MAHY
A F A M I LY O F C A R S L A B E A U T É T R A N Q U I L L E D’O L DT I M E R S D’ E XC E P T I O N
MICHEL MAHY WOUTER RAWOENS
M A H Y – A F A M I LY O F C A R S Une vaste rangée de halls d’usine dans un paysage vallonné du Hainaut. Un véritable festin de briques et de charpentes d’acier peintes en rouge, coincé entre une voie ferrée et un trait d’asphalte reliant nulle part à quelque part. Ici, on ne produit plus rien sauf de l’histoire. Ici flotte l’odeur mordante de rouille et d’huile moteur et l’unique bruit provient de l’égouttement de l’eau de pluie par une fuite dans le toit. Dans le tournoiement de poussières se trouvent alignées des centaines de voitures, pare-chocs contre pare-chocs, garde-boue contre garde-boue. Une salle après l’autre. Plongées « dans leur jus », comme diraient les Mahy. Certaines crânement appuyées sur des chandelles, la plupart affaissées sur des pneus fatigués. Bolides légendaires, voitures familiales ordinaires, grosses cylindrées fringantes, modèles oubliés, chacun(e) témoignant de sa propre histoire. Voilà la raison d’être1 de la famille Mahy de Gand. La destinée de trois générations de collectionneurs obstinés, allant du père Ghislain au petitfils Michel, en passant par les fils Ivan et Hans. Ils ont, eux aussi, leur histoire. D’une vie entière de travail de réparations opiniâtre, de pérégrinations aux alentours du Cirque d’hiver à Gand, ne conduisant juste pas au Gravensteen (ou château des Comtes), mais bien à Houthalen et Bruxelles jusqu’à Leuze-en-Hainaut. Une vie aussi de désaccords butés et de silences renfrognés. Une existence sous le signe de l’automobile. Que dire de faire un choix et de mettre en lumière un cortège de voitures anciennes et un peu moins anciennes ? Toutes dépouillées et à contre-jour. Accompagnées des histoires gravées dans leurs rétroviseurs. Des histoires de gloire et de défaite, d’audace et de nostalgie, de parcours hasardeux sur de mauvaises routes et d’une quête jamais achevée de la beauté sur quatre roues. Des histoires vraies et pour le moins relatées en vérité. Des histoires telles qu’elles vivent depuis trois générations chez les Mahy, a family of cars. 1
En français dans le texte.
AU TO
Buchet
ANNÉE DE CONSTRUCTION
Bleue 4 cylindres C Y L I N D R É E 1 551 cm 3 B O Î T E D E V I T E S S E S Manuelle COULEUR CARROSSERIE
C2 C A R R O S S E R I E Buchet MODÈLE/TYPE
MOTEUR
1923
BUCHET C2 (1923)
Par-ci par-là sur les routes françaises, des informateurs parcourent des garages poussiéreux et de vieilles granges au service de Ghislain Mahy. Parmi eux, Henri Malartre à Lyon, une figure remarquable. Toujours en costume impeccable et tout aussi entêté que Mahy. Il ne veut par exemple rien savoir de voitures allemandes, malgré leur supériorité. Au premier étage de son château venteux de Rochetaillée–sur–Saône, Malartre possède une collection de voitures fort appréciable. Il démonte à chaque fois la voiture pour pouvoir monter les pièces par l’escalier et la remonter ensuite. Le musée qu’il crée en 1960 existe toujours. C’est lui qui déniche cette Buchet C2 pour Mahy à la fin des années 1950, une 4 cylindres des roaring twenties conçue pour concurrencer la BB de Peugeot dessinée par Bugatti. Révolutionnaire et très vive, la Buchet reposait sur des pneus Michelin et a été une des premières voitures à deux portières. Auparavant, un passager ne se glissait aux côtés du chauffeur qu’après avoir fait démarrer le véhicule à la manivelle. Une seule portière suffisait donc. L’avant de la Buchet était entièrement fabriqué en métal, l’ossature en bois en châtaignier du simple fait qu’on trouvait beaucoup de châtaigniers en région parisienne. Une fine plaque de métal était prudemment clouée à la main sur le bois. Dans les années 1920, les couleurs souvent exubérantes des voitures étaient apposées en épaisses couches de peinture à l’huile, ce qui explique ici le craquellement turquoise endommagé, rappelant une robe de danseuse peinte par Degas. L’audace dont a fait preuve Élie-Victor Buchet dans les débuts de son entreprise est entièrement consumée des suites de la Première Guerre mondiale. Se reposant avec suffisance sur son modèle populaire, Buchet se voit bientôt qualifier de conservateur. La production et la vente stagnent et s’arrêtent finalement en 1929. Avec ses phares au carbone et sa calandre de S.A.M. de l’avenue Montbarbon, la Buchet est très recherchée par les ferrailleurs dans les années 1950. Ils sont partout en France à la recherche de cuivre, pour le faire fondre et l’utiliser pour l’armement indispensable dans la guerre d’Indochine. Une poignée de Buchet à peine échappent à la casse. Ghislain Mahy a payé quelque 3 000 bef pour une Buchet de 1923 sans pneus, à peine plus que le prix en cours chez les ferrailleurs.
64
MG PB (1936)
L’arrière en pointe de la MG zigzague un peu à la sortie du virage, mais un petit coup de volant permet au pilote de redresser son bolide. Il prend alors la corde de
AU TO
MG PB Inconnu
MODÈLE/TYPE CARROSSERIE
la piste et dirige infailliblement le nez de sa MG vers le virage serré suivant à droite.
ANNÉE DE CONSTRUCTION
Paul Frère, le pilote, ne peut imaginer alors que ce virage portera un jour son nom.
COULEUR CARROSSERIE
Là, il enfonce le champignon et la MG file dans un grondement en direction de Stavelot. Encore quatre virages avant l’arrivée. Lors de leur première participation en 1948, Paul Frère et Jacques Swaters
1936 Rouge
4 cylindres 939 cm3 D E V I T E S S E S Manuelle
MOTEUR
CYLINDRÉE BOÎTE
foncent avec leur MG PB d’avant-guerre vers la 15e place aux 24 heures de Francorchamps. La victoire sur le circuit de 14 km dans les bois autour de Spa revient cette année-là à l’Aston Martin DB 1 de Jack Horsfall et de Leslie Johnson. L’année suivante, Frère est associé à Horsfall et ils s’envolent vers la 4e place, dans une Aston Martin aussi. Plus tard, Paul Frère sera le premier Belge à remporter un Grand Prix en Formule 1. Son meilleur résultat à Francorchamps est une 2e place au Grand Prix de 1956. Après sa carrière de pilote, Frère devient journaliste automobile et il rend régulièrement visite à Mahy pour admirer les nouvelles acquisitions de sa collection. À chacune de ses visites, il tergiverse un peu auprès de la petite MG que Ghislain Mahy a réussi à marchander chez un garagiste bruxellois au milieu des années 1960. C’est un modèle Type P de 1936, avec une carrosserie de course de l’immédiat avantguerre. Un deux-places exigu avec le volant à droite et un puissant 4 cylindres sous le capot. Il y a longtemps qu’il n’a plus vu le bolide britannique, mais Paul Frère aurait pu jurer que c’est bien la MG avec laquelle il a pris la première fois tous ces virages sur les chapeaux de roue à Francorchamps.
101
OPEL BLITZ (1959)
Elle a cahoté sur les pavés dans la roue de Rik Van Looy et suivi les premiers exploits du jeune Eddy Merckx. La voiture
Opel Blitz Van Hool
MODÈLE/TYPE CARROSSERIE
publicitaire de la marque belge Ginder-Ale – avec trait d’union
ANNÉE DE CONSTRUCTION
à l’époque – se sentait parmi les siens dans le Tour des Flandres
COULEUR CARROSSERIE
et elle a fait partie de la caravane bruyante du Tour de France et de nombreuses autres courses cyclistes. La bière couleur ambre de Merchtem coule à volonté à cette époque. Pour cette Opel Blitz, c’est une période de gloire révolue depuis longtemps quand elle se voit destinée à la casse en 1991. L’ancienne brasserie de Martinas, vendue depuis longtemps à Artois, est alors sur le point d’être démolie et tout doit disparaître. S’en apercevant avec regret, un ancien chauffeur de la bouteille sur roues téléphone à Mahy. Il espère encore pouvoir sauver la camionnette Opel, mais il faut agir vite. Mahy s’y rend encore le jour même pour la récupérer. La première Blitz est apparue sur le marché en 1930. Le nom fulgurant (Blitz = éclair) est le résultat d’un concours et le symbole est resté pour toujours dans le logo de la marque Opel. L’année d’après, les actions tombent entièrement aux mains de la General Motors américaine, mais Opel reste intégralement une entreprise allemande, du moins par l’esprit. Sous le régime nazi, le plus grand constructeur automobile du pays n’est autorisé qu’à produire des camions et l’Opel Blitz devient ainsi un élément important de la machine de guerre allemande, engagé aussi bien à l’est qu’à l’ouest, jusqu’à ce qu’une pluie de bombes détruise les usines à Rüsselsheim et Brandebourg-sur-la-Havel. Après la Seconde Guerre mondiale, l’aspect extérieur de la Blitz est modifié et elle reste jusqu’en 1975 un travailleur apprécié, comme cet exemplaire haut en couleurs de 1959 avec une carrosserie du constructeur d’autobus belge Van Hool de Lierre. Une rescapée in extremis de la casse.
232
AU TO
MOTEUR
1959 Orange, beige et rouge
6 cylindres Manuelle
BOÎTE DE VITESSES
MICHEL MAHY
WOUTER RAWOENS
DAV I D J A N S S E N S
(Gand, 1965)
(Gand, 1963)
(Anvers, 1972)
Troisième génération de cette famille de mordus
Photographe travaillant pour divers magazines,
Rédacteur et écrivain avec un faible pour les récits
de l’automobile et gestionnaire de la Collection
journaux et livres, il est l’âme créative de ce
nostalgiques. Il s’extasie devant la beauté d’une
Gh. Mahy. Il s’est fixé pour objectif de conserver le
projet. Wouter a un lien avec chacune des voitures
Chrysler Ghia ST ou de la Facel Vega HK 500, mais
mieux possible cette collection pour les générations
présentées, mais il porte un amour particulier à la
son choix tombe finalement sur l’émotion suscitée
futures. Choisir un favori parmi les véhicules
Ford Anglia : il voudrait une cuisine avec un intérieur
par les souvenirs d’enfance et le simili cuir moisi de
présentés dans ce livre lui paraît impossible, car ils lui
dans ce genre. Lui-même conduit une Volkswagen
l’Opel Rekord. David n’a pas de permis de conduire.
tiennent tous à cœur, encore qu’il trouve la photo de
Caddy vert perroquet avec l’autocollant CNG assorti
Il habite à Gentbrugge avec son épouse, sa fille et
l’Amilcar sous les projecteurs la plus époustouflante.
parce qu’il estime que notre mobilité doit être plus
leurs chien et chats.
Michel conduit une Mercedes-Benz 220 break, une
verte. Il habite à Gand avec son épouse, sa fille et
UMM orange vif – parce que personne ne connaît ça –
leur chien.
et une Porsche 911. Il habite avec son épouse et leur chien à Gand. Michel dédie ce livre à son grand père Ghislain
Wouter remercie Michel Mahy et le conseil
David dit un grand merci à Maarten Van Steenbergen des Éditions Lannoo ainsi qu’à Michel Mahy pour leur confiance, à son grand ami Wouter
d’administration de l’asbl Collection Gh. Mahy
Rawoens pour l’intensité de leurs entretiens lors des
d’avoir rendu ce projet possible. Il est tout aussi
longs déplacements à Leuze et pour tout le reste.
Mahy, l’homme qui a mis les bases de cette collection,
reconnaissant envers Giuseppe et Fabien pour leur
mû par son amour de la beauté.
dur labeur à Leuze, ainsi qu’envers Jacques Filliaert et Marc Geldof, Bart Eeman, Cyriel Monserez, Bart Meyvis, Ivo Coppens, Stijn van Niel Schuuren et Aileen Van der Aa pour leur aide. Un remerciement tout spécial pour Yves De Vadder, un collègue français qui a partagé bénévolement toute son expérience et son expertise en photographie en studio, ainsi qu’au graphiste Steven Theunis.
271
Photos : Wouter Rawoens
Un très grand merci à tous les membres de la famille, les collabo-
Textes : Michel Mahy et David Janssens
rateurs et les sympathisants qui ont d’une manière ou d’une autre
Conseil : Jean-Pierre Sandrap
contribué un jour à la réalisation et la conservation de la collection
Concept : Steven Theunis, Armée de Verre Bookdesign
Mahy. Sans leur aide, tout cela n’aurait pas été possible.
Traduction: Kalamos Communications, Michel Perquy Grâce à: © Uitgeverij Lannoo nv, Tielt, 2020 et Mahy Mobiles
d/2021/45/463 – isbn 978 94 014 7733 8 – nur 653-686 Tous droits réservés. Aucune partie du présent ouvrage ne peut être copiée, sauvegardée dans un fichier de données automatisé ou
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