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TROISCOULEURS #191 - septembre 2022

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> no 191 / SEPTEMBRE 2022 / GRATUIT

Journal cinéphile, défricheur et engagé, par

VIRGINIE EFIRA

+ MK2 CAHIE R IN EN F STITU I N MAG DE T AZIN E

« Je me demande si je ne suis pas plus folle que je ne le crois » ALICE WINOCOUR « Il y a une forme de réparation collective face à la barbarie »

LES FRÈRES DARDENNE « C’est la solitude qui définit les exilés »

“UNE HEURE ET SEPT MINUTES DE BONHEUR” LE MONDE

14 SEPT

ÉDITO

Souvenez-vous, dans une scène du génial Victoria (2016) de Justine Triet, Virginie Efira jouait cette avocate tenant une plaidoirie sous coke et sous somnifères, articulant tachycardie et ensom­ meillement, déprime et euphorie – une master class de jeu antagoniste. Depuis qu’elle est venue au cinéma, l’actrice sait subtilement investir ces flottements qui nous traversent, ces états d’indétermina­ tion qui disent aussi les tremblements de l’époque. Des sentiments furtifs auxquels l’écrivaine Nathalie Sarraute a consacré

DOMINIQUE BLANC Entretien transmission avec une actrice d’exception

son premier livre, Tropismes (1939, puis 1957) : les tropismes, « ce sont des mouvements indéfinissables, qui glissent très rapidement aux limites de notre conscience ; ils sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est possible de définir ». La romancière a cherché à saisir ces tropismes par la littérature, c’est ce qui rendait ses livres si vivants. Et c’est sûre­ ment parce qu’Efira sait si subtilement nous ouvrir à ces vacillements-là que ses personnages nous touchent autant au cinéma. C’est le cas dans deux des films les plus émouvants de la rentrée. Dans Revoir Paris d’Alice Winocour, elle incarne une rescapée d’un attentat qui

ne sait quoi faire des errements de sa mémoire – doit-elle se souvenir ou faire avec ce flou ? Dans Les Enfants des autres de Rebecca Zlotowski, elle est une prof de lycée qui rencontre la fille de son nouveau copain – doit-elle s’attacher ou rester en retrait ? C’est une affaire de petit pas, de mouvements de recul, pour trouver sa place, aller au-delà de celles qu’on lui assigne. Les personnages d’Efira tâtonnent et nous échappent sans cesse. Et c’est bien pour ça qu’on la reconnaît comme notre nouvelle icône. Toujours errante, toujours border. QUENTIN GROSSET


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