutée, Baldwin (2011) reconnaît que presque toutes les activités manufacturières et agroalimentaires se déroulent au sein de chaînes de valeur mondiales (CVM). Le fait est que de nombreuses entreprises du monde entier sont impliquées dans des tâches allant de la recherche et développement à la livraison finale d’un produit spécifique (ou d’un ensemble de produits) aux utilisateurs finaux sur le marché mondial. Ces tâches dissocient le processus d’innovation et de développement de produits du processus de production, de l’emploi et de la commercialisation. La fragmentation du processus de fabrication dans les chaînes de valeur mondiales chevauchant des frontières internationales devrait en principe permettre aux pays en développement de s’industrialiser plus facilement que par le passé. C’est essentiellement le modèle que la Chine a adopté et qu’elle suit depuis trois décennies en combinant une stratégie de croissance axée sur les exportations et un système de mesures incitatives pour attirer des influx d’Investissements directs étrangers (IDE). Le modèle aurait permis aux entreprises chinoises de se spécialiser initialement dans les segments de chaînes de valeur mondiales à faible valeur ajoutée, en combinant les services d’une main-d’œuvre peu qualifiée à des marques reconnues mondialement et une technologie de pointe pour les vendre aux consommateurs mondiaux. Cela a placé les entreprises chinoises au centre d’un commerce triangulaire au sein duquel elles importaient des pièces et des composants du Japon, de Taïwan, de la Corée du Sud, de Singapour et d’autres économies de l’Asie de l’Est, les assemblaient en produits finis et les exportaient vers les marchés américains et européens. Le succès apparent du modèle, non seulement en Chine, mais aussi en Thaïlande, au Vietnam, au Cambodge et dans d’autres pays d’Asie de l’Est et du Sud, en fait une option attrayante en tant que première étape pour les pays MTNG. Le moment semble opportun, notamment parce que la Chine et la Thaïlande ont migré vers des segments de CVM à plus forte valeur ajoutée, même si les pays MTNG comptent parmi les plus marginaux par rapport aux CVM. Le défi potentiel que doivent relever les gouvernements de la région pour promouvoir la participation des entreprises nationales aux CVM consiste donc à concevoir un ensemble d’initiatives politiques à court et moyen terme pour


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faciliter l’entrée des entreprises étrangères étroitement liées aux CVM dans des activités d’optimisation des gains attendus en termes de croissance du revenu par habitant, des emplois et des salaires. Ce qu’il faut à court terme, c’est un ensemble d’interventions facilitant l’entrée dans les CVM dans des domaines où les entreprises nationales possèdent un avantage comparatif et attirent des IDE contribuant à fournir le capital et les intrants technologiques nécessaires à leur entrée. Un tel ensemble comprendrait également des investissements publics et privés dans les infrastructures physiques de base, et des réformes de la politique commerciale et de la réglementation en général, ainsi que des investissements publics et privés dans les programmes de développement des compétences, les institutions de recherche et développement et les infrastructures des Technologies de l’information et des communications (TIC). Globalement, il est nécessaire de mettre en place un ensemble d’interventions visant à transférer l’avantage comparatif des entreprises nationales vers des activités à forte valeur ajoutée dans les CVM. C’est le fondement conceptuel de l’approche par grappes. Une approche par grappes explore initialement le statut des quatre éléments clés de la compétitivité des CVM : (i) les conditions factorielles ; (ii) les conditions de la demande ; (iii) le contexte de la CVM pour l’entreprise et sa stratégie ; et (iv) la force et la qualité des liens. Les grappes impliquent des liens multidirectionnels entre des fournisseurs, des distributeurs et des entreprises (Porter 1998). Ainsi, la méthodologie identifie les forces, faiblesses, possibilités et menaces (FFPM) pour la compétitivité sur ces éléments. La méthodologie a été appliquée à chacun des deux produits de CVM sélectionnés pour le Mali (noix de cajou et sésame), le Niger (viande et oignon) et le Tchad (sésame et gomme arabique) dans les études pays. À titre d’exemple, les résultats pour la gomme arabique et le sésame (en utilisant le format FFPM) sont présentés ci-dessous (tableau 8.1.). Compte tenu des ressources financières limitées de ces pays, le cadre ­stratégique devrait examiner avec soin le champ d’application, le type d’instruments à utiliser et leur période d’application. En termes de champ d’application, les politiques peuvent être verticales (applicables à certains produits ou secteurs) ou horizontales (applicables à tous les secteurs). Dans le même temps, l’instrument politique peut prendre la forme d’une contribution publique utile à la production privée ou d’une intervention du marché qui affecte le comportement des entreprises. En outre, les arguments en faveur d’une intervention politique ciblée devraient être temporaires et soigneusement pesés par rapport aux options et aux ressources disponibles. La matrice 2x2 ci-dessous présente une classification de l’ensemble des politiques de diversification des exportations possibles (horizontales et verticales) pour les pays du groupe MTNG (tableau 8.2). Bien que la liste soit non exhaustive et adaptée à chaque étude de pays, elle offre un résumé des principaux domaines d’action à prendre en compte. Si ce rapport ne prend pas position pour l’un de ces deux types de politiques, il reconnaît que le choix des politiques horizontales dépend directement de la nature des défaillances du marché identifiées, tandis que les politiques verticales sont plus controversées, car, bien que nécessaires, elles ne sont pas insensibles aux intérêts en jeu. Les politiques de ce genre sont fréquemment soumises à un lobbying du secteur par les entrepreneurs impliqués. Ces politiques sont souvent plus risquées, car elles concentrent les avantages sur certains bénéficiaires (­producteurs, intermédiaires ou sociétés de distribution) et peuvent créer des


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TABLEAU 8.1  Étude

FFPM des chaînes de valeur du sésame et de la gomme arabique au Tchad

FORCES

POSSIBILITÉS

• • • •

• La demande mondiale et régionale augmente sur les marchés à forte valeur • Les parties prenantes souhaitent améliorer le secteur • Une assistance internationale et un soutien gouvernemental sont disponibles pour développer le secteur agricole • La croissance des exportations de sésame vers la Turquie ainsi que l’intérêt d’Olam • Exportations croissantes de gomme arabique vers l’Inde • Proximité physique, linguistique et culturelle avec le Soudan et le Moyen-Orient

Le climat du Tchad est potentiellement favorable au sésame Le Tchad est le deuxième producteur de gomme arabique Peu d’entreprises exportent vers des marchés clés Les producteurs et les transformateurs souhaitent développer les deux chaînes

FAIBLESSES

MENACES

• • • •

• Potentiel de déplacement du marché • Concurrence croissante des pays de la ceinture de la gomme arabique offrant un environnement plus favorable • De faibles montants globaux limitent les exportations et la valorisation • Le commerce informel et les exportations transfrontalières ne révèlent pas la contribution du Tchad au commerce mondial • Forte insécurité • Dette publique • Secteurs financier et marketing faibles • Faible capacité des institutions gouvernementales

• • • • • • • • • •

Faible contrainte de production globale Faible capacité en capital humain Manque de données sur le sésame et la gomme arabique Mauvaise organisation et faible investissement dans tous les segments et acteurs de la chaîne de valeur Orientation insuffisante vers la qualité, la certification et la traçabilité Manque d’image de marque Ajout de valeur inexistant Les producteurs n’obtiennent pas des prix optimaux Objectifs non harmonisés des parties prenantes Objectifs non harmonisés en matière de politique, réalités du marché, acteurs étatiques et acteurs de la chaîne de valeur Marché déséquilibré avec une fragmentation des producteurs et une concentration des exportateurs Recherche peu performante et absence de services de vulgarisation Déficits en infrastructures logistiques, routières et hydrauliques Séquençage et continuité inadéquats des programmes d’aide

Source : Ahmed 2018. Note : FFPM = forces, faiblesses, possibilités menaces.

TABLEAU 8.2  Typologie

par grappes des politiques de diversification des exportations POLITIQUES HORIZONTALES

POLITIQUES VERTICALES

Contributions publiques

• Réformes visant à améliorer le climat des affaires • Investissement dans les infrastructures (localisées spatialement dans les régions de production pour l’exportation et le long des principaux corridors logistiques)

• Normes et contrôles de qualité, phytosanitaires et d’emballage • Subventions de contrepartie aux PME exportatrices • Programmes de formation spécialisés pour la production • Soutien à la modernisation de la gestion agricole pour les PME aux exportations présentant un potentiel de croissance

Interventions de marché douanes et de la logistique

• Réformes de la politique commerciale, des • Accès à la finance numérique et aux politiques de la concurrence • Fonds de recherche et développement • Programmes de développement des compétences professionnelles

• Exonérations fiscales temporaires pour les investissements dans les CVM à vocation exportatrice • Incitations dans les codes des investissements • Concessions d’accès à la terre

Note : CVM = Chaîne de valeur mondiale ; PME = petites et moyennes entreprises.

opportunités de recherche de rente. Par conséquent, pour éviter la capture, une capacité institutionnelle minimale est requise pour discipliner les organisations privées en menant un processus de sélection transparent avec des critères clairs et en contrôlant les performances (intrants reçus et produits) afin de détecter et résoudre les problèmes en temps voulu et empêcher le parasitisme.


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MESURES INCITATIVES COMMERCIALES : CE QUI MARCHE ET CE QUI NE MARCHE PAS L’élaboration d’un ensemble de politiques adaptées à un pays n’est pas une tâche simple. Elle se limite souvent, à tort, à des mesures d’incitation fiscales et non fiscales visant les marchés verticaux. En fait, tous les pays MTNG sont en train de revoir leurs codes des investissements.1 Jusqu’à récemment, tous les codes des investissements étaient obsolètes et, pire, appliqués de manière largement discrétionnaire et avec de nombreuses distorsions, entraînant d’importantes pertes fiscales pour les gouvernements MTNG. La lente mise à jour des codes et de leurs décrets d’application n’empêche pas les ambiguïtés, le manque de connaissances ou des incertitudes sur les mesures incitatives précises dont bénéficient les entreprises (étrangères comme nationales) intervenant dans des secteurs clés. Le manque généralisé de transparence sur les modalités exactes des contrats liant des sociétés étrangères à l’État est une règle plutôt qu’une exception. Dès lors, la réalisation d’une révision institutionnelle des codes des investissements récemment approuvés ou à l’étude et de leurs décrets d’application ne serait pas prématurée malgré le risque de ne jamais voir cet objectif se réaliser dans certains pays. À titre d’exemple, le tableau 8.3 montre les bonnes et mauvaises pratiques au Niger. Le tableau résume les bonnes pratiques internationales en matière de mesures d’incitation à l’investissement, qui comprennent neuf grands principes

TABLEAU 8.3  Comparaison des bonnes pratiques internationales en matière d’incitation à l’investissement : Application au Niger BONNES PRATIQUES INTERNATIONALES EN MATIÈRE D’INCITATION À L’INVESTISSEMENT (APRÈS SÉLECTION ET SYNTHÈSE)

1. Les mesures incitatives devraient être aussi claires et simples que possible.

RÉGIME D’INCITATION DU NIGER (ANALYSE DE LA SITUATION ET PISTES D’AMÉLIORATION)

Les mesures incitatives sont compliquées et se décomposent en de multiples régimes régis par de multiples lois d’application générale et sectorielle, qui s’accompagnent de leurs règles et procédures distinctes. Piste d’amélioration : Simplification et consolidation des différents régimes incitatifs.

2. Les mesures incitatives ne devraient pas être organisées et prévues dans le Code des investissements, mais dans la législation concernée (par exemple, les mesures fiscales devraient relever de la législation fiscale)

Au Niger, le Code des investissements est l’une des lois régissant le régime incitatif (ce qui ne devrait pas être le cas). En outre, comme indiqué plus haut, de nombreuses lois (code général des impôts et code des douanes, diverses lois sectorielles, loi sur les contrats de PPP, etc.) régissent des régimes incitatifs supplémentaires, mais différents de ce que prévoit le Code des investissements. Piste d’amélioration : Consolider les différents régimes d’investissement et les centraliser dans une loi unique, de préférence le Code général des impôts (CGI).

3. Administration des mesures incitatives : Le processus de demande pour les investisseurs et d’octroi pour le gouvernement devrait être simple et convivial, tout en réduisant le pouvoir discrétionnaire. Dans l’idéal, ce processus devrait être automatique ou aussi automatisé que possible (avec une vérification a posteriori plutôt qu’un filtrage a priori). Aucune négociation au cas par cas ne devrait être autorisée.

Ces processus sont compliqués, varient d’une loi à l’autre et laissent une large marge discrétionnaire. Ils ne présentent aucun caractère automatique, les mesures incitatives nécessitant un processus préalable d’examen et de décision. En outre, la prise de décision ne repose pas sur des critères clairs et objectifs. Certaines mesures incitatives peuvent être négociées (par ex. le régime contractuel dans le Code des investissements). Piste d’amélioration : Parallèlement à la consolidation des différents régimes d’investissement dans une loi unique, de préférence le Code général des impôts (CGI), et sous la houlette d’une seule entité chargée de leur gestion, un effort devrait être fourni pour simplifier le processus d’octroi, appliquer des critères plus objectifs, éviter les négociations au cas par cas avec les investisseurs et évoluer vers des instruments permettant un traitement plus automatique et ne nécessitant pas d’examen préalable, mais des vérifications ou contrôles a posteriori. la suite ci-après


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TABLEAU 8.3, suite BONNES PRATIQUES INTERNATIONALES EN MATIÈRE D’INCITATION À L’INVESTISSEMENT (APRÈS SÉLECTION ET SYNTHÈSE)

4. Le coût fiscal des mesures incitatives devrait faire l’objet d’un suivi et d’une publication systématiques.

RÉGIME D’INCITATION DU NIGER (ANALYSE DE LA SITUATION ET PISTES D’AMÉLIORATION)

L’estimation des dépenses fiscales liées aux mesures incitatives est obligatoire depuis la Loi de finances 2011. Le règlement de l’UEMOA l’exige également. Des évaluations des dépenses fiscales ont été effectuées irrégulièrement par le ministère des Finances (MdF) et, à notre connaissance, n’ont pas été rendues publiques. Une évaluation par le MdF, avec l’assistance du programme PCDS de l’IDA, est en cours d’exécution 2019) ; elle est assortie d’une substantielle composante de renforcement des capacités. Piste d’amélioration : L’étude actuellement menée par le Ministère des Finances avec l’assistance du GBM (projet PCDS) devrait être achevée. Les efforts du MdF devraient être poursuivis et étendus. Ces estimations doivent porter sur tous les régimes incitatifs et instruments compris dans ces régimes afin de fournir au gouvernement une image exhaustive du coût budgétaire de ces mesures. Il conviendrait également d’inclure les avantages des incitations, notamment les éléments du ratio coût/avantages, et identifier les mesures incitatives qui produisent les meilleurs résultats et de la manière la plus économique. Ces évaluations (des dépenses fiscales actuelles ou les évaluations coûts/avantages futures, si elles sont adoptées) devraient être publiées dans un souci de transparence. Elles devraient être utilisées par les décideurs pour procéder à une refonte du régime incitatif afin de le rendre plus économique (entre autres objectifs).

5. Les mesures incitatives devraient être conçues de manière à minimiser les distorsions de la concurrence et à être alignées sur les normes et meilleures pratiques internationales.

Il ne semble pas que les objectifs de minimisation des distorsions et d’alignement avec les normes et meilleures pratiques internationales aient été prioritaires dans la conception du régime incitatif actuellement en vigueur.

6. Les mesures incitatives devraient être liées à des objectifs politiques clairement définis.

Les régimes incitatifs semblent ne pas être soutenus par une stratégie claire et des objectifs politiques précis.

Piste d’amélioration : Les multiples régimes d’investissement devraient être revus par le gouvernement, assisté par ses partenaires au développement (dont le FMI et le GBM) pour les mettre en conformité avec les normes internationales, tirer profit des leçons de l’expérience et des meilleures pratiques et donc les améliorer.

Piste d’amélioration : Avant que des réformes des régimes incitatifs puissent être mises en œuvre, il conviendrait de se soumettre à un processus exhaustif visant à définir une stratégie claire et des objectifs politiques précis pour ces régimes incitatifs. 7. Afin d’en optimiser les avantages, les mesures incitatives devraient être ciblées avec précision et se concentrer sur le type d’investisseurs que le pays désire attirer, le type de comportement qu’il souhaite favoriser et les secteurs et activités économiques qu’il veut privilégier.

Aucun ciblage ne ressort de manière évidente pour le moment, dans le sens où les objectifs ou résultats visés n’apparaissent pas clairement (voir Point 6 ci-dessus) et où les instruments incitatifs sont globalement les mêmes pour tous les investisseurs. Selon le Code des investissements par exemple, la différence entre les trois régimes préférentiels ne réside pas dans le type de mesures incitatives offertes, identiques dans les trois régimes, mais dans les critères d’admissibilité et la durée d’application des mesures. Piste d’amélioration : Une fois le processus de révision ou de réforme des régimes incitatifs lancé, il conviendra de réfléchir aux secteurs que le gouvernement souhaite promouvoir via l’investissement, aux types d’investissements et d’investisseurs qu’il voudrait attirer et aux types de comportements des investisseurs qu’il entend favoriser (se reporter au Point 6 ci-dessus). Il conviendrait ensuite d’identifier les besoins et contraintes auxquels les investisseurs font face dans ces secteurs ciblés ou prioritaires et de déterminer si des mesures incitatives peuvent faire partie de la réponse, et quels types de mesures incitatives peuvent être utilisés pour faire la différence. Dans certains cas, les investisseurs peuvent ne pas avoir besoin d’incitation fiscale pour investir au Niger, mais plutôt d’une rationalisation des procédures ou d’un accès à des terrains viabilisés. Ces mesures pourraient constituer des incitations à investir extrêmement efficaces et plus utiles que des allègements fiscaux. la suite ci-après


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TABLEAU 8.3, suite BONNES PRATIQUES INTERNATIONALES EN MATIÈRE D’INCITATION À L’INVESTISSEMENT (APRÈS SÉLECTION ET SYNTHÈSE)

RÉGIME D’INCITATION DU NIGER (ANALYSE DE LA SITUATION ET PISTES D’AMÉLIORATION)

8. Des mécanismes de suivi et évaluation (S&E) devraient être mis en place pour vérifier si les objectifs politiques des mesures incitatives sont atteints et pour évaluer la rentabilité économique du régime incitatif.

Rien n’indique qu’un tel mécanisme de suivi et d’évaluation existe. Piste d’amélioration : La réforme des régimes d’investissement préconisée devrait comprendre un mécanisme de suivi et évaluation robuste visant à assurer que les régimes incitatifs (révisés ou existants) sont rentables et atteignent les objectifs politiques qui leur sont (ou leur seront) attribués.

9. Les informations relatives au régime incitatif devraient être d’accès et d’utilisation faciles (document unique, base de données ou inventaire)

Il n’existe pas de lieu unique ni de document unique où les investisseurs (et autres acteurs) peuvent trouver toutes les informations sur toutes les mesures incitatives actuellement disponibles, les procédures pour y avoir accès, les critères d’admissibilité ou les obligations déclaratives y afférentes. Piste d’amélioration : Mettre en place un système de registre central et fournir des informations aux investisseurs et autres acteurs sous une forme simple, claire et conviviale. Utiliser la technologie pour permettre un accès en ligne. Mettre régulièrement à jour les informations à mesure que des modifications sont introduites.

Note: CGI = Code Général des Impôts ; FMI = Fonds monétaire international ; GBM = Groupe de la Banque mondiale ; IDA = Association internationale de développement ; PCDS = Projet de Capacités et de Performance du Secteur Public pour la Prestation de Services ; PPP = partenariat public-privé ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

(colonne de gauche). Cette liste n’est pas exhaustive et de nombreuses autres considérations et composantes de politiques incitatives de qualité pourraient être prises en compte tant pour leur conception que leur gestion. Ces pratiques sont ensuite comparées à la situation du Niger pour chacun de ces neuf principes, afin d’identifier les éventuels écarts ou améliorations à apporter au régime incitatif. Il ne fait aucun doute que d’autres pays MTNG identifieront des insuffisances similaires dans leur propre code des investissements. Les leçons tirées des pays dont les approches de la diversification des exportations par grappes ont connu une certaine réussite sont extrêmement pertinentes. À cet égard, le cas du Maroc mérite d’être étudié, car à l’instar de la Turquie et de la Tunisie, le Maroc présente l’un des ensembles les plus complets et actifs de politiques horizontales et verticales d’appui aux CVM axées sur l’exportation. La dernière enquête auprès des entreprises menée en 2015 sur l’attractivité du système marocain (CMC 2016) révèle des constatations intéressantes. L’enquête a montré que les mesures incitatives de type vertical à l’appui de l’investissement sont considérées comme moins importantes (en 13e place) que d’autres politiques relatives au climat de l’investissement et à l’efficacité des procédures d’affaires, la qualité de la justice, le fardeau fiscal et des coûts de la sécurité sociale et la stabilité des fondamentaux macroéconomiques et du dirham marocain (MAD). En termes de fiscalité, les mesures incitatives marocaines semblent ne pas présenter de différences majeures avec celles de la Turquie et de la Tunisie. Elles peuvent être regroupées dans quatre domaines, que l’on retrouve aussi avec des variantes mineures dans les codes des investissements des pays MTNG : • Les entreprises (nationales et étrangères) bénéficient d’une exonération totale de 100 % (taux zéro) de l’impôt sur les sociétés (IS) pendant cinq ans (mesure approuvée en 2017). • Elles bénéficient aussi d’exonérations de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des droits de douane pendant 36 mois (indéfiniment en Turquie) à condition que la valeur minimum de l’investissement soit de 100 millions MAD (environ 10 millions USD).


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• Les entreprises installées dans des zones franches (similaires aux Agropoles de la zone africaine) bénéficient d’exonérations de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu des personnes physiques pendant les cinq ­premières années, puis d’un taux réduit pendant les vingt années suivantes. En termes d’interventions commerciales non fiscales, les mesures d’incitation marocaines sont en revanche moins avancées que celles de la Turquie et de la Tunisie. Le tableau 8.4 fournit une description détaillée de ces différences, qui reflètent un avantage compétitif des trois pays en termes d’attractivité pour les entreprises étrangères.

TABLEAU 8.4  Principales incitations commerciales non fiscales aux CVM dans le secteur manufacturier au ­Maroc, en Turquie et en Tunisie ZONE

MAROC

TURQUIE

TUNISIE

Terrain et équipement

• Aide financière à l’acquisition de terres à concurrence de 20 % du coût total du terrain (IDE ; grands projets) et crédit-bail immobilier à prix réduit. • Appui aux dépenses d’infrastructure externes à concurrence de 5 % du coût total de l’investissement (IDE ; grands projets).

Concessions foncières suivant le régime incitatif et la zone de développement régional là où le projet est situé.

Prime d’aide aux dépenses d’infrastructure à concurrence de 85 % du coût total, plafonné à 1 million TND selon le régime incitatif de la zone de développement régional.

Contribution à l’investissement

• Prime d’aide à l’investissement physique et non physique à concurrence de 30 % du coût global (IDE ; écosystèmes). • Prime annuelle de substitution des importations à concurrence de 2 % du total des intrants importés (IDE ; écosystèmes). • Contribution de l’État d’environ 15 % du montant total de l’investissement plafonnée à 30 millions MAD (Fonds Hassan II).

Contribution de l’État comprise entre 15 % et 55 % du coût total de l’investissement selon le régime incitatif, la zone régionale et sa zone de développement industriel.

Prime d’aide à l’investissement à concurrence de 30 % du coût total de l’investissement, plafonné à 3 millions TND selon les mesures incitatives en vigueur dans la zone de développement régional.

Bonification des taux d’intérêt (réduction) de 1 à 7 points selon le régime incitatif, la zone régionale et le type de prêt.

Bonification des taux d’intérêt

Emploi et formation

• Subvention de l’État couvrant une partie de la cotisation patronale due à la Caisse nationale de sécurité sociale et la taxe de formation professionnelle pendant une période de 24 mois jusqu’à 10 employés par entreprise (programme Tahfiz). • Exonération des cotisations patronales et salariales dues à la Caisse nationale de sécurité sociale et de la taxe de formation professionnelle à titre d’indemnisation entre 1 600 MAD et 6 000 MAD (Programme Idmaj).

Subvention de l’État couvrant une partie de la cotisation patronale due à la Caisse nationale de sécurité sociale soit sans plafonnement, soit plafonnée à 10 % à 35 % pour une période de 2 à 12 ans selon le régime incitatif de la zone de développement régional et sa zone industrielle organisée.

Source : Daki 2018. Note : IDE = investissement étranger direct ; MAD = dirham marocain ; TND = dinar tunisien.

Prise en charge par l’État de la cotisation de l’entreprise au régime de sécurité sociale pendant les 5 à 10 premières années d’activité selon les zones de promotion régionale.

Exonération permanente de la taxe de formation professionnelle et de la cotisation des salariés au Fonds d’aide au logement dans la zone de développement régional.


Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 159

MISE EN ŒUVRE DE L’APPROCHE DE DÉVELOPPEMENT CVM 2.0 POUR LA RÉUSSITE ET L’AGENDA PRIORITAIRE Comme indiqué ci-dessus, il n’existe pas de formule magique pour diversifier les exportations. Une approche par grappes met toutefois l’accent sur ce qui est important pour réussir en matière de développement de CVM (et de chaîne de valeur régionale (CVR)), à savoir la nécessité de considérer la chaîne de valeur dans son intégralité et non par morceaux isolés. Il est donc possible de résumer un ensemble soigneusement sélectionné de politiques complémentaires clés (présentées plus en détail dans les chapitres précédents) dans le cadre d’une théorie du changement (TDC) (tableau 8.5). Le tableau présente les éléments fondamentaux d’une diversification des exportations menée par le secteur privé dans les pays MTNG. Ceux-ci sont regroupés en quatre composantes (piliers) de politiques complémentaires entre les politiques de diversification micro et macroéconomiques composant la chaîne logique de la réforme souhaitée. La théorie du changement tient pour acquis que le développement des CVM ou CVR est une priorité nationale, c’est-à-dire une vision nationale commune clairement définie pour une stratégie d’exportation à la fois en termes de quelques industries agroalimentaires sélectionnées et de ratios macroéconomiques de diversification (taux d’ouverture, taux de croissance des exportations, emplois créés, etc.).

TABLEAU 8.5  Théorie du changement des principales politiques de diversification des exportations des MTNG révisées (« qui changent la donne ») PRINCIPAUX DÉFIS

PRINCIPALES POLITIQUES ET INTERVENTIONS DE MARCHÉ

• Faiblesse de la mise à niveau des processus et produits (participation aux segments du bas de la chaîne de valeur : animaux vivants et produits bruts, organisations de producteurs au stade embryonnaires, qualité médiocre et manque de normes de certification et de contrôle, déforestation).

• Introduire des améliorations de la productivité et de la santé animale (vaccins, engrais, semences certifiées, stockage, assainissement, normes environnementales) [Étape 1] • Renforcer les organisations de producteurs et leur gestion [Étape 1] • Formation sur la certification et le contrôle de la qualité et laboratoires d’analyses [Étape 1] • Appui financier aux produits à plus forte valeur: par ex. viande congelée, huile de sésame, savon [Étape 1] • Numérisation des transactions financières agricoles [Étapes 1-3] • Création d’une facilité de partage des risques pour les exportateurs débutants [Étapes 1-3]

• Faiblesse de la mise à niveau des marchés et des liens internationaux (manque d’informations commerciales, producteurs et travailleurs non qualifiés).

• Développement de systèmes • Mise à niveau des d’information sur les marchés informations sur les étrangers [Étape 2] marchés • Envisager des emballages de plus • Développement de petite taille et améliorés et l’image de nouvelles marques pour marque [Étape 2] des produits à plus forte • Aide financière à l’exploration de valeur ajoutée nouveaux marchés (de niche) [Étape 2]

PRINCIPAUX PRODUITS ET RÉSULTATS

Composante 1 : Moderniser les CVM stratégiques • Mise à niveau des • Augmentation de la processus et des production et des produits (avec exportations de certains améliorations de la produits productivité) pour une • Diversification progressive sélection de CVM de l’offre à l’exportation • Amélioration des vers des biens (et techniques agricoles et services) à plus forte des compétences des valeur ajoutée producteurs • Augmentation du nombre de produits d’exportation conformes aux normes de qualité • Accès au préfinancement pour des exportateurs éligibles • Augmentation des exportations vers de nouveaux marchés à l’étranger

la suite ci-après


160 | Promouvoir la diversification des exportations dans les pays fragiles

TABLEAU 8.5,  suite PRINCIPAUX DÉFIS

PRINCIPALES POLITIQUES ET INTERVENTIONS DE MARCHÉ

PRINCIPAUX PRODUITS ET RÉSULTATS

Composante 2 : Cibler l’investissement dans l’infrastructure commerciale et le long des principaux corridors • Lacunes des infrastructures électriques, d’adduction d’eau, d’irrigation et routières • Transport intérieur non organisé • Corridors logistiques en mauvais état et camionnage soumis au harcèlement routier • Procédures douanières et logistiques pesantes et exposées à la corruption

• Aide financière à la mise en place de solutions d’électricité solaire hors réseau et de nouvelles techniques d’irrigation (pompes, goutte-à-goutte) [Étapes 3, 4] • Réhabilitation et entretien de cinq corridors clés : Bamako-Dakar ; Bamako-Abidjan ; N’Djamena-Douala ; Niamey-Cotonou ; Niamey-Lomé [Étapes 3, 4] • Réduction des points de contrôle routiers [Étape 1] • Mise en place d’un guichet unique pour la douane, soutenu par un contrôle a posteriori fondé sur le risque et le paiement électronique [Étapes 3-4]

• Augmentation des taux • Environnement plus d’accès des populations propice au rurales à l’électricité et à développement des l’eau exportations CVM • Réduction des coûts de transport • Réduction des délais de transit et des coûts douaniers • Réduction du nombre de transactions exposées à la corruption

Composante 3 : Refonte des politiques commerciales et d’accès au financement • Parti pris important contre les exportations, avec exonérations tarifaires et escalade des tarifs (malgré l’évolution vers le TEC). • Recours aux BNT qui favorisent la distorsion et la corruption.

• Réduire le TEC à quatre fourchettes (0, 5, 10 et 20) [Étape 1] • Redéfinition ou élimination progressive des exonérations tarifaires inefficaces [Étapes 1, 2] • Éliminer les barrières et mesures paratarifaires transfrontalières illégales [Étapes 1, 2]

• Abaissement du coût des • Augmentation de importations et l’ouverture du commerce élimination des droits de • Augmentation de l’accès douane illicites aux marchés étrangers • Inclusion financière accrue • Informalité réduite • Accès accru au foncier • Baisse du coût et des délais pour des échanges modernes et plus efficaces

• Faible accès des agriculteurs à des comptes bancaires formels • Manque de sensibilisation à la finance numérique • Manque d’accès aux marchés étrangers pour les agriculteurs

• Numérisation du registre foncier des agriculteurs et des paiements de certains intrants publics (semences, engrais) grâce à des appareils mobiles [Étapes 1, 2] • Numérisation des paiements liés aux organisations d’agriculteurs [Étape 3]

• Accroissement de l’utilisation d’argent mobile, de monnaie électronique et du commerce électronique • Meilleur accès aux services financiers pour les agriculteurs

Composante 4 : Refonte des politiques commerciales et d’accès au financement • Lourdeur des procédures de création de PME.

• Abaissement du coût de l’enregistrement à un tarif forfaitaire et réduction/élimination des exigences de capital [Étape 1] • Finalisation de l’informatisation du registre des sociétés [Étape 3]

• Réduction du coût et des délais d’enregistrement.

• Lenteur et corruption de la concession de permis fonciers

• Abaissement du coût de concession à un montant forfaitaire [Étape 1] • Réduction des procédures et du délai d’obtention de concessions [Étape 3] • Création d’un site Internet des concessions octroyées [Étape 3]

• Réduction du coût et du délai d’obtention de concessions foncières

• Systèmes informatiques commerciaux obsolètes

• Mise en œuvre complète de SYDONIA • Réduction du coût et de WORLD dans l’administration douanière la longueur des [Étape 2] transactions • Actualisation de la cartographie des d’importation/ procédures d’importation/exportation, exportation suivie de la présentation des demandes par voie électronique [Étape 3]

Note : Entre crochets, chaque action politique correspond à une étape d’une séquence raisonnée d’intervention sur l’échelle de la diversification des exportations. Étapes 1-2 : court terme ; Étapes 3-4 : moyen terme. BNT = Barrière non tarifaire ; CVM = Chaîne de valeur mondiale ; PME = petite et moyenne entreprise ; SYDONIA World = Système douanier automatisé ; TEC = Tarif extérieur commun.


Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 161

i. Des interventions publiques efficaces et bien coordonnées, visant à mettre à niveau des paris stratégiques en termes de produit (et de services) pour le développement des CVR et CVM. Les interventions clés devraient viser en priorité à : (a) améliorer la production, les rendements et la qualité des paris stratégiques ; (b) développer les capacités et optimiser l’organisation des acteurs de la chaîne ; (c) promouvoir le respect des certifications internationales et des normes de traçabilité ; et (d) attirer les IDE dans les nouveaux projets des grandes entreprises régionales et internationales. ii. Investissements dans les infrastructures commerciales (accès à l’électricité et à l’eau) ciblés dans l’espace et réhabilitation et entretien des principaux corridors routiers. Compte tenu de l’espace très limité en termes budgétaires et d’emprunt extérieur dans les pays MTNG, les investissements devraient se concentrer sur l’augmentation de la productivité agricole et la réduction du coût de transport. La priorité devrait être accordée à 4-6 corridors économiques régionaux seulement. En Guinée, ces investissements devraient être accompagnés d’un examen approfondi des procédures douanières et de transit portuaire. iii. Refonte des politiques commerciales et logistiques afin de réduire les coûts et de permettre à l’économie de devenir concurrentielle à l’échelle mondiale. La politique commerciale devrait éliminer tout frein à l’exportation et veiller à une concurrence efficace sur les marchés de produits et services clés comme les transports, l’énergie et les communications. Free trade agreements (FTAs) should foster exchanges with key commercial partners in the strategic bets. Les technologies numériques peuvent entraîner de fortes baisses des coûts de transport et de communication et créer des opportunités substantielles d’exportation de services tels que les opérations de traitement administratif. Le commerce électronique peut également élargir la gamme des mécanismes par lesquels les petits producteurs de pays en développement peuvent grandir par l’exportation, créer des emplois et améliorer la productivité. iv. Un climat d’investissement clair, transparent, prévisible et favorable à l’entreprise, qui facilitera des mesures incitatives appropriées à l’endroit des investisseurs privés nationaux et étrangers. Le fait de disposer d’un code des investissements moderne ou de lois sur les partenariats public-privé (PPP) ne suffit pas à attirer des investissements privés étrangers ou nationaux. Les politiques et interventions clés sur les marchés devraient viser à réduire le coût de l’enregistrement des nouvelles entreprises, simplifier les paiements de taxes, accélérer la délivrance de permis fonciers et permis de construire, en particulier pour les zones de production clés, encourager l’accès au crédit et à l’inclusion financière numérique, améliorer la gestion des tribunaux et la gouvernance des entreprises et développer le cadre d’une politique de concurrence et de PPP efficaces.

OPTIMISATION DES FINANCEMENTS POUR LE DÉVELOPPEMENT ET RÔLE CLÉ DE LA SFI DANS L’ORIENTATION DES IDE VERS LE DÉVELOPPEMENT CVM 2.0 On ne saurait trop insister sur l’importance de la SFI (Société financière internationale) pour attirer les investissements directs étrangers pour le développement de l’approche par grappes CVM 2.0. Premièrement, le grand nombre de PME


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produisant actuellement pour la consommation intérieure ou vendant leurs produits bruts sur les marchés étrangers n’a que peu de liens avec les entreprises modernes, principalement détenues par des étrangers, qui négocient sur les marchés internationaux et pratiquent un commerce intégré verticalement. Ces PME n’ont pas ou peu accès aux technologies ou connaissances modernes. En outre, il conviendrait de revoir les incitations commerciales proposées aux entreprises étrangères et nationales ainsi qu’aux entreprises publiques afin de créer des conditions de concurrence équitables, car l’expérience indique que ces incitations ne sont ni la meilleure stratégie pour attirer les IDE ni les seules politiques qui comptent pour ces derniers (Banque mondiale, 2014). Deuxièmement, des études de cas exemplaires en Afrique insistent fortement sur le rôle clé joué par les entreprises internationales. Par exemple, après une décennie de tentatives infructueuses de développement de partenariats public-privé (PPP), le leader mondial des fruits à coque comestibles Olam a finalement joué un rôle déterminant dans la transformation de la noix de cajou en Côte d’Ivoire en 2008. Cette entreprise a été la première grande multinationale à se lancer dans la transformation de la noix de cajou dans la ville centrale de Bouaké. Aujourd’hui, l’usine d’Olam emploie plus de 2 000 personnes tandis que 1 000 employés travaillent dans une deuxième installation. La transformation des noix de cajou nécessite une main-d’œuvre importante, ce qui génère un nombre croissant d’emplois à mesure que le pays développe la transformation de la noix de cajou. Olam collabore à présent avec le gouvernement et le secteur privé afin de soutenir l’Alliance africaine pour la promotion de la noix de cajou. Bien que l’exemple d’Olam soit loin d’être unique, comme nous l’avons observé ci-dessus (Chapitre 1), l’attraction des IDE constitue un défi de taille, car au cours de la dernière décennie, aucun pays de la région MTNG n’a reçu d’IDE axés sur les exportations et motivés par la recherche de gains d’efficacité favorisant l’agroindustrie ou le développement de l’élevage. i. Le Groupe de la Banque mondiale (GBM) a récemment mis au point le cadre « Maximiser les financements pour le développement » (MFD) afin de mobiliser les investissements privés et d’optimiser l’utilisation des fonds publics. Le cadre MFD est soutenu par l’approche en cascade qui lui sert de système d’exploitation (tableau 8.6). Le Groupe de la Banque mondiale privilégie les solutions du secteur privé et les modèles économiques inclusifs grâce à un financement commercial rentable, soutenu chaque fois que cela est possible par la SFI (Étape 1). ii. Lorsque les marchés laissent peu de place à l’investissement privé, le GBM se concentre sur les réformes stratégiques visant à remédier aux défaillances du marché et aux contraintes pesant sur les solutions du secteur privé aux niveaux national et sectoriel (Étape 2), et à réduire les effets de distorsion des dépenses publiques tout en améliorant les incitations et en réduisant les coûts de transaction (Étape 3). iii. Lorsque les risques restent élevés, l’approche en cascade nécessite un investissement public pour aider à attirer des investissements privés. Cette priorité conduit à concentrer les petits investissements dans les infrastructures publiques sur la base des besoins précis du secteur privé tels que les inspections publiques, le contrôle de la qualité ou les agences à guichet unique, tout en réduisant les risques associés à des outils tels que les garanties et les instruments à risques partagés (Étape 4). Le projet pourrait également chercher à établir un cadre PPP avec des opérateurs privés.


TABLEAU 8.6  Approche

de la prise de décision en cascade pour les chaînes de valeur agricoles

Le secteur privé le fait-il ?

Oui

Non

Éventail d’actions potentielles pour promouvoir des investissements responsables dans l’alimentation et l’agriculture. Renforcer la capacité des pays à évaluer et atténuer/réglementer les risques environnementaux et sociaux Promouvoir l’alignement du secteur privé sur les principes de l’investissement responsable Soutenir les modèles d’affaires inclusifs pour améliorer les liens entre les petits exploitants et les entreprises de toutes tailles. Éventail d’actions potentielles pour accroître l’espace disponible pour l’investissement du secteur privé

Est-ce en raison d’un espace limité pour les activités du secteur privé ?

Oui

Soutenir la concurrence et la réforme des politiques associées, y compris celle des entreprises d’État Renforcer la politique d’investissement et le dialogue pour ouvrir un espace à l’investissement mondial Réduire l’intervention du gouvernement sur les marchés de financement agricole afin d’ouvrir un espace aux prestataires de services financiers privés Éventail d’actions potentielles pour améliorer l’environnement politique et réglementaire des investissements du secteur privé et réduire les effets de distorsion des dépenses publiques

Non

Réduire les effets de distorsion des politiques de dépenses publiques

Oui

Non

Réduire le risque d’investissement du secteur privé Assurer la stabilité macroéconomique et politique Améliorer la stabilité et la prévisibilité des politique Améliorer la sécurité foncière et l’accès à la terre Faire évoluer les politiques publiques du soutien à la améliorer l’accès des exploitations agricoles et des entreprises agroalimentaires aux instruments de gestion du risque qui peuvent augmenter les prêts

Éventail des investissements publics potentiels pour réduire les coûts de transaction et les risques du secteur privé L’investissement public peut-il aider à attirer des investissements privés ? Pursue purely public financing

Améliorer les incitations et réduire les coûts de transaction Oui

Non

Viser un financement purement public

Sources : Banque mondiale 2018a, 2018b.

Investir dans des infrastructures publiques en fonction d’une définition claire des besoins du secteur privé Investir dans les inspections publiques et le contrôle de la qualité Améliorer la coordination pour réduire Envisager des partenariats public-privé

Réduire le risque d’investissement du secteur privé Soutenir l’assurance contre les risques politiques le secteur financier Envisager l’utilisation de mécanismes d’incitation favorables à la demande du marché Fournir un financement direct aux acteurs de la chaîne de valeur

Utiliser les ressources publiques pour investir dans des biens et des services publics ou quasi publics Là où il n’y a pas de rendement viable pour le secteur privé : Investir les dépenses publiques agricoles dans les biens et services publics (par exemple : capital humain, recherche agricole) Soutenir les investissements publics complémentaires dans d’autres secteurs (tels que les routes rurales, l’énergie) afin de permettre la commercialisation et la compétitivité de la production agricole nationale, de sa transformation et de sa commercialisation

Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 163

Est-ce en raison de lacunes ou de faiblesses politiques et réglementaires ?

Améliorer les incitations et réduire les coûts de transaction Coûts commerciaux réduits Améliorer les politiques et les systèmes réglementaires des marchés d’intrants Améliorer le cadre politique et réglementaire production agricole vers l’agro-finance Renforcer les systèmes de sécurité alimentaire


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iv. Lorsque les solutions du marché ne sont pas possibles par le biais d’une réforme du secteur et d’une atténuation des risques, les ressources publiques devraient être utilisées pour favoriser les biens publics purs ou quasi publics (Étape 5). Cependant, cette étape peut être plus pertinente dans le contexte des zones rurales, car ces zones sont moins rentables pour les opérateurs privés et nécessitent souvent de fortes interventions publiques pour le financement des infrastructures requises (routes, électricité, eau, antennes de communication, etc.). Les critères d’intervention de la SFI dans l’agroalimentaire en Afrique sont bien définis. En règle générale, la SFI investit dans des projets dont le coût total est supérieur à 10 millions USD, à l’exception des projets financés par le guichet du secteur privé (Private Section Window – PSW) de la SFI.2 Dans le secteur de l’agroalimentaire, la SFI finance généralement l’expansion de projets d’une société existante plutôt que des projets (de création) entièrement nouveaux, sauf lorsque l’initiateur (par exemple une multinationale) possède une expérience significative. Le projet doit être viable sur le plan commercial et économique, offrant ainsi à la SFI un potentiel de rentabilité commerciale tout en ayant un impact sur le développement. Dans le cas des exportateurs, la production du projet doit également être compétitive à l’échelle mondiale. Le projet et sa chaîne d’approvisionnement doivent être durables sur le plan environnemental et social. L’initiateur du projet doit injecter des fonds propres représentant 40 à 50 % du coût total du projet. Une garantie adéquate et un soutien hypothécaire pour les terrains, ainsi que des normes d’intégrité et d’éthique de la part de l’initiateur et de l’entreprise sont attendus. Enfin, le projet doit être conforme à la stratégie pays du Groupe de la Banque mondiale (SFI, 2018). En pratique, la nouvelle approche par grappes CVM 2.0 a déjà été expérimentée dans les pays MTNG, en particulier au Mali, par le biais d’un instrument plus léger : les Plans de mise en œuvre conjoints (PMOC). Les PMOC sont un exemple du rôle complémentaire que chaque institution du GBM devrait jouer dans la promotion de l’approche MFD. Les PMOC ont été introduits en 2014. Leur objectif peut se résumer comme suit : dans les pays où deux ou plusieurs institutions du GBM sont engagées et poursuivent des objectifs complémentaires dans le même secteur, les équipes peuvent préparer un PMOC. Cet outil de gestion aidera à coordonner les activités en vue de s’assurer qu’elles sont dirigées, séquencées et dotées des ressources nécessaires pour obtenir un impact durable maximal. La mise en œuvre des PMOC a été lente : sur un total de 41 PMOC pilotes examinés au cours des quatre dernières années, seuls 18 auraient atteint le stade de la mise en œuvre, l’Afrique représentant plus de la moitié de ceux-ci.3 Les PMOC ont été principalement mis en œuvre dans deux secteurs : l’énergie et l’agroalimentaire. une évaluation préliminaire a révélé que, bien que les responsables de haut niveau du GBM soient favorables à la mise en place anticipée des PMOC, peu d’entre eux ont été effectivement lancés. Cependant, alors que la direction du Groupe de la Banque mondiale recentre son attention sur le programme MFD, les PMOC peuvent être utilisés pour promouvoir ce programme (Banque mondiale, 2018c). Parmi les pilotes de PMOC dans le monde entier, le plan du Mali figure parmi les plus avancés. Depuis 2017, un projet d’exportation de mangue a été soutenu dans le cadre du Plan de mise en œuvre conjoint (PMOC) du Groupe de la Banque mondiale (figure 8.1). Le projet vise quatre groupes : les producteurs, les transporteurs, les transformateurs et les commerçants. Alors que la Banque


Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 165

FIGURE 8.1

Mali : Soutien aux projets pilotes à grande échelle du secteur de la mangue : Comment le PMOC soutient la chaîne de valeur de la mangue

Problèmes

• Accès limité au financement • Faible rendement de production, connaissance limitée des normes sanitaires, techniques et de qualité • Organisation inefficace des petits exploitants • Mouches des fruits

Producteurs

SFI

• Améliorer les compétences managériales et la gouvernance de la coopérative • Améliorer la production de qualité (soutien au processus de certification) Solutions pour les PME et les chaînes de valeur – Agrofinancement

• Les routes rurales ne sont pas praticables pendant la saison des pluies • Flotte de camions obsolète • Absence de centre de collecte

Transformateurs

Transporteurs • Programme de crédit-bail pour faciliter l’acquisition de camions par les PME • AT sur le secteur des transports (CMAW)

• Financement à long terme • Normes environnementales et sociales • Sécurité alimentaire

• Coût logistique élevé • Exigence de qualité du marché international • Accès aux marchés d’exportation

Commerçants • Réseau de la SFI pour le marché de l’exportation

Investissement et AT dans une entreprise de transformation de fruits (CEDIAM)

Facilité de crédit-bail pour l’Afrique

Garantie contre les risques politiques

MIGA

Banque mondiale

• Accès limité au financement à long terme • Problèmes d’approvisionnement en matières premières (quantité et qualité) • Conformité aux normes environnementales et sociales et de qualité • Risque politique

• Campagne contre les mouches des fruits (produits phytosanitaires, formation à la surveillance et à l’inspection)

• Réhabilitation de routes rurales (routes et pistes toutes saisons) autour du principal bassin de production (à 300 km du PACAM et à 1 600 km de la MR)

• À l’aide d’outils technologiques et cartographiques, modernisation de la médiation entre transformateurs avec un orchestrateur de filière

• Réhabilitation de 6 centres de collecte Mécanisme de construction pour assurer un entretien durable des routes rurales

• Fournir des services de conseil technique et une formation pour renforcer la traçabilité et faciliter l’adoption de la certification des points de contrôle critiques en matière de bio-analyse des risques sanitaires et phytosanitaires des denrées alimentaires

Mobilité rurale (MR)

• Traitement de la palette d’exportation • Fournir des services de conseil technique et une formation pour améliorer la logistique, la connaissance de la qualité et des exigences sanitaires des marchés d’exportation • Création d’un centre de formation sur le contrôle de la qualité des produits alimentaires

PACAM Note : AT = assistance technique ; CEDIAM = Centre d’Étude et de Développement Industriel et Agricole du Mali ; CMAW = Guichet de conseil sur la création de marchés ; CV = chaîne de valeur ; MIGA = Agence multilatérale de garantie des investissements ; PACAM = Projet d’Appui à la Compétitivité Agro-Industrielle au Mali ; PME = petite et moyenne entreprise ; PMOC = Plans de mise en oeuvre con­joints ; SFI = Société financière internationale.

s’attaque aux goulets d’étranglement en matière d’infrastructure, de logistique et d’institution, la SFI gère l’agri-financement des PME, le financement de l’Africa Leasing facility (Programme de crédit-bail pour l’Afrique) et les investissements dans le Centre d’étude et de développement industriel et agricole du Mali (CEDIAM, une société privée africaine de transformation des fruits)4, tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) offre une garantie contre les risques politiques. Tous les acteurs des PMOC interviennent dans la résolution de problèmes spécifiques dans le cadre d’un apprentissage par la pratique. À l’origine, le gouvernement malien avait sollicité un financement public pour expérimenter de nouvelles cultures horticoles très demandées sur les marchés. Ces cultures, en l’occurrence la mangue, constituent pour les petits exploitants une opportunité de produire et de vendre au CEDIAM. Toutefois, ni les ressources du CEDIAM ni les fonds de la SFI n’ont pu préfinancer les essais de nouvelles cultures ainsi qu’un centre de démonstration pour petits exploitants, l’ensemble étant estimé à 400 000 EUR. Par conséquent, les options examinées exploraient la possibilité d’utiliser les fonds de la Banque provenant du projet de Productivité agricole en Afrique de l’Ouest (PAAO), qui traite des


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agro-innovations, du Projet d’appui à la compétitivité agroindustrielle au Mali (PACAM), qui soutient le développement de l’horticulture, ou de la plateforme d’investissements agricoles de Tubaniso en cours de développement afin de soutenir de nouveaux projets agricoles. Une approche plus pragmatique complétant le PMOC dans le cadre d’un programme de réforme MFD multisectoriel et adapté à chaque pays a été récemment adoptée pour la Guinée. À la suite de la visite de la haute direction de la SFI, des travaux préparatoires menés conjointement par le personnel de la SFI et de la Banque mondiale ont abouti à la conception d’un programme MFD axé sur les réformes et portant sur sept secteurs (voir le tableau 8.7 pour plus de détails). Un instrument plus simple et plus innovant de gestion des risques dans les pays fragiles, basé sur la collaboration de la SFI et de la Banque mondiale, consiste à mettre en place un mécanisme de partage des risques (MPR) pour les exportateurs tchadiens et les petites et moyennes entreprises (PME) maliennes. Le MPR est un accord bilatéral de partage des pertes conclu entre la SFI (ou des projets financés par la Banque mondiale) et un initiateur d’actifs (généralement une banque ou une société locale). Le MPR permet à l’initiateur et à la SFI (ou au projet de la Banque mondiale) de former un partenariat, de créer une nouvelle entreprise ou d’élargir un marché cible (outre les exportateurs, les cibles habituelles sont les PME, les projets liés à l’efficacité énergétique, les prêts hypothécaires, etc.). Son objectif est de soutenir les nouvelles entreprises (par exemple, les exportateurs enregistrant peu de pertes) sur la base de critères éligibles, et de fournir aux initiateurs une protection contre le risque de crédit, mais pas un TABLEAU 8.7  Guinée : Programme de réforme de l’initiative MFD personnalisé pour la SFI et la Banque ­mondiale, 2019

Agroalimentaire

• Introduction de bons électroniques sur les marchés des intrants • Mise en place d’un système de qualité des exportations composé de normes techniques • Soutien à des chaînes de valeur mondiales spécifiques

• la SFI catalyse l’investissement étranger direct, • La Banque mondiale soutient les changements de politique et les finances • Création d’une agence de certification de la qualité • Services de conseil conjoints

Énergie

• Renforcer la santé financière et la gestion d’EDM (y compris ajustements tarifaires) • Déploiement du programme Scaling Solar

• la SFI catalyse l’investissement étranger direct • La Banque mondiale soutient les changements de politique

Logement à coût réduit

• Élaboration d’une stratégie de PPP pour les logement à loyers modérés • Modifications légales permettant la propriété conjointe.

• La Banque mondiale soutient l’élaboration d’une stratégie nationale • La SFI attire des financements pour les développeurs et les banques

Transport

• Développement ferroviaire depuis le port de Conakry (décongestion urbaine) • Réhabilitation du port sec • Réhabilitation de l’aéroport de Conakry

• la SFI catalyse l’investissement étranger direct

Accès au financement

• Renforcement des infrastructures de financement • La SFI finance un fonds de garantie des PME • Un prêt de la Banque mondiale finance des PME • Création d’un bureau de crédit

Climat des affaires

• Opérationnalisation du code des investissements • Opérationnalisation de la loi sur les PPP • Guichet unique pour l’immobilier

• La Banque mondiale fournit une assistance technique

Taxes et impôts

• Introduction de la déclaration fiscale et des paiements numériques • Création d’un médiateur fiscal

• La Banque mondiale fournit une assistance technique

Note : AT = assistance technique ; EDM = Électricité du Mali ; MFD = Maximiser le financement du développement ; PME = petites et moyennes entreprises ; PPP = partenariats public-privé ; SFI = Société financière internationale.


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financement (bien que cela puisse aussi éventuellement permettre un préfinancement). Le MPR rembourse généralement à l’initiateur un pourcentage fixe des pertes subies dépassant un seuil prédéfini (ou première perte). ainsi, ses principales caractéristiques sont : (i) l’accord bilatéral ; (ii) la quote-part que la SFI (ou le projet financé par la Banque mondiale) remboursera à l’initiateur sur une base pari passu pour une partie des principales pertes subies dans un pool d’actifs éligibles (par exemple : les exportations de marchandises), réduisant ainsi les besoins de garantie ; (iii) l’éligibilité des exportateurs au MPR sur la base de critères préalablement convenus ; et (iv) les actifs couverts et les procédures de gestion convenues pour les actifs productifs, défaillants ou improductifs. En pratique, il existe plusieurs options pour structurer les transactions du MPR en fonction des besoins de l’initiateur, de sa capacité d’absorption et des éventuels participants tiers (SFI, 2018). Outre le risque de crédit et le préfinancement éventuel, le MPR apporte deux avantages supplémentaires : le transfert de compétences aux banques locales pour leur permettre d’adopter une approche prudente dans la diversification des risques de leur portefeuille et l’établissement de normes de gouvernance d’entreprise et de conduite pour les entreprises et les exportateurs locaux. La figure 8.2 présente les détails de la proposition de la SFI pour un MPR mis à disposition des exportateurs tchadiens. D’autres instruments novateurs de gestion des risques dans les pays fragiles s’adressent aux grandes entreprises financées par des IDE, car elles ont généralement un meilleur accès aux décideurs. Ces entreprises peuvent faire monter FIGURE 8.2

Tchad : Schéma d’un mécanisme de partage des risques basé sur une agence de gestion des garanties (AGG) $

La gomme arrive dans un entrepôt certifié à N’djamena

AGG

Préfinancement des découverts

Transport à Douala

Expédition

Paiement direct par l’acheteur sur le compte de recouvrement de la Banque tchadienne

• Le transport/l’expédition doivent être gérés par des transporteurs éligibles désignés par la Banque tchadienne • Fret à suivre et à assurer • Document (connaissement, etc.) à contrôler par la banque

• Propriété transférée à la Banque tchadienne

Exportateurs de gomme emprunteurs • La Banque tchadienne/ SFI doivent choisir conjointement les exportateurs éligibles sur la base de plusieurs critères de capacité financière, etc. • 10–20 million USD taille totale du mécanisme - à déterminer

Décaissement des fonds en faveur de l’exportateur sur la base de certains prêt à la valeur

À déterminer - si possible • Une petite facilité de découvert (par ex. : 1 million USD par exportateur), en prenant le foncier ou les entrepôts en garantie • L’exportateur pourrait utiliser le fonds à des fins de préfinancement

Rôles Banque tchadienne • Gérer/surveiller le mécanisme

SFI/Banque mondiale (BM) • SFI : Fournir le financement du mécanisme de partage des risques • SFI/BM : Services de conseil sur le secteur (par ex. organisation/ professionnalisation des coopératives villageoises, amélioration de la qualité de la gomme, conseils de planification des pépinières sur Acacia Sénégal, etc. - à déterminer) • BM : Financement d’infrastructures (routes, irrigation, électricité)

Source : Élaboration des auteurs basée sur une présentation par le personnel de la SFI aux exportateurs tchadiens à N’Djamena, 18 février 2019 (Document non publié). Note : AD = à déterminer ; AGG = Agence de gestion des garanties ; SFI = Société financière internationale.


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les enchères en cas d’échec si les gouvernements s’ingèrent dans leurs activités, et peuvent être mieux placées pour mobiliser un soutien extérieur contre les ingérences politiques, notamment les entreprises soutenant une bonne citoyenneté d’entreprise. Par exemple, les transferts de fonds en Somalie, qui respectent les principes religieux et les valeurs locales, fournissent des services utiles. On peut également citer les investisseurs chinois dans la construction libérienne, qui sont à la recherche de capacités locales et génèrent des emplois ; et les ­investisseurs dans le secteur du cacao en Sierra Leone, qui assument le rôle du gouvernement dans la création d’infrastructures (Banque mondiale, 2019) Il existe déjà d’autres exemples d’approches par grappes appliquées au ­développement de CV à plus petite échelle (et principalement orientées vers les marchés nationaux) qui encouragent la participation du secteur privé en Afrique. Également appelées « grappes d’entreprises agroalimentaires » et fondées sur des comités de la chaîne de valeur des agriculteurs, ces organisations sont utilisées pour améliorer la coordination entre les acteurs de la CV, identifier les intérêts communs, partager les connaissances, développer de nouvelles opportunités commerciales et agir comme groupe de pression pour défendre les intérêts de ses membres. La figure 8.3 décrit un exemple d’interactions entre une organisation non gouvernementale (ONG) et des organisations d’agriculteurs lors du développement d’une chaîne de valeur horticole au Bangladesh. Récemment, la SFI a contribué à l’élaboration d’un modèle éprouvé de Scope Insight destiné à la professionnalisation des organisations agricoles dans le monde entier (Scope, 2019). Au cours de la dernière décennie, un réseau mondial de 60 partenaires privés mondiaux, regroupant près de 600 évaluateurs formés dans 14 institutions universitaires, couvrant 39 pays (dont le Mali et la Guinée) et touchant plus de FIGURE 8.3

Exemple de développeur de chaîne de valeur intégrée : Agriculture durable, sécurité alimentaire et liens (Solidaridad) dans le secteur de l’aquaculture, des produits laitiers et de l’horticulture au Bangladesh Approche: • Financer l’ONG qui agit en tant que représentant des agriculteurs • Commencer par créer une demande commerciale pour des produits à forte valeur, identifier les besoins des acheteurs et conclure des accords • Cibler le soutien à apporter pour lutter contre les contraintes majeures pour la CV fin de répondre à ces exigences Société d’intrants/de technologie Activités: Produit Finance et (1) Formation des agriculteurs au respect (technologie information des exigences des acheteurs et intrants)

(3) Recherche d’acheteurs et de fournisseurs d’intrants, négociation, coordination des échanges et mise en œuvre (4) Soutien aux prestataires de services agricoles (transport, stockage (froid), distribution d’intrants).

Finance et information

(2) (3)

(1)

Agriculteur

(2) Faciliter l’organisation des agriculteurs

(4)

Produit (Matières premières)

(2) (3) (4)

Transformateur Finance et information

Produit (Transformé)

Consommateur Les résultats préliminaires de l’évaluation d’impact à double différence révèlent des effets importants sur les revenus agricoles et la sécurité alimentaire Source : Analyse des auteurs basée sur Swinnen 2018. Note : CV = chaîne de valeur ; ONG = organisation non gouvernementale.


Refonte des stratégies de diversification des exportations dans les pays MTNG | 169

7,2 millions d’agriculteurs dans le monde entier, a défini une norme mondiale du « professionnalisme des organisations d’agriculteurs » en 2018. Ce réseau a également défini une mesure standard de ses composants clés. Les caractéristiques principales du modèle Scope Insight sont les suivantes : • Quatre types d’outils d’évaluation : (i) Scope Pro (pour mesurer l’accès aux marchés et les capacités financières) ; (ii) Scope Basic (pour mesurer le niveau de professionnalisme dans les organisations agricoles ; (iii) Scope Agent (pour évaluer le potentiel de croissance des agriculteurs et des agents de terrain) ; et (iv) Scope Input (pour mieux comprendre les besoins et les opportunités des détaillants qui fournissent des intrants aux agriculteurs). • Un seul indicateur à moyenne pondérée permettant de mesurer le professionnalisme des organisations d’agriculteurs, en évaluant huit dimensions globalement : (i) la gestion interne ; (ii) les activités ; (iii) la durabilité ; (iv) la gestion financière ; (v) la base de production ; (vi) le marché ; (vii) les risques externes ; et (viii) l’environnement favorable. • Sur la base des forces et des faiblesses identifiées, la conception de programmes d’assistance technique personnalisés répondant potentiellement aux besoins de gouvernance, de financement, de services de vulgarisation, d’environnement et de formation. • Alors que les indicateurs et le potentiel d’aide se développent dans le monde entier, bien qu’ils en soient encore au stade de pilote, le type et le nombre de ces initiatives publiques par grappes à petite échelle sont en augmentation,5 ce qui explique le petit nombre d’études rigoureuses menées sur leurs avantages, avec des résultats prometteurs, mais mitigés jusqu’à présent. • Une analyse systématique des écoles pratiques d’agriculture a révélé des effets positifs (rendements de +13 %, revenus agricoles de +19 %), mais uniquement si ceux-ci incluent des interventions sur le marché des intrants et des produits (Waddington, 2014). • Les données recueillies sur les effets des organisations d’agriculteurs sur ­l’accès à la technologie, la productivité, l’accès au marché des produits et les revenus ont tendance à être positives (Verhofstadt et Maertens, 2014, par exemple). Une analyse systématique de 26 accords d’agriculture contractuelle dans 13 pays en développement réalisée par Ton et coll. (2018) confirme des effets positifs sur les revenus, avec un revenu combiné global de 23 à 55 %. • L’analyse systématique des avantages de la certification en elle-même par Oya et coll. (2017) a révélé qu’en dépit de ses effets positifs sur les prix (augmentation de 14 %) et les revenus agricoles (augmentation de 11 %), rien n’indique qu’en moyenne les systèmes de certification améliorent le revenu total des agriculteurs participants. • Enfin, Ashraf et coll. (2009) ont constaté qu’à la suite d’un projet intégré de développement de la chaîne de valeur (DCV) destiné aux agriculteurs, les revenus agricoles ont augmenté de 31,9 %, mais que cet effet a ensuite disparu en raison d’un facteur exogène lorsque la demande du marché d’exportation s’est tarie. Le cas de Danone, Kinome et SOS Sahel pour la gomme arabique au Tchad constitue un cas intéressant d’interventions mixtes de DCV entre des entreprises étrangères et une ONG.6 Conçu en 2009, le projet avait pour objectif d’introduire la gomme arabique extraite de l’Acacia Seyal dans les yaourts de Danone, remplaçant ainsi l’un de ses composants chimiques. Le projet devait compter trois avantages principaux : économique, dans la mesure où il doit contribuer à réduire la


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pauvreté parmi les collecteurs tchadiens ; environnemental, dans la mesure où cela doit contribuer à valoriser l’acacia et sa conservation ; et social, car cela peut autonomiser les femmes grâce à un meilleur accès à l’eau, ce qui est essentiel pour la production. Le projet est en cours dans quatre régions : Hadjer Lamis, Bata, Chari Baguirmi et Guera. Malgré l’absence d’évaluation formelle du projet pilote jusqu’à ce jour, les difficultés les plus importantes qu’il a rencontrées ont porté sur l’accès aux services de base (eau, électricité), l’augmentation des faibles rendements des collecteurs lorsque la zone de collecte est éloignée de la distribution d’eau et du centre de commercialisation, et la garantie de flux réguliers de main-d’œuvre en raison du caractère nomade de la population féminine participant aux activités sur les zones de collecte. Enfin, la dimension spatiale n’est pas moins importante pour mener à bien l’approche par grappes dans des contextes fragiles, non pas parce qu’il faut éviter les territoires dangereux qui menacent le transport des produits d’exportation, mais en raison de son rôle de facilitateur d’un ensemble d’interventions politiques. Par exemple, un cluster d’agroindustries multiproduits se développe autour de Sikasso, au Mali, exactement là où le PMOC est mis en œuvre. Cette région s’attend également à tirer parti de sa connectivité avec les marchés, d’un centre urbain animé à proximité, et de ses terres arables fertiles. De même, avec des dizaines de milliers d’hectares irrigués par gravité, le projet Office au Niger pourrait devenir un pôle agroalimentaire essentiel pour des produits tels que le riz. La dimension spatiale peut donc aider simultanément à résoudre un grand nombre des contraintes identifiées dans ce rapport (infrastructure de connectivité pour faciliter l’accès aux marchés d’intrants/produits agricoles, accès à des terres bien aménagées ou irriguées, etc.). En complément de ces dispositions, la mise aux enchères de terrains dans certaines zones pourrait constituer un moyen d’attirer des IDE majeurs ciblés, soit sur la base du développement de produits identifiés, soit en laissant les investisseurs choisir les produits qu’ils souhaitent développer sur la base du minimum de soutien ou de subvention demandés.

NOTES 1. Le Code des investissements tchadien date de 2008, mais il a fallu pas moins de six ans pour que ses décrets d’application soient publiés. Le Code malien date de 2012, celui de la Guinée de 2015 et celui du Niger de 2017, mais aucun d’entre eux n’a encore été suivi d’un décret d’application, ce qui crée des problèmes de gouvernance majeurs et des retards, et plonge les investisseurs dans l’incertitude. 2. Les projets éligibles au PSW peuvent nécessiter un minimum de 2 à 4 millions USD. Tous les pays de la région MTNG sont éligibles au PSW. 3. Le Burundi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Mozambique, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone, d’autres pays du Sahel et de la Corne de l’Afrique, le Myanmar, les Philippines, la Géorgie, la Turquie, l’Égypte, l’Inde, le Népal et le Pakistan. 4. Depuis 2012, CEDIAM s’approvisionne en mangues pour l’exportation vers l’Europe, y compris en concentré et en purée de mangue transformé. Ses initiateurs ont investi 18 ­millions d’euros sur fonds propres et disposaient d’un plan d’investissement de 13 ­millions d’euros pour garantir l’approvisionnement en matières premières et diversifier l’activité de l’entreprise pour qu’elle dure toute l’année. En 2015, CEDIAM a acheté 11 000 tonnes de mangues à de plus de 2 000 producteurs et produit 5 000 tonnes de purée et concentré de mangue, même si cela ne représente qu’une utilisation de 20 % de la capacité ­installée. CEDIAM a développé un solide réseau de clients en Europe pour les jus, ­concentrés et purées grâce à son initiateur (un investisseur italien) avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur alimentaire.


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5. L’Alliance africaine pour la promotion de la noix de cajou et l’Alliance globale du karité sont deux exemples qui méritent d’être examinés dans les pays MTNG. 6. Danone est l’un des principaux groupes français d’envergure mondiale opérant dans le domaine des produits agroalimentaires et spécialisé dans les produits laitiers, les eaux en bouteille et les produits de nutrition médicale. Kinome est une entreprise sociale française travaillant dans le domaine de la prévention de la déforestation. SOS-Sahel est une ONG internationale spécialisée dans la sécurité alimentaire en Afrique.

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ÉCO-AUDIT Déclaration sur les avantages environnementaux Le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à réduire son empreinte environnementale. Pour respecter cet engagement, nous tirons parti des options de publication électronique et de la technologie d’impression à la demande, qui sont situées dans des centres régionaux du monde entier. Ensemble, ces initiatives permettent de réduire les tirages et les distances d’expédition, ce qui entraîne une réduction de la consommation de papier, de l’utilisation de produits chimiques, des émissions de gaz à effet de serre et des déchets. Nous suivons les normes d’utilisation du papier recommandées par la Green Press Initiative. La majorité de nos livres sont imprimés sur du papier certifié par le Forest Stewardship Council (FSC), contenant presque tous 50 à 100 % de matière recyclée. La fibre recyclée contenue dans le papier de nos livres est soit non blanchie, soit blanchie en utilisant des procédés totalement exempts de chlore (TCF), traités sans chlore (PCF) ou améliorés sans chlore élémentaire (EECF). Vous trouverez de plus amples informations sur la philosophie de la Banque mondiale en matière d’environnement à l’adresse http://www.worldbank.org/ corporateresponsibility.


M

algré de multiples efforts, les économies fragiles d’Afrique subsaharienne (ASS) comme celles du Mali, du Tchad, du Niger et de la Guinée se classent toujours parmi les moins diversifiées du monde, avec une part élevée des ressources naturelles dans leur produit intérieur brut ou dans leurs exportations. La production à grande échelle d’or pour le Mali, de pétrole pour le Tchad, d’uranium pour le Niger, et de bauxite pour la Guinée offre des opportunités importantes, mais aussi des défis majeurs pour ces pays. Des évidences concluantes mettent en exergue la mauvaise performance économique des pays fragiles d’ASS riches en ressources naturelles. La raison principale d’un tel constat n’est pas seulement leur grande vulnérabilité aux chocs externes, mais la cupidité ou les griefs qui conduisent généralement à l’accaparation des rentes par des petit groups qui conforment les élites dans des pays sujets aux conflits. Au moment où ces pays ont réaffirmé leur vision pour la diversification de leurs économies, ce livre explore les questions suivantes : Quelles sont les principales contraintes à la diversification des exportations telles que perçues par les principales entreprises exportatrices auditionnées dans ces pays ? Ces pays ont-ils bien fait de cibler certains produits d’exportation ? Les interventions actuelles de ces pays dans les chaînes de valeurs mondiales (CVM) sont-elles adéquates ? Quelles leçons peut-on tirer de cas spécifiques de réussite/d’échec dans ces pays ? Quelles politiques commerciales et logistiques peuvent favoriser (ou entraver) la croissance tirée par la diversification des exportations dans ces pays ? Le livre jette les bases d’interventions multidimensionnelles plus efficaces pour propulser la diversification des exportations dans les économies fragiles d’ASS entravées non seulement par une gouvernance et des institutions faibles, mais aussi par leur position enclavée (sauf la Guinée), la taille limitée des marchés domestiques, et les politiques défavorables au développement des entreprises. En suivant une approche graduelle, le livre préconise une CVM 2.0, basée sur des politiques de promotion des clusters pour la diversification des exportations. Tout en reconnaissant que plusieurs interventions des projets antérieurs dans ces pays ont eu un succès limité, principalement en raison de leur concentration unidimensionnelle dans des objectifs isolés des chaînes de valeur agricoles, l’approche spatiale CVM 2.0 propose plutôt des efforts multidimensionnelles axés sur des objectifs complémentaires de la part des futurs projets pour attirer des entreprises étrangères sélectionnées et réaliser des investissements publics complémentaires qui favorisent l’agro-industrie. Des exemples pilotes prometteurs de projets de bailleurs de fonds exécutés conjointement, de mécanismes financiers de partage des risques, de grappes agro-industrielles, et d’autres interventions de développeurs de chaînes de valeur sont décrits en détail dans ce livre.

ISBN 978-1-4648-1563-8

SKU 211563


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