EMBRASSER LA VULNÉRABILITÉ POUR ÊTRE SIGNE DE LA TENDRESSE DE DIEU
Numéro 177 - Avril 2022
PRÉSENTATION
EMBRASSER LA VULNÉRABILITÉ POUR ÊTRE SIGNE DE LA TENDRESSE DE DIEU Bulletin UISG
Numéro 177, 2022
En choisissant les articles de ce numéro du Bulletin nous avons essayé, comme pour le précédent, de préparer la route à la célébration de l’Assemblée Plénière de l’UISG de 2022 qui aura pour thème : “Embrasser la vulnérabilité sur le chemin synodal”. Embrasser notre vulnérabilité et celle des autres, qu’ils soient nos frères et sœurs les plus proches comme nos communautés et nos familles, ou les petits, les personnes sans défense, la création… nous rend tout d’abord plus humains, plus conscients d’avoir besoin les uns des autres.
“Pour toute la terre” (1 Co 10, 26) : la Mission et le Royaume de Dieu Sr. Laurie Brink, OP Vers la culture du Safeguarding : un changement de pas La définition de la culture selon M. Cunningham comme clé de lecture pour la culture du Safeguarding Dr. Angela Rinaldi La formation holistique des leaders de congrégations religieuses pour la mission dans un monde en rapide transformation Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR
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La vulnérabilité est en effet « un espace précieux de rencontre, d’attention, pour faire ruisseler la Grâce et la bonté réciproque. Nous éprouvons le besoin de la reconnaitre et de pouvoir parler d’elle quand nous la découvrons dans le monde, spécialement chez les plus démunis, les plus souffrants, et aussi quand nous en faisons l’expérience à l’intérieur de nos communautés de tant de manières différentes, ainsi que dans notre service de leadership. Nous savons que quand nous nous sentons vulnérables, toute manifestation d’attention peut être vitale. Dans la fragilité nous sentons que Dieu se fait encore plus présent dans le mystère de l’humanité souffrante du Fils de Dieu, qui se penche sur les blessures de l’humanité. Nous nous sentons embrassées par lui et ceci nous rend capables d’embrasser les autres. » (Sr Jolanta Kafka, RMI, Présidente de l’UISG).
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Pour être signe de la tendresse de Dieu P. Carlos del Valle, SVD
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La Vie à l’UISG
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UISG - Bollettino n. 177, 2022
Présentation
La vulnérabilité est la voie royale qui nous conduit à la solidarité et nous met en contact avec la force intérieure qui nous soutient, et nous aide à soutenir les autres, dans les moments de crise comme celui que nous traversons. Toute personne devient signe de la tendresse de Dieu chaque fois qu’elle écoute les besoins des autres et qu’elle accueille leurs fragilités avec amour, comme l’a fait le Seigneur avec nous, en embrassant notre humanité.
Sr. Laurie Brink, OP “Pour toute la terre” (1 Co 10, 26) : la Mission et le Royaume de Dieu Pour arriver à Penser la Terre entière, le premier pas est peut-être de prêter attention. Les incendies en Amazonie, la sécheresse en Australie, les inondations aux États-Unis, les typhons aux Philippines, les éruptions volcaniques en Nouvelle Zélande ne touchent pas « ces pays-là » ni « ces gens-là », bien loin de nous. Nous sommes « ces gens-là » et l’interdépendance de toute la création signifie que nous partageons leur souffrance. Les mots de saint Paul n’ont jamais été plus vrais : « Nous savons que toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8, 22) Que pourrait être une éthique de la Nouvelle Cosmologie et de la conscience évolutionnaire ? En plus de prêter attention, comment nous engager à « Penser la Terre entière » ?
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Présentation
“POUR TOUTE LA TERRE” (1 CO 10, 26) : LA MISSION ET LE ROYAUME DE DIEU
Dr. Angela Rinaldi Vers la culture du Safeguarding : un changement de pas La définition de la culture selon M. Cunningham comme clé de lecture pour la culture du Safeguarding Pour un phénomène ayant autant de retentissement que celui des abus sur mineurs et personnes vulnérables, il est nécessaire d’au moins énoncer certains principes fondamentaux à partir desquels on améliorera ce qui dans chaque culture particulière peut jouer un rôle en termes de prévention. Le premier de tous est le principe de la dignité de la personne humaine. Il faut dire tout d’abord que ce principe fait référence à la nature de tous les hommes, femmes et enfants, et qu’il ne peut pas se référer à des aspects extérieurs de la personne : il s’agit de la valeur intrinsèque que possède tout être humain en tant que créé à l’image de Dieu ou en tant que personne. De cette valeur parlent non seulement le magistère catholique, qui lui consacre d’ailleurs un chapitre entier de Gaudium et spes (nn. 12-23), mais aussi la philosophie et l’éthique laïque.
Sr. Laurie Brink, OP
Sr Laurie Brink est Dominicaine de la Congrégation de Sinsinawa. Elle est Professeur de Nouveau Testament à la Catholic Theological Union de Chicago, et rédactrice en chef adjointe de The Bible Today.
P. Carlos del Valle, SVD Pour être témoin de la tendresse de Dieu Accueillir le Père, source de la vie, beauté et bonté, et accueillir le frère. Accepter le Royaume, c’est vivre de Dieu et des frères, avec eux et pour eux. Il y a des religieux/ses qui laissent entrer dans leurs vies ce dynamisme transformateur du Royaume comme une bénédiction pour tous. Bienheureux ces religieux/ses qui sont entrés dans le rêve de Dieu. L’Église offre sa vérité non pas comme un système de dogmes, mais comme un chemin de tendresse. La tendresse est sensibilité, capacité d’attention et protection. Est religieux/se celui/celle qui réalise la vérité dans l’amour. La vérité sans amour tue. L’amour sans vérité est stérile. Demande-toi si ta communauté est une élite de purs et durs, ou une caravane qui accueille avec tendresse douleur et questions.
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Original en anglais Une relecture des fondements bibliques et théologiques de notre appel à la mission montre que le développement d’une écologie intégrale pour le bien de notre maison commune est un impératif chrétien. Introduction
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR La formation holistique des leaders de congrégations religieuses pour la mission dans un monde en rapide transformation. Une question personnelle importante que tout leader religieux doit se poser souvent pour y répondre honnêtement est « Où est mon cœur ? Comme leader, qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? » Jésus a clairement affirmé que là où es le trésor d’une personne, là est son cœur (cf. Mt 6, 21). Si son cœur est, à travers la vie consacrée, dans les valeurs que le Christ a exprimées, l’intérêt et la vie de la personne seront dans ces valeurs et dans le fait de les vivre. En revanche, si son cœur est centré sur les affaires de ce monde, ce sont elles qui la gouvernent. Il est improbable que ces dernières puissent mener à un plus grand amour de Dieu et du prochain et à vivre avec authenticité les valeurs religieuses. Trop poursuivre et embrasser les affaires de ce monde peut conduire à une perte de signification de la vie religieuse et de l’essence du service de gouvernement. Il est donc crucial que les leaders aient le cœur à la bonne place, parce que c’est cela qui guidera leurs décisions et leurs actions.
Il y a quelques années, la mode était de porter des bracelets en silicone évoquant un sujet particulier : ils étaient roses pour la sensibilisation au cancer du sein ; rouges pour le SIDA ; jaunes pour LiveStrong. Les adolescents étaient nombreux à arborer ainsi QFJAMP – Que ferait Jésus à ma place ? Le but n’était pas tant d’annoncer à tous qu’ils connaissaient l’Évangile, que de rappeler à ceux qui le portaient de se poser cette question – Que ferait Jésus à ma place ? – avant de réagir devant une situation difficile. C’est aussi une bonne question pour nous, religieux qui cherchons des réponses à la Plateforme d’Action Laudato Si’ : Que ferait Jésus à notre place ? Que notre christologie soit haute ou basse, en tant que religieux nous sommes obligés de nous poser la question. Mais lors que croît notre compréhension de la cosmologie et de l’évolution, nous devons répondre à une autre question : Pourquoi Jésus faisait-il ce qu’il faisait ? Comment comprenons-nous la motivation de Jésus pour la mission dans un univers inachevé et émergent ? Lorsque nous réfléchissons à ces questions, une autre se pose encore à nous : que devons-nous faire aujourd’hui ? _______________ *Cet article est un extrait de The Heavens are Telling the Glory of God: An Emerging Chapter for Religious Life. Science, Theology, Mission (Liturgical Press, 2022).
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Quel est cet évangile, la Bonne Nouvelle, de Dieu ? Selon les Écritures hébraïques – les Écritures que Jésus connaissait – la Bonne Nouvelle est que Dieu est fidèle à ses promesses. Mais quelles sont ces promesses ? Elles apparaissent pour la première fois en Genèse 9, 8-17 : Dieu dit encore à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants, en somme tout être de chair : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. L’arc sera au milieu des nuages, je le verrai et, alors, je me souviendrai de l’alliance éternelle entre Dieu et tous les êtres vivants, en somme tout être de chair qui est sur la terre. » Dieu dit à Noé : « Voilà le signe de l’alliance que j’ai établie entre moi et tout être de chair qui est sur la terre. » Dieu établit une alliance avec le monde créé. Les expressions « tous les êtres vivants » (vv. 10, 12, 15, 16) et “tout être de chair” (v. 11, 15 [deux fois], 16, 17) apparaissent neuf fois. La première fois, au verset 10, Dieu détaille clairement ce que sont « tous les êtres vivants » : « les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. » L’alliance s’étend aussi à « la terre » (v.13). « C’est assez étonnant, Dieu établit une alliance éternelle avec toutes les créatures vivantes, de toutes sortes, qu’ils aient fourrure, plumes ou écailles : une alliance ‘entre moi et tout être de chair qui est sur la terre’ »1. La toute première alliance unilatérale est établie par Dieu avec toutes les créatures de la terre – pas seulement les êtres humains – et avec la Terre elle-même, réaffirmant ainsi ce qui avait été déclaré à l’aube des actes créateurs de Dieu : « Dieu vit tout ce qu’il avait fait; et voici : cela était très bon » (Gn 1, 31). Comme le fait remarquer Dianne Bergant, CSA, « on trouve cette connectivité de toute la création naturelle dans d’autres passages de l’Ancien Testament, ce qui suggère que ce thème ne se limitait pas à une ou deux périodes de l’histoire d’Israël ».2 Plus tard, Dieu fera alliance avec une famille particulière, celle d’Abraham et Sara (Gn 12, 1-3), avec Moise et le peuple (Ex 19 et 24) et avec le Roi David et ses héritiers (2S 7, 8-17). Le prophète Jérémie parlera d’une nouvelle alliance que Dieu inscrira dans nos cœurs : Ce ne sera pas comme l’Alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur. Mais voici quelle sera l’Alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ;
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Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
Au moment de son baptême, Jésus a vécu une profonde expérience spirituelle qui lui a fait reconnaitre qu’il était le fils bien-aimé de Dieu (Mc 1, 9-11). Après l’arrestation de Jean-Baptiste, quelque chose indique à Jésus qu’il doit maintenant agir à partir de cette filiation, en assumant l’œuvre de son Père, en “proclamant l’Évangile de Dieu” (Mc 1, 14-15). L’évangéliste Marc nous présente Jésus proclamant non pas l’évangile de Jésus, mais l’évangile de Dieu. L’apôtre Paul l’avait dit explicitement dans sa lettre aux Romains : « Paul, serviteur du Christ Jésus, appelé à être Apôtre, mis à part pour l’Évangile de Dieu » (Rm 1, 1)
je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. (Jr 31, 32-33) Le terme hébreux, hesed, renferme la largeur et la profondeur de l’engagement de Dieu envers la relation et la fiabilité inconditionnelle. Il apparait 249 fois dans l’Ancien Testament, souvent traduit par « amour fidèle » comme dans ce passage d’Isaïe : Je ferai comme au temps de Noé, quand j’ai juré que les eaux ne submergeraient plus la terre : de même, je jure de ne plus m’irriter contre toi, et de ne plus te menacer. Même si les montagnes s’écartaient, si les collines s’ébranlaient, mon amour fidèle ne s’écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, – dit le Seigneur, qui te montre sa tendresse. (Is 54, 9-10, les italiques sont ajoutées) Dans le Nouveau Testament, l’amour miséricordieux de Dieu est incarné en Jésus, et la fidélité de Dieu est éternelle. « Ce que nous apprenons de Jésus sur Dieu n’est pas opposé à ce qui avait déjà été révélé sur l’amour bienveillant et la fidélité de Dieu à travers l’histoire et les Écritures d’Israël. »3 L’apôtre Paul affirme directement dans 1 Corinthiens 1, 9 : « Dieu est fidèle », pistos ho theos. Lorsqu’on la regarde du point de vue de l’eschatologie, cette hesed et pistis divine devient le royaume de Dieu qui s’annonce. Alors qu’au début les prophètes avaient présenté la vision d’un peuple et d’une terre renouvelés et restaurés en ce monde, avec le temps ces anciennes prophéties furent comprises comme les intimations d’un changement bien plus radical, où Dieu ne restaurerait pas seulement Israël, mais triompherait sur toutes les manifestations de chaos et de mal qui tourmentaient non seulement Israël mais le monde entier. Ces attentes étaient particulièrement importantes lors des temps de persécutions, où les Juifs fidèles voulaient être sûrs que Dieu voyait et aimait leur fidélité et même leur martyre, et qu’il les récompenserait, non pas dans cette vie mais dans l’autre.4 L’Évangile de Marc est clairement empreint de ce sens d’eschatologie, et le Jésus de Marc est présenté comme le Fils de l’Homme messianique (Mc 2,10.28 ; 8,31.38 ; 9.12.31 ; 10,33.45 ; 13,26 ; 14,21.41.62 ; 15, 30) qui annonce l’avènement du Royaume de Dieu. Le mot grec est kairos, il implique que c’est le bon moment, le moment critique pour agir. Tout ce que fait Jésus dans l’Évangile de Marc vise à affirmer cette autorité comme Fils de l’Homme (Mc 2, 10) et à confirmer le kairos du Royaume de Dieu : les possédés sont libérés (Mc 1, 23-27 ; 5,2-19 ; 9,17-27), les malades et les infirmes sont guéris (1,30-31 ; 3,1-6 ; 5,25-34 ; 6,54-56 ; 7,29-30), les lépreux sont purifiés (1,40-45), les paralysés marchent (2,3-12), les collecteurs d’impôts et les pécheurs sont accueillis (2,15), la mer est calmée et dominée (4,37-39 ; 6,48-51) ; les morts ressuscitent (5, 35-42), les affamés sont rassasiés (6,35-44 ; 8,2-9), les sourds entendent (7,32-35) et les aveugles voient (8,22-26 ; 10,46-52). Jésus remet les choses dans leur contexte : « Car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10,45). Il n’est pas étonnant qu’au pied de la croix le Centurion déclare à la mort de Jésus : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,39).
UISG - Bollettino n. 177, 2022
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre” UISG - Bollettino n. 177, 2022
Pourquoi Jésus faisait-il ce qu’il faisait ?
Une vision évolutionnaire du Royaume de Dieu Une lecture des évangiles d’un point de vue évolutionnaire fait apparaitre que pour Jésus la création elle-même était source d’inspiration. Parmi les paroles de Jésus le plus souvent considérées comme authentiques, les métaphores de référence sont tirées du monde de la nature. Jésus évoque les semences et le sol (Mc 4,3-8), les oiseaux du ciel qui ne travaillent pas mais qui sont nourris (Lc 12,24 ; Mt 6,26), un pauvre bœuf tombé dans un puits (Lc 14, 4), le potentiel des graines de moutarde (Mc 4,30-32 ; Lc 13,18-19 ; Mt 13,31-32), les vêtements des lis des champs (Lc 12,27 ; Mt 6,28-30), la valeur des moineaux (Lc 12,6 ; Mt 10,29), les chiens affamés à l’heure du diner (Mc 7,27-28 ; Mt 15,2627), les chiens qui viennent consoler (Lc 16,21), et les brebis – beaucoup, beaucoup de brebis. Il y a les brebis sans berger (Mc 6,34 ; Mt 9,36), les brebis au milieu des loups (Mt
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S’il est vrai que ces multiples métaphores tirées de la nature étaient probablement bien comprises dans une société agraire, il n’en reste pas moins que Jésus lui-même n’était pas fermier. Ni pêcheur, d’ailleurs. Jésus est présenté comme un charpentier (Mc 1,9) provenant de Nazareth, un petit village juif non loin de la ville de Sepphoris. Et pourtant, Jésus « prêtait l’oreille » au monde créé qui l’entourait. Il était attentif et il voyait un lien direct entre le travail de la nature et la providence de Dieu. Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
10,16 ; Jn 10,12), la valeur des brebis (Mt 12,12), les brebis perdues (Mt 15,24 ; Lc 15,4 ; Mt 18,12), la différence entre les brebis et les boucs (Mt 25,32), les brebis dispersées (Mc 14,27 ; Mt 26,31), les brebis sacrificielles (Jn 2,14), le don de sa vie pour ses brebis (Jn 10,15), les brebis obéissantes (Jn 10,27), et les brebis que l’on fait paitre (Jn 21,17).
Teilhard de Chardin du processus vers la Christogenèse et le Point Oméga, le point où les êtres humains, tant individuellement que communautairement, trouvent leur fin et leur plénitude.5 Selon Teilhard de Chardin, l’appel de l’Évangile signifie « revenir au monde avec une nouvelle vision et une conviction plus profonde pour saisir le Christ dans le cœur de la matière et pour poursuivre le Christ dans l’universalité de son incarnation. »6 D’un point de vue théologique, « l’objet de l’évolution est que Dieu soit manifesté dans le monde et que le monde atteigne son unification finale en Dieu. »7 C’est là seulement que le royaume de Dieu atteint son achèvement. À la lumière de l’alliance de Dieu en Genèse 9, cette unification finale inclura toute la création. Ainsi l’Évangile, d’abord adressé aux êtres humains par l’Incarné puis par ses disciples, est aussi Bonne nouvelle pour le monde créé. De quelle autre manière pourrions-nous comprendre Romains 8 ? Car la création a été soumise au pouvoir du néant, non pas de son plein gré, mais à cause de celui qui l’a livrée à ce pouvoir. Pourtant, elle a gardé l’espérance d’être,
Le dynamisme des créatures et de la création est la réalisation de la Bonne Nouvelle, puisque « l’existence de toutes les créatures avec leurs relations est maintenue par le même Donneur de Vie
Comme l’attestent ses paraboles, le royaume de Dieu prêché par Jésus est à la fois enraciné dans la création et toujours en évolution. Jésus comprenait et agissait à partir du rôle unique qui était le sien, à savoir susciter l’émergence de ce royaume (Mc 10,45). Mais la mort de Jésus n’annonce pas l’accomplissement du royaume. Au contraire, en parlant de son départ, Jésus annonce qu’il va « préparer une place » pour ses disciples afin que « là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,3). Au début des Actes des Apôtres, les disciples désirent savoir si le moment est venu pour Jésus – avec sa résurrection – de restaurer le royaume. « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments » (Ac 1,7). Le canon biblique termine dans l’attente de la vision encore inaccomplie de cieux nouveaux et d’une terre nouvelle (Ap 21, 1). Le « déjà – pas encore » du Royaume de Dieu ressemble à la compréhension qu’a
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l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. (Mc 4, 26-29)
elle aussi, libérée de l’esclavage de la dégradation, pour connaître la liberté de la gloire donnée aux enfants de Dieu. Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. (Rm 8, 1922) Le dynamisme des créatures et de la création est la réalisation de la Bonne Nouvelle, puisque « l’existence de toutes les créatures avec leurs relations est maintenue par le même Donneur de Vie ; et à la fin tout sera rassemblé dans les cieux nouveaux et la terre nouvelle. »8 Dans son livre, Creation and the Cross (La création et la Croix), Elizabeth Johnson CSJ décrit la relation de Dieu avec la création comme un accompagnement. Quand on pense à la création, il n’est pas difficile de voir comment cette théologie de l’accompagnement peut aussi embrasser le monde naturel. La science contemporaine montre clairement qu’une profonde vie relationnelle traverse l’ensemble du cosmos. Grace à l’évolution de la vie, les êtres humains sont génétiquement
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C’est précisément à cause de ces relations et de l’interdépendance au sein de toute la création, que E. Johnson insiste sur cette théologie de l’accompagnement qui nous fait passer de l’anthropomorphisme à une solidarité planétaire.10 Le royaume de Dieu vu à travers la Christogenèse évolutionnaire de Teilhard de Chardin et la théologie de l’accompagnement d’E. Johnson conduit à une nouvelle compréhension de la mission et donc de l’apostolat dans un univers inachevé, une compréhension qui reconnait le besoin d’une nouvelle éthique pour soutenir notre sens de la mission en évolution et un clair énoncé d’orientation.
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
reliés dans une fraternité avec toutes les autres espèces de notre planète, et toute cette communauté vivante est composée de matériaux chimiques dérivant des débris laissés par la mort d’une génération d’étoiles antérieure. Comme l’écrit John Muir : « Quand nous essayons de prendre une chose individuellement, nous la trouvons accrochée à tout le reste de l’Univers ». Donc, quand une hymne de l’Église primitive dit que Christ est « le premier-né de toute créature » et aussi « le premier-né d’entre les morts » (Col 1, 15-18), nous y voyons non seulement les morts humains mais les morts de toute la création, toutes espèces confondues.9
Créer une éthique évolutionnaire Dans le processus évolutionnaire, la douleur, la mort, et l’extinction de masse sont les troublants mais nécessaires compagnons de l’innovation, de la vie et de la complexité. Néanmoins, ces « maux naturels »11 laissent derrière eux un sillage de souffrance. Mais toute douleur, toute mort, toute extinction massive n’est pas véritablement le résultat de l’évolution. Enfin, pas directement. Il semble que les êtres humains, soi-disant le sommet du processus évolutionnaire, sont activement engagés dans un cosmocide, la destruction aveugle du monde créé.
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Les chercheurs et les experts ont tout à fait raison d’estimer que nous vivons une nouvelle époque géologique. Ces 12 000 dernières années, nous avons été dans l’Holocène, la période qui a commencé après la dernière période glacière. Mais selon les scientifiques, nous nous trouvons maintenant dans l’Anthropocène, à savoir l’époque géologique où les actions humaines influencent les systèmes planétaires. Sam Mickey explique que « L’Anthropocène tire son nom des humains parce que c’est une période où les humains ont des influences massives qui transforment la Terre, en altérant la chimie de
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L’humanité est cette partie de la réalité dans laquelle et à travers laquelle le processus cosmique est devenu conscient et a commencé à se comprendre. [Notre] tâche suprême est de faire croitre cette compréhension consciente et de l’appliquer aussi pleinement que possible pour guider le cours des évènements. 13 À la lumière de cette conscience évolutionnaire (la prise de conscience progressive de notre place dans le cosmos et de notre interdépendance avec toute la création), nous ne devons pas simplement nous limiter à « penser globalement et agir localement ». Nous devrions plutôt, comme le propose S. Mickey, nous engager à « Penser la Terre entière » (Whole Earth thinking), ce qui équivaut à travailler à la venue du Royaume de Dieu.
Pour arriver à Penser la Terre entière, le premier pas est peut-être de prêter attention. Les incendies en Amazonie, la sécheresse en Australie, les inondations aux États-Unis, les typhons aux Philippines, les éruptions volcaniques en Nouvelle Zélande ne touchent pas « ces pays-là » ni « ces gens-là », bien loin de nous. Nous sommes « ces gens-là » et l’interdépendance de toute la création signifie que nous partageons leur souffrance. Les mots de saint Paul n’ont jamais été plus vrais : « Nous savons que toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8, 22) Que pourrait être une éthique de la Nouvelle Cosmologie et de la conscience évolutionnaire ? En plus de prêter attention, comment nous engager à « Penser la Terre entière » ? Bien que son vocabulaire soit différent, c’est le défi que présente le pape François dans son Encyclique Laudato Si’:
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Au cours des 500 dernières années, 322 espèces d’animaux se sont éteintes ; les scientifiques l’attribuent à des causes humaines. En Septembre 2019, 2,2 millions d’hectares du bassin amazonien avaient brulé, les 121 000 incendies étant presque tous d’origine humaine – des fermiers mettant le feu pour pouvoir utiliser la terre. Après des années de sécheresse due au changement climatique, à l’automne 2019 et au début de l’année 2020 plus de 16 millions d’hectares, la taille de la Virginie de l’Ouest, ont été consumés par les flammes en Australie. La foudre tombant sur une terre trop sèche a été la cause de la plupart des incendies, mais au moins 24 personnes ont été arrêtées pour en avoir déclenché certains. On estime à un milliard le nombre d’animaux ayant perdu la vie dans les incendies qui ont ravagé les États de New South Wales et de Victoria. L’année 2020 a vu une destruction similaire aux États-Unis où plus de 4,6 millions d’hectares ont été dévastés par le feu en Californie, en Oregon et dans l’État de Washington. Dans le même temps, les noms des ouragans ont épuisé les 26 lettres de l’alphabet anglais. « Delta » a été la quatrième grosse tempête à frapper le Texas, la Louisiane et l’Alabama. Les incendies et les ouragans sont la conséquence du changement climatique et de la mauvaise gestion humaine.
Plus j’avance dans cette recherche sur les implications de la science et de la technologie, plus je me vois poussée à sortir de mon vase clos d’universitaire et plus j’ai honte de mon activisme léthargique. Une nouvelle pensée théologique issue des nouvelles découvertes scientifiques devrait nous conduire à de nouveaux comportements. Ce que nous pensons de Dieu devait avoir des implications sur notre manière d’agir en tant qu’enfants de Dieu. Et le biologiste évolutionnaire Julian Huxley affirme que notre destin est d’agir pour le bien du cosmos :
Penser la Terre entière implique des rêves dangereux d’émancipation, des rêves de libération par rapport aux refrains destructeurs de domination et d’oppression. Cela requiert la vision d’une communauté planétaire plus pacifique, plus juste et durable, une vision de démocratie écologique participative.14
À titre d’exemple : •
l’atmosphère (changement climatique), en modifiant l’ADN (modification génétique) et en déversant du plastique non biodégradable, du polystyrène et des matériaux radioactifs sur toute la planète. »12
C’est notre humble conviction que le divin et l’humain se rencontrent même dans les plus petits détails du vêtement sans coutures de la création de Dieu, jusque dans l’infime grain de poussière de notre planète … Dans cet univers, constitué de systèmes ouverts qui entrent en communication les uns avec les autres, nous pouvons découvrir d’innombrables formes de relations et de participations. Cela conduit à penser également à l’ensemble comme étant ouvert à la transcendance de Dieu, dans laquelle il se développe. La foi nous permet d’interpréter le sens et la beauté mystérieuse de ce qui arrive. La liberté humaine peut offrir son apport intelligent à une évolution positive, mais elle peut aussi être à l’origine de nouveaux maux, de nouvelles causes de souffrance et de vrais reculs. Cela donne lieu à la passionnante et dramatique histoire humaine, capable de se convertir en un déploiement de libération, de croissance, de salut et d’amour, ou en un chemin de décadence et de destruction mutuelle. Voilà pourquoi l’action de l’Église ne tente pas seulement de rappeler le devoir de prendre soin de la nature, mais en même temps « elle doit aussi surtout protéger l’homme de sa propre destruction.»15
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Comme le fait remarquer Amy Hereford, CSJ, dans Beyond the Crossroads: Religious Life in the 21st Century, l’encyclique Laudato Si’ utilise fréquemment “notre maison commune” tant comme métaphore que pour exprimer la réalité. L’expression « souligne la profonde unité de la création, et le lien important que nous partageons tous puisque nous faisons
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Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
1. La perspective spirituelle fait maintenant partie de la discussion sur l’environnement. « L’encyclique enracine fermement la discussion dans une perspective spirituelle et invite les autres à écouter un point de vue religieux, en particulier sa compréhension de la création comme un don saint et précieux de Dieu qui doit être respecté par tous les êtres humains ». 2. Les pauvres sont affectés de manière disproportionnée par le changement climatique. « Le Pape affirme que l’attention aux pauvres est l’un des thèmes centraux de l’encyclique, et il fournit de nombreux exemples des effets funestes du changement climatique, dont les ‘pires conséquences’ sont ressenties par les habitants des pays en développement. » 3. Moins, c’est plus. « Laudato Si’ pose aussi le diagnostic d’une société de “consumérisme compulsif” où les personnes sont incapables de résister à ce que le marché leur présente, la terre est spoliée et des milliards de gens se retrouvent appauvris (n. 203). » 4. La doctrine sociale de l’Église comprend maintenant la doctrine sur l’environnement. « À l’encontre de ceux qui prétendent qu’une encyclique papale sur l’environnement n’a pas d’autorité réelle, le Pape affirme que Laudato Si’ ‘s’ajoute au Magistère social de l’Église’(n.15) ». 5. Les discussions sur l’écologie s’enracinent dans la Bible et la tradition de l’Église. « En un résumé magistral, le Pape François retrace le thème de l’amour de la création à travers l’Ancien et le Nouveau Testament. Il nous rappelle, par exemple, que Dieu, en Jésus-Christ, ne s’est pas seulement fait humain, mais partie du monde naturel. » 6. Tout est lié – y compris l’économie. « Le Pape François relie ‘une conception magique du marché’ qui privilégie le profit aux dépens des pauvres, avec le non-respect de l’environnement (n.190) » 7. Il faut faire l’éloge de la recherche scientifique sur l’environnement, et l’utiliser. « De même que les autres grandes encycliques sociales catholiques analysaient des questions comme le capitalisme, les syndicats et les justes salaires, Laudato Si’ puise tant dans le magistère de l’Église que dans les découvertes contemporaines dans d’autres domaines – en particulier la science, dans ce cas – pour aider les hommes et les femmes de notre temps à réfléchir sur ces questions. » 8. L’indifférence généralisée et l’égoïsme aggravent les problèmes environnementaux. « Dans le monde de Laudato Si’ il n’y a pas de place pour l’égoïsme et l’indifférence. On ne peut pas prendre soin du reste de la nature ‘s’il n’y a pas dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains’ (n. 91). » 9. Il faut un dialogue et une solidarité au niveau mondial. « Le Pape appelle ‘toutes les personnes’ au dialogue et au débat sur notre ‘maison commune’ (n. 62, 155). Il faut aussi un dialogue mondial parce qu’il n’y a pas de ‘recettes uniformes’. » 10. Il faut une transformation des cœurs. « Nous pouvons réveiller nos cœurs et nous diriger vers une ‘conversion écologique’ pour voir le lien intime entre Dieu et tous les êtres, et pour écouter davantage ‘la clameur de la terre et la clameur des pauvres’ (n. 49). »16
partie de la communauté naturelle. »17 En s’appuyant sur le travail des scientifiques et des environnementalistes, le Pape François écrit : Mais il suffit de regarder la réalité avec sincérité pour constater qu’il y a une grande détérioration de notre maison commune. L’espérance nous invite à reconnaître qu’il y a toujours une voie de sortie, que nous pouvons toujours repréciser le cap, que nous pouvons toujours faire quelque chose pour résoudre les problèmes. Cependant, des symptômes d’un point de rupture semblent s’observer, à cause de la rapidité des changements et de la dégradation, qui se manifestent tant dans des catastrophes naturelles régionales que dans des crises sociales ou même financières, étant donné que les problèmes du monde ne peuvent pas être analysés ni s’expliquer de façon isolée. Certaines régions sont déjà particulièrement en danger et, indépendamment de toute prévision catastrophiste, il est certain
Nous sommes obligés de « Penser la Terre Entière » et de voir comment la dévastation de la Terre a des effets directs sur les exclus et les plus pauvres.
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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L’encyclique a été bien reçue dans les communautés œcuméniques, interreligieuses et scientifiques, mais pas par toutes. Quand le Président Américain Donald Trump, un négateur du changement climatique, rencontra le Pape en 2017, ce dernier lui offrit un exemplaire signé de sa main. Ce document de 192 pages appelle à une « révolution culturelle courageuse ». James Martin SJ énumère dix aspects significatifs du document :
que l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue, parce que nous avons cessé de penser aux fins de l’action humaine : « Si le regard parcourt les régions de notre planète, il s’aperçoit immédiatement que l’humanité a déçu l’attente divine » [citation : Jean-Paul II, Catéchèse (17 janvier 2001)].18 Que nous l’appelions “Penser la Terre entière” ou “la sauvegarde de notre maison commune”, le mal naturel qui accompagne l’évolution et la création est accéléré et amplifié par le mal social et moral qui se déchaîne. Le Pape François n’est pas le seul à insister sur l’urgence de passer à l’action. La Terre elle-même crie sa douleur. Ces situations provoquent les gémissements de sœur terre, qui se joignent au gémissement des abandonnés du monde, dans une clameur exigeant de nous une autre direction. Nous n’avons jamais autant maltraité ni fait de mal à notre maison commune qu’en ces deux derniers siècles. Mais nous sommes appelés à
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Au dix-neuvième et au vingtième siècles, le développement des congrégations apostoliques féminines constitua une réponse directe aux crises de la révolution industrielle, de l’immigration, des maladies, et des guerres, une réponse filtrée à travers une théologie particulière de la vie religieuse. Quelque deux cents ans plus tard, nos compréhensions théologiques ont changé, les besoins se sont diversifiés, mais la manière de répondre à ces besoins demande toujours engagement, souplesse, et créativité. Comme nous le disait le Pape Jean-Paul II : « Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire ! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses. »20 Nous ne créons plus des institutions ; nous nettoyons notre maison commune. Non pas pour sauver nos âmes, mais pour sauver notre planète. La mission pour un Univers inachevé La vie religieuse devrait promouvoir la croissance de l’Église par l’attraction. L’Église doit être attractive. Réveillez le monde ! Soyez témoins d’une manière différente de faire, d’agir, de vivre ! Il est possible de vivre différemment en ce monde.21
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être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude.19
Moins de deux ans après sa rencontre avec l’Union des Supérieurs Généraux (USG), le Pape François lançait l’Année de la vie consacrée (30 novembre 2014 – 2 février 2016) et publiait son encyclique sur l’environnement (24 mai 2015). Les dates ne sont pas des coïncidences.
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les religieux vivent et exercent souvent leur apostolat aux périphéries; dans les endroits où l’environnement est souvent dégradé ; dans les bidonvilles urbains et dans les endroits manquant d’eau potable ou d’espaces publics sûrs. Le caractère international de beaucoup de nos communautés signifie que nous connaissons bien les difficultés quotidiennes spécifiques au monde en développement, où l’exploitation économique est souvent répandue. Nous devons commencer par mettre au premier plan cette attention à la vie aux périphéries, d’abord au sein de nos propres communautés puis dans l’ensemble de la société.26
Le charisme et le ministère en faveur de notre maison commune Le mot “charisme” vient du grec charis, qui est souvent traduit par “grâce” ou “faveur”. Saint Paul nous apprend qu’à notre baptême nous recevons les dons du Saint Esprit. Ce sont les arrhes de la plénitude du Règne de Dieu. Paul les appelle aussi « fruits », et ils comprennent l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la générosité, la fidélité (Gal 5, 22). Bien que ces fruits soient différents, ils proviennent tous du même Esprit (1 Co 12, 14). En vertu de notre baptême, nous avons, nous aussi, une grâce particulière ou un charisme qui nous est donné par l’Esprit. Et pour nous éviter de suivre le chemin des Corinthiens qui discutaient pour savoir qui avait reçu les « meilleurs » dons charismatiques, Paul nous rappelle que les dons spirituels sont pour le bien de tous (1 Co 12, 1-11 ; 14,1425).
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Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des
Les apostolats des congrégations apostoliques sont souvent au service des personnes dans le besoin. En réfléchissant sur les défis posés par Laudato Si’, Timothy Scott CSB, reconnait que
La Bonne Nouvelle de Dieu est que la Terre et toutes ses créatures ont un avocat. C’est nous.
L’encyclique constitue une invitation pour les religieux à entrer, avec respect et courage, en dialogue avec les autres personnes de bonne volonté. Les fruits de la recherche scientifique et les contributions des différentes traditions religieuses peuvent orienter notre société plurielle vers un consensus sur l’urgente nécessité d’agir. Le bien commun sera renforcé si les religieux donnent voix aux pauvres et aux exclus. Enfin, par leurs actions, ils offriront un témoignage prophétique sur la valeur de la communion interpersonnelle et une relation écologique avec toute la création.22 Avec Laudato Si’, la mission de Dieu, la mission de l’Église, et la mission des religieux sont maintenant consciemment liées à la sauvegarde de notre maison commune. Alors que sous le Pape Benoit XVI la mission s’était concentrée sur la conversion et la transmission de la foi, sous le Pape François l’objectif, la motivation et la finalité de la mission ont été revues.23 La clarification de la mission exige de connaitre le Dieu de toute la création. La motivation de la mission trouve son origine dans le fait que les êtres humains connaissent leur propre identité de personnes aimées de Dieu au sein de la création et à travers elle. La pertinence de la mission consiste à découvrir la révélation dans le « Livre de la Création. »24 Comme l’écrit Dawn Nothwehr OSF, “Le fait est que le salut de l’Évangile comprend le bien-être humain et le bien-être de toute la création. »25 Que peut être une mission d’accompagnement dans un univers évolutionnaire, inachevé ? Qu’est-ce que nous accompagnons, ou qui ? La conscience croissante que nous avons de notre place au sein du monde créé a élargi nos préoccupations au-delà de la société humaine. Nous sommes obligés de « Penser la Terre Entière » et de voir comment la dévastation de la Terre a des effets directs sur les exclus et les plus pauvres. Dans Laudato Si’, le Pape François fait remarquer que les pauvres souffrent très souvent de la dégradation de notre maison commune :
droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium ; elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun. (158)
Lorsque nous faisons profession, nos dons individuels s’unissent au charisme général de notre congrégation, un charisme qui n’appartient pas exclusivement à notre communauté mais dont nous reconnaissons qu’il fait profondément partie de notre identité. C’est à ce charisme que nous nous engageons, et non aux manifestations ministérielles spécifiques de ce charisme. Comme le conseillait le Pape François, nous devons « renforcer… le charisme de la Congrégation, sans le confondre avec le travail apostolique que nous effectuons. Le premier demeure, le second passera. Le charisme… est créatif, il cherche sans cesse de nouveaux chemins. »27 Malgré la diminution due à l’âge et à la réduction de nos effectifs, malgré la fermeture de ministères institutionnels et malgré la révolution sociale qui remet en question la nécessité-même de la vie religieuse, la vie religieuse apostolique continue. En réfléchissant sur l’Année de la Vie Consacrée, l’évêque émérite de Limerick, Donal Murray, faisait remarquer : Le charisme sous-jacent continue même lorsque les ministères spécifiques ne peuvent plus être assurés avec autant d’énergie, ou lorsqu’ils ne sont plus nécessaires, ou plus possibles. Quand c’est le cas, nous devons à nouveau nous tourner vers nos origines, pour comprendre ce que notre charisme peut nous demander aujourd’hui.28
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Cela signifie de croire que le Christ, l’Esprit, la vocation qui ont inspiré nos prédécesseurs sont ceux-là mêmes qui nous appellent maintenant à rester éveillés et vigilants. Les dons et les charismes qui ont marqué les débuts de vos instituts de vie consacrée sont toujours vivants aujourd’hui en vertu du même pouvoir de l’Esprit qui les a éveillés aux origines.29 De fait, l’Esprit ne cesse d’agir, et tout comme Paul rappelait aux Corinthiens que leurs dons individuels étaient au service du bien de l’ensemble, de même les charismes des congrégations doivent être réunis pour le bien de notre maison commune. Traverser les frontières des congrégations Même si, comme religieux, nous sommes animés par nos charismes, comment espérons-nous contribuer à la réalisation du Royaume de Dieu alors que les défis sont
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
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Comme le suggère Murray, notre défi est de vivre notre héritage au présent avec passion.
sociales ? De cette manière, un réel témoignage prophétique pourra être offert plus efficacement. La communion et la rencontre entre les différents charismes et vocations est un chemin d’espérance. Personne ne construit l’avenir en s’isolant, ni seulement avec ses propres forces, mais en se reconnaissant dans la vérité d’une communion qui s’ouvre toujours à la rencontre, au dialogue, à l’écoute, à l’aide réciproque, et nous préserve de la maladie de l’autoréférentialité.30 La collaboration entre les institutions religieuses n’est pas nouvelle. La Sister Formation Conference, l’ancêtre de la Religious Formation conference, fut fondée en 1954 pour assurer aux sœurs une formation adéquate en vue de leurs apostolats. Après Vatican II, une collaboration remarquable entre les congrégations religieuses masculines a conduit à la création de la Catholic Theological Union à Chicago et de la Washington Theological Union (DC), deux centres de théologie et de ministère dont maintes congrégations ont tiré profit pour leur formation. Dans les années 1980, les noviciats et les programmes de noviciat en collaboration ont rassemblé les nouveaux membres au-delà des frontières
énormes, les coûts si élevés, et nos effectifs tellement réduits ? Jésus semble avoir anticipé la question avec une parabole éclairante : « Le Royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » (Mt 13,33 ; Lc 13,20-21). Nous ne sommes plus les fantassins de l’Église, une armée de sœurs et de frères donnant des cours à des élèves dans les salles paroissiales. Et nous ne devons plus l’être. Nous devons plutôt, comme le disait Jésus, être le levain. Et comme le levain se mélange à la farine, nous devons joindre nos efforts à ceux des autres. À l’occasion de l’Année de la Vie consacrée, le Pape François déclarait : J’attends, de plus, que grandisse la communion entre les membres des divers Instituts. Cette Année ne pourrait-elle pas être l’occasion de sortir avec plus de courage des frontières de son propre Institut, pour élaborer ensemble, au niveau local et global, des projets communs de formation, d’évangélisation, d’interventions
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des congrégations. Et dans les années 1990, une organisation de base de sœurs de moins de cinquante ans a formé Giving Voice. Voici comment est décrit son objectif : UISG - Bollettino n. 177, 2022
UISG - Bollettino n. 177, 2022
La Bonne Nouvelle de Dieu est que la Terre et toutes ses créatures ont un avocat. C’est nous.
Nous cherchons à vivre nos vocations enracinées dans les charismes de nos congrégations et ancrées dans l’espérance de Dieu pour le futur de la vie religieuse. Nous cherchons à établir des liens entre nous pour renforcer notre engagement, approfondir notre fidélité à la vie religieuse, encourager des relations qui soutiennent nos vocations, et créer des manières de vivre la vie religieuse dans le présent et pour le futur. 31 Le fait de conjuguer les efforts et de combiner les ressources a conduit à des initiatives de justice pour lutter contre des problèmes endémiques et mondiaux comme la traite des êtres humains, l’immigration, et la dégradation de l’environnement. Et la plupart de ces efforts sont nés comme réponses sur le terrain aux besoins émergents.
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En outre, les milliers de personnes déplacées en quête d’asile dans le monde entier sont elles-mêmes à la recherche d’une planche de survie de respect humain. Lors d’une audience virtuelle du Pape François en 2015, on lui présenta Sœur Norma Pimentel, Missionnaire de Jésus, responsable d’un centre d’accueil à Sacred Heart Church in McAllen, au Texas, États-Unis, et Directrice Exécutive de Catholic Charities du Rio Grande Valley. Après avoir entendu les témoignages des mamans et de leurs enfants dans le centre, la Pape François demanda à parler avec Sr Norma. « Je veux vous remercier » dit le Pape. « Et à travers vous, remercier toutes les sœurs des ordres religieux des États-Unis pour le travail que vous avez fait et que vous faites aux États-Unis. C’est splendide. Je vous félicite. Courage. Continuez. »34
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
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En 2009, un réseau international de congrégations religieuses de 70 pays a formé Talitha Kum, pour faciliter la collaboration et les activités contre la traite des personnes. De même, Sœur Margaret Nacke, CSJ, fut bouleversée par « les millions de personnes dont les vies ont été reléguées à un statut de marchandise, à l’esclavage, et qui vivent dans un monde obscurci par l’égoïsme et la cupidité de ceux dont les vies sont sans lumière. »32 En 2013, elle contribua par sa parole et son action à la fondation de US Catholic Sisters Against Human Trafficking (USCSAHT), un réseau national confessionnel collaboratif qui donne des cours de formation, facilite l’accès aux services pour les rescapés, et dénonce l’esclavage moderne pour l’éradiquer.33
Cette brève intervention du Pape survenait pendant une énorme vague d’arrivée de mineurs non accompagnés en provenance d’Amérique Centrale, qui avait commencé en 2014. Sr Norma et d’autres personnes travaillant à la frontière envoyèrent des demandes urgentes de bénévoles, un appel amplifié par la Leadership Conference of Women Religious (LCWR). Depuis lors, plus de mille religieuses ont répondu à ces demandes de fonds et de bénévoles pour aider dans les centres d’accueil temporaire à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Lancé à l’occasion du Jubilé de l’Union Internationale des Supérieures Générales (UISG ; 1965-2015), le Projet Migrants en Sicile a établi trois communautés intercongrégationnelles, internationales et interculturelles, où les sœurs sont « un pont entre les migrants qui débarquent en Sicile et les personnes de la région, afin de construire une réelle intégration ». Comme le faisait observer la coordinatrice du projet, Sr Elisabetta Flick :
Alors que le travail collaboratif des sœurs en faveur de ceux qui sont appauvris et marginalisés répond à des besoins immédiats et pressants, d’autres actions communes visent le long terme. Le 18 juin 2020, jour du cinquième anniversaire de Laudato Si’, une nouvelle initiative pour promouvoir le développement durable a été annoncée – mais pas par les personnes influentes d’une entreprise Fortune 500. Seize congrégations américaines de Sœurs dominicaines se sont unies à la firme de Morgan Stanley pour établir une nouvelle initiative de fonds d’investissement avec l’objectif de financer des solutions pour s’attaquer au changement climatique et aider les communautés encourant le plus de risques au niveau mondial. « Pour ce fonds, les sœurs ont fourni en 2018 la somme initiale de 46,6 millions de dollars, qui s’élève maintenant à 130 millions grâce aux investissements en capital. Cet argent sera destiné à des projets mondiaux recherchant des solutions au changement climatique et poursuivant les Objectifs de développement durable des Nations Unies. »35
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Comme l’affirmait le Pape Jean-Paul II, nous avons « à construire une grande histoire ».37 Des initiatives comme US Catholic Sisters Against Human Trafficking et Talitha Kum pour l’UISG, les efforts collaboratifs en faveur des migrants et immigrants, et le Climate Solutions Fund montrent qu’en travaillant ensemble nous contribuons de manière créative au royaume de Dieu, et que nous entrons ensemble dans cette « grande histoire ». Conclusion Sœurs Dominicaines de Sinsinawa, nous citons volontiers notre fondateur, le Vénérable P. Samuel Mazzuchelli, OP, qui répétait avec insistance : « Partons pour les endroits où certes le travail est abondant et difficile, mais où, avec l’aide de celui qui nous envoie, nous ouvrirons un chemin à l’Évangile ! » Mais, comme beaucoup d’entre vous, en ce vingt-et-unième siècle, nous ne savons pas toujours avec certitude vers lesquels de ces nombreux « endroits » est appelée notre congrégation apostolique. Il y a quelque cinquante ans, un/e novice avait une idée assez claire de ce qu’il ou elle ferait après sa profession. Sont arrivés Vatican II, les Mouvements des Droits Civils, les nombreuses transformations culturelles dans le monde entier. L’apostolat fondateur d’une congrégation avait déterminé son identité et était souvent confondu avec son charisme. Alors que de moins en moins de membres continuaient à exercer leur apostolat dans les institutions organisées, de nombreux religieux se sont demandé : « Qui sommes-nous si nous n’enseignons plus ? » En réfléchissant sur sa vocation post-Vatican II, la Bénédictine Joan Chittister propose un rappel utile : « Selon la nouvelle manière de voir les choses, les religieux ne sont pas appelés à être une main d’œuvre mais un levain, une présence attentionnée qui puisse répondre rapidement à l’appel des nouveaux besoins ».38 La mission de la congrégation est plus large que l’expression ministérielle de cette mission. Et cette mission – telle qu’elle est proclamée par Jésus de Nazareth et poursuivie par l’Église – est de travailler à la réalisation du Royaume de Dieu. Précisément parce que nous vivons dans un univers inachevé, le Royaume de Dieu demeure l’évènement-horizon auquel nous aspirons. Le lent travail de l’évolution confirme que nous nous dirigeons vers le Point Oméga, l’unification de toute la création avec le Créateur. Une vision émergente de la mission et de l’apostolat pour un univers inachevé suit son propre rythme. Mais la réalité de la mort et de la souffrance comme effet de l’évolution et conséquence du péché humain nous rappelle qu’il y a du travail à faire. Aujourd’hui.
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Nous avançons sur la pointe de pieds, en respectant la richesse de l’écoute des besoins afin de construire ensuite, avec nos partenaires locaux, un projet adhoc qui respecte les droits et les dignité des personnes arrivant dans notre pays. Nous souhaitons témoigner de façon crédible qu’il est possible pour différentes cultures, nationalités et langages de vivre ensemble, si nous sommes unis par une mission commune et animés du même esprit qui agit et qui est présent dans chacun de nous et dans le monde.
Ce fonds climatique est une “réponse fondamentale” à l’appel du Pape François dans Laudato Si’. Comme le fait remarquer Sœur Elise Garcia OP, de la Congrégation Adrian, le désir du Pape François « d’avoir une approche intégrée pour combattre la pauvreté, restaurer la dignité aux personnes défavorisées, et en même temps protéger la nature… est précisément l’objectif du Climate Solutions Fund. »36
Notre compréhension de la cosmologie, de l’évolution, et de la théologie, devrait influencer le pourquoi, le comment et ce que nous faisons dans notre ministère, ce que Maldari définit comme « le travail humain énergisé par le Saint Esprit. »39 Le « pourquoi » n’est plus limité aux seules préoccupations humaines. L’appel du Pape François à préserver notre « maison commune » nous incite à voir l’avènement du royaume de Dieu avec des yeux nouveaux. Laudato Si’ devient une charte qui redirige nos efforts, afin que la mission passe d’un souci uniquement anthropomorphique pour l’évangélisation et la conversion à un accompagnement cosmique inclusif, à la protection et la défense de toute la création. Le « comment » de notre apostolat est directement lié au charisme particulier donné par l’Esprit Saint à notre congrégation, un charisme plus facilement visible dans nos fondateurs et fondatrices, mais non moins évident dans nos membres aujourd’hui – si nous savons le regarder. Nous devrions nous demander « Comment notre charisme peut-il être mis au service de la création tout entière ? » et, à partir de cette réponse, évaluer nos activités apostoliques.
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Pour plus d’informations: https://bit.ly/ForAllTheEarth
Sr. Laurie Brink, OP - “Pour toute la terre”
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Enfin, peut-être vaudrait-il mieux dire « ce que nous ne devrions pas faire » plutôt que « ce que nous devrions faire ». Les congrégations ne peuvent plus se permettre d’agir seules. La démographie et les diminutions institutionnelles nous rappellent simplement que dans un univers émergent l’apostolat doit être collaboratif. L’intégrité de toute la création nous rappelle de manière certaine que nous sommes plus efficaces quand nous sommes plus unis. Ainsi, c’est en regardant où se rencontrent la mission de Dieu, les charismes de nos congrégations, et les besoins de notre maison commune, que nous trouvons la réponse à la question : « Que nous revient-il de faire, pourquoi et comment ? » dans un univers émergent.
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LA DÉFINITION DE LA CULTURE SELON M. CUNNINGHAM COMME CLÉ DE LECTURE POUR LA CULTURE DU SAFEGUARDING Dr. Angela Rinaldi Angela Rinaldi est titulaire d’un doctorat en Doctrine sociale de l’Église et Éthique publique, de la Faculté des Sciences Sociales de l’Université Pontificale Grégorienne de Rome. Elle est l’auteur du livre Una migrazione che dà speranza. I minori non accompagnati in Italia (Mimesis, 2020), du livre Hacia una Iglesia que proteja a los más pequeños (PPC, 2020), et du livre Dalla parte dei piccoli. Chiesa e abusi sessuali (La meridiana, 2018). De 2014 à 2017 elle a collaboré avec le Centre pour la protection des mineurs (PUG) en qualité d’Assistante de Recherche et de 2018 à 2021 en qualité de Online Learning Admin. Le 1er septembre 2021, le Centre pour la protection des mineurs est devenu Institut d’Anthropologie. Études interdisciplinaires sur la dignité et le soin des personnes vulnérables. Dans ce nouvel Institut, Angela Rinaldi est Chargée de cours et responsable de l’équipe des enseignants en présentiel de Diplôme et Licence en anglais.
Dr. Angela Rinaldi - Vers la culture du Safeguarding
VERS LA CULTURE DU SAFEGUARDING : UN CHANGEMENT DE PAS
Original en Italien
Le phénomène des abus sur mineurs dans l’Église et dans la société en général continue à frapper les fidèles et l’opinion publique, remettant souvent en cause la foi des personnes appartenant au Peuple de Dieu.
L’objectif est de définir quelques éléments utiles à la réflexion et de les considérer au sein d’un système que nous pourrions appeler Culture du Safeguarding, qui implique une approche structurée du mode de penser et d’agir dirigée vers la protection des mineurs et des personnes vulnérables en des termes vraiment durables.
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UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Les premières découvertes ont beau remonter à de nombreuses années, la plaie des abus blesse encore les contextes ecclésiaux, en dépit du chemin entrepris depuis un certain temps vers une progressive amélioration.
Il ne s’agit pas de vouloir protéger les mineurs et les personnes vulnérables sur la seule base de la compassion ou d’impositions venant d’en haut, mais de créer un système profondément enraciné qui protège réellement ces personnes si fragiles.
Pour pouvoir présenter un paradigme clair où se trouvent des caractères communs facilement accessibles aux différentes cultures particulières, nous pouvons faire référence à la définition de la culture que donne Myrna Cunningham, ex-présidente et actuellement membre du Forum permanent des Nations Unies pour les questions relatives aux indigènes : « La culture est un processus actif à travers lequel les groupes humains répondent à leurs propres nécessités collectives, elle concerne la langue, les valeurs, les normes et les institutions ; les mémoires personnelles et collectives qui donnent sens et sans lesquelles l’existence humaine ne serait pas possible, le savoir et les capacités humaines […]. La culture et la langue constituent le substrat primitif dans lequel les générations reçoivent les stimuli du présent et renouvellent les liens ancestraux »1. Rien qu’en regardant superficiellement, on comprend combien une culture peut être enracinée tant dans la vie de chaque personne dans son individualité que dans l’imaginaire collectif. Cependant, pour descendre plus en profondeur, nous pouvons mieux analyser certains éléments. Tout d’abord, la culture est un processus actif : ceci signifie qu’elle n’est pas formée de blocs monolithiques et toujours identiques, mais qu’elle change continuellement et même, pourrions-nous dire, qu’elle se développe ou qu’elle s’améliore. À travers la culture, les personnes et les groupes répondent à leurs propres nécessités : plusieurs éléments faisant partie d’une culture peuvent être d’assistance dans le cas de questions culturelles ouvertes et déstabilisantes. Tout ce qui fait partie d’une culture se manifeste dans la vie sociale, économique et politique d’une collectivité, dit M. Cunningham. De plus, par exemple, là où se manifestent des phénomènes qui ébranlent l’équilibre culturel d’un groupe donné – et nous pourrions faire référence aux scandales consécutifs à la découverte des cas d’abus – la culture agit pour rappeler aux sujets les valeurs et les normes sur laquelle elle se fonde, afin de les guider sur un parcours que l’on espère positif. De plus, la culture implique des valeurs, des normes et institutions, les mémoires, le savoir et les capacités humaines. La réflexion se fait alors plus profonde. Nous pourrions regrouper les éléments ici énoncés en trois grands domaines : principes et valeurs, normes, attitudes. Les valeurs sont les affirmations auxquelles on croit culturellement, qui renvoient à l’idéal ou au désirable2, et sur la base desquelles on agit ; il s’agit d’énoncés créés par la culture particulière : par exemple « chaque enfant a sa dignité ». Dans cette affirmation, le principe en soi – c’està-dire ce qui vient en premier lieu – est la dignité de chaque personne, en particulier de l’enfant, alors que le rappel implicite à reconnaitre cette dignité répond à ce que nous appelons « valeur ». Il s’agit d’une valeur culturelle en tant que née de ce que la culture prescrit autour d’un principe particulier et du sujet auquel il se réfère. De fait, l’énoncé ci-dessus ne représente pas une valeur dans toutes les cultures : il n’est pas prioritaire pour toutes les cultures de reconnaitre la dignité de l’enfant.
Introduction
Ce que nous voudrions mettre ici en relief est l’importance d’un changement réellement structurel dans l’Église et dans la société, donc dans les personnes qui en font partie, en proposant quelques éléments de réflexion qui pourront être approfondis dans les contextes particuliers.
La culture : principes et normes
Les normes regardent l’ensemble des lois et prescriptions qui doivent être observées pour que fonctionne la collectivité, en termes de paix sociale et interpersonnelle ; par exemple, la phrase « les enfants doivent être défendus et protégés » peut être considérée comme une norme culturelle générale qui peut ne pas toujours être écrite, mais qui reste de toute façon valide, même si ce n’est pas le cas dans toutes les cultures. Font donc partie de ces normes celles qui sont mises par écrit et celles qui sont transmises oralement. Quand nous parlons d’attitudes, nous faisons référence aux prédispositions culturelles qui conduisent aux comportements mis en pratique par toute personne dans sa vie quotidienne pour « satisfaire » aux exigences de sa culture. Nous pourrions affirmer que
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Pour un phénomène ayant autant de retentissement que celui des abus sur mineurs et personnes vulnérables, il est nécessaire d’au moins énoncer certains principes fondamentaux à partir desquels on améliorera ce qui dans chaque culture particulière peut jouer un rôle en termes de prévention. Le premier de tous est le principe de la dignité de la personne humaine. Il faut dire tout d’abord que ce principe fait référence à la nature de tous les hommes, femmes et enfants, et qu’il ne peut pas se référer à des aspects extérieurs de la personne : il s’agit de la valeur intrinsèque que possède tout être humain en tant que créé à l’image de Dieu ou en tant que personne. De cette valeur parlent non seulement le magistère catholique, qui lui consacre d’ailleurs un chapitre entier de Gaudium et spes (nn. 12-23), mais aussi la philosophie et l’éthique laïque. Entre autres, Kant croyait en cette valeur intrinsèque de la personne humaine et y voyait le motif pour lequel personne ne peut être traité comme une marchandise ou un objet ni simplement réduit à un moyen4. Même s’il le font sur des bases épistémologiques différentes, tant le magistère catholique que l’éthique laïque se fondent sur le principe communément reconnu selon lequel chaque personne a sa propre valeur, qui ne peut être niée. Elle émerge dans toutes le dimensions que requiert la nature humaine : la relation, l’égalité substantielle entre les personnes malgré les différences de genres, de couleurs et d’âges, le péché, la liberté, l’intelligence, la conscience, le pouvoir.
Dr. Angela Rinaldi - Vers la culture du Safeguarding
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c’est précisément sur ce dernier élément que se joue l’être dynamique de chaque culture, donc tout type de changement ou d’amélioration que l’on peut y apporter. Ceci signifie que les personnes humaines, qui agissent dans la structure sociale, ont le pouvoir d’apporter des changements dans la collectivité : elles produisent donc continuellement de la culture et ce qu’elles produisent fait ou fera partie du quotidien de tous3.
Cette responsabilité n’est donc pas seulement individuelle ; il s’agit aussi d’une responsabilité sociale : tous les êtres humains font partie de la structure sociale dans laquelle ils se meuvent et où il n’y a pas de différences substantielles entre ceux qui s’y trouvent. En tant qu’« agent » ou « acteur » de la structure sociale, toute personne est consciente que son agir implique des conséquences – parfois graves – sur la vie des autres êtres humains. Ainsi, quand on utilise son propre « pouvoir » de façon négative, c’est-à-dire qu’on le finalise uniquement à ses propres intérêts10 et « à tout prix », en acceptant de faire du mal à une autre personne dans le seul but de satisfaire ses propres pulsions, alors on n’est plus gardien, mais on aplanit la route pour devenir semblable aux agresseurs.
Parmi ces normes, nous pouvons en citer certaines qui ont déterminé des passages historiques importants. L’année 2001 marque le début d’une prise de conscience réelle de la gravité du phénomène des abus, avec le Motu proprio Sacramentorum Sanctitatis tutela de Jean-Paul II. Dans ce document, et dans les Normes sur les delicta graviora, qui lui sont jointes, le pape a défini de façon détaillée les délits les plus graves contre les sacrements et contre la morale, qui restent compétence exclusive de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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En tant que « gardiens », ils sont responsables : ils ont un pouvoir à exercer et dont ils rendront compte à Dieu, qui est pour les croyants l’autorité qui confie la tâche, et aux autres9.
Il est clair alors que la responsabilité individuelle et sociale se renforce grâce aux normes, qui poussent les personnes à « bien agir » dans la structure sociale. De 2001 à aujourd’hui, l’Église a rédigé une série de normes en cas d’abus sur mineurs et personnes vulnérables. Elles reflètent le processus de croissance de la prise de conscience de l’Église à cet égard au long des années.
Un autre principe qu’il pourrait être important de citer, et qui est aussi une attitude humaine, est la responsabilité, tant d’un point de vue personnel que social.
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En tant que tels, les êtres humains ont le pouvoir d’agir bien ou mal à l’égard de l’autre, d’abuser ou non de sa liberté, de sa sensibilité, de sa personne en termes physiques et psychologiques. En revanche, la « domination » dont parle le magistère catholique se réfère au livre de la Genèse : comme l’affirme Jean-Paul II, les êtres humains sont appelés « à cultiver et à garder le jardin du monde »8.
Un autre élément important qui aide à comprendre la responsabilité sociale peut être repris de l’encyclique Fratelli tutti : quand le pape parle de l’amour, il affirme qu’il est la force qui pousse à chercher le meilleur pour la vie de l’autre et à n’exclure personne, parce que c’est lui qui « nous met en tension vers la communion universelle »11. Chaque acte d’amour – et de pouvoir – implique une responsabilité, envers soi-même et inévitablement envers l’autre.
Un autre principe de base est celui de la solidarité, une tension aimante vers l’autre, qui pousse – ou devrait pousser – chaque être humain à agir pour le bien de celui que le magistère catholique appelle le « prochain ». Ce principe est profondément lié à la subsidiarité, qui implique une propension vers l’autre et aussi d’être en mesure d’en reconnaitre et d’en accepter la liberté et les capacités. Il s’agit de deux principes qui, comme le disait Jean-Paul II, ne doivent pas se réduire à l’assistanat (une solidarité sans subsidiarité) ou au fait de voir les autres comme des moyens ou des instruments (une subsidiarité sans solidarité), mais qui doivent porter chaque être humain à voir l’autre comme son semblable, ou comme une image du Christ5. En plus – dit Jean-Paul II – ces deux principes sont le chemin du développement et l’antidote contre ce qu’il appelait lui-même les « structures de péché », enracinées dans le péché de chaque être humain et « reliées à des actes concrets des personnes »6 : il s’agit de structures qui se développent dans le sens contraire des attitudes adoptées par l’Église ces dernières années dans le but d’une meilleure prévention.
En tant que principe, la responsabilité devrait inspirer toute personne à un exercice positif du pouvoir et, en tant qu’attitude, elle se définit comme manière même d’exercer son pouvoir. À cet égard, nous pouvons citer ce que dit le Pape François dans l’encyclique Laudato Si’ : « [les chrétiens du monde entier] sont invités à ‘‘cultiver et garder’’ le jardin du monde. Alors que ‘‘cultiver’’ signifie labourer, défricher ou travailler, ‘‘garder’’ signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature »7. Cette relation responsable et positive, nous pourrions dire aussi créatrice et protectrice de la création, peut et doit être vue en termes plus amples en relation à la sauvegarde des créatures, parmi lesquelles figurent aussi les êtres humains. Ceci signifie que tous, en tant que personnes humaines relationnelles par nature, sont responsables du bien-être de l’autre, de son développe-
ment et de sa protection : ceci en dit long sur la manière dont on devrait exercer son « pouvoir ».
Les délits d’abus sur mineurs sont cités dans les documents postérieurs, parmi lesquels nous pouvons citer les Nouvelles normes sur les delicta graviora de Benoît XVI (2010) : parmi les nouveautés notons l’allongement de la prescription des délits d’abus à 20 ans à partir du moment où la victime atteint sa majorité, la faculté de transmettre les cas les plus graves directement au pape, l’insertion de délits comme l’acquisition, la détention et la divulgation de matériel pédopornographique ayant comme sujets des enfants de moins de 14 ans. Commence alors une période où l’on prend conscience non seulement de l’importance de faire justice aux victimes d’abus déjà commis, mais aussi d’éviter que certains actes soient répétés et donc de prévenir les abus futurs. On commence à admettre que les abus des mineurs ne concernent pas seulement le niveau physique ou sexuel d’une relation, mais qu’ils sont étroitement liés à ce que nous appelons les abus de pouvoir, qui peuvent se développer tant dans les relations interpersonnelles que dans le domaine institutionnel.
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Parmi les différentes mises à jour normatives, émergent le Motu proprio Comme une mère aimante (2016), qui, dans la ligne du Canon 193 qui prévoyait déjà la révocation d’un évêque de son office pour raisons graves, cite parmi ces dernières les délits d’abus sexuels sur mineurs. Donc, si un évêque ou un responsable de communauté couvre un agresseur ou cache un abus, il doit être jugé et démis de sa charge12. Environ trois ans plus tard, François rédige le Motu proprio Vos estis lux mundi, qui clarifie et renforce les procédures déjà prévues par les normes ecclésiastiques, dont l’abus d’office et
la négligence épiscopale. Une des grandes nouveautés qu’apporte le Motu proprio est aussi la définition d’une personne vulnérable : on se rend compte que les victimes de délit d’abus devant être puni peuvent être non seulement les mineurs de moins de dix-huit ans ou les personnes physiquement ou mentalement infirmes, mais tous ceux qui se trouvent dans un état « de privation de liberté personnelle qui, de fait, limite, même occasionnellement, [leur] capacité de compréhension ou de volonté, ou en tout cas de résistance à l’offense »13. Tout ceci est fondamental, non plus seulement au niveau juridique parce que cela amplifie la possibilité qu’a l’Église de poursuivre les délits d’abus, qui concernent alors davantage la sphère relationnelle en général et non seulement le plan physique et sexuel. Du point de vue de la recherche scientifique aussi, ou à plus forte raison de la réflexion communautaire dans l’Église, l’introduction d’un concept aussi ample et aux frontières aussi peu marquées que celui de « personne vulnérable » impose une réflexion plus profonde sur la vraie signification de l’abus et pousse à
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Avec le Pape François, ce processus est devenu plus structurel et s’est inséré dans une réforme institutionnelle plus large.
élargir le regard sur le phénomène. Ce ne sont plus seulement les moins de dix-huit ans ou les personnes souffrant d’une infirmité physique qui peuvent être victimes d’un type quelconque d’abus, mais toute personne qui, dans le cadre d’une certaine relation, se trouve dans l’impossibilité d’exercer sa liberté personnelle ainsi que sa capacité de réagir à une offense. Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons pas réduire le phénomène des abus à un domaine restreint dont seuls quelques experts doivent s’occuper. Il requiert que toutes les communautés diocésaines, paroissiales, tous les ordres religieux, associations et mouvements laïcs, institutions catholiques ou non, comme toute personne dans son propre milieu, apportent leur contribution réelle à la prévention. Voilà pourquoi c’est la culture qu’il faut réellement réformer : ceci ne signifie pas devoir renoncer à son identité personnelle et de peuple, mais agir pour améliorer chaque culture particulière – dynamique par définition – afin que les mineurs et les personnes vulnérables soient vraiment défendues et protégées. Ceci implique
Se redécouvrir communauté signifie, à long terme, considérer l’Église dans son être Peuple et dans sa capacité de transmettre l’amour préférentiel pour les petits
que les principes, les normes et les comportements doivent pénétrer dans la vie quotidienne et la guider en fonction d’un développement intégral de la collectivité. UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Grâce aux deux prédécesseurs de François, on a pris conscience du fait qu’il est fondamental d’amorcer un processus prévoyant un changement de cap. Et ceci est clair dans beaucoup des documents rédigés par Jean-Paul II et Benoit XVI non seulement au niveau normatif, mais aussi pastoral.
Les comportements : culture et changement de pas Le premier pas à faire, et auquel l’Église semble bien répondre dans ce domaine, est de reconnaitre les erreurs, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Admettre d’être touché par les « structures de péché », difficiles à extirper, est une manière de reconnaitre que certains sujets – à l’intérieur et à l’extérieur de l’Église – se sont laissés vaincre par la soif du pouvoir, avec l’intention de s’imposer eux-mêmes et d’imposer leur propre volonté « à tout prix »14 aux autres et à leur vie: tout ceci a replié l’être humain sur lui-même et l’a conduit à ne plus faire attention à l’autre. Tout ceci a contribué à créer ce qu’on appelle « la culture du silence » ou « la culture de l’abus » : on a vu se développer une indifférence généralisée et disparaitre le sens de
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La juste attention vers l’Église-Peuple de Dieu ne semble plus exister, mais c’est l’institution-église qui est devenue centrale, et on éprouve envers elle une telle loyauté que la dénonciation des abus qui s’y produisent semble constituer davantage une trahison qu’une forme de justice. Dans cette « culture du silence », les principes de dignité humaine, de solidarité, de subsidiarité et de responsabilité individuelle et sociale semblent passer au second plan par rapport à l’indifférence, à la volonté de ne pas se compromettre, à se sentir comme des « monades » sans communauté d’appartenance. L’institution semble être l’unique autorité vers laquelle on se tourne à la découverte d’un abus – physique, sexuel, spirituel, de conscience ou institutionnel – avec l’espoir qu’elle « résoudra » le déséquilibre qui s’est créé. La subsidiarité disparait parce que passent au second plan la capacité de chaque personne à s’autodéterminer, sa liberté substantielle, en plus du fait d’être une communauté, un Peuple. L’Église ne semble plus être une Peuple, mais seulement une institution. Ces attitudes s’enracinent dans la manière de faire de toutes les cultures, qui semblent oublier qu’elles sont créatives et constructives pour laisser place à la destruction de l’indifférence et de l’isolement, d’ailleurs non naturels pour la personne humaine. En conséquence, comme l’affirme le Pape François « nous n’avons pas su être là où nous le devions, […] nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits »15.
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communauté et d’appartenance, et donc la responsabilité sociale, au détriment des plus vulnérables et des plus petits.
Dans sa Lettre de 2018, le pape ne parle pas seulement aux évêques, aux religieux ou aux prêtres, mais à tout le Peuple de Dieu, et, pour reprendre saint Paul, il affirme que si un membre souffre, tout le corps souffre (nn.1-2). Dans une lettre concise, il réaffirme que l’Église est un corps – on pourrait en dire de même de la société en général – et qu’elle est un Peuple. Il veut pousser à inverser le mouvement, à changer de pas, à faire en sorte que tout ce qui caractérise la « culture du silence » soit remplacé par les principes décrits ci-dessus, lesquels peuvent permettre, avec les normes qui en dérivent, que la culture de tous les peuples soit pénétrée d’attitudes opposées à l’indifférence et à l’isolement.
Ceci implique un changement de regard, c’est-à-dire de ne plus regarder vers l’institution, pourrions-nous dire du bas vers le haut, comme la source ou l’autorité qui résout tous les problèmes, mais de considérer la personne et de faire en sorte qu’elle retrouve sa vraie primauté. L’institution ne doit être ni annulée ni éliminée, mais adaptée aux exigences de la communauté : concrètement, l’institution-église a le devoir d’accompagner les hommes et les femmes – de tous âges – dans leur développement personnel et social ; si, comme le dit le magistère catholique, tout est en fonction de la personne, alors l’institution est aussi de toute évidence un instrument utile à la réalisation du bien de la communauté et au développement intégral. Étant donné que les relations asymétriques peuvent dégénérer en abus de pouvoir qui créent des cercles dont il est difficile de sortir, un réel changement de pas devrait conduire à redécouvrir la centralité de la communauté, dans laquelle chaque per-
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Il s’agit de répondre au silence par la culture du safeguarding, impliquant un mouvement inverse qui conduira la personne humaine à agir sous l’inspiration d’un amour préférentiel pour les pauvres16 bien enraciné : il ne s’agit pas seulement de regarder les pauvres dans le sens le plus commun du terme, mais les petits en général, ceux qui vivent dans des conditions de vulnérabilité dont ils ne réussissent pas à sortir. On pourrait parler d’un amour préférentiel pour les petits.
sonne travaille dans son domaine pour le bien de l’ensemble – parce que « le tout est supérieur à la partie »17 – prioritaire par rapport à l’intérêt personnel. Se redécouvrir communauté signifie, à long terme, considérer l’Église dans son être Peuple et dans sa capacité de transmettre l’amour préférentiel pour les petits, dans son attention profonde envers la personne et, donc, dans l’attitude par nature constructive d’entrer en relation avec tous et chacun à leur niveau, sans un regard de haut qui peut avoir comme unique résultat la limitation de la liberté personnelle de chacun dans son individualité et dans le fait d’être partie du tout. De la même manière on ne devrait pas regarder les « petits » de haut mais en se mettant à leur niveau, pour pouvoir redécouvrir tout ce qu’ils ont à apporter au bien de la communauté.
Le premier pas à faire, et auquel l’Église semble bien répondre dans ce domaine, est de reconnaitre les erreurs, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Un tel changement de pas n’implique pas seulement une relation différente avec les « petits » d’aujourd’hui, mais un développement culturel durable qui permette aux générations présentes de s’engager en prenant en compte la protection des générations futures. De plus, il implique la création d’une culture plus humaine et attentive « au tout », dans la ligne de ce qu’affirme le Concile : « Le mot « culture » désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps ; […] ; humanise la vie sociale […] ; traduit, communique et conserve enfin dans ses œuvres, au cours des temps, les grandes expériences spirituelles et les aspirations majeures de l’homme, afin qu’elles servent au progrès d’un grand nombre et même de tout le genre humain »18. Il s’agit de « déclencher des processus »19, c’est-à-dire d’exercer son « pouvoir » pour le bien du tout, qui ne vit pas seulement aujourd’hui, mais aussi demain, dans le temps. Il s’avère ainsi nécessaire d’entrer en relation tant avec les générations actuelles qu’avec les générations futures, afin que la construction de la culture du Safeguarding non réponde
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pas seulement à l’aujourd’hui – et donc à l’espace –, mais aussi à demain – au temps. Si nous voulons y arriver, nous ne devons donc pas imaginer des processus qui commencent et terminent dans le présent, ni être obsédés par l’obtention de résultats immédiats20, mais nous devons savoir que nous nous engageons aujourd’hui pour poser les bases d’une amélioration continuelle dont pourront profiter les générations suivantes. Puisque « le temps est supérieur à l’espace »21, afin que ce processus culturel soit réel, il doit pouvoir être transmis aux hommes et aux femmes de demain : les principes et les valeurs, les normes et les attitudes de la culture du Safeguarding doivent pouvoir pénétrer le quotidien de toutes les personnes appartenant au Peuple de Dieu – et la société en général – pour être enracinés au point de pouvoir permettre un changement vraiment structurel. Toute personne humaine, en tant que faisant partie d’une communauté, ou d’un Peuple, est individuellement et socialement responsable de laisser aux générations futures un monde qui soit vraiment attentif aux petits et aux plus vulnérables.
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M. Cunningham, La cultura: pilar de desarrollo para el buen vivir, in “Cultura y Desarrollo”, n.9, 2013, p. 29. La traduction est de l’auteur. Texte original: “La cultura es un proceso activo mediante el cual los grupos humanos responden a sus necesidades colectivas presentes, involucra la lengua, los valores, las conductas, las normas e instituciones; las memorias personales y colectivas que dan sentido y sin las cuales no hay existencia humana; los saberes y capacidades humanas […]. La cultura y la lengua constituyen el sustrato primigenio con el que las generaciones vivas reciben los estímulos del presente y renuevan su legado ancestral”. Cfr. D. Paéz y E. Zubieta, Cultura y psicología social, in I.S. Sedano et al., “Psicología social, cultura y edu cación”, Cap. II, Pearson Educación, 2004, pp. 25-30.
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LA FORMATION HOLISTIQUE DES LEADERS DE CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES POUR LA MISSION DANS UN MONDE EN RAPIDE TRANSFORMATION
Ivi, p. 31. Cfr. I. Kant, Fondazione della metafisica dei costumi, a cura di V. Mathieu, Milano, Bompiani, 2003, pp. 141-145. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 30 décembre 1987, n. 40. Ivi, n. 36. François, Laudato Sì. Encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, 24 mai 2015, n.67 Jean-Paul II, Evangelium vitae, 25 mars 1995, n. 42. Cfr. R. D’Ambrosio, Il potere e chi lo detiene, Dehoniane, Bologna, 2008, pp. 108-110. Ibid. François, Fratelli tutti. Lettre Encyclique sur la fraternité et l’amitié sociale, 10 mars 2020, nn. 94-95. François, Motu proprio Comme une mère aimante, 4 juin 206, n.1: “il peut être légitimement révoqué de sa charge s’il a, par négligence, posé ou omis des actes ayant provoqué un grave préjudice à d’autres, qu’il s’agisse de personnes physiques, ou d’une communauté dans son ensemble. Le préjudice peut être physique, moral, spirituel ou patrimonial. » François, Motu proprio Vos estis lux mundi, 7 mai 2019, art.1. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1987, n. 37. François, Lettre au peuple de Dieu, 20 août 2018, n.1. Jean-Paul II, Sollicitudo rei socialis, 1987, n. 42. Cf. François, Evangelii gaudium, 24 novembre 2013, nn. 234-237. Concile Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, 1965, n. 53. Ivi, n. 51. Ivi, n. 223. Ivi, nn. 222-225.
Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR Sœur Missionnaire du Saint Rosaire, Chinyeaka C. Ezeani a exercé un service dans le gouvernement de sa congrégation. Elle est actuellement vicepostulatrice de la cause de canonisation de leur fondateur, l’évêque Joseph Shanahan CSSp. Elle a publié “Rooted in Christ - Insights into Contemporary Religious and Priestly Formation”(Enracinés en Christ – Éclairages en vue de la formation des religieux et des prêtres aujourd’hui) et “Interculturality in Religious Life A Blessing in Different Colours” (L’interculturalité dans la vie religieuse – une bénédiction aux couleurs variées).
Original en anglais Introduction
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Deux images tirées des Évangiles me viennent immédiatement à l’esprit chaque fois que je réfléchis au sujet du gouvernement. Dans la première, Jésus se baisse pour laver les pieds de ses disciples, en les invitant à faire de même (cf. Jn 13, 3-17) « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (vv.14-15). Dans la deuxième, Jésus s’éloigne dans des endroits solitaires pour prier (Mt 14,23 ; Mc 1,35 ; Lc 3, 21 ; 6,12 ; 9,28). Il ne perd pas une occasion de présenter à ses disciples une relation personnelle avec le Père. Il leur enseigne que l’autorité est service, et que l’humilité est le trait caractéristique du vrai disciple.
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Dieu choisit et appelle selon la sagesse et le dessein divins. Saint Paul rappelait aux membres de la communauté chrétienne de Corinthe que leur vocation ne venait pas de leurs mérites, mais du dessein de Dieu sur le monde (cf. 1Cor 1, 26-31). Ceci vaut aussi pour l’appel au gouvernement dans les congrégations religieuses – une cloche de rappel importante, faute de quoi l’orgueil pourrait s’emparer du cœur du leader et diriger ses pensées et ses actions. Pour être d’authentiques disciples de Jésus et intendants du corps du Christ, les leaders des congrégations religieuses doivent être enracinés dans les valeurs de Jésus Christ. Le monde change rapidement. Les expériences de ceux qui sont entrés dans la vie religieuse il y a environ vingt à quarante ans diffèrent notablement de celles des personnes qui y entrent aujourd’hui. Les leaders d’aujourd’hui se trouvent confrontés à un monde
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Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR - La formation holistique des leaders
plus complexe que celui de nos prédécesseurs. Par exemple, les nouveaux membres des congrégations religieuses sont pour la plupart des enfants de l’ère cybernétique. C’est la génération qui a grandi avec des téléphones portables, avec l’accès à internet et aux réseaux sociaux. Les leaders ont également à faire face à de nouveaux défis comme ceux que pose la pandémie actuelle de la covid-19, et luttent pour trouver des manières efficaces d’y répondre. D’où le besoin toujours croissant d’une formation permanente holistique des leaders, qui puisse les préparer à la mission de façon adéquate en ces temps compliqués. Pour traiter ce sujet, je m’arrêterai sur les éléments suivants : (1) une brève réflexion sur l’importance du gouvernement dans la communauté chrétienne et la vie religieuse (2) les grâces et les défis du gouvernement dans la vie religieuse, dans le contexte d’aujourd’hui (3) les différentes dimensions de la formation holistique des leaders afin d’être efficaces dans leur double vocation de vie consacrée et de service de gouvernement (4) l’exercice du gouvernement en relation avec les Conseils Évangéliques en tant que partie tout aussi essentielle de la formation holistique des leaders. (Cet article a été divisé en deux parties et publié dans deux numéros du Bulletin. La première partie dans le Bulletin N. 176). Deuxième partie : Différents aspects d’une formation holistique des leaders religieux Aspect spirituel
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“Où est ton Cœur ?” Une question personnelle importante que tout leader religieux doit se poser souvent pour y répondre honnêtement est « Où est mon cœur ? Comme leader, qu’est-ce qui est important, qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? » Jésus a clairement affirmé que là où es le trésor d’une personne, là est son cœur (cf. Mt 6, 21). Si son cœur est, à travers la vie consacrée, dans les valeurs que le Christ a exprimées, l’intérêt et la vie de la personne seront dans ces valeurs et dans le fait de les vivre. En revanche, si son cœur est centré sur les affaires de ce monde, ce sont elles qui la gouvernent. Il est improbable que ces dernières puissent mener à un plus grand amour de Dieu et du prochain et à vivre avec authenticité les valeurs religieuses. Trop poursuivre et embrasser les affaires de ce monde peut conduire à une perte de signification de la vie religieuse et de l’essence du service de gouvernement. Il est donc crucial que les leaders aient le cœur à la bonne place, parce que c’est cela qui guidera leurs décisions et leurs actions. Une formation holistique nous aidera à comprendre où doivent être notre cœur et notre trésor. Tout leader a la responsabilité de veiller à sa formation intégrale, tout au long de sa vie. Tout individu adulte est responsable de son propre développement et de sa croissance. On ne peut charger personne d’autre de cette obligation. Dans son livre, Your Weaknesses are Your Strengths – Transformation of the Self through Analysis of Personal Weaknesses, (Vos faiblesses sont vos forces – Transformation du moi à travers l’analyse des faiblesses personnelles, 1994) David Edman maintient que chaque être humain a non seu-
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Cultiver la vie intérieure : arroser les racines Avant de planter, on dégage et on prépare bien la terre pour que la graine puisse se développer. On ne peut rien planter avec succès sur un sol en jachère. Arroser les racines est ce qui permet à la plante de grandir et de fleurir même pendant la saison sèche ! La vie intérieure est indispensable pour un gouvernement efficace, centré sur le Christ. Un leader ne peut pas vivre superficiellement ou à la surface et être efficace dans le service de gouvernement. La vie spirituelle doit avoir la première place dans le programme de la vie consacrée, de façon à ce que toutes les congrégations et communautés soient « des écoles de spiritualité évangélique authentique » (Jean-Paul II, Vita Consecrata, n.93). Pourquoi est-il important que le leader cultive une solide vie intérieure ? Le pouvoir que possède un leader ne peut pas être sous-estimé. Les leaders ont le pouvoir de de faire refléter tant l’ombre que la lumière sur les personnes qu’ils gouvernent. Selon Parker J. Palmer (1990 ; 2000), un leader est quelqu’un qui a le pouvoir, à un degré inhabituel, de projeter sur les autres son ombre aussi bien que sa lumière. Un leader a également le pouvoir, à un degré inhabituel, de créer les conditions dans lesquelles les autres doivent vivre et agir – et ces conditions peuvent être « soit aussi lumineuses que le paradis, soit aussi ombrageuses que l’enfer » (p. 7, 1990, cf. p.78, 2000). C’est pourquoi il maintient qu’un bon leader « doit tout spécialement assumer la responsabilité de ce qui se passe en lui, au sein de sa conscience, sinon l’acte de gouvernement créera plus de mal que de bien » (p.7; p.78). Palmer met en garde contre l’extroversion qui ignore ce qui se passe à l’intérieur du moi, la négligence de la sensibilité interne et le rejet de la conscience intérieure (p.79). Une vie intérieure solide, remplie de la lumière du Christ qui ne peut ni tromper ni faire dévier délibérément ou par inadvertance – voilà ce que le leader doit cultiver et arroser régulièrement.
Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR - La formation holistique des leaders
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lement la responsabilité de découvrir la vérité sur lui-même, mais qu’il a été équipé des outils nécessaires pour le faire. Après tout, selon lui, le dépassement de soi est une caractéristique proéminente de la race humaine.
Voici des manières à travers lesquelles le leader cultivera et nourrira sa vie intérieure pour un gouvernement efficace et centré sur le Christ.
Un outil utile pour cultiver sa vie intérieure et pour nourrir son âme est de dégager des temps de silence, de prière et de solitude. Prenez-vous un moment régulier, programmé chaque semaine ou chaque mois, tous téléphones mobiles, ordinateurs et gadgets délibérément éteints, seulement pour être en communion totale avec Dieu, et nourrir profondément votre être intérieur ? Si la réponse est non, c’est un signal d’alarme. Cette pratique permet au leader de traverser sain et sauf les eaux turbulentes du service de gouvernement. Une religieuse m’a dit un jour que si elle éteignait son téléphone, cela pourrait l’empêcher de « sauver une vie » ! Ma réponse a été qu’il n’y a qu’un seul sauveur, Jésus-Christ le Seigneur ! Ces profonds moments de silence et de solitude rendent vraiment plus fort pour affronter les épreuves de la vie et les vicissitudes du gouvernement dans les congrégations religieuses. Lire pour se nourrir spirituellement De même que les aliments nourrissent notre corps, la lecture spirituelle est une bonne nourriture pour l’esprit. Même s’ils sont très occupés, les leaders doivent être fidèles à cette bonne pratique. Le soutien spirituel à travers la lecture peut les aider à rester en-
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Cultiver l’acceptation de soi-même, l’auto-compassion et l’identité personnelle positive L’acceptation de soi-même est un outil important et une grande disposition intérieure pour accepter les autres. Il en est de même pour l’auto-compassion. Quand une personne en est pourvue, il lui est d’habitude plus facile d’accepter les autres et d’éprouver de la compassion envers eux. L’acceptation de soi-même et la compassion sont une bonne cure pour le perfectionnisme qui engendre la haine de soi-même et la dépréciation. Quand les gens sont bien dans leur peau et qu’ils s’apprécient, ils n’ont pas besoin d’abaisser les autres et de s’élever. Selon Palmer, l’un des aspects largement inconscients de la personnalité de beaucoup de leaders est une profonde insécurité par rapport à leur propre identité et à leur propre valeur. Il fait remarquer que pour les individus extrovertis cette insécurité est difficile à remarquer, parce que souvent l’extroversion est là précisément parce que ces leaders ne sont pas sûrs de qui ils sont, et qu’ils essaient donc de se prouver au monde extérieur plutôt que de s’attaquer à leur identité intérieure (Palmer, 1990, p.13). D’habitude plus commune chez les hommes, d’après ses observations, cette lutte avec l’identité est due à une forte propension aux fonctions institutionnelles externes. Les organisations (et les congrégations religieuses) courent un danger sérieux quand leurs leaders vivent dans une « profonde insécurité non-examinée par rapport à leur propre identité ». Ceci peut créer des cadres institutionnels qui privent les autres de leur propre identité à cause des peurs et de l’insécurité non- résolues du responsable (2000, p. 14). La formation holistique conduit à une saine acceptation de soi-même et à une identité clairement définie. Ceci signifie que l’on est en paix avec soi-même et que l’on se sent bien dans sa peau. Être satisfait de ce que Dieu a voulu que nous soyons crée en nous paix intérieure, acceptation de nous-mêmes et respect de l’autre. Nourrir sa capacité à jouer
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Du temps pour la solitude et la rencontre avec Dieu
racinés dans leurs vocations chrétiennes et religieuses. Pendant la formation initiale, on insiste d’habitude sur l’importance de cette pratique pour la croissance spirituelle et on lui donne la place importante qu’elle mérite. Lorsqu’il devient trop pris par le « travail du Seigneur » le leader peut se priver d’un outil efficace pour sa nourriture spirituelle et son développement personnel. On trouve abondance de bons ouvrages spirituels dans les librairies et en ligne. Un leader qui apprécie la lecture spirituelle et qui la pratique peut vraiment inspirer les autres à faire de même.
Un aphorisme populaire affirme « Si Jean ne fait que travailler sans jamais jouer, c’est un triste sire ». Il en est de même pour les leaders. L’enfant qui est en chacun de nous nous aide à entretenir un sens d’étonnement, d’émerveillement et de gaieté qui maintient tout simplement notre cœur dans la vie et le bonheur. La capacité de jouer montre en effet qu’une personne est émotionnellement saine. Le jeu est pour tous, il n’est pas réservé aux enfants. Personne n’est vraiment trop vieux pour ce don précieux qu’est le jeu. Les leaders doivent l’intégrer dans leur emploi du temps et donner au jeu et aux loisirs une place importante dans leurs vies. Le jeu, comme l’exercice physique, éveille un sens de joie et de détente totale chez une personne. C’est un bon stimulant, sans danger. La formation holistique du leader doit comprendre le jeu : Si Mère ou Sœur ne fait que travailler sans jamais jouer, elle peut s’épuiser et devenir irritable! Si Père ou Frère ne fait que travailler sans jamais jouer, il peut s’épuiser et devenir irascible ! Cultiver un cœur joyeux et reconnaissant
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Le cœur du responsable doit être rempli de joie. Cultiver la joie fait partie intégrante de la formation holistique. D’habitude la joie et la gratitude vont de pair. Si, au lieu de toujours demander, notre prière exprime la gratitude, notre esprit sera encore plus joyeux. Il vaut la peine de nous poser régulièrement les questions suivantes : « Quand, pour la dernière fois, ma prière n’a-t-elle été que gratitude ? » Avez-vous déjà pensé à commencer un Journal de gratitude ? Il est généralement admis que la gratitude est un grand éveilleur de joie. Aspect affectif La formation intégrale embrasse aussi cet aspect également important de la vie et du développement humain. Il s’agit du domaine affectif ou émotionnel de la vie aussi bien que du bien-être physique. Une vie intérieure intégrée renforce le bien-être physique et l’harmonie de l’être. Les personnes exerçant des rôles de gouvernement sont souvent exposées à des émotions et réactions positives aussi bien que négatives de la part de
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Dans son exhortation apostolique Evangelii gaudium (La Joie de l’Évangile), le Pape François invite tous les fidèles à une rencontre quotidienne renouvelée avec Jésus-Christ parce que personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur (cf. n.3). La Bible nous invite constamment à vivre dans la joie – « Réjouissez-vous ! » (cf. Dt 12,7 ; Ps 32,11 ; cf. Lc 1,47 ; Ph 4,4 ; 1 Th 5,16). « Partout dans le monde la joie est la véritable expression de la gratitude » (Steindl-Rast, 1984, p. 18). Pour que son service soit efficace, le leader religieux se doit de cultiver un cœur joyeux et reconnaissant. Il est important de se souvenir que le gouvernement est un don de Dieu, au service du peuple de Dieu. Si Dieu nous choisit, ce n’est pas parce que nous sommes dignes de ce don : il est très utile de ne jamais l’oublier. Malgré les difficultés et les épreuves, il y a toujours des raisons de se réjouir. Jésus l’a dit à ses disciples : « Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie » (Jn 16, 20) (cf. Evangelii Gaudium n. 5) et « votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (v. 22).
certains membres pour des raisons variées et souvent complexes. La formation affective donne donc aux leaders les outils pour contrôler adéquatement leurs propres émotions et gérer celles des autres, surtout lorsqu’elles sont négatives. Se faire conseiller, guider et/ou accompagner La supervision, le conseil et/ou l’accompagnement sont d’habitude utiles pour le fonctionnement efficace du leader. Ils lui permettent d’avoir un espace de liberté et de sécurité pour mettre son âme à nu et recevoir le soutien nécessaire dans un cadre complètement confidentiel et réellement sûr. Le respect de l’intégrité des membres est de la plus haute importance. Même si le poids est très lourd pour le leader, ou même s’il est blessé par ses expériences avec certains membres de la congrégation, le leader a toujours l’obligation de maintenir et de respecter leur dignité et leur intégrité. Garder la confiance est sacré et on ne peut transiger. C’est pourquoi les leaders ont besoin d’un
Le cœur du responsable doit être rempli de joie. Cultiver la joie fait partie intégrante de la formation holistique.
espace sûr et professionnel pour évoquer ses problèmes de gouvernement plutôt que de parler de ses frères et sœurs à la première personne qui veuille bien l’écouter ! Quand un accompagnement est nécessaire, le leader ne doit pas avoir honte d’y recourir. La supervision, le conseil et l’accompagnement peuvent aider à « désintoxiquer » des déchets émotionnels qui peuvent alourdir le cœur du leader et le porter au cynisme. L’expression “Intelligence émotionnelle” (IE) est devenue de grand intérêt dans les discussions sur le comportement et le développement humains. C’est la capacité d’être conscient de ses propres émotions et de celles des autres ainsi que de les reconnaitre et de les discerner, afin de pouvoir orienter son comportement et gérer ses relations avec les autres avec davantage d’empathie et d’efficacité. Quand une personne est émotionnellement intelligente, elle éprouve davantage d’empathie, parce qu’elle relie plus facilement sa propre expérience à celles des autres.
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L’exercice du service de gouvernement étant très exigeant, il peut avoir des conséquences sur la santé du leader. Les activités physiques et l’exercice sont des outils utiles pour entretenir le dynamisme du corps et de l’esprit. Ils sont tellement importants qu’il serait difficile de trouver une excuse convaincante et acceptable pour ne pas insérer de l’exercice physique sous une forme ou une autre dans l’emploi du temps quotidien d’un leader. Un minimum de trente minutes de marche à vive allure trois ou quatre fois par semaine est recommandé par les experts en la matière. L’exercice stimule dans le cerveau humain la dopamine, hormone et neuromédiateur populairement appelée « l’hormone du bienêtre ». Quiconque s’adonne aux exercices physiques et à l’aérobic a déjà ressenti le sentiment de bien-être qui accompagne ces activités. J’ai entendu parler de personnes qui ont développé des problèmes de santé chroniques et handicapants peu après avoir pris leurs fonctions de responsables dans leurs congrégations ou leurs diocèses. En plus de l’exercice physique, un régime sain et sagement équilibré est fortement recommandé. D’autres activités qui maintiennent en forme et qui peuvent stimuler l’énergie positive sont aussi bonnes à pratiquer. Il est crucial de prendre soin de soi pour bien fonctionner. Ce n’est jamais un acte égoïste, au contraire c’est simplement la bonne gestion d’un don précieux que nous avons reçu, le don que par notre présence sur la terre nous sommes appelés à offrir aux autres (Palmer, 2000, p. 30). Cultiver un esprit de pardon Dans l’exercice du gouvernement, il y a inévitablement des blessures et des incompréhensions. L’un des refrains de gouvernement que je trouve personnellement vivifiants dans les relations interpersonnelles est « Pardonne toujours ». L’autre est « N’en fais pas une affaire personnelle ». C’est pourquoi il est essentiel d’avoir un guide ou un conseiller auprès de qui le leader peut se décharger en toute confidentialité de ses « chagrins » ou « douleurs » de gouvernement. Débrouiller les questions, lâcher prise et rester centré sur Celui qui l’a appelé au gouvernement peut alléger le cœur du leader, et le libérer de façon à ce qu’il pardonne véritablement aux autres. Moins le leader porte de « bagages », plus il est libre et efficace tant dans sa vie personnelle que dans son service de gouvernement.
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Style de vie équilibré et bien-être
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Alors que prévalent dans le monde entier les tendances aux divisions et à la haine les uns des autres, fondées sur les différences culturelles et nationales, les responsables religieux sont appelés à être des phares d’espérance et des témoins de la fraternité et sororité universelles. Ils doivent montrer par leur exemple qu’il est possible d’aimer véritablement des personnes n’appartenant pas à sa propre race, nation ou groupe ethnique, et de vivre en harmonie avec elles. Si l’on voit s’installer un climat de haine, il faut s’éduquer soi-même, et éduquer les membres, aux questions d’interculturalité et de sensibilité. Les leaders sont appelés à promouvoir l’unité, non la division. Leur formation permanente dans ce domaine leur permettra de veiller à ce que le tribalisme, le racisme et le despotisme n’aient pas de place dans la vie religieuse.
Le monde change rapidement ! Une adaptation saine et réaliste est nécessaire. Par exemple, nous vivons dans une époque cybernétique. Il est utile d’apprendre les bases de l’informatique et du réseau internet mondial. De nos jours, la plupart des jeunes qui entrent dans nos congrégations semblent habiter considérablement le monde cybernétique. Auparavant, les jeunes demandant à entrer dans une congrégation religieuse avaient pour source d’information les journaux et les publications catholiques. Maintenant, ils acquièrent leurs connaissances à travers Facebook et les autres réseaux sociaux. Pour rester au courant des tendances et des évènements locaux et mondiaux, tous les leaders doivent être informés et connectés de façon adéquate.
Cultiver et embrasser l’authenticité
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Conscience et sensibilité interculturelles
Éducation et formation permanentes
Aspect Psycho-Social
L’authenticité, selon Brown (2010), est « la pratique quotidienne de renoncer à ce que nous sommes censés être, et d’embrasser ce que nous sommes » (p.50). Il n’est pas rare pour les leaders de vivre dans l’illusion que tout le monde doit les « apprécier ». Il peut y avoir une pression – provenant de l’intérieur comme de l’extérieur d’eux-mêmes – d’être ou de paraitre ce qu’ils ne sont pas, afin de faire bonne impression et d’être aimés. Étant donné que les leaders, comme tout le monde, peuvent ressentir un fort besoin d’être aimés ou du moins acceptés par les membres de leur congrégation, le courage de rester soi-même peut ne pas toujours venir facilement. On raconte l’histoire d’une femme qui fit une expérience de mort imminente. Elle se trouva devant Dieu et lui demanda : « Seigneur, cela veut donc dire que mon heure est venue de rentrer à la Maison ? » Dieu répondit : « Non, mon enfant, tu as encore trente ans, sept mois et douze jours à vivre ». Quand elle reprit conscience, elle décida de rester à l’hôpital et de demander au chirur-
gien plasticien de lui faire un lifting et une plastie abdominale. « Si j’ai encore toutes ces années devant moi, autant être belle » dit-elle. En sortant de l’hôpital, elle fut renversée par une voiture en traversant la route. Quand elle rencontra Dieu, elle lui demanda : « Tu m’avais dit que j’avais toutes ces années à vivre, pourquoi n’as-tu pas empêché la voiture de me renverser ? » « Parce que je ne t’ai pas reconnue mon enfant, dit Dieu ». B. Brown (2010, p.50) détaille ce qu’implique le choix d’être authentique. Selon elle, cela signifie cultiver le courage d’être imparfait, de poser des limites et de s’autoriser à être vulnérable ; exercer la compassion qui provient du fait de savoir qu’en tant qu’êtres humains nous avons tous des points forts et des combats à mener ; et alimenter le lien et le sens d’appartenance qui ne surviennent que quand nous croyons que nous « suffisons ». Quand un responsable se présente à Dieu tel qu’il est, tout simplement, son cœur est libéré de complications inutiles.
Parfois, après leur profession perpétuelle et après avoir été élu Provinciaux ou Supérieurs généraux, certains religieux peuvent avoir la notion erronée qu’ils ont atteint le sommet de leur vie religieuse et en particulier de leur congrégation. Une telle notion peut engendrer un sens d’autosuffisance, en faisant penser qu’il ou elle n’a plus rien à apprendre ! Pour être efficace dans le service du gouvernement, il faut avoir un esprit vraiment ouvert et continuer à apprendre. Chaque journée qui commence apporte de nouvelles surprises de la vie : nous ne pouvons donc jamais tout savoir. Il faut une certaine humilité pour approfondir continuellement ses connaissances et s’adapter aux signes des temps, faute de quoi on se laisse dépasser et l’on ne comprend plus le monde qui nous entoure. Bien que les religieux ne soient pas du monde, ils sont certainement dans le monde. Ils sont donc encouragés à se former et à être compétents dans le monde. Soutien des pairs
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L’acceptation de soi-même est un outil important et une grande disposition intérieure pour accepter les autres. Il en est de même pour l’auto-compassion.
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Quand nous nous trouvons face à certains défis ou difficultés nous pouvons nous sentir très seuls et penser que cela n’arrive qu’à nous. Le soutien des pairs peut être très utile pour aider les responsables à progresser dans leur ministère. Le partage et le soutien mutuel ont un pouvoir apaisant, en rappelant au responsable qu’il n’est pas seul. Des moments de détente avec d’autres leaders, agrémentés d’humour et de gaité, constituent aussi un soutien. Les autres leaders peuvent nous aider à nous sentir bien dans notre peau, et à ne pas prendre la vie trop au sérieux. Après tout, quoi qu’il arrive, Dieu s’occupe toujours de nous et de toutes les difficultés que nous pouvons rencontrer. Regardez ! Les oiseaux du ciel n’ont pas de greniers mais Dieu les nourrit, et les fleurs des champs ne filent pas, mais Dieu les vêtit ! (Cf. Mt 6, 26.29)
Dans les rencontres et les affaires humaines, il peut y avoir une tendance à nous comparer avec les autres. Cette comparaison peut faire naître l’envie et l’esprit de concurrence, qui conduisent au mécontentement. En nous comparant aux autres, il est inévitable que nous nous jugions meilleurs ou pires que les autres. Le sentiment du « meilleur-que-toi » ouvre la voie à la dépréciation des autres, alors que son contraire mène à l’apitoiement sur nous-mêmes, à la jalousie et au désir d’être l’autre. On raconte l’histoire d’une femme qui avait décidé de vendre sa maison. Elle en rédigea soigneusement une description détaillée pour les petites annonces du journal national. Deux jours plus tard, elle lut les annonces et s’exclama : « Wow ! C’est exactement le type de maison dont j’ai toujours rêvé ! » Que fit-elle ? Elle renonça immédiatement à vendre sa maison, et décida de s’installer dans sa propre maison avec plus de sérénité ! Quand une personne juge avec sub-
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La collaboration au lieu de la concurrence
jectivité que l’herbe est plus verte chez le voisin, il y a tentation d’envie et de concurrence. Il arrive parfois qu’un leader ait une telle attitude envers d’autres congrégations. Ceci peut faire obstacle à des relations authentiques centrées sur le Christ et à la croissance dans la vocation religieuse. Troisième partie : l’exercice du gouvernement en lien avec les vœux La pauvreté du Christ Si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. C’est en partie la réponse de Jésus à ses disciples qui se disputaient pour savoir qui d’entre eux était le plus grand (cf. Mt 18, 1-5). Le leader doit être modèle d’humilité et de pauvreté d’esprit pour ses frères et sœurs. Saint Jean-Paul II utilisait le terme de « charité pastorale » pour décrire le cœur du sacerdoce catholique. Cette charité pastorale saisit également le cœur du leadership des congrégations religieuses pour guider les responsables dans leurs actions. La pauvreté d’esprit dont Jésus, pasteur serviteur, est le modèle, est celle que les leaders religieux sont appelés et invités à vivre. Confiance dans la providence de Dieu Vivre la pauvreté évangélique s’exprime dans une confiance complète dans la providence et bienveillance divine. Le leader doit en montrer l’exemple, et encourager les membres à vivre dans une confiance totale en la providence de Dieu. Le Fils de Dieu n’avait pas de pierre où reposer sa tête, il faisait confiance à son Père pour s’occuper de Lui (cf. Lc 9, 58). Il est sans aucun doute important de pourvoir de façon adéquate aux besoins de la congrégation et de ses membres. Néanmoins, accorder trop d’importance aux biens matériels et à notre subsistance et s’y attacher de façon excessive contredit l’essence de la vie consacrée et de la pauvreté évangélique. Dieu ne s’occupe-t-il pas des oiseaux du ciel et des fleurs des champs ? (cf. Mt 6, 26-28). Cette confiance est à la base de notre engagement dans la vie et l’apostolat. Dans le contexte africain, l’observance du vœu de pauvreté rencontre de multiples défis ; désir de meilleures conditions de vie, incidence des difficultés économiques, contraintes des liens familiaux naturels et divisions culturelles au sein des congrégations religieuses (Nwagwu, 2017, p. 15-16). Le désir d’améliorer leurs conditions de vie, de services sociaux adaptés, de confort personnel, ainsi que la nécessité d’aider les membres de leurs familles peuvent influencer l’action des religieux. Il ne faut pas se cacher qu’il est difficile de vivre le vœu de pauvreté. Il est essentiel de nommer honnêtement les défis, d’encourager les membres à les relever et de leur proposer des chemins qui soient en ligne avec les vœux. Cela peut aider à prévenir les abus et à empêcher que notre vie perde sa signification. Le leader doit en cela être source d’inspiration humaine et de motivation. Esprit de partage Le vœu de pauvreté implique aussi un esprit de partage. La manière de vivre de la communauté chrétienne primitive sert de modèle à la vie consacrée. Les premiers chrétiens partageaient tout ce qu’ils possédaient, veillant à ce que personne ne manque des biens de première nécessité faute de moyens (cf. Ac 4, 32.37). Un fonds commun au sein des congrégations, comme dans la communauté chrétienne primitive, crée équité et solidarité, et assure que personne ne soit privé sans raison valable. La vie commune exige que
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Bien que la vie religieuse ne soit pas une vie de luxe et d’extravagance, les leaders doivent veiller à ce que les membres soient soignés de façon appropriée. Il est injustifiable de se soustraire à cette responsabilité. Quand les congrégations admettent de nouveaux membres, elles sont obligées de subvenir à leurs besoins. Il n’est pas juste de nier aux membres leurs besoins essentiels et de les soumettre à une quasi destitution. Ceci peut les exposer à des abus et à une exploitation de la part de soi-disant bienfaiteurs prétendant les aider dans leurs besoins. Les congrégations féminines en particulier doivent y prêter attention et protéger leurs jeunes membres de tels abus, qu’ils proviennent de laïcs ou de clercs. Le soin des membres C’est une question de justice et de compassion que les membres aient les moyens essentiels de vivre simplement dans la dignité. Cela aide à minimiser la tentation de voler dans les fonds de la communauté ou de l’apostolat, ainsi que de rechercher de l’aide auprès de soi-disant bienfaiteurs, des amis ou de la famille. L’esprit de partage doit avoir une place importante dans l’observance de ce vœu. Le leader au cœur sage saura se laisser guider pour discerner. Par exemple, si la famille d’un membre se trouve dans une extrême pauvreté, comme quand une mère veuve vit sous un toit fâcheusement percé, l’esprit de solidarité et de partage doit guider la décision du responsable. Cette charité aidera son fils ou sa fille, troublé(e) de vivre dans un confort relatif en communauté, alors que sa mère connait une dégradation humaine extrême. Il est vrai que nous n’entrons pas dans la vie religieuse pour les bénéfices que nous pourrions en tirer ; il n’empêche que la charité et la solidarité sont nécessaires – partager même dans notre pauvreté, face à des conditions aussi précaires. Le leader peut apporter de l’aide discrètement, sans publicité, dans des circonstances comme celles-ci, lorsque c’est possible.
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tous les membres de la congrégation partagent de façon égale ce qui vient de la providence de Dieu, que ce soit à travers les salaires/indemnités ou les dons.
Vivre la pauvreté évangélique aide à lutter contre la tentation et la préoccupation de la subsistance. Ce peut être particulièrement vrai dans les contextes où les difficultés et l’instabilité économiques sont une réalité quotidienne. De même, dans d’autres endroits, l’amenuisement du nombre de nouvelles entrées dans la congrégation peut être source d’anxiété et de préoccupation par rapport au futur. Quelle est la mission et le charisme de votre congrégation ? Une partie du rôle du leader est de stimuler les membres en leur rappelant constamment la mission et le charisme de la congrégation, et de chercher comment les vivre de façon concrète. Souvenons-nous que les religieux ne sont ni des entrepreneurs, ni des hommes et des femmes d’affaires. Il va sans dire que les membres doivent être nourris et soutenus pour accomplir leur mission ; il est néanmoins important d’opérer une distinction entre d’une part l’apostolat, et d’autre part des projets générateurs de revenus pour la subsistance des membres. Quand un leader cherche à tout prix à accumuler des richesses pour sa congrégation, il court le danger de prendre ses décisions et d’agir en fonction du gain économique, y compris en ce qui concerne les choix d’apostolats. De cette manière la congrégation peut perdre son âme et servir subtilement Mammon à plein temps ! Souvenez-vous que vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent.
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Mission ou subsistance ?
La chasteté du Christ “Il n’y a pas de plus grand amour…” La chasteté consacrée est vraiment une invitation à aimer tous les enfants de Dieu sans discrimination. C’est le commandement de Jésus à ses disciples : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Ce n’est pas seulement une exhortation, c’est un commandement, c’est-à-dire un impératif. En plus de la grâce reçue en faisant le vœu de chasteté, le gouvernement dans la vie religieuse fournit une remarquable occasion d’aimer ses frères et sœurs, en les servant avec toute la bonté de cœur possible. Et le Dieu d’amour met cette grâce d’amour authentique à la disposition de tous, de tous les leaders religieux qui la cherchent sincèrement de tout leur cœur ! Ceci signifie donc que les leaders religieux doivent aimer tous leurs frères et sœurs, y compris ceux qui leur posent problème dans leur service de gouvernement. Avoir une bande rapprochée ou un groupe de « personnes choisies » à qui le leader donne tous les privilèges peut porter atteinte à l’authentique esprit d’amour et d’attention envers ses frères et sœurs. Quand un leader cherche à créer un esprit d’inclusion, où chaque membre de la province, de la région ou de la congrégation est traité avec la même dignité et le même respect, les membres sont animés par un esprit positif et encouragés à coopérer et à s’engager dans la vie commune. La mentalité “fils de cette terre” nourrit l’animosité et détériore la vie religieuse dans certains pays, surtout en Afrique. Elle constitue une forme de discrimination ethnique qui est un amour ou un attachement excessif à son pays ou à son groupe ethnique (cf. Ukwuije 2013, p. 212; Ezeani, 2019, p. 49). Une telle mentalité peut conduire au tribalisme qui menace lui aussi l’authenticité de l’appel à être disciple. Il est vrai que les êtres humains tendent à être tribaux par nature. Il est « normal » pour des êtres humains de rechercher « les leurs ». Dans les temps préhistoriques, c’était utile à nos ancêtres. Ils avaient besoin de former ces communautés fermées pour leur sécurité, leur soutien mutuel, leur survie et pour se défendre des attaques des autres groupes. Cependant, au fur et à mesure que progresse la société et que l’on travaille à davantage d’unité et de collaboration entre les peuples, le tribalisme n’est plus au service du bien commun des peuples. Une part essentielle des efforts des leaders de congrégations religieuses est d’unir tous nos frères et sœurs dans l’amour. Quand au contraire le leader devient promoteur par excellence du tribalisme, de la mentalité « filsde cette terre » ou du racisme en pensée, en parole ou par action, c’est très regrettable. C’est une caricature de l’évangile et des conseils évangéliques (Ezeani, p. 49). Si les autres membres remarquent que leur leader exerce du favoritisme envers les personnes de sa tribu ou de sa ville, cela peut provoquer un incendie de colère et de ressentiment qui sera difficile à éteindre. L’amour et le don généreux et désintéressés sont une manière essentielle pour le leader de vivre le vœu de chasteté dans l’exercice de son service de gouvernement. Ce poème du grand mystique Sufi Jalal al-Din Rumi’ saisit en peu de mots l’essence de cet amour désintéressé pour nos frères et sœurs : L’amour est téméraire ; il n’est pas raison. La raison cherche son profit. L’amour est fort, il se consume, imperturbable. Cependant, au milieu de la souffrance,
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Serviteur, non pas maître Le service de gouvernement est, avant tout, le service de Dieu dans (et à travers) nos frères et sœurs. Dans l’obéissance, le leader est appelé à être serviteur, non pas maitre. Jésus appela ses disciples et leur dit : «Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs
Le service de gouvernement est, avant tout, le service de Dieu dans (et à travers) nos frères et sœurs. Dans l’obéissance, le leader est appelé à être serviteur, non pas maitre. des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir… » (Mc 10, 42-45). C’est ce qui doit guider le leader dans la pratique du vœu de l’obéissance dans le rôle de gouvernement. Malheureusement, dans le contexte africain, on observe que certaines communautés comprennent l’obéissance comme « une stratégie pour exiger le respect du status quo dans toutes les sphères de la vie » (Nwagwu, 2017, p. 14). Bien que le vœu d’obéissance insiste à juste titre sur la soumission à la volonté de l’autorité légitime, les lois de l’Église affirment que ceci doit être effectué à travers le dialogue, le sens de responsabilité et la subsidiarité. Les leaders doivent donc inviter et accueillir avec maturité la collaboration, les suggestions et les idées des membres. Ils doivent faire
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L’obéissance du Christ
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L’amour avance comme une meule, À la surface dure et sans fioritures. Il est mort à l’égoïsme, Il risque tout et ne demande rien. L’amour dilapide tous les dons prodigués par Dieu.
preuve de respect envers le droit des autres, l’égalité en dignité et opportunité, ainsi que reconnaitre la vie privée des membres et leur sphère personnelle de liberté (Nwagwu, pp. 14 -15). Être leader de donne pas le droit de violer l’intimité des membres, de donner des ordres sans dialogue ou simplement de décider sans eux dans des affaires importantes les concernant. Les leaders doivent être conscients des limites de leur autorité et œuvrer avec respect dans ce périmètre. Par exemple, si un membre est malade, il/elle devrait pouvoir être autorisé à jouer un rôle actif dans les décisions concernant sa santé et son traitement. Le leader doit traiter les membres comme des adultes et non comme des enfants. Toute discussion avec le personnel médical doit impliquer le frère ou la sœur en question et non pas seulement le leader et le médecin.
Quand les membres se savent respectés et consultés dans les affaires qui les concernent directement, il est probable qu’ils seront prêts à collaborer et à accepter l’autorité. En revanche, « quand les supérieurs dépassent les limites de leur autorité, ils ouvrent la porte aux actes d’indiscipline et d’insubordination, comme l’opposition et la résistance. Agir ultra vires (au-delà de son pouvoir légal ou de son autorité) est en soi une grave désobéissance, à l’opposé de la conduite exemplaire escomptée » (Nwagwu, p. 15). Il est utile de garder à l’esprit que « dans le Royaume du Christ, l’autorité est service » (Constitutions des Sœurs Missionnaires du Saint Rosaire, n.80). Le leader doit être au service de ses frères et sœurs – et non pas être leur empereur ou impératrice. Recours prudent à des experts et professionnels externes Toute organisation sachant prévoir fonctionne mieux et de façon non-chaotique. Une bonne planification réduit aussi le stress, en rendant la vie et les tâches plus faciles à
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Écoute, coopération et esprit d’équipe L’obéissance apostolique des leaders peut être vécue en coopération avec d’autres qui pérégrinent comme eux sur le chemin. La tentation de travailler seul est réelle pour les responsables de congrégations. Un gouvernement du type « one-man show » où le leader agit seul et donne des ordres aux autres n’est pas acceptable. Dans cette manière de fonctionner, même l’information importante n’est pas partagée et les membres du conseil sont privés du droit à l’information nécessaire et adaptée, ce qui peut faire comparer le leader à un dictateur. Il serait peut-être utile de repenser l’utilisation du mot « supérieur » pour désigner les responsables religieux. On peut se demander si cela ne crée pas malencontreusement l’impression que les autres sont « inférieurs ». Là où il y a des « supérieurs », il doit y avoir des inférieurs. Il est important que le leader travaille en équipe avec les membres de son conseil, pour aider à contrôler la tendance humaine au pouvoir absolu exercé par une seule personne. Les Constitutions de chaque Congrégation sont un bon guide pour les leaders comme pour tous les membres.
Sr. Chinyeaka C. Ezeani, MSHR - La formation holistique des leaders
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gérer. Il est vrai que personne ne peut dire ce qui se passera ce soir ou demain, mais la programmation peut aider une congrégation à être mieux disposée et préparée aux ajustements quand la vie apporte des défis et des surprises ! Il y a des experts pour aider à construire l’esprit d’équipe, à planifier des projets futurs – en termes de finances, de personnel, etc. Il est bon d’y recourir. Il faut s’ouvrir à l’expertise des professionnels, qui peuvent être des laïcs. Certains frères et sœurs laïcs sont prêts à tout faire pour aider et épauler les femmes et les hommes consacrés. Ils le font pour l’amour de Dieu et de l’Église. Actuellement dans différents pays, certaines congrégations emploient des professionnels laïcs pour gérer leurs finances et les conseiller dans leurs investissements etc. Il faut cependant beaucoup de prudence et de discernement. Dans une sage mise en garde, le Saint Siège conseille d’établir de stricts paramètres dans ce domaine si l’on fait ce choix, car certaines congrégations religieuses ont été trompées et gravement lésées par des gestionnaires très malhonnêtes.
Nul n’est propriétaire de la grâce et ne peut soumettre son avènement au programme qu’il s’est fixé, et surtout pas le supérieur. Ceux qui exercent le leadership doivent s’assurer que personne ne s’empare de la grâce de Dieu, ni les jeunes ni les vieux, ni la gauche ni la droite, ni l’Occident ni aucun autre groupe. Dieu est parmi nous comme celui qui est constamment en train de faire du nouveau, et ceux qui exercent le leadership seront habituellement les derniers à apprendre ce dont il s’agit. Ils doivent veiller à nous garder ouverts aux directions imprévisibles où Dieu pourrait nous conduire, car Il fait toutes choses nouvelles comme dit Isaïe (Is 42,9). Ainsi, le leadership se manifestera en aidant nos communautés à prendre
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Conclusion La formation holistique est essentielle, surtout si l’on considère la multitude de difficultés que doivent affronter les leaders religieux à notre époque. Les leaders d’aujourd’hui ont du mérite d’accepter cette mission en ces temps difficiles. Il y a des raisons de croire que chaque leader fait de son mieux en fonction de ce qu’il sait. Celui qui appelle les personnes au service de gouvernement leur donne toujours sa grâce et ce qui leur est nécessaire pour assumer cette tâche. Il n’y a donc pas lieu d’avoir peur. Les mots de Jésus « N’ayez pas peur » (Mt 28,10) ne signifient pas que l’on n’ait pas peur. Tous les êtres humains ont peur, et pour ceux qui répondent à l’appel du gouvernement, la peur est souvent abondante ! « N’ayez pas peur » signifie plutôt que nous ne devons pas être la peur que nous ressentons. Il n’est pas bon de gouverner à partir d’un espace de peur, « engendrant ainsi un monde où la peur est multipliée » (Palmer, 2000, pp. 93 - 94). Souvenez-vous que « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 14). Il y a en vous des espaces de charité, de foi, d’espérance et de confiance. Vous pouvez choisir de gouverner à partir de ces espaces et non de la peur et de l’anxiété. Nous pouvons toujours éprouver de la peur, mais si nous gouvernons à partir de ces espaces de promesse et d’espérance, nous pouvons avec confiance « nous tenir debout sur un sol qui nous soutiendra, à partir duquel nous pourrons conduire les autres vers une manière d’être dans le monde davantage empreinte de confiance, d’espérance, de fidélité » (Palmer, 2000, p.94). Comme leaders, « que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16). Jésus n’a pas promis le confort. Mais il a promis sa fidélité : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » (Mt 28, 20b). Frères, et sœurs, n’ayez pas peur. Que votre lumière brille !
Pour plus d’informations: https://bit.ly/BecomingIntercultural
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Pour le leader, obéir devrait être écouter profondément la voix de l’Esprit dans sa vie de prière et de solitude, ainsi que dans les évènements et les personnes. Dieu peut parler à travers la voix des membres du conseil et d’autres frères et sœurs. Il peut arriver que ce soit par l’intermédiaire de novices ou de postulants que Dieu envoie des messages d’inspiration au leader. C’est pourquoi il est important que le leader soit toujours ouvert et attentif aux inspirations de l’Esprit dans les évènements quotidiens de la vie. L’humilité limitera la propension au contrôle chez un responsable. Gouverner n’est pas contrôler. C’est plutôt se mettre au service de la grâce imprévisible de Dieu. L’ex Maitre de l’Ordre dominicain, Timothy Radcliffe (2005, p. 169), exprime brillamment cette notion :
des risques, à ne pas toujours choisir l’option confortable, à faire confiance aux jeunes, à accepter la précarité et la vulnérabilité. Il se manifestera en gardant les fenêtres ouvertes à la grâce imprévisible de Dieu. Aussi, dans cette culture de contrôle, la vie religieuse devrait être une réserve écologique de liberté ; non pas la liberté de ceux qui imposent leur volonté, mais une liberté de remise de soi à la constante nouveauté de Dieu.
Références Brown, B., The Gifts of Imperfection – Let Go of Who You Think You’re Supposed to Be and Embrace Who You Are – Your Guide to A Wholehearted Life, Minnesota, Hazelden Publishing, 2010. Catechism of the Catholic Church, Nairobi, Paulines Publications-Africa, 1994. CICLSAL, The Service of Authority and Obedience – Faciem tuam, Domine, requiram, Instruction, Vatican City, Libreria Editrice Vaticana, 2008.
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POUR ÊTRE SIGNE DE LA TENDRESSE DE DIEU
Edman, D., Your Weaknesses are Your Strengths – Transformation of the Self through Analysis of Personal Weaknesses, Chicago, Loyola University Press, 1994. Ezeani, C. C., Interculturality in Religious Life, A Blessing in Different Colours, Abuja, Paulines Publications Africa, 2019. John Paul II, Post-Synodal Apostolic Exhortation, Vita Consecrata, Nairobi, Paulines Publications-Africa, 1996. Nwagwu, M. G., ‘Practice of Discipline within Communities in African Context; Especially Mishandling of Funds’, in Consecrated Life and Canon Law, UISG Bulletin, Number 162, 2017, 11 - 24.
P. Carlos del Valle, SVD
O’Donohue J., Benedictus – A Book of Blessings, London, Bantam Press, 2007. Palmer, P. J., Leading from Within - Reflections on Spirituality and Leadership, Indiana, Campus Ministry and Lily Endowment Inc., 1990. Palmer, P. J.,, Let Your Life Speak – Listening for the Voice of Vocation, San Francisco, John Wiley & Sons, Inc., 2000.
Père Carlos del Valle est Missionnaire du Verbe Divin. Il est Docteur en Théologie Morale, et à partir de 1983 il a travaillé au Chili et a servi comme Directeur de la Revue Testimoni. En Juin 2013 il a été nommé Recteur du Collège Saint-Pierre à Rome.
Pope Francis, Evangelii Gaudium – The Joy of the Gospel, Apostolic Exhortation, London, Catholic Truth Society, 2013. Radcliff, T., ‘Religious Life After 11th September: What Signs do we Offer?’ in Passion for Christ, Passion for Humanity - Acts of the Congress on Consecrated Life, Nairobi, Paulines Publications, 2005. Steindl-Rast, D., Gratefulness, the Heart of Prayer – An Approach to Life in Fullness, New York/Ramsey, Paulist Press, 1984. Ukwuije, B. (2013) “Faith in Africa in the Context of the New Evangelisation”, in SEDOS Bulletin, Vol. 45, No. 9/10- September October, 211-221.
Original en Espagnol
Lectures recommandées
Introduction
Ezeani, C. C., Rooted in Christ- Insights into Contemporary Religious and Priestly Formation, Iperu, Nigeria, Ambassador Publications, Missionary Society of St Paul, 2007.
Dans la Vie Consacrée nous sommes en mouvement. Plongés dans un discernement qui nous emporte vers de nouvelles périphéries. Nous avons davantage conscience de l’unité, de la rencontre entre religieux et avec les êtres humains. Nous vivons en misant sur la relation, sur la rencontre, sur la communion. Nous comprenons la vie comme une réciprocité de dons, une manière de créer la fraternité. Bienheureux ceux qui sont entrés dans le rêve de Dieu, en se faisant témoin de sa tendresse. Il y a deux forces qui sauvent le monde, et qui sauvent les religieux/ses : la beauté et la tendresse. La tendresse est l’un des visages de la fraternité.
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Pope Francis, Fratelli Tutti, 2020.
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Religieux… celui qui choisit de remettre sa vie à Dieu, centrée en Dieu, configurée par Dieu et livrée à Lui. On peut avoir les valeurs clairement à l’esprit tout en vivant à partir de ses intérêts et de ses nécessités. Dissociation entre ce que l’on proclame et ce que l’on vit, entre ce que l’on vit et ce que l’on croit vivre. Espérer être en bonne santé n’est pas être guéri. Pour nous pencher sur la réalité de la Vie Religieuse qui nous configure, plus que les idéaux qui l’inspirent c’est le degré d’adhésion des religieux et religieuses à ces idéaux qui nous intéresse. Dans nos réflexions nous manquons de paroles reliées à la vie, capables d’unir l’authenticité de celui qui les prononce et les besoins profonds de ceux qui les reçoivent. Rares sont les mots qui caressent les esprits et les cœurs. Des mots qui ouvrent les pores de la peau, les fenêtres de l’âme, pour rompre la distance entre les idées et la vie. Mettons la parole au service de l’espérance, en écoutant des hommes et des femmes aux idées
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1. Image du Dieu des rencontres Les religieux et religieuses sont habitués à calculer, évaluer, analyser, raisonner. Il est temps de rêver. Pour rêver quelque chose qui ne soit pas du narcissisme autoréférentiel, il faut écouter Dieu et la vie. Si nous n’écoutons pas, nous parlerons sans toucher le cœur de personne. Avec sa vie Jésus nous raconte le rêve de Dieu, pour éveiller le même désir qui dort en nous, assoiffés que nous sommes de fraternité. L’Évangile est comme les ondes que produit un caillou quand il tombe dans une mare. Le centre est Jésus, visage humain de Dieu : il montre la manière la plus humaine de vivre, il meurt sur la croix comme conséquence d’une vie au service du Royaume, et il ressuscite. Vie, mort et résurrection, où est présent Dieu Père, Fils et Saint Esprit. C’est le cœur de notre foi. Ensuite viennent les ondes concentriques qui amplifient cette vérité. C’est là que se situe la Vie Consacrée comme « confession de la Trinité », « signe de fraternité » et « service de charité » (Vita Consacrata). Jésus est le visage humain de Dieu et le visage de l’homme tel que l’a rêvé le cœur de Dieu. Il n’est pas un mélange de Dieu et d’être humain, où ce qu’il a de Dieu serait intéressant, et non pas ce qu’il a d’humain. Jésus a la meilleure qualité humaine possible. En son humanité il raconte Dieu et nous ouvre le chemin vers Lui. Cependant en Jésus Dieu ne se fait pas génériquement homme, mais concrètement homme, pauvre, humble, commun. Il nous est difficile de reconnaitre la plus grande splendeur humaine : le Fils de Dieu dans un pauvre être humain. La vie de Dieu racontée dans la vie d’un homme fait peuple.
P. Carlos del Valle, SVD - Pour être témoin de la tendresse de Dieu
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sereines, au cœur brûlant et au regard tourné vers l’horizon. Il ne s’agit pas de dire des choses nouvelles, mais de les dire du fond du cœur, en leur donnant vie et le sceau de notre temps. Écouter les leçons du cœur rend capable de donner des leçons aux érudits.
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UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Il y a deux manières de comprendre la vie : d’une part ceux qui pensent à leur intérêt, et ceci oriente leurs décisions et leur conduite ; et d’autre part ceux dont la première motivation est de vivre en cherchant le bonheur des autres. Orienter ses désirs en fonction du bonheur des autres rend heureux. Dieu règne dans la réorientation du désir. Nous cherchons Dieu dans le spectaculaire, alors que la plus grande révélation de Dieu est là
Si nous disons que Dieu s’est fait homme, nous disons que nous rencontrons Dieu dans l’humain. Tous les jours arrivent dans la terre de ton cœur des semences d’humanité – des paroles, des gestes, des rencontres – qui ont besoin pour croitre d’être accueillies dans cette terre. Les accueillir avec tendresse, en prendre soin et les défendre avec énergie, les alimenter avec sagesse. Préoccupons-nous non pas de notre faiblesse, mais de nourrir un grand amour, des idéaux forts, une vénération profonde pour les forces de bonté, d’attention, de miséricorde, d’accueil, de liberté, de justice, de paix… des graines que Dieu a semées en nous. L’Évangile n’est pas seulement du « pain à manger ». Jésus veut qu’il soit « levain dans la pâte ». Père, Fils, Esprit : Dieu-pour-nous, Dieu-avec-nous, Dieu-en-nous. La Trinité est relation, union, rencontre : nous-dans-le-sein-de-Dieu. Dieu-Trinité est vocation de Vie Consacrée, communauté de relations transformées. La communauté est un autre mot pour construire la fraternité. Elle porte à être-avec et en-fonction-de. Expérience partagée de l’Esprit dans l’Église, qui invite à passer d’une communauté ecclésiastique à une Églisepeuple. Aujourd’hui il y a des laïcs dans une Église cléricale, non pas des clercs dans une Église laïque. La page de la multiplication des pains en Mc 6, 35-44 décrit l’Église : Jésus-disciples-foule, nourrissant la vie, ensemble et unis, non par des doctrines ou des normes, mais par le pain et la compassion, tous d’eux d’origine divine. La Trinité est appel à créer des liens. Le plus important sous le soleil, ce sont les liens. La vie a du sens si nous sommes des êtres de communion, de rencontre, de mains unies, de projets partagés. La Trinité est miroir du cœur des êtres humains et du sens de l’univers. Nous sommes image du Dieu des rencontres. Accueillir la Trinité ne signifie pas la saisir avec la pensée, mais nous laisser toucher par elle, jusqu’à arriver à voir dans l’autre mon frère, dans le miroir un disciple, et en moi le visage du Christ.
En Jésus nous rencontrons Dieu, nous-mêmes, la relation entre Dieu et nous, notre destinée et le chemin qui conduit à Lui. Jésus se définit par les relations : il est de Dieu et pour les autres, en étant l’un d’eux et en étant avec eux. Il vit décentré, il fixe son attention sur le Royaume. En Jésus, attirer est l’art de Dieu. Le suivre, c’est être attiré par lui pour être humain avec son humanité. Ne cherchons pas Dieu au-delà de ce qui est humain. Toute expérience de Dieu est valable si elle produit un accroissement d’humanité. L’Évangile n’apprend pas seulement à être meilleurs ; il nous montre ce qu’est Dieu, dans la vie de Jésus. Nous nous intéressons à ce qu’a fait Jésus, comment il a vécu, ce qui le préoccupait, à qui il s’intéressait, ses relations avec les hommes et les femmes. Ses paroles, ses actions, ses rencontres, sont le rayonnement de son humanité. Jésus change le nom de Dieu. Il l’appelle Père. Il est en relation avec Lui comme avec un Père. Connaitre Dieu ne naît pas d’un savoir, mais d’une expérience. Jésus est la présence vivante humanisée de Dieu. Ce qu’il offre, ce sont des relations qui humanisent en fraternisant. Les béatitudes montrent comment vivre ces relations.
où il est le plus caché : sur la Croix, sa propre douleur et la douleur des autres (douleur de Dieu). Par sa vie Jésus révèle que le centre de l’histoire se trouve à la périphérie. Rencontrer Jésus, c’est vivre en fonction de lui (et des autres, en qui il est présent), vivre pour lui (et pour les autres) et vivre comme lui (et comme ceux qui lui ressemblent).
Accueillir le Père, source de la vie, beauté et bonté, et accueillir le frère. Accepter le Royaume, c’est vivre de Dieu et des frères, avec eux et pour eux. Il y a des religieux/ses qui laissent entrer dans leurs vies ce dynamisme transformateur du Royaume comme une bénédiction pour tous. Bienheureux ces religieux/ses qui sont entrés dans le rêve de Dieu. L’Église offre sa vérité non pas comme un système de dogmes, mais comme un chemin de tendresse. La tendresse est sensibilité, capacité d’attention et protection. Est religieux/se celui/celle qui réalise la vérité dans l’amour. La vérité sans amour tue. L’amour sans vérité est stérile. Demande-toi si ta communauté est une élite de purs et durs, ou une caravane qui accueille avec tendresse douleur et questions. L’Esprit n’est pas dans le moi ou dans le toi, mais dans la relation moi-toi, le nous. L’autre, le différent se présente comme salut. Tant qu’il y aura quelqu’un qui verra les choses de façon différente, je saurai que ma manière de comprendre la vie est partielle. C’est dans l’échange entre différents que survient la fécondation. L’Esprit promeut des différences et des relations par lesquelles nous devenons importants les uns pour les autres. Ce qui est fondamental dans l’Église, ce n’est pas qu’elle soit hiérarchique ou démocratique, mais synodale : un ensemble de routes différentes. Pluralité, caravane sur des chemins différents, mais qui partent tous du centre, comme les rayons d’une roue.
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réconcilier avec sa vérité (il le renie trois fois) : la vérité chez Pierre est sa faiblesse, et aussi le regard de pardon que lui adresse Jésus. Il accueille sa faiblesse et l’expérience du pardon (richesse en Dieu). C’est son humanité, avec laquelle il se présente devant la triple question que lui pose jésus : M’aimes-tu ? Ce n’est qu’ainsi que Pierre peut paître les brebis. Imaginons un Pierre qui n’aurait pas fait cette expérience de sa vérité : faiblesse et pardon de Dieu. Ce serait un Pierre orgueilleux, imbu de lui-même, insupportable, sans capacité d’accueillir les autres pécheurs. Ces « Pierre » sincères, qui ne vivent pas dans leur vérité, ne sont pas rares non plus dans l’Église. 2. Impossible de regarder le soleil sans que le visage s’illumine Comme il faut s’exposer longtemps au soleil de Dieu pour avoir un cœur unifié! La Vie Consacrée bénéficie aujourd’hui d’orientations plus évangéliques. Ceci ne signifie pas que les religieux vivent mieux l’Évangile. La théologie n’est pas peu expliquée ; elle est
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Il faut passer de la sincérité à la vérité, comme le fait Pierre dans l’Évangile. « Même si tous t’abandonnaient, moi je ne t’abandonnerai pas ». Pierre est sincère, mais il doit se
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Jésus ne nous libère pas du péché pour nous diviniser ; il nous libère de notre déshumanisation pour nous humaniser. Nous rencontrons Dieu par le chemin de l’humain, non pas d’une perfection spiritualisée. La foi, avant d’être des vérités, est un ensemble de convictions qui produisent une manière de vivre. On peut savoir beaucoup de choses sur Jésus sans croire en Lui. Ancrés dans une soi-disant perfection, nous pouvons tomber dans l’intolérance, le jugement et la condamnation. Dieu nous préserve des parfaits, qui ne réussissent à perfectionner que la patience des autres. Le monde dit qu’il faut être parfait. L’Esprit te dit d’accepter ta faiblesse, que les autres n’ont pas besoin que tu sois parfait, mais cohérent, humain. L’enfant tire le principe de sa joie dans le sentiment de son impuissance. Il fait confiance à sa maman. Sa vie se renferme dans le sourire d’un regard.
peu vécue. Beau rêve et réalité médiocre, avec le danger de nous habituer à une tolérable médiocrité, « ni froid ni chaud » (A 3, 15). Le thermomètre n’est pas le nombre, ni l’âge, mais la qualité de vie dans le dynamisme. Il y a des symptômes préoccupants : don de soi partiel, sécularisation interne, individualisme, recherche d’espaces qui compensent les solitudes et les vides affectifs. Comme la zizanie, croissent le désenchantement et la monotonie. Les niveaux d’appartenance à la Vie Consacrée se situent aux périphéries de l’existence. Avec une certaine « apologie du déclin » par appauvrissement de motivations. Quand les convictions s’obscurcissent, les conduites se fissurent. Les religieux sans valeurs solides finissent dans l’hédonisme. Si nous perdons le centre intégrateur, nous tombons dans le stress, l’activisme, le manque de vie spirituelle, le peu d’attirance pour la vie en fraternité, la désharmonie intérieure. Nous nous accrochons à des remèdes qui ne prolongent pas la vie, mais qui retardent la mort.
La vie a du sens si nous sommes des êtres de communion, de rencontre, de mains unies, de projets partagés.
Nous sommes peut-être tombés dans une médiocrité organisée. Il y a des religieux et religieuses qui ne sont pas beaucoup plus que de simples professionnels honnêtes ou qui sont très centrés sur eux-mêmes, avec une vie incolore, inodore, insipide. La médiocrité aujourd’hui n’a rien à dire à la société. Personne n’entre dans une maison froide et obscure. Nous n’avons pas besoin d’individualités-professionnellement-réalisées et occupées-à-des-engagements-spirituellement-inoffensifs (Dolores Aleixandre). Quand l’âme prophétique est malade, les rêves et les inquiétudes se diluent. Le vent de l’Esprit ne laisse pas dormir la poussière qui nous accompagne. Nous avons besoin de ferment prophétique et d’audace évangélique. Si la personne possède un centre, tout l’extérieur peut s’y ancrer. Mais peut-être souffrons-nous du syndrome de Samuel : nous entendons des voix et nous ne nous adressons pas à la vraie source. L’Évangile nous offre l’icône du religieux ou de la religieuse aujourd’hui, non pas en Pierre qui marche sur les eaux vers Jésus, mais en Pierre sur le point de couler qui crie au Seigneur « sauve-moi » et qui saisit la main qu’il lui tend.
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Rien n’est transformé par l’Évangile s’il ne change pas les cœurs. Un cœur habité par une foi confiante en Dieu-Trinité, et le don de soi aux êtres humains, frères en Jésus. Les religieux n’aiment pas les autres pour Dieu ; ils les aiment dans l’amour de Dieu, où nous a unis Jésus. Nous pouvons avoir accès au cœur de l’autre parce que nous
P. Carlos del Valle, SVD - Pour être témoin de la tendresse de Dieu
P. Carlos del Valle, SVD - Pour être témoin de la tendresse de Dieu
La vie ne sort pas du rien; elle sort du cœur de Dieu. Il ne suffit pas de prendre soin, si cela ne se traduit que par des services. Nous devons cultiver la vie du cœur, exprimée dans l’écoute, la patience, le don, les gestes de paix, la justice, la dignité. Avoir du cœur signifie savoir donner ce dont a besoin celui qui est avide de vie : affection, accueil, tendresse. Ce qui transforme les désillusionnés, fait fondre les inflexibles, interpelle ceux qui disent que rien ne changera, harcèle les neutres, repousse les prophètes de malheur. Ce qui porte en soi des semences capables de détruire l’indifférence.
L’amour fraternel donne du sens à la Vie Consacrée. Ce qui crée du sens est digne de foi, et ce qui fait vivre crée du sens. Les êtres humains cherchent la transmission d’expériences qui soient du sens. Nous avons du mal à créer du sens sans produire des normes. Nous créons du sens quand nous nous transformons en lieu de rencontre entre Dieu et les êtres humains, parce que nous sommes frères. Le point de départ de notre style de vie, c’est un centre sur lequel nous pouvons nous appuyer : la personne orientée vers le Mystère. « La vie était la lumière des hommes » (Jn 1, 4). Si tu veux avoir la lumière, regarde la vie, écoute-la. La vie de notre monde a été greffée sur la vie Dieu, comme le sarment et la vigne avec la même sève, une seule chose. La vie nous conduit vers une terre vide d’ego, où la semence divine se déploie patiemment. Puisqu’elles font partie de la vie,
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Là où il y a vie donnée, il y a lumière. C’est là qu’est l’Esprit. Avant de vouloir transformer la vie, il faut la regarder, l’écouter, la reconnaitre, la savourer, lui être reconnaissant. Dans la Vie Consacrée ce ne sont pas tellement les signes annonçant « où » marcher qui comptent, mais plutôt les lecteurs de la vie capables de comprendre et de ranimer le
Il y a des religieux/ses qui laissent entrer dans leurs vies ce dynamisme transformateur du Royaume comme une bénédiction pour tous. Bienheureux ces religieux/ses qui sont entrés dans le rêve de Dieu.
« pour quoi ». Notre centre sera toujours le cheminement à la suite de Jésus, vécu de façon mystique, pas seulement dévotionnelle, et en accueillant l’Esprit dans la passion pour la vie, lieu de sa présence. UISG - Bollettino n. 177, 2022
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avons donné au Christ l’accès au nôtre. Nous péchons peut-être par amour paternel et paternaliste, sans arriver à l’expérience de l’amour fraternel.
les personnes ne sont jamais un problème ; elle sont une opportunité. Regarde en profondeur, et tu verras des personnes expertes dans le don de soi, l’abnégation et la joie, qui montrent comment penser de manière plus large pour aimer de manière plus profonde. Des personnes dont le contact nous stimule à être meilleurs. Nous avons besoin d’elles pour retrouver un langage de bonté entre nous. Des personnes que Dieu met sur notre chemin pour nous engager avec passion non seulement à limiter les dégâts, mais à augmenter les occasions de progrès et de témoignage, nouveaux et différents.
On perçoit que la vie religieuse ne se soucie pas toujours d’être vie, toute religieuse qu’elle apparaisse. Décalée devant les profondes transformations de l’histoire. Au lieu de prendre soin des autres, nous prenons soin de nous-mêmes. Au lieu de nous insérer dans le mouvement de la vie, où habite le Mystère, nous nous enfermons, définissant et redéfinissant une soi-disant identité charismatique. Rouillés dans nos habitudes, nous ne répondons plus aux demandes de changement. Vivre, c’est changer ; se répéter c’est se fossiliser. Pour acquérir le trésor, la relation dans la Trinité et avec les autres, il faut tout vendre. Pour se définir comme fils et frère il faut se définir par la séparation, le pouvoir, la sagesse, l’honneur, le protagonisme, les états de perfection… et retrouver le bonheur d’être un peuple.
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“Marthe et Marie”, sujet pluriel : le nous de la fraternité. Marthe est celle qui aide ; Marie, celle qui écoute. Marthe, l’être-pour ; Marie, l’être-avec. Marthe est service ; Marie, compagnie. Nous avons besoin d’être aidés et d’être écoutés. Il est appréciable d’être aidé, mais encore plus d’avoir quelqu’un qui t’écoute. Pour Jésus, la meilleure part est d’être disponible pour écouter, donner du temps, de l’attention, de l’intérêt à l’autre. Centrer mon intérêt dans l’intérêt de l’autre, ses besoins, ses soucis, ses désirs. Nous nous nourrissons les uns les autres, dans l’écoute et la parole, dans le silence et la conversation, dans le don et la gratitude. Jésus ne tolère pas que la femme soit enfermée dans un rôle de service. Comme l’Église changerait si la hiérarchie appelait les femmes, comme de vraies sœurs, à partager leurs pensées, leurs horizons, leurs rêves, leurs émotions, leurs fonctions, leurs connaissances, leur sagesse. Il y a un fort mouvement vers la relation, le dialogue, le consensus. Et un autre vers la différence : les personnes et les groupes défendent leur identité. Nous sommes poursuivis par le rêve d’une humanité plurielle et en harmonie. Nous respirons la culture de la relation avec l’autre. La culture de la rencontre a imprégné la Vie Consacrée, qui aura toujours un futur si elle cultive les relations. Dans les rencontres personnelles les cœurs s’adoucissent. Elles permettent la transformation de l’identité, en assumant l’identification évangélique. Ce qui change la vie d’une personne ce sont les rencontres, pas les idées. Si nous changeons peu c’est parce que nous nous rencontrons peu. Jésus crée la communauté en créant des rencontres. Il communique l’Esprit, énergie de fraternité. Dilemme chez les disciples : groupe sectaire ou embryon d’un peule fraternel ? Notre utopie pour le futur s’appelle communauté : trésor où mettre son cœur. « Où est ton trésor, là sera aussi ton cœur » (Mt 6, 21). On croit en la communauté, et on y appartient. Il y a qui se donne avec joie, et la joie est sa récompense. Dieu offre la joie à qui donne de l’amour. Notre mission : être dans la communauté gaudium et spes. La communauté n’est pas un devoir, elle est une joie. Ne nous occupons pas tant de la reconstruire, que de l’aimer et d’en prendre soin. Être attentif aux besoins des frères et dialoguer, consoler, corriger, soigner les blessures, suggérer des chemins, remercier, enthousiasmer, en dépassant les batailles cléricaloïdes. Dans la vie communautaire il n’y a pas de recettes, mais du dévouement, du don de soi, de l’affection et beaucoup de travail artisanal. La vie communautaire se joue « dans le vert », le quotidien du temps ordinaire. Nous pouvons la transformer en labyrinthe, quand nous méprisons le quotidien et que nous rendons compliqué ce qui est simple. La communauté est un jardin menacé par l’indifférence, l’individualisme, les bâillements d’ennui et les cauchemars de peur. On ne peut pas construire un monde différent avec
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3. La communauté : le sein où fermente un futur nouveau
des gens indifférents. L’Évangile est un feu qui consume la tranquillité. Engagés à veiller sur le jardin, comme les paysans, nous sèmerons avec confiance, et quelque chose de beau poussera : un groupe de frères, amis dans le Seigneur, heureux d’être ensemble. Avec les amis il est plus facile d’être homme ou femme de Dieu. L’amitié avec des amis de Dieu permet de jouir de Dieu. Sauvegardons dans la vie quotidienne des rencontres de fraternité entre amis dans le Seigneur. Ou bien la communauté est la prolongation d’une histoire d’amour reçu, ou bien elle est un fardeau où nous nous supportons dans nos limites. Pour construire la fraternité, il faut faire expérience de Dieu. Ce qu’il y a de plus difficile et exigeant dans la vie, ce sont les relations humaines : savoir vivre et cohabiter avec d’autres. C’est là que l’on voit la qualité d’une personne et la densité d’un projet. Les frères se reconnaissent frères quand ils ont pour référence le père/ la mère. Dans la communauté religieuse nous nous reconnaissons convoqués autour du Père. Il nous fait sentir membres d’une même famille. « Vous êtes le corps du Christ » (1 Co 12, 27) : voilà la première identité de nos communautés. La raison d’être d’une communauté est de vivre dans la cohésion autour du mystère de la foi. La vie consacrée ne gagne pas en mettant en valeur la spécificité, mais en approfondissant ce qui est évangélique. Ce n’est pas le moment de faire passer la survie avant la cohérence. Combien d’initiatives arrivent à l’asphyxie lorsque nous sommes trop tendus vers la survie. Jésus répand la beauté parce qu’il vit à partir de Dieu et pour les autres. Beauté d’un cœur pur penché vers les autres. Quelqu’un de tellement humain que seul le Fils de Dieu peut l’être ainsi. Le fondement de notre fraternité est de vivre unis en Jésus. La communauté est la recherche de ceux qui sont passionnés par Dieu et par l’être humain. Les religieux et religieuses se rassemblent pour construire la fraternité. La première chose est d’être frère/sœur. Don que nous partageons dans la communauté et que nous répandons dans la mission. Suivre Jésus est une expérience de rencontre avec lui et une expérience communautaire. Joie et allégresse, non seulement parce que la personne rencontre Jésus, mais aussi parce qu’elle le rencontre dans la communauté de ceux qui le suivent. Suivre signifie vivre dans une communauté de personnes qui suivent, où la vie communautaire sera la récompense humaine dont nous avons besoin. Même le bon vin peut tourner au vinaigre. Nous souffrons de forces centrifuges qui causent la dispersion, le parallélisme dans les vies et la déconnexion dans les projets. Nous subissons des silences blessants qui alimentent des désirs de descendre de ce train. Des relations verticales qui produisent des communautés de solitude entassée. Des personnes qui vivent ensemble et naviguent séparément. Jusqu’à ce qu’elles puissent arriver à élire un pyromane comme chef des pompiers. Ce sont des expériences qui alimentent la crise comme « spécialité de la maison ».
UISG - Bollettino n. 177, 2022
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Notre style de vie est soumis à un contrôle de qualité. Il faut mourir à de nombreuses réalités qui nous lient à l’absence de Dieu. Religieux et religieuses qui, respirant le cléricalisme, se réfugient dans le pouvoir. Le pouvoir est comme l’alcool dans un estomac vide : il te fait tourner la tête, tu as le vertige, tu perds l’équilibre, tu te fais du mal et tu fais du mal aux autres… Quand le pouvoir ne tombe pas dans un estomac plein d’humilité et de tendresse. Avec la tendresse et l’humilité, le pouvoir se transforme en service, et il fait du bien à nous-mêmes et aux autres. Sans humilité et tendresse nous ne pouvons pas entrer en relation de manière humanisante. Nous ne grandirons jamais avec des recettes de bonheur qui ne soient pas les béatitudes.
Ne regardons pas la Vie Consacrée comme elle est, en nous demandant : pourquoi ? Regardons-la comme elle pourrait être, en nous demandant : pourquoi pas ? Un bon leader gouvernera à partir d’un futur qui émerge, avec une large vision qui va au-delà des feux d’artifices, et la porte de l’espérance toujours ouverte. L’Esprit n’éveille pas la nostalgie, mais l’espérance. Le meilleur climat pour l’espérance est la proximité avec les pauvres. L’union avec Dieu a deux caractéristiques : la bonne relation avec les autres et la proximité solidaire avec les plus faibles. Essayons de découvrir des clés fraternelles pour le XXIème siècle ; des chemins pour construire la communauté comme espace d’appartenance et de joie. Ce sera une fraternité mystique, qui affleure quand les dynamismes de la foi configurent le vivre ensemble et les désirs partagés.
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Sr. Patricia Murray, IBVM Sr. Pat è la Secrétaire Exécutive de l’UISG.
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Du bureau de la Secrétaire Exécutive
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LA VIE À L’UISG
Ne nous employons pas à maintenir ce qui existe. Nous voulons engendrer un futur possible, en remplissant d’Évangile la vie en communauté. Quand nous manquons d’idéaux, nous nous conformons aux faits. Un oiseau blessé ne peut pas voler, mais un oiseau qui s’attache à une branche de l’arbre non plus. L’importance donnée au futur révèle la vitalité de la personne et de la communauté. La nostalgie du passé console mais ne construit pas. Quand nous parlons de communauté, nous ne faisons pas référence à un style stable, organisé et caduque, appuyé sur la vitalité de ceux qui ne peuvent pas changer. Nous aimons l’Évangile et ses faibles résultats. Nous croyons dans la communauté imparfaite et nous l’aimons, une communauté d’assoiffés non satisfaits. Nous sommes authentiques quand nous vivons dans nos faiblesses et quand nous les partageons dans l’amitié. Les relations humaines sont notre force et notre faiblesse. Quand ces relations t’offrent un citron, presse-le et fais de la citronnade.
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Au cours de ces derniers mois, un certain nombre d’événements importants ont eu lieu à l’UISG. Fin janvier, l’UISG a offert un atelier de formation sur l’interculturalité à des équipes de sœurs de la région ACWECA ((Association of Conferences of Women Religious of Eastern and Central Africa). Cet atelier devait avoir lieu à Nairobi en juillet 2021 mais, en raison de la pandémie de la Covid, il a été reporté. Chaque Conférence de religieuses membre de l’ACWECA a été invitée à sélectionner une équipe de sœurs pour participer à ce programme de formation de formateurs. Plus de 100 sœurs se sont inscrites et se sont réunies en groupes dans des lieux sélectionnés où elles étaient sûres de disposer d’une connexion Internet fiable. L’équipe d’animation était composée de Sr. Sia Temu MM, du P. Tim Norton SVD (récemment nommé évêque auxiliaire de Brisbane), de Sr. Paula Jordaó VDMF et Sr. Pat Murray IBVM. Le format du programme était intéressant. Chaque matin, il y avait une présentation suivie d’une discussion de groupe et d’une session plénière animée. L’après-midi, les participants ont été invités à regarder une vidéo sur un sujet spécifique et à participer à une discussion de groupe. Bien qu’il soit évidemment préférable de se rencontrer en personne, cette méthodologie a exceptionnellement bien fonctionné. Les thèmes abordés étaient les suivants : -
Interculturalité : terminologie et définitions Interculturalité et vie religieuse en Afrique / Le voyage interculturel de Jésus La vie communautaire interculturelle / Le voyage interculturel de l’Église primitive La vision du monde africaine et l’interculturalité / Centrage sur la société et l’individu ; Distance de pouvoir
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Personnalité et culture / Interculturalité et spiritualité ; Charisme congrégationnel Leadership, vœux et interculturalité / Étapes d’action
Des membres de l’équipe et des spécialistes d’Afrique ont fait des présentations, ce qui a permis de garantir que les perspectives présentées étaient les perspectives présentées étaient aussi bien locales que mondiales. Nous espérons proposer d’autres formations en 2022 ou au début de 2023.
La Vie à la UISG
La Vie à la UISG
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Une deuxième initiative importante qui a débuté en 2022 s’est concentrée sur les soins aux sœurs qui vivent avec la maladie d’Alzheimer. Il s’agit d’une initiative conjointe de la LCWR (Leadership Conference of Women Religious – USA) et de l’UISG, financée par la Conrad N. Hilton Foundation. Un comité international a été créé qui a rapidement décidé que le mandat de cette initiative devait inclure toutes les formes de déficience cognitive. Cette initiative sera officiellement lancée le 9 mai lors de la réunion du Conseil des Délégués. Deux webinaires ont également été proposés pour examiner le type de soutien nécessaire dans le monde entier pour que les sœurs qui vieillissent puissent vivre pleinement et être en bonne santé. Ces webinaires permettront de déterminer les besoins dans les différentes parties du monde afin d’utiliser au mieux les financements futurs.
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Une Église vulnérable et joyeuse La plénitude du peuple de Dieu : reconnaissance de tous les dons/charismes La spiritualité de la synodalité – renouveler la vie ecclésiale de l’Esprit : une manière d’être et de devenir. S’occuper des marges – élargir notre vie ecclésiale La conversion : « L’amour du Christ nous pousse » 2 Co 5,14 : Conversion institutionnelle – puissance dans le service.
Ainsi, tandis que nous nous préparons pour notre réunion de mai, nous prions avec le pape François : Viens, Esprit Saint. Toi qui suscites de nouvelles langues et mets des paroles de vie sur nos lèvres, préserve-nous de devenir une Église-musée, belle mais silencieuse, avec un grand passé mais peu d’avenir. Viens parmi nous, pour que dans l’expérience synodale, nous ne nous laissions pas envahir par le désenchantement, que nous n’édulcorions pas la prophétie, que nous ne réduisions pas tout à des discussions stériles. Viens, Esprit Saint d’amour, ouvre nos cœurs à l’écoute. Viens, Esprit de sainteté, renouvelle le Peuple fidèle de Dieu. Viens, Esprit créateur, renouvelle la face de la terre. Amen.
Les premières étapes de l’Assemblée de l’UISG ont eu lieu le 14 mars et le 4 avril. Il s’agissait de sessions en ligne qui se sont concentrées sur le thème de l’Assemblée – Embrasser la vulnérabilité sur le chemin synodal. Lors de la première réunion, les participants ont partagé ce que le thème signifiait pour eux personnellement. Les fruits de leur écoute réflexive en groupes ont ensuite été partagés sur padlet et des voix de différentes parties du monde se sont fait entendre dans différentes langues. Sœur Jolanta Kafka rmi, la présidente de l’UISG, a partagé la vision du Bureau exécutif dans le choix de ce thème. Lors de la deuxième session, le P. James Hanvey SJ a présenté Dimension : Une spiritualité pour une Église synodale. Dans sa présentation, le P. Hanvey a souligné les aspects clés du contexte actuel qui ont un impact sur l’Église. Il a mis en relief les nouveautés qui sont en train de se manifester : -
Récupération de la Trinité comme la vie et la forme de l’Église Une Église synodale en mission (mission intérieure et pour le monde)
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UISG - Bollettino n. 177, 2022
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En tant que membre de la Commission synodale sur la spiritualité, le Secrétaire exécutif a assisté à des réunions régulières au Bureau du Synode. Cette commission compte trois groupes de travail, dont l’un a élaboré des ressources bibliques pour la synodalité. On peut y accéder en utilisant le lien suivant : https://www.synod.va/en/resources/spiritual-and-liturgical-resources.html. Le site web du Synode contient divers documents et ressources officiels en différentes langues. Le site est constamment mis à jour, veuillez donc vous inscrire à la lettre d’information du Synode pour rester au courant des développements. Actuellement, le groupe de quatre théologiens représentant l’UISG et l’USG lit et réfléchit sur les centaines de soumissions reçues des Supérieurs généraux et de leurs Conseils. Ils prépareront une synthèse à présenter au Synode et offriront également quelques perspectives théologiques pour une réflexion plus approfondie au niveau des congrégations. Il s’agit d’une étape importante dans notre parcours synodal en tant que religieux et religieuses, alors que nous cherchons à nous engager dans ce processus « discernement spirituel, de discernement ecclésial, qui se fait dans l’adoration, dans la prière, au contact de la Parole de Dieu… Cette parole nous appelle au discernement et éclaire ce processus » (Pape François, 10 octobre 2021).
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STAFF UISG
SECRETARIAT
Sr. Patricia Murray, ibvm segretaria.esecutiva@uisg.org Secrétaire Exécutive 0668.400.236 Sr. Mary John Kudiyiruppil, SSpS vice.segretaria@uisg.org Vice-Secrétaire Exécutive Rosalia Armillotta ufficio.segreteria@uisg.org Assistante Secrétaire Exécutive 0668.400.238
FINANCES
Aileen Montojo economato@uisg.org Administratrice des Finances 0668.400.212 Sr. Sunitha Luscious, zsc Assistante Administratrice des Finances Patrizia Balzerani assistente.economato@uisg.org Secrétaire Membership 0668.400.249
COMMUNICATION
Patrizia Morgante comunicazione@uisg.org Responsable Communication 0668.400.234 Sr. Thérèse Raad, sdc assistente.comunicazione@uisg.org Bureau de Communication (Volontaire) 0668.400.233 Antonietta Rauti bollettino@uisg.org Coordinatrice Bulletin UISG 0668.400.230
SERVICES
Svetlana Antonova ssistante Technique des Services Generaux Riccardo Desai Assistant technique pour les ordinateurs
PROJETS
Sr. Florence de la Villeon, rscj rete.migranti@uisg.org Projet Migrants 0668.400.231 Sr. Gabriella Bottani, smc coordinator@talithakum.info Coordinatrice Talitha Kum 0668.400.235 Sr. Mayra Cuellar, mb Talitha Kum Database Sr. Mary Niluka Perera, sgs ccc@uisg.org Catholic Care for Children International 0668.400.225 Claudia Giampietro safeguarding@uisg.org Office for Care and Protection 0668.400.225 Sr. M. Cynthia Reyes, sra formators.programme@uisg.org Coordinator Programme Formation 0668.400.227 Sr. Paula Jordão, vdmf formation@uisg.org Formation Coordinator 0668.400.245 Giulia Oliveri gm@uisg.org Grant Manager 0668.400.229 Consiglio Canoniste canoniste@uisg.org 0668.400.223
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assis.tec@uisg.org 0668.400.250 tecnico@uisg.org 0668.400.213