Thierry Geerts Comment la digitalisation nous rend plus humains
www.racine.be Enregistrez-vous sur notre site internet et nous vous enverrons régulièrement une lettre d’information sur nos nouvelles publications, ainsi que des offres exclusives. Couverture : Herman Houbrechts Mise en page : Studio Lannoo (Aurélie Matthys) Rédaction : Thomas Smolders Illustrations : Ann-Sophie De Steur Traduit du néerlandais par Liliane Tackaert et Christian De Greef © Éditions Lannoo s.a., Tielt, 2021 et Thierry Geerts D/2021/45/250 – ISBN 978 23 902 5164 4 – NUR 740 Tous droits réservés. Aucun élément de cette publication ne peut être reproduit, introduit dans une banque de données ou publié sous quelque forme que ce soit, électronique, mécanique ou de toute autre manière, sans l’accord écrit préalable de l’éditeur.
Table des matières 1 Digitalis dans les années 2020
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Pourquoi la digitalisation peut-elle créer plus de bien-être
2 Qui est l’homo digitalis ?
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Allons-nous tous devenir des cyborgs ?
2.1 Le médecin de l’homo digitalis Pouvons-nous améliorer les soins de santé tout en les rendant plus accessibles ?
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2.2 L’efficacité dans la vie quotidienne de l’homo digitalis Avons-nous réellement besoin de tous ces gadgets digitaux ?
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2.3 Apprendre à Digitalis Internet nous rend-il stupides ?
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2.4 Digitalis réveille l’humain qui est en nous 66 À moins que nous ne devenions égoïstes, superf iciels et vains ?
3 Le monde dans lequel vit l’homo digitalis
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La digitalisation déstabilise-t-elle notre société ?
3.1 Une révolution culturelle 76 L’homo digitalis deviendra-t-il l’esclave des technologies numériques ? 3.2 Digitalis est accessible à tous 85 Les technologies numériques offrent-elles des chances égales à tous ? 3.3 Vivre ensemble à Digitalis À Digitalis, les réseaux sociaux et les infox sont-ils le terreau du populisme ?
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3.4 Notre monde n’a pas encore dit son dernier mot 107 Les technologies aggravent-elles la problématique climatique et environnementale ? 3.5 Une vie en toute sécurité pour l’homo digitalis 123 Digitalis mène-t-il à Big Brother ?
4 Maintenant, c’est à nous de jouer !
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Sommes-nous toujours maîtres de notre propre destin ?
1+1=3 asbl BeCode
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L’homo sapiens est mort, vive l’homo digitalis !
1 Digitalis dans les années 2020 Pourquoi la digitalisation peut-elle créer plus de bien-être
De quoi avez-vous peur ? De l’altitude ? Des araignées ? Du tonnerre et des éclairs ? Sur ce plan, nous sommes tous différents et c’est parfaitement normal. Bon nombre d’entre nous craignent aussi les innovations. Peut-être même faites-vous partie de ceux que l’impact de la technologie sur la société, leur carrière, leurs relations avec les autres, etc. empêche de dormir… Cette peur ne date pas d’hier. Les années vingt du siècle dernier furent festives : c’était l’époque du charleston, des expositions universelles et des belles mécaniques, mais aussi de la crainte de l’électricité, de l’industrialisation et des Nous faisions la fête il y a 100 ans.
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guerres. Nous sommes au début des années vingt du XXIe siècle. Nous n’avons plus peur des locomotives ni de l’électricité, mais peut-être craignons-nous l’arrivée des robots et de l’intelligence artificielle. Nous avons peur de perdre notre emploi au bénéfice d’un cyborg, que l’État se transforme en Big Brother et que notre langue et notre culture disparaissent. Ces angoisses peuvent faire le lit du populisme, du nationalisme et du fascisme. Hermann Göring, le chef militaire allemand qui a contribué à la montée du nazisme, l’avait bien compris. Après le procès de Nuremberg, il a expliqué qu’il était en réalité très simple pour un politicien d’obtenir le soutien de la population en surfant sur ses peurs.
La peur peut mener au populisme.
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La peur des technologies est alimentée par l’incertitude. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve dans ce monde en rapide évolution. Une citation de maître Yoda dans Star Wars nous apprend que la peur est souvent le pire chemin à emprunter, mais elle reste malgré tout une boussole intéressante. Ce sentiment d’insécurité et peut-être même ces peurs Ces derniers siècles, la technologie nous a sont la meilleure preuve que beaucoup aidés à progresnous ne sommes pas indifféser dès que nos craintes rents à nos semblables ni à la ont été surmontées société dans laquelle nous vivons. Nos craintes sont révélatrices de ce qui compte pour nous : besoin de sens, respect de la vie privée, environnement, langue et culture, etc. En soi, les technologies sont neutres. Elles offrent des opportunités, mais recèlent aussi des dangers. C’est la manière dont nous les utilisons, dont nous nous informons, dont nous dépassons nos peurs et même dont nous prenons notre vie en main qui fait la différence. Le sous-titre de cet ouvrage – « Comment la digitalisation nous rend plus humains » – est aussi un pari sur l’avenir. L’impact de la technologie se trouve entre nos mains. Ces derniers siècles, la technologie nous a beaucoup aidés à progresser dès que nos craintes ont été surmontées. Grâce aux innovations qui sont entrées dans nos vies au cours des dernières décennies, nous vivons plus longtemps, nous travaillons moins et nous sommes en meilleure santé que
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jamais. Malgré tout, l’aversion pour les nouvelles technologies – une peur alimentée par notre confrontation quotidienne avec ces nouveautés – persiste. Cela peut être le cas lorsque nous prenons un café sur une terrasse avec des amis et que quelqu’un sort son smartphone, ou lorsque les loyers augmentent dans les villes parce que les magnats de l’immobilier achètent des logements à tour de bras pour les mettre en location via Airbnb. Aujourd’hui, il se vend chaque année plus d’un milliard et demi de smartphones. Les Belges passent en moyenne 2,5 heures par jour sur leur smartphone et la moitié d’entre nous affirme même qu’elle ne pourrait plus s’en passer. Malgré tout, les smartphones en tant qu’interface devraient progressivement disparaître de notre vie. Nous ne serons bientôt plus obligés de tenir en main un écran chaque fois que nous chercherons, ferons ou regarderons quelque chose. La technologie sera de plus en plus omniprésente, mais d’une manière plus pratique et plus respectueuse. Le déploiement de ce que l’on appelle l’ambient computing Les smartphones en tant qu’interface devraient deviendra peut-être la plus progressivement grande révolution des prodisparaître de notre vie chaines années : la technologie sera partout, mais elle deviendra invisible. Les smartphones perdront le rôle important qu’ils jouent aujourd’hui dans notre vie.
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À l’heure actuelle, il est déjà possible de se réveiller le matin et de s’adresser à des haut-parleurs intelligents qui sont l’interlocuteur central de tous les équipements de la maison. Des lampes qui s’allument le matin et qui diffusent la lumière nécessaire, jusqu’au réfrigérateur qui vous propose des recettes en fonction de ce vous avez sous la main. Soixante millions d’Américains possèdent déjà un de ces haut-parleurs intelligents. Mais ce n’est que la première
Avec l’ambient computing, la technologie est omniprésente.
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étape de cette évolution. Ces appareils perdront aussi progressivement leur rôle central et tous les appareils électriques – des réfrigérateurs aux voitures, en passant par les sonneries de portes et les thermostats – deviendront « intelligents ». Nous pourrons donc leur parler. Ces innovations auront un impact sur notre façon de vivre, tant dans nos maisons que dans nos villes. Aujourd’hui, nous pouvons déjà découvrir les prémices du monde sans friction que l’ambient computing nous promet. Par exemple, ceux qui ont installé l’application CBC Mobile et souhaitent garer leur voiture dans un parking de la chaîne Q-Park n’ont plus besoin de passer par l’automate pour payer. Le système de reconnaissance des plaques d’immatriculation du parking sait qui vous êtes, ouvre la barrière et déduit ensuite automatiquement le montant dû de votre compte bancaire. Des lunettes intelligentes scanneront le monde qui nous entoure et identifieront ce que nous regarderons. Avec ces lunettes, vous pourriez entrer dans un Starbucks en Chine, regarder un délicieux cup cake et le commander même si vous ne connaissez pas un mot de chinois. Et un jour, peut-être, ces lunettes seront également vouées à disparaître et à être remplacées – pourquoi pas ? – par des lentilles invisibles. C’est moins fou qu’il n’y paraît : dans les centres de recherche du monde entier, des centaines d’ingénieurs sont en train de mettre au point les technologies qui rendront ces
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Grâce aux exosquelettes, nous pourrions facilement lever 100 kg.
applications possibles. N’oublions pas qu’il y a 20 ans, nous trouvions aussi que les smartphones étaient une invention bizarre. Les termes que nous entendons souvent dans ces prédictions sont spatial computing, internet of things (ou Internet des objets), 5G, edge computing, etc. En Belgique également, plusieurs entreprises y travaillent. La société wallonne Gridmax ou brugeoise Citymesh développent des technologies qui jetteront les bases de ce futur. Elles aideront les sociétés à connecter des appareils via le réseau 5G local, ce qui leur permettra de simplifier et d’améliorer leur fonctionnement en toute sécurité.
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Lorsque j’ai évoqué les lunettes et les frigos intelligents, il est probable que vous ayez immédiatement pensé aux Google Glass, ou au frigo « intelligent » que vous avez vu dans votre magasin d’électroménager – des appareils qui sont aujourd’hui à la fois très chers et peu pratiques. Nous sommes encore dans la phase où une partie de la technologie est cool, mais rapidement dépassée parce qu’elle n’est pas suffisamment conviviale. Les choses devraient rapidement changer, car l’ambient computing s’améliore de jour en jour. Lorsque les smartphones disparaîtront de notre vie quotidienne, nous pourrons retrouver à la fois le calme et l’équilibre. La technologie aura beau être omniprésente, elle le sera en arrière-plan et davantage dans un rôle de soutien, ce qui Il y a 20 ans, nous sera positif pour notre santé trouvions aussi que (mentale). Je suis persuadé que les smartphones étaient une invention bizarre nous trouverons l’harmonie dans la « guerre » entre l’homme et la machine, et que cette dernière fera en sorte d’améliorer le premier. Nous devrions aboutir à une sorte d’augmented humanity : les gens seront capables de se surpasser et deviendront donc plus humains grâce à la technologie. Parfois, cette aide sera physique – les ouvriers et les infirmiers pourront lever facilement 100 kg grâce aux exosquelettes – et parfois mentale. Internet fonctionnera comme un « cerveau externe », et des algorithmes nous faciliteront la vie. La technologie nous déchargera de tâches inutiles afin que nous disposions de plus de temps pour les choses essentielles. Tout
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cela dépendra avant tout de notre motivation, de nos passions, de notre curiosité et de notre esprit d’entreprise. Il ne fait aucun doute que nous aurons de nouvelles opportunités et que nous devrons apprendre à maîtriser les risques. Les innovations telles que les smartphones, l’intelligence artificielle et l’ambient computing sont plus que de simples gadgets. Tout comme l’ont fait la machine à vapeur, l’électricité et les ordinateurs, elles engendrent une nouvelle révolution industrielle. L’impact de cette révolution ne doit pas être sous-évalué et nous oblige à tout réinventer à l’aide de ces nouvelles technologies.
Nous pensons peut-être que nous vivons en Wallonie, à Bruxelles ou en Belgique, mais en réalité, ce n’est plus le cas. Nous vivons – avec plus de 4 milliards d’êtres humains connectés en ligne – dans un nouveau « pays » que j’ai baptisé « Digitalis » dans mon précédent livre. Ce pays évolue chaque jour et transcende les frontières du monde physique : nous regardons des séries sur le réseau de streaming américain Netflix, nous publions des vidéos sur la plateforme chinoise TikTok, nous écoutons de la musique via la société suédoise Spotify, et nous achetons des produits du monde entier en un clic de souris…
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Nous en sommes aujourd’hui à la quatrième révolution industrielle : la révolution digitale.
Nous sommes maintenant presque tous des habitants de ce pays. Mais ce n’est pas tout. L’Homme crée la technologie qui à son tour influence l’humanité. Les changements aux niveaux techniques, humains et sociétaux sont tels que l’homme a évolué vers ce que nous pourrions appeler un « homme nouveau » : l’homo digitalis. L’homo sapiens est mort, vive l’homo digitalis ! En apparence, nous sommes restés les mêmes, mais notre mode de vie a fondamentalement changé. L’Homme nouveau enrichit sa vie grâce aux applications digitales et explore les
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L’homo sapiens a évolué pour devenir l’homo digitalis.
possibilités de Digitalis, qui lui permettent d’être instantanément en contact avec 4 milliards de congénères. Ces applications ont un impact sur notre santé, sur la manière dont nous apprenons, sur nos relations avec les autres, sur la manière dont nous organisons notre vie, etc. Pour l’homo digitalis, de nombreux murs L’homo sapiens est mort, tombent, de nouvelles règles vive l’homo digitalis ! s’appliquent, nous vivons différemment et chacun peut devenir un média ou même une marque. Il existe déjà de nombreux livres sur ces changements globaux, mais rares sont
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