Jacques Mercier
jacques mercier 45 ANS DE CARRIÈRE EN RADIO ET TÉLÉVISION
À Myriam
« L’oubli est un gigantesque océan sur lequel navigue un seul navire, qui est la mémoire. » Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin
« L’être vivant est surtout un lieu de passage, l’essentiel de la vie tient dans le mouvement qui la transmet. » Henri Bergson, L’évolution créatrice
« Les seuls moments importants d’une vie sont ceux dont on se souvient. » Jean Renoir
« Les souvenirs oubliés ne sont pas perdus. » Sigmund Freud
« Celui qui pense qu’on ne peut pas changer le passé C’est qu’il n’a pas encore écrit ses mémoires. » Robin Williams
Avant-propos
Un lundi matin, je reçus cet appel : « Allô, Jacques ? C’est Amélie ! J’ai passé le week-end avec toi, j’ai lu le manuscrit de tes Mémoires et… j’ai adoré ! C’est magnifique ! J’ai été émue et transportée ! » Le cœur battant la chamade, j’écoutai Amélie Nothomb me dire tout ce qu’elle avait apprécié et aimé, de la première à la dernière page, des anecdotes drôles jusqu’aux détails originaux. J’ai vécu là un des moments les plus exaltants de toute mon existence. C’est pourquoi j’ose partager ces souvenirs avec vous. Ce livre est gorgé d’émotions intenses, car je l’ai écrit en replongeant au cœur de mon parcours avec ma vulnérabilité et mes sentiments à vif. J’ai dû revivre des rencontres, des espoirs parfois déçus ou souvent réalisés ; j’ai réécouté les musiques, revu des photos, des films. Ce fut à la fois bouleversant et épuisant. Mais je peux vous affirmer que jamais je n’aurais osé rêver ce que j’ai eu la chance de vivre ! J’ai voulu garder le premier choix de ma mémoire et ne pas y ajouter d’informations revenues par la suite ou précisées par des recherches. Je raconte mes parcours personnel, professionnel et amoureux. L’enfance, même si elle ressemble à beaucoup d’autres, est essentielle pour comprendre la suite. On y trouve le théâtre, la chanson, la radio, la télévision, la nature, le scoutisme, l’amitié, la famille, la lecture, l’amour. On écrit un tel livre pour soi, par un besoin vital de narration qui donne un sens à sa propre histoire, mais aussi pour laisser une trace à ses enfants, à ses amis, à ses lecteurs. J’ai croisé beaucoup d’artistes : des chanteurs, des cinéastes, des acteurs, des écrivains. Après seulement quelques décennies, certains sont déjà presque effacés des mémoires. Je noterai leurs références. 7
Des domaines qui étaient solidement implantés et acceptés durant des générations se sont modifiés à une vitesse incroyable : les croyances, la communication, la politique… et jusqu’aux mœurs. En remontant au début de l’espérance folle des années 1950 et de la révolution de 1968, on retrouve des moments particuliers de la civilisation européenne, qui allaient influencer durablement nos manières de vivre. On donnait enfin une place aux adolescents que nous étions ; et nous avons cru en un formidable progrès, en un avenir où tout était possible. On passait du loisir collectif au personnel. Ce n’était pas mieux, c’était différent. Combien de temps me reste-t-il à vivre ? Mon optimisme me ferait ajouter « en ce monde ici-bas ». Mais je deviens moins désinvolte en prenant de l’âge. D’ailleurs, suis-je vraiment optimiste ou le suis-je devenu à force de volonté ? Ce qui a vraiment changé ? Ce qui me paraît le plus incroyable dans ma vie passée ? La capacité à faire mille choses en même temps. Comment ai-je pu assurer le tout : écrire dans la presse, créer des livres de toutes sortes, lire beaucoup, présenter mes émissions de radio et de télévision, aller au spectacle et écouter des disques, professer, voyager, donner des conférences, avoir une vie amoureuse, une vie de famille et une vie sociale et – un comble ! – me reprocher le peu de temps libre, dont le désœuvrement me semblait coupable ? Depuis quelques décennies, un grand amour est le moteur de mon existence. Il me donne l’envie de vivre, l’assurance, l’aide, l’encouragement, le bonheur indispensable à ma création. Mais avant cela ? Pourquoi ai-je été ce boulimique ? Pour remplir quel vide, pour prendre quelle revanche ? Jacques Mercier
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I
Une enfance heureuse ?
Longtemps, j’ai pensé que j’avais eu une enfance heureuse, je n’en suis plus si sûr. Des instants heureux, sans aucun doute ; mais pourquoi étaient-ils si souvent suivis de désillusion, comme un contrecoup obligatoire ? J’ai donc dû m’habituer à vivre la lumière et à nier l’ombre : m’éduquer à l’optimisme, seule façon pour moi de ne pas désespérer et d’avoir de la joie de vivre. Et me voilà déjà dans le sujet de plusieurs de mes livres : faut-il jouer un rôle ? « Peut-être ne paraîton jamais si parfaitement à l’aise que lorsqu’on joue un rôle ? » dit Oscar Wilde. Les premiers déguisements Comme le destin est malicieux, mon premier rôle fut celui d’un chat. Nous devions mimer la chanson « La révolte des joujoux » interprétée par André Dassary ( celui de « Maréchal, Nous voilà ! » à la gloire de Pétain… Un comble pour ma famille de résistants ). Dans le texte, on citait les jouets qui sortaient du placard la nuit, fâchés d’être malmenés par les enfants. Il y avait une poupée et un vieil Indien, mais pas de chat ! On avait dû m’ajouter et me dénicher le déguisement d’un carnaval précédent. J’étais timide, je restais derrière les autres, esquissant avec gêne les pas de danse imposés par une de nos tantes. Ce sentiment d’être dans une fête et de ne pas la vivre pleinement m’a poursuivi longtemps. Un jour, à force de me sentir marginal, j’ai décidé de l’être. Le journalisme me parut le meilleur moyen d’évoluer dans les coulisses plutôt que sur scène, d’être accepté dans une festivité sans devoir y participer. Bien plus tard, un jour, à force de fréquenter l’envers du décor, j’ai décidé d’avancer enfin dans la lumière des spots. Ce fut un grand bonheur.
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Si mon premier rôle fut celui d’un animal, le second en était la suite logique. Ce fut un court moment vécu en section gardienne chez les sœurs. Nous devions faire de la figuration dans une procession qui traversait la ville. J’étais un des petits bergers affublés de gilets en peau de mouton et de houlettes surmontées d’une croix. On nous plaça devant l’école de part et d’autre du char de l’Agneau pascal. J’étais impatient et déjà fier d’être vu par mes parents qui attendaient quelque part le long du parcours. Mais cela ne se passa pas ainsi. Il se mit à pleuvoir et nous dûmes rentrer nous mettre à l’abri. La procession ne sortit pas ce jour-là. J’étais surtout attristé par la déception que je devais causer à ma famille, plus que par l’annulation. Quand quelque chose se décommande, j’éprouve au contraire aujourd’hui un premier sentiment de temps libre et de récréation. Peut-être aurais-je pu me diriger vers le métier d’acteur, mais les représentations scolaires obligatoires furent surtout des occasions de rire et de chahut. Cela ne m’incita pas à m’y intéresser. Elles se déroulaient dans la Halle aux draps de Tournai, dont le sol était encore un vaste plancher de bois. Cela permettait de faire du bruit avec les pieds sans que les nombreux surveillants ne le localisent ! Pas de grand-père ! Je n’ai connu aucun de mes deux grands-pères. Du côté de ma mère, Gustave Fache fut un architecte « Art Nouveau » du début du xxe siècle. On voit encore dans notre ville natale, Mouscron, des frises sur les murs et certaines maisons, dont la sienne, magnifique, rue des Villas ainsi que celle d’un chocolatier sur un coin de la Grand-Place. Gustave participa entre autres à la construction de la ville congolaise de Matadi. De nombreux descendants de Gustave, dont une rue ( une « drève », plus précisément, un mot belge ) porte le nom aujourd’hui, eurent la même vocation. Christophe, mon fils aîné, est architecte lui aussi. J’aurais sans doute aimé l’être, imprégné des parfums du bureau et fasciné par les planches, les lampes, les dessins et les caractères. Gustave mourut en 1934, des suites d’une maladie contractée en Afrique. Du côté de mon père, Camille Mercier fut commissaire de police adjoint. Après avoir participé à la Grande Guerre de 14, dont on a gardé longtemps un sabre et une baïonnette pour des jeux d’enfants dangereux, il mourut de chagrin en apprenant que mon père avait 10
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été fait prisonnier au début de celle de 40. Il est mort en 1941. Mon père l’a appris dans sa cellule. Je ne connus donc que mes deux grands-mères, mais une innombrable double famille. Huit enfants chez ma mère et quatre chez mon père. Autant ma grand-mère maternelle, Maria, mais que nous appelions « Mère », était grave, sévère, autant ma grand-mère paternelle, Marguerite, était douce, simple, pleine d’humour et de gentillesse. Deux familles, deux climats Assez vite, je me suis rendu compte de la différence entre les deux familles dont j’étais issu. J’étais métissé à une époque où ce n’était pas si courant. Je le dois à la grande histoire d’amour qui lia mon père et ma mère leur vie durant. Les deux familles habitaient l’une en face de l’autre. D’un côté, l’habitation cossue de l’architecte avec – ce qu’on m’a redit tant de fois avec fierté – le premier garage personnel de la ville ! De l’autre, une maison modeste coincée dans une rangée de façades semblables. C’est le scoutisme qui présida à leur rencontre, même si l’on peut penser que mon père René devait avoir repéré depuis son enfance cette jeune Denise belle et élégante, qui avait son âge. Gustave Fache avait fondé avec le père jésuite Jacques Sevin, réfugié en Belgique, les « Scouts de France » durant la guerre de 14, et bien sûr, dans la foulée, une troupe scoute belge. Les promesses se faisaient en secret dans la grande salle à manger, dont la table était recouverte d’un drapeau. Les garçons chantaient à mi-voix le « Chant de la promesse » composé par le jésuite, un chant qui avait des accents religieux et patriotiques de circonstance : « Fidèle à ma patrie, Je servirai. » J’imagine tellement bien l’émotion qui devait leur serrer le cœur, moi qui fus scout durant de longues années. Plus tard, alors que ces réunions se tenaient toujours chez les Fache, mon père y croisa ma mère et ils tombèrent amoureux. On désapprouva. L’in terdiction de se « fréquenter » fut levée grâce à l’aumônier de la troupe de mon père. Il alla plaider l’évidence du véritable amour et obtint gain de cause. Dans cette famille qui donna à la religion quelques missionnaires et des religieuses, sa voix était écoutée. Ce prêtre s’appelle Emmanuel de Neckere. Il s’engagea dans la résistance et fut fusillé par les Allemands. Mon père prit la tête d’un comité qui parvint des années plus tard à faire ériger un monument commémo ratif en haut de notre avenue, sur la place de la Justice. C’est à cette occasion que mon père prit au sérieux mon statut d’adolescent 11
journaliste débutant et, plus important, celui d’amoureux de la langue française. Il me demanda d’écrire à l’Académie française à propos du libellé de la phrase à graver sur le monument. Je reçus une réponse sur une belle lettre de l’époque à l’en-tête de cette institution prestigieuse. Bien sûr, l’Académie préférait « Il n’est pas de plus grand amour… que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » à « Il n’y a pas de… ». J’ignorais que bien plus tard j’endosserais le rôle d’un académicien dans « Monsieur Dictionnaire » ! Trop jeune Un événement orienta toute ma vie. J’avais quatre ans et demi. Il semble que nous nous disputions souvent, un cousin de mon âge, Jean-Claude, et moi. Il fut et resta un ami proche durant toute mon existence, comme quoi !… Mes parents voulurent éviter que nous soyons dans la même classe. Ils me firent donc entrer en première primaire une année avant lui. C’était bien trop tôt ; c’est d’ailleurs interdit de nos jours. Je ne comprenais pas bien les cours, je mémorisais sans toujours saisir le sens. J’étais le plus petit et peut-être le plus fragile. Je perdis le peu d’assurance que j’avais et je me construisis une défense faite de sourire, d’approbation et de discrétion. Cela eut aussi des répercussions physiques, puisque, étant le plus petit en taille, je fus toujours le premier de la file. Le professeur de gym montrait l’exercice avec moi, à la bôme ou sur l’espalier, mais ne commençait vraiment à le travailler qu’avec le suivant. Je n’en tirai donc que peu de bénéfice corporel et musculaire. En première, je me classai à la 27e place sur 35 élèves. L’humiliation s’ajouta alors aux autres problèmes. Je décidai de réagir et de réussir malgré tout. J’avançai alors un peu à la fois dans le classement et je terminai les études primaires à la première place, mais à quel prix ! J’avais appris la patience et la ténacité, l’humilité et la sociabilité. Je mémorisais ; ainsi j’ai retenu toute ma vie le numéro de ma patère dans le vestiaire : 119. J’acquis une chose essentielle qui m’a toujours été d’une grande utilité : l’intuition. Au lieu d’analyser avec la raison ou la science acquise, je me fie à mon instinct, à mes impressions, à ce que je ressens, tant dans le choix d’un projet que pour la confiance à accorder à quelqu’un. Je me suis rarement trompé.
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Les années 50 Rien n’arrive par hasard. Si l’on remonte le fil du temps, c’est d’une telle évidence ! J’ai mis en exergue de mon roman Un équilibre fragile cette phrase de Jean Cocteau : « La carte de notre vie est pliée de telle sorte que nous ne voyons pas une seule grande route qui la traverse, mais au fur et à mesure qu’elle s’ouvre, toujours une petite route neuve. Nous croyons choisir et nous n’avons pas le choix. » ( Le grand écart ) Tout remonte donc à l’enfance. Elle fut marquée par la fin de la guerre. Les parents racontaient peu. J’avais deux frères plus âgés qui, eux, me firent le récit de quelques exploits familiaux. Comme ce début de soirée où Michel, un oncle résistant, était venu se réfugier à la maison. Sa présence fut dénoncée et des soldats allemands se présentèrent en armes. Pour laisser à notre oncle le temps de s’enfuir par les toits, on les fit lanterner. Mais, à coups de crosse, les soldats brisèrent la solide porte de verre et de fer forgé. Ils fouillèrent la maison et, tandis qu’on interrogeait ma mère, des gardes en armes restèrent en faction toute la nuit à côté des lits des enfants. Mon oncle s’est enfui jusque sur le toit d’un hangar qui forme le coin de mon avenue. Dans l’obscurité, il fit une brèche et se laissa tomber, au risque de se fouler une cheville ou pire, car c’était une société de ferrailles et il aurait pu tomber sur des tiges de fer dressées. La société appartenait à un autre cousin, lui aussi un chef du réseau de la Résistance locale. Il fit sortir le lendemain matin mon oncle sans dommage en le dissimulant dans un camion de sa firme. Les soldats étaient toujours en faction chez moi. Tenu à l’écart des confidences, tout cela était flou. Une grande partie des frères et sœurs de ma mère furent prisonniers en Allemagne. Les plus jeunes, encore adolescents, comme Adrien, firent partie des services de renseignements. On parlait à mots couverts de tortures, de privations. Pour m’informer, je feuilletais en cachette un gros livre rouge intitulé Nos héros et je m’attardais avec effroi sur les photos des cellules, des chaînes qui y pendaient, des villages détruits et des prisonniers squelettiques vêtus d’oripeaux à rayures derrière les barbelés. Au-delà de ces frayeurs, le discours ambiant était « N’en parlons plus ! Ce fut la dernière ! Plus jamais de guerre ! », et je m’y suis accroché. Mon angoisse fut terrible quand éclata la guerre de Corée en 1950. J’avais sept ans et je transpirais dans des cauchemars horribles. 13
De plus, prenant facilement froid, ma fièvre montait très haut, je délirais, je hurlais – les scènes entrevues dans le livre prenaient vie, auxquelles s’ajoutaient les peurs religieuses. Trop jeune pour faire la part des choses, je crus tout ce qu’on me racontait et même « qu’il était plus difficile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille ». Ce fut une scène de délire récurrente ! En définitive, durant les années 50 et 60, la vie allait très vite se colorier, devenir plus légère, insouciante et pleine d’humour. Nous ferions tout pour ne pas la prendre au sérieux. Une phrase revenait, lorsque pour une raison quelconque nous étions nus : « Rhabille-toi, on a vu assez d’horreurs pendant la guerre ! » Cela donnait le ton ! Vacances à la mer du Nord Nous avons été plus « Ardenne » que « Mer », les voyages à la mer prenaient donc un tour exceptionnel : en train ou en voiture, c’était à qui voyait le premier une dune de sable ! On m’expliquait avec condescendance le jeu de mots des affiches pour l’agence de location « L’abri côtier » ! Je fus fasciné, comme les enfants le sont encore, à Oostduinkerke, par l’hôtel Normandie construit en forme de paquebot dans un style des années 30 glorifié par Le Corbusier. Je me demandais comment il avait bien pu s’échouer près de la route. On s’amusait beaucoup de ma naïveté. C’est encore à la mer que je découvris lors d’un dimanche ensoleillé d’autres musiques et des jeux « radiophoniques ». Tout le long de la digue s’étendaient des établissements très fréquentés, prolongés par d’immenses terrasses. On les longeait en s’arrêtant pour les découvrir une à une. C’était comme lorsqu’on tournait le gros bouton crénelé du poste de radio, ou comme le zapping de nos jours. On passait de la musique classique populaire à la musique exotique à la mode. Un chanteur sud-américain chantait une samba, un mambo ou une rumba entouré de danseuses aux robes de couleurs vives et de musiciens secouant des maracas. On adorait Perez Prado ! Un crooner aux cheveux gominés proposait le répertoire de Jean Sablon ( « Vous qui passez sans me voir » ) et de Dean Martin ( « You’re Nobody till Somebody Loves you » ). L’univers sonore et visuel changeait tous les trente mètres. Un panneau indiquait l’horaire du début de l’animation. Un présentateur en smoking posait des questions et offrait des 14
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boissons gratuites, influencé évidemment par ce que j’écoutais moimême avec ferveur sur Radio-Luxembourg. Le cocon familial Mon père se levait tôt. J’ai repris cette bonne habitude bien plus tard, lorsque j’ai présenté Musique au petit-déjeuner à la radio. Par n’importe quel temps, il fallait que je quitte la maison à cinq heures. Mais ce réflexe de réveil a sans doute aussi été conditionné par la sirène de la filature proche qui mugissait dans l’aube noire ! Je retrouvais parfois mon père dans la cuisine, il mangeait seul. Je pensais que c’était pour lui l’occasion de plier sa tartine sans la couper avec soin à l’aide d’un couteau et – pire encore – de la tremper dans sa tasse de café : deux choses interdites par ma mère. Il y avait ainsi une liste d’interdictions. La plupart n’avaient d’autre but que de sauver les apparences et de garder son quant-à-soi. Un seul exemple : on ne pouvait pas se rendre dans un restaurant de la ville car cela sous-entendait que notre mère ne cuisinait pas bien ! Il est vraisemblable que la plupart des interdits m’ouvrirent l’appétit d’une liberté et d’une évasion, même si j’attendis l’adolescence pour les découvrir et les vouloir. Je compris très vite l’éventuel problème de l’échelle sociale. Il était aigu chez nous. Mon père pourtant n’a jamais renié ses origines. Il allait travailler à l’usine à vélo. Comment oublier, quand je savais que cela coïncidait avec le retour de mon père, cette attente après l’école en haut de notre rue, appelée « avenue » parce qu’on y avait planté de petits acacias. Je le voyais déboucher de l’autre côté de la place et, me voyant, il freinait avec un drôle de grincement. Il me hissait en amazone sur le cadre et nous terminions ainsi la dernière centaine de mètres du trajet. Parfois, en été, j’allais même jusqu’à l’entrée de l’usine. À droite de la grande grille, une petite porte découpée restait ouverte. C’est par là que je pouvais entrer et trottiner jusqu’à son bureau. Mon père se tenait derrière un comptoir, vêtu d’un cachepoussière gris. En réalité, son travail consistait à payer les ouvriers, dont beaucoup d’ouvrières, soit par jour, soit par semaine. Certaines venaient encore coiffées d’un bonnet rose qui empêchait leurs chevelures d’être happées par les machines. « C’est ton fils, René ? » demandaient-elles en le tutoyant avec familiarité. Elles me tapotaient la tête en souriant. Certaines ajoutaient « Il est tout mignon et brafe, tin garchon ! » ( gentil, ton garçon ). J’ignorais que, longtemps, 15
ce charmant constat m’aiderait à traverser mon adolescence, où je me sentais incapable de plaire à quelqu’un. La cuisine de l’avenue Louis Desprets était minuscule mais astucieuse. On s’installait sur un tabouret rond aux pattes de fer pour moudre le café, par exemple. On versait les grains entiers dans le réceptacle rond en acier, on tournait la manivelle et on ouvrait souvent le petit tiroir de bois pour voir si l’on avait moulu assez fin et si l’opération avançait. Nous étions insensibles à la poésie de cette corvée, comme nous étions réticents à faire la vaisselle dans l’évier, à écosser des petits pois, à équeuter les haricots ou à peler les pommes de terre. Pas question pour les quatre garçons d’y échapper. Alors on faisait des tours de rôle : rincer, laver, essuyer et mettre en place. Il nous est arrivé parfois de faire notre toilette dans ce baquet en pierre bleue du Hainaut. Lorsque mes parents disparurent, c’est le seul objet que ma femme, qui a un sens esthétique très sûr, et moi avons désiré conserver. On mesure le progrès technique entre cette cuisine de ma petite enfance et les capsules de café ou le lave-vaisselle commandé par une appli aujourd’hui. Je n’ai aucune nostalgie pour les objets, seulement pour les personnes et les moments. Un de mes souvenirs les plus sensuels se déroule au-dessus de cet évier. Mes frères plus âgés avaient organisé une « surprise-partie » et j’avais eu la permission de gérer les disques – déjà ! – jusqu’à une certaine heure de la soirée. Les parents s’étaient retranchés à l’étage. J’imagine qu’ensuite mes frères voulaient rester entre plus grands ; je n’avais que onze ou douze ans. Je m’acquittais donc avec application de ce travail de disc-jockey avant la lettre. Sur le tourne-disque, j’empilais par série de trois les 45 tours de rocks, puis de slows, etc. « Petite fleur » de Bechet, « Rock around the Clock » de Bill Haley, « I’m walkin’ » de Fats Domino et l’indispensable « When the Saints Go Marching In » de Louis Armstrong. Les danseurs venaient me réclamer certains titres ou insister pour que je remette des slows. On dansait encore avec fierté le charleston, le « Yes Sir, that’s my baby » par Claude Luter permettait la figure amusante des mains sur les genoux rapprochés. Ce fut un moment rare, où tous les styles de musique cohabitèrent sans discrimination, en bonne intelligence. On avait ses préférences mais on ne dénigrait pas celles des autres. Parmi les amies de mes frères, l’une me parut magnifique, Katia, la fille d’un médecin. Je la regardais évoluer sur la piste avec élégance et j’aimais les sourires amicaux qu’elle me lançait parfois. J’étais bien innocent et mes fantasmes étaient sages. Alors que j’allais bientôt 16
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devoir monter dans ma chambre, elle vint près de moi et me fit un peu de conversation. Je me mis à rougir sous le coup de l’émotion. Elle ne se moqua pas de moi, elle ne s’éloigna pas non plus devant ce jeune garçon timide, qu’elle savait troubler sans aucun doute. Elle m’emmena dans la cuisine, retroussa mes manches, ouvrit le robinet et tint mes poignets sous l’eau froide en me disant que cela me ferait du bien. Ses doigts sur ma peau, son visage proche et sa voix tendre m’emplirent d’une sensation inédite, comme le passage vers un état nouveau. Ce geste demeure au plus chaud de ma mémoire. Les vacances en Ardenne Nous allions donc en Ardenne sans doute pour une question d’argent, mais aussi par conviction. Mes parents, plongés dans le scoutisme, étaient convaincus du bienfait des arbres, des plantes, de la nature. Les premières vacances dont je me souvienne se sont déroulées à Saint-Hubert. Seul mon père nous accompagnait à l’hôtel ardennais de mademoiselle Chapelle. Ma mère se remettait de la naissance de son quatrième garçon, mon petit frère. Décidément, elle ne parvenait pas à mettre au monde une fille. On avait espéré que ce serait moi et on avait déjà choisi mon prénom, Rita, alors qu’on ne pouvait encore que supputer le sexe du futur bébé. À l’hôtel, un peu effrayé, je découvrais le monde de la chasse : sur les murs des trophées de cerf, de sanglier, dont le maquillage rouge sang de la hure m’inquiétait. Le même sentiment m’envahissait chaque fois que je voyais chez ma grand-mère les souvenirs coloniaux de son mari : ces énormes papillons exotiques piqués au milieu de leur ventre et exposés dans une boîte de collection accrochée au mur. Je regardais avec un certain malaise ces insectes sous leur couvercle de verre. À l’hôtel de Saint-Hubert, on s’approchait avec prudence des superbes setters aux pelages roux, blanc moucheté et noir et feu, qui aboyaient dans des cages au fond de la propriété. J’étais sage comme une image et je me tenais bien droit à table dans la salle du restaurant, recueillant les félicitations de l’hôtelière. C’est là que je suis entré pour la première fois dans une pièce d’eau en plein air : un étang dans lequel on accédait par une échelle de bois. Je suis resté un moment le long du bord et la tête hors de l’eau. Nous n’avions pas de maillots de bain ( oh, ces maillots tricotés en laine que l’eau alourdissait ensuite ! ) et gardions des caleçons blancs, vite transparents. L’eau était sombre et j’avais peur des sangsues, dont on me parlait ! 17
Le moindre brin d’herbe et le plus petit remous me faisaient sursauter et gâchaient ce plaisir d’être immergé. Aujourd’hui encore, plus qu’une douche, un bain me procure une grande volupté. Je me suis toujours demandé si ce n’était pas l’envie de retourner dans le liquide amniotique, avant d’être rejeté dans cette vie humaine, même si j’ai toujours eu du mal à m’imaginer vraiment dans le ventre de ma mère. Cependant, depuis peu, il m’arrive de visualiser la baignoire comme un cercueil d’émail blanc. L’âge, sans doute, et la boucle de la vie qui se referme. Plusieurs révélations me furent faites au cours de ces deux mois estivaux. Mon père en fut l’initiateur. Sur le sentier le long d’un ruisseau, il évoqua pour moi l’infini de l’univers, le mouvement des planètes : j’étais impressionné mais heureux de faire partie de la danse des cieux et des galaxies. J’ai toujours le vertige devant les nombres « astronomiques » qui nous imposent une si grande humilité. Un autre matin, il m’emmena à travers bois avant que le jour ne se lève. On rejoignit le haut d’un repli de terrain. On s’installa pour observer au fond du creux un bloc blanc, qu’on appelle le « sel de vache » ou la « pierre à lécher », que le garde forestier avait placé pour le gibier. Tout à coup, le soleil se leva et au même moment, dans un éblouissement incroyable de la nature, je vis descendre vers la pierre blanchâtre une laie suivie de ses marcassins. C’était tout simplement beau et émouvant. Un tableau intense qui se grava à jamais dans ma mémoire profonde. Mon père m’avait montré notre place dans la vie : la nature, le minéral, les règnes animal et végétal. Tout orgueil humain me sembla vain et ridicule ; je ne l’ai jamais oublié, surtout dans ces métiers publics, qui en offrent la perpétuelle tentation ! Le grand Saint Je suis né naïf et le suis resté jusqu’à un âge avancé ; donc perméable au magique, à l’imaginaire, aux légendes. En cinquième primaire, je croyais toujours à la véracité de la venue de saint Nicolas apportant des jouets durant la nuit du 5 décembre. D’ailleurs ma lettre était bien partie et toute la famille avait préparé avec un tel enthousiasme les carottes pour l’âne et les assiettes sur la table de la salle à manger, fermée à clé pour l’occasion. J’écoutais donc sans les entendre les révélations de mes copains, imaginant qu’ils voulaient m’ennuyer et, surtout, je ne pouvais croire que mes parents me mentaient. Cette année-là – j’avais tout de même huit ou neuf ans ! –, l’institu18
Une enfance heureuse ?
teur entra en classe et dit : « Bien sûr, tout le monde sait qui est saint Nicolas ? » La classe entière cria « oui » et quelques-uns me montrèrent du doigt en disant « Mais pas Mercier ! ». J’étais au premier rang, frappé de stupeur. L’instituteur me dit : « Vous ne savez pas que ce sont vos parents qui apportent les cadeaux ? » Le monde s’écroulait et je fondis en larmes. J’étais incapable d’arrêter le flot de mes pleurs, où tant de sentiments contradictoires se mêlaient. On appela le directeur de l’école, qui dut me reconduire chez moi. Je le vois encore sonner à la porte, ma mère ouvrir et s’alarmer et enfin le directeur lui expliquer la raison de ma crise de larmes. M’a-t-elle pris dans ses bras ? Je ne m’en souviens plus. Le goût du chocolat, déjà Comme on m’avait inculqué le goût de la nature, le minuscule jardin de la maison familiale devint mon pays de cocagne. Une terrasse recouverte d’une glycine, trois marches de pierre, une pelouse avec en son centre un sapin de Noël replanté après la fête et, tout autour, des fleurs. Revenu de l’école, je m’installais au soleil sur la première marche du jardinet pour manger une pomme et un morceau de chocolat. Seule ma mère était présente à cette heure-là et elle me souriait par la fenêtre de la cuisine, tout en s’y activant. J’étais à un âge où aucun souci ne me troublait vraiment : l’argent, l’avenir, l’amour, la mort… Lorsque, bien plus tard, je me rendis compte de mon intérêt pour le chocolat, je sus que c’est à ces quatre-heures que je le devais, comme la madeleine de Proust. Ce doit être le cas de bien des Belges, dont le chocolat est une tradition culinaire. Il n’est lié qu’à des moments de plaisir : une fête, Pâques et Noël, un dessert, une récompense. Encore enfant, je fus opéré de l’appendicite. On allait encore peu à l’hôpital et je revois ma mère pleurer lorsque le médecin de famille m’emmena dans sa voiture à la clinique. Tout se passa bien et, revenu à la maison, je dus garder le lit quelque temps. Je n’éprouvais aucune douleur et trouvai la situation d’autant plus agréable que nous étions dans la période pascale. Tous les visiteurs, la famille, les copains de classe, les voisins m’apportaient des œufs en chocolat ! Une tante m’en avait apporté un immense, le plus grand que j’eusse jamais vu, et qui contenait lui-même des dizaines d’autres petits œufs enrobés de papiers dorés ou argentés. Je le gardai sur une chaise à côté du lit 19
et je le partageai, bien entendu ; on brisa peu à peu sa coque brune ! Mon père seul n’en mangeait pas. Je ne croyais donc pas à un penchant gourmand héréditaire… jusqu’au jour où je lui posai la question. Mon père me révéla alors qu’il adorait le chocolat, mais qu’il avait été trop gourmand. Lors de son anniversaire, qui réunissait beaucoup de membres de la famille, on avait apporté deux gros gâteaux au chocolat. Au moment du café, il se mit à découper le premier, à en disposer les parts sur les assiettes à dessert et à les remettre aux convives. Alors qu’il allait entamer le deuxième gâteau, on s’écria qu’il ne pouvait pas le partager car celui-là lui était entièrement destiné. On le savait grand amateur de chocolat et c’était un des cadeaux d’anniversaire ! Par défi et par gourmandise, il l’engloutit tout entier… et en fut dégoûté à jamais. L’excès n’est jamais conseillé. Voilà pourquoi je ne l’ai jamais vu manger de chocolat ; voilà pourquoi je pense que cette passion est peut-être un peu héréditaire ! Après les poèmes et les romans, cette passion fut l’objet de mon premier essai et fut suivi de quelques autres. Grand et petit écran : premiers souvenirs L’image n’atteignait pas vraiment notre famille. La télévision fut interdite durant nos études et le cinéma se présenta tout d’abord en petites bobines chez des cousins ou dans une salle de la ville lorsque nous nous y rendions en rangs avec l’école. C’était donc la fête lorsque l’instituteur annonçait que nous passerions l’après-midi dans un cinéma de la ville. Le choix du collège se portait sur des films édifiants, comme Le sorcier du ciel en 1949, qui racontait la vie du saint curé d’Ars. On raconte qu’il voit le Christ et qu’il accomplit des miracles. Mais il est aussi victime des diableries d’un Satan furieux des conversions de plus en plus nombreuses que le curé suscite. C’est là que le film m’impressionna : des portes qui grincent ou claquent, des pierres venues de nulle part, des visions. C’était un peu L’exorciste, un film que je vis en vision de presse à côté d’une collègue journaliste terrorisée dont je gardai longtemps la trace des ongles sur le dos de ma main. Il arrivait donc qu’on installe un projecteur Pathé-Baby et qu’on y découvre des films de Félix le Chat et d’Harold Lloyd. Au début des années 1950, on nous projeta ainsi l’affaire du Faux roi Baudouin ! La visite d’un institut de religieuses par un sosie du roi. Ah, cette Belgique de l’autodérision ! Elle n’avait pas fini de m’amuser tout au long de ma vie. 20
Une enfance heureuse ?
En 1953, un film eut une grande incidence sur mon enfance : Moi neaux de Paris, de Maurice Cloche. Les Petits Chanteurs à la croix de bois y jouaient leur propre rôle. Dans le scénario assez simple, l’un des petits chanteurs tentait de retrouver un médaillon perdu. Le plus important est qu’ils chantaient « À la claire fontaine », « Il pleut, il pleut bergère », « Au clair de la lune » et bien d’autres airs que je connaissais. Cela me ravit tellement que, le lendemain, j’allai trouver le responsable de l’école et insistai jusqu’à ce qu’il m’engage dans la chorale du collège. J’adorais être une voix parmi d’autres, différentes mais qui se rejoignaient dans une même création harmonieuse. Je fus soliste… une seule fois ! C’était la nuit de Noël et j’interprétais du haut du jubé le cantique « Il est né le divin enfant ». Le texte avait été traduit dans notre patois local, le mouscronnois, un mélange de vieux français, de picard, de rouchi et de wallon. Le refrain disait : « Ah v’nez vir el petit Jésus dins sin bèr au mitan d’l’étafe… Du ciel tout drôt y’est déchindu » ( Venez voir le petit Jésus dans son berceau au milieu de l’étable… Du ciel, tout droit, Il est descendu ). Mon émission de télévision préférée fut Lecture pour tous, la première émission littéraire de la télévision française. Max-Pol Fouchet, Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes se relayaient autour des livres et des écrivains. Ils confortaient ma soif de lire et d’apprendre comme personne ne le fit depuis. J’y ai vu Jean d’Ormesson, Henry Miller et d’autres monstres sacrés ; je me souviens en particulier d’une interview de François Mauriac parlant d’une voix brisée de ses Mémoires intérieurs au journaliste qui lui donnait du « Maître » ! Je me suis inscrit à une bibliothèque privée de la ville et j’en devins un habitué. Bien plus tard, les propriétaires, Désiré et sa sœur Jacynthe, m’offrirent un jour un des livres : l’exemplaire d’un livre d’aventures qui parlait d’un bateau dans une tempête ; mais là n’était pas l’intérêt : ils y avaient retrouvé une note de ma main reprenant une liste de mots qui m’étaient inconnus et que je me promettais de découvrir dans un dictionnaire. Ce cadeau, témoin de mon intérêt pour la langue française, m’a ému. La violence à la télévision Un jour, télévision et cinéma me procurèrent un autre choc incroyable. Peu de personnes possédaient le poste de réception, coûteux. Nous nous arrêtions dès lors devant les vitrines des marchands d’articles électroménagers et de disques pour observer, agglutinés, 21
le petit écran. En revenant d’une visite avec mes parents, je leur échappai un instant pour me glisser au premier rang des badauds et mieux voir. Ce que je vis me glaça le sang : des hommes jetaient de l’étage d’un château des bébés qui allaient se ficher dans la cour sur les hallebardes dressées des soldats. Je tâchai d’oublier et n’en parlai à personne. Longtemps, pendant des années, cette vision hanta mes cauchemars. Et puis, toujours en regardant la télévision, mais chez moi cette fois, je fus tétanisé ! Je revoyais cette scène dans un film en noir et blanc. Il s’agissait d’une scène du film La kermesse héroïque de Jacques Feyder d’après une nouvelle de Charles Spaak, tous deux d’origine belge. Les dessins animés, comme Blanche-Neige et les sept nains, le premier long-métrage de Walt Disney sorti avant la guerre, nous charmaient, mais il y avait l’horrible sorcière et l’orage dans la forêt… Cela dit, j’ai encore dans l’oreille le « aaah » de la salle entière quand la lumière s’éteignait progressivement, et je ressens encore le plaisir de savoir qu’il y avait un dessin animé en première partie du grand film ! Et puis il y eut BB Et puis, il y eut Brigitte Bardot ! Et Dieu créa la femme, comme le démontra si bien Roger Vadim. Je pense n’avoir pas pu voir les films de BB avant l’âge adulte, mais ses photos dans la presse m’enchantaient et me troublaient. Pour ma génération, sa liberté nous paraissait un espoir, un modèle qui pourrait nous inspirer et nous faire sortir du carcan bourgeois. En 1960, je suis même allé demander au directeur du cinéma Éden, situé sur la Grand-Place de ma ville, une affiche de La vérité. On y voyait le visage de Bardot en noir et blanc, avec une seule larme rouge qui glissait de ses yeux. Elle resta des années sur le mur de ma chambre. J’ai retrouvé les lèvres boudeuses de Bardot dans bien des jeunes femmes croisées par la suite. Pour simplifier et juger sur l’apparence, j’aimais d’une part Brigitte Bardot, sa licence et son érotisme, et d’autre part Audrey Hepburn, sa réserve et son innocence. Née à Bruxelles, Audrey Hepburn tenait le rôle d’une princesse dans la comédie romantique Vacances romaines en 1953. Ce film fut pour beaucoup dans mon amour de l’Italie. Son foulard, ses cheveux en chignon, son fichu noué autour du cou, la large ceinture serrant la 22
Table des matières
Avant-propos 7 I
Une enfance heureuse ?
II
Des ambitions artistiques 37
III
Le temps des études 65
IV
Les débuts professionnels 75
V
Et vint Dimanche-Musique 105
9
VI L’indépendance 159 VII
Le miracle de l’amour 187
VIII La Semaine infernale 239 IX
Les années 2000 269
Index des personnalités artistiques croisées dans mes vies 281
Merci à Michelle Poskin, Pascale Stavaux, Ophélie Hulin et Anne Brutsaert, car cette équipe féminine de Racine finalise les livres avec un rare talent.
Crédits photographiques Photo de couverture : © Philippe Simon Excepté mention contraire, les photos présentées dans cet ouvrage sont issues de la collection de l’auteur. Le photographe Guido Marcon a cédé aimablement ses droits d’auteur pour la publication de ses photos dans cet ouvrage. L’éditeur s’est efforcé de régler les droits des ayants droits conformément aux prescriptions légales. Les détenteurs de droits que, malgré nos recherches, nous n’aurions pu retrouver sont priés de se faire connaître à l’éditeur.
Couverture : Dominique Hambye Mise en page : MC Compo – www.mccompo.be Relecture : Françoise Osteaux www.racine.be Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez régulièrement des informations sur nos parutions et activités. Toutes reproductions ou adaptations d’un extrait quelconque de ce livre, par quelque procédé que ce soit, réservées pour tous pays. © Éditions Racine, 2020 Tour & Taxis, Entrepôt royal 86C, avenue du Port, BP 104A • B-1000 Bruxelles www.racine.be D. 2020, 6852. 7 Dépôt légal : mai 2020 ISBN 978-2-39025-127-9 Imprimé aux Pays-Bas