
Numéro 189- 2026
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Numéro 189- 2026
Numéro 189, 2026
Femmes de la Bible, femmes consacrées actuelles.
Un engagement commun? 6
Sr. Marie-Anne Misenga Dituanya, SCJM
Les principes du renouveau à la lumière du Concile Vatican II et de saint John Henry Newman 22
Sr. Theresa Marie Chau Nguyen, OP, Ph.D.
‘Nos chemins ne sont pas les chemins de Dieu’ Les religieuses dans une Eglise australienne synodale 32
Sr. Dr. Margaret Beirne, RSC
Des changements de paradigme dans la formation pour des communautés religieuses synodales 39
Sr. Dr Rekha M. Chennattu, RA
La théologie pastorale et sa contribution à la vie religieuse. Une approche contextuelle 52
Sr. Cynthia Emeka, DDL L’intelligence artificielle au service de la vie consacrée
Sr. María Mercedes Méndez Siliuto, RA
La Vie Consacrée entre prophétie, discernement et renouvellement
Les réflexions rassemblées dans ce numéro du Bulletin offrent un regard large et articulé sur la Vie Consacrée aujourd’hui, la situant dans l’entrelacement dynamique entre la fidélité aux origines évangéliques et l’ouverture créative aux défis de notre temps. Bien qu’ils abordent des thèmes différents – bibliques, théologiques, pastoraux, éducatifs et culturels –, les textes ont en commun une seule et même question fondamentale : Comment discerner aujourd’hui l’action de l’Esprit afin que la Vie religieuse continue d’être signe prophétique du Règne de Dieu ?
Le premier point de départ vient de la Bible. La relecture de la figure de Miriam met en lumière un leadership féminin ancré dans la libération et la célébration, capable d’inspirer les femmes consacrées d’aujourd’hui, en particulier dans les contextes marqués par la précarité et l’injustice. L’Écriture se révèle ainsi non seulement comme fondement, mais aussi comme source vivante qui oriente l’engagement prophétique des Religieuses.
C’est dans ce contexte que s’inscrit la réflexion sur le renouveau ecclésial à la lumière du Concile Vatican II, des enseignements de John Henry Newman et du chemin synodal en cours. La formation apparaît comme un espace décisif de conversion personnelle et communautaire, appelé à transformer les mentalités, les structures et les pratiques afin que les communautés religieuses deviennent des lieux authentiques d’écoute, de coresponsabilité et de discernement partagé.
Les textes abordent également avec réalisme les difficultés de la Vie Religieuse dans le contexte occidental, marqué par le déclin des vocations et le risque d’une lecture purement « conclusive » de son histoire. À cette tentation s’oppose une invitation explicite à revenir à la question fondamentale : De quelle manière Dieu nous appelle-t-il aujourd’hui à transformer notre vie et notre mission ?
Enfin, l’apport de la théologie pastorale et de la théologie spirituelle ouvre la réflexion à de nouveaux horizons culturels et ecclésiaux, y comprise la question de l’intelligence artificielle, considérée comme un signe possible des temps. Dans cette perspective, la Vie Consacrée est appelée à intégrer tradition et innovation, en restant fidèle à l’Évangile tout en étant capable de parler avec crédibilité à l’humanité d’aujourd’hui.
Présentation
Femmes de la Bible, femmes consacrées actuelles. Un engagement commun?
Sr. Marie-Anne Misenga Dituanya, SCJM
Les femmes de la Bible sont présentées comme courageuses, anticonformistes, prophétiques et actives dans leur lutte pour la justice et la vie. Malgré des contextes historiques défavorables, ces femmes, même si elles n’étaient pas considérées égales aux hommes, ont souvent été des leaders, utilisant leur intelligence et leur sensibilité pour changer les choses. Leur engagement en faveur des droits des plus faibles continue d’inspirer les consacrées aujourd’hui. Cet article propose une relecture théologique et herméneutique de la figure biblique de Myriam tel que narrée en Ex 15,1-21, en tant qu’archétype du leadership féminin. Il met en lumière son impact symbolique et spirituel sur les femmes engagées dans la vie religieuse aujourd’hui, notamment dans le contexte africain, où les consacrées assument souvent des rôles prophétiques et communautaires dans des environnements marqués par la précarité et les inégalités.
Les principes du renouveau à la lumière du Concile Vatican II et de saint John Henry Newman
Sr. Theresa Marie Chau Nguyen, OP, Ph.D.
Le but de cet article n’est pas de fournir des analyses sociales critiques, ni de rendre compte de manière exhaustive des changements et des défis qui caractérisent la vie religieuse aujourd’hui. Mon objectif, très modeste, est simplement de commencer à examiner deux ressources de la théologie historique et systématique : à savoir, l’inspiration du pape saint Jean XXIII pour le Concile Vatican II et l’Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845) de saint John Henry Newman, qui est, à ce jour, l’analyse la plus systématique et la plus approfondie de l’idée de « développement » du dogme chrétien à travers les siècles.
‘Nos chemins ne sont pas les chemins de Dieu’. Les Religieuses dans une Eglise australienne synodale
Sr. Dr. Margaret Beirne, RSC
En 2012, j’ai été invitée à rédiger le chapitre intitulé « L’expérience des religieuses australiennes au lendemain de Vatican II » dans un ouvrage qui réfléchissait sur certains aspects de l’Église dans notre pays depuis Vatican II (1962-1965). Après avoir présenté les grâces et les difficultés ayant marqué ces 50 années, je prédisais, comme beaucoup d’autres, que nous aurions besoin de vision, d’imagination et surtout de prière, pour discerner comment Dieu pourrait nous appeler à aller de l’avant et à lire les signes des temps dans un contexte de plus en plus compliqué. Aujourd’hui, 12 ans plus tard, ces défis n’ont pas disparu, ils se sont même intensifiés, comme en témoigne le fait qu’une grande partie des discussions actuelles portent sur « comment conclure », et non sur la question de discerner « comment Dieu nous appelle à transformer notre vie et notre mission ».
Présentation
Des changements de paradigme dans la formation pour des communautés religieuses synodales
Sr. Dr. Rekha M. Chennattu, RA
Dans les réflexions qui vont suivre, nous allons examiner la formation religieuse dans le contexte du Synode sur la Synodalité, du Document FABC 50 et de l’Année Jubilaire. Je commencerai par situer notre discussion dans le contexte socio-ecclésial qui façonne la formation contemporaine. Cet aperçu contextuel sera suivi d’une analyse des principaux appels et défis formulés par le Synode sur la synodalité, le document FABC 50 et dans le cadre de l’année jubilaire. Enfin, je décrirai les changements paradigmatiques nécessaires dans nos approches de la formation – portant sur les mentalités, les programmes, les stratégies et la communauté de formation – afin de favoriser des communautés religieuses véritablement synodales.
La théologie pastorale et sa contribution à la vie religieuse. Une approche contextuelle
Sr. Cynthia Emeka, DDL
Marquée par de rapides changements culturels, sociaux et écologiques, la Vie Religieuse se trouve aujourd’hui à un tournant. Les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, tout en étant des engagements profondément personnels envers Dieu, sont aussi des signes publics et prophétiques du Royaume dans les mutations de la vie moderne. Dans ce contexte de changements, la théologie pastorale, une discipline qui unit la réflexion théologique au ministère pratique, offre des ressources essentielles pour renouveler et soutenir la vie religieuse afin qu’elle reste pertinente, crédible et transformatrice.
Sr. María Mercedes Méndez Siliuto, RA
L’irruption de l’Intelligence Artificielle (IA) dans nos vies ne peut pas être uniquement considérée comme un phénomène technologique ou culturel : c’est aussi un signe des temps qui interpelle la vie consacrée. Bien que son développement ait été promu par le génie humain, son impact atteint des dimensions qui remettent profondément en question notre compréhension de l’être humain, de sa conscience, de sa liberté et de sa responsabilité.
Sr. Marie-Anne Misenga Dituanya, SCJM
Sr. Marie-Anne Misenga Dituanya, SCJM, est une Sœur de la Charité de Jésus et de Mari. Elle est théologienne et exégète, titulaire d’un Doctorat en Théologie (Sciences Bibliques). Sr. Marie-Anne est professeure à l’Université Notre-Dame du Kasayi (UKA), Kananga, RDC et professeur invité dans divers instituts et programmes de formation.

Introduction : contexte et objectif
Les femmes de la Bible sont présentées comme courageuses, anticonformistes, prophétiques et actives dans leur lutte pour la justice et la vie. Malgré des contextes historiques défavorables, ces femmes, même si elles n’étaient pas considérées égales aux hommes, ont souvent été des leaders, utilisant leur intelligence et leur sensibilité pour changer les choses. Leur engagement en faveur des droits des plus faibles continue d’inspirer les consacrées aujourd’hui.
Cet article propose une relecture théologique et herméneutique de la figure biblique de Myriam tel que narrée en Ex 15,1-21, en tant qu’archétype du leadership féminin. Il met en lumière son impact symbolique et spirituel sur les femmes engagées dans la vie religieuse aujourd’hui, notamment dans le contexte africain, où les consacrées assument souvent des rôles prophétiques et communautaires dans des environnements marqués par la précarité et les inégalités.
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Sr. Marie-Anne Misenga
Cette sollicitude de Dieu envers son peuple est un thème qui traverse tout le livre de l’Exode1. L’histoire de cette femme est souvent oubliée au détriment de celle de son frère, Moïse. Mais qui donc était cette femme courageuse et comment peut-elle nous inspirer encore aujourd’hui?
a. Sa petite enfance
Le nom « Myriam » – gr. Maria(m) « Voyante ou Dame ? ») – porte deux significations qui expriment toutes deux les qualités de son caractère. La première, qui dérive de la racine hébraïque mar, est « amertume ». En effet, Myriam était née à une époque où l’oppression de l’esclavagisme était à son paroxysme : « Et ils [les Égyptiens] rendirent leurs vies amères [vayemarrerou , de la racine mar] avec un travail difficile » (Ex 1,4). Née d’un peuple asservi, témoin des massacres ordonnés par Pharaon contre les nouveaunés mâles, elle porte dès ses premières années l’amertume et la douleur collective d’Israël. Ses premières années furent marquées par la cette réalité déchirante de la servitude qui n’est pas stérile : elle nourrit en elle un espoir sans bornes en un d’un avenir meilleur.
L’autre signification de son nom est « rébellion » (de la racine meri). Malgré le brouillage de l’époque de son enfance, Myriam se révolte depuis son plus jeune âge contre la mentalité d’esclave qui minait son peuple. Bien qu’elle partageât la douleur de ses frères et sœurs, elle ne s’abandonne pas à la peur ou au désespoir. Bien qu’elle fût exposée à la cruauté la plus abjecte, elle ne cède jamais à l’abattement. Sa méthode était d’être un exemple vivant.
Dans le texte de la Torah, la figure biblique que nous examinons est présentée au moment où le nouveau Pharaon monte sur le trône d’Égypte :
« Il se leva un roi nouveau sur l’Égypte… Et il s’adressa aux sages-femmes des Hébreux, dont le nom de l’une était Chifra et celui de l’autre, Poua. « Et il dit : “Lorsque vous accoucherez les femmes des Hébreux, vous regarderez sur le siège d’enfantement : si c’est un fils, faites-le périr. Si c’est une fille, qu’elle vive” ».
Malgré ce décret,
« les sages-femmes craignaient Dieu : elles ne firent point ce que leur avait dit le roi d’Égypte… Or, comme les sages-femmes avaient craint Dieu, Il leur fit du bien » (Ex 1, 8-17).
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En refusant de commettre le meurtre, les sages-femmes font passer leur conscience avant les ordres du tyran. Elles respectent Dieu et s’associent aux autres personnages de la Bible qui, sans faire partie du peuple qu’il a choisi, reconnaissent la bénédiction de Dieu sur Israël. Cette sollicitude de Dieu envers son peuple est un thème qui traverse tout le livre de l’Exode2. Rachi explique que la prophétesse, bien qu’elle fût encore une enfant, excellait dans l’art de murmurer (de la racine pa’ah) à l’oreille du nouveau-né et de calmer un bébé qui pleure avec sa douce voix3. Telle était Myriam, la mère de la rébellion. Elle se rebellait contre l’apathie et la cruauté du roi.
Courageusement, elle et sa mère ignorèrent l’ordre de Pharaon de tuer tous les nouveau-nés mâles, se souciant même de leur prodiguer soins et nourriture afin qu’ils survivent4. De telles positions ne pouvaient être tenues que par les descendants de ces femmes capables d’assurer la transmission de leur force morale et leurs convictions permettant de triompher de toutes les injustices.
Un événement de l’enfance de Myriam reflète sa force de caractère et sa capacité à se dresser contre le statu quo et à garder espoir malgré les circonstances difficiles. Il s’agit de la naissance de son frère Moïse.
« Et lorsque Yokébed ne put le cacher plus longtemps, elle lui prépara un berceau d’osier… elle y plaça l’enfant et le déposa dans les roseaux sur la rive du fleuve. Sa sœur (Myriam) se tint à distance, pour observer ce qui lui arriverait » (Ex 2,3-4).
Myriam se tint au bord du fleuve. Elle ressentait, elle aussi, la douleur et l’amertume de cette situation où son petit frère leur était arraché. Mais en même temps, elle était animée par son esprit rebelle : elle ne succomberait pas au désespoir. Elle avait cette double qualité de ressentir la douleur dans toute son intensité tout en se révoltant contre son emprise pour découvrir une lueur d’espoir et de volonté tout au fond de soi

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Depuis le fourré où elle s’était cachée, Myriam observait le tournant de la vie pourtant si ténue de son petit frère. Du coup, la fille de Pharaon descend se baigner dans le Nil (Ex 2,5). En découvrant le panier sur la rive du fleuve et en entendant les cris déchirants du nourrisson qui s’y trouvait, elle décide de le sauver. Voilà que la sœur de Moïse, pleine d’assurance, s’approche de la princesse pour lui suggérer qu’elle amène une nourrice juive pour allaiter le bébé. La fille de Pharaon acquiesce. Mais à son insu, Myriam ramène Moïse à sa propre mère (Ex 2,7-9). Moïse reste dans sa famille, bénéficiant au cours de sa première enfance d’un environnement nourricier tant matériellement que spirituellement, jusqu’à ce qu’il fut sevré. Ce n’est qu’après avoir reçu l’amour et l’enseignement de ses parents que l’enfant fut ramené au palais royal (où il reçoit le nom de Moïse « Sauvé/Retiré-des-eaux ») pour y accomplir son destin de chef et de libérateur (v. 10s.).
b. Sur les rives de la Mer Rouge
De nombreuses décennies ont passé, et nous voici sur les rivages de la Mer Rouge. Moïse a grandi et est revenu de Madian en tant que libérateur de son peuple choisi par Dieu. Les dix plaies se sont abattues sur l’Égypte pour la punir de la cruauté de son roi et délivrer les Israélites de son oppression. Celui-ci est sorti du pays triomphalement. Puis, alors qu’il était pourchassé par un roi récalcitrant et son armée, Dieu ouvrit miraculeusement la mer, sauvant Son peuple et noyant ses ennemis. Les Hébreux avaient ainsi connu une délivrance miraculeuse et absolue. Leurs souffrances en Égypte étaient définitivement terminées. Leur servitude était arrivée à son terme et leur salut était tangible (Ex 2,11 – 14,31).
Sur les rives de la Mer Rouge, les Israélites, sous la direction de son chef, Moïse, entonne la Chirat haYam un cantique exprimant leur gratitude et la grâce qu’il rendait à Dieu (Ex 15,1-19). Mais, lorsque Moïse et son peuple conclue leur chant, survient quelque chose d’inexplicable :
« Et Myriam, la prophétesse, sœur d’Aaron, prit dans sa main un tambourin, et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins et des danses. Et Myriam leur répondit : “Chantez le Seigneur, car il a fait éclater sa gloire ; il a précipité dans la mer le cheval et son cavalier” » (Ex 15, 20-21)
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On le voit : Moïse et les hommes avaient chanté leur cantique. Puis Myriam et les femmes s’étaient levées pour chanter le leur. Les hommes avaient chanté avec leurs voix. Mais le chant des femmes fut composé de voix, de tambourins et de danses. Ce sont les tambourins pour une victoire5. La sœur de Moïse reçoit le titre de prophétesse. Elle est la première des femmes qui célèbrent une victoire du peuple de Dieu. Elle entonne et les femmes répètent le chant avec un refrain qui résume le thème du cantique précédent (v. 1-8)6. Les cœurs des femmes étaient épris d’une plus grande joie et leur chant aussi fut plus complet. Rachi (sur Ex 15, 20) explique le fait que les femmes avaient ces tambourins avec elles : « Les femmes vertueuses de cette génération croyaient profondément que le Saint Béni soit-Il ferait pour elles des miracles, et elles avaient emporté des tambourins d’Égypte ». Lorsque les Israélites ont quitté l’Égypte, c’était en hâte. Mais, les femmes n’étaient pas inquiètes au sujet de leurs besoins matériels, car elles savaient que Dieu y pourvoirait. Elles vivaient dans une dimension supérieure,
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par-delà la réalité naturelle. Malgré leur précipitation, les femmes ont pris le temps de préparer, à l’avance, quelque chose qui leur semblait essentiel.
C’est curieux ! Après des années d’une servitude amère – après avoir été témoin d’actes d’absolue barbarie, après avoir versé des torrents de larmes pour les bébés qui avaient été arrachés de leur bras, après avoir vu leurs enfants murés vivants dans des murs de briques pour remplir les quotas de construction – qu’est-ce que ces femmes avaient bien pu préparer alors qu’elles étaient encore esclaves en Égypte ? Qu’est-ce qui était dans l’esprit de ces femmes qui avaient connu l’affliction au-delà de ce que l’être humain peut supporter ? Qu’est-ce qui était dans leurs cœurs meurtris par l’angoisse ? Qu’est-ce qu’elles avaient serré contre leurs corps usés, fatigués et torturés en quittant l’Égypte ?
Des tambourins. Des instruments avec lesquels elles chanteraient et loueraient leur Dieu pour le miracle qui se produirait assurément un jour !

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Du fond de leur misère, ces femmes n’ont pas perdu de vue leur idéal. Portant le deuil de leurs enfants qui seraient massacrés avec leur sensibilité féminine plus douloureusement, les femmes ont trouvé la force de ne pas perdre espoir. Elles éveillèrent en elles-mêmes le meri, l’esprit rebelle de leur leader. Elles se rebellèrent contre la dépression qui aurait dû découler naturellement d’un tel malheur. Elles se rebellèrent contre l’apathie et contre le découragement. Dans leur souffrance, les femmes préparaient des tambourins. Elles attisaient la flamme de l’espoir au fond de leurs âmes jusqu’à ce qu’elle devienne le feu dévorant et inextinguible de la foi. Plus
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amères devenaient leurs vies, et plus leur foi se renforçait. Convaincues, sans l’ombre d’un doute, que leur Dieu se souviendrait d’elles, leur unique souci était de se préparer correctement à chanter ses louanges avec des manifestations de joie appropriées pour les miracles qui arriveraient nécessairement !
Telle est la force de Myriam. Une force féminine qui grandit de l’amertume. Une force forgée au milieu du désespoir. Telle est la force des femmes qui avaient quitté l’Égypte, avec leurs tambourins et leurs danses de joie et de foi. Et telle est la force de toutes les femmes aujourd’hui.
Sur les rives de la Mer Rouge, le cantique de Moïse (Ex 15,1-19) suivi de celui de Myriam (15,20-21) constitue, comme le souligne Ska, la conclusion liturgique de la première grande section de l’Exode, fixant dans la mémoire collective l’expérience fondatrice de la libération7 .
c. Protection de fraternelle
Myriam a offert au peuple une triple protection qui soutenait l’équilibre du leadership. En effet, elle est d’abord protectrice dès l’enfance de Moïse. En Ex 2,4-8 précisément, elle se tient à distance, observant le panier de son frère exposé aux eaux du Nil. Elle agit avec discernement, c’est-à-dire elle surveille, attend le moment opportun, puis intervient pour proposer à la fille de Pharaon une nourrice Israélite – leur propre mère. Son impact protecteur, c’est qu’elle sauve son petit frère de la mort et préserve son lien familial, démontrant une vigilance active et une intelligence relationnelle. Ensuite, le même livre révèle qu’elle est protectrice de la mémoire et de la foi du peuple. Myriam, prophétesse et sœur de Moïse, joue effectivement un rôle de mémoire vivante du salut de Dieu 8. Après la traversée de la mer, Myriam entraîne les femmes dans la louange (15,20-21). Sin impact communautaire se traduit par le fait qu’elle protège la mémoire de la délivrance et renforce la cohésion d’un peuple encore fragile, exposé à la peur et au découragement. Enfin, Myriam est protectrice par la vigilance critique en Nb 12. Ici, avec Aaron, elle questionne certaines décisions de Moïse. Bien que cet épisode entraîne pour elle une sanction temporaire – la lèpre –, il révèle une fonction régulatrice, à savoir rappeler les limites, interroger l’autorité, prévenir les dérives. L’impact régulateur souligné ici, c’est qu’elle agit comme contrepoids, maintenant un équilibre dans la gouvernance spirituelle. Myriam protège donc à plusieurs niveaux : individuel (sauver Moïse enfant), communautaire (préserver la mémoire et la foi) et institutionnel (réguler l’autorité) 9 .
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Cependant, en Nb 20,1-13, la sœur de Moïse et d’Aaron meurt à Qadesh. L’après Myriam constitue justement un grand vide qui fragilise ses frères. Immédiatement après, le peuple se plaint de la soif. Le texte hébreu est clair sur ce que Moïse fait sans Myriam. Au v. 8, Dieu dit à Moïse : Qach et-hamattèh, vehakhel et-ha‘edah attah ve-Aharon achikha, vedibbartem el-hasela le‘eineihem venatan meimav (« Prends le bâton, et rassemble la communauté, toi et Aaron ton frère, et vous parlerez au rocher sous leurs yeux, et il donnera ses eaux… »). Le verbe employé est ו ד ב ר ת ם (vedibbartem), forme conjuguée de דבר (davar ), qui signifie « parler, dire ». Ainsi, l’ordre divin est de parler au rocher. Cependant, au v. 11, le narrateur rapporte : Vayyach et-hasela bemattèhou pa‘amayim (« Et Il [Moïse] frappa le rocher avec son bâton deux fois »). Ici, le verbe ו י ך
(vayyach ) vient de la racine נכה (nakhah ), « frapper, porter un coup ». Moïse agit donc différemment de l’ordre reçu : au lieu de parler, il frappe, et même deux fois ! C’est précisément cet écart qui motive la réprimande et la sanction divines. Moïse serait-il irrité ?
L’absence de la sœur, qui jusque-là incarnait une vigilance apaisante et un rappel discret à la juste obéissance, laisse ses deux frères (Moïse et Aaron) sans ce regard régulateur. Un double impact mérite d’être souligné. D’un côté, Moïse agit probablement sous le coup de l’émotion, mélangeant colère et frustration, et s’écarte de l’ordre précis de Dieu. De l’autre côté, Aaron, associé à l’acte, partage la responsabilité et subit la même sanction : ni l’un ni l’autre n’entreront dans la Terre promise (v. 7-13). Sa mort révèle en creux l’ampleur de son rôle : sans elle, même des leaders expérimentés comme Moïse et Aaron peuvent perdre en discernement et en précision dans l’obéissance. La vigilance protectrice n’est donc pas un rôle secondaire, elle est une condition de la stabilité spirituelle et de la justesse de l’action.

Dans le contexte africain et ecclésial, le « vide de Myriam » – cette absence d’une voix féminine vigilante et régulatrice qui, dans le récit de Nb 20, avait contribué à l’équilibre du leadership de Moïse et Aaron – peut être lu comme une métaphore puissante des effets de l’exclusion des femmes des instances de décision. Dans un environnement patriarcal où la parole et l’expertise féminines sont marginalisées, l’Église et la société
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se privent d’une capacité essentielle de discernement, de médiation et de rappel à l’ordre juste. Comme Moïse privé de Myriam, les structures exclusivement masculines risquent de réagir aux crises avec précipitation, colère ou rigidité, manquant la précision et la créativité qu’apporte la diversité des voix. Ce déficit de vigilance partagée peut conduire à des décisions incomplètes ou inadaptées, à l’affaiblissement de la mission et à la vulnérabilisation accrue des plus fragiles, tant à l’intérieur des communautés qu’au sein de la société. Comme pour Moïse frappant deux fois le rocher, l’exclusion d’une telle voix peut entraîner des décisions lourdes de conséquences.
d. Caractérisation du personnage
Myriam est une figure biblique emblématique et engagée. Le Premier Testament la présente dans son rôle familial, comme la sœur de Moïse et d’Aaron, fille d’Amram et de Yokébed, de la tribu de Lévi (Nb 26,59 // 1 Ch 5,29 ; Cf. Ex 2,1-8), Elle assume dès son jeune âge une responsabilité protectrice. Elle surveille Moïse lorsqu’il est placé dans un panier sur le Nil, veillant à sa sécurité (Ex 2,4-8). Son lien familial avec Moïse et Aaron la positionne comme une figure influente au sein du peuple hébreu. Cette femme prophétesse (Ex 15,20-21) et leader spirituelle (15,1-21) reflète sa force de caractère et la capacité à transmettre ses convictions, sa vision. L’appellation prophétesse souligne donc son rôle essentiel dans la transmission de la volonté divine. Elle célèbre la libération des Hébreux de l’Égypte – comme un acte de salut divin –, guidant leurs femmes et fêtant la victoire du peuple à travers un chant et une danse après la traversée de la mer Rouge ; un événement marquant de l’Exode. Ce cantique de Myriam est un acte de louange, de foi et d’inspiration collective. Il fixe dans la mémoire nationale un événement fondateur (la délivrance à la mer)10. Ainsi que le soulignent Cross et Freedman, il est fort probable que ce poème ait été exécuté dans un cadre cultuel, avec un chœur de femmes, sous la direction de Myriam, répondant à un soliste. En ce sens, son entrainement des femmes dans la louange, est signe que le leadership spirituel féminin est ancien et reconnu 11 .
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Myriam est citée en Mi 6,4, à côté de Moïse et d’Aaron, comme guide d’Israël à la sortie d’Égypte12. Le Talmud commente à ce propos : « Israël eut trois excellents chefs. Ce furent Moïse, Aaron et Myriam ». Alors que Moïse et Aaron dirigèrent l’ensemble du peuple, « Myriam était le guide des femmes »13. Ce personnage incarne le leadership et l’engagement communautaire. En effet, Myriam est une figure de leadership spirituel, encourageant les Hébreux à maintenir leur foi en Dieu dans des moments de doute et de crise. Elle agit comme une conseillère et une mentor pour les femmes juives, renforçant la cohésion du peuple dans leur marche vers la liberté. Malgré son rôle de leader, elle montre des faiblesses humaines, comme dans l’épisode où elle critique Moïse qui a épousé une Kushite et se révolte avec Aaron contre lui (Nb 12,1-15 ; Cf. Dt 24,9). Sa punition (la lèpre temporaire) et sa réintégration montrent la grâce divine envers ceux qui se repentent. Elle meurt à Qadès (Nb 20,1).
L’étude des relations entre Moïse, Aaron et Myriam révèle un modèle de leadership pluriel et complémentaire. Chacun joue un rôle distinct dans la mission confiée par Dieu (Moïse comme libérateur qui deviendra médiateur de l’alliance divine ; Aaron comme son porte-parole et futur grand prêtre ou fondateur de la lignée sacerdotale ; Myriam comme prophétesse et figure de soutien communautaire). Cette dynamique
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familiale peut éclairer la synodalité actuelle où l’écoute mutuelle, la répartition des responsabilités et la reconnaissance des charismes de chacun sont essentiels. Pour les femmes consacrées, ce prototype invite à envisager le leadership non pas comme un pouvoir solitaire et dictateur – comme on l’observe souvent dans certaines congrégations –, mais comme un service partagé au sein d’une communauté synodale.
L’épisode où Myriam est frappée de lèpre (Nb 12, 1-15) illustre un moment de crise et de remise en question. Ce passage biblique peut être lu comme un appel au discernement communautaire, à la conversion et au repentir ; étapes essentielles dans le cheminement spirituel de toute personne appelée à exercer un leadership. Dans la perspective des femmes consacrées aujourd’hui, cette dimension rappelle que l’autorité ne se fonde pas uniquement sur le charisme ou l’expérience, mais aussi sur la capacité à reconnaître ses erreurs, à se laisser transformer et à revenir à Dieu.
Myriam incarne la foi, le courage et l’engagement communautaire, des qualités qui continuent d’inspirer les religieuses africaines dans leur rôle de guide et de protectrice.
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2. Un engagement similaire à travers les siècles
La sœur de Moïse et d’Aaron incarne un leadership féminin et un engagement spirituel qui résonnent dans les analyses récentes sur le rôle des femmes africaines dans l’Église14, les méditations bibliques des femmes africaines 15 et l’action de religieuses
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contemporaines. Ces femmes consacrées trouvent en elle une source d’inspiration pour perpétuer cet engagement biblique en vivant leur vocation avec courage, foi et engagement prophétique. Dans le contexte biblique, l’engagement de Myriam est ponctuel mais décisif. Elle se tient au moment clé pour proclamer la victoire de Dieu. En revanche, dans le contexte actuel, l’engagement des femmes consacrées est souvent continu et structuré, mais il garde la même finalité : témoigner et célébrer l’action de Dieu dans le monde. Si l’exemple de Myriam éclaire de manière particulière le ministère de plusieurs femmes consacrées, il est important de reconnaître que chaque vocation se déploie dans un contexte culturel, ecclésial et personnel spécifique. Ainsi, les formes de leadership féminin dans l’Église sont diverses, et toutes ne se reconnaissent pas nécessairement dans le parcours ou les traits de Myriam. Notons quelques principaux points de convergence entre Myriam et les tenants de son ministère :
a. Protection des plus vulnérables
Le personnage de Myriam, « veilleuse » auprès de son frère Moïse et gardienne de la foi du peuple d’Israël, offre un cadre herméneutique pertinent pour interroger l’engagement des religieuses africaines contemporaines. Sans prétendre à une correspondance uniforme, certaines d’entre elles assument, dans leur quotidien, une mission de vigilance et de protection qui s’exerce à deux niveaux : au sein même de leurs communautés religieuses et dans la société plus large.
En effet, dans des contextes marqués par la pauvreté structurelle, les conflits armés, les déplacements forcés et les crises sanitaires, ces religieuses se tiennent aux côtés des enfants, des femmes et des communautés fragilisées. Leur action s’étend des soins de santé à l’accueil des orphelins, en passant par la lutte contre la malnutrition, la protection et l’accompagnement des victimes de violences. Mais cette mission ne se limite pas à l’extérieur : au sein de leurs propres congrégations, elles essaient de veiller aussi sur les membres fragilisés par l’âge, la maladie, l’isolement ou les tensions communautaires, cherchant à prévenir les abus, les injustices internes et les dérives d’autorité.
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À l’image de Myriam s’opposant au décret de mort de Pharaon, les sœurs s’engagent à résister contre les violences faites aux femmes, la traite humaine, l’injustice, la corruption et les abus de pouvoir, prolongeant ainsi la fonction régulatrice et protectrice que Ska identifie comme essentielle dans la dynamique du récit de l’Exode16. Cette posture de veilleuse prend souvent la forme de plaidoyers publics, de médiations communautaires et de programmes de sensibilisation, interventions discrètes mais décisives , etc., parfois au péril de leur sécurité. Dans le contexte africain, la figure de Myriam inspire un engagement alliant protection et résistance. Des religieuses, actrices de paix et de transformation sociale17, prolongent sa mission prophétique et invitent à repenser le leadership féminin dans l’Église 18. Mais elles affrontent des structures ecclésiales et sociales qui freinent leur pleine participation et leur sécurité.
Le récit biblique souligne aussi un point d’ombre : lorsque Myriam n’est plus, Moïse est privé de ce regard vigilant. Il commet alors une faute en frappant deux fois le rocher (Nb 20,1-13), acte qui lui vaut la sanction divine. Ce passage invite à réfléchir sur la fonction régulatrice et préventive de la vigilance : l’absence d’une voix féminine qui
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rappelle, conseille ou tempère peut fragiliser même les figures les plus charismatiques. Transposé au contexte africain, cela interroge la vie des religieuses : que se passe-t-il lorsque celles qui veillent sont réduites au silence, écartées des lieux de discernement ou empêchées d’exercer leur rôle critique ? Les conséquences peuvent toucher non seulement la communauté religieuse, mais aussi les populations qu’elles servent et l’Église.
Ainsi, la figure de Myriam éclaire à la fois la nécessité et la fragilité de cette mission de protection. Dans l’Afrique contemporaine comme dans l’histoire d’Israël, la vigilance n’est pas un rôle secondaire : elle conditionne la fidélité à la mission et la santé spirituelle du peuple. Reconnaître et soutenir ce rôle, y compris dans ses dimensions internes à la vie religieuse, constitue un enjeu ecclésial et social majeur, dont l’impact dépasse les frontières du continent.
b. Transmission de la foi et accompagnement spirituel
À l’instar de Myriam qui fut une figure influente au sein de son peuple, certaines femmes consacrées exercent aujourd’hui un rôle de guide spirituelle, de conseillère et de soutien communautaire. En effet, comme cette figure biblique qui joue un rôle clé dans l’histoire du salut, guidant les femmes et célébrant la victoire d’Israël à travers le chant et la foi, les religieuses africaines incarnent cette fonction mémorielle et liturgique décrite par Ska19, selon leur charisme, leur mission et les besoins de leur environnement. Elles transmettent la foi à travers la catéchèse, la formation des jeunes et l’éducation chrétienne. Elles sont des conseillères et formatrices, renforçant la vitalité des communautés chrétiennes. Elles offrent un soutien spirituel aux personnes souffrant de traumatisme ou de marginalisation, aux fidèles à travers la direction des retraites, des cercles bibliques et de prière, et des conseils pastoraux. Elles servent donc de repères spirituels, encourageant la persévérance et la dignité. L’exemple de Myriam devient alors un repère symbolique qui inspire, sans pour autant uniformiser les expériences ou les styles de leadership. Pourtant, il y a besoin d’espaces idoines pour exercer ces activités !
Illustration : Je suis coordonnatrice diocésaine de l’apostolat biblique. Le constat est que, beaucoup de gens (dont certaines personnes consacrées) ne connaissent pas la Bible. Ils recourent facilement aux pratiques non chrétiennes, ils sont à la merci de l’islam et des églises de réveil, etc. Nous avons un projet de créer un Centre biblique pour leur donner une formation spirituelle et biblique solide. Nous sollicitons les âmes généreuses de nous aider à réaliser ce projet vital.
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c. Leadership dans les communautés
La présence de Miriam à la tête des chanteuses souligne la place reconnue aux femmes dans la célébration des victoires divines, ce que les exégètes interprètent comme un signe que le leadership spirituel féminin est enraciné dans la tradition biblique et participe à la mémoire collective du salut20.
Figure influente parmi son peuple, Myriam incarnait l’autorité spirituelle et la transmission de la foi ; un engagement semblable à celui des religieuses qui guident les communautés aujourd’hui. Les religieuses africaines jouent justement un rôle de leadership actif au sein des paroisses et des missions. Elles sont souvent des médiatrices dans les conflits communautaires et des références pour des prises de décision éthiques et spirituelles.

Exemples de femmes consacrées qui incarnent les valeurs de la figure biblique de Myriam en Afrique :
- Pendant la crise politico-militaire des années 2000 en Côte d’Ivoire, des religieuses catholiques et les femmes leaders chrétiennes du protestantisme ont collaboré avec des femmes musulmanes (les leaders musulmanes) pour prêcher l’unité et organiser des rencontres interreligieuses favorisant la paix21
- En République Démocratique du Congo, plusieurs religieuses africaines jouent un rôle clé dans la médiation des conflits interethniques et politiques, contribuant à la réconciliation et au dialogue. Les Sœurs de la Charité de Jésus et Marie (SCJM) notamment, sont actives dans les zones touchées par les conflits (au Grand Kasaï : Kamwina Nsapu, p.ex., 2016-2019), elles facilitent le dialogue entre les communautés et offrent un accompagnement aux victimes
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de violences22 ; les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny : Elles interviennent dans des programmes de réconciliation et de médiation, notamment en soutenant les femmes et les enfants affectés par les tensions ethniques23. Quant aux initiatives interreligieuses, certaines religieuses collaborent avec des leaders musulmans et protestants pour promouvoir la paix et la coexistence pacifique dans les régions en crise24
d. Résistance, courage et espoir face aux défis
Cette dimension de foi et de persévérance dans les récits de libération est également mise en valeur par Ska25. Dans le contexte africain parfois marqué par les défis de pauvreté, guerres et injustices ; que ce soit dans des zones de conflit ou face aux crises humanitaires, les religieuses ne se contentent pas d’un rôle religieux. Elles incarnent la même détermination, une foi profonde et une résilience semblable, à l’instar de Myriam. De même que cette voix prophétique accompagnait le peuple dans son exode et guidait les femmes juives dans des moments de crise, les consacrées africaines restent présentes non seulement dans les communautés même dans des contextes difficiles (guerres, pauvreté, crise sanitaire), mais aussi aux côtés des populations vulnérables. Elles jouent le rôle biblique de leadership spirituel et de courage face aux défis. Elles insufflent de l’espoir et du courage aux fidèles en les aidant à traverser les épreuves avec une foi inébranlable.
e. Éducation et autonomisation des communautés
Comme Myriam, qui guidait les autres femmes, les religieuses africaines s’investissent dans l’éducation des jeunes filles pour leur garantir un avenir meilleur ; dans la formation professionnelle des femmes pour les rendre autonomes et rompre le cycle de la pauvreté ; dans la mise en place de programmes de développement durable, assurant une sécurité alimentaire et économique. (Notre association a des projets sur ce).
Loin d’être de simples enseignantes ou figures de prière, ces femmes consacrées sont des gardiennes de la foi, des conseillères spirituelles, et des protectrices des plus fragiles, incarnant pleinement l’héritage de Myriam. Leur engagement continue d’inspirer et de structurer la vie religieuse en Afrique aujourd’hui26 .
Dans l’analyse du rôle de Myriam comme figure biblique inspirante, il est important de préciser que toutes les religieuses africaines ne partagent pas nécessairement les mêmes traits, parcours ou expériences que cette figure. Myriam peut servir de repère symbolique et spirituel, mais chaque religieuse évolue dans un contexte culturel, ecclésial et personnel qui lui est propre. Cette nuance permet d’éviter l’essentialisation et de reconnaître la diversité des vocations et des formes de leadership féminin dans l’Église. Ainsi, ces femmes, qu’elles soient bibliques ou contemporaines, incarnent la force et la spiritualité féminines. Leur rôle dépasse la simple transmission de la foi : elles sont des protectrices des communautés et des modèles de résilience. Le leadership féminin est donc visible chez les religieuses africaines, mais il mérite d’être revisité.
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Conclusion
L’histoire biblique et les réalités contemporaines convergent dans un même appel à servir, protéger et transformer. La figure de Myriam, à la fois prophétesse, leader, célébrante et gardienne de la mémoire, incarne une dynamique spirituelle et communautaire qui traverse les siècles. Elle ne se limite pas à un rôle narratif : elle devient un repère vivant pour les femmes consacrées d’aujourd’hui.
En mobilisant une lecture théologique et contextuelle d’Ex 15,1-21, cette étude met en lumière le rôle actif de ce personnage dans la résistance, la louange et la transmission. Son exemple éclaire les pratiques contemporaines du leadership féminin religieux, notamment dans le contexte africain, où les religieuses assument des responsabilités prophétiques au cœur de sociétés marquées par les conflits, les injustices et les silences imposés.
Leur engagement, enraciné dans la foi et orienté vers la transformation sociale, témoigne d’une spiritualité audacieuse et incarnée, essentielle pour l’avenir des communautés chrétiennes. Myriam peut ainsi être considérée comme un archétype biblique du leadership féminin, offrant un repère spirituel et prophétique à certaines religieuses africaines œuvrant dans des environnements fragiles. Cet héritage se traduit de manière plurielle du fait que chaque femme consacrée, selon son histoire et son contexte, actualise ou non Myriam biblique dans sa mission. Cette diversité enrichit la compréhension du leadership féminin dans l’Église.
Cette relecture invite à revaloriser les voix féminines dans l’Église et à promouvoir une théologie de la célébration, de la résistance et de la communion. Qu’elle suscite une prise de conscience ecclésiale et sociale, et ouvre un espace de reconnaissance et d’espérance, où les femmes consacrées peuvent pleinement embrasser leur vocation prophétique, pour guider leurs communautés vers une foi vivante, joyeuse et transformatrice.
Questions et Échanges
• Comment pouvez-vous intégrer et appliquer les actions et les qualités de Myriam dans votre contexte, afin que vous puissiez répondre aux défis contemporains ?
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• Quels sont les défis actuels auxquels font face les femmes consacrées dans votre milieu de vie respectifs ?
• Discuter des opportunités et des rôles possibles pour les femmes consacrées dans la société moderne.
• Engager un débat constructif sur le leadership des femmes dans votre congrégation, dans votre diocèse.
• Comment les Théologiennes Religieuses de l’UISG pourraient-elles contribuer de manière unique à la spiritualité et à la mission de l’Église ?
Sr. Marie-Anne Misenga Dituanya, SCJMFemmes de la Bible, femmes consacrées actuelles
1. CROSS F.M. Jr. et FREEDMAN D.N., « The Song of Miriam », dans Journal of Near Eastern Studies, 14 (1955) 4, The University of Chicago Press, p. 237-250.
2. DRIVER, S. R., The Book of Exodus in the Revised Version with Introduction and Notes, Cambridge Bible for Schools and Colleges, Cambridge, Cambridge University Press, 1911.
3. FOSTER E. A., Les catholiques africains. Décolonisation et transformation de l’Église, Paris, Karthala, 2022, p. 302.
4. HOUSSOU GANDONOU F. H. (dir.), La Bible de méditation par les femmes d’Afrique, Paris, Alliance biblique universelle, 2024, p. 214.
5. JOSEPH D., Le leadership féminin dans les Églises en Afrique, Casablanca, Guiguess Éditions, 2023, p. 87.
6. La Bible expliquée, Ancien et Nouveau Testament, Villiers-le-Bel, Alliance biblique universelle, 2004. Sur Ex 1, 15-22.
7. Midrache Rabbah Chémot 1,13.
8. ODELAIN O. et SÉGUINEAU R., Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris, Cerf / DDB, 1978.
9. RACHI sur Exode 1,15-22.
10. SKA, J.-L., Introduction à la lecture du Pentateuque, Bruxelles, Lumen Vitae, 2000, p. 215.
11. Idem, « Le livre de l’Exode. Questions fondamentales et questions ouvertes », dans Nouvelle Revue Théologique, 133 (2011) 3, Bruxelles, , Éditions NRT, p. 353-373.
12. Talmud, Sotah 11b.
13. Talmud, Taanit 9.
14. Targoum sur Michée 6,4.
https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2015-v23-n2-theologi03341/1042749ar.pdf
https://comlibre.net/religions-et-reconciliation-en-afrique-quand-les-religions-tissent-la-paixen-afrique/
https://www.pressafrik.com/La-diplomatie-religieuse-en-tant-qu-outil-de-resolution-de-conflitsPar-Babacar-Biteye_a286397.html
https://comlibre.net/religions-et-reconciliation-en-afrique-quand-les-religions-tissent-la-paixen-afrique/
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1 J.-L. SKA, Le livre de l’Exode. Questions fondamentales et questions ouvertes, dans NRT, n° 133/3, Bruxelles, 2011, p. 355.
2 La Bible expliquée, Ex 1, 15-22.
3 Rachi sur Exode 1, 15. Voir aussi Midrache Rabbah Chémot 1, 13 et Talmud, Sotah 11b.
4 Rachi sur Exode 1, 17.
la Bible, femmes
5 Cf. S. R. DRIVER, The Book of Exodus in the Revised Version with Introduction and Notes, (The Cambridge Bible for Schools and Colleges), Cambridge, Cambridge University Press, 1911, p. 131. L’auteur qualifie le Cantique de Myriam d’un chant de louange.
6 La Bible expliquée, Ex 15, 20-21.
7 J.-L. SKA, Op. Cit., p. 356.
8 J.-L. SKA, Introduction à la lecture du Pentateuque, Bruxelles, Lumen Vitae, 2000, p. 215.
9 Le rôle public et spirituel de cette femme quand elle conduit un chant liturgique après un acte de salut divin (Ex 15,20-21) illustre une vocation : porter la mémoire de l’action de Dieu et la transmettre à la communauté. À ce propos, F.M. Jr. CROSS et D.N. FREEDMAN, The Song of Miriam dans Journal of Near Eastern Studies, 14, 1955, p. 237-250 (ici, p. 242-243).
10 J.-L. SKA, Op.Cit., p. 356.
11 Voir F.M. Jr. CROSS et D.N. FREEDMAN, The Song of Miriam, p. 242-243 et p. 238.
12 O. ODELAIN et R. SÉGUINEAU, Dictionnaire des noms propres de la Bible, Paris, Cerf / DDB, 1978, p. 244245.
13 Talmud, Taanit 9 ; Targoum sur Michée 6, 4.
14 Les catholiques africains. Décolonisation et transformation de l’Église, Paris, Karthala, 2022, p. 302.
15 F. H. HOUSSOU GANDONOU (éd.), La Bible de méditation par les femmes d’Afrique, Paris, Alliance biblique universelle, 2024, p. 214.
16 J.-L. SKA, Op.Cit., p. 355.
17 E. A. FOSTER, Les catholiques africains, p. 302.
18 D. JOSEPH, Le leadership féminin dans les Églises en Afrique, Casablanca, Guiguess Éditions, 2023, p. 87.
19 Voir J.-L. SKA, Op.Cit., p. 355-356.
20 J.-L. SKA, Op.Cit., p. 356; Cf. F.M. Jr. CROSS et D.N. FREEDMAN, The Song of Miriam, p. 245.
21 https://comlibre.net/religions-et-reconciliation-en-afrique-quand-les-religions-tissent-la-paix-en-afrique/
22 https://www.pressafrik.com/La-diplomatie-religieuse-en-tant-qu-outil-de-resolution-de-conflits-Par-Babacar-Biteye_a286397.html
23 https://comlibre.net/religions-et-reconciliation-en-afrique-quand-les-religions-tissent-la-paix-en-afrique/
24 https://www.erudit.org/fr/revues/theologi/2015-v23-n2-theologi03341/1042749ar.pdf
25 À ce propos, J.-L. SKA, Op.Cit., p. 354-355.
Bulletin n. 189, 2026 Sr. Marie-Anne
26 Cette fonction pédagogique et communautaire des figures de l’Exode est soulignée par J.-L. SKA, Op.Cit., p. 359-360.