Skip to main content

Programme de salle Ce qui évolue, ce qui demeure

Page 1

Côté public Séances spéciales • Audiodescription Jeudi 20 octobre • Surtitrage allemand Samedi 5 novembre • Surtitrage français Dimanche 6 novembre 2

Rencontres • Bord de plateau en présence de l’équipe artistique du spectacle, à l’issue de la représentation jeudi 20 octobre • Dans le cadre de Théâtre en pensées, une rencontre avec Howard Barker était prévue le lundi 7 novembre ; l’auteur ne pouvant être présent, cette rencontre est annulée. > Prochain Théâtre en pensées avec Claudio Tolcachir le lundi 21 novembre à 20h au TNS. Atelier de critique théâtrale • Les participants seront invités à confronter leurs points de vue lors d’un échange animé par Barbara Engelhardt, journaliste, avant de rencontrer une personne de l’équipe artistique du spectacle et de s’essayer à l’écriture d’un article critique. Lundi 14 novembre de 18h30 à 22h30 à la Librairie Quai des Brumes (120 Grand Rue). Entrée libre dans la limite des places disponibles. Inscription obligatoire auprès de Lorédane Besnier 03 88 24 88 47 ou l.besnier@tns.fr


CRéation avec les comédiens de la troupe du TNS

Ce qui évolue, ce qui demeure De Howard Barker Mise en scène Fanny Mentré • Traduction Pascale Drouet

Scénographie et costumes Tomoyo Funabashi • Lumières Olivier Oudiou • Son Lucas Lelièvre • Dessins et animation Elsa Marc • Magie Thierry Collet • Maquillages Ariane Morgenstern • Postiches Jérémy Azra • Assistanat à la lumière Thibault Moutin • Assistanat à la mise en scène Marie Desgranges* Avec Muriel Inès Amat* La mère de Hoik Xavier Boulanger November, un abbé Fred Cacheux* Slee, un moine Antoine Hamel* Hergood, un moine / Il Signor, un maître d’armes à feu Ivan Hérisson* Light, un vagabond David Martins* Toonelhuis, un grand propriétaire terrien Cécile Péricone* Hoik, un moine Alain Rimoux Tram, un haut dignitaire de l'Église * Comédiens de la troupe du TNS Équipe technique du TNS Régie générale Bruno Bléger • Régie lumière Patrick Descac, Christophe Leflo de Kerleau (en alternance) • Régie son Lucas Lelièvre • Régie plateau Arthur Plath • Machiniste Karim Rochdi • Accessoiriste Olivier Tinsel • Habilleuse Charlotte Pinard-Bertelletto • Lingère Joëlle Gitchenko Les décors, accessoires et costumes du spectacle ont été réalisés par les ateliers du TNS et mis en place par les équipes techniques : Joël Abler, Hervé Cherblanc, Christian Hugel, Jean-Michel Kuhn, Casimir Lis, Gérard Logel, Daniel Malher, Jean-François Michel, Maxime Schaké, Alain Storck et Olivier Tinsel (décors et accessoires). Bénédicte Foki, Céline Ganzer, Blandine Gustin, Farida Kalt, Élisabeth Kinderstuth et Carole Lacroix (costumes). Charles Ganzer, Fabrice Henches et Daniel Masson (plateau) ; Didier Mancho et Alexandre Rätz (lumière) ; Maxime Daumas, Sébastien Lefèvre et David Schweitzer (son).

Du mardi 11 au jeudi 27 octobre 2011 & Du jeudi 3 au jeudi 10 novembre 2011 Horaires : du mardi au samedi à 20h, dimanche 6 novembre à 16h Relâche : les lundis et les dimanches (excepté le 6) Espace Klaus Michael Grüber (18 rue Jacques Kablé) Durée : 2h30 environ Production Théâtre National de Strasbourg

3


4


On n'entre pas dans une pièce de Barker, on est saisi, tout de suite, dès la première scène, dès les premiers mots, on est saisi par le langage. C'est ce qui m'est arrivé quand j'ai commencé à lire Ce qui évolue, ce qui demeure. À la fin de la première scène, je savais déjà que j'étais face à quelque chose de rare. Ce texte m'est parvenu par Internet, la saison dernière. Par une succession de « petits bonds » pour reprendre une expression employée dans la pièce. C'est Pascale Drouet, que je ne connaissais pas, qui me l'a adressé. Pascale Drouet enseigne à l'Université de Poitiers, elle est spécialisée dans le théâtre élisabéthain. Elle était allée trouver Jean-Michel Déprats, pour qu'il lui confie un travail de traduction de Shakespeare. Et elle est repartie avec, dans son sac, des textes inédits de Barker... Quatre ans après avoir traduit celui-ci, qu'elle avait choisi, son ami Patrick Werly, de l'Université de Strasbourg, croise Andrée Pascaud (ancienne directrice des relations publiques du TNS). Andrée lui parle du comité de lecture du TNS et, suite à cette discussion, Patrick Werly conseille à Pascale d'envoyer le texte à notre groupe de lectrices/lecteurs, « au cas où... ». J'aime les chemins biscornus, les faux hasards qui aboutissent (parfois !) à des vraies rencontres. Je lis, donc, et d'emblée je suis embarquée par la langue, par la fulgurance des mots, embarquée dans cette liberté, ces choix de lectures qu'offre le texte, cette ouverture constante à l'imagination, aux multiples possibles, ce questionnement permanent des rapports. Rapport au monde, à l'autre, à soi dans le monde à partager avec l'autre, rapport au théâtre aussi, au geste « artistique » en général, rapport à la beauté. Oser parler de la beauté, se demander ce que c'est, la beauté. Se demander ce que c'est, l'art. En quoi et à qui il est utile. Je parle de questionnement, et on pourrait en déduire qu'il s'agit d'un « théâtre de la pensée ». C'est vrai et c'est faux. Ce qui est questionné en tout premier, c'est le corps, les sensations, la perception au sens le plus large. Barker aime les acteurs, c'est évident. En juin 2011, toute notre équipe s'est réunie deux jours pour travailler sur le texte. Aborder les choses, échanger nos points de vue, nos questions. Je me rends compte a posteriori, en repensant à nos séances de travail, que les expressions qui revenaient le plus souvent avant d'articuler nos réflexions étaient « oh, c'est beau », « ça fait du bien »... le texte produit ça, quelque chose qui s'apparente au langage du désir. Il y a une évidence, pour les acteurs, à dire ces mots, c'est jouissif comme Racine ou Baudelaire, comme Bach ou Sibelius, c'est de la grande musique, ça soulève, on ne comprend pas d'où ça vient mais on est bouleversé. Il y a une forme de limpidité qui naît de l'inattendu. Comme en musique. Je pense souvent à la musique quand j'entends le texte. Avant que nous nous réunissions en juin, je réécoutais souvent l'enregistrement de la toute première lecture que nous avions faite en public le 12 juin 2010 au TNS. J'aimais y entendre le plaisir évident des acteurs. J'aime l'espace de « débordement » qui leur est offert dans ce texte. Outre la musique classique, je passais de l'écoute de cet enregistrement aux CD de Barbara, Ingrid Caven chantant Piaf (je pense à « c'est peut-être ça ») ou Anna Prucnal chantant Essénine ou Maïakovski et j'y voyais une continuité. C'est de la tragédie, tout ça, c'est à la fois populaire et insondable. Ça résonne en nous. C'est de la douleur salvatrice.

5


Barker écrit des vagues. Pas de ponctuation, pas d'enfermement des mots, un déferlement, parfois interrompu par la parole d'un autre personnage, par une autre vague qui submerge la première, mais elle revient, par en-dessous, réapparaît, ou pas. Pour moi, c'est cela, ce texte, c'est beau, c'est évident comme la mer. Mais si on me demande de suivre le mouvement précis d'une vague, j'en suis incapable, je ne peux pas la distinguer, la dissocier du flux et reflux continu. C'est complexe, c'est indiscernable, ça ne rentre dans aucune case, ça caresse, ça secoue et ça submerge. Dans le texte de Barker, l'humain est complexe et indiscernable, comme les vagues, et si susceptible de se laisser submerger ! Ce qui m'intéresse dans cette pièce, c'est ce que je n'y comprends pas. Notamment, j'aime le fait qu'il soit impossible de trancher sur la nature des rapports entre les personnages. On croit saisir la nature d'un rapport et soudain, parfois en une réplique, tout bascule. Par exemple, on peut envisager le personnage de Hoik comme une victime d'une société formatée et trop habituée au médiocre pour l'accepter. On peut aussi le voir comme un gamin nombriliste, réactionnaire, incapable de s'adapter à l'évolution des choses et fermé à toute idée de modernité. En réalité, il est les deux, probablement. Un adolescent à la fois héroïque et horripilant. Et cette ambivalence existe chez tous les personnages. Chacun est sur le fil, renvoyé à sa propre instabilité. Cela me fait penser aux conflits amoureux, aux disputes. Quand on s'interroge sur leur origine, on se rend vite compte qu'on est face à deux vérités irréconciliables. On se rend vite compte que ce que chacun qualifie de « vérité » est mouvant. C'est cette complexité que Barker met sans cesse en avant. Il nous met face à l'irréconciliable de l'humain, avec l'autre et avec soi-même. On ne peut pas « trancher », couper des têtes, dire « voilà le gentil et voilà le méchant ». Son regard nous amène bien loin de la fable, bien loin de « l'habitude de la morale ». Le théâtre de Barker est dangereux, c'est de l'inconfort. C'est cet inconfort que j'aime. Il nous repose de l'envahissement perpétuel des certitudes infantilisantes, de leur convoi de vulgarités. Barker expose des visions extrêmes, et l'idée même de « raison » devient déraisonnable.

6

Il y a cette phrase qui revient souvent dans le texte : « La beauté évolue, elle n'est pas immuable ». Là encore, le regard se déplace. C'est si vrai pour les corps, par exemple. Il n'y a qu'à regarder les tableaux, les scuptures. Le sublime d'aujourd'hui est le laid d'hier. Le texte ose poser la question de ce qu'est la beauté, et renvoyer chacun à cette question, sans jamais dicter « voilà ce qu'il faut penser ». Le texte ne pose que des questions. La beauté peut-elle être partagée par tous ou estelle élitiste de fait ? Qu'est-ce au juste que l'élitisme ? C'est une question politique, évidemment. Comme ces discours qu'on peut entendre parfois au sujet du « public » : le public qui serait censé aimer telle forme et se fermer à telle autre. Le public vu comme un « bloc ». J'aime à penser que les gens viennent au théâtre pour être surpris, bouleversés, et non pour voir ce qu'ils s'attendent à voir. Pour en venir à « l'histoire », Hoik a 17 ans. C'est le scribe le plus doué de son époque (1450). Il a été formé, « formaté », à défendre une idée d'une beauté : le message du Christ est beau, les Évangiles sont beaux, belle doit


être l'écriture des scribes qui doivent retranscrire leur message... Dans son esprit, une « chaîne » de la beauté existe, dont il est un maillon essentiel. Mais l'arrivée de l'imprimerie bouleverse tout. La chaîne se rompt. Avec l'imprimerie, l'écriture, selon lui, n'est pas belle, les caractères ne sont pas beaux. Mais ils sont accessibles à tous, lisibles par tous ceux qui savent lire et, surtout, les Évangiles peuvent se répandre en un temps record. La « chaîne de la beauté » est rompue, remplacée par la production en chaîne, avec cette idée que « la beauté est à tout le monde ». Hoik est désormais inutile, découvre qu'il n'était peut-être en fait qu'un intermédiaire, un « outil humain », remplaçable par une machine. Sa notion de la beauté se heurte à la notion d'efficacité, de « diffusion maximale ». Il voit sa mort arriver, la mort de « l'objet unique » en écriture, au profit de « la communication ». Est-ce un bien ou un mal ? Barker a écrit Ce qui évolue, ce qui demeure pour la radio. Alors, il s'est tout permis. Les lieux ? Un scriptorium, la cellule d'un abbé, les champs, une cuisine, une étable avec des vaches, un chemin de terre, une bibliothèque... et j'en passe. Aucune scène ne fait l'objet d'une « entrée en scène », on débarque toujours dans ce qui semble être l'apogée d'un rapport, puis on découvre que ce semblant d'apogée n'est en fait qu'un début, comme la fin d'un premier mouvement en musique, ça bifurque, ça va plus loin, toujours plus loin, ça se transforme, on passe d'une scène à l'autre et rien ne finit jamais, on débarque sans cesse au milieu, au cœur. J'aime cela, cette absence de « périphérie », cette écriture si loin de la réalité, si loin du bavardage, si au cœur de la complexité qu'implique le fait de dire des mots, d'utiliser des mots pour être avec « l'autre ». La disposition en bi-frontal implique dès le début d'assumer l'espace théâtral, se refuse au réalisme. L'idée n'est pas de donner à voir un semblant de réalité, mais de trouver l'espace, la juste distance qui favorise la perception des rapports, des mots. Je pense au Petit Prince, quand il veut que l'aviateur lui dessine un mouton. Tour à tour, il les trouve « très malade », « trop vieux », etc. À la fin, l'aviateur s'impatiente et lui dessine une caisse avec des trous, lui disant que le mouton est dedans. Et le Petit Prince dit : « c'est tout à fait comme ça que je le voulais ! ». Ce sera, je pense, le maître mot de notre travail : la perception. Fanny Mentré, 26 juin 2011 (revu en septembre 2011)

7


Le théâtre doit commencer à prendre son public au sérieux. Il doit arrêter de lui raconter des histoires qu’il peut comprendre. Ce n’est pas insulter un public que de lui offrir de l’ambiguïté. La forme narrative se meurt entre nos mains. Dans la tragédie, le public est désuni. Chaque spectateur est seul sur son siège. Il souffre seul. Contre ce saupoudrage sans fin de faux sentiment collectif, la tragédie rend la douleur à l’individu.

Howard Barker

extrait de Quarante-neuf appartés pour un théâtre tragique dans Arguments pour un théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2006, pp. 20-21

8


9


On ne vit qu’une fois, une seule La jeunesse ne brûle qu’une fois Comme la lune dans son pays natal Je veux vivre vivre vivre Jusqu’à la peur jusqu’au mal Fûsse comme un détrousseur, un chercheur d’or […] Le vent, soufflant sur mes yeux En fait deux flammes bleues Pour Dieu, apprenez-moi N’importe quoi je le ferai Pour chanter dans un jardin humain

Sergueï Essenine

extrait de La confession d’un voyou, trad. Marie Miloslawsky et Franz Hellens, Éd. L’Âge d’Homme, 2001

10


Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix et poursuis l’innocence. De quelque part sur moi que je tourne les yeux, Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux. Méritons leur courroux, justifions leur haine, Et que le fruit du crime en précède la peine.

Jean Racine

Andromaque, Éd. classiques Larousse, 1987, p. 71

11


12

O Vie, combien je t’ai redoutée, dit Rhoda, êtres humains, combien je vous ai haïs… Combien j’ai souffert de vos signes de tête, de vos paroles qui interrompaient mes pensées ; combien je vous trouvais hideux sur les trottoirs d’Oxford Street ; comme vous me paraissiez ignobles dans le métro, assis les uns en face des autres, et occupés à vous dévisager d’un œil fixe… En ce moment […] ma mémoire est encore pleine de vos visages, et du souvenir de paquets enveloppés de papier brun. J’ai été salie, corrompue par vous. Et vous sentiez si mauvais, pressés contre des guichets, occupés à acheter des billets de chemin de fer. Tous, vous étiez vêtus d’indistinctes nuances de gris, de brun. […] Aucun de vous n’avait le courage d’être ceci plutôt que cela. La vie chaque jour exigeait de vous une corruption de plus en plus complète de l’âme, mille ploiements d’échine, mille mensonges, et mille vains bavardages, et la plus complète servilité. Vous m’avez enchaînée à une chaise, sur un point de l’espace et du temps, et vous vous êtes assis en face de moi. Vous m’avez arraché les espaces blancs qui séparent les chiffres sur le cadran des heures, vous les avez roulés en boulettes dégoûtantes, et jetés dans la corbeille à papiers, de vos mains malpropres. Et pourtant, ces espaces vides contenaient ma vie. Mais j’ai plié devant vous. J’ai mis la main devant ma bouche pour cacher mes baîllements, mes grimaces. Je ne suis pas sortie dans la rue ; je n’ai pas brisé une bouteille sur le pavé en signe de rage. Tremblante de bonne volonté, j’ai fait ce que j’ai pu pour ne pas paraître étonnée par vous. Ce que vous faisiez, je l’ai fait. J’ai tiré sur mes bas. La vie était si terrible que j’ai interposé entre elle et moi mille écrans. […] J’ai quitté Louis ; j’ai peur des étreintes. J’ai tâché de dissimuler l’acier du glaive sous des fourrures et des étoffes. J’ai supplié le jour de se changer en nuit. J’ai passionnément souhaité de voir chanceler la forme de la commode, de sentir le lit s’amollir sous mon poids, de flotter suspendue, et d’apercevoir des arbres étirés par la distance, des personnages rapetissés par l’éloignement, et un talus sur la plaine où deux personnes désespérées se disent adieu. J’ai éparpillé les mots comme le semeur éparpille le grain en éventail sur la terre nue où la charrue a passé. J’ai voulu dilater la nuit, et y faire entrer sans cesse de plus en plus de rêves.


[…] J’ai jeté mon bouquet dans la vague qui déferlait sur la berge. « Consume-moi, me suis-je écriée, emporte-moi jusqu’aux dernières limites de tout… » La vague a reflué ; le bouquet s’est fané. Maintenant, je ne pense plus que rarement à Perceval. Je suis en Espagne ; je gravis cette colline. Je vais prétendre que la croupe de cette mule est un lit, mon lit de mort. Seul, un mince drap me sépare des profondeurs infinies. Le matelas bosselé s’amolit sous moi. Nous avançons d’un pas trébuchant. Le sentier monte, puis descend dans la direction d’un arbre solitaire situé près d’un étang, au plus haut sommet. J’ai navigué sur les ondes de la beauté, au crépuscule, à l’heure où les collines se replient comme des ailes. Parfois, j’ai ramassé un œillet rouge, ou des petites touffes de foin, laissées par les faneurs. Je me suis étendue sur l’herbe solitaire, j’ai retourné du bout des doigts un vieil os abandonné, et je me suis dit : « quand le vent cessera de souffler sur cette colline, fasse le Ciel que rien ne subsiste ici, sauf une pincée de cendre. » […] La mule trébuche en avançant toujours. Le rebord de la colline se lève devant moi comme un brouillard, du sommet je verrai l’Afrique. Le lit cède sous mon poids. Je passe au travers des draps brûlés constellés de trous jaunâtres. […] Qui m’accompagnera ? Des fleurs, rien que des fleurs, des bellesde-jour et de lunaires aubépines. J’en ferai une gerbe, une lâche guirlande que je donnerai… À qui ? Maintenant, nous nous hasardons au-dessus du précipice. Les lumières des barques de pêche luisent sous mes pieds. Le rocher s’évanouit. D’innombrables petites vagues grises s’étalent devant nous. Je ne touche rien, je ne vois rien. Nous pourrions tomber, et nous reposer sur les vagues. La mer bruira dans nos oreilles. Les pétales se flétriront au contact de l’eau de mer. Ils flotteront un instant, puis finiront par sombrer. Je serai roulée sous une vague ; une autre vague me portera sur ses épaules. Tout croule comme une cataracte gigantesque où je me sens dissoudre.

Virginia Woolf

Les vagues, Le livre de poche, 1974, pp. 221-224

13


14


Votre pensée qui se prélasse dans votre cervelle molle comme un laquais gras sur sa couchette sale, je la harcèle avec un lambeau sanglant de mon cœur. Je me gausse de vous, avec insolence et aigreur. Dans mon âme, pas un cheveu blanc, aucune douceur sénile ; écrasant le monde par le tonnerre de ma voix, je marche beau j’ai vingt-deux ans Si vous voulez je serai ivre de chair ou – comme un ciel changeant de tons – je puis être, si vous voulez, l’incorrigible douceur, non pas un homme, mais un nuage, en pantalons. Jonglant avec les mots je m’arracherai l’âme je la piétinerai pour l’agrandir et je vous la donnerai ensanglantée comme un drapeau.

Je ne crois pas en Nice fleurie, je glorifie sans réserve les hommes pourris comme des asiles, les femmes usées, comme des proverbes Dans mon âme, pas un cheveu blanc, aucune douceur sénile ; écrasant le monde par le tonnerre de ma voix, je marche beau j’ai vingt-deux ans Comme on dit l’incident est clos le canot de l’amour s’est brisé contre la vie courante. Je suis quitte avec la vie Inutile de passer en revue les douleurs les malheurs et les torts réciproques soyez heureux.

Vladimir Maïakovski

Le Nuage en pantalon (extrait) Dans Quatre poètes de la Révolution. Trad. Gabriel Arout, Éd. de Minuit, 1967

15


Voici cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction, et à toi-même une épée te transpercera l’âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. 2:34-35

16

Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans une fosse ? 6:39 Évangile de Luc


17


18


19


20


David Martins

Ivan HĂŠrisson

Fred Cacheux

Xavier Boulanger


Muriel Inès Amat

Cécile Péricone

25

Alain Rimoux

Antoine Hamel


Ma mère s’affaire toute la journée, elle est joyeuse ou triste selon les circonstances sans requérir le moins du monde son entourage par ses humeurs ; sa voix est claire, trop haute pour le parler quotidien, mais bienfaisante quand on est triste et que soudain elle vous touche. Depuis longtemps déjà je me plains de me sentir toujours mal sans souffrir jamais d’une maladie déterminée qui m’obligerait à m’aliter. Ce désir vient sans doute pour une grande part de ce que je sais combien ma mère est capable de consoler quand, par exemple, venant de la chambre éclairée, elle surgit dans la pénombre au chevet du malade ou bien, le soir, quand à la tombée monotone de la nuit, ma mère rentre du magasin et que toute à ses soucis et à ses diligentes possibles, elle fait recommencer la journée déjà déclinante et encourage le malade à l’y aider. Voilà l’état où je souhaiterais me voir à nouveau parce qu’alors je serais faible et partant, convaincu par tout ce que ferait ma mère et qu’avec une conscience adulte murie, je pourrais goûter des joies enfantines.

Franz Kafka

Journal intime, trad. Pierre Klossowski, Éd. Bernard Grasset, 1945, pp. 152-153

26

Si nous ne brûlons pas, comment éclairer la nuit ? Henri Michaux


27


Au revoir, ami, j’ai mal à l’âme C’est si dur de me heurter aux gens Cette vie n’est que souffrance et drame Cette vie ignore le bonheur Au revoir. Les chandelles sont mortes J’ai si peur de partir dans le noir Toute sa vie, frapper à une porte Et rester, tout seul, ainsi, un soir Au revoir, quittons-nous en silence C’est bien mieux, ainsi, plus tendre aussi J’ai passé le temps des espérances Orgueilleuses et des amours transis Je te quitte, adieu, ami fidèle Ami, que je porte en mon cœur La séparation n’est pas cruelle Qui promet une rencontre, ailleurs Évitons les mains, le mot suprême, Sans chagrin, sans froncer les sourcils Quoi, mourir n’est pas un vrai problème Vivre – hélas – n’est pas nouveau, aussi…

Sergueï Essénine 28

Poème écrit avec son sang la nuit de sa mort à l'Hôtel d'Angleterre, 1925. Dans Quatre poètes de la Révolution. Trad. Gabriel Arout, Éd. de Minuit, 1967.


Après avoir fait de la mort une affirmation de la vie, converti son gouffre en une fiction salutaire, épuisé nos arguments contre l’évidence, nous sommes guettés par le marasme : c’est la revanche de notre bile, de notre nature, de ce démon du bon sens qui, assoupi un temps, se réveille pour dénoncer l’ineptie et le ridicule de notre volonté d’aveuglement. Tout un passé de vision sans merci, de complicité avec notre perte, d’accoutumance au venin des vérités, et tant d’années à contempler nos dépouilles pour en dégager le principe de notre savoir ! Cependant nous devons apprendre à penser contre nos doutes et contre nos certitudes, contre nos humeurs omniscientes, nous devons surtout, en nous forgeant une autre mort, une mort incompatible avec nos charognes, consentir à l’indémontrable, à l’idée que quelque chose existe… Le Rien était sans doute plus commode. Qu’il est malaisé de se dissoudre dans l’Être !

Emil Cioran

La tentation d’exister, Éd. Gallimard, collection tel, 1956, pp. 246-247

29


BiogrAphie Fanny Mentré

30

Fanny Mentré a été élève au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (promotion 1994). C’est là qu’elle écrit, pour quatre élèves de sa promotion, Un paysage sur la tombe qu’elle met en scène au Festival d’Avignon « in » (avec France Culture) puis au Volcan au Havre et au Théâtre de la Bastille à Paris, en 1996. Alain Milianti crée son texte Chabada (bada) en 1997. Puis elle participe, sous sa direction, à l’écriture du diptyque Le Festin pendant la peste et Le Festin où s’ouvrent les cœurs, joué au Volcan, en tournée et au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers en 1999. Elle écrit ensuite Histoire de Petit-bonhomme par lui-même et Le Dernier vol de la cigogne, diffusé sur France Culture et lu par Eduardo Manet à Théâtre Ouvert. Ses textes courts Chambre 68, Le Silence de mon frère et Vieillir sont diffusés sur France Culture et lus au Festival Jeux d’écritures à Poitiers. Pour Thierry Collet, elle adapte Maître Zacharius de Jules Verne et L’Ombre d’Andersen, qui tourneront chacun trois années. Au cours de la saison 2003-2004, elle met en scène au Théâtre du Nord puis au Théâtre de l'Aquarium sa pièce Lisa 1 et 2 ; puis en 2005, Un jour mon prince viendra, co-écrit avec Christophe Bouisse et Tatiana Goussef à la Comédie Caumartin. En 2006-2007, elle écrit un recueil de poésie Une année sans mourir et des textes courts Le Parler des ogres, D'un ventre et L’Idole, pour lesquels elle reçoit une bourse d’écriture du CNL. Depuis son arrivée au TNS comme auteur associée en juillet 2008, elle a travaillé sur deux textes en diptyque Des astres et Déchute, lus au TNS en décembre 2010.


Le théâtre libéral veut faire passer un message. Il a toujours voulu faire passer un message, c'est sa manière de prendre en charge la conscience. Mais personne ne croit à ces messages, même quand on les applaudit. Quand le public acclame ce en quoi il ne croit plus sincèrement, nous nous trouvons dans une profonde contradiction. Dans tous les cas le public veut toujours en savoir plus ou en supporter plus que ce que le dramaturge ou le producteur veut bien lui confier. Le public a été traité comme un enfant même par les meilleurs des théâtres. On l'a guidé vers le sens comme si la vérité était un panier-repas. Le théâtre n'est pas un disséminateur de vérités mais un fournisseur de versions multiples. Ses affirmations sont provisoires. À une époque où rien n'est clair, infliger la clarté est d'une arrogance périmée. Le nouveau théâtre n'aura pas honte de sa complexité ou de son manque d'idéologie. Il ne se sentira aucune obligation envers le vécu ou envers la pulsion journalistique qui consiste à révéler le contexte social. Il ne sera pas du tout concerné par le contexte. Un théâtre de contexte est un théâtre profondément réactionnaire, de la même manière qu'un théâtre démesurément idéologique est réactionnaire. Comme l'affiche d'un parti politique avec son doigt accusateur, il vous empêche de l'arracher du mur. Le nouveau théâtre ne forcera personne à être libre. Plutôt, il invitera à réfléchir sur ce qu'est la liberté. 31

Howard Barker

Extrait de Honorer le public, dans Arguments pour un théâtre, Les Solitaires Intempestifs, 2006


BiogrAphie Howard Barker Né à Dulwich en Angleterre en 1946, Howard Barker est dramaturge, poète et peintre et met également en scène ses propres pièces. Il réside à Brighton. Son théâtre, transgressif comme l’est toute grande œuvre, place au premier plan l’une des principales interrogations philosophicoartistiques de notre époque : le jeu entre l’esthétique et l’éthique, la crise de la représentation du monde de l’après-Auschwitz. C’est l’une des voix les plus originales du théâtre anglais et il renouvelle radicalement la dramaturgie contemporaine. Il écrit pour la scène (théâtre, opéra, marionnettes) mais aussi pour la télévision, la radio et le cinéma, soit au total à ce jour plus de soixante-dix textes. Ses principales pièces, parues séparément, ont ensuite été regroupées en cinq volumes parus à Londres chez John Calder : • Collected Plays 1, 1990 (Claw, No End of Blame, Victory, Scenes from an Execution, The Castle) • Collected Plays 2, 1993 (The Love of a Good Man, The Possibilities, Brutopia, Rome, Uncle Vanya, Ten Dilemmas) • Collected Plays 3, 1995 (The Power of the Dog, The Europeans, Women Beware Women, Minna, Judith, Ego in Arcadia) • Collected Plays 4, 1998 (The Bite of the Night, Seven Lears, The Gaoler’s Ache for the Nearly Dead, He Stumbled, A House of Correction) • Collected Plays 5, 2001 (Ursula, The Brilliance of the Servant, 12 Encounters with a Prodigy, Und, The Twelfth Battle of Isonzo, Found in the Ground) Depuis 2004, Oberon Books (Londres) a repris le travail d’édition de ses pièces (Dead Hands, The Fence in its Thousandth Year, The Seduction of Almighty God, Slowly, Blok/Eko), et a également entrepris de les (re) publier en recueils : 32

• Plays One, 2006 (Victory, The Europeans, The Possibilities, Scenes from an Execution) • Plays Two, 2006 (The Castle, Gertrude – The Cry, Animals in Paradise, 13 Objects) • Plays Three, 2007 (Claw, Ursula, He Stumbled, The Love of a Good Man) • Plays Four, 2008 (I Saw Myself, The Dying of Today, Found in the Ground, The Road, the House, the Road) • Plays Five, 2009 (The Last Supper, Seven Lears, Hated Nightfall, Wounds to the Face) • Plays Six, 2011 (Judith, (Uncle) Vanya, A House of Correction, Hurts Given and Received)


On peut citer aussi : Birth on a Hard Shoulder, Crimes in Hot Countries, Downchild, The Ecstatic Bible, Fair Slaughter, Five Names, Golgo, The Hang of the Gaol, Knowledge and a Girl (The Snow White Case), N/A (Sad Kissing), Stripwell, Terrible Mouth (livret d’opéra sur une musique de Nigel Osborne), That Good Between Us, Two Skulls. Howard Barker est également l’auteur de deux essais sur le théâtre, Arguments for a Theatre (Manchester University Press, [1989], 1997) et Death, the One and the Art of Theatre (Routledge, 2004), ainsi que de recueils de poèmes, tous parus à Londres, chez John Calder : Don’t Exaggerate : Desire and Abuse (1985), The Breath of the Crowd (1986), Gary the Thief/Gary Upright (1987), Lullabies for the Impatient (1988), The Ascent of Monte Grappa (1991), The Tortmann Diaries (1996), et d’une autobiographie fictive signée Eduardo Houth et Howard Barker, A Style and its Origins (Oberon, 2007). En France, les éditions Théâtrales et la Maison Antoine Vitez ont entrepris depuis 2001 la publication de son théâtre (Œuvres choisies). Si ses poèmes sont encore inédits, ses essais théoriques (Arguments pour un théâtre et La Mort, l’Unique et l’Art du théâtre, Les Solitaires intempestifs, 2006 et 2008) et un ouvrage collectif sur son œuvre (Howard Barker et le théâtre de la Catastrophe, éditions Théâtrales, 2006) sont parus.

33


Muriel Inès Amat* La mère de Hoik Après des études au Conservatoire national de Région de Bordeaux et au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (promotion 1994), Muriel Inès Amat joue dans de nombreux spectacles, dont Le Sang de Jean Vauthier mis en scène par Gérard Laurent et La Nouvelle mandragore du même auteur dans la mise en scène de Jean-Louis Thamin en 1990. Elle commence un compagnonnage avec Laurent Laffargue en 1992 avec L’Épreuve et La Fausse Suivante de Marivaux (1997), et le poursuit avec Dépannage de Pauline Sales (1999), Le Songe d’une nuit d’été, Othello et Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare (2000/2002/2004) et Terminus de Daniel Keene (2002). Elle joue dans Les Trois Mousquetaires d’après Alexandre Dumas mis en scène par Jean-Marie Lecocq et Anatole d’Arthur Schnitzler mis en scène par Louis-Do de Lencquesaing (1995). Elle joue également dans L’Éloge du Cycle (Tour de France de Gilles Costaz) mis en scène par Anne-Marie Lazarini et René Loyon (1997) ; dans deux mises en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota : Tanto Amor Desperdiçado (Peines d’amour perdues) de Shakespeare (2007/2008) et Casimir et Caroline de Horvath (2008/2010). Au cinéma, elle tourne sous la direction de Pierre Grange En mai fait ce qu’il te plaît, Nicole Garcia L’Adversaire, Étienne Chatillez La Confiance règne. Elle participe à plusieurs courts-métrages dont Politiquement correct de Pierre Grange, Lartigue expose de Bernard Blancan, Heures sup de Mark Eacersall et Cap Nord de Sandrine Rinaldi. Elle joue dans Un Paysage sur la tombe de Fanny Mentré mis en scène par l’auteur (1994-1996). Sous la direction de Julie Brochen, elle joue dans Penthesilée de Kleist (1998) puis Hanjo de Mishima (2005/2006). Depuis septembre 2009, Muriel Inès Amat est comédienne dans la troupe du Théâtre National de Strasbourg. Elle incarne Varia dans La Cerisaie de Tchekhov créé en 2010 et Elvire dans Dom Juan de Molière créé en 2011.

Xavier Boulanger November, un abbé

34

Sa formation artistique débute dans le domaine musical avec un prix de percussions et d’histoire de la musique. Il travaille avec les Percussions de Strasbourg notamment, puis avec Ada Brown Mather de la Royal Academy of Dramatic Art et Nadine George du Roy Hart Company. C’est sa rencontre avec André Pomarat qui fut déterminante et lui ouvre l’univers du théâtre dans lequel il débute à partir de 1988. Il a collaboré très régulièrement avec E. de Dadelsen, J.J Mercier, N. Lahlou P. Diependaele, L. Fréchuret, L. Crovella, E. Wolff, J.L Hourdin… Ces dernières années, il a été dirigé par L. Fréchuret dans Porcherie de P.P Pasolini, Alices d’après L. Carroll (2005), Le Roi Lear de W. Shakespeare (2007), Médée d’Euripide (2010), par P. Diependaele dans Bing de S. Beckett (2005), par E. Wolff En cas de meurtre de J.C Oates et Chambre 108 de G. Aubert (2005), Fantaisies féminines de D. Fo (2006), Alpenstock de R. de Vos (2008). Avec L. Crovella, il a joué Tremblay en 3 temps, Encore une fois si vous permettez, pièces de M. Tremblay respectivement créées en 2005 et 2006, Le Chemin des passes dangereuses de M.-M. Bouchard en 2009 et Talking heads-Moulins à Paroles de A. Bennett en 2010. Depuis 1993, il travaille très régulièrement pour le cinéma et la télévision (Godard, Chérasse, Favard, Sarmiento…), et notamment, au cours de ces dernières années, dans Les Miettes de P. Pinaud en 2006 qui a obtenu de nombreux prix, dont celui du Syndicat de la critique (2008) et le César 2009 du meilleur court métrage. En 2007 il a tourné avec T. Vincent, Le Nouveau protocole, F. Olivier La Résistance, D. Tardé La Saison des orphelins. En 2008 avec S. Schneider Le Jour viendra-es kommt der tag, présenté aux Festivals de Berlin et de Toronto ; la même année, il tourne pour la télévision Dans la tête d’un tueur sous la direction de J. Gluzicki et dans Les Invincibles de A. Castagnetti. En 2009, il est dans L’Homme de la berge avec O. Charasson (qui a reçu le grand prix KKO festival en 2010) et dans Blackout de R. Manzor, Face à la nuit de P. Raymont. En 2010, on le retrouve dans Mike sous la direction de L. Blumers, (film présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2011) et dans Tous les soleils dirigé par P. Claudel.


Fred Cacheux* Slee, un moine Formé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique (promotion 98), il débute sur scène en 1999 dans Les Colonnes de Buren, texte et mise en scène d’Alexandre Semjonovic, puis se produit la même année dans Le Decameron de Boccace mis en scène par Jean Boillot, La Tête dans les nuages de Delaruelle mis en scène par Jean Bouchaud et Alors, Entonces, atelier franco-mexicain dirigé par Catherine Marnas. En 2000, il joue dans Le Jour se lève, Léopold de Valletti mis en scène par Jacques Nichet, Le Corps et la fable du ciel de Supervielle mis en scène par Marc Le Glatin, Loué soit le progrès de Motton mis en scène par Lukas Hemleb et dans Guybal Velleytar de Witkiewicz mis en scène par David Maisse, puis en 2001 dans deux spectacles dirigés par Anne Alvaro : L’Ile des esclaves et L’Épreuve de Marivaux. La même année, il chante, danse et joue dans le spectacle musical de Laurent Pelly C’est pas la vie ? Entre 2002 et 2007, il travaille sous la direction de Isabelle Janier (Roméo et Juliette de Shakespeare), Jorge Lavelli (Le Désarroi de M. Peters de Miller), Dominique Léandri (L’Ombre de la vallée de Synge), Vincent Primault (Pourquoi mes frères et moi on est parti de Hédi Tillette de Clermont Tonnerre), Alain Françon (Ivanov de Tchekhov, E. Roman dit de Danis). Depuis septembre 2009, il est comédien de la troupe du Théâtre National de Strasbourg. Sous la direction de Julie Brochen, il joue et chante dans L’Histoire vraie de la Périchole d’après Offenbach (Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence), puis au Festival d’Avignon 2007 dans L’Échange de Paul Claudel et au Théâtre National de Strasbourg il interprète Iacha dans La Cerisaie de Tchekhov (repris à l’Odéon-Théâtre de l’Europe) et Dom Carlos dans Dom Juan de Molière (en tournée à l’automne 2011). Également metteur en scène, il crée la comédie anglaise de Jez Butterworth, Mojo, puis Port du casque obligatoire de Klara Vidic. En 2008 il met en scène, produit et joue avec David Martins un spectacle pour jeune public Mammouth Toujours !, et récemment L’Histoire du tigre de Dario Fo.

Antoine Hamel* Hergood, un moine / Il Signor, un maître d'armes à feu Formé au sein du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, il reçoit parallèlement une formation musicale auprès d’Alain Zaepfel, Vincent Leterme et Françoise Rondeleux. Durant ses trois années de formation, il joue dans Prométhée enchaîné d’Eschyle et La Nuit des Rois de Shakespeare mis en scène par Andrzej Seweryn à la Comédie-Française, La Manie de la villégiature de Goldoni mis en scène par Muriel Mayette, Les Labdacides autour de Sophocle mis en scène par Joël Joueanneau, Je danse comme Jésus sur le vaste océan autour de Musset mis en scène par Catherine Hiégel, Le Chant du cygne de Mario Gonzales, Un Songe de Shakespeare mis en scène par Georges Lavaudant. À sa sortie, il joue dans Célébration et Le Monte-plats d’Harold Pinter mis en scène par Alexandre Zeff, Variations-Martin Crimp dans le cadre de la 12e édition de « Paroles d'acteurs » organisé par l'ADAMI et mis en scène par Joël Jouanneau. Sous la direction de Julie Brochen, il joue dans Brecht, Eisler, Weill, Le Condamné à mort de Genet, L'Histoire vraie de la Périchole d'après La Périchole de Jacques Offenbach (Festival d'Aix-en-Provence de juillet 2006), L’Échange de Claudel, la reprise de La Cagnotte de Labiche au Festival international de Séoul et Dom Juan de Molière. Il intègre la troupe du Théâtre National de Strasbourg en septembre 2011. Il se produit aussi dans des courts et des moyens métrages tels que Enculées de Laetitia Masson et Ma Belle Rebelle de Jean-Paul Civeyrac (Talents Cannes 2006-ADAMI), ainsi que dans des pièces radiophoniques diffusées sur France Culture (La Décennie rouge de Michel Deutsch, Les Nouvelles confessions de William Boyd, Peter Pan de J.-M. Barrie). À la télévision, il travaille avec Alain Tasma et Christophe Douchand (Les Bleus–saisons 3 et 4), Stéphane Clavier (L’Épervier) et reçoit le prix d’interprétation masculine du Festival de Luchon 2010 pour Quatre Garçons dans la nuit réalisé par Edwin Bailly.

35


Ivan Hérisson* Light, un vagabond Il débute le théâtre au lycée Lamartine de Paris. Après un bref passage au cours du soir de théâtre de Chaillot où il rencontre la dramaturge Nathalie Cau, il rejoint à Agen en 2004 le théâtre du Jour sous la direction de Pierre Debauches. Il y travaille notamment avec Emmanuel Vérité, Alan Boon, Françoise Danell, Robert Angebaud. En 2006 il travaille avec François Wastiaux sur une adaptation de Entre les murs de François Bégaudau. En 2007 il intègre le Jeune théâtre régional d'Orléans sous la direction de Christophe Maltot et y travaille notamment avec Caroline Channiolleau, Yann Collette, Maurice Bénichou, Veronique Sacri, Bruno Blairet. Il y joue également dans l'Orestie mis en scène par David Géry cette année-là. En 2008, il intègre l’École du TNS (groupe 39) sous la direction de Julie Brochen où il rencontre, notamment, Jean-Pierre Vincent et Bernard Chartreux, Valère Novarina et Philippe Marioge, Claude Régy, Krystian Lupa, Jean Jourdheuil, Gildas Milin, Laurence Mayor, Bruno Meyssat, Jean-François Lapalus et Anne Fischer, Hélène Schwaller, Jacques Nichet et Marc Proulx (jeu masqué). En 2e et 3e années, il joue sous la direction de son collègue metteur en scène Hugues de la Salle, dans Faust de Gœthe, puis dans La Poule d’eau de Witkiewiecz. En juin 2011, il joue dans Joseph d’Arimathie sous la direction de Christian Schiaretti au TNP de Villeurbanne. Sous la direction de Julie Brochen, il joue Sganarelle dans Dom Juan de Molière (en tournée à l’automne 2011). Il intègre la troupe du TNS en septembre 2011.

David Martins* Toonelhuis, un grand propriétaire terrien

36

Dès sa sortie du Conservatoire national supérieur d’Art dramatique, en 1999, il travaille sous la direction de Stuart Seide, Jacques Lassalle, Patrice Chéreau, Catherine Hiegel, Victor Gauthier-Martin, Yannis Kokkos, David Géry, Fred Cacheux… Il navigue comme acteur entre répertoire classique et théâtre contemporain, théâtre musical et théâtre de rue, au sein du Collectif des Fiévreux, avec Juan Cocho, ou de la compagnie Les Petits Chantiers, avec Bertrand Renard. Depuis 2008, il est très actif au sein de la compagnie FC, dont il est directeur artistique avec Fred Cacheux. Il crée et interprète Mammouth Toujours ! en 2009, puis Histoire du Tigre de D. Fo en 2011. Au cinéma, il est dirigé par Philippe Garel Sauvage innocence, Olivier Dahan La Vie promise, Antoine de Caunes Les Morsures de l’aube, Coluche, Pascal Deux Émilie, Catherine Corsini Mariée mais pas trop et à la télévision par Pierre Aknine Ali Baba et les 40 voleurs, Josée Dayan Deuxième vérité, Gérard Marx Blessure secrète, Éric Summer, La Tête haute, Cavale. Parallèlement, il écrit et met en scène Laissez venir à moi les petits enfants en 1999, et Hop et Rats en 2003 avec le compositeur Thierry Pécou au Théâtre du Châtelet. Créateur et Agitateur du collectif Cinéma les Fennecs, regroupement d’acteurs et réalisateurs, il écrit et produit des courts-métrages et des documentaires. Il intègre la troupe du TNS en septembre 2011.


Cécile Péricone* Hoik, un moine Formée au Cours Florent puis à L’École du Théâtre national de Chaillot, elle entre en 2002 au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. À sa sortie, elle joue Quartett de Heiner Müller sous la direction de Félicité Chaton et Olivier Coulon au Théâtre de la Vignette à Montpellier. Elle joue sous la direction de Gloria Paris dans Filumena Marturano d’Eduardo de Fillippo (Théâtre de l’Athénée, 2006), puis plusieurs textes écrits et mis en scène par Jean-François Mariotti : Gabegie (studio de l’Ermitage et Théâtre du Rond-Point, 2007/2008), Une Histoire du monde (studio de l’Ermitage, 2008), Gabegie Grand Guignol (Montreuil et Ciné Théâtre 13, 2009). Elle travaille pour la première fois sous la direction de Julie Brochen en 2005 à partir d’extraits du Condamné à Mort de Jean Genet et de Baal de Bertolt Brecht présentés à l’Auditorium du Louvre. Elle la retrouve l’année suivante pour la création de L’Histoire vraie de la Périchole d’après Offenbach au festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, puis en 2008 pour incarner Lechy dans L’Échange de Claudel. Depuis septembre 2009, Cécile Péricone est comédienne de la troupe du Théâtre National de Strasbourg. Elle incarne Charlotta Ivanovna dans La Cerisaie de Tchekhov créé en avril 2010 et Gusman, une suivante d’Elvire et la Statue du Commandeur dans Dom Juan de Molière (en tournée à l’automne 2011).

Alain Rimoux Tram, un haut dignitaire de l’Église Formé à l’École Supérieure de la Comédie de l‘Est, qui deviendra plus tard le TNS et que dirigeaient alors Hubert Gignoux et Pierre Lefèvre, il est ensuite engagé par le premier pour les spectacles de la Comédie de l’Est. Il fonde avec le metteur en scène Robert Gironès, le « Théâtre de la Reprise » et joue dans tous les spectacles. Avec Peter Brook il est de l’ouverture du Théâtre des Bouffes du Nord. Puis, il intègre la troupe permanente du TNS, travaille avec Jean-Pierre Vincent et joue dans les créations d’André Engel, Michel Deutsch, Dominique Muller, Hélène Vincent, Philippe Lacoue-Labarthe… Pensionnaire de la Comédie-Française de 1983 à 1986, il joue sous la direction de Jean-Pierre Miquel, Jean-Marie Villégier, Jean Dautremay, Klaus Michael Grüber, ou encore Stuart Seide avec lequel il fera, a partir de 1993, une dizaine de spectacles. Récemment, il a joué dans La Célestine de Fernando Rojas et Don Juan de Tirso de Molina (2010/2011) mis en scène par Christian Schiaretti sous la direction duquel il avait joué Coriolan de William Shakespeare (2006) et Par-dessus bord de Michel Vinaver (2008). On le retrouve dans Stuff Happens de David Hare mis en scène par Bruno Freyssinet et William Nadylam (2009), Confidences trop intimes de Jérôme Tonnerre mis en scène par Patrice Leconte (2007), dans Platonov de Anton Tchekhov mis en scène par Alain Françon, Monsieur chasse de Georges Feydeau mis en scène par Claudia Stavisky, Moonlight d’Harold Pinter mis en scène par Stuart Seide en 2005 et Les Prétendants de Jean-Luc Lagarce mis en scène par Jean-Pierre Vincent (2003)… Au cinéma, il travaille notamment avec Raoul Ruiz, Le Temps retrouvé ; Bernard Rapp, Tiré à part ; François Dupeyron, La Chambre des officiers ; Jean-Marc Moutout, Violences des échanges en milieu tempéré ; Patrice Leconte, Mon Meilleur Ami… Il travaille beaucoup pour la radio et la télévision ; parmi ses dernières apparitions : Adresse inconnue avec Rodolphe Tisssot, Adieu De Gaulle de Laurent Herbiet (2008), L’Affaire Salengro d’Yves Boisset, Alice Nevers par Denis Amar, L’Affaire Courjault de Jean-Xavier de Lestrade (2009), Sélection naturelle de Régis Musset (2010).

*Comédiens de la troupe permanente du TNS

37


38

Directrice de la publication Julie Brochen Réalisation du programme Fanny Mentré avec la collaboration de Lorédane Besnier, Éric de La Cruz et Chantal Regairaz Crédits Photos du spectacle et de l'équipe : Franck Beloncle Illustrations : p. 4 Howard Barker, Dead You Said • p.9 Martin Disler, Sans titre • p. 11 Otto Dix, Rencontre nocturne avec un fou • p. 14 Otto Dix, Femme accroupie • p. 27 Edvard Munch, Anxiété • p. 33 Howard Barker, Sans titre • Georges Kars La main du peintre Georges Kars Merci à Julie Laisney (École supérieure d'arts et médias de Caen), Le Musée des Beaux-Arts de Caen et Michel Morel pour les images des tableaux d'Howard Barker. Graphisme Tania Giemza Édité par le Théâtre National de Strasbourg Kehler Druck/Kehl – Octobre 2011

Abonnements / Location 03 88 24 88 24 1, avenue de la Marseillaise BP 40184 F-67005 Strasbourg Cedex Téléphone : 03 88 24 88 00 Télécopie : 03 88 37 37 71 tns@tns.fr www.tns.fr


nt e m ĂŠne n v ĂŠ tre motio o v de otre ĂŠ e r i ena re de v t r a p ai n e t par

39

www.telerama.fr


SAison 11-12


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Programme de salle Ce qui évolue, ce qui demeure by Théâtre national de Strasbourg - Issuu