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9782390251927

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www.lannoo.com Enregistrez-vous sur notre site internet et nous vous enverrons régulièrement une lettre d’information sur nos nouvelles publications, ainsi que des offres exclusives. Traduit du néerlandais par Michel Perquy, Kalamos Communications Couverture et mise en page : Armée de Verre Bookdesign Photo de couverture : Titus Simoens © Sven Gatz et Éditions Lannoo s.a., Tielt, 2022 D/2022/6852/3 – ISBN 978 23 902 5192 7 – NUR 740 Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ou publié sous quelque forme que ce soit, électronique, mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit préalable de l’éditeur.


Préface

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Introduction

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Querelles linguistiques dans la ville bilingue de Bruxelles

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Portraits multilingues

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Langue et pouvoir dans la politique bruxelloise

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L’ascension de l’anglais

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Les autres langues dans l’enseignement néerlandophone

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Une ville hyperdiverse et multilingue

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Du multilinguisme à plus de cohésion sociale

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Quelques idées pour améliorer le multilinguisme

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Projet d’une Bruxelles multilingue

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Remerciements

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Préface


Finie l’opposition entre deux groupes linguistiques, mais au moins une centaine de langues parlées par cent quatre-vingts nationalités différentes. Voilà la réalité linguistique de Bruxelles. Une réalité qui fait de notre capitale une des villes les plus cosmopolites du monde et qui contribue à son rôle de grand carrefour économique, politique et diplomatique sur la scène internationale. Les Bruxellois en sont parfaitement conscients. Le Baromètre linguistique, qui cartographie l’utilisation et la connaissance des langues des Bruxellois, nous apprend que ces derniers embrassent volontiers le multilinguisme. Une majorité écrasante a laissé derrière elle l’ancienne division par deux entre néerlandophones et francophones. En outre, sept Bruxellois sur dix interrogés considèrent le multilinguisme comme une part essentielle de l’ADN bruxellois. Ce qui est une bonne nouvelle, car les avantages du multilinguisme sont reconnus partout et amplement documentés. Le multilinguisme représente un important avantage économique, individuel aussi bien que collectif. Songeons aux meilleures chances sur le marché du travail pour les multilingues et l’attractivité augmentée de la Belgique comme pays d’investissements internationaux. Les avantages sont multiples aussi dans le domaine socioculturel, allant d’une meilleure compréhension d’autres cultures jusqu’à une plus grande confiance en soi, en passant par une meilleure aptitude à l’empathie. Pour notre développement personnel, parler plusieurs

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langues est un atout important qui améliore notre capacité de raisonnement abstrait et notre créativité. C’est à juste titre que le gouvernement bruxellois considère le multilinguisme comme un facteur critique de succès quand il s’agit de renforcer la compréhension mutuelle et de favoriser la confiance entre les communautés. Avec son multilinguisme, Bruxelles remplit parfaitement son rôle de capitale de la Belgique et de l’Union européenne multilingue. Pour la première fois dans notre pays voire en Europe, un gouvernement a décidé d’attribuer la compétence de la promotion du multilinguisme. Par des initiatives telles que la Journée du Multilinguisme et l’installation d’un Conseil du Multilinguisme, le ministre Sven Gatz a brillamment mis en place sa tâche de promoteur du multilinguisme. Il ouvre dans ce livre quelques pistes intéressantes pour ancrer encore mieux la réalité multilingue dans notre façon de vivre et de travailler à Bruxelles et en Belgique. Il anticipe aussi le bicentenaire de la Belgique en 2030, un anniversaire qu’il n’est évidemment pas possible de passer sous silence et qui propose en effet de nombreux défis dans le domaine culturel. C’est encore à juste titre que sont mis en avant les efforts nécessaires au niveau de l’enseignement des langues, en principe pour les nouveaux-venus et les demandeurs d’emploi. Le multilinguisme n’est un atout que s’il est associé à l’inclusivité. Il ne doit jamais servir de prétexte pour vivre les uns à côté des autres et favoriser l’indifférence. Cela requiert des investissements dans notre infrastructure linguistique, afin que chacun acquière une base suffisamment solide pour assumer son rôle dans une société multilingue. À la fin du livre surgit la question de savoir si le lecteur aura trouvé ce livre nécessaire. Je me permets de lever ce doute : au cours de mes entretiens avec des investisseurs ou des responsables politiques étrangers, notre multilinguisme revient toujours comme un

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de nos atouts importants. Grâce aux témoignages passionnants et l’image globale du multilinguisme dans notre capitale, ce livre ne s’adresse pas seulement aux lecteurs bruxellois, mais à tout un chacun qui se voit un jour ou l’autre confronté au multilinguisme. Alexander De Croo Premier ministre

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Préface


Introduction


Ma ville bilingue… Aussi longtemps que je vis, la présence et le mélange de deux langues sont toujours des sources de plaisir et de richesse, mais aussi de querelles et de discussions. Vivre dans une ville pareille contribue en partie à former la personne qu’on devient. Dans la ville de Bruxelles officiellement bilingue, j’ai grandi dans une famille appartenant à la minorité néerlandophone. Professeur de néerlandais, mon père considérait comme sa mission de promouvoir le néerlandais officiel (Algemeen Nederlands) à Bruxelles. Ma mère était une Bruxelloise francophone. Mais elle maîtrisait parfaitement le néerlandais et elle s’est toujours entretenue avec ma sœur et moi en néerlandais. Le français n’était cependant pas du tout absent chez nous. J’écoutais des chansons françaises, je regardais des programmes télé et des films français, je rendais volontiers visite à la famille francophone de ma mère et en rue, je jouais au foot avec les gamins de mon quartier. Ce qui explique que j’ai développé une forte affinité avec les langues, même si je n’ai pas choisi une carrière linguistique à l’instar de mon père. Mon fils, en revanche, a fait des études de langues : la philologie romane. Moi, j’introduis la question des langues dans mon domaine professionnel politique. Mon ambition est de transposer les évolutions que je constate à Bruxelles en orientations politiques.

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Depuis une dizaine d’années, une troisième langue connaît une forte éclosion aux côtés du néerlandais et du français à Bruxelles : l’anglais. Cela vient évidemment du fait que Bruxelles est depuis plusieurs décennies la capitale de fait, bien que pas officiellement, de l’Europe. Ma ville abrite les sièges officiels du Conseil de l’Europe, de la Commission européenne et le deuxième siège du Parlement européen. Bruxelles accueille en plus le quartier général politique de l’OTAN. Aujourd’hui, ‘Bruxelles’ est davantage qu’une ville dans le monde, elle est devenue une notion. Des médias du monde entier se servent de petites phrases comme ‘Brussels has decided’ pour communiquer à leur public ce qui a été décidé, entrepris ou envisagé par l’Union européenne. Au début, l’afflux de citoyens européens dans ‘leur’ capitale n’était pas si spectaculaire. Le groupe de quelque cent mille habitants, parfois appelés de manière un peu dénigrante ‘eurocrates’ et travaillant dans les environs de la place Schuman dans un quartier européen géographiquement circonscrit, se tenait généralement à l’écart de la vie urbaine. Le nombre d’habitants européens a surtout fortement augmenté, notamment à Bruxelles, cette dernière décennie. Il a donc fallu un peu de temps avant que l’élargissement de l’Union vers les pays membres de l’Europe de l’Est ne suscite une nouvelle vague d’immigration. Les nouveaux citoyens européens ne sont pas seulement des personnes employées par les institutions européennes ou qui papillonnent autour en tant que diplomates ou lobbyistes, il s’agit aussi d’immigrants de l’Europe de l’Est tentant de se forger un nouvel avenir dans la capitale de l’Europe. J’ai été confronté il y a quelques années avec ce nouveau multilinguisme en voulant commander en flamand ‘een pint’ (une chope) au café De Monk, un établissement flamand légendaire au cœur de Bruxelles. Le barman ne me comprit pas et je dis alors en français ‘une bière’. Toujours rien. Ce n’est que

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lorsque je demandai ‘a beer, please’ qu’il sembla enfin saisir quelque chose. Entamant tant bien que mal une conversation, j’appris qu’il était d’origine roumaine, qu’il venait juste d’obtenir cet emploi derrière le bar où il réussissait plus ou moins à se débrouiller avec son anglais de vache espagnole. L’impression qu’on entendait de plus en plus souvent de l’anglais à Bruxelles, qui est pour bon nombre de sujets européens la langue véhiculaire en ville, a été confirmée ces dernières années par les chiffres du Baromètre linguistique, un outil destiné à mesurer l’évolution des langues en cours à Bruxelles. Rudi Janssens, chercheur à l’université VUB, décédé en septembre 2021, a introduit ce Baromètre linguistique en 2001. Ce professeur affable et passionné a constaté alors que la moitié des Bruxellois grandissaient dans une famille francophone unilingue. Dans cette catégorie de Bruxellois, on ne trouvait que très peu de gens dont les origines n’étaient pas belges. Ce qui invalidait l’idée que les immigrants extérieurs à la Belgique adoptaient spontanément le français en venant à Bruxelles. Ils conservaient la langue de leur pays d’origine comme langue familiale. À cette occasion, Janssens a constaté aussi que le processus classique de francisation des Flamands à Bruxelles, faisant que des pères et mères néerlandophones se mettaient à parler le français entre eux ou avec les enfants, avait été stoppé. Cependant, dans un quart des mariages mixtes entre néerlandophones et francophones, le français devenait encore la langue familiale. Au cours des années suivantes, les Baromètres linguistiques successifs ont indiqué une diversité croissante de langues familiales dans la région bruxelloise. Des 72 langues familiales différentes dans le tout premier Baromètre linguistique en 2001, on était passé à 96 dans le Baromètre linguistique 2 (en 2006) et à 104 dans la version 3 de cet outil (2013). En 2013, le français demeurait la langue véhiculaire à Bruxelles et l’anglais supplantait le néerlandais à la deuxième

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place des langues les mieux connues. Cependant, le pourcentage de Bruxellois maîtrisant un néerlandais correct voire excellent dépassait largement le chiffre mentionné en général dans le débat public pour le nombre de Flamands à Bruxelles. On a observé aussi, lors de ce troisième Baromètre linguistique, que les trois langues les plus importantes (français, anglais et néerlandais) avaient perdu en poids relatif. Montant en puissance, l’arabe devenait une langue familiale typique qui ne s’enseignait pas à l’école. Ce qui ne signifiait d’ailleurs pas que ces Bruxellois ne connaissent pas d’autres langues. Dans la moitié des familles s’exprimant en arabe, on se servait aussi d’une autre langue familiale. Dans le dernier Baromètre linguistique en 2018, le français demeurait de loin la langue la mieux connue, bien que, sur toute la période examinée, la langue de Molière enregistrât une perte de 9 %. La Région de Bruxelles-Capitale connaissait une croissance due à une migration externe, mais la plupart de ces nouveaux Bruxellois ne parlaient pas le français au moment de leur migration. Janssens a constaté d’autre part que la deuxième génération de migrants retenait le français comme deuxième langue familiale. Le français demeurait aussi la langue dominante dans l’enseignement et obtenait le meilleur score auprès de la génération des Bruxellois les plus jeunes. La connaissance du néerlandais baissait systématiquement, perdant jusqu’à 50 % au fil de la période concernée. Ce qui est dû aussi bien à une migration interne qu’externe. C’est surtout auprès des Belges ne pratiquant pas le néerlandais à la maison et fréquentant l’enseignement francophone que la connaissance du néerlandais avait diminué de manière significative. Bien que demeurant surtout une langue scolaire, le néerlandais avait légèrement progressé comme deuxième langue familiale. Tout comme le néerlandais, l’anglais occupait alors une place très importante sur le marché du travail et il était la langue la plus populaire parmi les jeunes.

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L’évolution de l’arabe paraissait plus capricieuse, mais sur la base de l’évolution au fil de toute la période examinée, cette langue avait régressé en 2018. Pour conclure cet aperçu de l’histoire linguistique depuis 2001, j’avance volontiers les données de nationalité publiées en 2020 par l’Institut bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA). Sur le quelque 1,2 million d’habitants de la Région bruxelloise, 510 697 (41,9 %) sont des Belges par naissance et 309 013 des citoyens européens nés hors de la Belgique (25,4 %). Bruxelles compte en outre 398 545 (32,7 %) habitants ayant une autre nationalité par naissance. La majorité de la population bruxelloise n’est donc plus d’origine belge. Mais il y a plus. Les Bruxellois de souche depuis deux générations ou plus ne constituent plus que quelque 20 % de la population. Cela vaut aussi bien pour les Flamands bruxellois enracinés que pour les francophones bruxellois de souche. Bruxelles attire encore toujours des immigrants de l’extérieur de l’Europe. Simultanément, de nombreux citadins – Belges, nouveaux Belges et non-Belges – préfèrent fuir la ville ces dernières années. Ces deux évolutions ont donné à Bruxelles une nouvelle sonorité : les langues qu’on y parle ne sont plus tellement dominées par le français et, loin derrière, le néerlandais, mais de plus en plus par l’anglais et d’autres langues importantes que partagent les nouveaux immigrés. Pour vivre pleinement à Bruxelles et participer à la vie sociale dans son sens le plus large, il vaut désormais mieux être trilingue que bilingue. C’est pourquoi j’ai fait du multilinguisme un thème de campagne en vue des élections régionales de 2019. Après les élections, j’ai réussi à faire intégrer la promotion du multilinguisme dans l’accord gouvernemental pour Bruxelles. J’ai remarqué au cours des négociations que les autres partis autour de la table avaient peu d’objections à formuler aussi longtemps que ce multilinguisme demeurât général et suffisamment vague. Mais dès

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qu’il s’agissait, par exemple, de la nécessité d’augmenter le nombre d’écoles multilingues, les avertissements fusaient que la Région bruxelloise ne devait pas empiéter sur le domaine des communautés, seules compétentes pour l’enseignement à Bruxelles. C’est ainsi que le passage plutôt général suivant a pu être retenu dans l’accord gouvernemental de Bruxelles : « Le Gouvernement développera une politique globale favorisant le multilinguisme des Bruxellois, renforçant ainsi l’identité et la citoyenneté bruxelloises, la promotion sociale et la cohésion sociale au sein de la Région. Cette approche s’étendra, au-delà de l’enseignement, à différents secteurs comme la formation professionnelle, le secteur de l’emploi et la culture. La collaboration en ce sens sera intensifiée avec les Commissions communautaires, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Communauté flamande. » L’accord gouvernemental annonce en outre que Bruxelles invitera les communautés et le pouvoir fédéral à renforcer, par le biais d’un accord de coopération, l’enseignement des langues à l’intérieur du cadre des compétences actuelles. Le gouvernement bruxellois envisage aussi d’améliorer la formation d’enseignants bilingues par le biais d’un accord de coopération entre des instituts supérieurs néerlandophones et francophones, comme il en avait déjà démarré un à Bruxelles lors de la législature précédente. Enfin, des efforts seront réalisés en vue d’améliorer la connaissance des langues parmi les travailleurs. S’appuyant sur le succès de l’enseignement des langues par le biais des formations professionnelles régionales pour adultes, le gouvernement bruxellois veut soutenir le développement de nouveaux modules pour les orientations techniques et professionnelles de l’enseignement. Je me réjouis que cet accord gouvernemental ait suscité une possibilité de discuter du multilinguisme avec les partis bruxellois. Dix ans plus tôt, ce n’aurait pas été le cas. Comme le montrent les

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Baromètres linguistiques, le multilinguisme ne date pas d’hier et peut être considéré comme une caractéristique essentielle des Bruxellois. De tous les Bruxellois. Par ces quelques phrases dans l’accord gouvernemental, nous signalons avec ce gouvernement aux immigrés d’Europe et d’ailleurs qu’ils peuvent se sentir chez eux à Bruxelles et contribuer à l’édification d’une Bruxelles multilingue. En tant que ministre responsable, je percevais régulièrement au-dessous de la ligne de flottaison certains remous et quelque agacement au cours des premières années de notre législature. Surtout quand les choses devenaient plus concrètes. Quelles langues supplémentaires fallait-il prendre en compte ? Quel poids accorder à ces langues ? Tout compte fait, j’envisage dans la vie concrète un sentier praticable : l’enseignement est le catalyseur évident du multilinguisme. Mais la promotion du multilinguisme doit ratisser suffisamment large pour s’enraciner dans d’autres domaines comme l’économie et le marché du travail, l’art et la culture et la promotion de la cohésion sociale dans toute la région. Un des défis importants de ma gestion est l’évolution des compétences concernant le multilinguisme après cette législature. Dans ma politique de multilinguisme, nous opérons par strate. La première strate a été la création d’un Conseil du Multilinguisme, un comité consultatif composé de divers experts, qui m’assiste dans la réalisation de ma politique. Ce nouveau Conseil a connu sa présentation à l’occasion de la première Journée du Multilinguisme en septembre 2020. Cette Journée du Multilinguisme, deuxième strate de ma politique, est destinée à devenir un événement annuel. Lors de la deuxième édition en septembre 2021, nous avons présenté la plaquette bilingue Meer taal in het onderwijs in Brussel – Grandir en multilingue à Bruxelles, à l’école et en dehors. Les enseignants désireux de se mettre au travail avec la diversité linguistique dans leur classe y trouvent toute une série de petits conseils et de tuyaux (‘tips and

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tricks’). La brochure contient une grande diversité d’informations et un aperçu des méthodologies et des projets de multilinguisme dans le contexte de l’enseigne­ment. Pas moins de 4 000 exemplaires de la brochure seront diffusés dans toutes les écoles d’enseignement primaire et secondaire à Bruxelles. En activant les différents leviers de multilinguisme tels que la Journée et le Conseil aussi bien que des projets de multilinguisme comme troisième strate stratégique, notre objectif est de créer une ambiance positive. La Journée annuelle du Multilinguisme est appelée à devenir un événement que les gens attendent avec impatience : professeurs et élèves, entrepreneurs, politiques, parents, amateurs de culture ou encore le secteur associatif. Ainsi l’engagement en faveur du multilinguisme devient-il un courant qu’on ne peut plus simplement arrêter dans une législature suivante. On ne compte d’ailleurs pas les avantages du multilinguisme des personnes : plus on comprend et plus on parle de langues, plus on se sentira vite à l’aise à Bruxelles, mais aussi en Belgique, en Europe et dans le monde entier. Il devient tellement plus facile de comprendre les gens issus d’autres cultures. En plus, être multilingue rend un profil sur le marché du travail tellement plus solide et intéressant. Cette compétence permet aussi de suivre d’un œil critique des médias, des événements culturels et des représentations dans d’autres langues, et de les apprécier (ou non). L’entrepreneur ou le négociant multilingue établira de meilleurs liens avec ses clients grâce à sa maîtrise des langues. Et, last but not least, le multilinguisme est d’une valeur inestimable pour mieux apprendre à connaître ses voisins dans une métropole comme Bruxelles ou de s’intégrer dans une association, un comité de quartier ou un groupe d’intérêts. Ce qui favorise la cohésion sociale dans toute la cité et participe même à rendre Bruxelles moins vulnérable aux risques sanitaires. Nous savons en effet que, lors de la pandémie du Covid-19, la Région bruxelloise s’est vue contrainte d’imposer

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plus longtemps à la population des mesures plus sévères en raison d’un taux de vaccination trop faible. Bref, une première période de politique de promotion du multilinguisme doit être la petite plante qui ne cessera plus de pousser au fil des ans. Aujourd’hui, ma compétence est coordinatrice et horizontale et je ne dispose que de peu de moyens. Mais c’est ainsi que mon mentor, l’ancien secrétaire d’État de Bruxelles Vic Anciaux, s’est mis au travail en 1978 pour la coordination d’une politique migratoire. La note rédigée par lui à cette époque est devenue une base incontournable. Depuis, Paula D’Hondt en tant que commissaire royale à l’Immigration et plusieurs ministres ont mis sur les rails une politique d’intégration et d’insertion citoyenne. Le multilinguisme navigue dans le sillage de l’intégration et l’insertion citoyenne. Bien que Bruxelles ne soit pas le vaisseau amiral en matière d’insertion citoyenne et d’intégration, elle occupe les premiers rangs en matière de multilinguisme. C’est pourquoi je propose au dernier chapitre de ce livre un programme en faveur du multilinguisme en dix points, susceptible d’être développé après les élections de 2024. Le point de départ est ma propre ville hyperdiversifiée. Il est plus courant dans une ville de rencontrer une personne qu’on ne comprend pas que dans un village de campagne. Les villes sont des environnements internatio­naux, des endroits où germent le plus souvent des innovations économiques et culturelles qui vont ensuite se diffuser. Mais les villes sont aussi des endroits où éclatent plus souvent des conflits ou des choses moins agréables qui incitent des habitants à quitter la ville pour trouver une existence plus tranquille. Une chose est sûre : l’extraordinaire multilinguisme qui caractérise aujourd’hui Bruxelles se diffusera en Flandre et en Wallonie. À partir des villes se forme une vague qui deviendra irrésistible dans toute l’Europe. Lire ce livre sur le multilinguisme, c’est jeter un regard vers l’avenir.

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Dans ce livre, il est tout d’abord question de langues et d’êtres humains. Les gens se montrent par le biais de la langue qu’ils parlent. La langue est le moyen le plus explicite pour apprendre à connaître quelqu’un. C’est par la langue qu’on dévoile son âme. On est alors la langue qu’on parle. Mais la langue peut évidemment aussi servir de moyen pour dissimuler son âme. Le fait de parler et de comprendre plusieurs langues élargit notre univers. Il nous permet d’apprendre à connaître plus vite les autres et, à travers eux, leur culture, leurs coutumes, leur façon de penser.

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