Valeur économique et sociale des paysages du Saguenay— Lac-Saint-Jean
Mai 2022
→ Groupe DDM
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Saguenay–Lac-Saint-Jean Étude sur la valeur économique et sociale des paysages
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Mai 2022
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Saguenay–Lac-Saint-Jean Étude sur la valeur économique et sociale des paysages
GROUPE DDM
COOPÉRATIVE LES MILLE LIEUX
Mai2022
Directeur de projet : Bruno Del Degan (Groupe DDM)
Chargés de projet : Carolann Forgues-Imbeault (Groupe DDM); Louis-Philippe Rousselle-Brosseau (Les Mille Lieux)
Coordinatrice du projet à Tourisme Saguenay–Lac-SaintJean : Marie-Eve Claveau
© Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean; Groupe DDM; Coopérative Les Mille Lieux; 2022.
Les auteurs du présent rapport tiennent à remercier chaleureusement l'ensemble des intervenants régionaux rencontrés dans le cadre du projet, ainsi que les aménagistes régionaux des MRC et territoires équivalents de la région qui ont bien voulu prendre de leur temps pour transmettre de l'information essentielle à la compréhension du territoire. Ils tiennent aussi à souligner l'appui technique de M. Frédéric Poisson, du Ministère de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). Enfin, ils souhaitent souligner la bonne collaboration tout au long du processus de l'équipe de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean ainsi que de tous(-tes) les touristes qui ont participé au concours lancé dans le cadre de l'enquête auprès de la clientèle, en septembre 2021.
Toutes les illustrations et photographies présentées dans le présent rapport sont l’oeuvre des membres de l’équipe du Groupe DDM et des Mille Lieux sauf lorsque précisé.
Ce rapport et l’ensemble des documents sont disponibles sous licence CC - Attribution / Pas d’utilisation commerciale / Partage dans les mêmes conditions.

Inventaire, classification et calcul d'indices relatifs de valeur des paysages
Inventaire, identification et classification des infrastructures d’accès et de promotion
Mise en contexte → 13 → 10 → 51
Saguenay–Lac-Saint-Jean
de la valeur économique totale
Étude sur la valeur économique et sociale des paysages
↑ Ci-dessus
Composantes de la valeur économique totale des paysages du SaguenayLac-Saint-Jean
0 50 km


Saguenay–Lac-Saint-Jean
Limite de MRC ou T.E.



Territoire municipalisé Zone d'étude Hydrographie

La grande région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est caractérisée par des paysages grandioses, emblématiques et reconnus internationalement. Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean souhaite déterminer les attraits touristiques de la région afin de rivaliser, aux yeux des décideurs, avec les arguments économiques énoncés par les promoteurs industriels. L’étude se divise en trois volets :
1. L’inventaire, l’identification et la classification des paysages selon leur valeur culturelle, sociale, environnementale et esthétique ;
2. L’inventaire, l’identification et la classification des infrastructures d’accès et de promotion ;
3. La valeur économique totale des paysages.
Inventaire, identification et classification des paysages selon leur valeur culturelle, sociale, environnementale et esthétique
Le parti-pris de la présente étude s'appuie sur un état des lieux de la recherche en matière de paysage et s'articule autour de l'évaluation de paramètres qualitatifs des paysages de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Quatre grands types de valorisations généralement associées aux paysages ont été retenus.
Afin de mesurer de manière uniforme ces variables paysagères, il a été nécessaire de déterminer une zone d'étude et de procéder à un découpage systématique et reproductible du territoire ciblé en entités de paysage. Une entité de paysage se définit comme une portion de territoire dont les dynamiques humaines et géographiques se combinent pour engendrer un aspect distinctif. Pour les fins de l'étude, le territoire municipalisé de la région a été retenu comme zone d'étude, ainsi qu'une zone tampon autour de celui-ci, de manière à évaluer l'ensemble du territoire fréquenté à des fins touristiques. Au total, l'étude porte sur 25 174 km2 (voir ci-contre).
Dans un premier temps, les ensembles physiographiques (2 190 entités), fournis par le MELCC, ont servi de base au découpage en entités de paysage. Par la suite, le cadre écologique de référence (niveau 4) a permis de regrouper certaines entités, afin d’en relever 76 distinctes. Pour les fins de l'étude, certaines entités similaires et contiguës ont été regroupées afin de mener aux 69 entités paysagères d’intérêt dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Celles-ci sont analysées, selon quatre valeurs, soit la valeur écologique (habitats fauniques et floristiques, aires protégées, milieux hydriques, etc.), la valeur culturelle et patrimoniale (bâtiments et sites cités et classés, lieux historiques nationaux, sites archéologiques, etc.), la valeur sociale (lieux fréquentés par les touristes, lieux dans l’imaginaire collectif, paysages faisant l’objet de préoccupations citoyennes, etc.) et la valeur esthétique et emblématique
(paysages les plus photographiés, rareté géographique, etc.). Un indice composite relatif a ensuite été construit pour chacune des valeurs identifiées, permettant de déterminer si l’entité paysagère se démarque positivement ou non par rapport à la moyenne des entités de la région. Les 46 entités paysagères pour lesquelles les valorisations étudiées se sont avérées supérieures à la moyenne des paysages de la région ont été retenues afin de faire l’objet de l’analyse de la valeur économique.
Inventaire, identification et classification des infrastructures d’accès et de promotion
Les infrastructures de mise en valeur des paysages ont d’abord été identifiées, puis regroupées en deux catégories (accès et promotion), et finalement, classifiées selon leur apport aux paysages. L’identification et la classification des infrastructures ont permis d'évaluer la capacité d'accueil touristique actuelle et potentielle des entités paysagères de la région. Croisées avec l’identification des paysages à fort potentiel touristique, l’identification et la classification des infrastructures ont ciblé les développements et les mises à niveau nécessaires en matière d’accès et de promotion pour ces paysages afin de renforcer et d’actualiser leur potentiel touristique.
À terme, 18 entités paysagères se qualifient avec un apport des infrastructures d’excellente qualité, 13 entités se qualifient avec un apport de bonne qualité, 10 entités avec un apport de moyenne qualité, 20 entités avec un apport de faible qualité, et 8 entités avec un apport de très faible qualité.
Valeur économique totale des paysages
Le concept de valeur économique totale a finalement été utilisé pour déterminer la valeur économique des paysages. La valeur économique totale est un cadre d’évaluation qui permet de déterminer l’ensemble des valeurs générées par les biens et services écosystémiques, autant marchands que non marchands.
En ce qui a trait aux biens et services marchands, une valeur monétaire a été attribuée à chaque hectare de superficie d’intérêt. Les composantes analysées sont l’industrie forestière, l’industrie minière, l’agriculture commerciale, le tourisme, et les services rendus par les écosystèmes (pollinisation, purification de l’eau, etc.).
← Carte 1
Territoire à l'étude et territoire municipalisé
La somme de ces valeurs a ensuite été effectuée afin d’obtenir la valeur présente pour chaque entité de paysage. Cette valeur a ensuite été actualisée afin de refléter la valeur totale sur une période de 30 ou 50 ans, selon les composantes. Globalement, pour l’ensemble des 69 entités de paysage, les services écosystémiques représentent 84 % de la valeur économique, suivi de l’industrie touristique (6 %), de l’industrie forestière (6 %), de l’agriculture commerciale (3 %), et de l’industrie minière (1 %). Le détail pour chaque entité paysagère à fort potentiel touristique est présenté au sein des fiches synthèses à la fin de l'étude.

La grande région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est caractérisée par des paysages grandioses, emblématiques et reconnus internationalement. Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean souhaite déterminer les attraits touristiques de la région afin de rivaliser, aux yeux des décideurs, avec les arguments économiques énoncés par les promoteurs industriels. Plus précisément, l’étude sur la valeur économique et sociale des paysages touristiques du Saguenay–Lac-Saint-Jean fait suite à la Planification stratégique de l’industrie touristique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui a pris fin en 2020, et à une demande soumise en 2019 au Fonds d’appui au rayonnement des régions. L’étude s’inscrit également dans le Cadre d’intervention touristique 2021-2025, le Plan d’action pour un tourisme responsable et durable du ministère du Tourisme ainsi que les 13 principes directeurs de la Coalition pour le futur du tourisme (Future of Tourism Coalition). Enfin, elle est en adéquation avec les mandats délégués à Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean par le ministère du Tourisme, soit de « faire croître l’économie et la vitalité de sa région par le tourisme, en réalisant des actions en matière de promotion et de mise en marché, en matière d’accueil, d’information et de signalisations touristiques ainsi qu’en matière de développement et de structuration de l’offre touristique de sa région1 ».
L’attractivité touristique est la composante de la destination qui amène le voyageur hors de son environnement habituel. Trois types d’approches permettent d’expliquer cette attractivité, soit les qualités naturelles et culturelles d’un lieu, les conditions d’accessibilité, d’aménagement, de capacité et de planification dans lesquelles les attractions s’opèrent ainsi que les expériences des touristes (Berthold et coll., 2019). De ce fait, l’étude se divise en trois volets :
• L’inventaire, l’identification et la classification des paysages selon leur valeur culturelle, sociale, environnementale et esthétique ;
• L’inventaire, l’identification et la classification des infrastructures d’accès et de promotion ;
• La valeur économique totale des paysages.
Pour ce faire, une analyse des données disponibles publiquement (aires fauniques, habitats, sites patrimoniaux, schémas d’aménagement, etc.) et un sondage auprès de la population touristique ont été menés dans le cadre de cette étude. De façon plus précise, le sondage visait à identifier les attractions visitées en raison du paysage et les attractions coup de cœur, ainsi qu’à récolter quelques données chiffrées sur la fréquentation de la région (dépenses, nombre de nuitées, nombre de voyageurs, etc.).
Toutes les étapes sont présentées dans les sections suivantes.
1 _ Appel d’offres – Étude et matrice d’évaluation de la valeur économique et sociale des paysages touristiques du Saguenay‒Lac-Saint-Jean.











Les qualités du paysage s'étendent bien au-delà de leur valeur économique ou marchande. Depuis plus de 20 ans, il y a un large consensus sur la nature culturelle du paysage. On perçoit le paysage comme une ressource, comme un levier de valorisation culturelle et de développement économique et touristique, mais aussi comme un patrimoine constitué des manières culturelles d'occuper le territoire et des savoir-faire humains liés à la géographie.
La compréhension de la valeur du paysage, ou d'un paysage en particulier, ne peut être extraite de ses traits fondamentaux qui découlent d'un nombre important de variables de nature qualitative, sociale ou culturelle. La présente étude établit donc une première caractérisation socioculturelle des paysages de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean à partir de valeurs, afin de mettre de l'avant les valeurs autres qu'économiques qui leur sont inhérentes. Cette démarche est considérée comme essentielle afin de sortir le paysage régional de son paradigme utilitariste qui le relègue au rang de ressource touristique (carte postale), de ressource économique (réservoir de matière première) ou de décor.
Dans le contexte du développement du tourisme ou de l'industrie, le paysage est plus que jamais appréhendé comme un bien collectif, dont la gestion est multipartite. D'une part, pour les citoyens, le paysage est avant tout un cadre de vie dont il importe de gérer la qualité. Pour une collectivité, et selon l'échelle, le paysage peut constituer un patrimoine culturel qui témoigne de l'enracinement sur le territoire. Pour les tenants de l'industrie touristique, le paysage est un moteur de développement et d'attraction; toutefois, il arrive souvent que l'attraction engendrée par un paysage entraine la détérioration de celui-ci (par exemple, le développement d'habitations secondaires à flanc de montagne ou la surfréquentation de
mieux naturels sensibles). Pour l'industrie, le paysage est avant tout le socle sur lequel on gère et puise les ressources, qu'elles soient forestières, minières, maritimes ou agricoles. Le paysage se construit et se gère par l'équilibre entre ces quatre pôles.
L'objectif de procéder à une caractérisation socioculturelle préalable à la caractérisation de la valeur économique des paysages de la région est de rétablir l'équilibre entre les quatre pôles mentionnés. L'étude plongera au coeur de quatre grandes catégories de valeurs inhérentes au paysage : environnementales, esthétiques et emblématiques, culturelles et patrimoniales, ainsi que sociales. Il sera ainsi possible de dégager les pans non économiques de la richesse paysagère du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la faire connaître ou reconnaître, et de la mobiliser à des fins de sensibilisation.
Plus pragmatiquement, cette première étape de l'étude vise à déterminer quels sont les paysages de la région (découpage en entités), quels sont les facteurs qui alimentent leurs différentes valeurs et, finalement, quels paysages se démarquent des autres. À terme, la compréhension de ces 4 valeurs permettra d'établir le potentiel de valorisation touristique des paysages de la région. Un paysage en équilibre est avant tout un paysage attrayant.











2.1
2.1.1 Un grand nombre d'études réalisées
La revue de littérature en lien avec le paysage au Saguenay–LacSaint-Jean a permis de mettre à jour un grand nombre d'études portant sur les paysages régionaux.
Depuis 2011, sous l'égide du Comité des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la région est dotée d'un Plan d'action Paysage qui révèle les grands traits du paysage régional et préconise les grandes lignes de projets à mettre en place de manière sectorielle1 Dans la même veine, la MRC du Domaine-du-Roy s'est aussi dotée d'un plan de mise en valeur de ses paysages. Ce document aborde aussi la question paysagère de manière plus sectorielle, avec de grandes unités générales, par exemple la plaine agricole, les noyaux villageois ou encore le paysage forestier2
Des MRC ont poussé l'exercice de la mise en valeur du paysage un peu plus loin. Par exemple, la MRC du Fjord-du-Saguenay a élaboré un plan de mise en valeur de haltes paysagères en 2018, afin de développer, en des lieux opportuns, des belvédères et autres structures d'observation de la beauté paysagère régionale3 Quelques MRC ont aussi commencé à intégrer la notion de patrimoine paysager dans leurs inventaires patrimoniaux, bien que l'exercice demeure superficiel.
Un exercice de recension de la documentation traitant de paysage pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été mené par le CLS Science en 2015. Il en ressort que les variables géologiques, écosystémiques, archéologiques, historiques et artistiques des paysages régionaux ont largement été étudiées. Toutefois, il n'existe pas d'ouvrage de caractérisation paysagère complet pour une MRC ou l'ensemble de la région à ce jour.
Les travaux les plus consistants sur une base régionale ont été réalisés sous la direction du Comité des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean au tournant du 21e siècle. En 2000, une série de 4 études descriptives sous forme de fiches ont été produites, pour chacune des MRC du territoire4. Le Comité a aussi travaillé sur une série d'études à propos des valeurs associées aux paysages des différentes MRC en 2009 et 20105,6,7,8. Ces travaux complémentaient les fiches. Toutefois, on y confondait sans doute la notion de paysage avec celle de site. On y relevait en effet différents sites reconnus pour leur caractère paysager et on en identifiait différentes variables (accessibilité, fréquentation, occupation du sol, nature humanisée ou naturelle, etc.) Enfin, les travaux de la chercheuse Marie-Josée Fortin ont aussi permis de comprendre les variables culturelles du paysage saguenéen dans son entier, ou plus localement.
Quelques mentions aux documents complémentaires des Schémas d'aménagement et de développement des différentes MRC (qui sont en cours de révision). Le plus souvent, ces dispositions encadrent la gestion des vues panoramiques. On retrouve sur l'ensemble des schémas d'aménagement de nombreuses mentions aux paysages d'intérêt, en particulier dans la section portant sur les territoires d'intérêt.
1 Prud’Homme, C. (2011). Plan d’action Paysage, Rapport final, Comité Paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 45 p. 2 MRC du Domaine-du-Roy, Service de l'aménagement du territoire. (2012). Stratégie territoriale de mise en valeur des paysages, 17 p.
3 Ruralys. (2018). Mise en valeur des haltes paysages: guide pratique, MRC du Fjord-du-Saguenay, 61 p.
4 Caron, J., Saucier, S. & Lapointe, H. (2000). Banque de données sur les sites et les paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Fiches techniques et textes descriptifs des paysages de la MRC du Fjord-du-Saguenay (341 p.), de la MRC de Lac-Saint-Jean-Est (210 p.), de la MRC de Maria-Chapdelaine (105 p.) et de la MRC du Domaine-du-Roy (145 p.), Alma, Conseil du loisir scientifique du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
5 Audet, N. (2010). Identification des valeurs attribuées aux paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, MRC de Lac-Saint-Jean-Est, Comité Paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 47 p.
6 Bouchard, D. (2009). Identification des valeurs attribuées aux paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, MRC du Domaine-du-Roy, Comité Paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 15 p.
7 Brassard, J. (2009). Identification des valeurs attribuées aux paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, MRC de Maria-Chadelaine, Comité Paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 25 p.
8 Fortin, A. (2009). Identification des valeurs attribuées aux paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, MRC du Fjord-du-Saguenay, Comité Paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 27 p.
2.1.2 Nécessité d'une méthode standardisée d'évaluation paysagère
Les différentes études portant sur le paysage de la région ont abordé le paysage sont tout autant d'angles différents et selon des méthodologies variées. Afin de mener à bien l'étude sur l'importance sociale et économique des paysages du Saguenay–LacSaint-Jean, il importe d'appliquer au territoire une méthode d'analyse standardisée, uniforme et aisément reproductible. Les études existantes n'ont en effet pas de socle commun sur lequel s'appuyer afin de développer une compréhension générale de la région. Cependant, elles sont de précieuses sources d'information qualitative à propos des grandes catégories de paysages régionaux.
La méthode proposée pour l'étude des paysages de la région se base sur un découpage régional en entités de paysage. Une entité de paysage consiste en un paysage aisément perceptible, aux limites parfois marquées, parfois poreuses, qui se démarque des paysages voisins. En d'autres mots, une entité de paysage est le fruit de dynamiques paysagères qui lui sont propres (occupation humaine en lien avec la géographie du territoire) et qui lui procurent des caractéristiques paysagères qu'il est possible de distinguer au sein de son entourage. Il existe des outils standardisés permettant d'identifier rapidement des entités de paysage au Québec. Les sections qui suivent illustrent dans un premier temps le processus d'identification des entités de paysage de la région (2.2), puis la méthode d'analyse des indices de valeur associés à chacun de ces paysages (2.3 et 2.4), en prodiguant aussi la réflexion théorique qui a motivé la construction de cette méthode inédite.
Le schéma de la page 15 illustre la méthodologie dans son ensemble.
Section 2.1
2.1.3 Le Cadre écologique de référence du Québec (CER) comme outil de standardisation du découpage paysager
En analyse paysagère, il est de plus en plus établi que le cadre écologique de référence du Québec (CER) s’avère un outil de facilitation pour la caractérisation. Le CER est une cartographie d’unités territoriales produit sur 7 niveaux qui s’emboîtent, dont les 4 premiers (du plus vaste au plus local : provinces naturelles, régions naturelles, ensembles physiographiques et districts écologiques) sont déjà produits pour l’ensemble de la province. Les niveaux 5 à 7, d’échelle plus locale, ont été produits au besoin en fonction d’études territoriales. En caractérisation paysagère, les exemples des MRC de Lotbinière (2005)1 et des Maskoutains (2009-2012)2 ainsi que l’Atlas des paysages de la CMQ (2016)3 ont établi la pertinence du CER pour l’analyse des dynamiques paysagères.
« En effet, le cadre écologique de référence cartographie des unités territoriales et, pour ce faire, s’appuie principalement sur leur morphologie [sur les formes de terrain]; dans les faits, ces [unités] sont l’aboutissement dans le temps d’interactions entre le climat, la géologie, les matériaux meubles et les êtres vivants. Ces unités territoriales sont de véritables systèmes fonctionnels, des écosystèmes dans lesquels le CER établit des relations entre le climat, les formes de terrain, la nature des sols, l’eau, la végétation, la faune, etc. Ainsi conçues, elles sont porteuses d’une dimension productivité, d’une dimension sensibilité (ou risque), d’une dimension esthétique, etc. Le CER peut [...] fournir les bases écologiques à l’utilisation du territoire lors de décisions d’aménagement4 »
En conséquence, le CER vise d’abord à découper des unités spatiales, puis à les décrire. Dans le cadre des études paysagères citées plus haut, les niveaux 4 à 6 du CER ont été mobilisés. À l’échelle d’une région entière, le niveau du district écologique, qui présente des unités d’en moyenne 400 km2, s’avère le plus approprié, permettant à la fois du nuancer la compréhension paysagère des vastes paysages de collines du Bouclier canadien, mais aussi de réduire le nombre d’entités dans les zones inhabitées.
1 Blais et coll., 2005
2 Ruiz et coll., 2012
3 Communauté métropolitaine de Québec, 2016
4 Ducruc et coll., 2019, p. 6
La principale limite du CER lorsque vient le temps de dégager des entités paysagères relève de sa nature même de donnée territoriale et géographique : le CER n’est en effet pas lié à la variable visuelle dans sa composition, contrairement au paysage, dont la caractéristique centrale est d’être perçu, puis compris et approprié par l’observateur (habitant ou utilisateur), ce qui outrepasse parfois les frontières de la pédologie et de la géologie. Ainsi, il est assez commun qu’une unité du cadre écologique de référence utilise un fond de vallée pour limite. La vallée est d’ailleurs le cas de figure qui illustre le mieux la limite du CER en analyse paysagère. La vallée est en effet généralement organisée en un système paysager cohérent : son fond composé d’alluvions et le plus souvent sillonné par un cours d’eau est lieu d’établissement d’un paysage agricole et villageois, alors que ses flancs, souvent boisés, l’encadrent et lui confèrent une unité.
Dans la région du Saguenay, outre le fjord du Saguenay, on compte nombre de vallées découpées qui sont tout autant de paysages emblématiques et reconnus. Ces vallées sont souvent parallèles ou perpendiculaires au fjord. Or, le CER utilise plusieurs de ces fonds de vallées comme limites : vallée de la rivière Saint-Jean, vallée de la rivière Sainte-Marguerite, vallée du Petit-Saguenay, etc.
La méthodologie d'identification des paysages de la région est présentée à la section suivante.
Section 2.2
2.2.1 Première étape du découpage en entités : les systèmes territoriaux
Le Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a gracieusement fourni une base de données présentant un découpage du sud de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean par systèmes territoriaux. Il s’agit du découpage territorial le plus fin qu’il soit possible d’obtenir. Ce découpage ne fait pas partie du CER; il ne s’y emboîte pas systématiquement. Chaque fond de vallée, vallon ou sommet y est découpé en une unité distincte. Pour le sud de la région, on comptabilise 2190 systèmes territoriaux. L’intérêt de recourir à ce découpage est d’outrepasser la principale limite du CER, c’est-à-dire la possibilité d’isoler des entités paysagères de petite échelle dans lesquelles les limites du cadre écologique sont susceptibles de se retrouver. Ainsi, il a été possible de dégager les systèmes territoriaux des différentes vallées et plaines de la région et de leur donner des limites cohérentes, précises et claires.
2.2.2 Seconde étape du découpage en entités : le CER, niveau 4
Le paysage du Saguenay–Lac-Saint-Jean est marqué par des paysages habités variés et fort nuancés et des arrière-pays forestiers dont le paysage se prolonge sur de vastes superficies. L’étape précédente (systèmes territoriaux) a permis de dégager les paysages plus fins des zones habitées (plaines, vallées, etc.) À une échelle plus grande, afin de comprendre où les vastes paysages forestiers du Bouclier canadien commencent et s’arrêtent, le CER niveau 4 (districts écologiques) a été superposé à ce premier découpage. Il a ainsi été possible de dégager les différents districts du Bouclier canadien sur la base de leur forme et de leur socle1 : zones de plateaux, zones de collines parsemées de lacs, zones de sillons glaciaires aux orientations différentes, etc.
2.2.3 Troisième étape du découpage en entités : regroupement d’entités voisines similaires
La dernière étape a été la fusion d’entités paysagères contiguës aux formes et à l’occupation du territoire similaires. Ainsi, lorsque par exemple 2 entités de plateaux forestiers étaient voisines, elles ont été regroupées en une seule. Cette étape a permis de faire passer de 76 à 69 le nombre total d’entités paysagères. Le découpage final des entités paysagères diverge donc du CER niveau 4 sur 2 aspects : les très vastes arrière-pays regroupent parfois 2 unités du CER, alors que des unités plus fines, généralement des vallées ou des plaines, issues du découpage par systèmes territoriaux, peuvent chevaucher 2 unités du CER ou en constituer une partie.
Afin de valider le caractère distinctif des entités paysagères délimitées, une cartographie de l’occupation du sol de l’ensemble de la région a été réalisée. Il a été possible de comparer les différents patrons d’occupation du sol entre les différentes unités et aussi d’en faire ressortir quelques statistiques afin de procéder à une caractérisation sommaire. Le résultat de cette première caractérisation est disponible dans les fiches d’entités paysagères de l’annexe 5.
Le détail des 3 étapes est présenté cartographiquement et schématiquement sur la planche suivante.
1 Le CER tient compte des formes géographiques à travers son découpage (Bellavance et coll., 2019; Ducruc et al., 2019)


↑ En haut : Étape 1
Les 2190 ensembles territoriaux de la région
↑ Ci-dessus : Étape 2
Superposition du CER niveau 4 aux ensembles territoriaux


↑ En haut : Étape 3
Regroupement d'entités paysagères contiguës
↑ Ci-dessus : résultat
Entités paysagères de la région
Section 2.3
2.3.1 Contexte : limites des méthodes d'analyse quantitative du paysage
Jusqu’aux années 1990, les méthodes d’évaluation des paysages faisaient surtout appel à des variables visuelles et, souvent, à la valeur esthétique. Des critères de l’ordre de la composition (beauté, harmonie, etc.) ou encore d’ordre physiographique (par exemple un relief de montagne, de collines ou de plaine) se voyaient attribuer une cote par un expert mandaté, sur la base de leur perception sur le terrain et de leur propre évaluation de ce qui valait plus ou moins en matière de paysage. Par exemple, dans les grilles d’évaluation de ces méthodes expertes, il n’était pas rare qu’un relief montagneux se voie attribuer une cote maximale, alors qu’une plaine agricole se voyait décerner la cote minimale. Les principales critiques de ces méthodes concernent justement leur caractère essentiellement visuel et expert, et leur incapacité à prendre en compte les variables sensibles, sociales ou environnementales des paysages1. Elles étaient utilisées dans le contexte d’études d’impact (projets d’infrastructures) ou afin de calculer la capacité d’absorption du paysage. Ces méthodes sont aujourd’hui considérées comme partielles, voire désuètes.
Bref, la plus importante limite de ces méthodes d'évaluation quantitative des paysages était leur grille d'analyse, tributaire de la posture quant à la nature essentiellement visuelle du paysage. Le plus souvent, cette grille comportait une série de variables de tout ordre, par exemple, visuelles (harmonie, beauté, etc.), et l'évaluateur devait associer à ces critères une cote selon une échelle, par exemple de 1 à 3. Dans le cadre de la présente étude, l'idée n'est pas de quantifier des critères d'évaluation, mais bien de trouver une méthode qui permettrait de situer les entités de paysage entre elles au vu de valeurs choisies, à un moment dans le temps (2021).
2.3.2 L’introduction des valeurs dans l’analyse paysagère
L’introduction de la question des valeurs dans l’analyse paysagère date de plusieurs décennies, mais n’a véritablement été généralisée qu’à partir du tournant du 21e siècle. L’adhésion assez générale qu’a suscitée la définition proposée du paysage dans la Convention européenne du paysage, adoptée en 2000, a propulsé la reconnaissance des variables culturelles et naturelles en interaction dans la fabrication du paysage2, consacrant de fait le caractère culturel du paysage tel que produit par l’humanité. La reconnaissance du facteur humain du paysage a poussé la scission entre l’appréhension du paysage comme produit culturel et l’ensemble des méthodes d’analyse liées à l’écologie du paysage, où le terme est davantage utilisé comme synonyme de territoire. De nombreuses méthodes d’évaluation des paysages culturels ont émergé. Leur point commun est de considérer les différentes valeurs ou valorisations sous-jacentes à l’appréciation, à l’usage ou à la fabrication du paysage.
2.3.3 Le développement de la connaissance des valeurs liées au paysage est lié à la discipline du patrimoine culturel
C’est à travers la discipline du patrimoine, particulièrement le patrimoine culturel, où les biens devant être protégés doivent être évalués, que les méthodes d’analyse par valeurs se sont développées. Dès le début du 20e siècle, divers textes liés à la conservation du patrimoine ont évoqué, certes avec flou, certaines valeurs motivant la protection : scientifique, archéologique et historique, essentiellement. L’idée était alors d’établir une « échelle du mérite » afin de déterminer quels biens, immeubles ou monuments auraient le privilège de faire l’objet de mesures de protection. Cela s’est observé tant du côté du Royaume-Uni que des États-Unis3. C’est en voulant doter le monde d’un cadre de conservation partagé qu’un groupe d’experts de patrimoine de Venise, en Italie, publie en 1964 la Charte de Venise, qui consacre entre autres les concepts de
1 Domon & Ruiz, 2015, p. 218-220
2 Davodeau & Toublanc, 2010; Wach, 2015
3 Clark, 2019
valeurs esthétique, archéologique et historique4. Rapidement, le texte de la charte est adopté, adapté et essaime à travers le monde, notamment par le gouvernement de l’Australie, qui publie la charte de Burra en 1979 (rééditée en 1999 et 2013). Le concept d’importance culturelle y est introduit et défini comme le motif nécessaire à la protection, sous l’égide de valeurs esthétique, historique, scientifique, sociale et spirituelle qui importent aux différentes générations5. Cela diverge du contexte de protection qui prévalait alors, orienté autour de l’authenticité et de l’universalité. Le paysage a suivi cette mouvance.
Au 21e siècle, l’approche de conservation par les valeurs s’est généralisée, actualisée et complexifiée, au point de devenir la norme. Au cœur de cette approche, la « valeur » se définit le plus généralement comme un ensemble de caractéristiques ou de qualités perçues comme positives par quelques individus ou un groupe6. Il s’agit d’un paradigme où la valeur patrimoniale n’existe pas seule, n’est pas intrinsèque au bien, mais prend naissance dans une appréciation ou d’un intérêt qui émane d’une communauté7.
La résurgence de la question des paysages culturels patrimoniaux, au 21e siècle, a permis d’associer au paysage, patrimonial ou non, une série de valeurs qui lui sont intrinsèques ou extrinsèques8. Les travaux de Mason (évaluation du patrimoine paysager)9, de Buckley (monitorage du paysage pour le tourisme)10, de Li (gestion environnementale du paysage par indicateurs pour l’écotourisme)11 et d’autres chercheurs ont permis d’identifier des variables et valeurs garantes ou représentatives de la qualité d’un paysage et de systématiser leur relevé à l’aide de processus standardisés. La présente étude s’inscrira donc dans cette foulée.
2.3.4 Les valeurs associées au paysage dans le contexte québécois
Au Québec, un cadre d'analyse paysagère basé sur les valeurs tend à émerger depuis 15 ans. D'une part, les travaux de Domon et Ruiz dans les Laurentides (1999) puis dans la MRC des Maskoutains (2009-2012) ont cherché à établir un cadre d'analyse paysagère adapté à la situation québécoise et aux paysages du quotidien par la synthèse des travaux réalisés à l'international, en particulier en Europe de l'Ouest et aux États-Unis. Il en a résulté un cadre de référence où le paysage est appréhendé selon ses valeurs et variables évolutives (historiques), géographiques, visuelles et sociales (préférences et valorisations paysagères). Le cadre a essaimé. Des MRC et municipalités de plus en plus nombreuses ont adapté ce cadre pour la caractérisation de leurs propres paysages. Ainsi, la MRC de Brome-Missisquoi (2019-2020) la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures (2020), la MRC de La Vallée-du-Richelieu (2021), la MRC de Marguerite-D'Youville (2021) et la MRC des Jardins-de-Napierville (2021), entre autres, ont produit des atlas paysagers ou études de caractérisation des paysages dont le socle analytique reposait sur les valeurs et variables dynamiques (évolutives), historiques, socioculturelles et environnementales/écologiques de leurs paysages.
Il est donc proposé que la présente étude s'inscrive dans cette mouvance et s'appuie sur un ensemble de 4 valeurs largement associées au paysage, afin de calculer différents indices relatifs pour chacune des entités de paysage déterminées. Les valeurs sélectionnées sont les suivantes :
• Valeur environnementale;
• Valeur culturelle et patrimoniale;
• Valeur esthétique et emblématique;
• Valeur sociale.
4 Erder, 1977
5 Hanna, 2015
6 De la Torre, 2002 : 4; Mason, 2002
7 Commission des biens culturels du Québec, 2004
8 Capelo et coll., 2011
9 Mason, 2002
10 Buckley, 1999
11 Li, 2004
Section 2.4
2.4.1 Proposition d'une méthode hybride
Ainsi, l'étude sur les paysages s'appuie sur les grands principes de caractérisation par les valeurs et s'articule autour d'un territoire régional découpé en 69 entités de paysage, dont la liste et le détail peuvent être consultés en annexe. Puisque l'objectif de l'étude est de pouvoir comprendre quels sont les paysages de grande valeur d'une part, d'établir en quelque sorte une échelle comparative, et, enfin, de comprendre également l'étendue de la richesse paysagère au-delà des impératifs économiques, il a fallu composer une méthode d'évaluation hybride. Il s'agit d'une méthode de calcul d'indices relatifs (c.-à-d. comparatifs entre entités) par accumulation de variables propres à des indicateurs. Le tableau de la page suivante illustre le détail de la méthodologie proposée.
Pour chacune des 4 valeurs paysagères étudiées, une liste d'indicateurs a été établie suite à la revue de littérature et à la transmission de données par les partenaires de l'étude. Les variables ont été établies en fonction de la disponibilité des données. Cette liste d'indicateurs et variables se veut ouverte, c'est-à-dire qu'elle pourra en tout temps être bonifiée par ajout ou mise à jour.
L'indice de valeur, pour chacune des valeurs, est ultimement calculé par variance et écart-type de manière à ce qu'il reflète le positionnement de chaque entité paysagère par rapport aux autres dans la région. Il ne s'agit donc pas d'un indice absolu, mais bien d'un indice relatif ou comparatif, dont l'application reflète la situation à l'intérieur du territoire d'étude seulement.
2.4.2 La caractérisation par accumulation de données : adaptation de la méthode cartographique du Landscape Character Assessment
L'analyse et la caractérisation par accumulation de données sont largement utilisées, en particulier lors de la production d'indices servant à positionner plusieurs entités de même type entre elles sur la base de variables déterminées. On retrouve cette méthode dans les études socioéconomiques (pensons aux salaires, à la richesse, aux divers palmarès liés à la qualité de vie ou à la performance économique).
En paysage, c'est au Royaume-Uni, en Angleterre et en Écosse plus précisément, que l'on a notablement recours à l'accumulation de données pour caractériser le paysage. Cette méthode passe par une combinaison de 2 facteurs importants : l'accumulation de données et, surtout, la cartographie de ces données. Elle est largement endossée par la communauté internationale1.
Appelée Landscape Character Assessment (LCA), librement traduite en Évaluation du caractère paysager, cette méthode est le socle de l’évaluation paysagère mis en place par le gouvernement du Royaume-Uni. La méthode permet à la fois d’identifier des entités paysagères et de les caractériser. Elle repose sur la cartographie de variables géologiques, physiques et socioculturelles afin d’arriver à une description juste et représentative du paysage. Cette méthodologie est évolutive, c’est-à-dire que de nouvelles variables ou caractéristiques peuvent être cartographiées afin de mettre la description paysagère à jour. Ainsi, le LCA peut viser plusieurs objectifs : développement de connaissance sur le paysage, aide à la prise de décision informée en aménagement et développement du territoire, monitorer les changements dans le paysage régional, etc.
Il a été retenu de cette méthode l’idée de l’accumulation de variables paysagères par cartographie afin d’arriver à une caractérisation ainsi que l’idée d’intégrer des variables qualitatives et des variables quantitatives par l’exercice de cartographie.
Exemples de variables prises en compte et cartographiées dans la caractérisation de la valeur patrimoniale d'un paysage (LCA)2:
• Bâtiments vernaculaires
• Systèmes agraires
• Vestiges préhistoriques
• Fortifications
• Bâtiments ecclésiastiques
• Monuments de guerre et taillis
1 Domon & Ruiz, 2015
2 Tiré d’une fiche de relevé paysager de LCA (Swanwick, 2002)

2.4.3 Construction de 4 indices relatifs à partir d'indicateurs composites
Le travail de caractérisation est donc orienté autour de la création d'indices relatifs. L'idée n'est donc pas de quantifier et qualifier la bonne ou la mauvaise performance d'une entité de paysage par rapport aux 4 valeurs étudiées, mais plutôt de comprendre, dans le contexte du Saguenay–Lac-Saint-Jean, et en regard des variables mobilisées, quelles entités se démarquent relativement aux autres. La nuance est importante, car il importe de se baser sur des données factuelles, produites par des sources crédibles (instituts de recherche, gouvernements). Les indices relatifs ne sont pas conçus pour l'interprétation subjective (par exemple, est-ce qu'une ZEC vaut davantage qu'un parc national); ils ne visent qu'à mesurer une certaine concentration relative de territoires ou de lieux (variables) qui répondent d'un indicateur. Les indices se basent sur une série de variables disponibles; cela signifie qu'au fil du développement de la connaissance, ils pourront être bonifiés. Par exemple, pour la valeur environnementale, un des indicateurs est la présence d'habitats fauniques. Pour l'instant, des données fiables panrégionales existent quant aux habitats du cerf de virginie, du rat musqué, du héron, du caribou et d'une variété d'oiseaux aquatiques. Si, en 2023, une étude provinciale ou régionale des habitats de la marmotte était rendue disponible, il serait alors possible de mettre l'indicateur et l'indice de valeur environnementale à jour pour les 69 entités de paysage. Il importe de mentionner que nombre de variables sont latentes sur le territoire, c'est-à-dire qu'elles existent, mais ne sont pas encore caractérisées. Le patrimoine bâti est un bon exemple : les inventaires ne sont pas constitués de la même manière. Certains relèvent tous les bâtiments prédatant 1940, d'autres ne se focalisent que sur les bâtiments exceptionnels. À titre d'exemple, en raison de l'inconstance et de l'indisponibilité de la donnée, celle-ci n'a pas pu être incluse dans l'étude.
Ainsi, les indices de valeurs ne sont ni fixes, ni figés. Tout nouvel intrant de variable pourrait faire varier la moyenne, l’écart-type et donc l’indice pour l’ensemble des entités paysagères.
Le tableau de la page 25 présente la liste complète des indices relatifs de valeurs, des indicateurs et variables associés.
Les formules de calcul sont aussi explicitées. Les méthodes de calcul ont été sélectionnées pour leur simplicité. Les indices et indicateurs sont utilisés dans de nombreux domaines. En paysage,
les travaux de synthèse de Dalmas et coll.3, par exemple, rendent compte de diverses manières apparentées de traduire les dynamiques paysagères en indicateurs pour l'élaboration de politiques publiques en Europe. Des indicateurs de bienêtres liés au paysage sont ainsi mis en place par l'addition cartographique et mathématique d'un grand nombre d'indicateurs. La prospection de sites potentiels en géoarchéologie4 ainsi que les différentes méthodes d'établissement d'indices en sciences économiques, particulièrement dans le domaine de l'emploi, font appel à des calculs de variance et d'écart-type afin de refléter une évaluation relative et comparative de différents groupes, sites ou entités entre eux5.
Un important paramètre lors de la composition d'un indice relatif et d'indicateurs composites (fabriqués à partir de plusieurs variables) est la pondération accordée à chacune de ces variables à l'intérieur des indicateurs et, ultimement, à la pondération des indicateurs d'une valeur entre eux. Dans le cadre de l'étude, une attention particulière a été portée au choix des variables, à leur représentativité et à la pondération accordée dans le calcul des indices. Le détail de pondération des indicateurs et variables de la présente étude est aussi mentionné au tableau de la page 25.
2.4.4 Interprétation des indices de valeur
Les pages et sections suivantes (2.5 à 2.9) présentent les résultats des différents indices de valeur paysagère. Pour chaque valeur, les entités paysagères se sont vu attribuer un indice de 1 (valeur faible) à 4 (valeur forte) en fonction de calculs de variance et d'écart-type par rapport à l'ensemble (formé des 69 entités). Le schéma de la page suivante présente une clé de lecture de ces indices.
Ainsi, une entité paysagère ayant obtenu un indice relatif de (1) pour une valeur donnée pourra être considérée comme présentant une concentration de variables (superficies, points) significativement inférieure à la moyenne des entités de la région quant aux indicateurs liés à cette valeur.
2.4.5 Portées et limites de la méthode proposée
La méthode d’analyse des paysages élaborée dans le cadre de l’étude présente une grande malléabilité. Il est possible de bonifier l’analyse en continu en ajoutant des variables aux différents indicateurs qui servent à évaluer les 4 valeurs. Il est facile de mettre à jour une couche de données
3 Dalmas et coll., 2019
4 Dionne, 2021
5 Cloutier-Villeneuve et coll., 2015
Valeur relative faible
Valeur relative inférieure à la moyenne
Valeur relative supérieure à la moyenne
Valeur relative forte
Indice de valeur 2 3 4 1
Valeur significativement sous la moyenne
Moyenne Valeur significativement au-dessus de la moyenne inférieure supérieure
(μ) Moyenne (μ) + Écart-type (μ)Écart-type
Distribution des données

Calcul de l'écart-type
lorsque nécessaire. De plus, la méthode rend possible l’ajout d’indicateurs afin de compléter l’analyse de chaque valeur. Enfin, il est possible d’ajouter des valeurs afin de compléter le portrait des valorisations paysagères; une valeur touristique pourrait par exemple être calculée à partir d’indicateurs tels que les équipements.
La méthode est aisément reproductible. N’importe quelle MRC ou région touristique ou administrative disposant des données du Cadre écologique de référence (CER) serait en mesure de se procurer les diverses données utilisées pour le présent projet et ainsi calculer des indices de valeur. Le CER est d’ailleurs accessible au niveau 4 à l’échelle de la province, et le Ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MELCC) possède une équipe responsable de la mise à jour et de la diffusion de cet outil.
Limites
La principale limite de la méthode relève du temps et des ressources allouées au projet. Ces variables ont réduit les possibilités de mettre sur pied des ateliers de consultation de la population, des élus municipaux et des aménagistes du territoire, 3 groupes potentiels de citoyens qui auraient pu éclairer de manière plus approfondie les variables culturelles, emblématiques et sociales des paysages. Le temps de réalisation limitée, le budget et la vastitude du territoire ciblé ont également réduit les possibilités de valider l’ensemble de l’information sur le terrain et ont conséquemment poussé l’équipe à adapter sa méthodologie en conséquence.
Les résultats de l’analyse paysagère selon 4 valeurs sont aussi limités par l’accessibilité aux sources de données. Les variables utilisées afin de calculer les indicateurs pour chacune des valeurs paysagères sont largement tributaires des répertoires de partage de données géomatiques publics et à la disponibilité des versions à jour des schémas d’aménagement en ligne, et enfin de la collaboration limitée obtenue auprès des 6 MRC et territoires équivalents ciblés par l’étude (seuls 2 sur 6 ont fait parvenir de l’information à l’équipe des Mille Lieux). La méthodologie choisie permettra cependant de contourner cette importante limite par l’ajout a posteriori de variables et/ou d’indicateurs afin de compléter le portrait des paysages régionaux.
↑ Ci-haut
Clé d'interprétation des indices relatifs de valeur
Section 2.5
L'indice de valeur environnementale des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été calculé à partir de 4 indicateurs : la présence d'habitats fauniques et floristiques, la présence de milieux humides sur le territoire ainsi que la présence de territoires protégés. Ces quatre indicateurs ont été calculés par accumulation de 17 variables qui sont explicitées dans la série de tableaux de la page suivante. La méthodologie étant ouverte, des variables pourraient être ajoutées ou mises à jour pour chacun des indices, et de nouveaux indices pourraient aussi être ajoutés. Cet indice donne un aperçu de la valeur environnementale relative de chacune des entités de paysage de la région en 2021.
Un indice relatif
L'indice de valeur environnementale des paysages se veut relatif; il est calculé en fonction de la moyenne et de l'écart-type de l'ensemble des 69 entités de paysage du sud de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean entre elles. Ainsi, une entité de paysage ayant l'indice de valeur environnementale maximal, soit 4, doit être considérée comme présentant davantage d'habitats fauniques et floristiques, de territoires protégés et de milieux humides que la moyenne des paysages de la région, et ce, de manière statistiquement significative. Le détail du calcul de l'indice de valeur environnementale est décliné dans l'encart ci-bas.
L'indice de valeur environnementale présente pour principale limite l'indisponibilité de données. Les variables choisies étaient accessibles par les différentes plateformes de données ouvertes des différents paliers de gouvernement ou par les MRC. Les données partielles, c'est-à-dire qui ne couvraient pas l'ensemble du territoire étudié, n'ont pas pu être utilisées. Dans le cadre de la présente étude, seules 2 des 6 MRC et territoires équivalents concernés ont mis des données à disposition de l'équipe de travail. Enfin, la couche de données des réserves naturelles date de 2007, alors l'intégration d'une couche plus actuelle pourrait faire varier légèrement l'indice de certaines entités de paysage.
Répartition des paysages à haute valeur environnementale
La carte de la planche suivante montre que les paysages à haute valeur environnementale sont localisés le long du fjord du Saguenay, sur les contreforts des monts Valin et Sainte-Marguerite au nord, dans les Laurentides charlevoisiennes au sud, ainsi que sur la rive nord du lac Saint-Jean (pointe Taillon).
Calcul de l'indice de valeur environnementale
1. Somme des superficies des territoires d’intérêt environnemental pour chacune des 69 entités
2. Calcul du ratio (%) de territoires d’intérêt par rapport à la superficie totale chaque entité
3. Élimination des données aberrantes de l’ensemble par un calcul d’écart interquartile
4. Calcul de moyenne et écart-type à partir des données retenues afin d’évaluer l’indice
5. Établissement d’un indice de 1 (faible) à 4 (fort) en fonction du calcul d’écart-type :
[1] Significativement sous la moyenne (faible)
[2] Moyenne inférieure (inf. à la moyenne)
[3] Moyenne supérieure (sup. à la moyenne)
[4] Significativement au-dessus de la moyenne (fort)
INDICATEUR : HABITATS FAUNIQUES
Couches de données cartographiées :
Aires fauniques communautaires (km2 )
Colonies d'oiseaux sur une île ou presqu'île (km 2 )
Aires de concentration d'oiseaux aquatiques (km 2 )
Aires de confinement du cerf de Virginie (km2 )
Habitats du rat musqué (km 2 )
Héronnières connues (km 2 )
Refuges fauniques (km 2 )
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : PROTECTION DU TERRITOIRE
Couches de données cartographiées :
Milieux de conservation volontaire (km2 )
Réserves naturelles reconnues (km 2 )
Réserves écologiques (km 2 )
Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent (km 2 )
Parcs nationaux du Québec (km 2 )
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
MERN (2019)
MERN (2019)
MERN (2019)
MERN (2019)
MERN (2019)
MRNF (2015)
MERN (2018)
INDICATEUR : HABITATS FLORISTIQUES
Couches de données cartographiées :
Forêts anciennes (km 2 )
Écosystèmes forestiers exceptionnels (km 2 )
Refuges biologiques (km 2 )
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : MILIEUX HUMIDES
Couches de données cartographiées :
Milieux humides indifférenciés (km2 )
Milieux humides minéraux (km 2 )
SOURCE (ANNÉE)
MFFP (2017)
MFFP (2007)
MERN (2018)
MERN (2018)
MERN (2018)
Milieux humides organiques (km 2 )
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
MERN (2019)
MERN (2017)
MERN (2017)
SOURCE (ANNÉE)
MRNF/ ULAVAL (2021)
MRNF/ ULAVAL (2021)
MRNF/ ULAVAL (2021)
INDICE DE VALEUR FORTE (indice 4) :
1 _ Le Bas-du-Fjord
2 _ Les caps du Fjord-du-Saguenay
10 _ La vallée de la Sainte-Marguerite
15 _ Les collines de Saint-Étienne
40 _ La pointe Taillon
47 _ Le haut-pays des Passes-Dangereuses
60 _ Les hautes vallées des rivières Cami et Malbaie
62 _ Les Murailles
63 _ Les pics des Monts-Valins
64 _ Les gorges de la Sainte-Marguerite
65 _ Les monts Sainte-Marguerite
66 _ L'arrière-pays valinois
68 _ Les collines du Tchitogama
INDICE DE VALEUR SUPÉRIEURE À LA MOYENNE (indice 3) :
9 _ La vallée de l'Éternité
12 _ Tadoussac et ses dunes
14 _ Le chaînon des Lacs
17 _ Les collines de Rivière-Éternité
18 _ Les collines du Tableau
30 _ Les ravines de Métabetchouan
34 _ La Basse-Mistassini
36 _ Les Grandes tourbières de Mistassini
38 _ Les dunes de la Péribonka
39 _ La plaine de Péribonka
53 _ Le haut-pays du Domaine-du-Roy
58 _ Les hautes vallées de la Pikauba
59 _ Les collines des Ha!-Ha!
61 _ Le piémont valinois



Section 2.6
L'indice de valeur culturelle et patrimoniale des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean a été calculé à partir de 4 indicateurs : la présence d'immeubles et sites cités ou classés (niveaux municipal et provincial), la présence de lieux historiques nationaux du Canada (niveau fédéral), la présence de sites archéologiques connus et la présence d'autres lieux à caractère culturel ou patrimonial reconnu. Ce dernier indicateur regroupe à la fois les paysages légendaires associés au folklore canadien et autochtone du Saguenay–Lac-Saint-Jean (par exemple, les paysages de Maria-Chapdelaine et de Kukum) ainsi que tous les lieux d'intérêt culturel ou patrimonial recensés dans les différents schémas d'aménagement des MRC et TE du territoire étudié. Ces quatre indicateurs ont été calculés par accumulation de 8 variables qui sont explicitées dans la série de tableaux de la page suivante. La méthodologie étant ouverte, des variables pourraient être ajoutées ou mises à jour pour chacun des indices, et de nouveaux indices pourraient aussi être ajoutés. Cet indice donne un aperçu de la valeur culturelle et patrimoniale relative de chacune des entités de paysage de la région en 2021.
Un indice relatif
L'indice de valeur culturelle et patrimoniale des paysages se veut relatif; il est calculé en fonction de la moyenne et de l'écart-type de l'ensemble des 69 entités de paysage du sud de la région du
Calcul de l'indice de valeur culturelle et patrimoniale
1. Somme des nombres des sites/points d’intérêt patrimonial ou culturel pour chacune des 69 entités
2. Calcul du ratio (pts/km2) de territoires d’intérêt par rapport à la superficie totale de chaque entité
3. Élimination des données aberrantes de l’ensemble par un calcul d’écart interquartile
Saguenay–Lac-Saint-Jean entre elles. Ainsi, une entité de paysage ayant l'indice de valeur environnementale maximal, soit 4, doit être considérée comme présentant davantage de lieux au caractère culturel ou patrimonial reconnu que la moyenne des paysages de la région, et ce, de manière statistiquement significative. Le détail du calcul de l'indice de valeur culturelle et patrimoniale est décliné dans l'encart ci-bas.
Limites de l'indice de valeur culturelle et patrimoniale
L'indice de valeur culturelle et patrimoniale présente pour principale limite l'indisponibilité de données. Les données partielles, c'est-à-dire qui ne couvraient pas l'ensemble du territoire étudié, n'ont pas pu être utilisées. Dans la plupart des MRC et TE, les points géolocalisés des inventaires patrimoniaux n'étaient pas disponibles. Seules 2 des 6 MRC et territoires équivalents concernés ont mis des données à disposition de l'équipe de travail.
Répartition des paysages à haute valeur culturelle et patrimoniale
La carte de la planche suivante montre que les paysages à haute valeur culturelle et patrimoniale sont localisés le long du fjord du Saguenay, dans les petites vallées perpendiculaires au fjord, dans les noyaux urbains et autour du lac Saint-Jean. Au sud, l'entité qui entoure le lac Bouchette se démarque aussi par ses nombreux sites archéologiques.
4. Calcul de moyenne et écart-type à partir des données retenues afin d’évaluer l’indice
5. Établissement d’un indice de 1 (faible) à 4 (fort) en fonction du calcul d’écart-type :
[1] Significativement sous la moyenne (faible)
[2] Moyenne inférieure (inf. à la moyenne)
[3] Moyenne supérieure (sup. à la moyenne)
[4] Significativement au-dessus de la moyenne (fort)
INDICATEUR : IMMEUBLES ET SITES CITÉS (MUN.)
Couches de données cartographiées : SOURCE (ANNÉE)
Immeubles patrimoniaux cités - municipal (nombre d'immeubles) MCC (2020)
Sites patrimoniaux cités - municipal (nombre de sites) MCC (2020)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : IMMEUBLES ET SITES CITÉS (PROV.)
Couches de données cartographiées : SOURCE (ANNÉE)
Immeubles patrimoniaux classés - provincial (nombre d'immeubles) MCC (2020)
Sites patrimoniaux classés - provincial (nombre de sites) MCC (2020)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : LIEUX HISTORIQUES NATIONAUX DU CANADA (FÉD.)
Couches de données cartographiées :
Lieux historiques nationaux du Canada - LHNC (nombre de lieux)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Parcs Canada (2021)
INDICATEUR : AUTRES LIEUX À CARACTÈRE CULTUREL OU PATRIMONIAL RECONNU
Couches de données cartographiées : SOURCE (ANNÉE)
Lieux associés à des légendes régionales ou locales (nombre de lieux)
Autres lieux ou territoires d'intérêt culturel ou patrimonial identifiés aux schémas d'aménagement des 5 MRC / TE de la région SLSJ et de la MRC de la Haute-Côte-Nord (nombre de lieux)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : SITES ARCHÉOLOGIQUES CONNUS
Couches de données cartographiées :
Sites archéologiques connus (nombre de sites)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
Sources diverses (2021)
Schémas d'amén. (2021)
SOURCE (ANNÉE)
ULaval MCC (2017)
INDICE DE VALEUR FORTE (indice 4) :
1 _ Le Bas-du-Fjord
3 _ La baie des Ha!-Ha!
5 _ Les berges de Chicoutimi
7 _ Le Petit-Saguenay
8 _ La vallée de l'Anse-Saint-Jean
11 _ Sainte-Rose-du-Nord
12 _ Tadoussac et ses dunes
20 _ Les ravines de La Baie
22 _ La plaine de Jonquière
30 _ Les ravines de Métabetchouan
31a _ La plaine de Roberval
31b _ Val-Jalbert
39 _ La plaine de Péribonka
40 _ La pointe Taillon
41 _ La plaine bosselée de Saint-Henri
42 _ Les 250 Îles
43 _ Les Bouches-du-Lac
46 _ La vallée de la Péribonka
54 _ Les sources de la Ouiatchouane
INDICE DE VALEUR SUPÉRIEURE À LA MOYENNE (indice 3) :
2 _ Les caps du Fjord-du-Saguenay
4 _ Les petits caps du Saguenay
6 _ Le Grand-Remous
9 _ La vallée de l'Éternité
21 _ La plaine de Chicoutimi
28 _ Les lacs de Kénogami
29 _ La plaine de Saint-Bruno
34 _ La Basse-Mistassini



Section 2.7
L'indice de valeur esthétique et emblématique des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean est le plus complexe, le plus subjectif et le plus propice au changement. Il a été calculé à partir de 5 indicateurs parmi un nombre indéfini de possibilités : les paysages les plus photographiés par les citoyens et touristes, et les paysages les plus représentés dans la documentation touristique; le caractère esthétique des saisons automnale et hivernale; la présence d'éléments géographiques (topo, hydro) rares; la présence de paysages agricoles (bleuet, érable) emblématiques; enfin, la présence de tout autre territoire d'intérêt esthétique reconnu (schémas d'aménagement des MRC et TE). Ces 5 indicateurs ont été calculés par accumulation de 15 variables qui sont explicitées dans la série de tableaux de la page suivante. La méthodologie étant ouverte, des variables pourraient être ajoutées ou mises à jour pour chacun des indices, et de nouveaux indices pourraient aussi être ajoutés. Cet indice donne un aperçu de la valeur esthétique et emblématique relative de chacune des entités de paysage en 2021.
Un indice relatif
L'indice de valeur esthétique et emblématique des paysages se veut relatif; il est calculé en fonction de la moyenne et de l'écarttype de l'ensemble des 69 entités de paysage du sud de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean entre elles. Ainsi, une entité de paysage ayant l'indice de valeur esthétique et emblématique maximal,
Calcul de l'indice de valeur esthétique et emblématique
1. Calcul d’un indice partiel pour chacun des 5 indicateurs selon la méthode moyenne/écart-type utilisée dans le cadre du projet (ratio de superficie ou ratio de nombre de points selon l’indicateur)
2. Calcul de la somme des indicateurs pour chacune des entités de paysage afin d’obtenir un total sur 20 points
3. Calcul d’un indice global pour chacune des entités de pay-
soit 4, doit être considérée comme présentant davantage de lieux au caractère esthétique ou emblématique reconnu que la moyenne des paysages de la région, et ce, de manière statistiquement significative. Le détail du calcul de l'indice est décliné dans l'encart ci-bas.
Limites de l'indice de valeur esthétique et emblématique
L'indice de valeur culturelle et patrimoniale présente pour principale limite l'éventail de données existantes, et la nécessité de choisir des indicateurs représentatifs de cette valeur. Les indicateurs choisis représentent un échantillon du possible, et de nombreux autres indicateurs pourraient être ajoutés afin de compléter l'étude. Cependant, il importe de mentionner que cet indice nécessite la production de données, les caractères esthétique et emblématique n'étant que très peu cartographiés.
Répartition des paysages à haute valeur esthétique et emblématique
La carte de la planche suivante montre que les paysages à haute valeur esthétique et emblématique sont localisés le long du fjord du Saguenay et de ses vallées perpendiculaires, ainsi que sur la rive ouest du lac Saint-Jean, le long des grands tributaires du lac (rivières Ashuapmushuan, Mistassini et Mistassibi).
sage : calcul de moyenne et écart-type à partir des sommes obtenues afin d’évaluer l’indice
4. Établissement d’un indice de 1 (faible) à 4 (fort) en fonction du calcul d’écart-type :
[1] Significativement sous la moyenne (faible)
[2] Moyenne inférieure (inf. à la moyenne)
[3] Moyenne supérieure (sup. à la moyenne)
[4] Significativement au-dessus de la moyenne (fort)
INDICATEUR : PAYSAGES LES + PHOTOGRAPHIÉS
Couches de données cartographiées :
Paysages les plus photographiés par les résidents et touristes (nombre de zones de concentration de photographies) 1
Paysages les plus représentés dans les guides touristiques régionaux officiels (nombre de photographies) 2
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Google Earth (2021)
TSLSJ (20192021)
1 À partir de la plateforme Google Earth Pro (2021), chaque zone de concentration de plus de 5 photographies a été relevée et cartographiée.
2 Chaque photographie représentant un paysage dans les guides touristiques des années 2019 à 2021 a été géolocalisée et cartographiée.
INDICATEUR : ÉLÉMENTS TOPOGRAPHIQUES RARES
Couches de données cartographiées1 : SOURCE (ANNÉE)
Raretés topographiques : sommets, vallées, caps, falaises, canyons, grottes, dunes, archipels (nombre de points)
Raretés hydrographiques : chutes, rapides, enchaînements de rapides, fjord, lacs importants, kettles, tourbières (nombre de points)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
Mille Lieux (2021)
Mille Lieux (2021)
1 Relevé cartographique par l'équipe de géomatique de la coopérative Les Mille Lieux. 2021.
INDICATEUR : TERRITOIRES D'INTÉRÊT ESTHÉTIQUE RECONNU
Couches de données cartographiées :
Territoires d'intérêt esthétique identifiés aux schémas d'aménagement des 5 MRC / TE de la région SLSJ et de la MRC de la Haute-Côte-Nord (3 types de données : km2 , km linéaires, points)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Schémas d'amén. (2021)
INDICATEUR : CULTURES EMBLÉMATIQUES
Couches de données cartographiées :
Bleuetières actives (km 2 )
SOURCE (ANNÉE)
MERN (2019) BPPAD (2021)
Érablières commerciales et touristiques (km 2 ) MERN (2019)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
INDICATEUR : CARACTÈRES PAYSAGERS SAISONNIERS REMARQUABLES
Couches de données cartographiées : SOURCE (ANNÉE)
Paysages automnaux remarquables (km 2 ) 1 , tirés des données écoforestières révisées
→ Peuplements forestiers orangés ou rouges vifs à l'automne
→ Zones de contraste entre des peuplements forestiers vifs et des peuplements de résineux
Forêt ouverte (2021)
Paysages de grand intérêt hivernal (km 2 ) 2 , tirés de sources multiples : Multiples:
→ Sentiers de motoneige (tampon 50 mètres - km 2) MERN (2018)
→ Circuits de chien de traineau (tampon 50 mètres - km 2) MERN (2018)
→ Sentiers de raquette (tampon 50 mètres - km 2) MERN (2018)
→ Sentiers de ski de fond (tampon 50 mètres - km 2) MERN-BGR (2018)
→ Centres de ski alpin ( km 2)
BDTQ (2020)
→ Pourvoiries avec activités hivernales (km 2) [comprend entre autres les zones de pêche sur glace] MERN (2018)
→ Lacs et rivières gelés (km 2) 3
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
BDTQ (2020)
1 Analyse cartographique par la coopérative Les Mille Lieux, 2021.
2 Analyse cartographique par la coopérative Les Mille Lieux, 2021.
3 Analyse des plans d'eau selon leur superficie et leur potentiel de glace hivernale par la coopérative Les Mille Lieux, 2021.
INDICE DE VALEUR FORTE (indice 4) :
1 _ Le Bas-du-Fjord
2 _ Les caps du Fjord-du-Saguenay
3 _ La baie des Ha!-Ha!
4 _ Les petits caps du Saguenay
8 _ La vallée de l'Anse-Saint-Jean
9 _ La vallée de l'Éternité
12 _ Tadoussac et ses dunes
31a _ La plaine de Roberval
34 _ La Basse-Mistassini
35 _ Les plaines et savanes des Grandes-Rivières
INDICE DE VALEUR SUPÉRIEURE À LA MOYENNE (indice 3) :
5 _ Les berges de Chicoutimi
6 _ Le Grand-Remous
7 _ Le Petit-Saguenay
10 _ La vallée de la Sainte-Marguerite
11 _ Sainte-Rose-du-Nord
13 _ Les buttes et vallons de Sacré-Coeur
14 _ Le chaînon des Lacs
17 _ Les collines de Rivière-Éternité
18 _ Les collines du Tableau
20 _ Les ravines de La Baie
22 _ La plaine de Jonquière
24 _ La plaine de la Shipshaw
25 _ Les lacs de Falardeau
28 _ Les lacs de Kénogami
30 _ Les ravines de Métabetchouan
32 _ Les plaines et savanes de l'Ashuapmushuan
36 _ Les Grandes tourbières de Mistassini
38 _ Les dunes de la Péribonka
39 _ La plaine de Péribonka
40 _ La pointe Taillon
42 _ Les 250 Îles
44 _ Les ravines de Mistook
45 _ Les terrasses de la Péribonka
46 _ La vallée de la Péribonka
52 _ La Marche-du-Lac-Saint-Jean
54 _ Les sources de la Ouiatchouane
59 _ Les collines des Ha!-Ha!
61 _ Le piémont valinois
63 _ Les pics des Monts-Valins



Section 2.8
L'indice de valeur sociale des paysages du Saguenay–Lac-SaintJean a été calculé à partir de 3 indicateurs parmi un nombre indéfini de possibilités : le rôle du paysage dans la visite des attraits touristiques régionaux; les coups de coeur paysagers des touristes de la région relevés en septembre 2021; enfin, les paysages faisant l'objet de préoccupations citoyennes. Ce dernier indicateur a été calculé à partir d'une revue de presse 2017-2021 réalisée pour l'ensemble des journaux hebdomadaires et quotidiens régionaux visant à relever les articles et éditoriaux qui révélaient des préoccupations de groupes de citoyens face à des enjeux paysagers. Les 3 indicateurs et 4 variables utilisés sont explicités dans la série de tableaux de la page suivante. La méthodologie étant ouverte, des variables pourraient être ajoutées ou mises à jour pour chacun des indices, et de nouveaux indices pourraient aussi être ajoutés. Cet indice donne un aperçu de la valeur sociale relative de chacune des entités de paysage en 2021.
Un indice relatif
L'indice de valeur sociale des paysages se veut relatif; il est calculé en fonction de la moyenne et de l'écart-type de l'ensemble des 69 entités de paysage du sud de la région du Saguenay–Lac-SaintJean entre elles. Ainsi, une entité de paysage ayant l'indice de
Calcul de l'indice de valeur sociale
1. Calcul d’un total de points par entité de paysage selon la pondération accordée aux différents lieux relevés lors du sondage de la clientèle touristique :
→ 3 points pour les paysages coups de cœur
→ 2 points pour les attractions visitées pour leurs paysages
→ 1 point pour les attractions visitées partiellement pour leur paysage
→ 3 points par article de journal relevé
2. Élimination des données aberrantes de l’ensemble par un
valeur esthétique et emblématique maximal, soit 4, doit être considérée comme étant davantage au coeur de l'appréciation de l'expérience de touristes en septembre 2021 et au centre des préoccupations citoyennes de 2017 à 2021 que la moyenne des paysages de la région, et ce, de manière statistiquement significative. Le détail du calcul de l'indice est décliné dans l'encart ci-bas.
Limites de l'indice de valeur sociale
L'indice de valeur sociale des paysages est partiel et mériterait qu'on s'y penche davantage. Cet indice relève essentiellement de données qualitatives. Des enquêtes de perception paysagère pourraient être menées auprès des différentes communautés et nations de la région afin de compléter le portrait.
Répartition des paysages à haute valeur sociale
La carte de la planche suivante montre que les paysages à haute valeur sociale sont localisés le long du fjord du Saguenay et autour du lac Saint-Jean, ainsi qu'au nord près des monts Valin et de la rivière Sainte-Marguerite. Les paysages riverains et montagneux/ forestiers semblent attirer davantage l'attention des touristes et des citoyens.
calcul d’écart interquartile (aucune aberrante)
3. Calcul de moyenne et écart-type à partir des données retenues afin d’évaluer l’indice
4. Établissement d’un indice de 1 (faible) à 4 (fort) en fonction du calcul d’écart-type :
[1] Significativement sous la moyenne (faible)
[2] Moyenne inférieure (inf. à la moyenne)
[3] Moyenne supérieure (sup. à la moyenne)
[4] Significativement au-dessus de la moyenne (fort)
INDICATEUR : ATTRACTIONS VISITÉES EN RAISON DU PAYSAGE
Couches de données cartographiées :
Attractions visitées principalement en raison du paysage (nombre d'attractions)
Attractions visitées partiellement en raison du paysage (nombre d'attractions)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Sondage (2021) 1
Sondage (2021) 1
1 Un sondage a été distribué sur l'ensemble du réseau d'accueil touristique en septembre 2021 (171 répondants); la question «Avez-vous visité la région en raison de son paysage?» a permis d'associer une valeur aux attractions visitées par les touristes ayant répondu à l'enquête.
INDICATEUR : PAYSAGES FAISANT L'OBJET DE PRÉOCCUPATIONS CITOYENNES
Couches de données cartographiées :
Paysages ayant fait l'objet d'une préoccupation citoyenne 2017-2021 (nombre de lieux)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Revue de presse (20172021) 1
INDICATEUR : COUPS DE COEUR PAYSAGERS DES TOURISTES, SEPTEMBRE 2021
Couches de données cartographiées :
Paysage considéré comme un coup de coeur par les touristes (nombre de lieux)
Toute autre couche d'information disponible pourra être ajoutée
SOURCE (ANNÉE)
Sondage (2021) 1
1 Un relevé exhaustif de l'ensemble des articles des quotidiens et hebdomadaires régionaux et nationaux a été réalisé via la plateforme Google News afin de relever tout article ou éditorial faisant état d'une préoccupation citoyenne en lien avec un paysage précis, entre le 1er janvier 2017 et le 31 août 2021 inclusivement.
1 Un sondage a été distribué sur l'ensemble du réseau d'accueil touristique en septembre 2021 (171 répondants); la question «Durant votre séjour au Saguenay–Lac-Saint-Jean, quel a été votre lieu coup de coeur pour ses paysages?» a permis d'associer une valeur et de cartographier les lieux appréciés.
INDICE DE VALEUR FORTE (indice 4) :
1 _ Le Bas-du-Fjord
2 _ Les caps du Fjord-du-Saguenay
3 _ La baie des Ha!-Ha!
5 _ Les berges de Chicoutimi
7 _ Le Petit-Saguenay
8 _ La vallée de l'Anse-Saint-Jean
9 _ La vallée de l'Éternité
11 _ Sainte-Rose-du-Nord
12 _ Tadoussac et ses dunes
30 _ Les ravines de Métabetchouan
31a _ La plaine de Roberval
40 _ La pointe Taillon
INDICE DE VALEUR SUPÉRIEURE À LA MOYENNE (indice 3) :
4 _ Les petits caps du Saguenay
10 _ La vallée de la Sainte-Marguerite
13 _ Les buttes et vallons de Sacré-Coeur
17 _ Les collines de Rivière-Éternité
20 _ Les ravines de La Baie
29 _ La plaine de Saint-Bruno
31b _ Val-Jalbert
32 _ Les plaines et savanes de l'Ashuapmushuan
34 _ La Basse-Mistassini
36 _ Les Grandes tourbières de Mistassini
41 _ La plaine bosselée de Saint-Henri
42 _ Les 250 Îles
46 _ La vallée de la Péribonka
52 _ La Marche-du-Lac-Saint-Jean
63 _ Les pics des Monts-Valins



Section 2.9
Après avoir évalué l'indice de valeur environnementale, culturelle et patrimoniale, esthétique et emblématique ainsi que sociale des 69 entités paysagères à l'étude, il est possible de dégager les paysages à plus forte valorisation de la région; certaines entités paysagères présentent un indice très fort, alors que d'autres présentent plusieurs indices supérieurs à la moyenne. Ces paysages qui se démarquent constituent les portions de territoire les plus susceptibles de faire l'objet d'une valorisation sociale ou touristique accrue. Ils seront l'objet des étapes subséquentes de l'étude.
Mécanisme de tri des paysages en vue de l'étude de la valeur économique
Nous identifions comme paysages à fort potentiel touristique les entités paysagères dont l'un des quatre indices de valeur étudiés, ou encore la somme des indices de valeur est très forte ou élevée. Vu le contexte dans lequel s'inscrit cette étude, il a été déterminé qu'elle devra porter à la fois sur les paysages chers aux citoyens du Saguenay–Lac-Saint-Jean et sur ceux dont l'attrait touristique manifeste ou potentiel est grand. Ainsi, les valorisations environnementale, esthétique et emblématique, culturelle et patrimoniale ainsi que sociale additionnées permettent de cerner les paysages qui se démarquent.
Comme l'étude porte sur un nombre élevé d'entités paysagères, nous ne retiendrons pour la suite de l'étude que les paysages qui présentent :
• Au moins un indice de valeur maximale (4), ainsi que;
• Les entités paysagères dont la somme des 4 indices est égale ou supérieure à 10 points sur une possibilité de 16, ce qui correspond à une moyenne de 4 indices de valeur supérieure à la moyenne (3).
Ce filtre réduit le nombre d'entités paysagères à 47. Ces 47 paysages feront donc l'objet d'une étude détaillée de leur accessibilité (section 3 du présent rapport) et de leur valeur économique (section 4). Le tableau des pages 44 et 45 présente un résumé des indices par valeur de chacune des entités paysagères. La carte de la planche suivante présente les 47 entités qui feront l'objet d'études approfondies.
ENTITÉS PAYSAGÈRES
ayant au moins un indice à 4 ou dont la somme des indices surpasse ou est égale à 10/16
1 _ Le Bas-du-Fjord
2 _ Les caps du Fjord-du-Saguenay
3 _ La baie des Ha!-Ha!
4 _ Les petits caps du Saguenay
5 _ Les berges de Chicoutimi
7 _ Le Petit-Saguenay
8 _ La vallée de l'Anse-Saint-Jean
9 _ La vallée de l'Éternité
10 _ La vallée de la Sainte-Marguerite
11 _ Sainte-Rose-du-Nord
12 _ Tadoussac et ses dunes
13 _ Les buttes et vallons de Sacré-Coeur
14 _ Le chaînon des Lacs
15 _ Les collines de Saint-Étienne
16 _ Les monts d'Orient
17 _ Les collines de Rivière-Éternité
18 _ Les collines du Tableau
20 _ Les ravines de La Baie
22 _ La plaine de Jonquière
28 _ Les lacs de Kénogami
29 _ La plaine de Saint-Bruno
30 _ Les ravines de Métabetchouan
31a _ La plaine de Roberval
31b _ Val-Jalbert
32 _ Les plaines et savanes de l'Ashuapmushuan
34 _ La Basse-Mistassini
35 _ Les plaines et savanes des Grandes-Rivières
36 _ Les Grandes tourbières de Mistassini
38 _ Les dunes de la Péribonka
39 _ La plaine de Péribonka
40 _ La pointe Taillon
41 _ La plaine bosselée de Saint-Henri
42 _ Les 250 Îles
43 _ Les Bouches-du-Lac
46 _ La vallée de la Péribonka
47 _ Le haut-pays des Passes-Dangereuses
52 _ La Marche-du-Lac-Saint-Jean
54 _ Les sources de la Ouiatchouane
60 _ Les hautes vallées des rivières Cami et Malbaie
61 _ Le piémont valinois
62 _ Les Murailles
63 _ Les pics des Monts-Valins
64 _ Les gorges de la Sainte-Marguerite
65 _ Les monts Sainte-Marguerite
66 _ L'arrière-pays valinois
68 _ Les collines du Tchitogama


Paysages retenus
Entité paysagère retenue pour analyse économique











Section 3.1
Dans le cadre de cette étude, les infrastructures de mise en valeur des paysages ont été identifiées, regroupées en deux catégories (accès et promotion) et classifiées selon leur apport aux paysages. L’identification et la classification des infrastructures permettent de qualifier les infrastructures selon un critère d’analyse du potentiel touristique des paysages. Croisées avec l’identification des paysages à fort potentiel touristique, l’identification et la classification des infrastructures ciblent les développements et les mises à niveau nécessaires en matière d’accès et de promotion pour ces paysages afin de renforcer et d’actualiser leur potentiel touristique.
Identification des infrastructures
Les infrastructures permettent d’accéder aux entités de paysage. Il s’agit de routes, de sentiers de moto, d’aéroports, de gares, de sentiers pédestres, etc. Les relais de moto et les belvédères ont été ajoutés à cette catégorie puisqu’ils permettent aux visiteurs d’accéder à un paysage ou de l’observer. Dans la zone d’étude, les infrastructures d’accès sont les suivantes :
• Centre de plein air ;
• Sentier de motoneige ;
• Relais de motoneige ;
• Sentier pédestre ;
• Piste cyclable ;
• Sentier de ski de fond ;
• Sentier de raquette ;
• Aéroport/hydrobase ;
• Gare de train ;
• Gare d’autobus ;
• Route ;
• Belvédère ;
• Marina ;
• Port.
La catégorie des infrastructures de promotion regroupe celles qui contribuent à faire connaître la région et ses paysages. Naturellement, les bureaux d’information touristique (BIT) remplissent cette mission de mise en valeur des attraits touristiques de la région. Cependant, les infrastructures de promotion recensées ne sont pas uniquement vouées à la promotion touristique. Par exemple, les refuges fauniques, les pourvoiries et les zones d’exploitation contrôlée (zecs) sont identifiés comme étant des infrastructures de promotion. Le choix d’inclure ces infrastructures repose sur le fait qu’elles contribuent à faire découvrir les paysages par leur offre d’activités, d’infrastructures et d’accès au territoire (sentiers, hébergement, routes, entretien, etc.). Les types d’infrastructures de promotion recensés sont les suivants :
• Bureau d’information touristique ;
• Croisière ;
• Parc national ;
• Réserve faunique ;
• Refuge faunique ;
• Réserve écologique ;
• Aire faunique communautaire ;
• Parc marin ;
• Pourvoirie avec droits exclusifs ;
• Zec ;
• Centre de ski.
Pour chaque entité de paysage, les infrastructures d’accès et de promotion ont été identifiées et listées grâce à la superposition des couches de données géoréférencées. Les cartes 2 et 3 illustrent respectivement la répartition des infrastructures d’accès et de promotion. Au total, le territoire à l’étude comprend :
• 10 bureaux d’information touristique ;
• Plus de 3 000 km de sentiers de motoneige ;
• 57 relais de motoneige ;
• Près de 700 km de pistes cyclables ;
• Près de 700 km de sentiers pédestres ;
• Près de 450 km de sentiers de ski de fond ;
• 6 aéroports, 3 héliports et 7 hydrobases ;
• 11 ports de plaisance ;
• 47 territoires récréatifs et protégés ;
• 21 gares interrégionales ou arrêts d’autobus Intercar ;
• 5 gares de train pour le transport des personnes par VIA Rail ;
• 3 ports et traversiers ;
• 6 centres de ski alpin.
Légende
Légende
Gare intercar
Ga re in te rcar
I Gare de train
I Ga re de tra in
Chem in de fer
Chem in de fe r
Aéroports et hydrobases o
Sentier motoneige
Aér op orts et h ydro ba ses o
# Relais motoneige
Ports et traversier
Sen tier mo to ne ige
Ski de fond
# Rela is mo ton eig e
Raquette
Por ts et trave rsier
Piste cyclable
Sentier pédestre
Ski de fo nd
Unités de paysage
Raqu ette
Piste cyclab le
Sen tier p éd estre
Unités de p aysa ge
Légende
Légende
g
g
å
Bureaux d'information touristique
Bureaux d'information touristique
Ports de plaisance, marinas, clubs nautiques & quais
Ports de plaisance, mar inas, c lubs nautiques &
k
å
k
Centres de ski alpin
Centres de ski alpin
Territoires récréatifs et protégés
Unités de paysage
Territoires récréatifs et protégés
Hydrographie
Unités de paysage
Hydrographie
Section 3.1.2
Les infrastructures d’accès et de promotion ont été classées selon leur potentiel de mise en valeur afin de qualifier et quantifier leur apport à l’attrait touristique pour chaque paysage à fort potentiel touristique. Les critères d’évaluation en lien avec l’échelle qualitative sont présentés au tableau suivant.
Infrastructure d’accès
Infrastructure de promotion
CRITÈRE
L’infrastructure permet un accès universel à l’entité de paysage en toute saison (ex. : route pavée, gare de train, etc.). Élevé
L’infrastructure permet un accès à certains moyens de transport motorisés, mais requiert un équipement adapté. Si les moyens de transport sont non motorisés, l’infrastructure est structurante pour le réseau d’accès. L’infrastructure peut être indisponible selon la saison (ex. : véloroute, chemin de terre, sentier du Fjord, sentier de motoneige, etc.).
L’infrastructure est accessible à une clientèle limitée et les moyens de transport sont non motorisés. Il est fort probable que l’infrastructure soit limitée à une ou quelques saisons d’utilisation (ex. : sentier pédestre, sentier de ski de fond, etc.).
Moyen
Faible
L’infrastructure a pour mission de promouvoir les attraits touristiques et les paysages. Élevé
Promouvoir les attraits touristiques et les paysages fait partie de la vocation de l’infrastructure, mais ce n’est pas sa mission première.
Moyen
L’infrastructure participe faiblement ou indirectement à la promotion des paysages. Faible
Parmi les infrastructures routières, une distinction a été faite entre les voies de circulation primaire et secondaire (autoroute, route, boulevard, avenue, rue, etc.) et les voies de circulation tertiaire (rang, chemin et sentier). Les infrastructures de circulation primaire ou secondaire sont utilisables à l’année, par tout type de véhicule. En revanche, les voies tertiaires pourraient être inaccessibles en hiver ou sans véhicule tout-terrain, notamment les chemins de terre. Dans le cadre de cette analyse, le potentiel d’apport et de mise en valeur des paysages des voies primaires et secondaires est qualifié comme étant élevé, alors qu’il est moyen pour les voies tertiaires. L’apport de la route Verte et de la véloroute des Bleuets a été qualifié de moyen étant donné l’importance et la notoriété de ces infrastructures, de même que les sentiers du Fjord et des Caps qui sont reconnus pour les grandes randonnées. Fina-
lement, un point additionnel a été octroyé aux entités de paysage traversées par la route du Tour-du-Lac, soit la route 169, et la route du Fjord, soit la route 170 au sud et la route 172 au nord, indépendamment de leur indice de qualité afin de refléter l’importance de ces routes pour le tourisme régional.
Parmi les infrastructures de promotion, la présence d’un BIT dans un rayon de 10 km ou moins correspond à un apport élevé, alors que dans un rayon de 11 à 25 km, cela équivaut à un apport moyen. Les infrastructures ont ensuite été qualifiées selon les critères d’analyse du tableau 2.
← Ci-contre
Tableau 1
Critère d'analyse de la qualité des infrastructures
Infrastructure d’accès
• Au moins une voie de circulation primaire ou secondaire ;
• Traversier ;
• Gare ou arrêt d’autobus Intercar ;
• Gare de train VIA Rail ;
• Aéroport ;
• Port.
• Au moins une voie de circulation tertiaire ;
• Hydrobase ;
• Héliport ;
• Au moins un sentier de motoneige ;
• Relais de moto ;
• Piste cyclable structurante (route Verte 8 ou véloroute des Bleuets) ;
• Sentiers du Fjord et des Caps.
• Sentier pédestre et de raquette ;
• Sentier de ski de fond ;
• Autre piste cyclable.
• Parc national (excluant le parc marin du Saguenay‒Saint-Laurent) ;
• BIT dans un rayon de 10 km ;
• Croisière.
• Parc marin du Saguenay‒Saint-Laurent ;
• ZEC ;
Infrastructure de promotion
• Réserve faunique ;
• BIT dans un rayon entre 11 et 25 km ;
• Centre de ski alpin.
• Refuge écologique ;
• Refuge faunique ;
• Aire faunique.
Élevé
Moyen
Faible
Élevé
Moyen
Faible
Afin d’illustrer l’apport des infrastructures pour la mise en valeur des paysages sur une carte, les types d’infrastructures se trouvant dans chaque entité de paysage ont été comptabilisés selon leurs résultats dans l’échelle qualitative d’après la règle suivante :
• Élevé = 3 points ;
• Moyen = 2 points ;
• Faible = 1 point ;
• Entité de paysage traversée par les routes 169, 170 ou 172 = 1 point supplémentaire.
Les points ont été cumulés afin de créer cinq catégories illustrant la qualité de l’apport des infrastructures pour la mise en valeur du paysage. Les catégories sont les suivantes :
• Excellente qualité : plus de 25 points ;
• Bonne qualité : entre 21 et 25 points ;
• Moyenne qualité : entre 17 et 20 points ;
• Faible qualité : entre 12 et 16 points ;
• Très faible qualité : entre 4 et 11 points.
À titre d’exemple, le tableau 3 compare les infrastructures de trois entités de paysage avec des pointages différents. L’annexe 1 présente les infrastructures par entité de paysage, le pointage obtenu et l’indice de qualité pour l’ensemble des entités de paysage étudiées.
51
Les gorges de l’Ashuapmushuan
9
La vallée de l’Éternité
31 a
La plaine de Roberval
• Accès : sentiers de motoneige seulement ;
• Promotion : aires et réserves fauniques.
• Accès : voies primaires, secondaires et tertiaires, route du Fjord, relais de motoneige, sentiers de motoneige, sentiers de ski de fond, sentier du Fjord, pistes cyclables et sentiers pédestres ;
• Promotion : ZEC du Lac-Brébeuf, parc national du Fjord-du-Saguenay, parc marin du Saguenay‒Saint-Laurent et BIT de Sainte-Rose-du-Nord (rayon entre 11 et 25 km).
• Accès : voies primaires, secondaires et tertiaires, route du Tour-du-Lac, 5 arrêts/gares d’autobus Intercar, gare VIA Rail, 3 relais de motoneige, sentiers de moto, aéroport de Roberval, sentiers de ski de fond, véloroute des Bleuets, pistes cyclables municipales et sentiers pédestres ;
• Promotion : 3 BIT (rayon d’environ 10 km ou moins) et une aire faunique.
5 Très faible
20 Moyenne
← Ci-contre
Tableau 2
Qualités détaillées de l’apport des infrastructures
↑ Ci-dessus
Tableau 3
Exemple de la qualité de l’apport des infrastructures pour trois entités de paysage
50 Excellente
La carte 4 (page 62) illustre les entités de paysage colorées selon la qualité de l’apport de leurs infrastructures d’accès et de promotion pour la mise en valeur des paysages d’après le pointage obtenu. La qualité des entités de paysage se répartit comme suit : 18 entités paysagères se qualifient avec un apport des infrastructures d’excellente qualité, 13 entités se qualifient avec un apport de bonne qualité, 10 entités avec un apport de moyenne qualité, 20 entités avec un apport de faible qualité, et 8 entités avec un apport de très faible qualité. L’analyse de la carte révèle une concentration des entités de paysages à haute qualité des infrastructures autour du fjord du Saguenay et du lac Saint-Jean. Cela s’explique, entre autres, par de nombreuses routes d’accès, de circuits de vélo, de sentiers pédestres, etc., le long de ces deux cours d’eau. Les entités de paysages situées au nord de la zone à l’étude présentent des infrastructures plus faibles, notamment puisque certaines ne sont accessibles que par sentiers de motoneige.
Carte 4
Qualité de l’apport des infrastructures d’accès et de promotion par entité de paysage











4.1 Valeur économique des paysages → 66 4.2 Méthodes d'évaluation de la valeur économique totale → 73
4.3 VET appliquée au contexte du Saguenay‒Lac-Saint-Jean → 76
Le paysage est un bien économique, car il répond à un besoin exprimé par des individus. Il présente un caractère non marchand, puisqu’il n’existe pas un marché comparant l’offre et la demande des paysages. De plus, le paysage est un bien non exclusif et non rival, même si, dans certaines situations, une forte fréquentation de touristes peut nuire à la propriété de non-rivalité. Par exemple, il est possible qu’un fort achalandage à un point de vue fasse en sorte que certains visiteurs n’aient pas la chance de profiter de la vue en même temps que les autres. Le paysage est donc considéré comme un bien public imparfait (Dachary-Bernard, 2004). Par définition, un bien non exclusif est une externalité (Darreau, s.d.). Dans le cas des paysages, il y a présence d’externalité lorsque la valeur de certains biens et services, comme les services écosystémiques, n’est pas considérée dans les calculs économiques. Cette omission entraine une défaillance du marché, laquelle ne permet pas une allocation efficace des ressources disponibles. L’évaluation monétaire de l’importance des biens et services écosystémiques à la société est donc un outil important afin de prendre des décisions éclairées sur l’utilisation des terres et des ressources fournies par les écosystèmes. La non-rivalité et l’impossibilité d’exclusion des services écosystémiques génèrent une mésallocation des ressources, ce qui veut dire que le niveau de protection des prestations paysagères est insuffisant, les agents économiques se comportant comme des resquilleurs, profitant du bien sans le payer, tout en laissant aux autres le soin de s’occuper
Bien non exclusif : bien pour lequel il est difficile ou couteux d’exclure les consommateurs (ex. : vue sur le lac Saint-Jean à partir de la route).
Bien non rival : bien souvent intangible, pouvant être consommé par plusieurs personnes simultanément, sans entrainer une diminution de sa quantité (ex. : plusieurs personnes admirant un paysage à partir d’un même point d’observation).
Bien public imparfait : bien public ne répondant pas toujours à la propriété de non-rivalité (ex : lors de la congestion d’un point de vue public d’un paysage, accès à une plage publique bondée, etc.)
et de financer ces services (Baranzini et coll., 2020). Parmi les conséquences, il y a notamment la détérioration de la qualité des paysages et des services écosystémiques ; les calculs économiques et les pesées des intérêts n’incluent pas la valeur de toutes les prestations paysagères, car elles sont parfois gratuites ou fortement dévaluées (Baranzini et coll., 2020).
Dans le cadre de cette étude, le concept de valeur économique totale (VET) est utilisé pour déterminer la valeur économique des paysages. D’après Massicote (2012), la valeur économique totale est un cadre d’évaluation permettant de déterminer l’ensemble des valeurs générées par les biens et services écologiques d’un écosystème, autant marchandes que non marchandes. Cette méthode comporte de nombreux avantages relatifs à la présente étude, puisqu’elle :
• Favorise une approche logique d’un point de vue économique ;
• Inclut tous les aspects de la valeur environnementale ;
• Offre des évaluations économiques pertinentes pour la prise de décisions.
La figure 1 présente les différents types de valeurs économiques composant la VET ainsi que leurs approches d’évaluation. Section 4.1
Externalité : situation économique dans laquelle l’action d’une personne ou d’une chose influence positivement ou négativement un individu sans que celui-ci ait un lien avec l’action d’origine (ex. : forêt stockant et séquestrant du carbone).
Allocation efficace des ressources : les ressources sont utilisées de telle sorte que le bienêtre des individus est maximisé ; il n’existe pas une meilleure situation réalisable.
Resquilleur : personne qui profite d’un bien ou d’un service sans le payer (ex. : se faufiler dans les transports en commun sans payer son billet).
→ Ci-dessous
Figure 1
Valeurs économiques et approches d'évaluation2

2 Figure adaptée de : BARANZINI, A., D. Maradan, et C. Schaerer, 2020. État de la littérature et des méthodes sur la valeur économique du paysage. HEQUET, C., 2008. L’évaluation monétaire de la nature.
Les valeurs d’usage résultent de l’utilisation directe ou indirecte d’un paysage ainsi que de la valeur d’option, soit la possibilité de profiter de ces utilisations dans le futur. Les valeurs d’usage direct et indirect sont évaluées grâce à l’approche des préférences révélées, laquelle s’appuie sur une transaction marchande ou des comportements observés. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées lors de l’approche des préférences révélées, comme les méthodes des couts de déplacement, des prix hédonistes, des prix du marché et des couts évités. Le choix des méthodes à utiliser est fonction du type de donnée disponible et applicable. Les valeurs de non-usage représentent les valeurs accordées aux paysages par le simple fait que les ressources existent dans la nature sans qu’elles soient utilisées ou aperçues. Les valeurs patrimoniales et d’existence sont généralement estimées grâce à l’approche des préférences déclarées, laquelle s’appuie sur des données primaires récoltées par questionnaire. Advenant le cas où les données nécessaires pour les approches de préférences révélées ou déclarées ne soient pas disponibles, il est possible d’avoir recours à la méthode de transfert des bénéfices. Elle consiste à transposer les valeurs économiques des biens et services semblables obte-
nues d’études antérieures à la présente étude. La similitude des populations à l’étude et des caractéristiques biophysiques est un facteur déterminant pour le choix des études antérieures faisant partie de la méta-analyse. De ce fait, plus d’une centaine d’études et de publications ont été analysées dans le cadre de la présente étude afin de déterminer les valeurs de transfert des bénéfices. La plateforme Environmental Valuation Reference Inventory (EVRI), gérée par Environnement et Changement climatique Canada et regroupant des études empiriques sur la valeur économique des actifs environnementaux, a été particulièrement importante lors de la revue de la littérature. L’EVRI recense plus de 500 publications portant sur le Canada ; seules les plus pertinentes ont été retenues.
Les sections suivantes décrivent d’abord plus en détail ce que sont les services écosystémiques, puis font un survol des méthodes d’évaluation économique pour les valeurs d’usage et de nonusage. Leur application au contexte des paysages du Saguenay–Lac-Saint-Jean ainsi que l’estimation de leur valeur économique sont ensuite présentées.
4.1.1 Définition des services écosystémiques
Les différents écosystèmes du Canada rendent divers types de services écosystémiques. Le tableau ci-dessous présente les services rendus par type d’écosystème pour les régions habitées du Canada.
Forêts
Prairies
Stockage et séquestration de carbone, formation des sols, traitement des déchets, contrôle biologique, services culturels (valeurs éducatives, appréciation esthétique, sens d’appartenance, etc.), qualité de l’air, contrôle des eaux pluviales, loisirs, matières premières et ressources génétiques.
Stockage et séquestration de carbone, régulation de l’eau, contrôle de l’érosion, formation des sols, traitement des déchets, pollinisation, contrôle biologique et production d’aliments.
Milieux humides Régulation des nuisances, approvisionnement et traitement de l’eau, production d’aliments, loisirs, services culturels, habitats et refuges.
Lacs, rivières et zones riveraines
Approvisionnement en eau, traitement des déchets, production d’aliments et loisirs.
Terres agricoles Production d’aliments, habitats, refuges et site pittoresque.
Terres non développées Site pittoresque.
4.1.2 Biens et services écosystémiques à l'échelle mondiale
Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ, 2017), la valeur économique pour les 17 services rendus par les écosystèmes à l’échelle mondiale est estimée de façon réaliste à un flux de 33 trillions de dollars par an, en dollars américains de 1994 (61 trillions en dollars américains de 2021). Pour la même année, le produit intérieur brut (PIB) mondial était estimé à 18 trillions de dollars : « le message est fort puisque la nature fournit des services pour près de 2 fois ce qui est produit par les activités de l’ensemble des Nations » (INSPQ, 2017). Le tableau 5 présente plus précisément les principaux services fournis ainsi que leur valeur à l’échelle planétaire. Près de la moitié de la valeur des services écosystémiques planétaires provient du cycle des nutriments (31,5 trillions de dollars américains), alors que les services culturels arrivent en second avec une valeur de près de 5,6 trillions de dollars américains. Les activités récréatives sont évaluées mondialement à 1,5 trillion de dollars américains, soit une valeur supérieure aux matières premières fournies par les écosystèmes mondiaux.
1 trillion de dollars américains =
1 000 000 000 000$ US;
Ou un million de millions de dollars,
Ou mille milliards de dollars,
Ou 1012 dollars
↓ Tableau 4
Biens et services écosystémiques fournis par la planète et valeur annuelle
Source : COSTANZA, R. et al., 1997. The Value of the World’s Ecosystem Services and Natural Capital.
Régulation des gaz à effet de serre 2
Régulation du climat 1
Régulation des perturbations 3
de l’eau
en eau
de l’érosion
génétiques
récréatives
1 Les valeurs originales exprimées en dollars américains de 1994 ont été converties en dollars américains de 2021 grâce à un calculateur d’inflation. https://www. officialdata.org/us/inflation (27 septembre 2021).
2 La somme de chacun des services écosystémiques diffère du total en raison des arrondissements.
Le tableau 6 présente ces mêmes biens et services écosystémiques fournis par la planète, ventilés par écosystème. Les écosystèmes marins comptent pour 63 % de la valeur des services écosystémiques rendus par la planète (38,67 trillions de dollars américains). Parmi les écosystèmes terrestres, les services rendus par les milieux humides sont les plus importants, avec une estimation dépassant les 9 trillions de dollars américains, suivis des forêts, avec 8,7 trillions de dollars américains. Les terres cultivées représentent l’écosystème contribuant le moins à l’échelle planétaire en matière de services écosystémiques, avec 236 milliards de dollars américains.
Le capital naturel désigne les stocks de ressources naturelles, les terres et les écosystèmes qui fournissent un ensemble de biens et de services écosystémiques nécessaires à la vie sur terre. Au Canada, les vastes paysages, composés de forêts, de zones humides, de prairies, de lacs et de rivières, fournissent des matières premières et des services écosystémiques qui sont nécessaires au bienêtre économique et social des Canadiens, mais aussi des humains à l’échelle planétaire. L’économiste écologique Robert Costanza et le géographe Paul Sutton ont estimé le produit des services écosystémiques (PSE) du Canada, soit l’équivalent du PIB des produits et services non marchands fournis par la nature (Sutton et coll., 2002). Mondialement, le Canada se classait en seconde position en matière de PSE, tout juste derrière la Russie. Selon les experts, le PSE des écosystèmes terrestres et marins du Canada était évalué à 5 611 milliards de dollars américains en 1995 (182 353 $ US par habitant), comparativement à un PIB de 694 milliards de dollars. Le Canada affiche donc un PSE 8 fois supérieur à son PIB (Anielski et coll., 2007). Selon l’inflation, la valeur par personne pour 2021 serait de 327 324 $ US ou 412 428 $ CA1
Par extrapolation, selon la population du Saguenay‒Lac-SaintJean de 278 977 habitants, le capital naturel de la région représenterait donc 115 milliards de dollars en 2021.
↓ Tableau 5
Services rendus par type d'écosystème pour les régions habitées du Canada
Source : COSTANZA, R. et al., 1997. The Value of the World’s Ecosystem Services and Natural Capital.
2 Les valeurs originales exprimées en dollars américains de 1994 ont été converties en dollars américains de 2021 grâce à un calculateur d’inflation. https://www. officialdata.org/us/inflation (27 septembre 2021).
3 La somme de la valeur de chacun des écosystèmes diffère du total en raison des arrondissements. De plus, certains écosystèmes sont inclus dans plus d’une ligne. Par exemple, « total écosystèmes marins » inclut les écosystèmes « océans » et « habitats côtiers » et l’écosystème « habitats côtiers » inclut les écosystèmes « estuaires », « algues et herbes marines », « récifs coralliens » et « mers épicontinentales ».

Section 4.2
Le tableau 7 présente les différentes approches et méthodes d’évaluation composant la VET et pouvant être utilisées dans l’évaluation de la valeur économique des paysages. Les méthodes utilisées dans la présente étude sont identifiées par une case bleue ; le choix des méthodes à utiliser pour l’estimation de la valeur économique est fonction des données secondaires disponibles et des données primaires recueillies lors du sondage. L’application des méthodes utilisées dans le cadre de l’étude est détaillée dans les sections correspondantes.
De façon générale, quatre approches permettent d’estimer la valeur économique des paysages, soit les méthodes basées sur le marché ou les couts, les préférences révélées ou les marchés de substitution, les préférences déclarées et les transferts de bénéfices. L’évaluation économique liée aux paysages du Saguenay‒Lac-Saint-Jean se base sur les approches 1, 2 et 4. L’approche 3 nécessite un sondage poussé sur la volonté à payer des visiteurs et des résidents de la région afin d’estimer la valeur économique accordée par les répondants aux paysages. Ce type de sondage n’a pas été réalisé dans le cadre de la présente étude.
APPROCHE MÉTHODE
1. Méthodes basées sur le marché ou les couts
1 Prix de marché
1.2 Couts de remplacement
1.3 Dommages évités
1.4 Fonction de production
2.1 Méthode des prix hédoniques
2. Préférences révélées ou marchés de substitution
3. Préférences déclarées
2.2 Méthode des couts de transport
3.1 Méthode de l’évaluation contingente
3.2 Méthode de l’expérience de choix
3.3 Évaluation environnementale participative
4.1 Transfert des valeurs
RÉSUMÉ
Recours aux prix du marché
Ce qu’il faudrait payer si l’écosystème ne fournissait pas le service
Dépenses évitées grâce aux services rendus par l’écosystème
Plus-value des services rendus par l’écosystème au processus de production
Évaluer la prime payée pour un environnement de meilleure qualité sur le prix des maisons, des logements et des terrains à bâtir
Couts de la visite d’un site : couts de transport, dépenses associées et couts d’opportunité du temps passé en déplacement
Volonté à payer des personnes sondées pour disposer d’une part supplémentaire d’un service écosystémique
Choix présentant différents services écosystémiques et couts
Demander aux membres de la communauté de déterminer la valeur d’un service écosystémique non marchand par rapport à des biens et services marchands
Emprunter ou transférer une valeur d’une étude existante pour disposer d’un ordre de grandeur dans un processus décisionnel
APPLICATION
Services d’approvisionnement
Purification de l’eau
Services de régulation (inondations, érosion, etc.) et séquestration du carbone
Pollinisation, services d’approvisionnement, purification de l’eau et disponibilité en eau
Traduit des valeurs d’usage (services de récréation, de loisirs et de qualité de l’air et aménités paysagères)
Traduit des valeurs d’usage pour des services de récréation et de loisirs
À priori, tous les types de services écosystémiques. À combiner pour approcher de la valeur de la biodiversité
À priori, tous les types de services écosystémiques. En pratique, à utiliser pour des services difficiles à évaluer par d’autres méthodes
Tous les types de services
À priori, tous les services à condition de s’assurer de la similitude contextuelle
4. Transferts de bénéfices
4.2 Utilisation des valeurs tutélaires
Recours à des valeurs que les pouvoirs publics attribuent à une entité d’impact après une étude réalisée par des spécialistes
Séquestration et stockage du carbone
4.2.1 Impacts de la méthode choisie sur la valeur monétaire
Les résultats d’études antérieures montrent que la méthode d’évaluation choisie peut influencer la valeur monétaire obtenue pour un bien ou un service. Plus encore, au travers d’une même méthode, comme lorsqu’il s’agit d’estimer la volonté de payer pour un bien ou un service grâce à une enquête, les scénarios proposés peuvent influencer significativement la valeur économique estimée. À titre d’exemple, lors d’une étude sur la valeur de la nature (Bockarjova et coll., 2020), les auteurs ont estimé celle-ci à 223 $/ha/an avec un scénario de taxe dédiée à la conservation de la nature, comparativement à 3 401 $/ha/an pour un prix d’entrée ou des dons (fonds de conservation), toutes choses égales par ailleurs.
De plus, le gouvernement albertain (Alberta Governement, 2011) dresse une liste des critères déterminant le choix de la méthode à utiliser pour l’évaluation économique des paysages lorsque plus d’une méthode peut être appliquée, à savoir, sans ordre d’importance :
• La crédibilité théorique ;
• La validité ;
• La pertinence ;
• La disponibilité des données ;
• Les contraintes des ressources ;
• La reproductibilité ;
• L’intégration et la liaison des trois composantes de la valeur des paysages (économique, biophysique, socioculturelle).
Le choix des méthodes utilisées dans le cadre de cette étude repose donc sur ces critères de sélection. De ce fait, les méthodes pertinentes, valides, crédibles et réalisables selon les contraintes de ressources et de temps, et dont les données étaient disponibles, ont été utilisées. De plus, les méthodes peuvent facilement être reproduites puisque la majorité des données proviennent de sources secondaires officielles.
← Ci-contre
Tableau 6
Approches et méthodes utilisées pour l’évaluation économique des paysagess
Source : FELTER, N., 2015. Conception d’un outil d’évaluation des impacts économiques, écosystémiques et sociaux des projets de conservation d’espèces.
L’analyse régionale du Saguenay‒Lac-Saint-Jean a permis d’identifier les différents éléments composant la valeur économique totale. Pour ce qui est de la valeur d’usage direct, les industries forestières et minières ainsi que l’agriculture commerciale ont été identifiées au point de vue industriel. La chasse et la pêche ainsi que les activités récréotouristiques font aussi partie des variables pour la valeur d’usage direct. La valeur d’usage indirect est estimée grâce aux services écosystémiques rendus par les écosystèmes de la région.
Les valeurs patrimoniales et d’existence se caractérisent par la présence de plusieurs espèces fauniques et floristiques sur le territoire de la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean, dont 14 espèces vulnérables ou menacées1, et par près de 50 paysages à fort potentiel touristique2. La figure 2 présente, de façon schématique, les composantes de la VET du Saguenay‒Lac-Saint-Jean.
Les sections suivantes détaillent la méthodologie employée et les valeurs obtenues de façon générale pour les valeurs d’usage direct et indirect. Les valeurs relatives à chaque entité de paysage sont présentées dans les fiches synthèses.
1 Conseil régional de l’environnement et du développement durable du Saguenay‒Lac-Saint-Jean. Espèces menacées. Voir annexe 2 pour la liste exhaustive.
2 Voir annexe 3 pour plus de détails.
→ Figure 2 Valeur économique totale appliquée aux paysages du Saguenay‒Lac-Saint-Jean

4.3.1
La valeur d’usage direct est déterminée par les biens et services directement consommés, comme les produits forestiers ligneux, les produits miniers, les produits agricoles et les activités récréotouristiques. Suivant la méthodologie d’Auclair et coll. (2019) appliquée au contexte du mont Kaaikop dans les Laurentides, les retombées économiques des industries forestières et minières sont utilisées dans la présente étude afin de démontrer l’impact plus global que peuvent avoir les activités industrielles analysées. Les données à l’échelle régionale sont parfois difficiles à obtenir et doivent être estimées ; les données industrielles spécifiques par paysage sont donc indisponibles. De ce fait, une même valeur monétaire est attribuée à tous les hectares de la région pour ce qui est des industries forestières et minières. Suivant la méthodologie de Wood et coll. (2019) appliquée au contexte de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), la valeur économique de l’agriculture est estimée selon les prix de marché. Enfin, la valeur économique des activités récréotouristiques est estimée selon la méthode des couts de transport. L’application de ces différentes méthodes fait l’objet des sous-sections suivantes.
1 Gouvernement du Canada, 2020. Données statistiques – Forêts et foresterie.
2 Selon la Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire (CRRNT) du Saguenay–Lac-Saint-Jean, la superficie totale de la région serait de 106 000 km, pour une superficie forestière de 85 688 km, soit 81 %. Ce ratio a donc été utilisé pour estimer la superficie forestière de la région (CRRNT, Portrait de la ressource forêt du Saguenay–Lac-Saint-Jean, 2011).
↓ Tableau 7
PIB généré par l’industrie forestière au Québec et volumes récoltés
Source : MFFP, 2019. Ressources et industries forestières du Québec – Portraits statistiques 2015 à 2019. Gouvernement du Canada, 2020. Données statistiques –Forêts et foresterie.
Grâce aux portraits statistiques des ressources et des industries forestières du Québec publiés annuellement par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) ainsi qu’aux données statistiques sur l’industrie forestière publiées par le gouvernement du Canada1, il est possible d’estimer le PIB généré par mètre cube de bois récolté à l’échelle de la province. Le tableau 8 présente ces données entre 2014 et 2019. En moyenne, chaque mètre cube récolté au Québec par année permet de générer 241 $ à l’échelle de l’industrie forestière (incluant les secteurs de la foresterie et l’exploitation forestière, la fabrication de produits de pâtes et papiers et la fabrication des produits du bois).
Ainsi, en se basant sur la moyenne provinciale du PIB généré par mètre cube récolté et le volume de bois récolté dans la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean, il est possible d’estimer le PIB généré par l’industrie forestière dans la région pour les quatre années dont les données sont disponibles (tableau 9). Ensuite, sachant que le territoire du Saguenay‒Lac-Saint-Jean a une superficie forestière estimée d’un peu plus de 7,7 millions d’hectares (Mha)2, il est possible d’estimer le PIB généré par hectare de superficie forestière par l’industrie dans la région. Considérant ces informations, l’industrie forestière génère donc en moyenne 198 $/ha/année. Cette valeur est appliquée aux superficies forestières de chacune des entités paysagères.
par m3 récolté au Québec
par ha au SLSJ
4.3.1.2 Industrie minière et extraction de pétrole et de gaz
Les données les plus récentes de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ, 2019) pour le PIB de l’industrie de l’extraction minière, l’exploitation en carrière et l’extraction de pétrole et de gaz (SCIAN 21)3 au Saguenay‒Lac-Saint-Jean datent de 2014. Les données utilisées afin d’établir une valeur moyenne par hectare sont donc celles de 2010 à 2014. Le PIB moyen généré dans la région du
3 Ce secteur comprend les établissements dont l'activité principale est l'extraction de substances minérales d'origine naturelle. Il peut s'agir de solides (ex. : charbon) et de liquides (pétrole brut ; notamment le gaz naturel). Le terme extraction minière est utilisé au sens large de façon à englober l'exploitation des carrières, l'exploitation des puits, la concentration du minerai (ex. : concassage, criblage, lavage et flottation) et les autres préparations généralement faites à la mine ou dans le cadre de l'activité minière. Sont compris dans ce secteur les établissements qui font de l'exploration minérale, de l'aménagement de biens miniers et de l'exploitation minière, de même que les établissements qui se livrent à des activités similaires en vertu d'ententes contractuelles ou contre rémunération.
↓ Tableau 8
Estimation du PIB généré par l’industrie forestière pour la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean et volumes récoltés
Source : MFFP, 2019. Ressources et industries forestières du Québec –Portraits statistiques 2015 à 2019. Gouvernement du Canada, 2020. Données statistiques – Forêts et foresterie.
Saguenay‒Lac-Saint-Jean pour l’industrie minière entre 2010 et 2014 était de 224 M$ par année. Considérant la superficie d’un peu plus de 9,5 Mha de la région, l’industrie génère donc en moyenne 23 $/ha/an.
4.3.1.3 Agriculture commerciale
Suivant la méthodologie utilisée par Wood et coll. (2019), la valeur de l’agriculture commerciale au Saguenay‒Lac-Saint-Jean a été estimée par la méthode des prix de marché. Le prix de marché d’un bien ou d’un service sert à en démontrer l’importance économique. Cependant, le prix sous-estime la valeur de ce bien ou service, puisque le surplus du consommateur est exclu du calcul. Ce concept est illustré sur la courbe de l’offre et de la demande présentée à la figure 3.
Selon la représentation graphique, le prix de marché est de 3,00 $ et la quantité d’équilibre est de 15 000. En utilisant l’exemple du péage cité en exemple dans l’encadré explicatif, lorsque le péage est de 3,00 $, 15 000 passages sont consommés. Le triangle hachuré représente alors le surplus du consommateur, alors que le trapèze formé par les points (6,00 $ ; E ; 15 et 0,00 $) représente la volonté à payer des consommateurs.
Selon la méthode des prix de marché, qui ne prend pas en compte le surplus du consommateur, ce bien est valorisé à 45 000 $/an1. Or, la volonté de payer des consommateurs pour se procurer le bien (incluant la valorisation par le prix de marché et le surplus du consommateur) est de 67 500 $/an2. Cela s’explique par le fait que certains consommateurs seraient prêts à payer 4,00 $ pour traverser le pont ; leur valorisation économique du bien est donc de 4,00 $ et non pas de 3,00 $, soit le prix de marché. De ce fait, la valorisation économique des biens marchands est sous-estimée dans cette méthode, puisqu’elle ne prend pas en compte le surplus du consommateur. La valeur économique des biens et services écosystémiques estimée par la méthode du prix de marché doit donc être considérée comme une valeur minimale. Dans la présente étude, cette méthode est appliquée pour les produits agricoles.
Surplus du consommateur : différence entre ce qu’un consommateur est prêt à payer pour un bien et le montant effectivement payé (ex. : péage pour traverser un pont ; certains consommateurs seraient prêts à débourser davantage que le montant demandé du péage).
Afin d’estimer la valeur de l’agriculture au Saguenay‒Lac-SaintJean, la différence entre les revenus et les couts de production et d’exploitation a été calculée afin de mesurer la rente réelle de ces espaces pour les 11 cultures dont les données étaient disponibles. Les revenus et les couts de production présentés dans Wood et coll. (2019) ont été transformés en dollars canadiens de 2021, puis utilisés dans le tableau ci-dessous. Les superficies cultivées pour chacune des 11 cultures identifiées ont été extraites de la Base de données des parcelles et productions agricoles déclarées (BDCA) de la Financière agricole du Québec (FADQ) pour l’année 2020. Les données financières présentées dans l’étude susmentionnée et la base de données de la FADQ ont permis de déterminer la valeur
↓ Figure 2 Offre et demande, surplus du consommateur et volonté à payer

1 Prix de marché : prix de 3,00 $ x 15 000 unités = 45 000 $ 2 Prix de marché + surplus du consommateur : (prix de 3,00 $ x 15 000 unités) + ((6,00 $ - 3,00$) x 15 000 unités/2)) = 67 500 $
↓ Tableau 10
Valeur de la production agricole au Saguenay‒Lac-Saint-Jean
Source : OURANOS, 2019. FADQ, 2020. Base de données des parcelles et productions agricoles déclarées.
totale du bénéfice net pour l’avoine, les baies (fraise, framboise, bleuet, canneberge et camerises), le blé, le canola, les crucifères (chou d’hiver, rutabaga, chou-fleur et navet), les légumes à gousses (haricot sec), le maïs, l’orge, les pommes de terre, le sarrasin et le soya3. Ces cultures représentent 31 % de la superficie cultivée des parcelles agricoles cultivables recensées. La valeur totale de l’approvisionnement de nourriture pour la couverture de ces 11 cultures est de 56,66 M$ annuellement, soit en moyenne 1 367 $/ha cultivé. Le tableau 10 présente le détail des revenus, des couts de production, des bénéfices nets, des superficies cultivées et de la valeur de ces cultures.
À titre comparatif, le PIB généré par la production agricole au Québec en 2019 était de 7,7 G$ (Coop Carbone, 2021) pour une superficie zonée agricole sur le territoire évalué à 6,3 Mha4, soit 1 223 $2019/ha. La valeur obtenue par Wood et coll. (2019) pour la région de Québec est de 1 616 $2017/ha. La valeur moyenne de 1 367 $/ha/ an obtenue dans la présente étude pour la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean semble donc robuste et est celle retenue pour l’analyse.
3 Toutes les superficies d’une même culture ont été estimées conjointement, sans distinction des particularités. Par exemple, « blé » inclut le blé de printemps humain, le blé de semence d’alimentation humaine, le blé de printemps animal, le blé d’automne d’alimentation animale et le blé de semence d’alimentation animale. 4 Gouvernement du Québec, 2021. Industrie agricole au Québec.
4.3.1.4 Activités récréotouristiques
La valeur économique des activités récréotouristiques dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean est déterminée par la méthode des couts de transport. Cette méthode détermine la courbe de demande de paysages, laquelle est une relation entre le nombre de visites et le cout de cette visite. La quantité de paysages demandés est exprimée en jour de fréquentation et le prix du paysage est déterminé selon le cout du trajet. Cette méthode est utilisée principalement pour estimer la valeur économique des sites de loisirs, des réserves fauniques et des parcs naturels. Selon cette méthode d’évaluation, les paysages non fréquentés n’ont donc pas de valeur ; la valeur économique déterminée par la méthode des couts de transport est donc dépendante de la polarisation résidentielle (Facchini, 1994). Elle requiert également un nombre important de données, comme le nombre de visiteurs, leur provenance, la distance parcourue jusqu’au site et les frais de déplacement. Un des enjeux de cette méthode, comme mentionné par Baranzini et coll. (2020), est l’évaluation et le rôle du temps dans l’estimation du cout de voyage. Selon les auteurs, l’utilisation du temps pour les loisirs possède un cout d’opportunité, car il pourrait être utilisé pour d’autres activités, comme le travail. En conséquence, le cout d’opportunité des loisirs est lié au taux horaire. Toutefois, comme le choix entre le travail et les loisirs peut être limité par des contraintes institutionnelles, le cout d’opportunité des loisirs représente une fraction du taux horaire ; il se situerait entre le quart et la moitié de celui-ci.
Lors de la diffusion du sondage auprès de la clientèle touristique, les visiteurs ont été invités à indiquer les attractions visitées, les dépenses réalisées, le nombre de personnes et la durée du séjour, ainsi que leur code postal. Ces informations, quoiqu’imparfaites, permettent de donner une idée générale de la valorisation de la région par les visiteurs selon la méthode des couts de transport. En effet, plusieurs éléments font en sorte que les données du sondage doivent être interprétées avec réserve. D’une part, le sondage a été diffusé sur les réseaux sociaux au mois de septembre 2021 ; la population visée est donc restreinte comparativement à un sondage réalisé sur le terrain. D’autre part, le sondage a été réalisé en période de COVID-19 et ne reflète pas la situation dite « normale » de l’industrie touristique en raison des restrictions liées aux voyages. La valorisation économique n’est représentative que des touristes québécois et est donc sous-évaluée. En effet, selon certaines MRC, la clientèle québécoise avant la pandémie ne représentait en moyenne que 38 % des visiteurs (MRC du Fjord-duSaguenay, moyenne pour les années 2017 2018-2019)1. De ce fait, il convient de supposer que pour les autres visiteurs (62 %), soit
Cout d’opportunité : perte des biens auxquels un individu renonce lorsqu’il procède à un choix, soit lorsqu’il affecte ses ressources (temps, argent, etc.) à une activité plutôt qu’une autre (ex. : cout d’opportunité d’une heure de loisirs comparativement à une heure supplémentaire de travail).
ceux venant de l’extérieur du Québec, les dépenses seraient largement supérieures, notamment en raison des couts de déplacement plus élevés (billets d’avion, trajets plus longs, etc.). De plus, bien qu’utilisée généralement afin de valoriser les sites de loisirs, comme les réserves fauniques, la méthode des couts de déplacement est employée dans ce cas-ci pour valoriser la visite de la destination dans son ensemble. Ceci s’explique, en partie, en raison de la faiblesse du sondage ; les répondants pouvaient indiquer toutes les attractions et activités réalisées dans la région durant leur séjour. Il est donc difficile d’associer les dépenses et les temps de déplacement aux sites de loisirs spécifiques. Le temps parcouru pour se rendre à la destination et les dépenses réalisées sont donc utilisés dans leur ensemble, indistinctement des activités réalisées, représentant la valorisation des touristes et visiteurs pour la région dans son ensemble (en période de COVID-19). Le temps alloué au transport est estimé à partir de la ville de résidence du répondant jusqu’à la destination initiale, soit la première activité mentionnée lors du sondage2. Comme indiqué précédemment, le temps alloué au transport est valorisé selon le taux horaire, à un ratio entre 25 % et 50 % de celui-ci. En raison du caractère sensible de la question, les répondants n’ont pas été questionnés sur leur salaire respectif lors du sondage ; le taux horaire moyen au Québec est donc utilisé dans l’estimation des couts de transport. Le tableau 11 présente plus précisément les hypothèses utilisées dans les estimations.
Selon ces hypothèses, les visiteurs du Saguenay‒Lac-Saint-Jean ayant répondu au sondage sont prêts à dépenser entre 99 $ (ratio de 25 %) et 112 $ (ratio de 50 %) quotidiennement par personne pour leur visite. Ceci inclut toutes les dépenses associées aux activités, à l’hébergement, au transport, etc., ainsi que le cout d’opportunité du déplacement. Ce résultat est à utiliser avec réserve
↓ Tableau 11
Hypothèses utilisées pour estimer le cout d’opportunité lié à la méthode des couts de transport
Source : Institut du Québec, 2021. Combien gagnent au juste les travailleurs québécois ?
puisque le sondage ne différencie pas le nombre de personnes entre les adultes et les enfants ; chaque personne a donc le même cout d’opportunité du temps alloué au déplacement.
Considérant un nombre de nuitées dans la région de 3,8 millions en 2016 (SEGMA, 2016 ; TSLSJ, 2016), la valorisation de la destination par la méthode des couts de transport s’évaluerait entre 379 M$ et 428 M$ par année, soit entre 151 $/ha et 170 $/ha pour la région à l’étude. Comme mentionné auparavant, ces estimations doivent être considérées comme une donnée minimale pour deux raisons. D’une part, l’absence de visiteur étranger lors du sondage diminue la valeur accordée à la région par les visiteurs. D’autre part, comme il s’agit d’une estimation pour la région entière, il est impossible de définir la courbe de l’offre et de la demande et donc d’estimer le surplus du consommateur, ce qui se traduit par une sous valorisation de la région. Néanmoins, à défaut d’une meilleure estimation, les valeurs de 151 $/ha et de 170 $/ha sont utilisées dans l’analyse comme valorisation minimale et maximale des visiteurs québécois de l’industrie récréotouristique de la région.
4.3.1.5 Analyse comparative avec l’Étude sur la performance touristique et l’impact économique du tourisme au Saguenay–Lac-Saint-Jean (2015)
Dans le cadre de l’Étude sur la performance touristique et l’impact économique du tourisme au Saguenay-Lac-Saint-Jean (SEGMA, 2016) réalisée en 2015, l’impact économique des touristes a été analysé. Bien que les hypothèses et les méthodes de calcul soient différentes pour l’étude de SEGMA (2016), les estimations présentent des résultats presqu’identiques, témoignant de la robustesse de l’analyse réalisée. Cette section vise à adapter et comparer les estimations brièvement.
En appliquant le nombre d’hectare aux dépenses effectuées par les touristes dans la région relevées dans l’étude de SEGMA (2016), la valeur obtenue est de 131,60 $/ha en dollars de 2021 (tableau 12).
Bien que cette valeur semble inférieure à celle obtenue lors de la présente analyse, il est important de noter qu’elle ne prend pas en compte le cout d’opportunité du déplacement. En excluant cette variable de l’estimation obtenue précédemment (151 $/ha), la valeur obtenue dans la présente étude est de 132,30 $/ha en dollars de 2021, soit une différence de 0,70 $/ha. De ce fait, il appert que la valorisation minimale estimée grâce au sondage mené lors de cette étude soit équivalente à celle obtenue lors de l’étude réalisée précédemment (sans le cout d’opportunité du déplacement).
Ainsi, la valorisation incluant le cout d’opportunité du déplacement s’élève donc entre 151 $/ha et 170 $/ha, selon le scénario retenu, et semble robuste.
1 Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean, 2021. MRC du Fjord-du-Saguenay.
2 Afin d’assurer un taux de réponse optimal, le questionnaire comportait moins de dix questions ; il était donc impossible de sonder précisément certains éléments.
↑ Tableau 12
Synthèse des résultats de SEGMA (2016) pour les activités touristiques
Source: SEGMA Recherche. Étude sur la performance touristique et l’impact économique du tourisme au Saguenay-Lac-Saint-Jean. 2016
4.3.1.6 Activités récréotouristiques par sous-secteur
Plusieurs sous-secteurs récréotouristiques ont fait l’objet d’une évaluation de la valeur économique. Afin d’éviter le double comptage, la valeur économique de ces sous-secteurs est présentée à titre informatif uniquement et n’est pas comptabilisée dans la valeur économique de l’industrie touristique.
Chasse, pêche et piégeage
Selon le MFFP1, les activités de chasse, de pêche et de piégeage auraient généré, dans la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean, plus de 88 M$ en 2018. Le tableau ci-dessous présente le détail des retombées économiques par activité en 2018 ainsi que la conversion en dollars canadiens de 2021. Lorsque divisées par la superficie totale de la région, soit 9,57 Mha, les activités de chasse, de pêche et de piégeage génèrent dans la région 9,83 $/ha en moyenne.
Les retombées économiques générées par l’industrie du camping ont été estimées grâce à 2 études réalisées en 2015 et 2017, soit :
• Impacts économiques et tendances de l’industrie du camping au Canada (SOM, 2015) (colonne « Canada » au tableau 13) ;
• Portrait de la pratique du camping au Québec (Raymond Chabot Grant Thorton, 2017) (colonne « Québec » au tableau 13).
Les deux études obtiennent les mêmes résultats, à quelques dollars près. Le tableau 13 présente la contribution au PIB de l’industrie du camping au Québec selon les deux études. En dollars canadiens de 2021, la contribution moyenne au PIB par emplacement de camping au Québec est de 10 122 $.
généré par les activités de chasse, de pêche et de piégeage au Saguenay‒LacSaint-Jean
Source: MFFP, 2018. La faune et la nature en chiffres.
1 MFFP, 2018. La faune et la nature en chiffres.
14
généré par l'industrie du camping au Québec et au Canada
Source: SOM, 2015. Raymond Chabot Grant Thorton, 2017.
↓ Figure Activités du tourisme de nature et d’aventure
La carte des emplacements de camping disponible sur le site de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean2 a ensuite été utilisée afin de déterminer le nombre d’emplacements de camping faisant partie de chaque entité de paysage afin d’obtenir la valeur économique générée par l’industrie. À titre d’exemple, 46 emplacements de camping ont été relevés à Sainte-Rose-du-Nord ; la contribution de cette entité de paysage au PIB de l’industrie du camping pour 2021 est donc estimée à 465 612 $. Cela représente 677 $/ha pour l’ensemble de la superficie de l’entité de paysage. Cette méthodologie a été appliquée de la même façon aux 69 entités de paysage.
Pourvoiries
Selon la Fédération canadienne des associations de pourvoiries (Southwick Associates, s.d.), l’impact économique des pourvoiries au Québec serait de 803 078 $2021 par pourvoirie. La liste des pourvoiries situées sur le territoire du Saguenay‒Lac-Saint-Jean disponible sur Zone Chasse3 a été utilisée afin d’identifier le
→ Figure 3 Activités de tourisme de nature et d'aventure
BNQ, 2003. Tourisme. Prestation des services à la clientèle – Tourisme de nature et d’aventure. NQ 9700-065.
nombre de pourvoiries par entité de paysage. Une valeur de 803 078 $ a donc été attribuée à chaque pourvoirie située sur le territoire à l’étude. À titre d’exemple, Zone Chasse répertorie une pourvoirie située dans l’entité de paysage 24, soit la plaine de la Shipshaw, ce qui représente une valeur moyenne de 35 $/ha pour l’impact de la pourvoirie de cette entité. Cette méthodologie a été appliquée de la même façon aux 69 entités de paysage.
Écotourisme et tourisme d’aventure
Selon le Bureau de normalisation du Québec (BNQ), les activités de tourisme de nature et d’aventure se regroupent en cinq catégories. La majorité des disciplines peuvent être associées à l’écotourisme dans la mesure où elles respectent les valeurs de cette forme de tourisme4. La figure 4 présente les activités incluses dans ce secteur, soit les activités nautiques, les activités terrestres, les activités hivernales ou nordiques, les activités aériennes et les activités d’observation de la nature.

2 Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean, 2021. Brochure – Où camper au Saguenay‒Lac-Saint-Jean ?
3 Zone Chasse, 2014. Pourvoirie.
4 L’écotourisme est une forme de tourisme qui vise à faire découvrir un milieu naturel tout en préservant son intégrité, qui comprend une activité d’interprétation des composantes naturelles ou culturelles du milieu, qui favorise une attitude de respect envers l’environnement, qui repose sur des notions de développement durable et qui entraine des bénéfices socioéconomiques pour les communautés locales et régionales. Gouvernement du Québec, 2013. Écotourisme et tourisme de nature au Québec.
Selon Aventure Écotourisme Québec (2004), les dépenses des visiteurs, touristiques et de l’ensemble du secteur de l’écotourisme et du tourisme d’aventure au Québec ont généré 1,44 G$ en 2004. Sachant que le Saguenay‒Lac-Saint-Jean est la seconde région la plus importante en matière de tourisme d’aventure au Québec avec 15 % des entreprises en service s’y retrouvant (Aventure Écotourisme Québec, 2018), il est possible d’estimer la contribution au PIB généré par ce secteur dans la région. Par extrapolation, la contribution du secteur de l’écotourisme dans la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean serait donc de 216 M$2004, soit 294 M$2021. De ce fait, selon la superficie du territoire, la contribution au PIB du tourisme d’aventure serait de 31 $/ha, pour la totalité de la superficie de la région (9,57 Mha), et de 117 $/ha, pour la superficie à l’étude (2,52 Mha). Étant donné que certaines activités sont régulièrement pratiquées à l’extérieur de la zone municipalisée à l’étude (ex. : motoneige), la valeur la plus réaliste se situe donc entre les deux estimations fournies. Il serait possible d’obtenir une valeur plus juste en divisant la contribution du secteur au PIB par la superficie estimée de pratique des activités montrées à la figure précédente.
Selon SEGMA (2018), la contribution au PIB de la pratique récréotouristique de la motoneige au Saguenay‒Lac-Saint-Jean serait de 123 M$2021, en y incluant les voyages et les excursions de motoneige ainsi que dépenses fixes des motoneigistes. Ceci signifie que la pratique de la motoneige dans la région génère en moyenne 13 $/ha pour l’ensemble de la superficie du Saguenay‒Lac-SaintJean. Cette hypothèse semble la plus réaliste puisqu’une proportion importante des sentiers de motoneige se situe à l’extérieur de la zone municipalisée à l’étude.
Activités de plein air
Une étude publiée par la Chaire de tourisme Transat ESG UQAM (2017) estime que les dépenses récréotouristiques des Québécois en lien avec les activités de plein air ont généré 1,63 G$ en PIB au Québec en 2017. Ces dépenses incluent le transport, l’hébergement, la restauration, les attraits et les activités touristiques, l’épicerie, la boisson et les produits pharmaceutiques, les frais d’accès
et les billets ainsi que la location d’équipement. En moyenne, 5 % des activités de plein air analysées dans l’étude sont réalisées dans la région du Saguenay‒Lac-Saint-Jean1, ce qui correspond à un PIB généré dans la région de 87 M$2021 et donc à une moyenne de 34 $/ha. Les activités considérées lors de cette étude sont les suivantes :
• Activités subaquatiques ;
• Canot en eau calme ;
• Canot en eau vive ;
• Canyonisme ;
• Course en sentier ;
• Escalade d’extérieur ;
• Vélo à pneus surdimensionnés (fatbike) ;
• Géocachette (geocaching) ;
• Kayak de mer ;
• Kayak en eau vive ;
• Kayak récréatif ;
• Observation de la faune ;
• Parcours aérien ;
• Patinage extérieur ;
• Planche à pagaie ;
• Planche à voile ;
• Parapente ;
• Rafting ;
• Randonnée équestre ;
• Randonnée pédestre ;
• Raquette ;
• Ski de fond ;
• Ski de montagne ;
• Équilibre sur sangle (slackline) ;
• Spéléologie ;
• Sports aérotractés ;
• Télémark ;
• Traineau à chiens ;
• Vélo sur route/piste ;
• Vélo de montagne ;
• Voile ;
• Yoga à l’extérieur.
1 En raison du faible nombre de répondants pratiquant cette activité au Québec, celle-ci est exclue du calcul de la moyenne (à l’exception de la spéléologie).
4.3.2 Valeur de non-usage
La valeur de non-usage réfère aux services rendus par les écosystèmes, comme la pollinisation, le contrôle de l’érosion, la purification de l’air, etc. Dans le cadre de la présente étude, la méthode de transfert des bénéfices a été utilisée afin d’estimer la valeur économique des services écosystémiques du
Saguenay‒Lac-Saint-Jean. Cette méthode implique de trouver des études primaires ayant sensiblement les mêmes caractéristiques que le paysage à l’étude et d’en transférer les bénéfices obtenus précédemment.
Selon la Banque mondiale (2004), la méthode de transfert des bénéfices produit des estimations valides et fiables sous condition que le service estimé soit similaire d’un site à l’autre et que les variables des sites possèdent des caractéristiques semblables. De plus, d’après Bouscasse et coll. (2011), cette méthode est la plus adaptée, parce qu’elle s’appuie sur plusieurs études et permet donc de capturer plusieurs situations et perceptions. La pratique montre que les méthodes les plus simples ne présentent pas un taux d’erreur plus élevé dans l’évaluation des bénéfices. D’ailleurs, le tableau 14 présente les taux d’erreur selon la méthode de transfert des bénéfices utilisée.
→ Tableau 15
Types de transfert de la « méthode de transfert des bénéfices » et taux d’erreur
Source : Bouscasse et al., 2011. Commissariat général au développement durable.
Les différences entre les taux d’erreur des trois types de transfert de la méthode de transfert des bénéfices sont non significatives, ce qui montre que le choix des études primaires à utiliser, et non le type de transfert, est le principal facteur de succès dans cette méthode d’évaluation. Dans le cadre de la présente étude, un transfert de moyenne sans ajustement est utilisé. Ce choix s’explique par le manque d’informations nécessaires à l’ajustement, la faible disponibilité des équations utilisées dans les études primaires et la différence non significative des taux d’erreur entre les types de transfert. Néanmoins, notons que, quelle qu’ait été la méthode d’estimation utilisée, les résultats seraient similaires puisqu’il n’y a pas de différence significative entre les taux d’erreur (tableau 15, de 37 % à 39 %).
Une revue de la littérature a été réalisée dans le but d’en obtenir les valeurs de transfert des bénéfices. Celles-ci varient grandement d’une étude à l’autre. Le tableau ci-dessous présente, selon l’écosystème et la géographie, les valeurs minimales et maximales répertoriées pouvant s’appliquer au contexte du Saguenay‒LacSaint-Jean. Le terme méta-analyse signifie que l’estimation a été obtenue en utilisant des valeurs globales non spécifiques à une région en particulier.
Le tableau ci-dessous donne un aperçu de l’étendue des valeurs répertoriées dans la littérature et pouvant possiblement être appliquées au contexte du Saguenay‒Lac-Saint-Jean. Deux études principales ont été retenues pour les estimations, soit : La richesse réelle de la région du Mackenzie (Initiative boréale canadienne, 2007) et First General Framework for the Quantification and Valuation of Ecosystem Services of Temperate Tree-Based Intercropping Systems Demonstrates Substantial Benefits for the Provision (Alam et coll., 2014). Les valeurs de la première étude sont utilisées pour les écosystèmes forestiers, les milieux humides, les terres agricoles, les milieux hydriques et les territoires urbains en raison de la ressemblance du site à l’étude avec la région du Saguenay‒LacSaint-Jean (région boréale du Canada), alors que les valeurs des services écosystémiques des milieux agroforestiers de la seconde étude sont appliquées au contexte du Saguenay‒Lac-Saint-Jean en raison de l’absence de meilleures estimations. Le tableau 16 présente les valeurs retenues par service écosystémique et par écosystème. Plusieurs services écosystémiques présentés au tableau 16 demeurent sans valeur ; les données actuelles ne permettent pas d’en évaluer la valeur avec robustesse. De ce fait, la valeur économique par hectare constitue donc un minimum uniquement. Cette valeur serait largement supérieure si les 17 services écosystémiques étaient évalués.
→ Tableau 16
Valeurs minimales et maximales des services écosystémiques selon l’écosystème ($/ha) et la géographie
Sources : Initiative boréale canadienne, 2007 ; Alam et al., 2014 ; Ouranos, 2013 ; Dupras et al., 2016 ; Troy et al., 2009.
1 Une seule étude répertorie la valeur des services écosystémiques sur les territoires urbains et agroforestiers au Canada. Les valeurs minimales et maximales sont donc les mêmes.
(Canada – Région boréale)
630 (Méta-analyse)
Milieux humides 3 751 (Québec) 236 231 (Amérique du Nord)
Terres agricoles 114 (Canada – Région boréale)
Milieux hydriques
Milieux agroforestiers 1
152 (Ontario)
2 643 (Méta-analyse)
68 528 (Ontario)
1 966 (Québec) 1 966 (Québec)
Territoires urbains 1 153 (Canada – Région boréale) 153 (Canada – Région boréale)
↓ Tableau 17
Valeur des services écosystémiques retenus ($/ha/an)
Source : Initiative boréale canadienne, 2007. Alam et al., 2014.
Note : Les valeurs en dollars canadiens de 2005 présentées au rapport ont été converties en dollars canadiens de 2021 grâce à la feuille de calcul de l’inflation de la Banque du Canada (18 novembre 2021).
Selon Troy et coll. (2009), la valeur économique (V) des services écosystémiques (SES) rendus par un écosystème ( V(SESi)) est déterminée par l’équation ci-dessous :

Où : S(CSi) est la superficie (ha) pour la couverture du sol de type i. V(SEki) est la valeur annuelle ($) pour un hectare de couverture du sol i pour le service écosystémique k
La valeur totale des services rendus par l’écosystème serait donc l’addition de tous les services écosystémiques rendus par les différents types de couvertures du sol. À titre d’exemple, le tableau 17 présente la valeur économique des services écosystémiques de l’entité de paysage du Petit-Saguenay. La même méthodologie est appliquée à toutes les entités de paysage à l’étude.
De ce fait, les services écosystémiques fournis par l’entité de paysage du Petit-Saguenay sont évalués à 1 578 $/ha pour 2021.
→ Tableau 18 Exemple de calcul de la valeur des services écosystémiques (entité de paysage du PetitSaguenay)
4.3.3 Impacts des biens et services écosystémiques sur le bienêtre humain
En plus de l’évaluation économique des services rendus par les écosystèmes, ceux-ci affectent positivement le bienêtre humain. Bien qu’il soit difficile de chiffrer cet impact sur le bienêtre, l’INSPQ (2017) répertorie cinq facteurs expliquant le lien entre la santé et les espaces verts : ils encouragent l’activité physique, améliorent la qualité de l’air, protègent contre la chaleur, réduisent le stress de la vie quotidienne et renforcent le sentiment d’appartenance à la communauté. De plus, les espaces verts sont associés à une moindre prévalence des maladies cardiovasculaires, des troubles musculosquelettiques, des problèmes respiratoires, des problèmes de santé mentale, des migraines, des vertiges et du diabète (INSPQ, 2017). Cependant, l’effet des espaces verts sur la santé s’estompe fortement lorsque la distance de l’espace vert est de plus d’un kilomètre. Bien que ces effets ne soient pas comptabilisés en termes monétaires dans la présente étude, l’ISNPQ (2017) présente tout de même certains exemples de l’impact des biens et services sur le bienêtre humain, à savoir :
• Une hausse de 10 % de la proximité de la canopée des grands arbres est associée à une réduction de la naissance de bébés de faible poids, diminuant les couts engendrés lors de la première année de vie de l’enfant (jusqu’à 133 333 $ US) ;
• Une marche de 20 minutes dans un parc urbain serait sensiblement l’équivalent à l’effet maximal d’une dose de méthylphénidate (médicament pour le déficit de l’attention), permettant d’éviter des couts allant jusqu’à 1,9 G$ US ;
• La nature urbaine engendrerait des effets positifs sur les populations, ce qui réduirait la criminalité et, par le fait même, les couts de santé qui y sont liés (entre 341 M$ et 899 M$ par année).
Finalement, la valeur économique des biens et services écosystémiques pouvant être évalués monétairement ne représente qu’une fraction de leur apport total. La figure 5 donne un aperçu de l’ensemble des éléments du bienêtre humain contribuant aux écosystèmes. Les services de régulation, soit la régulation du climat, la régulation des crues, l’épuration des eaux et la régulation des maladies, sont ceux ayant l’impact le plus important sur le bienêtre humain, notamment sur les aspects de la sécurité (ex. : capacité d’habiter dans un environnement sain et propre), des éléments de base pour une vie agréable (ex. : sources suffisantes et accessibles de nourriture nutritive) et de la santé (ex. : capacité d’accès à de l’eau potable).
De façon générale, les services de support rendus par les écosystèmes, soit la constitution des sols, le développement du cycle nutritionnel et la production primaire, permettent la prestation des trois autres types de services rendus par les écosystèmes : les services d’approvisionnement, les services de régulation et les services culturels. Ces services, dont quelques-uns ont été évalués monétairement précédemment, contribuent à la sécurité, à une vie agréable, à la santé et à la promotion de bonnes relations sociales au sein de la société.
↓ Figure 4
Impacts des biens et services écosystémiques sur le bienêtre humain
Source: Millenium Ecosystem Assesment. Ecosystems and Human Well-being. 2005.
SERVICES DE SUPPORT
Constitution des sols
Développement du cycle nutritionnel
Production primaire
Services d'approvisionnement
Aliments
Eau douce
Bois et fibre
Produits chimiques Ressources génétiques
Services de régulation
Régulation du climat
Régulation des crues Épuration des eaux
Régulation des maladies
Sécurité
Sécurité personnelle
Capacité d'habiter un environnement sain/propre
Capacité d'atténuer la vulnérabilité aux chocs et stress écologiques
Éléments de base d'une vie agréable
Sources de nourriture nutritive suffisantes et accessibles
Capacité d'avoir un toit
Capacité d'accès aux ressources (revenus et bienêtre)
Santé
Capacité d'accès à l'eau potable
Capacité d'échapper aux maladies évitables
Capacité de vivre dans un environnement sain
Capacité d'accès à une source d'énergie protégeant de la chaleur et du froid
LIBERTÉ DE CHOIX ET D'ACTION
Opportunités de réaliser ses objectifs
Services culturels
Esthétique
Spiritualité Éducation
Écotourisme
Héritage culturel
1 NOTE : l'épaisseur des flèches exprime le degré du lien entre les services rendus et les éléments du bienêtre
Bonnes relations sociales
Cohésion sociale Respect mutuel
Habilité à aider les autres
Opportunité d'externaliser les valeurs liées aux écosystèmes
4.3.4 Autres exemples d’application pertinente relevés dans la littérature
Bien que certaines méthodes d’estimation de la valeur économique n’aient pas été utilisées dans la présente étude, la revue de la documentation a permis de relever des exemples pertinents, appliqués notamment pour des écosystèmes canadiens.
Méthode des couts de remplacement
La méthode des couts de remplacement consiste à évaluer ce qu’il faudrait payer si l’écosystème ne fournissait pas le service. La validité de la méthode requiert trois conditions :
1. que le service de remplacement soit équivalent en qualité et en ampleur au service ;
2. quel remplacement soit le moyen le moins couteux de remplacer le service ;
3. que les gens soient réellement prêts à payer le cout de remplacement pour obtenir le service (Banque mondiale, 2004).
Cette méthode est particulièrement utile afin d’estimer la valeur économique des services de purification de l’eau. À titre d’exemple, selon cette méthode, le gouvernement albertain (Wang et coll., 2011) a estimé la valeur économique du service de purification de l’eau (71 M$2011 à 694 M$2011 par année) et du service de contrôle de l’érosion (338 M$2011 par année) pour le milieu humide Shepard, situé dans le parc Ralph Klein, à Calgary.y.
Méthode des dommages évités.
Cette méthode vise à estimer la valeur monétaire des dommages causés par les conséquences de la détérioration des paysages et des écosystèmes. Elle est particulièrement pertinente pour estimer les dommages évités grâce à la séquestration de carbone ou la prévention des inondations. Notons que cette méthode peut également être appliquée à plusieurs écosystèmes (ex. : forêts urbaines), mais la littérature se concentre particulièrement sur les milieux humides. À titre d’exemple, la prévention des inondations par les milieux humides de la Communauté métropolitaine de Québec a été estimée à près de 50 M$ par année selon cette méthode (Wood et coll., 2019).
Méthode des prix hédoniques
Cette approche permet de décomposer le prix global d’un bien complexe, comme une maison, en prix élémentaires de chacun des
attributs constituant ce bien, comme les caractéristiques structurelles du logement et de la transaction, les caractéristiques du voisinage et d’accessibilité au centre d’emploi et les caractéristiques paysagères (Brossard et coll., 2008). Selon la méthode des prix hédonistes, la différence de prix entre deux maisons équivalentes situées à proximité de paysages différents s’explique par la beauté du paysage, toutes choses égales par ailleurs. Cette approche peut être appliquée aux transactions immobilières et aux prix des hébergements ou encore pour estimer l’impact négatif que certaines infrastructures peuvent avoir sur le paysage (ex. : infrastructures énergétiques ; Baranzini et coll., 2020). En voici quelques exemples (Berthold et coll., 2019) :
• Le statut de conservation d’un espace ouvert augmente la valeur moyenne des maisons adjacentes de 22 000 à 31 000 $ US (Pennsylvanie) ;
• Un point de vue de qualité sur la mer contribue à la hausse de l’estimation de la propriété de 2 000 $ AUS (Ocean Reef, Australie) ;
• La Ceinture verte mise en place autour de Toronto a contribué à une augmentation moyenne de la valeur des propriétés dans la zone de 16 500 $ CA ;
• Les terrains à construire limitrophes à une forêt comportent une prime entre 5 800 et 8 400 $ US (Michigan).
À contrario, certaines caractéristiques des paysages peuvent affecter négativement la valeur des propriétés. En voici quelques exemples, toujours selon Berthold et coll. (2019) :
• L’augmentation de la distance d’une carrière (10 %) corrèle avec une hausse de la valeur des propriétés de 1 % (Israël) ;
• La proximité d’un puits de gaz naturel (moins de 3 500 pi) diminue la valeur des propriétés de 1,5 % à 3 % (Texas) ;
• La proximité d’une éolienne (2 km ou moins) diminue la valeur des propriétés de 1,4 % (Pays-Bas ; Baranzini et coll., 2020).
Cette méthode n’a pas été utilisée dans la présente étude puisque les demandes d’informations relatives aux transactions immobilières sur le territoire du Saguenay‒Lac-Saint-Jean sont restées sans réponse.
4.3.5 Valeur actuelle
La valeur actuelle des biens et services fournis par les paysages est obtenue grâce au principe d’actualisation. Selon certains auteurs, le choix d’un taux d’actualisation dans l’économie des changements climatiques est une question controversée puisqu’il a un impact important sur le résultat de l’analyse des couts (Dupras et coll., 2013). Aussi, plus un taux d’actualisation est élevé, moins on accorde de valeur à l’avenir et donc, implicitement, aux générations futures (Hequet, 2008). Selon la Banque mondiale (2006), le taux d’actualisation à utiliser pour estimer la valeur actuelle des services écosystémiques se situe entre 2 % et 4 %. D’ailleurs, plusieurs études (Dupras et al., 2016 ; Chiabai et al., 2009 ; etc.) utilisent un taux d’actualisation de 3 % pour estimer la valeur des services écosystémiques. Ce taux est aussi recommandé par Environnement et Changement climatiques Canada (2016). Dans le cadre de la présente étude, la valeur de 3 % a donc été retenue. La valeur actuelle des services écosystémiques avec un taux d’actualisation de 2 % et 4 % est également présentée en annexe afin d’en démontrer la sensibilité. Notons cependant que certains auteurs utilisent des taux d’actualisation encore plus faibles (1,4 %, Dupras et coll., 2013 ; 1,5 %, Gowdy et coll., 2010) ; la fourchette inférieure de 2 % ne devrait donc pas être considérée comme le minimum envisageable dans la présente étude.
La littérature mentionne aussi que les valeurs de non-usage, comme les services écosystémiques, devraient avoir un taux d’actualisation largement inférieur aux valeurs d’usage, comme les valeurs récréatives, de subsistance, thérapeutiques et esthétiques (Brander et coll., 2010). Plus précisément, la différence entre le taux d’actualisation des valeurs d’usage et de non-usage devrait se situer entre 0,6 point de pourcentage et 1,2 point de pourcentage (Baumgartner et coll., 2014). Afin de simplifier l’analyse, une différence de 1 point de pourcentage a été retenue. À titre d’exemple, lorsque la valeur actuelle des services écosystémiques est évaluée à un taux d’actualisation de 3 %, la valeur actuelle de la contribution de l’industrie forestière au PIB est évaluée à un taux d’actualisation de 4 %. Pour ce qui est de la période d’actualisation, elle varie de 20 ans (ex. : produits agricoles ; Dupras et coll., 2013) à 300 ans (ex. : carbone ; Environnement et Changement climatique Canada, 2016), selon le type de bien et service écosystémique évalué et les auteurs.
Dans le cadre de la présente étude, deux méthodes d’actualisation sont utilisées, soit la valeur actuelle d’une rente (« perpétuité ») constante, c’est-à-dire une suite infinie de flux monétaires constants (équation 1), et la valeur actuelle d’une annuité constante, c’est-à-dire une suite de flux monétaires constants (équation 2 ; Farber, 2005) :

Où : VA représente la valeur actuelle, f représente le flux monétaire, r représente le taux d’actualisation et n représente le nombre de périodes (années).
L’équation 1 est utilisée afin d’actualiser la valeur des services écosystémiques, alors que l’équation 2 est utilisée pour actualiser la valeur de toutes les autres composantes de la VET. Ceci s’explique par le fait que les écosystèmes, s’ils sont protégés, dégageraient à l’infini le même flux monétaire qu’aujourd’hui. Cette estimation représente donc la valeur maximale des services écosystémiques. Selon une vision plus réaliste et en adéquation avec les études réalisées précédemment, la valeur des services écosystémiques est aussi évaluée selon la seconde équation, sur une période de 50 ans.
Concernant les autres composantes de la VET, une période de 30 ans a été retenue pour l’analyse. En d’autres mots, il est supposé que l’industrie forestière, l’industrie minière, l’agriculture, etc. génèreront les mêmes flux monétaires pour les 30 prochaines années.
4.3.6 Résultats globaux
Cette section présente les résultats globaux de la valeur actuelle des paysages pour les 69 entités de paysage retenues. Les résultats par entité de paysage sont disponibles à l’annexe 4. La fourchette inférieure (tableau 18) correspond aux valeurs estimées lorsque le taux d’actualisation des services écosystémiques est de 2 % et que le taux d’actualisation industriel est de 3 %. La fourchette supérieure correspond à des taux de 4 % et 5 % respectivement. La colonne du milieu représente donc la valeur recommandée par Environnement et Changement climatique Canada, soit de
3 % pour les services écosystémiques et de 4 % pour le taux d’actualisation des activités industrielles. Les services écosystémiques contribuent considérablement à la VET de la région à l’étude, soit entre 142 G$ et 330 G$ selon les hypothèses retenues. Le tourisme est la deuxième composante la plus importante, avec une valeur actuelle estimée entre 5,8 G$ et 8,4 G$, selon les hypothèses. La valeur actuelle de l’industrie forestière se chiffre entre 6,2 G$ et 7,9 G$ et celle de l’agriculture, entre 3,5 G$ et 4,5 G$. Enfin, la valeur actuelle de l’industrie minière est estimée entre 0,9 G$ et 1,2 G$.
Valeur d’usage
minière
901,9 (105 $/ha/an)
(12 $/ha/an)
(15 $/ha/an) Agriculture commerciale
Tourisme (ratio de 25 %) 1
542,5 (47 $/ha/an)
984,9 (53 $/ha/an) 4 516,9 (60 $/ha/an)
5 829,9 (77 $/ha/an) 6 557,9 (87 $/ha/an) 7 433,3 (98 $/ha/an)
Tourisme (ratio de 50 %) 1 6 571,8 (87 $/ha/an) 7 392,4 (98 $/ha/an) 8 379,3 (111 $/ha/an)
Services écosystémiques (50 ans)
Services écosystémiques (perpétuité)
Valeur de non-usage
141 587,8 (1 125 $/ha/an)
164 773,5 (1 309 $/ha/an)
Valeur économique totale (hypothèse 1) 2 158 433,7 (1 348 $/ ha/an)
Valeur économique totale (hypothèse 2) 3
→ Tableau 19
Valeur actuelle des 69 entités de paysage (M$)
181 619,4 (1 532 $/ ha/an)
169 583,3 (1 348 $/ha/an)
219 697,9 (1 746 $/ha/an)
188 532,8 (1 598 $/ ha/an)
238 647,5 (1 996 $/ ha/an)
207 111,0 (1 646 $/ha/an)
329 546,9 (2 619 $/ha/an)
228 590,2 (1 931 $/ha/an)
351 026,1 (2 904 $/ha/an)
1 Voir la section « activités récréotouristiques » pour les détails.
2 VET considérant la moyenne entre les valeurs du tourisme selon les ratios de 25 % et 50 % ainsi que la valeur des services écosystémiques pour une période de 50 ans.
3 VET considérant la moyenne entre les valeurs du tourisme selon les ratios de 25 % et 50 % ainsi que la valeur des services écosystémiques à perpétuité. Même s’il s’agit d’un calcul de perpétuité, la valeur annuelle à l’hectare est estimée sur une période de 50 ans.
4.3.6.1
Analyse AFOM de la méthodologie
Wood et coll. (2019) ont réalisé une analyse AFOM (avantages, faiblesses, opportunités et menaces) de l’évaluation des services écosystémiques pour le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec. Cette analyse est reprise en raison de sa pertinence pour le présent mandat. Le tableau 19 énumère les différents éléments mentionnés.
Avantages
• Orientation de la décision et de la planification du territoire à l’échelle locale et régionale.
• Établissement d’un diagnostic des enjeux actuels sur la base des nouveaux indicateurs et des nouvelles connaissances relatives aux services écosystémiques.
• Sensibilisation des décideurs, des parties prenantes et du grand public sur les enjeux environnementaux.
• Support efficace pour la protection des milieux naturels (arguments concrets et pertinents).
Opportunités
• Implication dans l’avancement du discours et des propositions concernant la prévention des changements climatiques.
• Protection et mise en valeur des milieux naturels.
• Évaluation économique des services écosystémiques pouvant servir d’outil d’estimation des couts globaux d’un développement, incluant la perte de services écosystémiques et le cout de leur remplacement.
Faiblesses
↓ Tableau 20
Analyse AFOM de l’évaluation des services écosystémiques réalisée par Wood et al. (2019)
• Dimension statique de l’évaluation et manque de flexibilité quant aux évolutions temporelles des différents facteurs.
• Évaluation entrainant une contrainte au développement urbain (projets routiers, résidentiels, industriels, commerciaux, etc.).
• Crainte d’une utilisation des résultats à mauvais escient (ex. : légitimation de la destruction d’un milieu naturel de faible valeur économique).
→ Tableau 21 Ventilation de la valeur économique totale moyenne des 69 entités de paysage (hypothèse 1, fourchette recommandée)
Obstacles
• Pression de développement (densification contre étalement urbain).
• Risque d’incompréhension d’un tel exercice en raison du manque de concrétude du concept de services écosystémiques.
• Fiscalité municipale basée sur la richesse foncière et la perception des taxes municipales.
Le paysage régional au coeur de la prise de décision et moteur de développement
Le paysage régional du Saguenay–Lac-Saint-Jean est une composante primordiale de son attrait touristique. Or, le tourisme n'est pas la seule activité supportée par le territoire. La région est, depuis des siècles, caractérisée par des activités industrielles, agricoles, forestières et institutionnelles qui se reflètent à travers les dynamiques de ses paysages.
Au-delà de l'occupation humaine, les paysages naturels et aménagés supportent aussi une série de services écosystémiques essentiels qui doivent être pris en compte dans la planification territoriale. Les valorisations paysagères relevées (environnementale, culturelle et patrimoniale, emblématique et esthétique, sociale, économique), synthétisées à l'aide d'indices relatifs, témoignent de la modulation importante des variables qui sous-tendent l'appréciation et l'apport des paysages régionaux à toutes les facettes de la vie dans la région.
Côté économique, sur la base des hypothèses retenues dans cette étude, la valeur actuelle totale des 69 entités de paysages analysés du Saguenay–Lac-Saint-Jean, serait évaluée entre 158 G$ et 351 G$, selon les hypothèses retenues. Les services écosystémiques représentent 84 % de cette valeur (tableau 21, page 96). Le tourisme dans la région est la deuxième composante en importance de la valeur économique totale, suivi de l’industrie forestière, lesquels représentent chacun 6 % de la valeur économique totale. L’agriculture commerciale représente environ 3 % de la valeur économique des paysages analysés. Finalement, l’industrie minière compte pour 1 %. En moyenne, chaque hectare de la région d’intérêt est valorisé à 1 598 $/ha/an.
Il convient aussi de mentionner que ces valorisations ne sont pas substituables, c’est-à-dire qu’il est improbable de substituer un hectare d’agriculture commerciale à un hectare d’opérations forestières en espérant faire un gain de 39 $/ha/an. De plus, le cout de la perte des services écosystémiques n’est pas équivalent à la valeur par hectare, mais plutôt au cout à débourser pour remplacer le service écosystémique touché. Ainsi, l’estimation de la valeur
économique des biens et services écologiques peut servir d’outil pour estimer les couts globaux d’un projet incluant la perte de services écosystémiques et le cout de leur remplacement. Il appert alors essentiel de développer la capacité à estimer et modéliser la production des services écosystémiques selon divers scénarios d’aménagement ou de développement, permettant ainsi aux décideurs et parties prenantes de comprendre l’impact global des projets. Les bénéfices générés par les biens et services écologiques mériteraient d’être intégrés dans le processus décisionnel afin de s’assurer d’affecter de façon optimale les ressources. L’absence d’une valeur économique attribuée, par exemple, aux services écosystémiques, fait en sorte qu’ils ne sont pas pris en compte, puisque considérés comme gratuits. Cette étude est donc une première étape vers la mise sur pied d’un outil d’évaluation des projets de développement qui tiendrait compte de l’impact sur les paysages, de la mise en valeur des paysages, de l’impact sur la population, etc.
D’ailleurs, un outil d’aide à la décision quant à l’implantation potentielle de projet de développement est en cours d’élaboration, et sera disponible au courant de l’année 2022. L'objectif de cet outil sera d'appuyer la prise de décision des organisations paramunicipales et municipales ainsi que des aménagistes lors du processus de planification de projets de tout type, de manière à placer le paysage régional au coeur des préoccupations de développement. Cet outil mobilisera les connaissances développées et compilées pour la présente étude. Une fois en place, il s'agira de le mettre à jour au gré du développement de la connaissance territoriale du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
↓ Le bas du fjord depuis Tadoussac
Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau

↓ Les vallées perpendiculaires au fjord : Petit-Saguenay.
Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau


↑ Au centre-ville de Chicoutimi, départ vers le fjord
Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau

↑ Au parc national du Fjorddu-Saguenay
Photo : Louis-Philippe Rousselle-Brosseau






Les différentes annexes sont attachées sous format électronique. Ci-bas, le nom du fichier contenant chacune des annexes.
Annexe 1 Infrastructures d'accès et de promotion par entité de paysage
Annexe 2 Espèces menacées sur le territoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean
Annexe 3 Listes des paysages retenus selon les 4 indices de valeur
Annexe 4 Valeur actuelle des différentes composantes de la VET
Fascicule 1 Fiches synthèses des paysages de la MRC du Fjord-du-Saguenay F1
Fascicule 2 Fiches synthèses des paysages de la Ville de Saguenay
Fascicule 3 Fiches synthèses des paysages de la MRC de Lac-Saint-Jean-Est
Fascicule 4 Fiches synthèses des paysages de la MRC du Domaine-du-Roy
Fascicule 5 Fiches synthèses des paysages de la MRC de Maria-Chapdelaine
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