l’histoire de la BELGIQUE
en 100 cartes anciennes
l’histoire de la BELGIQUE
en 100 cartes anciennes
Philippe De Maeyer Michèle Galand Bram Vannieuwenhuyze Guy Vanthemsche
Les cartes anciennes et notre désir d’explorer le temps David Van Reybrouck
« J’
ai du mal à comprendre », lui dis-je en lui tendant mon carnet et mon stylo. « Est-ce que vous pourriez me faire un croquis ? » Je me trouve au foyer des vétérans dans la ville de Manado, à la pointe nord de l’île de Sulawesi, ou Célèbes en français. C’est ici que commença l’invasion de l’Indonésie par l’armée japonaise, le 11 janvier 1942. Navires, raids aériens, parachutistes… la guerre dans toute son horreur. Hendrik Pauned Muntuuntu me lance un regard surpris. Âgé de 15 ans à l’époque, il en a 89 aujourd’hui. Il m’a confié à l’instant avoir vu des barges de débarquement japonaises « sur la plage de Kema ». Attendez, où ça exactement ? J’ai besoin d’un plan d’ensemble. « Bien sûr », dit-il d’un ton hésitant. Il semble trouver ma question étrange. Tout le monde sait où se trouve Kema, non ? Il se met ensuite à dessiner dans mon carnet : la péninsule de Minahasa, la ville de Manado, la direction d’où venaient les navires de guerre japonais, la marche des soldats vers l’aéroport, l’endroit où stationnait l’armée néerlandaise, et enfin, la plage de Kema. Il s’applique pendant une bonne vingtaine de minutes, ajoutant sans cesse de nouveaux détails à son plan. Il note des noms, trace une nouvelle route, épaissit une flèche. Pendant ce temps, il poursuit sans interruption le récit des événements dont il a été témoin. Je griffonne à mon tour quelques-unes de ses explications. À la fin, je me retrouve avec une page de carnet d’apparence chaotique, mais qui contient en réalité une carte très précise du début de l’invasion japonaise en Indonésie. Lorsque je consulte par la suite des rapports militaires japonais, tout s’avère correct dans les moindres détails. C’est stupéfiant. Comment expliquer qu’une telle carte puisse vous procurer tant de renseignements et vous faire comprendre si bien une situation d’un seul coup d’œil ? Et comment se fait-il que la cartographie alimente tant de récits ?
Même les cartes géographiquement ou historiquement « incorrectes » contiennent des trésors d’informations sur la manière dont les gens expérimentent ou imaginent l’espace. La carte très approximative de Lubumbashi, la deuxième ville du Congo, qu’un de mes informateurs dessina au cours d’un entretien, indiquait exactement les limites de son monde et le rapport entre ces frontières invisibles et le plan de la ville coloniale d’il y a un demi-siècle. Il en va de même avec les cartes « erronées » reproduites dans le présent ouvrage. En examinant la carte de l’Europe occidentale dessinée par Lambert de Saint-Omer en 1121, on se rend compte à quel point les Alpes et les Pyrénées formaient des obstacles redoutables et apocalyptiques dans la mentalité médiévale. La carte des voies navigables du comté de Flandre, qui date de 1452, permet de dresser une carte mentale des relations économiques de l’époque : Bruges, telle une grande et solide roue de charrette, domine le reste du paysage. Et que dire de ce projet utopique de « Cité mondiale » reproduit sur une carte fascinante de 1913 ? Plus vaste que Bruxelles, cette ville dédiée à la science, au progrès et à la paix dans le monde devait voir le jour entre Tervuren et Sterrebeek. Elle illustre combien les aspirations pacifistes étaient encore vivaces à la veille de la Première Guerre mondiale. Les cartes ne lèvent pas seulement un coin du voile sur le passé, mais nous en disent aussi long sur ce que les gens d’alors prenaient pour la réalité – ou rêvaient de voir réalité. Si j’éprouve une telle passion pour les cartes anciennes, c’est parce qu’elles nous convient à un voyage en trois dimensions : l’espace, le temps et l’imaginaire. Ce voyage est d’autant plus intense que l’on connaît bien la région. Les vieilles photos de personnes connues suscitent toujours une émotion plus vive que les clichés d’étran-
Une réédition de la table de Peutinger au XIXE siècle. Konrad Miller, Die Weltkarte des Castorius, genannt die Peutingersche Tafel, Ravensbourg 1888.
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gers, aussi beaux soient-ils. Seule cette familiarité vous incite à chercher les différences, à imaginer comment était la vie autrefois et à accepter l’impossibilité frustrante d’assouvir cette curiosité. La recherche historique n’est pas une descente dans le gouffre du temps, c’est le désir d’entreprendre cette descente. Car on se heurte inéluctablement à la rambarde du présent, par-dessus laquelle on ne peut que tenter de sonder les profondeurs. Contempler une carte, c’est comme se rapprocher un bref instant du passé. Chaque coup d’œil soulève de nouvelles questions. Comment était-ce de circuler sur cette chaussée romaine entre Cologne et Bavay, qui figure sur la table de Peutinger ? De quels bruits résonnaient les alentours de Bruges, si brillamment peints par Pieter Pourbus par une belle journée printanière de 1561 ? Les conversations et les manières étaient-elles vraiment si raffinées dans ce cercle d’aristocrates pommadés qui fréquentait la ville thermale de Spa en 1780 ? Nous ne pourrons jamais en faire l’expérience mais les cartes, telles des fenêtres s’ouvrant sur le passé, nous invitent à la rêverie. Nous imaginons les moutons, les voiliers, les tintements de cloches, les coups de canon. Nous croyons même sentir l’odeur de l’herbe fraîchement coupée.
avec leurs montres à gousset et leurs favoris descendant dans les carrières qui longent la Meuse pour étudier les couches géologiques. Et que dire de cette carte des opérations de sabotage établie par l’occupant allemand en décembre 1943 ? Tous ces points entourant certaines villes nous rappellent que des résistants risquèrent leur vie pour gagner notre liberté. La présente collection a ceci de très particulier qu’elle ne nous propose pas uniquement des cartes géographiques. On y trouve aussi le plan d’un temple maçonnique ou l’aménagement intérieur d’un paquebot de la Red Star Line, par exemple. Ces dessins nous permettent de plonger dans la topographie intime de l’existence humaine : nouvelles formes de spiritualité au XIXE siècle, nouvelles expériences de compatriotes partis chercher fortune ailleurs… Qui plus est, ce livre démontre une fois de plus que la Belgique ne se cantonne pas dans son territoire. Les projets coloniaux, la construction de chemins de fer en Chine, les migrations depuis et vers notre petit pays confirment que l’histoire nationale ne s’arrête pas aux frontières.
À vrai dire, la cartographie est une forme de poésie. Comme les poèmes, les cartes suggèrent une foule de choses avec une grande économie de moyens. Comme les poèmes, elles nous invitent à une lecture plurielle : de la première impression générale à l’exploration du moindre détail. Comme les poèmes, elles nous font errer longuement sur une page. Elles nous envoûtent au fur et à mesure que nous pénétrons plus loin, elles captivent notre attention et nous font « perdre le nord ». Seuls deux genres de livres parviennent à nous faire fixer la même page aussi longtemps : l’atlas et le recueil de poésie. Ce sont là deux formes de voyage fabuleux : la lecture-quête de l’amateur de poésie, le regard scrutateur du passionné de cartes anciennes. Prenez les feuilles absolument stupéfiantes de la célèbre carte de Ferraris (1777). On pourrait les contempler pendant des heures, en laissant son esprit flotter ou vagabonder librement au-dessus de et à travers les paysages du XVIIIE siècle. Ou prenez cette carte géologique de 1856, d’une richesse incroyable : elle n’évoque pas seulement les mers tropicales à l’origine des strates calcaires dans les Ardennes, mais aussi d’élégants messieurs
Longtemps les cartes ont été considérées comme de simples illustrations de l’histoire, aussi belles soient-elles. Je suis de plus en plus convaincu du contraire : l’histoire se résume souvent à quelques (trop) longues notes en bas de page de la cartographie. Regarder une carte, c’est déjà savourer le passé. Tout le reste est de l’histoire.
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Photo d’une double page d’un carnet de notes utilisé par David van Reybrouck en Indonésie. En bas à gauche, le plan dessiné par Hendrik Pauned Muntuuntu. L’informant, qui avait appris le néerlandais à l’époque coloniale, s’est également efforcé d’écrire le nom de l’auteur (en haut à droite). Van Reybrouck a dû lui expliquer que la graphie des noms flamands était moins phonétique que ceux des noms néerlandais. Manado, Sulawesi du Nord, 25 janvier 2016.
Sommaire et ligne du temps Vers 500
Xe siècle
1307
1452
L’établissement des Francs p. 24
L’Empire carolingien s’effrite p. 27
La naissance de la cartographie fonctionnelle p. 38
La course à la mer p. 46
p. 30
p. 20
1491 1492 Juridictions locales p. 54
La principauté de Liège p. 57
p. 42
p. 34
p. 50
400
1121
1274
1356
1467
1473
Une carte routière de l’Empire romain
Retour au calme après des temps troublés
La Flandre contre la France
Une Joyeuse Entrée consolide le Brabant
Mort de Philippe le Bon
Les Pays-Bas bourguignons
p. 16
58 av. J.-C. Jules César part à la conquête de la Gaule
1612
1589 1593 Mort de Christophe Plantin
1585 Essor et déclin d’Anvers p. 112
L’ABC des anciens Pays-Bas p. 126
La gestion des domaines aristocratiques p. 116
1659
1598
Abbayes et couvents p. 139
La ContreRéforme p. 119
p. 122
p. 132
p. 142
1600
1640
1661
Un Orange dans les Pays-Bas méridionaux
Bruxelles, ville de cour et de gouvernement
La chasse dans la forêt de Soignes
p. 108
p. 129
p. 136
p. 146
1583
1598
1635
1645
1666
Leo Belgicus
Au travail, Les archiducs Albert et Isabelle, les arpenteurs ! souverains des Pays-Bas méridionaux
La mer belge sur la Lune
Les Pays-Bas espagnols au cœur des rivalités
1550
1501
1581
Urbanisation et rétrécissement urbain p. 76
La naissance des postes internationales p. 60
1512
1533
Le jardinet de Hainaut p. 104
1559
Naissance de L’université Gérard Mercator de Louvain p. 64
Les évêchés redessinés p. 80
p. 68
p. 84
p. 72
1541 La production de globes
p. 100
p. 96
1549
1561
1573
1576
Les Pays-Bas unifiés
Peinture et cartographie
La forêt ardennaise
Viglius van Aytta
p. 88
p. 92
1569 1570 La projection de Mercator
Une scène de la dislocation des Pays-Bas
1555 Abdication de Charles Quint
1697
1713
Les Délices des Pays-Bas p. 154
Début du régime autrichien dans les Pays-Bas méridionaux
1712 La question des frontières p. 160
p. 157
1701
La guerre de Succession d’Espagne p. 150
1695 Le bombardement de Bruxelles
1717
1760
1780
Le tsar Pierre le Gestion de l’eau Grand séjourne à Spa et hygiène p. 172
1718
1768
Une barrière contre la France p. 164
Le réseau routier des Pays-Bas autrichiens p. 176
p. 168
1727 La Compagnie d’Ostende au Bengale
La cour à la campagne p. 188
1780 Transformations urbanistiques p. 184
p. 180
p. 192
1777
1780
Marie-Thérèse et Joseph de Ferraris
Les débuts du tourisme thermal p. 196
1783 L’estuaire de l'Escaut à nouveau endigué
1788 La géographie devient une matière scolaire p. 200
1789
1802
1830
Cadastre primitif p. 220
La Révolution belge p. 234
1802
Révolution brabançonne et Révolution liégeoise
Vandermaelen fonde l’Établissement géographique de Bruxelles p. 238
p. 204
p. 212
Les débuts du régime français
Découverte de la cuisine belge p. 299
1894 Suffrage universel plural pour hommes
1902 Une concession belge en Chine p. 306
p. 230
p. 223
1802
1815
1816
La côte belge cartographiée
Le Royaume-Uni des Pays-Bas
Reconnaissances militaires
p. 246
p. 226
p. 216
1889
1802
1815
Suppression des monastères
La bataille de Waterloo
1835 Pionnière du chemin de fer sur le continent européen
1905
1913
Le gouvernement encourage l’émigration p. 310
Une Cité mondiale à Tervuren p. 328
1909 1908 Moresnet neutre p. 314
1919
Courses dans les collines ardennaises p. 320
Le rêve chimérique d’une « Grande Belgique » p. 339
p. 342
p. 324
p. 317
1908 1909 La francmaçonnerie
p. 302
1900 Lutte contre le vagabondage
Fondation du Dépôt de la Guerre p. 242
1830
Napoléon investit dans le port d’Anvers p. 208
1800
1831
1920
La montée des mouvements syndicaux p. 332
Modification des frontières après le traité de Versailles
1919
p. 336
1914
1918
La Première Guerre mondiale
La Flamenpolitik de l’occupant allemand
Suffrage universel pur et simple pour hommes
p. 346
1921 La reine des stations balnéaires
1850
1838
Bras de fer entre catholiques et libéraux p. 274
Extension et embellissement de la capitale p. 254
1841 L’Atlas des chemins vicinaux p. 258
1885 L’État indépendant du Congo p. 293
1843
1859
1865
Échec d’une colonie en Amérique centrale p. 266
L’Atlas cadastral de Popp p. 282
Mort de Léopold Ier, premier roi des Belges
p. 286
p. 262
p. 296
1842
1864
Pauvreté et inégalités sociales
Un directeur de charbonnage achète un château p. 270
p. 250
p. 278
1837
1846
1855
La Belgique, carrefour routier
La naissance des télécommunications
Cartes géologiques
La Belgique cartographie ses colonies p. 350
1871 L’axe industriel wallon en plein essor
1964 Une femme pionnière de la cartographie p. 386
Un « paradis pour mineurs » en bruyère campinoise p. 362
1931
1940
« Ma voiture, ma liberté » p. 358
La campagne de dix-huit jours p. 366
1943 Occupation et Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale p. 370
1958
1929 Les débuts de l’aviation civile
1960
Les hauts lieux de la littérature p. 382
p. 374
p. 354
La Belgica explore l’Antarctique
p. 290
1940
1927
1898
p. 378
1950
1958
Le centre européen de la BD
Expo 58
1948 Les femmes obtiennent le droit de vote pour le parlement
Indépendance du Congo
1970 La fin annoncée de la Belgique unitaire p. 390
L’histoire de la Belgique par les cartes
L
’histoire peut se transmettre de multiples manières. Le présent ouvrage se propose de vous la raconter au travers des cartes. En effet, celles-ci jettent un éclairage unique sur les événements et les évolutions historiques. Quel que soit le thème abordé, on trouve immanquablement une carte qui s’y rapporte. Des batailles célèbres, comme celles des Éperons d’Or ou de Waterloo, ont été cartographiées, le plus souvent après coup. D’autres cartes illustrent l’unification des Pays-Bas méridionaux et septentrionaux, ou au contraire leur désintégration. Les grands propriétaires fonciers aimaient dresser les plans de leurs terres, tandis que l’administration recourait à des cartes pour taxer ceux-ci efficacement. Le comte de Ferraris cartographia les Pays-Bas autrichiens pour des raisons militaro-stratégiques, alors que les éditeurs de cartes commerciales, tels Ortelius, Hogenberg, Fricx, Popp et Vandermaelen, voulaient surtout en tirer des bénéfices. D’innombrables cartes furent réalisées pour régler des litiges ou pour planifier et exécuter des travaux publics. À partir du XIXe siècle, les cartes furent également de plus en plus utilisées dans l’enseignement et à des fins touristiques. Même les bandes dessinées en font régulièrement usage. Toutefois, les cartes ne sont pas seulement utiles ; depuis des siècles, elles suscitent l’admiration, que ce soit sous forme de cartes murales ou en tant que décoration d’objets et de gadgets divers. Et parfois, on ne peut s’empêcher de sourire en voyant certaines cartes, comme cette représentation de la Belgique en cheval Bayard portant les quatre fils
Aymon. Cette carte satirique de l’illustratrice britannique Lillian Tennant, publiée en 1912, nous a semblé idéale pour orner la couverture de ce livre. Les cartes offrent une représentation spatiale des objets et de leurs relations mutuelles, montrent des situations paysagères ou territoriales, en donnent une explication et une interprétation. En outre, quantité de cartes ont vu le jour dans des circonstances spécifiques, telles que la conclusion d’un traité, l’organisation d’un événement ou l’étude d’un phénomène particulier. Les cent cartes que nous avons sélectionnées dans ce livre mettent en lumière autant d’aspects de l’histoire de Belgique. Elles font toutes référence à (des parties de) l’actuel territoire belge et à des événements vécus par les habitants de ces régions. Nous entendons donc les termes « Belgique » et « belge » au sens le plus large possible et couvrons une période d’environ deux mille ans, depuis la guerre des Gaules en 58-51 av. J.-C. jusqu’à la réforme de l’État en 1970. L’Histoire de la Belgique en 100 cartes anciennes ne vise en aucun cas l’exhaustivité. Des cartographes célèbres tels que Mercator, Ferraris et Vandermaelen y sont bien sûr abordés, ainsi que des événements cruciaux comme les changements de régime, les guerres, les vagues migratoires, l’urbanisation, les (ré)organisations politiques, les percées scientifiques, les développements socio-économiques ou les tendances culturelles significatives. Outre la grande variété de cartes et de plans présentés, nous nous intéressons également à des aspects méconnus ou moins positifs de l’histoire et de la cartographie. Ce faisant, nous avons veillé à respecter un équilibre géographique, non seulement entre les trois grandes régions de la Belgique actuelle (Flandre, Wallonie et Bruxelles), mais aussi entre les différentes sous-régions ou encore entre les villes et les campagnes. D’un point de vue chronologique, cet équilibre était plus difficile à réaliser, le nombre de cartes conservées diminuant à mesure que l’on remonte dans le temps. Les cent contributions de ce livre adoptent plus ou moins la même structure. Elles présentent d’abord une reproduction de la carte principale, qui s’étale le plus souvent sur deux pages. Le texte occupe également toujours deux pages et commence par dater la carte ou les événements historiques traités – nous expliquerons brièvement plus loin pourquoi ces dates ne correspondent pas toujours. Le titre principal évoque le fait historique, le sous-titre fait le lien avec la carte principale sélectionnée et mentionne souvent aussi le nom du cartographe ainsi
La Belgique représentée en cheval Bayard portant les quatre fils Aymon. Carte satirique dessinée par Lilian Tennant et incluse dans le recueil Stories of Old de E. L. Hoskyn, 1912. Londres, British Library, Maps 222.a.68.
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que le thème et la date de la carte. Viennent ensuite une série de données « techniques » sur la carte principale. Certaines cartes peuvent également être consultées en ligne, par exemple dans une banque d’images ou un catalogue numérique, ce qui permet de les examiner en détail. Dans ce cas, nous l’avons signalé par un symbole ( ). Dans le texte même, l’histoire est généralement abordée en premier, pour ensuite expliquer son rapport avec la carte principale. Lorsque le thème concerne l’histoire de la cartographie, la distinction entre les deux sections disparaît. Les quatre auteurs principaux ont rédigé quelque quatrevingts contributions ; les autres laissent la parole à des experts. Vous trouverez en fin d’ouvrage une brève notice biographique de chaque auteur. Certains d’entre eux ont également collaboré à De geschiedenis van Nederland in 100 oude kaarten, dirigé par Marieke van Delft et Reinder Storm, autre ouvrage de cartographie splendide paru en 2019.
Gravure montrant l’intérieur d’un magasin de cartes par Jacob Folkema [1720-1772]. À droite, des acheteurs potentiels examinent une carte ; à gauche, un homme fouille dans une pile de cartes. La scène est entourée d'un cadre élégant, avec au centre l’Atlas qui porte le poids du monde sur ses épaules. Amsterdam, Rijksmuseum, rp-p-ob-52.158.
(re)découvertes scientifiques, la centralisation et la bureaucratie croissantes, les voyages d’exploration et la colonisation d’autres continents, l’expansion des flux commerciaux et la naissance du capitalisme, la maîtrise toujours plus grande du paysage et les nombreuses vicissitudes de la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648). Le centre de gravité se trouvait alors dans les PaysBas méridionaux. Gemma Frisius édita à Louvain son travail pionnier sur la triangulation, tandis que Jacques de Deventer, Jean et Jacques Surhon et Christian Sgrooten cartographièrent en détail les régions et les villes des anciens Pays-Bas. L’Italien Lodovico Guicciardini, qui s’était fixé à Anvers, publia en 1567 une description des Pays-Bas qui allait jouir d’une immense popularité, Abraham Ortelius y produisit trois ans plus tard le premier atlas mondial moderne et Gérard Mercator mit au point une méthode de projection qui posa les bases théoriques de la cartographie ultérieure. Frans Hogenberg, graveur et cartographe à Malines, réalisa des gravures des villes les plus importantes et publia, avec le chanoine Georg Braun de Cologne, un atlas des villes en plusieurs volumes qui fera l’objet de nombreuses rééditions.
Le livre est construit de manière chronologique. Les lecteurs qui le consulteront dans cet ordre pourront se faire une bonne idée non seulement de l’histoire de la Belgique, mais aussi de certaines évolutions cartographiques importantes dans les anciens Pays-Bas et au-delà. Comme ces connaissances de base sont importantes pour l’interprétation des cartes, nous en résumons ici les principaux aspects. Le livre s’ouvre sur De Bello Gallico, le récit de la guerre des Gaules par Jules César, juste avant le début de l’ère chrétienne. À peine dix contributions plus loin, nous sommes déjà à la fin du Moyen Âge, dans les dernières années du XVe siècle. Il va sans dire que bien des choses se sont passées au cours de ces quinze siècles, mais les cartes qui datent de cette période sont rares. Il ne nous reste qu’un nombre réduit de mappae mundi, de plans d’arpenteurs et de cartes régionales. Ces documents permettent toutefois d’éclairer divers phénomènes médiévaux de premier plan, tels que la Renaissance du XIIe siècle, l’importance de la ville marchande de Bruges et de la région du Zwin, ou la montée en puissance du duché de Brabant. Pour les autres phénomènes, nous nous tournons vers des cartes plus récentes. Les spécialistes les appellent « cartes historiques », « cartes d’histoire » ou parfois « cartes de reconstitution », parce qu’elles illustrent des événements et des évolutions appartenant au passé. C’est pour cette raison que les dates de la carte principale et du phénomène traité ne coïncident généralement pas. Au XVIe siècle, la cartographie connut un âge d’or dans les anciens Pays-Bas. On mit alors en cartes l’ensemble du territoire et toutes les régions et villes importantes. Cette activité se concentrait surtout dans la ville universitaire de Louvain et dans les cités marchandes de Bruges et d’Anvers. Les cartes étaient reproduites par des imprimeurs et éditeurs à l’intention d’un public plus large qui, il est vrai, resta pendant longtemps essentiellement composé d’hommes nantis et puissants. Les causes de la floraison de la cartographie au XVIe siècle sont multiples : les
Un « cartographe de chambre » au travail. Cette gravure de Vincent Vander Vinne, intitulée « Zo Gaat Men Veilig », illustre le mot biblique « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » dans le livre d’emblèmes Leerzaame Zinnebeelden d’Adriaan Spinniker, Haarlem, Izaak vander Vinne, 1714, p. 122.
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Grande carte figurative de la côte de la mer du Nord entre Grevelingen et Biervliet, attribuée à Adriaan de Villegas, après 1640. Anvers, The Phoebus Foundation, inv. nr. 3288.
Après la chute d’Anvers en 1585, l’activité cartographique se déplaça vers les Pays-Bas du Nord ou Provinces-Unies. Amsterdam devint le principal centre de production de cartes et d’atlas, et ce, au niveau mondial. Toutefois, les imprimeurs et cartographes d’envergure qui travaillaient à Amsterdam à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle étaient presque tous originaires des Pays-Bas méridionaux. Les noms de Cornelis Claesz, Jodocus Hondius, Petrus Kaerius ou Petrus Plancius ne vous disent peut-être rien, mais ils ont joué un rôle majeur dans le développement de la cartographie à Amsterdam. Qui plus est, de nombreuses éditions cartographiques se basaient à l’époque sur les publications de Guicciardini, Ortelius, Mercator, Braun et Hogenberg. De nouveaux cartographes et éditeurs de cartes tels que Blaeu, Janssonius, De Wit, Van Keulen et Covens & Mortier s’appuyèrent sur ces prédécesseurs pour mener la cartographie commerciale à son apogée. Les éditeurs engageaient des arpenteurs et des cartographes, faisaient l’acquisition de leurs cartes ou en copiaient d’autres, les faisaient imprimer et les vendaient à profit.
Dans les Pays-Bas méridionaux, restés catholiques et aux mains des Habsbourg, cette évolution se produisit également, mais à une échelle beaucoup plus réduite et sans un tel retentissement. Ce n’est que vers la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe que certains cartographes et éditeurs sortirent de l’ombre. Les plus célèbres sont la famille de cartographes Van Langren originaire d’Amsterdam, le graveur Jacques Harrewyn et l’éditeur Eugène-Henri Fricx, tous actifs à Bruxelles. Mentionnons également le prêtre et historien Antoine Sanderus, qui reprit le flambeau de Guicciardini en publiant une description détaillée et illustrée du comté de Flandre au début des années 1640, la célèbre Flandria Illustrata. En 1659-1663, Sanderus publia également sa Chorographia Sacra Brabantiae, sur l’histoire des abbayes et des monastères brabançons. Parallèlement au circuit commercial, mais souvent en lien étroit avec celui-ci, il existait une cartographie dite institutionnelle ou fonctionnelle. D’innombrables cartes furent produites à la demande des autorités locales ou supralocales. C’était le cas, par exemple, lors de la construction d’une nouvelle route, d’un canal, d’une digue ou d’un polder, ou encore lors de la conception d’un nouveau quartier ou lotissement. D’autres cartes furent dressées en vue d’arbitrer des litiges de droit privé ou public relatifs à des successions, querelles de voisinage, questions fiscales ou contestations frontalières. La hiérarchie militaire avait quant à elle besoin de cartes pour préparer ses opérations de guerre, assurer la défense et former ses officiers. On assista par conséquent à un foisonnement de cartes fonctionnelles. Il s’agit presque toujours de cartes à grande échelle dessinées à la main – et donc uniques – qui décrivent en détail la topographie locale. Certaines d’entre elles sont particulièrement élaborées et comportent de magnifiques cartouches et ornements, surtout si la commande émanait de riches propriétaires terriens ou si les cartes devaient également remplir une fonction de représentation. Dans ces derniers cas, on réalisa notamment de grandes cartes murales ou des registres appelés « terriers » pour permettre à tout un chacun de se faire une idée des possessions de tel ou tel propriétaire. Nombre de ces cartes sont l’œuvre d’arpenteurs inconnus et d’érudits locaux. Certains d’entre eux sont évoqués dans ce livre.
Vue d’ensemble du système métrique, accompagnant la Carte physique, politique & administrative de la Belgique, publiée par J. Dosseray à Bruxelles en 1884. Amsterdam, UvA Allard Pierson, otm : hb-kzl 29.02.26.
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À la fin du XVIIe siècle, l’épicentre de la cartographie se déplaça vers les capitales de grandes puissances comme la France, l’Angleterre et l’Empire des Habsbourg. Au XVIIIe siècle, la cartographie française prit le dessus, si bien que de nombreuses cartes produites à cette période portent l’empreinte française. La cartographie s’inspira en outre des principes des Lumières, en mettant l’accent sur la sobriété, la rigueur, l’exhaustivité et l’exactitude géométrique. Ce n’est pas un hasard si les grands projets cartographiques du XVIIIe siècle furent orchestrés depuis l’étranger. Dans les années 17451748, une armée d’ingénieurs-géographes fut chargée par le roi de France Louis XV de travailler sur la carte dite de Villaret, qui restera toutefois inachevée. Ils se basèrent sur le réseau de triangulation établi par le Français Cassini de Thury. Trente ans plus tard, en 1777-1778, la célèbre carte de Ferraris fut produite dans des circonstances analogues, mais cette fois la commande émanait de l’impératrice d’Autriche MarieThérèse, qui régnait sur les Pays-Bas méridionaux. Il s’agit de la première carte topographique à grande échelle couvrant la quasi-totalité du territoire de la Belgique actuelle. À la fin de l’Ancien Régime et au lendemain de la Révolution française, la société subit de profondes mutations. La cartographie ne fut pas épargnée, même si les principales réformes n’eurent lieu qu’au XIXe siècle. Mais ces changements furent si radicaux qu’ils contribuèrent à forger l’image idéale de la carte et, partant, de la cartographie. À l’heure actuelle, nous utilisons des cartes principalement lors de nos déplacements. À cet effet, nous avons d’ordinaire recours à une carte d’étatmajor, à une carte routière, à une carte de randonnée pédestre ou cycliste, mais aussi et de plus en plus souvent, à des cartes électroniques intégrées à un système de navigation ou provenant d’un service en ligne. Ces cartes doivent bien entendu être « correctes » si l’on veut éviter de se tromper de chemin. Or, de telles cartes – et l’image idéale que nous en avons – ne devinrent la norme qu’au XIXe siècle, lorsque les États-nations créèrent des bureaux topographiques et firent cartographier méticuleusement l’ensemble de leurs territoires. Avec la carte de Villaret et celle de Ferraris, les PaysBas méridionaux avaient déjà été cartographiés de manière systématique au XVIIIE siècle. Au siècle suivant, les régimes successifs poursuivirent sur cette lancée. Ce fut tout d’abord le Bureau topographique, fondé au Royaume-Uni des PaysBas le 18 février 1815, qui se chargea de dresser les cartes topographiques. Ensuite, après la Révolution belge, il fallut attendre plusieurs décennies pour que soit créé le Dépôt de la Guerre (1865), un organisme public rebaptisé à plusieurs reprises : Institut cartographique militaire (à partir de 1878), Institut géographique militaire (à partir de 1947) et enfin Institut géographique national (à partir de 1976). Cette entité produisit plusieurs séries de cartes topographiques du territoire belge.
Travail de terrain des arpenteurs, avec leurs instruments, sur la page de titre du manuel Practijck des Lantmetens, Leyde, 1600. La Haye, KB, kw 1791 f 103 [1].
Au XIXE siècle, la cartographie thématique prit également forme. Ces cartes illustrent la répartition, la nature et/ou l’ampleur de certains phénomènes ou thèmes, comme le niveau d’instruction, le taux de mortalité, les épidémies, les croyances religieuses, la mobilité, les rendements agricoles, la santé, la prospérité économique ou les résultats électoraux. Ces données sont généralement différenciées à l’aide de symboles ou de couleurs. L’invention de la lithographie au XIXE siècle facilita le développement de ces cartes thématiques. Jusqu’alors, les deux techniques d’impression majeures – la gravure sur bois et la gravure sur cuivre – ne permettaient d’utiliser qu’une seule couleur (impression monochrome). Les cartes étaient donc généralement imprimées à l’encre noire et coloriées à la main par la suite, un procédé laborieux et coûteux. La lithographie rendait désormais possible l’impression en plusieurs couleurs (polychrome), ce dont profita la cartographie thématique. Ces cartes thématiques font désormais partie intégrante de notre quotidien, notamment dans les domaines de la science et de l’administration : presque tous les phénomènes sociaux sont représentés sur des cartes. Vous trouverez également dans ce livre plusieurs cartes thématiques des XIXe et XXe siècles. La percée de la carte topographique et l’essor de la cartographie thématique n’ont pas entraîné la disparition soudaine des autres types de cartes, bien au contraire. Au début du XIXe siècle, les Français instituèrent le cadastre. Au cours des
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être les apercevoir dans un bâtiment officiel, comme la carte de Pourbus dans l’édifice principal du Franc de Bruges sur la place du Bourg, mais la plupart des autres cartes lui restaient inaccessibles. Aux XIXe et XXe siècles – on ne saurait dire à partir de quand exactement – un phénomène de démocratisation se produisit grâce surtout à l’utilisation de cartes dans l’enseignement, mais aussi à l’essor des loisirs et de la mobilité et aux plans cadastraux. Les cartes firent également leur apparition dans l’espace public, par exemple aux arrêts de bus et de tram, dans les gares, à l’entrée des réserves naturelles ou des sites touristiques. Soyez toutefois avertis que bon nombre de cartes reproduites dans ce livre montrent principalement la vision du monde et de la société prônée par les élites.
Densité par canton de milice de la population de la Belgique 1869, un exemple typique de carte thématique, montrant la densité de la population belge par canton en différentes nuances de vert. Bruxelles, KBR, Cartes et Plans, xiii b Belgique gén. - 1869 - gt’sas - iv 6168.
Terminons cette introduction par quelques considérations d’ordre technique. Aujourd’hui, les satellites et les drones permettent de photographier le monde avec une extrême précision ; jadis, ce n’était bien sûr pas le cas et les cartographes utilisaient d’autres méthodes. Au début de l’ère chrétienne, le géographe grec Claude Ptolémée tenta de représenter le monde en énumérant la longitude et la latitude de quelque 8 000 lieux. Si aucune carte de Ptolémée n’a survécu, ses écrits furent par contre « redécouverts » à la fin du XIIIe siècle et imprimés à partir du XVe siècle. D’autre part, de nombreux cartographes se basèrent sur ses calculs pour dresser leurs cartes. Cartographier la surface terrestre, intégralement ou en partie, implique toujours une sélection et une abstraction de la réalité, même si l’on veut la représenter fidèlement (« d’après nature »). Pour les cartes à petite échelle (qui couvrent de vastes zones), la distorsion la plus évidente consiste à traduire la forme sphérique de la terre en une surface plane. À cette fin, diverses méthodes furent développées au cours des siècles, qui entraînaient toujours une déformation de la réalité. En fonction de son objectif, le cartographe choisit une projection particulière. La plus connue est la projection de Mercator, nommée d’après le géographe flamand qui la formalisa en 1569. Elle fut si abondamment utilisée dans les atlas (scolaires) des XIXe et XXe siècles qu’elle finit par façonner notre image du monde. Les cartes réalisées selon cette projection sont celles qui nous sont le plus familières. Les cartes à grande échelle (d’une zone limitée de la surface terrestre) nécessitent d’autres méthodes. Les arpenteurs, qui se formaient généralement auprès de leur père ou d’un maître, utilisaient divers instruments pour mesurer les angles et les distances. Ce n’est qu’à partir des XVIe et XVIIe siècles que ces connaissances furent consignées dans des traités. En 1533, Gemma Frisius décrivit à Louvain une méthode précise de cartographie d’un territoire ou d’un paysage basée sur la triangulation, dont les principes étaient en fait déjà connus depuis l’Antiquité : il suffit de mesurer deux angles et la longueur d’un côté d’un triangle pour calculer le troisième angle et la lon-
décennies suivantes, un plan cadastral fut établi pour chaque village. Lorsque la Belgique devint indépendante en 1830, pratiquement toutes les propriétés belges étaient répertoriées. Des éditeurs privés tels que Philippe-Christian Popp et Philippe Vandermaelen furent autorisés à commercialiser ces plans cadastraux. D’autres cartes commerciales restèrent en vogue, notamment sous l’influence de l’expansion industrielle et urbaine et de l’essor du tourisme, de la consommation et des médias de masse, ainsi que des nouveaux moyens de transport tels que la bicyclette, la moto et la voiture. Par ailleurs, certaines cartes continuèrent à jouer un rôle ornemental ou représentatif : les cartes satiriques des revues et des journaux commentaient l’actualité, et des « cartes gadgets » firent leur apparition sur les jeux de société, les souvenirs, les décorations murales, les vêtements, les articles de bureau, etc. Ces cartes gadgets peuvent sembler être un produit typique du XXE siècle, mais elles remontent en fait aux cartes murales et atlas richement ornementés et coloriés qui devaient souligner le statut social des élites politiques, économiques, culturelles et militaires à partir du XVIe siècle. Jusqu’au XIXe siècle, les cartes furent essentiellement des produits de luxe. Le commun des mortels pouvait peutDes millions de personnes et de familles consultaient les cartes Michelin pour leurs trajets, excursions et voyages. Cet exemplaire de la région MonsLuxembourg date des années 1920-1930. Bruges, Cultuurbibliotheek, de01c, carte n° 4.
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Plan de la ville d’Anvers, publié par Louis Granello et lithographié par Arthau en 1840. Bien qu’il s’agisse d’une lithographie, les couleurs ont encore été appliquées à la main. Le nord est en bas. Anvers, FelixArchief, 12# 4180.
gueur des deux autres côtés. On cartographiait un paysage en mesurant les angles depuis des points surélevés : collines, tours ou clochers. Cette méthode permettait de diviser les zones en triangles imaginaires et d’ensuite les cartographier. C’est ce qui fit par exemple Jacques de Deventer, qui mit en cartes plusieurs régions des anciens Pays-Bas au milieu du XVIe siècle. Mais il fallut attendre le XVIIIe siècle pour que des réseaux triangulaires soient déployés systématiquement en France et plus tard dans les Pays-Bas méridionaux. Les PaysBas du Nord ne suivirent l’exemple qu’au début du XIXe siècle. Il existe une autre différence frappante entre les cartes anciennes et modernes. Nous sommes habitués à ce que le nord soit presque toujours situé en haut de la carte – un usage qui ne s’est imposé qu’au XIXe siècle. Or, ce n’est pas forcément le cas sur les cartes plus anciennes. Parfois, pour des raisons esthétiques, pratiques ou commerciales, il était plus intéressant de placer un autre point cardinal en haut. Il existait en outre certaines traditions en matière de représentation des villes et des territoires ou de mise en exergue d’une partie spécifique du paysage. Sur divers plans de la ville d’Anvers, par exemple, l’Escaut coule en bas de droite à gauche et la ville repose, pour ainsi dire, « sur » le fleuve afin de souligner l’importance de ce dernier. Lorsqu’on examine ces cartes anciennes avec des yeux modernes, on a parfois du mal à s’orienter. C’est pourquoi, dans ce livre, nous avons indiqué l’emplacement du nord pour chaque carte principale. Le degré de détail d’une carte dépend en grande partie de l’échelle à laquelle elle a été réalisée. Un cartographe pou-
vait déterminer celle-ci au préalable, mais il pouvait aussi se laisser guider par la taille de la zone cartographiée ou par le format du papier. L’échelle n’est pas toujours indiquée sur les cartes anciennes. Et lorsque c’est le cas, elle est généralement exprimée dans une unité de mesure locale à l’aide d’une échelle graphique. Ce n’est qu’en 1799 que le système métrique fut introduit sur le continent européen, avec le mètre comme unité de mesure, mais il fallut encore attendre de nombreuses années pour qu’il soit appliqué partout. Et comme les unités de longueur variaient autrefois d’une région à l’autre, on trouve parfois plusieurs échelles graphiques sur les cartes anciennes. Pour connaître l’échelle d’une telle carte, il faut convertir ces anciennes unités de longueur et vérifier si cette échelle était réellement appliquée. De nombreuses cartes présentent des distorsions. Dans ce livre, nous ne mentionnons l’échelle métrique que lorsqu’elle figure explicitement sur la carte. De même, nous n’avons indiqué la conversion en échelle métrique que si elle apparaît dans la littérature historique. Les cartes anciennes, très différentes des cartes contemporaines, ne sont pas toujours d’une lecture aisée. Il n’empêche que ce sont des documents riches et splendides que l’on pourrait contempler pendant des heures. Les cent cartes anciennes qui suivent vous offrent une foule de détails et de points de repère pour explorer l’histoire de la Belgique. Laissez donc libre cours à votre curiosité en plongeant avec nous dans le temps. (bv)
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Leo Belgicus (1583) 25 —
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1583 – Leo Belgicus Le rêve d’union des XVII Provinces durant la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648)
auteur(S) carte
Pieter van den Keere (graveur et éditeur) Leo Belgicus. Dans Germania Inferior id est, XVII provinciarum ejus novae et exactae tabulae geographicae. Amsterdam, 1617 date 1617 technique Gravure sur cuivre Format 37 x 45 cm orientation Nord en haut emplacement La Haye, KB, kw 223 a 37
régions en furent le terreau : ils étaient liés à l’inflation, causée notamment par l’arrivée des métaux précieux d’Amérique, et ils furent aggravés par les crises de subsistance à partir des années 1560. Mentionnons aussi le poids de la pression fiscale destinée à développer les rouages de l’État, à entretenir l’armée et à mener la politique internationale. Toutefois, les troubles se cristallisèrent autour de la question religieuse. Divers courants de la Réforme touchèrent les Pays-Bas : le luthéranisme, l’anabaptisme et surtout le calvinisme, qui rencontra un succès grandissant auprès de la petite et moyenne bourgeoisie des centres urbains. L’année 1566 fut marquée par les débuts de la contestation et par la crise iconoclaste. L’année suivante, Philippe II prit la décision d’envoyer dans les Pays-Bas un corps expéditionnaire, commandé par Ferdinand Alvare de Tolède, duc d’Albe (1507-1582). Cependant, la répression brutale ne fit qu’aggraver les tensions, et la révolte prit bientôt des allures d’insurrection armée (» carte 21). À la suite de l’échec de sa politique implacable et au vu des progrès des troupes rebelles, le duc d’Albe abandonna ses fonctions en 1573, mais la guerre continua dans les Pays-Bas. Le sac d’Anvers, connu sous le nom de « furie espagnole », suscita une profonde indignation : les soldats de l’armée espagnole, qui n’avaient plus été payés, pillèrent la ville et massacrèrent plusieurs milliers d’habitants entre le 4 et le 7 novembre 1576. Les États généraux des Pays-Bas, réunis depuis plusieurs semaines, s’allièrent afin de maintenir la paix entre eux et d’affirmer leur mutuelle assistance : la Pacification de Gand fut signée le 8 novembre 1576. Entre-temps, le protestantisme progressait, s’appuyant sur les classes populaires. Des républiques calvinistes s’établirent dans les principales villes des Pays-Bas à partir de 1577. La violence et les destructions dans ces villes commencèrent à semer la peur parmi les plus modérés. Une réaction catholique se fit jour dans les provinces méridionales, en Artois et en Hainaut, ainsi qu’à Douai, et aboutit à l’Union d’Arras, signée le 6 janvier 1579. En réponse, la Hollande, la Zélande, Utrecht, la Gueldre, la Frise, Groningue et plusieurs villes de Flandre et du Brabant formèrent une confédération, scellée par l’Union d’Utrecht le
Philippe II (1555-1598) régna sur l’Espagne et les territoires hérités de son père Charles Quint après l’abdication de ce dernier en 1555 (» carte 16). Quatre ans plus tard, le roi s’installa à Madrid, qui devint sa résidence et d’où il dirigea les affaires, loin des réalités des Pays-Bas. Au cours du temps, il se montra de plus en plus religieux et autoritaire, partisan d’un absolutisme inconnu jusque-là. Cette image négative fut exacerbée par la « légende noire », propagande hostile diffusée par ses ennemis, l’Angleterre protestante et les rebelles des Pays-Bas, qui présentèrent le souverain comme un tyran fanatique. Le mécontentement, puis la révolte débouchant sur la scission des anciens Pays-Bas, résultèrent d’un enchaînement d’événements. Les problèmes économiques qui touchèrent ces Allégorie de la Pacification de Gand, d’après Adriaen van de Venne (1589-1662). On remarque bien le lion protecteur des XVII Provinces, menacées par les troupes espagnoles. Amsterdam, Rijksmuseum, rp-p-ob-79.404. Reproduction datant de 1878.
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Michael von Aitzing, Leo Belgicus, gravé par Frans Hogenberg en 1583. © Sotheby's.
Novissima, et accuratissima Leonis Belgici, seu Septemdecim Regionum descriptio : le Lion Belgique assis, gravé par Claes Janszoon Visscher, 1611. Bruxelles, KBR, Cartes et Plans, xiii a Pays-Bas gén. - (1611-1621) Visscher - iv 561.
23 janvier 1579. Cette alliance posa les bases des futures Provinces-Unies, qui allaient se détacher de la tutelle du roi d’Espagne en 1581. Alexandre Farnèse, arrivé aux Pays-Bas en 1577 afin de conduire l’armée espagnole, réussit à regagner la partie méridionale des Pays-Bas, y compris Anvers, qui fut reprise en 1585 (» carte 26). Désormais, les divergences entre la République des Provinces-Unies et les Pays-Bas méridionaux redevenus espagnols allaient croître : différence d’identité religieuse, accentuée par l’implantation de la Contre-Réforme dans le Sud au XVIIE siècle (» carte 28) ; écart économique également, car la nouvelle confédération allait devenir en quelques décennies la plus grande puissance commerciale d’Europe occidentale. Amsterdam supplanta Anvers, entravée par le contrôle de l’embouchure de l’Escaut maintenue sous l’autorité des Provinces-Unies. La guerre de Quatre-Vingts Ans se poursuivit avec des intervalles d’accalmies : ainsi, le règne des archiducs Albert et Isabelle dans les Pays-Bas méridionaux (1598-1621) fut l’occasion de faire une trêve, favorable au redressement économique. Lorsque les Pays-Bas méridionaux revinrent sous la tutelle du roi Philippe IV d’Espagne à partir de 1621, les hostilités reprirent contre les Provinces-Unies. L’indépendance de ces dernières ne fut reconnue par l’Espagne qu’en 1648, avec la signature du traité de Münster.
origine dans les emblèmes de la plupart des XVII Provinces réunies par Charles Quint en 1549 (» carte 16). En représentant l’espace géographique et politique de l’ensemble sous la forme d’un lion, l’idéal de l’union était rappelé de manière très visuelle. Sur cette carte, le lion est encadré par de nombreuses inscriptions, soulignant notamment la neutralité dans le conflit en cours. Par la suite, plusieurs versions du Leo Belgicus parurent, parmi lesquelles on peut signaler celle de l’Amstellodamois Pieter van den Keere en 1617, ou le lion gravé par Claes Jansz Visscher (1587-1652) dans une position assise, témoin de la volonté de pacification, pendant la trêve de Douze Ans qui interrompit les hostilités entre 1609 et 1621. La gravure est illustrée de références à la paix et encadrée de vignettes représentant des panoramas de villes et de blasons qui évoquent les XVII Provinces. Il est frappant de constater que l’image cartographique du Leo Belgicus, symbole de l’aspiration à l’unité, s’est fait jour au moment où les Pays-Bas étaient en train de se diviser. En réalité, la mémoire des XVII Provinces subsista durant de nombreuses décennies (» carte 38). Même à la fin de l’Ancien Régime, l’idée de réunir cet ensemble géographique en un ensemble politique n’avait pas disparu. L’instauration du Royaume-Uni des PaysBas en 1815 (» carte 56) concrétisa en quelque sorte ce regroupement, en y englobant aussi les territoires de l’ancienne principauté de Liège. Mais deux siècles de séparation avaient conduit le Nord et le Sud sur des voies distinctes. Par ailleurs, les territoires annexés au XVIIE siècle par Louis XIV, et situés aujourd’hui dans les Hauts-de-France, restèrent français. Le souvenir du Leo Belgicus a traversé le temps sous des formes diverses. S’il n’a plus vocation à représenter les XVII anciennes Provinces, l’emblème du lion se retrouve encore aujourd’hui sur les armoiries des Pays-Bas, du Grand-Duché de Luxembourg… et de la Belgique. (mg)
L’historien et publiciste autrichien Michael von Aitzing (vers 1530-1598) et le graveur et cartographe malinois Frans Hogenberg (1535-1590) furent les premiers à publier la célèbre gravure représentant les Pays-Bas sous la forme d’un lion en 1583, à Cologne, dans un ouvrage intitulé De Leone Belgico. L’adjectif « belgique » désignait en effet ces régions dans les textes et les cartes de l’époque. Le choix de cet animal, symbolisant le courage et la force, trouve sans doute son
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La Belgique à nouveau envahie par des troupes allemandes (1940) 94 —
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1940 – La Belgique à nouveau envahie La carte du lt.-col. André Bikar relative à la campagne des dix-huit jours
auteur(S)
Lieutenant-colonel (à la retraite) André Bikar, 1er sergent J.-M. Vanderleyden carte Armée belge. Campagne de mai 1940 (10 au 28 mai). Carte générale des fortifications permanentes, des positions occupées, des emplacements successifs des divisions et des itinéraires suivis date 1970 technique Offset Format 87,5 x 105 cm échelle 1:300.000 orientation Nord en haut emplacement Bruxelles, War Heritage Institute
facile d’attaquer la ligne Maginot. Comme en 1914 (» carte 85), il voulait donc frapper l’ennemi héréditaire en passant par la petite Belgique. Si cette dernière n’était plus tenue depuis 1919 à la neutralité imposée en 1831 (» carte 87), le gouvernement avait toutefois décidé, en 1936, de se tenir à l’écart des dangereuses confrontations entre les grandes puissances européennes. À partir de 1938-1939, la Belgique mit son armée en état d’alerte, dans l’espoir de dissuader d’éventuels assaillants et d’échapper ainsi à un éventuel conflit. Bien que les documents presque brûlés ne laissent planer aucun doute sur les intentions allemandes, la Belgique refusa de se ranger du côté de la France et de la Grande-Bretagne. Des troupes furent donc stationnées le long de toutes les frontières du pays – y compris celles avec la France – afin d’éviter tout soupçon de partialité. Cette prudence ne fut d’aucun secours. Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchèrent leur guerre éclair contre la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la France. Immédiatement après le début de l’offensive, les troupes françaises et britanniques pénétrèrent en territoire belge pour arrêter conjointement la machine de guerre allemande, comme en 1914. Mais les positions défensives belges à l’est tombèrent rapidement. Par une audacieuse opération aéroportée allemande, le fort flambant neuf d’Eben-Emael, situé le long du canal Albert, fut neutralisé dès le 11 mai. En outre, la quasi-totalité de la force aérienne belge fut détruite au sol. La ligne de défense située plus à l’intérieur du pays, la « ligne KW » entre Koningshooikt et Wavre, fut enfoncée le 16 mai. Bruxelles tomba aux mains des Allemands le 17 mai, soit une semaine exactement après le début des hostilités. À certains endroits, cependant, les troupes belges opposèrent une résistance farouche, par exemple le long de la Lys entre le 24 et le 26 mai. Du 12 au 15 mai, les envahisseurs réalisèrent un autre tour de force, en traversant les Ardennes belges jusqu’à Sedan en France avec leurs unités blindées et en frappant ainsi les troupes françaises par une voie tout à fait inattendue. Ils effectuèrent ensuite une autre manœuvre audacieuse d’encerclement vers la Manche, prenant ainsi à revers une part considérable des forces françaises et l’entièreté de la British Expeditionary Force. Comme son père Albert Ier en 1914, le roi Léopold III avait pris la tête de l’armée belge, suivant une lecture littérale de la Constitution, dont l’article 68 stipulait que le roi commandait
Le 10 janvier 1940, un petit avion militaire allemand, avec deux officiers à bord, effectua un atterrisage forcé en Belgique après s’être égaré dans un épais brouillard. Les officiers furent capturés au moment où ils tentaient de brûler des documents. On les emmena dans un poste de garde, où l’un d’eux jeta les documents restants dans le poêle. Un soldat belge vigilant réussit à les en extraire à temps – un bon réflexe, car il s’agissait des plans d’attaque allemands des États voisins occidentaux. La France et la Grande-Bretagne étaient en guerre contre l’Allemagne depuis l’invasion de la Pologne le 3 septembre 1939. Mais pendant cette « drôle de guerre », il n’y eut pratiquement pas de combats. Les ennemis s’épiaient de derrière leurs lignes fortifiées. Le commandement allemand était conscient qu’il ne serait pas Fragments conservés de cartes brûlées le 10 janvier 1940 par les deux officiers capturés qui détenaient les plans d’attaque allemands. Evere, Centre de documentation historique des forces armées belges, dossier « Mechelen-aande-Maas ».
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Cette carte, dressée par l’Institut cartographique militaire en 1946, montre la situation au soir du 21 mai 1940 pendant la Campagne des Dix-huit jours. Elle fait partie de toute une série et indique également les principales unités françaises, britanniques et allemandes, ce qui n’est pas le cas de la carte réalisée par Bikar en 1970. Campagne – 1940 – Veldtocht. Situation le 21 mai au soir – Toestand op 21 ’s avonds. Bruxelles, War Heritage Institute.
les forces armées. Le gouvernement, quant à lui, estimait que Léopold III menait ainsi une politique personnelle et dangereuse, car non couverte par la responsabilité ministérielle. Le conflit entre le roi et ses ministres atteignit son paroxysme le 25 mai, lors d’une réunion dramatique au château de Wijnendaele, en Flandre occidentale, où résidait alors le souverain. Malgré les instances pressantes du Premier ministre et de certains membres éminents du gouvernement, le monarque refusa d’accompagner son gouvernement à l’étranger pour y poursuivre la lutte aux côtés des Français et des Britanniques. Cette décision jeta les bases de la Question royale qui allait éclater à l’issue du conflit et diviser la Belgique jusqu’en 1950. Quant aux Français et Britanniques, ils considérèrent la capitulation de Léopold aux premières heures du 28 mai comme une trahison, un coup de poignard qui compliquait encore davantage leur position déjà précaire.
tographiques. S’appuyant sur une vaste documentation, il produisit de nombreuses cartes, notamment en vue d’initier les jeunes officiers au passé militaire. Des cartes de Bikar sont encore accrochées à l’École royale militaire et beaucoup furent publiées dans des livres et revues. Cette carte de la campagne de mai 1940 se distingue non seulement par sa profusion de détails, mais aussi par son effet dynamique. Elle ne montre pas la situation d’un jour précis, contrairement à une série de cartes sur la campagne des dix-huit jours réalisées par l’Institut cartographique militaire en 1946. Grâce à la carte de Bikar, on peut suivre d’un coup d’œil la retraite des unités belges entre le 10 et le 28 mai. Désireux de présenter clairement cette abondance de données, l’auteur a utilisé de nombreuses couleurs – ce qui confère également au résultat final une grande qualité visuelle – et a indiqué de nombreux éléments intéressants, tels que les quartiers généraux des unités, grâce à des symboles appropriés. La carte fait état d’une notice explicative énumérant toutes les sources utilisées, mais celle-ci n’a pas été retrouvée – peut-être n’a-t-elle jamais été rédigée ? Bikar n’a représenté que les troupes belges. Les unités ennemies ne sont pas indiquées, ni celles des alliés – ces derniers sont uniquement mentionnés par les termes synthétiques Britanniques et Français. Ainsi, même les cartes de qualité contiennent des lacunes qui doivent être comblées par d’autres documents cartographiques. Cette création de Bikar, historien militaire passionné, en est un exemple frappant. (gv)
André Bikar (1915 - ?) participa à la campagne des dix-huit jours en tant que jeune lieutenant de l’infanterie. Il passa la guerre en captivité en Allemagne et poursuivit sa carrière militaire après la Libération. À sa retraite en 1970, il était major et fut promu lieutenant-colonel de réserve. Bikar était un passionné d’histoire militaire. Il publia de nombreux articles sur les guerres napoléoniennes, mais aussi et surtout concernant la campagne de mai 1940. En 1968, il devint chef du service historique des forces armées belges, ce qui explique ses activités car-
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index
Mons 52, 54-55, 107, 152, 178-179, 186, 190, 207, 233, 290 Mons-en-Pévèle 37 Montaigu 120-121, 125 Montignies-sur-Sambre 149 Montmédy 148 Mont-Saint-Jean 228-229 Mont-Tonnerre 345 Moorsel 331 Moresnet 314-315, 340 Morlanwelz 190-191 Mouscron 393 Mude 48 Münster 95, 102, 111, 166 Namur 5, 59, 74-75, 148-149, 152, 166, 179, 186, 207, 220, 232, 241, 317, 318-319, 334, 373, 392 Nancy 52 Nassau 124 Neerwinden 344 Neufchâteau 98, 116-117 Neufvilles 55 New Jersey 331 New York 312-313, 398 Nieuport 48, 125, 148 Nimègue 23, 94, 148 Nimy 54-56 Ninove 78 Nivelles 141, 393 Nuremberg 71 Oesling 99 Oordegem 83
Orange 124 Orchies 37 Ostende 125, 136, 168-170, 179, 215, 245, 273, 277, 336, 348-349, 384 Oudenburg 22 Overijse 144 Overijssel 74 Overlaar 79 Overslag 167 Paliseul 203 Paris 32, 52, 67, 79, 187, 202-203, 220, 224, 228, 232, 256, 281, 300-301, 322-323, 331, 345, 356-357, 377, 381, 388-389 Pékin 308 Pétange 253 Philippeville 79, 148 Philippine 125 Pittem 131 Plancenoit 228 Pommeroeul 253 Pompéi 186 Pontoise 37 Potsdam 345 Quévy 23 Ramillies 158, 244 Rastad 158 Reims 32, 82 Rekem 58-59, 304 Renaix 83, 233 Riemst 336 Rome 18, 23, 28, 330-331
Roulers 40 Rupelmonde 90, 377 Ruremonde 83 Saint-Denis 55 Sainte-Adresse 334 Sainte-Hélène 228 Sainte-Waudru 55 Saint-Germain-des-Prés 79 Saint-Ghislain 179 Saint-Gilles 174-175 Saint-Hubert 29 Saint-Josse-ten-Noode 174, 257 Saint-Nicolas 327 Saint-Omer 32, 52, 148 Saint-Trond 253 Saint-Vith 340 Sarre 345 Schaerbeek 190, 356 Sedan 368 Seneffe 186, 288 Sint-Jan-in-Eremo 40 Sint-Laureins 40-41 Sint-Margriete 40 Sithiu 32 Sombreffe 23 Spa 5, 58, 190, 194-195, 206, 322-323, 349 Stavelot 323 Stavelot-Malmédy 58, 140, 155, 183, 306 Steene 245, 348 Steenvoorde 95
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Stekene 198 Sterrebeek 4, 331 Strasbourg 389 Swichum 102 Syène 70 Termonde 49, 166 Tervuren 4, 145, 190, 328-331 Thérouanne 32-33 Theux 58 Thieusies 55 Thionville 148 Tianjin 308-309 Tielt 130-131 Tirlemont 23, 78-79, 83 Tongres 23, 79, 253 Torhout 36 Toul 82 Tournai 18, 25, 49, 74, 78, 149, 158, 162, 166, 252 Trente 82 Turnhout 253 Uccle 245, 301 Utrecht 74, 82, 110-111, 124, 158 Vaals 314 Valence 102 Valenciennes 52, 55, 148, 203, 373 Velaine 220 Velzeke 23, 79, 314 Venise 23, 48 Verdun 29 Versailles 163, 340-345 Verviers 59, 290 Vianen 95
Vienne 71, 166, 183, 187, 224-225, 228-229, 341, 344 Vilvorde 78 Viscagne 191 Vrasene 198 Wachtebeke 167 Walcourt 79 Warneton 166 Washington 297 Waterloo 10, 144, 282-229, 252, 335 Waterschei 364-365 Watervliet 40 Wavre 141, 368 Wervik 19, 23 Wijnendaele 36, 369 Willebroeck 135, 175 Wondelgem 102-103 Worringen 44 Wortegem-Petegem 285 Wortel 304-305 Wroclaw 67 Wuhan 308 Ypres 19, 37, 48, 78-79, 83, 149, 159, 163, 166, 277, 335, 336 Zaventem 361, 357, 381 Zeebruges 48-49, 86, 366 Zelzate 40
À propos des auteurs
Philippe De Maeyer a étudié la géographie à la Rijksuniversiteit Gent et la géologie marine à l’Université de Bordeaux I. Après un séjour à l’Université de Constantine, il a dirigé le département de cartographie numérique d’une entreprise d’envergure internationale entre 1987 et 1999. Ensuite, il a enseigné la cartographie et les systèmes d’information géographique à l’Universiteit Gent. Professeur ordinaire émérite depuis 2020, il est aussi secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences d’outre-mer.
Bram Vannieuwenhuyze a étudié l’histoire à l’Universiteit Gent, où il a défendu en 2008 une thèse sur le développement territorial de la ville de Bruxelles au Moyen Âge. Depuis 2015, il est professeur extraordinaire en cartographie historique à l’Universiteit van Amsterdam. Il s’est spécialisé dans l’étude historique de l’usage des cartes, de la cartographie urbaine et narrative. Coauteur du Stedenatlas Jacob van Deventer, il a également contribué à l’ouvrage De geschiedenis van Nederland in 100 kaarten. Il exerce en outre une activité free-lance pour l’association Caldenberga.
Michèle Galand est professeure ordinaire honoraire en histoire à l’Université libre de Bruxelles depuis 2021. Ses publications portent sur l'histoire politique et institutionnelle des anciens Pays-Bas aux Temps modernes, et sur la place de Bruxelles comme capitale de ces derniers, principalement au XVIIIE siècle. Elle dirige la Revue Belge de Philologie et d’Histoire-Belgisch Tijdschrift voor Filologie en Geschiedenis.
Guy Vanthemsche est professeur ordinaire émérite d’histoire contemporaine à la Vrije Universiteit Brussel. Il s’est spécialisé dans l’histoire socio-économique de la Belgique aux XIXE et XXE siècles. Il est membre de l’Académie royale des sciences d’outre-mer et secrétaire de la Commission royale d’histoire.
Claire Billen est professeure honoraire à l’ULB. Après une thèse en histoire médiévale, elle a enseigné l’histoire de l’environnement, l’histoire économique et l’histoire urbaine. Jean Bourgeois est professeur ordinaire honoraire à l’UGent. Spécialiste de l’archéologie des âges du bronze et du fer en Europe occidentale, il a également mené des recherches dans le domaine de la photographie aérienne. Au cours des trois dernières décennies, il s’intéresse à l’archéologie du paysage et mène des campagnes de fouilles dans les monts Altaï. Jean-Marie Cauchies est professeur émérite de l’USL-B et de l’UCL, et membre titulaire de l’Académie royale de Belgique. Historien du droit et des institutions, il est notamment l’auteur de « Es plantar un mundo nuevo ». Légiférer aux anciens Pays-Bas (XIIe-XVIIIe siècle) (2019). Guy Coppieters est archiviste aux AGR (section Archives contemporaines) à Bruxelles. Il a obtenu son doctorat en histoire contemporaine à la VUB avec une thèse sur les rapports de pouvoir dans le secteur des charbonnages pendant la première moitié du XXE siècle. Karen De Coene est chercheuse indépendante en histoire culturelle. Après avoir obtenu un doctorat en histoire de l’art (KU Leuven), elle a travaillé pendant de nombreuses années en tant que chercheuse au département de géographie de l’UGent. Elle a été commissaire de plusieurs expositions et travaille également en tant qu’experte en cartographie historique. Matthijs Degraeve (1992) est historien et titulaire d’un master en préservation des monuments et des paysages. En 2021, il a obtenu son doctorat en histoire à la VUB avec une thèse sur les entreprises de construction bruxelloises et leurs relations à l’espace urbain en mutation (1830-1970). Il travaille actuellement comme chercheur postdoctoral à la VUB. Geert De Weyer est un journaliste spécialisé en BD, notamment pour De Morgen, Het Laatste Nieuws et Zizo. Auteur de La Belgique dessinée et 100 stripklassiekers, il donne aussi régulièrement des conférences sur cette thématique. Sa galerie (geertdeweyergallery.be) organise des expositions consacrées à l’illustration, à l’animation et à la BD.
Alain Dierkens, professeur ordinaire émérite de l’ULB, est codirecteur de la Revue belge de Philologie et d’Histoire, membre de la Classe des Lettres de l’Académie royale de Belgique et de l’Académie royale d’archéologie de Belgique. Jean-Marie Duvosquel est membre de l'Académie royale de Belgique, professeur honoraire de l’ULB, éditeur des Albums de Croÿ et ancien chef du département culturel du Crédit communal de Belgique. Torsten Feys travaille au Vlaams Instituut voor de Zee (VLIZ), où il met son expertise en histoire maritime et migratoire au service de la recherche sur l’essor du tourisme de masse. Dirk Huylebrouck a obtenu un doctorat en mathématiques à l’UGent et est professeur émérite à la faculté d’architecture de la KU Leuven. Il écrit régulièrement pour EOS et est l’auteur de sept livres. Il a rassemblé ses chroniques pour Het Laatste Nieuws dans De columns van Professor Pi. Rafaël Jahn est ingénieur civil (KU Leuven) et a débuté sa carrière à la CREG. Depuis 2006, il travaille chez ENGIE Laborelec comme Technology Manager Distributed Energy Management. En 2008-2009, il a fait partie de l’équipe Laborelec en Antarctique, chargée de la construction et du démarrage du réseau énergétique de la station belge Princesse Élisabeth. Paul Janssens a soutenu une thèse d’histoire à la KU Leuven sur la politique nobiliaire dans nos contrées (XVE-XIXE siècles). Il est professeur émérite (UGent) et président du Conseil de Noblesse de Belgique. Il a publié sur l’histoire de la noblesse et aussi, en sa qualité de président du Centrum voor Fiscale Geschiedenis (EHSAL), sur l’histoire fiscale. Iason Jongepier est professeur en géographie historique numérique à l’UAntwerpen et chef du département Numérisation & Valorisation aux AGR. Dans ces deux fonctions, il accorde une place centrale aux cartes historiques et à leur traitement par des technologies de pointe. Sa thèse de doctorat portait sur les interactions socio-écologiques dans les polders du pays de Waes et dans le pays de Saeftinghe. Reinout Klaarenbeek est conservateur de la section « Cartes et Atlas » à l’Universiteitsbibliotheek de la VU Amsterdam. En 2020, il a défendu sa thèse de doctorat à la KU Leuven sur la seconde vie des couvents urbains au XIXE siècle à Anvers, Bruges et Bruxelles.
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Peter Scholliers est professeur d’histoire émérite à la VUB. Il se penche notamment sur l’évolution des habitudes alimentaires. Il a publié en 2021 Brood. Een geschiedenis van bakkers en hun brood. Marguerite Silvestre est historienne, conservateur honoraire ad interim des Cartes & Plans à la KBR, auteur de plusieurs ouvrages et articles consacrés à Philippe Vandermaelen et à l’Établissement géographique de Bruxelles. Reinder Storm est conservateur de la section « Cartographie, Géographie et Voyages » de l’Allard Pierson, collections de l’Universiteit van Amsterdam. Il est coauteur de De geschiedenis van Nederland in 100 oude kaarten (2019). Jan Trachet est attaché en tant qu’archéologue à l’UGent et membre de l’équipe multidisciplinaire d’étude de la région du Zwin au Moyen Âge. Il réalise une analyse approfondie de la carte de Pieter Pourbus sur le Franc de Bruges et coordonne le projet Pourbus Troubadour destiné au grand public (https://mappingpourbus.ugent.be/).
Jeffrey Tyssens est professeur d’histoire contemporaine à la VUB. Il est spécialiste de l’histoire de la franc-maçonnerie en Belgique. Peter van der Krogt est conservateur Janssonius à l’Allard-Pierson, collections de l’Univesiteit van Amsterdam, et directeur d’Explokart. Luc Vandeweyer est docteur en histoire (KU Leuven). Ses publications portent sur l’impact des Première et Seconde Guerres mondiales et de la guerre froide sur la société belge. Leen Van Molle est professeure ordinaire émérite en histoire sociale à la KU Leuven. Elle a mené de nombreuses recherches sur les évolutions de l’agriculture et des campagnes aux XIXE et XXE siècles. Alexis Wilkin est professeur d’histoire du Moyen Âge à l’ULB, où il dirige l’unité de recherches Sociamm (Sociétés anciennes, médiévales et modernes). Bart Willems est titulaire d’un doctorat en histoire (VUB) et travaille comme archiviste aux Archives de l’État à Anvers-Beveren. Il s’occupe notamment de l’inventaire des archives sur la Seconde Guerre mondiale. Il est coéditeur et coauteur du livre Papy était-il un nazi ? Sur les traces d'un passé de guerre (2017).
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Philippe De Maeyer, Michèle Galand, Bram Vannieuwenhuyze et Guy Vanthemsche Claire Billen, Jean Bourgeois, Jean-Marie Cauchies, Guy Coppieters, Karen De Coene, Matthijs Degraeve, Geert De Weyer, Alain Dierkens, Jean-Marie Duvosquel, Torsten Feys, Dirk Huylebrouck, Rafaël Jahn, Paul Janssens, Iason Jongepier, Reinout Klaarenbeek, Peter Scholliers, Marguerite Silvestre, Reinder Storm, Jan Trachet, Jeffrey Tyssens, Peter Van der Krogt, Luc Vandeweyer, Leen Van Molle, Alexis Wilkin et Bart Willems
couverture
Lilian Tenant, Belgium. Dans : Elisabeth Louisa Hoskyn, Stories of Old, Londres 1912. Londres, British Library, Maps 222.a.68 Paul Delvaux, avec la coll. de Walter Vilain et Willem Van 4e de couverture der Stricht, Carte littéraire de la Belgique, Bruxelles 1958. Bruxelles, Archives et Musée de la Littérature, aml, mlco 00565. © Foundation Paul Delvaux, Sint-Idesbald SABAM Belgium 2021 (aussi p. 382-383); Gielijs van der Hecken, Brabantia. Rhode-Saint-Genèse, vers 1536. Bruxelles, KBR, Manuscrits, Ms 2088-98, fol. 87v page de garde avant Christian Sgrooten, Generalis descriptio totius Germaniae inferioris et regni Angliae (…), 1573 (détail). Bruxelles, KBR, Cartes en Plans, Ms. 21.596 d (5-6) page de garde arrière Cartouche de la Carte chorographique des Pays-Bas autrichiens, également appelée Carte marchande, avec la dédicace de Joseph de Ferraris à Joseph II et MarieThérèse d’Autriche, 1777. Bruxelles, KBR, Cartes et Plans, px - iv 15.072 frontispice Jan Bale, peinture de quatre arpenteurs – dont lui-même – au travail avec l’abbé Antoine de Loose de l’abbaye d’Ename, 1658. Zulte, Collection de la commune de Zulte, photo Erfgoedsite Ename mise en page rédaction traduction
Studio Lannoo en collab. avec Keppie & Keppie Pierre Lambert Pierre Lambert, Ludovic Pierard et Dominique Jonkers
© Éditions Racine/Lannoo s.a., Bruxelles/Tielt, 2021 en les auteurs d/2021/6852/28 – isbn 978-2-39025-173-6 Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ou publié sous quelque forme que ce soit, électronique, mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit préalable de l’éditeur.