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Appel du sauvage N°1

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Table des MATIÈRES

EDITO

RÉCIT SAUVAGE

Suivez-moi sur les traces du loup dans le parc national des Abruzzes

CONSEILS

Envie de tenter l’aventure dans les Abruzzes ?

Voici quelques conseils...

PROCHAINEMENT

GALERIE

Quelques images sauvages réalisées récemment

Un aperçu des prochaines images

EDITO

Il y a quelque chose de magique dans la photographie animalière Un mélange d’instinct et de patience, de hasard et de maîtrise.

Il y a quelque chose de magique dans la photographie

animalière Un mélange d’instinct et de patience, de hasard et de maîtrise Une alchimie où l’on tente d’écrire avec la lumière ce que la nature accepte de nous dévoiler C’est cette quête, ce frisson, ce dialogue silencieux entre le photographe et le sauvage, que je souhaite célébrer à travers ce premier numéro de L’Appel du Sauvage. J’ai voulu partager avec vous quelque chose d’un peu plus travaillé qu’une simple newsletter.Ami-cheminentrelemagazineetleportfolio, je souhaite vous proposer un contenu enrichi pour partager au mieux mes dernières rencontres sauvages avec vous. Dans ces pages, pas de studio, pas de misesenscène.Justelanaturedanscequ’elleadeplus brut,depluslibre.

Une nature qui ne se laisse pas dompter mais qui, parfois, nous offre un regard, un envol, une silhouette furtivedanslaneige

La photographie animalière est une discipline exigeante, où le sujet ne se plie pas aux désirs du photographe On ne dirige pas un loup comme un mannequin, on ne demande pas à un aigle de reprendre son vol pour ajuster l’angle. C’est une école de l’humilité. Chaque image est une victoire sur l’instant,unpetitmiracledetimingentrelephotographe et l’animal. Et j’espère qu’avec ce « mini-magazine » pouvoir vous raconter ces rencontres, partager des expériences, donner des conseils, mais surtout transmettre une passion : celle de tenter de capturer le sauvage.

RÉCIT SAUVAGE

Le loup des Abruzzes

Il est là, quelque part. Invisible mais présent. Dans les vastes forêts enneigées des Abruzzes, le loup est un fantôme, un esprit fuyant dont la simple trace suffit à réveiller l’instinct du chasseur ou du photographe Dans ce décor de montagnes sauvages, j’ai décidé de tenter ma chance Une journée pour voir le loup Une journée pour capturer l’insaisissable Suivez-moi dans cette quête où la patience est une vertu, le froid un adversaire, et l’animal, un mirage aussi fascinant que frustrant

5h30 – Le réveil qui pique moins que le froid

Il fait encore nuit quand le réveil sonne. Mon souffle forme des volutes dans le van qui va être mon studio roulant pour ces 10 prochains jours. Un véritable confort que de pouvoir dormir là où je vais commencer ma journée le lendemain ! Le temps d’appuyer sur un bouton et le chauffage se met en route pour me permettre de me préparer au chaud ! Mais une rapide vérification de la météo me fait grimacer : -12°C au lever du jour Autant dire que l’appareil photo va souffrir autant que mes doigts et mes pieds

Un café avalé en vitesse, une dernière vérification du matériel – boîtier plein format, téléobjectif 600 mm,

trépied, batteries au chaud dans mes poches intérieures – et me voilà prêt. Aujourd’hui, je mise sur une approche mixte : affût dans un premier temps pour observer d’éventuels animaux encore en mouvement, puis pistage si des indices s’offrent à moi.

Dans ces montagnes, le loup peut être partout.

7h00 – Scruter le territoire sauvage

J’avance sous la lumière du matin qui augmente de minutes en minutes, le sac pesant sur les épaules et je m’arrête régulièrement pour jumeler. La forêt est silencieuse, mais le vent s’est renforcé et il me gèle les joues !

Le manteau neigeux n’est pas épais mais il m’aide quand même à lire des choses :après trente minutes de marche, j’atteins un premier point d’observation : une clairière en bordure de forêt où les cervidés viennent parfois chercher leur pitance Il y a peu de neige ici et le loup peut rôder, flairant une proie affaiblie

Je m’installe contre un muret avec mon filet de camouflage, pour mieux me fondre dans le décor naturel Téléobjectif monté sur le trépied devant moi, je m’ancre dans le silence

10h30 – Des traces… mais pas de loup

La patience est la clé en photographie animalière, mais après trois heures à scruter la neige, je sais que les chances d’avoir du mouvement en plein jour sont faibles

Il est temps de chercher

C’est alors que je les vois : des empreintes Fraîches Larges Une ligne de pas bien alignés, typique du loup

La piste se dirige vers une petite colline escarpée que je ne pourrai

11h15–L’instantsuspendu

Cela fait plus de 30 minutes que je cherche à trouver la moindre trace sur les névés au loin C’est dur ! Et puis en baissant les jumelles, j’aperçois une ombreglissantentrelesblocsrocheux,

ÊTRE AU BON ENDROIT AU BON MOMENT

etaccepterquecemoment puissenejamaisarriver

gagner : dans le parc, il est interdit de quitter les sentiers La quiétude des animaux est donc bien gardée Je décide de suivre cette piste aux jumelles mais l’exercice est difficile

furtive Un pelage gris fauve se détache sur le blanc de la neige

D’abord,undoute:ungrosrenard ? Je suis assez loin de lui, mais non La silhouette est trop fluide, les oreilles trop droites, la démarchepresque féline

Unloup

Ilestàplusde200mètres,parfaitement conscient de ma présence. Nos regards se croisent. Je retiens mon souffle, soulève lentement mon boîtier, évitantlemoindregestebrusque.

Réglages en urgence : 1/1600s, f/5.6, ISO 1600 La lumière est parfaite, un douxvoilediffusparlesnuages Jedéclenche

Il ne fuit pas, mais s’éloigne en trottinant, disparaissant parfois derrière un arbre pour finir par s’arrêter et s’assoir Deux secondes Peut-être trois

Une éternité et un instant à la fois Puis il repart

Je comprends alors qu’il cherche un coin pour se poser Je le laisse s’éloigner tranquillement avant de reprendre le sentier en parallèle

13h15 – l’heure de la sieste

En photographie animalière, il ne faut jamais se presser En laissant l’animal partir, j’ai pu anticiper son déplacement et j’ai très vite compris qu’il n’irait pas bien loin : en contre-bas d’une petite colline, il s’est couché dans la neige. Je tente alors de m’approcher de loin en suivant le sentier.

14h00 – A côté du sauvage

Son pelage mêlé de gris et de fauve se fond dans le relief tourmenté de blocs et de bois. Seuls ses flancs qui se soulèvent doucement trahissent son sommeil paisible. La neige crisse sous mes genoux, malgré toutes mes précautions.

Le téléobjectif est prêt, calé sur le sac qui me sert de trépied improvisé Je me glisse alors dans le silence, tentant de me fondre dans ce décor d’hiver figé De temps en temps, le loup ouvre un œil Instant de flottement Est-ce qu’il m’a vu ? Oui sûrement Mais il ne bouge pas Pendant près de trois heures, nous partagerons un territoire invisible De temps en temps, il se relève, écoute, scrute puis se ravise et referme les paupières Le temps s’étire Mais la nuit arrive Nous sommes au cœur de l’hiver et les journées sont courtes.

17h00 - Le temps de la chasse

Je sens que je vis mes derniers instants en sa compagnie. Son sommeil est de plus en plus léger et la nuit semble l’appeler à son quotidien : parcourir son territoire pour le défendre et y chasser. Il se relèvera alors une dernière fois en s’étirant puis reprendra sa trace du matin pour s’éloigner bien vite de mon point d’observation. Si son image reste gravée sur le capteur de mon appareil, j’espère que l’émotion de cette rencontre sauvage restera gravée dans ma mémoire.

ABRUZZES

Niché au cœur des Apennins, le parc national des Abruzzes est un sanctuaire sauvage où loups, cerfs, chamois des abruzzes et ours cohabitent dans des paysages grandioses de forêts denses et de montagnes escarpées, offrant un véritable havre de nature préservée

Conseils TERRAIN

Connaître son sujet

Les repérages : la clef !

Étudier son territoire, ses habitudes Dans les Abruzzes, les loups fréquentent les vallées boisées et les zones de transition entre forêts et alpages Repérer les indices de présence : empreintes, crottes, carcasses, marquages olfactifs. En hiver le loupappelleaussirégulièrement:tendezl’oreille!

Matériel & règlages

Etre toujours prêt !

Choisir le bon matériel est essentiel pour réussir ses photos de faune sauvage Lorsqu’il s’agit de capturer un animal aussi insaisissable qu’un loup, un téléobjectif d’au moins 400 mm est indispensable. Idéalement, une focale de 500 ou 600 mm permet de garder une distance respectueuse tout en obtenant des images détaillées. Mais un tel objectif pèse son poids, d’où l’importance d’un trépied ou d’un monopode pour stabiliser l’image et éviter de fatiguer ses bras après plusieurs heures d’affût.

En hiver, le froid est un ennemi sournois : les batteries se vident bienplusvitequeprévu.Pouréviterlapannesècheaumoment crucial, il est judicieux d’avoir plusieurs batteries de rechange, bien au chaud dans une poche intérieure pour les protéger du froid

Sur le terrain

Maîtrisez l’approche et acceptez l’échec !

Photographier un loup en pleine nature ne relève pas du simple coup de chance. Cela demande une stratégie d’approche réfléchie et une bonne dose de patience. L’une des meilleures méthodes reste l’affût discret : il faut choisir un endroit stratégique, à l’abri du vent et des regards, et surtout, savoir attendre.

En hiver, le pistage devient une option précieuse. Suivre les empreintes laissées dans la neige permet de remonter la trace d’un individu ou d’une meute, mais sans jamais brusquer les choses Se placer en hauteur offre une vue dégagée sur les déplacements du loup et permet d’anticiper ses trajectoires sansintrusiondirecte

Mais même avec la meilleure préparation, il faut être prêt à accepter l’échec Plutôt que de se focaliser uniquement sur l’image, mieux vaut savourer chaque instant sur le terrain, ressentirlefrissondel’attenteetapprécierlamagied’unenature intacte

Prochain numéro En forêt et dans les airs

Sur la piste des oiseaux qui font le printemps

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