Le magazine de l’IdEx d’Université Côte d’Azur • N°4 - Décembre 2025
DOSSIER Industries Culturelles et Créatives
LUMIÈR E SUR LES PERSONNES ET LES LIEUX EMBLÉMATIQUES DE LA RECHERCHE D’EXCELLENCE
Initiative d'Excellence
Université Côte d’Azur
Initiative d' Excellence
Tous les projets présentés dans ce magazine ont bénéficié d’une aide du gouvernement français, gérée par l’Agence Nationale de la Recherche, au titre du Plan d’Investissement France 2030, dans le cadre de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur portant la référence ANR-15-IDEX-01
Nous poursuivons, au fil des numéros d’Insights, notre balade au cœur des sites et laboratoires à la rencontre des personnes qui font la signature scientifique d’Université Côte d’Azur, si singulière et en lien fort avec son territoire. Cette notion d’écosystèmes territoriaux est en effet une valeur forte de l’établissement et de son IdEx. Le dossier de ce 4e numéro vous emmènera donc découvrir la thématique interdisciplinaire des industries culturelles et créatives auxquelles contribuent de nombreux acteurs de l’EUR Arts et Humanités, de nos établissements-composantes comme la Villa Arson et le Pôle National de Danse Rosella Hightower, de nos établissements associés comme le Conservatoire de Nice, et du Centre de Référence IdEx XR2C2 (réalité augmentée, réalité étendue). Dans un partenariat dynamique avec la ville de Cannes, c’est au sein du magnifique Campus Georges Méliès que nombre de ces activités se déroulent.
Vous retrouverez également vos rubriques habituelles en direct des académies d’excellence, les projets à la une, les portraits et pitchs, ainsi que notre rubrique « Out of the box » dédiée aux startups soutenues par l’IdEx, tout cela concocté avec soin et passion par la formidable équipe opérationnelle de l’IdEx.
Bonne lecture et n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires à insights@univ-cotedazur.fr
eDITO SOMMAIRE
PITCH CHALLENGE
PROJETS
LUMière sur les ACADémies d’excellence
Editeur : Université Côte d’Azur – 28 av. de Valrose 06000 Nice
Représentant Légal : Jeanick BRISSWALTER, Président d’Université Côte d’Azur
Directeur de la publication : Sylvain ANTONIOTTI, Vice-Président d’Université Côte d’Azur en charge de l’Initiative d’Excellence (IdEx) Comité de Rédaction :
Diana SEBBAR, Directrice Exécutive IdEx
Saranne COMEL, Directrice Opérationnelle Programme Europe et International
Contributeurs : Académies d’Excellence, Communauté scientifique d’Université Côte d’Azur, Vincent Dusastre, Directeur de la Cellule Visibilité Scientifique Internationale (OISV) de l’Initiative d’Excellence
Coordination : Céline PACCOUD, Responsable Communication Grands Projets, Direction Communication et Marque
Maquette : Jeremiah TURRINI, Graphiste, Direction Communication et Marque
Impression : Centre de Production Numérique Universitaire
Date de parution : Décembre 2025
ISSN 3040-1992
PITCH CHALLENGE
Le Pitch Challenge, une rubrique dynamique pour découvrir le parcours et/ou le projet de personnalités inspirantes appartenant ou ayant appartenu à la communauté Université Côte d’Azur.
Anna LESIAK
Avez-vous déjà entendu parler de la réunion des lauréats du prix Nobel à Lindau ?
Si ce n’est pas le cas, ne vous inquiétez pas : même le Dr John Jumper, lauréat du prix Nobel de chimie (2024), a admis qu’il n’avait découvert l’existence de cet événement prestigieux que l’année même où il avait reçu son prix Nobel.
Depuis 1951, la petite ville bavaroise de Lindau devient une fois par an le centre mondial de la science. C’est là que les lauréats du prix Nobel et les jeunes scientifiques du monde entier se réunissent pour discuter de la science, des défis de la carrière universitaire et de l’avenir de la recherche. Chaque année, une discipline différente est mise à l’honneur : la chimie, la physique, la médecine et parfois l’économie.
Cette année, j’ai eu le privilège d’assister à la 74 e réunion des lauréats du prix Nobel à Lindau (chimie) grâce à une bourse IdEx Lindau octroyée par l’Ecole Universitaire de Recherche en Sciences Fondamentales et Ingénierie (EUR Spectrum). La réunion a rassemblé 35 lauréats
du prix Nobel et plus de 600 jeunes scientifiques du monde entier. Seuls 11 jeunes scientifiques français ont été sélectionnés et, en tant que seule chercheuse postdoctorale de ce groupe, je me suis sentie très honorée de représenter Université Côte d’Azur sur cette scène internationale.
Un programme riche en inspiration
Le programme de Lindau est un véritable melting-pot d’événements : conférences de lauréats du prix Nobel, tables rondes, sessions pour jeunes scientifiques, ateliers, déjeunersdébats, promenades scientifiques et rencontres informelles pendant les pauses. La science est partout : dans les amphithéâtres, dans les jardins au bord du lac de Constance, et même dans la file d’attente pour prendre un café.
L’un des moments les plus importants pour moi a été ma rencontre avec le professeur Moungi Bawendi (prix Nobel de chimie 2023). Nous avons parlé des boîtes quantiques, un sujet qui m’accompagne depuis mon doctorat. J’ai même osé lui montrer les premiers résultats de mes
Post-doctorante IdEx à l’institut de Chimie de Nice
recherches actuelles et lui demander son avis. Ce fut une conversation vraiment incroyable avec un scientifique dont les publications m’inspirent depuis des années.
Les lauréats du prix Nobel : extraordinaires, mais toujours humains
Lindau est aussi l’occasion de découvrir que derrière les grandes découvertes se cachent des personnes ordinaires, pleines de passion, mais aussi familières de l’incertitude et de l’échec.
Le professeur Ben Feringa (prix Nobel de chimie 2016) nous a rappelé : « Ne craignez pas l’échec, il fait partie de la science. L’intuition joue un rôle essentiel dans le métier de chercheur. »
Le professeur Stefan Hell a évoqué les difficultés de sa carrière, ce qui m’a montré que le chemin vers le prix Nobel n’est jamais simple. Le professeur Morten Meldal (prix Nobel de chimie 2022) et son épouse, le Dr Phaedria Marie St. Hilaire, ont impressionné tout le monde par leur humilité, leur gentillesse et leur dévouement pour la promotion de l’égalité dans le domaine scientifique. Le professeur Jean-Pierre Sauvage (prix Nobel de chimie 2016) a pris le temps de discuter avec moi même si mon Français scientifique est plutôt approximatif, mais cette rencontre a été très chaleureuse et motivante.
Et puis, un simple accident : j’étais en retard à un événement et je me suis retrouvée dans une salle presque vide avec le professeur Reinhard Genzel (prix Nobel de physique 2020), lauréat pour ses recherches sur les trous noirs. Je pensais que ce n’était « pas mon domaine », mais je ne pouvais pas me tromper davantage. Cela s’est avéré être l’une des rencontres les plus surprenantes de toute la semaine.
De jeunes scientifiques du monde entier
Lindau, ce ne sont pas seulement les lauréats du prix Nobel mais également des centaines de jeunes scientifiques dont la passion, la diversité des sujets de recherche et l’énergie m’ont
délégués
beaucoup impressionnée. Nous avons discuté des obstacles dans les carrières scientifiques, des différences régionales auxquelles nous sommes confrontés, mais aussi de ce qui nous unit en tant que jeunes chercheurs.
Que reste-t-il après Lindau ?
On dit que pour revenir à Lindau, il faut devenir soi-même lauréat du prix Nobel. C’est vraiment une « expérience unique dans une vie » : unique, irremplaçable et profondément inspirante.
Pour moi, Lindau n’est pas seulement une question de prestige ou de rencontre avec les « grands noms » de la science. C’est avant tout un sentiment profond d’appartenance à une communauté, difficile à exprimer avec des mots. Les conversations, les rencontres et les amitiés nées à Lindau resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Et cela me rappelle aussi que la découverte scientifique est un voyage initiatique, souvent semée d’incertitudes et d’échec.
Il est intéressant de noter qu’à l’inscription, chaque participant a reçu des cartes de visite personnalisées - un détail, certes, mais un symbole parfait de ces rencontres. Pendant six jours, nous avons échangé non seulement des cartes, mais aussi des idées, des expériences et des projets. Je suis convaincue que bon nombre de ces contacts déboucheront sur de futures collaborations et amitiés qui dépasseront largement les frontières de la science.
Les
français aux Rencontres des lauréats du prix Nobel 2025 à Lindau
DR. GUILHEM MADIOT
Docteur en physique, chargé de recherche CNRS à l’Institut de Physique de Nice (UniCA/CNRS), bénéficiaire d’une « bourse d’Excellence Jeune Chercheur » et de l’« Attractivity Package » de l’IdEx.
Mes travaux s’inscrivent dans le domaine de la nanophotonique, qui consiste à développer de nouveaux nano-composants capables de générer, manipuler et détecter la lumière sur une puce afin de traiter l’information dans le domaine optique. L’objectif ultime n’est pas tant de remplacer la microélectronique que de développer des architectures hybrides mêlant circuits électroniques et composants photoniques. Cette ambition impose une compatibilité stricte avec les procédés industriels “CMOS1”, ce qui oriente le choix des matériaux et des méthodes de fabrication. Dans ce cadre, je contribue à l’élaboration de dispositifs originaux capables d’introduire de nouveaux comportements optiques.
Après une formation en physique à l’Université Paris-Saclay, j’ai effectué ma thèse au Centre de Nanosciences et de Nanotechnologie (Palaiseau) sur l’étude du couplage entre résonateurs mécaniques comme des membranes nanométriques capables de vibrer à plusieurs mégahertz et des nanocavités optiques capables de confiner la lumière dans des volumes de l’ordre du micromètre. Ce champ d’étude, l’optomécanique en cavité, présente à la fois des intérêts fondamentaux et applicatifs. On peut en effet y exalter les forces habituellement infinitésimales exercées par la lumière sur un objet pour faire osciller ce dernier. Cela permet par exemple d’obtenir un oscillateur radiofréquence de très bonne qualité, utile pour de nombreuses applications de métrologie temps/
fréquence. J’ai ensuite poursuivi mes travaux dans ce domaine à l’Institut Catalan de Nanosciences et de Nanotechnologie (Barcelone) entre 2021 et 2023 où j’ai développé un intérêt particulier pour l’optique dite « non-Hermitienne », qui vise à exploiter la dissipation de ces systèmes plutôt qu’à s’en débarrasser absolument. Il est en effet possible d’adapter les pertes optiques de ces cavités pour générer des comportements inédits, comme la propagation unidirectionnelle de la lumière ou encore l’élimination sélective de certaines fréquences – ou « modes » – indésirables.
Désireux d’approfondir ces concepts avec des systèmes plus adaptés, j’ai décidé d’abandonner (au moins temporairement !) les cavités optomécaniques qui m’avaient occupé plus de six ans pour me consacrer aux nanolasers III-V intégrés sur silicium. Ces lasers miniatures, mille fois plus petits qu’un cheveu, émettent directement aux longueurs d’onde utilisées dans les télécommunications. Ils représentent une brique prometteuse pour les futurs circuits photoniqueélectroniques. Pour cela, j’ai rejoint l’équipe de Fabrice Raineri à l’Institut de Physique de Nice (INPHYNI), Professeur à Université Côte d’Azur et spécialiste de ces composants. J’ai obtenu en 2023 une « bourse d’Excellence Jeune Chercheur » de l’IdEx et, en 2024, un poste de chargé de recherche au CNRS. Mon projet porte sur l’étude de réseaux de nanolasers couplés, dans lesquels plusieurs nanolasers interagissent à distance en
s’échangeant de la lumière via un fil de silicium intégré (voir illustration). Ces systèmes offrent à la fois l’opportunité d’étudier des comportements « non-Hermitiens », mais aussi de nouveaux régimes dynamiques potentiellement utiles au calcul bio-inspiré. Aujourd’hui, je développe ce projet à l’INPHYNI dans le cadre d’un projet
ANR « GODZILA » et avec le soutien du CNRS et d’Université Côte d’Azur, notamment via le financement « Attractivity package » de l’IdEx. Ces travaux s’inscrivent ainsi dans une démarche à la fois fondamentale et tournée vers l’innovation, en construisant des passerelles entre physique des nanostructures, photonique intégrée et nouvelles méthodes de calcul.
L’ISBA DE VALROSE CLASSÉ MONUMENT HISTORIQUE
Soutenez le projet de restauration de l’Isba sélectionné par le Loto du Patrimoine
Réseaux de nanolasers couplés et nouvelles méthodes de calcul optique.
JULIA ROYEK
Étudiante MSc RISKS
Je m’appelle Julia ROYEK et je viens d’Allemagne. Depuis mon année de volontariat en Tanzanie, une question centrale me guide : comment les sociétés peuvent-elles renforcer leur résilience face aux risques environnementaux tout en protégeant la dignité des personnes ? Je suis actuellement en deuxième année du programme international MSc Environmental Hazards and Risks Management à Université Côte d’Azur. Ce programme, créé par l’Initiative d’excellence (IdEx) et son équipe du MSc International Office (MIO), propose une approche complète et dynamique pour aborder les risques environnementaux locaux et globaux, en intégrant des connaissances scientifiques de pointe à des applications concrètes. J’apprécie particulièrement l’encadrement d’une équipe très motivée de chercheurs et de praticiens, qui apportent à la fois leur expertise et leur expérience pratique et font de ce programme une formation solide et pertinente.
Mon parcours académique a été varié, nourri par la curiosité et le désir d’explorer de multiples domaines. Après une année de volontariat en Tanzanie, où j’ai travaillé avec une ONG locale, vécu dans une famille d’accueil et appris le swahili, j’ai entamé des études d’ingénierie des crises, dans l’objectif de travailler dans la gestion des catastrophes. Souhaitant acquérir une perspective plus large, j’ai ensuite changé de voie pour suivre des études en environnement et durabilité, avec une mineure en sciences de l’éducation. Ce programme interdisciplinaire m’a permis d’explorer les sciences de l’environnement mais aussi l’architecture, les politiques européennes et la théorie sociale, ce qui m’a donné une compréhension globale de la durabilité en tant que défi à la fois technique et social.
Les expériences internationales ont toujours occupé une place centrale dans mon parcours. J’ai passé
deux semestres Erasmus en Hongrie où j’ai vécu dans une résidence d’étudiants internationaux, ce qui m’a permis d’échanger quotidiennement avec des camarades du monde entier. Ces expériences ont élargi ma vision du monde, renforcé mes compétences interculturelles et approfondi ma compréhension des différences de points de vue. Ces séjours ont été complétés par des stages bénévoles dans les domaines de l’éducation et de la recherche environnementales, ainsi que par une mission humanitaire en Grèce, où j’ai apporté de l’assistance aux femmes et aux enfants dans des camps de réfugiés. Ces expériences ont renforcé ma résilience, ma capacité d’adaptation et mon engagement à jouer un rôle marquant dans la société.
Depuis mon arrivée à Nice, j’apprécie l’articulation forte entre l’université et les enjeux environnementaux régionaux, qui me permet de mettre en pratique les connaissances acquises en classe dans des contextes réels. J’ai notamment eu l’occasion de participer, avec distinction, à un dialogue avec la jeunesse lors de l’UNOC à Nice en juin dernier, une expérience qui m’a offert un aperçu des grandes conférences politiques. Le cadre de l’université – entouré de paysages naturels époustouflants – est propice à une multitude d’activités en plein air et constitue une source d’enrichissement tant pour ma vie personnelle que pour mes études.
Mon objectif ultime est de mettre mes compétences au service de la réduction des risques liés aux catastrophes et à l’adaptation au changement climatique, que ce soit au sein d’ONG internationales telles que la Croix-Rouge, MSF ou l’ONU, ou dans de petites structures d’ingénierie innovantes qui aident les collectivités à renforcer leur résilience. Je souhaite transformer les connaissances scientifiques en actions concrètes et soutenir les communautés dans la construction d’un avenir plus sûr et plus durable. Je suis convaincue que les connaissances et les compétences acquises dans le cadre de ce programme MSc me permettront d’apporter une contribution significative et durable à la société.
PROJETS A LA UNE
Le Programme Recherche de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur déploie tout un panel d’actions et de dispositifs visant à soutenir la recherche. Découvrez ici des projets de recherche finalisés ou en cours qui participent à la renommée mondiale et à l’attractivité d’Université Côte d’Azur.
COMPRENDRE LES MALADIES
AUTO-INFLAMMATOIRES, LES CANCERS ET LES PATHOLOGIES ASSOCIÉES AU VIEILLISSEMENT
EN DISSÉQUANT LES LIENS MOLÉCULAIRES ENTRE
Nous savons que pendant le vieillissement et lors de la formation et la progression des cancers, l’instabilité du génome et l’inflammation sont intimement liées, mais les causes et les conséquences de l’inflammation sont encore mal comprises.
COMMENT L’INFLAMMATION
IMPACTE-T-ELLE LA FORMATION ET LA PROGRESSION DES CANCERS ?
L’inflammation permet de recruter et d’activer les cellules immunitaires qui combattent les pathogènes, tels que des virus ou bactéries. Il s’agit donc d’une réaction de protection de notre organisme et de notre santé. En clinique, l’inflammation transitoire peut être manipulée dans les traitements anti-cancéreux pour recruter et activer les cellules du système immunitaire afin qu’elles détruisent les cellules cancéreuses (1) Néanmoins, nos travaux récents portant sur les maladies auto-immunes montrent que l’inflammation chronique peut entrainer de l’instabilité chromosomique et un arrêt de la prolifération des cellules (2). De manière similaire, lorsque les cellules expriment un oncogène, c’est-à-dire un gène qui peut stimuler la formation des cancers, elles subissent un stress qui déstabilise l’ADN des chromosomes et
qui produit de l’inflammation. Dans ce cas précis, l’ADN normalement présent dans le noyau des cellules, est libéré sous forme de morceaux cassés dans le cytoplasme et est ensuite détecté par le senseur cGAS de la réponse immunitaire innée, conduisant alors à de l’inflammation. Les cellules peuvent empêcher cette inflammation en détruisant l’ADN présent dans le cytoplasme par l’activité d’enzymes spécialisées dont le rôle est de dégrader cet ADN. Si ces enzymes sont défectueuses, alors l’ADN s’accumule dans le cytoplasme donnant lieu à diverses pathologies dont une caractéristique est l’inflammation chronique (3)
La sénescence est un état d’arrêt de prolifération qui peut agir comme une barrière bloquant la transformation de cellules saines en cellules cancéreuses. Les cellules sénescentes sont inflammatoires et s’accumulent pendant le vieillissement. Les liens entre la sénescence et les pathologies liées à l’âge restent mal compris. Notre équipe de recherche à l’IRCAN (voir photo de l’équipe) vise à comprendre comment l’inflammation peut être dommageable aux cellules et impacter la formation et la progression des cancers, ainsi que le vieillissement cellulaire.
L’instabilité du génome libère des morceaux de chromosome ou d’ADN du noyau, entrainant une réponse inflammatoire par l’activation de la voie de signalisation cGAS-STING. L’inflammation peut aussi déstabiliser l’ADN des chromosomes. Ces mécanismes biologiques surviennent dans diverses pathologies inflammatoires, les cancers et lors du vieillissement.
COMPRENDRE LE RÔLE DE LA BACTÉRIE HELICOBACTER PYLORI DANS LE DÉVELOPPEMENT DU CANCER GASTRIQUE
Helicobacter pylori est une bactérie qui infecte l’estomac et peut promouvoir l’apparition d’un cancer gastrique. Certaines souches de cette bactérie produisent une protéine appelée CagA, qui joue un rôle clé dans la transformation tumorale. Injectée dans les cellules de l’estomac par les bactéries, CagA perturbe plusieurs processus : elle déclenche des dommages à l’ADN, provoque une inflammation et affaiblit la réparation de l’ADN, favorisant ainsi le développement du cancer. Cette onco-protéine bactérienne fonctionne comme un oncogène. CagA peut désactiver des facteurs de réparation de l’ADN comme BRCA2, connus pour protéger contre l’apparition de cancers (4). CagA active également une réaction inflammatoire. Cette inflammation, au lieu de protéger, pourrait aggraver la situation en contribuant à la progression du cancer. L’objectif de notre recherche, que nous réalisons en collaboration avec le Dr Arun Mouli Kolinjivadi (CSI, Singapour), est de comprendre comment CagA génère des dommages à l’ADN, et si l’inflammation est impliquée. Le but à long terme est de mieux comprendre la formation des cancers gastriques pour prévenir leur formation.
RÉ-ÉVALUER LES EFFETS DES MOLÉCULES ACTIVATRICES DE LA VOIE
INFLAMMATOIRE STING.
Comme évoqué plus haut, il a été proposé de « booster » l’immunité anti-cancéreuse en activant
la réponse inflammatoire. Un de nos projets vise à déterminer si les agonistes de STING (« Stimulator of Interferon Genes »), qui sont des petites molécules pouvant stimuler la production d’interférons, induisent une instabilité des chromosomes. Ces molécules sont actuellement en développement clinique dans le traitement des cancers. Nous voulons évaluer si de tels traitements induisent des effets néfastes en déstabilisant le génome des cellules saines (noncancéreuses) et des lignées cellulaires cancéreuses. Ce travail est mené dans notre équipe principalement par le Dr Samira Kemiha (voir photo).
Equipe TECHER à l’IRCAN. De gauche à droite. E. Ghibaudo, L. Rejón, S. Kemiha, H. Técher, C. Laberthonnière, C. Hilal.
Nos résultats actuels suggèrent que l’inflammation est un nouveau mode d’induction de stress conduisant à la formation de dommages à l’ADN et pouvant avoir comme conséquence de la sénescence cellulaire. Ces similitudes avec le stress oncogénique pourraient nous aider à comprendre comment l’inflammation peut avoir à la fois des effets protecteurs mais aussi des effets procancéreux et pathologiques. Ces recherches contribuent à comprendre le vieillissement. Il a été récemment montré que le vieillissement du cerveau chez les souris (5) ou encore le vieillissement prématuré du poisson zèbre (6) sont tous les deux causés par de l’inflammation et notamment par l’activation de la voie STING.
HERVÉ TÉCHER
Chaire de Professeur Junior, Université Côte d’Azur, IRCAN, CNRS, INSERM, Nice, France. herve.techer@univ-cotedazur.fr
RÉFÉRENCES
1 Samson N, Ablasser A. Nat Cancer. 2022. doi: 10.1038/s43018-02200468-w.
2 Técher H et al. Nat Commun. 2024. doi: 10.1038/s41467-024-49740-w.
3 Técher H. Bioessays. 2024. doi: 10.1002/bies.202400066.
4 Kolinjivadi AM et al. Int J Mol Sci. 2022. doi: 10.3390/ijms23031661.
5 Gulen MF et al. Nature. 2023. doi: 10.1038/s41586-023-06373-1.
6 Şerifoğlu N, EMBO J. 2025. doi: 10.1038/s44318-025-00482-5.
DÉPASSER LA LIMITE QUANTIQUE DANS LA STABILISATION DE LA PUISSANCE LASER
Les chercheurs du laboratoire Artemis de l’Observatoire de la Côte d’Azur développent une nouvelle méthode pour dépasser la limite quantique dans la détection et la stabilisation de la puissance laser. Cette technique pourrait améliorer la précision des expériences et ouvrir de nouvelles possibilités dans la génération de la compression lumineuse.
La puissance émise par une source laser n’est pas parfaitement stable, elle fluctue au fil du temps. Ces minuscules fluctuations peuvent provenir de nombreuses sources de bruit : de légères variations dans l’alimentation électrique du laser, des changements thermiques à l’intérieur du laser, ou même des vibrations locales. Pour les utilisations quotidiennes des lasers, cela n’a pas beaucoup d’importance, mais dans le cadre d’expériences pointues, cela peut poser de sérieux problèmes. Prenons l’exemple des détecteurs d’ondes gravitationnelles, qui sont capables de détecter des ondulations incroyablement petites dans l’espace-temps causées par des événements astrophysiques tels que la fusion de trous noirs.
Ces détecteurs utilisent de grands interféromètres Michelson pour convertir les changements de longueur en changements de puissance à la sortie du détecteur. Grâce à leur sensibilité étonnante, ils peuvent mesurer des variations de longueur inférieures à un millième du diamètre d’un proton sur une distance de 4 km. Pour atteindre une telle sensibilité, la puissance de la source laser doit être extrêmement stable : ses fluctuations doivent être inférieures à une fraction de 10–9 de la puissance totale du laser.
Pour stabiliser la puissance du laser, les expériences utilisent des systèmes de contrôle par rétroaction qui détectent en continu une petite fraction échantillonnée de la puissance totale du faisceau. Toute fluctuation de puissance détectée est alors corrigée en temps réel par le contrôle d’un actionneur de puissance. Mais il y a un hic : même avec un système de contrôle par rétroaction parfait, la puissance du laser ne sera pas parfaitement stable. Cela est dû à une source de bruit fondamentale dans la puissance laser détectée : le bruit quantique. Son origine
peut s’expliquer par la quantification du champ électromagnétique. Comme le bruit quantique mesuré dans le faisceau échantillonné n’est pas corrélé au bruit quantique de la puissance totale du faisceau, il se couple comme une source de bruit indésirable dans la boucle de contrôle et limite la stabilité de puissance pouvant être atteinte.
La nouvelle technique étudiée dans le cadre du projet Artemis consiste à mesurer la puissance totale du laser en le réfléchissant sur un minuscule miroir pendulaire, au lieu de ne prélever qu’une fraction du faisceau. Le miroir, d’une masse de seulement 100 mg, est suspendu à deux fibres de silice fondues plus fines qu’un cheveu humain. Lorsque la puissance du laser fluctue, la pression de radiation de la lumière imprime un élan fluctuant dans le miroir, modifiant ainsi sa position. En mesurant précisément la position du miroir à l’aide d’une cavité optique et d’un photodétecteur, il est possible de déduire les fluctuations de l’ensemble du faisceau laser. Ce signal peut ensuite être renvoyé à un actionneur de puissance afin de stabiliser le laser. Les premiers calculs suggèrent que cette approche pourrait permettre d’atteindre une stabilité record. Plus intéressant encore, comme elle détecte la puissance totale du faisceau, cette méthode devrait également permettre de détecter et de supprimer le bruit quantique du laser grâce à
la boucle de contrôle ! Cela marquera une étape importante vers l’atteinte de la limite ultime de stabilité de la puissance laser, ouvrant de nouvelles possibilités pour des expériences physiques de haute précision.
MARINA TRAD-NERY,
Chaire de Professeure Junior CNRS à Artemis, Observatoire de la Côte d’Azur
image générée par IA
En savoir plus :
TRANSITIONS SOCIALES
Comment la physique statistique peut-elle aider les sciences économiques à concevoir des transitions sociétales souhaitables ? Le projet S-PHASES part de cette vaste question de recherche, faisant un petit pas vers ce que nous pouvons considérer comme une voie vers une physique de la société.
Le projet S-PHASES marque le début d’un programme de recherche qui vise à exploiter le potentiel du cadre de la mécanique statistique pour comprendre les changements sociaux. Plus précisément, nous avons l’intention de décrire les grands changements de régime dans la société à travers le prisme des transitions de phase.
Le principal défi réside dans la détection empirique des points de basculement sociaux, qui peuvent conduire une société vers de nouveaux équilibres (phases). Les applications potentielles de cette recherche vont de l’atténuation du changement climatique à la stabilité des marchés financiers, en passant par la compréhension des moyens pour renverser les tendances vers l’accroissement des inégalités économiques.
Des modèles mathématiques de dynamiques sociales évolutives et auto-renforçantes ont été conçus, ce qui a permis d’aborder la dépendance au cheminement et au verrouillage. La mise en œuvre informatique des modèles nous permet de simuler des futurs possibles et d’en tirer des messages pour les politiques visant une transition verte.
Les principaux résultats de cette recherche, menée dans le cadre de la première année de la chaire IdEx Collegium of Advanced Studies, sont présentés dans deux publications scientifiques, toutes deux dans le domaine des transitions durables : « Green technology adoption under uncertainty, increasing returns, and complex adaptive dynamics » (Dhami et Zeppini, 2025) et « Did COVID-19 help or harm the climate ? Modélisation des émissions à long terme dans le cadre des politiques climatiques et de relance » (Zeppini et van den Bergh, 2025).
La figure ci-après présente un exemple tiré du deuxième modèle, avec 100 simulations de modèles temporels pour la production d’énergies concurrentes et les émissions de CO2
Modèles simulés d’approvisionnement en sources d’énergie (panneaux supérieurs) et d’émissions de CO2 (panneaux inférieurs) suite à l’impact de la COVID-19 et aux mesures de relance financière visant à favoriser la transition verte. Il s’agit de 100 simulations (couleurs différentes) qui montrent l’effet de l’incertitude avec une distribution des modèles dans le temps.
Une partie de cette recherche est menée en collaboration avec des doctorants.
Riccardo Sommariva développe des modèles mathématiques et informatiques des marchés financiers et des comportements d’investissement, afin de comprendre comment les bulles financières et les krachs sont causés par des mécanismes endogènes de corrélation des attentes. Kalyoana Naneva conçoit et mène des expériences avec des sujets humains, en introduisant l’outil innovant de la réalité virtuelle, afin de comprendre comment les interactions sociales influencent les attitudes et les comportements à l’égard du risque en matière de durabilité environnementale. Celeste Falchi lance un projet de recherche sur l’apprentissage automatique dans les marchés financiers, et se penche sur la question générale de savoir si les algorithmes de trading rendent les marchés
plus efficaces ou, au contraire, conduisent à leur instabilité par le biais d’attentes corrélées.
PAOLO ZEPPINI
maître de conférences HDR en sciences économiques au GREDEG.
L’équipe : Paolo Zeppini, Celeste Falchi, Kaloyana Naneva, Riccardo Sommariva
REPENSER LA FONCTION AMIABLE DU JUGE ADMINISTRATIF
Comment penser la pacification sociale au sein de la fonction juridictionnelle administrative ? Les relations humaines sont complexes, et d’autant plus lorsqu’interfère une décision administrative ou un organisme de droit public. À cet égard, penser le recours à la voie juridictionnelle comme exclusif pour résoudre le conflit, témoigne d’une certaine cécité sur les multiples possibilités qu’offre le droit. Ce dernier a certes organisé ses réponses par domaines spécialisés et prévoit des schémas de réponses contentieuses même en dehors du juge, mais il doit aussi envisager une logique transversale par techniques. À ce titre, la médiation illustre parfaitement cette transversalité puisqu’elle peut s’adapter aussi bien à une victime d’une infraction pénale qu’à un usager du service public. En 2024, 1 978 médiations administratives ont été recensées, avec un taux de réussite de 52% d’accords conclus. Si ces chiffres restent modestes au regard du contentieux administratif global, ils traduisent néanmoins une évolution importante : les juridictions administratives s’ouvrent aux modes alternatifs de règlement des différends (MARD), traditionnellement associés au droit privé. Cette évolution illustre qu’accord de volontés et la justice institutionnelle ne s’excluent plus nécessairement, mais peuvent se compléter. C’est sur ce point que des recherches doivent se poursuivre.
Le juge administratif apparaît ainsi non seulement comme celui qui tranche, mais aussi comme facilitateur du dialogue entre les parties, en leur permettant de s’en remettre à la médiation et donc à la discussion plutôt qu’aux aléas de la justice et au carcan de sa procédure. Cette hybridation entre le judiciaire et l’amiable dépasse d’ailleurs la stricte logique de séparation entre droit public et droit privé et ce dernier sert souvent de modèle à un perfectionnement des techniques en droit juridictionnel administratif.
En définitive, la recherche d’une fonction amiable du juge et, plus largement, la reconnaissance d’une fonction amiable du droit, traduisent une évolution essentielle : intégrer la dimension humaine du conflit dans le traitement juridique, afin de dépasser la stricte logique contentieuse au profit d’une justice plus consensuelle. Cet impératif s’impose d’autant plus dans un contentieux présenté, souvent à tort, comme désincarné.
MARIE-ODILE DIEMER,
Maître de conférences HDR en droit public,
CERDACFF
DOSSIER Industries Culturelles Créatives &
Industries Culturelles Créatives
Danse, théâtre, cinéma, musique, médias immersifs… À Université Côte d’Azur, chercheurs et artistes explorent les mutations du secteur culturel et imaginent les pratiques de demain.
Les industries culturelles et créatives (ICC) traversent une période de transformations majeures. L’essor du numérique, l’évolution des usages et les nouvelles attentes des publics redistribuent les cartes dans un secteur essentiel à l’économie et à l’emploi. Université Côte d’Azur étudie, invente et accompagne ces mutations. En effet, dès 2016, avec le lancement de l’IdEx, Université Côte d’Azur a pris le parti d’intégrer davantage les écoles d’arts et de design dans la dynamique afin de favoriser des projets interdisciplinaires autour des interactions arts, création, sciences. Dans un pays où, traditionnellement, l’art relevait du ministère de la Culture et la recherche de celui de l’Enseignement supérieur, cette orientation l’a placée parmi les établissements pionniers en France. Son positionnement repose sur une approche pluridisciplinaire et territoriale forte, où chercheurs, artistes et partenaires privés collaborent étroitement. Spécialisée dans les nouvelles créativités et les usages innovants, Université Côte d’Azur se distingue par un écosystème unique nourri de collaborations avec les grands festivals, les institutions culturelles et les entreprises du secteur. Cette dynamique
& Culturelles
s’incarne dans plusieurs projets structurants, comme notamment XR2C2 (Extended reality research and creative center), centre de référence en réalité virtuelle, la fondation partenariale européenne MIN4CI1, ou encore le programme FICCTION2 et les campus thématiques. Ils contribuent à faire du territoire azuréen un véritable laboratoire d’innovation culturelle.
ELEKTRONIZZA :
LES INSTRUMENTS NUMÉRIQUES DE DEMAIN
Au Conservatoire de Nice, Établissement associé d’Université Côte d’Azur, Gaël Navard transforme l’apprentissage musical en créant des instruments qui n’existaient pas il y a encore quelques années. Professeur de composition électroacoustique et coordinateur de recherche, il pilote depuis 2017 le projet Elektronizza, qui regroupe plusieurs axes de recherche sur les nouvelles lutheries numériques.
Ces instruments numériques, contrairement aux premiers claviers numériques des années 80 réputés « froids » et rigides, permettent désormais une expressivité proche des instruments acoustiques traditionnels. « Aujourd’hui, si on fait écouter à l’aveugle un clavier numérique et un piano acoustique, on n’entend pas la différence », souligne Gaël Navard.
À partir de ces bases commerciales, les équipes du conservatoire et de l’université développent leurs propres instruments, encore plus performants. « On a notamment des interfaces comme le continuum, qui est doté d’une surface plane sur laquelle on a dessiné des repères qui se rapprochent de cases de guitare et de touches de piano, par exemple. On peut passer de manière continue de l’une à l’autre, simplement en glissant le doigt », explique Gaël Navard.
Ses équipes explorent comment ces innovations techniques modifient la courbe d’apprentissage et peuvent transformer l’enseignement de la musique dans les collèges. Finis les longs mois de gammes
laborieuses avant d’obtenir un son acceptable à la flûte à bec. « On arrive très rapidement à quelque chose d’assez gratifiant, ça motive les élèves pour créer de la musique », souligne le chercheur. Et contrairement à un violon, par exemple, dont les sonorités sont définies par le luthier, les instruments numériques permettent aux élèves de créer leurs propres sons. « Il y a un aspect créatif très important, puisque ce sont des instruments où on peut modeler le son, en mettant des sons qu’on a enregistrés dans la cour d’école, qu’on a trouvé sur internet, qu’on crée avec des synthétiseurs… », détaille Gaël Navard.
Depuis 2018, les équipes interviennent également dans des collèges pour expérimenter leur « orchestre numérique ». Chaque instrument se compose d’une interface et d’un petit haut-parleur autonome sur batterie, intégrant un ordinateur miniature. Cette combinaison, prouesse technique résultat de plusieurs années de travail en collaboration avec d’autres laboratoires d’Université Côte d’Azur, élimine le besoin de câblage complexe et réduit considérablement les coûts par rapport à un orchestre traditionnel. Cerise sur le gâteau : l’orchestre numérique tient dans une simple valise et s’installe en quelques minutes. « On pourrait imaginer que dans 15 ans, en cours de musique, les élèves utilisent ces dispositifs conçus avec le projet Elektronizza », projette Gaël Navard. Un horizon qui, il le souligne, nécessite encore du temps pour « expérimenter et éprouver les systèmes » avant les phases de commercialisation. Mais les premiers retours des collèges partenaires depuis 2018 confirment l’efficacité pédagogique de ces approches.
Et l’innovation ne s’arrête pas là. Le consortium IMAdapt, lancé officiellement à la rentrée 2025, développe des interfaces musicales adaptées aux personnes en situation de handicap. « On a commencé à faire quelques prototypes, notamment une interface pour les malvoyants avec des surfaces texturées qu’on peut échanger, qui vont se relier à des textures sonores », expose Gaël Navard.
Ces avancées s’inscrivent dans un écosystème unique. Le Conservatoire de Nice est aujourd’hui le seul en France à disposer d’un laboratoire de recherche en art et technologies musicales, où étudiants et chercheurs peuvent expérimenter et participer aux projets. L’atelier Electrolab y offre même une porte d’entrée aux étudiants de toutes disciplines d’Université Côte d’Azur, favorisant ainsi l’émulation autour des nouvelles technologies musicales.
CAMPUS GEORGES
MÉLIÈS (CANNES) :
UN HUB UNIQUE
POUR LES ICC
Entièrement dédié aux industries créatives et culturelles, le Campus Georges Méliès constitue un lieu rare dans le paysage universitaire français. Il associe espaces techniques de haut niveau à la présence d’acteurs culturels et audiovisuels installés sur place, le campus comptant un hôtel d’entreprise.
Cette proximité favorise les rencontres, les stages et les masterclasses, mais aussi l’émergence de projets communs entre étudiants, chercheurs et professionnels. Situé au cœur d’un territoire riche en festivals (Cannes, Avignon, Marseille, Nice etc.), le campus joue également un rôle stratégique de fédération des forces régionales. Y sont tissés des partenariats avec ces grands rendez-vous culturels, mais aussi avec d’autres acteurs majeurs tels que la Villa Arson, le Conservatoire de Nice, l’Orchestre de Cannes, les studios de la Victorine ou encore Dolby.
OUBLIER
POUR MIEUX CRÉER
Université Côte d’Azur fait également partie des premières universités françaises à avoir développé un pôle de recherche en danse. C’est aujourd’hui le deuxième plus important du pays. « La recherche en danse a influencé et influence encore les artistes, les chorégraphes… Elle les a poussés à s’interroger sur leur activité, à conceptualiser l’art. Théorie et pratiques s’articulent, influant sur les créations » rappelle Marina Nordera, professeure en études en danse, membre du Centre Transdisciplinaire d’Épistémologie de la Littérature et des Arts vivants (CTELA).
Entre 2020 et 2023, son équipe a embarqué, aux côtés de l’Université de Venise, dans une vaste enquête sur le fil qui relie la danse à la mémoire. « Ce que nous n’avions pas vraiment identifié à l’avance, c’est qu’aujourd’hui, les danseurs sont plus intéressés par l’oubli que la mémoire. Ce qui est valorisé, ce sont les expériences de l’instant, plutôt que celles qui s’inscrivent dans la durée » explique la chercheuse. Leur horizon est celui du « tour performatif », où l’événement prime sur la trace et où l’oubli devient une condition de la création. Pour les jeunes générations « le plus important est d’arriver à oublier pour pouvoir faire du nouveau » constate Marina Nordera.
Ce rejet de la mémoire doit toutefois être nuancé. « Quand ces danseurs disent “nous voulons oublier”, c’est un discours. L’expérience du corps est autre », insiste Marina Nordera. Les recherches en psychologie et en neurosciences montrent en effet que mémoires cognitive et corporelle sont indissociables : percevoir, bouger, danser, c’est déjà inscrire des traces durables dans le corps.
Alors que les résultats de ce projet sont sur le point d’être publiés aux Oxford University Press sous le
titre The Oxford Handbook of Dance and Memory, d’autres explorations s’intéressent à un passé plus lointain, en le mâtinant d’innovation technologique.
Cathy de Plee, doctorante en danse, a initié aux côtés de Marina Nordera et d’un groupe de chercheurs internationaux un projet unique : une édition numérique « incarnée et dansée » du tout premier traité de danse de notre histoire occidentale, rédigé en Italie au XVe siècle. Plusieurs heures de captation réalisées au Campus Méliès permettront bientôt aux internautes de cliquer directement sur le manuscrit et voir apparaître plusieurs versions de certaines danses restituées par des artistes contemporains. Ce projet associe le travail de danseurs, d’informaticiens, d’historiens, de paléographes, etc.
L’approche collective irrigue aussi l’enseignement. Au Pôle National Supérieur de Danse Rosella Hightower, sous la direction artistique de Paola Cantalupo, établissement-composante d’Université Côte d’Azur, Stéphane Flechet anime un atelier de création chorégraphique où se rencontrent étudiants en danse, en musique et en scenario. Improvisations, discussions, composition croisée : tout est pensé comme une co-construction. « Il ne s’agit pas d’une commande d’un côté et d’une exécution de l’autre, mais d’un véritable dialogue », souligne la professeure de danse. Chapeautés par des enseignants dans chacun des domaines, les étudiants sortent de leur zone de confort, apprennent à collaborer malgré leurs langages artistiques différents et expérimentent une liberté créative qu’ils n’auront pas toujours dans leur carrière. En résulte une chorégraphie conçue par les étudiants en danse, sur une musique composée par les élèves du master musique à l’image, le tout scénarisé et habillé visuellement par des étudiants en cinéma. Un atelier à la croisée entre exercice pédagogique, œuvre collective et laboratoire dont l’originalité évoque celle d’un autre groupe de recherche d’Université Côte d’Azur : le Ttépic (Théâtre & Transitions : écologie profonde, intelligence collective).
FAIRE THÉÂTRE
AVEC LE MONDE : CRÉER AVEC LE VIVANT
Dans les Gorges de Daluis, en février 2026, une équipe de chercheurs et d’artistes va s’installer pour deux ans au bord du Var. Leur mission : rencontrer ce territoire tiraillé entre préservation de la biodiversité et développement touristique. Ateliers, restitutions sensibles et recherches partagées nourriront peu à peu un processus de recherche-création inédit, mené par le groupe de recherche Théâtre & Transitions : écologie profonde, intelligence collective (Ttépic) d’Université Côte d’Azur, en partenariat avec la Chaire de l’eau (IMREDD, Institut d’Innovation et de Partenariats), et la réserve naturelle des Gorges de Daluis. Pour Brigitte Joinnault, coordinatrice du projet et maîtresse de conférences HDR en études théâtrales et de la performance, il s’agit moins de produire un spectacle que d’expérimenter de nouvelles manières de percevoir un territoire et d’imaginer de possibles devenirs.
« L’idée première de ce type de pratiques est de sortir de la «boîte noire» », explique Brigitte Joinnault. « Celle-ci procède d’une certaine standardisation, l’œuvre d’art est coupée du territoire. Là, le lieu, le paysage, avec ses réalités spatiales, géographiques, ses présences, ses habitants humains et non-humains, ses conflits d’intérêt et d’usages, est partenaire de la création. »
Concrètement, cela signifie abandonner les codes traditionnels du spectacle, inventer de nouveaux processus, de nouvelles formes, de nouvelles esthétiques, et de nouvelles économies. Plus nécessairement de public assis dans l’obscurité, mais, par exemple, des « espaces de latence où les spectateurs se demandent ce qui se passe. Ils sont dans le lieu et, pendant un temps, ils sont libres de prendre des initiatives, de bouger, d’aller se parler ». L’artiste, lui, renonce à sa position de maîtrise totale
pour « s’exposer au monde ». « Comment un acteur joue-t-il quand un avion passe ? Comment considère-t-il cet événement qui ne dépend pas de lui, comment se fait-il acteur-paysage ? », interroge la chercheuse.
Cette mutation esthétique va au-delà de simples considérations scénographiques. Le projet Ttépic que co-dirige Brigitte Joinnault, s’intéresse à « la manière dont les pratiques artistiques et en particulier les pratiques théâtrales et performatives peuvent participer au changement de paradigme en ce qui concerne les questions écologiques et sociales ».
L’enjeu central est de créer des « attachements sensibles » aux territoires. « Comment peut-on, par une pratique artistique, changer la relation de chacun au lieu qu’il habite ? », questionne Brigitte Joinnault. À Nice, le Paillon est devenu laboratoire vivant du groupe Ttépic avec le projet « Fabriques d’attachements » : marches performatives, cartes postales sonores, tarot poétique… autant de dispositifs pour réapprendre à regarder ce qui, souvent, passe inaperçu. « Être affectivement attaché à un lieu, un cours d’eau, une forêt, donne envie d’en prendre soin, de préserver sa biodiversité », rappelle Brigitte Joinnault. « Dans les pratiques que nous envisageons, les artistes travaillent à tisser de nouveaux relationnels ».
L’université a un rôle d’accompagnement essentiel à jouer vis-à-vis de ces pratiques émergentes, encore peu relayées, qui se fondent sur une écoute profonde de l’environnement et agissent sur nos manières de percevoir. Des compagnonnages au long cours se sont tressés avec ces artistes comme Floriane Facchini, Anne-Sophie Turion, Alexandre Koutchevsky ou Geneviève Dupéré qui pensent de façon très novatrice le rôle de l’artiste et les processus de création. Leurs recherches-créations (banquets partagés, dégustations de plantes oubliées, marches collectives…) déplacent la frontière entre
artistes et habitants, spectateurs et acteurs, savoirs scientifiques et sensibles.
Le groupe Ttépic, au sein du CTELA, accompagne ces démarches. Plusieurs expérimentations ont déjà eu lieu dans les jardins du Musée International de la Parfumerie à Mouans-Sartoux, dans ceux de la Villa Arson et dans la forêt incendiée de Carros. Elles ont réuni artistes, chercheurs (en arts, philosophie, géographie, hydrologie), et directeurs de structure (CDN, CNAREP, festivals) pour créer une « boîte à outils » conceptuelle et débattre des manières de tisser des relations entre terrains et création. Le groupe dirige également plusieurs publications collectives de référence, rendant visibles des « pratiques pionnières peu connues » qui, de l’Inde au Brésil, se mettent à l’écoute des territoires et des vivants qui les peuplent. Théâtre et transitions écologiques et sociales qui paraîtra bientôt aux Presses universitaires du Septentrion sera ainsi la première publication collective qui aborde conjointement les dramaturgies participatives et la création site-specific. Le théâtre n’y est plus simple producteur de spectacles mais manière de composer avec le trouble, créateur de processus : un art de l’attention au vivant et de l’écoute.
ICCARE : EXEMPLE DE PROGRAMMES ET ÉQUIPEMENTS
PRIORITAIRES DE RECHERCHE NATIONAUX
Dans le cadre du plan France Relance et du Programme d’investissements d’avenir et du plan France 2030, le gouvernement français a lancé une stratégie d’accélération nationale pour l’innovation des industries culturelles et créatives. Le CNRS a été chargé de piloter le volet recherche de celle-ci, le programme ICCARE (Industries culturelles et créatives : action, recherche, expérimentation). Université Côte d’Azur est partenaire de ce programme doté de 25 millions d’euros sur six ans. L’objectif principal ? Faire dialoguer des communautés encore trop cloisonnées. ICCARE promeut une « science avec et pour les ICC », où Recherche et terrain s’enrichissent mutuellement. Il s’agit non seulement de créer des ponts entre l’informatique, les sciences humaines et sociales et les acteurs culturels, mais aussi de penser les ICC comme un secteur global, là où les approches restent souvent mono-sectorielles. Cette démarche collaborative repose sur la co-conception et la co-réalisation des projets par chercheurs et professionnels, afin d’accompagner la filière dans son adaptation aux grands défis numériques et sociétaux contemporains.
Recherche-création sur l’écriture en co-paysage
LE SON COMME
TERRAIN DE JEU
Écouter, c’est la spécialité de Charles Meyer. Comment le son contribue à la narration dans les jeux vidéo, à des dynamiques d’immersion, à des logiques de transmission d’informations ? Maître de conférences en nouvelles écritures audiovisuelles, il scrute les détails sonores qui échappent souvent aux joueurs mais déterminent leur expérience. Charles Meyer fait partie des quelques rares chercheurs spécialistes du design sonore vidéoludique, et décortique « comment la communication entre le jeu et le joueur est structurée par le son ».
Cette attention portée au paysage sonore révèle des mécanismes sophistiqués. « Le son, contrairement à l’image, déborde du système de jeu », explique Charles Meyer, citant les travaux de la chercheuse canadienne Karen Collins. « Une des dynamiques importantes de l’immersion, c’est d’essayer d’effacer les frontières entre le monde réel dans lequel on est et le monde de la fiction dans lequel on va se plonger. » Un grincement, une mélodie, un écho dans une caverne : chaque élément sonore contribue à cette fusion entre réel et virtuel.
A l’inverse, « Un son défaillant, ça ruine immédiatement l’expérience de jeu, en particulier pour la transmission d’informations narratives », constate Charles Meyer. « Une voix qui va être à côté ou qui va être désincarnée, ça va rendre un personnage tout de suite inintéressant. » Ses travaux vont plus loin, révélant des mécanismes utiles pour n’importe quel type d’expérience immersive.
Au LIRCES (Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures Et Sociétés), cette recherche se nourrit d’une approche pluridisciplinaire rare. Le laboratoire, qui compte près d’une centaine de membres en incluant les doctorants, rassemble des spécialistes
de cinéma, de littérature et de nouveaux médias.
Charles Meyer collabore notamment avec le philosophe Thomas Morisset, membre du laboratoire CRHI, sur un projet original : les figures de la marche dans les arts et en philosophie. Leur séminaire de recherche-création a par exemple exploré les « walking simulators », ces jeux vidéo contemplatifs des années 2010 où « il suffisait de marcher, il n’y avait pas de conditions de réussite ou d’échec ».
Ces jeux comme Dear Esther ou Gone Home, d’abord moqués pour leur apparente simplicité, ont en réalité « poussé la définition du jeu vidéo dans ses retranchements ». L’objectif du duo de chercheurs : « rendre le séminaire jouable » en créant un jeu qui retranscrit leurs échanges scientifiques. Une approche qui illustre parfaitement la philosophie d’Université Côte d’Azur : faire de la création un outil de recherche.
Et sur ce plan, l’évolution technologique ouvre de nouveaux terrains d’investigation. Charles Meyer s’intéresse aux « proximity chats », ces dispositifs où les micros intégrés aux jeux obligent parfois les joueurs à communiquer par la voix pour avancer. Longtemps difficiles à mettre en place, ils se sont imposés depuis 2020 et bouleversent les dynamiques de jeu. Dans P.E.A.K., par exemple, des scouts doivent gravir une montagne après un crash d’avion. La spatialisation du son y est centrale : échos dans la montagne, réverbérations dans les cavernes… Le joueur a vraiment l’impression d’être avec ses camarades. Les règles sont simples, mais chaque partie se déroule différemment en fonction des interactions vocales. « C’est assez nouveau. Ce qui nécessitait autrefois de détourner l’interface avec des logiciels comme Discord peut désormais se faire directement grâce au son intégré. Ça ouvre de nouvelles possibilités de jeu. » explique Charles Meyer.
DU LABO AU FESTIVAL
DE CANNES : INVENTER
LE RÉCIT IMMERSIF
Parallèlement à cette analyse critique des médias traditionnels, le chercheur explore leurs possibles futurs au sein du centre de référence IdEx XR2C2, un centre innovant dédié aux réalités étendues qu’il co-dirige. Le centre rassemble des chercheurs de disciplines variées, allant de l’art à l’informatique en passant par la santé et la biologie. Plusieurs axes de recherche y sont développés.
Il y a d’abord l’étude de l’existant : que produisent aujourd’hui les industries créatives ? « L’idée de l’immersif est de dépasser le cadre, de sortir du cadre, voire de nous faire entrer dans d’autres cadres… », souligne Matteo Treleani. « Ce que ces approches ont en commun, c’est la volonté d’aller au-delà de l’écran et de ses limites physiques. » Les
En Amour» - œuvre immersive en compétition au Festival de CannesCompétition immersive 2024 - en partenariat avec le Centre XR2C2
chercheurs s’intéressent ainsi à la façon dont les créateurs conçoivent des expériences collectives, qui ne coupent pas totalement le spectateur de l’espace environnant. Ils scrutent également les nouveaux modes narratifs, en particulier lors de la compétition immersive du Festival de Cannes, dont Université Côte d’Azur est partenaire. Ce sont des manières de raconter « qui ne sont pas celles du cinéma, puisqu’il n’y a ni découpage cinématographique ni montage. »
XR2C2 concentre aussi ses efforts sur la prospective et l’expérimentation. L’accueil d’artistes en résidence et la recherche-création interdisciplinaire sont au cœur du projet. « On essaie notamment de stimuler la recherche interdisciplinaire dans ce secteur en finançant des projets de démarrage »
souligne Mateo Treleani. Cette démarche se décline également pour inciter les collaborations interdisciplinaires au niveau doctorat. Dans le cadre du PhDLab, par exemple, « on réalise un atelier, une sorte d’hackathon, où les doctorants de différents domaines se mélangent, cherchent des points communs et imaginent un projet. Ensuite, on sélectionne les meilleures idées ou celles qui ont plus de chances d’aboutir. ». Les projets financés mêlent recherche et création, comme cette installation sonore immersive menée en 2024 par Rosa Cinelli et Maxence Mercier. Celle-ci explore les archives du procès des attentats du 13 novembre 2015, proposant au visiteur de se glisser dans le parcours d’un chercheur fictif, en interagissant avec une partition sonore générative issue d’entretiens avec des archivistes et un corpus visuel numérisé.
Que ce soit dans les orchestres numériques des collèges, sur la scène d’un théâtre-paysage, dans un jeu vidéo immersif ou à travers l’écran de télévision, la création contemporaine à Université Côte d’Azur illustre un même principe : les arts et la recherche ne se contentent plus de transmettre ou représenter, ils inventent, expérimentent et font vivre des expériences inédites. Or, ce lien entre recherche et création est central pour former les nouvelles générations à imaginer l’inédit. En faisant de la création artistique une recherche à part entière et en adoptant une vision transversale, Université Côte d’Azur a tracé une voie originale où sciences et arts se renforcent mutuellement.
AURÉLIE LOUCHART Journaliste scientifique
LUMière sur les ACADémies d’excellence LUMière d’excellence
Sous l’impulsion de l’IdEx, les Académies d’Excellence alimentent la créativité et le renouvellement de la recherche d’Université Côte d’Azur.
Cette rubrique met en lumière de nouveaux concepts et projets de recherche innovants menés au sein des académies d’excellence, lieux d’échange inter- et transdiciplinaires.
EXPLAINER : RÉVÉLER LA PARTIE CACHÉE DES ARGUMENTS
Lorsqu’on argumente, on n’énonce pas toujours toutes les étapes de son raisonnement. Certaines restent implicites, fondées sur des connaissances ou croyances supposées partagées. Un enthymème est précisément un argument incomplet, dans lequel une prémisse ou une conclusion est laissée sousentendue. Les humains recourent spontanément à ce procédé, mais pour les méthodes d’intelligence artificielle, il constitue un défi majeur.
Prenons un exemple. Quelqu’un affirme : « N’achète pas cette voiture, elle consomme trop. » L’argument paraît clair, mais reste ambigu : trop en termes de quoi ? Plusieurs décodages sont possibles :
« Tu dépenseras trop d’argent en carburant. »
« Tu pollueras davantage et ton empreinte carbone sera trop élevée. »
« Tu devras faire le plein trop souvent, ce qui est peu pratique. »
Sans explicitation, il est difficile de savoir quel raisonnement est réellement avancé. L’enthymème
laisse donc une zone d’incertitude que le décodage cherche à élucider.
Les approches actuelles en intelligence artificielle peuvent générer des arguments ou simuler des débats. Mais elles rencontrent des difficultés dès qu’il s’agit de gérer l’implicite : elles ignorent souvent des hypothèses essentielles ou, au contraire, en inventent d’infondées. Leurs résultats perdent alors en fiabilité, en transparence et en crédibilité.
Le projet EXPLAINER, un postdoctorat d’un an soutenu par l’Académie RISE et mené par Victor David en collaboration avec Anthony Hunter et Serena Villata, a pour objectif de développer des méthodes de décodage des enthymèmes : rendre visibles les parties implicites du raisonnement et évaluer la qualité des reconstructions produites.
Un axe central sera la constitution d’un jeu de données de débats, conçu pour inclure des catégories ciblées d’enthymèmes. Les formes rationnelles ou de sens commun représentent déjà un défi majeur à analyser, tandis que les plus complexes (e.g. liées à
la psychologie ou au comportement humain) seront laissées à de futurs travaux. Ces débats seront définis de manière contrôlée afin de refléter ces difficultés, offrant un terrain solide pour explorer différentes façons de compléter l’implicite et comparer la qualité des décodages.
Au-delà de ce jeu de données, EXPLAINER développera des méthodes pour reconstituer les étapes manquantes du raisonnement et déterminer si les reconstructions sont précises, cohérentes et utiles.
Pourquoi est-ce crucial ? Parce que les enthymèmes sont omniprésents : dans les débats politiques, les raisonnements juridiques, les discussions quotidiennes ou les échanges en ligne. Pour que les méthodes d’IA participent de manière pertinente à ces contextes, elles doivent apprendre non seulement à produire des arguments, mais aussi à rendre explicite ce que les humains laissent implicite. C’est ainsi que le raisonnement devient véritablement compréhensible et vérifiable.
En relevant ce défi, EXPLAINER posera les bases d’une IA qui ne se contente pas de générer du texte, mais qui explique son raisonnement. Avec un jeu de données de référence et une méthodologie innovante pour traiter l’implicite, ce projet entend faire un pas vers une intelligence artificielle plus transparente et fiable.
Victor DAVID (Inria, I3S)
Anthony HUNTER (UCL)
Serena Villata (CNRS, I3S, 3IA Côte d’Azur)
ICON NON LINEAR CELL PHOTONICS LA PHOTONIQUE AU SERVICE DES SCIENCES DU VIVANT
La photonique, à la fois science et technologie de la lumière, englobe l’ensemble des activités de recherche, fondamentales ou appliquées, ainsi que leurs applications à fort impact sociétal et industriel. Son champ s’étend à tout le spectre électromagnétique, de l’infrarouge aux rayons X, avec une attention particulière accordée au visible, où se concentrent aujourd’hui de nombreuses applications biomédicales.
Utilisée dans la santé et le vivant depuis des décennies, la photonique permet la détection précoce par imagerie non invasive, la surveillance et le traitement des maladies. Reconnue pour sa sensibilité, sa précision, sa rapidité, sa facilité d’utilisation et son caractère non invasif, la photonique est un outil adaptable qui peut améliorer un large éventail de recherches. Le projet de semestre thématique pluridisciplinaire ICON (https://icon.sciencesconf.org/) explore les interactions entre sciences de la vie et photonique. Il est coordonné par Gian Luca Lippi (INPHYNI) pour la physique, Frédéric Brau (IRCAN) et Caroline Medioni (iBV) pour la biologie, Alain Burger (ICN) pour la chimie, et Stéphane Lanteri (Centre INRIA
d’Université Côte d’Azur) pour les mathématiques. Il vise à renforcer les liens existants au sein d’Université Côte d’Azur et à encourager de nouvelles collaborations aux niveaux national et international.
La biophotonique, de par sa nature, revêt un caractère intrinsèquement interdisciplinaire.
Ce projet inclusif accueille toutes les activités de recherche en sciences de la vie, sans limiter la participation aux projets liés à la photonique, afin de créer une masse critique à Université Côte d’Azur et accroître la visibilité de l’institution.
En stimulant la collaboration et la fertilisation croisée des idées, ICON entend libérer le potentiel latent de projets qui n’utilisent pas encore la photonique mais pourraient grandement bénéficier de ses propriétés polyvalentes.
L’un des temps forts du semestre a été le colloque ICON-W (https://icon.sciencesconf.org/program), largement ouvert à l’ensemble de la communauté d’Université Côte d’Azur, des étudiants de Master et aux chercheurs confirmés. L’événement a rassemblé près de soixante participants, dont cinq experts internationaux et neuf chercheurs français, en
plus des invités locaux. Le programme a proposé 26 présentations orales, trois tables rondes, des posters et de nombreux moments d’échanges informels. Le succès de cette rencontre s’est illustré par l’enthousiasme des participants, qui ont exprimé leur souhait de voir l’événement reconduit dans un futur proche.
Le semestre a aussi été marqué par la présence exceptionnelle de quatre personnalités scientifiques internationales, chacune experte dans un domaine clé (biologie, chimie, biophysique, bio-ingénierie et modélisation mathématique). Leur séjour d’un mois sur site a profondément enrichi la vie scientifique d’Université Côte d’Azur. Ces séjours ont facilité des collaborations avec différents laboratoires, l’exploration de nouvelles pistes de recherche et des cours ouverts à tous, des étudiants aux chercheurs confirmés.
Enfin, une série de séminaires thématiques a complété ces activités, abordant les aspects biologiques, chimiques et physiques des interactions entre photonique et sciences du vivant. Ces initiatives contribuent à dynamiser la recherche, stimuler de nouvelles collaborations et renforcer le rayonnement de la communauté d’Université Côte d’Azur aux niveaux national et international.
Rédacteur :
GIAN LUCA LIPPI (INPHYNI)
Professeur des Universités
Co-organisateurs du projet
FRÉDÉRIC BRAU (IRCAN), Ingénieur de recherche
CAROLINE MEDIONI (iBV), Chercheuse CNRS
ALAIN BURGER (ICN), Professeur des Universités
STÉPHANE LANTERI (INRIA-Méditerranée), Chercheur
Ensemble d’images d’échantillons biologiques et de réalisations de techniques optiques fournies par les participants au Workshop ICON-W
STS-SEALEX
SUR LES TRACES DES SÉDIMENTS TRA N SPORTÉS PAR LA TEMPÊTE ALEX
Que sont devenus les sédiments transportés pendant la tempête ALEX, à terre et en mer ?
Qu’est-ce que cela nous apprend sur les événements extrêmes ? C’est ce qu’essaient de comprendre les chercheurs de laboratoires Géoazur et ESPACE dans le cadre du projet StSSEALEX.
Les flux de sédiments et de débris divers qui ont transité jusqu’en mer lors de la tempête ALEX du 2 octobre 2020 depuis les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée interrogent. Il est important d’identifier d’où ils viennent pour évaluer le risque d’un nouvel évènement extrême, mais aussi d’identifier leur destination afin de mieux comprendre si ALEX, catastrophique à l’échelle humaine, est effectivement hors norme à l’échelle des temps géologiques.
Le projet StS-SEALEX, financé par l’Académie
« Espace, Environnement, Risques et Résilience »,
explore ces questions en combinant plusieurs disciplines et plusieurs échelles d’analyse :
la géomorphologie fluviale et marine, et la géoarchéologie permettent de mieux comprendre les archives sédimentaires à différentes échelles de temps le long du continuum terre-mer pour replacer un événement de type ALEX dans un cadre spatiotemporel plus large :
« L’épisode ALEX est-il « hors norme » à l’échelle des 10 000 dernières années ? »
l’intégration de la biogéographie permet de mieux comprendre les dynamiques végétales sur les versants, et donc leur capacité à fournir ou à retenir les sédiments au chenal principal. La question du potentiel sédimentaire des versants est cruciale pour évaluer si un événement météorologique de même intensité pourrait fournir la même quantité de sédiments ; par exemple, dans un contexte de changement climatique (scenario
Manutention de la caméra embarquée (SCAMPI) dans le cadre de la campagne SEALEX-CSR de septembre 2025 à bord du navire L’Europe. Le système SCAMPI, ici déployé à 2m du fond, permet d’obtenir des images et des vidéos géoréférencées du fond marin au large de l’exutoire de la Roya.
prospectif), ou pour évaluer l’impact des politiques d’aménagement sur la stabilité des versants.
les apports de la sociologie environnementale visent à mieux cerner les usages des sédiments sur le territoire, afin d’élaborer un récit cohérent entre trajectoire historique et futur désirable, et intégrer les flux sédimentaires dans une gestion durable des vallées.
Les premiers résultats obtenus sur la vallée de la Roya soulignent la rareté des archives continentales sur le bassin versant, tout en précisant l’emprise spatiale de la « vague sédimentaire » associée à l’épisode ALEX dans le chenal principal. Les campagnes de traçage sédimentaire post-ALEX mettent en évidence des distances de transport rarement observées, d’environ 10 kilomètres en distance maximale mesurée, ce qui donne une vitesse moyenne de déplacement des sédiments de l’ordre du kilomètre par an dans la vallée de la Roya « en régime ordinaire ». Les chercheurs observent également une mobilité accrue des sédiments dans le cours d’eau en termes de fréquence et d’intensité, mais qui pourrait de nouveau décroître dans les prochaines années si
l’hydrologie permet une stabilisation généralisée du lit (phase de résilience du système après une perturbation).
Du point de vue des archives sédimentaires marines, des dépôts récemment observés en mer, à l’exutoire du système terrestre, pourraient suggérer des accumulations de bois et de matériaux compatibles avec l’épisode du 2 octobre 2020. Des dépôts de bois sur le plateau continental feraient un lien inattendu entre deux volets du projet : la géomorphologie marine et la biogéographie. La transdisciplinarité du projet s’en trouverait une fois de plus renforcée.
Sébastien MIGEON
Professeur des Universités au laboratoire Géoazur
Margot CHAPUIS
Maître de Conférences HDR au laboratoire ESPACE
Louise PURDUE
Chargée de Recherche CNRS au laboratoire CEPAM
Session de travail transdisciplinaire du nexus bio-géo et du nexus socioécologie entre géoarchéologue, géomorphologue, biogéographe et socioécologue.
UNE ENQUÊTE PLURIDISCIPLINAIRE ANCRÉE DANS LE TERRITOIRE
LA DISPARITION DES DÉFUNTS : LE CIMETIÈRE DE SAINT DALMAS DE TENDE APRÈS LA TEMPÊTE ALEX
En octobre 2020, la tempête Alex a emporté une partie du cimetière de Saint-Dalmas-deTende, dans l’arrière-pays niçois, où environ 150 tombes ont disparu. L’événement révèle et, tout à la fois, bouleverse les rites funéraires. Tombes et épitaphes ont disparu, remplacés par un amas de pierres là où les familles venaient autrefois se recueillir. La destruction partielle du cimetière bouleverse également la construction des mémoires individuelles et collectives, locales ou familiales, et l’organisation spatiale du village et de la commune, et leurs fonctionnements.
Dans ce contexte, depuis environ trois ans, Agnès Jeanjean (anthropologue) et Karine Emsellem (géographe), mènent un travail de terrain, aux côtés des habitants et de l’association « Remontons la Roya », pour comprendre les mécanismes selon lesquels une communauté rurale fait face à un évènement climatique exceptionnel et recompose ses pratiques et ses rites funéraires, sa mémoire et son territoire, afin de rendre ce dernier « habitable ».
Le cas du cimetière de Saint Dalmas de Tende est particulièrement intéressant, car ce hameau
Le cimetière en 2018 (Source : Géoportail, Photographie Aérienne, 2018)
Le cimetière lors de l’évènement de la tempête Alex en 2020 (Source : Nice-Matin, 2020)
est marqué par des déplacements de frontière entre la France et l’Italie. Il s’est structuré au cours de la seconde moitié du XXe siècle autour d’une communauté d’immigrés italiens. Les habitants témoignent de l’importance du cimetière, crée en 1958, comme lieu fondateur de l’identité personnelle et collective de cette communauté « d’étrangers ». Il est considéré comme un pilier du village : un espace où l’histoire généalogique se dessine, où le collectif prend soin de ses morts et accompagne les vivants dans le deuil, et où la vie sociale s’installe aussi.
Comment une communauté peut-elle continuer à exister lorsqu’elle ne peut plus accomplir les rites qui relient passé, présent et avenir ? Des réponses symboliques sont apportées par les habitants à cette perte. Les cénotaphes reconstruits à partir des pierres - trouvées ci et là, dans le cimetière ou ailleurs -, sont devenus le support de nouveaux gestes rituels. Ils permettent aux habitants de renouer avec les rites funéraires et de réaffirmer leur humanité : des gestes simples, mais essentiels pour reconstruire un lien social, une mémoire et une continuité collective.
L’avancement des enquêtes a été présenté aux habitants du hameau le 10 juin 2025, avec l’aide du documentaire réalisé par Marylou Cler (anthropologue et documentariste) qui illustre les premiers résultats. Les extraits projetés montrent les témoignages de deux habitantes guidant la caméra à travers la partie restée intacte du cimetière. Elles déambulent aussi dans la partie altérée, en tentant d’y reconstituer les anciens emplacements. Elles y évoquent les défunts, partagent des souvenirs d’enfance et les liens familiaux. Elles confient également leur sentiment d’abandon de la part des institutions publiques, l’impression d’une légitimité jamais acquise en raison de leurs origines italiennes et renforcée par la disparition physique de leurs morts.
Cet exemple de recherche interdisciplinaire ancrée dans les problématiques territoriales et menée de
manière participative a été soutenu par l’Académie
« Homme, idées, milieux » de l’IdEx et par l’axe 4 de la MSH SE « Territoires : constructions, usages et pouvoirs ». Marylou Cler a obtenu en juillet 2025 une bourse de thèse à Université Côte d’Azur qui lui permettra de continuer à suivre l’évolution de ces enjeux et de compléter le travail d’anthropologie visuelle qu’elle mène à travers son documentaire.
Karine Emsellem, Maître de Conférences en géographie, laboratoire ESPACE,
Marylou Cler, doctorante en anthropologie et documentariste, laboratoire LAPCOS
Jean-Michel Diesnis et
Charles Claudo, fondateurs de “Remontons la Roya”
LUMIÈRE SUR LES ACADÉMIES
IPRAM
POUR
PROCEDURES IMMUNOTHERAPEUTIQUES INNOVANTES
PREVENIR LE REJET MÉDIÉ PAR ANTICORPS CHEZ LES
CANDIDATS À LA TRANSPLANTATION
L’une des missions de l’Académie 4 de l’IdEx est de soutenir les nouvelles équipes dans leurs recherches interdisciplinaires en biologie et en médecine. Les travaux du Professeur Antoine SICARD ont été financés par l’Académie 4 afin d’explorer des procédures immunothérapeutiques innovantes capables de prévenir le rejet chez les candidats à la transplantation.
La transplantation rénale constitue le meilleur moyen de traiter l’insuffisance rénale terminale. Néanmoins, alors que les médicaments immunosuppresseurs conventionnels préviennent efficacement le rejet chez les patients non immunisés, ils sont inefficaces chez ceux qui présentent des anticorps préformés contre les molécules HLA du donneur au moment de la transplantation. L’élaboration de protocoles thérapeutiques visant à désensibiliser ces patients est ainsi devenue l’un des défis majeurs de la médecine de transplantation.
Chez les patients hautement sensibilisés en attente d’une transplantation, les cellules B mémoires sont considérées comme la principale source d’anticorps anti-HLA donneur spécifiques (DSA) après la transplantation. Les anticorps anti-CD20 sont actuellement utilisés pour éliminer ces cellules avant la transplantation, mais ils sont inefficaces contre les
sous-populations à faible expression de CD20 et augmentent le risque d’infection en ciblant l’ensemble des cellules B, quelle que soit leur spécificité antigénique. Pour cibler plus particulièrement les cellules B à mémoire anti-HLA, les chercheurs ont développé une protéine de fusion dimérique composée de deux molécules HLA-A2 reliées par le fragment constant d’une immunoglobuline cytotoxique. Cette protéine a été améliorée par l’insertion de différentes mutations qui renforcent sa cytotoxicité. Une seconde version de la protéine, présentant l’ovalbumine
comme antigène au lieu de l’HLA-A2, a également été générée à titre de contrôle. La protéine de fusion a été utilisée pour cibler spécifiquement la lignée cellulaire d’hybridomes produisant des anti-HLA-A2 et pour traiter des souris immunisées contre les deux antigènes.
In vitro, les dimères HLA-A2-Ig ont détruit sélectivement les hybridomes produisant des anticorps anti-HLA-A2 en présence de complément. In vivo, des cellules B mémoires spécifiques de HLA-A2 et d’ovalbumine ont été transférées dans des souris de type sauvage. Ces souris ont été traitées avec les dimères et conjointement au Belatacept pour prévenir les réponses cellulaires contre ces dimères. Après stimulation avec les antigènes HLA-A2 et ovalbumine, les souris traitées avec des dimères HLA-A2-Ig n’ont pas produit d’anticorps anti-HLA-A2 mais ont produit des anticorps anti-ovalbumine. En revanche, les souris traitées avec des dimères d’ovalbumine-Ig ont présenté la réponse inverse. Cet effet s’est maintenu
plusieurs semaines après une nouvelle stimulation avec les antigènes.
Les chercheurs ont ensuite humanisé ces produits et obtenu des résultats prometteurs de cytotoxicité ex vivo sur des cellules dérivées de patients hyperimmunisés en attente de transplantation, résultats qui sont en cours de confirmation.
Cette stratégie a permis à l’équipe de concevoir une méthode de désensibilisation plus efficace et plus sûre pour les patients hautement sensibilisés en attente d’une transplantation.
Antoine SICARD, MD, PhD, HDR, Lauréat ATIP Avenir
Professeur de néphrologie
Immunologiste de transplantation au service de Néphrologie –Dialyse – Transplantation du CHU de NICE
Directeur adjoint de LP2M
PORTRAIT Astrid lamberts
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots le cœur de vos recherches actuelles et ce qui vous a conduite à vous spécialiser dans l’étude des ondes gravitationnelles et des systèmes d’étoiles binaires ?
Je suis astrophysicienne et je m’intéresse aux raisons qui expliquent que deux ou plusieurs étoiles peuvent évoluer ensemble jusqu’à se retrouver si proches que les trous noirs qu’elles vont former produisent des ondes gravitationnelles détectables.
Si j’ai toujours travaillé sur les étoiles binaires, y compris lors de ma thèse, mon travail n’intégrait pas à l’origine la question des ondes gravitationnelles. Mais en 2016, lors de l’annonce d’une première détection, j’ai immédiatement été séduite par cette nouvelle avenue scientifique. A l’époque j’étais en post-doc aux Etats-Unis, entourée de collègues qui pouvaient m’accompagner dans cette transition qui s’est donc faite très humainement et naturellement.
J’irais même plus loin, même si forcément cela a pris un peu de temps et m’a peut-être même freinée dans mon développement de carrière au départ, in fine, changer de sujet m’a libérée et m’a permis d’aller plus loin dans ma science.
Votre travail se situe à l’interface entre l’astrophysique théorique et les grandes collaborations internationales comme LIGO/Virgo.
Comment articulez-vous vos recherches individuelles avec ces grands projets collectifs ?
C’est tout un équilibre à trouver mais je pense que j’ai justement trouvé cet équilibre en faisant les deux.
Au niveau du laboratoire, je travaille avec deux ou trois collègues de façon resserrée et sur des projets précis et maîtrisés. Et de façon complémentaire, je contribue en effet à des collaborations internationales au sein d’une dynamique qui intègrent plus de 2000 collègues. Ces collaborations majeures rendent possibles des avancées significatives qui dépassent nos capacités individuelles et facilitent l’identification de collègues pour des collaborations fructueuses. Mais inversement, elles peuvent rapidement nous entraîner sur des terrains plus politiques qui dépassent le champ scientifique. Me concernant, j’ai eu la chance de pouvoir compter sur des chercheurs expérimentés pour m’aider à naviguer avec humilité et efficacité au sein de ces collaborations majeures.
Aujourd’hui, j’essaie à mon tour de guider au mieux les jeunes chercheurs que j’encadre en leur faisant bénéficier de ces collaborations majeures tout en conservant un projet de recherche plus individuel pour lequel ils pourront clairement être identifiés. C’est d’autant plus important pour les doctorants qui ne doivent pas se faire « avaler » par ces dynamiques qui, in fine, nous dépassent tous. En ce qui me concerne, je trouve cet équilibre nécessaire de ne pas uniquement travailler sur de grandes collaborations mais aussi sur des collaborations à échelle plus humaine.
Parallèlement, j’ai la chance d’être sollicitée pour prendre de plus grandes responsabilités. Si je vois la reconnaissance du travail se traduire par ses responsabilités accrues, il reste toutefois essentiel de veiller à préserver le temps consacré à la recherche, un enjeu particulièrement pertinent pour les femmes. Apprendre à dire non et, a fortiori, à choisir est un apprentissage à part entière, qui n’est pas toujours inné ; là encore, un accompagnement avisé peut se révéler précieux.
Comment l’interdisciplinarité influence-t-elle votre démarche de recherche, notamment à l’interface entre astrophysique, physique fondamentale et calcul intensif ?
Si ma recherche se situe à l’interface entre astrophysique et la physique fondamentale, à ce stade le calcul intensif est secondaire même s’il est intéressant.
Mais donc pour revenir au caractère interdisciplinaire de ma recherche, c’est justement ce qui m’anime et me motive car ça me permet d’apprendre de nouvelles choses. En effet, si je peux apprendre les choses toute seule en astrophysique ce n’est pas le cas en physique fondamentale. Et en toute franchise, si je n’avais pas accès à cette richesse, je m’ennuierais certainement.
C’est d’ailleurs exactement ce que m’a permis d’explorer la thèse financée par l’EUR Spectrum et l’IdEx puisqu’il s’agissait d’une thèse co-encadrée.
En quoi les financements obtenus grâce au programme IdEx ont-ils soutenu le développement de vos projets et l’évolution de votre parcours scientifique, ainsi que celui des jeunes chercheurs accompagnés ?
Pour la petite histoire, le financement post-doctoral IdEx est intervenu très peu de temps après mon arrivée sur le site azuréen. Il m’a permis d’avoir une première expérience d’encadrement sous la forme d’un co-encadrement, couplé avec un contrat doctoral financé par l’ANR. Je me suis retrouvée avec une petite équipe, dans un laboratoire d’excellence mais dont ma thématique de recherche restait encore à être développée, ce qui m’a permis de poser les bases de nouvelles recherches. Nous
avons su développer une dynamique efficace, et le rayonnement obtenu est le fruit du bon fonctionnement de l’équipe. Les projets de postdoctorat et de thèse ont été une réussite, et cette expérience m’a permis de confirmer qu’il est possible de mener de la recherche de qualité sur des projets plus ciblés.
Quel regard portez-vous sur l’avenir de votre domaine de recherche, et quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui souhaitent s’y engager aujourd’hui ?
Mon domaine de recherche est encore très récent, ce qui offre de nombreuses perspectives, notamment dans le développement de détecteurs pour le sol et pour l’espace. J’espère que ces initiatives porteront leurs fruits. Il ne faut pas hésiter à s’y engager, mais toujours avec rigueur : comme le domaine est nouveau, certaines avancées peuvent être relativement accessibles, car il s’agit encore de défricher le terrain.
Aujourd’hui, il est également nécessaire de progresser avec prudence et subtilité, en consolidant les acquis et en approfondissant les approches. Les grandes collaborations représentent une formidable opportunité ; j’y crois fermement, mais il faut savoir s’y engager avec discernement : profiter des opportunités sans se laisser submerger.
À un niveau plus humain, je crois fermement au mentorat et à l’importance, pour les jeunes chercheurs, d’être accompagnés par des chercheurs et chercheuses plus expérimentés. Il ne s’agit en aucun cas de remettre en question votre capacité à être autonome ou, à terme, à mener de grands projets de recherche, mais plutôt de vous aider à naviguer dans votre environnement scientifique tout en évitant les écueils.
OUT OF THE BOX
Le Programme Innovation de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur a pour objectif de soutenir et de promouvoir l’innovation et de financer des partenariats public-privé. Découvrez dans cette rubrique les projets soutenus par l’IdEx qui participent à la valorisation d’innovations majeures ou radicales issues de la recherche azuréenne.
Patched Therapeutics
Le projet Patched Therapeutics propose une stratégie thérapeutique totalement novatrice née de la collaboration fructueuse entre deux chercheurs d’Université Côte d’Azur, la biologiste Isabelle MusVeteau, Directrice de recherches CNRS à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire (IPMC) de Sophia Antipolis, et le chimiste Stéphane Azoulay, Professeur des Universités membre de l’équipe chimie médicale de l’Institut de Chimie de Nice (ICN). Leur ambition est de combattre la résistance des cellules cancéreuses aux traitements de chimiothérapie et thérapie ciblée, responsable à ce jour de 90% des morts par cancer.
Le mécanisme majeur de résistance aux chimiothérapies repose le plus souvent sur l’efflux des médicaments hors des cellules tumorales par des transporteurs membranaires dits « multidrug resistant », comme les transporteurs de type ABC. Plusieurs inhibiteurs de type ABC ont d’ailleurs été testés, mais leur toxicité a empêché toute mise sur le marché.
Le duo de chercheurs azuréen a découvert que la protéine Patched, qui est surexprimée dans de nombreux cancers particulièrement agressifs : mélanome, cancers du sein, de la prostate, du colon ou pancréas, joue une rôle clé dans l’efflux des médicaments chimiothérapeutiques des cellules cancéreuses. Ainsi, l’inhibition de cette protéine permet de restaurer la sensibilité aux traitements sans affecter les cellules saines, contrairement à l’inhibition des transporteurs de type ABC.
Aussi, Isabelle Mus-Veteau et Stéphane Azoulay ont démontré la capacité de la Paniceine A Hydroquinone (PAH) à inhiber la protéine Patched. Cette petite molécule produite par une éponge méditerranéenne,
récoltée dans la baie de Villefranche-sur-mer, est en mesure de renforcer l’efficacité des traitements de chimiothérapie sur des cellules de mélanome et de cancer du sein in vitro. Elle se révèle également efficace dans le cadre de thérapie ciblée sur des cellules de mélanome portant la mutation BRAF in vitro et in vivo (chez la souris) sans observer d’effets indésirables.
Face à l’intérêt thérapeutique de la PAH, Stéphane Azoulay a développé une synthèse chimique et conçue des dérivés optimisés offrant de meilleures propriétés médicamenteuses. L’objectif est clair : aboutir à un candidat-médicament brevetable, compétitif et aux propriétés reproductibles.
Le potentiel innovant de la technologie développée au sein du projet Patched Therapeutics est reconnu par l’écosystème de soutien à la création de Start-Up de la Côte d’Azur. Il a été soutenu par des dispositifs tels que les Appels à Projets « Start-Up Deeptech » du programme d’Innovation de l’IdEx d’Université Côte d’Azur ou le « Young Entrepreneur Program » du Labex Signalife, ainsi que les programmes « PréMaturation » et « RISE » de CNRS Innovation.
Ces divers financements ont permis de valider la preuve de concept et permettront de préparer prochainement un nouveau brevet, venant renforcer un portefeuille de propriété intellectuelle solide, gage de valeur pour de futures applications industrielles.
STÉPHANE AZOULAY (PROFESSEUR DE CHIMIE, UNIVERSITÉ CÔTE D’AZUR, LABORATOIRE ICN)
ISABELLE MUS-VETEAU (BIOLOGISTE, DIRECTRICE DE RECHERCHE CNRS, LABORATOIRE IPMC)
Patched Therapeutics se révèle comme une réelle opportunité stratégique pour les investisseurs. Actuellement en cours de création, la startup recherche de nouveaux financements pour franchir les prochaines étapes : finaliser les études précliniques ; obtenir et optimiser un candidat-médicament ; réaliser les essais précliniques réglementaires et initier les premiers essais cliniques.
Dans un second temps, la future société envisage une alliance stratégique avec un acteur pharmaceutique international pour conduire les essais cliniques de phase III, visant à évaluer la sécurité et l’efficacité d’un nouveau traitement, et assurer la mise sur le marché du médicament.
L’inhibition de Patched ouvre la voie à une nouvelle génération de traitements oncologiques. En association avec des chimiothérapies ou des thérapies ciblées comme les inhibiteurs de kinases, cette approche améliore significativement l’efficacité des traitements d’un cancer exprimant Patched. En réduisant significativement les doses nécessaires et donc leurs effets secondaires, cela permet également de limiter les récidives et métastases, améliorant ainsi sensiblement la survie des patients.
Représentation schématique de l’innovation Patched Therapeutics. A gauche : la présence de la protéine Patched à la surface des cellules cancéreuses permet à la chimiothérapie (en rouge) de sortir provoquant la résistance des cellules cancéreuses au traitement. A droite : l’ajout de la petite molécule que nous avons découverte (en vert) au traitement permet d’inhiber la sortie de la chimiothérapie (en rouge) des cellules cancéreuses et d’augmenter l’efficacité du traitement pour détruire les cellules cancéreuses résistantes.
Avec une cible thérapeutique exclusive, une première molécule active déjà identifiée et synthétisée, un portefeuille de brevets en cours de consolidation et des soutiens institutionnels forts, la future startup Patched Therapeutics se présente comme un acteur à fort potentiel dans le traitement des cancers résistants.
YeastBoost :
exploiter
la variation naturelle de la levure pour des applications biotechnologiques modernes
La levure de boulanger, Saccharomyces cerevisiae, est un micro-organisme essentiel pour les sociétés humaines, utilisé depuis des millénaires dans la production d’aliments et de boissons fermentés. Aujourd’hui, les biotechnologies à base de levure se sont considérablement élargies : elles permettent notamment de produire des molécules, des médicaments, des anticorps et du bioéthanol, ainsi que, associées aux fermentations traditionnelles, elles représentent désormais une industrie de plusieurs milliards d’euros. Les applications de la levure s’étendent maintenant à la biologie de synthèse, ouvrant la voie à la fabrication de matériaux innovants comme les bioplastiques, le cuir de synthèse, ou encore des applications comme la fixation du CO₂ pour lutter contre le réchauffement climatique.
À l’IRCAN, l’équipe de recherche dirigée par Gianni Liti exploite la génomique des populations, c’est-à-dire le séquençage de milliers d’individus, afin de retracer les grandes transitions évolutives de la levure de boulanger. Au sein d’Université Côte d’Azur, le laboratoire possède l’une des plus vastes biobanques de levures au monde, regroupant près de 10 000 souches séquencées issues de sources naturelles ou domestiques, elles-mêmes collectées dans diverses régions de la planète. Cette immense diversité génétique naturelle recèle un fort potentiel de développement biotechnologique. En effet, la mise à disposition d’une telle variation génétique de levure intéresse les industriels dans un contexte, où la demande augmente, en raison notamment de l’augmentation de la population mondiale, mais aussi parce que les modes de production doivent s’adapter au réchauffement climatique. La maîtrise de moyens
de production dans l’industrie agro-alimentaire est également un enjeu de souveraineté économique.
En 2021, le projet YeastBoost a bénéficié du soutien financier de la SATT (dispositif pré-maturation et maturation) ainsi que de l’IdEx d’Université Côte d’Azur via les AAP Start-Up Deeptech ou Young Entrepreneur Program du Labex Signalife, portant sur la création d’une Start-Up à l’Horizon 2026.
L’équipe YeastBoost est constituée de plusieurs chercheurs et doctorants : Matteo De Chiara (IR), Federica Carlea (PhD), Sakshi Khawal (IR), Katarzyna Tomasiak (IR). Elle devrait être complété par l’arrivée d’un futur CEO, dont le recrutement est accompagné par l’Incubateur PCA.
L’idée fondatrice du projet YeastBoost est l’exploitation par des variations naturelles des levures pour des applications biotechnologiques, afin de produire de nouvelles souches industrialisables. A ce titre, l’équipe s’est focalisée sur le développement de nouvelles méthodes de production faisant appel à différents domaines scientifiques tel que la génomique, l’apprentissage automatique, la génétique, ou la biologie moléculaire et synthétique. Elles visent à améliorer ou créer des applications industrielles, avec ou sans utilisation de technologies OGM.
Une des méthodes sur laquelle travaille l’équipe depuis la création du projet YeastBoost est basé sur le développement du Genome Aware Yeast
GIANNI LITI
DIRECTEUR DE RECHERCHE CNRS À L’IRCAN
CHIARA VISCHIONI
KATARZYNA TOMASIAK HEAD OF DEVELOPMENT AND STRAIN IMPROVEMENT
FEDERICA CARLEA PHD STUDENT
MATTEO DE CHIARA HEAD OF BIOINFORMATICS
SAKSHI KHAIWA HEAD OF AI IN YEAST GENOMICS
Breeding (GAYB). Le cadre du GAYB comprend notamment un nouveau pipeline d’apprentissage automatique permettant de prédire les phénotypes à partir de prédicteurs génomiques, ainsi qu’un système multifluorescent unique permettant de visualiser directement l’accouplement des levures (gaMATe).1
Il convient également de souligner que, dans le cadre de ses travaux visant à révéler le paysage adaptatif des Saccharomyces à l’échelle des communautés microbiennes et en lien avec le projet YeastBoost, Gianni Liti a été récompensé par le Prix de la Fondation Bettencourt Schueller.
L’équipe a également noué plusieurs partenariats et mené des essais avec des industriels. Parmi eux figurent de grandes entreprises de biotechnologie spécialisées dans la production de levure, ainsi que des acteurs locaux de l’agroalimentaire et des boissons fermentées. Tous sont intéressés par construire de futures collaborations avec « YeastBoost ». Ces partenariats portent notamment sur la fourniture et l’accompagnement à l’industrialisation de nouvelles souches adaptées aux défis émergents auxquels les filières agroalimentaires devront répondre.
Institut d’Innovation et de Partenariats Arômes Parfums Cosmétiques - Université Côte d’Azur
Programme IdEx Tale nt Champion
Faire réussir à l’université
> Une b ourse d'e xcelle nce p our soute nir les é tudiants les plus prome t teurs, de l a Lice nce 2 jusqu'au Master, quel que soit leur domaine d’é tudes.
> Destiné e aux é tudiants b é néficiant d'une b ourse sur critères so ciaux e t ayant démontré d'e xcelle nts résult a ts ac adémiques.
U N D I S P O S I T I F G L O B A L D ’ AC C O M PAG N E M E N T V E R S L ’ E N S E I G N E M E N T S U P É R I E U R
Ce t te b ourse fait par tie d'un programme unique e t cohérent , ave c une logique de continuité é duc a tive e t de levier so cial , p or té par le programme Forma tion de l’ IdEx d' Université Côte d' Azur
Chaque phase es t adapté e à l’âge e t aux b esoins des élèves/é tudiants :
Ét ap e 1 – Cordé es de l a Réussite : révéler l’envie au collè ge
Ét ap e 2 – Programme
IdEx Tale nt Junior : cultiver l’él an au lycé e
Ét ap e 3 – Programme IdEx Tale nt Champion : faire réussir à l’université
E N S AV O I R P L U S SUR LE PROGRAMME IDEX TALENT CHAMPION
Cont ac t : widiane misiaczyk@univ-cotedazur fr
Agenda IdEx
3 février 2026 : Master Class de la Science ouverte Écoles Doctorales Sciences de la Vie et de la Santé et Sciences du Mouvement Humain - Campus Valrose (salle Co-Learning Montebello)
10 février 2026
IdEx Young Researcher Awards 2026
12 et 13 février 2026
Complex Days de l’Académie d’Excellence Systèmes Complexes
6 mars 2026
Clôture de l’appel à projets « Bourses d’excellence jeunes chercheurs »
19 mars 2026
Doctoriales 2026Systèmes Numériques pour l’Humain4e édition
23 mars 2026
Clôture de l’appel à projets « Programme de Recherches Avancées »
Avril 2026
Célébration des 10 ans du partenariat Université Côte d’AzurUniversité Laval
Mai 2026
Célébration des 10 ans de la Cellule Europe Mutualisée
5 juin 2026
Cérémonie de remise des Prix de la Fondation Université Côte d’Azur
L’IdEx moteur d’excellence et de développement L’IdEx moteur d’excellence et de développement
Plongez au cœur de l’Initiative d’Excellence d’Université Côte d’Azur