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Histoire de l intervention

Page 1

HISTOIRE

L'INTERVENTION FRANÇAISE

AU TONG-KING ^^'^

de 1872

à,

1874

A' PAR

F.

ROMANET DU GAILLAUD (AVEC UNE CARTE ET QUATRE PLANS)

(^M)

PARIS

CHALLAMEL AÎNÉ, LIBRAIRE-ÉDITEUR 5, RUK JACOB, ET RUE KURSTENHKRO, 2

1880


\


HISTOIRE

DE L'INTERVENTION FRANÇAISE

AU TONG-KING

M>*Jf4


OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Notice sur le Tong-King. (Extrait du BullPtin de

la

Société de géographie.) Paris, Challamel aîné, 1880,

2

Prix

La conquête du Delta du Tong-King. monde,

{Tour

fr.

du

1877.)

Voyage d'un pionnier du commerce britannique ds Shang-Haï au Thibet Oriental. {Explorateur, 1876.)

Projet d'exploration au Tong-King et en Yun-Nan. {Explorateur, 1875.)

La France au Tong-King

(1874), épuisé.

De l'autonomie municipale

(1874), épuisé.


HISTOIRE

L'INTERVENTION FRANÇAISE

AU TONG-KING de 1872

à.

1874

PAR

F.

ROMANET DU CAILLAUD (AVEC UNE CARTE ET QUATRE

PLANS)

'^

PARIS CHALLA.MEL AÎNÉ, LIBRAIRE- ÉDITEUR 5,

RUE JACOB, ET RUE EURSTENBERG

1880

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Hong-Kong

Hong-Kong


AVANT-PROPOS Deux années de ment surprise par

suite,

l'Europe a été douloureuse-

de la mort sanglante

la nouvelle

d'un hardi voyageur dans l'Extrême Orient.

En 1874

la

,

France apprenait

Garnier en 1875 l'Angleterre Auguste Margary.

celle

;

Jeunes encore, belles espérances tive était l'objet

ils ;

la

mort de Francis

la

donnaient à

de

Raymond-

la science les plus

grandeur de leur patrie respec-

de leurs désirs

;

ils

cherchaient moins

que l'avantage de leur pays

et le progrès de Tous deux voulaient ouvrir au commerce du monde cette grande terre inconnue, la Chine centrale et le Thibet, l'un par une voie française, l'autre

la gloire

la civilisation.

par une voie britannique. C'est

dans

s'étaient tracé qu'ils sont

Tong-King,

du

l'accomplissement

l'autre à

devoir

qu'ils

tombés tous deux, l'un au et par une triste (1)

Man-Yin'g

;

coïncidence, leurs têtes ont servi de sanglants trophées

aux barbares qui

les avaient

massacrés.

né au sein d'une nation démocratique et jalouse, gouvernée par un pouvoir faible, a trouvé Mais

l'un,

parmi ses camarades presque autant d'envieux que (1)

Les Anglais écrivent Manwyne.


AVANT-PROPOS.

y d'admirateurs

son oeuvre a été désavouée,

;

par son gouvernement attaquée

lui

mort,

sa mémoire a été indignement

;

ceux qui représentaient sa patrie dans

;

pays lointain où

venger de

il

avait

la trahison

succombé,

dont

il

loin

le

de songer à

avait été victime, ont

le

jugé

plus simple de l'accuser d'imprudence et de désobéis-

sance à ses instructions. Et le public français, que les entreprises lointaines émeuvent à peine, n'a pas su trouver des accents assez forts pour faire réparer le tort causé à cette noble mé-

moire. L'autre,

tombé pareillement victime de

n'a rencontré que des vengeurs

:

la trahison,

l'opinion

pubhque en

Angleterre, dans l'Inde, dans les colonies, le gouver-

nement britannique

enfin, tous ont

demandé que justice

Et pour obtenir la réparation du meurtre

fût faite.

d'un voyageur anglais

,

n'y eût-il

eu d'autres res-

sources que la guerre, l'honneur britannique n'eût point reculé.

Et

si

nous continuions

le parallèle

entre les deux

nations, nous verrions, d'un côté, les Anglais, particuliers et

gouvernement, favoriser d'une manière

effi-

cace les efforts des pionniers du commerce qui vont à la la

découverte des nouvelles routes vers

Chine

De

et le Thibet

l'autre,

centre de

;

un Français, engagé par

bienveillante et

le

même

la

neutralité

la protection effective de

son

gouvernement dans une entreprise qui doit ouvrk à son pays le chemin de la Chine centrale, puis interrompu dans ses opérations commerciales par une intervention militaire à laquelle

il

se dévoue, enfin sacrifié à des

convenances diplomatiques, expulsé par

la

France du


AVANT-PROPOS.

pays

aoiivertàrinfluence française, de

qu'il

qu'aujourd'hui

au

il

telle sorte

semble n'avoir à attendre que

de la fortune immense

lieu

6

l'intervention de son

qu'il

la ruine

eût acquise sans

gouvernement.

C'est l'histoire de cette intervention française au Tong-King que je veux raconter dans ce livre. Mais ce n'est pas sans une profonde tristesse que j'aborde

de nouveau l'étude de ces événements. Voir une expédition, la plus belle depuis celles de

Fernand Cortez et de Pizarre, finir dans la honte et dans le sang Cinq provinces, les plus riches de l'An!

nam

et

peuplées de plusieurs millions d'habitants, con-

quises en un mois par moins de deux cents Européens,

nos

les populations ralliées à notre drapeau, acceptant

administrateurs, nos ennemis repoussés, les rebelles

vaincus

;

puis, le chef de cette expédition étant

dans

tombé victime de son audace, son successeur abandonner, malgré les renforts reçus, précipitamment et sans garanties sérieuses, toutes les citane delles, toutes les provinces que nous occupions une

sortie

;

prendre aucune précaution afin de préserver de la vengeance des autorités annamites les indigènes

compromis pour notre cause, et laisser impunément massacre et l'incendie porter la terreur parmi ces

le

populations dont le seul crime était leur sympathie

pour

la

France

!

Tel est le navrant tableau qui se déroule devant

mes yeux

;

un mélange d'héroïsme

poussée jusqu'à et

et

d'inconséquence

la déloyauté, triste reflet

des défauts de notre nation

des qualités

!

Peut-être, le lecteur, en parcourant le récit de ces

événements, partagera-t-il

les sentiments

de douleur


AVANT-PROPOS. et

de regret que j'éprouve moi-même

;

peut-être

nion publique, s'intéressant enfin d'une manière

l'opieflfec-.

tive à notre avenir colonial, saura-t-elle obliger notre

gouvernement à réparer les fautes commises dans nos relations avec le royaume d'Annam.


HISTOIRE

DE L'INTERVENTION FRANÇAISE AU TONG-KING de 187 2 à. 1874

INTRODUCTION

CHAPITRE PREMIER Les nouvelles voies de commerce avec la Chine centrale. Depuis longtemps

les

Anglais cherchent à ouvrir une

voie commerciale entre la Chine et leurs possessions de l'Inde. Deux raisons les déterminent la crainte de voir :

tomber entre

les

mains des Américains

le

commerce delà

Chine, la voie la plus courte d'Europe à Shang-Haï passant désormais par New- York, depuis l'ouverture du che-

min de

fer transcontinental

;

ensuite le désir de surveiller

empiétements de la Russie dans lAsie centrale et de prendre avant elle position au cœur de la Chine. Trois voies principales ont été proposées 1° Celle de l'Assam 2" Celle de Rangoun à Sze-Mao, ville du Sud-Est de les

:

;

l'Yû'n-Nàn ; 3° Celle de I.

La

Bhamo

à Ta-Ly.

voie de l'Assam serait la plus avantageuse pour

les Indes anglaises si elle était facilement praticable

:

elle

semble être la plus courte. Aboutissant directement à Calcutta, elle ne déplace pas le centre de la puissance commerciale enfin, du même coup, elle ouvre la Chine cen;

trale et le Thibet.


LES NOUVELLES VOIES DE COMMERCE

6

Remontant

le

Brahmapoutre, dont

le

cours est navi-

gable jusqu'à Sudyia (1), c'est-à-dire sur un parcours de plus de deux cents lieues, elle traverserait les bassins parallèles du haut Iraouady, du Salouen (2) et du MéKong (3), pour aboutir au Fleuve Bleu, la grande artère

commerciale de la Chine. Malheureusement elle parcourt une des régions les plus montagneuses du globe, ravinée par de grands fleuves, dont elle coupe perpendiculaire-

ment Il

les bassins.

y a déjà longtemps qu'un savant

orientaliste, le doc-

teur Gutzlaft', avait signalé cette route on devait le plus désirer Touverture,

comme

celle

dont

C'est aussi par cette voie que le capitaine Blakiston, après son exploration du Fleuve Bleu en 1860. proposait de relier l'Inde à la Chine. En juin 1867, le général Sir Arthur Cotton, du génie anglais, lut devant la Société de géographie de Londres un mémoire sur la nécessité d'explorer cette route De la discussion qui suivit la lecture de ce niémoire, et à laquelle prirent part les membres les plus spéciaux de la Société, il paraissait résulter que des obstacles insurmontables s'opposaient à son établissement. Cependant les derniers travaux des missionnaires français au ïhibet semblent prouver que ces obstacles ne sont peut-être pas aussi grands qu'on l'avait d'abord supposé. Enfin, c'est cette même voie de l'Assamqui a la préférence du voyageur anglais M. T. -T. Cooper, ainsi qu'il l'exprime dans son livre intitulé Travel of a pioneer of .

:

commerce. II. Une route qui a joui pendant un certain temps de la faveur publique, mais qui aujourd'hui parait abandonnée, est celle du capitaine Sprye. Utilisant les itinéraires du

docteur Richardson (1829) et du capitaine Mac-Leod (1836), en diagonale la Birmanie Britannique et les

elle traversait

(1)

Sudyia

est

sur le

Brahma-Kund, une

poutre. (2)

Appelé Lou-Tse Kiang eu Chine.

(3)

Ap()elé

Lau-Tsan Kiang en Chine.

des branches du

Brahma-


AVEC LA CHINE CENTRALE.

7

du centre delà péninsule; elle aurait, mis en communication le port anglais de Ran-

petits états laotiens

de

la sorte,

goun avec

la ville chinoise de Sze-Mao, située à l'angle Sud-Est de l'Yun-Nàn. Le manque de population, l'insalubrité des pays qu'elle parcourait, l'obligation de couper perpendiculairement les bassins de trois fleuves importants le Sittang, le Salouen et le Mé-Kong enfin, sa longueur considérable, plus de cent cinquante lieues, telles étaient les principales difficultés matérielles qui se seraient sans doute opposées à la construction de cette ligne. :

;

A

la vérité, elle avait l'avantage d'éviter toute compli-

cation politique, n'empruntant, d'ailleurs, d'autre territoire

que celui des possessions britanniques

et

des petits

états laotiens (ou shans) tributaires de la Birmanie. Or,

à peine si cette dernière puissance aurait élevé quelques réclamations son joug est détesté de ces pauvres petits principicules laotiens eux et leurs peuples ne souhaitent rien tant que l'arrivée des Européens dans leur

c'est

;

:

pays.

Quelques études avaient même été commencées en 1866, mais elles furent abandonnées, l'opinion publique dans les Indes s'étant, depuis l'expédition du major Sladen, passionnée pour la route de Bhamo à Ta-Ly.

Un

des premiers promoteurs de cette roule avait français, Mgr Bigandet, vicaire aposmissionnaire été un tolique de la Birmanie. Dès 1858 il songeait à fonder une mission parmi les Kakhiens, peuplade sauvage située au Nord-Est de Bhamo. Cet établissement eût été une étape de la nouvelle voie commerciale (1). Plusieurs routes conduisent de Bhamo à la ville chinoise de Momein ou Teng-Ye Tcheou, et de là à YongTchangFouet à Ta-Ly Fou, c'est-à-dire au cœur de la province d'Yù'n-Nàn. De tout temps elles ont été suivies, tant par les armées de l'empire chinois, dans ses guerres avec III.

(1)

Voyez Annales de

1866, p. 15 et seq.

la

Propagation de

la

Foi,

t.

XXXVIII, année


LES NOUVELLES VOIES DE COMMERCE

8

les états birmans, tions.

Avant

que par

l'insiirrection

les

commerçants des deux

musulmane

na-

qui a occupé pen-

dant quinze ans le territoire de Ta-Ly, le commerce entre Birmanie et la Chine s'élevait à plusieurs millions de

la

dollars.

En

1868, une commission d'exploration anglaise remonriraouady pour reconnaître cette route. Cette commission se composait du major Sladen, chef de l'expédition, du capitaine Williams, du docteur Anderson et de trois délégués de la communanté commerciale de Rangoun car les Anglais ne comprennent pas qu'une exploration géographique puisse être faite en dehors des commerçants qui doivent un jour en recueillir les fruits. L'expédition du major Sladen ne put dépasser la ville tait

:

la guerre civile entre les musulmans inde Momein surgés et le gouvernement chinois désolait alors le SudOuest de la province d'Yû'n-Nân néanmoins, de précieuses informations furent recueillies. D'après le rapport du docteur Anderson, l'un des membres de la commission, il serait possible de construire un chemin de fer de Bhamo à Momein, par la vallée du Tai-Ping, rivière qui se jette dans i'Iraouady. Au delà de Momein commençait l'inconnu. Avant d'arriver à Ta-Ly, la voie ferrée devrait traverser les bassins de trois grands cours d'eau, le Shualy, affluent de I'Iraouady, le Salouen et le Mé-Kong, coulant à peu de distance l'un de l'autre et dans une direction parallèle ; ce qui nécessiterait des travaux d'art considérables. Les résultats de l'exploration du major Sladen excitèrent au plus haut point l'attention de l'opinion publique :

;

en Angleterre décidée

:

et

elle fut

dans l'Inde. Une nouvelle expédition fut mise sous les ordres du colonel Horace

Browne. Cependant un jeune interprète de la légation anglaise M. Margary recevait du ministre britanen Chine nique à Péking l'ordre d'explorer les provinces du SudOuest de la Chine et d'aller jusqu'à la frontière de l'Yû'n,

,


AVEC LA CHINE CENTRALE.

9

Nân attendre la commission commandée par le colonel Browne. Vers le milieu du mois d'août 1874, il partait de ShangHaï, nuitamment et dans le plus grand secret, de peur des entraves que n'auraient pas manqué de lui susciter les mandarins locaux. Quelques jours après, il était à Han-Keou. De cette ville, enfermé dans un « bateau-maison (1) * chinois, il partait pour le lac Tung-Ting puis il remontait l'Yu'ên Kiang. Ainsi traversait- il, dans toute sa largeur, la province de Hou-Quang. A Tchin-Yuên (province de Kouy-Tcheou) s'arrête la navigation. Dans ;

cette ville, quitta-t-il

capitale

il

faillit

être écharpé par la foule. Aussi la

à la dérobée.

Il

du Kouy-Tcheou

;

parvint ensuite à Kouei-Yang, il eut une audience du gou-

là,

verneur de la province. A Yû'n-Nân Sên, capitale de l'Yirn-Nân, et au delà, partout où il s'arrêta, l'accueil le plus hospitalier l'attendait Deux mandarins chinois l'accompagnèrent à Ta-Ly. Il y fut reçu par les autorités civiles et militaires. Quelques jours plus tard, il atteignait Momein. La voie de l'Inde à la Chine, par Ta-Ly,

trouvée

but était atteint. l'agent britannique à Bhamo l'appelait dans cette ville il s'y rendit ; une garde birmane de quarante hommes l'attendait sur les bords du Tai-Ping, afin dé le protéger pendant le passage des collines des Kakhiens. Le 15 janvier (2), il était à Bhamo il avait ainsi rejoint l'expédition du colonel Browne, « après un voyage de plus de trois mille kilomètres en un pays que nul An. glais n'avait encore réussi à traverser dans toute son étendue (3) ». Le 23, le colonel Browne décidait le départ de l'expédition. Après avoir vainement tenté de prendre une voie qui était

;

le

Une dépêche de :

:

(1) He took a « house-hoîit «. (Discours du Président de la Société de géo^^raphie de Londres. Proceediuf/ of tlif royal (jtuxivapliical Society, niay 24 1875.)

—

(2)

187.5.

After his -wonderfull journey of 2000 miles acros.s a région which no English man had previously succeeded in traversing ». (Discours du Président de la Société de géographie de Londres.) (3) «


10

LES NOUVELLES VOIES DE C0>D;ERCE

Kakhiens, il dut se résigner à suivre la route déjà parcourue par le major Sladen. M. Margary fut envoyé en reconnaissance dans la ville de Man-Yin'g. Il s'y était déjà arrêté, en venant de Ta-Ly; les mandarins chinois de cette ville avaient même vérifié ses passeports, passeports revêtus du sceau du ministre des affaires étrangères de Péking. Le 20 février, M. Margary entrait de nouveau dans cette ville de Man-Yin'g le lendemain, il était subitement attaqué, et, sans avoir eu le temps de se défendre, il tombait, ainsi que ses domestiques chinois, sous les coups des assassins. A la suite de cet attentat, le colonel Browne et son escorte furent assaillis par une forte trompe d'hommes armés et, sur le point d'être cernés, ils ne durent leur salut qu'à la bonne fortune d'avoir des fusils à tir rapide. Cette expédition, qui promettait un si grand succès, se trouvait donc indéfiniment retardée. La nouvelle du meurtre de M. Margary émut vivement l'opinion publique en Angleterre et aux Indes. Et dès l'abord, le roi de Birmanie était accusé de complicité. Aussi la presse demandait-elle qu'on le sommât de livrer passage à une armée anglaise, qui fût allée en Yù'n-Nân venger M. Margary ; eût-il refusé, on lui eût déclaré la guerre, et ses états eussent été annexés à l'empire anglolui fît éviter les collines des

;

indien.

A Péking, cependant, la

diplomatie britannique travailà obtenir satisfaction elle était, d'ailleurs, appuyée par la présence à Tche-Fou dune escadre de vingt-un bâtiments. lait

;

Enfin, au commencement d'octobre 1875, M. Wade, ministre d'Angleterre à Péking, arrachait au gouvernement cliinois les garanties reconnues nécessaires. Une

commission anglaise de trois membres présidée par M. Grosvenor, secrétaire d'ambassade, devait partir pour l'Yû'n-Nàn. De concert avec un commissaire impérial chinois, elle allait y procéder à une enquête sur le drame de Man-Yin'g. En conséquence de cette enquête, trois hauts mandarins ,


AVEC

LA.

CHINE CENTRALE.

'

H

de la province d'Yù'n-Nàn subissaient une sévère censure, plusieurs montagnards du district de Man-Yin'g étaient arrêtés comme auteurs de l'assassinat de M. Margary, et le général de ce district se voyait lui-même dégradé et jugé comme complice. C'est ainsi qu'était vengé le meurtre d'un sujet britannique. Mais là ne s'arrêtaient point les prétentions de l'Angleterre. La voie, dont M. Margary avait été le pionnier aussi bien que le martyr, allait être désormais ouverte au commerce. Telle est la teneur d'une convention conclue à Tche-Fou entre M. Wade et le commissaire impérial chinois. Cette voie devait être reconnue par une nouvelle mission anglaise ; et un agent britannique allait résider en Yù'n-Nàn, afin d'étudier, de concert avec les mandarins, les mesures à prendre pour ouvrir la province au commerce anglo-indien (1). M. Baber (c'est le nom de cet agent britannique) a de nouveau parcouru la route suivie par M. Margary. Il ressort du récit de son voyage, et ce sont du reste ses propres conclusions, que la construction d'un chemin de fer

Ta-Ly

Momein

pour ainsi dire, impossible, pas en rapport avec les dépenses énormes que nécessiterait une telle construction. entre

et

est,

les résultats à obtenir n'étant

Aux

enthousiastes chercheurs de voies commerM. Baber indique une route qu'il dit entièrement neuve, mais qui dans sa partie méridionale ne peut que se confondre avec celle du capitaine Sprye. ciales

«

»,

Enfin

il reconnaît que la voie la plus simple et la plus pour atteindre, non-seulement l'Yù'n-Nàn Orienmais encore la région de Ta-Ly, c'est la voie duTong-

facile tal,

King. (1) Par la même convention les Anglais ont obtenu l'ouverture tlu port d'I-Chang sur le Fleuve Bleu et le droit pour leurs vapeurs de remonter jusqu'à l'importante i)lace de Tchong-Iving Fou, le grauil euiporium du Su'-Tchu'èn, ain^i que la faculté d'étal)lir des consuls dans ces deux villes.


LES NOUVELLES VOIES DE COMMERCE

12

EXPLORATION DE LA VALLÉE DU ME-KONG DÉCOUVERTE DE LA VOIE DU TONG-KING.

;

De son côté, la France cherchait enfin à réaliser les vues coloniales de Louis XVI sur l'Indo- Chine, vues que les troubles de la Révolution avaient empêché ce roi de mener à bonne fin. Elle avait conquis sur le royaume d'Annam une colonie située à l'embouchure du plus grand fleuve de la presqu'île indo-chinoise. Et, la période de la conquête passée, bien des esprits sérieux se demandèrent si le Mé-Kong ne pourrait pas être un jour une grande artère commerciale servant à l'écoulement des produits du Sud-Ouest de la Chine. Pour résoudre le problème de la navigabilité de ce fleuve, une exploration fut décidée. En juin 18C6, partait une commission commandée par M. le capitaine de frégate Doudart de la Grée. M. Francis Garnier, lieutenant de vaisseau, l'un des promoteurs de l'entreprise, en était le commandant en second. Cette commission, dont les travaux forment un des plus beaux monuments de la science géographique, reconnut l'impossibilité d'utiliser le Mé-Kong comme voie de communication avec l'intérieur de la Chine; mais elle recueillit d'utiles renseignements sur le Bô-Dê (Sông Ca) (1), lieuve issu du plateau de rYù'n-Nàn, qui, après avoir arrosé la plus riche partie de l'Annam, le TongKing, se jette dans le golfe auquel ce pays donne son nom ce fleuve était peut-être la voie de communication :

tant désirée.

La

France, par la proximité de sa colonie de Cochin-

chine, par les relations qu'elle entretient avec la cour (1) Le fleuve du Tong-King a plusieurs noms ; les Européens le connaissent surtout sous ceux de Sông Ca et de Sông Cai ces noms signitient grand fleuve et fleuve principaL Mais ils ont Tinconvéuient de tout nom qualificatif; ils peuvent être et ils sont eff'ectivement portés par :

du même pays il y a un Sông Ca en Nghê-An un Sông Cài en Thauh-Hoa. Le nom de Bù-Dè, que j'ai adopté de préférence comme n'étant celui

d'autres cours d'eau et

:

c'est d'aucun autre cours d'eau, a, en outre, l'avantage d'être ancien celui que donne au fleuve du Tong-King la carte du P. de Rhodes, carte faite en 1650. ;


AVEC LA CHINE CENTRALE.

13

par la présence dans ce pays de nombreux missionnaires catholiques et français, était la puissance qui pouvait le plus facilement s'établir au Tong-King. Aussi le gouvernement colonial de Saigon cherchait-il à obtenir du roi Tu'-Dù'c un traité qui, en conférant à la

d'Annam

,

France le protectorat du royaume d'Annam, lui donnât également le droit de naviguer sur le fleuve du TongKing et d'établir à son embouchure des comptoirs fortifiés. Il espérait ainsi attirer à ces comptoirs, et de là transporter à Saigon par le cabotage les riches produits du Thibet, du Su'-Tchu'èn, du Kouy-Tcheou et de l'Yû'n-

Nàn, qui, pour se rendre en Europe, prennent la voie bien plus longue du Fleuve Bleu et de Shang-Haï Saigon serait :

alors devenu un des grands emporiums de l'Extrême Orient. C'est dans la poursuite de ce but qu'il faut chercher la cause originaire des événements dont ce livre va faire le récit.

CHAPITRE DEUXIEME Aperçu général de Thistoire de l'Annam (1) avec la France avant 1872.

et de ses relations

Mais, avant d'aborder

mon

sujet,

il

importe, ce

me

semble, de donner un aperçu général de l'histoire de l'Annam et de ses relations avec la France avant 1872.

Le Tong-King (1)

Dans

les

est le

berceau de la race annamite

noms annamites

écrits en caractères latins

ây, ai se

au o'

u'

inflexion de voix.

:

eou eu

u ou khi

nh

ga

s

ch

(estuaire) se

la

eï

u ch

X

Le mot cua

prononce

:

s.

prononce bien cua, mais avec une certaine


14

APERÇU DE l'histoire DE LANNAM

Cochinchine actuelle et notre colonie des bouches du Mépeuplées par cette race qu'à une époque relativement récente. Après bien des vicissitudes, pendant lesquelles il fut tantôt le vassal, tantôt une province du vaste empire de Chine, l'Annam conquit définitivement son indépendance en 1427 après Jésus-Christ. Un général, nommé Lé Lo'i, parvint à chasser les armées chinoises. Proclamé roi par ses compagnons d'armes, il fonda la dynastie des Le, dynastie qui, bien qu'elle ait été détrônée à la fin du siècle dernier, compte encore de nombreux partisans au Tong-King. L'Annam resta néanmoins sous la suzeraineté du Céleste Empire c'est du Fils du Ciel que chaque roi devait, à son avènement, recevoir l'investiture et des tributs d'hommage étaient, en outre, à des époques fixées, envoyés à la cour de Péking. Quelques temps après la mort de Le Lo'i, un de ses successeurs s'empara de deux provinces du Chiampa (1), royaume qui occupait à peu près les limites de la Cochinchine actuelle. A la vérité, ce fut seulement trente années après leur annexion que ces deux provinces, qui sont aujourd'hui le Quang-Nam et le Thuàn-Hoâ ou province de Hué, reçurent des colonies annamites. Un siècle environ après la mort de Le Lo'i, sa dynastie avait failli perdre la couronne ; mais elle avait été rétablie par un général nommé Nguyèn Dzo. Toutefois, ce général avait gardé pour lui le pouvoir effectif. Investi du titre de chua, que l'on pourrait traduire par régeiit ou maire du palais, il était le véritable souverain de l'Annam. A sa mort, son gendre Trinh Kiêm lui succéda dans la dignité de cima. Quant à son fils, Nguyèn Hoàng, il fut nommé gouverneur des provinces conquises sur le Chiampa (1570). Trente années plus tard, il se déclarait indépendant des Konjj: n'ont été

:

;

(1) Ces provinces avaient déjà été annexées sous les dynasties précédentes, mais Je Chiampa en avait repris possession lors de la conquête chinoise tle 1407.


SES RELATIONS AVEC LA FRANXE AVANT 1872. régents de la maison de Trinh la suprématie

et tout

;

nominale des Lé,

il

15

en reconnaissant

se proclamait d'abord

régent (chua), puis roi feudataire {mi'ong) de la Cochinchine (Nam-Ky). Ce prince est la souche des rois actuels de l'Annam. Ses successeurs s'emparèrent du reste du

Chiampa et firent également la conquête du Cambodge Méridional, c'est-à-dire des six provinces que comprend notre colonie. Les Trinh du Tong-King ne purent voir d'un œil indif-

Nguyên de la Cochinchine ; mais toutes leurs tentatives pour les soumettre furent inutiles. « Ainsi, pendant tout le dix-septième férent ce qu'ils appelaient la rébellion des

grande partie du dix-huitième, le TongCochinchine formèrent deux états réellement distincts, et dont les peuples, par l'effet de ces guerres continuelles, devinrent ennemis, quoiqu'ils eussent une siècle et la plus

King

et la

commune

A

origine

»

(1).

du dix-huitième

siècle une formidable insurrecTày-So'n, partie de la Cochinchine, renversa les trois dynasties annamites des Le, des Trinh et des Nguyên.

la fin

tion, celle des

Les Trinh disparurent pour toujours. Chièu Tông, le dernier des Le, fut roi [mia] pendant deux aus sous la régence du Tày-^o"n Long Nhuông en 1788 il s'enfuit en Chine, où il mourut, après avoir vainement essayé de reconquérir ses états avec le secours d'une armée chinoise. Trois ans après, le nom de la dynastie Le était effacé des archives de Péking (1792). Chièu Tông était mort en Chine sans postérité ; mais il laissait un frère, nommé Hoang Ba. Ce prince s'était réfugié dans les montagnes, sur les confins de la province chinoise de Quang-Si. Il put y former une petite armée avec les Tongkinois fidèles et les Sauvages du pays ; et pendant plusieurs années il lutta avec avantage contre les usurpateurs Tày-So'n. Ce Hoang Ba passe pour être l'aïeul des divers prétendants de la famille Le en ;

,

,

Abrégé d'histoire annamite publié par du 5 avril 187.3).

(1) (n<>

le

Courrier de Saigon


APERÇU DE l'histoire DE l'aNNAM

16

faveur desquels pendant ce siècle ont éclaté au TongKing plusieurs insurrections. Quant aux Nguyên, ils ne purent même pas se maintenir dans la Basse-Cochinchine, et ils se virent contraints de se réfugier à la cour de Siam. Le chef de leur maison, Nguyên Anri, qui fut plus tard le roi Gia Long, soutenu par les conseils du vicaire apostolique de la Cochinchine, Mgr Pigneau de Béhaine, évêque d'Adran, envoya en France son fils aîné, le prince Canh Dzuê. Ce dernier conclut un traité d'alliance avec la cour de Louis XYI (1787)

(1).

Malheureusement

la révolution

aussi la mauvaise volonté du comte de

de 1789

et

Conway, gouver-

neur de Pondichéry, ne permirent pas à

la

France d'exé-

cuter ce traité. Toutefois plusieurs officiers français entrèrent au service de

Nguyên Anh. Grâce à

leur concours,

ce roi put non-seulement reconquérir son royaume, mais

encore chasser les Ïày-So'n du Tong-King (1789-1802). En entrant sur le territoire tongkinois, Nguyên Anh s'était présenté comme le restaurateur de la dynastie Le (phù Le) ; là, il ne prenait que le titre de chua ou régent, et ses actes étaient datés du règne de Cânh Hu'ng, l' avantdernier viia (roi) du Tong-King car il ne comptait pas le règne de Chiêu Tông, n'ayant sans doute pas eu connaissance de l'avènement de ce prince. Aussi les Tongkinois espéraient-ils que, se contentant de la réalité du pouvoir, il placerait sur le trône des vua un prince de la famille Le, comme l'avait fait son aïeul Nguyên Dzo. :

Il

n'en fut pas ainsi

Nguyên Anh

proclama souvede Gia Long, et reconnu par l'empereur de Chine (2). :

rain maître de tout l'Annam, sous le

en 1804

il

était

se

nom

Voir le texte de ce traité aux Pièces justificatives, n» 1. règne de Gia Long date la division administrative actuelle du Tong-King en 1873 ce pays comprenait seize provinces sept de première classe {tinh chinli), huit de seconde (tiiih xép), une de troisième (dao). ^'oici les noms de ces différentes provinces Au Nord-Est, Haï-Dzu'o'ng ; Et sa satellite Quang-Yèn. Au Nord, Bac-Ninli Et ses dépendances Cao-Bang, Lang-So'n et Thâi-Nguyên. (1) (2)

Du

:

;

:

;

:


.

SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

17

Dès lors, Hué, la capitale de la Cochinchine, fut aussi du royaume d'Annam; et Hà-Nùi (1), la vieille capitale du Tong-King, ne fut plus qu'une ville de province.

celle

Tongkinois étaient déçus de leurs espérances ; de plus, le nouveau gouvernement ne sut pas leur épargner certaines coutumes furent changées, les les vexations corvées et les impôts augmentés. Le joug de Gia Long était impatiemment supporté a il y eut souvent des révoltes partielles, mais elles furent T.es

.:

;

facilement étouffées

('3)

»

Gia Long mourut en 1820, laissant la couronne à son fils puîné, Minh Mang, au détriment de ses petits-fils, les enfants de Canh Dzuê. Sous le règne de ce prince le Tong-King s'insurgea de nouveau, probablement sous la conduite du fils de ce prince Lé, Hoang Ba, que nous avons vu chercher un refuge dans les montagnes de la frontière chinoise. Une révolte éclata également dans la Basse-Cochinchine. Le chef de ce soulèvement était un mandarin d'origine tongkinoise, nommé Vô Khoï et, sans la trahison de l'un de ses généraux, il serait parvenu à se ,

;

Au

Nord-Ouest, So'n-Tây Tuj'ên-Quang Et ses deux subalternes ;

:

Au

centre Hà-Nôi

et

Hu'ng-Ho.t.

;

Avec Ninh-Binh pour dépendance.

Au

centre,

il

y a encore, entre le Ha-Nôi et

La province de Nam-Dinh

le

Haï-Dzu"o'ng-

:

;

Et sa satellite Hu'n<j-Yén. Sud, on trouve nmeréos le long de la mer Le Thanh-Hoà, province de première classe qui n'a point de subalterne sous sa direction Puis le Nghê-An, Dont dépend la provincie de troisième classe, Hà-Tinh. Enfin, au Sud de Hà-Tinh, il y a un territoire appelé Bô-Cliinh, qui, au dix-huitième siècle formait la limite du Tong-King du côté de la Cochinchine; il est actuellement réuni à la province cochinchinoise de

Au

:

;

Quang-Binh.

Une nouvelle province, formée des parties occidentales de celles de Nghê-An et de Thanh-Ho;i, a été créée en 1876; elle a reçu le nom de TAn-Hoa. (1) Mieux connue des Européens sous le nom de Ké-Cho' avant les événements de 1873 Ké-Cho' veut dire le marché. (2) Abrégé d'histoire annamite {Courrier de Saigon, n» du 20 décembre 1S7"). ;


APERÇU DE l'histoire

18

1)E

EANNAM

créer une principauté indépendante à Saïgon il succomba vers 1834. Thiêu Tri, fils de Minh Mang, lui succéda en 1841, et eut lui-même pour successeur, en 1847, Tu' Dù'c, le roi :

actuel.

Sous le règne de ces trois derniers souverains, la religion chrétienne souffrit la plus effroyable persécution. Plusieurs démonstrations de la France ne servirent qu'à la rendre encore plus cruelle. Enfin, notre gouvernement, de concert ave

•

l'Espagne, résolut d'intervenir d'une ma-

nière énergique.

Le 1^"" septembre 1858. Tourane, le port de la capitale de l'Annam, tombait en notre pouvoir. A la vérité, cette place fut évacuée quelque temps après (1), tout l'effort de nos troupes, alliées à un détachement de l'armée espagnole des Philippines s'étant porté sur la Basse-Cochinchine. Trois provinces de cette partie du royaume d'Annam, My-Tho, Saïgon et Bièn-Hoà, furent conquises; et, le 5 juin 1862, un traité les cédait à la France (2). ,

INSURRECTION DE LE PHL'NG AU TONG-KINC.

Mais

Tu" Dù'c consentit à signer ce traité, c'est il était menacé de perdre le Tong-King. insurrection formidable y avait éclaté, sous la si le roi

qu"à cette époque

Une

Le Phung. Le Phung était chrétien et avait, à son baptême, reçu le prénom de Pierre; il fut même élevé dans un séminaire du Tong-King Occidental. Bien que son nom de famille, direction d'un descendant des Le, le prince

même

caractère que celui de l'anon ignorait, au séminaire, son illustre origine. Il est vrai, ceux de ses maîtres qui vivent encore se souviennent l'avoir vu souvent le front soucieux, comme un homme qui trame de vastes projets. Nous le retrouvons plus tard à Macao, où il noue des relations avec des réfugiés annamites, et s'abouche sans

Le, s'écrivît avec

le

cienne maison royale,

(1)

Le 23 mars 1860.

(2)

Voir

le texte

de ce traité aux Pièces jtcstificatiret, u"

2.


SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

19

doute avec les négociants chinois qui devaient un jour

lui

fournir des armes et des munitions. Lorsque, en 1858, la flotte franco-espagnole parut à

Tourane, la nouvelle s'en propagea au Tong-King avec une étonnante rapidité. Ce fut un grand sujet de joie et d'espérance, non-seulement pour les chrétiens, mais encore pour toute la population en général, sauf les mandarins ; et même, parmi ces derniers, beaucoup attendaient avec l'esprit national des impatience l'arrivée des Français Tongkinois, leur haine contre la dynastie des Nguyên se :

réveillaient.

Déjà, en 1857, à la suite de la démonstration du Catinat, quelques soulèvements partiels avaient éclaté, sur-

tout dans les provinces de

d'abord victorieux, sang.

ils

Nam-Dinh

et

de Hu'ng-Yên

avaient été bientôt étouftes dans

;

le

Un moment on

crut que la France dirigerait ses armes Tong-King. En octobre 1858. la corvette à vapeur le Priinauf/iict explorait les côtes du golfe et en faisait l'hydrographie. Chaque jour elle échangeait des coups de canon avec quelques forts de la côte et, nonobstant l'effectif restreint de son équipage le commandant de ce navire avait fait exécuter quelques débarquements des batteries avaient été enlevées, leurs canons encloués ;

vers

le

;

.

:

il n'avait trouvé de résistance. Aussi, était-il convaincu que les soldats de Tu' Dù'c au Tong-King n'étaient pas plus redoutables que les défenseurs de Tourane. Quelques semaines plus tard, un autre navire français, le Prégent, venait visiter les côtes du Tong-King son interprète s'aboucha avec divers chefs du parti insurrectionnel des provinces de Nam-Dinh et de Haï-Dzu"o'ng. Ces chefs supplièrent les Français de mouiller quelques jours en face des côtes. Ils allaient, disaient-ils, réunir

nulle part

:

le secours d'un seul petit navire comme Primauçjuet leur permettrait d'arracher tout le TongKing aux mandarins de Tu' Dù'c. Par malheur, leur complot fut ébruité pour éviter des poursuites partielles, ils furent obligés de lever immédia-

leurs partisans

;

le

:


APERÇU DE l'histoire DE l'ANNAM

20

tement l'étendard de

campagne

la révolte.

Pendant un mois

ils tin-

de leurs armes remplit tout le Tong-King. Mais bientôt, désespérant de voir arriver les Français, menacés d'être cernés par les troupes des mandarins, ils durent licencier leurs soldats. rent la

et le bruit

Ceux qui s'étaient le plus compromis dans cette levée de boucliers, au nombre de soixante environ, gagnèrent Tourane. Le Phung était parmi eux. Vainement cherchat-il à voir le vice-amiral Rigault de Genouilly, il fut traité d'aventurier. Suivant d'autres récits, il aurait reçu de ces encouragements évasifs qu'il est facile de désavouer plus tard.

Quelque temps après, l'amiral, trouvant la position de Tourane intenable, par suite des maladies qui décimaient ses troupes, transporta la plus grande partie du corps expéditionnaire dans la Basse-Cochinchine. Pourquoi, puisqu'il abandonnait Tourane, ne se dirigea-t-il point sur

Tong-King?

C'était pourtant le conseil que lui donnaient missionnaires c'était également le désir qu'exprimaient nos alliés espagnols, jaloux de venger la mort des Dominicains, leurs compatriotes, martyrisés au TongKing ? Sans doute la réputation du port de Saigon avait

le

les

;

séduit l'amiral.

Cependant, vers le mois d'août 1861, l'insurrection au Tong-King. Le Phung était à la tête dés insurgés. Il avait abordé sur le sol annamite sans autres partisans que cinq ciirétiens et soixante païens émigrés. L'enthousiasme du peuple était sans bornes à la vue d'un rejeton de ses anciens rois. Dans certains villages la poéclatait

pulation se trouvait réduite aux vieillards, aux femmes et aux enfants tous les hommes, en état de porter les ;

armes, s'étaient enrôlés sous les drapeaux du prétendant. Au mois d'avril 1862, après une guerre de huit mois, Lé Phung, vainqueur dans quinze ou vingt combats, venait encore de s'emj)arer de la flotte de Tu' Dù'c deux préfectures étaient tombées en son pouvoir et il dominait tout le Tong-King Oriental jusqu'aux portes de Haï-Dzu'o'ng, En même temns, c'est-H-dire à la fin de mars 1862. les sol;


SES KELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872. dats tongkinois et

le

peuple

<le

la province de

21

Bac-Ninh

s'insurgeaient en sa faveur et battaient les troupes envoyéeS contre eux.

A Duc

vue des progrès que faisait l'insurrection, Tu' mit à la tète de l'armée son propre beau-père, Nguyèn Dinh Tàn, gouverneur de la province de Nam-Dinh, et le chargea d'écraser les rebelles. Mais ce mandarin fut vaincu, et les insurgés, qu'il avait mission d'anéantir, s'avancèrent dès lors à grands pas vers l'ancienne capitale du Tong-King. Couvert de honte et saisi de crainte, Nguyèn Dinh Tàn prétexta une maladie et revint dans son gouvernement là il se vengea de ses défaites sur les chrétiens en en faisant périr plus de dix mille dans d'afla

;

freuses tortures

(1).

Lç Phung avait envoyé des ambassadeurs à Saigon en même temps il écrivait au colonel Palanca. le commandant des troupes espagnoles. Il ne demandait aux alliés qu'une simple démonstration en sa faveur. La présence de quelques canonnières dans les eaux du Tong-King eût suffi pour déterminer un soulèvement général contre la dynastie usurpatrice des Nguyèn. Le Phung offrait d'accepter le protectorat de la France. Pourquoi faut-il que sa proposition ait été rejetée ? Le Tong-King eût été dès lors gouverné par un roi chrétien, ami de la France et de la civilisation européenne. Tu' Dù'c lui-même, réduit aux provinces centrales de l'Annam, les plus pauvres et les moins peuplées, se serait bientôt

Dès

ses premiers succès, ;

vu

obligé d'accepter notre protectorat.

Jamais la maxime

:

Divide ut imperes, n'aurait eu une plus propice application. Le colonel Palanca comprit le parti qui pouvait être tiré (1)

Quelques détails sur

les supplices

que ce inousti-o infligeait aux

chrétiens:

creuser des fosses qu'il recouvrait de planches après y chrétiens au bout de huit jours, il faisait rouvrir ce charnier et retirer les cadavres. On dit qu'en un mois il a fait périr plus de dix mille chrétiens, soit en les brûlant, soit en les noyant, soit en les décapitant, soit en les faisant écraser par les éléphants. 11 en a fait enterrer un grand nombre jusqu'au cou ensuite, des bourreaux armés de bêches faisaient sauter les têtes de ces malheureux... « Annales de la Propagation de la Foi, t. xxxvi, p. ."35. «

Il

faisait

avoir jeté les

;

;


22

APERÇU DE l'histoire DE l'aNNAM

de cette situation aussi transmit-il une dépêche au contreamiral Bonard, alors commandant en chef des forces franco-espagnoles, afin d'obtenir qu'il consentît a une expédition au Tong-King et donnât pour Taccomplir une partie des troupes, ainsi qu'un bâtiment à vapeur. Le contre-amiral Bonard ne crut pas devoir accéder à cette :

demande.

Peu de temps après, en mai 1862, c'est-à-dire dès que la nouvelle des succès de Le Phung et de la défaite de Nguyèn Dinh Tau fut parvenue à Hué, Tu' Dù'c se résolut à faire la paix avec la France et l'Espagne. Le 26 mai ses ambassadeurs arrivaient à Saigon ils avouèrent très:

franchement que le royaume d'Annam était aux abois et que Tu' Dù'c, menacé de perdre sa couronne par suite de l'insurrection de Le Phung, les avait chargés de traiter de la paix avec les puissances

rapidement conclu,

alliées.

Le traité de paix fut

et le 5 juin il était signé

'pa.v

les pléni-

potentiaires.

Certains hommes, assure-t-on, et ce que nous avons vu depuis en 1874 rend ce bruit plausible, entreprirent alors de persuader au contre-amiral Bonard que ce serait un grand coup de politiquede se joindre à Tu' Dù'c contre son rival, défaire appuyer son armée par l'escadre française et de l'aider ainsi à disperser les partisans de Le Phung. Le contre-amiral Bonard rejeta ces propositions et se contenta de rester neutre. Tu' Dù'c put donc tourner toutes ses forces contre l'armée du prétendant. L'autorité de ce dernier s'étendait sur les trois provinces de Quang-Yên, de Haï-Dzu'o'ng et de Bac-Ninh, sauf les capitales qui résistaient encore il possédait une flotte brillante pour le pays enfin l'imagination populaire lui donnait une armée de deux cent mille hommes, chiftre qu'il faut peut-être réduire de plus des quatre cinquièmes. Néanmoins, malgré tous ses succès, ;

;

Le Phung

se trouvait

dans une position critique

:

la dis-

corde régnait parmi ses généraux. Tu' Duc' avait envoyé au Tong-King son meilleur génénil, Nguyèn Tri Phu'o'ng. C'était un des plus zélés servi-


SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

23

teurs de la dynastie. Fils d'un chef de canton de la province de Saigon, il avait, dans sa jeunesse, lors de la révolte du mandarin Vô Khoï en Basse-Cochinchine, levé

une troupe de partisans de l'autorité royale et repris Saigon sur les insurgés. C'était encore lui qui avait défendu contre nous les forts de Tourane et les lignes de Khi-Hoà, près de Saigon. Il passait pour intègre, chose rare parmi les mandarins annamites. Dès son arrivée au Tong-King, il faisait répandre dans les provinces soulevées un manifeste par lequel amnistie était promise à quiconque abandonnerait le parti des rebelles.

A

cette époque,

Le Phung assiégeait

la ville de Haï-

Dzu'o'ng. Après avoir semé dans son armée des germes de

mandarins firent deux sorties. L'un des généraux du prétendant, celui qui occupait la principale position, passa à l'ennemi avec toute sa troupe. Le reste de l'armée assiégeante opposa encore une certaine résistance mais, écrasés par le nombre, les insurgés furent obligés de se débander ou de se rendre. Dès lors, il ne resta plus à Le Phung d'autre ressource que de s'enfuir au plus

trahison, les

;

vite avec la plupart des chefs de son armée, qui, lui,

comme

n'avaient aucun quartier à attendre du vainqueur.

Ce désastre ne put abattre son courage suivi de quelques troupes fidèles, il se retira dans les montagnes du Nord et parvint à s'emparer des provinces de Thâi-Xguyên et de Ïuyên-Quang. Pour comble de malheurs, en même temps qu'il était chassé des provinces orientales, un ouragan coulait presque toute sa flotte (septembre 1863). Il ne lui restait plus qu'une cinquantaine de barques. Croyant pouvoir facilement enlever une si faible flottille les mandarins partirent avec cent vingt jonques et cinq mille hommes de troupe ils furent, au contraire, complètement battus. Deux mille des leurs furent tués, et quatre-vingt-dix jonques, aussi bien qu'une grande quantité d'armes, de munitions et de vivres, restèrent entre les mains des partisans des Lé. :

,

;


Al'EKgU DE l'HISTuIKE

24

Ltj:

LAXNAM

Le Phung redescendit dans les Le 28 février 1864, il gagnait une bataille et prenait un des généraux les plus renommés de l'Annam le 6 mars, un nouveau succès l'attendait encore : un grand mandarin et mille soldats de Tu' Dù'c périrent, dit-on, dans cette affaire. Quelques jours après une autre Apprenant

ce succès,

provinces orientales.

;

bataille était livrée

elle fut indécise.

;

Or, depuis la première défaite du prétendant, la population des campagnes avait repris ses travaux, elle avait soif de tranquillité

;

et

son premier enthousiasme pour la

famille de ses anciens rois s'en était d'autant refroidi; elle n'était

plus aussi favorable à la cause de Le Phung.

De plus, Nguyên Tri Phu'o'ng reprit bientôt le commandement des armées de Tu' Dù'c. Le Phung fut vaincu. Pendant un an

Yên

(1865).

A

il

tint

la fin,

encore dans la province de Quangdésespérant d'arracher directement

Tong-King à la dynastie des Nguyên, il résolut de porter la guerre au foyer même de cette dynastie ; il embarqua donc sur sa flotte les débris de son armée et fit voile pour la rivière de Hué il voulait, en occupant la moderne capitale de l'Annam, en s'emparant de la personne le

:

de Tu'-Dù'c, finir la guerre d'un seul coup. Malheureusement, une tempête détruisit sa flotte. Luimême fut jeté sur les côtes de la province de Quang-Binh, avec quelques-uns de ses partisans. Durant quelques jours, il put se cacher. Enfin, il fut découvert, conduit à

Hué

et condamné à subir la peine du lang-tri, c'est-à-dire à avoir les membres coupés, les entrailles arrachées et en dernier lieu la tête tranchée. Ainsi finit ce prince, vertueux et vaillant. Certes, si la France eût voulu soutenir sa revendication du trône de ses pères, il eût pu être notre allié le plus sûr dans l'Extrême Orient et le régénérateur de sa nation (1) I

(1) Il promettait d'être le Constantin du Tong-King, écrit uu missionCorreo Sino-Annamita («le naire espagnol. (Lettre du P. Mufioz. Manille), année 1867, p. 209.)

—


SES KELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

CONSPIRATIONS CONTRE TU DU C

Sur

le

25

.

point d'être délivré de Le Phiing, Tu' DiVc

faillit

être victime d'une conjuration, dont les fils s'étendaient

royaumo. Les lettrés étaient les instruments son promoteur était le propre beau-père de Tu' Duc, Nguyên Dinh Tàn, le plus cruel ennemi après la paix de 1862 des chrétiens ce mandarin avait dû être déchargé de son gouvernement de Namsur tout

le

de ce complot

;

:

,

Dinh et avait été rappelé à la cour. Le but des conjurés était de chasser

les Français des provinces qu'ils occupaient. On devait d'abord massacrer les ennemis de l'intérieur, c'est-à-dire les chrétiens et les missionnaires ensuite on eût expulsé les Français de ;

Saigon. Le roi eût-il résisté, on l'eût détrôné et remplacé

par un autre prince de la famille royale. Heureusement, ce complot fut découvert et promptement étouffé (juillet 1864).

Deux années plus veau à renverser le palais,

déjà

ils

même parti

cherchait de nouconjurés avaient envahi étaient parvenus à la porte de l'appartard, le

le roi. Déjcà les

courage du mandarin qui gardait l'antichambre arrêta leur entreprise (septembre 1866). Un pareil crime n'avait pu se préparer sans l'assentiment d'un grand nombre de complices. Se défiant de tout son entourage Tu' Dù'c rappela du Tong-King où il

tement royal

;

le

,

venait d'en finir avec les restes de l'insurrection des Le, le

maréchal

Nguyên

(1)

Tri Phu'o'ng et

il

lui

confia le

ministère de la guerre.

Nguyên

Tri Phu'o'ng était

monarchie.

Il

est vrai

,

le

plus loyal serviteur de la

sa fidélité à la cause de son

prince n'avait d'égale que sa haine contre les Français et les chrétiens;

Dans son

il

les confondait

çais et les avaient attirés

(1)

dans une

même

inimitié.

esprit les chrétiens étaient les alliés des

Dai thàn.

dans

le

royaume

:

Fran-

un Annamite


APERÇU DE l'histoire DE L'aNNAM

26

se convertissait-il au christianisme,

il

le

regardait dès

comme ayant perdu sa nationalité. Ainsi la présence de Nguyèn Tri Phu"o'ng à Hué pouvait

lors

bien être une sauvegarde pour la couronne de Tu'-Dù'c; mais elle ne devait occasionner aucun changement dans la politique annamite. De même qu'auparavant les agents de la cour ne cessèrent de fomenter des troubles dans notre colonie. C'est pourquoi, en juin 1867, dans le but de mettre fin à une situation intolérable, l'amiral de la Grandière s'emparait des trois provinces occidentales de

Chàu-Doc et Ha-Tièn. Naturellement cette nouvelle conquête exaspéra la cour et les lettrés. Ces derniers adressèrent requêtes sur requêtes pour demander à déjoarrasser le royaume des chrétiens, complices des « Barbares étrangers » lorsqu'ils seraient tous exterminés, disaient-ils, le roi Ijourrait facilement chasser les Français. Nguyên Tri Phu'o'ng et son ami Vô Trong Binh, ancien gouverneur du Nghê-An, favorisaient ces menées de tout leur pouvoir. D'après leur conseil, un édit secret organisait tous les païens en milice nationale. A un signal donné, cette

la Basse-Cochinchine, Vinh-Long,

:

milice devait égorger tous les chrétiens et brûler leurs villages.

Depuis

cette

époque

angoisses perpétuelles.

dans des Nghè-An, trente-six

les chrétiens vivaient

En

1868, au

de leurs villages étaient livrés aux flammes. A la vérité, réclamations du gouverneur de Saigon obtenaient la condamnation à mort de deux chefs des lettrés incendiaires mais en même temps la cour faisait surseoir à leur exécution, et trois ans après ils étaient graciés et retournaient dans leurs villages, la bouche pleine de menaces. Quoi qu'il en soit, le royaume se trouvait dans la plus grande détresse le trésor était vide les impôts écrasants, la famine et la peste décimaient tour à tour les les

;

,

populations.

,


SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

27

INVASION DES REBELLES CHINOIS TONG-KING SEPTENTRIONAL.

DANS LE

Le Tong-King surtout

A

était

particulièrement éprouvé.

peine la guerre civile était-elle apaisée, qu'un nouveau

malheur vint fondre sur

ce

pauvre pays.

A la

fin

de 1865,

ses provinces septentrionales furent envahies par des rebelles chinois.

Ces Chinois étaient d'anciens partisans de Taï-Ping, originaires de la province limitrophe de Quang-Si, où la

grande rébellion avait pris naissance. Vaincus par les mandarins de la dynastie mandchoue, ils se réfugièrent dans les montagnes du Nord du Tong-King. Ils formaient une bande de trois ou quatre mille hommes, sous le commandement de l'un des principaux chefs du parti TaïPing, nommé Ouà Tseng. Bientôt, ils se répandirent dans les vallées, pillant et brûlant tout sur leur passage, emmenant en esclavage les femmes et les enfants. En quelques mois les provinces de Cao-Bang, de Tuyên-Quang, de Lang-So'n, de Thâi-Nguyèn, de Bac-Ninh et de SonTày, furent couvertes de ruines. Ils ne traversèrent pas fleuve Bô-Dè, mais pendant un an leur camp fut établi sur la rive gauche en face de la grande ville de Hà-Nôi. A ces ravages il fallait ajouter ceux commis par une foule de malfaiteurs de race annamite, qui, profitant de la terreur causée par l'invasion, se faisaient passer pour des rebelles chinois, et commettaient, comme eux, mille le

atrocités.

Les troupes royales, chargées d'arrêter ces brigands, avaient été vaincues et le gouverneur de So'n-Tày avait trouvé la mort en les combattant. ;

En vain la cour de Hué envoya-t-elle contre eux le maréchal du centre (1), Doan Tho il fut battu à plusieurs reprises et put à peine se maintenir dans quelques positions en dehors de Bac-Ninh (1868). ;

En (1)

vain

Vô Trong

Trimy-cp'fn)

Binh, l'ami de

Nguyên Tri Phu'o'ng,


APERÇU DE l'histoire DE l'aNXAM

28

qui s'était tant distingué par ses persécutions contre les commandement en chef, avec autorité sur Hà-Nôi et les six provinces envahies ; il ne

chrétiens, reçut-il en 1869 le

réussit pas

mieux que le maréchal Doan Tho.

A bout de res-

s'adressa au vice-roi chinois des Deux Quang^ 1), et lui demanda son aide contre les rebelles de son gouvernement qui avaient envahi le territoire annamite. sources,

il

En conséquence, une armée de braves de la province de Quang-Si fut envoyée au secours de l'Annam. Or ces hravfs commencèrent par s'installer le plus confortablement possible, évitant, dit-on, avec le plus grand soin toute rencontre avec

les

bandits, leurs compatriotes.

Pourquoi auraient-ils risqué leur vie pour

du royaume d'Annam

la tranquillité

trouvèrent plus simple de laisser une partie des leurs s'incorporer aux bandes de ces mêmes brigands, qu'ils étaient censés combattre, et de concert avec eux ils continuèrent à ravager les provinces ?

Ils

septentrionales du Tong-King.

Quand

le

gouvernement annamite

vit la facilité

avec

tous ses efforts p^^ur engager les troupes chinoises à retourner dans leur pays. laquelle la fusion s'était opérée,

il fit

Ce qui fut loin d'être facile vu que ces braves gagnaient plus au service de l'Annam que sous les drapeaux du Céleste Empereur. Enfin, on parvint à les faire rappeler par ;

leur gouvernement

A

la vérité,

:

ils

partirent donc chargés de butin.

Vô Trong Binh, ayant essuyé de

nouvelles

du Quang-Si, implora derechef le secours du vice-roi des Deux Quang. Il en reçut un renfort de cinq mille soldats, qu'il cantonna dans la province de Bac-Ninh. Nous les y retrouverons dans la défaites de la part des rebelles

suite de ce récit.

Peu de temps après, la cour de Hué, mécontente sans doute des services de Vô Trong Binh, le remplaçait comme général en chef (;2) par le gouverneur du Nghê-An,

Hoàng Ké Viên

(octobre 1870).

(1) La vice-royauté des Deux Quan^ comprer. vince de Canton), et le Qiiang-Si. (2) Tong-thring.

1

le

Q\iang-Tong (pro-


SES RELATIONS AVEC LA FRANGE AVANT 1872.

Devant

la nouvelle intervention de leur

29

gouvernement,

du Quang-Si s'étaient retirés dans les montas'élèvent au Sud de l'Yù'n-Nàn. Leur chef Ouà gnes qui disparu lors de la première intervention chiavait Tsong noise. Depuis cette époque ils s'étaient partagés en deux

les rebelles

bandes, celle des Pavillons-Noirs (Bé-Ki) et celle des Paxillons- J Siunes (Hoa?2f/-Kzj. Les premiers étaient com-

mandés par Lieou Yu'ên Fou (1) les autres par Hoang Tsong In. Il y avait entre les deux bandes une grande différence. Lieou Yu'ên Fou était un ancien voleur du Quang-Si, qui, par son audace et ses cruautés pendant la rébellion de cette province, était parvenu à la position de premier lieutenant dOuà Tsong. Ses compagnons étaient des brigands de la pire espèce, et avaient commis toutes sortes d'atrocités sur les Annamites et les Sauvages des montagnes. Les Pavillons-Jaunes étaient moins cruels; parmi eux il y avait beaucoup d'anciens soldats du Quang-Si, qui étaient venus chercher fortune au Tong-King; leur chef, Hoang Tsong In était lui-même dans ce cas et n'avait jamais pris part à l'insurrection des Taï-Ping. Dès le début de leur invasion, Pavillons-Noirs et Pavillons-Jaunes avaient assiégé de concert et pris LâoKaï (2), ville située sur le Sông Thao (3), à la frontière (1)

Lu'u ViuL PliuVc, suivaut

la

prouonciatioii annamite des carac-

tères chinois.

Lâo-Kaï est une grosse bourgade d'environ trois cents maisons, au confluent du Sông Thao et d'une rivière appelée Sông Ngàu par les Annamites et Nan-Si Ho par les Chinois, laquelle prend sa source dans la partie orientale de l'Yû'n-Nàn, dans le département de Kaï-Hoa Fou. Officiellement Lâo-Kaï (en annamite Bao-Thang) est un poste frontière du royaume d'Annam du côté de l'Yû'n-Nàu mais, en fait, les Annamites ne l'ont, pour ainsi dire, jamais occupé. (3) Sông Thao est le nom annamite de la rivière appelée Ho-Ti Kiang sur la carte de l'Yû'n-Nàn du P. du HaMe. A Yù'n-Nàn Sèn, la capitale de la province d'Yù'n-Nàn. on l'appelle Yu'èn-Kiang IIo (rivière d'Yu'èn-Kiang) du nom de la principale villf^ dont elle l)aigno les nmrs. Au-dessous d'Yu'èn-Kiang, les habitant.s de Mang-llào et de Lâu-Kaï, les Sauvages riverains, les Pavillons-Noirs et les Pavillons-Jaunes, ainsi que les Chinois résidant au Tong-King, la nomment, d'après la couleur de ses eaux, Hong Kiang. c'est-îi-dire Fleuve Rouge ils en (2)

située

;

;


APERÇU DE l'histoire DE l'aNNAM

30

de l'Yû^n-Nân, et occupée alors par un chef cantonnais. Lieou Yu'ên Fou s'était établi dans cette ville. Quant à

Hoang Tsong

In, sa résidence était à

Hà-Giang

(1),

poste

dans le bassin supérieur du Bô-Dè. Les revenus des douanes du Sông Thao et du Bô-Dê devaient être mis dans la caisse commune. Mais, comme Lâo-Kaï rapportait plus que Hà-Giang, Lieou Yu'ên Fou voulut garder pour lui toute la recette. Il en résulta une haine mortelle entre les deux bandes. Les Pavillons-Jaunes vinrent établir un camp sur le Sông Thao, au-dessous de Lâo-Kaï et fermant toute communication du bas pays situé

;

avec l'Yû'n-Nân^ ils interrompirent le commerce qui se fait par cette voie entre le Tong-King et la Chine centrale. Comme ils étaient plus nombreux que les Pavillons-Noirs, ils étaient en 1871 parvenus à les bloquer dans Lâo-Kaï. On pourrait croire que la querelle qui s"était élevée entre les deux bandes avait dû rétablir la fortune des Annamites. Il n'en était rien. Les Pavillons-Jaunes occupaient toujours la plus grande partie des provinces de Tuyên-Quang, de Cao-Bang, de Thâi-Nguyên et de LangSo'n. A chaque rencontre ils battaient les troupes de Tu' Du c et leur avaient même encore enlevé quelques forts dans les provinces de So'n-Tây et de Hu"ng-Hoâ. Les mandarins effrayés allaient jusqu'à leur payer tribut, alln qu'ils consentissert à les laisser en paix dans leurs retranchements. font le cours d'eau principal

ment Tsin Ho, Pàvière

;

pour eux le Bô-Dè supérieur qu'ils nomest seulement un jrffluent ilu Fleuve

Claire,

Rouge.

Pour les populations annamites, au contruire, la rivière de TuyênQuang ou Bô-Dê supérieur serait la branche principale du fleuve. Le cours du Bù-Dè au-dessus de son confluen; avec le Sông Thao est cependant lieaucoup moins long que celui de ce dernier,

et l'aire

de son

bassin moins étendue. L'histoire que je raconte se passant en uu

pays annamite, c'est le système annamite que je suivrai. Voir aux Pièces ji(stificatives, n° 111, un essai sur le système fluvial

du Tong-King. (1)

C'est le

Ho-Kiang (prononcer Ho-Yang) de

ces envahisseurs chinois.


SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT

1<S72.

31

NOUVELLE INSURRECTION.

Le Tong-King cependant, était de nouveau en proie à la guerre civile. Voyant la faiblesse du gouvernement de Tu'Dù'c, les partisans d-es Le avaient relevé la tête. Déjà au commencement de 1870, la terre classique des insurrections légitimistes du Tong-King, les montagnes de Dông-Trièu (1) avaient vu se former une bande. Elle n'était guère nombreuse vingt hommes environ et quatre chevaux ; mais elle était presque entièrement composée de Chinois et ses chevaux passaient aux yeux des soldats de Tu' Dù'cpour des monstres fantastiques. Aussi dans maints engagements mit-elle en fuite les troupes des mandarins, quelque nombreuses qu'elles fussent. Cette bande toutefois ne put tenir la campagne plus de trois ou quatre mois. Un an et demi plus tard, à la fin de 1871, un vaste mouvement éclatait dans les provinces orientales de la monarchie. Son chef était un annamite du nom de Tê. Ce n'était pas un prétendant, mais le précurseur du prétendant le roi, disait-il, ne devait venir que pour prendre possession de son trône. A la tête de quelques jonques, il parvint à battre les forces envoyées contre lui en peu de temps la renommée de ses exploits accrut le nombre de ses partisans les hommes de la province de Bac-Ninh surtout accouraient se ranger sous ses drapeaux. Sa flotte était forte de plus de deux cents barques annamites et d'une quarantaine de jonqueschinoises. Doué d'un caractère généreux, il savait soulager la misère du pauvre ; aux populations qui se soumettaient il ne causait aucun dommage; d'autre part, il est vrai, tout village qui lui résistait était impitoyablement pillé ou livré aux flammes. De même, tandis qu'il épargnait les soldats de l'armée régulière, il ne faisait aucun quartier aux volontaires armés contre lui ; car ceux-ci, à la différence des soldats réguliers, faisaient la guerre contre lui sans y être obligés. Les missionnaires n'eurent jamais qu'à se louer de sa :

:

;

:

(2)

ArroïKlissemenl du

Xoril-l'Ist

de

la

province de Haï-Disu'<"«"ag.


APERÇU DE LHISTOIUE DE l'aXNAM

32

conduite à leur égard et pourtant parmi ses troupes il ne comptait pas un seul chrétien. Bien plus, maint village chrétien avait refusé de lui faire sa soumission, notamment celui d'Yèn-Tri, dans la province de QuangYên et de môme qu'autrefois Le Phung, c'était en vain qu'il avait tenté de réduire ce village. Enfin, son courage était indomptable dans les combats il ne se ménageait point et semblait se jouer au milieu des balles. Tel était le nouvel adversaire de Tu' Dù'c. Les manda;

:

:

rins de ce roi étaient attérés, et leur fidélité paraissait fort

ébranlée; royal

(1),

même

le bruit avait couru que le commissaire envoyé par la cour de Hué pour combattre

l'insurrection, avait déserté la cause de son souverain.

Après une campagne de quelques mois, Tè était maître de la plus grande partie des provinces de Quang-Yên et de Haï-Dzu'ong. Seules, les capitales de ces provinces et les principales préfectures étaient encore au pouvoir des fonctionnaires de Tu' Dù'c. En mars 1872, il venait même de prendre d'assaut l'importante préfecture de Nam-Sâch, qui commande le réseau fluvial du Nord du Haï-Dzu'o'ng, lorsqu'une balle perdue le frappa au côté ; quelques heures plus tard il expirait. lui mort, les mandarins Il était l'âme de l'insurrection eurent promptement raison de ses partisans en quelques jours, ils eurent dispersé cette armée et cette flotte qui leur causaient tant de frayeur. A la vérité, les plus décidés d'entre les compagnons de Tè, sous la conduite de sa veuve, se retirèrent vers la côte et occupèrent les estuaires importants du Cua Càm et du Lach Huyèn. Là, appelant à leur aide les pirates chinois qui hantent les côtes du Tong-King, ils vengèrent la mort de leur ancien chef en mettant à feu et à sang les districts maritimes du Haï-Dzu'o'ng et du Quang-Yèn. Mais Chinois et Tongkinois ne purent longtemps s'en;

:

(1)

Kinli-luoc en annamite.


SES RELATIONS AVEC LA FRANCE AVANT 1872.

33

tendre sur le partage du fruit de leurs rapines. On raconte même que le sujet de leur discorde fut la possession de ia veuve de Tè, deux chefs prétendant à sa main, l'un chinois, l'autre de race annamite. Les deux bandes se séparèrent donc ; ce ne fut point toutefois sans une rixe des plus sanglantes (août 1872). Peu de temps après, les insurgés tongkinois se dispersaient. LA PIRATERIE.

écumer les y commettre, comme plus atroces déprédations. Leurs jonques,

Seuls, les pirates chinois continuèrent à

côtes de

l'Annam Septentrional

devant, les

et à

armées de nombreux canons, remontaient les fleuves et les arroyos du Tong-King. Livrés sans défense par un gouvernement ombrageux qui leur interdit la possession de toute arme à feu, les malheureux Annamites ne pouvaient que fuir, en abandonnant leurs habitations au pillage et à l'incendie, heureux lorsqu'ils pouvaient échapper à l'esclavage. Mais le plus souvent les villages étaient assaillis à l'improviste. Alors

hommes, femmes

et

enfants étaient entassés dans les jonques et emmenés en Chine. Aux hommes on rasait la tête et on l'affublait

d'une queue chinoise; puis

comme

coolies

pour Cuba

ils

et le

étaient engagés de force

Pérou

;

les

femmes

et les

emplois plus infâmes. Le gouvernement français de Saigon s'était ému d'un pareil état de choses. En 1868, dans le projet de traité que l'amiral de la Grandière s'était efforcé de conclure avec le gouvernement de ïu'Dù'c, une des clauses portait que la France se chargeait d'aider l'Annam à détruire la piraterie qui infestait ses côtes. Bien que ce projet n'eût pu aboutir, le gouvernement de la colonie de Saigon avait résolu d'envoyer des navires français dans le golfe du Tong-King, non- seulement pour y donner la chasse aux pirates, mais encore pour reconnaître ce pays, traversé par un fleuve dont limportance venait d'être révélée par enfaiils étaieiit réservés à des

la

Commission d'exploration du Mô-Kong.

La guerre de

1870-1871, puis l'incertitude politique


34

APERÇU DE l'histoire DE L'aNNAM.

causée par l'insurrection de la projets. Ils furent repris, dès

de Francfort

et celle

parvenues à Saïgon.

Commune,

arrêtèrent ces

que la nouvelle de la paix

de la chute de la

Commune

furent


LIVRE PREMIEPx DES ÉVÉNEMENTS QUI ONT AMENÉ

LA CONQUÊTE DU DELTA DU TONG-KING.

CHAPITRE PREMIER Explorations de M. Senez.

Le soin de cette exploration des côtes du Tong-King fut M. Senez, capitaine de frégate, commandant

confié à

Bourayne. M. Senez est un des

l'aviso le

notre marine, peut-être

mieux

officiers les plus

même

énergiques de

celui qui a su le

est-ce

se faire craindre et respecter des

mandarins anna-

mites.

Parti de Saïgon le 23 janvier 1872, il touchait le 26 à Tourane, y remettait une lettre du gouverneur à l'adresse de la cour de Hué^ puis relevait différents mouillages, et Trang-Canh, sur visitait deux chrétientés importantes le Sông Hoï (1) Phat-Dziem, sur un arroyo du fleuve Daï ; là, il recueillait divers renseignements sur les guerres (lui :

;

désolaient le Tong-King septentrional.

Au

du Daï, remontant vers le Nord, il reconnaismouillage de Ba-Lat (2), la pointe Dô-So'n, et se dirigeait sur le port de Càt-Bâ (3). A un mille de ce mouillage, son attention est attirée par des coups de canon partis d'une jonque. Cette jonque, qui était elle-même suivie de plusieurs autres, prenait sans doute le Bourayne pour un bâtiment annamite. M. Senez sortir

sait le

(1) Le Sùng Hoï embouchure. (2) Ou Ba-Lac. (3) Ou Càc-Bà.

est le

nom que

porte le Sông

Mo

près

de son


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

36

ne laisse pas cette insulte impunie. Le branle-bas de combat est ordonné, et un obus, lancé à deux mille mètres, vient avertir ces bateaux de leur méprise. Deux de ces jonques sont prises et brûlées ; mais leurs équipages ont pu s'enfuir dans les petites îles qui forment la baie de Càt-Bâ.

Au

fond de cette baie s'élevait un village chinois, devant deux cents jonques, armées de dix à douze canons chacune, et montées par sept ou huit mille hommes. Certes, si M. Senez eût suivi sa première impulsion, il eût immédiatement ouvert le feu sur elles ;

lequel mouillaient environ

toutefois,

comme

rien ne prouvait absolument qu'elles

il fit armer en guerre un canot et l'envoya vers le village prendre des renseignements. Evité debout à la plage, il était prêt à détruire le village et les jonques, au premier acte d'hostilité qui eût menacé le canot. Bientôt une barque, portant un parlementaire, se détacha du groupe des jonques; à la vérité, M. Senez ne put tirer de ce cauteleux émissaire

fussent toutes montées par des pirates,

que d'évasives explications. Le lendemain, M. Senez allait reconnaître l'entrée du Lâch Huyèn et, au village de Nghièu-Phong (1), il ap;

Cua Càm, estuaire de la plus haute importance, qui ne figurait encore sur aucune carte. Revenant le soir à Càt-Bâ, il ne trouvait plus une seule jonque dans la rade, un seul Chinois dans le village. Tous ces prétendus honnêtes gens avaient déguerpi. La mission du Bourayne dans le Nord était terminée, et le 16 février le navire était de retour à Saïgon. Ce premier voyage de M. Senez était fécond en résultats un premier coup avait été porté à la piraterie dans le golfe du Tong-King et sur nos missions catholiques aussi bien que sur l'état du royaume d'Annam de précieux renseignements avaient été recueillis. Une nouvelle exploration devenait nécessaire il était, en effet, indisprenait l'existence de

:

;

;

(1)

Sous-préfecture de

pirates.

la

côte

Sud du Quang-Yèa, brûlée par

les


EXPLORATIOXS DE M. SESEZ. pensable que

le

gouvernement colonial

37

fût éclairé sur la

véritable situation de l'Annani Septentrional.

Le 5 octobre suivant, M. Senez quittait encore Saigon eu mission pour le golfe du Tong-King. Il relevait d'abord les nombreux mouillages du midi de l'Annam, visitait, malgré l'inertie ou le mauvais vouloir des mandarins, les chefs-lieux des provinces de Nha-Trang et de Binh-Dinh. A ïourane, il écrivait au ministre des aftaires étrangères de Hué, pour lui annoncer- sa mission au Tong-King et lui demander de le faire accompagner par deux mandarins de son entourage. Le 21 octobre, à la hauteur de l'île Hôn Tseu, il rencontrait deux jonques de pirates et les coulait après un comIjat très- vif. Quelques jours plus tard, près de l'île Hôn Mé, il détruisait également cinq autresjonques de pirates. Les ports de l'Annam, depuis Hôn Tseu jusqu'au Ba-Lat, étaient donc débloqués. iNIandarins et chefs de barque venaient à l'envi s'assurer de leur délivrance leur joie :

immense.

était

Eh

et, par suite de mandarins, dans un pays qui regor. geait de bestiaux, M. Senez ne pouvait trouver à acheter six bœufs dont il avait besoin.... En lin d'octobre le Bourayne mouillait devant Càt-Bâ. Cette rade, où, lors de son précédent voyage, M. Senez avait rencontré une véritable flotte de pirates, n'en recelait plus un seul. Sa physionomie s'était transformée. Les jonques qu'elle abritait étaient en aussi grand nombre qu'au mois de février; mais aucune n'était armée sérieusement. Sur la côte s'élevait un village de paillottes et l'activité chinoise s'y montrait dans toute sa puissance. Descendu à terre, M. Senez fut reçu par un sous-préfet annamite (1), auquel vint s'adjoindre un collègue chinois se disant aussi mandarin du lieu, et envoyé pour régler les questions relatives à l'établissement de ses compa-

bien

!

dès le soir tout était oublié

la malveillance des

triotes à Càt-Bâ.

(1)

Quan hvyCn

;


.

EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

38

Impuissant à se défendre lui-même contre

les pirates

aussi bien que contre les rebelles du Quang-Si, craignant sans doute l'intervention française dans le golfe duTong-

King, le gouvernement de Hué « avait écrit aux autorités de Canton pour s'entendre avec elles touchant l'envoi des navires de guerre et la destruction de la piraterie » Par suite, une sorte de protectorat chinois s'était étendu sur toute la côte de la province annamite de Quang-Yèn, et, d'après une lettre que M. Senez reçut du ministre des .

Hué, (3àt-Bâ « tout en étant une était aussi une limite marid'Annam, roche du royaume du Milieu l'Empire time avec (1) » L'objectif principal de M. Senez dans ce voyage avait été de reconnaître le Cua Câm, vaste et profond estuaire qui débouche dans le golfe, et de poursuivre, s'il le pouvait, son exploration jusqu'à Ké-Cho ou Hà-Nôi, la vieille capitale du Tong-King. Le 1" novembre 1872, le Bourayne remontait le cours du Cua Câm montrant aux populations « émerveillées » que le drapeau de la France n'avait pas encore disparu du monde, comme on avait espéré le leur faire affaires étrangères de

,

accroire, et

que

le

premier entre tous

il

planait sur cette

partie inexplorée de l'Extrême Orient. Le navire s'arrêtait à quinze milles dans le fleuve, en

du marché de Câm. Ce marché, situé près des forts de Haï-Phông, était jadis un des centres les plus considérables du commerce chinois au Tong-King mais depuis l'insurrection de Le Phung il avait perdu toute son importance. Comme c'était par le Cua Câm que le parti des Le face

;

s'approvisionnait d'armes et de munitions,

le

gouverne-

ment annamite avait frappé d'interdit cet estuaire. Dès lors le commerce chinois s'était transporté au Tra-Ly, du Bô-Dê. M. Senez avait à peine fait jeter l'ancre, qu'il recevait la visite du commandant des forts et du sous-préfet de l'une des bouches

(1) Lettre du ministre du commerce au commandant du Bourayne.

et des relations extérieures à

Hué


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

39

Et dès l'abord il leur exprimait son intention le lendemain pour Hà-Nôi. La stupéfaction de ces pauvres mandarins fut telle que la parole leur manqua. Revenus de leur effroi, ils firent quelques objections. Mais M. Senez leur signifia, d'un ton qui n'admettait pas de réplique, que sa volonté était inébranlable et qu'ils eussent à en prendre leur parti. En effet, le lendemain il partait en baleinière pour Haïl'endroit.

de partir dès

Dzu'o'ng, la capitale de la province.

Baignée par le Tliâi-Binli, cette ville est une des plus grandes de l'Annam et compte environ quarante mille âmes. Sa citadelle, construite d'après des plans français, a la forme d'un hexagone régulier, garni de bastions à chaque coin plusieurs forts détachés en protègent les :

abords.

Quant à la ville, quoique irrégulièrement bâtie, elle est assez propre et contient un grand nombre de maisons construites en briques et couvertes de tuiles. Ces maisons

pour la plupart, habitées par les Chinois. comme dans le reste de l'Annam, ce sont les fils du Céleste Empire qui détiennent tout le commerce. Ils jouissent d'une indépendance et d'une considération dont les sujets annamites sont loin de bénéficier. Une consigne est-elle donnée, une défense faite, le Chinois la viole impunément, tandis que, à ses côtés, le malheureux Annamite, coupable du même fait, est pris et sont,

A

Haï-Dzu'o'ng,

rotiné sur-le-champ.

Ce fut avec le plus grand empressement que le gouverneur de Haï-Dzu'o'ng accueillit le commandant français. M. Senez resta vingt-quatre heures à Haï-Dzu'o'ng, afin de se renseigner sur la voie qui conduit le plus directetement ù Hà-Nôi. Après bien des pourparlers, dans lesquels il se fit remarquer par sa constance et les mandarins par leur duplicité, la route qu'il devait suivre fut arrêtée. Le but des mandarins était de l'empêcher de se rendre par eau jusqu'à Hà-Nùi; aussi l'avaient-ils trompé sur son véritable itinéraire. M. Senez, il est vrai, fut tiré de son erreur par

Mgr

Co-


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

40

lomer, évêque dominicain et vicaire apostolique du TongKing Oriental en quittant Haï-Dzu'o'ng, il s'était arrêté à la résidence de cet évoque, à Ké-Mot, village qui s'élève sur la rive droite du Thâi-Binh. Mgr Colomer lui donna ;

pour guide un de ses catéchistes. Au lieu de remonter le Thâi-Binh jusqu'à la hauteur de la ville de Bac-Ninh, comme le voulaient les mandarins de Haï-Dzu'o'ng, et de se rendre de là à Hà-Nôi en palanquin, M. Senez s'engagea sur le Sông Chi, arroyo qui fait communiquer le Thâi-Binh avec le Bô-Dè. Le courant de ce canal est très-puissant, et, à quelques kilomètres de sa sortie

du grand

tieuve,

il

est barré

par des rapides.

Enfin, le 6 novembre, M. Senez arrivait à Hà-Nôi. était ainsi le

Il

premier Européen non missionnaire qui^

dans notre siècle, eût foulé Tong-King.

La réception qu'on

le sol

de l'ancienne capitale du

lui fit fut loin d'être cordiale. Seules^

son débarquement. Il y avait là une abstention bien marquée de la part des fonctionnaires civils. Froissé de ce procédé inconvenant, M. Senez fait signifier au gouverneur (1) et au mandarin des finances (2) que, s'ils ne viennent lui rendre visite, ainsi que l'ont fait déjà les autorités de HaïDzu'o'ng, il refusera les présents qu'ils lui ont envoyés. Le soir même, le mandarin des finances obtempérait à cette injonction et le lendemain le gouverneur lui-même se résignait également, malgré une prétendue maladie, à faire sa visite au commandant français. Mais par la raideur de son maintien il cherche à faire payer à M. Senez l'humiliation qu'il est contraint de subir « Vous avez voulu me voir », lui dit-il, «je me suis rendu « à vos désirs. Qu'êtes-vous venu faire ici? Votre voyage « ne m'a nullement été annoncé, vous êtes venu en dehors « des conditions du traité. Vos canots n'ont pas le droit de « pénétrer dans ce fleuve .» les autorités militaires étaient présentes à

;

:

(1)

(2)

Tong-doc. Quan-hô ou bô-chinh.


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

41

M. Senez réplique que, voyant les Chinois circuler dans aux privilèges des

tout ce pays, et la France ayant droit

nations les plus favorisées, il se croit parfaitement le droit de naviguer sur le Bô-Dê; que d'ailleurs le fleuve qui passe à Hà-Xôi est le même que celui de Ba-Lat, et que ce dernier cours d'eau nous étant ouvert de par le traité, il estime avoir parfaitement le droit de se présenter

ici.

Dans

tous les cas », ajoute-t-il, « j'y suis et je ne soufpas la moindre inconvenance à mon égard .» Quelques instants après, le gouverneur se lève pour prendre congé du commandant français. Ce dernier lui fait dire alors qu'il est dans nos usages de rendre toute visite qui nous a été faite, et que le lendemain à trois heures du soir il se présentera à sa demeure. En vain le gouverneur objecte-t-il avec humeur que, étant logé dans la citadelle, il ne peut le recevoir; en vain, prenant un ton plus radouci, prétexte-t-il son état de souffrance. M. iSenez lui déclare, d'un ton de voix auquel il ne peut se méprendre, que rien ne pourra le faire dévier de sa résolution. Dès lors le vide se fait autour des Français, tous les fonctionnaires importants ont disparu, seuls quelques petits scribes restent encore auprès d'eux; même la curiosité de la foule, si importune le jour précédent, semble s'être apaisée comme par enchantement. I^e lendemain à midi, un secrétaire annamite vient annoncer à M. Senez que le gouverneur ne peut le recevoir, parce qu'il est malade. M. iSenez reconduit aussitôt, en le chargeant de répondre de sa part au gouverneur qu'il n'acceptera comme excuse valable qu'une lettre émanant de lui-même encore cette lettre devra-t-elle exprimer que nulle autre cause que son état de maladie ne l'erapèche de recevoir la visite du commandant français Si avant trois heures je n'ai pas reçu cette lettre, ajoute M. Senez, je me rendrai immédiatement à la cita«

«

frirai

;

:

«

<f

délie

».

Cependant à

l'intérieur

de

la

citadelle

,

aussi bien


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

42

qu'aux abords, régnait la plus grande agitation. Des et des munitions supplémentaires étaient distribuées aux troupes^ des renforts entraient dans la place. Cette agitation avait même gagné le personnel annamite de la maison des étrangers (1), où étaient logés les offi-

armes

ciers français et leur escorte.

En prévision des événements, M. Senez avait, dès le matin, porté ses forces à quinze chassepots et à deux mille cartouches. Aussi n'hésite-t-il pas à étouffer dans son germe la lutte qui se prépare. Fermer les portes de la cour, désarmer les troupes qui l'occupent et leur donner congé, garder leur chef à vue, tel est son premier acte. Laissant ensuite un aspirant et cinq hommes à la garde de la maison des étrangers, ses officiers et dix

il

hommes, à

se porte, avec le reste de

l'une des portes de la cita-

fermée et gardée. Mais dans l'enceinte désordre est indescriptible chefs et soldats, saisis de panique, courent affolés, sans savoir à quoi s'arrêter. A trois heures, le délai fixé par lui étant expiré, M. Senez se décide à forcer l'entrée qui lui est refusée. Il avait devant lui une porte vermoulue; déjà il allait y faire porter la hache, lorsqu'un vieux curé annamite, avec lequel il était en rapport depuis son arrivée à HàNôi, vient, tout en larmes, le supplier d'attendre, d'accorder un nouveau délai, se faisant fort d'obtenir, sans delle. Il la trouve

de la place

le

:

retard, la lettre qu'il exige.

M. Senez se rend à ses prières et donne un sursis d'une heure; puis il rentre à la maison des étrangers. Un moment après il recevait la déclaration demandée. à Le style de cette lettre était des plus compassés peine effleurait-elle les événements de la journée. Le gouverneur se contentait d'exprimer la vive satisfaction qu'il éprouvait de posséder sa seigneurie le commandant français et le regret qu'il avait de ne pouvoir recevoir sa :

visite.

(1)

Cong quun.


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

Le différend

était

donc terminé,

et bientôt la

43

maison

des étrangers, jusque-là déserte, se remplit de gens obsé-

quieux

et

empressés.

Toutefois, la cauteleuse épître du gouverneur ne fut point laissée sans réponse. M. Senez lui écrivit une lettre

d'un style analogue, et dans laquelle il affectait de le remercier de tout ce qu'il n'avait pas fait, de son gracieux accueil et surtout de ses tendances progressistes ; cette lettre devait forcément le rendre suspect à son gouvernement, si jamais il tentait de la produire. M. Senez avait donc atteint et visité la capitale du Tong-King il fallait songer au retour. Sa visite avait été annoncée au gouverneur de BacNinh. Pour se rendre à cette ville, il suivit la voie fluviale par laquelle il était venu, jusqu'à la hauteur de ;

Dô-Ho, village situé sur la rive gauche du canal SôngChi de là, accompagné de ses officiers et d'une dizaine de matelots, escorté par une nombreuse troupe de soldats annamites envoyés à son avance, il s'engagea sur la route royale de Haï-Dzu'o'ng à Bac-Ninh, simple levée en terre ;

large à peine d'un mètre.

Les autorités de Bac-Ninh l'attendaient à la porte de Leur accueil fut aussi aimable que possible. Pourquoi donc une si gracieuse réception fut-elle troublée par un incident qui aurait pu avoir les plus regrettables conséquences ? On a vu plus haut que Bac-Ninh et son territoire étaient occupés par des troupes chinoises, envoyées au secours du gouvernement de Hué par le vice-roi de Canton. L'arrogance de ces soldats n'avait point de bornes; ils traitaient en pays conquis la terre d'Annam. La ville de Bac-Ninh contenait alors une garnison d'environ deux \a 7na/son des étrangers.

cents de ces Chinois.

Or deux

d'entre eux,

un

soldat et un petit mandarin,

osèrent insulter et même frapper un officier de la suite de M. Senez. Sur-le-champ le commandant les fait arrêter

;

en

même temps

il

ordonne de fermer

les portes

de la

cour. Quelques instants après, les Chinois entouraient la


EXPLORATIONS DE M. SENEZ.

44

maison des étrangers

et faisaient

pleuvoir une grêle de

pierres.

Jamais

officier

ne

fit

preuve d'un sang-froid plus admi-

rable que M. Senez en cette circonstance. Deux heures durant, il eut la patience de rester cons-

tamment sur la défensive^ malgré l'irritation si naturelle de ses hommes, qui « trouvaient bien dur de recevoir sans rendre

!>.

Certes, quoiqu'il n'eût à sa disposition que quatre officiers

dix matelots, avec 270 cartouches pour toutes facilement culbuter ces misérables et avant la nuit, ou au moins se placer

et

munitions, il eût pu regagner ses canots sur la levée de vase inexpugnable, d'où

qu'il avait suivie

en venant

:

position

deux bons tireurs suffisaient pour protéger la retraite. Mais il eût fallu ouvrir le feu, verser du sang, créer de terribles embarras à ct^ malheureux gouverneur qui l'avait si franchement accueilli. Il préféra patienter. Il

commencement de l'émeute, mandarin chinois, après avoir s'être fait par le second deman-

avait, d'ailleurs, dès le

relâché

le

soldat et le petit

premier, et der pardon à genoux, le front dans la poussière. Enfin, les autorités annamites parvinrent à calmer les Chinois mais à quel prix? Le pauvre gouvernehr, Nguyên Oaï, avait dû acheter leur retraite au prix de mille ligatures (1); encore, au dernier moment, avait-il fallu y ajouter deux turbans et un revolver. Les mandarins annamites ne purent assez remercier M. Senez de sa longanimité ; et pour éviter tout contact avec les Chinois, ils lui proposèrent d'entrer dans la ci-

fait rotiner le

:

tadelle.

Cette citadelle

«

bâtie

comme

toutes les autres, est

assez vaste quadrilatère à bastions, n'ayant sur ses

un

mu-

que quelques vieux blocs de fonte oxydés en guise » Comme forteresse, elle n'a aucune valeur étant complètement dominée par plusieurs collines dis-

railles

de canons

(1)

La

.

ligature de sapèques vaut environ

;

un

franc.


.

M. DUPUIS.

45

tantes de huit à quinze cents mètres. Ces collines, à pentes très-douces, sont entièrement dépourvues de végétation

que de

;

y

faire

monter de l'artillerie serait aussi une grande route.

facile

la traîner sur

« Quant à la ville, elle n'est rien par elle-même et se compose d'un groupe de cinq à six cents maisons, qui ne s'étendent que sur un demi-cercle en dehors des fossés de

la citadelle

Aucune

»

rivière ne passe à

Bac-Ninh

;

mais

trois

ou

quatre kilomètres seulement séparent cette ville du ThâiBinh ; et Dô-Ho, sur le canal Sùng Chi, n'est éloigné que de quatorze kilomètres environ. C'est à Bac-Ninh que M. Senez apprit la nouvelle d'un événement qui devait avoir par la suite la plus grande influence sur les affaires du Tong-King. Le soir, pendant le dîner, le gouverneur lui annonça que dans un des estuaires de la côte, le Bach-Dang, il venait d'arriver trois vapeurs et une jonque qui le cherchaient. « C'était évidemment M. Dupuis », dit M. Senez dans son rapport.

CHAPITRE DEUXIEME. M. Dupuis. Dupuis? un Français établi en Chine depuis une quinzaine d'années. Nul Européen aussi bien que lui ne connaissait l'Empire du Milieu sur les dix-huit provinces que renferme cet immense empire, il eu avait visité Qu'était-ce que M.

M. Dupuis

était

;

quinze.

Passionné pour les voyages lointains, dès l'âge de vingtil était parti pour la Chine ; il y parvenait, au moment de l'expédition anglo-française. Qnelque temps après (18G0), en compagnie de M. Simon, aujourd'hui consul de France à Sidney, il se rendait à Han-Keou,

cinq ans


46

M. DUPUIS.

grande ville de la province de Hou-Quang, située sur le Fleuve Bleu. Le but des deux voyageurs était de gagner le haut bassin du fleuve et de revenir par la Mongolie, après avoir exploré le Thibet dans toute sa largeur. Mais l'insurrection, qui désolait alors les provinces centrales delà Chine, entrava leur entreprise, comme elle arrêtait à la même époque l'expédition du capitaine Blakiston. M. Dupuis s'était alors établi à Han-Keou. En peu de temps, il sut parler le chinois aussi bien que sa langue maternelle et pouvant dès lors traiter sans interprète avec les autorités chinoises, il eut bientôt gagné leur ;

confiance.

Aussi depuis 1866 fournissait-il d'armes et de munimandarins de la plus grande partie de la Chine, en guerre contre des rebelles et des brigands de toute sorte. Il était leur mandataire, et seul, parmi les Européens habitant l'Empire du Milieu, il avait le droit d'avoir sur le sol chinois un entrepôt de matériel de guerre les armes et les munitions qu'il introduisait entraient en franchise de douane. C'est ainsi que, par suite de ses relations avec les autorités, il avait parcouru la Chine dans toutes ses directions. Or, parmi toutes h^s provinces de cet empire, il en était une qui avait particulièrement fixé son attention c'était l'Yû'n-Nân mandarins et commerçants chinois lui vantaient à l'envi les richesses métallurgiques de ce pays ; mais, faute de débouché, elles restaient, pour ainsi dire,

tions les

:

:

:

inexploitées.

Dès

lors,

ouvrir à ces richesses une voie d'écoulement

sera le but de la vie de M. Dupuis.

Un examen

attentif

de la carte de Chine lui montre un système de cours d'eau, issus du plateau de lYù'n-Nân et se dirigeant au SudEst vers le golfe du Tong-King c'est pour lui toute une ;

révélation. iUnsi, dès 1864, c'est-à-dire quatre ans avant qu'elle ne fût préconisée

par les compagnons de M. de la

Grée, entrevoit-il la voie du Ïong-King

comme

la voie

naturelle de l'Yù'n-Xàn à la mer. Il

forme donc

le

projet d'aller sur les lieux

mêmes

re-


M. DUPUIS.

4?r

connaître la navigabilité de cette future artère commerciale. Déjà même il avait commencé ses préparatifs de départ, lorsque arriva de Saigon la nouvelle qu'une com-

mission scientifique française allait prochainement remonter le Mé-Kong et en explorer le cours. Dès le principe, M.. Dupuis avait fait part de son projet de voyage en Yû'n-Nân à deux de ses amis de Han-Keou, l'un, M. Dabry de Thiersant, consul de France en cette même ville, l'autre, M. de Cintré, lieutenant de vaisseau, commandant une canonnière en station sur le Fleuve Bleu (1). Leurs conseils le déterminèrent à attendre le « Si le Mérésultat de l'expédition de M. de la Grée « Kong est navigable » lui disaient-ils, « vous trouverez « dans ce fleuve une voie tout indiquée; il vous sera « d'autant plus facile d'en profiter qu'elle débouchera au « sein d'une colonie française. » Cependant M. Dupuis cherchait à se lier avec les mandarins de l'Yù'n-Nàn il devait ainsi les rendre favorables à ses projets ultérieurs. Aussi, quoique leur province fût très-éloignée de son centre d'affaires, entra-t-il en relations avec eux pour des fournitures d'armes. Depuis 1856, l'Yù'n-Nàn était en proie à la plus complète anarchie. A la suite d'une rixe, les Chinois de cette province avaient tenté, avec la connivence des autorités, de faire un massacre général de la population mahométane. Il en était résulté une insurrection de tous les musulmans de rYû'n-Nân. Dans l'Ouest, la ville de Ta-Ly était tombée en leur :

,

;

(1)

Extrait d'une lettre de

M. Dabry de Thiersant à M. Dupuis a

:

Canton, 22 février 1876.

• J'ai lu avec un vif intérêt les articles que M. Romanet du Caillaud a publiés h votre sujet dans VExplorateur. Il vous rend pleine et entière justice, et, malgré ce que pourront dire les uns et les autres, vous aurez devant l'histoire le mérite d'avoir reconnu le pi-eniier la voie fluviale qui conduit du Yunnan au golfe du Tonquin. Je ne comprends pas le D'' Joubert qui prétend que c'est lui qui vous a suggéré cette idée. Je puis certilier que bien longtemps avant l'arrivée de la mission de la Grée nous nous étions entretenus ensemble de cette grosse question, » dont la solution a été loin de vous être favorable


M. DUPUIS,

48 pouvoir. leur tête

Dans le département de Lin-Ngan, ils avaient à un chef très-entreprenant , du nom de Ma

(1). Au bout de quelques années, ce chef était maitre de tous les districts du Sud-Est, et venait avec une armée de cinquante mille hommes mettre le siège devant la capitale elle-même. Déjà les défenseurs d'Yù'n-Nân Sèn allaient être obligés de se rendre à discrétion, lorsque les mandarins entrèrent en négociations avec lui celui de leurs collègues, qui avait été le principal instigateur du massacre des musulmans, venait de se suicider. Aux avances des mandarins, Ma répondit qu'il n'avait pris les armes que pour défendre sa vie et celle de ses coreligionnaires, mais qu'il entendait rester fidèle sujet de l'empereur. Il fit donc sa soumission avec une partie de ses soldats peu de temps après il était nommé ti-tcû de la province, titre que l'on peut traduire par maréchal ou généralissime. Dès lors la dynastie mandchoue n'eut pas de serviteur plus dévoué. Aussi le vice-roi Nao Tcho Kouang avait-il en lui la confiance la plus absolue. Possédant d'immenses propriétés dans les districts du Sud-Est de la province, doué d'une générosité inépuisable. Ma parvint, par son crédit non moins que par son habileté et son courage, à refouler l'insurrection dans la partie occidentale de la province sous l'influence de son ascendant, un grand nombre de ses coreligionnaires abandonnèrent la cause du chef Teou Ouên Sieou, qui s'était proclamé sultan et avait fait de Ta-Ly sa capitale. De plus, son bon sens naturel et sa pénétration lui avaient fait aisément reconnaître l'immense supériorité des armes de fabrication européenne sur celles de fabrication chinoise. C'est pourquoi, dès qu'il fut élevé au grade de ti-taï, son but suprême avait été de se procurer un matériel de guerre perfectionné. C'est avec ce chef militaire que M. Dupuis entra en

Hien

:

;

;

(1)

C'est

ce

même

grand homme, dans

chef qui est appelé Ma-ta-jen, c'est-à-dire Voyage d'exploration en Indo-Chine.

le

Ma

le


M. DUPUIS. relation,

dont

il

49

par l'intermédiaire du nouveau vice-roi Lieou,

avait fait la connaissance, alors que ce

mandarin

que gouverneur (1) du Kouy-Tcheou. lui expédia plusieurs convois d'armes or Dupuis M. ces convois mirent près de six mois à parvenir à Yû'nnaturellement il en résulta d'incroyables Nàn Sèn dépenses, non- seulement par suite de la longueur du trajet, mais surtout à cause des obstacles qu'il avait fallu vaincre dans un pays où les routes ne sont que des sentiers, où l'homme est souvent l'unique agent de transport. On comprend que M. Dupuis attendît avec impatience la venue de la commission d'exploration de l'Indo-Chine. En juin 1868, cette commission arrivait à Han-Keou, et il apprenait d'elle que le Mé-Kong n'était point navigable. Il songea donc à mettre à exécution son précédent projet, et, en septembre suivant, il partait pour l'Yu n-Nân. A cette époque la capitale de cette province était assiégée par les insurgés. Bravant tous les dangers, M. Dupuis parvint néanmoins à pénétrer dans la place. L'acils lui cueil des mandarins fut des plus chaleureux apprirent qu'autrefois, alors que les rebelles du QuangSi n'occupaient pas encore la frontière annamite, maints produits européens parvenaient en Yù'n-Nân par la voie du fleuve du Tong-King. n'était encore

:

;

:

Cette voie lui permettrait-elle d'atteindre le but qu'il se proposait ? Serait-il possible d'utiliser ce fleuve, et pour

transporter un convoi d'armes en Yù'n-Nân, et pour écouler les produits métallurgiques de cette province ? Questions qu'il ne pouvait résoudre qu'en allant lui-même sur les lieux s'assurer de la navigabilité du fleuve.

Une semblable exploration était alors complètenSent impossible l'insurrection était maîtresse des districts du Sud. M. Dupuis l'ajourna donc à un prochain voyage. :

De retour à Han-Keou en mai 1869, il expédiait au maréchal Ma deux instructeurs pour ses troupes et l'année suivante, en août 1870, il repartait pour l' Yù'n-Nân. ;

(1)

FoH-tai.


50

M. DUPtJlS.

La

capitale était dégagée,

mais

Sud-Est de la propour parvenir

le

vince était encore au pouvoir des rebelles

aux bords du fleuve du Tong-King,

il

;

fallait

traverser les

districts qu'ils occupaient.

M. Dupuis n'hésita pas à entreprendre ce périlleux voyage. « Esprit hardi et aventureux, caractère persévérant, il avait, en même temps que l'audace, la prudence indispensable pour réussir. Sa connaissance de la langue chinoise allait d'ailleurs faciliter beaucoup sa tentative (1) ». Le vice-roi d'Yù'n-Nân et le maréchal Ma cherchèrent, il est vrai, à la lui faire ajourner de

de

le

nouveau:

ils

craignaient

voir tomber entre les mains des rebelles, qui l'eus-

sent infailliblement massacré.

Mais M. Dupuis ne trances

;

il

leur

tient

déclare

aucun compte de leurs remonqu'aucune considération ne

pourra l'arrêter. Cela dit, il part à cheval, seul avec un domestique chinois. Effrayé de cette soudaine détermination, le maréchal le fait immédiatement rejoindre par une escorte, et lui envoie des lettres de recommandation pour les autorités des diverses localités qu'il doit

nombreuse traverser.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, la route directe, celle qui passe par Lin-Ngan; était au pouvoir des rebelles. Pour éviter leur rencontre, M. Dupuis se voit obligé de faire un long détour à l'Est et de se frayer un chemin à travers les montagnes et les forêts, dans un pays infesté de bêtes féroces et de brigands. Epuisé de fatigue, il arrive à Mong-Tse, chef-lieu de l'arrondissement le plus méridional de la province. Mais là, les hommes de son escorte sont comme frappés de panique et la plupart déclarent qu'ils ne passeront point la frontière. Heureusement, grâce au concours des chefs de Mong-Tse, il peut se composer une nouvelle escorte. (1) Ce portrait de M. Dupuis est extrait d'un écrit posthume et inédit de M. Francis Garnier. Cet écrit, interrompu par la mort, était un article destiné h la. Revue des Deux-Mondes, et intitulé La question di> TongKing. Voir cet article aux Pièces jristificatix-es, n" 6. :


M. DUPUIS.

51

il atteint la petite ville de Mang-Hâo. Mang-Hào coulait la principale branche du gi'and du Tong-King, la rivière que les Chinois appellent

Enfin,

Or, à fleuve

Ho-Ti Kiang ou encore Hong Kiang, c'est-à-dire fleuve Rouge, et dont le nom annamite est Sông Thao (1). Ce cours d'eau était, disait-on, navigable jusqu'à la mer. Des rapides infranchissables, situés en amont, faisaient de Mang-Hâo le point terminus de la navigation.

Mang-Hào était un marché important, fréquenté principalement par les marchands cantonais. Avant l'insurrection musulmane, il était sous la dépendance d'un chef paï-y, tributaire de l'Yû'n-Nàn, nommé Yang Ming. Ce chef y avait une douane ; il en avait une autre également au marché de Lào-Kaï (2), sa principale résidence, située à soixante-dix milles en aval. Dès le début de la rébellion, les Cantonais profitèrent de l'impuissance des autorités de l'Yûn-Nàn, pour s'emparer de ces deux marchés, et percevoir pour leur propre compte les droits de douane. Sous leur administration, le commerce entre le Nord du Tong-King et le Sud de l'Yù'n-Nàn ne cessa pas d'être florissant. Le produit de la douane de Lào-Kaï s'élevait alors à près de cinq cent mille francs par mois. Quelques années plus tard, les Cantonais étaient, à leur tour, chassés de Lào-Kaï par les rebelles du Quang-Si, qui avaient envahi le Tong-King Septentrional. Mang-Hâo leur resta, mais leur commerce fut frappé à mort. Ce ne fut point sans jalousie que ces marchands virent l'arrivée d'un européen dans leur domaine (8). N'osant s'opposer ouvertement aux explorations d'un voyageur aussi officiellement recommandé, ils cherchèrent néanmoins à l'entraver d'une manière occulte. Par leurs récits ils eff'rayèrent les gens de son escorte; et ceux-ci, Voir la note de la pafje 21». Les Paï-Y .sont une race aborigène qui occupe le.s pays de la frontière méridionale de rVù'n-NAn. (.'i) IMu.s lard ces négociants reconnurent que l'entreprise de M. Dupuis devait leur être profitable et ils traitèrent avec lui pour des fournitures (1)

(2)

importantes.

.'f


M. DUPUIS.

52

pour

la plupart, refusèrent de s'exposer à de

nouveaux

Quelques-uns pourtant suivirent M. Dupuis au delà de Mang-Hào seul, son domestique Yû' lui fut cons-

périls.

;

tamment

fidèle.

Sur le point de toucher au terme de ses désirs, M. Dupuis ne pouvait se résoudre à abandonner une si belle entreprise. Il était indispensable qu'il reconnût par lui-même quelles facilités le Hong- Kiang (1) offrait à la navigation. Décidé à braver tous les dangers pour atteindre son but, comptant d'ailleurs sur le prestige des lettres de recommandation dont il était nanti, il commença à descendre le cours du fleuve.

Au bout de quelques heures de navigation, il parvenait à Sin-Kaï. C'était la nouvelle résidence d'Yang Ming. Ce grand chef paï-y, après son expulsion de Mang-Hào et de Lào-Kaï par les Cantonais, s'était vu dans la nécessité de chercher un refuge sur le plateau de Mong-Tse, chez un parent du maréchal Ma. Il y était resté deux années. Puis, s'alliantà un chef de ses amis et réunissant autour de lui les divers petits chefs des montagnes qui autrefois étaient sous ses ordres, il avait essayé de reprendre Lào-Kaï sur les Cantonais; le succès n'avait pas couronné sa tentative. Désespérant de rentrer en possession de son ancienne résidence, il était cependant venu s'établir sur le fleuve entre Mang-Hào et cette même ville de Lào-Kaï, dans un endroit qui avait pris le nom de Sin-Kaï, ce qui en langue paï-y veut dire nouveau marché. Mais il ne pouvait ni descendre à Lào-Kaï, ni remonter à Mang-Hào il était prisonnier au milieu de ses Etats. Depuis la prise de Lào-Kaï par les rebelles du QuangSi et son occupation par la bande des Pavillons-Noirs, ces derniers faisaient souvent des incursions chez les Paï-y, sujets d'Yang Ming, et y commettaient les plus affreuses déprédations. On comprend qu'Yang Ming ne devait rien tant désirer que la fin de l'insurrection mu;

(1)

Le Sông Thao des Annamites.


M. DUPUIS.

53

sulmaiie en Yû'n-Nân ; les autorités de cette province eussent alors pu le secourir contre ses ennemis. Aussi fit-il à M. Dupuis la plus cordiale réception. Ce dernier, d'ailleurs, lui remettait les lettres de

dation qu'il avait reçues du maréchal

Ma

et

recommandes manda-

rins de Mong-Tse. Ils furent bientôt liés d'amitié.

Après un séjour d'une journée chez ce chef sauvage, voyageur poursuivait son exploration. Bientôt il parvenait à Lâo-Kaï. Le chef des PavillonsNoirs, Lieou Yu'èn Fou, qui, on s'en souvient, occupait

l'intrépide

quoique avec froideur sa la crainte des mandarins de lYû'n-Nàn. C'est pourquoi il laissa M. Dupuis visiter les environs de Lâo-Kaï et recueillir les renseignements qui pouvaient lui être utiles. Pendant cent milles environ au delà de Lâo-Kaï, M. Dupuis descendit encore le cours du tieuve ; sur ce parcoui's il ne rencontra aucun agent du gouvernement annamite, mais seulement divers postes de rebelles chinois aux Pavillons-Jaunes, alors en guerre avec leurs anciens comles Pavillons-Noirs. pagnons Les Pavillons-Jaunes lui firent bon accueil il était, en effet, porteur d'une lettre des autorités de Mong-Tse pour leur chef Hoang cette place, le reçut poliment,

:

dominée par

férocité naturelle était

,

:

Tsong In. Touên-Hia

camp principal de ces Chinois fut sa un des lieutenants de Hoang ïsong In qu'à peu de dixstance en aval, les Annamites

(1), le

dernière étape, l'ayant averti

avaient un poste sur le fleuve et qu'ils ne le laisseraient probablement point passer. Au reste, il était inutile que M. Dupuis poussât plus loin son exploration, le fleuve n'oflrant dans son cours inférieur aucune difficulté sérieuse à la navigation

(2).

(1) Touên-Hia est le Bao-Hk des Annamites, chef-lieu du district de montagnes (chài') de Vàn-Ban. (2) Avant de quitter Touèn-IIia, le courageux explorateur inlbrniait du

résultat de son voyage plusieurs de ses amis.

Il

chargeait les Pavillons-

Jaunes de faire parvenir ces lettres à Macao. L'une d'elles était pour son compatriote, M. le docteur Joubert, de la coinmissioa du Mé-Koug, elle lui parvenait au moment de la rédaction du grand ouvrage de cette


54

M. DUPUIS.

M. Dupuis revint donc sur ses pas et rentra en Yû'nNàn. A son arrivée à la capitale, il rendit compte aux mandarins des résultats de son voyage. Leur enthousiasme pour le courageux explorateur n'eut plus de bornes sans l'appui d'aucune escorte, il avait bravé les bêtes féroces et les brigands, enduré des fatigues inouïes, abordé les rebelles jusque dans leur camp et conclu avec eux les négociations les plus difficiles. Il ne fut plus pour eux que Do ta-jeti, Dupuis le grand homme. Dès ce jour, ils eurent en lui une confiance illimitée. Ses plans commerciaux furent approuvés. Par la voie du Hong Kiang (1), fut-il décidé, l'Yù'n-Nàn et les provinces voi:

sines écouleraient leurs riches produits et recevraient en échange des marchandises européennes. M. Dupuis devait être l'agent des mandarins dans ces diverses opérations. Mais avant d'entreprendre des opérations commerciales d'une semblable importance, il était indispensable de pacifier la province. En conséquence, M. Dupuis fut d'abord accrédité comme mandataire du chef militaire de l'Yû'nNàn, le ti-taï ou maréchal Ma, pour aller en Europe faire l'acquisition d'armes et de munitions. Le transport de ce matériel de guerre devait se faire par la voie du TongKing. Les mandarins de l'Yù'n-Nàn ne supposaient pas que l'Annam dût faire la moindre opposition à ces projets car l'Annam, nous l'avons vu plus haut, reconnaissait la suzeraineté de l'empire de Chine son roi recevait l'investiture du Céleste Empereur et lui envoyait à de certaines époques des ambassadeurs, porteurs d'un tribut d'/io/?2mage. :

:

De

plus, les Chinois,

comme

«

frères aînés de la nation

commission et permettait de compléter les renseignements que cette commission avait recueillis sur le fleuve du Tong-King. Une autre était ailressée à M. le comte Méjan, consul général de France h Shaug-Haï. M. Méjan en transmettait aussitôt le contenu k l'amiral Dupré, gouverneur de la Cochincliine, et par cette communication contribuait à le décidera envoyer, en février 1872, le Boxirayne dans les eaux du TongKing. (1)

Le Sông Tliao des Annamites.


M. DUPUIS.

o-y

avaient et ont encore la faculté de commer» dans tout le royaume. A plus forte raicirculer de cer et son, ce même droit appartenait-il aux agents officiels des

annamite

,

hauts mandarins du Céleste Empire. M. Dupuis fut donc délégué, par le maréchal de l'Yù'nXàn, comme son agent officiel auprès du gouvernement d'Annam. Un écrit lui fut remis qui lui conférait ce caractère et spécifiait sa mission. Par cet acte le maréchal Ma requérait le gouvernement d'Annam d'accorder à son mandataire l'autorisation d'user de ses voies fluviales et terrestres pour le transport des armes et des munitions qui lui étaient nécessaires. En outre, un mandarin du Hou-Quang, nommé Ly Yû' Tche, du grade de préfet (1), devait ultérieurement le rejoindre, afin de donner à son mandat un caractère encore plus officiel. C'est pour remplir ce mandat que, de retour à HanKeou en décembre 1871, après une absence de plus de seize mois, M. Dupuis partait immédiatement pour la

France.

Au commencement de 1872, il était reçu par le ministre de la marine d'alors, le vice-amiral Pothuau il lui exposait et sa mission officielle et les résultats de son voyage d'exploration. Ces renseignements intéressèrent vivement le ministre seul et à ses frais, M. Dupuis avait résolu le problème dont la solution avait été vainement cherchée dans le bassin du Mé-Kong par la commission scientifique de M. de la Grée. Dans le but d'éviter toute difficnlté avec les mandarins annamites du Tong-King, M. Dupuis désirait se rendre à Hué, pour y faire officiellement reconnaitre par la cour d'Annam son titre de mandataire du gouvernement chinois. Or, sa mission et son identité personnelle, pensait-il, eussent revêtu un plus grand caractère dautiienticité, s'il eût pu se rendre à Hué sur un navire de l'Etat. :

:

(\)

T'he-fuu.


M. DUPUIS.

56

Le ministre accéda à sa demande, en y mettant, pour condition

il

est

dépense de combustible et de matières grasses que nécessiterait ce voyage. A cet acte officieux devait se borner l'intervention du gouvernement. Yu la situation où elle se trouvait, la France ne pouvait se compromettre dans une expédition loiHtaine. Le ministre fit donc répondre à M. Dupuis qu'il serait heureux de le voir réussir, mais de ne pas oublier que la France ne pouvait intervenir en aucune façon, ni pour ni contre lui, dans cette affaire, laquelle demeurait entièrement à ses risques et périls. On l'avertissait toutefois qu'une dépèche ministérielle invitait le gouverneur par intérim de la Cochinchine à lui prêter le concours qu'il réclamait, pourvu qu'il n'en résultât aucun inconvénient pour les intérêts de la France en Extrême Orient (1). Après avoir, avec l'autorisation du ministre de la guerre, acheté en France des canons et des fusils chassepots, M. Dupais partait pour Saigon, Il y arrivait en mai 1872, exposait ses projets au gouverneur intérimaire, M. le général d'Arbaud; et se rendait aussitôt à Shang-Haï, afin d'y organiser son expédition. Quatre mois après il était de retour à Saigon ; à cette époque le général d'Arbaud avait reçu du ministre de la marine l'ordre de mettre à sa disposition, pour le conduire à Hué, un des bâtiments de la station ce bâtiment n'était autre que l'aviso \%Bourayne,\<àc^'à\ était, du reste, sur le point d'entreprendre sa seconde reconnaissance des cotes de l'Annam. Le gouverneur lit appeler le commandant Senez et lui demanda son avis touchant l'opportunité du voyage de M. Dupuis à Hué. Un séjour de huit années en Cochinchine avait donné à cet officier une grande expérience des mœurs officielles annamites, et nul ne savait mieux que lui triompher des ruses des mandarins. Il était convaincu vrai,

qu'il paierait la

:

(1)

écrite

Lettre de M. le directeur des colonies, en date du 9 avril 1872 au nom du ministre et par son ordre.

'


M. DUPUIS.

que, pour réussir dans une entreprise en

57

Annam,

il

fallait

n'en aviser aucunement la cour de Hué. encore moins lui demander l'autorisation ; mais, au contraire, agir, et, s'il

y avait

lieu,

prévenir ses mesures. Dans son opinion, M. Dupuis devait nécessairement devenir

l'expédition de

en avait connaissance, et bien France la recommandait. Certes, le gouvernement annamite ne s'y serait pas opposé ouvertement, par un refus catégorique seulement il y aurait mis obstacle par un de ces mille artifices, dont ses mandarins ont le secret; il eût fait, par exemple, irréalisable, si cette cour

plus irréalisable encore,

si la

;

barrer les rivières, et les eût dès lors présentées

comme

innavigables. Ainsi, M. Dupuis avait avantage à ne se point couvrir du patronage du gouvernement français il eût perdu, aux yeux des mandarins annamites, son caractère de représentant des autorités chinoises de l'Yû'n-Nàn, pour :

revêtir celui d'agent politique de la France.

M. Senez qu'il aurait

donc de n'aller point à Hué, mais immédiatement au Tong-King, dès

lui conseilla

plutôt de se rendre

réuni les éléments de son expédition.

Il

lui

du Cua Càm, comme l'estuaire le plus profond du delta du Tong-King, et l'engagea à toucher au port de Càt-Bâ, pour lui laisser de ses nouvelles, au cas qu'il y passât avant le Bourayne. En conséquence, M. Dupuis partait le 23 septembre pour Hong-Kong c'était dans ce port que devaient le rejoindre deux canonnières anglaises qu'il avait achetées à Shang-Haï et fait inscrire au consulat de France sous les noms de Lào-Kaï et de Honr/KianQ. Il complétait sa flottille en achetant une chaloupe à vapeur, le Son-Tây., et en affrétant une jonque chinoise d'environ quatre cents tonneaux pour transporter le charbon et une partie du

recommanda

la rivière

;

matériel de guerre.

Le personnel de l'expédition se composait de vingt-cinq Euro})éens et de cent cinquante Asiatiques, Chinois, Japonais, Tagals, Malais et Indiens. Tous, Asiatiques aussi bien (lu'Européens, étaient armés de chassepots et de revolvers.


INTERVENTION DE M. SENEZ

58

Trente pièces de campagne avec leur matériel roulant, six à sept mille fusils à tir rapide, douze à quinze tonneaux de munitions de toute sorte, tel était le matériel de guerre que M. Dupuis avait emmagasiné sur sa flottille. L'expédition quitta Hong-Kong le 26 octobre. Retenue par le mauvais temps, elle ne put parvenir que le 8 novembre au port de Càt-Bâ, sur les côtes du Tong-King. Le lendemain elle cherchait, mais en vain, à pénétrer

dans

le

Bach-Dang ou Cua Nam-Trièu,

large

embouchure

d'une rivière qui passe près de la ville du Quang-Yên. Le 10, M. Dupuis remontait le Cua Càm avec sa chaloupe à vapeur et abordait le Bouimjne. Apprenant que M. Senez était parti pour Hà-Nôi, il se décidait à l'y rejoindre, et se dirigeait avec toute sa flottille vers les bouches du Bù-Dê mais il ne put trouver un passage ni à l'embouchure du Ba-Lat, ni à celle du Daï. Il revint à ;

l'entrée

du Cua Càm. Le

17

au

comme

soir,

il

jetait l'an-

cre sous la pointe Dô-So'n, auprès de cet estuaire, on lui

remit une lettre de M. Senez. lui annonçant que*le lendemain il serait à bord du Bourayne.

CHAPITRE TROISIEME Comment M. Senez

intervint en faveur de M. Dupuis auprès des autorités annamites.

on s'en souvient, à Bac-Ninh, dans la soirée du novembre, que M. Senez avait eu connaissance de l'arrivée de M. Dupuis dans les eaux du Tong-King. Dès le lendemain, il partait pour Haï-Dzu'o'ng. Le gouverneur de cette ville, de môme que celui de Bac-Ninh, l'accabla de questions au sujet de M. Dupuis mais il n'obtint que des réponses évasives, M. Senez se réservant de traiter €ette affaire avec le commissaire royal (1) Le Tuân. C'était,

11

;

(1)

Kinh-luoc en annamite.


EN FAVEUR DE M. DUPUIS.

59

Ce commissaire royal était un ancien ministre des l'Annam. Le roi Tq'-Dù'c l'avait envoyé au Tong-King pour apaiser la nouvelle insurrection des partisans des Le et mettre fin aux ravages des pirates chinois c'était la plus haute autorité annamite de toute la côte septentrionale du royaume. Dans la matinée du IG novembre, le commandant français arrivait à Quang-Yên, résidence de ce grand mandarin, « En mettant pied à terre, dit-il dans son rapport, nous fûmes reçus par des envoyés de Lé Tuàn. « Lui-môme vint au-devant de nous et nous conduisit à sa demeure qui devait être la nôtre. Nous étions ici en affaires étrangères de

;

présence d'un Annamite distingué, aft'able, et d'une simplicité de manières rare chez les mandarins. Il ne criait pas en parlant même on eût pu croire qu'il affectait de ;

parler bas

.»

Désireux de s'instruire, il aimait la société des Européens et paraissait comprendre (jue son pays devait cesser de s'isoler et entrer désormais dans la voie du progrès.

Ses fonctions, qui l'appelaient à réprimer la piraterie, dans toute sa réalité, l'infériorité déplorable de la marine annamite. C'est pourquoi, dans son entrevue avec M. Senez, il chercha surtout à s'enquérir de l'organisation des navires français et de leur valeur vénale. Et (quelques jours plus tard, après avoir visité le Bouraync dans tous ses détails et assisté à un branle-bas de combat, il témoignait à M. Senez le regret qu'il avait de voir son gouvernement acheter à des aventuriers allemands de vieux bateaux à des prix fabuleux. Nous le lui avaient fait sentir,

verrons, dans la suite de ce récit, ambassadeur et pléni potentiaire de son gouvernement, conclure un traité avec la France. Or, c'est à lui principalement qu'il faut attribuer celle des clauses de ce traité, par la(iuelle la France s'engage à donner à l'Annam cin<i bâtiments à vapeur... en parfait état..., armés et équipés conformément aux prescriptions du règlement d'armement. Tel était le mandarin avec lequel M. Senez allait discu-


INTERVENTION DE M. SENEZ

60

ter la question du passage à travers le Tong-King de M. Dupuis et de son convoi d'armes. Dès le principe, Le Tuân avait témoigné le désir de ne pas entrer en relations directes avec M. Dupuis. Après

réflexion,

il

était

revenu sur sa détermination première.

Le 18 novembre, au moment où M. Senez, revenant de Quang-Yên, montait à son bord, la flottille de M. Dupuis mouillait auprès du BourayuG. Le lendemain le commissaire royal était à bord du navire français, et la question du transit à travers le Tong-King était entamée et débattue.

M. Senez exposa de la manière la plus précise ce que demandait M. Dupuis, non moins en vertu du mandat il était investi qu'au nom de la civilisation et du commerce c'était l'autorisation de traverser le territoire d'Annam, en se servant de ses routes et de ses voies

dont

:

fluviales,

pour introduire en Yû'n-Nân, comme pour en

rapporter, toutes marchandises et tous produits.

En échange, M. Dupuis s'engageait à payer les droits de navigation et de douane. M. Sènez ne -manqua point de faire briller aux yeux du mandarin annamite les avantages inappréciables que son gouvernement retirerait d'une semblable entreprise, l'immense prospérité qui en résulterait pour le pays la libre circulation des Européens dans le Ïong-King arrêtant les insurrections, la' piraterie éloignée par la seule présence de leurs navires sur les côtes, le trésor royal cessant de s'épuiser dans une lutte infructueuse, trouvant au contraire, dans la perception des droits de transit une « nouvelle et abondante source de revenus. » Le commissaire royal semblait sous le charme de cette brillante perspective ; on eût même pu le croire gagné à la cause de M. Dupuis. « Mais », dit-il enfin, a tous ces « avantages seront-ils bien appréciés à la cour de Hué ? » Sur sa demande alors, M. Dupuis lui présenta le mandarin chinois qui l'accompagnait, et lui communiqua ses pleins pouvoirs. Il parut contrarié à la lecture de ce document. Il émanait, objectait-il, d'une autorité purement :


EN FAVEUR DE

M. DUPUIS.

61

militaire, et, d'après les règles diplomatiques observées

entre les deux cours, cette autorité n'était point compétente pour le délivrer. Seul le vice -roi d'Yû'n-Nân avait titre et qualité

pour s'adresser à son gouvernement d'ailque les questions à débattre avaient ;

leurs, toutes les fois

eu de l'importance, elles avaient été directement traitées entre les ministres des deux pays par Tintermédiaire du

comme ce document n'avait été en aucune façon soumis à l'approbation du cabinet de Péking, le ministère à Hué ne l'admettrait certainement point comme valable. Il regrettait vivement que le gouverneur de Saigon n'eût pas en cette circonstance pris l'initiative d'une démarche auprès de la cour d'Annam « M. Dupuis est venu à Saigon »; répliqua M. Senez, c pour y réclamer nos bons offices auprès de votre cour. « Mais le gouverneur, bien qu'il fût sympatique à son pro« jet, n'a pas cru devoir tenter une semblable démarche, « persuadé d'avance que toute intervention de notre part « lui serait plutôt nuisible que favorable. N'avions-nous « pas eu déjà de trop nombreux exemples de ce mauvais vice-roi de Canton. Et,

:

—

«

vouloir

?

ï

Le Tuàn exprima de nouveau ses regrets cle ce que M. Dupuis ne se fût pas couvert du patronage de la France il eût été heureux de pouvoir assurer, dans son rapport, que le gouvernement français s'intéressait à cette entreprise. Plus facile eût été sa tâche, plus grandes les :

chances de réussite. M. Senez savait quelles étaient les instructions du général d'Arbaud il avait, du reste, pris connaissance de la dépêche ministérielle, qui concernait l'expédition de M. Dupuis. Il n'hésita donc point à donner au commis;

demandait (1). Le Tuân promit qu'il appuierait de

saire royal la déclaration qu'il

Muni de

cette pièce.

tout sou crédit l'entreprise de M. Dupuis, dût- il

encourir une disgrâce

:

tant à ses

yeux

même

étaient considéra-

bles les avantages qui devaient en résulter pour sa patrie

(1)

Voir

cell»' lettre

aux Picrcs justif^-atirra, n"

A.

!


62 INTERVENTION DE M. SENEZ EN FAVEUR DE M. DUPUIS.

convenu que, en attendant la réponse de M. Dupuis ferait mouiller sa flottille au-dessous des forts de Càm (1). Le Tuân réclama un délai de dixfut ensuite

Il

la cour,

huit jours, pour donner cette réponse, ce qui fut accordé.

En échange, les mandarins devaient chaque jour faire porter à bord des navires de M. Dupuis l'eau douce dont il aurait besoin des bœufs lui seraient fournis contre ;

même

remboursement au çais lui-même

prix qu'au

commandant

fran-

les populations seraient autorisées

à lui vendre des vivres enfin, il aur-iit le droit de parcourir avec sa chaloupe à vapeur les rivières et les arroyos du ;

;

Delta. Cette dernière concession fut difficile à obtenir:

commissaire royal comprenait tout le parti qu'on en pouvait tirer il y consentit pourtant. M. Senez venait de donner à M. Dupuis un moyen puissant, un gage de succès ces journées, qu'il devait passer dans l'attente, ne seraient point du temps perdues, puisqu'il pouvait les employer à étudier les lieux, à reconle

;

:

naître les routes, et à pousser

Dans des mains

même jusqu'en

habiles, c'était le succès

;

Yû'n-Nàn.

ce le fut en

effet.

Au moment dit à «

M. Senez

de conclure, Le Tuân, d'un air soucieux, « Mais, si le roi refusait à M. Dupuis l'au:

torisation qu'il

M. Senez

demande, que

ferait-il ?

»

de prévoir une pareille objection, et il ne dissimula point l'embarras qu'elle lui causait. « J'ignore », répondit-il cependant, « quelles peuvent être « les intentions de M. Dupuis, ce cas échéant; mais cette « éventualité est une de celles qu'il vaut mieux ne pas pré« voir. Mieux que nul autre, votre gouvernement sait quel « prix coûtent des bateaux tels que ceux de M. Dupuis (2); ï comment donc pourrait-il supposer qu'un homme, qui a « tant dépensé en vue de la réalisation d'une idée, va

(1)

Ou

était loin

forts (le

Haï-Phùng.

Quelques mois auparavant, des agents de la maison allemande Carlowitz et C", de Hong-Kong, avaient vendu à la cour de Hué, })Our la somme exorbitante de quarante mille dollars, une mauvaise canonnière à vapeur, qui en valait à peine cinq ou six mille. (2)


M. DUPUIS «

«

« «

« « «

« « <

« « »

« 9

î «

f

REMONTE LE FLEUVE DU ÏOXG-KIXG.

G3

l'abandonner sans une vive résistance? En refusant cette autorisation, le roi commettrait une de ces fautes dont il est impossible de prévoir les conséquences. Dès lors la nationalité de M. Dupuis disparaîtrait devant ce refus, qui en sa personne frapperait un des plus hardis propagateurs du commerce et de l'industrie. Le gouvernement de Hué doit enfin se bien persuader que sa persistance à s'isoler du monde civilisé ne peut durer plus longtemps. Le redoutable problème du progrès vient de se poser et il appartient aux hommes intelligents de l'éclairer et de le guider dans cette voie, s'ils ne veulent pas le voir périr. C'est aujourd'hui M. Dupuis, demain ce sera un autre, qui, tous et toujours, au nom du progrès et de la civilisation, viendront vous demander la liberté de circuler et de commercer. Croyezle bien, toute résistance est vaine. Forts, canons, barrages, sont désormais impuissants à résister au courant envahisseur de la civilisation qui se dirige vers l' Annam. » Le commissaire royal parut comprendre le raisonne-

devant

lui;

comme vous

ment de M. Senez. Plus tard malheureusement,

ainsi

du mandarin annamite reprirent le dessus. La mission de M. Senez était terminée; et le 20 novembre il quittait M. Dupuis en lui souhaitant plein succès. qu'on va

le

voir au chapitre suivant, les habitudes

CHAPITRE QUATRIEME Comment M. Dupuis parvint à remonter

le fleuve

du Tong-King. Le Bowai/np s'était à peine éloigné, que déjà les mandarins s'attachaient à rendre illusoires les conditions stipulées par M. Senez en faveur de M. Dupuis. Par leur ordre le vide se faisait autour de lui et de son personnel; défense était faite aux indigènes de lui vendre la moindre


.

M. DUPUIS

64

denrée.

A

REMONTE LE FLEUVE DU TONG-KING.

la vérité, les

mandarins

lui fournissaient

bien

quelques vivres, mais à des prix exorbitants. Quant au bois, qui dans la province de Quang-Yên est d'une il ne put en obtenir à aucun abondance extrême ,

prix.

Au

bout de quelques jours, le commissaire royal Le Tuân lui faisait savoir que la réponse de la cour de Hué pourrait bien tarder encore trois mois; il l'engageait, en conséquence, à aller l'attendre à Hong-Kong; il y serait beaucoup mieux que dans un pays aussi pauvre que le Tong-King. Cette fin de non -recevoir ne modifia en rien la détermination de M. Dupuis. « Le délai de dix-huit jours expiré », répliqua-t-il, « qu'on eût ou non reçu la réponse de la cour, il poursuivrait son voyage » Pour affirmer son droit, il remontait avec sa chaloupe à vapeur la rivière Sông Kinh-Thay, dont l'embouchure est le Cua Càm puis, comme ce cours d'eau est une ramification du Thâi-Binh, il entrait dans ce fleuve et le descendait jusqu'à Haï-Dzu'o'ng. Il s'arrêtait en cette ville pour rendre visite au gouverneur. Ce dernier, de crainte d'un conflit, lui faisait bon accueil; mais en même temps il donnait l'ordre d'élever des barrages en amont, pour l'empêcher de remonter le Thâi-Binh. Précaution inutile M. Dupuis continua à descendre le cours de ce ;

:

fleuve.

Dès que

le délai convenu fut écoulé, il vint, avec sa prendre un mouillage dans l'estuaire du ThâiBinh. Là il cherchait encore avec sa chaloupe un canal, navigable pour ses canonnières, qui communiquât avec le grand fleuve. Il découvrit enfin, au bout d'une dizaine de jours d'explorations et de sondages, le canal, dit de Thâi-Binh ou Cua-Loc. Sans tarder, il partit pour HàNôi avec tous ses bateaux. Pendant ce temps les mandarins mettaient tout en œuvre pour l'empêcher de remonter le fleuve partout 'défense était faite de lui vendre des vivres partout des barrages étaient commencés, partout les milices convoflotille,

:

;


M. DUPUIS

REMONTE LE FLEUVE DU TOXG-KING.

65

quées. Même on tâchait de faire marcher contre lui les troupes chinoises de la vice-royauté de Canton qui, en occupaient les provinces de Bacqualité d'auxiliaires ,

Ninh

de Thâi-Nguyên.

et

Enfin, dans la soirée du 22 décembre 1872, M. Dupuis

Hà-Nôi pour la première fois des bateaux à vapeur apparaissaient sous les murs de l'ancienne capitale du Tong-King. Grand fut l'ejffroi des mandarins, tant militaires que ils se hâtèrent de faire fermer les portes de la cicivils tadelle et d'appeler aux armes les quelques soldats charmouillait devant

;

:

gés delà défendre. En vain M. Dupuis

fit-il tous ses efforts pour les rassuen vain essaya-t-il de leur faire comprendre qu'il n'avait aucune intention hostile et ne réclamait absolument que le libre passage pour se rendre en Yù'n-Nân. N'osant s'opposer par la force à son entreprise, ils cherchèrent à l'amuser par ces faux-fuyants qui constituent la diplomatie annamite. Comme il invoquait son mandat des autorités militaires de l'Yù'n-Nân « Nous ne connais« sons pas », lui répondirent -ils, « les mandarins de l'Yû'n« Nân mais si vous nous étiez recommandé par le vice-roi « de Canton, nous ne serions pas obligés, pour vous livrer passage, de demander l'autorisation royale. » Dans quelques jours, ajoutaient-ils, on aurait reçu la réponse de la cour de Hué. Alors certainement il serait possible de lui permettre de se procurer tout ce dont il aurait besoin pour son expédition. M. Dupuis consentit encore à attendre. Mais en même temps, dans le but d'utiliser ce nouveau délai, il exprima le désir d'aller rendre visite à l'évêque missionnaire français qui demeurait dans la province de Hà-Nôi. Mille ob-

rer,

:

;

(

jections surgirent aussitôt

:

bref, les

mandarins propo-

sèrent de l'envoyer chercher eux-mêmes. C'était dans la soirée du 26 décembre. Sur-le-champ un courrier partit en grande diligence pour Ké-So', résidence

de

Mgr

Puginier,

cidental.

le

vicaire apostolique

du Tong-King Oc-

Deux jours après, Mgr Puginier et son

provicaire


M. DUPUIS

66

REMONTE LE FLEUVE DU TONG-KING.

M. Dumoulin arrivaient à Hà-Nôi, portés par les corvéables de la poste royale (1). L'embarras de ces malheureux fonctionnaires était exautorisaient-ils M. Dupuis à poursuivre son trême :

voyage, leur disgrâce part, lui signifier

à craindre,

s'ils

un

était inévitable.

refus formel

venaient à

?

Comment,

pousser à bout

le

d'autre

N'avaient-ils pas tout ? Ils

comp-

taient donc sur l'intervention de l'évêque français, espé-

rant que sans doute il persuaderait à M. Dupuis de renoncer à son entreprise. Mgr Puginier n'eut pas de peine à comprendre le but purement pacifique de l'expédition de M. Dupuis, et, dans ses entretiens avec les mandarins, il s'efforça de les convaincre des bonnes intentions de l'intrépide explorateur. S'il ne parvint pas à calmer leurs appréhensions, il réussit du moins à leur faire reconnaître qu'il serait souverainement impolitique et même dangereux d'employer la force contre lui.

Les mandarins

se contentèrent

donc de persister dans

leur système de malveillante inaction. Ils comptaient, d'ailleurs, sur la baisse des eaux pour empêcher les vapeurs de M. Dupuis de remonter le fleuve. Déjà, à la première nouvelle de son approche, pour lui ôter tout moyen de continuer son voyage, ils avaient fait disparaître de Hà-Nôi et des environs toutes les barques indigènes. M. Dupuis cependant était entré en relation avec les

négociants chinois de Hà-Nôi

;

dès

le principe, ils

avaient

témoigné la plus grande sympathie pour son entreprise même quelques-uns d'entre eux lui indiquèrent en secret l'endroit où, par ordre des mandarins, ils avaient caché :

leurs barques.

Remontant alors M. Dupuis trouvait

le fleuve

avec sa chaloupe à vapeur,

enfin sur le territoire de So'n-Tày, au

fond d'une crique, trois jonques toutes désemparées. Les ramener à Hà-Nôi, les armer, les charger d'une partie de son matériel fut l'affaire de quelques jours. Puis il leur (1)

Tram.


M. DUPUIS

REMONTE LE FLEUVE DU TOXG-KING.

67

composait un équipage avec des hommes de son personnel, dix Européens et trente Asiatiques. Voyant leurs ruses déjouées, les mandarins eurent recours aux menaces. Toutes les troupes échelonnées sur le fleuve, disaient-ils, avaient ordre de l'attaquer. Aux avant-postes surtout commandait un fameux général, un vrai foudre de guerre

:

devait, avait-il juré, exterminer

il

toute la bande des Barbares étrangers.

Vaines fanfaronnades

!

Le 18 janvier 1873, M. Dupuis

partait avec ses trois jonques pour l'Yû'n-Nàn, laissant

sa flottille mouillée devant Hà-Nôi sous le commandement de M. Millot. Nulle part on ne l'attaqua. Le fameux foudre de guerre lui-même n'osa s'opposer à son passage. A la vérité, il avait réuni sur la rive gauche du fleuve une troupe de trois à quatre mille hommes mais, quand il aperçut sur l'avant des jonques de M. Dupuis plusieurs pièces de canon, quand surtout M. Dupuis, afin de lui prouver la puissance de son armement, eut envoyé, à la distance de plus d'un kilomètre, sur un rocher de la rive opposée (1), quelques obus à percussion, alors il fut saisi d'une telle frayeur, qu'il lui envoya son chef d'état-major ;

avec des cadeaux.

Malheureusement les menaces des mandarins, si elles ne réussissaient nullement à intimider M. Dupuis et ses compagnons, n'étaient point d'un vain efl'et sur les populations indigènes. Depuis Hà-Nôi jusqu'aux avantpostes, des bandes de soldats précédaient la marche de M. Dupuis, chassant devant eux les habitants des villages riverains, de telle sorte que le courageux voyageur ne put trouver ni vivres ni coolies pour haler ses jonques. La petite expédition de M. Dupuis n'en remontait pas moins le fleuve, bravant successivement les citadelles de So'n-Tày et de Hu'ng-Hoâ. Le 31 janvier, elle atteignait le dernier poste annamite. Lorsqu'elle l'eut dépassé, elle se trouva pendant huit ,

(1)

La

live droite.


68

M.

DUPUIS REMONTE LE l'LEUVE DU TONG-KING.

jours au milieu d'immenses forêts vierges complètement inhabitées. Elle avançait péniblement, ne faisant pas plus de deux ou trois lieues par jour. Le nombre restreint de l'équipage, son inexpérience dans ce

du courant

mode de

navigation,

méandres du fleuve, telles étaient les causes de cette lenteur. Que de fois M. Dupuis ne dut-il pas, afin de stimuler par son exemple ses mariniers harassés de fatigue, prendre lui-même l'aviron ou

la rapidité

haler à la cordelle

A

et les

!

Touên-Hia, le camp des PavillonsJaunes. Leur accueil, celui de leurs vassaux les Sauvages Paï-Y, fut des plus bienveillants. Ils lui fournirent et des vivres en abondance et des coolies pour tirer ses bala fin,

il

atteignit

teaux jusqu'à Lâo-Kaï. Touché de ces témoignages de sympathie, M. Dupuis promit aux Pavillons-Jaunes d'user de son crédit auprès des mandarins de l'Yû'n-Nân pour les faire comprendre dans l'amnistie qui, aussitôt la guerre civile terminée, allait être proclamée dans cette province. Il était, du reste, autorisé à leur parler dans ce sens et ses promesses furent, effectivement, ratifiées par le vice-roi d'Yû'n-Nân. Le 20 février il arrivait à Lâo-Kaï; l'attitude des Pavillons-Noirs, sans être hostile, fut très-réservée ils voyaient sans doute en lui un ami de leurs ennemis, les PavillonsJaunes. Il demeura néanmoins cinq jours dans leur ville. A Sin-Kaï, il s'arrêtait un jour pour voir son ami Yang Ming, et le 4 mars il atteignait Mang-Hâo. La voie fluviale du Tong-King était complètement parcourue, sa navigabilité complètement démontrée. Accompagné du mandarin chinois Ly Yù' Tche, qui, on se le rappelle, avait été délégué auprès de lui pour certifier sa mission, M. Dupuis prit le chemin de la capitale de l'Yù'n-Nân. Dans la matinée du 16 mars, il y faisait son entrée, au milieu d'un concours immense de peuple. Les mandarins étaient au comble de leurs vœux. Leur province allait donc pouvoir écouler ses riches produits vers la mer par une voie courte et facile D'autre part, ;

:

!


M.

DUPUIS CHERCHK A UTILISER LA VOIE DU TONG-KING.

69

l'insurrection musulmane touchait à sa fin sa capitale, Ta-Ly, venait de succomber ; il ne lui restait plus que trois ou quatre places sans importance dans le Sud-Ouest de la province. Ainsi une nouvelle ère de prospérité semblait devoir se lever sur ce pays épuisé par seize années :

de guerre

civile.

CHAPITRE CINQUIEME Comment M. Dupuis chercha

à,

utiliser la voie

du fleuve du Tong-King. M. Dupuis ne laissa point d'exposer aux mandarins de d'Yû'n-Nàn combien de difficultés de toutes sortes les autorités annamites lui avaient suscitées. Incontinent le maréchal Ma lui offrit d'envoyer deux ou trois mille de ses soldats occuper le cours du fleuve jusqu'à la la province

mer. Quelque avantageuse à ses intérêts que pût être cette proposition, M. Dupuis crut devoir la décliner et n'accepta seulement qu'une garde de cinquante- cinq hommes, afin de protéger ses convois il voulait, disait-il, laisser le champ libre à la politique de son pays. Les mandarins annamites, on l'a vu au chapitre précédent, avaient feint de ne point connaître les autorités de l'Yù'n-Nân. Seule la recommandation du vice-roi de Canton pouvait être valable à leurs yeux elle eût, ajou:

;

taient-ils, levé toute difficulté.

C'est pourquoi, dès son arrivée à Yû'n-NânSèn, M. Dupuis priait ses amis, les hauts mandarins de la province, d'écrire au vice-roi de Canton, pour qu'il l'accréditât au-

près du gouvernement annamite. Or, en même temps parvenait à Yû'n-Nàn Sèn une dépêche de ce même vice-roi les Annamites venaient de faire des démarches tant auprès de lui qu'auprès de son :


M. DUPUIS

70

subalterne

le

CHERCHE A UTILISER

LA.

VOIE DU TONG-KING.

gouverneur du Quang-Si;

il

demandait donc

à son collègue de l'Yù'n-Nân de le renseigner au sujet de

M. Dupuis et de son expédition. M. Dupuis était présent lorsque fut apportée cette dépêche, et il y fut immédiate-

ment répondu devant

lui.

Cette formalité accomplie, pensait-il, le

d'Annam ne

gouvernement

saurait plus trouver de prétexte pour entra-

ver ses opérations. Toutefois, de crainte que la réponse du vice-roi de Canton aux autorités annamites n'éprouvât quelque retard, le vice-roi d'Yû'n-Nân lui donnait de nouvelles lettres de recommandation spécifiant sa mission elles étaient adressées aux plus hauts digniofficielle taires du royaume annamite en résidence au Tong-King au général en chef des troupes de la province de So'n-Tày au maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng, que la cour de Hué venait de nommer commissaire royal pour toutes les pro:

:

;

Nord à Le Tuân, le commissaire royal pour provinces de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yên, avec lequel M. Senez avait traité du passage de M. Dupuis. vinces du

;

les

Ne prévoyant désormais aucun

obstacle sérieux, M. Du-

puis passait de nouveaux contrats avec les autorités de la province et divers chefs des environs de Lin-Ngan et de

Mong-Tse pour une somme de plus de six millions de francs. Ces marchandises devaient lui être payées en méil pouvait réaliser d'énormes profits. Bien plus, un de ses amis, mandarin de haut rang, prit la concession d'un des plus riches districts miniers de TYù'n-Nàn. Suivant l'usage admis en Chine dans ces sortes d'exploitations, ce mandarin n'était qu'un prête-nom, et la majeure partie des bénéfices devait se partager entre M. Dupuis et les autorités supérieures de la province. Enfin, le 29 mars, l'heureux explorateur quittait Yû'nNân Sèn pour retourner au Tong-King. Partout, sur son passage à travers l'Yù'n-Nàn, M. Dupuis recevait un accueil enthousiaste les populations accouraient en foule pour voir le grand homme, les mandarins s'empressaient de venir saluer l'ami du vice-roi et du maréchal de la

taux, sur lesquels

:

province.


M.

DUPUIS CHERCHE A UTILISER LA VOIE DU TOXG-KING.

71

A Liii-Ngan et à Mong-Tse, M. Dupuis s'arrêta une douzaine de jours, afin de s'entendre avec divers petits chefs de tribus, intéressés dans son entreprise. Après quoi il regagnait Mang-Hâo, Durant son absence, les mandarins de l'arrondissement avaient fait transporter sur le plateau les armes et les

munitions de son convoi

:

elles allaient servir

à enlever

aux rebelles musulmans leurs derniers refuges. M. Dupuis ne quitta pas Mang-Hâo sans engager à son service cent-vingt bateliers chinois

:

il

prévoyait que les se procurer des

Annamites l'empêcheraient encore de coolies pour tirer ses bateaux. Enfin,

Le

le

30 avril,

il

était

de retour à Hà-Nôi.

lecteur n'a sans doute pas oublié qu'à la suite de la

Vô Trong Binh le commandement de l'armée annamite^ destinée à combattre les rebelles chinois, avait été donné à un mandarin du nom de Hoang Ké destitution de

Viên ce dernier avait établi son quartier général dans ;

la

citadelle de So'n-Tây.

A

peine eut-il appris que M. Dupuis, ayant réussi à bateaux, était résolu à remonter le

trouver quelques

hâta de se i^endre à Hà-Nôi mais lorsqu'il Dupuis venait de partir. De même que les mandarins de la province, Hoang Ké

fleuve, qu'il se

;

y parvint. M-

Viên crut devoir consulter le chef des missionnaires européens de cette partie du royaume. Mgr Puginier venait à peine de rentrer à sa résidence de Ké-So',et déjà il recevait une seconde invitation de monter à Hà-Nùi. L'entrevue fut très-solennelle jamais peut-être missionnaire n'avait été, en ce pays, reçu avec autant d'apparat. Mgr l^uginier répéta au général annamite ce qu'il avait (lit précédemment aux autorités de la province. Hoang Ké Viên fit semblant de comprendre son raisonnement, et convint que, en effet, pour le moment il n'y avait rien à faire. Mais déjà le roi d'Annam s'était décidé à envoyer au Tong-King le soutien de sa monarchie, le vieux maréchal :


72

M. DUPUIS

CHERCHE A UTILISER LA VOIE DU TONG-KING.

Nguyên

Tri Phu'o'ng. Ce grand mandarin avait reçu, avec le titre de commissaire royal, l'autorité sur toutes délivrer ces proles provinces du Nord du royaume vinces de la présence des rebelles chinois et surtout chasser M. Dupuis du Tong-King, telle était sa mission. Il n'arriva à Hà-Nôi qu'après le départ de M. Dupuis pour l'Yû'n-Nàn; il ne laissa point toutefois de susciter toute espèce de difficultés à son représentant M. Millot. Le retour de M. Dupuis, loin de mettre fin à ces vexations, ne fit, au contraire qu'exaspérer davantage les mandarins annamites ; et pourtant il leur remettait les lettres des autorités de l'Yû'n-Nàn, par lesquelles était confirmé son mandat officiel. Ils ne tinrent nul compte de ces hautes recommandations défense fut faite, sous les peines les plus sévères, à tous les habitants dii royaume, Chinois aussi bien qu'indigènes, d'avoir aucune relation avec M. Dupuis et ses compagnons de leur vendre ni riz, ni sel, ni aucune denrée, de leur louer aucune barque pour transporter leurs marchandises. De crainte que le courageux explorateur ne retournât en Yû'n-Nân pour en ramener du renfort ou n'appelât à lui des Chinois de la province de Canton, le fleuve fut barré en amont et en aval de Hà-Nôi. Dès lors le maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng considère sa proie comme assurée et menace M. Dupuis d'incendier ses navires, s'il n'évacue le Tong-King. Ses menaces restent sans effet un secours imprévu vient d'arriver à M. Dupuis. On se souvient que, sur la demande de l'Annam, le viceroi de Canton avait envoyé une armée contre les rebelles chinois qui occupaient le Nord du Tong-King. Les mandarins annamites avaient bien cherché à faire marcher ces troupes contre M. Dupuis; mais son commandant avait formellement refusé. Au reste, quelque temps après, le gouverneur du Quang-Si. duquel dépendaient ces troupes, les rappelait dans sa province et ne tardait pas à les :

,

:

,

:

licencier.


M. DUPUIS

CHERCHE A UTILISER LA VOIE DU TONG-KING.

73

Or, à la fin de juin 1873, une vingtaine de soldats ou mandarins de cette armée se présentaient à M. Du-

petits

demandant à s'engager à son service. Plusieurs de compagnons suivaient leur exemple M. Dupuis en acceptait près de cent cinquante. Par suite de ce renfort,

puis,

leurs

:

ses troupes s'élevaient à cinq cents hommes environ, dont vingt-cinq Européens; et tous étaient armés de fusils à donc obligé tir rapide. Nguyèn Tri Phu'o'ng se vit

d'ajourner ses projets hostiles.

Quoi

qu'il

en

soit,

dès son retour de l'Yû'n-Nàn, M. Du-

puis avait cherché à réaliser ses plans commerciaux. Dans ce but, il louaifplusieurs maisons à des Chinois de

Hà-Nôi. Puis, dans les premiers jours de juin, son compagnon, Millot, partait pour Hong-Kong avec le Lào-Kaï. Ce

M.

vapeur, et la jonque qu'il remorquait, étaient chargés de riz du Tong-King, ainsi que de métaux et d'autres produits de l'Yù'n-Nàn que M. Dupuis avaient rapportés de son

voyage comme échantillons. La vente de ces métaux, opérée quelques mois plus tard sur la place de Londres, promettait un bénéfice énorme, A son arrivée à Hong-Kong, M. Millot reçut pour M. Dupuis de la part de négociants étrangers des offres de capitaux

et

d'association

;

il

ne

put les accepter,

M. Dupuis lui ayant prescrit d'informer préalablement le gouverneur de la Cochinchine Française du résultat de son expédition et aussi de la position difficile que lui avait créée l'hostilité des autorités annamites du TongKing. Dans son désintéressement patriotique, M. Dupuis désirait par- dessus tout que son entreprise restât complètement française. En conséquence, M. Millot partit pour Saigon. Le contre-amiral Dupré, gouverneur de la colonie, le reçut en audience, ainsi que le mandarin chinois Ly Yû' Tche, ([ui l'avait

puis.

accompagné. Ce fut avec le plus vif intérêt que

Dupré écouta le récit de l'exploration de M. DuMême, reconnaissant qu'il était en droit, comme

l'amiral


74

M.

DUPUIS CHERCHE A UTILISER LA VOIE DU TONG-KING.

mandataire des autorités de l'empire chinois, d'exiger une indemnité de l'Annam pour les injustifiables retards que lui avaient causés ses fonctionnaires, il consentit à se charger, mais à titre officieux, d'en réclamer le montant à la cour de Hué. Bien plus, s'adressant au mandarin Ly Yû' Tche, après l'avoir remercié du concours qu'il avait prêté à l'entreprise de M. Dupuis, il ajouta qu'il avait l'intention d'envoyer au mois d'octobre suivant un officier pour arranger les affaires du Tong-King et ouvrir ce pays au commerce. Il parut, il est vrai, désagréablement surpris d'apprendre que M. Dupuis, n'ayant pas vu les capitaux français répondre à son appel, allait être obligé de s'associer avec des maisons étrangères. C'est pourquoi, afin d'empêcher l'ingérence des étrangers dans les affaires de M. Dupuis et de permettre ainsi à la politique française de dominer complètement la situation, il fit prêter à M. Millot, pour le compte de M. Dupuis, une somme de trente mille piastres. Ce prêt, qui fut fait par la succursale saïgonnaise de la Hong-Kong and Shang-Haï banking corporation, fut garanti par « la colonie de la.Cochinchine Fran-

pour se couvrir, prit inscripmontant de l'indemnité due à M. Dupuis par le gouvernement d'Annam », indemnité approximativement évaluée au chiffre de deux cent cinquante mille çaise (1)

tion sur

»

«

;

et cette dernière,

le

piastres.

Quelques jours après, M. Millot retournait à HongKong. Le mandarin Ly Yû' ïche se rendit à Canton, pour présenter ses hommages au vice-roi et le prier d'intervenir en faveur de M. Dupuis auprès des autorités de HàNôi. De la bouche du vice-roi lui-même Ly Yû' Tche apprit que des dépêches pressantes venaient d'être adressées au roi Tu' Dù'c et aux mandarins de Hà-Nôi par ces dépêches M. Dupuis était confirmé dans son caractère de mandataire officiel des autorités de l'Yû'n-Nân et le :

(1) Représentée par M. de Montjon, directeur de l'Intérieur. aux Pièces justificatives, n" v, un extrait de cet acte de prêt. .

A'oir


CHERCHE A UTILISER LA VOIE DU TONG-KING.

M. DUPUIS

75

gouvernement annamite était sommé de ne mettre désormais aucune entrave à ses opérations. Des copies authentiques de ces dépêches furent même remises à Ly Yû' Tche par la chancellerie du vice-roi. En même temps, M. Millot achetait à Hong-Kong, pour le compte de M. Dupuis, un remorqueur, le Mang-Eào. Ce vapeur, ne calant pas plus d'un mètre, devait être de la plus grande utilité pour remonter le fleuve à l'époque des basses eaux.

Le Mang-Eào,

Kong le

le

Lào-Kaï

et la

jonque quittèrent Hong-

5 septembre 1873. M. Millot, que ses affaires per-

sonnelles appelaient à Shang-Haï, remit le

ment de

la flottille à

M. Ducos de

commande-

la Haille, ingénieur

au service de M. Dupuis, qu'une longue maladie empêché de faire partie de la première expédition. Ce ne fut pas sans une soupçonneuse visite que la direction du port de Hong-Kong laissa partir les navires de M. Dupuis. Des envoyés de l'Annam étaient venus réclamer les bons offices des Anglais. Ceux-ci n'eussent peutêtre pas été fâchés de trouver un prétexte d'intervenir au Tong-King, afin de contrarier les vues de la France sur ce pays mais les navires de M. Dupuis étaient inscrits en partance pour ISaïgon et aucun objet prohibé n'y fut civil

avait

;

découvert.

un voyage de onze jours, la petite flottille Hà-Nôi le 16 septembre. Elle avait heureusement pu éviter un barrage que les Annamites, instruits de son départ de Hong-Kong, avaient élevé, à l'entrée du Cua-Loc, le canal qui joint le Thâi-Binh au grand fleuve. Ce fut en vain que le mandarin chinois Ly Yû' Tche communiqua au gouverneur de Hà-Nôi les pièces qu'il avait reçues de la chancellerie de Canton « Notre cour », lui fut-il répondu, « ne nous a donné aucune instruction « en faveur de M. Dupuis. Nous devons attendre les « ordres du roi et ne rien changer à notre ligne de conEnfin, après

arrivait à

:

t

duite.

»

Nonobstant la mauvaise volonté des mandarins annamites, M. Dupuis résolut d'envoyer en Yû'n-Nân un con-


76

M. DUPUIS

CHERCHE A UTILISER

L.\

VOIE DU TONG-KING.

Il comptait pouvoir en emporter six mille Nguyèii Tri Phu'o'ng exigea que ce conMais (1). voi fût réduit à deux mille piculs et il fit savoir aux mis-

voi de sel.

piculs

sionnaires qu'il rendrait les chrétiens responsables de la résistance de M. Dupuis. Ce dernier, auquel furent rap-

portées les menaces du vieux maréchal annamite, n'hésita pas à sacrifier à la tranquillité des chrétiens le bénéfice considérable qu'il attendait de cette opération (2).

Le 8 octobre il partait avec quatorze barques chargées seulement des deux mille piculs de sel dont le transport était autorisé. Le convoi était remorqué par le Mang-Hào. Outre l'équipage chinois de chaque barque cette expédition comptait une nombreuse escorte de soldats de l'Yù'nNàn ou du Quang-Si. M. Dupuis accompagna son convoi jusqu'au delà des avant-postes annamites ces avant-postes dépassés, nulle attaque n'était plus à craindre. Les barques continuèrent donc leur route vers Lào-Kaï et Mang-Hào. Quant à l'escorte, elle s'arrêta près du village d'Oua (3), sur la rive droite du fleuve, au pied du premier rapide en ce point situé à quatre-vingts milles de Lào-Kaï elle établit un campement fortifié sa mission devait consister à protéger le convoi qui allait redescendre de rYù'n-Nàii avec un chargement de métaux après lui avoir laissé des vivres pour un mois et demi, M. Dupuis repartit pour Hà-Nôi. Il était de retour en cette ville le 26 octobre. On venait d'apprendre que deux navires de guerre français étaient mouillés dans le Cua Càm, et qu'une mission politique, envoyée par le gouverneur de Saigon, allait arriver à Hà-Nôi. :

;

:

:

he picul vaut environ soixante kilogrammes. Le picul de sel qui, à Hà-Nôi, ne valait que 3 francs, atteignait alors en Yù'n-Nân le prix énorme de 120 francs. (Voir le Rapport sur la reconnaissance du fleuve du Tong-King, par M. de Kergaradec : Revue maritime et coloniale, août 1877, p. 344.) son iioiu (3) Oua est le nom que les Chinois ont donné à ce village (1)

(2)

;

annamite doit être

différent.


CHAPITRE SIXIEME Comment le gouverneur de la Cochinchine Française fut amené à intervenir au Tong-King. — Projet de M. Senez.

A la suite de sa brillante exploration sur les côtes de l'Annam, M. Senez avait, avec ses rapports, adressé au gouverneur de la Cochinchine un mémoire traitant de l'occupation du Tong-King. D'après lui notre position en Cochinchine serait toujours précaire tant que nous n'aurions pas, « par un traité en bonne et due forme », lié le royaume d'Annam à notre politique et assuré d'une manière irrévocable notre domination sur les six provinces que nous avions conquises. Ce traité que nous réclamions en vain depuis si longtemps, il ne nous était possible de lobtenir et d'en garantir l'exécution qu'en occupant le Tong-King, Possesseurs de cette fertile contrée à titre temporaire ou définitif, nous pourrions commander en maîtres à la cour de Hué car ainsi nous serions détenteurs de ses greniers du Nord comme nous le sommes de ses greniers du Sud. M. Senez indiquait ensuite de quelle manière devrait se faire cette occupation il suffirait de s'emparer des villes de Nam-Dinh. de Ninh-Binh, de Haï-Dzu'o'ng, de Hà-Nùi, de Bac-\inh et de Quang-Yên, lesquelles com;

:

les principales artères navigables du pays. De on eût séparé du reste du royaume annamite les provinces de Lang-So'n, de Cao-Bang, de Thai-Nguyèn, de Tuyên-Quang, de Hu'ng-Hoû et de So'n-Tày. Isolées, sans appui, elles n'auraient pas tardé à être abandonnées de leurs mandarins et à se ranger sous notre domination. M. Senez ne prévoyait pas de résistance sérieuse, le gouvernement d'Annam ne possédant qu'une artillerie insignifiante dans le Tong-King: mais, estimait-il, pour

mandent

la sorte


COMMENT LE GOUVERNEUR DE LA COCHINCHINE

78

se maintenir dans le pays, l'expédition devrait comprendre environ dix-huit compagnies d'infanterie de marine, six batteries de 4 et douze mitrailleuses soit pour ,

chaque

compagnies

une batdeux mitrailleuses. Ces forces « seraient plus que suffisantes pour garder les lieux et former de petites citadelle trois

d'infanterie,

terie et

colonnes volantes qui pourraient parcourir avantageusement le pays en s'appuyant sur les chaloupes à vapeur ». Les forces navales de l'expédition auraient compris six avisos, huit ou dix canonnières, de quinze à dix-huit chaloupes à vapeur armées d'une pièce de 4. Il demandait en outre la formation d'un corps de coolies pour le transport des munitions et des vivres. Ce corps eût été uniquement composé d'Annamites du Sud, c'est-à dire de nos provinces, et, autant que possible, de chrétiens leur religion nous eût assuré de leur fidélité et, comme ils n'avaient ni biens ni famille au Tong-King, en cas d'évacuation nous n'aurions eu aucunes représailles ;

;

à redouter.

Ce mémoire entrait encore dans d'importants détails concernant notre future politique au Tong-King s'attacher en les ménageant les populations et les municipalités, leur concours nous étant indispensable ; exterminer, au contraire, les bandits chinois qui ravageaient les provinces du Nord; tâcher enfin de s'emparer des mandarins et du plus grand nombre possible de lettrés et les transporter comme otages à Poulo Condore (1). Quelquesuns des plus grands personnages auraient pu être traités avec égard et gardés à vue ; à un moment donné, ils nous eussent servi d'intermédiaires auprès de « leur gouvernement aux abois ». M. Senez citait entre autres le gouverneur de Haï-Dzu'o'ng, celui de Bac-Ninh et le commissaire royal Le Tuân. Telle était la solution de la question annamite que proposait M. Senez dans sa conclusion, il adjurait le gou:

:

(]) Ile dépendant de notre colonie de Basse-Cochinchine, transformée en pénitencier pour les condamnés indigènes.


FUT AMENÉ A INTERVENIR AU TONG-KING.

79

verneur de la Cochinchine de s'emparer au plus tôt du Tong-King. Au point de vue politique, notre dignité et notre honneur, non moins que notre sécurité dans l'Extrême Orient, nous le commandaient. Au point de vue social, l'humanité nous en faisait un devoir, afin de mettre un terme aux crimes sans nom qui se commettaient presque sous nos yeux. Il fallait se

presser

;

peut-être plus tard les rivières se-

raient-elles barrées, les citadelles approvisionnées d'ar-

mes et de munitions; peut-être même aussi une politique envahissante, celle de l'Allemagne, viendrait-elle opposer une digue infranchissable à

la réalisation de nos espé-

rances.

En

traçant ce plan d'occupation, M. Senez savait bien

que, dans l'état actuel de notre malheureuse patrie (1873), il nous serait impossible de tenter une semblable expédition. Craignant toutefois de voir cette contrée privilégiée nous échapper par suite des intrigues des Allemands de Hon-Kong, il exposa verbalement à l'amiral Dupré, en juin 1873, lors de son passage à Saigon, sur le paquebot qui le ramenait en F'rançe, un projet de soulèvement des populations du Tong-King à la tête de ce soulèvement nous eussions placé un prétendant et une maison de Saigon se fût chargée, sous notre garantie financière occulte, de lui procurer des armes. « Les insurgés de 1872 », disait M. Senez, « n'ont suc« combé que faute d'armes mieux pourvus en 1873, ils « auront de grandes chances de recouvrer leur indépen« dance, et se placeront, ainsi que ce fut toujours leur ;

;

;

«

désir, sous le protectorat de la France.

M. Senez

s'offrit et fut

>

accepté par l'amiral

Dupré pour

l'accomplissement de ce projet; et, comme, pour rétablir sa santé épuisée par le climat de Cochinchine, il partait en congé pour la France, l'amiral le chargea de plaider

auprès du ministre de la marine

et

des colonies l'exécu-

tion de ce plan d'occupation, qu'il venait de lui exposer.

La

question du Tong-King était donc devenue la ques-


COMMENT LE GOUVERNEUR DE LA COCHIXCHINE

80

elle préoccupait tien vitale dans notre colonie de Saïgon au plus haut point l'opinion publique. Aussi le gouverneur s'attachait-ii à trouver une occasion d'intervenir dans elle n'allait pas tarder à lui être les affaires de ce pays :

:

offerte.

Le gouvernement annamite, dès qu'il s'était reconnu impuissant à chasser M. Dupuis, s'était adressé au gouverneur de la Cochinchine Française, et, par les plus odieuses calomnies, avait tenté de le desservir auprès de ce représentant de son pays. Il l'accusait de s'être allié aux rebelles et aux pirates, de leur avoir fourni des armes, enfin de s'être créé une position indépendante qui lui permettait de ne payer aucun droit aux douanes royales. C'est pourquoi, à la suite de ces plaintes calomnieuses (ignorant, d'ailleurs, à cette époque, la duplicité dont les mandarins annamites avaient fait preuve dans tous leurs rapports avec M. Dupuis), l'amiral Dupré avait écrit à ce dernier pour lui rappeler que les traités conclus avecl'Annam interdisaient à nos nationaux de résider dans l'intérieur de ce royaume; en conséquence, il l'invitait à quitter le Tong-King. M. Dupuis s'y était refusé ; il était, disait-il, mandataire des autorités de l'Yù'n-Nân. Au reste, pourquoi l'Annam ne mettait-il pas lui-même à exécution le traité de 1862 ? Ce traité ouvrait à notre commerce le Ba-Lat, port du Tong-King et bras du grand fleuve, et accordait à nos nationaux tous les privilèges de la nation la plus favorisée, par conséquent les mêmes privilèges qu'aux Chinois. Or, nous avons vu que les sujets du Céleste Empire peuvent circuler et commercer en toute liberté dans le royaume d'Annam. aux yeux de l'amiral Dupré, M. Dupuis au Tong-King était inopportune il eût préféré voir l'administration de la marine prendre l'initiative de l'ouverture de ce pays au comToutefois,

assure-t-on,

l'expédition de :

merce. Peut-être aussi craignait-il des complications plomatiques.

di-


FUT AMENÉ A INTERVENIR AU TONG-KINft.

81

L'expédition de M. Dupiiis avait excité la jalouse susde l'Angleterre cette puissance avait vu en

ceptibilité

:

notre compatriote le précurseur de la conquête par la France d'une riche colonie et de la voie la plus facile pour

déboucher au cœur de la Chine. Aussi son ambassadeur à Paris avait-il fait des représentations à M. de Broglie, Bien plus, à notre ministre des affaires étrangères. Hong-Kong des pétitions étaient adressées au gouverneur, pour l'inviter à faire occuper un point du littoral tongkinois, sous prétexte que les Anglais y avaient eu au-

—

trefois

un établissement.

Cependant, un mois après

le

départ de M. Senez,

le

13 juillet, arrivait à Saigon M. Millot, le représentant de

M. Dupuis. On a vu plus haut comment il avait été reçu par l'amiral Dupré, avec quel intérêt ce gouverneur avait écouté son récit de l'expédition de M. Dupuis. M. Millot lui avait fait connaître,

en

effet, l'influence

qu'exerçait ce

courageux explorateur non-seulement sur les montagnards sauvages du haut du fleuve, mais encore sur les ,

envahisseurs chinois aux Pavillons Jaunes. M. Millot avait également entretenu l'amiral de l'état des esprits au Tong-King les partisans de l'ancienne dynastie des Le se préparaient à tenter un nouveau mouvement, et leur attitude ne laissait pas de causer aux mandarins annamites les inquiétudes les plus vives. Ces insurgés avaient fait demander à M. Dupuis de s'allier avec eux contre le gouvernement de Hué ; mais M. Dupuis avait refusé formellement il ne s'occupait point de politique, avait-il répondu. Ces propositions d'alliance, M. Millot ne les cacha point à l'amiral Dupré. Sans doute alors l'amiral, quand il eut fait faire à M. Dupuis une avance de trente mille piastres, pensa-t-il avoir trouvé cette maison de commerce, dont parlait le projet de M. Senez, qui sous la garantie financière, occulte de la France pourrait fowmir des ar?ties aux insurges. Une grande partie du matériel de guerre de M. Dupuis, n'ayant pu être transportée en Yû'n-Nàn, :

:


co\n[i:NT le

82 était

gouverneur de la cochinchine

encore à Hà-Nôi et d'un jour à l'autre on pouvait les insurgés. conséquence, l'amiral Dupré télégraphia sur-le;

armer

En

champ au

ministre de la marine pour lui demander de renvoyer M. Senez à Saïgon il avait besoin de ses services pour une afiaire urgente. Malheureusement, M. Senez était rentré en France épuisé par la maladie de Cochinchine. Il n'eut pas de peine à persuader au ministre que, dans l'état actuel de sa santé, il ne pourrait rendre aucun service. Avis en fut donné par le télégraphe à l'amiral Dupré. Par la même dépêche le ministre demandait à l'amiral de lui faire connaître ses projets. L'amiral Dupré répondit aussitôt par le télégraphe (28 juillet). Le Ïong-King, assurait-il, était ouvert de fait par le succès de l'entreprise Dupuis L'effet avait été immense dans le commerce anglais, allemand et américain. De là nécessité absolue d'occuper le Tong-King, avant la double invasion dont ce pays était menacé par les Européens et par les Chinois, et d'assurer à la France cette route unique vers la Chine Centrale. Ce télégramme était conforme à un rapport que le même jour l'amiral adressait au ministre. D'après ce rapport, le Ïong-King était dans un tel état d'anarchie qu'on pouvait craindre que l'autorité du roi Tu'Dù'c n'y fût sous peu renversée et que le pays ne passât sous une domination étrangère. Or ce changement nous eût fait perdre le bénéfice d'un article du traité de 1862 qui ouvrait le Tong-King à notre commerce, eût livré aux plus grands dangers cinq cent mille chrétiens dont la protection nous était confiée, enfin eût compromis à la fois et la sécurité et l'avenir de notre établissement de Basse-Cochinchine. En vue de pareilles éventualités, l'amiral Dupré jugeait nécessaire de prendre des garanties et d'occuper la citadelle de Hà-Nôi et un point de la côte tongkinoise avec des forces suffisantes pour tenir en respect les rebelles d'un côté, les pirates de l'autre. :


FUT AMENE A INTERVENIR AU TONG-KING.

q6

Cette détermination, il se voyait forcé de la prendre immédiatement, sans l'assentiment préalable de la cour d'Annam.

A

la vérité, ses dispositions à l'égard de cette cour res-

comme devant et cette occupation serait seulement maintenue jusqu'à ce qu'il eût été rassuré par un traité en règle contre les éventualités qu'il redoutait. En terminant son rapport, l'amiral, avec une abnégation vraiment patriotique, se déclarait prêt à assumer toute la responsabilité des conséquences de l'expédition taient amicales

qu'il projetait

;

;

à s'exposer à un désaveu, à un rappel, à la

perte de ses droits à un grade supérieur dait ni approbation ni renforts

que

le

ministre

le laissât faire,

;

il

il ne demandemandait uniquement

sauf à

le

;

désavouer,

si les

résultats qu'il obtenait n'étaient pas ceux qu'il avait fait entrevoir.

La maladie de M. Senez utile auxiliaire.

Mais déjà

il

privait l'amiral

Dupré d'un

avait prévu le cas où le con-

cours de l'audacieux commandant viendrait à lui manquer; et, pour l'accomplissement de ses vues sur le TongKing, il avait également songé à s'adresser à l'un de nos plus brillants officiers de marine, à celui qui semblait être le plus versé dans les questions de l'Extrême Orient. Cet officier n'était autre que M. Francis Garnier.

CHAPITRE SEPTIEME Comment M. Francis Garnier

fut

envoyé

en mission au Tong-King.

Le lecteur

n'ignore point que M. Francis Garnier avait

M. de la Grée et son successeur dans le la commission d'exploration de l'IndoChine. Le grand ouvrage de cette commission, dont il avait été le principal rédacteur, lui avait donné une repu-

été le second de

commandement de


COMMENT

84

M. FRANCIS GARXIER

tation plus qu'européenne et semblait devoir le classer

dans un rang supérieur parmi les savants orientalistes. En 1873, M. Francis Garnier se trouvait en congé à Shang-Haï; il menait de front la direction d'une maison de commerce et les explorations géographiques. Son but était de pénétrer dans le Thibet et de résoudre la question, indécise jusqu'à ce jour, de l'origine des. grands fleuves qui arrosent l'Inde et l'Indo- Chine (1). Il était en correspondance avec l'amiral Dupré, et nonseulement il lui avait fait part de ses projets, mais encore il le tenait au courant des rumeurs qui circulaient en Chine dans la colonie anglaise de Shang-Haï. Or, le 9 août, à son retour d'un voyage à Tchong-King Fou, le grand emporium de la Chine centrale, M. Garnier trouva une lettre très-pressante de l'amiral Dupré, qui l'appelait à Saigon « pour conférer sur sa mission future en Yû'n-Nân ». A cette époque une commission scientifique se préparait à explorer le fleuve duTong-King un ancien compagnon de M. Garnier dans le voyage du Mé-Kong, M. Delaporte, devait la commander; mais il avait ordre de se conformer aux instructions de M. Garnier s'il venait à entrer en Yû'n-Nân (2). M. Garnier partait donc pour Saïgon par la malle du :

16 août.

A son arrivée dans notre colonie, il fut immédiatement reçu par le gouverneur. Ce dernier le consulta sur les Le gouvernement de

l'Inde Britannique lui avait proposé de conportait le plus vif intérêt à la réussite de l'entreprise qu'il se disait prêt à tenter dans sa préface du récit du voyage d'exiiloration en Indo-Chine. Cette entreprise n'était autre que l'exploration du Thibet. Il lui avait fait savoir qu'il mettrait à sa disposition, (1)

courir à ses vues

:

il

pour peu qu'il en exprimât le désir, toutes les ressources et toute l'influence dont il disposait " Quel malheur « écrivait ce brillant officier, « quel malheur que je ne sois pas Anglais je serais un homme honoré et « puissant. Le guignon veut que je ne puisse me résoudre à n'être plus « Français..." Et quelques lignes plus bas, déplorant notre indifférence pour les entreprises lointaines, il ajoutait « Je sens que, si l'on m'aide, « rindo-Chine est française mais je ne suis, h-élas en France qu'un !

:

!

:

;

«

pauvre aventurier .» (2) Lettre de M. Francis Garnier, du 9 août 1873.

!


FUT ENVOYÉ EN MISSION AU TONG-KING.

85

M. Garnier vit bien que l'idée favorite de l'amiral Dupré était une expédition armée. Il parvint toutefois à l'en détourner ; mais il ne put y réussir qu'en acceptant la mission d'aller, en marchant, autant que possible, d'accord avec le gouvernement annamite, dénouer sur les lieux mêmes les complications créées par la présence de M. Dupuis à Hà-Nôi. « Une expédition que rien ne motive », lui dit-il, « nous « vaudra peut-être des interventions inattendues. Que fe« rions-nous si la cour de Péking,sur la demande du gouaffaires du Tong-King.

«

«

« «

vernement annamite, ordonnait aux troupes de l'Yù'nNân de descendre au Tong-King pour le défendre contre notre invasion ? Ces troupes sont armées de fusils à tir rapide et de mitrailleuses vendues par M. Dupuis elles ;

«

en outre, des instructeurs européens. « Et puis serez-vous soutenu par le ministère ? N'est-il pas on ne peut plus mal disposé à l'endroit de votre entreprise? D'ailleurs, s'il est facile de conquérir, il est difficile d'administrer; et nous manquons du personnel nécessaire. Ne serait-il pas préférable de nous poser en champions des droits de la cour de Hué, et de lui imposer, en échange de notre protectorat, l'ouverture du

«

Tong-King au commerce

«

« « «

« «

ont,

?

Nous nous

placerions ainsi

sur un terrain diplomatique inattaquable (1) ? » Ces idées reçurent l'approbation de l'amiral Dupré, et il fut décidé que M. Garnier irait sur les lieux faire une enquête sur les plaintes réciproques de M. Dupuis et du gouvernement annamite. En même temps, l'amiral le chargeait de rédiger les dépêches qu'il comptait envoyer au ministre de la marine, à Paris, au représentant de la France, à Péking, au vice-roi de Canton et à celui d'Yù'n-Nàn, enfin à la cour de «

Hué.

Pendant le séjour de M. Garnier à Saïgon, dans la capitale de notre colonie, sur

arrivait,

(1)

D'après la lettre de M. Garnier du 8 septembre 1873.

le 31 août, le

vapeur


COMMENT

86

GARNIER

M. FRANCIS

annamite la Ville de Hué, l'ambassade du roi Tu' Dù'c annoncée depuis si longtemps. Elle venait, disait-on, pour conclure avec la France un traité de paix définitif, celui de 1862 ayant été abrogé en droit par l'annexion que nous avions faite des trois provinces occidentales mais son but unique était d'obtenir du gouverneur l'expulsion de M. Dupuis. En effet, les deux ambassadeurs étaient, le premier, Le Tuân, ministre de la justice, le commissaire royal aux armées des provinces de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yèn, avec lequel M. Dupuis avait eu affaire dès l'abord le second, Nguyèn Van Tu'o'ng, premier conseiller d uministre des rites, commissaire royal aux armées des trois :

;

—

provinces de So'n-Tay, de Tuyèn-Quang et de Hu'ng-H'oa, provinces qui bordent le fleuve en amont de Hà-Nôi (1). Or, la cour de Hué les rendait responsables, le premier de l'entrée de M. Dupuis sur le territoire du Ïong-King, le second de sa circulation sur le fleuve. Ce fut donc eux qu'elle chargea naturellement de réparer la faute qu'ils avaient commise en laissant les Barbares d'Occident violer le sol

de l'Annam.

les mandarins annamites n'osant le principe essayer avec leurs seules forces de chasser M. Dupuis, avaient demandé du secours à leur suzerain l'empire chinois, c'est-à-dire au vice-roi de Canton. Mais on a vu que, loin de répondre à leur attente, ce dernier s'était empressé de retirer les troupes de sa vice-royauté qui tenaient garnison dans les provinces de Bac-Xinh et de Thâi-Nguyên. En outre, le retour de M. Dupuis avec une escorte de sol-

Dès

,

,

dats de l'Yû'n-Nàn avait fait comprendre au gouvernement annamite qu'il n'y avait aucun secours à attendre de la Chine. Il s'était alors adressé à l'Angleterre.

Tandis qu'il envoyait une ambassade à Saigon, il avait chargé un de ses mandarins, qui, à cette époque, sur(1)

Outre Le Tuân

encore, tice

comme

Nguyèn Van Tu'o'ng, l'ambassade comprenait Nguyèn Tàng Dokn, mandarin de la jusprovince de Nghê-An lequel i)lus tard, après la et

conseiller,

(quan-an) de la

;

mort de Le Tuân, devint second ambassadeur.


FUT ENVOYÉ EN MISSION AU TONG-KING. veillait la réparation

87

d'un navire de guerre à Whampoa (1),

Hong-Kong réclamer la protection des Anglais contre les agissements de M. Dupuis. Sur les instances de ce mandarin, le secrétaire colonial de Hong-Kong écrivit à M. Laforest, gérant du consulat de France, pour lui demander des explications. d'aller à

C'est ainsi que le véritable but de l'ambassade, présidée par Le Tuân, était d'amener notre administration coloniale à concourir à l'expulsion de M. Dupuis. On suppose généralement qu'elle devait, si le gouverneur de la Cochincbine n'accédait pas à sa demande, s'embarquer pour l'Europe, afin de tâcher d'y trouver quelque puissance ennemie de la France, qui consentit à les aider à chasser les Français du Tong-King et même de la Cochinchine. Déjà, vers le milieu de 1872, la cour de Hué avait reçu la visite de certains agents d'une maison allemande, la maison Carlovitz et C", de Hong-Kong ces agents, dont le but unique était de vendre à l'Annam une mauvaise canonnière à un prix fabuleux, avaient paru à Hué tout galonnés d'or comme des officiers de haut grade et, s'étant fait passer pour des diplomates prussiens, ils avaient, à ce qu'il paraît, conclu avec l'Annam une espèce de traité politique. Quoi qu'il en soit des intentions des ambassadeurs annamites, l'amiral Dupré sut leur persuader que lui seul pouvait, d'une manière prompte et eflective, régler le différend qui s'était élevé entre les mandarins de Hà-Nôi et M. Dupuis. Ces ambassadeurs approuvèrent donc l'envoi de M. Garnier au Tong-King. Le 7 septembre, cet officier était reparti pour ShangHaï, afin de mettre ordre à ses affaires. Un mois après il était de retour à Saigon. Le lendemain (8 octobre), il écrivait à sa famille « Ma « petite expédition est prête. Je pars samedi (11 octobre) « chef d'une division composée de deux canonnières, un « détachement de fusiliers marins, et un détachement :

;

:

(1)

Port chinois de

la baie

de Cantoû.


QUELLES DEVAIENT ÊTRE LES INSTRUCTIONS

88 « «

«

« « <(

d'infanterie de marine. Je

commande

l'une des canon-

par Delaporte, qui fera l'hydrographie du iieuve, mais qui politiquement sera sous mes ordres et ne pourra faire aucun mouvement sans inon autorisation. Les fusiliers sont commandés par un enseigne, l'infanterie par un lieutenant. Voilà une petite nières, l'autre le sera

«

expédition

«

1er

à moi,

comme s'il

je les aime. J'aurai la faculté d'appe-

est nécessaire, la

compagnie de débarqueme remorque jusqu'aux

«

ment du d'Estrées, embouchures du

«

blanche! L'amiral s'en rapporte à moi.

«

pour

«

cette vieille

corvette qui

Comme

fleuve.

France

!

.

,

.

instructions,

carte

En avant donc

»

CHAPITRE HUITIEME Quelles devaient être les instructions

de M. î'rancis Garnier

(1).

Comme instructions, carte blanche L'amiral Dupré s'était donc contenté de témoigner ses intentions à M. Garnier, et il lui avait laissé la liberté des moyens. Toutefois, il est facile, grâce à quelques dépèches qu'il écrivit à l'occasion de la mission de M. Garnier, I

de voir quels étaient ses projets. La présence de M.Dupuis au Tong-King pouvait provoquer deux éventualités, également contraires aux vues de l'amiral Dupré sur ce pays, où il voulait implanter l'influence française. D'un côté, l'impuissance où le gouvernement annamite s'était trouvé de forcer à la retraite une poignée d'Européens pouvait leur donner des imitateurs; Les premières pages de ce chapitre sont rédigées d'après un docurécriture de M. Francis Garnier, que je cite aux Pièces justificatives ; ce document semble être le brouillon de la lettre de l'amiral (Voir ce document aux Pièces Dui)ré au ministre de France à Péking. (1)

ment de

—

justificatives, n" vu.)


DE M. FRANCIS GARNIER.

89

de l'autre, les autorités de l'Yû'n-Nân, disposant d'un considérable et bien armé, que la répression de la rébellion mahométane laissait sans emploi, pouvaient être tentées d'envoyer des renforts à leur mandataire, M. Dupuis, et, par conséquent, de prolonger et même de rendre définitive l'occupation de la voie fluviale du Tong-King. Or, l'amiral estimait qu'avec l'action du gouvernement annamite sur le Tong-King disparaîtrait la raison d'être de notre influence sur cette contrée. Le roi Tu'Dù'c était effectif militaire

en présence de difficutés tellement graves, que la France pouvait raisonnablement espérer lui faire accepter un protectorat qui, en donnant à notre commerce un accès

au marché chinois, rétablirait l'ordre et la prospédans les provinces annamites du Nord, et, par une organisation douanière analogue à celle qui avait été créée en Chine, rendrait quelque vigueur aux finances épuisées du royaume. Mais nous devions rester impuissants à réprimer toute tentative faite au Tong-King par d'autres que nos nationaux, et la conquête de ce pays par les facile rité

Chinois n'aurait d'autre résultat qiie de faire bénéficier la colonie anglaise de Hong-Kong des avantages

commerciaux que nous devions nous

efforcer d'assurer

à Saïgon. Pour parer à ces deux éventualités également menaçantes et détendre un peu la situation, l'amiral, dans sa prévoyance politique, écrivait aux vice-rois de Canton et d'Yû'n-Nân et leur demandait le retrait, tant du corps de troupes auxiliaires envoyées depuis deux ans sur la demande de la cour de Hué pour combattre les rebelles du Tong-King, que des soldats de l'Yù'n-Nàn attendus par M. Dupuis. Il leur annonçait qu'il allait envoyer un officier au Tong-King « afin d'aplanir les difficultés (1) » qui s'étaient élevées entre les mandarins annamites et un sujet français, M. Dupuis, lequel « était au service du gouver(1) Lettre de l'amiral Dupré au vice-roi d'Yû'n-Nân du bre 1873. Voir ce document aux Pièces justifiratives, n'ix.

1<''

septem-


90

QUELLES DEVAIENT ÊTRE LES INSTRUCTIONS

nement d'Yû'n-Nân

(1). » Cet officier devait « faire rendre au mandataire des autorités chinoises et chercher à « s'entendre avec la cour de Hué pour rétablir sur un pied satisfaisant les relations commerciales entre le Tong-King et l'Yù'n-Nân (3). » L'envoi de M. Garnier avait également pour but de donner satisfaction aux plaintes du gouvernement anna-

justice (2) »

mite et d'enlever tout prétexte d'une intervention officielle ou officieuse au Tong-King. En conséquence, M. Garnier était chargé de faire une enquête et d'imposer an besoin àM.Dupuisl'exécution des ordres du gouverneur de Saigon. Au besoin, c'est-à-dire que M. Garnier pourrait si c'était absolument nécessaire à la conclusion d'un traité avec l'Annam, exiger l'éloignement temporaire de M. Dupuis de la capitale du Tong-King, à moins toutefois, ainsi que l'énonçaient ses instructions écrites, à moins que cette mesure ne fût contraire aux intérêts français, à cause de l'influence que M. Dupuis pourrait avoir sur la population indigène et la colonie chinoise du Tong-King. Dans l'esprit de l'amiral Dupré, la démarche qu'il allait tenter devait lui donner le droit d'exiger, et la sauvegarde complète des intérêts commerciaux engagés (ceux de M. Dupuis évidemment) (4), et la réglementation sous ,

notre surveillance exclusive de la circulation sur

le

fleuve

du Tong-King. Lettre du même au vice-roi de Canton, du l^"' septembre 1873. Voir document aux Pièces j^istificativcs, n° viii. (2) Lettre de l'amiral Dupré au vice-roi d'Yùu-Nân du 1" septembre 1873. (3) Lettre du même au vice-roi de Canton, du l''' septembre 1873. (4) Ce but poursuivi par l'amiral Dupré est d'ailleurs pleinement exprimé dans la lettre que M. Garnier écrivit à M. Dupuis dès son arri» Ma mission officielle », dit-il, « est vée au Tong-King (2G octobre) de faire une enquête sur vos réclamations contre le gouvernement annamite et sur les plaintes de celui-ci à votre endroit. Ma mission ne -5e borne pas là. L'amiral désire mettre un terme à la situation équivoque du commerce étranger au Tong-King, et contribuer autant qu'il est en lui à la pacitication de cette contrée ». Et un peu plus loin il •clierche à « prémunir » M. Dupuis « contre les bruits exagérés que les Annamites ne manqueront pas de faire courir sur les motifs de sa venue », et il lui « affirme de la façon la plus positive que Vamiral n'entend abandonner aucun des intérêts commerciaux engagés. » (Voir (1)

ce

:

cette lettre, Pièces justificatives, n" vi, § 6.)


DE

M. FRANCIS GARNIER.

91

D'autre part l'amiral ne doutait pas que, désormais éclairé sur les dangers de l'intervention chinoise, le gou-

vernement annamite ne se joignît à lui pour demander qu'il y fût mis un terme. Même faisait-il auprès de lui une démarche dans ce sens. A la vérité la cour de Hué ne pouvait espérer cette concession qu'en consentant à la continuation des relations déjà nouées avec l'Yû'n-Nàn. Le but de l'amiral Dupré était donc de faire retirer par leur gouvernement toutes les troupes chinoises qui occupaient le Tong-King. Sans doute se souvenait-il de l'assaut que M. Senez et sa petite escorte avaient dû subir à Bac-Ninh, et craignait-il avec raison que la présence simultanée des soldats du Céleste Empire et d'une mission française sur le sol d'Annam ne donnât lieu à des scènes regrettables. Il est, d'ailleurs, évident qu'il tenait à éloigner tout intermédiaire qui pût contrarier ses projets

sur

le

Tong-King.

Peut-être, ainsi

que semblent l'exprimer

les lettres qu'il

de la mission de M. Garnier, s'était-il d'abord flatté de pouvoir régler, d'accord avec la cour de Une, la question de l'ouverture au commerce du Tong King et de son fleuve. En tout cas, ces illusions durent tomber, lorsque M. Garnier lui communiqua les renseignements qu'il avait, quelques jours seulement après le départ de ces lettres, recueillis de la bouche de M. Millot, le fondé de pouvoirs de M. Du puis. C'est à Hong-Kong, sur le bateau qui le ramenait à Shang-Haï en septembre 1873, que M. Garnier rencontra M. Millot. L'ayant informé de la mission qui allait lui être confiée, il lui demanda, de la part du gouverneur de la Cochinchine, tous les renseignements qu'il pouvait lui donner sur le Tong-King. M. Millot ne lui dissimula point les obstacles qu'il allait rencontrer bien plus, se fondant sur son expérience personnelle, il dut prévoir le cas où les mandarins annamites chercheraient à s'opposer, même par la force, au succès écrivit à l'occasion

;


QUELLES DEVAIENT ÊTRE LES INSTRUCTIONS

92

de son entreprise, surtout s'ils étaient enhardis par la faiblesse de son escorte. M. Garnier semblait n'admettre qu'avec difficulté ces il espérait pouvoir tout régler à prévisions pessimistes l'amiable: « Cependant, dans le cas contraire », ajouta-t-il, « je crois que je serai en mesure de me maintenir par la « force, jusqu'au moment où j'aurai reçu de Saigon des :

«

instructions et des renforts,

—

«

Mais

»,

a

continua M. Millot,

«

l'ouverture des hosti-

France amènera certainement « un mouvement insurrectionnel au Tong-King. » La prudence conseillait d'être prêt à profiter d'une semblable éventualité. Il est vrai, M. Garnier ne pouvait, sans préjuger des intentions du gouvernement annamite, arriver au Tong-King avec un navire de l'Etat chargé d'armes. M. Millot lui proposa donc de lui procurer, à bref délai, en cas d'insurrection tongkinoise, des fusils pour armer nos partisans indigènes. M. Garnier consentit à faire part de cette proposition à l'amiral Dupré; même rédigea-t-il, à titre de précaution, un projet de télégramme secret dont voici la teneur, avec «

lités

entre

l'Annam

et la

la traduction en regard

:

MiUot Shanghaï. Acheter

Acheter et expédier à Saigon n balles cotonnades de n pièces, Crédit ouvert à n banque (ou à Comptoir) x piastres.

et expédier à Saigon n fusils Enfield approvisionnés à n coups. Crédit ouvert à, n banque (ou à Comptoir) x jpias-

tres.

Pour toute indication où l'emploi du mot Tong-King serait indispensable, on le remplacerait par le mot Cambodge.

Les renseignements que M. Millot fournit à M. Garnier modifièrent-ils les sentiments de l'amiral à l'égard de la

cour de Hué? On peut facilement le supposer. De plus la nouvelle que cette cour avait réclamé l'intervention anglaise contre les agissements de M. Dupuis

profondément irrité; dans la dépêche qu'il lui adressa à l'occasion de la mission de M. Garnier, il lui reprocha vivement d'avoir tenté de mêler des étrangers

l'avait


DE dans une

M. FRANCIS GARNIER.

affaire qui

93

ne regardait que l'Annam

et la

France.

Au

reste, les lettres qu'il écrivit

aux évoques mission-

naires du Tong-King et qu'il chargea M. Garnier lui-

même

de leur remettre, sont l'expression d'une politique à double tranchant. D'après ces lettres, la mission de M. Garnier au TongKing avait pour but de régler le différend qui s'était élevé entre M. Dupuis et le gouvernement annamite, et aussi d'ouvrir au commerce jusqu'à la frontière chinoise le grand fleuve de Hà-Nôi (1). Sa conduite ultérieure devait dépendre des rapports cnC auraient avec lui les hauts fonctionnaires du paijs et de l'attitude que la cour de Eue allait prendre vis-à-vis du gouverneur de Saïgo?i durant la phase nouvelle dans laquelle les affaires semblaient entrer; elle dépendrait également de la disposition des esprits au Tong-King. La cour de Hué eût-elle donné des preuves de fidélité, l'amiral devait lui prêter assistance; dans le cas contraire, il était décidé à laisser les événements s'accomplir. Du reste, ajoutait-il en continuant de s'adresser aux évoques, « M. Garnier aura l'honneur de vous entretenir en détail de mes vues et de mes désirs .» C'est pourquoi il leur demandait le précieux concours de leur expérience, de leur connaissance du pays et de la légitime influence qu'ils

y

exerçaient.

Or, dès son arrivée à Hà-Nôi, M. Garnier prenait des informations et sur les descendants de la dynastie Le et sur les aspirations de la population tongkinoise. Ainsi la mission de M. Garnier était à double issue Si la cour de

Hué

le secondait,

il

devait régler son

:

dif-

férend avec M. Dupuis et ouvrir au commerce le TongKing et son fleuve, en y organisant les douanes sous le protectorat de la France Si,

de

(1)

au contraire,

les

l'hostilité, l'amiral

mandarins annamites montraient était

décidé à laisser les évène-

Correo Sino-Annamita (de Manille), aimée 1874,

p. 210.


94

DÉPART DE l'expédition DE M. FRANCIS .GARNIER

ments s'accomplir. Sans cloute alors le projet de soulèvement, proposé par M. Senez, devait-il être repris. Cette espèce d'alternative dans sa mission, M. Garnier l'exprimera lui-même plus tard, dans la dernière lettre qu'on ait reçue de lui en Europe, dans sa lettre du 4 décembre 1873 au colonel Yiile, de l'armée britannique Le gouverneur de Saigon, dira-t-il, m'a « confié une « mission politique au Tong-King Et me voici, par :

« ^<-

«

le hasard des événements, entrain de fonder ici, soit un protectorat français, soit une nouvelle colonie, suivant le de fjré d'obstination que montrera la cour de Hué (1) .»

CHAPITRE NEUVIÈME Départ de rexpédition de M. Francis Garnier. Son arrivée â Hà-Nôi. Dès le 26 septembre, une note confidentielle du gouverneur ordonnait au commandant supérieur des troupes à Saïgon de préparer un détachement d'infanterie de marine, composé d'un lieutenant ou d'un sous-lieutenant et d'une trentaine de sous-officiers et soldats. Ce détachement ne devait comprendre que des hommes de choix on le prit parmi les meilleurs tireurs. Le fils du commandant supérieur des troupes, M. le sous-lieutenant Edgar de Trentinian, fut désigné pour le commander. A peu près en même temps, le 1" octobre, la canonnière Y Arc était armée pour une destination inconnue. Son équipage, composé d'abord de dix-sept marins et de huit Annamites, recevait bientôt (11 octobre) un renfort de :

voir également (1) Voir cette lettre aux Pièces justificatives, a" vi, § 3 aux Pièces justificatives, n" ix {bis), la lettre adressée par l'amiral Dupré à la cour d'Annam après la prise de Hà-Nôi, et la dépêche qu'il écrivit à la même époque au ministre de la marine. ;


SON ARRIVÉE A HA-NOI.

95

hommes (vingt-sept marins et un Asiatique), du vaisseau-amiral le Fleurus, en station à Saigon. Le 8 octobre une décision du gouverneur donnait à M. Francis Garnier le commandement de l'^lrcet le nommait envoyé politique et commandant militaire au Ïong-King. Sa petite troupe se composait donc de cinquante-six vingt-huit tiré

hommes hommes

d'équipage, dont neuf Asiatiques, et de trente d'infanterie de marine; son état-major, outre

M. de Trentinian, comprenait un enseigne de vaisseau, M. Esmez, commandant en second de l'expédition, un médecin de marine, M. Chédan; un commis aux écritures, M. Lasserre; de plus il emmenait deux interprètes annamites.

L'armement de son expédition et

d'un canon de 16. Sa troupe et tout

l'aviso le d'Estrées.

le

était

de trois pièces de 4

matériel furent embarqués sur la canonnière r.4/T^ après

Quant à

avoir été calfeutrée à toutes ses ouvertures, elle fut prise à la remorque par le d' Estimées. Le 11 octobre, par une matinée brumeuse, l'expédition quittait Saigon,

La traversée fut pleine d'incidents. Un gros temps occasionna la perte de la canonnière. Ce petit navire, fait pour les rivières et déjà vieux, ne put supporter l'action combinée des remorques et des coups de mer. Les tôles crevèrent, et sous le poids de l'eau qui envahissait le

remorques cassa. Désespérant de le sauver, le capitaine du d'Estrées, d'accord avec M. Garnier, fit couper la dernière remorque, et YAj'c disparut navire, une des

sous les flots. L'expédition perdait avec cette canonnière la plus importante de ses ressources. Le 15 t)ctobre au soir on relâchait à Tourane, pour faire parvenir à Hué la lettre de l'amiral Dupré à la cour d'Annam. Cette lettre annonçait la mission de M. Garnier

demandait l'envoi au Tong-King d'un plénipotentiaire annamite, qui fût chargé de régler d'accord avec l'officier français toutes les questions en litige. et


96

DÉPART DE l'expédition DE M. FRANCIS GARNIER

Le d'Estrées quittait la baie de Tourane dans la matinée du 20, et le 23 il mouillait à l'entrée du Cua Câm. Le surlendemain, M. Garnier, accompagné de quelques hommes seulement, montait dans un canot à vapeur et partait pour la mission espagnole de Ké-Mot. Il y fut accueilli avec bienveillance, malgré la prévention des missionnaires espagnols contre toute intervention française. A son grand regret, il n'y trouva point le vicaire apostolique Mgr Colomer, auquel il devait remettre une lettre de l'amiral Dupré. Il passa vingt-quatre heures à Ké-Mot, recueillant des informations, expédiant des lettres à M. Dupuis et aux évêques du Tong-King. Revenant ensuite sur ses pas, il faisait une halte de quelques heures à Haï-Dzu'o'ng pour rendre visite au gouverneur de cette ville; le 28 il rejoignait le d'Estrées. Cependant vivres et munitions étaient embarqués sur trois jonques, que les autorités annamites avaient dû fournir. Le personnel de l'expédition, d'abord distribué sur ces trois bateaux, fut, à partir de Haï-Dzu'o'ng, réuni sur une seule grande jonque, et on expédia à l'avance à Hà-Nôi celles qui portaient le matériel et les vivres. Le 2 novembre le corps expéditionnaire continuait sa route vers la capitale du Tong-King. La jonque qui le portait remontait le Thâi-Binh. remorquée par le canot à vapeur; mais tel était le courant de ce fleuve qu'elle ne pouvait avancer qu'avec la plus grande difficulté, malgré les efforts réunis des mariniers annamites et des populations riveraines requises pour la haler. Or, dans la soirée du 3 novembre, la jonque était mouillée à quelque distance de l'embouchure du canal Sông Chi, quand tout à coup le sifflet d'un navire à vapeur se fit entendre. Quelques instants après on vit paraître le Manrj-Hâo. C'était M. Dupuis qui venait à l'avance de M. Garnier il avait reçu sa lettre datée de la mission espagnole. Sans doute, pensait-il, le représentant de son pays allait avoir besoin de ses services, et il s'empressait de se mettre à sa :

disposition.


SON ARRIVÉE A HA-NOI.

97

Le Ma7ig-Hâo accoste la jonque de M. Garnier, et M. Dupuis vient saluer le chef de la mission française. Il a avec lui un long entretien, lui expose et le résultat de son exploration

et ses griefs contre les autorités

anna-

mites.

De

son côté, M. Garnier lui

fait

espérer qu'avant peu

toutes les difficultés seront aplanies; en attendant, il l'engage à se conformer entièrement à ses prescriptions.

M. Dupuis ne s'écarta jamais de cette ligne de conduite. C'est du reste le témoignage qu'en rendra lui-même M. Garnier « M. Dupuis », écrira-t-il le 8 novembre, « se « montre plein de bon sens et de patriotisme et défère à :

«

toutes

mes

indications.

Le lendemain de

»

cette entrevue, après

une courte excur

sion à la mission espagnole, M. Dupuis revenait à l'embouchure du canal Sông Chi, et son vapeur prenait à la remorque la jonque de M. Garnier.

Bientôt on fut en vue de Hà-Xôi; c'était le mercredi 5 novembre. Les navires de M. Dupuis pavoisent et au salut du canot à vapeur de M. Garnier répondent par une salve de neuf coups. A quatre heures le débarquement commence; les soldats de l'Yùn-Nàn, en grande tenue, enseigne déployée, forment la haie et présentent les

armes: leurs tambours battent aux champs.

Des

milliers de spectateurs indigènes assistaient à ce

débarquement; mais, contrairement aux usages annamites, aucun grand mandarin n'était venu recevoir la mission française. Et pourtant le maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng avait été prévenu de son arrivée, M. Garnier lui ayant écrit le 2 novembre de Haï-Dzu'o'ng. Quelques instants après le débarquement, un petit mandarin se présente pour indiquer au commandant le logement qui a été préparé pour lui et pour sa troupe. C'était une misérable auberge, située au milieu de la ville.

Indigné d'une semblable inconvenance, M. Garnier ordonne à M. de Trentinian de se ranger avec tout son détachement devant l'une des portes de la citadelle,


DÉPART DE l'expédition DE

98

M. FRANCIS GAllNIER

pousse avec une escorte de quinze hommes jusqu'à cette forteresse et, sans donner le temps de lui fermer les portes, entre « tout de go a chez le maréchal. Ce vieillard, plein d'énergie et de patriotisme, mais aussi plein de haine contre les Français, « fait contre mauvaise fortune bon cœur » il accueille parfaitement M. Garnier. ;

après les salutations d'usage l'envoyé du gouverneur de Saigon m'entendre avec vous dans le but de poser les bases d'un traité de commerce entre les deux nations. Par ce traité nous ouvrirons au commerce et à la navigation le fleuve du Tong-King, et votre pays en retirera les plus fl

Je viens

français, « «

« «

«

»,

lui dit

je viens sur l'ordre

grands avantages. J'espère que vous voudrez bien vous concerter avec moi pour le règlement de toutes les questions que cette décision pourrait soulever et particulièrement pour l'établissement des droits de douane .» Surpris par cette déclaration, à laquelle il était loin de s'attendre, le maréchal ne peut que balbutier. L'arrivée soudaine des Français, assure-t-il, l'a jeté dans un trouble inexprimable: il ne se reconnaît, d'ailleurs, aucune compétence pour traiter une semblable affaire. Aussi, aux questions pressantes de M. Garnier répond-il en objectant qu'il doit au préalable recourir à la noble cour de Hué. Qu'à cela ne tienne », réplique M. Garnier, « j'atten» « drai la réponse de votre cour L'envoyé français demande ensuite au maréchal de lui indiquer pour lui et pour son escorte un logement convenable. Il ne peut, dit-il d'un ton sévère, accepter la misérable auberge qui lui a été désignée. Au reste, il se trouve bien dans la citadelle et il y restera, si on ne lui oftre un local présentant les conditions d'isolement et de sécurité «

«

ft

ce

fi

.

qu'il est

en droit d'exiger.

Les mandarins se souviennent alors qu'il existe dans le voisinage de la citadelle un camp retranché avec de grands logements à l'intérieur on l'appelle le camp des lettrés, parce que c'est là que les lettrés se réunissent pour subir leurs examens. M. Garnier envoie sur-le-champ son second, M. Esmez, :


SON ARRIVÉE A HA-XOI.

99

camp ; et, sur son rapport favorable, il décide corps expéditionnaire s'y installera dès le soir

visiter ce

que

le

même. Cependant le maréchal, comme autrefois le gouverneur de Hà-Nôi avec M. Senez, dès qu'il a vu que M. Garnier lui parle d'un ton ferme, se confond en politesses, lui fait offrir des rafraîchissements et lui demande, de sa voix la plus obséquieuse, s'il ne commet aucune erreur en croyant avoir eu l'avantage de voir plusieurs fois en Basse-Cochinchine le noble officier français. « Nous nous sommes certainement rencontrés à la ba« taille de Khi-Hoà », répond M. Garnier, « et depuis « cette époque je professe pour vous la plus haute «

estime

.»

Telle fut la première entrevue de

M. Garnier avec

le

vieux maréchal Nguyèn Tri Phu'o'ng.

A

camp des lettrés, du camp et le met sous la direction de son second, M. Esmez. En même temps il donne l'ordre d'afficher dans le logement du corps expéditionnaire la proclamation suivante: peine installé dans son logement du

M. Garnier règle

«

« « «

'<

« c(

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"

<-

«

«

«

<'

Marins

le service

et soldats,

En vous envoyant au Tong-King sauvegarder

les inté-

rets de la civilisation et de la France, l'amiral gouver-

donné une preuve de vous justifierez l'autre. « Vous vous rappellerez que vous êtes au milieu de populations inoffensives et malheureuses, que votre séjour au milieu d'elles ne doit pas être une charge ajouneur vous a

confiance.

fait

une faveur

Vous méritez

et

l'une,

tée à toutes celles qui pèsent déjà sur elles, qu'il doit

inaugurer au contraire une ère de soulagement et de Vous vous abstiendrez donc de tout acte de brutalité ; vous vous efforcerez de faire aimer et respecter le drapeau qui vous abrite, en ne négligeant aucune occasion de vous rendre utiles, en vous montrant en paix.

toute circonstance justes et bienfaisants.


100

DÉPART DE l'expédition DE

M. FRANCIS

GARNIER

peu nombreux mais vos armes, votre discause que vous servez vous rendent redouta» blés. Vous conserverez soigneusement ce prestige par « une fidélité absolue aux règlements militaires, par une « subordination complète à vos supérieurs de tout grade * et de toute arme, par cet esprit d'union et de camaraderie qui allège les devoirs les plus pénibles, qui est la « source d'une féconde émulation. « J'aurai beaucoup à vous demander et je compte sur « vous. Je me montrerai inflexible à réprimer tout acte * de violence (1), d'intempérance ou d'indiscipline, mais « vous ne trouverez pas de chef plus ardent que moi à « vous faire obtenir les récompenses que vous aurez méri« tées. De ces deux devoirs, j'espère, vous ne me laisserez « que celui-ci ù remplir » M. Garnier comprenait, en effet, que le succès de sa mission pouvait être compromis par le moindre acte d'indiscipline. Il revient encore sur cette idée dans sa première proclamation aux populations du Tong-King il leur promet que justice sera faite de tout acte répréhensible commis par ses soldats. Mais cette proclamation est surtout importante en ce qu'elle spécifie une fois de plus la mission dont il a été chargé. Il dut nécessairement en combiner les termes avec l'amiral Dupré, car elle fut lancée immédiatement après le débarquement. En voici la traduction « Le représentant du noble royaume de France, Garnier, fait savoir à tous les habitants que, les mandarins « du noble royaume annamite étant venus à Saigon de« mander assistance, l'amiral nous a envoyés au Tong« King pour voir comment les choses s'y passaient. De « plus, ici, au Tong-King, les côtes sont désolées par de t

«

Vous

êtes

;

cipline, la

<-

:

:

ce

Je

me

montrerai

infle.xible à réprimer tout acte de violence »>, parole quelques jours après, un homme du détachement du Decres, ayant maltraité un Annamite, fut condamné k quatre nuits de fer, à dix tours de consigne et à huit repas de retran(1) "

ilit

M. Garnier.

chement.

Il

tint

:


NÉGOCIATIONS.

—

LEUR INSUCCÈS.

101

nombreux

«

pirates qui font beaucoup de ravages ; nous avons l'intention de pourchasser ces bandits, afin que tous les habitants de ces lieux puissent en paix vaquer

«

à leurs

« «

« '<

« «'

«'

« « « «

« «

«

aft aires.

Quant à nos

soldats, si quelqu'un d'entre eux commet quelque acte répréhensible, que l'on vienne porter plainte, et nous ne manquerons pas de faire justice. « Tout peuple se laisse facilement entraîner par les exemples de vertu ; pour nous, en parlant au peuple, nous n'avons en vue que la vertu. Populations du TongKing, il faut bien vous convaincre d'une chose, c'est que les mandarins et soldats français sont unis avec les mandarins et soldats annamites comme des frères entre eux. En conséquence, nous désirons procurer au Tong-King la facilité de faire le commerce, et par là lui apporter la richesse et la paix. Telles sont nos intentiens nous vous les faisons conftaître à vous tous, mandarins, soldats et populations du Tong-King.» «

;

CHAPITRE DIXIEME Négociations.

—

Leur insuccès

(1).

lendemain du débarquement, un échange de letM. Garnier et le sous-secrétaire d'Etat envoyé de Hué pour traiter avec lui. M. Garnier demandait qu'on s'occupât d'abord de la question commerciale; le maréchal et le délégué de la cour voulaient au contraire qu'on jugeât de suite M. Dupuis (2).

Dès

le

tres avait lieu entre

(1) Voir sur ces négociations un projet de lettre de M. Garnier au maréchal Nguyèn Tiù PhuVng. (Pièces justificatives, n» \.) (2) M. Garnier ne refusait pas d'examiner le litige pendant entre le r(jyaume d'Annam et M. Dupuis. Il l'examina en effet, avec le plus trrand soin, et il fit sur cette question un rapport k l'amiral Dupré ; l'après ce rapport les plaintes des Annamites contre notre compatriote étaient jugées calomnieuses, et son droit à une indemnité reconnu. •


NÉGOCIATIONS.

102 «

En

nage,

«

—

LEUR INSUCCÈS.

agissant de la sorte » écrivait ce dernier personvous inaugurerez votre arrivée au Tong-King par ,

Pour

mandarins, en effet, chas& Alors seulement », « alors seud'Etat annamite, continuait le sous- secrétaire pour lui ma cour demander noble des lement j'aviserai « instructions concernant la question commerciale (1) ». Ainsi, malgré les réclamations de l'amiral Dupré, malgré la déclaration des ambassadeurs annamites envoyés à Saigon, malgré la clause du traité de 1862 qui ouvrait le port de Ba-Lat au Tong-King, le délégué de la cour de Hué n'avait pas les pouvoirs nécessaires pour traiter cette question commerciale. Bien plus, le maréchal se refusait à la laisser traiter, le roi lui-même lui en donnât-il Tordre, persuadé que plus tard Tu'Dù'c lui saurait gré de sa dés«

un acte de justice M. Dupuis était

ser

».

les

la vraie justice.

('

obéissance. Irrité de ce que renvo5''é français ne voulait point céder à ses prétentions, notre vieil ennemi cherchait à le vexer et à l'humilier par tous les moyens possibles. En vain, M. Garnier, arguant de sa dignité de représentant de l'amiral gouverneur de Saïgon, demandait-il à entrer en négociations directes avec le maréchal lui-même,

ce dernier gardait toujours la réserve la plus dédaigneuse: ni lui, ni le

gouverneur de Hà-Nôi ne parurent à aucune

des conférences. Ces conférences se tenaient dans le redan de la porte du Sud-Est, encore que M. Garnier eût insisté pour qu'elles eussent lieu dans un des palais de la citadelle. Or, durant toutes ces négociations, l'envoyé français et sa petite escorte de six hommes se virent entourés de troupes annamites sous les armes, avec leurs pierriers prêts à faire feu. M. Garnier méprisait ces menaces et jamais il

ne songea à augmenter son escorte. (1) Le lecteui" doit se rappeler qu'une clause du traité de 1862 ouvrait au commerce français le port de Ba-Lat au Tong-King, et que, par suite de

mauvaise foi des Annamites, cette clause était toujours demeurée lettre morte. On comprend dès lors les exigences de l'amiral et de son envoyé M. Garnier au sujet de la question commerciale. la


NÉGOCIATIONS. J'ai déjà dit

que

le

—

LEUR INSUCCÈS.

103

jour de son débarquement, M. Gar-

Ne pouvant maréchal avait fait tomber sa colère sur le capitaine annamite qui était de garde ce jour-là. Il l'avait dégradé, condamné à cent coups de rotin et fait jeter en prison. Même ce malheureux n'avait nier était entré inopinément dans la citadelle. se venger de l'officier français, le

dû

la vie qu'à l'intervention

conseillé d'attendre

du délégué de Hué qui avait

au moins

le départ des Français. Outré d'un pareil acte d'hostilité, M. Garnier exigea sa mise en liberté immédiate. Il l'obtint effectivement mais dès ce jour, on sembla prendre plaisir à accumuler griefs sur griefs contre ce pauvre petit mandarin. En outre, à la proclamation, que M. Garnier avait fait publier le jour de son arrivée, le maréchal avait répondu en en faisant, dès le lendemain, afficher une autre, d'une rare insolence, par laquelle il défendait à tout commerçant, quel qu'il fût, annamite ou chinois^ d'avoir aucun rapport avec le commandant français. & Cet officier », disait-il, « n'avait été envoyé que pour juger et chasser « le nommé Dupuis. Cet acte accomx)li, il devrait se reti« rer, car il n'avait aucun droit de s'immiscer dans les « affaires du pays. » On eût dit que les mandarins considéraient le délégué de l'amiral comme l'exécuteur à gages de la justice annamite. Aussitôt le vide s'était fait autour des Français commerçants ni chrétiens n'osaient plus les approcher. L'hostilité des autorités annamites ne se borna pas à ces démonstrations. Tous les moyens leur semblaient bons pour se débarrasser des Français. Plusieurs fois on essaya d'empoisonner l'eau dont le corps expéditionnaire faisait usage. De plus, presque chaque nuit le camp était mis en émoi, soit par de fausses alertes, soit par la chute de fusées incendiaires lancées du haut de la citadelle. Envers M. Dupuis les agissements des mandarins n'étaient pas moins odieux; non-seulement on cherchait à se délivrer de lui par le poison mais encore, à deux reprises, on tenta de mettre le feu à son magasin à poudre. ;

—

;

;


NÉGOCI.VTIONS.

104

Par

suite de ces

menées

—

LEUR INSUCCÈS.

hostiles la position do

nier s'était de plus en plus amoindrie; et dès le 8

M. Gar. novem-

troisième jour après son débarquement, il sentait que seul un coup d'éclat pouvait contrebalancer l'effet de procédés aussi déloyaux, redonner confiance en lui, rétablir enfin l'autorité et le prestige dont il était entouré à son arrivée. « Ce coup d'éclat », écrivait-il à la même date, « j'y suis bre, c'est-à-dire le

« « «

Le 15 novembre j'attaquerai la citadelle, j'arrêmaréchal et l'enverrai à Saigon sur un des bateaux Dupuis que je requerrai pour la circonstance... décidé.

terai le

Hong-Kong et sur toute la de Chine le pays ouvert au commerce et les douanes me donneront de quoi subsister comme gou-

<>

Je déclarerai officiellement à

«

côte

ft

vernement

».

C'est ainsi que,

l'amiral

conformément au plan exprimé par

Dupré dans ses lettres aux évêques du Tong-King,

la conduite

de M. Garnier

allait

dépendre des rapports

qu'avaient eus avec lui les hauts fonctionnaires annamites. Or, M. Garnier, avant d'aller auïong-King, ne pouvait

ignorer l'antipathie du maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng contre les Français; d'un autre côté l'amiral Dupré avait

certainement dû le renseigner sur les difficultés que M. Senez avait éprouvées de la part du gouverneur de Hà-Nôi. Il n'est donc pas possible de croire que M. Garnier ait pris spontanément, deux jours seulement après son arrivée à Hà-Nôi, une résolution si extrême. Il est évident que cette éventualité avait du être prévue et discutée dans les conférences qu'il eut avec l'amiral au sujet de sa mission. C'est probablement ce que l'andral appelaisser les événements s'accomplir (1). lait Ce qui peut confirmer encore davantage cette supposi:

la citadelle de Hà-Nôi est un des desiderata (1) L'occupation de exprimés dans la dépêche adressée par l'amiral Dupré au ministre de la marine le 28 Juillet 1873. Il suffirait », dit-il, « d'exposer aux Annamites qu'en vue de pareilles éventualités nous ju^ceons nécessaire de prendre des garanties et d'occuper la citadelle de Kécho ou Ha-Noï et un des points de la côte avec des forces suffisantes pour tenir eu respect les rebelles d'un côté, les pirates de l'autre... »


NÉGOCIATIONS. tien, c'est que, dès

— LEUR

INSUCCÈS.

105

son arrivée au Tong-King, M, Garnier

en pressentait la conquête. En effet, avant même qu'il ne fût parvenu à Hà-Nôi, à son passage à Haï-Dzu'o'ng,

comme

il

allait faire

citadelle elle-même,

mandé à

au gouverneur de cette ville, dans sa une visite inattendue, il avait recom-

qui devait l'accompagner de tout obser-

l'officier

ver, de façon à pouvoir lui remettre le

lendemain un rap« Cela pourra

port détaillé sur l'état de cette forteresse « nous servir plus tard », avait-il ajouté.

:

Le conflit que M. Garnier avait pressenti semblait donc ne pouvoir être évité le mauvais vouloir des mandarins à son égard était manifeste. Aussi, dès les premiers jours de son arrivée à Hà-Nôi, avait-il songé à mettre en pratique le projet de soulèvement des Tongkinois en faveur de leur ancienne dynastie, projet qui, on l'a vu précédemment, avait été proposé par ^I. Senez à l'amiral Dupré. Déjà les partisans des Le, voyant le gouvernement de Hué préoccupé de la présence de M. Dupuis, s'étaient insurgés de nouveau au mois de février. Dès le début, ils s'étaient emparés, sans coup férir, d'une sous-préfecture dans le Tong-King Occidental, mais ils l'avaient abandonnée aussitôt, après l'avoir pillée; c'était leur coup d'essai, ils voulaient seulement s'approvisionner d'armes et s'annoncer au peuple. Depuis cette époque, ils avaient fait des progrès très-rapides et menaçaient les provinces de Thài-Nguyên, de Bac-Ninh et de Quang-Yèn, et même celles de Hà-Nôi et de Ninh-Binh. Ils n'occupaient encore aucun poste dans la plaine, mais se tenaient dans les montagnes, afin de s'organiser plus solidement car la population des montagnes, munie de fusils et de flèches, leur offrait des ressources qu'ils ne pouvaient trouver :

;

dans

la plaine.

Plusieurs fois leurs émissaires, ainsi que je l'ai dit plus haut, étaient venus trouver M. Dupuis et lui avaient demandé son concours ; mais M. Dupuis leur avait toujours invuriabloniont répondu qu'il s'occupait de commerce et

non de

politique.


NÉGOCIA.TIONS.

106

—

LEUR INSUCCÈS.

L'arrivée de M. Garnier avait réveillé leurs espérances ; premiers jours, un de leurs chefs s'aboucha

et dès les

avec

A Nôi

le

commandant

français.

quelques jours de le

vicaire

là, le

12 novembre, arrivait à Hà-

du Tong-King Occidental,

apostolique

Puginier. M. Garnier lui avait écrit de la mission espagnole pour lui faire parvenir la lettre de l'amiral et le prier en même temps de venir à Hà-Nôi l'aider de ses

Mgr

et de son expérience. A la vérité, Mgr Puginier, de peur de compromettre sa mission, n'avait voulu entrer en relations avec l'envoyé français que sur l'invitation expresse des mandarins. Dès la première entrevue, M. Garnier lui rendit compte de sa conférence avec le partisan des Le et lui demanda son avis. « Ni mes missionnaires, ni moi », répondit Monseigneur, « nous ne nous occupons de politique, et tou« jours nous avons recommandé à nos chrétiens la fidélité « au pouvoir établi. Toutefois », ajouta-t-il, « puisque « vous me demandez mon opinion, je pense que, la fa« mille des Le étant détrônée depuis longtemps, il sera difficile de trouver un de ses descendants qui soit capa-

lumières

«

ble de gouverner et réunisse tous les suffrages.

»

Ces renseignements firent renoncer M. Garnier à tout projet de rétablir cette dynastie et il en avertit l'amiral dans le rapport qu'il lui adressa quelques jours après. Dans cette même entrevue, il fit part à Mgr Puginier de son intention de s'emparer de la citadelle de Hà-Nôi il comptait en donner l'assaut dans trois jours. Effrayé d'une telle ouverture, à laquelle il ne s'attendait guère, l'évêquelui fit remarquer quels grands malheurs allaient suivre ce coup de force les missionnaires et les chrétiens exposés à la vengeance des mandarins, les autorités annamites abandonnant leurs postes, et la province livrée aux plus grands désordres. Il le supplia enfin de continuer à suivre la voie pacifique de la :

:

diplomatie.

M. Garnier gociations

;

se rendit à ses raisons et continua les né-

ce fut en vain

:

il

ne put décider les auto-


NÉGOCIATIONS.

—

LEUR INSUCCÈS.

107

annamites à ouvrir le Tong-King au commerce. Mais, comme par suite des conseils de Mgr Puginier, il avait renoncé à recourir à la force, il résolut de prendre un moyen terme, celui de gouverner à côté des mandarins rites

et il

de déclarer lui-même le pays ouvert; le 15 novembre, chargeait le d'Estrées de porter aux consuls de la côte

du nouvel état de chose. D'après cette décision

la notification

:

— Le fleuve

du Tong-King était ouvert, de la mer jusqu'en Yù'n-Nân, au commerce français, espagnol et chinois, c'est-à-dire au commerce des nations ayant des traités avec le royaume d'Annam. Les ports ouverts étaient Haï-Phèng, sur le Cua Cùm, et l'embouchure du fleuve Thâi-Binh.

Les droits de douane devaient être de 2 0/0 ad valorem tant à l'importation qu'à l'exportation, et de 1 0/0 pour

marchandises en transit, à destination de l'Yû'n-Nàn ou en provenant. Quant aux marchandises venant de Saigon ou expédiées en cette colonie, elles ne j)ayeraient que demi-droit. Enfin tous les commerçants étrangers devaient être sous la protection du pavillon français et ne dépendre en rien des autorités annamites. C'était une mesure capitale :iM. Garnier en informait l'amiral Dupré, dans un rapport sur le résultat négatif de sa mission qu'il lui adressait par la voie du les

d'EstJ-ées.

En môme temps une

proclamation portait à la connaisnouveau régime qu'il inaugurait. Cette décision, disait-il, était édictée « dans l'intérêt des notables négociants (1) » et de toute la population du sance des populations

le

Tong-King.Le 18 novembre, quelques Le

texte primitif portait « à

hommes armés

allaient

affl-

des notables négode la communauté cantouaise de cette ville, craignant d'être compromis par ces termes, lireut demander à M. Garnier de substituer au caractère chinois qui signihe « à la sollicitation de » celui dont le sens est « à cause de » ou « dans l'intérêt de ... (1)

ciants de

Hà-Nôi

»>

;

mais

les chefs

la sollicitation


108

NÉGOCIATIONS.

—

LEUR INSUCCÈS.

cher plusieurs exemplaires de cette proclamation dans les rues de la ville de Hà-Nôi. Mais à peine ces placards étaient-ils posés que les mandarins en faisaient arracher le plus grand nombre. L'hostilité était flagrante.

D'ailleurs, les autorités annamites se préparaient à la lutte.

Le maréchal avait envoyé demander au

roi la per-

mission de combattre ou de se retirer. D'autre part, la cour de Hué avait écrit à M. Garnier deux lettres insolentes pour lui dire qu'il se mêlait de ce qui ne le regardait pas, et qu'elle allait en appeler à l'amiral et « aux pays voisins », c'est-à-dire au gouverneur de Hong-Kong. Devant des menaces directes d'attaque, M. Garnier

Le 19 novembre désarmement de la citadelle,

n'hésita point.

il

posait

un ultimatum

:

envoyer par le maréchal à tous les gouverneurs de se conformer aux arrêtés de l'envoyé français, enfin la permission pour M. Dupuis de rentrer librement en Yù'n-Nàn. Il attendrait la réponse jusqu'à six heures du soir. Passé ce délai, il prendrait telle détermination qu'il jugele

l'ordre à

rait convenable.

L'ultimatum resta sans réponse. L'attaque de la citadelle de Hà-Nôi fut décidée.


LIYRE

II

LA CONQUÊTE DU DELTA DU TONG-KING.

CHAPITRE PREMIER État des forces de M. Francis Garnier. Préparatifs de l'attaque de la citadelle de Hà-Nôi. Depuis quelques jours M. Garnier avait reçu d'importants renforts, par suite desquels ses forces étaient plus

que doublées. Le 12 novembre, la canonnière YEspbigole était arrivée à Hà-Nôi elle était commandée par un enseigne de vaisseau, M. A. Balny d'Avricourt, et comptait vingt-huit hommes d'équipage, dont huit Asiatiques. De plus elle amenait un médecin de marine, M. Harmaud, et un ingénieur hydrographe, M. Bouillet, débris de la mission scien:

du ïong-lving et d'un voyage d'exploration au Cambodge avaient complètement désorganisée. Quelques heures plus tard, le Mang-Hào revenait des bouches du fleuve il portait une partie de la compagnie de débarquement du Decrès, aviso qui allait remplacer le d'Estrccs dans les eaux du Ïong-King. Cinq officiers, un enseigne de vaisseau, M. Bain de la Coquerie, trois aspirants de marine, M. Hautefeuille, M. Perrin et M. Bouxin, un aide-médecin, M. Dubut, soixante marins, une pièce de 4, telle était la force de ce détachement. Enfin, le lendemain, une autre canonnière, le Scorpion, entrait dans les eaux de Hà-Nôi un télégramme de l'amiral Dupré l'avait demandée à la station des mers de tifique qui devait reconnaître le fleuve

que

les fatigues

:

;


ÉTAT DES FORCES DE M. FRANCIS GARNIER

110

Chine et du Japon elle était destinée à remplacer VArc. L'équipage du Scorpion, quoique réduit par des rapatriements, comptait encore vingt-trois hommes, dont quelques Chinois complété avec des marins de VArc, il fut porté à quarante hommes environ. C'était donc en tout un renfort de deux canonnières et de cent dix-neuf hommes. Dès lors, le corps expéditionnaire comptait, avec onze bouches à feu, deux cent douze :

;

hommes, sur ques

lesquels vingt -quatre étaient des Asiati-

(1).

C'est avec des forces aussi restreintes

que M. Garnier

se préparait à engager la lutte.

Depuis quelques jours plusieurs de ses officiers étaient occupés à relever le plan de la citadelle et de ses abords. Construite sous le règne de Gia Long (2) d'après des plans européens, résidence des autorités supérieures de la province, la citadelle de Hà-Nôi s'élève à quelque distance du fleuve, à l'Est de la ville marchande enceinte immense, dominée par une haute tour, d'où la vue s'étend :

sur toute la plaine environnante.

Sa forme

aux angles et aux fronts mesure une longueur en ligne de plus de mille mètres et un développement d'en-

bastionnés. droite

est celle d'un carré

Chaque

face

viron treize cents.

Les murs en terre sont consolidés par une maçonnerie en brique reposant sur une berme de quatre à cinq mètres. Puis un large fossé, rempli d'eau, bordé d'autre part par un glacis en ruine, entoure la citadelle et les ouvrages extérieurs.

Cinq portes donnent accès à l'intérieur, deux à la face Sud, une seule à chacune des autres faces. Surmontées d'un mirador, construction légère servant de corps de garde, elles sont, en outre, défendues par des redans ; mais ces redans sont si écartés de l'ouvrage principal (1)

Voir aux Pièces justificatives, n" xi, la liste nominative des marins et des soldats du corps expéditionnaire. Voir V Introduction. Chapitre ii, paj^res 15-17.

ciers, des (2)

olti-


PRÉPARATIFS D'ATTAQUE.

111

qu'un boulet peut enfiler les ponts qui les font communiquer avec la citadelle. Au reste, les ponts sont en maçonnerie, fixes par conséquent et dépourvus de pont-levis de telle sorte que, le redan enlevé, le fossé n'est plus un obstacle pour pénétrer dans la place il suffit alors d'enfoncer la porte. Quant à l'armement, sauf quelques petites pièces en bronze de vingt-cinq à trente millimètres de calibre, disséminées sur les diverses courtines et faisant l'office de fusils de rempart, il n'y avait de canons qu'aux bastions mais les hangars qui abritaient ces canons contre la pluie et aussi leur installation défectueuse ne leur permettaient pas de tirer dans toutes les directions ainsi ne pouvaient-ils ;

;

;

:

battre ni le fossé ni le pied des murailles.

Le nombre des soldats réunis dans la citadelle était hommes. A la vérité leur armement était déplorable des lances, des sabres, de mauvais fusils encore ne connaissaient-ils guère le maniement des armes à feu. Toutefois l'énorme disproportion entre le nombre des assiégés et celui des assiégeants aurait pu faire hésiter un esprit moins audacieux que M. Garnier. considérable, de six à sept mille :

;

Le soir du 19 novembre toutes les mesures étaient prises. Dès le 17, le Scorpion et YEspingole avaient envoyé à terre trente- trois

Malgré

hommes pour

coopérer à l'attaque.

cette réduction de leurs équipages, ces

canonimportant leurs cinq pièces dont deux de gros calibre, battant de leurs feux l'intérieur de la citadelle, devaient produire la diversion la plus effinières allaient avoir

un

rôle

:

cace.

Ces deux bâtiments avaient été mis sous les ordres de M. Baluy d'Avricourt, le commandant de YEspingole. Dans la soirée du 19, M. Garnier, ayant réuni les officiers du corps expéditionnaire, leur exposa son plan (1) la face du Sud devait seule être attaquée. :

(1)

Voir aux Pièces juntificutices, n"

xii, l'ordre J'attaque.


ÉTAT DES FORCES DE M. rilANClS G ARMER

112

A cinq heures et demie, le lendemain matin, une première colonne, composée de trente marins et d'une pièce de 4, devait, sous le commandement de M. Bain de la Coquerie, se porter rapidement et sans bruit de clairons devant la porte du Sud-Ouest. Son but principal serait de détourner sur son point d'attaque une partie des forces de l'ennemi, et de gêner par le lir de sa pièce de canon toute retraite précipitée des Annamites par la porte de l'Ouest. Dans le cas où une surprise serait possible, M. Bain ne devrait pas hésiter à s'emparer du redan et de la porte du SudOuest mais il ne pourrait, sans nouvel ordre, se porter en avant dans l'intérieur de la citadelle. La deuxième colonne était divisée en trois détachements. M. de Trentinian, avec l'infanterie de marine et deux gabiers armés de haches et de grenades, partirait à cinq heures trois quarts, enlèverait le redan de la porte du SudEst, et, disposant aussitôt ses hommes en tirailleurs, ouvrirait le feu sur les remparts. Cinq minutes après, M. Esmez à la tête d'une trentaine de marins devait quitter le c^imp, au son des clairons, et venir se ranger en colonne d'attaque dans la cour de ce même redan. 11 serait suivi par une demi-batterie de montagne, commandée par M. l'aspirant Hautefeuille. Ces canons seraient pointés, l'un sur la porte, les deux autres sur les courtines qui la flanquent. Enfin la réserve, forte de vingt hommes, devait s'abriter derrière une pagode voisine. La garde du camp était laissée à une dizaine d'hommes, la plupart malades, sous les ordres de l'ingénieur hydrographe, M. Bouillet. Tel était le plan d'attaque de M. Garnier. Encore une fois de plus la discipline et la science allaient triompher du nombre. ;


évsvc parErliard.

landariD de

U

justice.

—

M. Muiâon du

inarèclial

^glt;

PriEOn.

—

n. Teoifile de l'esprit du roi;

logein


PRISE DE

LA.

CITA.DELLE DE HA-NÔI.

113

CHAPITRE DEUXIÈME Prise de la citadelle de Hà-Nôi.

Le 20 novembre 1873

(quelle place ce jour aurait eue

dans les fastes de notre histoire coloniale, si notre diplomatie s'était montrée à la hauteur de notre courage !) 20 novembre, dis-je, à quatre heures et demie, ainsi que le portait l'ordre, le branlebas se faisait à la voix néanmoins, à cinq heures, heure habituelle du réveil, les clairons sonnaient la diane c'était pour ne pas exciter les soupçons des Annamites. Immédiatement après, les homle

;

:

mes mangent

la soupe, d'ailleurs

Bientôt tout

le

monde

est

préparée dès la

dans

la cour,

veille.

chacun à son

former le cercle, M. G-arnier adresse à sa petite troupe quelques-unes de ces paroles chaleureuses qui vont droit au cœur et remplissent le soldat d'enthousiasme. Puis, à la tête de la première colonne, M. Bain se dirige, en silence et d'un pas précipité, vers la porte du SudOuest ; il parvient à son point d'attaque sans avoir attiré l'attention de l'ennemi. A peine, en effet, le jour commençait-il à poindre. Déployer en tirailleurs son détachement, braquer sa pièce de 4 sur le pont de la grande porte, est l'affaire d'un instant. Cependant quelques hommes enlèvent les chevaux de frise qui défendent l'entrée du redan un marin en escalade la porte et l'ouvre à ses camarades. Incontinent M. Bain s'empare du redan, en disperse les défenseurs et, abritant ses hommes derrière différents obstacles, ouvre le feu sur les artilleurs annamites ; en même temps sa pièce de 4 tire sur la porte de la citadelle. Le feu des Français reste sans réponse ; mais au moment où M. Bain s'élance sur le pont avec sa troupe, une pièce ennemie lâche une volée de mitraille heureuposte. Faisant alors

;

:

sement

elle porte

beaucoup trop bas.


Pl'JSE

114

DE LA CITADELLE DE HA-NÔI.

Quelques instants après. le canon a pratiqué une ouveron peut aller enlever les madriers qui la barricadent. M. Bain l'occupe et fait cesser le feu. Au reste, ne tarde-t-il pas à voir le pavillon français flotter à ture dans la porte

la porte

;

du Sud-Est.

Partie un quart d'heure après la première, la seconde colonne avait dû employer le canon pour enfoncer la porte

du redan qu'elle attaquait. Aussitôt marins et soldats, se développant en tirailleurs, couvraient de projectiles les fortifications et décimaient les servants des pièces annamites. Ces pièces étaient bientôt démontées par le feu de notre artillerie. Pendant ce temps, les sapeurs essayaient en vain d'enfoncer la porte de la citadelle ; leurshaches s'étaient brisées.

A

massives que jusqu'à haut était seulement garni de forts barreaux. Une volée de mitraille fait sauter un de ces barreaux alors on vit M. Garnier s'accrocher au rebord de la porte, puis, malgré les projectiles de l'ennemi, parvenir jusqu'en haut et sauter dans l'intérieur le revolver au poing. En avant crie M. de Trentinian, et il s'élance à la suite de son chef; mais deux hommes seulement parviennent à le rejoindre. De l'intérieur M. Garnier commande le feu à ses pièces les obus à balles font une brèche dans la porte. En un instant toute la colonne est dans la citadelle. Mais déjà les Annamites sont en déroute c'est un la vérité, les portes n'étaient

une hauteur d'environ dix pieds

;

le

:

!

,

:

;

sauve-qui-peut général.

Sur l'ordre de M. Garnier, M. Bain court s'emparer de M. Hautefeuille de celle de l'Est, M. de Trentinian se porte en avant, M. Esmez occupe la grande tour et y arbore les couleurs françaises. C'était le signal de cesser le feu pour les deux canonnières embossées dans le fleuve. Leur tir avait puissamment contribué au succès de la journée ces bâtiments étaient, on l'a vu plus haut, sous les ordres de M. Balny la porte de l'Ouest,

:

d'Avricourt.

Dès

la veille

au

soir, leurs pièces

avaient été chargées


PRISE DE LA CITADELLE DE HA-NÔI.

115

avec soin. Puis, le matin dès l'aube, le canota à terre et débarquait cinq marins avec une pièce de 4. Cette pièce était immédiatement installée sur le terre-plein d'une des portes de la ville marchande ; elle devait battre la porte Est de la citadelle. Aussitôt que les premières détonations s'étaient fait entendre du côté du Sud, M. Balny avait commandé le feu. Du haut de la mâture du Scorpion, il avait, pendant toute l'action, dirigé le tir avec une précision admirable. 11 couvrait de ses projectiles toute la partie de la citadelle comprise entre les portes de l'Est et de l'Ouest et la face du Nord. Ainsi ne gênait-il l'attaque par terre en aucune façon ; mais ses obus arrivaient en plein sur les principaux édifices de la citadelle et leurs éclats causaient le plus grand désordre parmi les troupes annamites. A sept heures moins cinq minutes, à la vue du pavillon français flottant sur la tour de Hà-Nôi, M. Balny faisait et pointées

vapeur

allait

cesser le feu.

Du côté de la ville marchande, les troupes de M. Dupuis avaient cherché à coopérer à la prise de la citadelle. M. Garnier avait prié M. Dupuis de veiller à la défense de la pièce de canon installée à terre et braquée contre la I)orte

de

l'Est.

C'est pourquoi,

dès avant six heures,

Dupuis avait envoyé pour la garder le capitaine du HoiKj-Kiancj M. Georges Vlavianos, avec une trentaine ]M.

^

de soldats chinois. Cette pièce ayant eu dès le second coup son châssis brisé, il l'avait fait remplacer par une des siennes.

Un moment après, on entendit une fusillade très-vive du côté de la face Sud. Craignant que la position de M. Garnier ne fût compromise, M. Vlavianos se portait immédiatement en avant pour aller à son secours. Il eut bientôt enlevé le redan de la porte de l'Est

ce ne fut pas toutefois sans une résistance énergique des nombreux soldats annamites qui occupaient ce poste. En ce moment M. Hautefeuille allait envoyé par M. Garnier, prendre possession de la porte de l'Est. Il venait de culbuter quelques Annamites qui avaient tenté ,

,

:


PRISE DE

116

LA.

CITADELLE DE

HA.-NÔI.

de défendre leurs positions lorsqu'il aperçut dans le redan de l'Est des soldats dont les vêtements et les pavillons lui parurent de loin semblables à ceux des Annamites c'étaient les Chinois de M. Dupuis. Craignant un retour offensif de l'ennemi, M. Hautefeuille fit tirer sur eux et ce ne fut qu'à trois cents mètres, à la vue du capitaine Georges Vlavianos, que cette méprise fut reconnue elle avait coûté la vie à un soldat de l'Yu n-Nân. Les officiers de M. Garnier ignoraient que M. Dupuis dût, le cas échéant, concourir à la prise de la citadelle. ,

:

;

:

L'ancienne capitale de l'Annam était donc tombée en notre pouvoir. Cent quatre-vingts Français avaient, en moins d'une heure, accompli ce coup d'éclat. Nous n'avions pas un mort, pas même un blessé Quatre-vingts morts, trois cents blessés, deux mille prisonniers, telles étaient les pertes de l'ennemi. Le maréchal était au nombre des blessés atteint à la jambe par une balle d'obus, près de la porte du Sud-Est, I

:

il

avait été trouvé étendu dans une maison

Nous avions mandarins,

le

du voisinage.

prisonniers presque tous les grands délégué de la cour de Hué, le mandarin des fait

deux généraux, enfin deux de nos plus mortels ennemis, Phan Tam et Phan Ngu, fils de Phan Tanh Giang, anciens chefs d'insurrection dans notre colonie de Cochinchine (2). Pendant toute l'action la conduite des troupes avait été admirable. M. Garnier sentit le besoin de les féliciter dans un ordre du jour

finances

(1), les

:

« « «

Marins

et soldats

»,

leur dit- il,

«

je

suis^

heureux

d'avoir à vous adresser les éloges que mérite le courage que vous avez montré à l'attaque de la citadelle de Hà(1)

Quan-bô.

C'est M. Hautefeuille qui arrêta le délégué de Hué et les deux fils de Phan Tanh Giang-, au moment où ils se déguisaient pour s'enfuir. Le gouverneur de la province fut pris deux jours plus tard dans le canton de Thanh-Tri par des Annamites de nos partisans. Quant au mandarin de la justice (quan-àn) il se réfugia dans la province de (2)

Ninh-Binh.


INSTALLATION DU CORPS EXPÉDITIONNAIllE.

117

Nôi. Grâce à l'activité et au dévouement de tous, en peu

«

«

de jours et avec peu de moyens, de grands résultats ont été obtenus. Vous avez le droit d'en être fiers. « Le feu de la rade, dirigé avec une grande précision

«

et servi

<(

très-réduits, a

«

avec un zèle remarquable, malgré des effectifs puissamment contribué au succès com-

mun. « Mes remerciements s'adressent donc aux équipages comme aux troupes débarquées. « Je vous félicite de la modération que vous avez mon-

('

<'

trée vis-à-vis des vaincus, de l'humanité

«

>

« « « «

que vous avez témoignée aux blessés. 8 Continuez à honorer le pavillon en respectant scrupuleusement les propriétés privées, en vous abstenant de toute desti'uction inutile, en protégeant les habitants inoffensifs ; vous mériterez ainsi les récompenses queje compte demander pour vous à l'amiral gouverneur. »

CHAPITRE TROISIEME du corps expéditionnaire dans la citadelle. Réorganisation de la province de Hà-Nôi. Installation

Lorsqu'il fut assuré qu'aucune résistance n'était plus à craindre, laissant quarante hommes pour garder les portes et les

remparts, M. Garnier reprit

le

chemin du camp des

lettrés.

Derrière lui marchait sous escorte la foule des Annamites faits prisonniers pendant l'action. Marins et soldats portaient les étendards pris sur l'ennemi l'entrée au camp fut triomphale. :

Dans l'après-midi, les prisonniers fuient examinés; ceux qui étaient sans importance furent réunis en groupes, ramenés dans la citadelle et enfermés dans la grande tour.


INSTALLATION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE,

118

A cause de sa blessure, le maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng n'avait pas quitté la citadelle

même

;

on avait laissé au-

soigner et tâcher de le consoler, les près de trois mandarins de la province qui étaient tombés en notre pouvoir. Quant au délégué de la cour de Hué et aux lui,

pour

le

fils de Phan Tanh Giang, ils furent envoyés à bord des canonnières. C'est M. Hautefeuille que M. Garnier avait préposé à la garde de la citadelle le trésor, la poudrière, les prisonniers étaient spécialement confiés à sa surveillance. Il dut également s'occuper de faire ensevelir les morts et recueillir les blessés et par ses soins furent ramassées les armes qu'avaient jetées les fuyards et les prisonniers. des alertes à Cette journée fut des plus fatigantes chaque instant; aucune cependant ne fut sérieuse. L'ennemi était attéré et ne songeait nullement à un retour ofïensif. Seuls les maraudeurs osèrent braver la présence des Français leurs déprédations furent considé-

deux

:

;

:

:

rables.

Dans

la soirée,

M. Garnier, après avoir lui-même visité à M. Hautefeuille un renfort de trente ordres de M. de Trentiniau et de M. l'as-

la citadelle, envoyait

hommes

sous les

pirant Bouxin

(1).

service de la nuit ne fut pas moins pénible que celui

Le

de la journée; cette immense forteresse contenait encore ayant des chefs et se « deux mille hommes armés croyant condamnés par le vainqueur. L'incendie, les surprises, tout était à craindre. Aucun des postes ne comptait plus de six hommes. Heureusement ils faisaient du ,

bruit

A

comme

vingt

(2).

,

»

fâcheux ne vint troubler la matinée du 21,1e désarmement se faisait

la vérité, nul incident

nuit;

et,

dans

la

sans résistance. Puis les prisonniers étaient employés à transporter dans la citadelle le matériel et les vivres du corps expédi(1) Ce jeune officier était, pendant l'action, le second de M. Balny d'Avricourt et commandait l'artillerie de VEspingole. (2) Lettre de M. Francis Garnier des 19-21 novembre 1873.


RÉORGANISATION DE LA PROVINCE DE HA-NÙI.

119

Ce travail achevé, on les congédia en leur donnant à chacun une ligature. En même temps, M. Garnier faisait sommairement inventorier les ressources que contenait la citadelle Malgré les déprédations des maraudeurs, elles étaient encore tionnaire.

.

considérables.

Quarante canons en bronze ou en

fonte, des fusils de des gingoles ou fusils de rempart, des sabres, des lances, trente milliers de poudre, des boulets, des balles, des grenades, des fusées en bambou, et un fort approvisionnement de salpêtre tel était l'armement de la forteresse annamite.

toute forme, à

mèche

et à pierre,

:

Environ cent cinquante mille francs en sapèques, de

du cuivre en

l'argent en barres,

mille hectolitres de

riz,

lingots, quarante-neuf

sept cent cinquante hectolitres de

trouvés dans les bâtiments du trésor. dans l'enceinte erraient de nombreux bestiaux, bœufs, vaches, porcs et chèvres ; on les réunit en troupeaux et on les parqua. Les habitations des différents mandarins furent affecsel furent

De

plus,

au logement des

de la troupe. occupa une sorte de palais construit au centre de la citadelle on l'appelait le temple de l'esprit du roi. Le roi d'Annam, en effet, avait seul le

tées

officiers et

Quant à M. Garnier,

il

;

droit de l'habiter. L'effectif restreint

du corps expéditionnaire ne

lui per-

mettait pas de garder l'immense développement de la tadelle.

Pour

damner

et

faciliter la surveillance,

M. Garnier

fit

ci-

con-

barricader à l'intérieur toutes les portes, une

seule exceptée, celle de l'Est, qui donnait sur la ville.

Là ne

s'étaient pas bornées ses précautions. Le jour de la prise de la citadelle, dans le but d'empêcher les fuyards de se rallier, il envoyait M. Bain, avec quarante hommes et une pièce de canon, s'emparer du Phu Hoài (1), fort situé à six kilomètres environ à l'Ouest de Hà-Nôi et commandant la route de So'n-Tày.

même

(1)

Ou

l'hu Iluài-Du'c.


120

INSTALLATION DU COUPS EXPÉDITIONNAIRE,

La panique

était telle, par suite de l'affaire du matin, d'un coup de canon et de quelques coups de chassepot pour faire fuir toute la garnison. qu'il suffit

Le fort du Phu Hoài était une enceinte carrée, aux angles bastionnés, de deux cents mètres de côté, protégée par un fossé et une haie de bamboux épineux; une dizaine de canons garnissaient les murailles ; des trois portes, deux étaient bouchées avec de la terre; celle du Sud, donnant sur la route, restait seule ouverte. Tous ces travaux de défense avaient été exécutés sur l'ordre du maréchal Nguyèn Tri Phu'o'ng il comptait, dans le cas où il se verrait obligé d'évacuer Hà-Nùi, établir sur ce point de nouvelles lignes de Khi-Hoà (Ij. La prise de la citadelle avait prévenu son projet. M. Bain s'installa avec sa petite troupe dans le fort du Phu Hoài et fit faire quelques reconnaissances dans les environs aucun rassemblement inquiétant ne fut remarqué. Aussi dans la matinée du 2o novembre, ayant été relevée par une troupe d'Annamites ralliés à notre cause, la petite expédition rentrait à Hà-Nôi. Grâce à ces diverses mesures, notre nouvelle conquête était mise à l'abri d'une surprise. ;

;

Mais à l'œuvre de la force devait succéder celle de la et le nouveau régime quïl n'avait pu établir de concert avec le maréchal Nguyèn Tri Phu'o'ng, M. Garnier allait essayer de l'organiser par lui-même. C'est ce que, le lendemain même de la prise de la citadelle, il exprimait dans une proclamation au peuple du Tong-King. Et d'abord, il exposait les raisons qui l'avaient contraint à entrer en lutte avec les mandarins. « Le représentant du noble royaume de France », disait-il, « le grand mandarin Garnier, commandant l'ex« pédition, fait savoir à tous les habitants que, envoyés civilisation

;

Les 'lignes de Khi-Huà sont un ensemble d'ouvrages fortifiés, que maréchal fit élever auprès de Saigon, après la prise de cette ville j)ar les Français en 1859. (1)

le


RÉORGANISATION DE LA PROVINCE DE HA-NÙI.

121

«

au Tong-King par l'amiral pour ouvrir une voie au commerce, dans l'intérêt et pour la richesse des habitants de ce pays, nous n'avions nullement l'intention de nous emparer du pays et de le soumettre à notre domination, ce qui ferait peser de graves soupçons sur nous. Mais les mandarins de Hà-Nôi, sans nul souci de l'intérêt des populations, n'ayant cessé de nous tendre des embûches et des pièges, et ayant agi à notre égard avec déloyauté sur une foule de points, nous n'avons pu tolérer plus longtemps leur conduite. Après mûr examen et après avoir épuisé tous les autres moyens, nous nous sommes emparés de la citadelle et nous en avons chassé tous ces mandarins qui n'ont aucun amour du peuple et n'ont d'autre souci que de s'emparer de ses biens en le saignant jusqu'à la moelle des os le châtiment que nous leur avons infligé est encore bien au-dessous de

«

leurs crimes.

« «

« «

« <

« « M

< '

"

«

«

«

:

»

Parlant ensuite du nouveau régime qu'il allait inaugurer et du traité de commerce qui devait se conclure entre la PYance et l'Annam « Nous sommes donc venus », continuait-il, « par ordre « de l'amiral, pour vous tirer de l'état d'isolement où vous végétiez; nous n'avons pas l'intention de changer vos usages ou de nous emparer de vos biens ; nous « vous considérons comme des frères et nous nous « appliquerons de toutes nos forces à faire votre bon:

i<

^<

a

heur.

«

térieur

«

« «

Pour

ce qui concerne les

du royaume,

commerçants,

soit

dans

l'in-

à l'étranger, ils pourront être tranquilles et n'auront plus à craindre d'être molestés, car il y aura un traité de paix qui nous engagera récisoit

«

proquement. En disposant les choses de la sorte, nous avons en vue vos intérêts, car jusqu'ici vous étiez asservis sous un joug tyrannique, et nous vous en avons dé-

«

livrés.

« «

Enfin,

»

il

et amis de de remplir une fonction civile ou les exhortait à s'unir à lui pour préserver le

faisait

appel aux liommes éclairés

l'ordre, susceptibles

militaire

;

il


INSTALLATION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE,

122

pays de l'anarchie, leur promettant au nom de la France que jamais ils ne seraient inquiétés pour avoir accepté de ses mains une fonction publique « Maintenant que les gens capables de gouverner le « peuple viennent nous offrir leurs services, et nous les « accepterons et leur donnerons des postes à occuper. « Pour la manière de gouverner, nous la réglerons de « concert de pareilles fonctions sont importantes, mais « faciles à remplir. Lorsque nous aurons désigné ceux :

:

«

qui doivent les remplir, alors la paix la plus parfaite régnera parmi vous. Nous laisserons en place tous les mandarins des préfectures (1) et des sous-préfectures (2) qui nous feront

«

«

(i

Pour ceux qui ne voudraient pas nous

«

leur soumission.

«

reconnaître et se retireraient, nous les remplacerons par

«

des

«

hommes prudents

et

sachant prendre les intérêts

du peuple. Nous n'avons aucunement l'intention de nous emparer du Tong-King et de chasser les mandarins nous choisirons seulement des hommes du pays pour mettre à la tête du peuple, puis nous recommanderons au roi et aux mandarins de traiter le peuple comme un père traite ses enfants. Nous récompenserons dignement tous ceux qui nous auront rendu quelque service. Toits les fl

« «

«

« «

;

«

que iious auront nommés seront maintenus en place et ne seront inquiétés en nulle façon. « Que tous les préfets et sous-préfets veillent à ce que rien ne trouble la tranquillité publique. Quant aux villages qui seraient incendiés ou auraient subi quelque dommage, qu'ils attendent l'arrivée des nouveaux mandarins, qui rendront les chefs de canton responsables

«

de ces désastres.

«

village, et qu'ils

(

<f

« «

«

7Jiandari?is

«

«

Que

chacun dans son ne s'avisent pas de se révolter. Que dans les marchés on continue à commercer comme auparavant et qu'il n'y ait de trouble nulle part. «

(1)

(2)

les lettrés restent tranquilles

Phu. Huyên.


RÉORGANISATION DE LA PROVINCE DE HA-NÔI. 6

('

«

Après

la publication

de cet

encore inquiéter et piller châtiment exemplaire. « Telle est notre volonté.

le

édit, si

123

quelque bande ose

peuple, nous en tirerons

un

»

M. Garnier prenait donc en mains

le

gouvernement de

province de Hà-Nôi. Suivant les termes de sa proclamation, il écrivait aux mandarins subalternes de rester à leur poste, leur ordonla

nant de lui remettre leurs cachets. Il devait, ajoutait-il, leur en distribuer de nouveaux or ces nouveaux cachets constataient le protectorat de la France sur le Tong;

King.

La plupart de ces mandarins s'étaient enfuis d'autres cherchaient à organiser la résistance. En même temps, des bandes de brigands, recrutées surtout parmi les ;

fuyards de l'armée annamite, parcouraient les campagnes, semant partout la terreur. L'anarchie était à son comble. M. Garnier n'était pas pris au dépourvu. Pendant le délai qu'il avait pris avant d'en arriver à l'action, il avait commencé à réorganiser secrètement le pays, nommant des préfets et des sous-préfets pour remplacer ceux qui feraient cause commune avec la cour de Hué, formant les cadres d'une milice, établissant des courriers pour correspondre avec les diverses provinces.

néanmoins que

l'esprit de sa proclamade maintenir le gouvernement du roi Tu' Dù'c et d'agir de concert avec lui, ne pouvaient (qu'inspirer une prudente réserve aux indigènes tongkiiiois il leur était difficile de comprendre qu'on pût faire des protestations de fidélité au roi Tu' Dù'c et en même temps combattre ses mandarins. Au reste, tous, sauf peut-être les lettrés, infidèles aussi bien que chrétiens, soupiraient après un changement de gouvernement. Trop d'impôts, trop de charges pesaient sur eux. Et c'était avec joie qu'ils avaient appris la chute Il

faut avouer

tion, l'idée qu'il émettait

:


INSTALLATION DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE,

124

des mandarins royaux, tant leur joug était abhorré (1). Ainsi la proclamation de M. Garnier ne paraissait pas répondre exact-'ment aux aspirations de la majorité des Tongkinois. Païens et chrétiens semblaient vouloir attendre, avant de se compromettre, (jue les événements se fussent dessinés d'une manière plus précise. Certes il en était, des plus honnêtes et des plus intelligents, qui désiraient concourir à la réorganisation de

leur pays

;

trouver

pas s'adresser

toutefois ils n'osèrent

ment au commandant

Mgr

directe-

français. Ils vinrent préalablement

Puginier, et à plusieurs reprises

le

prièrent

M. Garnier pour qu'il leur donnât C'eût été pour eux le gage de la stabilité

d'insister auprès de

lui-même un

roi.

du nouveau régime qui allait être inauguré. Mais Mgr Puginier refusa formellement de

se charger d'une semblable mission. A la vérité, sur la demande de Garnier lui-même, il consentit à lui indiquer quelques hommes capables de le seconder et de même il le renseigna sur la valeur de tous les Annamites qui se présentèrent pour obtenir des fonctions publiques. Toujours, cependant, il lui exprimait le désir que ces nouveaux mandarins ne fussent point exclusivement choisis parmi

M

;

M. Garnier suivit ce conseil ; effectivement, sur treize fonctionnaires civils que dans la province de Hà-Nôi il créa ou confirma dans leur grade, quatre seulement professaient le christianisme (2).

les chrétiens,

(1) ... Eu menos tieaipo lo hubierau conseguido y habrian pacirtcado estas Proviucias, si los l'raiiceses hubiesen tenido un plan bien premeditado pues ei pueblo no solamente cristiano, sino tambiea intiid ;

ansiaba por uua mutaciou de lus goberuantes, por los iuumerables gabelas que pesaban sobre él, no siendo suficiente el sudor de su trabaJQ y ei producto de sus posesiones para sobrellevarlas. ... Occupadas las cuatro Proviucias por los franceses, el pueblo taiito cristiano como iufiel por lo gênerai se liallaba alegre y conleuto por haber sacudido el yugo opresor é insoportable del P^ey y mandarines anteriores à estos sucesos... (Extrait des lettres des missionnaires espagnols du Tong-King. Correu Sino-Annamita de 1874, pages 170 et 198.) (2) C'étaient le chef des magasins du Phu Ly et les sous-préfets de Binli-Luc, de Nam-Xàng et de Chu'o'ng-Du'c. Au contraire, étaient païens les préfets du Phu Ly, du Phu ThuVng et d'U'ng-Hoà, les souspréfets de Hoài-Yên et de Tho-Xu'o'ng, le thông-phan (secrétaire général)


RÉORGANISATION DE LA PROVINCE DE HA-NÔI.

125

Ainsi que je l'ai rapporté plus haut, M. Garnier avait les cadres d'une milice. Le lendemain même de la

formé

deux chefs, l'un chrétien, l'autre païen, amenaient deux cent cinquante hommes environ, levés partie dans la province de Hà-Nôi, partie dans celle de Bac-Ninh. prise de la citadelle,

lui

Un

jour plus tard,

le 22, le

chef des partisans des Le,

des royalistes i>, écrit M. Garnier, venait se mettre au service des Français et recevait le grade d'adjudantgénéral (pho-lcmh-binh) : il pouvait, assurait-il, disposer t

de quatre à cinq mille hommes. Enfin, avant que le mois de novembre se fût écoulé, d'autres chefs amenaient encore environ quinze cents volontaires, levés non-seulement dans la province de Hà-Nôi, mais encore dans celle de Nam-Dinh et de BacNinh, qui ne nous étaient pas soumises. Le mouvement en faveur de l'intervention française se propageait de plus en plus. Des provinces de So'n-Tày, de Bac-Ninh, de Hu'ng-Yèn, les chefs de plusieurs grands villages païens venaient offrir le concours de leurs concitoyens au commandant français, s'il voulait les délivrer des mandarins royaux. Néanmoins, sur le conseil de Mgr Pugiiiier, M. Garnier déclina ces offres le corps expéditionnaire ne pouvant suffire à des entreprises ,

aussi étendues.

D'autre part, M. Garnier veillait à la répression du brigandage. Une proclamation fut lancée qui rendait responsables des crimes commis dans leurs circonscriptions les préfets, les sous-préfets, les chefs de canton et les maires de village elle leur ordonnait de courir sus aux voleurs, (le s'en emparer et de les livrer à l'autorité française. Quatre ou cinq exécutions de ces malfaiteurs qui eurent lieu devant la porte de l'Est, à l'entrée de la ville marchande, répandirent une salutaire terreur. ;

génénil) de la province de Hà-Nôi. intérim au Pbu Ly et au Phu ThuVng avaient été pris éijalemeiit parmi les i)aïeus. (D'iq^rès les notes de M. Gurnifr.) et

le

kiiiJi-lich

Les préfets

(sous-secrétaire

nommés par


INSTALLATION DU COUPS EXPÉDITIONNAIRE.

126

M. Garnier

sentait bien qu'il serait entraîné à faire la

canaux du Tong-King, soit que les mandarins consentissent à laisser le pays ouvert au commerce, soit que leur résistance l'obligeât à faire la conquête de leurs provinces. Dès lors ses forces navales devenaient insuffisantes. Aussi proposa-t-il à M. Dupuis de lui acheter trois de ses vapeurs, les deux canonnières Eong-Kianq et Lâo-Kaï et la chaloupe So'n-Tây. La police fluviale passant entre les mains des Français, M. Dupuis ne devait plus avoir besoin de navires de guerre, mais seulement de remorqueurs comme le Mangpolice des rivières et

Hâo. de M. Garnier le prix de ses compté en espèces. Quant à sa dette de trente mille piastres envers la colonie de Saigon, le remboursement en serait effectué en métaux de l'Yû'n-Nàn, M. Garnier ayant besoin de cuivre et de Il

accepta donc

l'offre

trois

vapeurs devait

zinc

pour fabriquer des sapèques.

:

lui être

Et,

comme

il

était

nécessaire que cette convention reçût l'approbation de l'amiral Dupré,

un .employé de M, Dupuis, M. Ducos de

la Haille, devait partir

de la

lui

prochainement pour Saigon, afin

soumettre.

cependant créer des ressources pour faire (1). Dans le but de la rendre populaire, M. Garnier avait cru devoir exonérer de la moitié de l'impôt sur le riz les habitants de la province de Hà-Nôi. Mais, d'un autre côté, afin de compenser le déficit causé par ce dégrèvement, il songeait à établir un monopole du sel. Le droit de pêche sur le fleuve était également affermé. Enfin, les douanes devant être une des principales sources du revenu public, il encourageait les négociants chinois résidant au Tong-King à exporter par grandes masses le riz et les autres marchandises du Il

fallait

subsister la nouvelle administration

pays.

La

confiance renaissait peu à peu

;

la

province était à

Pièces justificatives, n° xiii, quelques ordres de M. Gar(1) Voir aux nier relatifs à l'administration du Tontr-Kintr.


EXPÉDITION DE M. BALNY d'aVRICOURT.

127

même les employés des bureaux de la presque tous demandé à reprendre leur service. Dans la ville les boutiques s'étaient rouvertes, et le commerce semblait devoir bientôt, sous un régime de liberté, prendre un nouvel essor. peu près pacifiée

;

citadelle avaient

CHAPITRE QUATRIEME Expédition de M. Balny d'Avricourt. Soumission de Hu'ng-Yên prise du Phu Ly ;

La province de Hà-Nôi

est le centre

du système

(1).

fluvial

du Tong-King(2). Au sommet de la province, un bras considérable se détache de l'artère principale il porte plusieurs noms, dont les plus connus sont ceux de Sông Hât à son origine et de Daï dans son cours inférieur. Longeant les montagnes du Sud-Est, il arrose deux forteresses importantes, le Phu Ly, une des préfectures du Hà-Nôi, et Ninh-Binh, ;

du même nom. Quant au grand fleuve, il sépare la province de HàNôi de celles de Bac-Ninh et de Hu'ng-Yèn; au-dessous capitale de la province

de Hà-Nôi,

il

rencontre

le chef-lieu

vince, puis, entrant dans le

de cette dernière pro-

Nam-Dinh,

il

se partage,

avant de se jeter dans la mer, en de nombreuses ramifications. On a v«t déjà que ce fleuve communique avec le Thâi-Binh ou rivière de Haï-Dzu'o'ng par deux canaux.

—

Le mot Phu (1) Le Phu Ly oa plus exactement le Phu Ly-Nhôn. (prononcez Phou) veut dire prélecture ou département c'est le Fou des Chinois seulement en annamite il précède ordinairement le nom de la ville, tandis qu'en chinois il le suit. Mais le plus souvent, quand le mot Phu précède le nom de la ville, on n'exprime que la première ainsi ou dit Phu Ly, au lieu de Phu Lysyllahle de ce dernier nom Nhôn Phu Hofii, au lieu de Phu Hoiii-Du'c Phu Thu'o'ng, au lieu de Phu Thu'o'iig-Tinh Phu L"ng, au lieu de Phu U'ug-Hoh, etc. (2) Hà-Nôi veut dire au milieu des fleuves. :

;

:

;

;

;


EXPEDITION DE M.

128

]5AI,NV

D'.VVItlCOUllT

Sông Chi et le Cua-Loc, découverts M. Senez, le second par M. Dupuis (1).

le

le

premier par

par suite de la position centrale de Hà-Nôi, ne pouvait appliquer son nouveau régime Garnier M. commercial sans le concours des autorités des provinces voisines et, sous peine de voir sa conquête demeurer stérile, de voir même ses communications avec la mer entravées par des barrages, il devait, si la diplomatie devenait impuissante, vaincre, par la force, la résistance des mandarins. Aussi, dès la prise de la citadelle, leur avait-il écrit pour leur demander d'accepter la liberté du commerce, telle qu'il l'avait décrétée, et de s'abstenir en conséquence de toute hostilité contre les Français ou leur partisans. Afin de s'assurer de leurs dispositions et de faire procéder à la destruction des barrages intérieurs, il allait, sous peu de jours, envoyer une canonnière en reconnaisAinsi,

;

sance.

Dans

la soirée

pour descendre

du 23 novembre Y Espinrjole appareillait

le

fleuve

:

outre son équipage, elle avait

embarqué M. le docteur Harmand et dix-sept fantassins de marine sous les ordres de M. de Trentinian. Le commandant de la canonnière, M. Bainy d'Avricourt de l'expédition. 11 avait pour mission d'exiger des mandarins de Hu'ng-Yên leur adhésion au nouvel état de choses après quoi, s'engageant dans un arroyo

était le chef

;

qui met en communication les deux branches du fleuve, il devait enlever l'importante place du Phu Ly et en laisser la garde à M. de Trentinian jusqu'à l'arrivée d'une

troupe d'auxiliaires indigènes chargée d'y tenir garnison. Le lendemain de son départ, vers dix heures, YEspmffole

aller

devant Hu'ng-Yèn. M. Harmand s'oftre pour en parlementaire, M. Balny l'envoie aussitôt à terre

était

Un

troisième canal fait encore communiquer le Bô-Dè avec le il aboutit au Thài-Biuh au-dessous de Thài-Nguyên et joint ce fleuve à un petit alHuent du Bô-Dê dont rembouchure est k peu près en face de l'issue du Daï, Ce canal est inachevé, et k l'époque des basses eaux il est presque à sec. (1)

Thài-Binh

:


SOUMISSION DE iiu'ng-yêm: prise du phu ly.

129

avec l'interprète quatre hommes bien armés l'escortent ; au premier coup de feu on doit venir à son secours. Une marche d'environ un kilomètre l'amène devant la citadelle, enceinte quadrangulaire de trois cents mètres de côté les portes sont fermées, le rempart est garni de soldats. M. Harmand fait remettre au gouverneur une lettre de M. Balny, l'invitant à venir à son bord lui rendre visite; il attend la réponse dans la maiso7i des étrangers. Bientôt arrive le mandarin de la justice, c'est la seconde le pauvre homme est attéré. autorité de la province Après bien des hésitations, il promet que le gouverneur ira à bord du navire français rendre visite au capitaine. :

:

:

Vous avez pris la grande citadelle de Hà-Nôi », dit-il d'un air abattu; « nous n'avons pas la prétention de dé« fendre la nôtre contre vous. » (t

En eflet, à midi, le gouverneur était avec sa suite à bord de YEspingole. Son adhésion, assure-t-il, est acquise à toutes les conditions des nouveaux traités de commerce. Il n'avait d'ailleurs pas attendu pour s'y conformer l'arrivée du navire français suivant les ordres de M. Garnier, depuis deux jours il faisait travailler à la destruction d'un barrage élevé dans sa province; deux jours encore et le fleuve serait complètement libre. Toutefois, afin d'avoir un gage de la sincérité de sa soumission, M. Balny exige de lui qu'il la consigne par écrit. Le gouverneur y consent. Cet acte doit être prêt à trois heures, lorsque l'officier français viendra lui rendre visite dans la citadelle. M. Balny entre ensuite en relation avec le chef de la congrégation chinoise de Hu'ng-Yên, l'assure de la protection de la France et lui remet les proclamations de M. Garnier. En même temps il charge M. de Trentinian de faire afficher ces proclamations dans la principale rue de la :

ville.

A

trois heures,

M. Harmand

accompagné de M. de Trentinian, de

d'une escorte de dix hommes, il se dirige vers la citadelle de Hu'ng-Yên. L'intérieur de cette forteet

resse étant en partie inondé, les Français trouvent à la


EXPEDITION

180

Dlî

M. B.VLNY D'aVRICOCKT

porte des miliciens qui les portent au palais du gouverneur.

Ce pauvre man(la}"in n'avait pas encore

écrit la lettre

qui devait constater sa soumission. Il demande un nouveau délai, il veut attendre jusqu'au lendemain. Mais Si à cinq heures cet acte

ne jn'est « jo suis résolu à. remis », « vous traiter en ennemi. » Le gouverneur vit bien qu'il n'y avait qu'à obéir, et à cinq heures M. Dalny recevait l'écrit qu'il avait exigé Reconnaissant », disait dans cette pièce le mandarin de que les Français veulent rester bons amis Hu'ng-Yên, des provinces voisines de celle de Hà-Nôi en se confor« mant aux traités de commerce, je déclare que je suis « prêt à observer ces traité"^. Les douanes sont détruites on a déjà commencé à démolir le bRrrnge et je vais y envoyer un grand nombre d'ouvriers, afin de le faire « disparaître complètement. « Désormais les impôts ne seront plus payés entre les « mains des autorités annamites, mais bien au comman« dant français à Ilà-Nôi. » La campagne était infestée de brigands. Un prêtre annamite vient réclamer l'assistance des Français le chef de la congrégation chinoise et le gouverneur lui-

M. Balny refuse

:

«

répond-il d'un ton sévère,

t

:

<r

<'

(V

:

<T

t<

;

même unissent leurs plaintes aux siennes. Au gouverneur M. Balny répond que sa

soumission au

représentant de la France ne lui a nullement ôté le pouvoir de punir, qu'il est maître dans sa province et responsable de la tranquillité publique. Quant au prêtre annamite et au chef de la congrégation chinoise, il leur conseille de tâcher de s'emparer des voleurs et de les envoyer ensuite à son bord ou, après son départ, au

commandant justice.

«

Au

français à reste

»,

Hà-Nôi

ajoute-t-il,

:

«

il

en sera

fait

prompte

fournissez-moi un guide

qui connaisse le repaire de ces brigands, et demain une troupe de huit soldats français ira les châtier. » Effectivement, le lendemain M. de Trentinian, avec une escorte de huit hommes, se rendait en jonque à la douane « «


SOUMISSION DE hu'ng-yen; prise du phu ly.

131

de la limite méridionale de la province. A cet endroit il devait trouver le guide promis; mais il l'attendit en vain. C'est pourquoi, suivant ses instructions, il se" borna à constater la destruction de la douane et à faire afficher sur son emplacement la proclamation qui établissait la liberté

du commerce. côté, M. Balny

De son

était allé en yole à, vapeur à sept ou huit milles en aval de Hu'ng-Yèn visiter le barrage qui entravait la navigation du Cua-Loc ou canal du ïhâiBinh. Les assertions du gouverneur de Hung-Yèn étaient ce barrage était déjà en partie détruit et des exactes ordres avaient été donnés pour l'enlever complètement. :

La mission de M. Balny à Hu'ng-Yèn était terminée. Ses instructions lui prescrivaient ensuite daller occuper le Phu Ly. La préfecture du Phu Ly est située à quinze milles environ de Hu'ng-Yèn, en face du confluent d'un arroyo qui, sorti du Bô-Dè, se jette dans le bras secondaire du grand fleuve appelé, je l'ai dit plus haut, tantôt Song Hât et tantôt Dai.

La position du Phu Ly est de la plus grande importance au point de vue stratégique elle commande la route de Ninh-Binh à So'n-Tày. Aussi le Phu Ly était :

plus

fortifié

que

ment annamite

les préfectures ordinaires

:

le

gouverne-

rangeait dans la classe des forteresses appelées Thanh. Son enceinte quadrangulaire avait environ cin<i cent cinquante mètres de côté; trois de ses faces le

étaient défendues par un redan. D'énormes approvisionnements étaient amassés dans ce fort. L'occupation de ce point nous permettait d'interrompre les communications entre Hué et l'armée du Nord qui luttait contre les envahisseurs chinois, et d'arrêter tout convoi de vivres venant du Sud à destination de cette armée. Le 26 novembre, dans la matinée, Y Espmgole quittait Hu'ng-Yèn; trois heures après elle était en vue du Phu Ly. Dès que la troupe a pris quelque nourriture, M. Balny


EXPÉDITION DE M. BALNY d'aVRICOURT

132

terre avec ses deux officiers, l'infanterie de un détachement de douze marins. En quelques instants il se trouve dans une rue perpendiculaire au fleuve et conduisant en droite ligne à une porte de la

se rend

marine

ù

et

citadelle.

Un

pierrier enfilait cette rue;

Annamites ne marcher « à droite les

fissent feu, et

craignant que

M. Balny commande de

à gauche» de chaque côté de la rue.

arrive ainsi en bon ordre jusqu'à la porte

Il

du

fort.

Elle est fermée et barricadée, les remparts sont garnis de

sommation est faite Il est dix heures du poste envoie d'ouvrir chef Annamites la porte. Le aux immédiatement prévenir le préfet On va, dit-il, rapporter les clefs. M. Balny accorde dix minutes de répit soldats en armes.

:

:

:

emploie à reconnaître les moyens d'enlever la place d'assaut, le manque de canon ne lui permettant pas d'enil

les

foncer la porte.

Cependant, M. de Trentinian, ayant pu se hisser jusqu'à la grille qui» termine le haut de la porte, aperçoit à travers les barreaux un grand mouvement à l'intérieur :

les

mandarins

fait aussitôt la

et leur suite s'enfuyaient

à l'envi.

Il

en

communication.

il escalade le parapet de gauche; en cet endroit le fossé était presque comblé. Le parapet de droite est de même enlevé par j\] Balny et ses marins. Quelques hommes sont laissés à la garde de la porte: et M. Balny d'un côté, M. de Trentinian de l'autre font le tour des remparts. Ils n'ont aucun feu à essuyer; toutefois les soldats annamites ne quittaient leur poste qu'à leur approche. On ne tire que sur ceux qui ont les armes à la main et s'enfuient sans les lâcher. Au bout de dix minutes la déroute était complète. A la vérité, quelque rapidité que les Français eussent mise à faire le tour des remparts et à occuper les portes, le nombre des prisonniers ne fut guère considérable; le fort étant de toutes parts entouré de marécages, les Annamites sautaient du haut des remparts, se cachaient au milieu des plantes aquatiques ou s'enfuyaient en ayant de l'eau jusqu'à la

Puis, à la tète de ses soldats,

.

ceinture.


SOUMISSION DE HU'XG-YÈN; PRISE DU PHU LY.

133

Un palanquin, celui du préfet sans doute, fut aperru dans la plaine pendant dix minutes il servit de cible, fut démonté trois fois et finit par être abandonné. Malgré son désir de s'en emparer, M. Balny n'osa aventurer ses hommes au milieu des marais de la plaine. 11 avait trop peu de monde pour tenter autre chose que de s'assurer de ;

la possession de la citadelle.

Peu après

il

fait

cesser le feu, et donne l'ordre de ne

garde des remparts à M. de Trentinian, il va avec M. Harmand visiter les magasins, les bâtiments du trésor et les logements des mandarins. Partout des factionnaires sont tirer qu'en cas de retour offensif. Confiant ensuite la

placés.

Les magasins étaient bondés de provisions quinze hecde sel, quarante-huit mille de paddy ou riz brut, neuf mille de riz écortiqué bien plus_, deux jours après, on devait arrêter vingt grandes barques chargées de riz elles se dirigeaient sur Hà-Nôi d'après d'anciens ordres du maréchal Nguyèn Tri Phu'o'ng. :

tolitres

;

:

Le

trésor contenait treize barres d'argent et près de cin-

quante-([uatre mille ligatures de sapèques.

Quant à l'armement, pierriers

il se composait d'une vingtaine de de six autres pièces de canon et d'environ

,

soixante fusils. avait été complète au moment de l'attaque, mandarins étaient à déjeûner ; dans presque toutes les maisons la table était servie. Trente-deux Français venaient donc d'enlever en dix minutes une forteresse de deux kilomètres de développement, défendue par un millier d'hommes. M. Balny disposait de trop peu de monde pour songer

La suprise

:

les

à garder les quatre faces de la forteresse. Il était également inutile d'occuper les deux portes qui donnent sur la campagne car en certains endroits le rempart était si mal entretenu qu'en marchant dans les marais on pouvait ;

facilement l'escalader.

La

obstruée par les Annamites

porte du ;

Sud

avait déjà été

l'autre, celle de l'Ouest, fut

barricadée, et à la nuit on l'évacua.

Une

seule porte fut


EXPEDITION DE M. BALNY d'aVRICOURT

134

occupée, celle du Nord elle donnait accès sur la ville et dans son voisinage se trouvaient les bâtiments du trésor. Un poste de cin(i soldats y fut placé. Le reste de l'infanterie de marine, c'est-à-dire douze hommes, fut commis à la garde du trésor et des magasins ces deux postes de:

;

vaient en outre fournir des patrouilles.

Le commandement de la place fut remis à M. de TrenAvant de rentrer à son bord, M. Balny mit à sa disposition les douze hommes de sa compagnie de débarquement mais M. de Trentinian déclara pouvoir s'en tinian.

;

passer. Toutefois, M. Balny eut soin de changer le mouillage de sa canonnière et il la plaça à trois cent cinquante mètres de la porte occupée, le canon de l'avant pointé sur cette porte on en apercevait le sommet en filant la rue qui conduit en ligne droite de la berge à la citadelle. Au ;

moindre signal tout prêter main -forte.

le

détachement eût débarqué pour

Le jour même de la prise du Phu Ly, M. Balny s'était occupé de la réorganisation de l'administration indigène. Il avait installé le préfet nommé par M. Garnier. C'était un lettré païen, ancien employé du ministère des relations extérieures à Hué. Timide et d'une intelligence bornée, il n'avait d'autre mérite que son dévouement à la cause des Français (1). M. Balny faisait ensuite l'inventaire du trésor et des magasins et le remettait entre les mains de l'administrateur désigné par M. Garnier. Quelques jours après il faisait détruire une douane: enfin, par les soins des missionnaires de la résidence de KéSo', il établissait au Phu Ly un chantier de bois à brûler pour l'alimentation des canonnières de l'expédition. Sur le conseil de ces missionnaires, il avait, dès le premier jour, cherché à prévenir le développement du brifonctionnaire n'était pas en place depuis deux jours, que déjà, être remplacé. Il le fut, en effet, quelq-.'.es jours ajtrès le départ, de VE^pingole. (1) C''

il

demandait à


SOUMISSION'

DE HU'JNG-YÈX

:

PlilSE

DU PHU

LY.

135

gandage. A cette fin il rendait responsables de tout désordre de canton, les maires et les conseillers municipaux des communes. Une proclamation avait été rédigée dans ce sens, iraduite en caracières chinois (1) et envoyée dans tous les cantons du voisinage. Le 29 novembre, plusieurs chefs de canton se présentaient au Phu Ly. M. Balny les réuidssait chez le préfet et là, après les avoir éclairés sur la situation, après leur avoir montré quels heureux résultats on devait espérer de l'intervention française, il terminait en les exhortant à faire eux-mêmes la chasse aux voleurs. Grâce à cette mesure, le Phu Ly et ses environs jouissaient d'une certaine tranquillité. Les populations poursuivaient elles-mêmes les brigands et les livraient au commandant français. Chaque jour des députations des villages voisins venaient au chef-lieu remercier les Français de la sécurité causée par leur présence toutes exprimaient le désir de les voir arriver eu plus grand nombre : leur protection en serait alors d'autant plus efficace. les chefs

;

;

Mais le séjour des troupes françaises au Phu Ly n'était que provisoire, elles devaient être relevées par un corps d'auxiliaires indigènes.

Ce détachement avait dû partir de llà-Nùi vers le 26 nochaque jour on l'attendait, le Phu Ly n'étant séparé de la capitale que par deux petites journées de marche. Néaiunoins ce fut seulement le 1" décembre que cette troupe alliée lit son entrée au Phu Ly elle était com-

vembre

;

;

Van Ba. Ce chef était un homme dune grande bravoure, absolument dévoué à notre cause. Dès qu'il avait connu la prise de Hà-Nùi, il avait levé dans le Nam-Dinh, sa province,

mandée par

le

général Le

une troupe de quatre cent vingt hommes et était venu se mettre à la dispo.>ition de M. Garnier. Celui-ci lui avait mais les Anna(1) L« cmiiois est la langue oiiicielle île fAiiiiain mites ont une manière s|)éciale de le |)rouoncer. l'Jxemple le caractère qui exprime le Nord se prononce i'e en cliinois Ap Péki ng et Bac eu chinois ilAnnMMi. ;

:


EXPÉDITION DE M. liALNY d'aVIUCOURT

136

grade de général de brigade {chanli-lanh-binh) pour tenir garnison au Pliu Ly. Or, sur la route du Phu Ly, à une demi-journée de HàNôi, s'élève le fort du Phu Thu'o'ng, une des préfectures de la province. Le mandarin de cet endroit était hostile à conféré

le

et l'avait désigné

notre intervention et interceptait toute communication entre

le

Phu Ly

et la capitale.

Le Van Ba avait ordre d'enlever ce fort inais, n'ayant pas de canon, il n'avait pu y parvenir. Prévenu de cet insuccès, M. Garnier avait immédiatement fait partir un détachement de quarante-cinq hommes, marins et soldats, avec deux pièces de canon. Un :

éléphant de guerre, capturé à la prise de Hà-Nôi, servait d'observatoire, une longue-vue ayant été installée sur son dos. Au détachement français M. Garnier avait adjoint une troupe de cent cinquante miliciens indigènes, chargée de tenir garnison au Phu Thu'o'ng; le chef de cette troupe devait en être le préfet par intérim. Le commandement de l'expédition avait été donné à

M. Esmez.

A la vérité, tie inutile

:

ce

grand déploiement de forces

la nouvelle de l'approche des

fut en parFrançais avait

frappé de panique les défenseurs du Phu Thu'o'ng. A peine M. Esmez était-il en vue, que déjà Le Van Ba était maître du fort (28 novembre). Continuant sa marche. Lé Van Ba avait encore réduit la sous-préfecture de Phu-Xuyèn, dont le mandarin nous était également hostile et il était enfin arrivé au Phu Ly, cinq jours après son départ de Hà-Nôi. Au moment où le Phu Thu'o'ng tombait en notre pou;

département du Hà-Nôi, celui d'U'ng-Hoà (1), et son subalterne le sous-préfet de HoàiYên, faisaient leur soumission ils remettaient leur ancien sceau et on leur envoyait en échange celui du provoir, le préfet d'un autre

;

tectorat français.

En même temps (1)

des sous-préfets étaient

Cette préfecture porte aussi le

uom

nommés pour

de Pliu Diiih.


PLA> de

Hâl-DZU0N6

Ot^ujv

fr/iffc

i^our de.

f.atui/jtLe^

Echelle

approximative

Cravé par Erhard l'Extrait

du Tour du Mon'h'

LEGENDE 1 Tonr. 2 Maison du gouverneur.

jMa^rasins, greniers, trésor. :$ 4 Maison du mandarin des linances.

4

liis

Maison

du

mandarin

de

ii

justice.

5

Temple de

l'esprit

du

roi.

6 Poudrière. 7 Prison. 8 Bulle pour tir à la cible. 9 Ecluse des fossés. 10 Ville de Haï-Dzuong. et 12 Batteries. 43 Arroyo de Haï-Dzuong et poil de

H

commerce.

14 Barrage. 15 et 16 Gros villages. 17 Chantier de construction et forlin. 18 Débarcadère. 19 Mouillage de VEspijigole le jour de l'aliaque. 20 Point de débarquement le jour de l'attaque.

N" 1 Redan de l'Est. N» 2 Redan du Nord. N» 3 Redan de l'Ouest. N» 4 Redan du Sud.


PRISE DE HAÏ-DZU'o'NG. différents arrondissements

137

du Pliu Ly, du Pliu Hoài

et

du Phu U'ng-Hoà. le 1" décembre, M. Garnier envoyait M. Hauteavec quelques marins et un détachement d'auxiliaires annamites, s'emparer de la sous-préfecture de Gia-Làm, dans la province de Bac-Ninh. Situé en face de Hà-Nôi, à quinze cents mètres environ de la rive gauche du fleuve, ce petit fort commande les routes de Hà-Nôi à Haï-Dzu'o'ng et à Bac-Ninh. L'occupation de Gia-Làm devait en outre protéger l'arrivée d'une troupe de volontaires indigènes levée dans les provinces orientales. Ainsi, dix jours avaient suffi pour soumettre les quatre départements du Hà-Nôi et imposer notre protectorat à la province de Hu'ng-Yèn. M. Garnier allait poursuivre son succès et exiger des autres provinces la reconnaissance de la suprématie française.

Enfin,

feuille,

CHAPITRE CLNQUIEMË Expédition de M. Balny d'Avricourt Prise de Haï-Dzu'o'ng.

(Suite).

La province de Haï-Dzu'o'ng était bien celle dont la soumission devait le plus importer à M. Garnier. Nonseulement elle est une des plus fertiles et des plus populeuses du Tong-King, mais encore c'est elle qui possède les meilleurs mouillages de la côte. Bien plus, les bouches du Bô-Dè étant obstruées par des bancs de sable, une canonnière ne peut parvenir à Hà-Nôi qu'en entrant dans le Thài-Binh et en passant des eaux de ce fleuve dans celles du Bô-Dè par le canal de Cua-Loc ou par celui de Sông Chi. Or, les confluents de ces deux canaux avec le ThàiBinh, de môme que les bouches de ce dernier fleuve, sont sur le territoire de Haï-Dzu'o'ng. Enfin, la soumission de


EXPÉDITION DE M. BALNY d'aVKIGOUET

138

Nord du Tong-King du

cette province achevait d'isoler le

reste de la monarchie.

En

conséquence, à peine

le

chef de l'expédition fran-

çaise avait-il reçu la nouvelle

Phu Ly,

du succès de M. Balny

ordonnait de se rendre à mission avait un double but reconHai-Dzu'o'ng. Cette si le passage était libre praticable pour une caet naître nonnière, et, en second lieu, s'assurer des dispositions du gouverneur de cette ville. Le jour même de son arrivée, le général Le Van Ba d'Avricourt au

qu'il lui

:

avait donc été investi

Phu Ly;

du commandement

militaire

du

lendemain YEsphujule devait s'éloigner, emportant avec elle le détachement d'infanterie de marine. Le Van Ba aurait bien voulu qu'on lui laissât quelques soldats français, afin de donner à sa troupe un peu' plus d'assurance mais c'était chose impossible. Toutefois, M. Balny, aidé de M. de ïrentinian, passa quelques heures à dresser ses volontaires et à leur indiquer les précautions indispensables pour ne point se" dès

le

;

laisser surprendre.

Le 2 décembre, dans la matinée, YEspinfjole quittait son mouillage. Après avoir, durant trois heures et demie, remonté l'arroyo du Phu Ly, elle débouchait dans le BôDè, en face de Hu'ng-Yèn et, sans s'arrêter, elle descendait le fleuve jusqu'à la naissance du Cua-Loc. Entrant dans ce canal, M. Balny parvenait au barrage ;

dont il avait ordonné la destruction lors de la soumission de Hu'ng-Yên. L'état de ce barrage était à peu près le même qu'à sa précédente visite les forts qui le défendaient venaient d'être abandonnés mais on n'avait guère travaillé à sa démolition. Néanmoins ïEspingole put le franchir sans difficulté. Deux heures après, un nouveau barrage était aperçu il paraissait bien plus important que le premier à la vérité, une passe étroite y était ménagée. L'apparence hostile du fort qui le commandait décida M. Balny à s'arrêter il descendit à terre avec quatre hommes, et alla droit au fort. La porte était fermée, les :

;

;

:

;


PRISE DE HAÏ-DZU'o'nG. artilleurs à leurs pièces

force

pour

;

se faire ouvrir.

fallut

il

A

139

presque employer la

commandant du

la fin. le

il assure que, loin dêtre en construcfort se présente est, au contraire, en démolition. « D'ailbarrage le tion, « leurs ». iijoute-t-il, « il n'y a que six jours que je suis « ici je viens de Nam-Dinh. Moi présent, rien na été ;

;

» M. Balny se contente de ces explications, et remettant à son retour le soin de les vérifier, il le quitte en lui recommandant d'achever au plus tôt la démolition de «

fait.

ce barrage

(1).

Le barrage est franchi, et bientôt YEspingole entre dans le bras que le Thài-Binh détache sur le Cua-Loc. Le lendemain, à neuf heures, on était en vue de HaïDzu'o'ng. Malheureusement à quinze cents mètres des estacades, la canonnière échoue. M. Balny parvient, il est vrai, à la dégager mais la m^'ée baisse, et la passe qu'il a suivie lors de son arrivée au Toiig-King va dev.enir ,

;

impraticable.

Faisant aussitôt chauffer la yole à vapeur,

il

envoie

M. de Trentinian, avec une escorte de quatre hommes, porter de sa part la lettre de M. Garnier au gouverneur, et s'emiuerir des dispositions de ce grand mandarin. Dans le cas où elles seraient amicales, il n'en demande, comme il a fait à Hu'ng-Yèn, d'autre preuve qu'une visite à bord de sa canonjiière. A son débarquement, M. de Trentinian est prié d'attendre le gouverneur dans la maison des étranqers. Au bout d'un quart d'heure, cependant, las d'attendre, il prend le ciiemin de la citadelle, frappe violemment à la porte, et se fait introduire auprès du gouverneur. Celui-ci le reçoit avec cette insolence polie qui est le propre des

mandarins annamites

(2).

Dès l'abord

,

il

lui

exprime

(1) Son désir ne fut pas exécuté. Cinq jours après, ce même fort et un autre, situé un peu au-dessous du barraye, accueillaient le Lào-Kaï à coups de canon. (2> Ce gouverneur n'était pas celui qui avait accueilli M. Senez et M. Oarnier. Ce mandarin avait été disgracié comme trop favoraitle h l'influence française, et la cour d'Annam l'avait remplacé par celui que M. Balny d'Avricourt dut combattre.


EXPÉDITION DE M. BALNY d'AVRICOURT

140

combien il regrette que le navire français n'ait pu approEvidemment, VEspinrjole, à la distance à laquelle elle s'était arrêtée, ne lui inspirait aucune crainte. Il avait, d'ailleurs, le sentiment de sa force. Depuis un mois, la citadelle de Haï-Dzu'o'ng avait été mise sur un pied foniiidabie de défense. C'était une enceinte hexagonale, aux angles bastionnés, d'un développement d'environ trois mille mètres. De ses quatre portes, trois avaient été bouchées avec des gabions. Une seule restait libre, celle de l'Ouest, qui donnait sur la campagne. De même qu'à Hà-Nôi, chaque porte était protégée par un redan. Murs et redans étaient garnis d'une centaine de canons ; plusieurs de ces pièces étaient en bronze et d'un modèle récent. La plupart des soldats avaient des armes à feu : ainsi, dans cette citadelle, comptait-on au moins quinze cents fusils, dont plus de deux cents étaient à piston et cher.

quelques-uns

mêmes

étaient rayés.

supposer que, disposant de tels moyens de défense, le gouverneur de Haï-Dzu'o'ng se soit cru assez fort pour braver les Français. Aussi répondit-il à M. de Trentinian qu'il acceptait les paroles de paix dont il était le messager, qu'il était même disposé à admettre le nouveau régime commercial édicté par M. Garnier ; mais qu'il lui était impossible de se rendre à bord du navire français. Le roi seul, affirmait-il, pouvait autoriser un gouverneur de province à faire une semblable visite. En vain M. de Trentinian insista sur les conséquences de son obstination, il fut éconduit. A peine M. de Trentinian était-il rentré à bord qu'un officier annamite, de grade inférieur, se présentait, porteur de cadeaux dérisoires. M. Balny refuse ces cadeaux et déclare à l'envoyé que, si à trois heures le gouverneur n'est pas venu lui rendre visite, il sera forcé de le traiter en ennemi. La passe était devenue impraticable. Toutefois M. Balny, désireux d'appuyer ses paroles par un efïet, voyant d'ailleurs les forts qui protégeaient la rade se garnir de soldats, réunit en conseil M. de Trentinian et M. Harmand Il

est facile de

:


PRISE DE IIAÏ-DZU'o'nG.

141

a

Pensez-vous », leur dit-il après leur avoir lu ses instrucpensez-vous que, sous peine de voir fortement ébranler notre autorité et notre prestige, nous devions

«

agir?

«

tions,

<t

»

— Oui répondirent-ils. — C'est aussi mon avis »,

« <r

»,

le

parti soit grave.

Sur-le-champ

le

ajouta M. Balny,

quoique

«

»

branle-bas est ordonné

;

la pièce de 14

est pointée à dix encablures sur la tour de la citadelle.

A trois heures Le mandarins qui

cinq minutes, M. Balny

tir est parfait

;

commande

la tour est touchée; les

le feu.

maisons des

l'avoisinent sont atteintes également. dixième coup, M. Balny fait cesser le feu il n'avait d'autre but que de convaincre les Annamites de la puissance de notre artillerie. Cette leçon a sans doute rendu le gouverneur plus traitable. Sans tarder le jeune commandant cherche à renouer les négociations. Il saute dans la yole et, suivi d'une escorte de dix hommes dans une embarcation à la remorque, il s'approche du premier fort de la rive, en demandant à parlementer. On lui envoie un caporal dans une barque. Il charge cet homme, à défaut d'autre messager, d'aller dire au gouverneur qu'il était encore disposé à traiter il avait simplement voulu lui montrer combien, malgré son éloignement, il lui était facile de porter la désolation dans la citadelle. En conséquence, il attendrait jusqu'à six heures l'envoi d'un parlementaire et jusqu'à huit la visite du gouverneur lui-même. A six heures et demie le chef de la congrégation chinoise se présentait de la part du gouverneur il venait demander au commandant français à quelles conditions il consentirait à ne plus tirer sur la citadelle. Mes conditions n'ont point changé », répond M. Balny « la visite du gouverneur est la seule satisfaction « que j'exige. Néanmoins, pour ménager l'amour-propre « de ce haut mandarin, je veux bien reculer le délai fixé « précédemment jusqu'à demain matin à sept heures.

Au

;

:

:

;


EXPÉDITION DE M. BALNY d'A-VRICOUIM'

142 «

Passé ce

«

Ion

«

faire respecter.

délai, je considérerai l'honneur

comme engagé

et je

de

saurai aviser aux

mon

pavil-

moyens de

le

»

Cette ouverture du gouverneur semblait faire présager une solution pacifique. Toutefois, afin de n'être pas pris au dépourvu, M. Balny disposa tout en vue d'une attaque pour le lendemain. Effectivement, la démarche du gouverneur n'avait d'autre but que de gagner du temps. Le lendemain, au jour, une jonque abordait ï'Esp/nr/olc : le gouverneur n'y était pas il n'y avait que des envoyés, le général commandant militaire de la province (1) et un autre mandarin. M. Balny refusa de les recevoir. Mais, comme il voulait tenter jusqu'au bout d'éviter l'effusion du sang, il ;

consentit encore à attendre jusqu'à huit heures la visite

du gouverneur. Si à ce moment satisfaction ne lui était donnée, il commencerait les hostilités. La passe avait été reconnue praticable, et Y Espmgole était venue mouiller à deux cent cinquante mètres par le travers des forts de la rive. Un moment après le détachement commandé par M. de Trentinian et douze hommes de l'équipage embarquaient dans deux jonques à la remorque de la yole. A huit heures et demie tout était prêt. M. Balny fait alors tirer un coup de mitraille sur le fort ; ce dernier répond à la seconde par sa bordée ; elle passe au-dessus de l'^^spinfjole. En vain la canonnière continue-t-elle de tirer pour protéger le débarquement. Les forts ne cessent leur feu, que lorsque les Français sont à une distance de cinquante mètres les coups de chassepot les font évacuer. La petite troupe française débarque, traverse le fort sans s'arrêter et, chassant devant elle les fuyards, se porte vers la citadelle. A six cents mètres du fort, au bout d'une rue, elle se trouve soudain en face de la forteresse. A ce moment elle est saluée d'un coup de canon ; la charge i)asse à cin:

(1)

Chanh-lanh-hinh.


PKISE DE HAi-DZU*0"N(i.

143

quante mètres en la couvrant de poussière. Après une seconde d'hésitation, voyant que, malgré le tir de ses hommes, les Annamites rechargent leurs pièces, M. Balny entraîne sa troupe au pas de course jusqu'à la porte du redan.

A

peine la hache peut-elle entamer cette porte. L'escalader est chose impossible, elle est hérissée de pointes de fer. Heureusement les murs ne sont pas très-élevés. On fait la

courte échelle, à travers les bambous en saillie, le haut des murailles, un passage est frayé

qui garnissent

à coups de sabre

A leur vue tous

;

bientôt les Français sont dans le redan.

les défenseurs disparaissent.

Aussitôt M. Balny porte sa troupe à l'angle du redan quelques bâtiments.

et l'abrite derrière Il

s'élance sur le pont.

Vainement

la courtine et les

bastions lâchent-ils leur bordée aucun projectile n'atteint les Français. Déjà ils sont groupés sous le porche de la ;

Quelques hommes seulement sont restés en deçà du pont pour tirer sur les artilleurs annamites. Les Français n'avaient ni échelles pour monter à l'assaut ni canon pour enfoncer la porte; pour tout engin une seule hache. D'autre part les murs étaient trop hauts pour qu'on pût songer à les escalader; d'ailleurs un treillisde bambous, incliné à soixante-quinze centimètres, débordait le parapet de deux mètres environ. Bien plus, porte.

ce treillis, en dissimulant les assiégés, rendait le tir des Français très-incertain. La porte était dure et résistait aux coups de hache. Enfin un petit panneau fut arraché mais la hache vint heurter contre des gabions pleins de terre, qui obstruaient complètement la porte. ;

La position était critique arrêtée par un obstacle inattendu, battue à cent mètres par les cinq pièces des bastions, dont les servants, se sentant à l'abri des balles de :

chassepot, cherchaient à rectifier leur tir, assaillie par une pluie de pierres et de briques qu'on jetait du haut du mirador de la porte, la petite troupe française était sur le point d'être écrasée. M. Balny songeait à battre en re-


EXPÉDITION DE M. BALNY D'aVRICOURT

144 traite.

Un

l'escalade

marin, ;

nommé

Gautherot,

demande

à tenter

ses efforts sont impuissants.

Tout d'un coup,

le

Harmand a une lumineuse comme celle des autres citadelles,

docteur

inspiration. Cette porte,

massive que dans le bas, et dans le haut elle était surmontée d'une grille en bois. M. Harmand tire sur un des barreaux le pied vole en éclats. Un second coup de fusil déchausse le barreau voisin. Sur-le-champ, M. Balny s'accroche à la brèche, se hisse jusqu'aux barreaux, les arrache, et se présente par cette ouverture, le revolver au poing. Cinq Annamites, armés de fusils, étaient sous la porte. A la vue d'un Français, ils restent frappés de stupeur. M. Balny fait feu sur l'un d'eux son revolver rate mais déjà tous ont disparu. n'était

;

;

A

ce

;

moment

la citadelle était prise.

eurent bientôt rejoint M. Balny

Deux hommes

s'avança alors à découvert. Tout le monde fuyait. Les pièces, dont le tir était si acharné quelques minutes auparavant, étaient préci:

il

pitamment abandonnées par leurs artilleurs. Par malheur le passage ouvert était difficile. M. Balny ne put de suite se lancer en avant. M. Harmand l'avait suivi. M. de Trentinian restait à l'extérieur pour balayer les remparts à coups de fusil et faire monter les hommes. Dès qu'il y en a quatre à l'intérieur, M. Balny en prend deux, M. Harmand les deux autres, et, chacun de son côté, ils font le tour des remparts. Les deux portes du Nord et du Sud étaient évacuées. Celle de l'Ouest était toute grande ouverte. M. Balny la franchit sur le dos des fuyards, ramène des prisonniers et les emploie à réparer cette porte puis il ordonne de continuer le feu sur les ;

fuyards.

Tout à coup il se trouve en face d'une trentaine d'Annamites qui n'avaient pu s'enfuir. Il était seul en ce moment et très-isolé. Sans hésiter il court à eux le revolver au poing; attérés, ces Annamites, jettent leurs armes à terre, et demandent grâce ou se sauvent dans les maisons. Peu après, il est rejoint par M. de Trentinian et M. Harmand qui, pas plus que lui, n'ont trouvé de résistance.


PRISE DE HAÏ-DZU'o'nG.

145

A. la vérité, pendant que la troupe de débarquement donnait l'assaut, les forts delà rade, ayant été réoccupés, avaient de nouveau ouvert le feu sur YEspingoIe. Quatre marins étaient alors partis dans une embarcation, avaient chassé l'ennemi et encloué les pièces. notre drapeau flottait sur la tour Il était dix heures En une heure et demie, Haï-Dzu'o'ng. de citadelle de la trente-deux Français avaient, sans le secours du canon, enlevé une forteresse admirablement préparée pour la défense et d'un armement formidable ; forteresse contre laquelle étaient venues échouer, dix années auparavant, :

toutes les forces

du prétendant Le Phung.

Un

des premiers soins de M. Balny d'Avricourt fut de la citadelle le chef de la congrégation chinoise et les autorités municipales de la ville. Au Chinois il remit la copie des arrêtés de M. Garnier sur le nouveau régime commercial; quant aux autorités municipales,

mander à

rendues responsables de tout désordre. Au reste une proclamation allait informer les habitants de Haï-Dzu'o'ng des intentions pacifiques des Français la prise de la citadelle n'avait été qu'un châtiment infligé à la mauvaise volonté et à linsolence du mandarin gouverneur; mais tout devait fonctionner comme devant sous la sauvegarde des autorités municipales. Le lendemain, une autre proclamation était adressée aux chefs de canton et les rendait garants de la paix publique, chacun dans sa circonscription. Cette mesure était indispensable; déjà la plupart des mandarins subalternes

elles furent

:

avaient abandonné leur poste et la province allait être livrée à l'anarchie.

De même que M. Garnier

à Hà-Nôi, M. Balny crut de-

demander aux missionnaires leur concours dans la réorganisation du pays. C'est du vicariat apostolique du Tong-King Oriental que dépend la province de Haï-Dzu'o'ng. Le lecteur n'ignore pas sans douteque ce vicariat, ainsi que celui du Tong-King voir

Central, est évangélisé par des dominicains espagnols: le


EXPÉDITION DE M. BALNY D'aVRICOURT

146

premier a pour évèque Mgr Colomer, le second Mgr Cezoïi. Or les missionnaires espagnols, quels que fussent les torts du gouvernement annamite à leur égard, n'étaient nullement sympathiques à l'intervention française. Si, à Ké-Mot, ils avaient bien accueilli M. Senez et plus tard M. Garnier, c'était uniquement pour se conformer aux lois

de la politesse

(1).

C'est pourquoi, les

deux évêques espagnols avaient à

peine appris la chute de Hà-Nôi, qu'ils s'étaient empressés de recommander aux chrétiens de leurs vicariats de n'accepter aucune fonction publique de la çais

main des Fran-

(2).

En même temps

ils

protestation était remis

Quoi

qu'il

en

M. Garnier pour proun exemplaire de cette

écrivaient à

tester contre ses entreprises; et

soit, le

aux autorités annamites jour

même

(3).

de la prise de Haï-

Dzu'o'ng, M. Balny avait écrit à Mgr Colomer pour le prier de venir l'aider à réorganiser la province. La yole, qui

porta cette lettre à Ké-Mot, n'y trouva point (1)

...

lo leyes

Mgr Colomer,

Si S3 tomaroii pues nuestros afectuosos obsequios, dictados por de la caridad y de buena crianza, como muestras de simpatias

hacia otros iutentos, es un error ... Mi contestacioii fué, que ios misioneros espanoles estâmes siempre dispuestos à cooperar deutro de Ios limites que nos impone nuestro sagrado ministerio â cualquiera obra de civilizacion europea cristinna ; pero que si Uegara el caso de que ronipiesen ambos partes, en tal case nuestro deber de misioneros nos obligaria ya à replegarnos, y à tratar les asuntos pertenecientes ùnicamente à la Religion. (Correo SinoAnnamita de 1874, pp. 99-100 ; p. 210. Lettres de Mgr Colomer.) (2) ... Afortunadameiite en nuestros dos Vicariatos, si ha habido alguno, sera inuy raro el (cristiano) que haya aceptado dignidad alguna, pues nosotros se lo prohibimos estrictamente. (Ibidem, p. 187. Lettre de Mgr Riaiio, coadjuteur de Mgr Cezon.) (3) ... Y todos convininios en que Ios Obispos debiamos protestar por escrito contra la usurpaoion de Ios frauceses. • Para salir, pues, en deleusa de la justicia, de la Religion ultrajada, y del nombre espaiîol vilipendiado y despreciado, el Ilmo. Sr. Colomer y yo escribimos dos protestas que remitimos â Mr. Garnier. La mia era corta, pero enérgica de ella mandé un ejemplar â Ios mandarines de esta capital, suplicândoles sacàran copias y mandàran ejeraplares à todas sus Prefecturas, à la corte y à todos Ios gobernadores de Provincia. Segun parece, no lo hicieron ; pero yo procuré se divulgara la nolitia por todas partes, escribiendo à Ios SacerJotes annamitas. [Ibidem .

:

pp. 188-189.

Même

lettre.)

.


PRISE DE HAÏ-DZU'o'NG.

147

mais seulement le supérieur de la mission, le R. P. Masso. Ce Père consentit à se rendre à bord de YEspingole; ce fut, il est vrai, pour exprimer à M. Balny combien il trouvait inopportune la prise de Haï-Dzu'o'ng.

Dans son

opinion, cet événement allait compromettre les missionnaires auprès des autorités annamites; car ils avaient

promis de s'entremettre pour empêcher la conquête de cette province par les Français (1). « Au reste », continua-t-il, « partout, au Nord, au Sud, les mandarins lèvent « des troupes; et, si vous ne recevez des renforts, vous «

serez écrasés.

»

qu'il n'acceptât point

Bien

encore des prévisions

si

graves, M. Balny résolut néanmoins de prendre ses précautions, soit en vue d'une attaque de l'ennemi, soit pour le

cas d'une évacuation.

Dès

lendemain, il faisait obstruer la porte de l'Ouest, les redans et incendier leurs casernes ces bâtiments gênaient la vue des sentinelles. Puis toutes les pièces étaient enclouées (il y en avait plus de cent, taat sur les remparts que dans l'arsenal); les poudres étaient noyées; plus de deux mille lances et quinze cents fusils devenaient la proie des flammes. On ne gardait, pour armer des miliciens, que deux cents le

encombrer

:

,

lances et soixante fusils. Ainsi, les

mandarins de Haï-Dzu'o'ng

trés en possession de leur citadelle,

fussent-ils ren-

de longtemps

ils

n'eussent été en état de contrarier l'intervention française. M. Balny ne comptait point garder cette immense forteresse;

il

craignait de gêner sa liberté d'action. Aussi

cherchait-il à renouer les négociations avec le gouverneur

annamite qu'il venait de combattre. Dans ce but, espérant que peut-être les mandarins de Haï-Dzu'o'ng se présenteraient à Hu'ng-Yên, il écrivit au gouverneur de cette ville, afin qu'il

Mais

c'était

leur

fit

connaître ses dispositions.

surtout à

Mgr Colomer

qu'il avait

eu re-

(1) Mgr Colomer avait écrit îi M. Balny d'Avricourt pour le prier de ne pas agir sans ordre exprès. Mais M. Balny ne reçut cette lettre que le 5 décembre au soir, après la prise de Haï-Dzu'o'ng.


EXPÉDITION DE M. LALNY d'aVRICOURÏ

148 cours.

Deux

fois

il

lui avait écrit, le

priant d'entamer des

négociations avec les anciens mandarins de Haï-Dzu'o'ng.

Je ne suis venu ici, » disait-il, « que pour faire la paix avec tous. J'avais ordre de m'assurer des dispositions « des mandarins concernant l'exécution du traité et de « sévir contre ceux qui mettraient mauvaise grâce à l'exé« cuter. Une fois le coup porté, je ne désire que rétablir « la paix, et pour votre bien, le nôtre et celui de tous. » En même temps il envoyait à Mgr Colomer le traité de paix qu'il proposait au gouverneur de Haï-Dzu'o'ng. D'après ce projet, il consentait à rendre la citadelle à ce mandarin et n'exigeait de lui d'autres conditions que sa soumission au nouveau régime commercial et sa visite à bord de YEspingole, visite dont le refus avait été la cause originelle des hostilités (1). En terminant sa lettre, M. Balny priait Mgr Colomer de venir le voir, afin qu'il pût s'entendre avec lui sur cette importante question. Dans la nuit du 8 décembre, Mgr Colomer abordait YEspingole; et le lendemain il avait une entrevue avec M. Balny. « Je ne comprends pas les événements qui viennent « de s'accomplir », lui dit-il dès l'abord; « je suis obligé « de me tenir sur la réserve, jusqu'à ce que j'aie reçu des « explications catégoriques sur vos intentions. Youlezvous vous emparer du Tong-King? En ce cas, je pro« «

—

«

teste contre cette conquête.

—

«

« Je n'ai », réplique M. Balny, « nulle qualité pour vous répondre à ce sujet. ]\I. Garnier seul pourra le faire. Ma mission consiste uniquement à m'assurer que les gouverneurs des provinces voisines de Hà-Nôi acceptent les faits accomplis et sont décidés, non-seulement à ne nous faire aucune opposition, mais au contraire à exécuter, jusqu'à nouvel ordre, les décisions de l'envoyé français concernant le nouveau régime com-

«

mercial.

<«

« « «

* «

(1)

Voir ce projet de

traité

aux Pièces justificatives, n" xiv.


PRISE DE HAÏ-DZU'o'nG. «

Au

reste

j)

,

continue-t-il,

«

149

la question actuelle, quoi-

«

que peut-être secondaire, est pour le moment la plus importante. Par suite de la prise de la citadelle de HaïDzu'o'ng, l'autorité a disparu, la province est dans une

«

désorganisation complète,

« c

et l'on

peut craindre les plus

«

grands désordres. Mon inexpérience du pays m'empêche de trouver les hommes capables. Je fais donc appel à vos lumières et à votre connaissance du pays et

«

des hommes.

«

«

»

Monseigneur l'assure alors des bonnes dispositions des il est, dit-il, en anciens mandarins de Haï-Dzû'o'ng communication avec eux. C'est pourquoi M. Balny le prie :

de leur proposer de reprendre les négociations interrompues par les hostilités. Lecture est faite du projet de traité dont il a envoyé la veille une copie à Monseigneur; séance tenante, on le traduit en caractères chinois et Monseigneur se charge de le faire parvenir aux mandarins.

La présence des Français semblait avoir la sympathie les chefs de canton, les maires, les des populations notables propriétaires , les commerçants chinois s'empressaient à l'envi de rendre visite au jeune commandant; tous protestaient de leur dévouement à la France et lui affirmaient que depuis longtemps on attendait dans le pays la venue des Français. D'autre part, plusieurs chefs indigènes demandaient l'autorisation d'occuper, au nom de la France, les forts abandonnés par les mandarins; ils devaient ainsi protéger le pays et contre les brigands et contre un retour offensif des mandarins. Après avoir pris des renseignements et exigé des otages, M. Balny, tout en leur refusant :

drapeau français, donna son cachet à six chefs et leur permit de réunir des hommes pour occuper ces forts; ce ne fut point sans les avertir par écrit que toute trahison, tout abus de pouvoir seraient punis de mort. On lui offrit également de lever des volontaires pour les mettre sous ses ordres ; mais il ne crut pas devoir accepter ces propositions. Néanmoins il autorisa les Chinois

le


EXPÉDITION DE M. BALNY d'AVRICOURT

150

de la cents

ville

de Haï-Dzu'o'ng à former une troupe de deux

hommes.

C'est que les commerçants chinois avaient à se plaindre des exactions d'un chef de pirates nommé A-Hung, la terreur du pays. Ce bandit avait sa légende la rumeur populaire en faisait un ancien officier de la marine française, chassé du service à cause de sa mauvaise con:

duite.

A la tête

de deux ou trois cents pirates, commandant de vingt-une jonques armées de gros canons, il dévastait le pays dans la direction de Quang-Yôn et au Nord de Haï-Dzu'o'ng. Toute circulation était interrompue sur le Thâi-Binh, les villages étaient pillés, les populations massacrées ou réduites en esclavage Même ce bandit poussa l'audace jusqu'à écrire à M. Balny pour lui demander l'autorisation de s'emparer de Quang-Yên. Il se soumettrait ensuite aux Français, «Les Français ne traitent pas avec lespiraassurait-il. « tes B, lui fit répondre M. Balny. « Quand ils les pren« nent, ils les pendent. » Au reste, les mandarins de Quang-Yên, se sentant isolés du reste de l'Annam par la prise de Haï-Dzu'o'ng, avaient fait savoir au jeune commandant que, s'il voulait les aider à réprimer la piraterie, ils étaient disposés à le bien recevoir. Les deux provinces orientales du Tong-King allaient donc être soumises au protectorat français. Ce n'est pas à dire que la prise de Haï-Dzu'o'ng n'ait été suivie de bien des désordres la province de Haï-Dzu'o'ng est une de celles où l'ancienne dynastie des Le compte le plus de partisans, et certainement la chute des mandarins de Tù Dù'c dut être l'occasion de maintes vengeances poli-

une

flotte

—

.

.

:

tiques.

Mais il serait souverainement injuste de considérer les malheurs causés par les pirates comme le résultat de l'intervention française. De tout temps les pirates chinois ont ravagé les provinces de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yôn ; et, pour défendre contre eux leurs administrés, les man-


PRISE DE HAÏ-DZU'O'XG.

151

darins ne savaient qu'élever des barrages ou leur offrir des présents (1). D'ailleurs, on a vu que plusieurs forts abandonnés par les autorités annamites avaient été occupés par nos par-

de Kinh-Môn, surde l'Est et la région montagneuse un autre, la préfecture delvien-Thuaï, le Delta du Tliài-Binh ; une troisième préfecture, celle de Ninh-Giang, défendait le canal de Cua-Loc; enfin, la sous-préfecture de CàmGiang commandait la route de Hà-Nôi. C'est devant ce fort que passaient les iram. M.Balny n'avait pas négligé de se ménager le concours de ces courriers de poste indigènes. Malheureusement, par suite de l'hostilité des mandarins de Bac-Ninh, aucune des dépêches qu'il expédiait ne pouvait dépasser le relai de HàTrung, situé sur le territoire de ces mandarins. Aussi, depuis son départ du Phu Ly, il était sans nouvelles de M. Garnier ce qui ne laissait pas que de lui causer la plus vive inquiétude. Il savait seulement, par une lettre de Mgr Colomer, que le chef de l'expédition avait quitté Hà-Nôi pour soumettre Nin-Binh et Nam-Dinh et la rumeur populaire lui avait appris la chute de ces deux citadelles du Sud. Enfin, le 14 décembre, il recevait une lettre de M. Garnier elle lui ordonnait de laisser Haï-Dzu'o'ng à la garde de M. de Trentinian et de ses dix-sept soldats, et de se rendre, avec son bateau, à Nam-Dinh par cette lettre était confirmée la nouvelle de l'occupation par les Français de cette importante forteresse et de Ninh-Binh, le boulevard du Tong-King. tisans.

L'un de ces

forts, la préfecture

veillait les arroj'os

;

:

;

:

:

(1)

Voir aux Pièces justificatives, n" XV, un extrait d'une lettre de sur la situation du Tong-Kiug et de la province de Haï-

Mgr Colomer

Dzu'o'ng en particulier, îi l'époque qui a précédé l'intervention française. cette époque, brigands et pirates exploitaient le pays « sans crainte des mandarins ni des troupes royales, incendiant les villages, tuant et pillant, emmenant en esclavage les enfants et les femmes ". (Correo

A

Sino-Annamita, année 1874, pp.

t'o

et ^S.)


PRISE DE MMI-LINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

152

CHAPITRE SIXIÈME Prise de Ninh-Binh par M. Hautefeuille.

Pendant son séjour au Phu Ly, M. Balny d'Avricourt pu recueillir d'importants renseignements sur les provinces du Sud. En etïet, le lendemain de la prise de cette préfecture, M. de Trentinian faisait avec M. Harmand une excursion du côté du Sud, à Ké-So' ce village, on l'a vu précédemment, est la principale résidence des missionnaires français dans le Ïong-King Occidental. De cette excursion, M. de Trentinian avait rapporté maints avait

;

détails intéressants sur la citadelle de Ninh-Binh,

De même que le Phu Ly, elle était située sur le Daï, ou bras occidental du grand fleuve son canon commandait la route de Hué à Hà-Nôi, à son issue des défilés du Sud. Or, comme la cour de Hué ne pouvait tardera envoyer des troupes contre les Français, il importait de leur barrer la route, et, par suite, il fallait s'assurer de la soumission de Ninh-Binh. Les mandarins de cette ville étaient fort effrayés ; probablement accueilleraient-ils les Français avec bienveil« lance Comme garantie de leur fidélité » écrivait M. Balny au chef de l'expédition, « il serait bon d'exiger « la possession de leur citadelle, ou même seulement d'un i petit fort qui la domine, situé sur un rocher escarpé; ce « fort serait entre nos mains une position redoutable, à la « condition d'y avoir un canon. » Le 30 novembre, M. de Trentinian et M. Harmand faisaient une seconde excursion à Ké-So'. Ils y apprenaient des nouvelles très-graves. Quatre cents hommes, venant du Sud, étaient arrivés à Ninh-Binh sur-le-champ ils avaient été mis sous les ordres du quan-àn (1) de Hà-Nôi, seul mandarin de la capitale qui ne fût point tombé au ;

:

,

;

(1)

Mandarin de Injustice.


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PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

153

pouvoir des Français. Puis, à quelques milles en amont de Ninh-Binh, on commençait la construction d'un barrage considérable. Ces nouvelles furent immédiatement transmises à M. Garnier. M. Hautefeuille venait de rentrer de sa petite expédition de Gia-Lâm ; M. Garnier s'empressa de l'envoyer, avec le canot à vapeur, porter de nouvelles instructions à M. Balny d'Avricourt (1). Au lieu de se rendre à Haï-Dzu'o'ng, M. Balny devait se diriger sur Ninh-Binh. Déjà M. Garnier avait écrit à Ninh-Binh pour demander la soumission de la province à des conditions analogues à celles acceptées par les mandarins de Hu'ng-Yèn. Mais, en outre, M. Balny aurait à exiger l'extradition du quan-ân de Hà-Nôi. « S'il n'est pas a amené à bord de VEspmgole deux heures après votre demande », continuait M. Garnier, o vous vous empare« rez de la citadelle. N'acceptez pas l'affirmation que le « quan-ân est parti, si les renseignements recueillis vous « indiquent le contraire. » En ce cas, la garde de la citadelle de Ninh-Binh eût été laissée à M. de Trentinian. A ce jeune officier devait être commis le soin de faire détruire les barrages, supprimer les douanes et publier les arrêtés commerciaux de M. GarCI

nier.

M. Garnier avait désigné, comme futur administrateur de la province, un riche propriétaire chrétien, ancien maître de poste (2), nommé Jushe Kon, c'est-à-dire Joseph Fils. En outre, le P. Sâu (3), prêtre annamite d'une grande intelligence, devait assister de ses conseils M. de Trentinian et lui permettre ainsi de contrôler les actes du nouveau mandarin. Le P. Sàu et Joseph Fils étaient tous deux embarqués sur

le

canot à vapeur de M. Haute-

feuille.

Quant aux mandarins de Ninh-Binh, dont on aurait pu Voir ces instructions aux Pièces j%istificatives, n" xvi. Ong-tua. (3) Sàu en annamite veut dire aix (0). Les Français appelaient c© prêtre le Père Sit. (1) (2)


154

PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

s'emparer,

ils

seraient envoyés à Hà-Nôi à bord de l'Es-

pi?i()ole.

Ninh-Binh soumis, M. Balny eût immédiatement rallié du Tong-King. A cette époque, le chef de l'armée du Nord, Hoang Ké Viên, loin de se tenir sur la défensive, ramenait ses troupes sur Hà-Nôi. Il avait fait alliance avec une partie des la capitale

rebelles chinois qu'il était chargé de combattre.

Le lecteur se souvient que la discorde avait bientôt dideux bandes confédérées de ces envahisseurs chinois. Les Pavillons-Jaunes bloquaient les Pavillons-Noirs dans Lâo-Kaï. Or, à la faveur d'une nuit obscure,» cinq ou visé les

six cents de ces bandits avaient pu, sous la conduite de

leur chef, Lieou Yu'ên Fou, percer les lignes de leurs

ennemis et ils étaient venus offrir leurs services aux mandarins annamites. Ceux-ci s'étaient empressés de les ;

enrôler.

Désireux d'assurer la tranquillité sur ses derrières,

M, Garnier résolut d'enlever So'n-Tày et Hu'ng-Hoâ le 5 ou le 6 décembre au plus tard. C'est dans ce but qu'il rappelait auprès de lui lEspingole ; s'il l'envoyait soumettre Ninh-Binh, c'était afin de prévenir un mouvement agressif du côté du Sud.

Pour

faire réussir son plan d'opérations contre l'armée

de So'n-Tày, il lui importait de connaître l'hydrographie du Sông Hât ou Daï supérieur. Ce cours d'eau eût-il été navigable, M. Garnier laissait l'armée de Hoang Ké Viên traverser et s'engager sur la route de Hà-Nôi. Puis, -tandis qu'il l'eût attaqué de front, le Scorpmi et VEspingole, croisant sur le Sông Hât, eussent coupé la retraite aux le

-

.

fuyards. Dès lors, So'n-Tày et Hu'ng-Hoà, privés de leurs défenseurs, se fussent rendus sans coup férir. C'est pourquoi M. Hautefeuille, après avoir remis à

M. Balny ses nouvelles instructions, devait, pour revenir à Hà-Nôi, remonter le Sông Hàt et en étudier le cours. A la vérité, M. Garnier avait prévu le cas où M. Balny, au reçu de ses premières instructions, serait parti pour Haï-Dzu'o'ng et n'aurait pu être rejoint par le canot à va-


PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

155

peur. Alors M. Hautefeuille fût allé lui-même détruire les

barrages

Même,

et

s'il

cette ville

reconnaître

le

cours du Daïjusqu'àNinh-Binh.

n'y avait pas de danger,

il devait se rendre en pour demander aux mandarins une réponse à

du chef de l'expédition française. « En tout cas M. Garnier, « sondez pour savoir si le Scor« piofi peut passer car je veux prendre cette ville, qui commande l'importante bouche du Daï et qui est à chea val sur la route de Hué. » Au Tong-King, dit un proverbe, Hà-Nôi est la tète, mais Ninh-Binh est le cou. Cette exploration terminée M. Hautefeuille serait rentré à Hà-Nôi en remontant le Daï jusqu'à sa sortie du la lettre

•»,

lui avait dit

;

«

,

Bô-Dè. Le canot à vapeur était armé d'une pièce de 4 ; son équipage se composait d'un quartier- maître, de six matelots et d'un chauffeur annamite cet homme, natif de Saigon, savait le français et pouvait servir d'interprète. Les muni;

tions consistaient en six obus, six boites à mitraille, et

deux cent cinquante cartouches environ. Le 2 décembre, dans la matinée, M. Hautefeuille partait de Hà-Nôi ; après douze heures de navigation, il parvenait au Phu Ly. Le matin même, M. Balny d'Avricourt avait quitté cette place, se rendant à HaïDzu'o'ng. il avait écrit à M. Garnier pour exprimer combien il regrettait que ses instructions ne l'eussent pas de préférence dirigé sur Ninh-Binh. Cette

Mais, avant de partir,

lui

ville

devenait

rages,

le

centre d'un vaste

disait-il, se

mouvement. Deux barNord de la ville. L'un

construisaient au

du lac de Khuat, situé à la du Hà-Nôi, pouvait devenir très-dangereux. Dans la tout le pays on enrôlait des soldats et des miliciens levée s'étendait même aux Sauvages des montagnes. Ces

d'eux, celui de Kinh-Ma, près frontière

;

troupes étaient destinées à reprendre Hà-Nôi, et, par la route des montagnes, elles se préparaient à rallier l'armée de So'n-Tây. Bien plus, les lettrés avaient reçu la permission de s'organiser et de fabriquer des

armes

tement après l'expulsion des Français,

ils

;

immédia-

devaient procé-


156

PRISE DE NINH-BINH PAR M. HA.UTEFEUILLE.

der aux massacres des chrétiens, accusés comme toujours d'avoir appelé les Barbares d'Occident (1). M. Hautefeuille reçut de la bouche de Le Van Ba, le commandant de la place du Phu Ly, la confirmation de ces graves nouvelles. En conséquence, il résolut d'aller, dès le lendemain, détruire le barrage de Kinh-Ma. etïet, il partait à trois heures du fait une courte visite aux missionavoir après et, naires de Ké-So', à sept heures et demie il arrivait au barrage. Il était temps. D'un bord à l'autre couraient, en formant échiquier, deux lignes de gros pieux réunis par

Le 3 décembre, en

matin

des bambous entrelacés. Contre la rive étaient rangées environ deux cents barques, chargées de pierres et prêtes à être coulées entre les pieux. Ce barrage eût été formidable; certainement il aurait causé l'inondation d'une grande partie de la contrée. M. Hautefeuille descend à terre tous les travailleurs s'enfuient. Il parvient pourtant à faire quelques prisonniers; parmi eux se trouve l'adjudant-général (pho-laiih:

commandait la corvée. Ce mandarin est bientôt non sans avoir reçu une bonne correction. En même temps, M. Hautefeuille brûle toutes les barques amarrées et abandonne le bois du barrage aux paysans accourus pour voir les Français. Au bout d'une heure il ne restait du barrage que les pieux. Le soir même de cette journée, M. Hautefeuille était de retour à la mission. Le lendemain, ayant appris que sept cents soldats de Ninh-Binh s'étaient avancés jusqu'à trois heures de marche de Ké-So', il partait en reconnaissance avec cinq mabinh), qui

relâché,

son chauffeur annamite; une forte troupe de du Phu Ly, l'avait rejoint. Il marche pendant trois heures et demie l'ennemi a disparu son énergique démonstration delà veille l'a intimidé. Il laisse donc les volontaires campés à la frontière du Ninh-Binh, et dès le soir il rentre à Ké-So'. Vers onze heures delà nuit, on vient l'avertir de l'existelots et

volontaires, venue

;

:

(1) L"édit de persécution avait été signé par le quan-àn (mandarin de la justice) de Ninh-Binh, \ l'insu du gouverneur de la province.


PRISE DE NIXH-BINH lAR M. HAUTEFEUILLE.

157

tence d'un second barrage auprès de Ninh-Binh d'autre part, il apprend que le gouverneur de cette ville, effrayé ;

de son audace, annonce des intentions, sinon bienveildu moins nullement agressives. Sur-le-champ il fait appareiller et part pour Ninh-Binh. Il ne rencontre aucun barrage et à quatre heures du matin (5 décembre) il est en vue de Ninh-Binh. Le bruit de la machine à vapeur de son canot annonce sa venue. Les murs se garnissent de lumières; il peut distinguer les pièces armées. On le hèle. Alors, prenant le système de l'intimidation, système nécessaire avec les Orientaux, il envoie un premier obus sur une batterie, puis un autre sur le fort du rocher; l'artillerie de la citadelle reste silencieuse. Il attend le jour. La brume, en se dissipant, lui montre le danger de sa lantes,

situation.

Deux

chacun sur un rocher de trente mètres le cours du fleuve; à la bifurcation du Daï et du Yân-Sàng (1) une batterie en terre, et au-dessus une forteresse bastionnée de près de deux kilomètres de tour, entourée au Nord et à l'Ouest par les deux bras du fleuve et de l'autre côté par un large fossé telle est la forts bâtis

de haut, dominant

:

citadelle de Ninh-Binh.

Déjà

les

remparts sont couverts de troupes;

les mili-

ciens descendent sur la berge et démarrent des jonques

pour venir cerner M. Hautefeuille mitraille.

En

ce

le

canot à vapeur.

fait

approcher son canot pour

moment,

il

s'échoue.

Mais

tirer

à

cet accident,

loin de l'abattre, ne fait qu'exalter son courage.

La

moitié

de ses hommes manœuvrant, l'autre tirant du chassepot, lui-même les aidant et tirant avec eux, il finit par se dégager. Il présente l'avant du canot pour prendre la batterie en enfilade. t Feu », crie-t-il; la batterie et les remparts sont nettoyés par la mitraille. A ce moment le mécanicien lui annonce que les tubes (1)

Bras du Daï connu h sou embouchure sous

le

nom

de Son^r Can.


158

PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

de la chaudière sont crevés son canot n'est plus qu'une inerte et cela à deux cents mètres d'une citadelle si bien fortifiée, en face de dix-sept cents soldats ou miliciens qui se préparent à la résistance. Mais le jeune officier (il n'avait que vingt ans) avaitsubi l'échouage; rien ne pouvait plus l'émouvoir. Il se laisse dériver jusqu'au bord, saute dans une jonque et de là à terre, avec cinq marins et son chauffeur annamite, pavillon français en tête et baïonnette au canon. Le mécanicien et un marin qu'il a laissés dans le canot, le déhalent au milieu du fleuve sur l'ancre qu'il avait eu soin de faire mouiller avant d'aller à la rive. M. Hautefeuille avait abordé en face de la batterie; elle est dégarnie. Il la traverse, passe sous les murs de la citadelle, auprès du chantier de construction. D'un côté les habitants de la ville marchande arrivent, lui offrant des présents (un bœuf et des porcs), de l'autre les miliciens sortent en foule de la citadelle, mais intimidés par les baïonnettes que croisent ses six hommes, ils se contentent d'entourer la petite troupe française, en croyant la capture facile. En même temps deux coups de feu, partis du canot, annoncent que les artilleurs annamites se sont mis à ;

machine

leurs pièces.

Arrivé près du pont du fossé, M. Hautefeuille aperçoit quatre parasols abritant un vénérable mandarin à barbe blanche; c'était le gouverneur. Incontinent il s'empare de

dans la ynaison des étrangers, située près de la porte principale de la citadelle. Le tenant du côté du rempart, le bras gauche passé autour de son cou, la main droite armée du revolver, il commence à l'interroger. Après s'être excusé d'avoir tiré sans provocation, il lui demande sa réponse à la lettre de M. Garnier. Le pauvre mandarin répond, le chauffeur annamite servant d'interprète, qu'il acquiesce aux demandes du commandant français de Hà-Nôi. Mais M. Hautefeuille lui montre son édit qu'il a trouvé sur le pho-lanh-

lui et l'entraîne


PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

159

binh (1), lors de l'affaire du barrage. Par cet édit le gouverneur convoquait les paysans corvéables pour la construction du barrage. A la vue du papier compromettant, le

mandarin

se trouble.

Je ne pourrai croire à votre acquiescement » lui dit alors M. Hautefeuille, « que si vous le consignez dans un e

écrit, scellé

«

— —

J'y consens volontiers

«

Il

officier,

me «

et

pour vous

«

de votre cachet.

«

répond

gouverneur. le jeune je veux vous accompagner dans la citadelle, »,

faut cet écrit tout de suite

le

voir faire.

le

»,

continue

»

Le mandarin refuse; il n'a, dit-il, nulle intention de manquer à sa promesse; il va revenir immédiatement avec l'écrit demandé; et il espère que rien n'empêchera l'officier

français de partir de suite pour Hà-Nùi, avertir

l'envoyé de l'amiral de ses bonnes dispositions. Evidemétait de s'échapper; et, comme M. Hautene savait pas l'annamite, il comptait sans doute lui donner un papier quelconque, qui ne le compromît en

ment son but feuille

nulle façon.

M. Hautefeuille

réitère sa

demande

et stipule

que non-

entrera dans la citadelle avec le gouverneur, mais encore que ce grand mandarin et son collègue de la

seulement

il

justice {quan-àn) l'accompagneront

pendant sa visite à on lui livrera

l'intérieur de cette forteresse, et qu'en outre le

quan-àn de Hà-Nôi.

Vous en demandez trop

», réplique le gouverneur, vous punir. » A peine a-t-il prononcé ces paroles que M. Hautefeuille le saisit au collet, ce qui lui cause une légère douleur puis, mettant sa montre sur la table et plaçant son revolver contre sa tempe, il lui déclare que, si dans un quart d'heure il n'est pas, lui, l'officier français, dans la citadelle, escorté de tous les mandarins, les troupes sur son «

«

je vais

;

passage, à genoux et les armes à terre,

Au mouvement (1)

il lui brûle la cervelle. de M. Hautefeuille, les miliciens anna-

Adjudant-général.


PRISE DE NIXH-BINII PAR M. HAUTEFEUILLE.

IGO

mites se sont rapprochés mais ses marins étaient là ils mettent en joue. Les miliciens reculent. 11 était 7 heures 30 du matin. Enfin, après bien des allées etwenues du pho-la7ih-ùmh, portant au r/umi-cm les supplications du malheureux gouverneur, tous les mandarins arrivent. Il était temps 7 heures 43. A 7 heures 44, M. Hautefeuille entrait dans la citadelle aux conditions demandées. Mais, au lieu de mener le gouverneur au palais pour :

;

:

prendre sa

Le

gues.

lettre,

il

le fait

garrotter ainsi que ses collè-

pavillon français est hissé sur la tour de la cita-

Puis les mandarins sont enfermés dans une salle du palais du gouverneur, ce dernier étant placé devant une table, avec du papier, de l'encre et un pinceau, pour écrire delle.

et signer la capitulation.

M. Hautefeuille les laisse alors sous la garde de quatre de ses marins et, prenant avec lui le cinquième et son chauffeur saïgonnais, il s'en va, accompagné du général annamite de la province (1), inspecter la place. Il fait le soldats et tour de la citadelle, monté sur les remparts miliciens étaient en rang, à genoux, les armes à terre. Il inventorie rapidement tout ce que contient la citadelle. Son inspection terminée, il revient au palais du gouverneur. Malheureusement ses marins avaient laissé échapper le mandarin de la justice et le pauvre gouverneur, effrayé de cette fuite, qui lui ôtait l'espoir de faire partager à son collègue la responsabilité de sa conduite, n'osait plus apposer son cachet sur l'acte de capitulation qu'il venait d'écrire. En conséquence, M. Hautefeuille lui déclare qu'il est prisonnier aussitôt il est de nouveau garrotté et, avec les autres mandarins, il est conduit au fort du rocher la garde de ce poste est confiée à trois marins. Les soldats et les miliciens, voyant leurs chefs ainsi traités, s'enfuient en toute hâte. Quelques coups de chas:

;

;

;

sepot, tirés à propos, font bien vite

(1)

Chanh-lanh-binh.

comprendre

les inten-


PRISE DE KINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE. tions

du jeune vainqueur

:

il

161

veut qu'on fuie en jetant ses

armes.

du Tong-King, du

côté du Sud, était en en avaient mis en fuite dixce coup d'éclat était l'œuvre d'un jeune

Ainsi, la clef

notre pouvoir sept cents

;

et

:

huit

hommes

homme

de vingt ans. Dans cette place armes, munitions et vivres se trouvaient en abondance vingt-six canons en bronze, vingt en fonte, quelques pierriers, un grand nombre de lances, des fusils à pierre et à nièche, des pistolets, des sabres, des drapeaux, des parasols, des palanquins, des insignes de toute espèce ; quatre poudrières largement approvi:

sionnées en poudres, en boulets, en apparaux pour ter les pièces

;

dans

enfin

mon-

magasins près de quatre-

les

vingt mille ligatures, quatre-vingts piastres fortes, zinc et de l'étain en barres, des vases en bronze,

du

une quin-

zaine de cloches, sept défenses d'éléphant, plus de soixante mille hectolitres de riz et

du

sel

en quantité..., sans

compter les bœufs, les porcs et les volailles qui rôdaient dans l'enceinte. Mais la citadelle ne renfermait pas seulement les deux forts des rochers.

Au

s'élevait le palais

du

milieu d'une vaste enceinte dallée un escalier de marbre y donnait

roi

:

accès. Puis tout autour se groupaient les habitations des différents

mandarins

et le

bâtiment du trésor

;

un peu

plus loin se trouvaient les magasins, les poudrières et la prison. Les employés subalternes avaient aussi leur demeure dans la citadelle. Quant aux soldats, ils couchaient

dans des casernes bâties en dehors, au delà des

M. Hautefeuille prend immédiatement

fossés.

les dispositions

nécessaires pour conserver sa conquête. Le canot à va-

peur, désormais inutile, est conduit au chantier de construction et désarmé.

Le canon de

4, les

munitions

et les

vivres sont placés dans le fort du rocher qui surplombe la rive en cas d'attaque les Français peuvent y soutenir :

un siège jusqu'à

Dans

du Scoi-pion. une cinquantaine d'anciens soldats

l'arrivée

la journée


IQ'2

PUISE DE MMI-BI.MI PAlt M. H.VUTEl'EUILLE.

annamites, tous païens, viennent d'eux-mômes s'enrôle au service du jeune vainqueur. A la vérité, le jour mènif. sur une fausse alerte une partie de ces volontaires déserta le bruit s'était répandu qu'une armée ennemie approchait venant du Thanh-Hoâ. A quatre lieues de Ninh-Binh, au village de Phûc-Nhac, se trouve un collège de la mission du Tong-King Occidental. Dès le matin du 5 décembre, M. Hautefeuille avait il lui demandait écrit au supérieur de cette résidence quelques chrétiens pour faire les corvées et l'aider à garder la citadelle contre les gens mal intentionnés. Il le priait, en outre, de venir lui-même, afin de lui servir d'intev prête et de l'éclairer de ses conseils et de son expérience. Le soir même, le P. Gélot était à Ninh-Binh avec son confrère le P. Pinabel; ils amenaient une trentaine de chrétiens, munis d'armes qu'ils avaient enlevées aux fuyards ces volontaires devaient être suivis, dès le lendemain, d'une seconde troupe bien plus nombreuse. depuis vingt-quatre heures, M. Hau11 était six heures tefeuille et ses hommes étaient sur pied et n'avaient encore rien mangé. Il était temps qu'ils prissent quelque nourriture et un peu de repos. Trois heures après, à neuf heures du soir, M. Hautefeuille faisait une ronde ; tout d'un coup il est arrêté par une explosion. Dans une maison située sous une anfractuosité du rocher du fort de la rive, des poudres avaient été amassées. Deux Annamites y mirent le feu, comptant faire sauter la petite troupe française. Mais seuls ils furent victimes de leur attentat l'un fut tué par l'explosion l'autre fut fusillé le lendemain, en même temps que deux malfaiteurs pris dans la ville les armes à la main et en flagrant délit de pillage. i-

,

:

:

:

;

:

M. Hautefeuille eut toujours une

;

justice

sommaire

et

rapide. Aussi, sous son administration, la province de

Ninh-Binh

jouit-elle d'une tranquillité relative.

Deux jours après

la prise de la citadelle, il lançait une énergique proclamation « Habitants de la province de Ninh-Binh », disait-il, :


PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE. « «

fl

« « «

«

« «

«

« (

'^

«

« «

163

Français sont venus dans ce pays en amis, pourprodu commerce avec vous, vous défendre contre vos ennemis et réprimer le brigandage et le vol. J'espère que vous entrerez dans ces idées, comme les autres provinces l'ont fait avant vous. Si, au contraire, j'apprenais que vous cachez chez vous des lettrés ennemis, des soldats armés pour nous nuire, à nous ou à nos amis, je n'hésiterais pas à brûler la ville ou le village qui, dans ce cas, ne serait plus qu'un repaire de brigands. « Au contraire, rangez-vous sous mon autorité, je vous protégerai ; si des voleurs ou des brigands viennent chez vous, amenez-moi les coupables, justice vous sera toujours rendue impartialement, avec cette seule rétribution la reconnaissance envers les Français, vos amis. « Ne quittez pas la ville, ne craignez rien, reprenez vos travaux et votre commerce. Ne craignez pas les menaces des anciens mandarins, aveuglés par la haine nous sommes là pour vous défendre. » Cette proclamation venait à peine d'être affichée que les

téger le peuple, faire

:

;

déjà M. Hautefeuille sortait pour visiter la ville, escorté seulement de deux marins et de quelques Annamites.

Quatre porteurs de parasols l'accompagnaient il avait le peuple annamite tenait à l'éti:

remarqué à Hà-Nôi que quette.

Sa première

visite fut pour le chef de canton de la ville; trouva point ce chef s'était enfui. 11 en était de même en bien d'autres endroits. Dans la province de Ninh-Binh, les chefs de canton ont, en général, été hostiles à la domination française fonctionnaires du rang immédiatement inférieur à celui de mandarin, ils avaient la promesse de recevoir ce grade, si les Français étaient il

ne

le

:

:

chassés.

Pendant cette journée du G décembre, M. Hautefeuille s'appliqua surtout à étudier la province dont le gouverne-

ment

allait lui

incomber.

La province de Ninh-Binh a pour

limite

au Sud

celle

de


164

PUISE DE NINH-BIXH PAR M. HAUTEFEUILLE.

Thanh-Hoâ; elle en est séparée par une chaîne de hautes montagnes. Deux passages seulement y donnent accès le premier, nommé Tam-Diep, véritables Thermopyles qu'une poignée d'hommes peut défendre contre toute une ;

armée. C'est celui que prennent les tram; le second défilé est plus large, il livre passage au Vân-Sàng ou Sông Can, branche du Daï qui sort de ce fleuve à Ninh-Binh même et sur les rives de laquelle s'élèvent, à gauche, la ville de Ninh-Binh et, à droite, celle du Phu Yèn-Khânh. Au Nord-Est, au delà du Daï, commence la province de Nam-Dinh; plus haut celle deHà-Nôi; auNordet à l'Ouest celles de So'n-Tày et de Hu'ng-Hoâ. Une rivière, la Dào Giang, partage la province de NinhBinh en deux régions bien distinctes, régions qui, d'ailleurs, répondent aux deux divisions administratives. D'un côté, le Sud-Est forme le département d'Yên-Khânh. C'est un pays bas, vaste plaine d'alluvion, couverte de rizières. Sa population est de race annamite comme dans le reste du Tong-King. Le Nord-Ouest forme le département de Nho-Quan là, ;

au contraire,

le

pays devient brusquement montagneux,

volcanique, le sol est couvert de forêts. On y trouve d'abondantes carrières d'un marbre grisâtre, des grottes curieuses, semblables à celles de ïourane et de Tru-Thuc en Thanh-Hoâ, et même des mines de charbon

le terrain est

et

de métaux.

La Dào Giang

est

une

rivière profonde et encaissée

;

plusieurs particularités étranges ici, dans la rivière elle-même, à quelque distance du bord, jaillit une source thermale ferrugineuse ; là, dans l'arrondissement

elle offre

:

d'Yên-Hoa, elle forme deux replis sur elle-même c'est un des endroits les plus poissonneux de la rivière. Au reste, la province de Ninh-Binh possède un certain nombre de communes nautiques, situées, pour la plupart, sur la Dào Giang ; demeurant sans cesse sur leurs bateaux, ces populations ne possèdent pas un pouce de terrain et vivent uniquement des produits de la pêche. Dans le Nho-Quan, les cultures ne sont pas les mêmes :


PRISE DE NINH-BINH PAR M. HAUTEFEUILLE.

que dans

le

165

département d'Yên-Khânh on y voit peu de à l'exploitation des forêts et surtout à l'élève :

rivières. C'est

bétail que s'adonnent les habitants de ce territoire ; ils appartiennent en majorité à la race mii'o'ng. Muo'iKj, c'est-à-dire sauvages, tel est le nom que les Annamites du Nord donnent aux habitants des montagnes. C'est l'ancienne race aborigène, d'où sort la race annamite ; mais elle n'a pas été, comme celle-ci, modifiée par l'infusion du sang chinois et par la civilisation du

du

Céleste Empire.

L'idiome des Mu'o'ng est un patois similaire de la langue annamite; à la vérité, ils le prononcent d'une manière si étrange, qu'il est absolument inintelligible pour les Annamites. Les Mu'o'ng se distinguent encore des Annamites par un teint plus blanc, une taille plus haute, un caractère plus simple et plus franc. Grands chasseurs, ils méprisent les cultivateurs de la plaine c'est le mépris du highlander ]}0\\r le loiclander d'Ecosse. Divisés en tribus, :

ils

ont leurs princes, leur aristocratie, ce qui n'existe nulle

part chez les Annamites. Mais, dans le Nho-Quan, les privilèges de cette aristocratie ne sont pas effectifs les Mu'o'ng y sont soumis :

administrative de l'Annam leurs princes n'ont plus qu'un vain titre et sont, comme les

à

la centralisation

autres, subordonnés

;

aux fonctionnaires annamites.

même soumis, jouissent d'une importante prérogative, que n'ont point les Annamites de race ils peuvent posséder et porter des fusils. Ils les fabriquent eux-mêmes et les enrichissent d'incrustations d'argent ; ces fusils n'ont point de crosse et s'appuient sur la joue. Aussi, plus d'une fois le recul du fusil blesse-t-il au visage le tireur mu'o'ng. Parmi les autres armes en usage chez ce peuple, on remarque des arcs en corne de buffle et des arbalètes très-puissantes. ,

Toutefois les Mu'o'ng,

:

M. Hautefeuille procédait à la réorganisation de Dans la soirée du 7 décembre, arrivaient

province.

la le


PRISE DE NINH-BINH PAU M. HA.UÏEFEUILLE.

166

P. Sâu et Joseph Fils, le nouveau gouverneur de NinhBinh. On se rappelle qu'ils avaient tous deux accompagné M. Hautefeuille jusqu'à Ké-So'. Ils amenaient avec eux une centaine d'hommes, Mu'o'ng pour la plupart et armés de fusils à mèche. Au reste de nombreux volontaires demandaient à deux jours s'étaient à peine écoulés, et déjà s'enrôler M. Hautefeuille en avait un si grand nombre qu'il pouvait congédier les chrétiens de Phùc-Nhac. Les troupes auxibientôt elles liaires étaient immédiatement organisées iront occuper les défilés, ainsi que les chefs-lieux de département et d'arrondissement. ,

:

:

En même temps les tnim

(courriers indigènes) reçoivent

l'ordre d'apporter toutes les lettres

au commandant fran-

plusieurs dépêches importantes sont arrêtées ; M. Hautefeuille les remettra à M. Garnier. Enlln, les anciens commis aux écritures de la citadelle viennent demander à reprendre leurs places. M. Hauteçais

:

avec joie, il leur fait préparer les nocar les anciens minations des nouvep-ux mandarins mandarins qui, le 10 décembre, n'auront pas repris leur poste et fait leur soumission, doivent être considérés

feuille les accueille

:

comme

démissionnaires.

décembre la province était presque entièrement Les maisons, jusque-là fermées, se rouvraient la foule, comme avant la conquête, circulait dans les rues, encombrait les marchés. Pour juger par lui-même de la situation, M. Hautefeuille, suivi seulement de son Annamite saïgonnais, va se promener dans la ville de Ninh-Binh et dans celle d'Yên-Khânh. La population accourt sur son passage, les femmes ne sont pas les moins curieuses. Il distribue des sapèques aux enfants, et revient tout joyeux à la citadelle, au milieu des ovations populaires. Or, ce môme jour, à quatre heures, le canon du fort du rocher saluait l'arrivée du Scorpion; la canonnière portait le guidon de M. Garnier.

Dès

le

9

réorganisée. ;


CITAOEUt d

n

VtLL£ Ot NAM-OINU

après un plan annamite

(Extrait du

Tour da Monde.]

LÉGENDE 1

Temple de

l'esprit

du

roi

(demeure de M. Harmand).

2 Maison du gouverneur. 3 Maison du général (clianli-lanli-binli). 4 Maison du mandarin des finances. 5 Trésor. G Magasins de riz et de sel. 7 Maison du mandarin de 8 Prison.

9 Ecurie d'éléjiliant.

10 Tour.

la

justice.


PRISE DE XAM-DIXH PAR M. FRANCIS GARXIER.

167

CHAPITRE SEPTIÈME Prise de

Nam-Dinh par M, Francis Garnier.

Les nouvelles que,

la veille

de son départ pour Haï-

Dzu'o'ng, M. Balny d'Avricourt avait transmises à M. Garnier n'avaient pas laissé de lui causer une certaine in-

quiétude

:

il

ne pouvait s'engager dans une expédition

contre So'n-Tày et Hu'ng-Hoâ sans avoir obtenu la soumission des provinces du Sud et détruit dans son germe la résistance qui s'y organisait. Supposant avec raison que M. Hautefeuille n'avait pu rejoindre YEspùigole, il était parti

lui-même.

le Scorpiu}i, remorquant une jonque chargée de munitions et de combustible, quittait le mouillage de Hà-Xùi. Outre son équipage, s'élevant à quarante iiommes, cette canonnière avait encore embarqué le reste de l'infanterie de marine et cinquante-six matelots, appartenant au Décrus et au fleurus. M. Esmez et M. Bouxin, officiers du Scorpion, M. le docteur Chédan et M. Bouillet, l'ingénieur hydrographe faisaient également partie de

Le 4 décembre,

,

cette expédition.

Après bien des échouages dans le Bô-Dè, le Scoipion Phu Ly dans la soirée du 7 dé-

arrivait enfin devant le

cembre. Le lendemain, de mauvaises nouvelles arrivaient à bord. En partant, M. Garnier avait remis le commandement de la citadelle de Hà-Nùi à M. Bain de la Coquerie. Pour garder cette immense forteresse et tenir la campagne, M. Bain n'avait que trente-quatre marins encore avaient;

ils

été choisis

Or,

parmi

les

moins valides.

de So'n-Tày, alliées aux PavillonsSông liât et campaient Hoài ; Hà-Nùi pouvait être attaqué avant le

les troupes

Noirs, venaient de traverser le

près du

Phu


PRISE DE NAM-DINH PAR M. FRANCIS GARNIEU.

168

retour du Sco?'pwn. M. Bain s'était empressé de faire savoir à M. Garnier ce mouvement ofïensif de l'ennemi. Au reçu de sa lettre, le commandant fit débarquer le

détachement d'infanterie de marine et lui ordonna de gagner au plus tôt Hà-Nùi par la voie de terre (1). Puis le Scorpion appareillait pour Xinh-Binh. Il y arrivait, comme on l'a vu plus haut, le 9 décembre, dans l'après-midi.

a reconnu la canonnière française, M. Hauterend à bord. M. Garnier le félicite chaudement de son étonnant coup de main et le maintient à la tête de la province. Toutefois, il lui enlève sa pièce de 4 et remplace les sept hommes qui l'ont aidé dans sa conquête par dix autres marins, les plus indisciplinés de l'expédition (2). Le lendemain, M. Garnier partait pour Nam-Dinh. A peine le Scorpion a-t-il disparu, que M. Hautefeuille apprend par ses espions (c'était pour la plupart des lépreux et des lépreuses) que les forts du PhuNghià-Hu'ng vont attaquer ce navire à son passage. Un marin s'oftre pour aller à cheval avertir M. Garnier du danger qui le menace mais il ne peut dépasser le village de Yinh-Tri (sur Daï) de loin il aperçoit ce village en flammes. Profitant de l'absence des hommes, des brigands, commandés par les lettrés, avaient envahi cette chrétienté déjà ils avaient lié les femmes et les enfants dans l'église et dans les maisons ; déjà ils s'apprêtaient à les y brûler

Dès

qu'il

feuille se

;

:

;

du Scorpioîi avait délivré ces avait envoyé à terre une quinGarnier M. malheureux. ordres sous les de M. Bouxin. Les letmatelots, zaine de trés avaient été mis en fuite. Cependant les Français ne tout vifs, lorsque l'arrivée

s'étaient

pas éloignés qu'ils revenaient à la charge

taient le feu à

une partie du

et

met-

village.

Phu Ly le 8 décembre à midi, ce détachement parvint à à neuf heures et demie il avait parcouru près de quati'ejusqu'au Phu Thu'o'ng le vingts kilomètres. La route était détestable pays était presque complètement inondé mais entre ce fort et Hà-Nôi, (1)

Parti du

Hà-Nôi

le 10,

;

:

;

un peu plus sec. Cependant la conduite de ces hommes, pendant l'insurrection province de Ninh-Binh, fut des plus courageuses.

îe terrain devenait (2)

la

de-


PRISE DE NAM-DINH PAR M. FRANXIS GARNIER.

Après avoir donné

la chasse à ces bandits,

169

M. Garnier

continuait sa route vers Nam-Dinli, sans aucune inquiétude. Le chef du village de Vinh-Tri l'avait pourtant averti des préparatifs hostiles des ville. a

«

Des

forces

nombreuses

»^

attendent à l'entrée de l'arroyo. ft

11

mandarins de

avait-il ajouté,

*

cette

vous

»

— Ils n'oseront

», répondit M. Garnier. avait observé que les Annamites ne prennent presque

jamais l'offensive. Aussi espérait-il être accueilli d'une manière pacifique. N'avait-il pas, d'ailleurs, reçu, le matin même, une lettre du ministre des affaires étrangères de Hué, d'après laquelle la cour d'Annam semblait vouloir entrer en négociations ? Lorsque le Scorpion ne fut plus qu'à deux kilomètres de l'arroyo de Nam-Dinh, on put apercevoir les forts qui dépendent du Phu Nghià-Hu'ng (1). Le prêtre annamite, (iui servait d'interprète, s'approcha alors du commandant « Le pavillon qui flotte au-dessus de ces forts », lui dit-il, « indique que, loin de se soumettre, ils vont essayer de « vous barrer le passage. » Ces forts, au nombre de trois, étaient en terre, à feux rasants, bien masqués par des bouquets de bois. Placés chacun sur l'une des trois pointes du confluent du Daï et de l'arroyo de Nam-Dinh, ils commandaient et l'accès de cette ville et celui de la mer. M. Garnier fait charger une pièce de 4, et dès que le Sco?'pion est à huit cents mètres du fort principal, il commande le feu. Les forts ripostent immédiatement; mais leurs boulets n'atteignent pas la canonnière. en ce moment la troupe faisait Il était quatre heures le repas du soir. Aussitôt le branle-bas est sonné: chacun se place à son poste de combat. Les forts continuent leur feu sans relâche jamais le tir des Annamites n'a été aussi assuré. Les boulets pieuvent autour du Scorpion, plusieurs même l'atteignent; le plat-bord est endommagé, la mâture avariée, plusieurs :

:

:

(1) Ces forts sont à une distance de plusieurs kilomètres du Nghiâ-Ilu'ng; leurs noms sont Dôi-Bô, PLù-Sa et Pbùng-Hi.

Phu


170

PRISE DE NAM-DINU

l'Ail

M. FltANCIS GAKNIEK.

manœuvres

coupées, deux fusils tordus entre les mains de ceux qui les tenaient; sans le masque blindé de la canonnière, le pont eût été balayé. Le feu des chassepots lui-même est presque impuissant les et ne peut réduire au silence les canons ennemis arbres dérobent aux yeux de nos tireurs les artilleurs :

annamites. Debout sur le banc du quart, malgré les boulets qui sifflent autour de lui, M. Garnier dirige les opérations sa pâleur est extrême c'est la première fois qu'il éprouve semblable résistance. Enfin, après une heure et quart de combat d'artillerie, le feu des forts se ralentit. Déjà une partie de leurs défeu. seurs s'enfuit dans des embarcations. A cinq heures et demie, une compagnie de débarquement descend à terre; M. Bouxin est à sa tête; le fort :

;

principal est enlevé, livré

aux flammes, ses pièces sont

enclouées.

On désarme également heures

et

demie tout

les

deux autres

forts.

A

six

est terminé.

Nous avions cinq blessés, parmi lesquels M. Esmez un matelot l'avait atteint en déchargeant son arme. L'arroyo de Nam-Dinh était barré par une ligne de radeaux en bambous reliant les deux bords. M. Garnier fait :

couper les amarres qui retiennent cette espèce de barrage à l'une des rives, et le courant, en l'appliquant contre l'autre rive, dégage le cours de l'arroyo. Le lendemain matin de bonne heure le Scorpion poursuivait sa route; peu après on apercevait sur la gauche une préfecture non fortifiée ; c'était le Pliu Nghià-Hu'ng. Il suffisait de quelques coups de fusils, tirés du haut des hunes, pour mettre en fuite les soldats qui le gar,

daient.

M. Garnier avait tout disposé pour une attaque contre Nam-Dinh les troupes de débarquement avaient pris place dans des jonques à la remorque de la

la citadelle de

:

canonnière; l'équipage était à ses postes de combat. Le long des bords de l'arroyo on voyait se presser les


PRISE DE NAM-DINH PAR M. FRANCIS GARNIER.

171

populations des villages riverains elles acclamaient les Français, elles saluaient leur drapeau. :

Vers neuf heures, le Scorpioîi était en vue de Nam-Dinh. Tout à coup, au détour d'un coude de la rivière, une battrois boulets en terie annamite lui envoie sa bordée marbre viennent frapper le masque blindé de l'avant et s'y brisent en morceaux. En même temps la citadelle (1) elle-même ouvre le feu contre le Scorpioii; ses boulets tombent au delà du navire. :

Un

dommage il atteint le mât de paratonnerre. Toutefois le feu des gabiers, perchés dans les hunes, a promptement réduit au silence la batterie annamite. M. Bouxin débarque avec une vingtaine de marins chasse ses défenseurs et encloue ses canons. Le Scorpion avance encore pendant dix minutes. A l'entrée de la ville, M. Bouxin débarque de nouveau avec quinze hommes et une pièce de 4. Il doit tenter d'enlever la porte du Sud ce ne doit être cependant qu'une fausse attaque, destinée à attirer sur ce point l'attention de seul lui cause quelque

misaine

et

enlève

,

le

,

;

l'ennemi.

A peine a-t-il fait quelques pas, qu'il se trouve en face des remparts de la citadelle, au milieu d'un espace complètement découvert; pour arriver jusqu'à la porte du Sud, il devra parcourir sous le feu de l'ennemi un chemin de huit cents mètres. Or, comme les Annamites s'attendaient à être attaqués de ce côté, ils y avaient accumulé de grands moyens de défense. Malgré la mitraille et les boulets, M. Bouxin se lance en avant. Mais il se voit contraint de battre en retraite ; sinon sa petite troupe va être compromise un de ses hommes vient d'être blessé et ses munitions commencent à s'épuiser. Pendant ce temps, le Scorpion avait continué à remonter :

(1) Avant toute attaque des Français, dès que le Scorpion avait été eu vue, la citadelle s'était mise à. honibardei* l'église chrétienne de Nani-Diuh, située dans l'un des faubourgs de la ville; sept boulets sur neuf avaient porté un catéchiste avait été blessé. ;


172

PRISE DE NAM-DINII PAR M. FRANCIS GARNIER.

l'aiToyo.

Sa pièce de

nommée

les

16, \q porte-désolation (ainsi l'avaient

marins) ne cessait de tirer sur la citadelle; ses obus y produisaient les plus grands ravages. De leur côté, les Annamites répondaient de toutes leurs bouches à feu; heureusement leurs boulets passaient par-dessus

la canonnière.

mettre à terre une seconde colonne M. Bouillet, en a le commandement. Elle doit reconnaître la ville marchande et, après en avoir chassé toute bande ennemie, rallier l'attaque principale, que conduira M. Garnier. Grâce à ce mouvement, les Annamites ne pourront prendre à revers la petite troupe de M. Bouxin. Au moment propice, la jonque qui portait la colonne de M. Bouillet largue l'amarre et se dirige vers la rive. Par malheur sa vitesse n'était pas assez grande elle s'arrête à quelques mètres du bord. Alors on voit les indigènes qui, malgré la canonnade, stationnaient en foule sur la rive, s'empresser de venir en aide aux Français. L'amarre leur est lancée, et ils attirent la jonque à terre. Un peu plus loin, à l'entrée de la rue qui mène à la porte de l'Est, M. Garnier débarque lui-même avec la réserve, soit quinze marins. En ce moment il est rejoint par M. Bouillet les deux colonnes se portent ensemble contre le redan de l'Est. En quelques instants le redan est enlevé par les Fran-

M. Garnier

d'attaque

:

fait

l'ingénieur hydrographe,

:

:

çais. il allait la M. Garnier avait avec lui une pièce de 4 braquer contre la porte de la citadelle, lorsqu'il s'aperçoit que cette porte est, jusqu'à la voûte du porche, obstruée avec delà terre. La pièce est alors pointée contre :

faire

le bastion de droite, où le feu de l'ennemi est le plus vif; mais, au troisième coup, la crosse du canon casse entre l'essieu et la vis de pointage. La position des Français va devenir critique soudain une idée lumineuse traverse l'esprit de M. Garnier. Le pont, qui relie le redan à la porte de la citadelle, était couvert de chevaux-de-frise, longs soliveaux hérissés :


PRISE DE NAM-DINH PAR M. FRANCIS GARNIER.

173

de piquants en bois de fer. Sur l'ordre de M. Garnier un des clievaux-de-frise est maté contre le rempart; il atteint presque le parapet. Déjà sur cette échelle improvisée M. Garnier va s'élancer à l'assaut, lorsqu'il est prévenu par un matelot, nommé Robert, compagnon d'armes de M. Hautefeuille à la prise de Ninh-Binh. « Pour cette fois seulement je te « cède ». lui dit M. Garnier, et il ne monte à l'assaut que le deuxième. Bientôt toute sa troupe l'a suivi. A la vue des Français, les Annamites sont saisis de panique un quart d'heure encore et tous ont disparu par la porte du Sud. C'était celle que M.Bouxin avait vainement tenté d'enlever seule elle n'était pas condamnée; mais on l'avait fortifiée avec un art très-ingénieux. A une heure le pavillon français flottait sur la tour de ;

;

Nam-Dinh. Notre nouvelle conquête était une forteresse d'une importance presque égale à celle de la citadelle de enceinte quadrangulaire d'environ sept cents Hà-Nôi mètres de côté, elle était protégée par des batteries établies sur le bord de l'arroyo même ses murs étaient-ils mieux entretenus que ceux de la citadelle de Hà-Nôi. :

;

Dès qu'il est assuré de la victoire, M. Garnier fait plaun poste de quatre hommes sur le mirador de chacune des quatre portes et, sans plus tarder, il se met à inventorier sommairement le trésor, les magasins et l'arsenal.

cer

;

Dans

le trésor,

près de cent soixante-dix mille sapè-

ques, de l'argent en barres et en onces, des caisses de co-

tonnades gasins,

et

du

de

soie,

riz et

du

des dents d'éléphants ; dans les maen quantité dans l'arsenal et sur

sel

;

canons de toute forme et de tout âge, des fusils à pierre et à mèche, de la poudre, du salpêtre. L'argent seul sera enlevé il doit être envoyé à Hà-Nôi. Dans la soirée, M. Bouxin est commis à la garde de la citadelle il y passe la nuit du 11 au 12 décembre avec vingt-cinq marins et quelques volontaires qui, dès le soir,

les remparts, des

—

;

:

s'étaient offerts à

M. Garnier.


PRISE DE MAM-DINII PAR M. FRANCIS GARNIEFÎ.

174

Le lendemain, le commandant venait lui-même s'insdans la forteresse avec quarante-cinq hommes; il

taller

terminait l'inventaire et cherchait à réorganiser l'administration de la province. Dans ce but, il se renseignait auprès du prêtre annamite préposé à la chrétienté de

Nam-Dinh.

De même

qu'à Hà-Nôi,

il

sentait le besoin d'expliquer

aux populations de la province les causes qui amené à s'emparer de la citadelle de Nam-Dinh

l'avaient et

à chas-

ser leurs mandarins. L'origine de tout le mal, disait-il

du maréchal Nguyên Tri Après avoir rétabli la tranquillité dans laprovince de Hà-Xôi », continuait-il, « j'avais l'intention de me rendre ici à Nam-Dinh pour voir les mandarins de la province et m'entendre avec eux au sujet de la liberté du commerce et de l'extermination des pirates et des

d'abord, avait été l'hostilité

Phu'o'ng. « «

« « ('

('

«

bandits de toute sorte alors les populations auraient la paix. Mais, lorsque nous sommes passés ;

pu jouir de

devant les forts de Phù-Sa, de Thuy et de ThanThu'o'ng (1), les soldats de ces forts ont, je ne sais pour « quel motif, tenté de nous arrêter, ce qui nous a forcés à. « nous battre. Le désastre qui a suivi retombe donc tout « entier sur les mandarins de Nam-Dinh, qui ont été cause « que nous nous sommes emparés de la citadelle. Nous « vous l'expliquons pour vous tranquilliser. » M. Garnier annonce ensuite par quelles mesures il va pourvoir à l'administration de la province et au maintien de la paix publique. « Nous ordonnons à tous les notables annamites et V commerçants chinois, qui sont dans la ville, d'avoir à se c rendre à la citadelle aujourd'hui à midi, pour recevoir « nos ordres nous leur assurons qu'ils n'ont rien à « craindre. Nous donnons trois jours à tous les préfets et « sous-préfets de la province pour faire leur soumission « ou pour donner leur démission par la livraison de leur « sceau, sinon nous les considérerons comme ennemis et « ('

:

(1)

Appelés aussi De-Co, Dôi-Bô et Phùng-Ili.


RETOUR OFFENSIF DES

AXNA^^IITES

175

«

comme tels. Les chefs et sous-chefs de canton et les maires continueront à administrer en paix jusqu'à ce que nous leur ayons distribué de nouveaux cachets ; mais, si quelqu'un d'entre eux se permet de vexer le peuple comme autrefois, nous le jugerons en conseil de guerre. « Que chacun reste tranquille chez soi ; s'il y a des rassemblements, si des malfaiteurs troublent la paix publique, soit sur terre, soit sur eau, nous les ferons saisir

«

et fusiller sur-le-champ.

«

« « «

«

«

«

les traiterons

«

« f

«

«

Nous donnons

aux bandes armées pour veceux qui ne l'auront pas fait passeront en conseil de guerre. Que chacun attache la plus grande importance à nos ordres et observe nos prescriptions ; car nous punirons les coupables d'une manière exemplaire, et personne ne pourra se plaindre de n'avoir pas été averti. «

«

nir livrer leurs

<

trois jours

armes

;

Telle est notre j)roclamation.

»

CHAPITRE HUITIEME Retour

offensif des

Annamites dans la province

de Hà-Nôi.

Le surlendemain de

la prise

de Hà-Nôi, M. Garnier

avait envoyé ses principaux prisonniers (1) à bord Decrès; ce navire était en partance pour Saigon.

En même temps,

il

adressait à l'amiral

Ces prisonniers étaient au (tam-tri) Phan Dinh Binh,

nombre de

du

Dupré un rap-

six c'étaient l'envoyé de général eu chef (dè-dôc) Dang Sieu, le mandarin des linauces (quan-hô) Vo Du'o'ng, le général (chunhlanh-biyih) Nguyên Dang Nghiem et les deux tils de Phan Tanh Giang. Quelques jours plus tard, le 22 ou le 23 novembre, le tông-dôc ou gouverneur de la province de Hà-Noi était arrêté par nos partisans indigènes M. Garnier l'envoyait à Saïgou par le Ldo-Kaï, navire de M. Dupuis. (1)

Hué

;

le

:


RETOUR OFFENSIF DES ANNAMITES

176

port sur son heureux coup de main. Il le terminait par une demande de renfort_, renfort nécessaire pour assurer

succès de son entreprise et parer à toute éventualité. Or, depuis qu'il s'était vu obligé d'étendre ses opérations militaires, ce renfort semblait indispensable, et le

le

retour du Decrès, qui devait

le

ramener,

était

impatiem-

ment attendu. Le lendemain de la prise de Nam-Dinh, M. Garnier, comptant bien que ce navire était dans les eaux du Tong-King, ordonnait à M. Esmez de se rendre à la mer avec le Scorpion et de remonter immédiatement à Hà-Nôi avec le renfort. Mais le Scorpion n'était pas en route depuis vingt minutes que déjà il s'échouait. C'était un retard de vingtquatre heures. Pendant ce temps, un courrier indigène arrivait à NamDinh il venait de Hà-Nôi et portait à M. Garnier deux lettres pressantes, l'une de M. Bain de la Coquerie, l'autre de Mgr Puginier. Les nouvelles contenues dans ces lettres étaient mauvaises. Le mouvement offensif de l'armée de So'n-Tây s'était encore accentué dans la soirée du 8 décembre le fort du Phu Hoài était tombé en son pouvoir ses avant-postes n'étaient donc plus qu'à quelques kilomètres de Hà-Nôi. D'un autre côté, les troupes de Bac-Ninh avaient tenté de reprendre la sous-préfecture de Gia-Lâm elle dépendait de leur province. Ainsi qu'on l'a vu précédemment, M. Hautefeuille avait occupé ce fort le 1^' décembre. A la vérité, le jour même de son départ, le mandarin qu'il y avait installé, à la nouvelle de l'approche d'un corps de troupes ennemi, avait abandonné son poste. M. Bain avait résolu de le réoccuper le 5 décembre, il y envoyait en reconnaissance M. l'aspirant Perrin avec quelques matelots et une troupe d'environ deux cents auxiliaires. Notre sous-préfet était réinstallé et le fort muni d'une garnison indigène. Or, comme Gia-Lâm contenait un important approvisionnement de riz, M. Perrin devait revenir le lendemain ;

:

;

:

;


DANS LA PROVINCE DE HA-NÔI.

177

pour le faire transporter à Hà-Nôi, Ce n'était pas l'unique but de cette expédition. M. Perrin devait, en outre, chercher à s'emparer des chefs de canton et des maires de l'arrondissement de Gia-Lâm, et les

emmener comme

otages.

Cependant, le 6 décembre, dans la matinée, une troupe venue de Bac-Ninh, forte de six à sept cents hommes et de deux éléphants, avait repris Gia-Lâm et massacré une partie de sa garnison.

Quelques heures plus tard, M. Perrin débarquait sur la gauche du fleuve il avait avec lui cinq marins et une centaine de volontaires. Aussitôt, il envoie trois de ses matelots et quelques Annamites occuper un premier village situé à peu de distance de la rive. Puis il s'avance dans la direction d'un autre village voisin de Gia-Lâm. Déjà il était à deux kilomètres de la rive, lorsque soudain, des bouquets de bambous qui entourent ce second village, il voit surgir une bande de soldats de Bac-Ninh. Craignant d'être cerné, il rétrograde lentement et rallie le premier village où il a laissé trois de ses marins. Bientôt il atteint le bord du fleuve mais là, le manque de bateau rend sa position fort dangereuse. rive

;

;

A ce moment

un secours inattendu. M. Dupuis Gia-Lâm d'une forte troupe annamite, et, dans la prévision que M. Perrin ne pût la repousser, il avait envoyé un de ses vapeurs, le fJong-Kiang, croiser le long de la rive gauche du Bô-Dê. A la vue du danger qui menace M. Perrin, le capitaine du Hong-Kiang ouvre le feu ses obus ont bien vite jeté le il

reçoit

avait appris par ses espions l'arrivée à

:

désordre dans les rangs ennemis.

Quelques instants après, M. Dupuis arrive lui-même, avec trois de ses domestiques chinois armés de chassepots. M. Perrin reprend alors l'offensive. Enfin, un peu plus tard, il reçoit un renfort bien plus important M. Bain lui envoie une pièce de 4 et dix hommes commandés par le capitaine d'armes Castagnet. Les Annamites sont vivement poursuivis. En vain leur chef cherche-t-il à les rallier. Atteint de trois balles, il ;

12


RETOUR OFFENSIF DES ANNAMITES

178

tombe de cheval. Dès

lors la déroute est complète.

Les

volontaires indigènes achèvent la poursuite, et, se précipitant sur le cadavre du chef ennemi^ lui coupent la tête et

l'emportent

A

comme un

trophée.

Bac-Ninh ne pouvait être mis en balance avec le danger qui menaçait les Français du côté du Phu Hoài. La prise de ce fort par l'armée de So'n-Tây supprimait le seul obstacle qui put lui barrer le chemin de Hà-Nôi. C'est pourquoi M. Bain et MgrPuginier priaient M. Garseule sa présence pouvait nier de revenir au plus tôt vrai dire, ce succès sur les troupes de

:

rétablir les affaires.

A la lecture de ces nouvelles, M. Garnier fut comme frappé de stupeur. Rejoindrai-t-il le Scorpion, et, se dirigeant avec cette canonnière sur Hà-Nôi, irait- il repousser les attaques de l'armée de So'n-Tây? Mais comment laisser la province de Nam-Dinh sans en avoir ébauché l'administration? Dans aucune province, sauf peut-être le Nghê-An, les lettrés ne sont plus nombreux, plus turbulents, plus hostiles à la civilisation européenne. M. Garnier se décide donc à rester quelques jours encore à Nam-Dinh; toutefois, comme le Scorpion est toujours échoué, il ordonne à M. Esmez de se rendre immédiatement à Hà-Nôi avec ce navire et il lui envoie, pour qu'il les laisse à M. Bain, un détachement de vingt-un marins et une pièce de 4. Le Scorpion devra ensuite se rendre le plus promptement possible au Cua Càm, pour y chercher le renfort que le Decrès y a sans doute amené. Le même jour, M. Garnier écrivait à M. Balny d'Avricourt de quitter Haï-Dzu'o'ng et de venir le rejoindre avec son navire. Le 15 décembre VEspingole mouillait devant Nam-Dinh. Le docteur Harmand était installé comme gouverneur de la province. Le lendemain M. Garnier partait avec VEspingole pour Ninh-Binh et le 18 il était de retour à Hà-Nôi. Là

encore de mauvaises nouvelles l'attendaient.


DANS LA PROVINCE DE HA-NÔI.

A

la vérité,

le 11

avaient dû évacuer

aux flammes

décembre le

les

Phu Hoài;

179

troupes de So'n-Tây

ce fort avait été livré

canons encloués.

et ses

Mais, trois jours plus tard, les Français avaient échoué dans une tentative contre les lignes ennemies. Le lendemain de l'arrivée du Scorpion, M. Bain, pouvant disposer d'un renfort de vingt-un matelots, avait envoyé M. Perrin en reconnaissance du côté du Phu Hoài. M. Perrin emmenait avec lui trente-un matelots ou fantassins de marine, deux cents auxiliaires indigènes et

une pièce de 4. Les troupes de So'n-Tây, fortes de plusieurs milliers d'hommes, s'étaient retranchées à deux kilomètres au delà du Phu Hoài elles occupaient le village de CamDzièu et plusieurs villages voisins au centre une pagode fortifiée, en avant un petit arroyo, bordé de digues en terre, protégeaient leurs positions. Le pont jeté sur l'arroyo était détruit en partie et les Annamites avaient :

:

;

bambou

retiré de leur côté la claire-voie en

encore de

le

qui permettait

traverser.

Dès l'abord, un violent feu de mousqueterie, partant de la tète de pont, arrête les Français. M. Perrin fait déployer vingt-cinq hommes en tirailleurs dans les rizières, et, s'avançant avec sa pièce sur la chaussée, dégage à coups de canon le centre des positions ennemies. Pendant ce temps, trois gradés, les caporaux Bideaux et Rigod et le quartier-maître Le Bastard, ont traversé l'arroyo et débusqué les tireurs annamites. Alors M. Perrin donne l'ordre de franchir le pont la claire-voie en bambou est replacée ; elle ne peut toutefois supporter le poids de la pièce de canon. Les Français arrivent enfin par le travers de la pagode fortifiée; malheureusement les munitions sont presque épuisées. M. Perrin commande de battre en retraite. Les Annamites arrivent en grande masse; mais, mitraillés par le feu de la pièce de 4, ils n'osent dépasser le petit arroyo qui couvre leurs lignes. A deux heures et demie, M. Perrin rentrait à Hà:


KETOUK OFFENSIF DES ANNAMITES

180

un homme

matelot Qùéreuil. fait éprouver de grandes pertes à l'ennemi; mais, du moment qu'on n'avait pu le chasser de ses positions, c'était un échec. Dans cette reconnaissance plus de douze cents cartouches avaient été consommées. Craignant de manquer de munitions, M. Bain fit demander à M. Dupuis une caisse de sept mille cartouches. M. Dupuis s'empressa de la lui envoyer. Il en avait encore, disait-il, dix-huit mille à la

Nôi;

il

avait

Assurément

blessé,

cette expédition

le

avait

du commandant français. Les incendies devenaient de plus en plus fréquents dans les environs de Hà-Nôi, et les bruits les plus alarmants étaient semés parmi les populations par les partisans de l'armée de So'n-Tày. Le 17 décembre, on vint annoncer à M. Bain qu'un parti d'ennemis, parmi lesquels se trouvaient des Chinois aux Pavillons Noirs avait été vu du côté du Phu disposition

-

,

Thu'o'ng.

Le jour même il envoyait pour le chasser une quinzaine d'hommes sous les ordres de M. Perrin; les Français ne trouvèrent qu'une bande de brigands qui pillait des villages. A peine put-on lui envoyer quelques coups de canon l'approche des Français l'avait fait fuir en toute hâte:

Enfin, dans la soirée du 18 décembre, M. Garnier arriHà-Nôi avec YEspingole.

vait à

L'échec du 14 lui causa une vive contrariété; c'est pourquoi il résolut de mettre immédiatement à exécution le plan d'attaque contre l'armée de So'n-Tày, que depuis longtemps il méditait. Par malheur, une indisposition de M. Balny d'Avricourt fit ajourner cette opération au 21. Suivant ce projet, cinquante hommes de troupes françaises et de nombreux miliciens, conduits par M. Garnier lui-même et par M. Bain de la Coquerie, devaient attaquer de front les lignes ennemies. En même temps VEspùigole eût remonté le fleuve jusqu'auprès de So'n-Tày et par son feu eût empêché les fuyards de se réfugier dans la citadelle de cette ville.


DANS LA PROVINCE DE HA-NÔI.

181

Pour assurer le succès de cette opération, M. Garnier demandé à M. Dupuis son concours. Son vapeur le Maiig-Hào devait aller s'embusquer dans le Sông Hàt et, avait

prenant à revers l'ennemi, l'écraser de ses feux. Le résultat de cette action combinée n'était pas douteux l'armée de Hoang Ké Vièn eût été dispersée et So'nTày, son boulevard, puis Hu'ng-Hoâ, la citadelle qui commande le cours du Sông Thao, fussent tombés au pouvoir des Français. Dès lors tout le Tong-King jusqu'aux défilés du ThanhHoâ eût été soumis à notre domination. Nous occupions déjà Hà-Nôi. Haï-Dzu'o'ng, Ninli-Binh et Nam-Dinh; effrayés par la chute de Haï-Dzu'o'ng, les mandarins de Quang-Yèn avaient offert de reconnaître notre autorité: bien plus, le gouverneur de Bac-Ninh, quelques jours après la défaite de ses troupes par M. Perrin, faisait savoir à M. Bain qu'il était disposé à traiter avec les Fran:

çais.

Quant aux provinces de Thài-Nguyên, de Tuyên-Quang, de Cao-Banget de Lang-So'n, elles étaient alors en grande partie occupées par les Chinois aux Pavillons-Jaunes. Il n'eût pas été difficile de les placer sous le protectorat français, aussi bien que la région montagneuse habitée par les sauvages Paï-Y. Dans ces négociations l'influence de M. Dupuis aurait pu nous être de la plus grande utilité. On a pu voir, en eftet, dans les premiers chapitres de cet ouvrage, quel empire il exerçait sur les Sauvages Paï-Y et sur les Chinois aux Pavillons-Jaunes. Ainsi le drapeau français eût couvert de sa protection la partie de l'Annam la plus fertile et la plus peuplée, c'est-à-dire les bassins du Bô-Dê et du Thài-Binh. Privé de ses greniers, la Basse-Cochinchine et le Tong-King, le

royaume d'Annam eût

été contraint d'accepter

immédia-

tement notre protectorat la France fût devenue la puissance la plus considérable des mers de Chine. Pourquoi ce beau rêve n'a-t-il pu se réaliser! :


l'ambassade

182

CHAPITRE NEUVIÈME L'Ambassade

et la suspension

des hostilités.

Le 10 décembre, au moment où il partait pour soumettre Nam-Dinh, M. Garnier avait reçu à Ninh-Binh une lettre du ministre des affaires étrangères de Hué. La cour d'Annam, effrayée de la prise de Hà-Nôi, consentait à établir au Tong-King le régime commercial décrété par M. Garnier même faisait-elle pressentir que cette question allait être réglée prochainement. Toutefois, elle regrettait que, pour parvenir à ses fins, l'envoyé français se fût cru obligé de conquérir le pays et de chasser les mandarins du roi. « Vous avez », assurait le ministre, « dépassé les instructions de l'amiral gouverneur de Saï« gon. Au moins auriez- vous dû nous remettre les trésors « et les approvisionnements que vous avez trouvés dans « la citadelle de Hà-Nôi. » M. Garnier répondit immédiatement à cette lettre. Il était heureux, disait-il, que le gouvernement d'Annam reconnût la nécessité d'ouvrir le Tong-King au commerce. Mais il devait protester contre les insinuations contenues dans la lettre de Son Excellence il n'était point venu au Tong-King pour le conquérir, et toujours il s'était tenu ;

:

dans

la limite de ses instructions. S'il s'était

emparé de

la

pour mettre un terme aux manœuvres hostiles du maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng. S'il avait chassé les mandarins, c'est qu'ils n'avaient pas voulu accepter le nouveau régime commercial il avait même offert au gouverneur de Hà-Nôi de lui rendre l'administration de sa province, sans lui demander aucune autre concession que de renoncer à son ancien cachet. La cour de Hué, disait-il encore, ne devait point se préoccuper des valeurs et des provisions que contenaient les citadelles occupées par les Français. Tout avait été inventorié ; aucune dépense n'était faite sans contrôle ; citadelle de Hà-Nôi, c'était

:


ET LA SUSPENSION DES HOSTILITÉS. mais,

mandarins

suite de la disparition des

comme, par

183

l'administration des provinces incombait à l'envoyé français, il était juste qu'il pût, à cet effet, disposer des revenus publics. Plus tard, lorsqu'on rendrait les

du

roi,

citadelles,

il

serait remis

aux envoyés du

un compte

roi

exact des recettes et des dépenses. En terminant sa lettre, M. Garnier déplorait l'aveuglement des mandarins ils ne savaient que pressurer le :

devant l'ennemi. Aussi les habitants du Tong-King n'éprouvaient à leur égard que haine et mépris. A l'ombre du drapeau français seulement, le pouvoir du roi pouvait se relever. L'Annam devait donc accepter franchement notre protectorat. Peut-être dans deux mois peuple

et fuir

serait-il trop tard.

Ainsi que le faisait pressentir la lettre du ministre des affaires étrangères de Hué, une ambassade allait partir

pour Hà-Nôi. Le 14 décembre, un missionnaire, le P. Dangelzer, arrivait à Ninh-Binh il était porteur d'une lettre de son évoque, Mgr Sohier, vicaire apostolique de Hué. Mgr Sohier annonçait à M. Garnier l'arrivée de l'ambassade attendue. Lui-même et son {)rovicaire, M. Dangelzer, l'accompagnaient en qualité d'interirètes. Avant de se charger :

de cette mission délicate, Mgr Sohier avait demandé et obtenu qu'il fût donné aux mandarins qu'il accompagnerait au Tung-King, pleins pouvoirs de traiter avec M. Garnier la question commerciale (1). Le lendemain de l'arrivée de son provicaire, Mgr Sohier était à Niuh-Binh. Quant aux ambassadeurs, ils voyageaient avec une lenteur tout orientale. Le 1(3, ï Espùif/ole s'arrêtait à Ninh-Binh elle ramenait de Nam-Dinh M. Garnier. Profondément irrité de l'hostilité que partout les mandarins montraient contre l'établissement de la suzeraineté française, il comprenait que, devant la constitution d'un :

gouvernement défini, toute résistance

cesserait. Aussi,

au

(1) Lettre de Mgr Sohier, publiée dans les Annales de la Sainte-Enfance, juin 1S74, p. 183.


l'ambassade

184

repas du

soir, où il avait réuni à sa table les missionnaires et les officiers de l'expédition présents à NinhBinh, la question de la restauration des Le fut-elle sérieu-

sement discutée. Sur ce point, malheureusement,

les

instructions de M. Garnier n'étaient pas assez explicites:

pourvu que la cour d'Annani reconnût le nouveau régime commercial qu'il avait décrété, il était prêt à lui rendre le gouvernement des provinces conquises (1). M. Garnier ne restait que vingt-quatre heures à NinhBinh, et le 17 décembre il partait pour Hà-Nôi, emmenant avec lui Mgr Sohier et le P. Dangelzer. Quelques heures après son départ, arrivait l'ambassade annamite. Elle avait pour chefs un mandarin du rang de gouverneur, Trân Dinh Tùc, et le préfet de Hué, Nguyên Trông Hop. M. Hautefeuille reçut ces ambassadeurs avec tous les honneurs dus à leur rang. Ils ne devaient s'arrêter qu'un jour à Ninh-Binh. M. Hautefeuille leur donna une escorte de soldats indiet,

gènes. En outre, il crut devoir attacher à leur suite un jeune Annamite, élève du collège de Phiic-Nhac ce jeune homme avait pour mission d'observer la conduite des ambassadeurs et de leur entourage ; à son retour, il eût renseigné M. Hautefeuille sur leurs agissements. Malheureusement ce jeune indigène se laissa corrompre quand il était revêtu de magnifiques il revint à Ninh-Binh habits de soie ; aux questions qu'on lui adressa il ne lit que des réponses évasives ; le lendemain il disparaissait, pour ne plusse montrer que le jour de l'évacuation. Ainsi que des renseignements ultérieurs l'ont démontré, les ambassadeurs avaient dû se mettre en relation avec le chef de l'armée de So'n-Tày, Hoang Ké Viên, et préparer, de la sorte, la traitreuse attaque du 21 décembre. Au reste, avec leur arrivée coïncidait une nouvelle explosion de haine contre tout ce qui semblait être du parti des :

;

,

(1) C'est

ce qu'à bou arrivée à

Hà-Nui

il

devait affirmer à

Mgr Cu-

son entrevue avec M. Balny d'Avricourt, était monté à la capitale, dans le but d'engager le commandant français à évacuer la province de Haï-Dzu'o'ng.

lomer

:

cet évêque, quelques jours

après


ET LA SUSPENSION DES HOSTILITÉS.

185

Français les lettrés et leurs séïdes se mettaient à fabriquer des armes ; les plus horribles menaces étaient publiquement proférées contre les chrétiens et contre quiconque leur donnerait asile (1). Enfin, le 19 décembre à cinq heures du soir, l'ambassade faisait son entrée dans la citadelle de Hà-Nôi, accueillie par un salut de sept coups de canon. Dès lors, espérant arriver à une solution pacifltiue, M. Garnier renonçait à son projet d'attaque contre larmée de So'n-Tày, et le lendemain il en prévenait M. Dupuis. Une proclamation annonçait aux habitants du Tong-King la suspension des hostilités. Cette procla:

mation était immédiatement affichée dans la ville, et les ambassadeurs se chargeaient de la faire parvenir à l'armée de So'n-Tày. « Par ordre de l'amiral «

proclamation,

«

commerce Aans

« « te

« «

«

«

a

s>, disait M. Garnier dans cette nous sommes venus faire un traité de

l'intérêt des populations.

Nous n'avions

nullement l'intention de nous emparer du pays, mais à cause de la fourberie et du mauvais vouloir des mandarins de Hà-Nùi, nous avons été poussés à bout et forcés de faire ce que nous avons fait. Le roi d'Annam, comprenant la faute de ces mandarins, vient d'envoyer des ambassadeurs, avec pleins pouvoirs pour traiter de la paix avec nous. Comme nous n'avons pas d'intentions

(1) Con la salida de los delegados pai'a estas Proviucias coincidio la fabricacion de toda clase de armas por parte de los literatos y pueblos intieles, cou toda clase de amenazas à los cristianos. Casi en todos los pueblos intieles se oyû pregouar piiblicameiite, que el que liospedase eu su casa alguQ cristiauo, o guardase el ajuar de sus casas, séria castigado con la destruccion de la suya et ecliado fùera del pueblo Las circoustancias de dicha sorpresa con otros sucesos que coincidieron con la Uegada de los delegados a estas provincias, parece

no dejar duda alguua que el Rey, los delegados y demas mandarines se hallaban cûuvenidus, no para Lacer las paces, sino para hacer una traiciou y ver si podian matar a todos los franceses, misioneros y crislos mismos tianos. Por esta Provincia méridional inferior ninguno, intieles liegaban la mala fé cou que obrabau los mandarines; los preparativos de armas que los literatos y pueblos intieles hacian, lo daban à enteniler clarainente. (Lettre du P. Unate. Correo Sino-Annamita, année 1874, pp. IV8, 19t>, 200.)

m


MORT DE

186

M. FRANCIS GARNIER.

«

nous consentons à nous entendre avec ces grands mandarins. a En conséquence, nous exhortons tout le monde à demeurer tranquille, chacun chez soi qu'il y ait trêve d'hostilité, afin que de part et d'autre on puisse s'en-

«

tendre.

« «

«

hostiles,

;

«

« Lorsque les deux royaumes auront signé la paix, il faudra que tous se conforment fidèlement à ce qui aura été conclu. La noble cour d'Annam se concertera avec les nobles Français pour assurer une protection efficace à toutes les populations du Tong-King. afin que tous, étudiants ou laboureurs artisans ou commerçants puissent en sécurité vaquer à leurs affaires et vivre en

«

paix.

« <-

«

« «

,

Mais

»

la paix qui allait être conclue ne pouvait préjudi-

ceux qui s'étaient compromis pour notre cause; M. Garnier cherchait à les rassurer et leur promettait solennellement que jamais la France ne les abandon-

cier à

nerait.

<'

« Pour ce qui regarde nous avons nommés »,

les

nouveaux mandarins que

disait-il

en terminant,

«

qu'ils

<

restent à leur poste et continuent à remplir leurs char-

«

ges de leur mieux, sans aucune crainte

<

qui les a élevés en dignité, leur assure aide et protec-

«

tion

pour

la suite.

:

la noble France,

»

CHAPITRE DIXIEME La journée du 21 décembre 1873. Mort de M. Francis Garnier

et

de M. Balny

d'Avricourt.

Le 21 décembre!

fatale journée, source de tous les dé-

sastres, de toutes les hontes qui ont terminé une inter-

vention dont les débuts avaient été

si

glorieux

I


ET DE M. BALNY d'AVRICOURT. C'était

187

un dimanche. M. Garnier, après avoir à huit

heures assisté à la messe de Mgr Puginier, chargea M. Bain de la Coquerie de passer l'inspection de la troupe.

Ce jeune fusils

:

«

officier

Allez

l'inspection, quilles

«

« »

de service

il

/>,

contente

se

dit-il

allez;

d'examiner

des

l'état

aux hommes, lorsqu'il a terminé maintenant nous sommes tranceux qui ne sont pas permission de sortir en ville dans

C'est pourquoi à tous

donne

la

l'après-midi.

La troupe se sépare c'était l'heure du repas du matin Pendant ce temps, M. Garnier, après avoir pris une légère collation, s'était rendu chez les ambassadeurs et commençait à discuter les bases du traité de paix. Il était ,

environ dix heures.

En ce moment, un chrétien indigène entre précipitamment chez Mgr Puginier: « L'armée de So'n-Tày », s'écrie les « s'avance pour attaquer la citadelle Pavillons-Noirs sont à l'avant-garde. Devant eux ont dû se replier en toute hâte les volontaires qui surveilhiient

ce messager, « «

la route du Phu Hoài. prévenir M. Garnier. «

:

b

Sur-le-champ Monseigneur

fait

Le commandant saisit son revolver et court au point menacé. Craignant que l'attaque n'ait lieu de plusieurs côtés à la fois, il envoie M. Bain avec trente hommes surveiller « Je me charge », lui dit-il, le rempart de la face Nord « de la face de l'Ouest; je vous enverrai des ordres, s'il y :

«

a lieu.

»

La

nouvelle de cette attaque s'était répandue ; les coolies indigènes, qui travaillaient dans la citadelle, s'enfuyaient

en criant vers la porte de la ville; marins et soldats avaient pris les armes. Au premier bruit, M. Perrin s'était rendu avec un homme au bastion du Sud-Ouest. Quelques instants après, cinq autres hommes, envoyés par M. Bain, venaient le rejoindre.


188

MORT DE

M. FRANCIS GARNIER

Le pavillon noir des Chinois flottait à peu de distance Au nombre de cinq ou six cents, les Chinois occupaient la route du Phu Hoài. Derrière eux, à huit cents mètres environ, un corps de deux mille Anna-

de la citadelle.

mites s'apprêtait à les suivre. On pouvait même distinguer un éléphant et de nombreux parasols, annonçant la présence des mandarins. Seuls les Chinois étaient engagés. Abrités derrière les bambous et les maisons d'un petit village, ils

touffes de

avaient ouvert

le feu

petites pièces de

contre la porte du Sud-Ouest

campagne

étaient braquées à

;

leurs

deux cents

même du fossé, d'autres Chinois rempart. M. Garnier arrive à la porte du Sud-Ouest. Dès qu'il a jeté un coup d'œil sur les positions de l'ennemi, il charge M. Perrin d'aller chercher un canon. Puis, s'approchant de chaque homme, il lui adresse des paroles encourageantes, et recommande de ménager les munitions. Au bout de dix minutes, M. Perrin revient avec la pièce de 4 de la compagnie du Decrès ; on l'installe sur le mirador de la porte. Ses obus jettent la confusion dans les rangs des Chinois aux Pavillons-Noirs. L'armée annamite est atteinte également un obus éclate au milieu du groujjo des mandarins. L'ennemi bat en retraite laissant les abords de la citadelle jonchés de cadavres. Néanmoins les Pavillons-Noirs ne se retirent que pied à pied ; profitant des replis de terrain et des taillis de bambous pour se cacher, ils envoyent sur la citadelle des décharges de pierriers et de gingoles un de leurs projectiles blesse le chef-servant de la pièce de 4. Malgré cet essai de résistance, en moins de vingt minutes ils s'étaient vus contraints de repasser le rempart en terre qui sert d'enceinte à la commune de Hà-Nôi. Là, ils s'étaient divisés en deux bandes. L'une se repliait directement par la route du Phu Hoài. L'autre s'était engagée dans une direction Sud-Ouest, le long du rempart de la commune de Hà-Nôi elle eût ensuite gagné la route mètres. Sur le bord

tiraillaient contre le

:

:

:


ET DE M. BALNY d'AVRICOURÏ.

180

du Phu Hoài en suivant une digue qui, partant du village de Thu-Lê, va couper cette même route à trois kilomètres de la citadelle, en avant du village de Ha-Yên-Khé. En ce moment M. Garnier, s'adressant à quelques offi« Messieurs », leur ciers qui se trouvaient auprès de lui dit-il, « l'ennemi qui nous attaque est le seul que je redounous « tais au Tong-King. Une sortie est indispensable « ne pouvons garder un semblable ennemi à mille mètres :

:

«

de nous.

»

Dès le commencement de l'action, il avait ordonné à M. Balny d'Avricourt d'aller chercher sa compagnie de parut à la tète de dix marchait le long du rempart du Sud, sur le dallage du fossé dont les bords le dérobaient à la vue de l'ennemi. «Allez tout droit, sur la route « du Phu Hoài, » lui <îrie le commandant du haut du rempart; « moi, je vais prendre l'ennemi à revers. » Suivi de ses marins et d'une troupe de volontaires indigènes, M. Balny se précipite dans la direction indiquée. Les obus de la citadelle, passant par-dessus sa tête, vont porter le ravage dans les rangs ennemis.

débarquement. Bientôt

cet officier

matelots de YEspitujoîe.

Il

On le voit s'avancer jusqu'à un petit bois distant d'environ mille mètres de la citadelle; puis une dépression de terrain le dérobe à la vue.

Alors, la pièce de la porte du Sud-Ouest dirige son feu sur un bosquet situé près de la digue de Thu-Lê. C'est dans ce bosquet et dans un hameau voisin que la deuxième bande des ennemis s'est embusquée.

M. Garnier se hâte de faire la sortie qu'il avait annoncée. La porte du Sud-Est était barricadée ; il la fait dégager, prend avec lui dix-huit hommes et une pièce de 4, au pas remparts, la pointe du

se fait suivre d'un corps d'auxiliaires indigènes et

gymnastique gagne, en suivant redan du Sud-Ouest.

les

Là, il fuit déployer ses hommes en tirailleurs envoie sergent Champion fouiller un petit hameau situé en face du redan, et, aussitôt après, se lance sur la route du ;

le


MORT DE

190

Phu Thu'o'ng

M. FRANCIS

GARNIER

à la poursuite de la seconde bande en-

nemie.

A peu de distance, il quitte la chaussée et s'engage dans les rizières qui s'étendent vers la digue. Son canon s'embourbe et retarde sa marche précipitée; il l'abandonne, le confiant à la garde de deux hommes et de Castagnet, le capitaine d'armes du Decrès. par suite le canon qu'il a Il marche droit en avant :

,

devient inutile; quelques instants doit également cesser son feu, sous citadelle après, la

laissé

derrière lui,

peine de l'atteindre.

L'ennemi s'était embusqué, en avant du village de Thu-Lê, commune de Hà-Nôi. M. Garnier fait mettre la baïonnette au canon et, lançant sa troupe au pas gymnastique, chasse l'ennemi de sa position. Les derrière les remparts de la

Pavillons-Noirs battent en retraite et vont se retrancher derrière un tertre à l'extrémité de Thu-Lê. M. Garnier ordonne à Champion d'aller avec quatre

hommes

fouiller ce village.

de charge,

«

Faisant ensuite sonner

à la baïonnette, en avant!

se précipite en tête de ses

»

hommes pour

le

pas

s'écrie-t-il, et il

gravir le tertre

qu'occupe l'ennemi. Derrière lui s'élancent, mais sans pouvoir le suivre, Dagorne, le fourrier du Decrès, et deux fantassins de marine, le caporal Guérin et le soldat Laforgue. Arrivés au sommet du tertre, Dagorne tombe frappé d'une balle en pleine poitrine Guérin est blessé au vi,

sage.

Mais déjà M. Garnier, après avoir déchargé son revolver sur les Pavillons-Noirs, est descendu pour les chasser des broussailles au milieu desquelles ils se blottissent. Tout d'un coup son pied rencontre une cavité de terrain; il tombe. Aussitôt les Pavillons-Noirs se ruent sur lui; en un instant il est percé de coups de lance. En vain Guérin et Laforgue tentent de le dégager; euxmêmes sont sur le point d'être enveloppés et doivent battre en retraite.

Presque au

même

instant

Champion débouche du

vil-


ET DE M. BALNY D'AVRICOURT.

191

A peine a-t-il le temps de faire embusquer ses hommes; toutefois la précision de son tir maintient les Chinois à distance. Enfin, malgré le feu de l'ennemi, il parvient à rallier la pièce que gardait Castagnet. Là il trouve réuni le reste de la colonne de M. Garnier; on lui apprend sa mort. Prenant alors avec lui quelques soldats et, suivi de la troupe des auxiliaires indigènes, il va à la recherche du corps de son chef. Il avance avec précaution, échangeant quelques coups de feu avec les Pavillons-Noirs. Ceux-ci lage de Thu-Lê.

battent en retraite.

A

du

l'extrémité

village,

devant

les

retranchements

qu'occupait l'ennemi, il trouve les corps décapités de M. Garnier et de Dagorne; les Pavillons-Noirs avaient

emporté

les

deux

têtes en guise de trophée.

Pendant ce temps, M. Balny d'Avricourt avait repoussé l'ennemi jusqu'à quinze cents mètres environ de la citadelle. Malheureusement, trois de ses hommes s'étant imprudemment lancés à la poursuite des fuyards, l'un d'eux, le voilier Bonifay, était tombé mort, frappé d'une balle au front; un autre avait été blessé; le troisième, exténué par la fatigue et le manque de nourriture (1), n'était plus capable de combattre. D'autre part, les munitions commentaient à manquer; M. Balny se rapproche de la citadelle a Je n'ai plus de « cartouches », crie-t-il; « faites-m'en passer le plus possible. Un de mes hommes est resté entre leurs mains. » :

moment, M. Bain gardait avec ses hommes la du Phu Hoài n'avait trouvé aucun ennemi du côté du Nord.

En

ce

face de l'Ouest, celle qui regarde la route il

:

il réunit toutes les munitions disponibles et à M. Balny avec deux hommes de renfort. Au lieu de passer par la porte du Sud-Est, ces hommes descendent du rempart de l'Ouest au moyen d'une corde. En même temps, le docteur Chédan était sorti, suivi

Incontinent les envoie

(1)

Les

hommes

de

allaient faire le rçpas

YEspingole étaient partis du matin.

au

moment où

ils


MORT DE

192

M. FRANCIS GARNIER,

de son ordonnance, dans

Ne sachant où

le

le

trouver,

M. Balny. Les Annamites et leurs

but de rejoindre M. Garnier. se décide à accompagner

il

alliés les Pavillons-Noirs

avaient

battu en retraite jusqu'à trois kilomètres de la citadelle; là ils s'étaient fortement retranchés dans le village de

Ha-Yèn-Khé, derrière la digue qui en ce point coupe la route perpendiculairement.

En les

le corps de Bonifay; avaient tranché la tête. La rage dans le jeune officier se lance de nouveau à leur pourarrive à deux cents mètres de leurs retranche-

s'avançant, M. Balny rencontre

Annamites

cœur,

le

suite;

il

lui

ments.

En cet endroit la route faisait un coude et par une rampe montueuse rejoignait la digue; elle était bordée, du côté de Ha-Yèn-Khé par un petit mur à hauteur si M. Balny eût abrité sa troupe d'appui. Peut-être ,

,

de son tir enlever pouvoir à décimer les ennemis. Toutefois préroute, s'élance sur la vive force. Il positions de leurs cédant sa troupe d'une trentaine de pas. Mais il est accueilli par une décharge générale un derrière ce mur,

fût-il

parvenu par

il

la précision

croit

:

homme,

le

timonnier Sorre, est tué, deux autres sont

blessés.

Enhardis, les Pavillons-Noirs sortent en foule de leurs retranchements et s'avancent sur la route. En un instant M. Balny est enveloppé. Le jeune officier décharge sur eux les six coups de son revolver, puis il combat avec son sabre. C'est une lutte désespérée. Enfin il tombe percé de coups.

Les sept hommes valides qui restaient, ne pouvaient absolument rien contre une telle multitude. M. Chédan les rallie, et, sous le feu de l'ennemi,

homme,

il

bat en retraite jusqu'au petit

sans perdre un qui borde la

mur

route.

Abrités derrière ce mur, les Français tiennent pendant quelque temps les Pavillons-Noirs en respect; ils continuent ensuite, sans être poursuivis, leur mouvement de


ET DE M. BALNY d'aYRICOURT.

193

En passant, ils prennent le corps de Bonifay et à la citadelle ceux de M. Balny et du timonrapportent le nier Sorre étaient demeurés au pouvoir de l'ennemi. Il était environ deux heures. A peu près en même temps le sergent Champion revenait avec les corps décapités du commandant et du four-

retraite.

;

rier

Dagorne.

Ainsi,

cette

funeste

affaire

avait

coûté

la

vie

au

chef de l'expédition (1), à l'un de ses plus vaillants officiers et à trois de nos braves marins. Six hommes

avaient été blessés la

citadelle, le

(2),

cinq dans la sortie, et un dans

chef-servant de la pièce de la porte du

Sud-Ouest. (1) Au moment ofi je viens de raconter la fin héroïque de M. Francis Garnier, je ne puis m'empécher de citer le témoignage que rend de lui un de ses compagnons de l'expédition du Tong-King. Dans une communication qu'il fit en décembre 1874 à la Société de géographie, M. Harmand s'est élevé avec énergie « contre les calomnies de tout genre qu'on a cherché k répandre sur la mémoire de son ancien chef. On a été »>, dit- il, « jusqu'à l'acciiser de pillage. Eh bien! nous avons pu, après sa mort, savoir ce qu'il possédait. Il lui restait h peine quelques piastres, quelques effets, et son sabre; le vieux sous-officier qui était chargé de l'inventaire pleurait à chaudes larmes en refermant la caisse de son commamlant. Que penser d'un chef qui sait inspirer de

pareilles atl'ections?

On

quand on a accusé Francis Garnier d'ambiun ambitieux, mais il avait cette ambition élevée qui fait les grands hommes et les grandes choses, et s'il est un souhait que je forme pour la France, c'est d'avoir h son service beaucoup d'ambitieux de cette trempe ». (Soiivenirs dïc Tong-King, par M. le docBulletin de la Suciété de grograjiliie, mars 1875, teur Harmand. «

croit avoir tout dit

tion. Certes,

c'était

—

p. 290.)

Enfin on reproche à Francis Garnier son imprudence dans OLi

il

le

comiiat

périt.

Mais tout dans sa conquête du Tong-King est imprudence ou plutôt audace. Est-ce qu'ils n'ont pas été des imprudents ces conquérants du Mexique et du Pérou, auxquels M. ^'ivien de Saint-Martin compare Francis Garnier? Ainsi Fernand Cortez, à la prise de Mexico, emporté par son ardeur îi la i)oursuite de l'ennemi, se trouva un moment seul, loin de .sa troupe, sur le point de tomber au pouvoir des Mexicains; .sans la vigueur de son cheval, il eût subi le sort de Francis Garnier. (Voir Solis, Histoire de la conquête df Mexique, liv. IV, chap. xvi.) (2) Guérin, Papy et Corneveau, de l'infanterie de marine; Tartarini et Bernatets,

de VEspingole; Hilaire, du Decrés.


COMMANDiiMENT INTÉUI.MAIRE

104

La perte de M. Francis Garnier devait avoir des conséquences incalculables. Lui vivant, son entreprise n'eût pu ni subir un désaveu, ni rester inachevée.

Les indigènes, qui s'étaient compromis pour la France,, n'eussent pas été abandonnés à la vengeance des lettrés il se fût souvenu des promesses de et des mandarins :

il leur avait faites cm nom de France! Enfin, au lieu de ces honteuses évacuations et de ces négociations languissantes où nous traitions pour ainsi dire en suppliants, au lieu d'un traité où le mot de protectorat n'a môme pas été écrit, nous eussions imposé réellement à la cour de Hué, et notre protectorat, et notre contrôle administratif et judiciaire. Sinon, le Tong-King eût cessé de lui appartenir (1). Ce beau pays eût donc été ouvert à notre commerce vingt mois plus tôt. Vingt moisi C'eût été peut-être la conquête commerciale au profit de Saïgon et de la France du marché de l'Yù'n-Nàn et de la Chine centrale!

protection que tant de fois la noble

CHAPITRE ONZIEME Commandement

intérimaire de M. Bain

de la Coquerie.

La nouvelle de

mort de M. Francis Garnier et de ses s'était répandue dans la ville de Hànos partisans chinois et annamites étaient consla

quatre compagnons

Nôi

:

ternés.

M. Dupuis avait à peine appris ce désastre que, prenant avec lui quarante de ses meilleurs soldats, il s'était (1)

Voir

la lettre

de M. Francis Garnier au colonel Yule

justificatives, n" vi, § 3, in fine.

:

Pièces


DE

.M.

BAIX DE LA COQUERIE.

195

lancé à la poursuite de l'armée de So'n-Tây. Vaine tentative

:

déjà les Pavillons-Noirs avaient fui avec leurs san-

glants trophées.

La mort de M. Garnier

laissait le

le

commandement

mains de M. Bain de la Coquerie, plus ancien du corps expéditionnaire.

taire entre les

mili-

l'officier

Trois heures ne s'étaient pas encore écoulées depuis le événement qu'un courrier apportait une lettre adres-

fatal

le commandant du Decrès annonçait sée à M. Garnier son arrivée au Cua Câm depuis le 16 décembre et la présence à son bord d'un important renfort en hommes et en matériel. Cette bonne nouvelle donne à M. Bain l'espoir de sauvegarder les positions acquises par le corps expé:

ditionnaire.

Réunissant aussitôt en conseil les trois officiers préM. Chédan, M. Perrin et M. Dubut, il décide qu'il défendra la citadelle jusqu'à la dernière extrésents à Hà-Nôi, mité.

Le Scorpion, en

le l'enfort

etiet,

ne peut tarder à revenir avec

attendu.

dont disposait M. Bain était trop faible pour pût songer à défendre toutes les faces de la citadelle, si l'ennemi venait à l'attaquer de plusieurs côtés à la fois. Eh conséquence le palais du roi, bâtiment central où résidait le commandant, fut désigné pour être le rendezvous général en cas .d'attaque la partie de ce bâtiment qui contenait les vivres et les munitions devait être fortifiée et sa plate-forme supérieure garnie de canons. Le soir même du 21 décembre, M. Bain écrit à M. Hautefeuille, à M. Harmand et à M. de Trentinian, pour leur L'effectif

qu'il

;

annoncer les tristes événements delà journée. Il leur fait part de la décision qu'il a prise de se maintenir à Hà-Nôi.

Dans

le cas, ajoute-t-il,

où

il

serait obligé d'évacuer,

il

avec VEapingole les prendre dans leurs citadelles. Il écrit également à son supérieur, le commandant du Decrè:^ pour lui demander des ordres. Une autre lettre est adressée à l'amiral Dupré les ambassadeurs sont chargés de la faire parvenir i)ar la voie de terre. En même temps les blessés, au nombre de onze, sont irait

:


CtJMMANDEMEXT

106

INTÉHl.MAlllK

évacués sur un des navires de M. Dupuis, le Hoiuj-Kianrj : en cas d'attaque, ils seront à l'abri. Les ambassadeurs pouvaient au besoin servir d'otages M. Bain les engage à se rendre à bord du IJnnrjKianq ; et Mgr Sohier s"offre à partager leur captivité ,

,

:

temporaire.

Une garde avait été commandée pour veiller à la porte de l'Ouest et prévenir de tout mouvement extraordinaire qui pourrait avoir lieu dans la plaine. M. Dupuis offre son concours pour faire cette garde il est accepté. Le courageux explorateur avait, d'ailleurs, mis à la disposition du successeur de M. Garnier ses bateaux, ses canons, ses munitions et tout son personnel. Il passa donc la nuit du 21 au 22 décembre à la porte de l'Ouest avec vingt-cinq de ses soldats de l'Yûn-Nàn: et jusqu'à l'arrivée du Scorpion il continua à fournir cette garde. C'est ainsi que, grâce à son aide généreuse, les hommes du corps expéditionnaire, brisés de fatigue et d'émotion, eurent la faculté de prendre quelque repos. De nombreux postes de volontaires indigènes avaient été distribués autour de la citadelle toutefois leur surveillance fut insignifiante, et, par suite de leurs terreurs paniques, ils furent souvent plus embarrassants qu'utiles. M. Bain était résolu à ne point prendre l'offensive. Mais il fallait, en outre, tâcher de retarder jusqu'à l'arrivée du Scorpion toute nouvelle attaque de l'ennemi. Les relations, que jusqu'à ce jour on avait eues avec les envoyés de Hué, avaient toujours été très-amicales. Aussi, dans la soirée du 21 M. Bain allait-il les voir à bord du Hong-Kicmr/. En les envoyant sur ce navire, leur dit-il dès l'abord, il n'avait certainement pas eu l'intention de leur donner une prison mais bien un refuge contre les dangers qu'ils auraient pu courir dans la cita:

;

,

,

delle. Il

leur annonce ensuite la

mort de M. Garnier. Cepen-

dant, ajoute-t-il, dans quelques jours un officier supérieur français sera ici et reprendra les négociations interrom-

pues. Effectivement, dans la lettre qu'il venait d'écrire au


DE

M. BAIN

DE LA COQUEPJE.

197

commandant du

Decrès, il lui avait exprimé combien sa présence serait utile à Hà-Nôi lui seul pouvait « retirer l'expédition française du mauvais pas où l'avait mise la « mort de M. Garnier. » :

((

M. Bain fait donc comprendre aux envoyés de Hué que la France ne veut pas la guerre avec le royaume d'Annam. « Notre but unique », continue-t-il « est de « conclure un traité de commerce. Telle a toujours été « l'intention de M. Garnier. Si les affaires se sont em« brouillées, si nous nous sommes emparés des cita^delles, « il faut en chercher la cause dans le mauvais vouloir des « mandarins. Mais quelles négociations pouvons-nous « entamer, si en même temps nous devons repousser les « attaques de l'armée de So'n-Tày et de ses alliés les « Pavillons-Xoirs? Certes, la colère de l'amiral sera « grande, lorsqu'il apprendra la mort de son envoyé au « Tong-King et si, en outre, on lui dit que les hostilités « n'ont pas cessé, il en pourra résulter pour le royaume « d'Annam les plus fâcheuses complications. » Les ambassadeurs accédèrent à ces raisons et il fut décidé que l'un d'eux irait trouver Hoang Ké Vièn, le général de l'armée de So'n-Tày, et lui proposerait une suspension d'armes; il devrait en même temps demander qu'on rendit aux Français les corps de ^I. Balny et de Sorre, ainsi que les têtes des autres victimes de la journée du 21. Le 24 ce mandarin revenait sans avoir pu réussir dans sa mission. Hoang Ké Viên exigetdt que la citadelle de Hà-Nùi fût immédiatement évacuée. Pour le moment d'ailleurs il ne se croyait pas capable de retenir les Pavillons-Noirs et il ne [louvait prendre aucun engagement. Quant aux corps de j\I. Balny et de Sorre, les Français pouvaient les envoyer prendre; mais les têtes n'élaient plus en son pouvoir; on les promenait dans tomes les provinces du Nord pour les montrer au peuple. Enfin à ses yeux les envoyés de Hué n'avaient pas la mission de lui faire cesser les hostilités. C'est à peine s'il avait voulu les reconnaître. ,

;

,


COMMANDEMENT INTÉRIMAIRE DE

198

^r.

BAIN.

Pendant ce temps, les Pavillons-Noirs ne restaient pas Leur chef Lieou Yu'èn Fou, que son exploit du 21 décembre allait sous peu faire nommer mandarin à quatre parasols et prince honoraire du royaume d'Annam, inactifs.

s'apprêtait à renouveler son attaque contre la citadelle.

Un de ses anciens lieutenants, nommé Lin Tchi, établi depuis deux ans environ à Hà-Nôi sous prétexte de faire du commerce, le tenait au courant de toutes les opérations des Français. iSous ses ordres étaient enrôlés une quarantaine de

vagabonds chinois;

il

leur avait

même

distribué

des drapeaux noirs. Son but était de mettre le feu à la ville puis à la faveur du trouble causé par l'incendie, il se fût emparé de Tune des portes de la citadelle et leùt ;

livrée

Dès

aux Pavillons-Noirs. le 18,

il

avait annoncé son dessein à plusieurs négo-

Après la mort de M. Garnier, ses menaces prirent un tel caractère de vraisemblance que les négociants chinois s'en alarmèrent et le dénoncèrent à M. Dupuis car c'est à M. Dupuis, que, depuis le 21, la police de la ville marchande était confiée. Le 23 à quatre heures, il était arrêté et conduit à M. Bain, Une perquisition dans sa maison amena la découverte de plusieurs drapeaux noirs, d'armes et de matières incendiaires. Il fut emprisonné et gardé à vue ; dans sa prison on lui prit un papier qu'il venait d'écrire et d'après lequel il s'engageait à faire entrer les ennemis dans la citadelle par la porte du Nord. A la suite des aveux qu'il fit, il fut fuciants de la ville.

;

sillé.

Cette exécution rassura çais.

A

on

la vérité,

fausses alertes.

était

un peu les partisans des Franconstamment sous le coup de

Le plus souvent

elles étaient

l'étourderie de nos auxiliaires indigènes gens, voyaient des

ce genre avait

ennemis partout.

failli

:

causées par ces pauvres

Même une

alerte de

troubler la cérémonie funèbre qui fut

célébrée le 23 décembre.

Le

lecteur se souvient qu'on n'avait

champ de nier, de

bataille

Dagorne

que et

les trois corps

pu rapporter du tête de M. Gar-

sans

de Bonifay. Ces trois corps avaient


l'arrivée du renfort.

199

été déposés dans la maison où la veille même venait de mourir le vieux maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng. Ce vieillard indomptable n'avait pu survivre à sa défaite. Sa blessure était en voie de guérison mais il n'avait pu résister au chagrin qui le dévorait. On raconte que, à la vue de son ancien adversaire étendu sur son lit de mort, M. Garnier avait paru sous l'empire d'une vive émotion et comme agité par un fatal pressentiment. Ce fut Mgr Puginier qui officia aux obsèques de ces trois victimes de la journée du 21 décembre. Les deux autres évèques présents à Hà-Nôi, Mgr Sohier et Mgr Colomer, assistaient à cette triste cérémonie, ainsi que plu;

sieurs missionnaires.

Les corps furent enfermés dans des cercueils en bois du palais, au pied de deux grands banians. Les deux autres corps et les têtes ne devaient venir les rejoindre que dans les premiers

très-épais et enterrés dans le jardin

jours de janvier.

Enfin était

le

25 décembre, dans la matinée, le Scorpion

annoncé

vant la

et

quelques instants après

il

mouillait de-

ville.

CHAPITRE DOUZIEME L'arrivée du renfort.

Dans

rapport qu'il adressait à l'amiral Dupré après M. Garnier demandait non-seulement des renforts en hommes et en approvisionnements, mais encore un administrateur qui pût organiser la province et former les milices indigènes. Même avait-il indiqué au choix de l'amiral un de ses amis, M. Luro, alors inspecteur des affaires indigènes à Saigon. Par malheur, à cette époque, M. Luro était chargé du collège des administrateurs stagiaires et le départ en misle

la prise de Hà-Nùi,


l'arrivée du renfort.

200 siou pour

Hué du

chef du service de la justice indigène

remettre l'intérim de ce service. Moty, lieutenant d'infanterie de marine, et C'est M. alors inspecteur deTàn-An,qui fut désigné pour aller seconder ^1. (iarnier eu qualité d'administrateur des affaires indigènes au Tong-King. Comme l'une des principales fonctions de cet officier devait être l'organisation des milices tongkinoises, il témoigna le désir qu'on lui adjoignit dans ce but un Uw-la'i ou fourrier de notre milice de Cochinchine et deux ou trois instructeurs de la compagnie indigène mais l'amiral Dupré ne crut pas devoir accéder à ce désir il tenait à éviter avec soin tout ce qui pourrait porter ombrage au gouvernement annamite. Toutefois, comme il voulait parer à toute éventualité, il répondit à la demande de renfort de M, Garnier. C'est pourquoi, dans la matinée du 7 décembre, le Decrès quittait Saigon emportant à destination du Tong-King une compagnie de marche d'infanterie de marine, forte de allait bientôt lui faire

;

:

cent cinq

hommes

(1).

Cette compagnie était

commandée par

l'aide de

camp

lieutenant Goudard; ses deux autres officiers étaient M. Gaussen, lieutenant, et M. Michel,

de l'amiral, M.

le

Ce détachement d'infanterie devait, si événements le permettaient, remplacer la compagnie de débarquement du Decrès, qui eût alors rallié son bâ-

sous-lieutenant. les

timent.

M. Moty, un enseigne de vaisseau, M. Rullier, envoyé pour compléter l'état-major du Scorpion, et un officier d'administration, M. Etchegoyen, avaient également pris place à bord du Decrès. En outre, cet aviso avait embarqué trois cents fusils à piston pour armer les milices tongkinoises, des munitions en quantité, « trois mois de vivres, des provisions de toute espèce et des

nombre (\)

A

(2)

savoir

colis

sans

»

.

:

1

fourrier, G sergents, \2

caporaux, 2 clairons et 84

soldats. (2) Lettre de M., Testard du Cosquer, commandant du Decrès, h M. Francis Garnier, envoyée de Tou;'ane le 13 décembre.


l'arrivée du renfort.

201

Le 13 décembre, le commandant du Decrès envoyait de Tourane, par la voie de terre, une lettre à M. Garnier, pour lui annoncer sa prochaine arrivée dans les eaux du Tong-King, et le 16 il mouillait en rade du Cua Càm. C'est seulement le 21 que le Scoi'pion aborda le Decrès. Cette canonnière avait eu une navigation des plus difficiles. Partie de Hà-Nôi le 14, alors que les eaux commentaient à devenir très-basses, elle avait subi de nombreux écho nages. Craignant d'en subir encore à son retour s'il était trop chargé, le commandant du Sco7^pio?i, M. Esmez, ne voulait embarquer que la compagnie d'infanterie de marine, avec ses munitions réglementaires. Mais le commandant du Decrès, M. Testard du Cosquer. était pressé de quitter les eaux du Tong-King, « ses instructions lui prescrivant d'y rester le moins possible (1). » M. Esmez enleva donc du Decrès tout le matériel en vivres et en munitions que ce navire avait emporté à destination du corps expéditionnaire il devait le transporter à Haï-Phèng sur le Cua Càm, et le déposer dans ce fort sous la garde de vingtcinq hommes d'infanterie de marine. M. Esmez partit pour Haï-Phông. Or à Haï-Phèng l'ancien fort était détruit. Alors il hèle une jonque chinoise qu'il aperçoit stationnant près de l'ancien marché de Càm, Ini demande ses papiers et lui confie tout le matériel, avec ordre de le conduire à Haï-Dzu'o'ng. A Haï-Dzu"o'ng, le patron de cette jonque devra prendre les ordres du commandant français. Quant à ses papiers, on ne les lui rendra qu'à Hà-Nùi, lorsque le matériel qui lui est confié y sera parvenu. (Il y parvint effectivement quelques jours après :

l'arrivée

du Scorpion.)

Enfin, le 23 décembre

le

Scorpion put quitter

du Tong-King, pour remonter à Hà-Nùi.

Il

le golfe

avait à son

bord la compagnie d'infanterie et ses officiers, ainsi que M. Moty, M. Rullier et M. Etchegoyen. Des milliers et des milliers d'indigènes, une haie pres(1)

Lettre de

M. Testnrd du Cosquer, précédemment

citée.


202

L'AltRlVÉE

1)1'

RENFORT.

que continue, dans l'attitude Ja plus bienveillante, se pressaient sur les rives pour voir passer les Français, pour les acclamer. La traversée se fit avec la plus grande célérité. Les bancs, qu'on avait reconnus en descendant à la mer. furent évités de telle sorte que le 25, dans la matinée, le Scorpion mouillait devant Hà-Nùi. Une foule anxieuse couvrait la rive une embarcation de M. Dupuis, montée par M. Georges Vlavianos, accoste ;

:

Scorpion ; elle est suivie de près par une autre barque qui porte M. Bain de la Coquerie. Ils viennent annoncer

le

du 21 décembre. Le débarquement se fait

le désastre

aussitôt.

En un

instant les

corvéables annamites ont transporté à la citadelle le peu de matériel qu'a pu amener le Scoi^pion. A peine installé,

M. Goudard,

le

commandant de

l'infanterie de

s'occupe des travaux de défense intérieure

;

et

marine, malgré le

nombre d'ouvriers qu'il a été possible de réunir, il termine promptement. Par suite de l'arrivée du renfort, l'effectif des forces françaises présentes à Hà-Nôi s'élevait, en y comprenant les équipiiges des deux canonnières, à plus de deux cents hommes de troupe européenne. Dès lors il était possible de placer un poste à chacune des portes de la citadelle. Eu outre, le passage du renfort dans les rues de HàNôi, lors de son débarquement, avait ramené la confiance petit

les

:

l'imagination populaire, grossissant cette petite troupe, en avait presque fait une armée. Les boutiques s'étaient rouvertes, et nos miliciens indigènes, qui depuis le 21 dé-

cembre avaient, pour

la plupart,

abandonné leur

étaient revenus se ranger sous notre drapeau.

service,


COMMANDEMENT POLITIQUE DE

M. ESMEZ.

*203

CHAPITRE TREIZIEME Commandement

politique de

M. Esmez.

Lors de l'envoi de M. Francis Garnier au Tong-King. une décision du gouverneur, signée par son ordre de son chef d'état-major, avait nommé M. Esmez commandant en second de l'expédition. Mais, lorsque la compagnie de débarquement du Decfès fut venue à Hà-Nôi, comme son commandant, M. Bain de la Coquerie, était plus ancien que M. Esmez, c'est à lui que, suivant le règlement militaire, devait échoir la succession de M. Garnier. M. Esmez cependant était seul au courant des diverses négociations qui avaient été entamées avec les Annamites (1). C'est pourquoi, dès la veille de la prise de la citadelle de

Hà-Nôi, M. Garnier, prévoyant

le

cas de sa mort, avait

réglé sa succession dans une lettre que ce jour

remit à M. Bain

même

il

à cet officier il ne laissait que le commilitaire de l'expédition et commettait ]\I. Es:

mandement mez à l'administration politique. En conséquence, le 25 décembre,

lors

du retour du

Scorpion à Hà-Nôi, M. Bain remit la direction des affaires à M. Esmez et ne s'occupa plus que des questions militaires. Aidé de M. Moty, M. Esmez se mit immédiatement à dépouiller les papiers de M. Garnier. Il y trouva les bases du projet de convention que le regretté commandant discutait le matin même de sa mort. En outre, d'après les dernières instructions de l'amiral Dupré, il était nécessaire d'arriver le plus tôt possible à une entente avec les ambassadeurs de la cour de Hué. Dès le 25 décembre, M. Esmez reprenait avec ces ambassadeurs les négociations qui depuis la fatale journée du 21, étaient interrompues. En même temps une ,

«

Esni.'z, mon second v, oci-ivait M. Francis Garuier, (1) « M. supplée avec une activité et une eiiteute de la situation que je

»

saurais trop reconnaître.

'•

»>

me ne-


COMMANDEMENT POLITIQUE DE

204

prochiiiiation aunoiirait cet

du & « « «

« ((

« «

« «

« « «

«

M. ESMEZ.

ùvènement aux populations

Tong-Kin.L!;.

Si les Fraiirais et les Chinois, disait cette })roclania-

commerce au Tong-King, tous les liadu pays en retireraient un profit des plus considérables. Le noble royaume d'Annam l'a bien compris c'est pourquoi il a envoyé à Hà-Nùi des ambassadeurs munis de pleins pouvoirs, afin ([u'ils s'entendent avec nous pour signer une paix durable. De concert avec eux, nous exhortons les ïongkinois, étudiants ou laboureurs, artisans ou commerçants, à se tenir tranquilles chacun chez soi, pour que les efïets de cette paix ne soient pas éphémères. La convention, une fois signée, sera une source de richesse pour le pays tous vivront dans l'abondance et jouiront d'un bonheur véritable n'est-ce pas ce que l'on peut désirer de mieux ? » M. Esmez ne savait pas l'annamite mais M. Moty, en tion, faisaient le

bitants

;

;

;

;

sa qualité d'administrateur des affaires indigènes, connaissait cette langue il conduisit les négociations avec :

ambassadeurs, d'après les bases qui se trouvaient écrites dans les papiers mêmes de M, Garnier. Tout le Delta du Tong-King, compris entre la mer et le Sông Hàt, devait être un territoire neutre, gardé par les seules milices indigènes. Le service administratif eût été remis aux mandarins nommés par la cour de Hué touteles

;

garnisons françaises eussent continué à occuper les citadelles jusqu'à la ratilication du traité définitif. C'était à la demande des ambassadeurs eux-mêmes que M. Muty .avait maintenu l'occupation des citadelles par les Français. N'ayant aucune troupe pour les faire garder, ils craignaient avec raison de les voir tomber entre les mains des brigands et des pirates. Le texte primitif de l'article 10, qu'on lira plus loin, portait même textuellement que cette occupation était maintenue « sur la demande expresse des ambassadeurs. » On dut supprimer cette rédaction, ces mandarins ayant fait observer qu'elle pouvait causer leur disgrâce et même leur coûter la vie. Ainsi une convention très-avantageuse et des plus fois les

,


COMMANDEMENT POLITIQUE DE

M. ESMEZ.

205

honorables pour notre drapeau avait été arrêtée de concert avec les ambassadeurs de Tu'-Dù'c. Malheureusement, on va le voir bientôt, elle ne put recevoir leur signature ;

même

où elle avait été élaborée, furent considérées comme non avenues. Une autre convention, certes bien moins avantageuse et bien moins honorable pour la France, sera conclue par un envoyé français. Plus loin je citerai cette seconde convention. Je prie le lecteur de vouloir bien la comparer avec celle que M. Esme/. imposait aux ambassadeurs de Tù-Dù'c. Alors il cherchera, mais en vain, comme je l'ai fait moi-même, les motifs qui ont pu déterminer un envoyé français à ne pas respecter des clauses si favorables à la France. Ce projet de convention était précédé d'un préambule où, dans un langage plein de fermeté, notre négociateur, M. Esmez, exposait le but de la mission française au Tong-King. « L'amiral gouverneur, disait-il. en nous envoyant au c Tong-King, était animé des intentions les plus pacifi« ques.Il n'avait d'autre but que de conclure à l'avantage « des deux gouvernements un traité de commerce devant « ouvrir aux richesses des provinces chinoises un débouché les négociations,

accessible à tous.

»

« La marche des événements a pris malheureusement, sous l'inspiration de Nguyên Tri Phu'o'ng dont les vieilles haines égaraient la haute raison, une tournure telle qu'il est à craindre que les bonnes intentions du gouverneur vis-à-vis de la noble cour ne soient modifiées.

c

naire de So'n-Tày, sont venues nous attaquer dans la

« « «

,

*

» <s

(

c « «

«

Des troupes

chinoises, à la solde

du

coi'ps expédition-

de Hà-Nôi et aujourd'hui nous apprenons que des troupes viennent d'arriver, ce qui semblerait indiquer que l'on veut encore combattre. « La juste colère du gouverneur serait grande si, en apprenant ces choses, il n'apprenait en même temps que les envoyés du noble royaume ont de tous leurs efl'orts secondé nos tentatives pour rétablir la tranquillité du pays un instant troublée, et donner autant que citadelle

;


20G «

u().MM.\NbEMi::sT

i'»)LiTi(,»i:i':

de

.m.

esmkz.

possible satisfaction aux just'^s réclamations que nous

«

si longtemps. Plus forts que jamais, nous vous offrons encore aujourd'hui de tout traiter à l'amiable, comme il convient à deux gouvernements voisins qui s'estiment et veulent s'entr'aider mais il faut que tout se fasse sincèrement

«

et le plus vite possible.

«

par la justice

«

là rien qui arrête

«

élevions depuis «

« «

;

A la

et la

Nos revendications sont

plus simple raison.

un

Il

esprit droit et sûr.

dictées

ne peut y avoir »

préambule, si énergique et si digne, venaient les articles de la convention. « Nous demandons, continuait M. Esmez et si l'on « nous y force, nous exigerons « Ar'iicle V. Le Tong-King est ouvert au commerce « français, espagnol, chinois et annamite, comme il a « déjà été dit dans les précédentes proclamations. « Article 2. Les bateaux circuleront tranquillement, « sans avoir à redouter aucune entrave de la part des « mandarins. « Article 3. Toute troupe, quelle qu'elle soit, se « retirera de l'autre côté du Song Hàt. « Article 4. Toute troupe de la cour sera retirée « entre le Song Hat et la mer, et il ne sera conservé que suite de ce

;

:

—

—

—

—

indigènes nécessaires aux différents services

«

les milices

«

administratifs.

—

« «

« Article 5. Les têtes et les corps des cinq Français morts lors de l'attaque de la citadelle de Hà-Nôi seront rapportés dans le plus bref délai. « Article 6. Un mandarin dûment accrédité sera envoyé dans chacune des citadelles occupées par les Français, auprès de l'officier commandant, qui lui rendra le service administratif. « Article 7. Il sera pourvu aussitôt par le mandarin aux vacances laissées parmi les fonctionnaires du pays, afin que la tranquillité lui soit immédiatement rendue. « Article 8. Aucun des fonctionnaires nommés depuis les derniers événements, à cause de la fuite des anciens mandarins inutilement invités à rester, ne sera

—

« « «

—

«

«

—

« «


COMMANDEMENT POLITIQUE DE «

changé sans une enquête

faite

M. ESMEZ.

207

de concert par les officiers

«

mandarins de Hà-Nôi. « Article 9. Les populations requises par les Français ne seront pour ce fait nullement inquiétées. » Article 10. Les garnisons françaises seront maintenues dans les citadelles jusqu'à la ratification du traité définitif par la noble cour et l'amiral gouver-

«

neur.

«

«

français et les

—

—

«

»

En retour les Français promettaient € 1° De secourir de leurs armes les provinces ravagées :

« «

«

par

paisible navigation. «

« «

les pirates et les rebelles,

chaque

fois

que ce serait

nécessaire à la sécurité du commerce; « 2° De garder le fleuve et d'en assurer pour toujours la »

Si ces conditions, disait en terminant

M. Esmez, sont

acceptées volontiers et gardées avec fidélité, les relations entre les deux gouvernements pourront devenir faciles

amicales; mais la duplicité entraînerait certainement le noble pays les plus fatales conséquences. »

«

et

«

pour

Le texte de cette convention était définitivement arrêté. M. Esmez et M. Moty se rendent chez les ambassadeurs, suivis de Mgr Puginier et de Mgr Sohier ces deux évêques assistaient en qualité d'interprètes M. Esmez et M. Moty signent. Avant de signer, les ambassadeurs, pour diminuer leur responsabilité, demandent aux deux :

évêques de signer avec eux ceux-ci consentent. La signature des ambassadeurs allait être apposée au bas de la convention, lorsqu'un courrier leur apporte une lettre. « Notre mission est finie, disent-ils aussitôt qu'ils ont ouvert ce pli nous n'avons plus aucun pouvoir. » Cette lettre leur annonçait l'arrivée d'un nouveau plénipotentiaire annamite. A peu près en même temps, M. Esmez recevait d'un nouvel envoyé français, qui allait prendre la succession politique de M. Garnier, l'ordre de suspendre toutes négo;

'

ciations.

;


ADMINISTRATION' DE M. HAUTEFEUILLE

208

CHAPITRE QUATORZIÈME Administration de M. îîautefeuille en Ninh-Binh. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, M. Garnier avait maintenu M. Hautefeuille à la tête de la province de Ninh-Binh,

Ce jeune officier avait à se plaindre du zèle intempestif du gouverneur indigène qui lui avait été adjoint. La proclamation qu'avait lancée Joseph Fils était faite au nom de la France; c'était contraire aux instructions que M. Hautefeuille lui avait données de la part du commandant elle eût dû être faite au nom de TiC-Diic sous le :

protectorat de la France.

Il était

à craindre qu'elle ne fût

improuvée par l'amiral Dupré, comme devant lui causer des difficultés dans ses négociations avec les ambassadeurs de la cour de Hué. Aussi, faisant droit aux griefs de M. Hautefeuille ^ M. Garnier destitua Joseph Fils. Et, comme l'ancien gouverneur venait de se soumettre, on le rétablit dans ses fonctions.

Un nouveau délai de deux jours était accordé aux autres fonctionnaires de la province; ils devaient, en signe de soumission, remettre leurs cachets et se servir immédiatement de ceux du protectorat. Dès le 10 décembre, le gouverneur de Ninh-Binh annonçait à ses administrés qu'il avait accepté le nouveau régime. Sa proclamation avait été rédigée par M. Garnier lui-même

;

il

n'avait eu qu'à la traduire en caractères chi-

nois. «

« « « «

Jusqu'à ce qu'un

traité définitif, disait-il, ait

conclu entre la cour de

Hué

et l'amiral

été

gouverneur de

Saigon, le gouverneur de Ninh-Binh s'engage à faire exécuter fidèlement les arrêtés relatifs au commerce publiés par le commandant français, à transmettre et à

ft

recevoir par le tram toute correspondance venant de

«

Hà-N6i ou de Hué.

Il

continuera à administi'er la pro-


EN NINH-BIXH.

nom du

roi et sous la protection de l'autorité s'engage à ne faire aucun barrage, aucune levée de troupes, aucune fortification sans l'assentiment

«

vince au

«

française.

« «

209

Il

du commandant français. « Le gouverneur de Ninh

-

Binli ordonne

tants de rester en paix chez

aux

liabi-

«

de cultiver leurs champs et de se livrer au commerce. Tous les maires et tous les chefs de canton doivent rester à leurs postes. Les préfets et les sous-préfets qui ont abandonné leurs villes doivent faire leur soumission par écrit aux conditions ci-dessus indiquées. Ils pourront alors recouvrer leurs grades. « Tous ceux (lui, nonobstant cette proclamation, conseront traités en tinueraient à agiter la province

«

rebelles.

« «

« « «

« «

eux,

,

»

C'est « avec son ancien cachet (1) », ainsi qu'il l'exprimait lui-même en terminant, que le gouverneur avait mais il annonçait qu' « à signé cette proclamation l'avenir lui et tous les fonctionnaires de la province se serviraient de cachets semblables à ceux de la province de Hà-Nùi. » C'était, ajoutait-il, « afin d'indiquer que le commandant français, représentant de l'amiral, proté;

gerait les habitants et chasserait les malfaiteurs et les pirates.

»

en raison des circonstances, remise était faite, aux habitants de la province, de la moitié de l'impôt sur le riz. » Enfin,

pour

«

cette année,

M. Hautefeuille, cependant, avait organisé des troupes. Dès le 11 décembre, il expédiait deux cent quarante hommes à la garde du défilé de Tam-Dièp, le plus important des deux passages qui font communiquer les provinces du Sud avec le Ninh-Binh et le reste du Tong-King. (1)

Au

du gouverneur de Ninh-Binh ne lui M. Garnier l'avait donné à M. Hautefeuille.

reste cet ancien cachet

appartenait « Gardez-le,

(l*^jà

plu.s

lui

avait-il

:

dit,

en souvenii* de votre glorieuse action. » ;\ M. Balny d'Avricourt le cachet du plus tard M. Philastre réclamera ces

De même M. Garnier avait donné gouverneur de Haï-DzuVng. Mais

cachets j)OMr les restituer au gouvernement annamite.

u


ADMINISTRATION DE M. HAUTEFEUILLK

210

Le lendemain avait lieu la nomination des deux préfets d'Yèn-Khânli et de Nho-Quan, ainsi que celle des quatre de Kiui-So'n de Gia-Vièn et sous-préfets d'Yèn-Mô d"Yèn-Hoa. Sur ces six mandarins trois étaient chrétiens. Ils partent avec les troupes que M. Hautefeuille a organisées partout ils sont reçus avec acclamation le drapeau français flotte jusqu'aux confins de la province. Le préfet de Nho-Quan était de race mu'ong comme les habitants de ce département. Aussi ces derniers envoientils une adresse à M. Hautefeuille pour lui en exprimer leur reconnaissance ils ne seront donc plus pressurés comme autrefois par les fonctionnaires de race anna,

,

:

;

;

mite.

Le même jour, l'2 décembre, un détachement de miliva occuper le défilé de Dièn-Ho. Ainsi les deux passages, qui donnent accès en Thanh-Hoâ, sont en notre

ciens

pouvoir.

Dès ce jour cessent les troubles. La tranquillité durera douze jours, jusqu'à la nouvelle de la mort de M. Garnier. C'est la seule province qui ait joui d'un semblable répit.

Escorté d'un seul Annamite, M. Hautefeuille visitait le pays à cheval; ses promenades dans la campagne duraient deux et trois heures. Il entrait dans les fermes, dans les pagodes partout il était bien accueilli. C'est que jamais il ne manquait d'emporter sur sa selle un paquet quand il passait dans un vilde ligatures de sapèques lage, il remettait quelques ligatures au maire avec un :

;

papier sur lequel il avait fait écrire d'avance en caractères chinois « Aux plus pauvres. » De même, il avait toujours quelques sapèques à distribuer aux enfants. Les Annamites de la province de Ninh-Binh pouvaient faire la comparaison entre ce jeune commandant français, courageux et bienfaisant, et leurs anciens mandarins, lâches et rapaces, dont les visites n'étaient qu'une occasion de rapine et de tyrannie (1). :

(1)

Un

tants du

simple détail montrera jusqu'où allait la sympathie des habiNinh-Binh pour notre domination et quel désir ils avaient (\p


EX NIXH-BIXH. Mais, d'un autre côté,

si

211

M. Hautefeuille

bienfaisant envers la population paisible,

il

se montrait était impi-

toyable à l'égard des perturbateurs de l'ordre considération ne pouvait le faire fléchir.

;

aucune

Quelle que fût la tranquillité dont jouit sa province, M. Hautefeuille ne négligeait aucune précaution des jonques de rivière étaient armées en guerre et les fortifications de la citadelle améliorées. Dès le 18 décembre, il faisait démolir toutes les constructions privées, sises à cinq cents mètres des remparts. Les expropriés devaient recevoir une indemnité et un terrain équivalent. La province de Ninh-Binh était donc pacifiée, ses frontières bien gardées, ses milices nombreuses et déjà aguerries. M. Hautefeuille avait, en outre, parfaitement organisé la police ses espions le tenaient au courant de tous les agissements des ennemis (1). Le commerce reprenait, les marchés étaient fréquentés comme autrefois. A la vérité, la nouvelle que M. Garnier allait conclure un traité avec des ambassadeurs de Hué avait un mo:

:

ment

inquiété les indigènes qui s'étaient ralliés à notre domination. Mais M. Hautefeuille les avait rassurés, leur promettant que la France ne les abandonnerait jamais.

Le 23 décembre

,

un courrier

arrivait de

Hà-Nôi

et

Un maïin de la suite de M. Hautefeuille, trouvant étrange que les indigènes se prosternassent devant les Fraucais, les avait invités h ne leur faire désormais que le salut niilitaii-e. Dès lors, dans les environs de ÎS'inh-Binh, tous les indigènes, les femmes aussi bien que les hommes, ne saluèrent plus les Français qu'en pors'assimiler aux Français.

tant la (1)

main

à leur coiffure.

Un exemple touchant

la sûreté di^s

informations qui parvenaient à

M. Hautefeuille de tous les points de sa province Le gouverneur de Thanh-Hoà, voulant .juger de Tétat des Français, avait envoyé en Nitih-Binh son propre neveu, déguisé en paysan. Ce jeune homme fut tilé dei)uis la frontière M. Hautefeuille le laissa entrer dans la citadelle et observa toutes ses démarches. Il eût pu l'arrêter, mais il i)référa le laisser retourner dans sa province, rapporter que le Ninh-Binh était parfaitement soumis aux Français. Ur, ce jeuue Annamite était peine rentré en Tlianh-Hoù, qu'une lettre de M. Hautefeuille parvenait à son oncle, le gouverneur de la province dans cette :

;

Ji

:

rapporté en détail tout ce qu'il avait dans la p-.-ovin'*e d^ Ninh-Binh jusqu'à sa «ortie.

lettre était

fait

depuis son entrée


ÂDMINISTllATIOX DE M. IIAUTEFEUILLE

212

remettait à M. Hautefeuille une lettre de

^I. liain

de la

nouvelle de la mort de M. Garnier Coquerie Balny d'Avricourt. M. Hautefeuille était alors M. de et :

c'était la

le travail surhumain, qu'il avait dû accompour organiser une province d'un millioii dames, avait abattu ses forces. Il supporta néanmoins sans faiblir le coup de cette fatale nouvelle. !Même le sentiment de sa responsabilité lui donna-t-il une nouvelle énergie. Sur-le-champ il prend les mesures nécessaires pour sauvegarder les intérêts qui lui sont confiés et dès l'abord il fait obstruer avec de la terre toutes les portes de la citadelle, sauf celle du Sud. Le lendemain même les troubles éclataient. A la voix des lettrés et des chefs de canton, le pays se soulève. Sous leur conduite, une bande de Sauvages s'empare d'Yèn-Hoa, en tue le mandarin, massacre deux prêtres annamites et incendie plusieurs villages chrétiens. Deux jours après la préfecture de Nho-Quan tombe en leur

très-soulïrant

:

plir

;

pouvoir.

La panique règne dans la ville de >s'inh-Binh tout commence à se désorganiser. Les Annamites s'imaginent ;

que, ,M. Garnier mort, les Français, ses compagnons, ne sont plus à craindre. le

Mais, dans la journée arrive un navire de M. Dupuis, Manfj-Hào : il apporte des vivres et quelques muni-

tions.

Après leur exploit d'Yèn-Hoa, les lettrés avaient marché sur Ninh-Binh déjà même ils menaçaient la souspréfecture de Gia-Vièn. A cette nouvelle, M. Hautefeuille envoie contre eux !e quartier-maître Dallot, avec trois marins et soixante- dix ils Annamites. Les ennemis sont repoussés. Bientôt reviennent en plus grand nombre la petite troupe franco-annamite va être cernée. M. Hautefeuille apprend le danger qu'elle court. Incontinent il fait partir le second maître Jarnot avec deux marins et deux cents Annamites. Le succès est complet les ennemis s'enfuient en désordre, Gia-Viên est déj^agé. ;

,

:

:


EX NIXH-BINH.

Voyant

croître le danger,

213

M. Hautefeuille

Telle levée de troupes, qui porte

fait

une nou-

ses forces à cinq mille

hommes environ (1). Toutes les garnisons sont doublées mille hommes sont à Ninh-Binh, dont cinq cents toujours :

prêts à

marcher

;

huit cents au défilé de Tam-Dièp, cinq

hommes, dans les montagnes duNho-Quan, sous les ordres d'un chef mu'o'ng, l'adjudant-général (2) Xèt, gai'dent les passages qui conduisent en So'n-Tày. Le reste est distribué entre les sous-préfectures de la plaine trois cents en Yên-Mô, autant en KimSo'n, six cents en Gia-Viên, cinq cents en Yèn-Hoa. Le 27 décembre, VEspinrjole arrive elle est commandée par M. Rullier. Cet officier prend la surveillance du cents à celui de Dièn-Ho. Mille

:

;

fleuve.

Par malheur, arrivé au Tong-King depuis quelques jours à peine et encore peu habitué aux ruses des Annamites, il a, en venant du Phu Ly à Ninh-Binh, laissé un

Don Vi

parti de lettrés s'établir au fortin de la

il

croyait,

avoir affaire à une troupe de nos alliés indigènes.

La Don

:

Vi était un poste de douane militaire situé sur le Daï, dans la province de Hà-Nôi, aux confins du Ninh-Binh

;

elle

commandait

le

fleuve et la route des tram.

Forts de cette position, les lettrés se portent de nouveau sur Gia-Viên; ils osent même marcher sur Yên-Khânh, la préfecture qui est aux portes de Ninh-Binh. Le mandarin d' Yèn-Khành rallie ses troupes l'armée des lettrés est refoulée dans un village puis ce village est incendié. En même temps la citadelle de Ninh-Binh canonne l'ennemi, et V Espingole lui envoie quelques obus, ;

;

Les premières troupes, que leva M. Hautefeuille, étaient formées volontaires. Plus tard, lorsqu'il eut organisé la province, M. Haute-

(1) (!e

feuille

ne procéda plus par appel de volontaires

;

mais

il

indiquait le

nombre d'hommes que chaque arrondissement devait fournir une espèce de conscription. Du

hommes

reste, les

:

c'était

étaient attirés par

solde sept ligatures et demie et une mesure de riz par mois, ou quinze ligatures sans le riz cette solde était cinq fois plus forte que celle des miliciens de Hîi-Noi. Les troupes franco-annamites de Ninh-Binh portaient, comme signe de l'econnaissance, un collet rouge celles de Nam-Dinh un lirassard blanc. (2) Pho-lanh-hinh. l'appât d'une forte

:

;

;


ADMINISTRATIOX DE M. HAUTEFEUILLE

214

qui achèvent de le mettre en déroute. Le pays erst repris jusqu'à la rivière Dào Giang. Le soir môme de cette victoire, dans une proclamation conçue en termes sévères, M. Hautefeuille promet la sécurité aux gens paisibles, mais annonce qu'il sera sans pitié pour quiconque troublera la tranquillité publi(|ue. «

Tout

,« soit

village,

dit cette proclauiation,

quelque autre village, sera lui-même incendié

«

rait briller

a

après avoir restitué les «

«

« «

€

soit chrétien,

païen, qui par vengeance et sans autorisation ose-

dommages commis.

Précédemment nous avons dû pour

rétablir la paix

donner ordre de brider quelques villages rebelles qui recelaient des lettrés révoltés c'était le cœur navré mais nous sommes impitoyables pour les malfaiteurs. « Notre volonté est de protéger tout le peuple, sans dis:

;

tinction ni préférence, soit à l'égard des chrétiens, soit

«

à l'égard des païens. Par suite, tout village païen, qui

«

ne recèle aucun

«

révolte, loin de craindre, a tout à attendre

«

secours et protection.

<

soit,

«

tice

t

lettré hostile et

ne prend point part à la de nous,

Tout voleur ou incendiaire, de quelque religion sera

condamné avec

qu'il

la dernière rigueur.

Tout mandarin, qui oserait commettre quelque injusou faire des exactions, sera puni sévèrement. Les villages, et même les individus, seront admis à faire valoir leurs plaintes auprès de nous. « Les mandarins doivent veiller à Texécution du pré«

«

«

«

sent ordre;

«

ariicles, ils

€

si quelqu'un contrevient à ces différents devront immédiatement en référer au com-

mandant français. » La défaite que les

lettrés avaient subie devant YênKhânli n'avait pas abattu leur courage. Deux jours après, sous la conduite d'un ong-tua ou maître de poste, ils revenaient sur la Dào Giang. M. Hautefeuille envoie contre

eux

le préfet

d'Yèu-Khành

;

et,

laissant l'administration

de la citadelle au P. Gélot, il part lui-même avec deux jonques, sur lesquelles sont embarqués deux cents Annamites et deux marins français.


EN iNINH-BINH.

215

La marche des jonques étant trop lente, M. Hautefeiiille renonce à prendre les lettrés par eau. Il renvoie les jonques à Ninh-Biuh, descend à terre et va cerner les lettrés que le mandarin d'Yên-Khânh combat à Ninli-Dà. La victoire est complète (28 décembre). En rentrant àNinli-Binh, le jeune commandant passe par Gia-Viên et Yên-Khânh. Tous ces pays sont bien gardés. Le préfet d'Yên-Khanh est un bon administrateur et un

vaillant soldat.

A

son retour à la citadelle, M. Hautefeuille reçoit de nombreuses députations de maires de villages. On lui livre des chefs de

canton qui ont cherché à fomenter la

révolte.

Tous ces fauteurs de désordres, tous les chefs des insurgés faits prisonniers sont mis à mort. Ces exécutions ralentissent l'élan des lettrés ils comptaient sur notre ancienne indulgence mais plus de clémence pour ceux :

;

qui troublent le pays

!

Sud-Est commençait à s'agiter Thanh-Hoâ. Or, à la frontière, un corps de deux mille hommes, sous la conduite de dix-huit mandarins, s'apprêtait à reprendre poscette session des provinces conquises par les Français les défilés pouvait passer tant que ne ennemie troupe étaient en notre pouvoir. C'est pourquoi le 26 décembre une bande de Sauvages insurgés était descendue des montagnes dans le but de forcer le défilé de Tam-Diêp et de donner ainsi la main aux troupes du Thanh-Hoa. Le gé-

D'un autre

côté, le

;

cette partie de la province joint le

;

néral (dianJi-lanlt-binli) Lu'o'ng l'avait repoussée et les des six principaux chefs avaient été envoyées à

tètes

Ninh-Binh.

Après

la bataille

de Ninh-Dà, les lettrés s'étaient diviDes deux premières, l'une s'était

sés en trois bandes.

portée sur Yèn-Hoa, l'autre était remontée dans la direction du Pliu Ly et s'était établie à la Don Vi. La troisième s'était jetée sur le Kim-So'n elle voulait proba:

blement défilés.

faire

une nouvelle tentative contre

l'un des

deux


ADMINISTRATION DE M. HAUTEIET'ILLE

216

A cette

nouvelle (29 décembre),

le

second maître Jarnot

recevait l'ordre de partir avec trois marins et cent cin-

quante Annamites et de rejoindre les troupes d'Yèn-Mô. Réuni à ces troupes, il devait assaillir l'ennemi par le Nord, en même temps que les milices de Kim-So'n l'attaqueraient par l'Est et le général Lu'o'ng par le Sud. les lettrés sont Ce mouvement réussit à merveille écrasés à Thièn-Tri. En vain se réfugient-ils dans les montagnes voisines nos troupes, enthousiasmées par :

:

leur triomphe, vont les y chercher, les dispersent de nouveau et font de nombreux prisonniers. Le 31 décembre, Jarnot rentrait à Ninh-Binh avec ses prisonniers. Parmi eux se trouvait un fils adoptif du Quan Thien, le chef des insurgés, ainsi que deux autres grands chefs. Leur procès est rapide. L'exécution de ces personnages rassure nos partisans et fait trembler nos ennemis. Le Sud-Est de la province était donc entièrement débarrassé de rebelles. M. Hautefeuille songe alors à dégager sa ligne de communication avec Hà-Nûi. La bande de lettrés, qui s'était installée à la Don Vi,

coupait la route des traîn, arrêtait les courriers et menamême la mission de Ké-So' etlePhu Ly. heiru-phœiff, ou chef militaire du Phu Ly, avait en vain essayé d'enleçait

A'er

leurs positions

;

il

avait été vaincu.

Le 1" janvier, M. Hautefeuille envoie à son secours le quartier-maître Dallot avec cinq marins et cent cinquante Annamites. Dallot revient dans la nuit ses munitions sont épuisées et il n'a pu débusquer les lettrés. Le même jour, le préfet d'Yên-Khûnh avait vainement tenté de passer la Dào Giang repoussé, il avait perdu un canon. A la vérité, cet intrépide mandarin ne se décourage pas le lendemain même il repart en expédition cette fois il est vainqueur et il envoie des prisonniers à M. Hau:

;

;

;

tefeuille.

Enfin, le a i3ii\\ier,V Espùir/ole était de retour, revenant de Nam-Dinh. Aussitôt M. Hautefeuille l'envoie à la Don Vi. Elle part avec deux jonques montées par cinq marins


EN"

et

NIXH-BIXH.

217

deux cent soixante auxiliaires indigènes. La Don Vi

l'ennemi s'enfuit en désordre, laissant de bataille jonché de cadavres.

est reprise

:

le

champ

Désormais l'insurrection n"a d'autre repaire que le département de Nho-Quan. Son boulevard est la sous-préfecture d'Yên-Hoa. L'armée de So'n-Tây lui a, dit-on, envoyé six cents soldats réguliers et quelques Chinois aux Pavillons-Noirs.

pays autour de Ninh-Binh étant pacifié, M. Hauen personne détruire ce dernier centre de résistance. Au reste, dans la matinée du 5 janvier, YEspiiifjole sera de retour après le combat de la Don Yi elle a dû remonter jusqu'au Phu Ly. M. Hautefeuille écrit à son capitaine, M. Rullier, pour le prier de rester mouillé sous les murs de Ninh-Binh pendant toute Tout

le

tefeuille se décide à aller

:

la durée de son expédition.

Le 3 janvier, le Maiia-Hào était revenu à Ninh-Binh. porteur de vivres pour la petite garnison française, et il du commandant. Son armeune pièce de 4 et une mitrailleuse, qui malheureusement ne pouvait fonctionner. M. Hautefeuille l'avait immédiatement envoyé à la Don Yi prêter mains'était

ment

mis à

la disposition

consistait en

YEspimjole ;

forte à

il

n'était arrivé qu'à la fin

C'est à son retour de la

du combat.

Don Yi que M. Hautefeuille décide

l'expédition d'Yèn-Hoa.

Dans la soirée du 4 janvier, il expédiait à l'embouchure de la Dào Giang deux jonques chargées de deux cent cinquante soldats annamites et mu'o'ngs.Puis, le lendemain matin, à quatre heures, il partait sur le MaiiQ-Hào avec le quartier-maître Dallot et quatre marins. Deux heuresaprès, le Maim-lhu) était parvenu au confluent de la

Giang monte

A

;

là

il

prend à

la

remorque

les

deux jonques

Dào

et re-

cette rivière.

il débouchait en face d'une forte position occupée par l'ennemi. Da'i-Hu'u est un gros bourg divisé en trois villages entouré de palissades, il était défendu, d'un côté, par la rivière, de l'autre, par des marais; en

huit heures,

:


AbMIXISTIlATION DE M. HAUTKI'ELII-Lb:

'218

arrière, de hautes

montagnes pouvaient servir de refuge

à

ses défenseurs.

M. ÎTautefcuille descend à

terre avec les marins et les pousse renncini devant lui; (luelques coups de feu sont échangés. Toutefois il n'avance qu"avec circonspection. L'ennemi parait nombreux. Soudaiu. au débouché d'un sentier, il se trouve en face d'une troupe bien rangée au-dessus d'elle flotte un drapeau noir entre deux drapeaux rouges aux couleurs d'Annam. Ce drapeau noir indique sans doute la présence des Chinois aux Pavillons-Noirs de l'armée de So'n-ïày sa vue met la rage dans le cœur des marins, et, pour leur auxiliaires.

11

:

;

faire

un

cesser

feu trop rapide, qui eût

épuisé les munitions,

le

commandant

promptement me-

doit user de

naces.

Deux obus, lancés par le McvKj-Hào. et quelques feux de peloton, jettent le désordre dans les rangs de l'ennemi; il s'enfuit en débandade vers les montagnes ; par prudence, M. Hautefeuille renonce à le poursuivre. Ce combat s'était livré à une distance de cinq cents mètres les auxiliaires indigènes n'avaient pu être d'aucun secours mais, l'ennemi repoussé, ils envahissaient les trois villages et les livraient aux tlammes, prévenant, par cet incendie, un retour offensif des lettrés. Une partie de ces derniers parvient, il est vrai, à se rallier à quelques kilomètres en amont ils s'embusquent dans un village (1) situé sur le bord de la rivière. A trois heures et demie le Mamj-Hdo était devant ce village. Deux coups de mitraille dégagent la rive une troupe de cent Annamites, renforcée de deux marins, débarque et met en fuite les insurgés. Ils ne se rallieront plus qu'à Yên:

:

;

;

Hoa. soir de cette pénible journée, M. Hautefeuille mouildevant Lang-Van. C'était un village chrétien, entouré de fortes palissades et bien défendu par ses habitants. Le 6 janvier la lutte devait être encore plus chaude

Le

lait

{1) "N'inli-Tri

sur

Dào Giang.


EX XLNH-BIXH.

'219

A sept heures et demie du matin le Mangdeux jonques qu'il remorquait arrivaient devant Yèn-Hoa. Entrepôt du commerce entre la plaine et la région des montagnes, cette ville était la plus grande et la plus riche que

la veille.

Hào

et

les

de la province. Elle était le centre de la révolte réunis à plusieurs centaines de soldats réguliers venus de l'armée :

de So'n-Tày, les lettrés occupaient une position très-forte. etret. outre son enceinte en palissades, la ville était encore protégée d'un côté parla rivière, de l'autre par des

En

lacs

;

un bois épais garantissait

la troisième face

;

le fort

de la sous-préfecture gardait la quatrième. Enfin des abattis, des abris en terre et d'autres ouvrages complétaient la défense.

Quand le Mançj-Hào n'est plus qu'à quatre-vingts mètres d'Yôn-Hoa, M. Hautefeuille ouvre le feu; l'ennemi riposte incontinent. Notre tir est très-meurtrier; le sang coule de la berge occupée par les insurgés et rougit les eaux de la rivière. Malgré ses pertes, l'ennemi se maintient dans sa position.

Le commandant envoie alors deux cents auxiliaires annamites débarquer en aval de la ville ils devront prendre les retranchements à revers. Lui-même remonte très- doucement le long de la ville et, enfilant de feux de peloton ses longues rues droites, encombrées de soldats ennemis que chassent ses auxiliaires, il vient se placer en amont pour débarquer. Pendant ce temps, les auxiliaires annamites sont parvenus à débusquer l'ennemi de sa position et, pour prévenir un retour offensif, ils ont mis le feu à ses casernes. Le vent pousse les flammes sur la ville bientôt Yên-Hoa va être la proie de l'incendie. M. Hautefeuille débarque avec ses marins et cinquante Mu'o'ngs il se porte sur le bois. Comme il en approche, l'ennemi l'accueille par un feu bien nourri et l'oblige à s'arrêter. Les hommes se couchent dans la boue et, par leur tir, parviennent à dégager une route assez large qui s'enfonce dans le bois. ;

;

;

:

;


2'20

ADMINISTRATION DE M. HAUTEFEUILLE EN NINH-BINII.

Enfin, marins

Mu'o'ngs, se levant tous à la fois, se Le bois est évacué. Ses abords sont jonchés de morts presque tous portaient l'uniforme de l'armée régulière. et

précipitent au pas de course.

;

Abandonnant le bois. M. Hautefeuille pénètre avec sa troupe dans l'intérieur de la ville. L'incendie a déjà dévoré seule la ville haute toute la partie qui longe la rive pourra être sauvée. En ce moment, il est rejoint par les auxiliaires anna;

pousse jusqu'au fort de la sous-préfecture; ce également évacué. Le combat avait duré près de trois heures. Poursuivant son succès, M. Hautefeuille fouille les villages environnants. A midi et demi il est de retour à YènHoa il ramène vingt-quatre prisonniers importants. Ces prisonniers seront exécutés dans la soirée. mites.

Il

fort est

:

Quelques alertes troublent encore cette brillante jourDes groupes se forment dans la plaine le tir à longue portée de nos chassepots suffit pour les disperser. La bataille était à peine terminée que M. Hautefeuilleenvoyait prévenir le chef militaire du département de Nho-Quan, l'adjudant-général Xèt il le chargeait de terminer la pacification du pays. En même temps, il recevait des députations de partisans de la P'rance c'étaient les mêmes qui, le mois précédent, étaient venus à Ninhnée.

:

;

;

Binh se mettre à sa disposition. Le jeune commandant leur donne pleins pouvoirs pour réorganiser la milice et empêcher

le pillage.

le voir, la province de Ninh-Binb de nouveau pacifiée (1) l'armée des lettrés, malgré les renforts en troupes régulières qu'elle avait reçus, après avoir été battue en Kim-Bo'n et à la Don Vi, venait d'être chassée de son dernier refuge. Les deux défilés, les seuls qui donnent accès en Thanh-

Ainsi qu'on vient de

était

;

Voir sur la réi>ressioa de l'insurrection des lettrés en Nlnh-Binh de M. Balézeaux sur les opérations de la compagnie dedébarquement du Decrés. Pièces jttstifîco tires, n» xvii. (1)

le

rai)i)ort


ADMINISTRATION DE M. IIAR.MAXD EX XAM-DIXH

Hôa, étaient gardés par nos sistance des Français,

221

auxiliaires. Seuls, sans l'as-

avaient repoussé tous les efforts jours avant le succès de M. Hauteils

de nos ennemis. Deux feuille à Yèn-Hoa, le général qui commandait Tam-Diêp, le chanh-lanh-biiih Lu'o'ng avait remporté deux victoires, l'une sur trois cents soldats descendus du Nlio-Quanpour aller en Ïhanh-Hoâ, l'autre sur une troupe considérable qui venait de cette dernière province à la rencontre de ceux du Nho-Quan. L'occupation incontestée de la province de Ninh-Binli permettait donc aux Français de tourner toutes leurs forces contre l'armée de So'n-Tày. Quelques jours encore et tout le Tong-King, depuis le Thanli-Hoâ jusqu'aux frontières de Chine, pouvait être à nous. Mais, le lendemain même de sa victoire, le 7 janvier, M. Hautefeuille recevait l'ordre d"évacuer la citadelle de Ninh-Binh.

CHAPITRE QUINZIÈME Administration de M. Harmand en Nam-Dinh et de M. de Trentinian en Haï-Dzu'o'ng.

Nous avons vu précédemment que, après la prise de Nam-Dinh, M. Francis Garnier était resté quelques jours dans cette citadelle, afin de réorganiser la province. Vaste plaine d'alluvions, coupée de canaux et de rivières, la province de Nam-Dinh comptait un grand nombre de départements

et

d'arrondissements

;

sa population,

très-dense, sélevait à plus de deux millions d'habitants.

Sa capitale était un des centres d'examen les plus importants du royaume, et les lettrés habitant la province étaient au nombre de six mille. Leur haine contre les < Sauvages d'Europe » et contre les chrétiens n'avait pas de bornes. Même avant que la citadelle ne fût tombée au

pouvoir des Français,

leiu's chefs.

Hoàng Tam Dang

et


2"22

ADMINlS'JltVnOX DK m.

HARMAND ex

XAM-DIXIl

Doàn Khuê, avaient écrit une supplique au roi, pour lui demander la permission dexterminer les chrétiens. Cette pièce avait reçu l'approbation

du gouverneur

et, scellée

de son sceau, elle avait été expédiée à la cour de Hué. On comprend les difficultés que devait présenter l'adminissi hostile aux Français. mandarins subalternes, tous ou presque tous avaient abandonné leur poste, refusant ainsi de reconnaître notre protectorat. M. Garnier avait donc dû pourvoir à la nomination de nouveaux fonctionnaires; suivant

tration d'une province

Parmi

les

l'esprit d'impartialité qui présidait à

tous ses choix,

il

sans acception de religion. Au reste, l'immense majorité des chrétiens de la province de Nam-Dinh dépendait des missionnaires espagnols, et M. Garnier ne pouvait guère espérer trouver en eux aucun appui. Le lecteur se souvient sans doute que les évêques espagnols du Tong-King, dès que la nouvelle de la chute de Hà-Nôi leur était parvenue, s'étaient empressés de protester contre l'intervention française et qu'en l'avait fait

;

môme temps

ils

avaient

recommandé

à leurs chrétiens

de ne point se compromettre en faveur de au lendemain de la prise de Xum-Dinh, prohibition venait d'être renouvelée

la France. Or,

cette dernière

(1).

De même que dans la province de Hà-Nôi, M. Garnier cet appel avait été fait appel aux hommes d'ordre

avait

:

entendu,

et

un grand nombre de volontaires

s'enrôler sous notre drapeau.

A

était

venu

la tête de ces milices,

M. Garnier avait mis un général originaire de la province il avait fait venir du Phu Ly, où il était commandant militaire, le brave général Le Van Ba. D'un autre côté, aussitôt qu'il avait eu connaissance de :

(1) ... Pues tan pronto como los franceces tomaroii à Nam-Dinh, nuestro Sr Yicario Apostolico pasô una circulai' prohibiendo à los cristianos iiiezclarse en los asuntos de los frauceses con discrédite de la Religion los cristianos acataron y obedecieron por lo gênerai aquella circular, la que tambien llegô à manos de los Mandarines, quienes desde entonces miran al parecer con cierta simpatia k los niisioneros espanoles. (Correo Sino-Anna/nita, année 187.5, j). 148. Lettre du R. P. Fernandez.) ;


ET DE M. DE TRE.NTINIAX EX HAÏ-DZU'o'x\G.

223

de Nam-Dinh, M. Hautefeuille, dont la province envoyé à M. Garnier un corps cinquante Annamites, cent parfaitement équipés. de deux Quelques jours après, la province de Nam-Dinh devait encore recevoir un autre secours du commandant français de Ninh-Binh. Des bandes de pillards infestaient la campagne elles se recrutaient principalement parmi les fuyards de l'armée des mandarins. Même l'une d'elles, avait osé arborer le drapeau français et occuper le Phu Nghià-Hu'ng ; puis, se portant sur le poste de Haï-Lu'o'ng (1), situé au bord de l'arroyo de Nam-Dinh, elle y avait pillé les greniers royaux. A la nouvelle de cet acte de brigandage, M. Hautefeuille s'était empressé, avec l'autorisation de M. Garnier, d'envoyer au Phu Nhià-Hu'ng une seconde troupe de deux cent cinquante hommes avec un fonctionnaire. Dès ce jour, il fut décidé que les drapeaux tricolores confiés aux indigènes devraient, pour être légitimes, porter dans le blanc la signature et le cachet d'un commandant français. la chute

était déjà réorganisée, avait

;

Le 15 décembre YEspinrjole

arrivait à

Nam-Dinh,

reve-

nant de Haï-Dzu'o'ng et ce jour même, le docteur Harmand était installé en qualité de commandant militaire de la province. Le lendemain M. Garnier partait en lui laissant une garnison de vingt-cinq marins. Le curé indigène de ;

Nam-Dinh,

homme très-intelligent et qui savait le français,

devait lui servir d'interprète.

Cependant, à la voix de leur chef Hoàng Tam Dang, Leur levée de boucliers coïncidait, je l'ai déjà dit, avec l'arrivée de l'ambassade annamite envoyée à M. Garnier. Hoàng Tam Dang s'était proclamé gouverneur de la mer {haï-pliùiifj) en cette ([ualité, il avait invité les pirates chinois, qui écumaient le golfe du Tong-King, à se joindre à lui pour chasser les

les lettrés s'étaient insurgés.

;

Français.

(1)

On

H.iï-I.:mnr.


.VDMINISTKATION DE M. IIAILMAXD EX XAM-DINll

'224

C'était surtout sur la partie

du Naui-Dinh évangélisée

par les missionnaires français que ce chef des lettrés portait ses ravages partout, sur son passage, les clirétiens étaient massacrés, leurs villages livrés aux flammes. Ainsi étaient dévastés les arrondissements de Thâi-An, de Vu-Ban, de Phong-Kcanh et d'Y- Yen (1) même le ;

;

mandarin de

cette dernière sous-préfecture était

tombé

sous leurs coups. En face de ce dangereux adversaire, M. Harmand ne restait pas inactif. Le 21 décembre, il infligeait à un millier de ses partisans une sanglante défaite les rebelles s'enfuyaient en désordre, laissant uu grand nombre de morts sur le champ de bataille, et c'uv{ de leurs chefs, :

faits prisonniers, étaient exécutés.

De même qu'en Ninh-Binh, la nouvelle de la mort de M. Garnier avait accru l'audace de nos ennemis et jeté le découragement parmi nos partisans. La province devenait

un vrai chaos.

D'autre part, faire sentir.

le

manque de munitions commençait

Le 16 décembre,

vapeur de M. Dupuis,

mand une

le

il

à se

est vrai, la chaloupe à

So'n-Tày, avait apporté à AL Har-

caisse de cartouches; mais depuis l'alfaire

du

21 ces munitions étaient presque épuisées.

Or,

il

ser des

indispensable de faire des sorties, de pousreconnaissances de tous côtés, d'explorer les

était

arroyos.

M. Harmand, aussi bien que ses marins, était surmené de travail. Il ne pouvait compter encore sur les troupes indigènes et il avait dû renoncer à les envoyer seules contre l'ennemi quand elles ne se sentaient pas appuyées par (luelques marins français, elles ne savaient point résister à ratta(|ue des bandes insurgées. Dès le 27 décembre, le désordre était à son comble. Voyant que, par suite de l'exiguïté de ses ressources, M. Harmand ne pouvait les poursuivre, les lettrés, que leur défaite du 21 avait d'abord abattus, reprenaient cou:

(1)

Arrondissements

l'orinanl le départeineut

du Phu >«ghià-Hu'ng.


ET DE M. DE TRENTINIAN EX HAÏ-DZU'o'nG. rage, et déjà leurs bandes se reformaient plus

225

nombreuses

que jamais.

Du

côté

battaient

du Phu Nghià-Hung, il est vrai, nos partisans Hoàng Tarn Dang lui-même et brûlaient son

village. C'est que, dans cette partie de la province qui touche au Ninh-Binh, ils se sentaient encouragés par les succès de M. Hautefeuille. Enfin, le 29 décembre YEspingole arrivait à Nam-Dinh ; elle apportait des vivres et des munitions. Sans tarder, M. Harmand part en reconnaissance. A quelques heures de la citadelle, un fort parti de rebelles était retranché. Tombant sur eux à l'improviste, M. Harmand les met en déroute et leur tue beaucoup de monde. Leurs repaires sont livrés aux flammes et, après le combat, vingt de leurs chefs, faits prisonniers, sont déca;

pités. Il

existait encore en

un

lieu

nommé Chanh-Danh un

de grands approvisionnements militaires y étaient accumulés. Le 31 décembre, Y Espinr/ole partait pour le détruire. Son expédition avait plein succès les lettrés étaient écrasés à Chanh-Danh. Ralliés à Binh-Tuan, ils étaient de nouveau dispersés. Cette expédition portait un coup mortel ù la cause des lettrés dans la province de Nam-Dinh. Dès lors, c'est dans centre important de rébellion

:

:

la partie septentrionale

ront leurs forces

du Ninh-Binh

qu'ils concentre-

(1).

Ainsi, la paix est à peu près rétablie dans la province de Nam-Dinh. M. Harmand parvient peu à peu à la réorganiser. Les volontaires accourent en foule se ranger sous notre drapeau; et le jour où viendra l'ordre d'évacuer, leur nombre s'élèvera à près de dix mille.

La

des Français dans la province de Haïencore plus solide. départ de M. Balny d'Avricourt, M. de Treu-

position

Dzu'o'ng

Depuis

était le

Voir sur la répression de rinsurrection des lettrés en Nam-Dinh rapport de M. Balézeaux sur les opérations de la comjiagnie de débai»quement du Decns. Pièces justificatives, n" xvii. il)

le


226

ADMINISTRATION DE M. HARMAND EN NAil-DINH

tinian était le commandant de cette province. Lorsqu'il rappela VEspi/iQo/e, M. Garnier lui avait fait demander, s'il croyait pouvoir, avec ses dix-sept fantassins de marine, se maintenir dans la citadelle de Haï-Dzu'o'ng (1), Dans ce cas, des instructions lui seraient ultérieurement envoyées. M. de Trentinian accepta cette offre avec empressement, persuadé qu'avec de l'audace et l'appui de la population il lui serait facile de garder, non-seulement la citadelle, mais encore la province. Quelques jours après, il recevait ses instructions; elles étaient conformes aux termes d'une proclamation que, par le même courrier, M. Garnier lui transmettait, pour la répandre dans la province. « Les chefs de canton et les maires, disait cette pro« clamation, doivent rester à leurs postes. « Tout détenteur d'armes, de barques, objets et valeurs « appartenant au gouvernement devra les rendre immé« diatement à la citadelle. Quiconque ne fera pas cette restitution sera puni de mort. « Les populations des chefs-lieux de département et « d'arrondissement sont rendues responsables de la con« servation des archives et des autres objets appartenant «

à l'Etat.

c Tous les employés et mandarins annamites, qui viendront faire leur soumission, seront maintenus dans « leurs grades. Ceux qui se refuseraient à faire cette dé« marche seront traités en rebelles. « Tout voleur, pirate ou incendiaire, pris en flagrant « délit, sera immédiatement passé par les armes, » M. de Trentinian ne négligeait aucune précaution militaire. Un de ses premiers soins avait été de faire construire sur le parapet de la citadelle un petit ouvrage im«

« .J'ai trouvé (1) M. Garnier faisait grand cas de M. de Trentiaian dans M. de Trentinian, écrivait-il, un officier dont l'intelligence, l'instruction, le mérite et le zèle me rendent les plus grands ser:

« «

« vices.

r>

Cette appréciation, de même que celle concernant M. Esmez citée page 203, est extraite d'une note écrite de la main de M. Garnier, note qui paraît dater des premiers jours de son arrivée à Hà-Noi.


ET DE M. DE TRENTINIAN EN HAÏ-DZU'o'nG. prenable

327

de blockhaus dominait la porte de qui fût occupée par nos troupes. Il y faisait

cette espèce

;

l'Est, la seule

accumuler du riz, du bois, de l'eau et des sapêques. A une distance de quelques mètres seulement s'élevait le bâtiment où logeaient ses soldats par son ordre, il fut entouré d'un large fossé rempli d'eau. Grâce à ces mesures, M. de Trentinian se trouvait à l'abri de toute sur;

prise;

et,

garanti contre les circonstances les plus défavo-

pouvait sans crainte se voir abandonné pendant un ou deux mois. Il avait enrôlé des volontaires. Vers le 20 décembre, il lui arriva un corps de deux cents miliciens annamites, envoyé de Nam-Dinh par M. Harmand. Ce renfort portait à six cents hommes l'effectif des troupes auxiliaires logées dans la citadelle. Enfin, le jeune commandant faisait armer en guerre les jonques de l'Etat. Chaque jour une ou deux de ces barques s'éloignaient de Haï-Dzu'o'ng et parcouraient les rables,

il

arroyos.

Quelques jours avaient

suffi

pour réorganiser l'admi-

Dans

ce travail, M. de Trentinian avait été admirablement secondé par le chef de la congrégation chinoise. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, à la nouvelle de la prise de Haï-Dzu'o'ng, les mandarins du roi avaient abandonné leurs postes. Il était indispensable de les remplacer par des fonctionnaires dévoués à notre cause. Dans ce but, M. de Trentinian convoquait à la citadelle tous les notables des divers départements et arrondissements de la province ; et il leur demandait de désigner eux-mêmes les nouveaux chefs de leurs circonscriptions respectives. Les chefs ainsi élus devaient laisser leurs fils comme otages entre ses mains; leur amour pour leurs enfants était un gage certain de leur fidélité. Ils avaient mission de lever des troupes, pour mainte-

nistration de la province.

dans

pays dont l'administration leur était chacun recevait des sapêques et du riz pour la solde de ses hommes, ainsi qu'un drapeau français et le cachet du protectorat. Quant à ceux de leurs nir l'ordre

confiée.

A

le

cette fin,


228

AD:^iiNisTR.vriox

de m. hakmaxd ex x\m-dinh

administrés qui voudraient s'engager dans le corps qu'organisait 'SI. de Trentinian lui-même, ils devraient être immédiatement dirigés sur la citadelle. Suivant les instructions que lui avait transmises M. Garnier, M. de Trentinian n'avait fait qu'à titre provisoire toutes les nominations de fonctionnaires dans l'ordre civil c'est à la suite des réclamations de Mgr Colomer que M. Garnier avait pris cette décision. Quant aux nominations des chefs militaires, elles étaient à titre :

définitif.

Dans le Xord de la province,, cependant, un département, un seul, avait refusé de reconnaître l'autorité française c'était celui de Nam-Sâch. Il confinait à la province de ;

Bac-Ninh

et son préfet, le seul qui eût osé se maintenir après la chute de Haï-Dzu'o'ng, était encouragé dans sa résistance par les mandarins de cette province limitrophe. Ces mandarins, en efiet, en même temps qu'ils tentaient une expédition du côté de Hà-Nôi sur la sous-préfecture de Gia-Làm, construisaient des barrages sur le Thâi-Binh et appelaient leurs milices sous les drapeaux. Or, ce préfet de Nam-Sâch, malgré les gages de fidélité que Mgr Colomer avait donnés au gouvernement annamite, persécutait les chrétiens et menaçait de les mettre à mort.

C'est pourquoi les Pères de la mission espagnole de

Ké-Mot avaient cru devoir sortir de leur réserve et le 17 décembre ils avaient fait écrire à M. de Trentinian, pour le prier d'envoyer deux ou trois [sic] soldats français contre ce mandarin; ces soldats n'auraient eu qu'à suivre ;

les porteurs de la lettre.

A cette époque, M. de Trentinian ne pouvait distraire aucune force française de la citadelle de Haï-Dzu'o'ng. Toutefois, selon les termes de la lettre qui lui était adressée, il envoyait aux chefs de canton et aux maires du département de Nam-Sàch une circulaire, par laquelle il leur était enjoint de s'emparer du préfet et de le conduire à Haï-Dzu'o'ng une récompense était promise à celui qui :

ie livrerait.


ET DE M. DE TllEXTINIAN EN HAÏ-DZU'o'nG.

229

Mais ces notables, eôrayés sans doute par les préparamilitaires des mandarins de Bac-Ninh, refusèrent d'obtempérer à l'ordre du commandant français aucun d'eux ne répondit non plus à l'invitation qui lui avait été tifs

;

de se rendre à la capitale de la province. présence de cet acte d'insubordination M. de Trentinian n'hésita point ; et le 20 décembre une troupe de trois cents indigènes partait pour réduire ce départefaite

En

ment.

Toute la province de Haï-Dzu'o'ng allait donc être soumise à la domination française. Même à la nouvelle de la mort de M. Garnier, aucun mouvement hostile ne s'était produit, tant les populations nous étaient attachées, tant elles haïssaient les mandarins de ïu' Dù'c Mais ces résultats si magnifiques devaient être anéantis en quelques heures. Et le Tong-King dont nous possédions les plus belles |)rovinces, allait retomber sous le joug abhorré de la cour de Hué Le 29 décembre, M. Philastre arrivait à Haï-Dzu'o'ng. !

!


LIVRE

III

l'évacuation et ses conséquences.

CHAPITRE PREMIER M. Philastre.

—

Quelle pouvait être sa mission.

Qu'était-ce que M. Philastre ?

M. Ptiilastre était un inspecteur des affaires indigènes de notre colonie de'Cochinchine. Il appartenait au corps de la marine et avait le grade de lieutenant de vaisseau. Venu en Cochinchine vers l'époque de la conquête, il avait sa carrière dans l'administration coloniale, et en 1873 du service de la justice indigène.

fait il

était à la tête

Dès

voué à l'étude de la langue des caractères chinois. Son esprit avait subi l'influence de cette étude absorbante lettré, il avait pris les sentiments des lettrés et il s'était engoué de la civilisation sino-annamite. C'est surtout d'après ces tendances de son esprit qu'il faut expliquer sa conduite dans le principe,

annamite

il

s'était

officielle et

:

les

événements du Tong-King

(1).

Car, quelques reproches qu'on ait à lui adresser à ce sujet,

que

la

personne parmi les Européens n'a jamais admis cour d'Annam ait pu le corrompre sa probité est :

incontestée.

Lorsque l'ambassade présidée par Le Tuân vint à Saigon, il fut chargé avec un autre officier sinologue, M. Prioux, d'être l'interprète du gouvernement. Il avait

même (1)

Il

été question de l'envoyer

îi

le

par la lecture des dépêches que Tamiral de la métropole, qu'en France le ministère était toute occupation militaire du Tong-King.

savait égalemeat,

Dupré avait opposé

au Tong-King régler

rt-çues


232

M. PHILASTRE.

conflit qui s'était élevé entre

M. Dupuis

et les

mandarins

annamites. Mais l'amiral avait décliné cette proposition, estimant sans doute que M. Francis Garnier était plus apte à remplir le but qu'il s'était proposé. Cependant les ambassadeurs annamites, lorsque l'amiral Dupré avait voulu entamer avec eux les autres questions litigieuses, s'étaient trouvés sans pouvoirs suffisants ils ne pouvaient notamment traiter de la cession des trois provinces occidentales de la Cochinchine Française ni de l'ouverture du Tong-King au commerce. A la vérité, la nouvelle de la prise de Hà-Nôi devait bientôt changer les dispositions de la cour de Hué. Le coup d'audace de M. Garnier avait, suivant l'expression des officiers de l'entourage de l'amiral, « simplifié toutes choses (1) » et « ne pouvait que faire hâter la conclusion du traité (2). » Dès lors tout semblait « marcher vers :

une entente cordiale

(3).

»

Tel n'était point l'avis de M. Philastre

dans la prise de Hà-Nôi il ne voyait qu'une « odieuse agression >>, « un coup de Jarnac amené par l'amiral » pour faire passer le gouvernement annamite « par ses fourches caudines.' » « Il suit une voie bien étrange (4) », écrivait-il en parlant de l'amiral. Ce fut néanmoins M. Philastre qui fut chargé d'accompagner le second ambassadeur Nguyèn Van Tu'o'ng, lorsque ce dernier dut aller à Hué pour se faire donner, à lui et à son collègue Le Tuàn, pleins pouvoirs de traiter toutes les questions posées par l'amiral. Le 6 décembre, M. Philastre et le second ambassadeur s'embarquaient à destination de Tourane sur l'aviso le :

(1) Lettre de M. de M"*-F"", aide de camp de l'amiral Dupré, à M. Francis Garnier, datée du 12 décembre, adressée par la voie du

d'Estrées. Pièces justificatives, n" xxi. (2) Lettre de M. C""-L'", secrétaire de l'amiral Dupré, k M. Francis Garnier, datée du 5 décembre, adressée par la voie du Decrès. Pièces justificatives, n" xx.

Lettre de M. de M""-F*", déjà citée. Lettre de M. Philastre à M. Francis Garnier, datée du 6 décembre. Pièces justificatives, n» xviii. (3)

(4)


QUELLE POUVAIT ÊTRE SA MISSION.

233

Decrès.Xcette époque, le lecteur ne l'a pas oublié, ce navire était en partance pour le Tong-King, emportant le renfort en hommes et en matériel qu'avait demandé M. Garnier. Avec M. Philastre et le second ambassadeur, le Decrès devait encore déposer à Tourane les grands mandarins que M. Garnier avait faits prisonniers à Hà-Nôi. L'amiral les rendait au roi, et M. Philastre avait mission de demander leur grâce car, d'après l'usage annamite, ces pauvres mandarins étaient menacés de payer de leur tète le malheur d'avoir été vaincus. Le 13 décembre, le Decrès était en rade de ïourane. M. Philastre débarquait et se rendait à Hué avec Nguyên ;

Van

Tu'o'ng.

Quelques jours après, le 20 décembre, un autre navire français arrivait à Tourane. C'était le dEslrées. L'amiral l'envoyait pour ramener à Saigon M. Philastre et le second

ambassadeur (1). M. Philastre se préparait à quitter Hué, dans le but de s'embarquer pour Saigon avec l'ambassadeur, lorsque ce dernier lui déclare qu'il ne peut

que

le

suivre à Saigon, tant

du Tong-Iving ne seront pas arrangées le roi le lui a défendu il doit aller à Hà-Nôi. M. Philastre se résoud à l'y accompagner. En conséquence, le commandant du cl Estimées est requis de les conduire au Tong-King il le fait, non point sur l'ordre de l'amiral Dupré, mais « sur la demande du çjouvcrnement annamite » ainsi que l'exprime le journal les affaires

;

:

:

,

officiel

de Saigon

(2).

On

attend Philastre tous les jours », écrit à M. Garnier, le 21 ami M. Luro. inspecteur de Saïyon. » Or, M. Luro ét.iit en position d'être bien informé. Non-seulement il voyait souvent l'amiral Dupré, mais encore, comme il faisait l'intérim de AL Philastre dans son service de la justice indigène et dans sa jirésidence de la commission du Jardin botanique, il savait évidemment combien durerait son absence. Dans la même lettre M. Luro écrit encore îi M. Garnier « L'amiral est " toujours très-t)ien disposé [)our toi. " M. Piiilastre ne pouvait donc à cette ^I)oqueavoirmissioii d'alb^r auTon^'-Kingdésavouerl'œuvredeM. Garnier. Voir aux Pièces justificatives, n" xix, cette lettre de M. Luro. (2) Courrier de Saïgun, u» du 5 janvier 1874. {\)

«

iléf.embre, son

:


M. PHILASTRE.

234

— QUELLE POUVAIT ÊTRE SA MISSION.

Le 24 décembre^le d' Esù'ées mouillait auprès du Decrès la rade de Cua Càm. A peine arrivé, M. Philastre écrit à M. Garnier, qu'il croit encore vivant il va, dit-il, à Hà-Nôi lui porter des instructions très-urgentes. Or, dans la soirée du 24, le commandant du Decrès, M. Testard du Cosquer, recevait la lettre par laquelle M. Bain de la Coquerie lui annonçait la mort de M. Garnier cet officier, trouvant la succession de M. Garnier au-dessus de ses forces, demandait des ordres à M. Testard, son supérieur. Le commandant du Decrès lui répondans

:

:

dit aussitôt. «

Je suis assez embarrassé », écrivait-il, « pour vous conseil. Je crois cependant qu'en vue des

«

donner un

ï

renforts qui vous arrivent vous devez tenir le

«

longtemps

«

troupe.

j^tossible,

plus sans toutefois compromettre votre

»

il est vrai, à rallier les éléments de la débarquement du Decrès, afin de concentrer de compagnie seul point. un sur défense la Lui annonçant ensuite l'arrivée de M. Philastre, il ajou« Les pouvoirs politiques vont sans doute tomber tait

l'engageait,

Il

:

M. Philastre,

«

entre les mains de

e

faires pourront s'arranger pacifiquement.

«

votre ancienneté elle doit vous revenir, à moins que

«

Quant à la direction

et je crois

que

les af-

militaire, je pense qu'en raison de

e

M.Esmez

«

risent à prendre la succession de

des instructions particulières qui l'autoM. Garnier (1). » Mais, dans la soirée du 26 décembre, M. Testard recevait une lettre que, dès son retour à Hà-Nôi, M. Esmez lui avait écrite. D'après les dernières instructions de l'amiral, disait M. Esmez, il fallait de suite arriver à une n'ait

entente avec les ambassadeurs annamites;

c'était

une

Aussi estimait-il que peut-être M. Testard jugerait utile, ne serait-ce que pour rassurer l'amiral, de venir à Hà-Nôi prendre lui-même le commandement en affaire délicate.

chef. (\)

Voir cette

tives, n" xxii.

lettre ile

M. Testard du Cosquer aux Pièces justifica"


MASSACRE DE PRÉTENDUS PIRATES.

Au

reçu de cette

235

dans laquelle M. Esmez semde M. Garnier, M. Testard, officiers disséminés du golfe du Tongplus élevé en grade et le plus ancien, lettre,

blait décliner la succession

étant de tous les

King à Hà-Nôi

le

commandement supérieur des forces françaises de et de mer présentes au Tong-King; puis il nomma

prit le

terre

son second

,

M.

le

lieutenant de vaisseau Balézeaux,

commandant militaire de l'expédition. Le lendemain M. Balézeaux embarquait sur

le

accompagner à Hà-Nôi M. Philastre second ambassadeur.

trées

:

il

allait

d'Eset le

CHAPITRE DEUXIEME. Massacre de prétendus

pirates.

—

Évacuation

de Haï-Dzu'o'ng.

En remontant le Cua Câm, à l'entrée de l'arroyo de HaïPhèng, le d'Estrées rencontrait une nombreuse flottille de jonques chinoises. A cette époque, il n'était bruit dans le Tong-King Oriental que des exploits du fameux A-Hung, ce terrible chef de pirates que nous avons vu précédemment faire des offres de service à M. Balny d'Avricourt. Le commandant du Decrès tenait essentiellement à délivrer le pays de ce bandit redoutable. « Si vous pouviez », écrivail-il au commandant français de Haï-Dzu'o'ng, « l'attirer dans un « piège et vous emparer de sa personne, vous rendriez au « pays et à l'œuvre que nous poursuivons un signalé sercanon « vice. Vous recevriez peut-être quelques coups de a des jonques mais celles-ci, privées de leur chef, ne « tarderont pas à se débander et elles trouveront pour les ;

«

recevoir le d'Estrées qui est mouillé à l'entrée de la ri-

€

vière

(1)

(1).

»

Voir aux Pièces justificatives, n« xxii.


MASSACRE DE PRÉTENDUS PIKATKS.

236

Or, les jonques que le d'Estrées venait de rencontrei auprès de Haï-Pliong n'étaient nullement des jonques de pirates.

On

la prise de Hà-Nùi négociants chinois en rési-

lendemain de

se rappelle (ju'au

M. Garnier avait engagé

les

dence au Tong-King, à exporter par grandes masses le riz et les autres marchandises du pays. Les lois annamites soumettaient à de nombreuses entraves le commerce d'exportation ; mais M. Garnier avait convoqué à la citadelle « Le les notables de la congrégation chinoise de Hà-Nôi « pays est ouvert », leur dit-il; « ramassez tout le riz, « toutes les marchandises qu"il vous plaira et exportez-les. « Vous prouverez de la sorte que désormais au Tong-King :

«

le

commerce

est effectivement libre.

»

Les Chinois suivirent ce conseil ils réunirent le plus grand nombre de jonques qu'ils purent. Toutes ces jonques étaient armées de canons, par crainte des pirates du golfe du Tong-King. La plupart, d'ailleurs, possédaient ;

des papiers, signés à Hong-Kong, sur lesquels

il

était fait

mention de ces armes, nécessaires aux navires de commerce chinois pour se défendre. A son arrivée dans les eaux du Tong-King, l'ambassadeur avait appris l'existence de cette flottille. Peut-être conimt-il en môme temps qu'elle n'avait qu'une destination purement commerciale. Il faut bien comprendre cependant qu'aux yeux d'un mandarin annamite exporter du riz contre les lois du royaume est un crime aussi irrémissible que pouvait l'être sous notre ancienne législation fiscale le crime de faux saulnier. C'est pourquoi, sur sa demande, le d'Estrées donnait la chasse à ces prétendus pirates vingt-quatre jonques étaient coulées, leurs canons, au nombre de deux cent :

quarante, jetés à l'eau

;

trente-six Chinois^ faits prison-

niers, étaient exécutés.

Ce triste exploit réjouit sans doute le cœur de l'ambassadeur annamite mais il attirait sur nous les malédictions des Chinois du Tong-King et de Canton. C'est seulement à Hà-Nôi, et par suite d'explications ;


ÉVACUATION DE HA.Ï-DZU'o'nG.

237

fournies par les délégués de la congrégation chinoise, que cette faute fut reconnue.

Le tonnage du d'Estrées était trop fort pour qu'il pût remonter au-dessus de Haï-Ph6ng. Aussi, dans la matinée du 28 décembre, trois de ses canots, armés en guerre, étaient mis à la disposition de M. Philastre et de M. Balézeaux pour les conduire, eux et l'ambassadeur, à HaïDzu'o'ng.

Dans

l'arroyo de Haï-Phèng, d'autres jonques chinoises

Sur le désir de l'ambassadeur, embarcations françaises durent pénétrer au milieu de cette flottille; des coups de feu furent échangés de part et d'autre. On ne put pourtant s'emparer des capitaines de jonque que l'ambassadeur avait désignés. étaient encore rencontrées.

les

Enfin, le 29 décembre, les nouveaux chefs de la mission française au Ïong-King arrivaient à Haï-Dzu'o'ng avec

l'ambassadeur,

M. Philastre et M. Balézeaux se rendirent à la citadelle. Quant à l'ambassadeur, il refusa l'hospitalité que lui offrait M. de Trentinian. Sans doute craignait-il de se compromettre en logeant dans une citadelle annamite qu'abritait le drapeau français; sans doute aussi pensait-il pouvoir de la sorte travailler plus facilement à la restauration de l'autorité royale dans la province. Le même jour arrivait à Haï-Dzu'o'ng le chef indigène que M. de Trentinian avait envoyé dans le Nord pour réduire le département de Nam-Sâch. En route, il avait appris l'arrivée de l'ambassadeur et il était revenu avec sa troupe dans l'intention de l'enlever. Par suite du retour de ce chef, les troupes franco-annamites, présentes à Haï-Dzu'o'ng, s'élevaient à six cents hommes ; ces volontaires indigènes étaient pour la plupart des partisans de l'ancienne dynastie des Le. La présence d'une semblable force ne laissait pas de causer de vives inquiétudes à l'ambassadeur de Hué. On a pu voir au livre précédent de quelle importance capitale était pour nous la possession de la citadelle de


MASSACRE DE PRÉTENDUS PIRATES.

238

Haï-Dzu'o'ng. Néanmoins,

il

avait été décidé entre

M. Phi-

l'ambassadeur qu'elle serait immédiatement évacuée. M. Balézeaux, en sa qualité de chef du corps expéditionnaire, fut chargé de notifier cet ordre d'évacuation à M. de Trentinian. M. de Trentinian était loin de s'attendre à une semblable mesure. Il crut devoir présenter quelques observations à M. Balézeaux (1) car, nouvellement arrivé au Tong-King, cet officier ne pouvait être au courant de la situation. M. Balézeaux fut inflexible. Dès le lendemain de l'arrivée de la nouvelle mission française, le 30 décembre, les troupes franco-annamites étaient dissoutes, les soldats recevaient l'ordre de se disperser; toutefois leurs chefs, ainsi que quelques fonctionnaires qui avaient servi sous notre drapeau, étaient internés dans la citadelle. Leur détention ne devait être que temporaire, disait-on; libres^ ils eussent été une cause de trouble pour le nouveau gouverneur de Haï-Dzu'o'ng. Plus tard, ils seraient transportés au bas du fleuve et alors on les mettrait en lastre et

;

liberté.

De son

l'ambassadeur annamite travaillait avec foudroyante (sic) (2) au rétablissement de l'autorité royale dans la province de Haï-Dzu'o'ng. Il envoyait courriers sur courriers porter aux nouveaux mandarins leur nomination il n'était sous-préfecture qu'il ne pourvût. Celui qu'il avait choisi pour être le gouverneur de la province était préfet au moment de la chute de HaïDzu'o'ng. A cette époque, poursuivi par la haine de ses administrés païens, il n'avait échappé à la mort qu'en se réfugiant à Doung-Xuyên chez un missionnaire espagnol,. le P. Isidore Foronda. Il s'y était trouvé en compagnie d'une douzaine d'autres mandarins que ce Père avait également recueillis.

une

côté,

activité

:

C'est

dans

cet asile qu'était

venue

(1)

Correo Sino-Arifiamita, année 1874,

(2)

Con

la rapidez del rayo.

le

p. 228.

trouver sa nomi-


ÉVACUATIOX DE HAÏ-DZU'o'XG.

239

nation au poste élevé de gouverneur de la province. Surle-champ, il était parti pour Haï-Dzu'o'ng avec le P. Fo-

ronda. P.

On

Foronda

darin.

leur avait était

ménagé une entrée triomphale le comme « le père du grand man:

acclamé

»

M. Philastre

et

l'ambassadeur annamite apprenaient

alors quelle avait été la conduite des missionnaires espa-

gnols durant l'occupation française, combien ils s'étaient d'empêcher tout mouvement des populations en

efforcés

faveur de la France. Or, cette manière d'agir était entièrement conforme à leurs propres idées l'un et l'autre l'approuvèrent hautement; « ils en témoignèrent », écrit Mgr Colomer, «une excessive satisfaction et nous assurèrent de toute leur reconnaissance. Dès ce moment nous fûmes l'objet de leurs plus délicates attentions (1). » :

El principal Mandarin que pusieron en la capital Oriental precisamente uno que, al tomar las capitales los franceses, y al abandonar los mandarines subalternos sus puestos por temor principalmente del populaclio iufiel, debiô la salvacion de su vida à nuestros catequistas, y se refugiô en Douug-Xuyèn, resideucia del P. Isidro, con otros doce ô trece mandarines màs escapados de este modo y alli (Lettre du R. P. estuvo hasta que le sacaron para gran Mandarin Terres. Correo Sino-Aiinamita, année 1874, p. 194-195.) ... En el mismo instante y con la rapidez del raye, manda el, Legado Annamita à varios sujetos nombramientos de nuevos mandariuatos, tanto para la capital como para las prefecturas de la Provincia, nombrando primer gran Madarin de la capital à un Mandarin viejo muy amigo nuestro, quien durante la anarquia liabia tenido que desamparar su fortin, y con otros Mandarines se liabia refugiado de la residencia del R. P. Isidro Foronda. El mismo P. Isidro lo llevô en triunfo à la capital en donde fueron recibidos con mil muestras de respeta, carino y contianza. Enterados Mr Philastre y el Legado annamita de las medidas que habiamos tomado para conservar la paz en la Provinci seguu la permitian las circunstancias, y viendo que el modo con que habiamos obrado era conforme coa las ideas que ambos Sres. traian, se mostraron alegres sobremanera, y sumamente agradecidos. El P. Isidro fué aquellos dias el objeto de las complacencias de todo el pùblico era liamado " el Padre del gran Mandarin. » ... Por lo que toca à nosotros, basta decir, que fuimos tanto el P. Viade como yo, el objeto de los atenciones de ambos Legados. En particuiar el Legado annamita con quien tuve conferencias, no queria que nos separàsemos de su lado éramos mirados (mal esta que yo la diga, pero es la pura verdad), como los protectores y salvadores de la patria. De ahi las protestas que haciau à favor de nuestras personas, de nuestro sagrado caràcter y aun de la misma religion cristiaua. (1) ...

fué

;

i

:

:


MASSACRE DE PRÉTENDUS PIRATES.

240

Pendant

ce temps,

M. de Trentinian s'occupait des pré-

le riz était cubé, les sapèques et Detoutl'ambassa leur lui donnait demander aucun compte de ce qu'il avait

paratifs de l'évacuation

:

le matériel inventoriés.

un reçu, sans lui pu dépenser. Le 1" janvier, les bagages

approvisionnements de embarqués sur le Mang-Hâo, en partance pour Ninh-Binh. L'évacuation devait avoir lieu le lendemain. Effectivement, le 2 janvier, le nouveau gouverneur prenait possession de la citadelle. Il était à la tête d'une centaine de soi-disant soldats annamites, ramassés au hasard dans l'écume de la population. II vint se prosterner devant l'ambassadeur et, quand il se fut relevé, il donna à ses soldats l'ordre de se répandre sur les remparts. Alors les Français sortirent de la citadelle. En tète du cortège marchaient, avec l'ambassadeur, M. Philastre et M. Balézeaux; derrière suivaient des mandarins et des domestiques. Puis venait M. de Trentinian, au milieu de sa petite troupe il avait soin de se maintenir à une certaine distance du reste du cortège muette protestation contre une évacuation si funeste à l'influence française. Jusqu'à leur embarquement, les soldats français furent^ de la part de la population, l'objet des démonstrations lesplus affectueuses la foule se pressait sur leur passage et les accablait de cadeaux à profusion. Sur la rade de Haï-Dzu'o'ng, attendait la chaloupe à vapeur de M. Dupuis, le So'ii-Tây, envoyée de Hà-Nôi à la demande de M. Balézeaux. Dans cette chaloupe prenaient place les deux nouveaux chefs de la mission française et l'ambassadeur annamite M. de Trentinian et sa petite troupe s'y embarquaient également. Le lendemain, on était en vue de Hà-Nôi. la petite garnison

et les

française étaient

;

;

:

:

;

(Lettre de

Mgr Colomer. Corvea Sino-Annannta, année

1874,

pp. 22S-

229.) ...

Mr

sente al

Philastre onô atento

mi indicacion y me prometiô hacerlo pré-

Excmo Sr Contra-Almirante.

(Ihid., p. 233.)


ÉVACUATION DE NINH-BIXH ET DE NAM-DINH.

241

CHAPITRE TROISIÈME Évacuation de Ninh-Binh

Il

semble que M. Philastre

et

n'ait

de Nam-Dinh. eu d'autre but que

d'anéantir au plus vite tout ce qu'avait fait M. Garnier.

Même,

ne craignit pas de désavouer les Dans son opinion, il était nécessaire, avant d'entamer aucune négociation, de remettre le gouvernement annamite en possession des provinces tongkinoises que la France avait conquises (1). Aussi l'évacuation de Ninh-Binh et de Nam-Dinh ne devait pas être moins précipitée que celle de Haï-Dzu'o'ng. M. Philastre était encore dans le Cua Càm, et déjà, en même temps qu'il écrivait à M. Esmez de suspendre toute négociation, il lui faisait transmettre par M. Balézeaux l'ordre de rendre immédiatement aux Annamites toutes les citadelles, sauf celle de Hà-Nôi. Une évacuation si subite pouvait avoir les plus désastreuses conséquences M. Esmez l'avait compris. C'est pourquoi, avant d'obtempérer à cet ordre de M. Balézeaux, il avait cru devoir le communiquer aux deux ex-amassure-t-on,

il

actes de son prédécesseur.

;

Estos dos enviados. (Mr. Pilastre y un grun Maudarin) anilos seutimientos mus conciliadores, y reprobando, al parecer, lo hecho por Mr. Garnier, devolvieron en pocos dias todas las capitales toniadas... (Lettre du P. Terres. (Correo Sino-Annatnita, année (1) ...

mados de

1874, p. 194.)

Lo priiiiero que hicieron los delegados franceses, antes de entablar negociacioa alguna de paz, fué vblver las capitales à los mandarines annamitas. (Lettre du P. Onate, vicaire provincial du Tong-Kiug Central, ibidem, i>p. 200-201.) Aunque quedô otro oficial en lugar de Mr. Garnier, ni ténia el valor, ni el genio de este... Porque ha de saber V. que Mr. Philastre mandado por el gobernador de Suigon, para suceder à Mr. Garnier, manifesta niuy poca energia, al menos por lo que parece, y toma con suma frialdail todo cuanto le dicen con re<pecto à los literatos, <ï los inc^-ndios, saqueos y degiiellos de los cristianos contentàndose con deshacer todo cuanto hizo su predecesor, quedando solamente el tratado de comercio. (Lettz-e de Mgr Pviaiio, ibidem, pp. 190 et 191). ,

1«


ÉVACUATIOX DE NINH-BINH ET DE XAM-DINH.

242

bassadeurs avec lesquels il était en conférence depuis son retour à Hà-Nôi. Sur leur demande expresse, il avait n'ayant pas de diftéré l'évacuation des citadelles ces mandarins craignaient troupes pour les occuper avec raison de les voir, après le départ des Français, tomber au pouvoir des rebelles et des brigands. Cette prudente mesure de M. Esmez ne reçut point, ditil était pourtant on, l'approbation de M. Philastre (1) facile de comprendre qu'une retraite précipitée des troupes françaises, non-seulement détruirait le prestige de nos armes, mais encore exposerait le pays aux plus grands :

,

;

désordres. C'était d'ailleurs le résultat qu'avait produit la restauration de l'autorité annamite dans le Haï-Dzu'o'ng :

les

mandarins nommés par l'ambassadeur n'étaient pas

obéis

(2).

Cependant M. Philastre

était résolu

à ne se départir en

rien de la ligne de conduite qu'il s'était tracée. Sans

doute était-il complètement dominé par la diplomatie de l'ambassadeur Nguyèn Van Tu'o'ng. Or, à ce cauteleux Annamite il importait bien moins de rétablir l'ordre dans le pays que d'amener les Français à évacuer au plus tôt les citadelles. Car non-seulement il redoutait qu'un ordre de l'amiral ne vînt tout à coup rappeler M. Philastre à Saigon, mais encore il voulait infliger à notre drapeau cet échec moral, cette apparence de défaite qui, en Extrême-Orient surtout, accompagne tout mouvement rétrograde (3). Même il était utile à la cause annamite que les indigènes, qui s'étaient compromis en faveur de la France, souffrissent de cette évacuation les populations du TongEing n'auraient plus désormais aucune confiance en la parole delà France. En conséquence, le projet de convention élaboré entre :

(1) A narrative of the récent event in Tong-King by Henri Coi'dier. Shanghai, 1875, p. QQ. (2) Correo Sino-Annatnita, année 1874, p. 178. (3) Voir k ce sujet infra, pp. 307-30^, deux citations, l'une de M. Francis Garnier, l'autre du marquis de Chasseloup-Laubat.


ÉVACUATION DE XINH-BINH ET DE XAM-DIXH.

M. Esinez

et les

243

premiers ambassadeurs fut considéré

comme non avenu. Il n'était pas digne de la noble cour de Hué n'était-il pas odieux de la contraindre les armes à :

la

main à accepter un traité même provisoire ? Le jour même de leur arrivée à Hà-Nôi, le 3 janvier,

l'ambassadeur annamite convenaient de Ninh-Binh et de Nam-Dinh seraient évacuées dans cinq ou six jours M. Balézeaux était chargé d'en informer immédiatement les commandants de

M. que

Pliilastre

et

les citadelles

;

ces citadelles.

Le surlendemain, la convention Ninh-Binh devait être être évacué le

10

définitive était signée le

8 janvier,

:

Nam-Dinh

(1).

De

son côté, le gouvernement annamite s'engageait formellement « à proclamer dès le jour de la remise de cha« cune de ces places une amnistie pleine et entière pour « tous les sujets de Sa Majesté l'Empereur d'Annam qui « auraient pu, à quelque titre que ce fût, être employés « par l'autorité militaire française, à les protéger contre « toute réaction vexatoire, et à pourvoir, autant que pos# sible, d'emplois conformes à leurs aptitudes celles de ces « personnes qui auraient été provisoirement pourvues de « fonctions par l'autorité française. » Assurément, cette clause était excellente quelle garantie pourtant avions-nous de son exécution, sinon la foi par trop punique des mandarins d'Annam ? A peine la convention était-elle signée que M. Balézeaux en envoyait le texte à M. Hautefeuille et à M. Harmand. Au jour fixé, écrivait-il, le Scorpion leur amènerait « les deux fonctionnaires que l'ambassadeur avait « nommés gouverneurs des provinces. » ;

Des troupes annamites, demandées à la province de Bac-Ninh, devaient s'acheminer sur chacune de ces citaVoir

convention aux Pièces justificatives n" xxiii. se déclare « accrédité près de Son Eicellence le ministre des relations étrangères de la cour de Hué et désigné cViirgence par M. Testard, capitaine de ffégate, commandant 1rs forces navales françaises dans les eaux du Tonquin pour retnplacer M. Garnier dans sa rnission politique au Tonquin. r> (1)

Dans

le texte lie cette

cette convention

M. Philastre


ÉVACUATION DE NINH-BIXH ET DE NAM-DINII.

244 délies

;

ne pourraient y entrer qu'après

elles

le

départ des

Français.

Au reste, prévoyant le cas où le fonctionnaire annamite ne serait pas en mesure de prendre possession de sa citadelle, M. Balézoaux n'en avait pas moins décidé, d'accord avec l'ambassadeur, que l'évacuation aurait lieu au jour indiqué « Dans ce cas », disait-il, « vous évacueriez purede la cita« ment et simplement en demandant un reçu I

«

délie et

Le

du

trésor.

»

6 janvier, le Scorpion partait pour Ninh-Binh,

em-

portant les nouveaux gouverneurs des deux provinces que les Français allaient rendre au gouvernement annamite.

Ainsi que je l'ai déjà rapporté, c'est le 7 janvier, le lendemain même de sa victoire d'Yèn-Hoa, au moment où il venait d'achever définitivement la pacification de sa province, que M. Hautefeuille reçut l'ordre d'évacuer Ninh-Binh. Encore un jour et il faudra abandonner toutes ces conquêtes. Aucune circonstance ne peut retarder cette évacuation

;

signée.

Dans son honneur

les ordres sont formels

M. Balézeaux, ne

l'expédition,

:

la convention

militaire, le

manquer de

a été

nouveau chef de

voit rien de plus grave

à un personnage officiel. parole Mais, ceux qui s'étaient compromis pour notre cause avaient, eux aussi, la parole de la France son représen-

que de

«

»

!

tant,

M. Garnier,

protection.

En

les avait

solennellement assurés de sa

retirant si

France ne va- 1- elle pas du

brusquement ses troupes,

même

la

coup leur retirer sa protection et manquer ainsi à sa parole? Ni M. Philastre, ni M. Balézeaux ne l'ont prévu ils se sont fiés à la bonne foi annamite quoi qu'il puisse arriver, l'évacuation aura lieu « au jour indiqué. » Le désespoir dans l'âme, M. Hautefeuille revient à Ninh-Binh « A quoi donc a servi », s'écrie-t-il, « tant de « sang répandu! Les insurgés d'aujourd'huiseront demain « de loyaux et fidèles sujets. Ah si j'avais su Mais non; ;

:

:

!

!


ÉVACUATION DE NINH-BINH ET DE NAM-DINH.

pour moi une consolation de n'avoir jamais soufhaut le drapeau

«

c'est

«

fert l'insulte, d'avoir toujours porté bien

«

français. Il

245

»

doit se hâter cependant

:

soldats qui lui sont dévoués, tre sur leurs

gardes

;

il

tous ces mandarins, tous ces il faut les prévenir, les met-

faut aussi rallier les

drapeaux

français qu'il a signés, prendre les dispositions nécessaires pour qu'après son départ Tordre ne soit point troublé.

Hélas

A

I

il

n'en aura pas

du

le

temps.

arrive à Ninh-Binh.

Il y trouve son capitaine, M. Rullier, lui assure que tout a été tranquille dans sa province pendant son ab-

six heures

YEspingoIe

soir

il

;

sence.

passe toute la nuit à écrire à ses mandarins il les nom de l'ordre, de garder les postes qu'il leur a confiés. En même temps il fait enclouer les canons, noyer les poudres, brûler les bois des lances et des fusils. Ainsi ne rendra-t-il à l'Annam qu'une citadelle complètement désarmée, et le privera-t-il d'un matériel de guerre que, le lendemain même de l'évacuation, il aurait pu tourner contre nous. Certes, en agissant de la sorte, il ne remplissait point les instructions renfermées dans la convention que, le 5 janvier, M. Philastre avait conclue avec l'ambassadeur; cette convention nous obligeait à restituer les citadelles « dans l'état où elles se trouvaient actuellement (c'est-àdire le 5 janvier, et avec tout le matériel qu'elles contenaient. » Mais, en bon Français, M. Balézeaux approuva la mesure prise par M. Hautefeuille. Dans la matinée du 8 janvier, à six heures, le Scorpion arrive devant Ninh-Binh. Il débarque le gouverneur annamite qui va remplacer le commandant français. En présence de ce mandarin inventaire est dressé du matériel et du numéraire que renferme la citadelle M. Hautefeuille en tire un reçu. Les troupes de Bac-Ninh, qui doivent occuper la citadelle, ne sont pas encore arrivées. En vain le nouveau gouverneur supplie M. Hautefeuille Il

;

supplie, au

;


ÉVACUATION DE NIXH-BINH ET DE NAM-DIXH.

246

de rester encore riuelque temps avec ses marins : les ordres de M. Balézeaux sont inflexibles. Ce mandarin va donc se trouver impuissant en face du désordre car il est certain que nos anciens auxiliaires ne voiulront pas servir sous ses ordres et qu'ils vont se débander. Enfin, à deux heures le pavillon français est amené du haut du fort du rocher, où il flottait depuis plus d'un mois. La mort dans Tàme, le jeune commandant quitte la citadelle avec ses marins; les nouveaux mandarins l'ac;

compagnent jusqu'à

la rive.

UEspinf/ole reçoit aussitôt, suivie

Déjà

petit

le

du Matiff-Bâo,

le Scorpio7i,

qui

le

détachement français, et part pour Nam-Dinh.

elle

matin a

même

quitté le mouil-

lage de Ninh-Binh se dirigeant vers la mer, a dû, en passant, y déposer le nouveau gouverneur. Ce mandarin n'était autre que Tràn Dinh Tùc, le premier des ambassadeurs accrédités auprès de M. Garnier.

Nam-Dinh

C'est le 10 janvier qu'eut lieu la remise de

avec les mêmes formalités d'inventaire suivies déjà à Haï-Dzu'o'ng et à Ninh-Binh. De plus, M. Harmand, ayant eu connaissance de la convention d'évacuation plusieurs jours à l'avance, avait cherché à rassurer nos partisans indigènes, et dans une proclamation avait reproduit les promesses d'amnistie que l'ambassadeur Nguyôn Van Tu'o'ng venait de faire au nom du roi Tu' Dù'c. Vaines précautions Espi7}fjole qWq Mang-Hào avaient à peine quitté NamDinh, même on en apercevait encore la fumée et déjà les soldats de la suite du nouveau gouverneur avaient mis en pièces la proclamation de M. Harmand. Puis, ils couraient démolir les maisons de plusieurs chrétiens qui

aux

autorités annamites

;

elle s'effectua

!

U

;

habitaient la ville

(1).

Apénas los franceses entregaron la capital dé esta Provincia mémanos de los mandarines annamitas y partieron para HàNôi, cuando los mismos soldados que seguian al Mandarin rasgaron el (1)

...

ridional en


ÉVACUATION DE NINH-BINH ET DE NAM-DINH.

247

De leur côté, les lettrés allaient recommencer l'œuvre de destruction et de sang que par son énergie M. Harmand avait su réprimer suivant un ordre secret émané ;

du

devaient, aussitôt que les Français auraient évacué, se jeter sur les chrétiens et les massacrer tous (1). roi, ils

Leur chef, Hoàng une récompense de

Tam

Dang, promettait publiquement pour toute tête de mandarin des Français, et de dix ligatures pour toute tète de chrétien. Peine de mort était par lui édictée, contre tout païen qui refuserait de suivre les lettrés dans leur campagne ou qui oserait donner asile à un chrétien. Le soir même de l'évacuation, des murs de la citadelle trois cents ligatures

on pouvait voir brûler quatorze villages chrétiens

;

les

nouveaux mandarins de la province ne songeaient même pas à s'y opposer. Bien plus, ils envoyaient à leurs subalternes

«

l'ordre secret de poursuivre tous ceux qui s'étaient

mis au service de la France (2). » Dix jours durant, le flot destructeur se répandit au loin, portant en tout lieu la terreur et la mort les femmes, les enfants eux-mêmes n'étaient point épargnés. Traqués :

comme des

bêtes fauves, les chrétiens cherchaient en vain

un refuge dans

la fuite le carnage et l'incendie les poursuivaient de village en village. Les lettrés ne devaient s'arrêter qu'après avoir détruit les plus belles chrétientés, ;

massacré un grand nombre de

fidèles et

dispersé les

autres, sans abri, sans ressources, dans les montagnes. C'est principalement sur les chrétientés évangélisées

par le

les missionnaires français qu'ils s'étaient jetés

plus d'acharnement.

A

avec

vrai dire, les missions espagno-

hando que los franceses habian tijado eu las puertas de la capital, corriendo immediatamente à destruir varias casas de cristianos en la misma cajjitai. A las pocas horas la cuchilla, el hacha y la tea haciau ya estragos en varios pueblos cristianos. (Lettre du P. Ouate. Correo Sino-Anna7)ilta, année 1874, p. 2Ul.) (1) ... Parece ser cierto, que los cabecillos de entre lusliteratos tienen ordenes ocultas del Key, para matar à todos los cristianos en cuanto se niarchen los franceses, despues de hechas las paces. (Même lettre, p. 200.) (2)

Requête de mandarins de la province de Nana-Dinh nommés par citée aux Pièces justificatives n" xxiv.

M. Garnier,


ÉVACUATION DE NINH-BINH ET DE NAM-DINH.

248

les de la province n'avaient

pas non plus été épargnées

:

vingt de leurs églises avaient été brûlées, et les villages détruits ou mis à sac. Les missionnaires euxavaient vu leurs propres résidences menacées.

y attenant

mêmes

Dans la province de Ninh Binh, les mandarins annamites n'avaient pas montré une moins grande déloyauté. Contrairement aux termes de laconvention d'évacuation, aucune proclamation n'avait été faite pour expliquer la situation. Celle que M. Hautefeuille avait laissée à son départ ne fut même pas affichée. La plupart des fonctionnaires indigènes que cet officier aA^ait nommés, obtempérant à son désir, avaient consenti à ne point abandonner leur poste. Or, plusieurs d'entre

de leur dévouement (1); et des autorités annamites, se tous bientôt, devant voyaient obligés de renoncer à leur position et cherchaient

eux

faillirent être victimes

l'hostilité

leur salut dans la fuite.

Dans

la ville

delle, toutes les

pillage;

même de Ninh-Binh, au pied de la citamaisons des chrétiens étaient livrées au

notamment

celles des

maréchaux

ferrants qui,

pendant l'occupation française, avaient forgé des armes pour M. Hautefeuille. C'est à peine si ces malheureux artisans avaient pu échapper aux sicaires. Bien plus, malgré la recommandation de M. Hauteon avait ouvert les prisons et relâché les criminels de droit commun qui avaient été condamnés sous son administration. Ce renfort de brigands avait permis aux lettrés de reformer leurs bandes et, avec la connivence des autorités de la province, ils attaquaient les villages chréfeuille,

;

tiens. les provinces de Ninh-Binh et de observée la convention d'évacuation qu'avait signée M. Philastre

C'est ainsi

Nam-Dinh

que dans

était

I

(1) Ce sont le qnan-ân ou nuin<larin de la justice de Niuh-Binh, le préfet d'Yên-Kliàiih, le sous-[)rél'et de Kim-So'n, et le pho-lanh-binh ou adjudaut-géuécal Xèt, mandaria militaire du Nho-Quan.


RÉTABLISSEMENT DE l"aUTORITÉ ANNAMITE

249

amnistiés les sujets annamites fût, avaient été employés par » l'autorité militaire française C'est ainsi qu'étaient

qui, à quelque titre

«

que ce

I

C'est ainsi qu'ils étaient tion vexatoire

C'est ainsi

!

protéfjés contre toute réac-

! »

que

«

nommés par l'autopourvus d'emplois conformes à leurs

les fonctionnaires

rité française étaient

aptitudes

«

»

CHAPITRE QUATRIÈME Rétablissement ds l'autorité annamite dans la province de Hâ-Nôi.

Dans

le

dernier article de la convention d'évacuation de

Ninli-Binh et de

Nam-Dinh, M.

deur avaient décidé que,

«

Pliilastre et l'ambassa-

aussitôt après l'exécution de

cette convention, ils s'occuperaient des questions relatives

à

Hà-Nôi.

la citadelle et à la province de

Effectivement,

le

»

10 janvier, une proclamation annon-

çait aux préfets, sous-préléts et autres employés du HàNôi que dans cinq jours l'autorité annamite serait rétablie dans leur province; ces fonctionnaires avaient ordre de rester jusqu'à l'arrivée des successeurs que l'ambassadeur allait leur donner, le gouvernement annamite devant maintenir ceux qu'il jugerait capables. Quant aux autres, ils seraient renvoyés dans leurs foyers mais on les ga« Les soldats des deux rantissait contre toute vexation gouvernements n'étaient-ils pas là pour faire respecter ;

:

l'ordre ?

»

Or, de même qu'en Ninh-Binh et en Nam-Dinh ces promesses de protection devaient rester lettre morte. Deux sous-préfets, de ceux nommés par M. Garnier, furent assaillis par de fortes bandes de lettrés et succombèrent dans cette lutte inégale l'un d'eux périt avec dix-huit personnes de sa maison ; ils furent tous enterrés vivants. :


RÉTABLISSEMENT DE l'aUTOKITÉ ANNAMITE

250

Une troisième

sous-préfecture fut attaquée par son ancien

mandarin

mandarin voulait avoir l'honneur de recon-

:

ce

quérir son poste, au lieu de

le tenir

des Français

son

;

deux

exploit fut complété par le pillage et l'incendie de

grands villages chrétiens.

Un

renfort inattendu allait arriver

aux

sieurs des troupes de volontaires païens

ordre de

^I.

lettrés ,

:

plu-

levées par

Garnier, ne pouvant sans doute attribuer

qu'à une défaite des Français la restauration de l'autorité royale dans le Hà-Nôi, devaient offrir leurs services au plus fort; et, après avoir fait leur soumission aux mandarins de Tu' Dù'c, elles venaient grossir les bandes de nos

mortels ennemis. Tous de concert pillaient

et brûlaient

les villages chrétiens.

Les mandarins étaient de connivence; même l'un d'eux, le préfet du Phu U'ng-Hoà (1), dans le but de reconnaître les chrétiens, faisait mettre des croix sur les routes, et

ceux qui ne les foulaient pas étaient mis à mort.

Deux jours après

la

proclamation par laquelle

était

an-

rétablissement de l'autorité annamite dans le HàNôi, une' autre proclamation ordonnait à tous les fonctionnaires de la province de ne plus se servir du drapeau français. Seules les troupes indigènes, immédiatement

noncé

le

attachées à notre service, pouvaient encore le conserver. C'est le 12 janvier que fut publiée cette proclamation. Or, quelle ne fut pas la stupeur des Français présents à

Hà-Nôi, lorsque le lendemain matin ils virent au sommet de la tour de la citadelle flotter les couleurs annamites l Notre drapeau, qui depuis le 20 novembre y était arboré, avait disparu on l'en avait arraché, la hampe avait été :

La hampe fut retrouvée sur la un lambeau d'étoffe y adhérait morceau du pavillon gisait souillé de boue

brisée, le pavillon lacéré.

plate-forme de la tour

encore

;

l'autre

dans une

:

rizière voisine.

Cet outrage à notre drapeau fut-ill'objet d'une enquête?

(1)

Cette préfecture est aussi connue sous

le

nom

de

Phu Dinh.


DANS LA PROVINCE DE HA-NÔI. Fut-il l'objet d'une réparation solennelle ? les

que

j'ai

eus sous les yeux ne

me

251

documents

permettent point de

l'af-

firmer.

A la vérité, on rétablit le drapeau français sur la tour de la citadelle. Mais, à partir de cette époque, sans doute pour éviter un nouvel outrage, on l'amenait chaque soir. On M.

pourrait croire que, à la suite des concessions de So'n-ïây avait cessé toute ten-

Plîilastre, l'armée de

tative hostile contre la citadelle de Hà-Nôi. Il n'en était rien.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier, une troupe ennemie était venue prendre position à cent mètres du redan de l'Ouest; voyant qu'on la surveillait, elle s'était retirée dès trois heures du matin. Deux heures après, M. Goudard partait en reconnaissance avec quarante hommes et une pièce de 4. Toutefois il ne dépassait point les abords du village de Ha-Yèn-Khé, ce village devant lequel était tombé M. Balny d'Avricourt. A son approche, une redoute ennemie avait arboré son pavillon et envoyé sa bordée. M. Goudard avait ordre de ne point s'engager; après avoir échangé quelques coups de feu avec l'ennemi, il rentrait à Hà-Nôi. Cette reconnaissance fut la dernière qu'on fit du côté du PhuHoài et pourtant, le 10 janvier, un parti de l'armée de So'n-Tây venait de nouveau provo(|uer les Français jusque sous les murs de la citadelle. Pendant ce temps, la nouvelle du désastre du 21 décembre parvenait à Saigon (1). A la même époque arrivaient de France, par le transport la Sarthe, deux com-. pagnies et demie d'infanterie de marine, sous les ordres d'un chef de bataillon, M. Dujardin, Tremblant pour la ;

sécurité du petit corps expéditionnaire, l'amiral

Dupré

expédiait sur-le-champ cette troupe au Tong-King. Le 16 (1) C'est le Saltée, navire de la compagnie Larrieu, qui apporta cette nouvelle h Saigon. Ce bâtiment avait été affrété le 21 décembre pour porter au Tong-King un cliargement de charbon. Le 26 décembre il quittait le Cua Câm et le 2 janvier il était de retour à Saigon.


IIÉTABLISSEMENÏ DE L'aUTOKITÉ ANNAMITE

252

janvier elle arrivait à Hà-Hôi c'était un renfort de deux cent cinquante hommes (1). Dès lors, les troupes d'infanterie de marine, en garnison dans la citadelle, s'élevaient :

après de quatre cents hommes. Les lettrés continuaient leurs ravages. Déjà même ils menaçaient la grande chrétienté de Ké-So' ce village renferme les établissements les plus importants de la mission, la résidence du vicaire apostolique, le grand sé:

minaire, l'imprimerie

;

sa ruine eût été un désastre irré-

parable.

Dès le 2 janvier, Mgr l'uginier, à la nouvelle du mouvement insurrectionnel des lettrés, avait prié M. Esmez, qui était alors le chef politique de l'expédition, de lui donner une vingtaine de fusils pour armer ses chrétiens et défendre sa résidence. M. Esmez n'avait pas cru devoir accéder à cette demande mais, avec son consentement, M. Dupuis avait envoyé aux missionnaires quelques armes à feu, avec six soldats chinois commandés par un mulâtre; et, peu de jours après, ce premier secours était secrètement renforcé. Néanmoins ces forces étaient in;

(1)

Outre

étaient

MM.

le

commandant Dujardin,

les

officiers

de ce détachement

:

Brionval, capitaine adjudant-major ; Nicolini, capitaine de la IS"" compagnie ; Tliibault, capitaine de la 39°=» compagnie

Amoric, lieutenant commandant

la 35°"=

;

compagnie

;

Bordes, lieutenant Gondallier de Tugny et Guérin de Fontjoyeuse, sous-lieutenants. La Sarthe qui portait ce détachement, partie de Saigon le G janvier, n'avait mis que quatre jours et six heures pour parvenir au golfe du ;

Tong-King. Pour remonter à Hà-Xôi, ce détachement avait ensuite embarqué sur l'aviso VAntilope. Mais, ce navire n'ayant pu, h cause des basses eaux, remonter le Cua-Loc au-dessus du Phu Ninh-Giaug, les troupes de M. Dujardin avaient rejoint par la voie de terre les canonVEspingole, qui étaient mouillées dans le Bô-Dê. que le Decrés, alors qu'il portait le renfort si impatiemment attendu par M. Garnier, n'ait pas etfectué sa traversée de Saïgon au Tong-King aussi rapidement que la Sarthe ; et que son commandant, M. Testard du Cosquer, n'ait pas, dès son arrivée dans les eaux du Tong-King, fait partir le renfort jjour Hà-Nôi, soit par la voie de terre, soit dans les embarcations du navire. Sans doute alors le désastre du 21 décembre eùt-il pu être évité nières Il

le

Scorpion

et

est regrettable

!


DANS LA PROVINCE DE HA-XÔI. suffisantes

pour protéger Ké-So' contre

les

253

bandes des

lettrés

A la

M. Philastre, cédant aux instances de Mgr Puenvoyer à Ké-So' un détachement de soldats français. Le 18 janvier, le Manr/-Hào partait emportant une troupe de vingt-huit soldats, sous les ordres de M. Michel, sous-lieutenant cet officier avait pour insfin,

ginier, se décida à

;

tructions de se borner à défendre la mission.

L'ambassadeur cependant commençait à craindre de ne pouvoir diriger le mouvement des lettrés. Les bandes qui menaçaient Ké-So' avaient, malgré ses ordres, refusé de s'éloigner ; or, la destruction de cette grande chrétienté pouvait le compromettre. Il demanda donc à M. Philastre de renforcer le premier détachement; et, le 22 janvier, une nouvelle troupe de quarante-cinq fantassins de marine arrivait à Ké-So'.

Son tite

chef,

M. Goudard,

prit le

commandement de

la pe-

expédition. Ses instructions étaient plus larges que

de M. Michel. Dès le lendemain de son arrivée, il de concert avec les troupes du gouvernement annamite, une reconnaissance dans les environs de Ké-So' deux villages (1) du parti des lettrés étaient enlevés et les maisons des chefs de bande livrées aux flammes. Les jours suivants plusieurs villages venaient faire leur soumission une amende en riz leur était imposée, afin de subvenir à la détresse des chrétiens incendiés, réfugiés à celles

faisait,

:

:

Ké-So'.

Mais l'objectif de M. Goudard était le grand village de Phû-Khè, le principal repaire des lettrés et leur arsenal. Le 27 janvier il faisait une première expédition contre ce village les lettrés étaient débusqués de plusieurs de leurs positions (2). Le 30, il préparait une seconde expédition, :

dont

le

résultat devait être décisif, lorsque YEspinf/ole

Dông-X;i et Yèn-Cfi. Cette expédition aurait pu ("tre fatale à la troupe de M. Goudard les lettrés avait préparé du vin de riz empoisonné îi l'approche des Français ils devaient se retirer nos soldats, trouvant ce vin dans les maisons, l'eussent bu et leur mort eût été certaine. Heureusement (i;

:

(2)

;

;

M. Goudard

était averti.


RÉ l'ABLISSEMFA'T DE l'aUTOUITÉ ANNAMITE

254

immédiatement Hà-Nôi. due à l'ambassadeur Nguyên Van Tu'o'ng avait attaché à la personne de M. Goudard, soidisant pour le renseigner, deux capitaines de l'armée annamite en réalité ces deux officiers n'étaient que des espions. Ainsi l'ambassadeur était-il au courant de toutes les opérations du détachement français de Ké-So'. Dès qu'il connut les projets de M. Goudard, redoutant sans doute que la prise de Phù-Khô ne rendit aux Français une partie de leur prestige perdu, il prévint M. Philastre que désormais ses forces étaient suffisantes pour rétablir la tranquillité. En conséquence, il demandait le rappel de M. Goudard et de sa troupe. Le 31 janvier VEspingole ramenait tout le détachement français de Ké-So', ainsi que la plupart des missionnaires. Quelques jours auparavant, cette canonnière avait fait une tournée dans les provinces du Sud. C'est à la demande de Mgr Colomer que M. Philastre l'y avait envoyée. Après avoir aidé les troupes des mandarins à mettre en fuite une bande de lettrés rebelles (1), après avoir touché à Ninh-Binh et à Nam-Dinh, elle était allée montrer son vint lui porter l'ordre de rallier

mesure

Cette

était

:

;

pavillon à Bui-Chiu, la résidence de

Mgr Cezon,

le vicaire

apostolique du Tong-King Central.

Mais déjà les missionnaires espagnols n'avaient plus besoin de la protection de nos armes. Au reste, les désastres, qu'ils avaient eu à déplorer dans la partie du NamDinh dépendant de leur vicariat, étaient infiniment moindres que ceux des missions françaises. C'était seulement

dans les premiers jours de l'évacuation et aux environs de la capitale de la province qu'ils avaient eu à souffrir. Les hordes des lettrés s'étant dès l'abord portées sur les missions françaises, les chrétiens des Pères espagnols avaient eu le temps d'organiser la résistance dans leurs villages.

D'autre part, les mandarins s'appliquaient eux-mêmes tandis que les chrétiens évangélisés par ;

à les protéger

(1)

Au

village de

Chàng, au-dessous de Ké-So'.


ÉVACUATION DE LA CITADELLE DE HA-NÔI. les

255

missionnaires français se voyaient spoliés de tous

leurs biens et restaient exposés à la fureur de leurs enne-

mis, justice était rendue à ceux des missions espagnoles. Bientôt, par ordre

sastres devait être

du roi, le principal auteur de leurs décondamné à mort et exécuté à Nam-

Dinh même. La conduite des missionnaires espagnols pendant l'intervention française était hautement approuvée :

Hoàng Tam Dan g lui-même leur adressait ses félicitations et les assurait

de son amitié

(1).

Ce chef des incendiaires était, en effet, devenu un personnage important la cour de Hué, comme pour approu:

ver les cruautés sans nombre dont le Nam-Dinh avait été le théâtre, l'avait nommé commissaire royal dans cette province (2). Tel était l'état des provinces du Delta au moment où se préparait l'évacuation définitive des conquêtes de M. Garnier et de ses compagnons.

CHAPITRE CINQUIEME Évacuation de la citadelle de Hâ-Nôi.

La citadelle de Hà-Nôi elle-même

devait être évacuée. 20 janvier, quatre jours après l'arrivée du renfort commandé par M. Dajardin, tous les marins déparqués, au nombre dune centaine environ, avaient quitté

Dès

le

cette forteresse.

Les troupes de terre ne devaient pas tarder à les suivre. les reléguer dans le fort de Haï-Phèng, au milieu des vases des rives du Cua Câm. Ce point avait été choisi par le commandant Testard du Cosquer il le regardait comme la vraie position stratégique du Delta. Connaissant l'insalubrité de ce poste, les Annamites

On allait

;

(1^ (2)

Corvco Sino-Annamita, année 1875, Ibidem, même page.

p. 141.


256

ÉVACUATION DE LA CITADELLE DE HA-NÔI.

bien gardés de soulever aucune objection. Le 24 janvier, M. de Trentinian se rendait à Haï-Phông avec une escorte de quarante hommes, afin d'y faire conss'étaient

truire les logements des troupes françaises de Hà-Nôi.

A

cette époque, M. Philastre s'occupait de traiter avec et le l'ambassadeur de l'évacuation de la citadelle 6 février une convention était signée qui réglait cette question (1) cette convention était destinée à remplacer l'autre convention, si honorable et si avantageuse pour la France, que M. Esmez avait été sur le point de conclure. Les Français devaient donc évacuer la citadelle de HàNôi et la remettre aux autorités annamites. Ils devaient le faire « aussitôt que le local de Haï-Phông serait prêt dès que les mandarins en auraient donné avis officiellement, on ne pourrait difiërer l'évacuation au delà de ;

:

;

dix jours (2). » La convention semblait admettre les assertions des mandarins annamites comme absolument véridiques et les dispenser

du contrôle d'un

Dans quel but Phông ? C'était

«

les

officier français.

Français s'établissaient-ils à Haï-

afin de protéger le

royaume annamite contre

ceux qui voudraient pénétrer dans l'intérieur contrairement aux lois du royaume, C'était notamment « pour forcer les navires du nommé Dupuis à demeurer au port jusqu'à la conclusion du traité, au cas qu'il y ait une stipulation autorisant les Européens à venir faire le commerce au Tong-King (3). t Ainsi, tandis que M. Esmez ouvrait d'ores et déjà le Tong-King au commerce français, espagnol et chinois, la nouvelle convention le déclare fermé jusqu'à la conclusion du traité et suppose même que ce traité pourra ne point l'ouvrir au commerce. Bien plus, nos soldats vont être les satellites de l'Annam. j»

(1)

de

la (2)

(3)

Voir aux Pièces justificatives n" xxv, convention du 6 février, Art. 4. Art. 2.

la traduction in

extenso


EVACUATION DE LA CITADELLE DE HA-XOI.

2ô é

La garnison

française ne devait pas tout entière quitter une troupe de quarante hommes allait y rester, comme escorte d'un résident français. Mais résident et soldats devraient loger en dehors de la citadelle, dans un bâtiment qui serait construit sur le bord du fleuve. En attendant qu'il fût achevé, « le gouvernement annamite permettait au résident français d'habiter temporairement avec son escorte dans le palais du mandarin de la justice. » A la vérité, dès que le calme serait rétabli, quand bien même le bâtiment des Français ne serait point terminé,

Hà-Nôi

le

;

résident et son escorte devraient quitter la citadelle et

maisons Dupuis le gouvernement annamite s'engageait à « veiller à la sûreté du résident et de son escorte, comme il convient à une grande nation (1). » L'Annam était transformé en protecteur de la France Toutefois, tant que le traité ne serait point conclu, le nombre des soldats, que le gouvernement annamite pourrait réunir dans la citadelle de Hà-Nôi ou dans les environs, ne devrait point dépasser trois cents il lui était également interdit d'entasser des troupes dans la province limitrophe du So'n-Tây (2). Un article proclamait encore l'amnistie de « tous ceux qui avaient pris le parti de la France », promettant de « les protéger contre ceux qui voudraient leur nuire » et même de « leur faire rendre justice » s'ils avaient « souffert quelques dommages (3). » En réalité, cette clause, dérisoire après les attentats des lettrés, ne devait pas être mieux exécutée que celle analogue de la convention du 5 janvier. Une seule clause, de celles obligeant le gouvernement d'Annam, a été observée c'est celle qui assurait l'inviolabilité de la sépulture de M. Garnier et de ses compagnons, enterrés dans l'intérieur de la citadelle (4). aller occuper les

;

!

;

:

Cl) (2) (3)

(4)

Art. Art. Art. Art.

9, 10, 11.

6 et 13. 5. S.

17


ÉVACUATION DE LA CITADELLE DE HA-XÔI.

258

Enfin, la convention expulsait de Hà-Nôi M. Dupuis, et tout

son personnel.

M. Dupuis avait l'alternative d'attendre à du Tong-King au commerce, ou de Yû'n-Nàn en remontant le lieuve. Mais, en en rendre se ce dernier cas, on ne lui eût pas permis d'emmener avec est vrai,

Il

Haï-Phông l'ouverture

de soixante-cinq

lui plus

hommes

de son personnel, tant

Européens que Chinois et, bien qu'il eût à traverser une grande étendue de pays occupé par des rebelles, il n'aurait pu emporter qu'une quantité restreinte de munitions ;

de guerre.

au

en Yû'n-Nân, il se fixait en quelque royaume annamite sans en avoir l'autorisation, les Français s'engageaient à aller l'en chasser et, si c'était nécessaire, ils requerraient le gouvernement annamite, qui de son côté enverrait aussi des solSi,

«

lieu d'aller

endroit appartenant au

;

dats.

»

Mais quel intérêt M. Dupuis avait-il à se rendre en Yù'n-Nàn ? Qu'il fût en Yû'n-Nân ou à Haï-Phông le Tong-King lui était également fermé (1). Au reste, à cette époque, il n'était plus à Hà-Nôi et ne pouvait ainsi user de l'alternative qui lui était offerte. Le 20 janvier il était parti pour Saigon, M. Philastre l'ayant engagé à aller lui-même plaider sa cause auprès du gouverneur de la Cochinchine. Deux jours après la signature de la convention du ,

6 février, toute son expédition, personnel, navires et

ma-

de guerre, était évacuée sur Haï-Phông. Seule la canonnière le Bong-Kiang, qui à cause des basses eaux ne pouvait descendre le fleuve, restait provisoirement à Hà-Nôi sous la protection du résident français. Cependant les mandarins annamites avaient sans doute averti M. Philastre que l'établissement de Haï-Phông était prêt à recevoir la garnison française de Hà-Nôi. Tel n'était point l'avis de M. le commandant Testard du Cosquer ; car à la date du 10 février il prévenait M. Phi-

tériel

(1)

Art. 14.


ÉVACUATION DE LA CITADELLE DE HA-XÔI. que

lastre

les

travaux d'installation marchaient

259 très-len-

tement. Mais déjà la date de l'évacuation de la citadelle elle devait avoir lieu le 12 féde Hà-Nôi était fixée ;

vrier

(1).

Dès

le 11, le

la tour

;

pavillon français fut

à la

même

amené du sommet de

place nos soldats étonnés virent

l'oriflamme annamite. Ainsi, pendant vingt-quatre heures, ce drapeau que les soldats français avaient vaincu, sembla les couvrir de sa protection. flotter

Enfin, vint

le

moment

de quitter la citadelle nos armes une diplomatie étrange nous obligeait

l'avaient conquise,

:

à l'abandonner.

En

tête

du cortège s'avançait l'ambassadeur entouré de

quatre parasols, insigne de sa haute dignité représentan.t de la France, M. Philastre

;

avec lui

le

Puis les troupes française défilèrent. Les Annamites formaient la haie ils riaient et se moquaient des Français ceux-ci étaient obligés de dévorer leur honte ;

:

C'est ainsi

que

la

mission de M. Garnier avait été con-

tinuée par M. Philastre

!

(2)

L'œuvre de M. Philastre

était achevée il allait quitter Tong-King. L'amiral Dupré avait nommé, pour le remplacer comme résident politique à Hà-Nôi, un administrateur des affaires indigènes, M. Rheinart (3). Cet officier était arrivé à Hà-Nôi dans les premiers jours de février ; le lendemain de l'évacuation, il s'installait dans les maisons de M. Dupuis avec quarante hommes, sous les ordres d'un sous-lieutenant, M. Gondallier de Tugny. ;

le

(1) La Lettre de M. Testai-d du Cusquer arriva probablement trop tard à Hn-Nôi. (2) Je dois ajouter que l'œuvre de M. Philastre a été approuvée par en effet, par décret rendu h Brest le le gouvernement métropolitain 21 août 1874, " sur la proposition du ministre de la marine et des coloau grade d'otBcier de la légion d'honnies », M. Philastre a été prora neur pijur ses « services exceptionnels en Cochinchine et an TongKlng. " (Journal officiel, n» du 30 août 1874, p. 6283.) (3) Décision du 5 février 1874. ;

i


CONSÉQUENCES DE L'ÉVACUATION

260

Quelques jours après, M. Philastre partait pour Saïgon avec l'ambassadeur aunamite.

CHAPITRE SIXIEME Conséquences de l'évacuation successeur de M. Philastre, M. Rheinart, est obligé de quitter Hâ-Nôi. :

le

Nul mieux que M. Rheinart

n'était capable de réparer de l'évacuation. C'était un homme sérieux et froid, n'agissant jamais qu'après avoir mûrement réfléchi. Observateur scrupuleux et impassible, il savait dissimuler ses impressions, et, par son tact et sa délicatesse, non moins que par sa persévérante énergie, il parvenait à tout faire plier sous sa volonté. Tel était le nouveau chef de la mission française au Tong-King, le successeur que l'amiral Dupré venait de donner à M. Phi-

les désastres

lastre

.

Les nouvelles les chefs

les plus lugubres parvenaient à Hà-Nôi indigènes que M. Garnier et ses lieutenants :

nommés, les volontaires qui avaient combattu sous notre drapeau, tous ceux enfin qui s'étaient compromis pour la cause de la France, se voyaient sans cesse en butte à la persécution ils étaient poursuivis, jetés en prison; quelques-uns même étaient mis à mort. Quant aux lettrés, leurs bandes n'avaient cessé de s'acharner sur les chrétientés évangélisées par les missionnaires français. Bien plus, la politique de l'évacuation allait porter ses fruits même en des provinces que M. Garnier n'avait pas occupées. Les lettrés du Hà-Tinh et du Nghê-An, provinces du Tong-King Méridional, avaient aussi formé des bandes, et, dès la fin de février 1874, sous la conduite des mêmes avaient

:


REINHART EST OBLIGÉ DE QUITTER HA-NÔI.

M.

261

(1), ils commençaient à se jeter sur les quelques semaines, cent vingt-neuf villages étaient devenus la proie des flammes, plus de deux mille chrétiens avaient été massacrés, noyés ou brûlés vifs, treize cents et au delà étaient morts de misère, et vingttrois mille erraient dans les montagnes, sans abri, sans vêtements, n'ayant pour nourriture que des herbes et des racines sauvages. Encore les lettrés allaient-ils les traquer jusque dans ces asiles et leur donner la chasse avec des

chefs qu'en 1868 chrétiens.

En

chiens.

La connivence des mandarins

était évidente: vainement missionnaires les avaient-ils prévenus des préparatifs des lettrés; ils n'avaient pris aucune précaution. De toutes parts M. Rheinart recevait des plaintes sans nombre mais c'était en vain qu'il adressait aux auto-

les

;

annamites les plus énergiques protestations. Les mandarins semblaient n'avoir d'autre but que de détruire

rités

aux yeux des populations indigènes

le prestige

du nom

français.

Même

conventions qu'avaient conclues M. Philastre Ces conventions interdisaient au gouvernement annamite « toute concentration de troupes d dans les provinces de Ninh-Binh, de NamDinh (2), de Hà-Nôi et de So'n-ïày (3). les

étaient violées ouvertement.

Or. le commissaire royal, Ngnyèn Canh, envoyé par la cour de Hué pour rétablir son autorité dans les provinces du Delta, ne cessait de faire de nouvelles levées. Son escorte, dont l'effectif n'était d'abord que de quinze cents était devenue une véritable armée. Déjà même campait à une journée de Hà-Nôi, au Phu U'ng-Hoà,

hommes, il

et

il

faisait élever

y

En

des fortifications.

menaçante comment M. Rheinart eùt-il pu se maintenir avec sa petite escorte de quarante hommes ? Il avait donc demandé du renfort à HaïPhong on lui avait envoyé quarante soldats. face d'une attitude si

;

(1)

(2) (3)

Voir au chapitre n de Vlntrudiictian, Convention du 5 janvier, art. 2. Convention du 6 février, art. (i.

p. 20.


CONSÉQUENCES DE L'ÉVACUATION

262 Alors

il

avait écrit au commissaire royal pour lui rap-

peler que ses instructions devaient nécessairement l'envoyer à Hà-Noi afin d'y régler, d'accord avec le résident français, l'exécution des conventions conclues avec

M. Phi-

lastre.

réponse du commissaire royal « lui ordonnaient de pacifier aurait achevé, il irait à Hà-Nôi.

Presque insolente

fut la

«

Ses instructions»,

disait-il,

«

les provinces.

Du

Quand

il

:

ne tarderait guère. » Effectivement, peu de jours après, il arrivait à Hà-Nôi à la tête d'une armée d'environ dix mille hommes. Le lendemain ou le surlendemain, vers trois heures du soir, il faisait prévenir M. Rheinart de sa visite. Quelques heures après, à la nuit tombante, les rues, qui mènent aux maisons Dupuis, étaient inondées de soldats annamites puis le commissaire royal paraissait, entouré d'un «

reste,

il

;

nombreux

cortège.

Cette entrevue n'aboutit à aucun résultat.

Nguyôn Canh

trouva moyen d'éluder toutes les questions s'il levait des troupes, c'était pour combattre les brigands ; si des indigènes étaient poursuivis, c'était pour crime ou pour :

attentat politique.

accompagné dans sa visite, compprès de quatre mille hommes de troupe, des éléphants, des canons. Toutes les rues, qui entouraient les maisons du résident, étaient occupées; et les soldats annamites affectaient devant la population de la ville de vouloir exterminer les Français leurs canons étaient chargés et les mèches allumées. M. Rheinart méprisait ces fanfaronnades le lendemain, quand il alla au camp des lettrés rendre au commissaire royal sa visite, il ne se fit accompagner que de L'escorte, qui l'avait

tait

:

;

son seul interprète. A la vérité, il signifia à Nguyên Canh que désormais il ne le recevrait plus, s'il ne se présentait avec une escorte raisonnable. Ce personnage ne cessait de se montrer intraitable; son hostilité était manifeste, et les bruits les plus alarmants circulaient dans Hà-Nôi.


M. REIXHA.RT EST OBLIGÉ

DE QUITTER HA-XÙI.

263

M. Rheinart n'avait que quatre-vingts hommes à oppoaux douze mille Annamites qui occupaient la citadelle et le camp des lettrés. Il n'hésita point à faire remonter à Hà-Nùi le reste des troupes campées à Haï-Phông. L'arrivée de ces troupes était à peine annoncée que le commissaire royal, redoutant une démonstration semblable à celles de M. Garnier, quittait brusquement HàNùi avec la plus grande partie de son armée et regagnait son camp du Phu Ung-Hoà. A cette époque le plus grand désordre régnait dans tout dans le Nord, les Chinois aux Pavillonsle Tong-King Noirs, unis aux Annamites de So'n-Tày, luttaient contre les Pavillons- Jaunes dans le Sud, les bandes des lettrés, qui venaient de massacrer les chrétiens, menaçaient de se ser

:

;

soulever contre l'autorité de Tu' Dù'c, parce qu'il avait Sauvages d'Europe. Dans l'Est enfin, les

traité avec les

partisans de la dynastie Le commençaient à s'agiter. En cette conjoncture, M. Rneinart pouvait être considéré

comme

centre

l'arbitre du Tong-King placé à Hà-Nôi, au du pays, dans une position très-forte, sur le bord :

dn

fleuve, à l'extrémité d'une rue barricadée, s'appuyant sur les deux canonnières ïEsphir/ole et le Hong-Kianrj, il était à la tête d'une force d'environ deux cent cinquante

hommes

d'infanterie.

M. Dupuis

En

outre, les

étaient remontés en

soldats chinois de

même temps

troupes françaises, prêts à se joindre à elles en venir aux mains avec les Annamites.

La cour de Hué ne pouvait violé la convention

du 6

s'il

que

les

avait fallu

accuser M. Rheinart d'avoir

février; car c'était à tort

que ses

agents avaient déclaré que l'installation de Haï-Phông était prête ce local était inhabitable pour des troupes européennes. :

L'autorité annamite, au contraire, n'avait cessé de vio-

en persécutant les partisans de la France, soit en accumulant des troupes dans les provinces

ler les conventions, soit

du Delta. D'ailleurs, était-il possible

que M. Rheinart se maintînt,

avec une escorte de quarante

hommes

seulement, en pré-


CONSÉQUENCES DE L'ÉVACUATION.

264

sence d'un rassemblement de douze mille soldats annamites, animés des sentiments les plus hostiles ? Telle était la situation lorsque, vers le 15 mai, arriva

dans le Cua Càm l'aviso le Decrès. Son commandant, M. Testard du Cosquer, avait été maintenu à la tête des forces françaises de terre et de mer stationnées au Tong-King. Naturellement il avait reçu communication des dépêches ministérielles adressées au gouverneur de la Cochinchine. Or, le ministère, craignant peut-être quelque complication politique, s'était, parait-il,

opposé à une occupation prolongée de Hà-Nôi. D'autre part, M. Testard du Cosquer ignorait sans doute les événements qui avaient obligé M. Kheinart à rappeler à Hà-Nôi la plus grande partie de la garnison de HaïPhông. C'est pourquoi, à la vue de ce fort presque vide, il expédiait sur-le-champ à Hà-Nôi l'ordre de faire redescendre les troupes à Haï-Phông et, pour que le mouvement se fît d'un seul coup, il envoyait en même temps le Scorpion et le Ma?/f/-IJdo. L'expédition de M. Dupuis reçut également l'ordre de rallier de nouveau le Cua Càm. Le résident français ne devait garder avec lui que son escorte de quarante hommes et YEspingole, comme moyen de retraite, pour le cas où sa sûreté serait compromise. Un semblable procédé enlevait tout prestige au représentant de la France M. Rheinart écrivit immédiatement à M. Testard du Cosquer pour protester contre une me;

;

sure

si

désastreuse.

Sa position à Hà-Nôi était dès lors presque intenable. Aussi, malgré les prières du vieux gouverneur annamite, pour qui la présence des Français dans sa ville était un gage de sécurité, il résolut de rallier Haï-Phông et, vers la fin de mai, VEspingole quittait l'ancienne capitale du Tong-King avec les derniers soldats français. A Haï-Phông les troupes étaient encore parquées au milieu des marécages, dans de misérables huttes, malsaines et humides les forts n'étaient pas terminés. Les manda;

;

rins de la province de Haï-Dzu'o'ng étaient chargés de les faire construire

par leurs corvéables. Or, non-seule-


LE TRAITÉ.

ment

les

265

travaux n'avançaient qu'avec une lenteur tout mais encore bien souvent le flot delà marée déà peine achevés, les remparts en terre de ces

orientale, truisait, forts.

M. Rheinart ne resta guère qu'un mois à Haï-Phông la présence d'un agent politique sur ce point, au milieu des rizières, loin de tout centre, de tout représentant du gouvernement annamite, était absolument inutile il avait donc demandé au gouverneur de la Cochinchine de le relever de ses fonctions de résident au Tong-King. :

;

Le 1" juin il remontait à Hà-Nôi afin de se renseigner l'état du pays. Un mois plus tard, il partait pourSaïgon, après avoir remis le service politique au commandant des troupes, M. le chef de bataillon Dujardin. sur

CHAPITRE SEPTIEME Le

traité.

C'est vers la fin de février que M. Philastre était rentré à Saigon avec l'ambassadeur Nguyèn Van ïu'o'ng. Ce dernier personnage, le lecteur se le rappelle, faisait partie de l'ambassade que la cour de Hué avait envoyée à Saigon ; ambassade dont le but principal était d'obtenir du gouverneur de la Cochinchine Française qu'il expulsât du Tong-King M. Dupuis. En échange de ce service, l'ambassade devait promettre de reprendre les négociations commencées sous l'administration de l'amiral de la Grandière, (jue la nouvelle de la guerre de 1870 avait fait rompre. L'amiral Dupré n'eut garde de négliger cette occasion de conclure avec l'Annam un traité avantageux i)our la France. Au commencement de décembre 1873, les clauses du nouveau traité étaient à peu près arrêtées mais, à cette époque les ambassadeurs n'avaient point de pouvoirs ;

,


LE TRAITÉ.

266 suffisants

pour signer

ce traité. C'est

pour

cette cause,

on

vu précédemment, que Nguyên Van Tu'o'ng était allé avec M. Philastre clierclieràHué denouvellesinstructions. M. Garnier mort, l'amiral Dupré dut approuver l'évacuation du Tong-King, telle que l'avait ordonnée M. Phi-

l'a

marine ne voulait, « à aucun occupation militaire du Tongde la plus petite

lastre; le ministre de la

prix ,

King (1). » Lorsque

le Tong-King fut évacué, les ambassadeurs annamites commencèrent à soulever de nouvelles obils jections contre la signature immédiate du traité -Voulaient gagner du temps, espérant sans doute que quelque circonstance fortuite viendrait, comme en 1870, rompre les négociations. L'amiral Dupré sentait bien qu'il n'avait plus de gage entre les mains, les citadelles du Tong-King ayant été rendues. D'autre part, comme sa santé était usée par le climat de Cochinchine, il avait demandé et obtenu un congé le 16 mars il devait s'embarquer pour la France. Le temps jjressait. A la fin, le 15 mars, la veille de son départ, il put vaincre les patriotiques hésitations des envoyés de Tu' Duc il arracha leur consentement plutôt qu'il ne l'obtint. Deux jours après la signature du traité, mourait le precraignant avec raison mier ambassadeur Le Tuàn d'avoir encouru la colère de son roi, il s'était, dit-on, em:

:

;

,

;

poisonné. C'est

notre

«

que

le traité qu'il

venait de conclure reconnaissait » sur les six pro-

pleine et entière souveraineté

vinces de la Basse-Cochinchine, ratifiant de la sorte la conquête des trois provinces occidentales (2). En échange, la France faisait « remise de tout ce qui lui restait

1862

dû de l'ancienne indemnité de guerre » stipulée en donnait à l'Annam cinq navires de guerre à

(3), et

(1) Lettre du secrétaire de l'amiral Dupré, M. C*".-L*".. à M. Franci xx. Garnier, en date du 5 décembre 1873. Pièces justificatives, (2) Art. 5. Voir le texte du traité du 15 murs 1874 aux Pièces justificatives, n" XXVI.

w

(3)

Art. 6.


LE TRAITÉ,

2Ô7

vapeur, armés et équipés, d'une force totale de cent checents canons approvisionnés à deux cents coups ; mille fusils à tabatière et cinq cent mille par pièce ;

—

vaux

—

cartouches

(1).

Le traité reconnaissait en outre la « souveraineté du roi d'Annam et son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère, quelle qu'elle fût. » Dès lors il cessait d'être vassal de l'empire chinois.

La France

s'engageait à lui donner, sur sa demande,

«

gratuitement, l'appui nécessaire pour maintenir dans ses Etats l'ordre et la tranquillité, pour le défendre contre

et

toute attaque et pour détruire la piraterie qui désolait une partie des côtes «

du royaume

(2).

»

En reconnaissance de cette protection, le roi d'Annam

»

conformer sa politique extérieure à celle de la France et ne rien changer à ses relations diplomatiques devait

«

actuelles.

»

engagement politique ne s'étendait pas commerce. Mais, dans aucun cas, le roi d'Annam ne pourrait faire avec une nation, quelle qu'elle Toutefois

aux

«

cet

traités de

de traité de commerce en désaccord avec celui qu'il et sans en avoir préalablement informé le gouvernement français (3). » En réalité, c'était le protectorat de la France sur lAnnam, encore que le mot n'en fût pas écrit.

fût,

aurait conclu avec la France

L'article 9

du

,

traité accordait à la religion catholique'

la plus entière liberté.

Les Annamites étaient libres de

l'embrasser, les missionnaires français et espagnols de la prêcher.

Les chrétiens devaient être « admis à tous les concours aux emplois publics sans être tenus pour cela à aucun acte prohibé par la religion. » Désormais ils ne seraient plus « soumis à des recensements particuliers »; et tout « terme injurieux pour la religion » devait être banni du langage aussi bien que des écrits. et

(1) (2) (3)

Art. 3. Art. 2. Art. 3.


LE TRAITÉ.

268

Les biens qui leur avaient

enlevés pour

fait de resous séquestre » allaient leur être restitués. Cette dernière clause n'avait pas grande valeur car le plus souvent, à peine le gouvernement annamite a-t-il confisqué les biens de quelqu'un de ses sujets, qu'il les met en vente.

ligion

»

et qui

«

été

«

se trouvaient encore

;

Enfin, « un édit royal, publié aussitôt après l'échange des ratifications j, devait « proclamer dans toutes les communes * du royaume la liberté accordée aux chrétiens

annamites.

Les derniers articles du

traité concernaient principale-

ment la question commerciale

et consulaire.

Le port de Thi-Naï (Qui-Xho'n), dans la province de Binh-Dinh, au Sud de Hué, celui de Ninh-Haï ou HaïPhông au Tong-King, la ville de Hà-Nôi et le passage par le grand fleuve, depuis la mer jusqu'en Yun-Nàn, étaient ouverts au commerce du monde entier (1). Dans chacun de ces ports la France pourrait avoir un consul ou agent consulaire, lequel serait assisté d'une hommes au plus, tant * pour assurer sa sé-

force de cent curité

»

que pour

ses nationaux «

«

faire la police des étrangers

»

et

de

(2).

Toute contestation entre Français ou entre Français

étrangers » devait relever de la juridiction de ce résident français (3). et

De même, « les crimes et délits commis sur le territoire de l'Annam par des Français ou des étrangers » seraient « connus et jugés à Saigon par les tribunaux compétents »; et,

sur la réquisition du résident français, les autorités

annamites chercheraient à s'emparer des coupables et les livreraient au gouvernement français. Pour assurer l'exécution de ce traité (4;, la France pour-

(1) (2) (3) (4)

Art. 11. Art. 13. Art. IG. Art. 17 et 18.

.


DERNIÈRES CONSÉQUENCES DE L'INTERYENTION

nommer un résident à Hué; ce résident aurait de ministre plénipotentiaire (1).

rait

Quelques mois plus tard,

le

le

269

rang

31 août, le successeur

du

contre-amiral Dupré, le contre-amiral Krantz, complétait

du 15 mars, en signant un traité de commerce avec l'ambassade annamite. D'après ce second traité (2), pour la plupart des marchandises, les droits d'importation, d'exportation ou de transit sont en Annam de cinq pour cent ad valorem. Mais, de même que dans l'édit commercial promulgué par M. Francis Garnier lors de son arrivée au Tong-King, les marchandises, le port de Saigon jouit d'un privilège le traité

:

qu'il

expédie ou qui sont à sa destination, ne payent que

demi-droit.

Enfin, les douanes annamites doivent être, pendant

un

certain laps de temps, dirigées par des fonctionnaires français.

aux traités qu'elle a conclus avec l'Annam, France peut implanter d'une manière durable son influence en ce pays. Elle n'y parviendra cependant qu'en faisant rigoureusement respecter les droits qui lui ont été concédés et en couvrant de sa protection, désormais véritablement efficace, tous ceux qui auront eu foi en les promesses de ses représentants. Ainsi, grâce

la

CHAPITRE HUITIEME Dernières conséquences de l'intervention française l'insurrection des lettrés du Tong-King Méridional.

;

Au moment où se signait le traité du 15 mars, une formidable insurrection éclatait dansleTong-King Méridional. (1)

Art. 20.

(2)

Voir

le texte

de ce

traité

aux Pièces justificatives, n» xxvii.


270

On

DERNIÈRES CONSÉQUENCES DE

L' INTERVENTION

a lu plus haut fiue les lettrés du

Nghê-An

et

du Hà-

Tinh, imitant ceux des provinces du Delta, s'étaient livrés aux plus horribles excès contre les populations chrétiennes. Or, sur les instances de l'amiral Dupré, la cour de Hué avait enfin prescrit aux autorités de ces provinces

de protéger les chrétiens ; les bandes des lettrés avaient reçu l'ordre de se disperser. Cet ordre ne fut pas accueilli sans murmures les lettrés ne pardonnaient point au roi Tu' Dù'c d'avoir consenti à traiter avec les « Sauvages d'Europe. » Les bandes se reformèrent et l'étendard de la révolte fut déployé. En quelques semaines la citadelle de HàTinh et toutes les préfectures du Nghê-An tombaient au ;

pouvoir des insurgés. Seule, la citadelle de Vinh-Dinh, la capitale du NghêAn, resta aux mandarins de Tu' Dù'c. Encore était-elle, à la fin de juin, investie par une armée de plus de vingt mille rebelles.

En

vain la cour envoya plusieurs corps de troupes ils furent battus. Aussi, au commencement de juillet, le mouvement tendait à se propager dans les provinces voisines. En même temps on apprenait l'approche d'un membre de la famille royale, célèbre par sa haine du nom chrétien c'était le prince et son hostilité contre les Français ;

:

Thuyêt. Il commandait un corps de l'armée de So'n-Tày et avait, de concert avec les Chinois aux Pavillons-Noirs, guerroyé contre leurs ennemis, les Pavillons-.Jaunes. Après une lutte opiniâtre, et grâce au concours que les Annamites avaient trouvé chez les autorités chinoises du Quang-Si, les Pavillons-Jaunes avaient été chassés de toutes les positions qu'ils occupaient dans la province de TuyênQuang et sur le Sông Thao ; ils avaient, pour la plupart, cherché un refuge chez les montagnards du haut de la province de Hu'ng-Hoâ, dans le bassin du Kiêm-Tu Hà (1). (1) Ce cour^ d'eMU est généralement appelé Sông Bô' par ses riverains ann imite-; -^on nom ufticiel est Dî\' Giang, ou Dû' Giang. Les Chinois du Tong-King l'appellent Hô Ho, c'est-à-dire Rivière Noire. A Hu'ng-


INSURRECTION DES LETTRÉS DU TONG-KIXG MÉRIDIO-NAL C'est à la tête de son

Thuyèt rale,

il

armée victorieuse que

le

271

prince

se dirigeait vers le Sud. Suivant l'opinion géné-

venait pour faire sa jonction avec les rebelles du et leur ouvrir les défilés des provinces du Delta.

Nghê-An Il

était,

ouvertement désigné

d'ailleurs,

comme devant

supplanter Tu' Dù'c. Telle était la gravité de la situation que les mandarins de la province de Ninh-Binh, ne se fiant plus à leurs troupes païennes, avaient demandé aux missionnaires de prescrire aux chrétiens de s'armer pour la défense de la

cause royale. C'est aussi grâce

au concours des chrétiens que l'autorité

du roi fut rétablie dans le Nghè-An. Après avoir investi Vinh-Dinh, le

chef-lieu de cette pro-

commencé à l'incendier. Déjà un grand nombre de maisons étaient

vince, les rebelles avaient

plusieurs casernes et

devenues la proie des flammes. Déjà les mandarins, se voyant cernés de toutes parts, étaient sur le point d'entrer en composition, lorsqu'un secours inespéré vint les

délivrer.

Forts de leurs succès, les lettrés continuaient à poursuivre les chrétiens qui leur avaient échappé;

même

ils

s'apprêtaient à forcer les villages qui leur servaient de

dernier

asile. Dans moment venu de

cette extrémité, les chrétiens

le

tenter

la

main des

lettrés

jugèrent

un efi'ort suprême mourir de ou mourir de faim était leur unique :

alternative. Ils sortent donc de leurs retraites. Presque sans armes, au nombre de deux cents seulement, ils enlèvent le camp d'une bande de lettrés, tuent leur principal chef et une trentaine de leurs séides. Puis, sans avoir perdu un seul homme, ils marchent au secours de la capitale. Plusieurs troupes de chrétiens suivent cet exemple et se mettent en campagne. Toutes leurs rencontres avec leurs adversaires sont signalées par autant de victoires; et pourtant les

il se jette dans le Sôiig Thao Pièces justificatives, n" m.

Hoà,

;

il

eu est

le

principal alUueiit. \oir


272

DERNIÈRES CONSÉ(JUEXCES DE L INTERVENTION

lettrés étaient dix fois plus

nombreux

et

beaucoup mieux

armés. Quelques jours plus tard les mandarins de Vinh-Dinh étaient débloqués. Ils offraient à leurs libérateurs des armes et des munitions de guerre et joignant leurs troupes à celles des chrétiens, ils reprenaient sur les rebelles les autres places fortes de la province. Pendant ce temps, le prince Thuyèt était parvenu à la frontière du Nghê-An. Là, il avait appris la répression de l'insurrection dont il espérait la couronne, et la part ;

que

les chrétiens avaient prise à cette répression.

de voir son ambition déçue, il chercha à se venger sur les chrétiens. Par ses ordres, les mandarins durent faire déposer les armes à leurs auxiliaires; sans l'énergie de Mgr Gauthier , l'évêque missionnaire du Tong-King Méridional, les massacres eussent recommencé. Le prince Thuyêt ne pouvait manquer de tourner ses armes contre les lettrés pourquoi se serait-il compromis en faveur des vaincus? Unissant donc ses troupes à celles des mandarins, il se lança à la poursuite des rebelles et Irrité

:

bientôt

il

les eut écrasés.

moment

de la vengeance parmi les rebeldeux mille eurent la tête tranchée ; aux autres on se contenta de couper un talon et le pouce de chaque main. Mais, si les ennemis des chrétiens étaient châtiés, ceuxci ne devaient obtenir qu'une tardive et bien incomplète justice leurs biens étaient au pouvoir des païens et les mandarins refusaient de les leur faire restituer. Mourant de faim, ils ne vivaient que des aumônes que les mission-

Puis vint

le

:

les faits prisonniers,

:

;

naires leur distribuaient, grâce à la charité des catholiques d'Europe.

La même inj ustice régnait dans le Tong-King Occidental Mgr Puginier ne pouvaient non plus ren-

:

les chrétiens de

trer en possession de leurs biens.

Tant la mauvaise foi et l'ingratitude sont innées au cœur des mandarins annamites !


INSURRECTION' DES PARTISANS DE LA DYNASTIE LE

273

CHAPITRE NEUVIEME Dernières conséquences de l'intervention française L'insurrection des partisans de la dy(suite). nastie Le et sa répression par les forces françaises de Haï-Phông.

—

C'étaient les ennemis de la France qui s'étaient insurgés au Nghè-An. Or, à peu près en même temps une autre insurrection, celle-là amie de la France, éclatait dans les provinces orientales et^ par un effet bizarre de notre politique en Extrême-Orient, ce sont les Français eux-mêmes ;

qui ont réprimé cette insurrection. Dans les premiers chapitres de cet ouvrage on a

pu

voir

que, jusqu'à la fin du siècle dernier, le Tong-King avait eu ses rois propres et que même ces rois étaient suzerains

de ceux de Hué. Ainsi, au Tong-King, la dynastie des Nguyên est une dynastie usurpatrice son joug y est généralement abhorré (1), et la restauration de la dynastie nationale des Le est le vœu le plus cher de la majorité des Tongkinois « son souvenir est leur songe doré » (sic) (2), et ils ne peu;

:

vent en parler sans attendrissement

(3)

;

car pour eux

(1) ... El puehlo tanto cristiano como infiel por lo gênerai se hallaha alegre y contento por haber saciulido el yugo opresor e insoportable del Rey y mandarines... Lettre du R. P. Ouate. Correo Sino-Annamita,

année 1874,

p. 198.

La Dinastia LA, dinaatia cuyo recuenlo forma como el sueno dorado de la mayoria de los tuakinos... La Dinastia Le, sueiio dorado (2)

de

la

...

mayoria de

los

tunf,'-kinos.

.

.

Lettres de

Mgr

Colomer. Curreo

—

Le témoiSino-Annamita, année 1875, p. 129, année 1876, p. 103. gnage de Mgr Colomer ne peut être suspect on peut voir, en etTet, dans ce livre, combien il est dévoué îi l'autorité de Tù' Du'c. (3) « Le gouvernement de Hué n'est pas aimé au Tong-King et beau« coup se souviennent, avec un attendrissement dont je croyais cette race « incapable, de l'ancienne famiil.i royale du Tong-King indépt-ndant, la « famille des Le. « Si)v.venirs du Tong-King {\)\xh\\éi dans le Bulletin de la Société de Géographie, mars 1875, p. 284), par M. le docteur Harm;md, le commandant français du Nam-Dinh pendant l'expédition ;

—

18


274

INSURRECTION DES PARTISANS DE LA DYNASTIE LE

cette dynastie est «

le

symbole de leur indépendance

nationale, l'espoir d'une nouvelle ère de prospérité

;

elle

leur promet, disent-ils, un nouvel âge d'or sous le gou-

vernement doux, prévoyant légitimes

(1).

et

paternel de leurs rois

>>

Aussi la plupart des volontaires, qui s'étaient enrôlés sous les drapeaux de la France lors des conquêtes de M. Garnier, étaient des partisans de cette dynastie. Nos ennemis eux-mêmes, les lettrés tongkinois, se fussent ralliés à notre intervention, si notre politique avait été franchement hostile à TuDù'c et favorable à la dynastie légitime du Tong-King. C'était, du reste, l'opinion de la plupart des officiers du corps expéditionnaire. A la suite de la persécution qui, lors de l'évacuation des citadelles, avait été organisée par les mandarins contre tous nos partisans, quelques-uns de nos anciens fonctionnaires,

trop compromis, avaient levé l'étendard de la

promptement rallié autour d'eux une grande partie de nos anciens auxiliaires des provinces de Ninh-Binh et de Nam-Dinh. Cette armée était forte elle était réunie sur les bords du Daï. Les promoteurs de l'insurrection sentaient bien qu'elle ne pourrait réussir si elle n'avait pas pour chef un Européen. Or, dans cette partie du Tong-King, la réputation de l'ancien commandant de Ninh-Binh, M. Hautefeuille, était immense. Trois lettres lui furent écrites pour lui offrir de se mettre à la tête du mouvement seule la révolte. Ils eurent

;

;

de M. Garnier. Or le Nam-Dinh est une des provinces où la dynastie des Le compte le moins de partisans. (1) ... La Dinastia Lé. dinastia cujo recuerdo forma como el suefio dorado de la mayoria de los tunkinos, tante por lo que toca à su independencia nacional, como h la consecucion de toda clase de prosperidades... A los infieles se les excitaba con la dinastia Le, cuya proclamacion encabezada con un caràcter eui'opeo, C, les daba fundadas esperanzas de conseguir sus intentos, que son poder sacudir, apoyados por los europeos, el yugo para ellos pesado de la actual dinastia Nguyên, y disfrutar de uiia nueva edad de oro baja el paternal, prôvido y suave gobernio de los Le, (pues en este sentido hablan los tunquinos, prediciendo grandes felicidades, siempre que entablan conversacion acerca de los Lé). (Lettre de Mgr Colomer déjà citée. Correo SinoAnnamita, année 1875, pp. 129-130.


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

2 /a

dernière parvint. Malheureusement sa position d'officier français lui interdit d'accepter cette ofïre.

Désespérant de se voir commandée par un chef fran-

armée du parti des Le s'était dispersée. Quelques-uns d'entre eux, cependant, ayant à leur tête deux anciens moralistes, avaient gagné la Vendée du TongKing, la province de Hai-Dzu'o'ng. Lors de la reddition de la citadelle de Haï-Dzu'o'ng par M. Philastre, les volontaires, qu'avait levés M. de ïrentinian, s'étaient dispersés en emportant leurs armes. Aussi, en quelques jours, se forma-t-il une nombreuse bande dans les montagnes du Nord-Est de la province parmi ces insurgés, beaucoup' avaient servi dans l'armée de linfortuné Le Phung, ce prétendant dont, au commencement de ce travail, j'ai raconté la lutte héroïque. Le drapeau de l'insurrection était blanc, bordé de rouge ; au milieu on distinguait un grand C puis, au-dessous, çais, cette

:

;

deux caractères chinois, PHU LE, c'est-à-dire restauration des Lé enfin, au bas, écrits en lettres rondes, les mots français FAMILLE DES LE. Sauf les deux chefs, les insurgés étaient presque tous ;

:

païens

A

(1).

ne prissent point part à ce soulèpas moins très-sympathiques à la cause des Le. Suivant certaine interprétation, si les promoteurs de l'insurrection avaient fait figurer sur leur drapeau la lettre européenne C, c'était pour exprimer qu'ils comptaient sur le concours des chrétiens et sur l'appui plus ou moins avoué des Français de Haï-Phông (2). Et, comme pour confirmer cette interprétation, les insurla vérité, quoiqu'ils

vement,

(1)

les chrétiens n'en étaient

Correo Sino-Annamita,

p. 102. Lettre

Eucima de muchos caractères

du R. P. Terres.

estaba escrita la letra C, y otros le daban la interpretacion como si dijera, levantamieato ;ï favor de la de » C/iristianns " dinastia Le favorecida por el cielo, segu nunos, a[)oyada por los cristianos Los rebeldes dabau a enteuder al piiblico y euro[)eos seguii otros (2)

que alfrunos interpretaban

«

Cœbim

cliinos

»,

en particular à los incautos, que estaban apoyados por los f'ranceses. (Lettres de Mgr Colonier. Correo Sino-Annamita, année 1875, p. 129,

année 187G,

p. 105.)


276

INSURRECTION' DES PARTISANS DE EA DYNASTIE LE

gés proclamaient que leur intention était de détruire les ces mortels ennemis du christianisme et de la

lettrés,

France. Cette partie de leur programme ne laissait pas que d'être agréable aux chrétiens de Haï-Dzu'o'ng ils pouvaient craindre de voir les lettrés de leur province imiter les excès de ceux du Nam-Dinh et du :

Nghè-An

(1).

Enfin, on assurait que chrétien

(2)

;

le

c'était, disait-on,

prétendant lui-même était un frère ou un très-proche

parent du malheureux Le Phung (3). B est vrai que ce prétendant n'avait pas encore paru au milieu de l'armée de ses partisans il restait caché dans les montagnes de la frontière chinoise. Les chefs de l'insurrection ne comptaient le montrer que si la victoire décidait en leur faveur. C'est ainsi qu'avait agi Nguyên Dzo, quand il restaura la dynastie des Le vers 1533. ;

Dès

le principe, les

promoteurs de l'insurrection recher-

chèrent l'alliance d'une bande de pirates chinois, appelés Ngù-Binh, laquelle hantait les dédales aquatiques de la le chef de cette bande était probablement A-Hung, que nous avons vu ofifrir ses services aux Français lorsqu'ils eurent pris Haï Dzu'o'ng. Ces pirates Ngù-Binh s'étaient toujours distingués par leur dévouement pour la cause des Lô. Leur concours devait être pour le parti insurrectionnel de la plus grande utilité habitués à une vie rude et belli-

baie de Càt-Bâ; ce terrible

:

Y

haciendo correr la voz por otra parte, que su (1) ... destruir à los literatos Vàn-Thân, â quienes consideraban

iatento era reJalos cristiauo-s, natural-

como

cionados con los Mandarines para acabar con la atencion de los cristiaaos de un modo niuy especial, pues cabalmente sucedia esto en ocasion en que no pocos de nuestros neôfitos temian ser sacrificados por el odio de los literatos, como lo acababan de ser sus correligionarios de la provincia Nghè-An. (Lettre de Mgr Colomer, Correo Sino-Annamita, année 1876, pp. 103-104.) (2) Lettre inédite de Mgr Colomer au R. P. Herc2 à Hong-Kong, en date du 25 août 1874. pariente rauy cercano del infortunado D. Pedro (3) Hermano ô Phung-Lê. (Lettre du R. P. Onate, Correo Sino-Annamita, année 187.5,

mente llamabaa

p. 169.)


SA.

RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

277

queuse, bien pourvus d'armes et de munitions, ils étaient la terreur des mandarins. Vers les premiers jours de juillet^ une py^!titude d'embarcations se présentaient devant la sous-préfecture de peu de temps après les insurgés étaient

Dông-Trièu

;

maîtres de ce poste. En moins d'un mois autres sous-préfectures

,

s'emparaient encore de trois de l'importante préfecture de Kinh-Môn; et, tandis que leur flottille occupait les innombrables cours d'eau du Haï-Dzu'o'ng, leur armée de terre s'accroissait sans cesse de nouvelles recrues. Dans le camp des mandarins, au contraire, ce n'était qu'alarme et effroi. Leurs troupes n'osaient plus marcher contre les insurgés ; toutes les rencontres se tournaient pour elles en sanglantes défaites (1). Ainsi, dès ses débuts, l'insurrection prenait des proportions colossales (sic) (2) ; et déjà, vers la fin de juillet, elle menaçait Haï-Dzu'o'ng, la capitale de la province. Un corps de quatre mille insurgés était massé auprès de la mission de Ké-Mot; une flottille de trente jonques de guerre occupait le cours du Thâi-Binh, prête à seconder leurs opérations. Quelques jours plus tard, ils entouraient Haï-Dzu'ong et pouvaient s'en emparer d'un moment à l'autre.

ils

et

Cette place enlevée, le

manquer de

mouvement ne pouvait

insurrection ayant des ramifications dans plusieurs autres provinces (3). s'étendre,

1

Le lecteur n'a pas oublié que Mgr Colomer, l'évêque missionnaire dont dépend Haï-Dzu'o'ng, s'était montré, lors de l'expédition de M. Francis Garnier, un des plus Infudieron y desde

el principio tanto terror y miedo à los que nadie apeiias se atrevia à oponerse à lo inteniaban, quedaban vencidos y escannentados. (Lettre de Mgr Colomer. Correo Sino-Annamita, année 1875, p. 131.) (2) ... Dicho ievantamiento se presentaba realuieate con colosales proporciones Una revolucioa de gigantescas proporciones (Ibidem, p. 130, et p. 1:^9.) (3) ... Y a decir de muchos, tenian los guerreros ramificaciones en

...

(1)

mandarines y iropas elloà purque cuantos

reaies,

;

—

varias proviucias. (Lettre inédite de

Mgr Colomer

déjîi citée.)


INSURRECTION DES RARTISANS DE LA DYNASTIE LE

278

fermes soutiens de l'autorité du roi ïu' Dù'c. Pour reconnaître ses services et ceux de ses missionnaires, la cour de Hué lui a^ijt fait ^femettre quatre grandes médailles,

une d'or

et trois

d'argent

:

décoration équivalente aux

plus hautes dignités du royaume (1) et, depuis l'évacuation des citadelles par les Français, les autorités de HaïDzu'o'ng n'avaient cessé d'entretenir avec lui les relations :

les plus cordiales.

Dông-Triôu parvenue à Haï-Dzu'o'ng^ les mandarins de cette ville demandaient à ?^JgrColomer de les aider à rétablir la paix dans leur province. Ces mandarins étaient persuadés que l'insurrection trouvait un appui dans la population chrétienne et aussi chez les Français de Haï-Phông (2) tant son programme était favorable au christianisme et à l'inlluence française Suivant leur désir, Mgr Colomer promit de s'entremettre en faveur de l'autorité royale. Il fit donc paraître une circulaire pour défendre à tous les chrétiens de son vicariat de prendre aucune part à la guerre civile. En même temps il envoyait des catéchistes au camp des insurgés pour les engager à déposer les armes. D'autre part, il écrivait au commandant français de Haï-Phong une lettre des plus « énergiques. » Il lui exposait « quel péril couraient et la réputation de la religion « chrétienne et celle du drapeau français, s'il permettait « que sous ses yeux se tramât une révolution aussi ùise)i« sée (sic) (3). Ces insurgés », ajoutait-il, « n'étaient que C'est pourquoi la nouvelle de la prise de

par que

les insurgés était à peine

:

!

c

des pirates et des malfaiteurs

De

leur côté, les

(4).

»

mandarins de Haï-Dzu'o"ng ne man-

quèrent pas de joindre leurs instances à celles de l'évèque espagnol. Ces pauvres mandarins se trouvaient dans la position Lettres du R. P. Terres. Correo Sino-Annaynitu, année 1874, 196 et 237. (2) Lettre inédite de Mgr Colomer déjà citée. (3) Lettre inédite de Mgr Colomer déjà citée. P. Terres. Correo S ino- Annamite, année 1875, (4) Lettre du E,. (1)

])p.

p. 1U3.)


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

279

Les provinces occidentales étaient dégarl'armée du commissaire royal, Nguyên Canh, s'était débandée, celle du prince Thuyêt était en marclie pour le Ngliê-An. Du Bac-Ninh il ne pouvait venir aucun secours, les autorités de cette province ayant ellesmêmes à lutter contre de nombreuses bandes de brigands chinois et annamites, fortes de plusieurs milliers d'hommes. Les mandarins de Haï-Dzu'o'ng se voyaient de la sorte uniquement réduits à leurs propres ressources. L'insurrection avait tari les revenus de leur province. L'argent qui se trouvait dans leur citadelle lors de l'expédition de M. Garnier, l'occupation française l'avait dépensé ou envoyé à Hà-Nôi. Ils avaient bien du riz toutefois, pour en tirer parti^ il fallait l'expédier au marché de Haï-Phông, et les insurgés interceptaient tous les cours d'eau. Ils offrirent alors au représentant de M. Dupuis, M. Dercourt, de lui payer un loyer de cent piastres par jour s'il voulait leur prêter le Mang-Hào pour escorter leur convoi de riz jusqu'à Haï-Phông. M. Dercourt y consentit volontiers mais il fut impossible d'obtenir l'autorisation du commandant français les ordres qu'il avait reçus de Saigon lui interdisaient formellement de permettre aux navires de M. Dupuis de quitter le mouillage de Haï-Phông. A la vérité, le moment n'était pas éloigné où les Franla plus critique.

nies de troupes

;

;

;

:

çais allaient

eux-mêmes

intervenir directement en faveur

de la cour de Hué.

A lépoque où se préparait l'insurrection, le commandement politique des forces françaises au Tung-King était entre les mains de M. Rheinart. Profondément irrité de la mauvaise foi des autorités annamites, il n'avait rien fait pour arrêter ce mouvement. Son successeur, le commandant Dujar<lin, devait inaugurer une tout autre politique. Pendant ce temps, à Saigon, le nouveau gouverneur Cochinchine Française, l'amiral Krantz, avait, ausaprès le départ de l'amiral Dupré, entamé avec l'ambassade annamite les négociations du traité de commerce.

<le

la

sitôt


280

INSURRECTION DES PARTISANS DE LA DYNASTIE LE

Ces négociations traînaient en longueur, les ambassadeurs ne laissant pas de soulever maintes dirticultés même, s'appuyant sur une équivoque du texte cliiuois du traité du 15 mars, refusaient-ils d'ouvrir au commerce la ville de Ilà-Nùi (1). Ils étaient donc retournés à Hué chercher de nouvelles instructions. C'est à ce moment qu'on apprit à la cour la nouvelle du soulèvement des partisans des Le. L'ambassadeur Nguyèn Van Tu'o'ng fut de nouveau envoyé au Toug-King il ne tarda pas à se rendre compte de la gravité de la situation. Or, toutes les fois qu'elle a été menacée de perdre le TongKing, la cour de Hué s'est montrée pleine de conciliation envers la France. Le roi consentit donc à accepter les clauses du traité de commerce telles que les proposait l'amiral Krantz ; mais les Français durent intervenir au Tong-King contre le parli des Le. L'art. 2 du traité du 15 mars obligeait, il est vrai, la France à donner à ïù' Dù'c « l'appui nécessaire pour maintenir dans ses états :

:

l'ordre et la tranquillité.

»

En

conséquence, sur la lin de juillet, une proclamation menaçante fut adressée aux insurgés par le commandant Dujardin. Il leur enjoignait de se disperser « Les faux :

«

prétextes, disait-il, dont

ils

se servaient

pour troubler

pays, ne pourraient les excuser ; et ils n'en seraient pas moins traités en pirates et en ennemis de la paix « publique (2). » Les mandarins faisaient également une proclamation dans le même style, promettant néanmoins à tous ceux «

le

(

qui déposeraient les armes l'amnistie la plus complète. Il était temps ; déjà la flottille des Le se préparait à Ci'a Hd-Nôi, traduit en français par le (1) Le texte chinois portait port de Hà-Nôi, Mais Cna Hà-Nôi n'a point le sens de port fluvial de Hà-Nôi, mais de bouche du fleuve qui jja.sse à Hà-Nôi. En ce cas, le port de Hà-Nôi eût été soit Tra-Ly, soit Ba-Lat. Un article additionnel, signé le 31 août 1874, donna raison à l'inter:

prétation française. ... Por cuanto les falsos prétextes que toniaban para perturbar el no les excusaria de ser cousiderados y trarados coino piratas y euemigos de la tranquilidad publica. (Lettre inédite de Mgr Colomer (2)

pais,

déjà citée.)


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

281

attaquer Haï-Dzu'o'ng. Dans la soirée du 31 juillet, l'^^pingole la rencontrait tout près de cette ville. Cette canonnière avait été envoyée en mission à HaïDzu'o'ng. Comme à nuit close elle mouillait devant la citadelle, la garnison annamite la prit, malgré ses fanaux, pour une jonque des Le et lui envoya bordée sur bordée, sans toutefois lui causer aucun dommage sérieux. Le capitaine avait immédiatement fait éteindre ses fanaux, et, sans avoir riposté, il était revenu en toute hâte à HaïPhèng. Mais, dès le lendemain, il repartait pour HaïDzu'o'ng avec une autre canonnière, V Aspic, et une compagnie d'infanterie. Les mandarins se confondirent en excuses et toutes les réparations qu'on exigea d'eux furent accordées.

Le commandant français avait profité de cette démonssommer de nouveau les partisans des Le de se disperser. Ceux-ci répondirent en protestant de leur dévouement envers la France ils ne voulaient point

tration pour faire

:

par conséquent de se retirer dans les montagnes, à la condition que la population des villages entourant Haï-Dzuo'ng ne serait nullement inquiétée pour les témoignages de symse battre contre les Français. Ils promirent

pathie qu'elle avait pu leur donner.

Elïectivement ils abandonnèrent le cours du Thâi-Binh; mais les mandarins se gardèrent bien de tenir les promesses d'amnistie qu'ils avaient faites, et les villages, que l'armée des Le avaient occupés, furent accablés de vexations.

Le commandant Dujardin avait alors exigé des

autori-

Haï-Dzu'o'ng qu'un délai fût accordé à ce parti pour déposer les armes. Ce délai expirait le 24 août. Peu de temps après, l'ambassade annamite de Saigon ayant enfin signé le traité de commerce, l'ordre de disperser les insui'gés par la force fut transmis au commandant Dutés de

jardin.

Jusqu'alors,

en

effet,

bien

que

plusieurs

fois

rencontrées

les

dans

canonnières françaises les eussent les arroyos, le commandant n'avait pas encore eu re-


INSURRECTION DES rARÏISANS DE LA DYNASTIE LE

282

cours à la force pour faire exécuter sa proclamation (1). Le 7 septembre, quelques jonques pavoisées de drapeaux remontaient tranquillement le Cua Càm, lorsqu'un Chinois de Haï-Phông court dire au commandant Dujardin que ce sont des pirates. Aussitôt V Antilope (2) de tirer sur ces jonques, et VEspinfjole de se lancer à leur poursuite.

Quelques heures après, cette canonnière revient remorquant trois embarcations. Les prisonniers étaient au nombre de quatre-vingts environ, hommes, femmes et enfants. On leur lia les mains et on les remit aux autoannamites. Ces prisonniers n'étaient point des pirates, mais bien des partisans des Lé plusieurs d'entre eux avaient été employés par M. Garnier. Energiques furent leurs protestations contre notre manière d'agir à leur égard : c Toujours assuraient-ils, « ils avaient été les alliés et les ils ne pouvaient comprendre notre « amis de la France rités

;

*

.'),

;

«

trahison.

Le dant:

»

soir, les bruits «

de la garnison blâmèrent le comman« la première fois, depuis notre

C'était», disait-on,

Los i'ranceses de Hài-Phaông aparentaron accéder à los deseos Colomer y de las autoridades annamitas, dando al effecto una amenazadora proclama contra los sublevados, en la suposicion no obstante de que fueran piratas y malhechores, segun habia intentado probar el Sr. Colomer en la comunicacion que les dirigiera para empeiiarlos en favor del gobierno annamita. Apesar de una proclama tan terrible, los franceses estuvieron algun tiempo sin liacer nada contra los sublevados y sin disparar un tiro, aunque muchas veces los encon(1)

...

del Sr

traron en los rios. Esta conducta de los franceses, antes y despues de del Sr. Colomer, quizâ se pueda esplicar teniendo en cuenta, que por aquel entônces los tratados entre la Francia y el gobierno annamita no estaban todavia concluidos, y couvenia a la Francia liacerse necessaria para con el pobre gobierno annamita. Lo cierto es, que apenas concluidos los tratados à satisfaccion de la Francia, los franceses de Hài-Phaông recibierou ùrdenes de Saigon, parar dispersar à los sublevados, y entônces solo fué cuando de veras hicieron algo, siendo suticiente esta uueva actitud, para que se disolviese un movimiento, que en un principio se présenta con proporciones tan temibles. (Lettre du Pv.. P. Terrés. Correo Sino-Annumita, année 1S75, pp. 102las gestiones

103.) (2)

Aviso de

l'évacuation.

S"»"

classe,

en

station

sur

les

côtes

d'Annam depuis


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

que nous prenions parti pour la cour nous prononçant ainsi contre les véritables

«

retraite de Hà-Nôi,

«

de Plué

a.

,

283

intérêts de la France.

»

Le lendemain pourtant une nouvelle reconnaissance de VEspmgole et de Y Antilope était ordonnée elle n'amenait aucun résultat. Le commandant Dujardin était résolu à frapper un grand coup il voulait en finir avec l'insurrection. ;

;

Deux jonques de guerre annamites étaient Haï-Dzu'o'ng, portant deux cents hommes de

arrivées de troupes.

En

même temps un

négociant chinois de Haï-Phông offrait de concourir à l'expédition il avait armé à ses frais trois jonques et trois cents Asiatiques. D'après le plan d'opéles jonques seules devaient rations du commandant ;

,

donner,

les forces françaises restant

Comme

comme

réserve.

bâtiments de guerre, stationnés dans les eaux du Tong-King, allaient prendre part à l'expédition, le commandant avait donné l'ordre de requérir les navires de M. Dupuis, pour surveiller le Cua Câm et arrêter les partisans des Le qui tenteraient de s'enfuir dans la direction de Haï-Phông. Les capitaines de ces navires durent se soumettre à cette réquisition ce ne fut point sans protester contre une expédition qrti détruisait les alliés naturels de la France et servait la politique de les trois

;

ses ennemis.

Le 24 septembre,

l'^l^^/Zo/j^ et les

deux canonnières par-

ayant à leur remorque les cinq jonques annamites. Le commandant Dujardin avait voulu diriger lui-même l'expédition. Une compagnie et demie d'infanterie, une troupe de débarquement de quarante-huit marins fournie par les équipages des trois bâtiments, une pièce de 4, telles étaient les forces qui allaient y prendre part. Après quelques heures de navigation, au fond d'une crique on découvrit une forêt de mâts c'était la flottille taient,

:

des Le. Ces derniers ouvrent immédiatement le feu les troupes annamites et les Français ripostent sur-le-champ. L'engagement est très-vif cependant, comme il est en ;

;


INSURRECTION DES PARTISANS DE LA DYNASTIE LE

284

dehors de la portée des armes des insurgés, ceux-ci sont bientôt contraints d'abandonner leur

flottille.

Une

partie

d'entre eux clierche alors à tourner la position des Franainsi un matelot est-il blessé d'un coup de feu tiré par derrière du haut d'une montagne. Cinq- jonques capturées, dont trois armées de gros canons, vingt autres incendiées, quelques villages, qui abritaient les insurgés, livrés aux ilammes, voilà quel fut runi(j[ue résultat de cette affaire. Mais on n'avait pu faire aucun prisonnier on ignorait de même quelles pertes de telle en hommes llnsurrection avait pu éprouver sorte que, si les partisans des Le parvenaient à reconstituer leur flottille, tout devait être à recommencer. En revanche, les Français s'étaient gratuitement attiré l'inimitié du parti le plus populaire du Tong-King le chef des insurgés avait même déclaré publiquement que « la trahison des Français ne resterait point impunie « actuellement », disait-il, « il était impuissant; il saurait « bien néanmoins, dans un avenir plus ou moins éloigné, « se venger en brûlant Haï-Phong. » L'expédition du 24 septembre n'avait pas complètement satisfait le gouverneur de Haï-Dzu'o'ng l'insurrection n'était pas encore anéantie. Il voulait une seconde expédition ; mais le commandant Dujardin n'accéda point çais

;

;

:

:

;

:

à sa demande. Toutefois, à la nouvelle que les fensive,

il

envoyait

le

Le avaient

repris

l'of-

13 octobre YEspingole en reconnais-

A la faveur du brouillard, une de leurs bandes et lui enleva

sance du côté de Kinh-Mùn. cette canonnière surprit

une dizaine de barques. Malgré ces divers échecs,

le parti

des Le n'avait pu

être chassé de la sous-préfecture de Dông-Triêu et

il

avait

encore une cinquantaine de jonques de guerre et un millier d hommes sous les armes. Par malheur, la discorde n'avait pas tardé à se mettre

dans son camp un conflit s'était élevé entre les insurgés tongkinois et leurs auxiliaires, les pirates Ngù-Binh. Un des principaux chefs tongkinois avait été blessé et fait :


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

I'

prisonnier par ces Chinois

;

285

puis ceux-ci avaient déserté

la cause de l'insurrection.

Peu de temps après, craignant une attaque des Français sur Dông-Triêu, les partisans des Le avaient abandonné ce poste et s'étaient réfugiés dans les montagnes de la baie de Càt-Ba. Reconnaissant désormais leur impuissance, ils étaient résolus à demander l'amnistie aux mandarins de Tu' Dù'c ils exigeaient, il est vrai, que le commandant français signât la convention d'amnistie, afin d'avoir une garantie contre la mauvaise foi des man;

darins.

Les employés de M. Dupuis, M. Dercourt et M. Georges Vlavianos, firent part de cette proposition au commandant Dujardin le commandant refusa d'y adhérer « Il « était trop loyal pour signer une convention d'amnistie « dont l'exécution serait confiée aux mandarins anna:

;

mites

toutes les

;

comme il l'était, que ceux-ci feraient promesses qu'on leur demanderait, mais n'en

convaincu,

«

« «

tiendraient aucune, et lui serait responsable de leur

«

manque de

parole.

»

A

une proposition identique émise par Mgr Colomer même réponse avait été faite. Monseigneur avait alors imaginé une autre combinaison les partisans des Lé devaient se rendre, non point aux mandarins annamites, mais aux Français des navires seraient envoyés pour les recevoir et ils resteraient prisonniers à Haï-Phong, jusqu'à ce qu'ils pussent prendre passage sur un navire allant à Saigon là ils feraient leur soumission à l'amiral gouverneur et pourraient ensuite vivre en paix dans la :

;

;

Cochinchine Française. Tel est l'expédient que Mgr Colomer proposa au commandant Dujardin dans une visite qu'il lui fit à Haï-Phông le 18 novembre. Mais M. Dujardin ne voulut point non plus se prêter à cette combinaison. Quoi qu'il en soit, Mgr Colomer avait envoyé au quartier des partisans des Le plusieurs catéchistes pour traiter de leur reddition

au commandant français.

Or, pendant ce temps, les autorités de Quang-Yèn, sur


286

INSURRECTION DES PARTISANS DE LA DYNASTIE LE.

le territoire

desquelles les débris de l'insurrection s'étaient

poursuivre dans leur dernière demandaient l'appui des forces françaises, le commandant Dujardin mit à leur disposition les deux canonnières V Aspic et VEspù/r/o/r, avec un détachement de quinze fantassins de marine. A la vue des canonnières françaises, les partisans des Le crurent qu'elles venaient recevoir leur soumission.

retirés, songeaient à les

retraite

;

et.

comme

elles

Quelle ne fut pas leur déception lorsqu'ils virent les Fran-

eux Leurs positions étaient trop inaccessibles pour (ju'on pût songer à les enlever de vive force au reste, les instructions du chef du détachement d'infanterie lui interdisaient de s'engager dans les montagnes de Càt-Bà. Cette expédition n'eut donc aucun résultat mais, dès ce moment, les Français passèrent aux yeux des insurgés tongkinois pour des gens sans foi et sans honneur (1). En même temps, les catéchistes de Mgr Colomer étaient retenus comme otages dans le camp des insurgés à la vérité, quelques jours plus tard, la bonne foi de l'évêque ayant été reconnue, ils étaient relâchés. Ce fut la dernière expédition des Français contre les débris du parti des Le. Depuis on les a laissés tranquilles dans leurs montagnes de Càt-Bâ. Ils y attendent une nouçais ouvrir le feu contre

!

;

;

;

velle occasion de lever l'étendard de l'indépendance

du

Tong-King. Telle a été la fin de cette insurrection qui,

eût seulement gardé la neutralité, eût

pu

France donner le

si la

lui

ùm Tong-King. Nous avons combattu ceux qui

protectorat effectif alliés, travaillant

se proclamaient nos de la sorte pour la plus grande utilité

bear the burnt (1) Dui'ing this, the Missionaries had of course to of the wrath of the indignant Laes and got back with much difRculty, bringing the answer that the Laes would not submit on any conditions, and Ihat they would rather die thau trust again to the Frenchmen's treacherous promises. (Lettre adressée du Tong-King à ia China Mail de Hong-Iiong et publiée par ce journal dans son numéro

du 24 mars

187.5.)


SA RÉPRESSION PAR LES FORCES FRANÇAISES.

287

de nos ennemis. Alors que la cour d'Annam viole sans cesse les traités et les conventions qu'elle a conclus avec nous, nous exécutons ces mêmes traités et conventions en ce qu'ils ont de plus défavorable à notre influence. Triste résultat de la politique inaugurée par l'évacuation des citadelles du Delta !


EPILOGUE

Depuis le 15 septembre 1875 leTong-King est ouvert au commerce. C'est sous l'administration du contre-amiral Duperré, le successeur du contre-amiral Krantz dans le gouvernement de la Cochinchine, que ce résultat a été obtenu.

En

août 1874, l'Assemblée nationale française a ratifié du 15 mars. Mais, pour obtenir la signature du roi Tu' Dù'c, le gouvernement colonial de Saigon a dû lutter contre les lenteurs calculées de la diplomatie annale traité

mite.

Le écrasé au Tong-King, la cour de Hué ménager la France. Or, la présence de nos troupes à Haï-Phèng lui était odieuse bien plus, l'exécution du traité allait la mettre sous notre dépendance et ouvrir aux étrangers abhorrés Hà-Nôi, la plus importante ville du royaume, l'ancienne capitale du Tong-King indéLe

parti des

n'avait plus à

;

pendant.

Assurément

une agréable solution de par suite d'une guerre européenne, dans laquelle la France c'eût été

voir la ratification

du

pour

elle

traité indéfiniment retardée

eût été impliquée. Ainsi la guerre de 1870 avait-elle fait les négociations entamées à cette époque.

rompre

Au commencement

de 1875, le bruit courait au TongKing que les Annamites avaient engagé les Prussiens, à faire la guerre à la France. Ce bruit coïncidait avec des armements considérables qui se faisaient dans le HaïDzuo'ng et le Quang-Yên; de février en avril, les citadelles de ces provinces avaient reçu de grands approvisioimements d'armes et de munitions. En même temps le prince Thuyèt, l'ennemi déclaré de la France, était revenu du Nghè-An avec son armée. A 19


ÉPILOGUE.

290

Français devaient encore concoula défaite de leurs rivaux, les Pavillons-Jaunes, rendait désormais dispocette croisade contre les rir les Chinois

aux Pavillons-Noirs, que

nibles.

Sur mer et sur les fleuves, les Annamites nous auraient opposé le pirate A-Hung; ce terrible forban venait de faire sa soumission, et il ofïVait une Hotte décent jonques pour combattre les Français. pour l'échange des ratifications d'après l'article 22 du traité, cet échange devait avoir lieu au plus tard le 15 mars 1875. Le 4 mars V Antilope partait pour Hué ce navire portait un délégué du gouverneur, chargé de régler avec le

Cependant sur

était

le

le délai fixé

point d'expirer

;

;

ministre des affaires étrangères de l'Annam de l'échange des ratifications.

Mais Y Antilope

Hué

;

le

cérémonial

se vit refuser l'entrée de la rivière de

et, le 18, elle

velles instructions.

revenait à Saigon chercher de noule lendemain, elle repartait avec

Dès

des instructions très-précises et très-énergiques. Cette fois, le délégué de l'amiral Duperré obtint tout ce qu'il

demanda; pour les Annamites moyen de persuasion.

la crainte

semble être

l'unique

Le 10 avril suivant la mission française chargée faisait son de procéder à l'échange des ratifications entrée dans la capitale de l'Annam cette mission était présidée par M le baron Brossard de Corbigny, capitaine de vaisseau. Le 13 avril avait lieu l'échange des ratifications ; M. Brossard de Corbigny était, avec le personnel de la mission, reçu en audience solennelle par le roi Tu' Dù'c. Deux mois après, la nouvelle de la ratification du traité du 15 mars 1874 étant parvenue en France, le ministre des affaires étrangères faisait approuver le traité de commerce par l'Assemblée nationale (juin 1875). Cette convention était ensuite présentée à la ratification du roi d'Annam par notre résident près la cour de Hué ,

,

,

;

.

(26 août).


ÉPILOGUE.

291

Ce résident, nommé en vertu du traité du 15 mars 1874, que M. Rheinart. cet inspecteur des affaires indigènes, dont j'ai plus haut raconté la conduite énergique au Tong-King; on ne pouvait faire un meilleur n'était autre

choix.

A peu près à la même époque, des employés des douanes françaises partaient pour le Tong-King, afin d'y organiser le service douanier. Puis nos consuls de Haï-Phông et de Hà-Nùi prenaient possession de leurs postes leurs deux hommes étaient fournies par la garnison de Haï-Phông. Enfin, le 15 septembre, le Tong-King était ouvert au commerce. ;

escortes de cent

Cette date était de six mois plus reculée qu'elle n'eût dû

d'après la teneur du traité. Les Annamites ne devaient point s'en tenir à

l'être

la viola-

tion de cette seule clause. L'article 9

toutes les sitôt

du

traité obligeait le roi à

communes de

l'Ainiam, par

un

proclamer dans édit publié aus-

après l'échange des ratifications, la liberté accordée

à ses sujets chrétiens. Or, ce n'est quà la fin de l'année 1875 que Tu'Dû'c publia cet édit stipulé par le traité (1). Encore l'amiral Duperré dut-il user de menaces. Au reste, la publicité de cet acte réparateur fut aussi restreinte que possible par suite de la mauvaise foi des mandarins. De même, quoique le gouvernement annamite se fût engagé à ne plus faire aucun dénombrement des chrétiens, au lendemain même de l'échange des ratifications, les chrétiens étaient soumis à un recensement particulier; et, malgré les prohibitions du traité, les termes injurieux pour la religion chrétienne n'étaient point épargnés dans l'édit par lequel était ordonné ce recensement^ encore moins dans les proclamations des mandarins qui promulguaient l'édit (2). (1)

(2)

Curreo Sino-Annamita, année 1876, p. 136. Missions catholiques, année 18713, n" 318.


292

ÉPILOGUE.

Peu de temps

après, dans le Nghê-An, grâce à la comdes autorités locales, les massacres avaient été sur point de recommencer. A la vérité, l'énergique attitude

plicité le

de M. Rheinart, notre représentant à Hué, non moins que menaces de l'amiral Duperré, avaient obligé la cour d'Annam à réprimer ces nouveaux désordres. Même avait-on obtenu l'exécution de trois grands coupables, qui avaient en 1874 présidé aux massacres dans le Tong-King Méridional, ainsi que le règlement d'une indemnité pour les chrétiens de cette région. Dans les provinces du Delta, au contraire, les massacres et les incendies de 1873 et de 1874 étaient restés impunis bien plus les principaux chefs des lettrés avaient été récompensés par le roi. Quant à leurs victimes, non-seulement elles n'avaient obtenu aucune indemnité, mais encore elles n'avaient pu qu'en partie recouvrer leurs propriétés usurpées. Les chrétiens se voyaient réduits à la plus profonde misère. Ils n'en étaient pas moins soumis aux corvées et aux impôts ; et, comme ils ne pouvaient s'acquitter, ils étaient poursuivis et jetés en prison (1). C'était seulement dans les provinces évangélisées par les missionnaires français que les mandarins montraient une semblable injustice. Les chrétiens des missions espagnoles obtenaient de très-amples restitutions, et les relations les plus amicales régnaient entre les Pères Dominicains et les autorités annamites (2). Toutefois, quelques précautions que prît la cour de Hué pour éluder l'exécution de larticle du traité qui concerne le culte chrétien, l'ouverture du Tong-King au commerce ne pouvait manquer de donner à la propagation du christianisme un nouvel essor et, depuis cette époque, dans la seule mission de Mgr Puginier, plusieurs milliers de païens ont reçu le baptême.

les

;

,

;

(1) (2)

Mùsio7is catholiques, année 1875, n» 318. Curreo Sino-Annamita, année 1876, pp. 97, 121, 127, 136, 139, 150.


ÉPILOGUE.

Une

293

des raisons de notre intervention au Tong-King

avait été, le lecteur se le rappelle, la nécessité de réprimer la piraterie qui désolait les côtes de cette partie de

l'Annara.

Ce but n'a pas les îles

été atteint.

Gow-Tow

Les pirates occupent toujours du Quang-Yèn depuis

et toute la côte

Càt-Bâ jusqu'à la frontière chinoise.

En mai

duNghê-An, réfumer dans leur pays lorsque, dans une baie située au Sud de Tourane, ils furent attaqués par des pirates. La plupart 1875, quatre-vingts chrétiens

giés en r.ochinchine Française, revenaient par

d'entre eux furent pris et conduits en Chine pour y être vendus comme esclaves. Quant au missionnaire qui les

accompagnait, il fut jeté à la mer. Ces pirates avaient à Saigon même des affidés ; c'est ainsi qu'ils avaient été avertis du départ de ces malheureux chrétiens. A la même époque, plusieurs jonques de ces forbans bloquaient les côtes du Tong-King Méridional les pêcheurs qu'ils surprenaient étaient retenus prisonniers jusqu'à l'entier paiement de leur rançon (1). Dans les provinces du Delta la traite des femmes annamites continuait de se faire comme par le passé, quoique peut-être moins ostensiblement. A la date du 2 juin 1877, dans l'espace de seize mois à peine, il s'est vendu sur le marché chinois de Hon-Pou (2) plus de trois cents femmes annamites (3). Il n'y a pas longtemps que le siège de cet infâme trafic s'est transporté à Hon-Pou. Auparavant c'était Pac-Hoï, ville située à quelques milles à l'Ouest (4), qui en avait le monopole. Au lendemain de l'ouverture du Tong-King au commerce, de décembre 1875 ;

,

Missions catlwliques, année 1875, n<" 330 et 331. C'est un port île la province de Canton, département de Ko-Tcheou (ou Kao-Tcheou), arrondissement de Chek-Cheug (ou Chet-Cbin) il est situé à neuf milles de la mer sur un petit fleuve dont la source est au Quang-Si et qui se jette dans le golfe du TongKing, à son extrémité Nord-Est, îi l'angle formé par la presqu'île de Loui-Tcheou Fou. (3) Missions catholiques, année 1877, n" 442, pp. 578-579. (4) Fort de la province de Canton, situé à quelques milles au SudOuest de Lien-Tcheou Fou, préfecture dont il dépend. (Ij (2)

Ou Ngan-Pou. ;


ÉPILOGUE.

294

à janvier 1876, ce port recevait trois jonques chargées de jeunes filles du Tong-King lune de ces jonques avait pris sa cargaison humaine à Haï-Phông même, trompant de la sorte la vigilance des autorités françaises les deux autres venaient de Tra-Ly, l'un des estuaires du Bô-Dê(l). Ce port de Tra-Ly est censé fermé au commerce étranger; mais, en réalité, grâce à la connivence des autorités annamites et malgré les observations des employés français de la douane de Haï-Ph6ng,.il s'y fait une active contrebande c'est là surtout que se rendent les Chinois de la baie de Càt-Bâ. :

;

:

Au

reste, ce n'est

guère qu'aux Chinois

et

à ceux qui

ont des relations avec la Chine que l'ouverture du TongKing a profité. Le commerce français y est nul. Pendant les trois trimestres qui ont suivi le 15 sep-

tembre 1875,

le

port de Haï-Phông a reçu des navires

mais pas lin seul navire français (2). Bien plus, malgré le privilège dont Saigon est doté de par le traité de commerce, les marchandises importées anglais, des navires allemands, des navires chinois,

de ce port ne s'élèvent qu'à la

somme

insignifiante de

Missions catholiques, année 1876, n» 367, p. 284. A la vérité, pendant le trimestre qui a suivi deux navires de commerce français, jaugeant ensemble 1.170 tonneaux, sont entrés dans le port de Haï-Phônjj. Mais ces deux navires sont entrés sur lest et à la date du 30 septembre 1876, le plus grand d'entre eux était reparti sans le moindre chargement. Depuis cette époque, notre situation commerciale au Tong-King ne s'est guère améliorée. (Voir le rapport du chef du service des douanes au Tong-King. Revice maritime et coloniale, octobre 1877. Le Royaume d'Anna>n et les Annamites, {)ar M. Dutreuil de Rhins. Paris, 1879. Le résumé général des mouvements du port de Haï-Phông pendant l'année 1877 Statistique commerciale du Courrier de Saigon, n" du 5 juillet 1877. même journal, n"' des 20 avril, 20 octobre 1878, port de Saïgon Statistique commerciale du port 20 janvier, 20 avril, 20 juillet 1879. de Qui-Nho'n et du port de Haï-Phông pendant le 3™'= trimestre de 1879; Journal officiel de la Cochinchine Française, n"* des 25 octobre, 15 novembre et 6 décembre 1879. Statistique compai-ée des exportations du port de Hà-Nôi, pendant les 3°"=» trmiestres de 1878 et de 1879 ; même journal, n° du 8 novembre 1879. (1)

(2)

;

—

—

—

;

—

—

;


ÉPILOGUE.

295

tandis que celles importées de Chine, sont cent quarante-une fois plus considérables, et comptent pour une somme de près de trois millions et demi (2).

23,800 francs c'est-à-dire de

(1)

;

Hong-Kong principalement,

l'exportation, Saigon est enœre plus mal parson port, à cette époque, n'a pas reçu pour une piastre de marchandises du Ïong-King (8) et les exportations dont le chiffre s'est élevé à près de deux millions, sont toutes à destination de Hong-Kong ou de la Chine (4). Ces résultats ne sont pas ceux que l'on s'était promis

Quant à

tagé

:

;

de l'ouverture du Tong-King au commerce.

A la vérité, les navires européens n'ont pas encore pu remonter le fleuve au delà de Hà-Nôi la clause qui l'ouvre au commerce jusqu'à la frontière de l'Yiin-Nàn est ;

jusqu'à présent restée lettre morte. A partir des premiers rapides, le cours du Sông Thao, la voie fluviale découverte par M. Dupuis, est occupée par la bande des Pavillons-Noirs. Or le chef de cette bande, Lieou Yu'èn Fou, bien qu'il soit à la solde du gouvernement annamite, se refuse à exécuter le traité; il a solennellement déclaré que jamais il ne laisserait passer les Européens. Eftectivement, le consul français de Hà-Nôi, M. de Kergaradec, ayant voulu, vers la fin de 1875, remonter le fleuvej n'a pu dépasser le confluent du Sông Thao et du Bô-Dè ; devant les menaces des Pavillons-Noirs appuyées des supplications des mandarins annamites, il a dû momentanément renoncer à son entreprise. L'année suivante, en décembre 1876, ayant amené avec lui une escorte de quelques soldats français, il est remonté ,

Cl) Soit (2) (3)

King (4)

3.085 taëls.

Soit 435.238 taels, en francs à peu près 3.3.55.785 francs. Eli 1878 et en 1879, Saïf,'on a reçu des marchandises du pour une valeur de quelques centaines de mille francs. Soit 2.58.109 taéls, en francs h peu près 1.990.100 francs.

Tong-

Voir aux Pirces justificatives, n" xxviii, l'état des marchandises importées l\ Haï-Phông ou exportées par ce port, du 15 septembre 1875 au 17 juin 187G.


ÉPILOGUE.

296

jusqu'en vue de Lâo-Kaï. Toutefois, par suite du mauvais vouloir de Lieou Yu'èn Fou, il lui a été impossible de débarquer sur la rive et même de stationner en face de Lâo-Kaï. Son intention était de pénétrer en Yûn'-Nân ; mais, comme il était parti avant d'avoir reçu ses passeports chinois, il a dû revenir à Hà-Nôi pour les chercher. Depuis il est parvenu à entrer en Yû'n-Nàn. Là il s'est contenté de visiter Mong-Tse et les mines de Ko-Kieou. Il n'a pas cru devoir pousser jusqu'à la capitale de la province, déterminé sans doute à ne point prolonger sou voyage par l'accueil peu gracieux qui lui avait été fait à

Mang-Hào

et

à Mong-Tse.

Le lecteur s'étonnerait

si, en terminant cet ouvrage, je apprenais point ce qu'est devenu l'explorateur de la voie du Tong-King, M. Dupuis.

ne

lui

M. Dupuis

est ruiné.

Doit-on s'en étonner sort qui en

? N'est-ce pas le plus souvent le France attend quiconque fait une découverte;

alors que toute initiative personnelle est étouffée par la

marchent avec et que ceux qui

centralisation, de telle sorte que ceux qui elle

s'embourbent dans ses règlements,

veulent s'affranchir de sa tutelle sont écrasés? Quant à M. Dupuis, on a été jusqu'à lui contester la gloire d'avoir trouvé la voie fluviale du Tong-King. On l'a traité d'aventurier « C'est le Garibaldi du coma c'est-à-dire, « merce, » disait un des puissants du jour ajoutait-il, un homme qu'on lance en avant et qu'on :

;

<r

désavoue ensuite. « Il nous a rendu des services que nous lui demandions, » continuait le même personnage, « nous les lui avons « payés a rendus d'autres que nous ne lui il nous en « demandions pas, nous ne lui devons rien pour ceux-là. » «

;

le mois de janvier 1874, M. Dudernières ressources à entretenir son perpuis a usé ses

Echoué à Saigon depuis

sonnel inactif à Haï-Ph6ng.


ÉPILOGUE.

297

Ses ressources épuisées, raclministration coloniale se chargea de l'entretien de ce personnel car, tant (^ue le traité du 15 mars n'était pas ratifié, le gouvernement français ne pouvait guère motiver la présence de ses troupes à Haï-Phông que par l'obligation, que lui avait impo. sée la convention d'évacuation de Hà-Nôi, de forcer les navires de M. Dupuis à ne point remonter le fleuve (1). Or, si l'expédition Dupuis disparaissait, si son personnel, faute de ressources pour vivre, se dissolvait, le gouvernement annamite aurait peut-être réclamé l'éloignement des troupes françaises de Haï-Phông c'était une complication fâcheuse qu'il importait d'éviter. Mais, dès que, le Tong-King étant ouvert au commerce, brusquement, M. Dupuis se présenta à Haï-Phông, sans lui laisser le temps de chercher quelques ressources pécuniaires auprès de ses amis de la congrégation chinoise de Hà-Nôi, on supprima toute subvention à son personnel (2). D'autre part, quelques jours auparavant, suivant la teneur du traité de commerce (3), ses hommes avaient été dépouillés de leurs armes et ses navires démunis de leurs canons.. Comment, ainsi désarmé, aurait-il pu remonter en Yù'n-Nân et braver les attaques des Pavillons-Noirs qui occupaient le cours de Sông Thao ? Malgré ses réclamations, le consul refusa, et de le protéger, en le faisant escorter par une canonnière française, et de le laisser se protéger lui-même, en lui rendant au moins un de ses bateaux armés. Quant à ses gens, voyant dès lors sa situation sans espoir, et mourant de faim et de misère, ils s'adressèrent au consul français. A la suite de cette démarche, les navires et le matériel de M. Dupuis étaient saisis, hypothéqués, ;

:

—

(1)

Art. 2.

Quelques temps auparavant, dans sa maison de IIfi-Nùi,Ies scellés, apposés sur ses armoires et ses caisses, avaient été brisés, et ses effets livrés au pilla^'e on avait même dérobé plusieurs papiers chinois trèsimportants, ainsi qu'un recueil de notes, des plus intéressants, sur ses voyages en Yù'n-IS'àn. (2)

;

(6)

Art.

l.">.


ÉPILOGUE.

298

vendus à mesure pour nourrir son personnel. Ainsi à un Français, qu'une intervention française avait ruiné en l'expulsant dun pays par lui ouvert à l'influence et au commerce français, la France ne savait puis

ni procurer la

moindre protection,

ni faire le

crédit, afin de lui permettre de reprendre d'une

moindre manière

fructueuse les opérations interrompues par cette

même

intervention.

Bien plus, à Saïgon, quoique M. Dupuis ne fût point et n'eût en cette ville ni créancier, ni domicile, le tribunal de commerce le déclarait en faillite. A la vérité, quatre mois après ^ ce même tribunal, mieux informé, rapportait son jugement. Enfin, venu en France, M. Dupuis a cherché à obtenir du gouvernement une indemnité pour les torts immenses que lui ont fait éprouver, et la mauvaise foi annamite, et l'intervention française au Tong-King. Jusqu'à présent (1) ses démarches n'ont malheureusement pas été couronnées de succès.

commerçant

mauvaise organisatombent bien souvent les Français qui vont chercher fortune dans nos possessions d'outre-mer. Qui pourra les protéger si, pour une cause quelconque, l'administration coloniale leur devient hostile ? Les étrangers ont leurs consuls mais les Français n'ont que le C'est ainsi que, par suite de notre

tion coloniale,

;

Conseil d'Etat Faut-il

à Paris.

maintenant s'étonner que dans nos possessions le commerce français soit presque absolu-

d'Indo-Chine ment nul ?

A Saïgon la plupart des commerçants français sont des fournisseurs de l'administration. Le haut commerce est entre les mains des Chinois. Au

Ïong-King, on vient de

le voir, c'est

par Hong-Kong

Je (1) Un commencement de justice vient enfin de lui être rendu rapporteur de la deuxième commission des pétitions de la Chambre des députés a fait sur sa pétition un rapport qui lui est très-favorable. (Voir le Journal officiel, u"' des 17, 18, 19, 20 janvier 1880.) :


EPILOGUE.

299

que viennent la plupart des marchandises importées ; c'est également vers ce port que se dirige en grande partie le commerce Hong-Kong a-t-il

d'exportation. Aussi, dès le principe, été

relié

au Tong-King par une ligne

régulière de vapeurs. Certes, on aurait pu croire que le traité du 15 mars avait pour but de protéger l'extension du commerceifrançais vers le Tong-King et la Chine centrale. Mais le seul Français qui, par sa position et son expérience, était en mesure d'en profiter et d'en faire immédiatement profiter son pays, on l'a écrasé. Si jamais la voie du Tong-King prend l'importance qu'elle doit avoir, c'est, ainsi que je l'écrivais en 1874 (1), c'est Hong-Kong qui en bénéficiera; c'est dans cette ville anglaise, et non point dans notre colonie de Saigon, que

commerce avec l'intérieur de la Chine. DÉPENSE, AUX AUTRES LE PROFIT »

se centralisera le «

(1)

A

NOUS

Daus

ma

LA.

brochure

!

La France au Tong-King.


CONCLUSION

La

situation est-elle désespérée ?

une politique ferme et vraiment nadu Tong-King une ouvrir à notre commerce le vaste mar-

Non, assurément

;

tionale peut encore tout rétablir, faire terre française et

ché de la Chine centrale. Mais, avant de montrer ce que peut être encore notre avenir colonial en ces lointains pays, il importe de jeter un regard en arrière et de rappeler les événements qui ont

amené notre

situation actuelle au Tong-King.

La commission d'exploration commandée par M. de la Grée avait reconnu dans le fleuve du Tong-King la véritable voie commerciale de l'Yû'n-Nàn et du Sud-Est de la Chine.

Quelque temps après, un Français courageux et entreprenant, que ses atïaires, d'ailleurs, avaient déjà mis en relation avec les mandarins de l'Yu n-Nân, se rendait en cette province, puis, malgré des dangers sans nombre, descendait en barque pendant plus de cent milles la principale branche de ce fleuve et en prouvait ainsi la navigabilité.

retour en Yù'n-Nàn, M. Dupuis devenait le mandataire des autorités de la province pour une fourniture d'armes et pour l'exploitation de plusieurs mines d'une

De

extrême richesse. Pour ces opérations la voie fluviale du Tong-King devait être utilisée. Le Tong-King faisant partie du royaume d'Annam, M. Dupuis, dans le but de faire aplanir toute difficulté qui pourrait surgir avec les autorités annamites,

demanda

concours officieux du gouvernement de son pays. Il l'obtint eff"ectivement d'après des ordres venus de France,

le

:


CONCLUSION.

302 le

commandant du Bouroyne, un navire

français, inter-

vint en sa faveur et traita de son passage à travers le

Tong-King avec im commissaire de la cour de Hué. Mais à peine le navire français était-il parti qu'éclatait le mauvais vouloir des Annamites. Malgré leur opposition, M. Dupuis put remonter le fleuve jusqu'en Yû'n-Nân. La voie du Tong-King était donc entièrement découverte et parcourue.

Le résultat de cette exploration avait un retentissement immense parmi le commerce européen en Chine la ques:

tion du Tong-King prenait une importance

capitale.

A Hong-Kong l'opinion publique semblait pousser le gouvernement anglais à occuper un point du littoral tongkinois au reste, les Annamites eux-mêmes sollicitaient la protection britannique contre M. Dupuis. ;

semblable éventuagouverneur de la Cochinchine Française devait chercher l'occasion d'intervenir au Tong-King son but est évident qu'en présence d'une

Il

lité,

le

;

était d'occuper la citadelle

de Hà-Nôi

et

un point de

la

côte.

porté

commandant du Bourayne, M. Senez, du Tong-King tout un plan d'opérations.

la fin

du dix-huitième

Or,

le

siècle, le

rois propres, lesquels étaient

avait rap-

— Jusqu'à

Tong-King avait eu ses suzerains du royaume

même

de même langue dont Hué est la capitale. Cette ancienne dynastie du Tong-King indépendant, la famille des Le, compte encore un grand nombre de partisans, et souvent, en ce siècle, le pays s'est insurgé en sa faveur. C'est sur le parti des Le que M. Senez voulait s'appuyer une insurrection eût été fomentée, soutenue par nous d'une manière occulte; le Tong-King alors eût été détaché du reste de l'Annam, et ses rois Le l'eussent placé sous :

notre protectorat.

Cependant M. Dupuis, afin de continuer ses opérations avec l'Yûn-Nàn, s'était établi à Hà-Nôi ; il en avait le droit comme mandataire d'autorités chinoises, à cause des liens de vassalité qui unissent l'Annam au Céleste

Empire.


CONCLUSION.

•

303

A la vérité, les mandarins annamites n'avaient point voulu reconnaître son mandat ; ils avaient tenté, mais en vain, de le chasser. Voyant son impuissance, la cour de Hué s'adressa au gouverneur de la Cochinchine Française, le priant d'intervenir dans ce but une ambassade annamite se rendit à Saigon. Elle devait également reprendre avec la France des négociations interrompues en 1870. De son côté, M. Dupuis se plaignait de torts considérables que la mauvaise foi annamite venait de lui faire éprouver. Le gouverneur de la Cochinchine, M. le contre-amiral Dupré, accepta le rôle de médiateur qui lui était offert par M. Dupuis, aussi bien que par le gouvernement annamite; et il résolut d'envoyer au Tong-King un officier pour ;

régler le conflit qui s'était élevé entre eux. Il

n'entendait nullement abandonner la protection des

intérêts

commerciaux engagés

;

M. Dupuis, avec

faisait prêter à

car, à la

même

époque,

il

la garantie de la colonie

de Saigon, une somme de trente mille piastres. Il voulait seulement donner au gouvernement annamite un gage de ses dispositions conciliantes et l'amener à discuter une question qui ne pouvait plus être ajournée, celle de l'ouverture du Tong-King au commerce. Dès l'abord il songea à donner le commandement de cette mission à M. Senez, l'auteur du projet d'insur,

rection.

Mais, M. Senez étant malade, le choix de l'amiral Dupré tomba sur l'ancien commandant en second de l'exploration de rindo-Chine, sur

M. Francis Garnier.

En

octobre 1873, M. Garnier partait pour le Tong-King avec une canonnière et une centaine d'hommes; une autre

canonnière et son équipage devaient le rejoindre ; et, comme le cas d'un conflit pouvait se prévoir, M. Garnier avait le droit de requôi'ir l'assistance de la compagnie de débarquement du Decrès, navire qui allait être maintenu en station dans les eaux du Tong-King. Au Tong-King tout le pouvoir résidait en la personne


CONCLUSION.

304

du vieux maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng mortel ennemi des Français, caractère altier et d'une ténacité excessive, il ne souffrait aucune contradiction (1). Aussi les rapports des Annamites avec la mission française ne tardèrent-ils pas à dégénérer en conflit, les Annamites exigeant l'expulsion de M. Dupuis,M. Garnier, au contraire, se disant envoyé uniquement pour le juger et réclamant en outre l'ouvertui'e du Tong-King au commerce, en exécution du :

traité de 1862. et les Annamites se préparaient à la lutte Français, clierchantà empoisoimer les préludaient en y M. Garnier prend l'initiative de l'attaque. Le 20 no-

Mais déjà

;

ils

vembre

1873, la citadelle de Hà-Nôi est enlevée, l'ennemi

dispersé.

Cette conquête en entraîne d'autres peine, par moins de

:

en vingt jours à

deux cents Français, Hu'ng-Yèn

est

soumis, le Pliu Ly, Haï-Dzu'o'ng, Ninh-Binli et Nam-Dinh sont pris de vive force. En même temps le pays est organisé, de nouveaux administrateurs remplacent les anciens mandarins en fuite, des volontaires accourent par milliers se ranger sous nos drapeaux. A tous on promet solennellement que la France ne les abandonnera jamais. Bientôt des envoyés du roi d'Annam viennent pour traiter avec M. Garnier. Une suspension d'armes est ordonnée. Mais, le 21 décembre, au mépris de cette suspension d'armes, une armée annamite, alliée à des brigands chinois, attaque la citadelle de Hà-Nôi. L'ennemi est repoussé; malheureusement, dans la sortie, M. Garnier est tué avec quatre de ses compagnons. Depuis l'arrivée de la mission française au Tong-King, M. Dupuis n'avait cessé de déférer à tous les avis et à" toutes les réquisitions du chef de cette mission. Bien plus, à peine a-t-il appris le désastre du 21 décembre qu'il vient (1) ... El Oung-Nguyèu-Tri-Phuoiig era un viejo terco y amigo de donunar las inteligea(;ias ajenas, y su autoridad no reronoc'ia superior era la segunda autoridad del Reino, por no decir la primera. iCorrco Shiu-Annaniita, année 1874, p. 211, lettre de Mgr Colomer.) :


305

CONCLUSION. se mettre lui et tout son personnel, à la disposition

du

successeur de M. Garnier; et pendant plusieurs jours il l'aide à garder la citadelle contre une surprise de l'ennemi. Ainsi permet-il au petit corps expéditionnaire de prendre

un peu de repos. Quatre jours après, arrive un renfort d'une centaine de c'est à la nouvelle de la prise de Hà-Nôi et sur la demande de M. Garnier que l'amiral l'a envoyé. Pendant ce temps, la nouvelle de la mort de M. Garnier s'est répandue; nos ennemis, les lettrés, se soulèvent, massacrent les chrétiens et quiconque est ami de la France. Mais partout ils sont vaincus l'œuvre de M. Garsoldats

:

:

nier va pouvoir être poursuivie.

Son successeur intérimaire a repris les négociations avec les envoyés du roi déjà il va conclure une convention très-honorable et très- avantageuse pour la France, quand un ordre venu de la côte lui enjoint de suspendre ;

toute négociation.

Un inspecteur des affaires indigènes, M. Philastre, envoyé en mission à Hué, a cru que ses instructions l'autorisaient à se rendre au Tong-King. Quelques heures après son arrivée dans le golfe, on y apprend la nouvelle de la mort de M. Garnier. Le capitaine du bâtiment en station sur lacôte prend alors le commandement en chef de l'expédition et, avec son consentement, M. Philastre succède à M. Garnier dans sa mission politique au Tong-King. Incontinent toutes les citadelles du Delta sont rendues ù l'autorité annamite. Seule celle de Hà-Nôi est encore, mais provisoirement, occupée par nos troupes; dans quelques semaines elle sera également évacuée. Et pourtant le corps expéditionnaire du Tong-King vient de recevoir un nouveau renfort de deux cent cinquante hommes. Ces évacuations sont le signal du massacre de nos partisans. La protection de la France devait les couvrir à jamais et on les abandonne à la fureur de nos ennemis A la vérité, amnistie et protection leur ont été promises par les autorités annamites le successeur de M. Garnier s'est contenté de ces promesses dérisoires. I

;


CONCLUSION.

306

donc recommencé leur œuvre d'extermipar les missionnaires français et tous ceux qui s'étaient ralliés à notre domination se voient poursuivis par leurs hordes féroces des milliers d'entre eux périssent massacrés, leurs villages sont livrés aux flammes, leurs biens usurpés. Quant ù^I. Dupuis, il est expulsé avec son personnel et ses navires; la ruine la plus complète, tel est pour lui le résultat de cette intervention française qu'il n'avait pas appelée, mais qu'il avait secondée avec un patriolisme digne d'une meilleure récompense. En même temps les troupes françaises étaient, de par la convention d'évacuation, reléguées dans un fort de la zone maritime et bientôt elles devaient combattre ceux qui avaient été les plus fidèles alliés de la France pendant la campagne de M. Garnier. Ainsi s'est terminée cette expédition après les gloires de la conquête, les hontes de Tévacuation. La France, il est vrai, a obtenu de l'Annam un traité avantageux si elle sait en tirer parti ce n'a pas été toutefois sans de graves atteintes à son honneur et à l'intérêt de ses nationaux.

Les

nation

lettrés ont :

les chrétiens évangélisés

;

;

:

;

« Pauvre France », s'écriait dans son naïf langage un matelot de l'expédition, a quel homme tu as perdu en per« dant M. Garnier, lui qui, si Dieu lui eût donné huit » « jours de plus à vivre, eût soumis tout le Tong-King Jamais, en eff"et, M. Garnier n'eût accepté dévacuer purement et simplement, sans garanties réelles, les provinces qu'il avait conquises. L'administration eût bien pu être remise aux agents du roi Tu' Dù'c, mais les positions militaires seraient restées en notre pouvoir. En 1864, cédant à la pression d'une certaine opinion !

politique, le

gouvernement français d'alors

allait

négocier

avec Tu' Dù'c la rétrocession de la Basse-Cochinchine. Or, cette mesure impolitique trouvait en M. Garnier un adversaire résolu et dans un mémoire, qu'il publiait à ;

cette époque,

il

la combattait par d'irréfutables

arguments.


CONCLUSION.

307

Point n'est besoin d'autres arguments pour infliger à la politique qui a présidé à l'évacuation

du Tong-King

le

blàine le plus sévère. atfaire >>, disait M. Garnier dans ce ménous avons affaire à des races asiatiques qui ne comprennent que les manifestations de la force brutale et pour lesquelles les calculs de la diplomatie européenne sont d'inintelligibles subtilités. Pour n'en donner qu'une preuve, je citerai cette question du roi de Cambodge qui, apprenant la reddition de Vinh-Long aux A.nnamites, demanda quel était l'écliec qui avait pu nous décider à ce pas en arrière (1). Aussi voit-on déjà quelle atteinte au prestige de notre pavillon la nouvelle de l'évacuation portera dans toutes les cours de l'Ex«

Nous avons

moire, «

«

« «

«r

« «

< «

«

trême-Orient c Enfin, je suppose », continuait le futur conquérant du Tong-King, « je suppose ce pas rétrograde effectué et « la population annamite un instant soumise aux Fran« çais, un instant confiante en leurs promesses et en leur « protection^ rendue de nouveau à ses anciens maîtres. « Croit-on, si l'on connaît les faits déjà accomplis, qu'elle « ne subira pas un châtiment d'autant plus terrible qu'il « ne sera plus dissimulé ? « S'en remet-on pour eux à l'illusoire garantie d'un «

«

traité ?

« «

« t « «

Aux menaces, aux

agressions sourdes, aux assassiviendra encore se joindre tout un hideux cortège de dénonciations, de vengeances particulières, d'exécutions politiques, avec les confiscations, la misère, la terreur indicible qu'elles entraînent. Nous aurons livré ce pays, qui a déjà cruellement souffert, à im désespoir pire que la mort, suivant l'expression annamite nous Et lui aurons fait une plaie qui ne se fermera plus. «

»

nats...,

;

—

Cette opinion est conlirmée par la relation du voyageur russe PrjeDans les vastes pays de l'Asie intérieure qu'il a pai-courus, la défaite dps Anglo-Français sous Péking ne fait aucun doute. Aux yeux de ces peuples, en ert'et, le vaincu est celui qui faii le siège d'une ville et qui la quitte sans lavoir détruite de fond en comble. Or Péking est (1)

valski.

debout

—

(Cité

dans

le

Tour du Monde, couverture du

n» 846.)


CONCLUSION,

308 €

tout cp.la parce qu'il

«

de la France

/ (1)

aura follement cru à une promesse

»

La France avait alors comme ministre de la marine et des colonies un des hommes d'Etat les plus remarquables qu'elle ait eus dans la seconde moitié de ce siècle. M. le marquis de Chasseloup-Laubat n'était pas un marin; mais sous son ministère la marine fut prospère et les colonies bien administrées. C'est à lui que nous devons la conservation de la Cochinchine, à lui l'exploration du MéKong, une des gloires géographiques de notre patrie. Le mémoire de M. Garnier fut mis sous les yeux de M. de Chasseloup-Laubat et c'est d'après les données de ce mémoire que le ministre rédigea le rapport, grâce ;

auquel fut décidée la conservation de notre nouvelle colonie.

M. de Chasseloup-Laubat, lui aussi, « ne pouvait voir sans une profonde douleur le drapeau de la France arraché d'un sol où l'avaient planté » nos courageux soldats ; il savait « quelle cruelle atteinte une évacuation ferait subir à notre influence » il comprenait « les désastreuses conséquences » d'une mesure aussi impolitique. « Les populations », disait-il dans son rapport, c qui, « loyalement, ont accepté notre domination, qui ont dé« nonce, attaqué et tué les fauteurs de révoltes, et qui, « malgré les invitations de Hué, nous sont restées fidèles. « il nous faudra, en les remettant à Tu' Du c, les aban« donner aux vengeances des mandarins redevenus plus « puissants que jamais « C'est une grave responsabilité que celle qui « pèserait sur nous par l'abandon de ces populations com« promises par nous et dont quelques-unes, qui étaient ou « se sont faites chrétiennes, nous ont donné des preuves « d'un dévouement sincère « Croyez », ajoutait-il en s'appuyant sur une dépêche de l'amiral de la Grandière, « croyez que la mauvaise foi, « la cruauté des mandarins envers les chrétiens et ceux ;

.

.

(1)

La

Cochinchine française en 1864, par G.

î'ranci.s, pp. 45, 46, 47.


CONCLUSION.

309

«

qui nous ont servis, nous forceront bientôt à recommencer la guerre et à reprendre en Cochinchine le rôle qui

«

convie7it

«

à

la Fi'ance (1).

»

.

Ces paroles de l'illustre ministre des colonies et celles du jeune officier de marine, qui devait être un jour le conquérant du Tong-King. n'ont été que trop prophétiques. L'évacuation de ce pays et le rôle que nous y avons joué depuis ont porté une grave atteinte à notre prestige et à notre honneur. Malgré les promesses solennelles de protection que M. Garnier leur avait faites au nom de la France, nous avons, par nos évacuations précipitées, abandonné sans défense à la rage de nos ennemis tous ceux qui s'étaient

compromis pour notre cause.

La grande majorité des Tongkinois nous avait accueillis comme des libérateurs. Au lendemain de l'évacuation, nous étions maudits et méprisés par tout le monde. Pour nos anciens partisans nous n'étions plus que des traîtres aux yeux de nos ennemis nous passions pour vaincus (2) ;

(1)

Mémoire du marquis de Chasseloup-Laubat, ministre de

et des colonies, sur

la

marine

notre posession de Cochinchine, en date du 4 no-

vembre 18G4. (2) Avant les évacuations, un bâtiment français ne passait point sur un arroyo, sans que la population se pressât sur les rives pour acclamer notre drapeau Après les évacuations, le vide le plus absolu se faisait partout sur le passage des Français Avant les évacuations, les Français pouvaient, sans craindre le moindre désagrément, se promener dans les quartiers les plus excentriques de Hà-Nôi partout ils ne recevaient que des marques de déférence et de sympathie Après les évacuations, plus de marques de respect, mais des regards et des gestes insolents. En même temps une hausse exagérée se produisait sur les vivres et c'était. leur prix était triplé les autres objets de première nécessité pour les marchands de Hîi-Nôi, une manière de faire sentir aux Français qu'ils les considéraient comme vaincus. Au reste, la défaite des Français fut ofïiciellement annoncée aux populations du Tong-King par le commissaire royal Nguyên Canh dans une proclamation qui fut atiichée k IlJi-Noi, ce haut fonctionnaire annamite allirmait que les mandarins avaient repris les citadelles ;

;

:

;

:

;

;

de vive force.


CONCLUSION.

310

A ce moment pu

néanmoins une politique ferme eût encore

rétablir notre preslige et venger notre honneur.

Les conventions signées par M. Philastre nous en donle moyen. Le gouvernement annamite s'était engagé non-seulement à ne point poursuivre ceux qui avaient pris le parti de la France, mais encore à les protéger contre toute réacnaient

tion vexatoire (1).

Bien plus,

il

devait faire rendre justice à ceux qui

auraient souffert des dommages {2j. Le devoir de la France était de veiller à la stricte exécution de ces clauses. Elle devait, se défiant des promesses de la cour de Hué, exiger qu'une enquête lut faite de concert par des délé-

gués des deux gouvernements sur

les tristes

événements

qui avaient suivi les évacuations. Alors, au lieu d'être récompensés par leur gouvernement, les chefs des lettrés eussent été punis de la peine des assassins, et leurs biens eussent servi à indemniser leurs victimes.

Ainsi l'honneur de la France eût été reconquis les loyaux services des fonctionnaires indigènes I

Mais

nommés par M. Garnier méritaient en pense leurs noms étaient connus.

outre une récom-

;

Quelques décorations, quelques médailles, (quelques pensions distribuées eussent produit un effet immense et les tristes résultats de l'évacuation eussent été ou;

bliés (3).

Ce qu'au lendemain de l'évacuation

A

le

gouvernement

même

époque, le chef des Pavillons-Noirs, Lieou Yu'ên Fou un employé de M. Dupuis, M. Georges Vlavianos » J'ai entendu dire que les P'rancais deuiandent la paix et que le roi d'Annain daigne leur accorder cette laveur. » (1) Conventions du 5 janvier et du 6 février 1874. (2j Convention du 6 février 1S74, art. 5. k la moindre satis(3) L'Annamite est clément, éciit Mgr Retord la

écrivait à « '

:

;

faction,

mage

il

pjirdonne tout, sans exiger la réparation [Vie de Mgr Retord, vicaire apostolique

occidental, p. 56.)

d'au<'un domdu Tong-King


CONCLUSION.

311 ,

mieux

peut

le faire

français n'a pas cru devoir faire, aujourd'hui (''clairé

sur les événements du Tong-King,

il

encore.

Une semblable mesure rétablirait notre prestige aux yeux des populations tongkinoises leur conliance nous serait rendue et de nouveau elles considéreraient laFrance :

comme leur protectrice. En général, ces populations

sont douces, reconnaissan-

tes envers leurs bienfaiteurs

et la

;

leur fait oublier les injures et les

moindre satisfaction

dommages dont

elles

ont été victimes.

Nous devons donc chercher à nous

les attacher

par nos

bienfaits.

Quant à leurs gouvernants, nous ne pouvons guère les dominer que par la crainte. A part quelques rares exceptions, « les mandarins sont la pire classe » de la société annainite. « Le vin (1), le jeu, l'opium, le spectacle, la musique et la débauche sont leur principal passe-temps tromper le prince pour en obtenir des faveurs, opprimer le peuple pour en tirer de l'argent, vendre la justice pour s'enrichir aux dépens des malheureux, c'est presque là leur unique souci. » Au reste, « l'exemple que donnent le roi et sa cour n'est pas fait pour inspirer aux fonctionnaires l'amour de la vertu (2). » Avec de pareils gouvernants tous traités, toutes conventions sont illusoires, si nous ne sommes pas disposés à en exiger l'exécution par la force, ou plutôt à les exécuter nous-mêmes. Tous les ménagements, que depuis 1874 nous avons eu pour la cour île Hué, n'ont abouli qu'à nous imposer les charges d'une oi'cupation dispendieuse, sans aucun profit pour notre commerce. C'est, en etïet, à nos relations avec l'Annam que nous avons sacrifié M. Dupuis, ce Français qui avait découvert ;

(1)

Le

(2)

Lettre de

viii lie riz.

Mgr Retord

Voir égak-meut Le Taris, 1»79,

déjà citée. Vie de

liuijaioiie

Mgr

Retord, pp.

6S-G'J.

d'Annam, par JL Dutreuil de Rhins.


CONCLUSION.

312

premier parcouru

et le

la voie lluviale

du Tong-King,

et

qui allait ouvrir à notre commerce et à notre influence lesTiches contrées de la Chine centrale.

A

nous ne pouvons croire que le gouvernemaintenant que la lumière est faite ne tende une main sur les aflaires du Tong-King secourable à notre malheureux compatriote. Avant de se lancer dans son entreprise, M. Dupuis avait obtenu du ministre de la marine la promesse d'une neutralité bienveillante et mèuie d'un concours officieux. la vérité,

ment

français

,

,

Effectivement,

le

commandant d'un navire

français né-

gocia auprès des mandarins annamitCo son passage à le Tong-King. Plus tard, il eut à réclamer de ces mêmes mandarins une indemnité pour les dommages qu'ils lui avaient causés, à lui, mandataire de l'empire chinois, suzerain de

travers

l'Annam neur de

;

et

sur la

demande des deux

parties, le gouver-

la Cochinchine Française intervint.

Or l'officier,- qu'il envoya au Tong-King jugea fondée demande d'indemnité de M. Dupuis.

la

Au

reste,

l'intervention

française au Tong-King ne

devait nuire en rien aux intérêts commerciaux engagés l'amiral

Dupré

et

;

son représentant, M. Garnier, n'avaient

cessé de l'affirmer.

Cependant, à la suite de l'intervention française, M. DuAujourd'hui il

puis a été expulsé du Tong-King est ruiné.

Pupilles de la centralisation, nous oublions trop facilement en France ce que peut l'énergie individuelle dans les

pays d'une

civilisation

peu avancée. Aussi maint

lec-

teur s'étonnera peut-être de l'importance que je donne à

M. Dupuis. néanmoins que

la personnalité de Il

est évident

le

commerce français dans

l'Extrême-Orient aurait besoin de ces hardis éclaireurs si communs en Angleterre, qui vont au loin porter le nom et l'influence de la mère-patrie. L'intérêt de la politique


CONCLUSION.

813

française est donc de favoriser les rares personnalités,

que M. Dupuis, dont le caractère résolu semble rappeler les précieuses qualités de nos anciens pionniers et de nos anciens trappeurs de la Louisiane et du Canada. telles

C'est avec des hommes de cette trempe qu'une nation étend son influence et obtient souvent de glorieux avantages.

M. Dupuis était lié, non seulement avec les mandarins de l'Yù'n-Nàn, mais encore avec un grand nombre de chefs des montagnards aborigènes de cette province, avec les négociants de Mang-Hào, aussi bien qu'avec les membres de la colonie chinoise de Hà-Nôi. Pai'lant le chinois comme sa langue maternelle, il avait pu entrer en relations directes tant avec les Chinois qu'avec les montagnards (1); et par son caractère courageux, persévérant et loyal il avait su conquérir toutes leurs sympathies. Avec ces négociants, avec les mandarins et les chefs montagnards de l'Yû'n-Nàn, il avait passé des marchés pour des fournitures importantes, pour l'exploitation de riches districts mhiiers (2). Il est de bonne politique d'aider M. Dupuis à se relever. On dit et on répète souvent que le Français n'est pas colonisateur, qu'il n'a pas le goût des entreprises lointaines. En réalité, ce sont moins les colons qui manquent qu'un bon régime colonial aux colonies l'émigrant retrouve toutes les vexations de la centralisation administrative, moins les garanties de l'opinion publique. C'est pourquoi les Français, qui veulent chercher fortune dans les pays d'outre-mer, ne vont guère dans les :

montagnards comprennent la langue (1) Les chefs et les notables mandarine, c'est-à-dire le dialecte de Péking. (2) En Yû'n-Nân on attribue, et avec juste raison, l'insuccès de l'entreprise de M. Dupuis à l'intervention de la France dans les affaires du Toiig-King. Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi le consul de France k Hà-Nôi, M. de Kergaradec, a été si peu gracieusement accueilli par le principal négociant de Mang-Hâo et par le mandarin de Mong-Tse ces derniers étaient tous deux intéressés dans l'entreprise Voir également le rapport de M. de de M. Dupuis. (V. pp. 295-2%. Kergaradec, deuxième partie. Revue maritiine et coloniale, octobre 1877, ;

pp. ^J, 33, 33.)

—


CONCLUSION.

;U4

contrées que couvre le drapeau de leur patrie; ils vont à la Plata, dans les Imles-Néerlaudaises, dans les colonies

de la (irande-Bretagne. En Cochinchine on a suivi les mêmes errements que dans nos autres possessions. Avant ralïaire de M. Dupuis, plus d'un colon de Cochinchine avait éprouvé les inconvénients de notre régime colonial. (3n se souvient encore à Saigon de la malheureuse affaire Ségassie, de l'insuccès de la plantation Brou de tant d'autres. Aussi, en 1873, le président de la chambre de commerce de Saigon proclamait-il que dans cette possession française et

commerce iVangais

le

nir (1)!

était

«

sans présent et sans ave-

»

Pv,estait

comme

dernier espoir

le

Tong-King

sa voie

et

lluviale.

Eh

bien

1

qui mieux que personne i)eut en commerce français et ouviir une car-

celui

faire proiiter le

,

rière où d'autres pourront M. Dupuis.

,

entrer

à sa

suite

,

c'est

Ses anciennes opérations avec l'Yù'n-Nàn et le TongKing, M. Dupuis peut les reprendre, si on lui en fournit les moyens. Parmi les mandarins qu'il a connus en Yû'nNàn, beaucoup y sont encore les chefs et les notables montagnards sont toujours dans le pays. Quant aux Chinois de Hà-Nôi et de Mang-Hào, ils salueraient son retour avec enthousiasme. Les opérations de M. Dupuis peuvent être le début de bien plus vastes entreprises. Alors la voie du TongKing sera réellement utilisée par le commerce français alors notre influence pourra dans l'Yû'nNàn et la Chine centrale lutter à armes égales avec celle de l'Angle;

;

terre.

A tie

la vérité,

il

est indispensable de débarrasser la i)ar-

supérieure de la voie fluviale du Tong-King des ban-

(1) llîipport de M. Ed. Dierx, président de de Saïgoii. (Août 1873.)

la

Chambre de

coniuierce


COXCLUSION.

315

aux Pavillons-Noirs qui loccupent et l'exploitent. Le voyage de M. Kergaradec a réduit à ses justes pro-

dits

portions cet épouvantail des Pavillons-Noirs. Ils ne sont tout au plus que « huit cents hommes, » armés la plupart de fusils chinois les trois postes qu'ils détiennent sont ;

u

mal

fortijfiés

et

très-faciles à brûler.

»

De

plus, des

vapeurs calant de 80 à 90 centimètres et munis d'une machine puissante, ])euvent en toutes saisons remonter jusqu'à Lào-Kaï, leur principal repaire (]). Le gouvernement français ne doit plus hésiter. Alors que les Anglais ont déjà leur consul installé en YCrn-Nàn, l'ouverture efïèctive de la voie fluviale du Tong-King jusqu'à la frontière chinoise ne peut être différée [)lus longtemps.

Une expédition

doit être entreprise et les Pavillons-

Noirs chassés du cours du Sông Thao. Cette expédition est d'autant plus nécessaire que la présence de ces bandits au Tong-King pourrrait, en cas de guerre européenne, nous créer de sérieuses complications ; ils ne manqueraient pas, les autorités annamites étant de connivence, d'attaquer noire consulat de Hà-Nôi.

Notre but doit être d'occuper Lào-Kaï, ainsi que le poste de Tuàn-Quan, situé au pied des premiers rapides. Mais nous commettrions une faute impardonnable si nous aidions la cour de Hué à consolider son autorité sur la région des montagnes. La domination annamite en cette région a toujours été des plus précaires. Les relations des missionnaires du dix-septièiue siècle nous montrent les peuplades des montagnes groupées en divers petits états, parmi lesquels le royaume de lîao dans le bassin septentrional du Bô-Dê supérieur et le petit Laos à l'Ouest du Sông Thao (2). (1)

Rapport sur

2vei'.i,'ai'ad<'c,

la

consul

reconnaissance du fleuve du Tonkin, par M. de u FiMuce h Hà-Nôi. Revue maritime et colo~

niulr, août 1S77. (2)

Relaiiou du royaume de Tunquiu, par

le

P. de Marini, ch.

ii.


CONCLUSION.

316

Plus tard ces petits états d'une organisation très-sommaire ont dû se dissoudre dès lors chaque tribu ne releva plus que de ses coutumes et du seigneur qu'elle s'était ;

donné. L'aïeul de Tu' Dù'c, « le roi Minh Mang, dans ses vues de centralisation, et avec sa main de fer, voulut détruire cette agreste féodalité et substituer ses mandarins aux

seigneurs. «

il n'y a que médiocrement réussi », écrit Mgr RePour défendre leurs franchises, les montagnards

Mais

tord.

«

ont des rochers qui valent des remparts, ils ont un courage servi par des bras robustes, et, par-dessus tout, un cordon de fièvres redoutables qui tiennent les soldats étrangers à distance (1). » Aussi Minh Mang ne put-il parvenir complètement à son but que dans la région du bassin du Daï, laquelle a formé le département de Nho-Quan dans le Ninh-Binh. Encore fut-il obligé de laisser aux Mu'o'ngs de nombreux privilèges

Dans

(2).

du Bô-Dê supérieur, du Sông Thao et du Kiêm-Tu Hà, certaines peuplades (3) reconnaissent la suzeraineté du gouvernement annamite; leurs chefs héréles bassins

ditaires reçoivent de lui l'investiture avec le titre de chef

de canton. Toutefois

le tribut qu'elles

lier d'ailleurs, n'est

qu'à titre d'impôt personnel, et leurs

payent, très-irrégu-

cultures échappent à tout contrôle.

Mais dantes

il

est d'autres peuplades entièrement indépen-

(4), et

qui ont su repousser les attaques des Pavil-

lons-Noirs, aussi bien que celles des Annamites.

L'expédition, que nous devons nécessairement entreprendre contre les Pavillons-Noirs, sera pour nous l'occasion de grouper sous notre protectorat les diverses tribus des montagnes. Il faut obliger l'Annam à reconnaître leur Vie de Mgr Retord, p. 164. Voir sur le Nho-Quan, p. 164 et seq. (3) Les Thô et les Mang. Voir le rapijort de M. de Kergaradec. (4) Les Annamites les appellent Qiian ; leur tribu principale porte le nom de Méo ce qui veut dire Chat. Les Mèo paraissent appartenir k (1)

(2)

la race paï-y.


CONCLUSION.

indépendance

mans

:

317

les Anglais n'ont-ils

l'autonomie des Cariens

pas imposé aux Bir-

?

Ces montagnards du Tong-King Occidental aiment les Européens chez eux le missionnaire reçoit une cordiale hospitalité; et, de même que leurs alliés les PavillonsJaunes, ils avaient fait un bon accueil à M. Dupuis et à :

ses gens.

deux

C'est avec joie qu'ils verraient s'établir auprès

une puissance européenne, qui les protégerait contre les exactions éventuelles des Annamites et ouvrirait un débouché aux richesses minérales et forestières de leurs montagnes

;

ils se

rangeraient avec enthousiasme sous notre

protectorat.

La France doit donc, sans plus du Sông Thao.

En même temps

tarder, occuper le cours

notre diplomatie obtiendrait l'ouver-

ture de l"Yû'n-Xàn au commerce du côté du Tong-King.

Alors la voie fluviale découverte par M. Dupuis serait utilisée par le commerce européen, et dans les provinces de la Chine centrale la France, déjà connue par le dévouement de ses missionnaires, verrait grandir encore son influence.

D'un autre

côté, maîtresse

du cours du fleuve de

la

mer

à la frontière chinoise, s'appuyant sur ses postes de HaïPhông, de Hà-Nôi, de Tuàn-Quan et de Lào-Kaï, la France pourrait en toute sécurité attendre les événements que l'avenir ne manquera point de faire surgir dans le royaume

d'Annam. On a vu combien est vivace le souvenir ({ue les populations du Tong-King gardent de leur ancienne dynastie (1). L'occasion de restaurer les Le peut se représenter encore; nous ne devons pas la laisser échapper. Pour nous il importe que la cour de Hué soit réduite à il est impossible que nous ayons jamais une paix sincère. Comment peut-on supposer

l'impuissance; car

avec

elle

qu'elle a définitwement renoncé à recouvrer ses provinces (1)

Tsaï.

Y. infrà

,

p.

321

,

l'appendice

sur

l'insurrection

de Le

Yang


318

CONCLUSION.

de la Basse-Cochinchine? Mais gieuse du culte des ancêtres

En

efifet,

elle violerait la loi reli-

!

la Basse-Cochinchine est pleine

des souve-

nirs les plus sacrés pour la dynastie des N.u^uyèn

:

pon-

dant douze ans, Gia Long y a lutté contre les usurpateurs de son royaume à Saigon est né Minh Mang dans la province de Biôii-Hoà sont les tombes des ancêtres maternels de Tliiêu Tri (1); dans la province de Saigon celles des aïeux de la propre mère de Tu' Dù'c (2). Or, quelques avantages que le traité du 15 mars 1874 ait stipulés en faveur des gardiens de ces tombeaux (8), les ossements des ancêtres de la famille royale n'en sont pas moins sur une terre souillée par la domination des Barbares étrangers. Et combien de mandarins dont les ancêtres reposent en Cochinchine Française (4) Nguyèn Tri Phu'o'ng était des environs de Saigon (5) la France n'a pas rencontré en Annam d'ennemi plus acharné. Aucune franchise, aucune cordialité ne peuvent donc exister dans les rapports de la cour de Hué avec nous. Rien de semblable au Tong-KIng il n'y a jamais eu entre ce pays et la Basse-Cochinchine aucune relation de famille. Aussi notre présence à Saigon ne lui est-elle nulle;

;

!

:

:

ment odieuse.

(1)

"\'oir

sur ces trois princes

le

chapitre

ii

de Vin traduction pp. 16

et seq.

On

peur d'attrister sa mère, Tu' Dù'c lui a caché l'ocFrance du pays de ses ancêtres. (Notes historiques sur nation annamite par le P. Le Grand de la Liraye, p. 107.)

(2)

dit que, de

cupation par la

(3)

Art.

la

.5.

Les ambassadeurs annamites, qui vinrent à Saïgon en 1868, allèrent, dès leur arrivée, visiter la ville ils chercliaient les pagodes et les tombeaux qui existaient à Saïgon avant l'occupation française. Le vieux ministre qui présidait l'ambassade, pleurait, en voyant les changements que nous avons fait subir à cette contrée, o'i Gia Long avait laissé de si grands souvenirs. [Les premières années de la Cochinchine, colonie française, par M. Vial, t. ii, p. 192.) il était (5) Phân Tanh Giang était également de Basse-Cochinchine né au village de Bao-T'nanh, dans la province de Vinh-Long. Or, ses fils sont au service de la cour de Hué et se sont battus contre nous à la prise de Hà-Nôi. (4)

;

;


CONCLUSION.

319

Si donc le Tong-King recouvrait son autonomie, nous pourrions trouver en son roi un allié sérieux. Assurément les occasions ne nous manqueront pas de la délivrer ce pays de la tyrannie de la cour de Hué ;

mauvaise

foi

annamite nous

les offre

chaque jour.

Mais, en restaurant au Tong-King la dynastie des Le, France devrait ne lui laisser que les honneurs royaux et se réserver la réalité du pouvoir, imitant ainsi la politique anglaise envers les Rajahs de l'Inde (1). Toute la puissance militaire notamment devrait être entre nos mains. la

mesure, pour garder tout ensemble la le Tong-King, il ne faudrait pas un plus grand nombre de soldats français que pour garder la seule Basse-Cochinchine. Des troupes levées au Tong-King et formées mi-partie de montagnards mu'o'ngs et d'Annamites pourraient occuper la colonie de Saigon et la plupart de nos troupes de race blanche iraient au Tong-King tenir garnison sous un climat plus salubre. Quant au roi de Hué, réduit aux seules provinces qui relevaient jadis de sa capitale, privé des riches revenus du Tong-Kiiig, il serait désormais impuissant à nous nuire et ne pourrait plus fomenter d'insurrection en Basse-

Grâce à

cette

T3asse-Cochinchine et

;

Cochinchine. Alors la France, assise aux bouches du Mé-Kong et du Bù-Dê, joignant le Laos, l'Yû'n-Nàn et le Quang-Si, communiquant avec ces riches contrées par des cours d'eau en partie navigables, pourrait se créer dans la mer de

Chine l'empire colonial que Dupleix avait rêvé pour sur les bords de l'Océan Indien. F.

elle

ROMANET DU CAILLAUD.

Limoj5'es, août IS'T,

pen(1) Les Tongkinois sont haliitués h ce genre de gouvernement dant les trois derniers siècles, les rois de la dynastie Le n'ont eu de la royauté que les lionneurs, la réalité du pouvoir étant entre les mains des Chua de la famille Trinh. (Voir le chapitre ii de V Introduction :

p.

M.)


APPENDICE

A

une nouvelle insurrection a

la fin de 1878,

Tong-King. Le chef de

cette insurrection était

la province de

Quang-Si

;

il

avait

éclaté

au

un général chinois de nom Le Yang Tsaï

(Ly Young Tchoï, suivant la prononciation chinoise). Vers octobre 1878, il donna sa démission de général chinois, vendit, pour faire de l'argent, les vastes propriétés qu'il possédait dans le Sud du Quang-Si, et, à la tête d'une forte troupe de partisans recrutés dans cette province, envahit

le

Tong-King.

Le Yang Tsaï

se prétendait, dit-on, l'héritier de la

dynastie Le. Aussi ne conquis,

comme ne

pas le Tong-King en pays que trop souvent les mandarins

traitait-il

le font

de la cour de Hué. Ses succès furent rapides. En vain, sur la demande du roi Tu' Dù'c, la cour de Péking envoya une armée à sa poursuite ; ces troupes se réunirent à ses partisans. En peu de temps il s'était rendu maître du Cao-Bang, du Lang-So'n, du Thâi-Nguyén et du Bac-Ninh; même, assure-t-on, les capitales de ces provinces étaient tombées en son pouvoir. Toutefois, après avoir pris Bac-Ninh, il avait dû suspendre sa marche vers le Sud ; une seconde armée chinoise s'avançait pour le combattre. Il était alors remonté vers Lang-So'n et, s'étant fortifié sur un plateau escarpé, il avait tenté de repousser cette nouvelle intervention. Mais il n'avait pas tardé à céder devant les offres de la diplomatie chinoise et il avait fait sa soumission aux autorités du Céleste Empire.


PIEGES JUSTIFICATIVES

I

Traité de Louis

XVI avec

le roi

Nguyên Anh

de Cochinchine

(1).

y aura une alliance offensive et défensive entre les deux France et de Cochinchine; ils devront se prêter mutuellement secours et assistance contre tous les ennemis de l'une ou de l'autre des parties contractantes. 2° En conséquence, il sera équipé et mis sous les ordres du roi de Cochinchine, une escadre de vingt bâtiments de guerre français, de telle force que les demandes pour son service feront juger convenable. 3° Cinq régiments européens et deux régiments de troupes coloniales du pays seront embarqués sans délai pour la Cochin1° Il

rois de

chine. 4° S.

la

M. Louis XVI s'engage à fournir, dans quelques mois,

somme

d'un million de dollars, dont 500.000 en espèces, le

reste en salpêtre, canons, mousquets et autres

armements

mili-

taires.

Du moment que

les troupes françaises seront entrées sur de Cochinchine, elles et leurs généraux recevront les ordres du roi de Cochinchine. De l'autre part 1° Le roi de Cochinchine s'engage à fournir, aussitôt que la tranquillité sera rétablie dans ses Etats, et sur la simple réquisition de l'ambassadeur du roi de France, tout ce qui sera nécessaire en équipements, agrès et provisions, pour mettre en mer, sans aucun délai, 14 vaisseaux de ligne; et pour la parfaite

5"

le territoire

:

(1) Connu plus tard sous le nom de Gia Long. Ce traité fut signé Ji Versailles, le 28 novembre 1787, par le comte de Vergennes et le comte de Montmorin pour le roi de France, et par le prince Canh-Dzuê pour le roi de Cocbincliiue, son père.


TRAITÉ DE LOUIS XVI AVEC NGUYÊN AXH.

324

exécution de cet article, il sera envoyé d'Europe un corps d'officiers et de sous-officiers de marine, qui formeront un établissement permanent en Cochinchine. 2° S. M. Louis XVI aura des consuls résidents dans toutes les parties de la côte de Cochinchine, partout où elle le jugera convenable. Ces consuls seront autorisés à construire, ou faire construire des vaisseaux, frégates et autres bâtiments, sans qu'ils puissent être troublés, sous aucun prétexte, par le gou-

vernement de Cochinchine. 3° L'ambassadeur de S. M. Louis XVI, à chine, aura le droit de faire du bois pour

la

cour de Cochin-

la

construction des

vaisseaux, frégates et autres bâtiments, dans toutes les forêts

où

en trouvera de convenable. Le roi de Cochinchine et son conseil d'Etat céderont, à perpétuité, à Sa Majesté Très-Chrétienne, ses héritiers et ses successeurs, le port et le territoire de Han-San (baie de Tourane et la péninsule), et les îles adjacentes de Fai-Fo, au midi, -et de Hai-Wen, au nord. 5° Le roi de Cochinchine s'engage à fournir les hommes et les matériaux nécessaires pour la construction des forts, ponts, grandes routes, fontaines, etc., qui seront jugés nécessaires pour la sûreté et défense des cessions faites à son fidèle allié il

4°

le roi

de France.

Au

cas où les naturels du pays, en quelque temps que ce répugneraient à rester sur le territoire cédé, ils auront la liberté d'en sortir la valeur des propriétés qu'ils y laisseront leur sera remboursée la jurisprudence, tant civile que criminelle, ne sera pas changée toutes les opinions religieuses seront libres les taxes seront perçues, par les Français, suivant les usages du pays et les collecteurs seront nommés, d'un commun accord, par l'ambassadeur de France et le roi de Cochinchine mais le roi ne réclamera aucune part de ces taxes, qui appartiendront en propre à Sa Majesté Très-Chrétienne, pour subvenir aux frais que l'entretien exigera. 7° Dans le cas où Sa Majesté Très-Chrétienne se déterminerait à faire la guerre dans quelque partie de l'Inde, il sera permis au commandant en chef des troupes de France, de faire une levée de 14.000 hommes, qu'il fera exercer de la même manière qu'en France, et qu'on formera à la discipline fran6°

soit,

:

;

;

;

;

;

çaise. 8°

Dans

le

cas où quelques puissances attaqueraient les Fran-

çais sur le territoire de Cochinchine, le roi de Cochinchine


TRAITÉ DE SAÏGOX DU 5 JUIN 1862.

325

fournira au moins 60.000 hommes de troupes de terre qu'il habillera et entretiendra à ses frais, etc. (1).

II

Traité du 5 juin 1862, conclu à Saigon entre la France et l'Espagne d'une part, et l'Annam de l'autre

(2).

—

Il y aura dorénavant paix perpétuelle entre l'EmArt. 1^'. pereur des Français et la Reine d'Espagne d'une part, et le Roi d'Annam, de l'autre l'amitié sera complète et également perpétuelle entre les sujets des trois nations, en quelque lieu qu'ils :

se trouvent.

—

Les sujets des deux nations de France et d'EsArt. 2. pagne pourront exercer le culte chrétien dans le royaume d'Annam, et les sujets de ce royaume, sans distinction, qui désireront embrasser et suivre la religion chrétienne, le pourront librement et sans contrainte mais on ne forcera pas à se faire chrétiens ceux qui n'en auront pas le désir. Les trois provinces complètes de Bien-hoa, de GiaArt. 3. dinh et de Dinh-tuong (Mytho), ainsi que l'île de Poulo-Condore, sont cédées entièrement par ce traité en toute souveraineté à Sa Majesté l'Empereur des Français. En outre, les commerçants français pourront librement commercer et circuler sur des bâtiments, quels qu'ils soient, dans le grand fleuve du Cambodge et dans tous les bras de ce fleuve il en sera de même pour les bâtiments de ^erre français envoyés en surveillance dans ce même fleuve ou dans ses ;

—

;

affluents.

—

La paix étant faite, si une nation étrangère vouen usant de provocation, soit par un traité, se faire donner une partie du territoire annamite, le Roi d'Annam préviendra par un envoyé l'Empereur des Français, afin de lui soumettre le cas qui se présente, en laissant à l'Empereur Art.

lait,

(1)

rion, (2)

4.

soit

Extrait de YHistoire générale des missions catholiques, par

tome II, p. 644 et seq. Ce traité fut signé pour

pour l'Espagne par le

le

ministre des rites Gien Thiep.

Lam

la

France par

le

contre-amiral Bonard, l'Annam par ministre de la guerre

colonel Palanca Guttierez, et pour

Phan Thanh Giang

et

le

Hen-


TRAITÉ DE SAIGON

326

pleine liberté de venir en aide ou non au royaume d'Annam mais si, dans ledit traité avec la nation étrangère, il est ques;

tion de cession de territoire, cette cession ne pourra être sanc-

tionnée qu'avec le consentement de l'Empereur des Français. Les sujets de l'empire de France et du royaume Art. 5, d'Espagne pourront librement commercer dans les trois ports

—

de Totirane, de Balat et de Quang-an{i). Les sujets annamites pourront également librement commercer dans les ports de France et d'Espagne, en se conformant toutefois à la règle des droits établis. Si un pays étranger fait du commerce avec le royaume d'Annam, les sujets de ce pays étranger ne pourront pas jouir d'une protection plus grande que ceux de France ou d'Espagne, et si ce dit pays étranger obtient un avantage dans le royaume d'Annam, ce ne pourra jamais être un avantage plus considérable que ceux accordés à la France ou à l'Espagne. Art. 6. La paix étant faite, s'il y a à traiter quelque affaire importante, les trois Souverains pourront envoyer des Représentants pour traiter ces affaires dans une des trois capitales. Si, sans affaire importante, l'un des trois Souverains désirait envoyer des félicitations aux autres, il pourra également envoyer un Représentant. Le bâtiment de l'envoyé français ou espagnol mouillera dans le port de Tourane, et l'envoyé ira de là à Hué par terre, où il sera reçu par le Roi d'Annam. Art. 7. La paix étant faite, l'inimitié disparaît entièrement, c'est pourquoi l'Empereur des Français accorde une amnistie générale* aux sujets soit militaires, soit civils du royaume d'Annam compromis dans la guerre et leurs propriétés séquestrées leurs seront rendues. Le Roi d'Annam accorde également une amnistie générale à ceux de ses sujets qui se sont soumis à l'autorité française et son amnistie s'étend sur eux et sur leurs familles. Art. 8. Le Roi d'Annam devra donner, comme indemnité, une somme de quatre millions de dollars, payable en dix ans, donnant ainsi chaque année quatre cent mille dollars, qui seront remis au Représentant de l'Empereur des Français à Saigon. Cet argent a pour but d'indemniser les dépenses de guerre de la France et de l'Espagne.

—

—

—

(1)

Ne

serait-ce pas

crivent avec le

même

Quang-Yèa ? An caractère.

et

Yen

sont synonymes et

s'é-


DU

5 JUIN 1862.

327

Les cent mille ligatures déjà données seront déduites. Le royaume d'Annam n'ayant pas de dollars, le dollar sera représenté par une valeur de soixante-douzièmes de taël. Si quelque brigand, pirate ou fauteur de troubles Art. 9. annamite commet quelque brigandage ou désordre sur le territoire français, ou si quelque sujet européen coupable de quelque délit s'enfuit sur le territoire annamite, aussitôt que l'autorité française en aura donné connaissance à l'autorité annamite, celle-ci devra faire ses efforts pour s'emparer du coupable afin de le livrer à l'autorité française. Il en sera de même au sujet des brigands ou pirates ou fauteurs de troubles annamites qui, après s'être rendus coupables de délits, s'enfuiraient sur le territoire français. Les habitants des trois provinces de Yinh-luong, Art. 10. 6!A7i-gian et de Ea-tien pourront librement commercer dans les trois provinces françaises eu se soumettant aux droits en vigueur mais les convois de troupes, d'armes, de munitions ou de vivres entre les trois susdites provinces et la Cocliinchine devront se faire exclusivement par mer. Cependant l'Empereur des Français accorde, pour l'entrée de ces convois dans le Cambodge, la passe de Mytho, dite Cua-tien, à la condition toutefois que les autorités annamites en préviendront à l'avance le Représentant de l'Empereur qui

—

—

;

leur fera délivrer un laissez-passer. Si cette formalité était négligée et qu'un convoi pareil entrât sans un permis, ledit con-

voi et ce qui

le

compose seront de bonne prise

et les objets

seront détruits.

—

La citadelle de Yinh-luong sera gardée jusqu'à Art. 11. nouvel ordre par les troupes françaises, sans empêcher pourtant en aucune sorte l'action des mandarins annamites. Elle sera rendue au Roi d'Annam aussitôt qu'il aura fait cesser la rébellion qui existe aujourd'hui par ses ordres dans les provinces de Gia-dinh et de Dinh-tuong, et lorsque les chefs de ces rébellions seront partis et le pays tranquille et soumis, comme il convient à un pays en paix. Ce traité étant conclu entre les trois nations, et Art. 12.

—

desdites trois nations l'ayant signé et revêtu de leurs sceaux, ils en rendront compte chacun à leur Souverain, et à partir d'aujourd'hui, jour de la signa-

les Ministres plénipotentiaires

Souverains ayant exa-

ture,

dans rintcrvalle d'un an,

miné

et ratifié ledit Traité, l'échange des ratifications aura lieu

dans

la capitale

de l'Annam.

les trois


TRAITÉ DE SAÏGON DU 5 JUIN 1862.

328

En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs susnommés ont signé le présent Traité et y ont apposé leurs cachets. A Saigon, l'an mil huit cent soixante-deux, le 5 juin. Tu-Duc, quinzième année, cinquième mois, neuvième jour.

—

La plupart des clauses de ce traité sont restées N.-B. morte. Au lendemain de la signature du traité , « la cour de Hué n'en continuait pas moins à pousser à la révolte les populations des territoires cédés, à envoyer des armes, des troupes mêmes; et un mandarin habile et courageux, Quan Dinh, parvint à se fortifier à Go-Cong. Quan Ding lettre

donna

le signal de la révolte. ..(!)» Les trois ports de Tourane, de Balat et de Quang-An nont jamais été effectivement ouverts au commerce. Quant à la liberté de conscience, les autorités annamites ne l'ont guère mieux respectée que par le passé seule;

ment

plus circonspectes, et les lettrés sont devenus les instruments de leurs persécutions plus ou elles ont été

moins

occultes.

Bien plus, en

même temps

que

le traité se concluait

à

ne cessait de sévir au Tong-King. Dans les premiers jours de juin, les mandarins du Nam-Dinh condamnaient cinquante-trois chrétiens à être brûlés vifs ; quelques jours plus tard, le 5 juin, ils en faisaient noyer deux cents puis, le 10, un prêtre était Saigon, la persécution

officielle

;

décapité

.

.

Cependant, peu de temps après la conclusion du traité. Tu' Duc fit un édit, soi-disant pour mettre en liberté les chrétiens prisonniers. Mais cet édit était simplement rendu à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance, et non point en exécutioii du traité. Dans cet édit Tu' Dù'c prodiguait aux chrétiens les noms les plus outrageants; il ne rendait, d'ailleurs, la liberté qu'aux vieillards, aux femmes et aux enfants ; pour sortir de prison, les hommes dans la force de l'âge devaient, au préalable, avoir foulé la croix. .

(1)

Rajipoi-t

vembre

1864.

de M.

le

marquis de Chasseloup-Laubat, du

4

no-


SYSTÈME FLUVIAL DU TONG-KIXG.

329

Quelque temps après^ paraissait un autre édit qui déaux missionnaires de construire des églises, de réunir des élèves dans des collèges, et de prêcher la fendait

religion.

Les chrétiens étaient toujours les ilotes du royaume ils étaient exclus des concours littéraires annamite ;

les des charges publiques. En plusieurs endroits païens refusaient de leur restituer leurs biens usurpés ; en d'autres, on les forçait à prendre part à des cérémonies superstitieuses. Comme ils n'avaient plus rien à et

,

donner aux mandarins, de cet état d'oppression

il

leur était impossible de sortir

(1).

III.

Essai sur

le

système

fluvial

du Tong-King

(2).

Les principaux fleuves de Tong-King sont, en partant du Nord 1° Le fleuve appelé par les Chinois Ngan-Nan Kiang (fleuve de l'Annam) et Li Kiang dans sa partie supérieure; il doit être le même que celui qui est appelé Dzu'o'ng Hà (3) sur certaines cartes annamites et dans les Notes historiques du P. Le Grand de la Liraye (p. 38). En combinant les cartes du P. du Halde avec les cartes annamites, on trouve que les principaux tributaires de droite de ce fleuve ont leur source dans les provinces tongkinoises de Lang-So'n et de Cao-Bang les annales chinoises donnent le nom de Thiên-Ly au plus méridional de ces tributaires (-4). Le Ngan-Nan Kiang arrose l'angle Sud-Ouest de la province chinoise de Quang-Si et sert ensuite, jusqu'à son :

;

Tong-King Occi(1) Vie de Mgr Theurel, vicaire apostolique du dental (Lecoffre, tils et C""-), pp. 146-164. nou(2) Sous ce titre, je reproduis, avec quelques renseignements veaux, un chapitre de la Notice sur le Tong-King, que j'ai publiée dans le Bulletin de la Société de géographie. Dans cet essai se que j'ai déjfi exposés trouvent réunis plusieurs faits géographiques ,

cours de mon récit. (3; Le nom de Dzu'o'ng H.'i, qui veut dire fleuve de Dzu'o'ng, vient peut-être du nom de l'ancienne province chinoise de Dzu'o'ng-Châu, dont fit partie le Tong-King. (V. Le Grand de la Liraye, Notes historiques sur la nation ayxnaniite, p. 10.) (4) Histoire des relations de la Chimie avec V A nnam- Vietnam, par G. Devéria; Paris, E. Leroux, 1880.

dans

le


SYSTÈME FLUVIAL DU TOxNG-KLNG.

330

embouchure, de frontière entre l'Annam et la province de Quang-Tông. 2° Le Sông Tam (1) partage en deux la province de Quang-Yèn son cours est sinueux. Il se jette par deux principales embou;

chures dans la baie de Fitze-Long. 3° Le Thâi-Biuh (2) paraît avoir sa source dans les montagnes du Sud-Ouest du Quang-Si, près du marché de Siao-Tching. Il arrose les provinces de Gao-Bang, de Thâi-Nguyên, de BacNinh, de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yèn. Dans la province de Bac-Niuh, il reçoit à gauche un affluent, que les cartes de la marine appelle rivière de Loch-Nan et les

Annales chinoises Eul-Che Kiang (Hai-Mu'ô'i Giang suivant la prononciation annamite). La branche occidentale de cet affluent porte le nom de Xu'o'ng Giang. Dans la province de Haï-Dzu'o'ng, le Thâi-Binh se ramifie en une multitude de bras, dont les pins remarquables sont Le Lacli Huyên qui passe à Quang-Yèn :

;

Le Nam-Triêu prolongement du Bach-Dang ou Sông-Meo Le Sông Kinh-Tay, appelé plus bas Sông Kiêm-Tay, et dont l'embouchure porte un nom maintenant bien connu, Cua Câm, et a sur ses bords l'établissement français de Haï-Phong Le Lach Tray Le Lach Van-U'c Enfin la branche principale qui conserve le nom de Thâi-Biuh ;

;

;

;

de Haï-Dzu'o'ng.

et arrose la ville

grand fleuve du Tong-King. Il a pluEuropéens le connaissent surtout sous ceux de Sông Ca (grand fleuve) et de Sông Câi(3) (fleuve principal) officiellement, il s'appelle Nhi-Hà Giang, c'est-à-dire second fleuve. Mais ces noms ont l'inconvénient de tout nom qualificatif ils peuvent être portés par d'autres cours d'eau du même pays. Le nom de Bô-Dê (4), que j'ai choisi de préférence comme n'étant celui d'aucun autre fleuve ou rivière, a, de plus, l'avantage d'être ancien c'est celui que porte le fleuve du Tong-King sur la carte du P. de Rhodes, carte faite en 1650. 4°

Le Bô-Dê

:

noms

les

sieurs

:

c'est le

;

:

;

Tam

Giang en style officiel. Ce fleuve parait être le même que celui que M. Devéria appelle Thi-Kiéu d'après les Annales chinoises. (3) Dont on a lait par corruption Sông Coï. (4) En annamite vulgaire, le nom de Bô-Dê ou plus exactement Sông Bô-Dê, signifie fleuve des banians. (La Cochinchine française en 1878; Enionération polyglotte des végétaux, n" 408.) (1)

(2)


SYSTÈME FLUVIAL DU TONG-KING.

331

Ce fleuve est formé par la réunion de trois grands cours Bô-Dê supérieur ou rivière de Tuyên-Quang, le Sông Thao et le Kiêm-Tu Hà ou Sông Bo', lequel se jette dans le Sông Thao à Hu'ng-Hoâ. Quoique la rivière de Tuyên-Quang au-dessus de son confluent avec le Sông Thao, ait un cours moins long et un volume d'eau moins considérable que ce dernier, c'est elle néanmoins que les Annamites considèrent comme le fleuve principal et auquel ils conservent la plupart des noms qu'ils lui donnent dans sa partie inférieure (1). La raison en est que jamais TAnnam n'a étendu d'une manière durable son influence dans le bassin du Sông Thao. Encaissée entre de hautes collines abruptes et boisées, celte rivière n'offrait guère à la race annamite ces vallées d'alluvions profondes qu'elle affectionne particulièrement. Au contraire, le Bô-Dê supérieur, entre son confluent avec le Sông Thao et Tuyên-Quang, occupe une vallée beaucoup plus large, et son bassin s'est ainsi prêté au développement de la race annamite. Il n'est donc pas étonnant que les Annamites aient regardé comme le prolongement de leur grand fleuve un cours d'eau, dont leur race continuait à peupler les bords, de préférence à d'eau, le

Aperçu sur la géographie de VAnnani. Courrier de Saigon, dividir Correo Sino-Annamita 1874, p. 24ô » du 15 août 1S75. el vioariato que antes coinprendia todo lo que llama Tun-Kiu, en dos vicariatos toinando por linea divisoria un gran rio que baja de las montanas limitrofes de China al Noroeste, y se llama Bô-Dè este rio (1) ^'oil'

n"

:

—

;

divide el territorio del Tun-Kin en dos partes casi iguales... » Or, ce cours d'eau, ligne de partage des misbions françaises et des missions Rapport espagnoles, passe à Tuyèn-Quang aussi bien qu'à Hà-Xôi.

—

reconnaissance du Fleuve du Tonhin, par M. de Kergaradec. Revue tnaritime et coloniale, août 1877 « La Rivière Claire... est appelée Song-Ca par les Annamites. " Le même système est suivi dans les annales chinoises. Dans l'histoire du Tong-Kiug que le P. Gaubil a faite d'api-ès ces annales (V. Lettres édifiantes), le fleuve du Tong-King est appelé Fou-Leang Kiang tandis que son grand affluent, le cours d'eau qui passe à Hu'ng-Ho;i et au Phu Lâm-Tiiao, est appelé Tao (nom qui est l'équivalent chinois du nom annamite de Thao). C'est ce qui est confirmé dans l'ouvrage déjà cité de M. Devéria, ouvrage composé d'après les travaux des historiographes du Céleste Empire. Enfin les Mémoires d'un voyageur chinois

sur

la

:

;

dans l'empire d'Annam identifient le Fou-Leang Kiang avec le Nhi-Hà Giang (Eul-Ho Kiang suivant la prononciation chinoise). Ainsi le système exposé, p. 29, suivant lequel pour les Chinois résidant au TongKing le Sông Thao (Hong Kiang) est le cours d'eau principal, semble n'avoir en Chme aucun caractère officiel.


333

SYSTÈME FLUVIAL DU TONG-KING.

un autre qui arrosait un pays montagneux, habité seulement par des tribus sauvages. Comme je traite de la géographie d'un pays annamite, je suivrai le système annamite, et pour moi la rivière de TuyênQuang sera toujours la branche principale du grand fleuve du Tong-King. Ce ne sera pas la première fois qu'en géographie la branche la moins importante aura reçu le titre de fleuve c'est le cas du Mississipi et du Missouri. Dans ce système, le Bô-Dê peut être regardé comme le prolongement de la rivière qui, sous le nom chinois de Mi-Lei Ho, prend naissance dans les environs de Kaï-Hoa Fou à l'angle Sud-Est de la province d'Yû'n-Nàn. En entrant sur le territoire annamite, il prend le nom de Mien, qu'il conserve jusqu'à son confluent avec la rivière Lu, en un point appelé Hà-Giang, c'est-à-dire rivière et fleuve c'est le Ho-Kiang des Chinois aux Pavillons-Jaunes. Un peu au-dessus de Tuyên-Quang, le Bô-Dê reçoit les eaux de la rivière Kham, grossies par celles du Niem et de l'Anh cette dernière semble être la rivière chinoise Tche-Laï Ho. Enfin, avant son confluent avec le Sông Thao, il reçoit à droite le Sông Chay, puis à gauche un autre affluent, lequel est bordé de nombreux cantons de race annamite. :

;

;

que je l'ai dit précédemment, est bien Bô-Dô supérieur. C'est le Hong Kiang des Chinois du Tong-King et de MangHâo, rivière que M. Dupuis (i) a découverte et reconnue sur

Le Sông Thao,

ainsi

plus considérable que

le

toute sa partie navigable.

Le Sông Thao prend sa source en Chine au centre du plateau de l'Yù'n-Nàn, un peu au Sud du lac de Ta-Ly. Dans cette province, d'après la carte du P. du Halde, il porte successivement les noms de Ta-Tchan Ho et de Ho-Ti Kiang. A Yû'n-Nân Sén, capitale de la province, il est surtout connu sous le nom d'Yu'ènKiang Ho, rivière d'Yu'ên-Kiang du nom de la principale ,

ville qu'il arrose.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, ses riverains à Mang-Hào et dans les environs, l'appellent, à cause de la coloration de ses eaux, Hong Kiang, c'est-à-dire Fleuve Rouge. En se jetant dans le Bô-Dô, le Sông Thao communique aux

(1) D'après les mêmes renseignements M. Dupuis appelle le supérieur Tsin Ho, c'est-à-dire Rivière Claire.

Bô-Dê


SYSTEME FLUVIAL DU TONG-KING. eaux de ce fleuve cette couleur rouge. Les Annamites donnent à cette couleur une origine légendaire Cao-Biên, un gouver:

neur chinois de l'Annam de

du neuvième siècle, était magicien il fit venir la foudre pour démolir les écueils et les rochers qui encombraient le lit du fleuve, pour détruire les veines du dragon, disent les annales annamites; et c'est le sang du dragon foudroyé parla magie de Cao-Biên qui colore en rouge les eaux du fleuve. En réalité, la magie de Cao-Biên dut consister dans l'emploi de la poudre, connue en Chine plusieurs siècles avant qu'elle ne le fût en Europe et la couleur rouge des eaux du grand fleuve du Tong-King provient des minerais de fer qui affleurent le lit du Sông Thao et de ses tributaires. Sur le sol chinois le Sông Thao reçoit plusieurs affluents, issus comme lui du plateau de TYû'n-Nàn. Au-dessous de MangHâo, à son entrée sur le sol de la juridiction annamite, il reçoit une petite rivière nommée Tching-Ghoui Ho, et à quelques milles plus bas, à Lâo-Kaï, la rivière Nan-Si Ho, qui semble être la même que la rivière Pa-Ki Ho de la carte du P. du Halde. Cette rivière, appelée Sông Ngâu par les Annamites, est navigable pendant plusieurs milles jusqu'au village de TuLang. De Lào-Kaï à son confluent avec le Bô-Dè, le Sông Thao reçoit encore un grand nombre d'affluents deux seuls sont importants. L'un, le Ngoi Thia, l'Oui-Tchie Ho des Chinois, est navigable en canot jusqu'à un marché fréquenté par les aborigènes des montagnes. L'autre est une rivière presque aussi considérable que le Sông Thao lui-même les Annamites le nomment Dû' Giang (1), Sông Bô' ou Kiêm-Tu Hà les Chinois du Tong-King, Hé Ho, c'est-à-dire Rivière Noire. la fin

;

;

;

;

;

La source de cette rivière

est

également sur

le

plateau de

l'Yû'n-Nân, un peu au Sud de celle du Sông Thao.

En Yû'n-

Nàn

et

elle est

connue sous

les

noms de Pa-Pien Kiang

de Ly-

Sien Kiang.

Au sortir du territoire chinois, elle arrose un pays montagneux, peuplé de tribus sauvages, sur lesquels les Annamites prétendent étendre leur juridiction et qu'ils ont divisé en une vingtaine de chdu, dépendant de la province de Hu'ng-Hoâ. les caractères chinois qui le repré(1) Dû' Giang est un nom officiel sentent se prononcent également Do' Giang. En prononciation chinoise ce nom devient T'ô Kiang. ;


SYSTÈME FLUVIAL DU TONG-KING.

334

Cette rivière a d'abord une direction à peu près parallèle à celle

du Sông Thao

;

puis, arrivée

à la

hauteur de son con-

Nord pendant une douzaine de lieues et se jette dans le Sông Thao près de Hu*ng-Hoâ. Elle est navigable sur un parcours d'environ deux cents mais les bamilles pour des barqnes d'un faible tonnage teaux à vapeur ne peuvent remonter que jusqu'à Tsong-Pô, à soixante milles de son embouchure. Au delà, il faut franchir

fluent, elle se redresse, coule vers le

;

des rapides et transborder plusieurs fois les marchandises. LeKiêm-Tu Hà doit être d'une importance capitale pour pénétrer au Laos. Les tribus sauvages, plus ou moins tributaires de l'Annam et pour ce comprises dans la province de Hu'ngHoâ, sont frontières du royaume de Luang-Prabang. Maintes fois

l'Annam a

fait la

guerre à ce royaume pour

imposer sa

lui

suzeraineté; au temps de la commission du Mé-Kong, de fréquentes escarmouches avaient lieu entre les gens de Luang-

Prabang

et les troupes au service de l'Annam. D'après une carte annamite, parallèlement au Kiém-Tu Hà coule du côté du Laos une rivière qui, à peu près à la même

hauteur que ce dernier, fait un coude, mais en sens contraire, et semble n'être autre que le Nam Kan, rivière qui se jette dans le Mé-Kong à Luang-Prabang. Suivant une autre carte annamite, il naîtrait encore dans les montagnes du Nho-Quan une autre rivière qui se dirigerait du côté du Mé-Kong c'est sans doute un affluent du Nam Kan. Il ne faudrait peut-être qu'un portage de quelques dizaines de kilomètres pour faire communiquer Luang-Prabang avec la mer. Plus au Nord, les habitants du Laos Birman connaissent le fleuve du Tong-King ils donnent au Kiêm-Tu Hà le nom de Nam Ta et au Sông Thao celui de Nam Te. M. Francis Garnier raconte avoir rencontré un homme de race Lu' qui avait descendu le Kiêm-Tu Hà jusqu'à la mer. Le Kiêm-Tu Hà peut donc servir d'artère commerciale pour exploiter les richesse du Laos supérieur, les bois, les métaux, ce thé est très-, la cannelle, le thé de la vallée du Nam Hou estimé des Chinois, il est connu sous le nom de thé de PouEul, du nom de la ville de l'Yù'n-Nân qui en centralise le commerce. ;

;

;

Ainsi le Bô-Dê est formé de la réunion du Bô-Dê supérieur ou rivière de Tuyên-Quang, du Sông Thao et de son affluent le Kiêm-Tu Hà.


SYSTÈME FLUVIAL DU TONG-KING.

A

quelques milles au-dessus de Hà-Nôi,

il

335

se partage en

deux

branches. L'une, appelée Sông Hât ou Daï, reçoit à droite un affluent, qui doit être la rivière Sét des annales annamites; cette rivière arrose le Sud de la province de So'n-Tày.

Le Daï passe sous les murs du Phu U'ng-Hoà et du Phu Lyà partir de ce dernier (1), deux préfectures du Hà-Nôi point et pendant plusieurs milles, il est bordé à droite par les montagnes du Nho-Quan. Un peu avant Ninh-Binh, il reçoit la rivière Dào Giang, issue de ces montagnes. A Ninh-Binh, il se partage en deux bras, l'un qui conserve le nom de Daï jusqu'à la mer, l'autre qui porte celui de Van-Sang (2), et s'appelle Sông Gan à son embouchure. L'autre bras du Bô-Dê est appelé vulgairement Sông Câi, c'est-à-dire fleuve principal. Il arrose Hà-Nôi et Hu'ng-Yên et se ramifie, avant de se jeter dans la mer, en un grand nombre de canaux dont les plus importants sont le Dziên-Ho, le TraLy, le Ba-Lat, le Ha-Lan et le Lac. Il communique avec le Daï par trois arroyos, celui du Phu Ly, celui de Nam-Dinh et celui de Xuân-Tràng. Avec le Thâi-Binh il communique également pai' trois canaux L'un, encore inachevé, est à sec aux basses eaux il aboutit au Thâi-Binh au-dessous de Thài-Nguyên et joint ce fleuve à un petit affluent du Bô-Dê, dont l'embouchure est à peu près en face de l'issue du Daï. Le second sort du Bô-Dê un peu au-dessus de Hà-Nôi et se jette dans le Thâi-Binh à quelques lieues de Bac-Ninh; on l'appelle Sông Chi ou encore canal des rapides, à cause des rapides qui obstruent son cours. Aussi n'est-il navigable que pour les canonnières du plus petit modèle. Le troisième canal porte le nom de Gua-Loc. Issu du Bô-Dê

Nhôn

;

:

:

;

au-dessous de Hu'ng-Yên,

il

entre dans

le

Thâi-Binh à quelques

milles au-dessus de l'embouchure de ce fleuve. Ge canal peut

porter de grandes canonnières et les avisos de deuxième classe le

remontent jusqu'à Ninh-Giang.

Les autres fleuves du Tong-King, à côté du Thâi-Binh et du Bô-Dê, n'ont qu'une importance très-secondaire. Citons encore le Sông Ma, le Sông Mo et le Sông Gianh (3). (1) A[)j]elé (2)

(3)

On

Phu Ly par

abréviation.

Phaï-Dô. Appelé Liuh Giang dans les annales annamites. l'appelle encore


SYSTÈME FLUVIAL DU TOXG-KING

336

Le SôngMa arrose la province de Thanh-Hoâ; dans la partie supérieure de son cours, il coule à peu de dislance des ruines de Tây-Dzaï, l'ancienne capitale de l'Ouest. Le Sông Mo, appelé Sông Hoï près de son embouchure et Lam-Thûy au quinzième siècle, est le fleuve du Nghê-An. Sa source, d'après le P. Montrouziès (1), serait dans le Trân-Ninh, principauté laotienne soumise à l'Annam. Du plateau de Trân-Ninh doit également découler, suivant le

Hin-Boun qui se jette dans le Mépeu au-dessus de La-Kon. D'après les renseignements rccueilUs par M. de la Grée, le Hin-Boun communique avec le Sông Mo par un canal souterrain naviP. Montrouziès, la rivière

Kong

à Hou-Ten, un

gable.

Ainsi s'explique le récit de ce prêtre annamite, dont parle le P. Montrouziès

;

venant du Mé-Kong, ce prêtre remonta

Boun ou un de

ses affluents

de navigation,

il

;

le

Hin-

deux nuits eaux du Sông Mo.

et après trois jours et

se trouva dans les

De ce point, le Sông Mo est navigable, mais de jour seulement à cause des obstacles qui obstruent son cours, jusqu'à la hauteur du Huyên Moc, l'une des sous-préfectures du TrânNinh;

le

voyage dure deux jours. Puis

rompue par des barrages

la

navigation est inter-

considérables. Le dernier de

ces

barrages est situé au-dessus du marché de Mu. Les Annamites du Nghê-An remontent en canot jusqu'à ce marché. De là jusqu'à la mer le trajet peut durer une douzaine de jours. Près de la mer, le Sông Mo communique par un canal avec le GuaQuèn, le port le plus profond de la côte du Nghê-An. Peut-être un jour, quand la civilisation européenne se sera implantée au Tong-King, le cours du Sông Mo sera-t-il utiUsé pour faire communiquer le bassin du Mé-Kong avec le golfe du Tong-King. Le plus grand obstacle, qui alors pourra s'opposer à l'exécution de ces travaux, sera certainement l'insalubrité du pays montagneux que ce fleuve arrose dans la partie supérieure de son cours. Mais nul point sur la côte de l'Annam n'est plus près du MéKong, que l'embouchure du Sông Gianh. En quinze jours, un Laotien, envoyé par M. le docteur Harmand, franchit la distance de La-Kon sur le Mé-Kong à Kim-Lu, village situé sur la branche septentrionale du Sông Gianh encore ce Laotien avait-il fait plusieurs détours qui avaient allongé sa route. ;

(1)

Missions catholiques, année

187(3, u" c54.


LETTRE DE M. SEXEZ A LE TUAN.

337

.

IV

Lettre de M. Senez à Le Tuâ.n, commissaire royal dans les provinces de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yên.

A Monsieur

VInspecteur Général, délégué du Roi

aux armées du Xord. Cua-Cam,

le

19

novembre

1S72.

Monsieur l'Inspecteur Général,

Monsieur Dupuis, qui vient d'arriver dans le Cua-Cam, avec deux vapeurs, une jonque et une chaloupe à vapeur, se réclame de moi et me prie de l'assister auprès de Votre Excellence, afla d'obtenir du Gouvernement d'Annam l'autorisalion de traverser son territoire, fleuves, rivières et canaux, pour se rendre au Yunan, dans le but d'y nouer des relations commerciales et d'ouvrir ainsi une voie nouvelle, qui ne peut qu'être avantageuse aux intérêts de ce pays, comme au progrès de la civili;

sation.

Dans ces conditions, je déclare à Votre Excellence, que je Gouverneur de Saigon à lui dire que le Gouvernement français verrait avec la plus grande satisfaction celui de l'Annara accorder à M. Dupuis l'autorisation de se rendre au Yunan, en passant par son territoire, afin d'y nouer et d'y établir des relations commerciales nouvelles. suis autorisé par le

:

Je suis avec un profond respect,

Monsieur l'Inspecteur Général, votre très obéissant serviteur.

Le capitaine de frégate, commandant

le

Bourayiie,

(Signé) E. Senez.

22


.ACTE DU PRÊT FAIT A M. DUPUIS.

338

Extrait d'un acte reçu Chaignon, notaire le 25 juillet 1873.

à,

Saïgon,

1 (prêt de trente mille piastres a m. dupuis) Intervention cVune caution.

A

ces présentes est intervenu M. Marie-Albert de Montjon,

nom et pour la colonie de Cochinchine française, avec autorisation spéciale de M. le contre-amiral Dupré, gouverneur et commandant en chef de la Cochinchine. Lequel, après avoir pris connaissance et que lecture lui a été faite de l'obligation contractée par M. Millot, mandataire de M. Jean Dupuis, au profit de ladite Hong-Kong and Shang-Hai banking corporation, pour raison du prêt que ladite banque lui fait de la somme de trente mille piastres, a déclaré se rendre caution solidaire de M. Jean Dupuis envers ladite banque, ce qui est accepté pour elle par M. David Hardie (1), et s'oblige, avec lui, au remboursement de ladite somme de trente mille piastres et au paiement des intérêts de la manière ci-dëssus directeur de l'intérieur, agissant au

la

établie.

A

ces présentes est intervenu M. Ernest Arcade Millot, né-

gociant,

demeurant à Shang-Hai,

et agissant

comme mandataire

de M. Dupuis. Lequel, en sadite quaUté a pour sûreté et garantie des sommes avancées à M. Dupuis ou payées pour lui par le gouvernement finançais, déclaré affecter et abandonner i° Tous les biens meubles, immeubles et navires que ]\L Dupuis possède, sans aucune exception ni réserve, soit personnellement, soit par indivis 2° Dix mille picules d'étain que les autorités de la province ,

:

;

de Yun-Nan doivent à M. Dupuis, aux termes d'un contrat passé entre ledit sieur Dupuis el les autorités du Yun-Nan, dans le courant de l'année 1870 ;

(1) Représentant k Saïgon de la corporation.

Hong-Kong and Shanrj-Hai banking


LA QUESTION DU TONG-KING

339

Tons les autres métaux qui pourront devenir la propriété de M. Jean Dupuis, par suite d'échanges faits ou à faire avec d'autres personnes que les autorités du Yun-Nan 4° Le montant de l'indemnité due audit M, Jean Dupuis par le gouvernement d'Annam, indemnité s'élevant au chiffre de deux cent cinquante mille piastres mexicaines En vertu de cet abandon, M. Marie-Albert de Montjon pourra faire faire, par qui de droit, toutes saisies relativement aux dix mille picules d'élain et aux deux cent cinquante mille 3°

;

;

piastres dont

il

a été ci-dessus parlé.

VI I 1.

La question du Tong-King, par M.

F. Garnier(l).

Il y a longtemps déjà que l'Angleterre se préoccupe d'établir des relations commerciales entre ses possessions de l'Inde et le Céleste Empire. Une route continentale qui mettrait en com-

munication le versant oriental des mers de Chine avec le bassin de riraouaddy ou du Gange aurait évidemment de grands avantages sur la roule maritime qui oblige les navires à contourner par le détroit de Malaca la longue presqu'île IndoChinoise. Tant que l'art de la navigation a été dans l'enfance et s'est borné à un timide cabotage le long des côtes, les routes de terre ont été exclusivement préférées, quels que fussent leurs difficultés et leurs périls. A une époque fort reculée, la Chine avait par l'Asie centrale des rapports commerciaux d'une importance réelle avec l'Inde, la Perse et l'Europe. La sécurité, la rapidité et le bon marché des transports maritimes ont dans la suite détourné en grande partie vers les côtes l'activité des commerçants chinois. Mais les progrès de l'industrie, les conquêtes anglaises au sud du continent asiatique facilitent singulièrement aujourd'hui le rétablissement des anciennes relations continentales. Les routes de terre peuvent redevenir plus sûres, plus rapides, partant plus économiques que les routes maritimes les besoins pressants comme les richesses considérables des populations de l'intérieur, encore privées de débouchés, leur assurent un trafic considérable. Telle a été l'idée générale qui depuis la guerre birmane de 1825 a dirigé les efforts de l'administration anglaise de l'Inde ;

;

(1)

Article destiné h la

Revue

des Deitx-Mondes.


LA QUESTION' DU TOXG-KING

340

nord de la Birmanie, l'Indo-Gliine cenavec une ardeur dont la science a grandement profité. Jusqu'à ces dernières années, les résultats pratiques ont été peu considérables. L'affaiblissement de la domination chinoise au sud de l'empire, la décadence rapide de l'empire birman ont encouragé les déprédations des populations sauvages tributaires qui séparent le Yun-nan, la province la plus méridionale de la Chine, de la vallée de l'Iraouaddy, cette grande artère de la Birmanie. Le commerce par caravanes qui se faisait encore entre Barao, point limite de la navigation sur ce fleuve, et Teng-yue tcheou(l), ville frontière du Yun-nan, a cessé à peu près complètement quand les Mahométans de cette dernière province se sont révoltés en 1855 contre l'autola vallée

de l'Assara,

le

trale ont été explorés

rité

de l'empereur.

La conquête de Saigon par

la France, en établissant en IndoChine une influence rivale de l'influence anglaise et en provoquant des explorations et des recherches dirigées dans le même sens, stimula encore davantage les efforts de nos anciens rivaux, aujourd'hui nos maîtres en colonisation et en commerce. Une petite expédition anglaise, dirigée par le major Sladen, arrivait aux frontières du Yun-nan quelques mois après le passage dans cette province de la commission d'exploration française du Mékong, dont les lecteurs de la Revue se rappellent sans doute les aventures (2). Le major Sladen et le chef de l'expédition française M. Francis Garnier (3) revinrent en Europe en proposant chacun une solution différente du problème commercial qu'ils avaient été chargés d'étudier. M. Garnier, fort mal accueilli par le chef des insurgés et obligé de quitter précipitamment la ville de Ta-ly, capitale de la rébellion, après y avoir couru de grands dangers, n'ayant rencontré sur sa route que les ruines accumulées par ces farouches sectaires, ayant constaté partout la haine des populations contre eux, présenta le retour de cette province sous la domination chinoise comme la première garantie des relations commerciales à établir entre la Chine méridionale et les ports de la péninsule indo-chinoise. Il insista sur ce fait qu'un royaume mahométan créé sur les frontières de la Chine et condamné par son origine à être toujours en lutte avec elle, serait un isolant et non un trait d'union entre ce vaste empire et les régions du Sud. (1) (2)

(3)

Cette ville est plus conaue des Anglais sous le

Voyez les n" Devenu tel par

la

mort de M.

le

C' de

nom

de Momein.

frégate de Lagrée.


PAR

M. FRANCIS GARNIER.

341

Le major Sladen au contraire, bien reçu par le clief mahométan de Momein. protégé par lui contre les peuplades hostiles de la frontière, resté sans relations avec les autorités chinoises, revint en Angleterre convaincu que le pouvoir impérial était

compromis sans retour dans régime mahométan

cette province lointaine et que le

était seul assez fort

pour

lui

rendre

pros-

la

péiité et la vie.

Naturellement, les routes indiquées pour relier à

la côte l'in-

térieur de la péninsule se ressentirent de la diflférence de point de vue de chacun des explorateurs. Le chef de la mission française présenta la vallée du fleuve

duTong-King comme

le

débou-

produits du Yun-nan pouvaient arriver à la mer et être dirigés sur le port français de Saigon. Le chef de l'expédition anglaise plaida la cause de Bamo et de l'ancienne route des caravanes chinoises entre ce point et Ta-ly fou. Une route

ché par lequel

les

plus directe, mais n'utilisant

le cours d'aucun fleuve, était proposée depuis longtemps en Angleterre par le capitaine Sprye elle aurait traversé eu diagonale les états laotiens du centre de la péninsule et mis en communication la ville frontière chinoise de Se-mao, située à l'angle sud-ouest du Yun-nan, et le port anglais de Rangoun. Un projet de chemin de fer dans cette direction fut sérieusement discuté. Cette question commerciale resta parfaitement ignorée en France, mais passionna les esprits en Angleterre. Au point de vue politique n'était-il pas d'un intérêt capital d'étendre la domination britannique jusqu'aux frontières de la Chine et de prendre au Sud de ce grand empire la position que la Russie occupe dans le Nord. Les deux colosses qui étreignent l'Asie et mesurent déjà d'un regard menaçant l'espace chaque jour plus étroit qui les sépare, pourraient ainsi lutter à Pékin à influence égale. Des mesures immédiates furent prises pour arriver à ce résultat, La création d'une agence politique et commerciale à Bamo fut décidée. La rébellion mahométane fut secrètement encouragée un parent du sultan de Ta-ly partit avec l'ambassade birmane envoyée en Europe et fut favorablement accueilli à Londres. On ne parut pas douter de l'autre côté du détroit du succès et de l'avenir de ce nouveau royaume, qui, placé sous la dépendance commerciale de l'Angleterre, se trouverait forcé d'en accepter le protectorat politique, 11 se constituerait ainsi sur les frontières de la Chine un état remuant et guerrier qui pourrait servir d'avant-garde à une conquête, en cas de dissolution et de partage de ce vaste empire une :

;

;


LA QUESTION UU TOXCi-KING

342 fois le

Yun-nan placé sous rinfluence anglaise, le marché chil'eriiié au conimcrce du Tonj^-

nois se IrouvaiL hcrméLi({uemcnl

King

et toute tentative française faite

damnée

de ce côté était con-

à l'impuissance.

Cette situation fut considérée un instant en Angleterre

comme

accompli. Nous avons vu des cartes très-récentes publiées à Londres et reproduites en Allemagne où le Yun-nan forme un royaume complètement séparé de la Chine et intitulé

nn

fait

—

C'est le nom donné par les Anglais royaume des Panthays. aux mahoraétans de cette province. — Il est teinté de la même

façon que les possessions anglaises de la Birmanie. Cette prise de possession anticipée avait-elle pour but d'habituer de bonne heure le cabinet de Pékin à l'idée que le Yun-nan était définitivement perdu pour lui, ou de constater une sorte de droit a priori qu'aurait eu l'Angleterre sur ces régions lointaines ?

Nous ne savons. Les événements n'ont pas tardé

à démentir ces prétentions tromper ces espérances. Un négociant français, M. Dupuis, qui se trouvait à HanKeou (Chine) lors du passage de la Commission française à son retour du Yun-nan, reçut d'elle quelques indications sur l'état troublé de cette province, sur le besoin pressant en armes et en munitions des autorités chinoises, sur les avantages enfin que paraissait présenter pour s'y rendre le fleuve du TongKing. Ces indications ne pouvaient être données à quelqu'un de mieux disposé pour en profiter. Esprit hardi et aventureux, caractère persévérant, M. Dupuis avait, en même temps que l'audace, la prudence indispensable pour réussir. Sa connaissance de la langue chinoise allait d'ailleurs faciliter beaucoup sa tentative. 11 se rendit auprès du commandant militaire du Y'un-nan et lui fit accepter ses services. Des fusils à tir rapide, quelques pièces de 4 rayées, deux ou trois Européens suffirent bientôt à faire pencher la victoire du côté des impériaux et à arrêter les rapides progrés des mahométans. La capitale de la rébellion, Ta-ly fou, située dans une position presque inexpugnable, demandait un effort tout spécial. M. Dupuis redescendit le fleuve du Tong-King des frontières du Yun-nan jusqu'à Hanoï, capitale de cette grande subdivision du royaume annamite, et il reconnut la praticabilité et les avantages commerciaux de cette route. A son retour au Yun-nan, il proposa au vice-roi de la province l'achat de deux vapeurs destinés à c'est le approvisionner par le Hong-Kiangou Fleuve Rouge

et à

—


PAR

M. FRANCIS GARNIER.

348

—

nom

chinois du fleuve du Tong-King le Yun-nan en matériel de guerre, sel et autres marchandises. Ses propositions furent acceptées. Il passa un marché pour une fouruiture considérable de fusils, de munitions et d'artillerie, destinés au siège de Ta-ly,

Europe pour en faire l'acquisition et put obtenir du gouvernement français qu'un bâtiment de guerre serait envoyé aux embouchures du Fleuve Rouge pour le recommander aux autorités annamites et faciliter le passage de ses navires. Pendant ce temps il avait fait acheter et réparer à Shanghaï deux anciennes canonnières anglaises. 11 partit avec elles pour le Tong-King, après les avoir débaptisées et mises sous pavillon français au mois d'octobre 1872. Le Bourayne, aviso de guerre français, dont on se rappelle peut-être les exploits contre les pirates, avait précédé la petite expédition de M. Dupuis aux embouchures du Fleuve Rouge. Son commandant, M. Senez, avait visité Hanoï et quelques villes du littoral. 11 présenta M. Dupuis aux autorités locales et demanda à ce qu'on lui facilitât son voyage au Yun-nan. Comme sujet français et comme agent d'un vice-roi chinois, il avait doublement droit aux égards du gouvernement annamite, qui est le débiteur de la France (i) et le tributaire de la Chine. Les protestatious de bon vouloir et d'amitié ne manquèrent ni au commandant Senez ni à M. Dupuis. On ne pouvait permettre l'ascension du fleuve sans en référer à la cour de Hué, mais il suffisait de quinze jours pour recevoir cette réponse, et cette réponse serait évidemment favorable. Le commandant Senez, devant cette promesse, quitta le Tong-Iviug, confiant dans le se rendit en

succès de

la

tentative de ]M. Dupuis.

La réponse de

la

cour de Hué n'arriva jamais. Fidèle à cette

politique d'échappatoires et de faux-fuyants qui apparaît

aux

Orientaux la suprême habileté, le gouvernement annamite craignit de déplaire par un refus formel il voulut en avoir les avantages sans s'exposer aux inconvénients il s'efforça d'arrê;

:

une expédu commerce et des

ter dès son début, par toutes les entraves possibles, dition qui était le prélude de l'invasion

idées européennes dans un pays dont la population ne supportait

qu'avec impatience

ses ordres on

fit

sous main de

lui

le

le

joug des

Par on défendit en

lettrés cochinchinois.

vide autour de M. Dupuis

procurer des vivres

;

;

on lui refusa le bois de M. Senez avait stipulé

chaufl"age nécessaire à ses navires, dont

(1)

Pour une

j)artie

de l'iademnité de guerre stipulée en 1863.


344 la livraison

LA.

QUESTION DU TONG-KING

avant son départ

;

on

fit

qui conduisaient à Hanoï; en uiènie

barrer les bras du lleuve temps on le leurrait de

promesses, on s'efforçait de gagner du temps la baisse des eaux dans le Fleuve Rouge n'allait pas larder, en effet, à rendre le passage de ses navires impossible. Ce ne fut qu'au mois de janvier 1873 qu'ils purent arriver à Hanoï et ipic M.Dupuisput partir pour le Yun-nan. Au moment même où M. Dupuis arrivait au Tong-King, un voyageur anglais, connu par deux tentatives infructueuses pour passer de l'Inde en Chine, M. T. -T. Cooper arrivait à Raugoun avec l'envoyé du sultan de Ta-Ly il était investi du titre d'agent commercial et politique à Bamo; il avait pour instruc;

;

tions de soutenir

th'

toutes ses forces

la

rébellion

mahométane

au Yun-nan. Les événements trompèrent les combinaisons et de l'agent anglais et du négociant français. Ta-Ly, investi par les troupes impériales, fut pris par trahison. Le fou-taï du Yun-nan promit aux chefs rebelles la vie sauve et le maintien de leurs grades, obtint ainsi leur soumission, viola sa parole et, suivant l'usage chinois, se comporta vis-à-vis des vaincus avec une cruauté inouïe. Le sultan se suicida, sans que le sacrifice de sa vie put apaiser le vainqueur. Vingt mille hommes furent massacrés sans résistance. La pacification fut complète. Les calculs politiques de l'Angleterre furent momentanément déjoués. Los entraves apportées à l'expédition commerciale française du Tong-King retardèrent suffisamment l'arrivée de M. Dupuis dans le Y'un-nan pour l'empêcher d'en recueillir les fruits. Les autorités du Yun-nan, ne le voyant pas arriver, crurent pouvoir disposer des métaux qu'elles devaient lui livrer en échange de son matériel de guerre. Des deux côtés la déception fut profonde.

Le passage de M. Dupuis à travers le Tong-King n'en était pas moins un fait commercial considérable. 11 éveilla la vive attention des vice-rois de la Chine méridionale et du commerce européen de Hong-Kong et de Saïgon. Les autorités du Yunnan surtout, en quête d'un débouché pour les incomparables richesses métallurgiques de leur province, se tinrent pour assurées de l'avoir trouvé et ne prêtèrent qu'une oreille distraite aux propositions commerciales qui leur furent faites de Bamo. Ne devaient-elles pas d'ailleurs se défier de ceux qui avaient compté substituer à leur pouvoir celui des mahométans rebelles ?


PAR

M. FRANCIS GARNIER.

345

donc à prévoir qu'une pression considérable allait gouvernement annamite pour le forcer à ouvrir la vallée du Tong-King au commerce extérieur. M. Dupuis était revenu à Hanoï avec de nouveaux contrats lui assurant la fourniture du sel aux troupes chinoises du Yun-nan. Il espérait que la production de pièces revêtues du sceau des autorités du Yun-nan empêcherait toute nouvelle difricullé de se produire. Il n'en fut rien. Les mandarins annamites en nièrent l'authenticité. M. Dupuis se plaignit au vice-roi de Canton, de qui dépendent tous les pays du Sud tributaires de la Chine, et l'Annam est nominalement au moins compris dans le nombre. Le vice-roi écrivit à Hué que M. Dupuis était bien réellement commissionné par les grands mandarins du Yun-nan et qu'il ne fallait mettre aucun obstacle auxalléeset venues de ses navires. Le maréchal gouverneur général du Tong-King ne tint aucun compte de cette lettre. Pendant que M. Dupuis adressait à l'amiral Dupré, gouverneur de Saïgon, une demande en dommages-intérêts pour le tort qu'on lui avait causé et qu'on lui causait encore en s'opposaut à son passage, la cour de Hué protestait énergiquement contre ses agissements. Elle invoqua les traités qui n'autorisaient point la résidence des Européens à l'intérieur du TongKing. Elle n'ignorait pas nos désastres elle crut pouvoir les exploiter. Elle ne craignit pas de réclamer auprès du gouverneur de Hong-Kong contre un aventurier soutenu par le gouvernement français et dont les navires étaient partis de cette Il

était

être exercée sur le

;

colonie anglaise.

L'amiral Dupré avait jugé la tentative de M. Dupuis prématu-

rée

;

t\ la France un accès direct au échoppait point, mais les circonstances

l'importance d'assurer

marché chinois ne

lui

politiques et les instructions de Paris ne lui permettaient point

de prendre une attitude de laquelle pût résulter l'obligation d'une intervention armée. Il avait d'ailleurs engagé avec la cour de Hué des négociations desquelles il espérait faire sortir le protectorat de l'empire d'Anuam tout entier par la France et un régime commercial plus libéral et plus avantageux. 11 s'elforça d'arriver à ce résultat par la persuasion; il écrivit à M. Dupuis de quitter le Tong-King où sa présence était contraire au traité. Au fond, M. Dupuis n'y résidait qu'à son corps défendant et n'eût pas mieux demandé que d'aller plus loin avec ses marchandises. L'amiral n'entendait nullement abandonner la protection des intérêts engagés, il ne voulait que donner au gou-


CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER

346

vernement annamite un gage de

ses dispositions conciliantes

l'amener à discuter une question qui ne pouvait plus être ajournée celle de l'ouverture du Tong-King au commerce. et

:

Au Tong-King,

l'opposition entre les autorités locales et la

M. Dupuis prenait les proportions d'un Le commandant militaire du Yun-nan avait envoyé à celui-ci une centaine de soldats de sa garde pour le protéger et assurer le passage des approvisionnements destinés à ses

petite expédition de conflit.

troupes

[Interrompu par la mort.

—

Extrait de la correspondance I 2. de M. Francis Garnier avec sa famille. Shanghaï, 9 août 1873. J'arrive de

Tchong kin fou

et je

trouve une lettre très-pres-

sante de l'amiral Dupré m'appelant à Saigon pour conférer sur mission future au Yun-nan {i\. 11 est urgent, d'après les

ma

anglaises, que nous agissions tout de suite. Je pars Les commentaires donnés donc pour Saigon dans huit jours. par l'amiral à sa dépêche (dépêche du mois d'avril) sont naturellement conformes à mes prévisions il me réserve la place d'administrateur de l'« classe en Cochinchine. 11 a donné à M. Delaporte l'ordre de se conformer à mes instructions s'il

menées

.

.

;

Voici la teneur de cette lettre de Tamiral Dupré

(1)

:

COCHINCUINE FRANÇAISE

CABINET

DU GOUVERNEUR

Saigon

le

22

j

uillêt

73

COMMAXDANT ES CHEF

Mon

cher Garnier

à vous parler d'affaires importantes et je vous prie de venir le plus tôt que vous pourrez. Servez-vous de ce mot au besoin pour vous faire donner une réquisition par le consul. Offrez, je vous prie, mes hommages à Mme Vigier, faites mes compliments affectueux à son mari et croyez à, mes sentiments bien dévoués. J'ai

(Signé) J.

Dupré.


AVEC SA FAMILLE. entre clans

le

Yun-nan, c'est-à-dire

clans

ma

347 sphère d'action. Je

immédiatement rédiger la carte et le mémoire relatif à Le gouvernement de Tlnde anglaise mon dernier voyage vient de me faire savoir qu'il mettra à ma disposition, pour peu que j'en exprime le désir, toutes les ressources et l'influence dont il dispose. La réussite de l'entreprise que je me dis prêt à tenter dans la préface de mon ouvrage l'intéresse au plus haut degré. Quel malheur que je ne sois pas anglais je serais un homme honoré et puissant. Le guignon veut que je vais

!

ne puisse me résoudre à n'être plus français... Je ne suis pas absolument décidé à accepter le poste d'admiJe serai résident nistrateur de l" classe en Cochinchine franç-ais à Yun-nan avec ou sans coadjuteur. J'y veux un arsenal franciais et fleuve du

le

commencement d'une

voie ferrée reliant le

Tong-King à Yun-nan. Les Anglais ne

se relèveront

y a des choses qui se sentent, ne se démontrent pas. Je sens que si l'on m'aide, l'Indo-Chine est française, mais je ne suis, hélas en France, qu'un pauvre aventurier

pas de

celle-là.

11

!

En mer,

!

19 août 1873, à bord du Tigre.

Je suis parti avant-hier de Shanghaï pour me rendre à Saigon, sur l'invitation de l'amiral Dupré. Il est bien évident que le motif de l'appel de l'amiral se rattache à mes projets au Yun-nan. Les Anglais se hâtent. Les dernières malles de l'Inde

annoncent la nomination de M. Gooper (i) comme agent politique et commercial à Bàmo et font prévoir l'établissement d'un consulat à Ta-ly fou. Elles disent ouvertement qu'il faut nous couper l'herbe sous le pied et réclament énergiquement l'action de la légation d'Angleterre à Pékin auprès du vice-roi du Yun-nan J'ignore absolument ce qui a été répondu à ma demande de passeports par le gouvernement chinois Si l'amiral Dupré est toujours l'homme décidé que je connais, nous marcherons quand même

(1) M. Cooper est, comme il s'intitule lui-même, un pionyiier du commerce britannique. En 1SG8, il est allé seul de Shang-Haï au Thibet Oriental, à la recherche d'une voie commerciale entre la Chine et l'Inde. Mais, arrêté par les autorités chinoises de rYù'n-Nàu Occidental, il a dû revenir sur ses pas. J'ai raconté son voyage dans Y Explorateur, n<" des 18, 25 mai et

1" juin 1876.


CORRESPONDANCE DK

348

M. FRANCIS

GARNIER

Hong-Kong, 8 septembre

1873.

l'amiral et je retourne en ce moment à Sliang:liaï pour 3 semaines à Saïgon. Comme on te l'aura peutdans revenir être dit ;\ laVarcune, l'amiral m'a appelé pour me consulter sur les alYaires du Tong-King. 11 était en train de s'engager dans une voie bien dangereuse, celle d'une expédition armée, et j'ai été assez heureux pour l'en détourner. Je ne l'ai pu qu'en acceptant la mission d'aller, en marchant autant que possible d'accord avec le gouvernement annamite, dénouer moi-même sur les lieux les complications créées par M. Dupuis. Celui-ci s'est fait entourer à Hanoï, la capitale du Tong-King, des soldats du Yun-nan et des frères de la côte, et s'est créé une situation indépendante qui lui permet de passer sur la tête des J'ai

vu

douanes annamites et de faire un commerce aussi illicite qu'avantageux (1). D'un autre côté, les Anglais poussent la Chine à la conquête du Tong-King et lui proposent d'employer à cette affaire les soldats que la répression de la rébellion mahométane a laissés sans emploi dans le Yun-nan. Une fois le Tong-King chinois, les Anglais se feront ouvrir sur les côtes J'ai un port plus heureusement situé que celui d'Haï-nan. montré à l'amiral que la disparition du pouvoir annamite au Tong-King serait en même temps la fin de notre influence en cette contrée qu'en faisant respecter les droits de Hué nous nous plaçons sur un terrain diplomatique inattaquable qu'une expédition que rien ne motive nous vaudrait peut-être des

—

;

;

interventions inattendues et se heurterait à de plus graves difficultés qu'il ne croit, les troupes du Yun-nan étant armées de

rapide et de mitrailleuses vendues par M. Dupuis comptent des instructeurs européens. D'ailleurs, s'il est facile de conquérir, il est difficile d'administrer, et nous manquons pour cela du personnel nécessaire. J'ai donc conseillé -k l'amiral de négocier et avec Pékin pour demander le retrait des troupes chinoises, et avec le Yun-nan pour garantir l'ouverfusils à tir

:

elles

nouvelle route et discuter des tarifs douaniers équiavec Hué pour lui montrer les dangers qu'il court en s'obstiuant à fermer le fleuve, les avantages qu'il recueillerait,

ture de

la

tables, et

(1) M. Francis Garnier se montre, dans cette lettre, très-prévenu contre M. Dupuis dans une lettre subséquente il lui rendra pleinement ;

justice.

Voyez page 351.


AVEC SA FAMILLE.

349

faire le commerce sous le bénéfice douanière française analogue à celle qui fonctionne en Chine; enfin la nécessité pour Tu-duc de recourir à notre médiation afin d'éviter l'absorption du Tong-King soit par la Chine, soit par les frères de la côte. J'ai rédigé moimême toute la correspondance de l'amiral dans ce sens à Paris, Pékin (1), Canton, Yun-uan et Hué. J'irai donc sur les lieux faire une enquête sur les plaintes réciproques de M. Dupuis et du gouvernement annamite et rappeler le premier à l'exécution de ses devoirs. L'entreprise est des plus délicates, d'autant plus que M. de Broglie et le ministère en France, dont j'ai eu toute la correspondance et toutes les dépêches sous les yeux, sont des plus mal disposés. 11 est évident que si je réussis, c'est mon grade de capitaine de frégate mais si j'échoue, ce qui est possible !. .. D'un autre côté, pouvais-je refuser?

au contraire, en en laissant (l'une administration

;

Je ne renonce pas à mes projets scientifiques. Tong-King n'aura qu'un temps très-court

Saigon,

Ma petite division fusiliers

le

L'affaire

du

8 octobre 1873.

expédition est prête. Je 'pars samedi chef d'une

composée de deux canonnières, un détachement de marins et un détachement d'infanterie de marine. Je

commande

par Delaporte

l'une des canonnières, l'autre le sera

qui fera l'hydrographie du fleuve, mais qui politiquement sera

ne pourra faire aucun mouvement sans mon commandés par un enseigne l'infanterie de marine par un lieutenant. Voilà une petite expédition comme je les aime. J'aurai la faculté d'appeler à moi, s'il est nécessaire, la compagnie de débarquement du cVEstrêes, corvette qui me remorque jusqu'aux embouchures du fleuve. Comme instructions carte blanche l'amiral s'en rapporte à moi. En avant donc pour cette vieille France Maintenant je ne puis te dire quand tu auras de mes nouvelles. Elles sous

mes ordres

et

autorisation. Les fusiliers sont

;

!

!

(1)

C'est la

lettre

h M.

île

que je cite plus loin au n» vu, de M. Francis Garnier.

Geoffroy, ministre de France à Pékiug, p. 370, d'après un brouillon de l'écriture


CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER

350

seront sans doute datées de Hanoï, et te

parviendront par

la voie

la capitale

du Tong-King,

de Hong-Kong.

EXPEDITION DU TONG-KING

CABINET Hanoï,

le 10

novembre

1873.

DU

COMMANDANT EX CHEF

Me

voici installé depuis quelques jours dans la capitale du

Tong-King

et en train de lutter contre des difficultés

genre. Notre traversée de Saigon

Un

ici

de tout

a été desplusincidentées.

gros temps a occasionné la perte de

ma

canonnière ÏArc,

sombré à la remorque du d'Estrées. Ce petit navire en tôle, fait pour les rivières et déjà vieux, n'a pu supporter l'action combinée des remorques et des coups de mer. Les tôles ont crevé. Nous avons relâché à Tourane pour faire parvenir à Hué la lettre de l'amiral annonçant ma venue et demandant l'envoi d'un plénipotentiaire à Hanoï pour régler d'accord avec moi toutes les questions en litige. Repartis de Tourane le 20 octobre, nous sommes arrivés la bouche la plus nord du fleuve le 23. Le cTEslrées ne pouvant remonter à Hanoï, et ma pauvre canonnière étant défunte, j'ai dû faire ce petit voyage en jonque, avec tout mon personnel et mon matériel, et je ne suis arrivé que le 5 novembre à la capitale du Tong-King. M'y voici depuis cinq jours assez inquiet de ne pas apprendre qui a

h.

du Decrès et de VEspinrjole et ayant à faire tête à des complications qui exigeraient des forces plus considérables que celles que je possède. J'avais demandé au gouvernement annamite de loger mes hommes et mon artillerie dans un endroit oîi ils fussent à l'abri d'une surprise. C'est bien le moins, puisque nous venons l'aider à remorquer la paix dans le pays, qu'il nous loge convenablement. J'avais proposé la citadelle de Hanoï, fortification à la Vauban, qui a six kilomètres de développement et où il y a place pour bien du monde. Ils se sont crus très-malins en me choisissant une auberge au milieu de l'arrivée

la ville. Dès qu'elle m'a été désignée à mon débarquement, j'ai poussé avec une escorte de 15 hommes jusqu'à la citadelle et je suis entré tout de go, avant qu'on ait pu me fermer les portes.


AVEC SA FAMILLE. chez

le

351

grand maréchal, vice-roi du Tong-King, Tancien comlignes de Ky-hoa. Ce vieillard, plein d'énergie et

mandant des

—

et cette de patriotisme, plein de haine aussi contre nous, a fait contre fortune haine aveugle va le perdre, je le crains, bon cœur. 11 m'a parfaitement reçu, mais s'est trouvé fort, embarrassé quand je lui ai déclaré qu'il m'était impossible de loger dans son auberge, mais que je me trouvais bien dans la citadelle et que j'y resterais si on ne me trouvait nn local pré-

—

sentant les conditions d'isolement et de sécurité que j'étais en droit d'exiger. On s'est rappelé alors qu'il existait un campretranché avec de grands logements à l'intérieur, dans le voisinage de la citadelle. Mon second a été le visiter et m'en a

rendu bon compte. Nous nous y sommes

installés le soir

même. le lendemain les conférences avec le sous-secréenvoyé de Hué pour traiter avec moi. Je n'ai pas tardé à m'apercevoir qu'on voulait que je chasse M. Dupuis et que je m'en aille ensuite. Le délégué de Hué ne s'est pas trouvé les pouvoirs nécessaires pour traiter la question commerciale. J'ai appris que le maréchal avait fait jeter en prison l'ofrtcier qui commandait à la porte de la citadelle que j'avais franchie; ce malheureux n'avait dû la vie qu'à l'intervention du délégué de Hué qui avait conseillé d'attendre au moins mon départ. Bien entendu j'ai fait mettre le malheureux en liberté, mais, depuis ce moment, le maréchal semble prendre plaisir à accumuler les griefs contre lui. Les commerçants chinois et annamites ont reçu l'ordre de ne pas venir me voir. Les chrétiens n'osent pas m'approcher. On fait autour de moi l'isolement et le vide. On n'a pas craint de dire dans une proclamation que je n'étais venu que pour chasser M, Dupuis et que Ton me ferait J'ai

ouvert

taire d'Etat

comme si j'étais l'exécuteur à gages de la jusannamite. M. Dupuis se montre plein de bon sens et de patriotisme et défère à toutes mes indications. Mais il n'y a qu'un coup d'éclat qui puisse contre-balancer l'effet des menées annamites, redonner confiance en moi, rétablir l'autorité et le

partir ensuite, tice

prestige dont je suis arrivé entouré. Ce coup d'éclat j'y suis j'attaquerai avec mes 80 hommes la maréchal et je l'enverrai à Saigon sur un des bateaux Dupuis que je requerrai à cette occasion car je suis de ce côté absolument démuni, la perte de l'Arc me laissant sans moyen de communication avec la côte. Je déclarerai officiellement à Hong-Kong et sur toute la côte de Chine

décidé. Le 15

novembre

citadelle, j'arrêterai le

;


CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER

352

pays ouvert au commerce et les douanes me donneront do quoi subsister comme gouvernement. J'espère que peu après, malgré la frayeur qu'on a de l'Angleterre, on reconnaîtra que le

j'ai

rendu service

à

mon pays

!

EXPEDITION DU TON(;-KING

CABINET Hanoï,

le

13 novembre 1873.

DD

COMMANDANT EN CHEF Aujourd'hui même, trois jours après t'avoir expédié par

les

courriers annamites une longue lettre et beaucoup de copie

pour le Temps, m'arrive la canonnière VEspingole, qui m'annonce que le Scorpion, plus grande canonnière que j'avais

ma

laissée à Shanghaï, a été mise à

graphique de l'amiral quand

il

disposition par ordre télé-

a appris la perte de l'Arc à la

remorque du cVEslrées, et qu'elle vient d'arinver à Gua Gam. Son capitaine, Pougin de Maisonneuve, m'écrit en même temps pour me remettre le commandement. Enfin le commandant du Decrèx m'écrit pour m'annoncer son arrivée et celui du d'Estrées pour me demander à partir pour Hong-Kong. Toute mon escadre se trouve donc réunie à Il est plus que probable que lettre à

Hong-Kong y portera

l'ouverture du Tong-King au

la fois

le

d'Estrées qui portera cette

aussi la déclaration officielle de

commerce européen.

grosse détermination que je vais prendre que je soutienne envers et contre tous

une va falloir mais avec un peu G'est

là et qu'il

d'activité j'y suffirai

Hanoï, 19 novembre 1S73.

Après avoir essayé tous les moyens pour décider les autoannamites à ouvrir le pays au commerce, et répugnant à employer la force, j'ai pris un terme moyen, celui de gouverner à côté d'eux, et de proclamer le pays ouvert. Le d'Estrées est parti le apportant la notification du nouveau régime

rités


AVEC SA FAMILLE.

353

commercial du Tong-King aux différents consuls de la côte. Je n'entre pas dans plus de détails à cet égard tu verras dans les journaux très-probablement les mesures très-simples que j'ai adoptées, la prise sous la protection de la France des résidents étrangers, etc.. les autorités annamites ont laissé faire, mais elles sont préparées à la lutte. Le maréchal a envoyé demander à Hué la permission de me combattre ou de se retirer. Hué m'a écrit deux lettres insolentes pour me dire que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas et qu'il allait en appeler aux « pays voisins (Hong-Kong). » Je n'ai pas bronché mais, devant des menaces directes d'attaque, j'ai posé un ultimatum le désarmement de la citadelle, l'ordre à envoyer par le maréchal à tous les gouverneurs de province de se conformer à mes arrêtés, enfin la permission pour M. Dupuis de rentrer librement au Yun-nan. J'attends la réponse avant 6 heures du soir. Si elle ne vient pas, j'attaquerai la citadelle au point du jour. J'ai fait assez d'efforts pour éviter l'effusion du sang. Mes ordres sont donnés mes deux navires embossés en rade. Le délai que j'ai pris avant d'en arriver à l'action n'a pas été perdu. J'ai commencé à organiser secrètement le pays et à nommer des préfets et des sous-préfets pour remplacer ceux qui feront cause commune avec Hué j'ai également formé les cadres d'une milice, établi des courriers pour correspondre avec les diverses provinces. Somme toute, en regardant en arrière, en quinze jours j'ai abattu beaucoup de besogne. Il est vrai que j'y ai passé mes nuits :

;

;

:

;

;

!

Je t'envoie par ce courrier la fin du 3» chapitre du Temps. Je songe à écrire pour la Revue des Deux-Mondes un article intitulé la question du Tong-King (1), mais, hélas j'ai toujours !

dix fois plus de besogne que je n'en puis faire. K' novembre, 10 heures du soir.

ordres sont donnés hommes derrière des murs avec 180 hommes. Si cette lettre te parvenait sans signature, c'est-à-dire sans nouvelle addition de ma part, c'est que

Aleajacta

est

!

ce qui veut dire

:

les

!

J'attaque demain, au point du jour, 7.000

j'aurais été tué

mande

Claire et

ou grièvement blessé. Dans ce

ma

flUe.

Que mes amis

obtenir une pension convenable.

{\)

C'est l'article cité plus haut.

recompour leur

cas, je te

se réunissent


CORRESPONDANCE DE M. FRA.NCIS GARNIER

354

20 novembre, 10 heures du matin.

pas un la ciUulclle a été cnlovéo avec ensemble La surprise a été complète et réussie au delà de mes prévisions. Le feu de la rade surtout [Scorpion et Espiyigole) a abruti ces pauvres gens qui n'avaient pas encore vu de projectiles explosibles. Le maréchal a été blessé par une boîte do mitraille. L'envoyé de Hué et tous les grands dignitaires sont pris. C'est une opération modèle (sans me vanter)

AU'srighl

blessé

!

!

!

!

21 noveml)re.

hier une ville de plus pour

empêcher les fuyards de envoyé une pièce de canon et 05 hommes. La panique était telle, par suite de l'affaire du matin, qu'il a suffi d'un coup de canon et de dix coups de chassepot pour faire fuir les défenseurs. Mais le soir j'ai éprouvé qu'il est plus facile de prendre la citadelle que de la garder. Il m'a fallu, avec 50 hommes qui me restaient, passer la nuit dans un ouvrage qui a 6 kilomètres de développement et où se trouvaient encore 2.000 hommes armés, ayant des chefs, et se croyant condamnés à mort par les vainqueurs. L'incendie, les surprises, tout était J'ai pris

se rallier. J'ai

Nous n'avons guère dormi. Aucun de mes postes à craindre ne comptait plus de 6 hommes. Heureusement ils faisaient du !

comme

bruit

désarmement main l'administration de

vingt. Aujourd'hui le

résistance. Je prends en

est fait sans la

province.

deux millions d'âmes. Les populations viennent à moi. Je demande à l'amiral Luro pour m'aider... Dis à Maunoir (1) Elle a

que je remercie la Société de géographie des 3.000 francs votés (pas reçus)*ct que je les ferai fructifier. Je suis en position pour cela

!

Je suis exténué de fatigue. Voilà trois nuits que je passe.

J'expédie un long rapport à l'amiral (c'est le Becrès que j'envoie avec tous mes hauts prisonniers) et je ne veux pas retarder le départ d'un courrier, qui doit, ou bien là je suis ensorcelé, me valoir ma nomination de capitaine de frégate !

[Cette

lettre

est

la

dernière qu'ail

reçue

la

famille de

M. Francis Garnier.)

(1)

Secrétaire général de la Société de géographie de Paris.


AVEC LE COLONEL YULE.

355

—

Extrait de la correspondance de M. Francis Garnier avec le colonel Yule de l'armée britan-

I 3.

nique. 17 avril 1873.

Comme vous le supposez, je suis venu en Chine pour essayer de pénétrer dans le Thibet. Mon but est d'explorer cette partie du Yara-tsang-pu qui s'étend entre Lassa et Sudyia. Si je le puis, mais j'en doute malheureusement, je voudrais revenir par l'Ouest, c'est-à-dire par le Turkestan. J'arrive à l'instant de Pékin où je suis allé demander des passeports et des lettres de recommandation pour l'ambassadeur chinois à Lassa. J'ai lieu de croire cependant que ces passeports sont de peu de valeur et que les difficultés que je rencontrerai pour pénétrer au Thibet seront très-grandes. Elles vont s'augmenter encore de ce que, au lieu de me diriger vers Lassa par la route ordinaire, je désire prendre une direction plus méridionale (vers le 29° degré de latitude) afin de traverser les cours du Cambodge et du Salwen et d'essayer d'explorer les sources de l'Irawady. La question Brahmapoutre-Irawady est, selon moi, bien loin d'être tranchée

28 août 1873.

(Lettre concernant en grande partie phique du Thibet.)

le

système hydrogra-

Dès que j'aurai conféré avec l'amiral Dupré et que mes plans seront définitivement fixés je vous écrirai de nouveau. Je serais certainement très-heureux de l'appui des autorités anglaises si Assam ou Nopal. Le paquebot me laisse à Saïgon où je pense rester 15 jours je laisse cette lettre ix bord et vous prie d'excuser ma hâle et je réussis à sortir par

;

mon

gribouillage

(1)

lui (1) M. Francis Garnier ne sait pas encore que l'amiral Dupré va donner une mission au Tong-Iving. (Voir ses lettres des 9 et 19 août

1873 à sa famille.)


356

CORRESPONDANCE DE

M. FRANCIS

Hanoï,

4

GARNIER

décembre

1873.

Bien des évènomenls se sonl passés depuis ma dernière lettre, en dehors du cercle de mes communications liabituclles que ce n'est que depuis hier que je suis en possession de votre lettre et de ces précieux documents que vous avez bien voulu prendre la peine de m'envoyer (1). Je vous ai écrit, je crois, que le gouverneur de Saïgon m'avait rappelé de Chine. J'avais pensé que cet ordre avait quelque rapport à mes demandes d'exploration dans le Yun-nan et le Thibet. Il n'en était rien. Il s'agissait de me confier une mission politique au Tong-King. Je ne pouvais refuser; et me voici, par le hasard des événements, en train de fonder ici soit un protectorat français, soit une nouvelle colonie, selon le degré d'obstination que montrera la cour de Hué. Vous vous rappelez sans doute ce que je vous disais à Londres au sujet des mahométans et de mon opinion sur le concours que le major Sladen paraissait enclin à leur prêter. Les événements m'ont donné raison en ce sens que la rébellion mahométane, n'étant pas viable, n'a pas vécu. Les autorités chinoises, qui se sont beaucoup aidées d'un négociant français nommé Dupuis, ont applaudi à sa tentative de leur ouvrir un débouché vers les côtes par le fleuve du Tong-King que j'avais indiqué dès mon retour en France comme une route commerciale à étudier. Enfin les entraves apportées par la cour de Hué, malgré notre recommandation, au passage des navires de ce M. Dupuis, ont amené l'amiral de Saïgon à intervenir. Et voici pourquoi je me trouve ici avec un petit corps expéditionnaire de deux cents hommes et de deux navires. J'ai pris Hanoï, la capitale du Tong-King, le 20 novembre, et j'attends ce que la cour de Hué et l'amiral vont décider et j'ai été tellement jeté

—

s'ils

réussissent à s'entendre

— sur

le

sort du pays.

La politique m'a donc momentanément arraché à la science, ne puis répondre encore de l'époque à laquelle je pourrai

et je

reprendre mes projets interrompus. Je suis ici très à portée de la région que je veux explorer, et le Tong-King est en luimême une contrée très-intéressante et, somme toute, fort peu connue. Au point de vue historique et ethnographique son notes et d'indications concernant le Thiltet, (1) Ua petit paquet de auquel plusieurs de mes amis avaient contribué à ma demande. (Note

du colonel

Yitle.)


AVEC LE COLONEL YULE.

357

étude révélera bien des faits nouveaux et, si je n'étais pas en ce moment absorbé par les préoccupations d'une organisation nouvelle, je trouverais autour de moi nombre de sujets d'étude. Plus tard, peut-être, aurai-je des loisirs. Pour le moment

on

me demande

d'être

homme

d'action

;

je ne puis être

d'étude, quoique, depuis quelques années,

homme

mes goûts me portent

vers les choses purement scieutiflques. Aussi est-ce vraiment pour moi une bonne fortune et une heure de grande jouissance, quand, en recevant une de vos lettres, je puis oublier un instant mes ennuis quotidiens pour revenir aux sujets qui me sont chers Soyez, je vous prie, mon interprète auprès du D"" A. Campbell et du major Montgo-

merie pour leurs bienveillantes indications

(1).

J'espère bien,

je le répète, en profiter, à moins qu'on n'exige de reste ici longtemps

moi que je pour terminer l'œuvre commencée

Pardonnez-moi, cher Monsieur, de ne pas prolonger plus longtemps cette causerie. J'expédie aujourd'hui même un navire à Saigon, et je veux qu'il vous apporte mes remercîmeuts. Je suis de par ailleurs tellement dérangé et tellement absorbé que ce n'est qu'avec peine que je puis joindre deux idées en dehors de celles qui me réclament incessamment. Bientôt, j'espère, je pourrai causer plus longuement et à tête reposée avec vous (2)

—

Extrait de la correspondance de M. Francis Garnier avec les officiers du corps expédition-

I 4.

naire.

A M.Balny

cVAvricourt

(3).

A M. Hautefeuille. Nam-dinh, 12 décembre.

Mon

cher Monsieur Hautefeuille,

Je suis resté à Nam-dinh, qui a

deux

affaires relativement chaudes,

été pris avant-hier après

pour organiser

la

province

(1) M. Garnier a accidentellement oublié de mentionner le nom d'une autre personne qui avait contribué au paquet que je lui avais envoyé, un nom bien connu et honoré en France autant que dans les Indes, celui de Mr. B.-H. Hodgson. (Note du colonel Yule.) (2) Extrait des Océan Highivays, année 1874. (3) Voir cette lettre plus bas au n» XVI.


358

CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER mes

blessés. Le Scorpion a conllnué sa roule m'expédiera de là l'^^pinr/'^^c avec laquelle je repasserai à Ninh-binh vers le 15 ou le 16. Failes-moi savoir d'ici là par le Irani comment marche la province, comment se comporte l'ancien gouverneur. Attachez-vous à faire fonctionner régulièrement le tram non-seulement entre Phu-li, Namdinh et Ninh-binh, mais encore entre ce dernier point et les provinces du Sud. J'envoie en même temps que cette lettre un gros tube à destination des envoyés de Hué dans le Thanh-hoa. Expédiez-le promptement. Laissez passer toutes les lettres en vous contentant de diriger sur Hanoï celles qui seraient à destination des provinces du Nord (Son-tay, Bac-ninh, etc.). Communiquez-moi dans votre réponse, qui doit être immédiate, tout ce que vous sauriez sur Hanoï et sur les mouvements des grands mandarins de Nam-dinhque je n'ai pas réussi à prendre. J'ai promis mille ligatures de récompense à qui m'amènerait le gouverneur et le chef des lettrés. Peut-être sont-ils de votre côté avec un éléphant blessé qui court la et laisser reposer

pour

Haï-Dzuoiif,' et

campagne. Faites un inventaire bien exact du valeurs de

matéi'iel de guerre et des

la citadelle.

Promettez aux tram une augmentation de solde postal est rapidement et régulièrement

Agréez,

mon

si le

service

fait.

cher Monsieur Haulefeuille, l'expression de mes

meilleurs sentiments. (Signé) F.

GARNIER.

Dites-moi l'heure à laquelle vous aura été remise cette lettre.

Nam-diiih, 14 décembre 1873.

Mon

cher Monsieur Haulefeuille,

reçu avant-hier votre lettre n" 7, qui s'est croisée avec celle que je vous écrivais, et ce matin à 9 heures votre lettre n° 8. J'approuve les mesures que vous avez prises. Avez-vous dressé l'inveuLaire que je vous avais demandé ? Notez trèsexactement toutes les dépenses que vous faites. Vous ne m'avez pas dit si vous aviez expédié à Hanoï l'ivoire, l'étain et autres objets de valeur qui se trouvaient à Ninh-binh et si le canot à vapeur est parti avec Yony-lua. J'espère que vous aurez avisé M. Bain des objets que celui-ci devait lui remettre à son arrivée. Continuez à m'expédier ici toutes mes lettres et à me comJ'ai


AVEC LES OFFICIERS DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE. mimiquer toutes

les

359

nouvelles qui vous parviennent. Voyez que

mes

courriers qui passent par Ninh-biuh pour aller à Hanoï n'éprouvent aucun retard. Le trani m'a montré le reçu de

Ninh-binh des tubes destinés aux envoyés de Hué dans le Thanh-hoa. Eclaircissez cette affaire il est très-important que je puisse correspondre avec eux et que leurs réponses ne soient pas plus arrêtées que mes lettres. Transmettez ces instructions aux postes frontières. J'ai employé les 250 hommes que vous m'avez envoyés. Ils m'ont été fort utiles. Remerciez le P. Gelot et encouragez le P. Six. C'est évidemment le véritable gouverneur. La conservation de l'autre est cependant nécessaire à ma politique. Je vous préviendrai de l'arrivée de YEspingole et de ma venue à Ninh-binh assez à temps pour que vous puissiez garder mes lettres de Hanoï et me les remettre à Ninh-binh. Opposez-vous à toute réaction des chrétiens. Ne faites aucune distinction apparente entre eux et les païens. Jusqu'à ce que j'aie pu de Hanoï faire un ordre général pour fixer la solde des soldats et des fonctionnaires annamites, payez-les à l'ancien taux en tenant compte des dépenses et en exigeant des reçus des chefs. Vous pouvez promettre qu'il y aura augmentation dans les nouveaux tarifs. La proclamation que j'avais libellée pour le gouverneur, remettant à la province la moitié de l'impôt en riz d'une année, a-t-clle été publiée? Celui-ci a-t-il retrouvé son cachet? Répondez point par point à mes lettres. Agréez, etc :

GARNIER.

(Signé) F.

des divisions administratives de la province {phu, huyen et cantons) avec les noms des nouveaux administrateurs civils et militaires nommés par vous, la répartition des garnisons, etc... Vous me la remettrez à mon passage.

Prenez une

liste

11 heures matin.

Mgr

Sohier et la vôtre. Préparez un logement à Monseigneur et priez-le d'attendre ma venue pour ne pas le fatiguer à des allées et venues inutiles. recevez-les avec Faites escorter en route les envoyés et lui lionneur et prévenez-les que je les attends avec impatience. Je Je reçois à l'instant la lettre de

;

n";ii

pas

le

temps d'écrire à Mgr Sohier. Ecrivez-lui pour moi. môme frnm aux envoyés de

Je fais écrire eu annamite par le

Hué.


360

CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARXIER

A M. Harmand. Ninh-biiih, Espingole, 17 décertibre 1873.

Les envoyés de Hué arrivent aujourd'hui 17 à Ninli-binh. Sohier est arrivé hier. La prise de Hanoï a enfin déterminé la cour à envoyer des pleins pouvoirs aux am])assadcurs à Saigon. Ceux qui arrivent ici ont également pleins pouvoirs. Nous parviendrons donc bientôt à une solution satisfaisante.

Mgr

Ilauoï, 21

Mon

décembre

(1).

cher Monsieur Harmand,

ma

vous prier de faire mettre quatre canons en bronze sans a/Tùt qui sont dans votre cour. J'espère que cette lettre vous arrivera avant le passage de ce vapeur. Vous ne le retiendrez que le temps strictement nécessaire pour ce chargement. J'ai

oublié dans

à bord du

lettre d'hier de

Mang-hao

les

Vous ai-je dit que le maréchal était mort hier. Les envoyés de Hué sont arrivés le soir. Rien de nouveau de par ailleurs. Tout va, je crois, bien marcher. Votre dévoué, (Signé) F. Garnier.

A M. Bain

de la Coquerie.

Niûli-binh, Espingole, 17 décembre 1873.

Mon

cher Monsieur Bain,

Je suis parti hier de Nam-dinh avec ÏEspingole et je suis ici pour recevoir Mgr Sohier. L'envoyé principal de Hué arrive aujourd'hui et je l'attends pour continuer arrivé à temps

ma

route pour Hanoï. La prise de Hanoï a fait expédier par Hué des pleins pouvoirs aux ambassadeurs de Saïgon. Le traité commercial et le protectorat sont admis en principe. Nous parviendrons donc en peu de jours, je l'espère, à une solution pacifique et satisfaisante.

Je désire que l'envoyé de Hué soit reçu à Hanoï avec les Un piquet de 20 hommes en armes le

plus grands honneurs.

(1)

mort.

Lettre écrite par

M. Francis Garnier, quelques heures avant

sa


AVEC LES OFFICIERS DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE.

361

recevra au quai de débarquement. Un salut de 7 coups de canon sera fait par la citadelle. Faites donc veiller l'arrivée de VEspingole. Elle viendra probablement par le Sud j'essaierai de Ninh-binh. remonter par le bras de Phu-Ii La situation de M. de Trentinian à Haï-dzuong me préoccupe. Je désire que Vong-tua soit envoyé en ce point pour organiser la province. Il a amené à Hanoï une grande barque armée en guerre faites-y embarquer 20 jours de vivres à 16 hommes donnez-lui Trotobas et 5 hommes an Scorpion-annexe (1) comme escorte et faites-le partir le plus promptement possible par le canal pour Haï-dzuong. Ceci presse la situation de M. de Trentinian est critique. Bien entendu Vong-tua emmènera avec lui une centaine d'hommes. Mais cette escorte, ses parasols et autres sottises ne devront retarder en rien la marche de la jonque de vivres commandée par Trotobas et où Vong-tua prendra passage. Vous lui ferez dire par l'évêqne de faire à Haï-dzuong ce que j'ai fait à Hanoï, c'est-à-dire de recevoir la soumission de tout préfet ancien je désire qu'il n'en nomme aucun nouveau à titre définitif. J'ai envoyé par Nam-dinh le nouveau cachet du gouverneur d'Haï-dzuong à M. de Tren;

—

;

;

:

;

tinian.

me

avec une lettre de vous en venant ici. Je ne s'est rien passé d'extraordinaire à Hanoï. Peutêtre me préveniez-vous de l'arrivée de Mgr Colomer dont M. Balny m'a annoncé la venue à Hanoï. Recevez-le de votre mieux et priez-le de m'attendre. Dites-lui que, si le gouverneur d"Haï-dzuong accepte mes conditions et mon cachet, je le restaïu-erai dans sa province, comme j'ai restauré celui de Ninhc'est l'exécution binh. Mes conditions, vous les connaissez provisoire des arrêtés commerciaux. Dans le cas où cet arrangement serait accepté, prévenez-en M. de Trentinian. 11 acceptera le retour dans la citadelle des anciens mandarins mais il continuera à l'occuper avec les miliciens annamites, que j'ai envoyés de Nam-dinh, jusqu'à un traité définitif. Faites presser la construction des casernes. Mettez le plus d'ordre possible dans la citadelle, afin qu'elle ne ressemble pas trop à une ville prise quand nous arriverons. Faites faire une proclamation adressée non-seulement à la Je

pense

suis croisé

qu'il

:

;

(1)

page

était un bâtiment fictif, créé pour la compéquipage des marins débarqués. (Voir n" xi,

Le Scorpion-annexe

tatiiliié

et

397.)

ayant

comme


3G2

CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER

province de Hanoï, mais à tout le Tong-King et revèUie do cachet, annon(;anl l'arrivée d'ambassadeurs de Hué munis de pleins pouvoirs et invitant tout le monde à rester en paix jusqu'à ce qu'un traité ait réglé toutes les questions pendantes. Vous ajouterez en même temps que toutes les mesures commerciales prises, tous les nouveaux administrateurs nommés seront maintenus elque la protection de la France s'étendra à perpétuité sur les populations du Tong-King. Je pense que le !Scorpion est reparti pour Thaï-Linh. Agréez, etc.,

mon

(Signé) F.

GARNIER.

Je joint ici les lettres de Hué et autres pièces annamites que M. Lasserre traduira en résumé et classera. Les cinq hommes et Trotobas resteront à Haï-dzuong ou en reviendront à votre gré suivant l'état de Hanoï et les nouvelles <que vous recevrez de M. de Trentinian.

,-l

M. de Trentinian. Xinh-binli, Espingole, 17 décembre 1873.

Mon

cher Monsieur de Trentinian,

M. Balny m'a dit, dès son arrivée à Nam-dinli, Télat où il vous avait laissé elles difficultés que vous avez à vaincre. J"ai immédiatement donné l'ordre à M. Harmand, que j'ai chargé provisoirement de la province de Nam-dinh, de vous expédier des soldats annamites et quelques hommes pouvant vous aider dans une réorganisation de la province. J'écris en même temps à Hanoi pour qu'on vous envoie des vivres et des munitions. Dès que vous aurez sous la main un nombre suffisant de soldats annamites pour faire la garde dans la citadelle, occupezvous de la réarmer et de la remettre en bon état de défense. Désenclouez les pièces en mettant un peu de poudre dans i'àme, un volet par-dessus et une mèche le traversant par laquelle vous mettrez le feu à la charge.

Je vous envoie une proclamation que vous ferez copier à un grand nombre d'exemplaires. Le sens général qui est celui dans lequel vous devrez agir, est celui-ci :

Les maires et les chefs de canton doivent rester à leurs postes. Tout détenteur d'armes, débarques, objets et valeurs appartenant au gouvernement doit les rapporter immédiate((

« x<


AVEC LES OFFICIERS DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE. «

ment

à la citadelle.

363

Peine de mort contre ceux qui ne feraient

pas cette restitution. « Les populations des x:)hu et des huyen sont rendues responsables de la conservation des archives et autres objets « appartenant à l'Etat. « Tous les employés et mandarins annamites qui voudront «faire leur soumission seront maintenus dans leurs grades. « Ceux qui se refuseraient à cette démarche seront traités en «

((

«

rebelles.

«

sera immédiatement passé par les armes. » En même temps vous accepterez les offres de concours qui

«

Tout voleur, pirate ou incendiaire, pris en flagrant

délit,

vous seront faites. Ne craignez pas de faire distribuer des armes à ceux qui vous en demanderont. Prenez leurs noms et donnez-leur un pavillon français avec votre cachet. Ce cachet je donne Tordre à j\I. Harmand de vous le faire fabriquer à Nam-dinh et de vous l'envoyer ce sera celui du gouverneur de Haï-dzuong. Voyez si parmi les gens qui vous seront envoyés, il en est de capable de remplir ce poste. Je veux un lettré et je ne tiens pas du tout à un chrétien. Je vous envoie de Hanoï le chrétien dont je me suis servi comme gouverneur en ce point. Il vous :

aidera.

Tâchez de ramener à vous

les missionnaires espagnols et de concourir à cette réorganisation de la province. Je suis, ici, venu recevoir les envoyés de Hué et je les ramènerai à Hanoi avec YEspingole ; je serai à Hanoï demain soir.

les faire

Faites un inventaire régulier du matériel de guerre, des approvisionnements et des valeurs que contient la citadelle. Délivrez du inz et des sapèques aux soldats annamites ralliés à raison de I ligature et 1 mesure de riz par mois et par homme. Tenez un compte exact de toutes ces dépenses. Ecrivez-moi souvent à Hanoï en me donnant sur l'état de la

province, sur les

mouvements des

pirates, tous les renseigne-

ments possibles. Agréez, etc. (Signé) F.

Tâchez d'empêcher

la disparition des barques appartenant à trouvent à Haï-dzuong. Elles nous serviront à faire police des arroyos.

l'Etat qui se la

GARNIER.


CORRESPONDANCE DE

364

M. FRANCIS

Hanoï,

Mon

le

GARNIER

20 décembre 1873.

cher Monsieur de Trentinian,

ai déjà écrit de Ninli-binli pour vous donner quelques instruclions au sujet de la réorganisation de l'administration de la province d'Haï-dznong et vous prescrire le réarmement de la citadelle. Je vous ai déjà fait envoyer de Nam-dinh des administrateurs et des miliciens qui pourront vous aider à remettre un peu d'ordre dans le pays. Enfin, je vous ai fait remettre le nouveau cachet du gouverneur de la province dont vous vous servirez vous-même pour toutes les proclamations et les ordres que vous aurez à faire. Jusqu'à nouvel ordre vous vous abstiendrez de toute nomination à titre définitif dans le personnel de l'administration civile. Contentez-vous de nommer des mandarins militaires. J'ignore si la lettre adressée à M. Esmez et que vous avez expédiée à Cua Cam a pu rejoindre le Scorpion. Je désirerais que vous me renseigniez le plus tôt possible à cet égard. Tâchez de vous tenir constamment au courant des mouvements de ce navire et faites-lui parvenir, par la voie la plus prompte, la lettre ci-incluse. Prenez-en connaissance, elle vous éclairera sur mes intentions et sur la ligne politique que je désire voir suivre par tous

Je vous

les officiers sous

mes

ordres.

Gardez l'une des deux proclamations annamites (1) que vous trouverez sous ce pli et joignez l'autre à la lettre de M. Esmez elle a trait à l'arrivée des nouveaux plénipotentiaires annamites et vous en trouverez le sens dans ma lettre à M. Esmez. Le Mang-Uao, qui vous portera cette lettre, vous porte aussi des vivres. Nous sommes en ce moment très-démunis et il faudra l'arrivée du Decrès pour approvisionner sérieusement les ;

postes.

Répondez-moi par terre et par nn courrier exprès et envoyez-moi l'inventaire de ce que je vous ai demandé. Donnez-moi tous les renseignements que vous aurez pu avoir sur les dates de départ du Scorpion, du Lao-Kay, sur les pirates de Quang-yen, sur l'arrivée des navires de guerre à Cua Cam. Agréez, etc.. (Signé) F. (1)

Cette

livre II.

GARNIER.

proclamation est celle qui est reproduite au chapitre ix du


LETTRE DE

I 5.

—

M. FRANCIS

GARNIER A M. DUPUIS.

365

Note de M. Francis Garnier sur M. Esmez et M. de Trentinian.

M. Esmez, mon second, me supplée avec une

activité et une que je ne saurais trop reconnaître. J'ai trouvé en M. de Trentinian un officier dont l'intelligence, l'instruction, le mérite et le zèle me rendent les plus grands

entente de

la situation

services.

I 6.

—

Lettre de M. Francis Garnier

à,

M. Dupuis.

Mission des Dominicains, 26 octobre 1873.

Mon

cher Monsieur Dupuis,

Je suis arrivé, vous le savez déjà peut-être, parle cVEsirées avec la mission officielle de faire une enquête sur vos réclamations contre le gouvernement annamite et sur les plaintes de celui-ci à votre endroit. Ma mission ne se borne pas là. L'amiral désire mettre un terme à la situation équivoque du commerce étranger au Tong-King, et contribuer, autant qu'il est en lui, à la pacification de cette contrée. Je compte beaucoup sur votre expérience du paj's pour m'éciairer sur la meilleure solution de ce difficile problème. II est bon cependant et vous comprendrez aisément pourquoi que nos relations n'aient au début qu'un caractère officiel. A un certain point de vue, je suis un juge qui ne doit paraître se laisser prévenir par aucune des deux parties. Mais je puis au moins vous prémunir contre les bruits exagérés que les Annamites ne manqueront pas de faire courir sur les motifs de ma venue et vous affirmer de la façon la plus positive que l'amiral n'entend abandonner aucun des intérêts commerciaux engagés. Il vous a donné d'ailleurs des preuves non équivoques de la vive sympathie qu'il porte à votre entreprise. Je serai sous très-peu de jours à Ha-noï où nous pourrons causer ensemble de la situation politique du pays et de ses nécessités momentanées. J'ai tenu à vous faire parvenir ces quelques lignes par une voie autre que la voie annamite. Elles vous seront envoyées parles soins de la mission espagnole de Hai-dzuong.

—

—


CORRESPONDANCE DE M. FRANCIS GARNIER

366 J'ai

fait

avec M. Millol

à Slianghaï. et je pourrai

mon dernier voyage de Hong-Kong vous en donner les meilleures nou-

velles.

Agréez, etc.

..

.

(Signé) F.

GARNIER.

—

Extrait de la correspondance de M. Francis Garnier avec M. Gautier, rédacteur du Moniteur du Puy-de-Dôme.

I 7.

En mer, de Shanghaï

Mon

à Saïgon, 2 octobre 1873.

cher Gautier,

Les affaires s'élant étrangement compliquées au Dupré, se trouvant engagé dans une situation aussi difficile que compromettante, a bien voulu penser à moi pour essayer d'en dénouer les fils. Une lettre de lui m'ayant appelé à Saïgon, je suis parti, après cinq ou six jours de repos, de Shanghaï. Après avoir étudié toute la correspondance relative à cette affaire, j'ai accepté d'aller au Tong-King faire une enquête sur les plaintes réciproques de M. Dupuis et du gouvernement annamite essayer d'obtenir le retrait des troupes chinoises, dont la présence est venue ajouter encore aux embarras de la situation, et décider le pays à accepter le protectorat français, qui seul peut le sauver d'une invasion des frères de la côte ou des Chinois. Après avoir rédigé à ma guise toute la correspondance officielle relative au plan de campagne que je proposais et que l'amiral acceptait, je suis revenu passer à Shanghaï l'intervalle de deux malles pour mettre toutes mes affaires en ordre, et me voici de nouveau eu route pour Saïgon. Je redoute infiniment l'intervention anglaise au Tong-King sous un prétexte ou sous un autre. D'après les lettres du ministère des affaires étrangères que j'ai eues sous les yeux, on no serait nullement disposé à Paris, dans ce cas, à soutenir l'amiral. Peut-être arriverai-je assez à temps à Hanoï pour l'éviter.

Tong-King

et l'amiral

;

Dans

le

cas contraire, j'agirai aussi énergiquement que pos-

sible et je protesterai

sur les

toits,

mais je serai désavoué sans

aucun doute. Si,

contre

mon

attente, je réussissais à pacifierla situation, la


AVEC M. GAUTIER.

367

mon voyage serait une pointe dans le m'entendre avec le vice-roi sur le tarif douanier qu'il conviendrait d'établir aux embouchures du fleuve du Tong-King. De là à la reprise de mes premiers projets il n'y a qu'un pas, et voilà pourquoi ma mission actuelle ne me fait nullement renoncer au programme politico-scientifique que j'ai exposé dans de longues lettres à Maunoir, à Levasseur, à M. de Quatrefages, etc. Mais il serait indispensable que l'inexplicable torpeur de notre légation à Pékin, qui, en sept mois, n'a pas su me donner une réponse sur ma demande de passeports thibétains fût vivement secouée de Paris même... De votre côté, plaidez, non pas ma cause, mais celle des intérêts français que je défends. Suivez le mouvement de l'opinion en Angleterre les chambres de commerce (300 environ) ont pétitionné pour la construction d'un chemin de fer du Yun-nan à Rangoon. On veut établir un consulat à Ta-Ly. On dénonce l'ambition (!) de la France. On agit à Pékin pour pousser la Chine à la conquête du Tong-Kinget pour faire bénéficier ainsi Hong-Kong du commerce du Soug-Koï au détriment do Saïgon. A côté de tout ce mouvement nous restons inactifs. continuation logique de

Yun-nan pour

aller

:

La cour de Hué s'entête dans ses

au sujet de l'évaavons prises sans s'apercevoir que nous seuls pouvons lui assurer encore quelque temps d'existence. Elle porte ses plaintes au gouverneur de cuation dos provinces que nous

Hong-Kong

illusions

lui

!

Dupré tient tête à l'orage, sans encouragement de Paris, sans aide de la légation de Pékin il a à lutter contre tout et contre tous. Il serait bien étonnant qu'il réussît, si l'opinion publique ne vient pas un peu à son secours. C'est là Seul, l'amiral

;

peut-être qu'il faudra frapper

Saïgon, 10 octobre 1873.

Mon

cher Gautier,

Je pars demain pour le Tong-King à la tête d'une petite deux canonnières et de l'infanterie, ai pleins pouvoirs

force

:


368

DE M. FRANCIS GAHNIEIl A M. LURO.

LETT111-:

—

Lettre de M. Francis Garnier à M. Luro, 8. administrateur des affaires indigènes à, Saigon.

I

Citadelle de IIuuuï,

Mon bon

le

22 novembre 1873.

vieux,

Je suis exténué de fatigue et de pose. Je me trouve une province de deux millions d'âmes sur les bras. Ce vieil obstiné de lui faire la queue il a été jusqu'à appeler contre moi. Le pauvre diable en a porté la peine. La citadelle est prise et il a une balle de mitraille dans la hanche. J'expédie en bloc tous les hauts fonctionnaires du pays à Saigon, pour qu'ils ne se croient pas obligés de soulever les populations contre moi, et je reste toujours avec ma pro-

maréchal m"a forcé à

;

les rebelles chinois

Ne me réponds pas comme Sganarelle mais viens me trouver. Je te demande avec instance à l'amiral. Avec toi, tout marchera comme sur des roulettes, mais vrai je ne peux pas tout faire. Je n'ai pas

vince sur les bras. « Mets-la par terre

:

»

;

!

temps de l'expliquer le pourquoi du comment. Dis à Philastre que je n'ai pas tort et que j'ai tendu aux Annamites la perche le plus longtemps possible je la leur tends encore, s'ils veulent de ma convention commerciale, puisque je dis que je rendrai Hanoï au roi dans ce cas; ce qui fait hésiter encore beaucoup de gens qui sans cela se rallieraient à moi. Ou il ne fallait pas m'envoyer ou je ne pouvais agir autrement. Viens, viens, viens il y a beaucoup, beaucoup à faire ici.

le

;

;

C'est certainement préférable,

de population,

comme

richesse, cUmat, densité

à la Cochinchine.

Amitiés à Montesquieu, Philastre et Macaire. Ouf! voilà ma troisième nuit. Adieu, ou plutôt au revoir. {Signéj F.

GARNIER.

Impossible de répondre à Montesquieu. Je crève de sommeil •et

le

vapeur va

partir.

Il

est 7 heures

du matin.


EXTRAIT DU RAPPORT DE M. BOUCHET SUR M. GARN'IER. 369

I

9.

—

Extrait du rapport de

Chambre des députés

relatif

M. Francis Garnier avec

M. Bouchet à la aux négociations de

les autorités

annamites

de Hà-Nôi. Entre temps s'établissait entre M. Garnier et les chefs annamites un échange de commiinications fort acerbes. Ceux-ci prétendaient que M. Garnier n'avait d'autre mission que de chasser M. Dupuis et devait aussitôt après partir luimême ils se récriaient très-fort au sujet du déploiement de forces imprévues qu'ils avaient sous les yeux, du nombre exa;

géré des bateaux composant l'expédition, des actes de M. Gar« infiniment plus excessifs (sic) que ceux de I\I. Dupuis. » Notre envoyé faisait avec raison observer que sa mission ne pouvait pas consister à renvoyer M. Dupuis sans examen. L'amiral ne pouvait pas s'être résolu à de tels sacrifices, augmentés encore par la perte de la canonnière VA7'c, pour le plaisir de voir revenir le chef de l'expédition lui annoncer la satisfaction de la cour d'Annam. Si Tu-Duc avait réclamé notre intervention pour faire déguerpir M. Dupuis, c'est qu'il était impuissant aie renvoyer; il il était fort juste, dès lors, qu'il donnât en échange de ce service l'ouverture du Song-Koï au commerce. « D'ailleurs, la minutieuse enquête, avant laquelle on ne pou-

nier qu'ils trouvaient

faire déguerpir INI. Dupuis, demandait du temps pour entendre de nombreux témoins, avoir un mémoire de l'intéressé, apprécier l'inculpation portée contre le gouvernement

vait

du Yùn-Nàn. « Il fallait

donc, pendant

investigations,

commencer

le délai

nécessité par ces multiples

et régler tous les articles relatifs

au

commerce, sous peine de s'exposer perdre le Tong-King dans un délai rapproché. « Ce qui prouvait bien de la part des Annamites eux-mêmes ;\

l'intention

de débattre

le

traité,

c'est

qu'ils

avaient joint à

deux mandarins chargés de discuter la convention.» Après avoir fort longuement développé, par deux lettres successives, ce raisonnement très-juste, M. Garnier arrive enfin à reprocher fort durement ;\ la cour de Hué sa conduite à l'égard

l'expédition


PROJET DE LETTRE DE

370

L' AMIRAL

DUPRÉ

de M. Dupuis, porteur de lettres de crédit régulières du viceroi de Canton. « Pour toutes ces causes », poursuit-il, « M. Dupuis a fait des dépenses considérables et perdu beaucoup de temps il demande que le gouvernement d'Annam l'indemnise. » ;

.

«

.

.

Cet industriel est complètement libre de transporter les

marchandises qui lui conviendront, à ia seule condition d'acquitter les impôts dus au gouvernement annamite. Je donnerai provisoirement l'autorisation de faire le commerce, et le gouvernement fra::çais prendra immédiatement sous sa protection tous ceux qui voudront venir faire le négoce au Tong-King. » La dépêche se terminait par un ultimatum très-net dont la première condition était d'autoriser M. Dupuis à remonter au

Yùn-Nàn. [Journal

officiel, n°

du 19 janvier

1880.)

VII

Projet de lettre du contre -amiral Dupré à M. de Geoffroy, ministre de France en Chine, d'après un brouillon de l'écriture de M. Francis Garnier (1). Monsieur

le Ministre,

l'honneur d'appeler votre plus sérieuse attention sur la situation actuelle du Tong-King et sur les mesures qu'elle J'ai

réclame. Vous connaissez sans doute parles journaux de Hong-Kong et par M. le consul de Canton les principaux résultats de la tentative de M. Dupuis. S'ils, sont de nature à nous inspirer confiance en l'avenir de la route commerciale nouvelle qu'il a ouverte, ils sont loin encore d'en assurer à la Cochinchine et à la France le bénéfice immédiat. La question se trouve même engagée de telle sorte que d'un moment à l'autre peut surgir une circonstance qui amène une intervention étrangère et déconcerte tous nos projets d'avenir.

En

effet, les

(1)

Voir dans

gouvernement annamite, son refus des pouvoirs donnés à M. Dupuis par

résistances du

de reconnaître

la validité

la

correspondance de M. Francis Garnier avec sa fa-

mille sa lettre du 8 septembre 1873, p. 349.


A M. DE GEOFFROY.

371

diiYun-nan ont forcé celui-ci à une sorte de prise de possession, au nom du gouvernement cliinois, du cours du fleuve du Tong-lcing. Il se maintient h Hanoï dans une position indépendante depuis plusieurs mois. Les traités conclus avec la cour de Hué défendent à nos nationaux de résider à l'intérieur de l'empire d'An-nam. J'ai dû, devant les réclamations du gouvernement annamite, rappeler M. Dupuis àl'exécutiôih de cet article. 11 s'y est refusé, en se réclamant des autorités du Yun-nan dont il a arboré le pavillon. Les quelques soldats chinois qui lui ont été déjà envoyés doivent être renforcés au mois d'octobre ou de novembre par cinq cents hommes, et toutes ces troupes sont armées de fusils à tir rapide et comptent quelques instructeurs européens. Cet état de choses n'est'pas sans dangers. D'un côté l'impuissance oix se sont trouvées les autorités annamites à forcer à la retraite une poignée d'Européens peut encourager d'autres aventuriers à les imiter et à aller s'établir dans un pays aux dépens duquel il est si facile de vivre. De l'autre, les autorités du Yun-nan disposant d'un effectif militaire considérable et bien armé, que la répression de la rébellion mahométane laisse sans emploi, peuvent être tentées de prolonger et de rendre définitive l'occupation du cours du Song-Coï, qui leur assure des avantages commerciaux d'autant plus considérables que dans la situation prise par M. Dupuis il ne peut être question d'acquitter au gouvernement annamite les droits de douane qui les autorités

lui

sont dus.

devons pas perdre de vue qu'avec l'action du gouvernement annamite sur le Tong-king disparaîtrait la raison d'être de notre influence sur cette contrée. L'empereur Tu-Duc est aujourd'hui en présence de difficultés tellement graves que nous pouvons raisonnablement espérer lui faire accepter un protectorat qui, en donnant à notre commerce un accès facile au marché chinois rétablirait l'ordre et la prospérité Or, nous ne

dans les provinces annamites du Nord, et, par une organisation douanière analogue à celle qui a été créée en Chine, rendrait quelque nerf aux finances épuisées du royaume. Mais nous resterons impuissants à réprimer toute tentative faite au Tongking par d'autres que nos nationaux, et la conquête de ce pays par les Chinois n'aurait d'autre résultat que de faire bénéficier la colonie anglaise de Hong-Kong des avantages commerciaux que nous devons nous efforcer d'assurer k Saigon. Pour parer à ces deux éventualités également menaçante?


372

PROJET DE LETTRE DE L'AMIRAL DUPRÉ

un peu la situation, j'ai pris la résolution et de demander aux vice-rois de Canton et de Yun-Nan le retrait tant du corps de troupes auxiliaires envoyé il y a deux ans déjà sur la demande de la cour de Hué pour combattre les rebelles du Tong-king que des soldats du Yun-uan attendus par M. Dupuis. En même temps, pour donner satisfaction aux plaintes du gouvernement annamite et enlever tout prétexte d'une et détendre

intervention étrangère officieuse ou officielle au Tong-king,

un officier chargé de faire une enquête et d'imposer au besoin à M. Dupuis l'exécution de mes ordres. Cette démarche me donnera le droit d'exiger de la cour de Hué et la sauvegarde complète des intérêts commerciaux engagés, et la réglementation sous notre sauvegarde exclusive de la circulation sur le Song-Coï. Le gouvernement annamite, éclairé aujourd'hui sur les dangers de l'intervention chinoise, se joindra à moi, je l'espère, pour demander qu'il y soit mis un terme. Je fais auprès de lui une démarche dans ce sens. Il ne peut espérer cette concession qu'en consentant à la continuation des relations nouées avec le Yun-nan, et il a tout à gagner à ne plus les laisser se produire en dehors de lui et de ses douanes. Je n'ai pas besoin d'insister auprès de vous, Monsieur le Ministre, sur l'extrême importance de la demande que j'adresse aux autorités chinoises du Sud. Le succès en serait assuré par une démarche directe et pressante faite par vous auprès du gouvernement de Pékin. Les intérêts du Yun-nan et de notre colonie sont identiques. Aussi ne voulons-nous compromettre en rien les heureux résultats commerciaux déjà acquis, nous désirons leur donner plus de stabiUté et d'avenir. Nous nous engageons à maintenir ouverte, d'accord avec le gouvernement annamite, une route qui est nécessaire à la Chine méridionale. Nous promettons nos bons offices pour faire arrêter par le gouvernement de Hué, d'accord avec les autorités du Yun-nan, un tarif douanier équitable. Mais nous voulons éviter toute chance de conilit dans un pays déjà divisé en tant de factions et éprouvé par tant de guerres. Il se peut que l'officier que j'enverrai au Tong-king ait à entrer en pourparlers avec le vice-roi de Yun-nan soit pour la discussion des conditions les plus avantageuses au développement des rapports commerciaux entre les deux pays, soit pour réclamer contre les agissements des chefs mihtaires chinois envoyés au Tong-king et le traitant en pays conquis. La mis-

j'envoie à Hanoï


LETTRE DE l'aMIRAL DUPRÉ AU VIGE-ROI DE CANTON. 373 sion de cet officier sera des plus difficiles et

demandera autant de fermeté que de prudence. Il ne disposera guère que d'une influence morale qu'il convient de faire aussi .puissante que possible.

Ne jugeriez-vous pas à propos, Monsieur le Ministre, de lettre le recommandant au roi de Yun-nan,

lui

donner une

et

assurant celui-ci de tout l'intérêt que la légation de France à Pékin porte à la réalisation de ses projets commerciaux? Il serait urgent de se liàler pour que le vice-roi de Canton, de qui dépendent tous les pays tributaires du Sud, reçût de Pékin des instructions conformes au sens de cette lettre grâce à la malencontreuse publicité qui a été faite autour de l'expédition Dupuis, les Anglais ne tarderont pas à être complètement au courant de la situation, et ils pousseront alors de toutes leurs forces le gouvernement chinois cà la conquête du Tong-king leur commerce y trouverait facilement un port plus heureusement situé que celui d'Haï-nan; il est donc urgent de se hâter, etc. :

:

VIII

Lettre du contre-amiral Dupré au vice-roi de Canton. COCniNCHINE FRANÇAISE

CABINET

SaÏ!,'on, le

!" septembre 1873.

DU GOUVERNEUR COMMANDANT HN CHEF N»

531.

A Son

Excellence

le vice-roi

des

Doux Kouang,

etc.

C'est avec une vive satisfaction et une profonde reconnaissance que j'ai appris les dispositions amicales de Votre Excellence pour un sujet français, le sieur Dupuis, qui est au service du gouvernement du Yun-nan. Mon devoir est de remercier Votre Excellence pour la généreuse protection qu'elle lui a

accordée et en même temps pour l'aide que les soldats du Kouang-si ont donné à un pays ami et voisin, l'Annam, pour la répression des rebelles. Les intérêts de la France sont, en effet,


374 LETTRE DE L'AMIRAL DUPRÉ AU VICE-ROI DE CANTON. liés ;\ ceux de l'Annam, et qui tend la main l'un reconnaissance de l'autre. J'ai accueilli aussi avec une grande joie cette nouvelle qu'un Français avait trouvé une route avantageuse pour pénétrer dans le Yun-nan et avait créé ainsi de nouvelles relations d'amitié et de commerce entre la France et l'empire du Ciel. Mais il n'est pas juste que je laisse à Votre Excellence tout le fardeau de la protection des intérêts du commerce dans une région, le Tong-king, aussi voisine de Saïgon. L'amitié se prouve par des services réciproques, et à une main tendue une autre main doit répondre. J'ai donc résolu de m'entendre avec la cour de Hué pour rétablir la paix dans ses provinces etpour établir sur un pied satisfaisant les relations commerciales entre le Tongking et le Yun-nan. Dans ces conditions, comment la présence de soldats chinois dans l'Annam continuerait-elle à être nécessaire? Les routes sont longues et difficiles, le pays malsain, les dépenses pour entretenir les troupes considérables. Le cœur de Votre Excellence ne peut pas ne pas souffrir de cet état de choses. Je lui offre donc de retirer ses troupes ainsi que celles qui pourraient encore venir du Yun-nan, de leur épargner ainsi un exil pénible, un voyage fatigant et dangereux. Je me fais fort, d'accord avec le gouvernement annamite, de protéger d'une façon efficace le commerce, les intérêts chinois qui sont aussi les intérêts français. De la sorte, il n'y aura pas de confusion possible et une amitié sincère continuera de régner entre

intimement mérite

les

i'i

la

deux royaumes.

Je recevrai avec reconnaissance toutes les communications

que Votre Excellence pourrait avoir à me faire au sujet des réclamations ou des besoins des sujets chinois qui font le commerce en Annam et je saisis avec empressement cette occasion de renouveler à Votre Excellence l'assurance de mon amitié et du bon souvenir que je garde de ma visite à Canton il y a trente mois.

Le Contre-Amiral gouverneur

et

Comynandant en

(Signé) C.-Am. J.

DUPRÉ.

chef,


LETTRE DE

l' AMIRAL

DUPRÉ AU VICE-ROI D'yu'n-NAN. 375

IX

Lettre du contre-amiral Dupré au vice-roi d'Yû'n-Nân. COCHINOHINE FRANÇAISE Saigon,

le

l" septembre 1873.

CABINET

DU GOUVERNEUR COMMANDANT «N CHEF

A Son J'ai

Excellence

le

vico-roi de Yuu-nan.

appris avec la joie la plus vive

lence sur les

Mahométans

le

succès de Votre Excel-

rebelles et je lui en adresse

mes

féli-

citations les plus sincères. Elle sait déjà sans doute tout l'inté-

que je porte à la belle province qu'elle gouverne. C'est avec assentiment que le commandant de navire Ngan (1), qui a déjà visité le Yun-nan, il y a cinq ans, comme envoj'é du gouvernement français, lui avait offert son concours pour la prise de Ta-ly et j'étais disposé à aider Votre Excellence de toutes mes forces pour atteindre un but si désirable. Aujourd'hui c'est avec une grande satisfaction que je vois des relations commerciales fructueuses sur le point de s'établir entre le Yuu-nan et l'empire d'Annam, dont une partie appartient à la France j'ai appris que des difficultés s'étaient élevées entre le sieur Dupuis, Français au service de Votre Excellence, et le gouvernement annamite, et je vais immédiatement rêt,

mon

;

travailler à les aplanir. Il

est inutile

que Votre Excellence se préoccupe d'une ques-

mon devoir de résoudre, ni qu'elle envoie des troupes pour soutenir M. Dupuis. J'envoie au Tong-king le même officier Ngan pour faire rendre justice à vos envoyés et tion qu'il est de

en

même

pied

le

temps pour rechercher

plus équitable un

aux peuples dont

le

les

commerce

moyens

d'établir sur le

qui doit être

gouvernement nous

si

avantageux

est confié.

Je prie Votre Excellence d'avoir égard à ce que lui

(1)

C'est-à-dire paix,

nom

chinois donné à

M. Garnier.

commu-


EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

376

niquera cet officier. Je la prie de m'informer de tous ses désirs. Je suis prêt à m'entendre avec elle tant pour les choses de

commerce que pour

choses de guerre, si des gens pervers Yun-nan de nouvelles rébellions. Que Votre Excellence agrée l'assurance de ma haute consiles

suscitaient encore dans le

dération. (Signé)

IX

G.-Am.

J.

DUPRÉ

(1).

bis

Extraits de la correspondance officielle du contreamiral Dupré (tirés du rapport de M. Bouchet à la chambre des députés. Journal officiel, n°^ des 18 et

—

19 janvier 1880.)

La première lettre du ministre de Hue du 6 janvier 1873.

à

M.

Dupré

l'amiral

est

Aux dangers imaginaires auxquels voulaient faire croire les Annamites quant aux roches, aux rapides obstruant le fleuve, lacourd'An- ax\x révoltés occupaut les rives, notre gouverneur ripostait avec raison qu'une telle sollicitude était exagérée que si l'expédition Dupuis échouait, nul n'en chercherait querelle à l'Annam. « Mon avis est donc, poursuivait-il, que le parti le plus sage à prendre serait de laisser M. Dupuis continuer son voyage, s'il consent à payer les droits établis, à respecter les lois, à ne pas susciter de troubles, à ne débarquer ni armes ni munitions-

^amiral à

'^'nu^té

;

sur tout votre territoire

».

Les dispositions de l'amiral à l'égard du Tong-King se préDépêche du contre-amirnl Vu-

adressait au miniscjgent fort nettement dans une lettre qu'il '

pré au ministre Ire e a manne. ^^

Du

29 avril 1873.

de la marine, le 29 avril 1873. Nous y trouvons ceci Gamier) plein d'intelligence. qqi officicr (M. Fraucis " :

^

(1) Les copies de ces deux lettres ont été prises à la chancellerie de Canton le brouillon se trouve sur la même feuille que le document cité précédemment au n" vu; ce brouillon est de l'écritura de M. Francis Garnier et, à quelques mots près, il est conforme aux copies que je :

viens de citer.


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ.

377

par un long séjour en Cochinchine et par le grand a fait, a une vue fort nette [et fort juste de nos intérêts dans l'Extrême Orient et du Lut auquel nous devons tendre, prendre pied le plus tôt possible au Tong-King pour nous assurer des communications faciles avec le Sud-Ouest de la Chine et pour nous assurer notre domination future sur toute la vallée du Mé-Kong. »

instruit

voyage

qu'il

Le 19 mai 1873 l'amiral Dupré demandait instamment à conDu gouvernement au sujet du Tong-King où, d'après la rumeur publique, la situation du gouvernement annamite devenait de plus en plus mauvaise. Notre établissement, ajoutait-il, dans ce riche pays limitrophe de la Chine, et débouché naturel de ses riches provinces sud-occidentales est, selon moi, une question de vie ou de mort pour l'avenir de notre domination dans l'Extrême Orient. Nous devons y prendre pied, soit comme alliés du roi Tu Duc, pour y rétablir son autorité et l'y faire respecter, soit par une occupation militaire qui ne serait que trop justifiée le jour où la cour de Hué nous aurait donné la preuve de sa mauvaise foi et de sa répugnance à conclure avec nous un arrangement définitif. » naître les intentions du

19

mai 1873.

<(

'(

Le 5 juin 1873

il

écrit

encore au ministre de

la

marine

:

cru devoir insister dans plusieurs des dépèches que j'ai eu l'honneur de vous adresser au sujet de notre politique extérieure en Cochinchine, sur la nécessité de prendre pied au Tong-King avant que ce riche et beau pays soit complètement arraché à l'autorité annamite. « J'ai

« J'ai

notamment demandé que, malgré

les

difficultés

de

l'heure présente, on s'établît de force dans le delta du SongKoï, pour l'occuper définitivement à faire

si la

cour de Hué s'obstinait

traîner en longueur la conclusion du traité qui devait

être fait depuis des années.

»

L'amiral poursuit sa lettre en réfutant les motifs

que

lui

donne

le

gouvernement métropolitain pour

dre d'éviter l'emploi de

lui

enjoin-

la force.

Au nombre de ses arguments, nous trouvons celui-ci qui nous démontre avec quel intérêt l'amiral suivait la marche de l'expédition Dupuis :

«

Exploitation de la seule voie navigable existant entre le

Du

5 jain 1873.


378

EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

Yun-Nan si riche en minerais de toute sorte et l'extérieur. « La possibilité de la navigation fluviale vient d'être pratiquement démontrée par l'expédition de M. Dupuis, dont les barques chargées d'armes pour le Yun-Nan sont parties de Kécho (Hà-Nôi) et y sont revenues deux mois après, avec un chargement de cuivre et d'étain pris dans le Yun-Nan. Le voyage a été fait dans la saison des plus basses eaux. » Parlant du voyage d'exploration que va entreprendre M. Delaporte dans le Tong-King, par le Fleuve Rouge, l'amiral tente

un dernier moyen de persuasion auprès du ministre. « Il faudrait, dit-il, appuyer ce voyage d'exploration sur la présence d'un aviso de première classe le d'Estrées, mouillé à l'une des embouchures du Song-Koï, et d'une force de 150 hommes de choix bien commandés, établis à Kécho, avec l'assentiment volontaire « ou forcé » du gouvernement annamite cfui

n'y fera pas de résistance matérielle, et enfin assurer les

communications des explorateurs avec la mer tale « au moyen d'une canonnière démontable «

loupes à vapeur.

Le 25 juin ^'amifai '^°Dupré au comui de

'

'/e-amiVaZZiu-

préau

miniitre

de la marine,

Du Tjuiuet

1873.

il

et et

avec la capide trois cha-

»

écrivait au consul de France à *".

" ^''^i l'^çu coup sur coup deux lettres de Hué dans lesquelles on sc plaint amèrement de M. Dupuis. Après avoir réussi dans sa première opération et fait arriver les armes dont il était chargé jusqu'au Yun-Nan, d'où il a rapporté du cuivre et de l'étain, il trouve la place bonne, fait acheter, me dit-on, de nouvelles armes à Hong-Kong, pour les expédier en Chine avec du riz et du sel. Il se conduit au Tong-King comme en pays conquis et il faut que le gouvernement annamite se trouve bien peu fort pour me demander, comme il le fait, de le décider à vider les lieux. « Si M. Dupuis les tient en échec avec les misérables forces dont il dispose, que nous en coùterait-il pour prendre pied dans le pays?...

Cependant le gouverneur ne cesse d'écrire à Paris. Dans uuc lettre du 7 juillet 1873, il affirme que quatre comun d'infanterie, une batterie d'artillerie de campagne, p^gnics r n a r ûviso dc l'"' et deux de 2™= classe, enfin quelques petites canonnières et chaloupes à prendre sur place, suffiraient pour occui

>


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ. per

la capitale

du Tong-King,

le

supérieur du fleuve au-dessus de

Sa dépêche du 28

juillet

379

delta du Song-Koï et le cours la capitale

1873 est très-explicite

:

un pas nouveau et Du 2s juillet isrs. décisif par suite de l'expédition tentée par MM. Dupuis et Millot, chargés par les autorités du Yun-Nan de leur faire parvenir par la voie du Tong-King des armes et des munitions. Ces messieurs, officieusement recommandés au bon vouloir et aux bons procédés du gouvernement annamite par M. Senez, qui les a vus arriver au Tong-King en novembre dernier, et par moi-même, ont eu à lutter contre des obstacles sans cesse renaissants suscités par les autorités annamites. Trop prudentes pour déclarer positivement qu'elles s'opposaient à cette «

La question vient de

faire

expédition, elles l'ont contrecarrée de tout leur pouvoir, sans parvenir à empêcher M. Dupuis de faire arriver ses armes jusqu'au Yun-Nan et d'en rapporter du cuivre et de l'étain. Leur mauvais vouloir, cependant, n'a pas été sans résultat l'opération, toujours contrariée, a duré de 8 à 9 mois, au lieu d'en durer 2 ou 3, qui auraient suffi, si le gouvernement annamite, sans même la favoriser, n'y avait opposé tous les obsta:

cles possibles

«

Au

lieu d'être fructueuse,

comme

elle l'aurait été, elle s'est

trouvée grevée de frais considérables, et ses hardis promoteurs se trouvent aujourd'hui exposés à des poursuites judiciaires faute de pouvoir faire honneur à des engagements dont l'échéance approche. Des maisons allemandes, en Chine, ont, il est vrai, offert avec empressement, et à des conditions avantageuses, de leur venir en aide, afin de participer aux suites d'une entreprise qui a pratiquement démontré la facilité relative de mettre la Chine Sud-Occidentale en communication avec la mer par le Fleuve Rouge ou Song-Koï. « MM. Dupuis et Millot éprouvent une répugnance bien naturelle à mêler des étrangers et surtout des Allemands à une opération qui, dans leur conviction, doit donner lieu à une revendication d'indemnité contre le gouvernement annamite, auteur direct du dommage qu'ils ont éprouvé. J'ai approuvé leur sentiment et j'ai prescrit de rechercher les moyens de leur procurer, avec la garantie de la colonie, les fonds dont ils ont immédiatement besoin, moyennant un acte en règle


380

EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

affectant au remboursement de cet emprunt une partie des métaux qui leur restent dus, suivant contrats réguliers, par les autorités du Yun-Nan. J'ai jugé cette intervention du gouvernement indispensable pour soustraire cette affaire aux tribunaux anglais du Hong-Kong, qui seraient forcément intervenus en cas de non-payement, et pour en éloigner les spécula-

teurs allemands qui désirent vivement y participer. Après le résultat positif obtenu par ces messieurs et en vue d'un avenir assuré,

j'ai

jugé

qu'il n'y avait

pas à hésiter.

Après avoir accompli son voyage, M. Dupuis a renvoyé avec une partie des navires, à Hong-Kong, et est resté lui-même avec l'autre partie à Kécho ou Ha-Xoï pour maintenir les communications ouvertes et empêcher par sa présence les travaux de barrage que sans cela les Annamites ne manqueraient pas de faire dans les fleuves. « L'arrivée de M. ]\Iillot à Hong-Kong et la publicité donnée à son voyage ont eu un énorme retentissement parmi le commerce européen en Chine. Des pétitions ont été adressées au gouvernement de Hong-Kong pour faire occuper un point du littoral tongkinois, sous prétexte que les Anglais y ont eu autrefois un établissement. Le commerce allemand, à l'affût de toutes les occasions d'étendre ses opérations, n'a pu manquer d'informer son gouvernement de la découverte d'une voie de communication naturelle et pratique entre la mer et le Yun-Nan, voie qui rendra inutiles tous les efforts tentés jusqu'à ce jour par les Anglais avec une persévérance vraiment britannique pour en créer une artificielle entre la Birma(c

M.

Millot,

nie et cette province.

du Yun-Nan avantages éclatants que ce débouché nouveau et comparativement facile offrirait pour multiplier la valeur des riches productions de leur pays, ne projettent l'envoi « Enfin,

il

n'est pas jusqu'aux autorités chinoises

qui, frappées des

d'une expédition armée pour s'en assurer «

la libre

jouissance.

Telle est la situation. Monsieur le Ministre, dans toute sa

rigoureuse exactitude « Elle est, vous le voyez, de nature à

me préoccuper vivement. « D'un autre côté, vous n'ignorez pas que le gouvernement annamite s'est adressé à moi à deux reprises dift'érentes pour me demander de décider par mon intervention M. Dupuis à se retirer du Tong-King. Sa présence dans le pays est, en effet,


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ. contraire aux stipulations du

ti\aité.

381

Ignorant, d'ailleurs, à cette

fait preuve dans tous leurs rapports avec M. Dupuis, j'ai adressé à celui-ci une invitation d'abandonner un point où il n'a pas le droit de résider. Cette communication lui parviendra par l'intermédiaire du gouvernement annamite lui-même. « J'en ai prévenu M. Millot, qui m'a affirmé que M. Dupuis ne pouvait y obtempérer et serait forcé, dans la situation présente de ses affaires, de se maintenir à Ha-Noï. « Que va-t-il en résulter? Fort de mon assentiment, le gouvernement annamite aura-t-il le courage et la puissance de forcer M. Dupuis à déguerpir? Ou, suivant des habitudes commandées par sa faiblesse, temporisera-t-il encore et aura-t-il

époque

la

duplicité dont les

mandarins avaient

de nouveau recours à mon intervention ? « Dans la première hypothèse, je ferai savoir à la cour de Hué que j'ai reçu de nos deux nationaux des rapports en complète contradiction avec la relation des faits qu'elle m'a présentée qu'en l'absence de tous rapports diplomatiques écrits et réguliers, auxquels elle se refuse obstinément, je n'ai d'autre moyen de m'éclairer que celui d'une enquête faite sur les lieux. « Dans la deuxième hypothèse, au contraire, je représenterai que, ]M. Dupuis ayant résisté à mon invitation, je ne puis l'y contraindre que par l'envoi au Tong-King d'une force capable de faire respecter ma décision. ;

« Il suffirait de leur représenter que, d'après des rapports authentiques confirmés par leurs démarches mêmes pour faire évincer un simple particulier, le Tong-King est dans un état

d'anai'chie de nature à faire craindre que l'autorité

du roi n'y

sous peu complètement renversée et que par suite le pays ne passe sous une domination étrangère « Que ce changement nous ferait perdre le bénéfice d'un article du traité qui ou\tc le Tong-King à notre commerce, livrerait aux plus grands dangers 500.000 chrétiens dont la protecsoit

;

tion nous est confiée, compromettrait à la fois la sécurité et l'avenir de notre établissement dans la Gochinchine Méridio-

nale pour lequel nous avons fait de

si grands sacrifices Qu'en vue de pareilles éventualités, nous jugeons nécessaire de prendre des garanties et d'occuper la citadelle de Kôcho ou Ha-Noï (capitale du Tong-King) et un des points de la côte avec des forces suffisantes pour tenir en respect les rebelles d'un côté, les pirates de l'autre ;

«

;


EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

382 «

Que je regrette

d'avoir été forcé de prendre et d'exécuter

cette détermination sans l'assentiment préalable du gouverne-

ment annamite; que j'ai

été contraint d'agir sans retard parles rapports alarmants que je reçois sur les rapides progrès des rebelles, les plaintes des chrétiens et les retards successifs apportés à l'envoi d'un plénipotentiaire à Saigon qu'un « Que je maintiendrai cette occupation jusqu'à ce ;

traité en règle me rassure sur le sort de nos coreligionnaires, rende la sécurité au commerce et me permette de contribuer au moins indirectement à maintenir l'ordre dans'ce pays si profondément et si cruellement troublé ;

Que mes dispositions amicales restent, d'ailleurs, les mêmes, comme ils pourront s'en convaincre en m'envoyant un «

plénipotentiaire. «

Dans quelque hypothèse que je

me

place.

Monsieur

le

y a des raisons suffisantes pour motiver notre présence armée au Tong-King. Il me reste à en rechercher et à en examiner les conséquences. Ministre,

il

Quant à l'attaque de notre corps expéditionnaire, si réduit soit, est-il possible de la craindre, quand on sait que le commandant Senez a parcouru tout le delta du fleuve avec deux embarcations et une vingtaine d'hommes, a su se faire respecter et contenir une multitude exaspérée quand on sait que depuis huit mois M. Dupuis se maintient dans le pays avec 25 Européens et une centaine d'Asiatiques de toutes provenances ? «

qu'il

;

« Mais je suis prêt, s'il reste un doute dans votre esprit et dans celui du gouvernement, à assumer toute la responsabilité des conséquences de l'expédition que je projette, à m'exposer à un désaveu, à un rappel, à la perte d'un grade auquel je crois avoir quelques droits. « Je ne demande ni approbations, ni renforts je vous demande de me laisser faire, sauf à me désavouer si les résultats que j'obtiens ne sont pas ceux que je vous ai fait entrevoir. ;

« Il ne faut d'autres vivres que le vin et la farine dans un pays riche et fertile en ressources a P. S. Je venais de terminer cette lettre quand j'ai recule télégramme chiffré m'annoncant la maladie du commandant Senez et me demandant de faire connaître mes projets. Ma


DU CONTRE- AMIRAL DUPRÉ.

o8o

réponse chiffrée en date de ce jour est ainsi conçue Le TongKing est ouvert de fait par le succès de l'entreprise Dupuis dont les bateaux ont remonté la rivière Song-Koï jusqu'aux frontières du Yun-Nan. Effet immense dans commerce anglais, allemand, américain nécessité absolue occuper Tong-King avant la double invasion dont ce pays est menacé par les Européens et les Chinois, et assurer à la France cette roule unique. Demande aucun secours, ferai avec mes propres ressources. Succès assuré. » :

:

—

Le 8 septembre, en réponse à sa dépèche du 28 juillet, l'amiDupré recevait du ministre un télégramme « lui réitérant le moment, quelles que soient les l'ordre de s'abstenir, pour ^ ^ ^ ral

'

'

considérations qui recommandent nronOSéeS.

la politique et les

opérations

^

la

con-

tre-aimral Dupré.

Du

•>>

^

L«^s"'"'"</c'

manne au

s

semptembre

1873.

Cependant, l'honorable amiral Dupré répond le 11 septembre ... ,, n »i. qu il se conformera, autant que les événements le permettront, aux ordres ministériels, et qu'il a pleine conscience de sa res.

.

,,.

Réponse du conl-e-amirai

Du-

P''®-

r..n^ septembre

ponsabilité

Dans cette réponse au ministre, il faisait entendre qu'Userait possible que la cour de Hué sollicitât elle-même notre intervention et qu'alors l'abstention serait un aveu d'impuissance pouvant nous porter un préjudiice irréparable.

Les Annamites ne cessaient de faire appel à l'amiral. Leur •,, „ frayeur se trahit par une dépêche du 6 août. Le gouverneur de leur répond, le 5 septembre, la Cochinchine qu'il ne ^ peut •^ ^ ' s'exposer à faire méconnaître son autorité, en écrivant à M. Dupuis une seconde lettre qui ne serait pas plus respectée que la première. « Dans cette situation, poursuit-il, je ne vois d'autre moyen de répondre convenablement au désir de Votre Excellence que d'envoyer un officier accompagné de quelques hommes à Ha-Noï pour signifier h M. Dupuis l'ordre de se retirer et pour le faire exécuter de force s'il refuse d'obéir de bonne grâce. » Puis, exagérant le danger que peuvent courir les Annamites, il suppose une complication de pure invention « Je crois cette mesure d'autant plus nécessaire que je sais .

i-'ii^'>iT

1

'

'

:

Extrait d'une tettre du contre?'"'"' ^!'{"'<?' a la cour a An-

nam.


384

EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

que Dupuis projette de réunir en grand nombre dos marchands de tous paj's, pour s'ouvrir une route ;\ travers le Tong-King et qu'il

attend des troupes du Yun-Nan pour l'aider dans cette

opération. « S'il n'est pas promptement arrêté dans ses projets, il est à craindre que l'autorité du roi Tu-Duc, déjà fort ébranlée au

Tong-King, n'y soit complètement méconnue, et que ce riche et beau paj's n'échappe à la souveraineté d'Annam. "Je ne vois d'autre moyeu assuré de lui faire quitter le pays que l'envoi d'un officier porteur de mes ordres et capable de exécuter.

les faire

Extrait d'une let- , tre du ministre 1^

du commerce l

dff

Annamaucon-

tre-amirai Du-

pro

»

Peu de temps après l'amiral Dupré recevait une dépêche de tt j j cour de Hue en date du 22 septembre. „ Considérons maintenant, disait le ministre du commerce -

i

i

^^

->

i

i

'

de l'Aunam, la lettre de Votre Excellence qui parle de les expulser par la force elle n'expUque pas encore bien le moyen' qu'on compte 'employer. Si on envoie un bâtiment de guerre ;

qui engage un combat avec eux et les chasse de cette façon, ils ne manqueront pas d'invoquer qu'ils sont envoyés pour le service public de la province de Yun-Nan, et alors, comme nos relations avec la Chine ont, jusqu'à ce jour, toujours été amicales, en considérant cette' manière de faire, elle ne nous semble pas conforme aux sentiments de la justice et de l'amitié. De plus il y aurait contradiction entre les sentiments qui nous unissent à ce pays. C'est pourquoi je pria Votre Excellence d'examiner attentivement ce que je viens d'exposer dans cette réponse, en tenant compte de nos coutumes et de nos lois, et de donner l'ordre aux bateaux Dupuis de s'en aller au plus vite, ou d'envoyer jusque-là un officier français avec quelques hommes d'escorte seulement, ou enfin d'écrire aux chefs chinois de retirer leurs troupes en les empêchant de revenir alors tout sera pour le mieux. Je vous prie aussi de me donner une prompte réponse et d'attendre, qu'après en avoir informé Sa Majesté, je vous transmette de nouveau ses intentions. » Dès la réception de cette dépêche, M. l'amiral informe la cour de Hué qu'il va envoyer un officier au Tong-King, mais il reproche vivement aux Annamites d'avoir sollicité à HonKong l'intervention du gouvernement anglais, tandis qu'ils s'adressaient à lui pour faire cesser des désordres, et que leurs ambassadeurs faisaient des propositions inacceptables. Et il ;

poursuit

:


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ. «

385

démarches

Les

changé

la situation.

faites à Hon-Kong ont profondémeut Je ne ^ puis attendre pour agir au TonsT-King jr o o o

,

résultats des pourparlers engagés avec le gouvernement de cette colonie je ne saurais souffrir, sans manquer à mon devoir, que des étrangers se mêlent d'une affaire qui ne regarde que vous et nous. Je vais donc prendre des mesures pour envoyer à Hà-Noï un officier chargé de faire exécuter le traité par les Français qui se trouvent au Tong-King. Si cet officier est directement ou indirectement entravé dans l'exécution de sa mission parle fait des autorités annamites, je serai forcé de rendre votre noble gouvernement responsable, et il faudra renoncer, à mon grand regret, à toute espérance d'amitié prochaine. » les

du c<m''T"""''^ tre-amiral l)a!>'« « la cour d' Aniinm.

;

un excellent motif d'intervention. Aussi l'amiral se il annonce que l'expédition partira dès l'arrivée de M. Garnier, d'autant plus, _, .,• -, ^ ajoute-t-il, que le roi Tu-Duc sollicite de nouveau son assisC'était là

hàta-t-il d'en instruire le ministre, ... et ,

,

.,

.

,

1

.

^'^irtamlraiTtû-

préaumUihiie de la marine.

tance

deux corps d'observaM. Garnier d'abord, avec le cVEstrées et la canonnière VArc ; ensuite le Decrès, avec une seconde canonIl

avertit le ministre qu'il expédiera

tion différents

comme

nière

:

la

première,

serviront d'escorte

à

la

mission

d'exploration.

Les instructions données à M. Garnier, d'après cette même seront de s'établir solidement sur le point qu'il choisira comme le plus convenable pour remplir sa mission de faire choix d'un port pouvant au besoin servir plus tard de base d'opérations; d'ouvrir une enquête sur les faits reprochées à M. Diipuis par le gouvernement annamite et sur les réclauiatioift formulées par le premier; d'user de toute son influence pour obtenir de lui qu'il se retire du Tong-King avec les aventuriers qu'il a attirés en cas de refus, de s'entendre avec les autorités annamites pour l'y contraindre.

lettre,

;

;

Enfin M. Garnier devra faire traîner son expédition en lon-

gueur jusqu'à ce

qu'il soit

rappelé avec son petit corps expé-

ditionnaire

AL sans

l'amiral lui

^"^JHesàiL Frnâ«^'s

Dupré

en laisser

commission de la Chambre, mais communication, les instructions écrites a lu à la

Ganwr.


EXTRAITS DE

386

LA.

COllRESPONDANCE OFFICIELLE

ordres formels, dont ronsemble donna à M. Garnier, quelques passages surtout confirment absolument ce qui se dégage des documents que nous citons et des intentions très-caractérisées de M. le gouverneur. qu'il

et

En même temps (1) que M. Garnier partait de Saigon, le gouverneur envoyait au gouvernement de Hué une dépêche dans laquelle il récapitulait ses motifs de mécontentement; démarche des Annamites auprès du gouvernement étranger de HongKong; mauvais traitements infligés aux chrétiens; mépris des passe-ports délivrés par lui aux missionnaires; impossibilité de laisser fermée à la navigation la seule roule mettant facilement les provinces de la Chine en communication avec la mer. Puis il faisait suivre cette énumération de griefs d'une sorte

' .

d'ultimatum éclairant à merveille sur ses intentions réelles. En conséquence, je donne l'ordre à M. Garnier de demeurer à Ha-Noï jusqu'à ce que l'aftaire de la navigation du SongKoï soit réglée, et d'insister auprès des autorités locales pour qu'en même temps le port de Ha-Noï soit librement ouvert à notre commerce, qui attend et demande depuis tant d'années le libre accès des ports du Tong-King. » ((

'

Le 23 octobre

^S?"/aS.; nam extérieures

de

l'Annatn

nu

contre -amiral ^>'P''«-

le ministre des relations extérieures de l'Anrépondait à l'amiral Dupré.

«Quant aux paroles prétendant que notre gouvernement envoyé à Hong-Kong des gens pour prier des personnes d'un royaume étranger d'intervenir dans les affaires du TongKing, démarche que Votre Excellence considérait comme une preuve de manque d'amitié et de confiance de notre gouvernement envers votre noble royaume, la lettre qui a été autrefois envoyée au gouverneur anglais se trouve encore à Hong-Kong. Que Votre Excellence envoie des gens en prendre copie, afin avait

de

la

faire

traduire et d'en avoir ainsi connaissance.

11

est

convenable de dissiper tous ces soupçons dont l'origine vient, je pense, de la dépêche officielle contenant des faits erronés que Votre Excellence n'a pas assez mûrement réfléchis. J'ai déjà parlé de ces choses dans une lettre précédente, afin que vous puissiez y songer de nouveau. J'espère

opportun

(\) 11

et

octobre 1873.


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ. que VOUS l'avez maintenant

lue. Elle a

387

dû vous inspirer de

la

couflance. « Quant aux paroles de Votre Excellence, disant qu'après le départ de Dupuis, il convient encore de laisser un navire et un envoyé à la province de Ha-Noï jusqu'à ce que toutes les cho-

ses relatives à la navigation dans le Song-Koï soient réglées, qu'une grande agitation existant actuellement, selon l'opportunité votre envoyé se servirait de son influence pour nous protéger, pour cela il n'y a plus maintenant au Tong-King que les pirates du haut du fleuve, qui sont en fuite, dispersés et cachés. Les troupes de notre gouvernement sont à leur poursuite pour les exterminer, et dans un très-petit nombre de jours tout peut être terminé et le pays pacifié. Tout le peuple des autres provinces est tranquille et soumis. Quelles sont les choses si difficiles, si dangereuses ? Notre gouvernement ne s'inquiète pas de cela. « Pourquoi Votre Excellence prend-elle la peine d'écouter ces bruits et de s'en inquiéter à notre place? Nous avons vu que le droit de tous les peuples de l'univers dit que, lorsque deux nations sont en paix mais n'ont pas fait de traité pour les choses ordinaires, l'une ne peut s'occuper des affaires intérieures de l'autre. Maintenant, Votre Excellence, parce qu'on lui a transmis quelques paroles en l'air, veut tout décider et arranger au lieu et place de chacun, ce qui n'est pas réglé ni prévu par le traité. Je crains encore que ce ne soit pas convenable de pourvoir de force à des nécessités quelconques en contrevenant aux règles du droit des gens. A plus forte raison, pour discuter et méditer les articles d'une convention commerciale, il faut absolument que le traité de paix soit fait. C'est alors seulement que l'on pourra en parler. 11 faut de plus que notre gouvernement détruise jusque dans ses racines la piraterie sur terre et sur mer, et que les roules soient sûres. Après cela el progressivement, on prendra des décisions et des mesures qui, de cette façon seulement, pourront être susceptibles d'une longue durée. « Ce n'est certainement pas un fonctionnaire subalterne n'ayant qu'une courte mission temporaire qui peut régler tout cela. Si le noble envoyé, parce qu'il a été chargé de venir au Tong-King donner un ordre aux bateaux Dupuis, argue de cela pour s'occuper d'autre chose telle que la discussion relative à l'ouverture de discussions counnerciales, alors les étrangers qui verront ces faits penseront et diront que dans ses actes il <'


388

EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

agit comme Diipuis qui prend le prélcxle du Iraiisport, d'approvisionnements pour les troupes pour demander illégalement l'ouverture de voies pour le commerce. Je crains que cela ne soit contraire à l'ancien traité et une bien grande extension du motif mis en avant par Votre Excellence qui est de nous protéger. C'est pour ces motifs que je serais loin d'être disposé à m'y prêter, et je pense que vous n'en seriez pas plus satisfait que moi. « Les rapports de Votre Excellence avec notre gouvernement sont conformes à la droiture. Aussi, ne puis-je pas ne pas m'exprimer en toute franchise. J'espère que Votre Excellence y réfléchira mûrement avec un esprit calme et enverra promptement à son envoyé l'ordre de se conformer à la demande contenue dans ma présente lettre, et qui n'a rien que de juste, et de se contenter de terminer promptement l'affaire Dupuis, pour manifester ainsi la sincère intention de nous secourir. Je prie Votre Excellence de me donner au plus vite une réponse sur les nouvelles intentions qui pourraient lui venir afin de dissiper mes inquiétudes. Pour toutes les autres choses relatives à l'ouverture d'une route pour le commerce et l'établissement de douanes, je vous prie d'attendre la conclusion d'un traité pour pouvoir en délibérer d'une façon satisfaisante. « Quant au bateau envoyé par Votre Excellence, il a levé l'ancre et est parti de Tourane pour le Nord le 29° jour du 8» mois, vers onze heures du matin (20 octobre). Je vous en informe alln de vous tranquilliser. Enfin, l'ancien ministre des affaires étrangères, Pham, a été désigné par Sa Majesté pour occuper d'autres fonctions, et c'est moi, Nguyen, qui ai été nouvellement désigné pour le remplacer. C'est ce dont je vous informe également. « Que le vent d'or, etc. »

Tu-Duc,

26"

année,

9'^

mois,

3»

jour.

(23 octobre 1873.)

Après Dépêche du coutre-amiral Du-

d'Annam

de Hà-Nôi l'amiral Dupré adressait à dépêche suivante

la prise la

la

cour

:

.

''""'

^-

S'inii"

1" décembre 1873.

Je viens de recevoir des nouvelles très-graves duTong-King. d'être attaqué par des forces très-supé-

M. Garnier, menacé

rieures, a été forcé d'attaquer la citadelle de Ha-Noï. J'ai pris


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ.

389

une connaissance très-approfondie du rapport de cet officier. J'ai vu qu'il avait été sommé de faire partir Dupuis et de se retirer aussitôt après. Vous savez quels étaient les ordres qu'il avait reçus il devait se renseigner exactement sur les torts reprochés à Dupuis; il devait ensuite faire partir celui-ci; ib devait tâcher de faire régler provisoirement en attendant le traité définitif, la question commerciale; enfin, il devait rester à Ha-No'i jusqu'à ce que cette question fût arrangée d'une manière satisfaisante pour empêcher par sa présence que de nouveaux aventuriers, tentés par la facilité avec laquelle Dupuis s'était maintenu dans le pays, ne vinssent y porter encore le :

trouble et le désordre.

Depuis lors, il est vrai, vous m'avez demandé de donner Tordre îi M. Garnier de ne pas s'occuper de la question commerciale et de se retirer aussitôt après le départ de Dupuis, et je vous ai répondu que je suis disposé à lui prescrire de laisser de côté la question commerciale, mais que je ne saurais consentir à le faire partir avant que cette question fût définitive-

ment

réglée.

Dans cet rant la sidérait

état de choses,

il

était clair

demande que vous m'avez

comme

que M. Garnier, igno-

faite et

ma

réponse, se con-

forcé d'obéir aux instructions premières qu'il

ne pouvait se soumettre à la de chasser Dupuis et de vider les lieux aussitôt. 11 venait en ami, on le traitait en tributaire. 11 a fait d'énergiques représentations. Elles n'ont pas été écoutées; au contraire, le maréchal Nguyen a fait ouvertement des préil a ordonné de paratifs militaires considérables, menaçants lever des troupes, de les rassembler à Ha-Noï, il a fait activer de tout son pouvoir les travaux de fortification commencés à PhuHoa'i, il a arrêté les approvisionnements fournis à nos hommes, il a tenté à plusieurs reprises de faire incendier la maison de

avait reçues

:

il

sommation qui

était clair qu'il

lui était faite

;

Dupuis

et

de faire empoisonner l'eau destinée aux Français.

Si vous ne vous hâtez de faire le traité, notre séjour au TongKing se prolongera, nous serons forcés ou d'en compléter l'occupation pour administrer directement le pays, ou de chercher dans la famille royale ancienne celui de ses membres qui a le plus de droits pour régner sur le pays, à l'établir et aie soute-

nir de nos armes. Rien ne sera plus facile; les populations en

grand nombre viennent déjà au devant de nous elles s'y précipiteront quand elles sauront que nous nous étabUssous défi;


EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

390

nilivement. Les Chinois demaïKlcnt noire proleclion pour com-

mercer librement.

Le rapport de M. Bouchot contient encore

les

documents

sui-

vants.

Extraits d'une dépèche du contre-amiral Dupré

an ministre de

M.

(iarnii'r lui a fait (à

Nguyenj

la

marine.

et Tait faire des représenta-

tions qui toutes sont restées vaines et qui semblaient, au contraire, exciter l'ardeur

avec laquelle

il

poursuivait les prépara-

Le Scorpion auquel, après avoir appris la perte de VArc, j'avais ordonné de se rendre de Hong-Kong au Tong-King, et ÏEspingole, qu"à force d'habileté et de prudence le commandant Testard a réussi à y conduire, sont arrivés fort à propos pour permettre à M. Garnier d'adresser à Nguyen une mise en demeure en règle de suspendre ses préparatifs militaires et ses actes d'hostilité contre des Français venus en amis à la demande de son gouvernement. Cette démarche est restée sans effet comme les précédentes. Encore quelques jours et M. Garnier risquait d'être jeté dans le fleuve avec la poignée d'hommes qui l'accompagnait. Le seul moyen d'éviter ce danger imminent était de le prévenir. M. Garnier s'y est décidé à la dernière extrémité, sachant combien le gouvernement français était opposé à tout acte de violence de nature à compliquer ses rapports avec l'Annam. Il n'a cédé qu'à une absolue nécessité, j'en suis convaincu, en déclarant au maréchal que si le 19 toute manifestation hostile n'avait pas cessé il attaquerait la citadelle le 20. Après avoir fait rallier la compagnie de débarquement du Decrès, il a fait ouvrir le feu des deux canonnières contre la terre à six heures du matin; une demi-heure plus lard, il a lancé ses 120 hommes disposés en tifs.

colonnes d'attaque contre la citadelle dont il était maître avant sept heures. Il a fait occuper sans retard les nouvelles fortifications élevées dans le voisinage; il s'est trouvé maître de la situation sans avoir perdu un homme. trois

Après ce coup de main, M. Garnier, soutenu par une grande partie de la population, par les Chinois et par les chrétiens en


DU CONTRE -AMIRAL DUPRÉ.

391

mesures nécessaires pour maintenir la tranrépandre et afflclier des proclamations expliquant la nécessité dans laquelle on l'avait placé son acte de il restait l'allié et vigueur était un acte de légitime défense l'ami du gouvernement annamite il invitait toutes les autorités à attendre à leurs postes les ordres du gouvernement, et les populations à l'obéissance. Ses dernières nouvelles sont du 23 et m'ont été apportées par le Decrès. J'ignore donc si, à l'heure qu'il est, les efforts qu'il a faits pour conserver la tranquillité ont été couronnés de succès. J'ignore donc également quelles sont, pour la cour de Hué, les conséquences de cet événement que je regrette, si bien justifié masse, a pris quillité

:

il

les

a fait

;

;

;

qu'il soit.

M. Garnier se trouve momentanément forcé de prendre des mesures pour assurer la tranquillité du pays il faut faire cesser elle ne cessera que par le le plus tôt possible celte nécessité ;

;

traité. Si, à mon grand regret, malgré mes plus grands efforts, mes plus instantes prières, le gouvernement reste sourd encore cette fois à ma voix, je serai obligé de prendre des mesures

pour assurer l'indépendance du Tong-King. Ces mesures, monsieur le ministre, seront la proclamation de souveraineté d'un des membres de la famille détrônée qui conserve un grand nombre d'adhérents dans le pays dont le vice-roi des deux Kouang qui, à ma demande, a déjà fait retirer ses troupes, désire la restauration et le protectorat de la France assuré au souverain appelé par elle au trône. J'ai la confiance que cette solution éventuellement recommandée à M. Garuier, vivement désirée par tous nos évoques (1), ne nous demandera pas plus d'embarras, ne nous créera pas plus de difficultés que le protectorat accordé au gouvernement de Hué et qu'à ce titre elle recevra votre approbation.

la

(1)

La conduite de Mgr Puginier pendant roccupatiou française et Mtrr Colomer lors de l'insurrection de 1S74 sont en contradic-

celle de

tion avec l'assertion de l'amiral Dupré.


EXTRAITS DE LA CORRESPONDANCE OFFICIELLE

392

lettre du premier ambassadeur de l'Annam au contre-amiral Buprè, en date du 25 décembre 1873.

E.rtrail d'une

de Voire Excellence dit A moins d'impossibilité de M. Garnier de se conformer à mes ordres, impossibilité qu'il devra prouver, etc., et ensuite ce qui nous reste à faire maintenant, c'est de nous occuper de toutes nos forces à conclure au plus vite le nouveau traité qui terminera toutes ces affaires. Ces paroles de Votre Excellence peuvent sembler indiquer son intention de tolérer encore les actes si nuisibles de M. Garnier pour avoir le moj^en d'agir par pression <(

La

leltre

absolue de

:

la part

:

sur moi.

»

Extrait du rapport adressé au ministre de la marine par 31. le contre-amiral Buprè au gouverneur de la Cochinchine {janvier 1874),

Dès l'arrivée au Tong-King de nier s'est trouvé en présence de

d'une hostilité sourde ensuite,

la petite expédition, M. Garmarques de défiance d'abord et enfin de mesures apparentes

contre lesquelles il a protesté sans succès à plusieurs reprises, et qui ont fini par le mettre dans une situation telle que, pour

ne pas être rejeté à l'eau quelques jours plus tard, il s'est vu dans la nécessité de se tirer de danger par un coup d'audace « admirablement conçu et héroïquement exécuté. » Le 21 novembre, il s'est emparé, à la tête d'une centaine d'hommes, de la vaste citadelle d'Hà-Noï, gardée par plusieurs milliers de soldats, de la personne de notre plus mortel ennemi, le vice-roi, grand maréchal, Nguyen-Tri-Phuong, et de deux de ses partisans, les fils de Phan-Tan-Gian qui, depuis six ans, ont été l'âme de tous les soulèvements de la Basse-Cochinchine. Malgré des erreurs, des fautes même, il est juste de faire ressortir l'émiuent service qu'il a rendu par la prise de Nguyen-TriPhuong, mort le 20 décembre des suites de ses blessures. La déportation ou la mort de cet homme pouvait seule rendre confiance aux partisans de l'alliance française. En s'emparant de sa personne, M. Francis Garnier et ses vaillants compagnons d'armes ont assuré, croyons-nous, le succès de la politique française dans ce pays. On trouvera juste de les en récompenser. L'amiral demande donc instamment que ]\I. le lieutenant de vaisseau Francis Garnier soit nommé capitaine de frégate


DU CONTRE-AMIRAL DUPRÉ.

393

à la date du 21 novembre, jour de la prise de la citadelle de HaNoï. Cette récompense posthume fera voir que la France sait

dignement reconnaître le dévouement de ses flls et aura pour effet d'assurer à la veuve et à l'enfant de M. Francis Garnier la pension due à la veuve d"un capitaine de frégate tué à l'ennemi

A

(1).

ses rares qualités de caractère et d'intelligence qui Teusseiit

inévitablement conduit à la célébrité, M. Francis Garnier joignait le désintéressement le plus complet... Chacun ici fera des efforts pour obtenir du commerce étranger dans ces mers

un témoignage aussi éclatant que possible de sa reconnaissance pour les services que lui a rendus M. Garnier et qu'il a payés

A

de la prise d'Ha-Noï, M. Francis Gardemandes de récompense pour les plus méritants de ses compagnons. Elles sont transmises au ministre par le contre-amiral, gouverneur de la Cochinchine, qui les recomde sa vie...

la suite

nier a adressé des

mande de

tout son pouvoir

;\

la justice et à la bienveillance

de

Son Excellence.

Letlre du conlre-amiral Bupré à 671

«

Mme

veuve Francis Garnier,

date du 10 janvier 1874.

Madame,

« Je viens avec un bien vif chagrin et la plus profonde sympathie vous confirmer la douloureuse nouvelle qu'a dû vous

apporter le télégraphe. « M. Garnier a été tué le 21 décembre, dans une sortie qu'il a faite pour repousser mie attaque commencée la veille contre la citadelle de Ha-Noï. « 11 est tombé victime de son indomptable courage, de l'ardent patriotisme qui lui avait fait solliciter (2) la périlleuse liiission d'ouvrir le Tong-King au commerce et à la civilisation. « La France perd en lui un de ses flls les plus dévoués qui lui eût fait honneur si le sort l'avait épargné. Ses rares qua(1) L^ ministre de la mariae, arrêté par les rt^glemeiits, n'a pas cru pouvoir admettre la i)ropositioii de récompense posthume présentée par M. Dupré. (2) L'amiral se trompe. C'est lui qui rappela M. Garnier de SliangIlaï c'est lui qui le chargea de la mission, malgré les représentations prudentes de son olhcier citées plus haut. (Note de M. Bouchet.) ;


PROJET DE LETTRE DE M. FRANCIS GARXIER

894 litcs

de caractère et d'intelligence l'auraient infailliblerncnt la notoriété qui lui était acquise h une célébrité

conduit de méritée.

« En annonçant cette fatale nouvelle au ministre, je lui ai instamment demandé de récompenser dignement les éclatants services rendus jjar M. Garnier. J'espère que ma juste demande sera favorablement accueillie. « A défaut de consolations, je vous offre, madame, l'hommage de mon respect et de mou dévouement, avec l'expres-

sion de

ma

sj'mpathic

la

plus sincère. (Signé) C.-A. J. Dupré.

»

X Projet de lettre de M. Francis Garnier au maréchal Nguyên Tri Phu'o'ng(l). Hanoi,

Monsieur

le

le

.

.

.

noveinhre 1873.

Maréchal,

Dans une proclamation en date du 19 courant, le gouverneur de Hanoi affirme que je ue suis venu au Tong-King que pour chasser M. Dupuis, que ma présence n'a pas d'autre on m'avait promis que cette proclamation serait retiobjet rée elle ne Fa pas été. Vos agents répandent contre moi des vous défendez aux bruits faux, des accusations haineuses commerçants, aux chrétiens de venir me trouver; vous ordonnez que toute réclamation, que toute plainte passe devant vous avant d'arriver à moi. Cela ne saurait être, Monsieur le Maréchal. Je ne suis point un serviteur du gouvernement annamite venu à Hanoi pour se faire l'exécuteur de sa justice. J'y suis venu représenter les ;

:

;

(1) Sur la première feuille était écrit, en haut dans le coin de gauche « A monsieur le Maréchal »; Expédition du Tong-King " au milieu enfin au-dessous, de l'écriture de M. Garnier, les mots suivants « N'a pas été envoyée. :

"

;

:

:

19

]\Tbre,

(Signé) F. Garnier. »

En regard du chinoise.

texte français de ce projet de lettre était la traduction


AU MARÉCHAL NGUYÈN TRI PHU'o'nG.

395

intérêts de la civilisation et de la France, disenter librement,

^n nom du Gouverneur de Saigon, les mesures à prendre pour calmer l'efifervescence des esprits, régulariser la situation commerciale, prévenir

le

retour de .complications analogues à celles

qu'a produites l'arrivée de M. Dupuis. Si la cour de Hué, impuis-

sante à faire respecter son autorité au Tong-King, se refusait à admettre cette partie de ma mission, après avoir demandé le concours de l'Amiral pour faire quitter '-Hanoi à M. Dupuis, elle pouvait me le faire dire h Tourane, où je me suis arrêté pour lui faire connaître les intentions du Gouverneur. Elle m'a laissé venir jusqu'ici, j'y resterai. J'examinerai librement l'état des choses, et j'arrêterai avec vous ou sans vous, telles mesures qui me paraîtront nécessaires pour rendre à cette contrée la prospérité et la vie.

Je déclarerai à tous que contrairement à votre dire,

ma

mis-

M. Dupuis, mais à examiner sa sujet français, il ne relève que du gouver-

sion ne consiste pas à punir

conduite.

Comme

neur de Saigon, •ses

et les tentatives d'assassinat, d'incendie dont

soldats et lui ont

failli

être victimes sont aussi misérables

que coupables. Il a violé les trailés, dites-vous, en résidant à Hanoi. Que ne le laissiez-vous passer pour se rendre à sa destination, ou que ne lui déclariez-vous au début de son entreprise que vous vous opposiez ouvertement à son passage, au lieu de lui promettre une réponse de Hué qui, [au bout d'un an, n'est pas encore venue ? Je déclarerai aux commerçants que la protection de la France leur est assurée pour toujours, que sa main ne se retirera jamais d'eux, qu'EUe veillera soigneusement à leurs intérêts, k la stricte observation des règlements et des tarifs que l'Amiral aura établis. Je déclarerai aux habitants que leur indépendance et leurs droits trouveront en l'Amiral un protecteur éclairé, que son vif désir est de les voir gouvernés suivant les règles de l'humanité et de la justice, et qu'ils peuvent librement lui adresser leurs plaintes et leurs

vœux.

Fidèle aux instructions que

reeues de l'Amiral, je suis si de votre côté, vous les exécutez loyalement. Je suis résolu à ne pas tolérer plus longtemps les menaces dont je suis entouré, les terreurs que vous répandez dans les populations k mon j'ai

résolu. Monsieur le Maréchal, à faire exécuter les traités,

sujet.

J'honore votre grand âge et votre patriotisme, je déplore

la


396

LISTE DES OFFICIERS, DES MARINS ET DES SOLDATS

haine aveugle contre les Français, qui caractérise tous vos actes. Que la responsabilité de leurs conséquences retombe sui-

ve tre

tête.

Le Lieutenant de vaisseau^ Envoyé politique, et Commandant 'militaire au Tong-King.

XI

Liste des officiers, des marins et des soldats du corps expéditionnaire. Canonnière

le

Scorpion.

ÉTAT-MAJOR.

MM. Francis Garxier, lieutenant de vaisseau de première

classe,.

commandant provenant de VArc. ;

Ch.-Adalbert Esmez, enseigne de vaisseau, second, provenant

de Y Arc. Georges Bouxix, aspirant de première

classe,

provenant du

Becrès.

François Bouillet, sous-ingénieur hydrographe, provenant de ÏEspinrjole.

Alexandre Ghédan, médecin de deuxième VArc.

classe,

provenant de

équipage. BiziEX, second maître, première classe.

Imbert, sergent fourrier, provenant de VArc.

GuÉGUEN, quartier-maître charpentier. PELLICA^"T,

— — — —

canonnier.

GuÉRiN, de timonnerie. NÉVÉ, canonnier de première classe. Danio, matelot de première classe, provenant de VArc. Pétel, Le Page, Le Bars, provenant de VArc. Gréciet, de deuxième classe. LEPARMEN'TIER, ]\L\zÉ,

Jaffray,

— — — — — —

— — —

— — —

provenant del'^ rc.


DU CORPS EXPÉDITIONNAIRE.

397

Robert, matelot de deuxième classe, provenant de VArc (détachement du Fleurus.) matelot de troisième classe. Drapeau, Landat, Laborderie, provenant de VArc. Le Goff, COGANT, novice DiENER,

— — — —

Tissier,

—

— — —

—

— —

houssard, Keller, second maître mécanicien. Cazeneuve, quartier-maître mécanicien de première classe, provenant de Y Arc. JoussELiN, quartier-maître mécanicien de deuxième classe. €auvy, Haye, chauffeur de deuxième classe. ExTRAYGUES, de troisième classc, provenant dc r-lrc. Ghivaujon, boulanger. GiRAUD. Que, matelot annamite, provenant de VArc.

—

—

—

—

Do, Co, Baie,

Lao,

Nam, Paul, Yio,

A-TcHOQN,

— —

— — — — —

»

chinois, domestique de Tétat-major.

— —

— —

—

du capitaine.

Scorpion- Annexe.

(Bâtiment fictif, établi à terre pour la comptabilité et ayant pour équipage le détachement du Fleurus, sauf un homme, et le reste des marins de VArc. Les officiers, qui se trouvaient à terre, étaient en subsistance sur ce bâtiment fictif.)

ÉQUIPAGE. Tp.otobas, second maître de manœuvres, première classe, pro-

venant de VArc. GÉROMiNi, sergent d'armes, première classe, provenant du Fleurus.


398

LISTE DES OFFICIERS, DES MARINS ET DES SOLDATS

PoNDAVEN, quarlior-inaîlre canoiinicr, première

classe,

prove-

nant de VArc. Le Rastard, caporal d'armes, première classe, provenant du Fleurus.

CoRRiGou, quartier-maître canonnier, deuxième classe, provenant du Fleurus. Jagou, caporal d'armes, deuxième classe, provenant du Fleurus. SoRRE, quartier-maître de timonnerie, deuxième classe, provenant de VArc. Provos, matelot de première classe, proven. du Fleurus. LONDIN, Le Gras, de YEspin-

— —

— —

—

—

.

—

gole.

GossELiN, Chesnais, pouessel, Poireau,

gounidou, Gautier, Girard, Guevel, COUÉDON, BOHAN, Quereuil, RUSTUEL, Labat, MORIGE, Bernard,

montfort, GlOT,

TURPIN, AUSSEL,

— — — — — — — — — — — — — — — — — — — — —

de deuxième classe,

— — — —

de troisième classe,

—

— — — — — — — — —

— — — —

— — — — — -

de rA?-c.

du Fleurons.

-

— — — — — — — — — — — — — — —

Le Boubennec, Le Dorner, Raguenès, apprenti marin, provenant de YEspingole.

— — — — — — — —

—

— — — — — — — — — —

YiAL, second maître mécanicien, première classe, provenant de Y Arc.

Perron, quartier-maître mécanicien, première

classe, provenant de l'Arc. Boniface, chauffeur, troisième classe, provenant de VArc. FouRMER, distributeur comptable, première classe, provenant de Y Arc.


DU CORPS EXPÉDITIOXXAIRE.

399

A-TcHAM, chinois, domestique de rétal-major, provenant de

Nguyen, matelot annamite, provenant de ÏArc.

— — —

HiEU, Loi,

Law,

— — —

— — —

— — —

en subsistance. M. Lasserre, commis aux écritures. HOE, /

Lo,

.

,

interprètes. ^

1

Canonnière VEspinr/ole. ÉTAT-MAJOR.

MM.

Adrien-Paul Balny d'Avricourt, enseigne de vaisseau,

commandant. François-Jules

Harmand

,

médecin

auxiliaire

de

deuxième

classe.

ÉQUIPAGE.

Guillemot, second maître mécanicien, première classe. Barbu, quartier-maître canonnier, première classe. Yacquery, caporal fourrier, deuxième classe. Le Bas, quartier-maître canonnier, deuxième classe. Tartarini, BoNiFAY, Bern.vtets, Vast,

—

de timonnerie matelot de première classe.

— —

— — — — — —

deuxième

— — —

—

Breton,

— — —

Ostabrich,

—

Porsmoguer, troisième Le Pen, provenant de l'Arc Mobihan, second maître mécanicien, première classe. Le Martelot, quartier-maître mécanicien, première classe. Kl au, Marassé, ouvrier chauffeur, troisième classe. Gautherot, Allary, distributeur comptable de première classe. ToK HiNG TiNG, domestique du capitaine. Boum, matelot annamite. Nam,

—

—

—

—

Boum

Ly,

—

— —

—

—

—


400

LISTE DES OFFICIERS, DES AI.VPJXS ET DES SOLDATS matelot annamite.

Tam,

Maou, Sao,

Nam

Ly,

Compagnie de débarquement du Decrcs

(1).

état-major.

MM.

Ferdinand Bain de la Goquerie, enseigne de vaisseau,

capitaine.

Marc-Paul Hautefeuille, aspirant de première classe,

lieu-

tenant, puis capitaine.

Edouard-Jean Perrin, aspirant de première classe. Albert-Louis Dubut, médecin auxiliaire de troisième classe.

EQUIPAGE.

Castagxet, Lencimont, Jarnot, Dagorne, BOILÈVE, Ardeven, Dallot, Lemonstre, Le Bobinec, Berne, Malcoste, Cadiou, Suzaret, bouzendor, Laurens, Le Sauce, ROLLIX, GiCQUARD, Messer, Berges, Bonnet, Corven, (I)

capitaine d'armes, adjudant,

second maître armurier.

—

voilier,

sergent fourrier, quartier-maître de manœuvres.

— —

canonnier. limonnier. caporal d'armes, quartier-maître charpentier, fusilier,

—

première classe.

deuxième

troisième classe.

La compagnie du Decrés

annexe.

classe.

était

en subsistance sur

le

Scorpion-


DU CORPS EXPEDITIONNAIRE. Le Bourhis, Prima, Le Coroller, Le Borne,

fusillier

401

de troisième classe,

matelot.

Jacob,

Déraison, David, PiCAUD, Lapierre,

Le Haziff, Le Mestre, GUÉRIN,

Gacheux, Menut, Olivier,

Pedron, boedeven, PÉRON, Haas, (boulanger)

EON,

Braban, Andrieux, Le jNIontagner, Martin, PiCOL,

DUCORROY, DOLO, Pelé, Gancouet,

POGAM, Le Goff,

timonnier de première classe,

voilier calfat

Briex,

clairon,

HiLAIRE,

canonnier de

PULUARD, BONIER,

AUBERT, Lautram, GORVEC,

— — —

charpentier

1"'°

2®

gabier

cl.

— servants de

la

pièce de

h.


402

LISTE DES OFFICIERS, DES MARINS ET DES SOLDATS

Détachement du

4" régiment d'infanterie de marine.

OFFiaER.

M. Eclgard de Trentinian,

sous-lieutenaut.

TROUPE. sergent de première classe. Champion, Alfred, Florentin, Mensuy, caporal de première classe. DuREUiL, Pierre, Maurin, Jean-BapListe-Alphonse, de deuxième classe. BiDEAUX, Louis-Franç.-Narcisse, GuÉRiN, Albert, Faizon, Louis, clairon de première classe. Papy, François, deuxième Garbaumie, Louis, Petit, Gabriel, soldat de première classe. Fayxel, Jean-Antoine, RucHON, Moïse-Marie, Fardonnet, Léon, André, François, DuBOS, Jean, Bleton, Joseph-Victor, Saccoune dit Labarthe, François, sapeur. Vernisse, Antoine, RucHON, Jean-Pierre, Ghambaz, Jean-Pierre,

—

—

—

— — —

— —

— —

—

— — — — — —

— — — —

— —

— — — —

DuvAux, Jules, Robert, François,

soldat de

]\Ienatory, Louls-Sextius,

Lambert, Henri-Louis, RiGOD, Jean-Marie,

André, Philippe-Antoine, CORNEVEAUX, JoSCph, Routier, Joseph-Florentin, Laforgue, Jean, POINT-DUMONT, Louis,

En résumé, vembre au

21

le

.

—

— — — — — — — —

deuxième

— — — — — — — —

classe.

corps expéditionnaire a compté, du 20 no-

décembre 1873

:


ORDRE d'attaque DE LA CITADELLE DE HA-NOI. 403 Scorpion Scorpion- Annexe Espingole Compagnie du Decrès. Infanterie de marine..

Européens.

36 20 64 31

188

9 Asiatiques.

— — — —

37

(1)

Européens.

7

8

— —

24 Asiatiques.

Tel est l'état nominatif des officiers, des marins et des soldats qui ont concouru à la conquête du Delta du Tong-King.

Malgré

les

dangers inouïs

qu'ils

ont courus, malgré les com-

bats presque incessants qu'ils ont dû livrer, c'est seulement en août 1878 qu'une décision ministérielle est intervenue, qui leur a

compté comme temps de campagne l'expédition du Tong-

King.

XII

Ordre d'attaque de la citadelle de Hà-Nôi. ORDRE N°

25.

—

19

NOVEMBRE

Le lieutenant de vaisseau, commandant

1873. m,ilitaire

au Tong-

King, Décide Le corps expéditionnaire attaquera à six heures du matin la citadelle de Hanoï. Les liommes seront réveillés sans clairon à quaj,re heures et demie ils mangeront la soupe qui aura été préparée dès la veille et recevront chacun un biscuit, dix paquets de cartouches par chassepot, vingt-quatre cartouclios par revolver. La première colonne, commandée par M. Bain, enseigne de vaisseau, quittera le camp à cinq heures et demie précises et sera composée de trente hommes et de la pièce de montagne du Decrès. Elle se portera sans bruit de clairon et le plus rapidement possible devant la porte S.-O. de la citadelle. M. Bain lui fera prendre position de façon à se ménager l'abri de la résidence murée qui est dans le voisinage (2). :

;

(1) 187 seulement à partir du 4 décembre. Jaffray, étant malade, débarqué du Scorpion et ramené à Saïj/on par le Lûo-Kaï. (2) Le Giam, pagode.

est


ORDRE

404

d'a.T.T.VQUE

DE L\ CITADELLE DE HA-NOI.

Il mettra sa pièce en batterie de façon à la soustraire aux feux de l'artillerie du rempart et à balayer la face Ouest de a

citadelle.

Ses

hommes

médiatement sur

le

seront déployés en tirailleurs et ouvriront imfeu sur tout ce qui paraîtra dans le redan ou

le

rempart.

Dans

le

cas où la porte paraîtrait mal gardée et où une sur-

M. Bain n'hésiterait pas à se porter en mais il ne devra pas se lancer sans ordre dans l'intérieur de la citadelle. Il se contentera d'occuper fortement le redan en massant ses hommes au saillant ou en tout autre point sur lequel les pièces de rempart n'auraient pas vue il cherchera à démonter avec sa pièce les pièces des courtines; il entretiendra un feu de tirailleurs bien dirigé sur les défenseurs du rempart. Dans le cas, au contraire, où il rencontrerait une vive résistance et où des troupes, sorties de la citadelle, menaceraient de le tourner, il se replierait lentement vers le campement en contenant toujours les troupes ennemies à quatre ou cinq cents mètres de distance. Le but principal que doit chercher à atteindre M. Bain, doit être de détourner sur sou point d'attaque une partie de l'attention et des forces de l'ennemi, sans s'engager à fond, et de gêner par le tir de sa pièce de canon toute retraite précipitée des Annamites par la porte de la face Ouest. La seconde colonne d'attaque sera formée 1" Par le détachement d'infanterie de marine sous les ordres de M. de Trentinian auquel seront adjoint deux gabiers armés de grenades, de haches et de revolvers; 2° Par un détachement de marins, commandé par M. Esmez,

prise serait possible,

avant

;

;

:

enseigne de vaisseau et composé de

:

—

i° trois

gabiers dirigés

par le second maître Trotobas et armés de revolvers ils seront spécialement chargés du jet des grenades et de la pose des 2° vingt-cinq hommes armés de fusils 3°troispièces échelles; de 4, commandées par M. Hautefeuille, aspirant de f'^ classe Enfin, d'un détachement de réserve de dix-neuf hommes du Becrès, commandés par un capitaine d'armes. L'infanterie de marine quittera le camp à cinq heures quarante-cinq, se portera rapidement sans bruit de clairon à la porte du redan de la porte S.-E. et l'enlèvera rapidement après en avoir refoulé les défenseurs dans la citadelle. Les hommes se répandront immédiatemen t en tirailleurs le long :

—

;

—

;


ORDRE d'attaque DE LA CITADELLE DE HA-NOI. de la face inlérieure du redaii et ouvriront

Le détachement de marins quittera

le

le

405

feu sur les remparts.

camp

à cinq heures

cinquante, clairon sonnant.

Les gabiers et les fusiliers conduits par M. Esmez viendront former en colonne d'attaque dans la cour du redan où M. Hautefeuille mettra immédiatement ses pièces en batterie l'une sera pointée sur la porte et les deux autres sur les pièces des courtines qui la flanquent. La réserve s'abritera près de la pagode située en avant et à droite de la porte du redan. Elle servira de dépôt de munitions et d'ambulance provisoire. Le chef de l'expédition se tiendra dans la cour du redan et donnera ses ordres par des sonneries de clairon. Un coup de langue avant une sonnerie indiquera que l'ordre s'adresse deux coups de langue, qu'il s'adresse l'infanterie de marine aux matelots trois coups de langue, à la réserve. Les ordres généraux ne seront précédés d'aucun coup de langue. Le camp sera gardé (sous les ordres de M. Bouillet, ingénieur hydrographe) par dix hommes. Un homme se tiendra constamment sur l'arête du toit du premier pavillon et veillera attentivement aux mouvements extérieurs il préviendrait de la venue de toute colonne ennemie le second maître, qui devra se hâter de grouper tout son monde et détacher quelqu'un pour prévenir le chef de l'expédition. Le chef de l'expédition recommande le plus grand ménagement dans l'emploi des cartouches, dont le renouvellement sera difficile. Les chefs de détachement et les sous-offlciers devront s'efforcer de ralentir le tir de leurs hommes, leur indiquer exactement les distances et leur désigner autant que possible un but, afin de ne pas les laisser tirer au hasard et à plus de quatre à cinq cents mètres. Une fois une lutte corps à corps engagée et l'ennemi défait, les chefs devront modérer les hommes et éviter toute effusion de sang inutile. Tout ennemi qui rendra ses armes devra être épai'gné. se

;

;

;

;

RADE.

Bahiy aura le commandement supérieur de la rade et dirigera du Scorpion le tir de ce navire, de VEspingole, de la pièce de 4 mise à terre près de la cale de débarquement. Le tir devra être préparé à l'avance et les pièces pointées ce soir avec soin pour un cap donné du navire, avec des repères sur le pont. ]NL


406

oiiDRE d'attaque de la citadelle de ha-nol

La pièce de 14 de VEspingole battra

la

porte Nord de l'en-

ceinte, la pièce de 16 du Scorpion la porte Ouest de l'enceinte,

de 4 battront l'angle compris entre la porte Nord et porte de la face Est. La pièce de 4 du canot à vapeur sera installée sur le liane droit de la porte du point de débarquement dès cinq heures du matin. Elle tirera sur la porte de la face Est, qu'elle verra directement. les pièces

la

La rade ouvrira son feu à six heures précises, la grosse pièce du Scorpion tirera d'abord à dix encablures, les pièces de 4 de VEspinrjole et du Scorpion à des hausses variant entre six et dix encablures et demie. La pièce de terre tirera à trois encablures et demie.

Les points choisis à terre

comme

points de direction devront

être pris environ à trois mètres au-dessus de la berge, de façon

à ce que la ligne de mire fasse un angle de

moins avec l'horizontale

Au 'SI.

11

début,

Balny

devra être

le tir

le

deux degrés au

et au-dessus. très-lent.

dirigera et le rectifiera de la

hune du Scorpion.

s'assurera par les détonations des attaques de terre qu'il n'a

pas à craindre de gêner leur action. D'une façon générale, il vaudrait mieux cesser le feu d'une pièce que d'exposer la ville à des dégâts. Le canot à vapeur sera sous pression et prêt à faire le vaol-vient entre le débarcadère et les navires. InL Balny surveillera tout mouvement inusité de troupes en dehors de la ville et, s'il s'apercevait d'un mouvement tournant destiné à attaquer par l'extérieur les forces ou le campement de l'expédition, il me ferait prévenir immédiatement, par v.n Annamite sûr, dans le redan de la porte S.-E. Il fera cesser le feu de la rade sur tout autre point que la porte Nord dès qu'il apercevra un pavillon français sur un point quelconque du rempart. Il fera cesser complètement le feu, dès qu'un pavillon sera hissé sur la porte de la face Est ou sur la tour. Le lieutenant de vaisseau, envoyé politique ;

et

commandant

militaire

au Tong-King.

(Signé) F. Garxikr. (Signé) A. E.

(1).

(1) Paraphe de M. Esmez, enseigne de vaisseau, commandant en second l'expéditioa du Tong-King.


ORDRES DE

M. FRA.NCIS

GARNIER

407

XIII

Ordres de M. Francis Garnier relatifs à radministration du Tong-King. ORDRE DU 25 NOVEMBRE.

Le

lieutenant de vaisseau, envoyé politique et

militaire

commandant

au Tong-King

Décide Toutes les délivrances de sel, de riz ou d'argent seront faites sur des bons revêtus de la signature du clief de l'expédition et contresignés par le second. Celui-ci devra toujours désigner un homme pour surveiller la délivrance et compter les ligatures ou les mesures de riz contradictoirement avec les Annamites chargés de les em:

porter.

Les bons de délivrance seront remis entre les mains du fourcomptable du trésor ils devront toujour.s indiquer la destination de la somme et le budget qui en prend charge. Autant que possible, il ne sera fait qu'une délivrance par jour vers dix heures. Les besoins en riz et en argent devront rier

;

être prévus la veille.

Le

riz et les ligatures

sortant de la citadelle donneront lieu

du chef ou du second de l'expédiCes laissez-passer, ainsi que ceux relatifs aux objets d'ameublement ou autres, seront toujours retirés des mains des porteurs, réunis par les soins du chef de poste et portés le soir après la fermeture des portes chez le Commandant. ù des laissez-passer signés tion.

Le lieutenant de vaisseau, envoyé politique, ct\ (Signé) F. Garnier. L'officier en second,

(Signé) A. E.

ordres du 2G NOVKMBRi:.

— MM.

lue commission composée de

:

Baix, enseigne de Ydiissodu, président ; BouiiXET, ingénieur hydrographe Hautefeuille, aspirant de l""" classe ;

;

assistés de Vjal,

second maître mécanicien, et de Guégui:>,


PROJET DE TRAITÉ

408

quarlier-maîtrc charpentier, se réunira à bord du Hong-Kiang,

demain 27 novembre à

trois

heures

et

demie du

soir,

pour

constater l'état de la coque, de la machine, de la mâture, de rartillerie et des munitions de ce bâtiment

—

Il

sera établi un budget du service local qui prendra en

recette toutes les valeurs en numéraire et en approvisionne-

ments prises sur l'ennemi. Toutes les dépenses relatives

à l'administration des popula-

tions ressortiront à ce budget.

Le timonnier Sorre (Jean) sera chargé de la caisse du service pour cela un supplément de trente ligatures par mois. Le service marine remboursera au service local les vivres et autres approvisionnements en général, régulièrement prévus par le budget local et recevra

—

Il

sera mis à la disposition du second de l'expédition une

somme

de mille ligatures prises au trésor de Hanoï et imputées au service local. Cette somme formera une caisse de détail pour améliorer le bien-être des hommes et indemniser les pertes que beaucoup d'entre eux ont eu à subir, daps le déménagement de leurs effets du camp à la citadelle (1). Il sera tenu une comptabilité spéciale pour cette caisse

XIV Traité de paix proposé le 9 décembre 1873 par M. Balny d'Avricourt aux mandarins de HaïDzu'o'ng. 1"

Nous nous engageons

ciaux édictés par

le

à faire respecter les arrêts

Commandant

commer-

français à Hanoï, envoyé de

gouverneur à Saïgon. Tout arrêté de l'Envoyé à Hanoï sera immédiatement affiché à Haï-Dzu'o'ng et copie envoyée dans toute la province. 3° Les douanes de la province (2) seront détruites et la navigation libre pour le commerce. l'amiral 2°

(1)

(2)

Et aussi dans le naufrage de YArc. D'après une note de l'écriture de M. Balny d'Avricourt

les

noms


AVEC LES MANDARINS DE HAÏ-DZU'o'nG.

409

Les barrages qui avaient été faits dans le canal de Tliâiou ailleurs en vue d'arrêter la navigation, seront détruits dans le plus bref délai. -i"

Binli

5°

Les Chinois

et

quin seront placés résidant à Hanoï. Q"

Toute

en général tout résident étranger au Tonsous la protection de l'Envoyé français

difficulté entre

ceux-ci et les autorités annamites

tant d'un côté que de l'autre sera réglée par le

commandant

français à Hanoï.

dans la province de Haï-Dzu'o'ng signature de ce traité et nous nous engageons à n'avoir plus que des rapports d'amitié vis-à-vis des Français. 8° Quand un bâtiment français se présentera devant une des villes de la province de Haï-Dzu'o'ng, des pilotes seront mis à 7° Toute du jour de

hostilité cessera

la

sa disposition et les autorités iront faire visite à bord et se

du commandant. A Haï-Dzu'o'ng cette par un des trois grands mandarins quand le navire sera un navire de guerre. 9° Toute demande de secours soit en hommes, soit en bois, soit en vivres sera accueillie avec empressement par les autorités et fournie' dans le plus bref délai. Le chef français donnera en retour un reçu qui permettra de se faire remboursera Hanoï les dépenses faites. 10» Tout acte d'hostilité commis par nos administrateurs dans la province contre les résidents étrangers ou un parti quelconque de la population sera sévèrement réprimé par mettre à

la disposition

visite sera faite

nous. 11° Le présent traité sera exécuté à la lettre et nous sommes responsables de toute infraction. 12° Le présent traité sera copié en 3 exemplaires qui seront remis par nous en personne dans une visite officielle au comUn de ces exemmandant français à bord de ÏEspingole. plaires sera expédié ensuite par nous en signe de soumission directement au commandant supérieur français envoyé de

—

l'amiral 13"

A

gouverneur à Saïgon. ces conditions le commandant français à Haï-Dzu'o'ng

s'engage à évacuer

remettre entre les mains province de Haï-Dzu'o'ng en lui

la citadelle et à la

du mandarin gouverneur de rendant toute son autorité.

la

—

Tliuan-Xu, Lau-Ke, Dang. annamite ces douanes s'appellent Chanh, Lâù, Mây. de ces douanes sont

D'après

le

texte


ÉTAT DU TOXG-KIXG

410

14» Le commandant dommages faits à la

français n'est nullement responsable des

citadelle pendant son séjour où il a dû prendre des mesures de sécurité. 15" Le commandant français s'engage h ne se livrera aucun acte d'hostilité tant que le traité sera exécuté et au contraire à maintenir de tout son pouvoir les autorités de la province.

XV État du Tong-King à l'époque qui a précédé rintervention française. Extrait

cl'ime lettre

de

Mgr Colomcr,

du Tong-King Oriental «

Quant à

<(

(1).

Kè-Xè, TuQ-Kin Orieutal, 2& août

l'état social et politique

drait n'y point penser.

vicaire ajiostolique

Vous

1873.

de ce royaume mieux vau-

dire que tout

va à

la dérive,

que

tout s'écroule, c'est vous en faire la complète description. Les <;alamités dont se voit affligé ce les

unes aux autres

:

malheureux pays se succèdent

ce ne sont qu'inondations, soulèvements

de rebelles, incursions de brigands, pirateries sur mer et sur femmes par les forbans chinois, mpôts arbitraires et exorbitants, vexation du peuple par les gouvernants eux-mêmes, au moins par la plupart, mécontentement général, cris et misère partout « L'armée et la marine sont dans un état dérisoire, la politique n'est qu'un tissu de fraudes et d'injustices, le commerce est soumis à des entraves sans nombre et, au milieu de lant d'abaissement et de misère, s'il se lève quelque génie privilégié, qui, touché des disgrâces de son pays, signale à ses compatriotes le but qu'ils doivent poursuivre pour sortir d'une telle abjection, aussitôt les lettrés s'agitent (2) et, loin de saluer en lui le restaurateur de leur patrie, ils l'accablent de railleries et d'injures, l'appelant avec mépris l'ami des Barbares d'Europe. « Cependant ces malheureux Annamites ne cessent de dévorivières, rapts d'enfants et de

;

(1) (2)

Correo Sino-Annaraita, année 1874, p. 95-98. Mot à mot : aussitôt s'agitent les tètes volcaniques des disciples

du philosophe

chinois.


AVANT L'iXTERVEXTIOX FRANÇAISE.

411

rer des humiliations des Français de Saigon ils ne reçoivent que remontrances et menaces les impériaux chinois les traitent pis que des esclaves, les traînant comme coolies cà la suite de leurs expéditions contre les rebelles des provinces septentrionales quant à ces rebelles, hordes composées de Chinois et de Sauvages des montagnes, ils pillent, incendient, massamême en quelques endroits crent, suivant leur bon plaisir poussent-ils l'audace jusqu'à obliger les mandarins annamites à leur payer tribut. « Puis de temps en temps, en certaines provinces, il surgit d'ordinaire d'autres bandes de brigands, lesquelles ne laissent pas de causer de grands dommages aux habitants de ces contrées. Ces bandits sont le plus souvent des hommes perdus de vice ou des gens du pays poussés par la faim. « Mais ce qui met le comble aux humiliations de ce malheureux royaume, ce qui remplit notre cœur d'amertume, c'est le trafic scandaleux, infâme, déshonorant, que nombre de Chinois exercent en ces provinces maritimes, particulièrement dans celles qui appartiennent aux deux vicariats de notre ordre. Ces Chinois envoient dans les villages des courtiers; parmi ces derniers on compte assurément des Annamites pervers qui, pour un vil intérêt, entraînent leurs frères dans leurs pièges et les livrent comme esclaves aux Chinois. Ces courtiers, par mille artifices et séductions, amènent la personne avec laquelle ils prétendent vouloir trafiquer jusqu'au port où se tient la jonque chinoise. Le pauvre oiseau, une fois dans la cage de l'astucieux chasseur, dès qu'il s'aperçoit de son sort, pleure, mais il ne peut s'échapper et il doit subir le crie, se désole même destin que ses compagnons de disgrâce, tombés comme lui dans le piège. Le Chinois, patron de la jonque, fait hisser les voiles et lever l'ancre au timon se tient un robuste Chinois, ma chair il fait faire demi-tour et la jonque gagne le large. Ah Cette proue, à tèle de dragon, en tremble au seul penser entrera bientôt dans quelque port de Chine et peu après on verra sortir de cette fatale cage une multitude de visages affligés il y a des jeunes filles et même des enfants de l'âge le plus tendre puis on les vendra au marché. Qui donc, en présence de telles scènes, ne serait ému de compassion ? Eh quoi cela se passe en plein dix-neuxième siècle, au Tun-Kin, :

;

;

;

;

;

!

!

:

!

à

deux pas des ports où

disent civilisées «

Mais

là

flottent les pavillons des nations qui se

!

ne se bornent pas

les humiliations

que doit suppor-


ÉTAT DU TOXG-KING

412

ter cette nation orgueilleuse (quand je

tends les gouvernants et les lettrés)

;

dis orgueilleuse j'en-

car, outre le trafic per-

fide et inhunaain dont je viens de parler, il y a encore les ravages des pirates. Ces pirates sont encore des Chinois, mais aussi parmi eux des Annamites. Leur repaire est aux il est environs d'un port nommé Càt-Bâ, port très-proche de Dâu-son

(Dô-Son).

Quand ces forbans veulent faire leurs expéditions, ils nombre plus ou moins grand de barques, suivant

réunissent un les difficultés

que présente l'entreprise. Puis

quement dans

les rivières, sans crainte ni

troupes royales, et

ils

ils entrent brusdes mandarins ni des

vont de village en village, partout où

il

leur plaît d'exercer leurs déprédations. Si les populations leur résistent,

les

ils

brûlent, pillent, massacrent, causant des malheurs

nombre toutefois, ils épargnent jolies femmes et les enfants, selon

sans

;

et

emmènent en

les effets

captivité

de leur caprice.

Ordinairement, à l'approche de ces vautours, de ces tigres, tout monde s'enfuit on cherche du moins à sauver de leur cruelle rapacité les femmes et les enfants. Mais souvent les le village est cerné et il pirates ont dressé des embuscades arrive que ces pauvres gens, en fuyant les griffes du tigre, le

;

;

viennent tomber sur les cornes du taureau. La destinée de ces malheureuses victimes n'est autre que celle que j'ai décrite plus haut. Quelquefois, si les parents de la victime sont riches et s'empressent d'expédier un émissaire au lieu oîi les pirates gardent leur proie, à force de prières et à coups d'argent, ils parviennent à la racheter mais, s'ils tardent, si la jonque a mis à la voile, les pauvres pères, les pauvres maris ont perdu pour toujours leur fille bien-aimée,leur chère épouse; ils n'ont plus qu'à pleurer ;

Pour compléter

ce tableau de l'état

du Tong-King, je même époque

dois citer une lettre écrite à peu près à la

par un autre évèque espagnol, Mgr Cezon, vicaire apostolique

du Tong-King Central

:

« Cette même année 1872 », écrit-il à la rédaction du journal Les Missions Catholiques (i), «les mandarins de Tu'-Dù'c, sous prétexte d'entretenir les troupes qui font la guerre aux rebelles des montagnes, ont frappé le peuple de souscriptions forcées.

(1)

N° du 15 août

1873.


AVANT l'iXTERVEXTIOX FRANÇAISE.

413

Les contributions annuelles recueillies, ils ont exigé une cersomme qu'ils désignent sous le nom de Lai euyèn, ce qui signifle souscription volontaire et spontanée en faveur du roi. La spontanéité c'est, pour le peuple, de s'exécuter immédiatement, sinon les agents des mandarins se présentent et opèrent si bien que ceux qui ont été primitivement imposés pour 100 taëls (1), doivent en payer 200 et quelquefois plus. Pour les personnes aisées, la souscription est portée jusqu'à 300 et 400 taëls. « La haine se met souvent de la partie. II est des hommes qui, pour se venger, dénoncent faussement des familles comme riches. Les mandarins accourent aussitôt et les forcent à vendre le peu qu'elles possèdent. Il existe encore un décret royal accordant aux mandarins le droit de vendre toutes les terres abandonnées par les eaux de la mer ou des rivières. Mais, les ventes faites, et des milUers <ie barres d'argent encaissées, il arrive un contre-ordre suspendant les ventes et ordonnant aux acheteurs de restituer les terres contre un simple titre honorifique pour toute indemnité. taine

<<

Encore quelques citations sur l'administration annaet notamment sur l'odieuse classe des mandarins.

mite

ils ne Les mandarins ruinent et oppriment le peuple songent qu'à s'engraisser de ses dépouilles. » C'est Tu'-Dù'c lui-même qui parle ainsi dans son édit de juillet 1864 (2). « Nous sommes toujours », écrivait en 1858 un des prédécesseurs de Mgr Gezon, Mgr Melchior-Garcia San-Pedro, « nous sommes toujours dans l'anarchie la plus complète. Depuis le premier jusqu'au dernier tous les mandarins ne pensent qu'à voler et, cette année, ils y vont vigoureusement, croyez-le, et ne vous en étonnez pas. Je n'avais jamais vu chose pareille en présence de l'extrême famine, ils ont voulu établir une espèce de vie en commun, en obligeant les gens qui ont quelque aisancf à mettre en réserve le nécessaire et l'indispensable jusqu'à la récolte. C'est le mandarin qui fixe cette partie et, pour conserver la moitié, il faut lui donner l'autre. Et que font-ils de ce qu'ils recueillent ? Le donnent-ils aux pauvres ? Hélas! tant de philanthropie ne Se rencontre pas dans un pays '<

;

;

:

;

(1)

(Z)

Le tael vaut un peu moins de huit francs. Annales de la propagation de la Foi, t. XXXVII,

p. 334.


414

ÉTAT DU TOXG-KING AVANT l'iNTERVENTION.

Le premier pauvre et le plus nécessiteux c'est le Et, pendant qu'ils passent grand mandarin. Jugez des autres les nuits au jeu, à table et dans les spectacles, des centaines de pauvres meurent à leurs portes et, parmi eux, des gens qui, les années précédentes, pouvaient faire des aumônes... (1). » Malheur aux populations dont les impôts, consistant en certains produits spéciaux, sont soumis à l'appréciation des mandarins! Dans la région des montagnes, par exemple, il est des villages qui doivent fournir au roi une certaine quantité de bois de fer. Or, bien souvent, lit-on dans une notice sur l'Annam, qui semble avoir été écrite par le R. P. Le Grand de la d'infidèles.

!

Liraye

(2),

bien souvent, lorsque ces arbres ont été, avec des jusque chez le mandarin, « le misé-

frais considérables, traînés

rable les refuse

», et

ce pour obliger ses administrés

«

à lui

procurer de plus beaux pieds et faire ainsi son profit particulier de leurs sueurs inutiles. C'est quelquefois vraiment affreux », continue l'auteur de cet article, « de voir des populations entières soumises à un despotisme que l'on ne connaît que dans les colonies à esclaves. » En temps de guerre, les mandarins ont un système de répression atroce. « S'ils savent, écrit en 185c Mgr Retord, qu'un individu est au camp des rebelles, comme ils ne peuvent le saisir, ils arrêtent ses parents et les fonctionnaires de son village et les exécutent à la place du coupable. Autre expédient aussi lâche qu'inique quand une troupe d'insurgés passe ou séjourne dans quelque hameau trop faible pour lui résister, les mandarins attendent que les rebelles soient partis, pour venir ensuite brfiler et saccager le pauvre village, et, après cet exploit, ils chantent victoire, comme s'ils avaient mis l'ennemi en fuite. Souvent ils ne s'en tiennent pas là, surtout quand ils sont battus. Pour couvrir leur défaite ils tranchent la tète aux gens que ce soit des hommes paisibles qu'ils rencontrent en fuyant ou des femmes, peu importe puis ils coupent les oreilles et les nez de ces têtes, en font des espèces de chapelets qu'ils envoient au roi comme une preuve palpable de leur triomphe, et :

:

;

comme un

titre

pour obtenir récompense

et

avancement

(3). »

Ibidem, t. XXXI, p. 110. Aperçu sur la géorjraphie, les 2yroductions, Vindustrie, les mœurs les couUimes du royaume d'Annam, publié dans le Co^trrier de

(1)

(2)

et

Saigon, journal officiel de la Cochinchine. N» du 5 avril 1876. (o) Vie de Mgr Retord, vicaire apostolique du Tong-King occidental, p. 71.


INSTRUCTIONS POUR l'EXPÉDITION DE NINH-BINH.

415

C'est ainsi que les mandarins annamites se vengent de leurs défaites sur les populations désarmées et inoffensives. Ce qu'ils faisaient en 1855, ils ne laissent pas de le faire encore aujourEn voici un exemple vers juin 1874, alors qu'il se d'hui.

—

:

rendait du So'n-Tày en Nghê-An, le prince Thuyèt brûla, à son passage dans la province de Hà-Nôi, plus de de douze villages, en représailles d'un petit avantage que les Pavillons-Jaunes avaient remporté sur son arrière-garde.

XVI

—

Instructions pour l'expédition de Ninh-Binh. Lettre de M. Francis Garnier à M. Balny d'Avri court. TONG-KING FRANÇAIS Hanoi,

le

2 décembre 1873.

C.\B1NET (lu

COMMANDANT EN CHEF N» 64

Mon

cher Monsieur Balny,

reçu hier au soir votre lettre n° 5 datée du 30 novembre pense qu'il y avait erreur de numéro et de date et qu'elle aurait dû porter le n° 8 et la date du 29 novembre. Les renseignements qu'elle contient et la non-réception de mes instructions expédiées en dehors du Iram par M. Esmez me déterminent à vous envoyer M. Hautefeuille et le canot à vapeur. S'il vous rejoint entre Phu-li et Hung-yen, vous devrez J'ai

au

soir. Je

vous arrêter, lui remettre le plus tôt possible vos propositions, celles de M. de Treulinian et votre courrier pour Saigon et me les envoyer à Hanoi par le canot à vapeur. Le Lao-Kay attendra son arrivée pour partir pour Saigon. Passez donc une nuit, s'il le faut, pour clore votre courrier. Immédiatement après le départ du canot à vapeur, vous rebrousserez chemin pour Phu-li ou vous partirez de Phu-li, si vous y êtes, et vous vous dirigerez sur Ninh-Binh après avoir pris un pilote. Le prêtre annamite et le mandarin chrétien auquel je délègue tous mes pouvoirs administratifs à Ninli-Binh,


416

INSTRUCTIONS l'OUR

L' EXPÉDITION

DE XINH-BINII.

VOUS aidoronl en cela. Ils vous seront amenés par le canot à vapeur. J'ai déjà écrit h Ninh-Rinli pour demander la soumission de la province. Aux conditions que je posais dans ma lettre et qui sont conformes à celles acceptées par Hung-yen, vous ajouterez celle-ci le quan-an (1) de Hanoi doit être livré. S'il n'est pas amené à bord de VEspingole deux heures après votre demande, vous vous emparerez de la citadelle. N'acceptez pas l'aflirmalion que le quan-an est parti, si les renseignements recueillis vous indiquent le contraire. M. de Trenlinian tiendra garnison à Ninh-Binh jusqu'à nouvel ordre. 11 fera contradicloirement avec le mandarin chrétien susmentionné, l'invenlaire des valeurs, approvisionnements, matériel do guerre qu'elle contient. VEspinrjole devra embarquer comme à Phu-li tout le numéraire or et argent et les petits canons de bronze qui seraient trouvés. J'ai fait remplacer, d'après vos renseignements, Fadminislraleur de Phu-li. M. de Trentinian laissera carte blanche pour l'administration de la province au mandarin chrétien que j'envoie, tout en essayant de se rendre compte de ses agissements. 11 pourra s'en informer auprès du Père annamite qui parle latin, mais il faudra pour cela que M. de Trentinian parle très lentement et en prononçant les u, ou. 11 m'écrira chaque fois qu'il aura un renseignement de quelque valeur à me communiquer. 11 se servira toujours du tram qui fonctionne très bien. Vous garderez sur VEspinr/ oie l'interprète Paul, Portez la plus grande attention à la configuration hydrographique du pays. M. de Trentinian usera, en inscrivant régulièrement ses dépenses et en donnant un bon à l'administrateur indigène, des ligatures du trésor de Ninh-Binh, pour les achats de vivres frais, etc., qu'il aurait à faire. 11 évitera de la part de ses hommes tout gaspillage inutile. Le plus grand respect des propriétés et des habitants, cela va sans dire. Les mandarins de Ninh-Binh qui auraient résisté et qui auraient pu être pris seraient embarqués sur ÏEspingole et conduits à Hanoi. Le quan-an devra être mis aux fers les autres traités avec égard. Vous me rapporterez la lettre que j'avais adressée au gouverneur de Hai-Dzu'o'ngpar votre intermédiaire, si vous l'avez :

;

(1)

Mandarin de

la justice.


OPÉRATIONS DE

COMPAGNIE DU DÉCKÈS.

LA.

417

moment où vous

serez rejoint par M. Hautefeuille. vous apportera votre sextant. Donnez à M. de Trentiniau la mission de faire à Ninh-Binli pour les douanes ce qui a été fait à Hung-yen; laissez-lui le soin de faire détruire les commencements de barrages que vous m'avez signalés; laissez-lui les copies des arrêtés commerciaux qui pourraient vous rester encore. Enfin, donnez-lui le plus de vivres que vous pourrez, en ne gardant que ce qui est nécessaire à votre retour à Hanoï. Agréez, mon cher capitaine, l'assurance de mes meilleurs

reçue au

Celui-ci

sentiments. (Signé)

:

F.

Garxikr.

XVII

Rapport sur les opérations de la compagnie de débarquement du Decrès. La mission chargée d'ouvrir les ports du Tonquin se trouvant menacée à Hanoï, M. Garnier, envoyé politique et commandant militaire, fit demander la compagnie de débarquement du Decri'fi. Le 11 novembre la compagnie s'embarque sur le Mançj-Hao pour aller à Hanoï en passant par la rivière de Gam et le canal Song Ki. Elle se compose de 1 enseigne commandant, M. Bain; :

MM.

adjudant; 3 sergents 1 obusier de montagne servi par 6 marins; un médecin, M. Dubut. Le 12 au soir, arrivée à Hanoï et le lendemain 13, au matin, la compagnie débarque et se rend au camp des lettrés où elle prend son casernement. Le même jour le Scorpion mouille devant la ville. M. Garnier en prend le commandement. Les 2 aspirants,

Hautefeuille et Perrin;

1

et 50 quartiei^s-maîtres et marins; de plus,

63 hommes 25 soldats d'infanterie de marine, commandés par iSL le sous-liculenant de Trentinian; 23 marins du Flenriis ; la maistrancc et équipage de Y Arc, commandés par

forces du corps expéditionnaire se composent de et officiers

du Decrc.s

:

;

M. Esmez le Scorpion et VEspinrfole, capitaine Balny plus deux médecins et un ingénieur hydrographe. Les conférences avec les mandarins n'aboutissent à rien, M. Garnier veut imposer l'ouverture des fleuves, les mandarins accordent verbalement et refusent par écrit. La mauvaise volonté et les menaces redoublent pour se défendre M. Garnier ;

;

:


418

OPÉRA.TIONS DE LA COMPAGNIE DU DÉCRÈS.

attaque le 20 au matin la citadelle d'Hanoï présentant un front bastionné de 1.300 mètres et défendu par 5.000 hommes, à la tête desquels était Nguycn tri phong. Une partie des marins du Decrcs attaque la porte S.-O., sous le commandement ,

de M. Bain, les autres avec le capitaine d'armes forment la réserve à la porte S.-E., où commande M. Garnier avec le reste du monde et la section de 4 commandée par M. Hautefeuille. En même temps les deux canonnières bombardent les portes Nord, Ouest et Est, tandis qu'une pièce de 4 placée sur une porte de la ville bat l'intérieur. La citadelle est prise d'assaut; 300 Annamites tués ou blessés. 50 hommes avec M. Hautefeuille

M. Bain avec 50 hommes du Decrès part prendre Phu hoài où les Annamites veulent établir des lignes. UEspingole est envoyée deux jours après prendre le Phu ly et recevoir la soumission de Hung-yen; enfin le 28 M. Esmez, M. Perrin, 45 hommes, 300 Annamites et un éléphant partent pour Phu theuong. Toute la province d'Hanoï est soumise, mais non organisée. On envoie les prisonniers d'importance au Decrès, et on demande l'acquiescement des gouverneurs de provinces aux arrêtés commerciaux. Le 1" décembre M. Hautefeuille va à Ya-lam huyen prendre un petit fort et revient après y avoir établi des Annamites. On prépare une expédition contre Son-tay. Les gouverneurs des provinces répondent aux lettres de M. Garnier en construisant des barrages sur le fleuve. Le 2 décembre M, Hautefeuille part avec la chaloupe à vapeur détruire ceux placés en avant de Ninh-Binh. Le 5, il tente sur cette place un coup de main qui réussit; aussi quand le Scorpio7i arriva devant cette ville pour la prendre, il y vit le pavillon français. Le 4 décembre, M. Balny s'emparait de Tiraportante citadelle d'HaiDuong, la plus forte du Tonquiu. Le 4 décembre, le Lao-Kay part pour la mer, et le Scorpion pour les provinces de Ninh-Bioh et Naïu-Dinh. 18 hommes du Decrès restaient à Hanoï avec MM. Bain et Perrin, les autres partaient avec le Scorpion pour aller prendre garnison dans les villes. Le 9, le Scorpion arrive devant Ninh-Binh. M. Garnier, trouvant la province déjà presqu'eulièrement organisée, repart aussitôt pour Nam-Dinh, en laissant 10 hommes à Ninh-Binh avec restent à la garde de la citadelle. Pendant ce temps

M. Hautefeuille (270 cartouches). Le 10, au moment d'entrer dans l'arroyau de Nam-Dinh, le Scorpion est assailli au Nghia-Hung par la canonnade de deux forts,

dont les feux sont éteints par

l'artillerie

du Scorpion.Xin


OPÉRATIONS DE LA COMPAGNIE DU DÉCRÊS.

419

quartier-maître et un fusilier du Decrè-s sont blessés. On désarme les forts et on continue.

Le 11 deux colonnes se dirigent sur la citadelle de Nam-Dinh, lune commandée par M. Bouxin, l'autre par M. Bouillet; .enfin NI. Garnier arrive avec la réserve, et la citadelle est emportée d'assaut. Un fusilier du Becrès est blessé. M. Garnier organise aussitôt la province et rappelle VEspingole, qui doit laisser

M. de Trentinian à Haï-Duong. Une lettre de M. Bain annonçant la reprise du Phu-hoài, le Scorpion part pour Hanoï, et M. Garnier, laissant 25 marins du Decrès avec M. Harmand, revient à Ninh-Binh où il trouve les ambassadeurs annamites et Mgr Sohier; il part aussitôt pour Hanoï (17 décembre). Les lettrés lèvent des troupes, mais, repoussés d'Hanoï et de Ninh-Binh, ils se sont réfugiés en Nam-Dinh où M. Harmand, avec ses 25 hommes, a bien de la peine à les chasser. Le 18 ils vont au grenier de Haï-lang, pavillon français en tête; ils sont repoussés, mais leur chef Tam Dang ne se décourage pas. Quelques jours après un de ses lieutenants, Tu Y, arrivait au huyen Y-Yen, massacrait le quan-huj'en, son tru-phang et met-

pays à feu et à sang. Enfin, le 21, M. Harmand leur inune sérieuse correction et fait exécuter les chefs de ces révoltés. La province commence à s'organiser ce fut la seule avec Hanoï et Ninh-Binh. Hung-Yen avait gardé son ancienne administration, à Haï-Duong on ne possédait que la citadelle, tait le

flige

;

la

province n'était pas soumise, les pirates chinois appelés par

Quan-Yen bloquaient les côtes. Ils bloquaient même Balat Trali et Vung Chua où ils empêchaient les communications entre Hué et le

Thanh-hoa.

Pendant ce temps les troupes ralliées par le prince Hoang en Son-Tay et Bac-Ninh, aidées des Chinois au drapeau noir, envahissaient Hanoï. Dès le 6, M. Perrin repart à Ya-lam, où il trouve 800 Annamites il les repousse et lue un général. Le 7 Phu hoài est repris; le capitaine d'armes y va le 11 et en tue un grand nombre. Le 14 M. Perrin va en reconnaissance à Phu hoài, il trouve 3.000 Annamites de Son-Tay retranchés derrière des lignes un de ses hommes est blessé. On fait également une sortie du côté de Phu Thuong. Le 19 M. Garnier arrive à Hanoï, le 20 les ambassadeurs. Les conférences commencent aussitôt. Le 21 décembre les troupes de Phu hoài, guidées par 300 Chinois au drapeau noir, viennent ;

;

la citadelle. Ils sont repoussés en faisant des pertes nombreuses, mais, en s'avançanl trop, M. Garnier, M. Balny et

attaquer


420

OPÉRATIONS DE LA COMPAGNIE DU DÉCRÊS.

3 marins sont tués les Chinois leur coupent la tête. Nous avons 6 blessés. Enfln le 25, «^ midi, le Scorpion arrive avec 105 hommes d'infanterie. M. Bain prend le comniandenient mili;

taire

provisoire, et

M. Moty

M. Esmez

le

commandement

politique.

nommé

administrateur d'Hanoï. VEspinc/ole, commandée par M. RuUier, part pour les provinces du Sud. La nouvelle des événements arrivés le 21 à Hanoï fut le signal d'un soulèvement général. Ninli-Binli, qui depuis le 10 était en paix, se soulève le 24. Le phu Nlio-Quan est pris ainsi que Yen-hoa dont le huyen et 2 prêtres sont tués. Le 25 ils s'emparent de Gia Vien huyen, qui est repris par 7 marins et 150 Annamites. Le 26 les lettrés s'avancent au delà de GiaVien, mais le quau-pliu de Yen-Khanh les bat par terre pendant que du fort de Niuh-Binh ils sont canonnés pendant leur retraite l'Espingole leur envoie quelques obus qui les mettent est

;

en déroute complète. Le même jour, en Nam-Dinh, les troupes franco-annamites battent les lettrés. Le 28 expédition à la DoGian et à Niuh-Da la route des trams est libérée. 18 mandarins sont en Tiianh-Hoa ils veulent entrer avec 2.000 hommes fois au défilé de Tamd'escorte. Ceux-ci sont battus une Diep. C'est dans Xu Thanh que se fait la résistance du Sud, on y concentre des forces considérables, mais les défilés étant défendus ils ne peuvent que passer par les montagnes pour communiquer avec Son-Tay en passant par le phu Nho-Quan. Néanmoins, quelques-uns de leurs émissaires soulèvent An-Mô huyen, les lettrés sont commandés par Quan Thien ils sont battus à Thien-Tri par un détachement de marins et 150 Annamites, pendant que le quan-huyen An-Mô les chasse de leur retraite et que le chang-lanh Luong bat les troupes envoyées à leur secours. Les principaux chefs de l'insurrection dans le Sud y sont faits prisonniers et exécutés (Quan Thien, son frère, le gendre et neveu du TamDang). Les lettrés brûlent et pillent toujours, mais ils sont repoussés en Nho-Quan, Yên-Hoa et Hanoï où ils battent le tru-phong placé h la Don Vi. Pendant ce temps VEspingole a battu les lettrés à Chanh-Danh et BinhTuàn. Puis passant par Ninh-Binh, M. Hautefeuille l'envoie à la Don Vi avec 5 de ses hommes elle bat et tue un grand nombre de lettrés, délivre ainsi Ke-So et le Phu Ly qui étaient menacés et libère la route des trams. M. Balézeaux prend le commandement militaire; M. Philastre ;

;

1'''=

;

;

la direction politique dos affaires.


LETTRE DE M. PHILASTRE A M.

F.

GARNIER.

421

Nam-Dinh est presque apaisée en Ninh-Binh il reste NhoQuan et Yèa-Hoa. M. Hautefeuiile y va le 4 avec le Mang-Hao, 5 marins, 150 Annamites et 50 Muongs. On trouve 800 lettrés ils sont chassés et laissent peu de monde sur le à Daï-Huu le soir, à carreau, on brûle leurs magasins et leurs demeures Vinh-Tri, on trouve 500 hommes mal armés qui prennent la ;

;

;

aux bandes de Daï-Huu et vont à Yênmouille à Lang-Van et le 5 il arrive devant Yên-Hoa, défendu par 1.200 hommes, dont 600 réguliers de SonTay et Thanh-Hoa le combat est assez long, les Annamites fuite. Ils se réunissent

Hoa. Le

Mang-Hao

;

on finit par les prendre. La résistance leur coûté 150 hommes, presque tous des réguliers, et 2 de leurs principaux chefs. Du côté des Franco-Annamites, ces derniers seuls ont subi des pertes. Le lendemain M. Hautefeuiile reçoit l'ordre d'évacuer. Haï-Duong est évacué le 5; Ninh-Binh le 8; Nam-Dinh le 10. Les lettrés se vengent, le pays est en feu, ce sont des massacres résistent longtemps

:

a

partout.

Les renforts d'infanterie de marine font monter les forces de ce corps à -400 hommes la compagnie du Becrès devenant inutile revient à bord le 23 janvier. ;

Vu

:

L'officier en second,

(Signé)

:

BALÉZEAUX.

XVIII

Lettre de M. Philastre

à,

M. Francis Garnier Saï{joii, le

Mon Quand

(1).

G décembre 1873.

cher Garnier,

elle m'a jeté dans la plus profonde stupéfaction. Je croyais encore que c'étaient là de vaines menaces. j'ai

reçu votre lettre

(1) M. Philastre écrivit cette lettre au moment de son départ pour Hué. Elle ne parvint h Hà-Noi qu'après la mort de M. Garnier. D'autre part, quand M. Philastre partit pour le Toiig-King, il croyait trouver M. Garnier vivant. Que serait-il advenu a[)iès une semblable lettre, si, eflectivement, eu arrivant k Hà-Nôi, M. Philastre eût trouvé M. Garnier

encore vivant?


422

LETTUE DE M. PHILASTRE A M.

Avez-vous donc songé à

honte qui va

la

F.

GARXIER.

rejaillir

sur vous et

sur nous quand on saura qu'envoyé pour chasser un baratier

quelconque

et

pour tâcher de vous entendre avec

les fonction-

naires annamites, vous vous êtes allié à cet aventurier pour mitrailler sans avis des gens qui ne vous attaquaient pas et qui

ne se sont pas défendus ? Le mal sera irréparable et pour vous et pour le but qu(^ Ton se propose en France. Vous vous êtes donc laissé séduire, tromper et mener parce

Dupuy

?

Vos instructions ne vous prescrivaient pas cela je vous avais prévenu que les Annamites ne voudraient jamais accepter de traiter avec vous, vous en étiez convenu avec moi. L'amiral ne voit pas encore toute la gravité, tout l'odieux de votre agression, il suit une voie bien étrange. Cette affaire va soulever un toile contre lui et contre vous. Que fera le gouvernement annamite je n'en sais rien encore. Les ambassadeurs désolés et indignés; ils veulent la paix parce qu'ils sentent très bien que c'est un coup de Jarnac amené par l'amiral et que celui-ci est décidé à la guerre s'il le faut. Mais je ne sais si leur gouvernement dont l'orgueil est considérable se résignera à supporter cet aflfront et à en passer par les fourches caudines du gouverneur. Je m'attends à être mal reçu, en tout cas j'aurai bien à souffrir, car ils ont beau jeu. Pour moi, j'ai voulu cesser toute participation à des affaires de négociations si étrangement conduites. Je ne l'ai pas pu; je n'ai pas pu refuser à l'amiral la mission qu'il me donne. Mais je suis désolé de tout ça et je n'en attends rien de bon ni dans ;

le

présent ni dans l'avenir. Puissiez-vous de votre côté vous en tirer sans trop de mal.

Votre bien dévoué (Signé)

:

PHILASTRE


LETTRE DE M. LURO A M. FRANCIS GARNIER.

423

XIX

M. Luro, administrateur des affaires M. Francis Garnier.

de

Lettre

indig-ènes à Saigon, à

Saïgoa,

Mon

le

21 décembre 1873.

cher Garnier,

Le dernier bateau a dû l'apporter une lettre de moi, qui a dû comprendre que je n'étais pas sans inquiétude sur le résultat du coup de force tenté par toi. Tout va bien, et ton coup, tout audacieux qu'il était, a réussi; les Annamites ont pris la venette, n'ont pas rappelé leurs ambassadeurs et Philastre est parti avec le 2"= ambassadeur pour Hué pour inviter ces braves gens à traiter. On attend Philastre tous les jours et, aussitôt son arrivée, le traité va être mis en branle maintiens toujours le statu quo chez toi et tu es sûr du succès. Dans trois ou quatre mois, le traité fait, tu seras probablement débarrassé du Tong-Kin, à moins qu'on ne t'y retienne pour faire l'application du traité de commerce qui sera conclu. L'amiral est toujours dans les mêmes dispositions te faire

;

veut arriver au protectorat et il Pourvu qu'après cela on en joue prudence, de manière à ne pas trop faire sentir

qu'à ton départ à ce sujet

;

il

l'obtiendra très-probablement.

avec réserve

et

la chaîne, tout ira fort bien.

mon pauvre

Donc,

vieux, six mois ou un an de patience et

de page et hors d'affaire, avec une situation sérieuse dans la marine et la liberté de résidence. Quant à moi, le collège s'approche à grands pas et je n'ai guère le temps de m'en occuper, parce que l'absence de Phite voilà,

s'il

plaît à Dieu, hors

me met tout le service de la justice indigène sur le dos. Dans un an j'espère que la bête aura prouvé qu'elle est viable en marchant et que je pourrai redevenir libre. Gomme je te l'ai dit, malgré ta demande, l'amiral n'a pas songé à m'envoyer un instant au Tông-Kin et, de fait, il ne faut pas lui en vouloir il

lastre

;

est impossible de m'enlcver d'ici, parce

que toute cette

affaire

de collège roule sur moi. Tes commissions, comme je te l'ai annoncé, sont parties pour France j'ai reçu des nouvelles excellentes de ta famille, et, comme j'ai craint que tes lettres ne pussent arriver régulièrement chez toi, j'ai écrit ou à ton père ou à ton frère, leur ;


424

LETTllE

DI-:

M. C***

I.***

A M. FRANCIS GAUNlIiR.

racontant les choses et écrivant toujours de manière à leur enlever toute crainte ou toute appréhension j\ ton sujet. Je leur ai donné toujours bon espoir sur ton succès tinal, et,

de

fait,

en arrivera, je crois, ainsi que je

il

te l'ai dit.

Tu

as été audacieux, mais le proverbe se vérilic, forfuna

fa-cet

audaces, donc je suis content. L'amiral est toujours trèstoi dors sur tes deux oreilles en veillant

bien disposé pour bien à la défensive.

;

Roques t'apportera probablement celte lettre, car il va au Tông-Kin avec son bateau; reeois-le comme un de mes amis et n'aie

pas d'appréhension à son sujet

faut les Annamites et connaît un

:

il

sait traiter

comme

il

peu leur langue. Adieu donc,

au revoir je te tiendrai au courant des nouvelles par la prochaine occasion. Ton bien dévoué, ;

(Signé)

Tiens-toi

toujours

faire le traité.

Tu

le

E.

:

LURO.

plus tranquille j)ossible pour laisser

as fait tout ce qu'il fallait

pour

l'accélérer, ne

bouge plus sans ordres.

Comme

tu dois t'y attendre, tu as des envieux,

bauderies se dissiperont est tombé.

comme fumée

mais leurs

cla-

et déjà tout leur bruit

XX Lettre de M. C*" à,

L***,

secrétaire de l'amiral Dupré,

M. Francis Garnier.

COCHINCIIINE FRANÇAISE

CADINET

Saïgon,

le

5 décembre 1873.

DU GOUVERNEUR COMMANDANT EN CHEF

Mon

cher Monsieur Garnier,

L'amiral vous écrit officiellement au sujet de vos affaires po-

commerciales au Tonquiu, mais il m'a chargé de vous parler des détails de votre correspondance. Votre lettre n» 1 du 10 octobre annonçant la perte de l'^l rc et votre arrivée nous est parvenue intacte dans un tube bien fermé. litiques et


LETTRE DE M. Yolre n»

3,

C***

L***

A M. FRANXIS GARNIEU.

également expédiée par

la

425

voie de terre, nous est

27 novembre, mais je dois vous signaler comment elle était dans un tube qu'on s'était contenté d'attacher avec

arrivée

le

:

ficelle rouge et qui ne portait aucun cachet. Ce tube en ferblanc était enfermé dans un tube en bambou très-bien cacheté, mais nous ignorons si ce dernier tube et les cachets apposés sont de vous ou des autorités annamites. Je vous avais remis à votre départ des sacs de toile dans lesquels les tubes métalliques pourraient être enfermés; comme ils sont peut-être perdus, je vous en envoie d'autres; un cachet de cire bien appliquée ne peut plus être brisé, et de la sorte nous aurions l'assurance que l'on n'ouvre pas vos tubes. Cette seconde lettre, seconde bien qu'elle porte le n° 3, est du 10 novembre, elle annonce votre arrivée à Gua-cam, puis à Hanoï. Comme elle ne confirme pas, ainsi que vous aviez promis de le faire, les précédentes, l'amiral ignore encore s'il a

une

jamais existé un n" 2 et ce qu'il a pu devenir. Si vous avez écrit une lettre entre le n" 2(1) et le n" 3, elle ne nous est jamais parvenue. 11 serait utile de toujours confirmer les deux lettres immédiatement antérieures, cela nous permettrait ici d'établir un contrôle. Votre lettre n" 5 est celle qu'a portée le Becrès et qui annonce votre brillant coup de main et la prise du Grand-Maréchal. Il est probable que le cVEstrèes, qui arrivera demain de Hong-Kong, nous remettra votre n» 4. Montesquiou doit vous écrire longuement. Quant à moi le temps, mais non la bonne volonté, me fait défaut, car la besogne me déborde; pensez qu'en outre de la correspondance effrayante avec Hué et les ambassadeurs il faut écrire à Paris, le paquebot parlant lundi pour Marseille. Je vous envoie diverses lettres et les accusés de réception de la poste à qui j'ai fait remettre avec un grand soin toutes les lettres contenues dans les tubes que vous avez expédiés depuis votre départ. On vous a fait un cachet dont vous pourrez vous servir pour fermer h la cire l'enveloppe de toile de vos tubes; je ne sais s'il sera terminé assez à temps pour qu'on vous l'expédie demain. Ici tout va bien et je suis persuadé que votre vigoureuse entreprise Hanoï ne peut que faire hâter la conclusion du i"i

(1)

C'est

II"

1

qu'il faut lire

sans doute.


426

LETTRE DE M. DE M*"

F***

A M.

F.

GARNIER.

il est à craindre que le ministre ne soit irrité, ne veut, à aucun prix, de la plus petite occupation militaire du Tonquin. Nous espérons recevoir de vous avant le 6 janvier des nouvelles qui arriveront à Paris par le télégraphe assez à temps pour calmer l'épouvante du Gouvernement. Je charge Goudard de mes meilleurs compliments pour vous et vous prie de compter sur mon entier dévou«ment. Mille

traité; toutefois lui qui

vœux

bien sincères. (Signé)

:

G"*-L*".

XXI Lettre de M. de M***-F**% lieutenant de vaisseau, aide-de-camp de Tamiral Dupré, à M. Francis Garnier. Saigon, 12 décembre 1873. :\Ion

cher Garnier,

Votre coup hardi a bien simplifié toutes choses, et tout a l'air maintenant de marcher vers une entente cordiale. J'en suis bien content et je vous en félicite vivement, vous êtes fort habile et vous avez bien vu les choses. Je ne vous dis pas tout ce que j'en pense, parce que je ne sais pas en quel état ma lettre vous arrivera, n'étant pas dans un tube. Je tiens seulement à vous donner de mes nouvelles et à vous faire mon compliment, les occasions étant très-rares. J'ai reçu votre lettre du d'Estrées après le départ du Decrès. Je vois avec plaisir que vous ne demandez pas graud'chose de plus; ce sera pour la prochaine fois. B*** n'a pas pu y tenir avec D*", il a demandé sou débarquement et il a été remplacé par un officier du Fleurus. Je n'ai pas graud'chose à vous dire, il n'y en a plus que pour le Tonquin; j'ai ouï dire cependant que les nouvelles de Delaporle de Pointe de Galles étaient assez mauvaises. Mille amitiés, je vous serre la main. (Signé)

:

M*".

Dites à Goudard que nous le regrettons beaucoaip.


LETTRE DE M. TESTARD DU COSQUER A M. BAIX.

427

XXII

Lettres de M. Testard du Cosquer, capitaine de frégate, commandant l'aviso le Decrès. 1»

A M. BAIN DE LA GOQUERIE. Decrès,

Mon

le

24 décembre 1873.

cher Bain,

Je suis assez embarrassé pour vous donner un conseil. Je vue des renforts qui vous arrivent vous

crois cependant, qu'en

devez tenir le plus longtemps possible sans toutefois compromettre votre troupe. Le Scorpion ne peut larder à vous rejoindre. Faites rallier, si vous le pouvez, les éléments de notre compagnie afln de concentrer la défense sur un seul point. Le B'Estrées, arrivé aujourd'hui, a conduit ici M. Philastre, inspecteur des affaires indigènes, et le 2° ambassadeur qui était à Saigon. Ils sont partis immédiatement pour Hanoï et vous ne tarderez pas à les voir. Les pouvoirs politiques vont sans doute tomber entre les mains de M. Philastre (1) et je crois que les affaires pourront s'arranger pacifiquement.

Quant à

la direction militaire, je

pense qu'en raison de votre

ancienneté, elle doit vous revenir, à moins que M. Esmez n'ait

des instructions particulières qui l'autorisent à prendre la succession de M. Garnier. Dans ce cas, votre position deviendrait difficile et serait laissée à votre appréciation. Il est bien entendu que vous agiriez dans l'intérêt du service en faisant au besoin abnégation de votre ancienneté. Si I.^s événements se précipitent et si vous êtes obligés de vous replier, nous sommes toujours mouillés à l'embouchure de Gua-Gara et vous nous trouverez là pour vous recevoir. Bonne chance et bon courage, soyez prudent. Je vous serre bien affectueusement la main.

(Signé)

(1)

Voir

la

note 1 de la Pièce xxii, p. 430.

:

TESTARD.


LETTRES DE M. TKSTAHD DU COSQUER

428

2°

A M. DE TKENTINIAN.

A

Mon

borJ du Decrès,

le 2(i

décembre 1873.

cher Monsieur de Trentinian,

heureux d'apprendre que votre situation n'offre aucun danger et que vous pouvez hi conserver avec les forces dont vous disposez. Très-peu de temps après celle lettre, vous recevrez à HaiDzeung ]\I. Philastre (1), le 2" ambassadeur et M. Balézeaux, P de V»", que je viens de nommer commandant militaire de l'expédition. Vous recevrez de lui les ordres et les instructions que vous me demandez. Vous devez avoir reçu des offres do service ou la soumission d'un nommé Hong, chef le plus influent des pirates de la côte Je suis

et

dont

les .jonques,

la rivière et

au nombre do

30, dit-on, stationnent

surtout dans les environs de

la

dans

position que vous

occupez. Je ne puis que vous engager k accueillir avec la plus grande circonspection les propositions qui vous seront faites par ce bandit, qui ne manquera pas de se tourner contre vous s'il vous sent Si

le

plus faible.

vous pouviez

emparer de

adroitement dans un piège et vous aous rendriez au pays et à l'œuvre

l'attirer

sa personne,

que nous poursuivons un signalé service. Sa flottille, privée de son chef, vous tirerait peut-être quelques coups de canon, mais ne manquerait pas de se disperser bientôt après. à

Agissez avec la plus grande prudence, car vous avez affaire un rusé coquin, et ne risquez le coup que si vous êtes bien

sûr de réussir. Il me semble inutile de vous recommander de ne pas compromettre pour cela votre situation qui est assurée et qui nous est indispensable pour permettre aux personnes que j'envoie à Hanoi d'arriver à leur destination. Agréez, mon cher lieutenant, l'assurance de ma considération

distinguée.

Le

c'

(Signé)

(1)

Voir

la note 1

de la Pièce xxiii,

p. 430.

du Decrès, :

TESTARD.


A M. DE TRENTINIAN.

429

Decrés,

Mon

le

27 décembre.

cher lieutenant,

Je profite d'un courriel' qui porte une lettre à M. Bain pour vous faire savoir que vous allez recevoir sans tarder A Hai-

Dzeung M.

Philastre

(1), le 2°

ambassadeur de Saigon

lézeaux, lieutenant de vaisseau, que je viens de

mandant du corps expéditionnaire. Vous recevrez des ordres de ce dernier

et

et

M. Ba-

nommer com-

vous donnerez à

ces Messieurs toutes les facilités pour se rendre

le

plus

promp-

tement possible à Hanoi, Le Scorpion a dû rejoindre M. Bain et lui apporter 105 hommes d'infanterie de marine; sa position est donc assurée. Tenez la vôtre aussi longtemps que vous le pourrez et demandez au besoin quelque renfort à ]\I. Bain. Je vous ai répondu hier à la lettre que vous m'avez écrite dans le cas où elle ne vous parviendrait pas, je vous répète dans celle-ci de n'accueillir qu'avec la plus grande circonspection les offres de service ou même la soumission d'un nommé Hong, chef des plus influents des pirates, qui se trouve, dit-on, dans vos parages avec 30 jonques armées. Si vous pouviez l'attirer dans un piège et vous emparer de sa personne, vous rendriez au pays et à l'œuvre que nous poursuivons un signalé service. Vous recevriez peut-être quelques coups de canon des jonques, mais celles-ci, privées de leur chef, ne tarderont pas à se débander et elles trouveront pour les recevoir le cl'Eslrées qui est nïouillé à l'entrée de la rivière. Vous avez affaire à un habile coquin; agissez donc avec la plus grande prudence et ne compromettez pas votre situation qui nous est indispensable. Je vous prie d'agréer l'expression de mes meilleurs sentiments. Le C du Dec r es, ;

(Signé)

Je vous laisse les

porteurs de

(1)

Voir la note

le soin la

1

de rémunérer,

la Vi^c.e xxiii, n.

TESTARD.

comme

présente. do

:

4.''0.

ils le

mériteront,


CONVENTION" RELATIVE A L'ÉVACUATION

430

XXIII

Convention du 5 janvier 1874, relative à l'évacuation de Ninh-Binh et de Nam-Dinh. Les soussignés

Le Le Bô Ta Tarn Tri Nguyên Van Tu'o'ng, second ambassadeur plénipolenliaire en France, muni de pouvoirs spéciaux pour régler provisoirement les questions pendantes au Tonquin, agissant pour le gouvernement annamite d'une part, Et M. Philastre, lieutenant de vaisseau, inspecteur des affaires indigènes en Cochinchine, chef du service de la justice indigène, chevalier de la Légion d'honneur, muni dos instructions de Monsieur le contre-amiral commandant en chef, gouverneur de la Cochinchine Française, ministre plénipotentiaire accrédité près de Son Excellence le ministre des relations étrangères de la'cour de Hué et désigné d'urgence par M, Testard, capitaine de frégate commandant les forces navales françaises dans les eaux du Tonquin, pour remplacer M. Garnier dans sa mission politique au Tonquin (i), agissant pour le gouverneur de la colonie de la Basse-Gochinchine, d'autre part Après s'être communiqué leurs pouvoirs et les avoir trouvés en règle sont convenus de ce qui suit Article 1". Tout malentendu cessant entre l'autorité militaire française au Tonquin et les autorités annamites représentant le gouvernem.ent de Sa Majesté l'Empereur d'Annam, les deux parties ci-dessus désignées désirant se donner réci proquement une preuve de la sincérité de leurs intentions, Les troupes françaises qui occupent accidentellement la citadelle de la province de Ninh-Binh et la citadelle de la province de Nam-Dinh évacueront ces places qui seront remises aux autorités annamites, savoir celles de Ninh-Binh dans la journée du huit et celle de Nam-Dinh dans la journée du dix janvier prochain, dans l'état où elles se trouvent actuellement et avec tout le matériel et le numéraire qu'elles contiennent, aussitôt après la sortie et l'embarquement des troupes françaises. Monsieur le commandant des troupes françaises dans chacune ;

;

:

—

-

:

A

ne paraît pas, au moins d'après les trois lettres de pp. 427-429, que cet officier supérieur ait désigné M. Philastre pour remplacer M. Garnier dans sa mission Politique au Tonquin. " (l)

la vérité,

M. Testard

citées

il

précédemment '^


DE NINH-BIN'H ET DE NAM-DINH.

431

de ces places arrêtera avec le mandataire de l'autorité annamite et fixera lui-même les mesures de sûreté qu'il jugera convenables et les formes qui seront observées; il fixera l'heure de la remise de la place, fera établir un inventaire du matériel et des fonds, et reçu lui en sera délivré. Art. 2. De son côté, le gouvernement annamite s'engage 1" A n'introduire dans chacune de ces citadelles que les troupes indispensables à la police, à la garde des autorités et de la place 2" A ne faire aucune concentration de troupes dans l'étendue de ces provinces à laisser les communications et routes fluviales ou terrestres libres de tout obstacle pour les troupes et navires que le gouvernement français entretient provisoirement

—

—

:

;

;

au Tonquin 3° A proclamer dès le jour de la remise de chacune de ces places une amnistie pleine et entière pour tous les sujets de Sa Majesté l'Empereur d'Annam qui auraient pu, à quelque titre que ce soit, être employés par l'autorité militaire française, à les protéger contre toute réaction vexatoire et à pourvoir, autant que possible, d'emplois conformes à leurs aptitudes celles de ces personnes qui auraient été provisoirement pourvues de fonctions par l'autorité française la conduite de ces sujets annamites ne pouvant être considérée comme criminelle, l'autorité française ayant toujours spécifié publiquement qu'elle n'agissait que pour le gouvernement annamite, lequel avait cessé d'être représenté dans ces provinces. Art. 3. Aussitôt après l'exécution de cette convention, les soussignés s'occuperont, de concert, de régler les questions relatives à la citadelle et à la province de Hanoi. ;

:

—

Fait double en

deux langues dans

la

citadelle de Hanoi, le

cinq janvier 1874.

La remise des citadelles entraîne de droit et immédiatement remise à l'autorité annamite de tous les territoires des deux provinces de Ninh-Biuh et de Nara-Dinli où s'exerçait momentanément l'autorité française. Les fonctionnaires annamites la

nommés par

l'autorité française continueront à

y exercer leurs

fonctions jusqu'à ce qu'ils soient régulièrement remplacés ou

maintenus par l'autorité annamite, conformément aux prescriptions du § 3 de l'article 2.


432 REQUÊTE DES MANDARINS NOMMÉS PAR M. GARNIEIl.

XXIV

Requête de mandarins de la province de NamDinh, nommés par M. Francis Garnier. (Traduit du

chinois.) (1)

Nous saluons

le

commandant de cent

saluts.

Nous avons servi les Français depuis le moment où M. le commandant Garnier, nous ayant délivré des diplômes (2) pour remplir différentes charges, nous a envoyés parcourir le pays. Nous avons tous agi de tout notre cœur et de toutes nos forces pour maintenir la tranquillité. Après la mort de M. Garnier, un officier à deux galons prit le commandement et traita de la paix avec les mandarins annamites. On renvoya alors chez eux les mandarins nommés par M. Garnier, qui avaient levé des volontaires et se trouvaient encore à la ville de Hà-Nôi; mais on ne dit pas un mot à ceux que Ton avait envoyés de côté et d'autre. Lorsqu'on rendit aux Annamites la citadelle de NamDinh, nous n'en avons jjoint été prévenus d'avance aussi, après le départ des officiers français, les mandarins annamites et les lettrés cherchèrent-ils à prendre et à mettre à mort tous les mandarins nommés par les Français, brûlant les villages chrétiens, tuant les catholiques, poursuivant nos parents, nos femmes et nos enfants, livrant nos demeures à l'incendie et au pillage et envoyant aux mandarins des Phu et des Huyèn l'ordre secret de poursuivre tous ceux qui s'étaient mis au service de la France. Nous voudrions revenir, mais nous ne l'osons pas, car on est aux aguets pour nous tuer. Nous avons donc, d'rn ;

commun

accord, écrit cette lettre pour faire connaître à

M.

le

les Anna(1) Le chinois est la lançrue ofli .'ielle du royaume d'Annam mites ont une manière spéciale de le prononcer. TYPE DE NOMINATIONS (2) Au nom du roi d'Annam et sous le protectorat de la France N... a été nommé au jrrade de .... dans la province de .... N département ou X arrondissement (ou dans l'armée), à charge d'y faire resjiecter et exécuter les articles de la proclamation faite par le grand mandarin de ... et les ordonnances de douane et de commerce qui seront tixées ultérieurement. En foi de quoi (cachet du grand mandarin de entouré de la fonmde du protec;

torat.)

Vu le

et légalisé

:

représentant français gouverneur

et

commandant

militaire. (Signé) :N.


CONVENTION RELATIVE A L'ÉVACUATION DE HA-NOI.

433

commandant que nous sommes

prêts à nous mettre sous ses ordres et à marcher à la tète de troupes partout où il nous enverra nous ferons tous nos efforts pour réussir et nous parlons en toute simplicité. C'est là tout ce que nous avons à dire. :

Que M.

le

commandant donne des

ordres, nous ne

demandons

qu'à lui obéir. Si cependant l'on doit vraiment faire une paix définitive, nous prions M. le commandant de vouloir bien nous faire passer à Saigon, où nous serons en pays français; car, si nous restons ici, nous serons tous poursuivis, pris et mis à mort. Nous prions M. le commandant d'avoir pitié de nous et de nous

sauver. Fin de la lettre.

Année Qui Dàu,

10^™"

jour de

la 12''™« lune.

Dâng tràn Tuyên, Nguyên tuàn Sî, colonel, Nguyên binh Chiêu, chef de bataillon, Nguyên van Nho, mandarin élu, Tràn vàn Tînh, chef de bataillon,

Nguyên Ky, mandarin

Pham vân Nhu, chef de

élu,

bataillon,

ont signé cette lettre tous ensemble.

XXV Convention du 6 février 1874, relative à l'évacuation de la citadelle de Hà-Nôi. (Traduit du chinois.)

Le grand mandarin du noble royaume d'Annam, assesseur du Nguyên Van Tu'o'ng, second ambassadeur plénipotentiaire, délégué spécialement pour terminer les affaires du Tong-King, au nom de l'Annam, d'une part; Le grand mandarin du noble royaume de France, Philastre, inspecteur des affaires indigènes en Cochinchine française, envoyé par le gouverneur avec pleins pouvoirs pour arranger les affaires au Tong-King, au nom de son gouvernement, d'autre ministre des cultes,

part;

communiqué leurs pouvoirs et en avoir constaté ont arrêté les articles suivants n'existe plus de sujet de dissension eutce les deux

Après

s'être

la valeur,

1»

Il

:

38


431

CONVENTION RELATIVE A L'ÉVACUATION DE HA-XOI.

royatirncs, qui se sont réconciliés; c'est pourquoi les grands

mandarins sus-nommés s'engagent h observer ce qui suit 2° Les soldats français évacueront la citadelle de Hi'i-Nôi, la remettront au pouvoir des mandarins annamites, et se retireront à Cua Gàm, dans le fort de Haï-Phông. Les mandarins annamites prépareront donc de suite un local pour que la garnison française puisse s'y établir provisoirement, jusqu';\ ce que :

Les Français s'établissent à Haïde protéger le royaume annamite contre ceux qui voudraient pénétrer dans l'intérieur du pays contrairement aux lois du royaume, et pour forcer les navires du nomme {{) Dupuis à demeurer au port jusqu'tà la conclusion du traité, au cas qu'il y ait une stipulation autorisant les Européens à venir faire l'on ait signé le traité définitif.

Phông

le

afin

commerce auTong-King. 3"

Le jour où

les soldats français

évacueront, la citadelle sera

livrée avec tous les effets et munitions qui s'y trouveront ac-

tuellement; en outre, tout l'argent que l'on s'est procuré dans provinces de Haï-Dzu'o'ng, de Nam-Dinh, de Ninh-Binh et

les

de Hà-Nôi sera rendu aux mandarins annamites, qui en donneront reçu. 4° La garnison française évacuera la citadelle et la remettra aux autorités annamites dès que le local de Haï-Phong sera prêt. Lorsque les mandarins auront donné avis officiellement que tout est prêt, on ne pourra différer l'évacuation au delà de dix jours. 5° Le 29 de

la

11»

royaume d'Annam

lune (17 janvier),

a publié

un

le

noble souverain du

édit accordant grâce à tous

ceux

de la France. C'est pourquoi les mandarins ne devront pas les poursuivre, mais les protéger contre ceux qui voudraient leur nuire. Quant aux mandarins nommés par les Français, ils seront maintenus en place s'ils sont reconnus capables, sinon ils seront renvoyés chez eux, car s'ils remplissaient mal leur charge, ce serait au détriment du royaume; et les officiers français ont plusieurs fois répété dans leurs proclamations que, s'ils administraient les provinces, c'était seulement en l'absence des mandarins légitimes et dans l'intérêt du gouvernement annamite. De plus, quand nous aurons fait savoir partout que les deux royaumes ont conclu la paix et qu'il faut cesser toute hostilité, si quelqu'un ne se soumet pas et commet qui ont pris

le parti

(1) Ou plus littéralement « du certain Dupuis mépris a peuprès intraduisible en français.

»

:

c'est

un terme de


CONVENTION RELATIVE

A.

L'ÉVACUATION DE HA-NOI.

435

des injustices, par exemple en incendiant des villages, le gouvernement annamite devra réprimer et punir les coupables; de plus, ceux qui auront souffert des dommages pourront porter plainte, et, s'ils ont des preuves, les mandarin* devront leur faire

rendre justice.

En attendant que les ambassadeurs de la noble cour d'Annam et l'amiral gouverneur de la Cochinchine se soient entendus ensemble pour la conclusion du traité, le gouverneur anna6°

mite ne laissera dans la citadelle de HsVNôi qu'une garnison suffisante pour la garde et le service militaire; il ne devra pas entasser des troupes dans le territoire limitrophe de la province de So'n-Tày. Au cas où il y aurait des rebelles, alors seulement on pourrait faire venir à Hà-Nôi les troupes des provinces voisines. 7° Le gouvernement annamite doit laisser libres les fleuves et rivières, surtout à leurs confluents et à leurs embouchures, pour que les troupes françaises qui sont temporairement au Tong-King puissent circuler sans difficulté. 8" Personne ne violera la sépulture des Français et des volontaires annamites morts en combattant ou de maladie et en-

core enterrés dans l'intérieur de la citadelle de Hà-Nôi. Quand le résident français à Hà-Nôi voudra visiter ces sépultures, ou enverra quelqu'un à sa place, il devra en informer auparavant les mandarins, qui donneront l'autorisation; ces mandarins laisseront les corps au même endroit jusqu'à ce qu'ils se soient

entendus avec le résident pour trouver un autre lieu en dehors de la citadelle, ce qui aura lieu dans le courant d'un mois; ils permettront alors d'enlever les corps, et le résident ou celui qu'il aura désigné se rendra à la citadelle pour les exhumer et les transporter au lieu convenu. 9» Le gouvernement annamite concédera un terrain, sur le bord du fleuve, pour construire une habitation au résident français et aux soldats de son escorte; ce terrain sera près du lieu où, après la conclusion du traité, on permettra aux commerçants français de s'établir. La désignation de ce terrain et la construction définitive de l'habitation du résident sont réservées à la décision du gouverneur de la Cochinchine, qui s'entendra par la suite à ce sujet avec les ambassadeurs annamites. i(y> En attendant que l'on ait construit une maison pour le résident et son escorte en dehors de la citadelle, sur le bord du fleuve, et parce qu'il n'y a pas d'autre endroit, le gouvernement annamite permettra au résident dhabiter temporairement avec une escorte de quarante hommes dans le palais du


436

coNVExnox relative

a.

l'évacuation de ha-noi.

grand mandarin de Injustice. Quand le calme sera rétabli, si maisons ne sont pas termiDôes, le résident quittera la citadelle avec son escorte et ira occuper la maison de Dupuis et toutes les maisons voisines qu'il avait louées aux Chinois. 11° Le gouvernement annamite veillera à la sûreté du résident et de son escorte, comme il convient à une grande nation; s'il y avait lieu de craindre pour sa sécurité, les mandarins de Hà-Nôi devront le prévenir et s'entendre avec lui pour conjurer le danger, soit en lui donnant des troupes de renfort, soit en lui donnant asile dans l'intérieur de la citadelle. 12° Tous les articles que nous avons arrêtés de concert, lors de la reddition des provinces de Ninh-Binh, de Haï-Dzu'o'ng, de Nam-Dinh et de Hà-Nôi, et qui ne sont pas contraires aux dispositions de cette convention, seront observés. 13° Le gouvernement annamite a maintenant trois cents soldats campés en dehors de la ville de Hà-Nôi; il devra se contenter de ce chiffre, sans l'augmenter. A la nouvelle que les Français évacuent la citadelle, les soldats annamites, qui devront ensuite en former la garnison, s'approcheront de la citadelle à la distance de quatre heures de marche, et attendront les

là le

moment

d'entrer.

Le nommé Dupuis, ainsi que les Fr^'nçais et les Chinois qui l'accompagnent, quitteront la ville de Hà-Nôi avant les troupes françaises, et se rendront à Haï-Phông, conduits par un officier français; ils attendront là que le fleuve soit ouvert au commerce. Le navire de Dupuis, appelé Hong-Kiang, et qui cale trop d'eau pour descendre le fleuve, demeurera provisoirement à Hà-Nôi, sous la garde du résident. Si Dupuis veut quitter le Tong-King et se rendre en Yù'n-Nân en remontant le fleuve par Hung-Hoâ, il priera le résident de demander pour lui l'autorisation aux mandarins de Hà-Nôi, déclarant au préalable le nombre de ses navires et des personnes qui les montent. Ces gens, tant Européens que Chinois, ne devront pas être plus de soixante-cinq, sans compter les .\nnamites qui seraient employés à ramer; le nombre des bateaux ne pourra pas dépasser dix. Dans ces conditions, les mandarins de Hà-Nôi délivreront un passeport pour le pays soumis à l'Annam dans les lieux occupés par les rebelles où il n'y a pas de 14"

:

troupes annamites, Dupuis se tirera d'affaire comme il pourra. 11 n'aura de munitions de guerre que pour sa défense personnelle, et ne devra pas en vendre ou en donner à qui que ce soit sur le territoire

annamite. La quantité de ces munitions


TRAITÉ DE SAIGON DU 15 MARS 1874. sera fixée par

le

437

résident, de concert avec les mandarins de

Une fois en Yù'n-Nân, Dupuis ne reviendra plus au Tong-King avant l'ouverture du fleuve au commerce. Hà-Nôi

Si, au lieu. d'aller en YiV u-Nàu, il se fixait en quelque endroit appartenant au royaume annamite sans en avoir l'autorisation, les Français s'engagent à aller l'en chasser et, si c'est nécessaire, ils requerront le gouvernement annamite qui enverra aussi des soldats de son côté. 26'- année de Tu'-Dù'c, 21'' jour de la 12" lune (6 février 1874).

XXVI Traité conclu à Saïgon, le 5 mars 1874, entre la France et le royaume d'Annam. République Française et S. M. le deux pays par les liens d'une amitié durable, ont résolu de conclure un traité de paix et d'alliance remplaçant celui du 5 juin 1862, et ils ont, en conséquence, nommé leurs Plénipotentiaires à cet effet, savoir S. Exe. le Président de la République Française Le contre-amiral Dupré, gouverneur et commandant en chef de la Basse-Cochinchine, grand officier de l'ordre national de la Légion d'honneur, officier de l'instruction publique, etc.; Et S. M. le roi de l'Annam Le Tuàn, ministre de la justice, premier ambassadeur, et Nguyên Van Tu'o'ng, premier conseiller du ministre des rites, deuxième ambassadeur, qui, après communication de leurs pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants Il y aura paix, amitié et alliance perpéArticle premier. tuelles entre la France et le royaume d'Annam. Art. 2. S. Exe. le Président de la République Française, reconnaissant la souveraineté du roi de l'Annam et son entière indépendance vis-à-vis de toute puissance étrangère quelle qu'elle soit, lui promet aide et assistance et s'engage à lui donner, sur sa demande, et gratuitement, l'appui nécessaire pour maintenir daqs ses Etats l'ordre et la tranquillité, pour le défendre contre toute attaque et pour détruire la piraterie qui désole une parlie des côtes du royaume. En reconnaissance de cette protection, S. M. le roi Art. 3. de l'Annam s'engage à conformer sa politique extérieure à celle S.

Exe.

le

Président de

la

roi de l'Annam, voulant unir leurs

:

:

:

:

—

—

—

#


TRAITÉ DE SAIGON DU 15 MARS 1874.

438 de

la

France

et h

ne rien changera ses relations diplomatiques

actuelles.

Cet engagement politique ne s'étend pas aux traités de commerce. Mais, dans aucun cas, S. M. le roi de l'Annam ne pourra faire avec une nation, quelle qu'elle soit, de traité de commerce en désaccord avec celui conclu entre la France et le royaume d'Annam, et sans en avoir préalablement informé le

gouvernement

français.

la Republique Française s'engage à de l'Annam, don gratuit 1» De cinq bâtiments à vapeur d'une force réunie de cinq cents chevaux, en parfait état, ainsi que les chaudières et machines,

Exe.

le

faire à S,

M.

S.

Président de le roi

:

armés et équipés, conformément aux prescriptions du règlement d'armement; 2° De cent canons de sept à seize centimètres de diamètre, approvisionnés à deux cents coups par pièce 3° De mille fusils à tabatière et de cinq cent mille cartouches. ;

Ces bâtiments et armes seront rendus en Cocliinchine et livrés dans le délai maximum d"uu an, à partir de la date de l'échange des ratiflcations. S. Exe. le Président de la République Française Art. 4. promet, en outi'e, de mettre à la disposition du roi des instructeurs militaires et marins en nombre suffisant pour reconstituer son armée et sa Hotte; des ingénieurs et chefs d'ateliers capables de diriger les travaux qu'il planta à Sa Majesté de faire entreprendre des hommes experts en matière de finances pour organiser le service des impôts et des douanes dans le royaume; des professeurs pour fonder un collège à Hué. Il promet, en outre, de fournir au roi les bâtiments de guerre, les armes et les munitions que Sa Majesté jugera nécessaires à son

—

:

;

service.

La rémunération équitable des services

ainsi rendus sera fixée accord entre les hautes parties contractantes. S. M. le roi de l'Annam reconnaît la pleine et enArt. 5. tière souveraineté de la France sur tout le territoire actuellement occupé par elle et compris entre les frontières suivantes A l'est, la mer de Chine et le royaume d'Annam (province de Bin-Thûan) A l'ouest, le golfe de Siam Au sud, la mer de Chine

d'un

commun

—

:

;

;

;

Au

nord,

le

royaume de Cambodge

(province de Binh-Thûan).

et le

royaume d'Annam

'


TRAITÉ DE SAÏGOX DU 15 MARS 1874.

439

Les onze tombeaux de la famille Pham, situés sur le territoire des villages de Tannien-Dong et de Tanquan-Dong (province de Saigon) et les trois tombes de la famille Hô, situées sur les territoires des villages de Linh-Chun-Tay et Tan-]\Iay (province de Bien-Hoa) ne pourront être ouverts, creusés, violés ni détruits. Il sera assigné un lot de terrain de cent maos d'étendue aux tombes de la famille Pham et un lot d'égale étendue à celles de la famille Hô. Les revenus de ces terres seront consacrés à l'entretien des tombes et à la subsistance des familles chargées de leur conservation. Les terres seront exemptes d'impôts et les hommes de ces familles seront également exempts des impôts personnels, du service militaire et des corvées.

Art.

—

6.

11

est fait

remise au

roi,

par

la

France, de tout ce

qui lui reste dû de l'ancienne indemnité de guerre.

—

Art. 7. Sa INIajesté s'engage formellement à rembourser, par l'entremise du gouvernement français, le restant de l'indemnité due à l'Espagne, s'élevaut à 1 million de dolli;rs (à 0,02 de taël

le dollar), et à

affecter à ce

remboursement

la

moitié

du revenu net des douanes des ports ouverts au commerce européen et américain, quel qu'en soit d'ailleurs le produit. Le montant en sera versé chaque année au Trésor public de Saigon, chargé d'en faire la remise au gouvernement espagnol, d'en tirer reçu et de transmettre ce reçu au gouvernement annamite. Art. 8. S. Exe. le Président de la République Française et S. M. le roi accordent une amnistie générale, pleine et entière, avec levée de tous séquestres mis sur les biens, à ceux de leurs sujets respectifs qui, jusqu'à la conclusion du traité et auparavant, se sont compromis pour le service de l'autre partie

—

contractante.

Art.

9.

la religion

révoque

— Sa Majesté

le roi

de l'Annam, reconnaissant que

catholique enseigne aux

hommes

à faire le bien,

annule toutes les prohibitions portées contre cette religion et accorde à tous ses sujets la permission de l'embrasser et de la pratiquer librement. En conséquence, les chrétiens du royaume d'Annam pourront se réunir dans les églises en nombre illimité pour les exercices et

de leur culte.

Ils

ne seront plus obligés, sous aucun prétexte,

à des actes contraires à leur religion, ni soumis à des recenseparticuliers. Ils seront admis ;\ tous les concours et aux emplois publics sans être tenus pour cela à aucun acte prohibé

ments par

la religion.


TRAITÉ DE SAIGON DU 15 MARS 1874.

440

Sa Majesté s'engage à faire détruire les registres de dénombrement des chrétiens faits depuis quinze ans et à les traiter, quant aux recensements et impôts, exactement comme tous ses autres sujets. Elle s'engage en outre à renouveler la défense, elle, d'employer dans le langage ou des termes injurieux pour la religion et à faire corriger les articles du Tliàp Dieu dans lesquels de semblables si

sagement portée par

dans

les écrits

termes sont employés. Les évéques et missionnaires pourront librement entrer dans le royaume et circuler dans leurs diocèses avec un passeport du gouverneur de la Cochinchine visé par le ministre des rites ou par le gouverneur de la province. Ils pourront prêcher en tous lieux la doctrine cathohque. Ils ne seront soumis à aucune surveillance particulière, et les villages ne seront plus tenus de déclarer aux mandarins ni leur arrivée, ni leur présence, ni leur départ.

Les prêtres annamites exerceront librement,

comme

les mis-

sionnaires, leur ministère. Si leur conduite est répréhensible,

aux termes de la loi, la faute par eux commise est passible peine du bâton ou du rotin, cette peine sera commuée en une punition équivalente. Les évêques, les missionnaires et les prêtres annamites auront le droit d'acheter et de louer des terres et des maisons, de bâtir des églises, hôpitaux, écoles, orphelinats et tous autres édifices destinés au service de leur culte. Les biens enlevés aux chrétiens pour fait de rehgion, qui se trouvent encore sous séquestre, leur seront restitués. Toutes les dispositions précédentes sans exception s'appliet

si,

de

la

quent aux missionnaires espagnols aussi bien qu'aux français.

Un

édit royal,

pubhé

aussitôt après l'échange des ratifica-

proclamera dans toutes les communes la liberté accordée par Sa Majesté aux chrétiens de son royaume. Le gouvernement annamite aura la faculté d'ouArt. 10. VTir à Saigon un collège placé sous la surveillance du directeur de l'intérieur, et dans lequel rien de contraire à la morale et à l'exercice de l'autorité française ne pourra être enseigné. Le tions,

—

culte

y sera entièrement

libre.

cas de contravention, le professeur qui aura enfreint ces prescription sera renvoyé dans son pays, et même, si la gravité

En

du cas Art.

l'exige, le collège 11.

commerce

— Le

pourra être fermé.

gouvernement annamite s'engage

les ports

de Thi-Naï dans

la

à ouvrir au province de Binh-Dinh,


TRAITÉ DE SAIGON DU 15 MARS 1874.

441

de Ninh-Haï, dans la province de Haï-Dzu'o'ng, la ville de Hanoï, et le passage par le fleuve du Nhi-Hà (1), depuis la mer jusqu'au Yun-nan. Une convention additionnelle au traité, ayant même force que lui, fixera les conditions auxquelles ce commerce pourra être exercé.

Le port de Ninh-Haï, celui de Hanoï et le transit parle fleuve seront ouverts aussitôt après l'échange des ratifications, et

même

plus tôt si faire se peut; celui de Thi-Naï un an après. D'autres ports ou rivières pourront être ultérieurement ouverts au commerce, si le nombre et l'importance des relations établies

Art,

montrent 12.

— Les

les étrangers

l'utilité

de celte mesure.

sujets français ou annamites de la France et

en général pourront, en respectant les

lois

du

pays, s'établir, posséder et se livrer librement à toutes opéra-

commerciales et industrielles dans les vifles ci-dessus désignées. Le gouvernement de Sa INIajesté mettra à leur disposition les terrains nécessaires à leur étabhssement. tions

même naviguer et commercer entre la mer Yun-nan, par la voie de Ahi-Hà, moyennant l'acquittement des droits fixés, et à la condition de s'interdire tout trafic sur les rives du fleuve, entre la mer et Hanoï et entre Hanoï et la frontière de Chine. Ils pourront librement choisir et engager à leur service des compradors, interprèles, écrivains, ouvriers, batehers et domesIls

pourront de

et la province de

tiques.

—

Art. 13. La France nommera dans chacun des ports ouverts au commerce un consul ou agent assisté d'une force suffisante, dont le chifi"re ne devra pas dépasser le nombre de cent hommes, pour assurer sa sécurité et faire respecter son autorité, pour faire la police des étrangers jusqu'à ce que toute crainte à ce sujet soit dissipée par l'établissement des bons rapports que ne peut manquer de faire naitre la loyale exécution du traité.

Art.

14.

— Les

ment voyager,

sujets

du

roi pourront, de leur côté, libre-

résider, posséder et

commercer en France

et

en se conformant aux lois. Pour assurer leur protection, Sa Majesté aura la faculté de faire résider des agents dans les ports ou villes dont elle fera choix. dans

(1)

que

les colonies françaises

Nhi-Hà est un des noms du grand fleuve du Tong-King c'est le nom Annamites lui donnent dans les documents officiels. (V. p. 330) ;

les


TRAITÉ DE SAÏGON DU 15 MARS 1874.

442 Art.

15.

—

Lorsque des sujets français, européens ou co-

chinchinois, ou d'autres étrangers désireront s'établir dans uu

des lieux ci-dessus spécifiés, ils devront se faire inscrire chez en avisera l'autorité locale. Les sujets annamites voulant s'établir en territoire français

le résident français, qui

seront soumis aux mêmes dispositions. Les Français ou étrangers qui voudront voyager dans rieur du pays ne pourront

le faire

que

s'ils

l'inté-

sont munis d'un

passeport délivré par un agent français et avec le consentement et le visa des autorités annamites. Tout commerce leur sera interdit sous peine de confiscation de leurs marchandises.

Cette faculté de voyager pouvant présenter des dangers dans actuel du pays, les étrangers n'en jouiront qu'après que

l'état

gouvernement annamite, d'accord avec le représentant de la France, à Hué, jugera le pays suffisamment calmé. Si des voyageurs français doivent parcourir le pays en qualité de savants, déclaration en sera également faite; ils jouiront le

la protection du gouvernement, qui leur délivrera passeports nécessaires, les aidera dans l'accomplissement de leur mission et facilitera leurs études. Toutes contestations entre Français ou entre Art. 16. Français et étrangers seront jugées par le résident français. Lorsque des sujets français ou étrangers auront quelque contestation avec des Annamites ou quelque plainte ou réclamation à formuler, ils devront d'abord exposer l'affaire au résident

à ce litre de

les

—

qui s'efforcera de l'arranger à l'amiable. Si l'arrangement est impossible, le résident requerra l'assistance d'un juge annamite commissionné à cet effet, et tous deux, après avoir examiné l'afl'aire conjointement, statueront d'après les règles de l'équité. 11 en sera de même en cas de contestation d'un Annamite avec un Français ou un étranger le premier s'adressera au magistrat qui, s'il ne peut concilier les parties, requerra l'assistance du résident français et jugera avec lui. Mais toutes les contestations entre Français ou entre Français et étrangers seront jugées par le résident français seul. Art. 17. Les crimes et délits commis par des Français ou des étrangers sur le territoire de l'Annam seront connus et jugés à Saigon par les tribunaux compétents. Sur la réquisition du résident français, les autorités locales feront tous leurs efforts pour arrêter le ou les coupables et les lui livrer. ;

—


TRAITÉ DE SAÏGON DU 15 MARS 1874.

443

Si un crime ou délit est commis sur le territoire français par un sujet de Sa Majesté, le consul ou agent de Sa Majesté devra

être offlciellement informé des poursuites dirigées contre l'accusé et mis eu mesure de s'assurer que toutes les formes légales sont bien observées. Art. 18. Si quelque malfaiteur coupable de désordres ou brigandages sur le territoire français se réfugie sur le territoire annamite, l'autorité locale s'efforcera, dès qu'il lui en aura été donné avis, de s'emparer du fugitif et de le rendre aux au-

—

torités françaises. Il eu sera de même si des voleurs, pirates ou criminels quelconques, sujets du roi, se réfugient sur le territoire français; ils devront être poursuivis aussitôt qu"a\is en sera donné, et, si faire se peut, arrêtés et livrés aux autorités de leur pays. Art. 19. En cas de décès d'un sujet français ou étranger sur le territoire annamite, ou d'un sujet annamite sur le territoire français, les biens du décédé seront remis à ses héritiers; en leur absence ou à leur défaut, au résident qui sera chargé de les faire parvenir aux ayants-droit. Art. 20. Pour assurer et faciliter l'exécution des clauses et stipulations du présent traité, un an après sa signature, S. Exe. le Président de la République Française nommera un résident ayant le rang de minisire auprès de S. M. le roi de l'Annam. Le résident sera chargé de maintenir les relations amicales entre les hautes parties contractantes et de veiller à la consciencieuse exécution des articles du traité. Le rang de cet envoyé, les honneurs et prérogatives auxquels il aura droit, seront ultérieurement réglés d'un commun accord et sur le pied d'une parfaite réciprocité entre les hautes parties

—

—

contractantes. Ç. M. le roi de l'Annam aura la faculté de nommer des résidents à Paris et à Saigon. Les dépenses de toute espèce occasionnées par le séjour de

ces résidents auprès du gouvernement allié seront supportées par le gouvernement de chacun d'eux. Art. 21 Ce traité remplace le traité de 18G2, et le gouvernement français se charge d'obtenir l'assentiment du gouvernement espagnol. Dans le cas où l'Espagne n'accepterait pas ces modilicalions au traité de 1862, le présent traité n'aurait d'effet qu'entre la France et l'Annam, et les anciennes stipulations concernant l'Espagne continueraient à être exécutoires. La France, dans ce cas, se chargerait du remboursement de l'in.

—


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC L'aNNAM.

444

demnilé espagnole et se subslitiierait à l'Espagne, comme créancière de l'Annara, pour être remboursée conformément aux dispositions de l'art. 7 du présent traité. Le présent traité est fait à perpétuité. Il sera Art. 22. ratifié et les ratifications en seront échangées à Hué, dans le délai d'un an, et moins, si faire se peut II sera publié et mis en vigueur aussitôt que cet échange aura eu lieu.

—

En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé le présent traité et y ont apposé leurs cachets. Fait à Saigon, au palais du gouvernement de la Cochinchine Française, en quatre expéditions, le dimanche, quinzième jour du mois de mars de l'an de grâce 1874, correspondant au vingtseptième jour du premier mois de la vingt-septième année de Tu-Duc (S.)

Contre-amiral Dupré.

(S.)

LE TUAN

et

Nguyên-Van-Tu'o'ng.

XXVII

Traité de commerce conclu à Saigon, le 31 août 1874, entre la France et le royaume d'Annam. Son Excellence le Président de la République Française et Sa Majesté le Roi d'Annam, animés du désir de resserrer les liens qui unissent les deux nations et d'augmenter leur prospérité par la facilité donnée au commerce, ont nommé, dans ce but,

pour leurs Plénipotentiaires, savoir Son Excellence le Président de la République Française Le contre-amiral Krantz, commandant en chef la division navale des mers de Chine et du Japon, gouverneur par intérim, :

:

et

commandant en chef en Cochinchine, commandeur de

l'Ordre

national de la Légion-d'Honneur, etc.

Sa

JNIajesté le

Nguyên van

Roi de l'Annam,

les

Tu'ô'ng, Ministre de

hauts fonctionnaires décoré du

la Justice,

:

titre

de Ki-vi-ba, premier Ambassadeur, et Nguyên tàng Doàn, thi laug du Ministre de l'Intérieur, deuxième Ambassadeur, lesquels, après communication de leurs pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due forme, sont

convenus des articles suivants Article PREMIER. Conformément aux stipulations de :

—

l'art. 11


TEAITÉ DE COMMEPXE AVEC l'aXXAM.

445

du traité du 15 mars, le Roi de l'Annam ouvre au commerce étranger, sans distinction de pavillon ou de nationalité, ses ports de Thi-Naï

,

dans

la

province de Binh-Dinh, de Ninh-

Haï, dans la province de Haï-Duong, la ville de

fleuve de Nhi-Ha, depuis la

—

mer

Hanoï et

le

jusqu'à la frontière chinoise.

Dans les ports ouverts, le commerce sera libre, Art. 2. après l'acquittement d'une taxe de cinq pour cent de la valeur des marchandises, à leur entrée ou à leur sortie. Ce droit sera de dix pour cent sur le sel. Cependant, les armes et les munitions de guerre ne pourront être ni importées ni exportées par le commerce. Le commerce de l'opium reste assujetti à sa réglementation spéciale établie par le gouvernement annamite. L'importation des grains sera toujours permise moyennant

un droit de cinq pour cent. L'exportation des grains ne pourra avoir lieu qu'en vertu d'une autorisation temporaire du gouvernement de l'Annam, autorisation dont il sera donné- connaissance au résident français à Hué. Les grains seront, dans ce cas, frappés d'un droit

de sortie de dix pour cent. L'importation de la soie et du Go-liem sera toujours permise. L'exportation de la soie et du bois dit « Go-liem « ne sera permise chaque année qu'après que les villages qui paient leurs impôts avec ces deux denrées auront totalement acquitté cet impôt en nature, et que le gouvernement annamite en aura acheté les quantités indispensables à son propre usage. Le tarif d'entrée ou de sortie sur ces matières sera, comme pour toutes les autres marchandises, de cinq pour cent. Lorsque le gouvernement annamite aura l'intention de profiter de ce droit de suspendre l'exportation de la soie et du bois « Go-liem », il en préviendra, au moins un mois à l'avance, le résident français à Hué; il lui fera également connaître un mois à l'avance l'époque à laquelle l'exportation de ces denrées redeviendra libre. Toutes les interdictions, h l'exception de celle qui concerne les armes et les munitions qui ne peuvent être transportées sans une autorisation spéciale du gouvernement annamite, ne s'appliquent pas aux marchandises en transit pour le Yunam ou venant du Yunam; mais le gouvernement annamite pourra prendre des mesures de précaution pour empêcher que les objets prohibés soient débarqués sur son territoire. Les marchandises transitant par le Yunam n'acquitteront le


446

TRAITÉ DE COMMERCE AVEC L'aNNAM.

douane qu'à leur entrée sur le territoire annamite, y arrivent par mer ou par la frontière de Chine (province du Yunam). Aucun autre droit accessoire ou supplémentaire ne pourra être établi sur les marchandises régulièrement introduites à leur passage d'une province ou d'une ville à une antre. 11 est entendu que les marchandises importées ou exportées par des bâtiments chinois ou appartenant à l'Annam seront soumises aux mêmes interdictions, et que celles, importées ou exportées sous pavillon chinois, seront soumises aux mêmes droits que les marchandises importées ou exportées sous pavillon européen ou américain (ce que l'on entend, dans ces deux traités, par pavillon étranger), mais ces droits seront perçus séparément par les mandarins annamites du service de la douane et versés dans une caisse spéciale, à l'entière disposition du gouvernement annamite. Art. 3. Les droits de phare et d'ancrage sont fixés à trois dixièmes de taël par tonneau de jauge pour les navires entrant et sortant avec un chargement, et à quinze centièmes de taël par tonneau pour les navires entrant sur lest et sortant chargés, ou entrant chargés et sortant sur lest. Sont considérés comme étant sur lest les navires dont la cargaison est inférieure au vingtième de leur jauge en encombrement, et à cinq francs par tonneau en valeur. Les navires entrant sur lest et partant sur lest ne paient aucun droit de phare et d'ancrage. ,Art. 4. Les marchandises expédiées de Saigon pour un des ports ouverts du royaume d'Annam ou à destination de la province du Yunam en transit par le Nhi-Ha, et celles qui sont expédiées de l'un de ces ports ou de la province du Yunam pour Saigon, ne seront soumises qu'à la moitié des droits frappant les marchandises de toute autre provenance ou ayant une droit de

qu'elles

—

—

autre destination.

Pour éviter toute fraude et constater qu'ils viennent bien de Saigon, ces bâtiments y feront viser leurs papiers par le capitaine du port de commerce et les yferont timbrer par le consul d'Annam. La douane pourra exiger des bâtiments, à leur départ pour Sa'igon, caution pour la moitié des droits auxquels ils ne sont pas soumis en vertu du paragraphe i'^' du présent article, et si la caution ne parait pas valable, la douane pourra exiger le versement en dépôt de cette moitié de droits, qui sera restituée après justification.


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC l'ANNAM.

447

— Le commerce par terre entre

la province de Biende Binh-Thuan restera provisoirement dans les conditions où il est en ce moment, c'est-à-dire qu'il ne pourra être établi de nouveaux droits ni apporté aucune modification

Art.

hoa

5.

et celle

aux droits existants. Dans l'année qui suivra l'échange des ratifications du présent traité, une convention supplémentaire réglera les conditions auxquelles sera soumis ce commerce par terre. En tous les cas, l'exportation des chevaux de l'empire d'Annam à destination de la province de Bienhoa ne pourra être assujettie à dos droits plus forts que ceux qui sont payés actuellement. Art. g. Pour assurer la perception des droits, et afin d'é-

—

viter les conflits qui pourraient naître entre les étrangers et les autorités

le gouvernement français mettra à la gouvernement annamite les fonctionnaires né-

annamites,

disposition du

cessaires pour diriger le service des douanes sous la surveillance et l'autorité du Ministre chargé de cette partie du service public. Il aidera également le gouvernement annamite à orga-

niser sur les côtes un service de surveillance efficace pour le commerce. Aucun Européen non

protéger

français ne pourra être employé dans douanes des ports ouverts sans l'agrément du consul de France ou du résident français prés la cour de Hué, avant le paiement intégral de l'indemnité espagnole. Ce paiement terminé, si le gouvernement annamite juge que ses fonctionnaires employés dans les douanes peuvent se passer du concours des fonctionnaires français, les deux gouvernements s'entendront au sujet des modifications que cette détermination rendra nécessaires. Art. 7. Les douanes des ports ouverts au commerce étranger devant être dirigées par un fonctionnaire annamite résidant à Niuh-haï, un fonctionnaire français mis à la disposition du gouvernement annamite et portant le titre de chef du serles

—

même port, afin de se concerter sur toutes les mesures de détail ayant pour but la

vice européen, résidera dans le

avec

lui

bonne organisation du service. Tous les européens employés dans les douanes relèveront directement du chef du service européen. 11 aura le droit de correspondre pour les alfaires de douanes et de commerce avec le consul français et avec le résident français à Hué. Le chef du service européen et le chef du service annamite


448

rilAITÊ

DE COMMERCE AVEC l'aNNAM.

s'cnlondront pour les rapports à adresser au INIinistre des Finances. En cas de dissentiment chacun d'euxpourra s'adresser directement à ce haut fonctionnaire.

— Les

du personnel mis au service de Sa Madu paj's, ainsi que ses émoluments, seront réglés d'un commun accord entre les deux gouvernements. Art. 9. La comptabilité des douanes sera tenue en double dans les bureaux du service européen et dans les établissements financiers désignés par le gouvernement annamite pour encaisser le montant des droits. Les ordres de recette des droits devront porter le visa du fonctionnaire français et celui du fonctionnaire annamite. Les mêmes formalités seront observées lorsque l'argent devra être extrait des caisses de la douane pour être versé dans celles de Art.

8.

rano;s

jesté, ses rapports officiels avec les autorités

—

l'Etat.

Les pièces de comptabilité

et les registres seront

comparés

tous les mois.

—

Art. 10. Seront prélevés sur le produit des droits de phare et d'ancrage, et en cas d'insuffisance sur le produit des droits de douane, sans que jamais le prélèvement puisse dépasser la moitié du revenu brut de ce dernier et dans l'ordre suivant

:

La solde du personnel européen employé au service des douanes des ports ouverts de l'Annam; celle des employés annamites ou autres du même service; 2° La construction et l'entretien des bureaux de la douane 3° La construction et l'entretien des phares, bateaux-feu, i"

;

'

balises

;

Les travaux de curage et les sondages; Enfin toutes les dépenses reconnues nécessaires pour faciliter et activer le développement du mouvement commercial. Le tarif de droits établi parla présente convenArt. 11. tion sera applicable pendant dix ans à dater de l'échange des ratifications pendant cette période, il ne pourra être modifié que du commun accord des deux hautes parties contractantes, et un an au moins après que la proposition en aura été faite par l'une d'elles. Art. 12. Toutes les contestations entre les étrangers et le personnel des douanes au sujet de l'application des règlements douaniers seront jugées par le consul et un magistrat annamite. Art. 13. Lorsqu'un bâtiment français ou étranger arrivera 4°

— ;

—

—


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC l'aNXAM.

449

dans les eaux de Tun des ports ouverts au commerce étranger, aura la faculté d'engager tel pilote qui lui conviendra pour se faire conduire immédiatement dans le port, et de même, quand après avoir acquitté toutes les charges légales, il sera prêt à mettre à la voile, on ne pourra pas lui refuser des pilotes pour le sortir du port sans retard ni délai. Tout individu qui voudra exercer la profession de pilote pour les bâtiments étrangers, pourra, sur la présentation de trois certificats de capitaines de navires, être commissionné par le consul de France et le capitaine du port. La rétribution paj-ée aux pilotes sera réglée selon l'équité, pour chaque port en particulier, par le consul ou agent consulaire et le capitaine du port, en raison de la distance et des difficultés de la navigation. Dès que le pilote aura introduit un navire de Art. 14. commerce étranger dans le port, le chef de la douane déléguera un ou deux préposés pour surveiller le navire et empêcher qu'il ne se pratique aucune fraude. Ces préposés pourront, selon leurs convenances, rester dans leurs propres bateaux ou se tenir à bord du bâtiment. Les frais de leur solde, de leur nourriture et de leur entretien seront à la charge de la douane, et ils ne pourront exiger aucune indemnité ou rétribution quelconque des capitaines ou des consignataires. Toute contravention à cette disposition entraînera une punition proportionnelle au montant de l'exaction, laquelle sera en outre intégralement restituée. Art. 15. Dans les vingt-quatre heures qui suivront l'arrivée d'un navire de commerce étranger dans l'un des ports ouverts au commerce étranger, le capitaine, s'il n'est dûment empêché, et à son défaut le subrécargue ou le consignataire, devra se rendre au consulat de France et remettra entre les mains du consul les papiers de bord, les connaissements et le manifeste. Dans les vingt-quatre heures suivantes, le consul enverra au chef de la douane un extrait du rôle d'équipage et une note détaillée indiquant le nom du navire, le tonnage légal du bâtiment et la nature de son chargement; si par suite de la négligence du capitaine, cette dernière formalité n'avait pu être accomplie dans les quarante-huit heures qui suivront l'arrivée du navire, le capitaine sera passible d'une amende de cinquante piastres par jour de retard au profit de la caisse des douanes; ladite amende, toutefois, ne pourra dépasser la somme de deux il

—

—

cents piastres.


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC l'aNNAM.

450

Aussitôt après

chef de

sulat, le

la

la

réception de

la

douane délivrera

note trunsmise par

le

con-

permis d'ouvrir la cale. permis précité, avait ou-

le

avant d'avoir reçu le commencé à décharger, il pourrait être condamné à une amende de cinq cents piastres au plus, et les marchandises débarquées pourraient être saisies, le tout au profit de la caisse des douanes. Les armes et les munitions de guerre que les bâtiments de commerce pourraient avoir à bord pour leur propre sûreté, devront être énumérées sur les papiers de bord et déclarées en Si le capitaine,

vert

la

cale et

même

temps que la composition de la cargaison, à leur arrivée au port ou à la douane. Si les fonctionnaires du gouvernement annamite le jugent nécessaire, ces armes seront mises en dépôt à terre, entre les mains du capitaine du port et du consul, ou dans le poste frontière, pour n'être rendues qu'au départ du bâtiment, soit qu'il prenne la mer, soit qu'il pénètre sur le territoire chinois. Dans ce dernier cas, la quantité de munitions et d'armes sera déterminée par le consul et le chef de la douane, en raison des circonstances. Les contraventions seront punies de la confiscation des armes au profit du gouvernement annamite et, en outre, d'une amende qui ne pourra excéder cinq cents piastres. Si un bâtiment a débarqué clandestinement des armes ou des munitions sur le territoire annamite, ces armes, si elles sont en petit nombre, seront confisquées et les contrevenants seront en outre punis d'une amende de cinq cents piastres au plus; mais si la quantité d'armes ou de munitions de guerre ainsi débarquées est considérable et constitue un danger, le bâtiment pourra être saisi et confisqué, ainsi que tout ou partie du chargement. La confiscation d'un bâtiment européen ou américain ne pourra être prononcée que par les deux gouvernements. Art. 16. Les capitaines et négociants étrangers pourront

—

louer telles espèces d'allèges et d'embarcations qu'il leur plaira pour transporter des marchandises et des passagers, et la rétribution à payer pour ces allèges sera réglée de gré à gré par les parties intéressées, sans l'intervention de l'autorité annamite, et par conséquent sans sa garantie, en cas d'accident, de fraude et de disparition desdits allèges. Le nombre n'en sera le monopole n'en pourra être concédé à qui que non plus que celui de transport par portefaix, des marchandises à embarquer ou à débarquer.

pas limité et ce soit,


TRAITÉ DE COMilERCE AVEC l'aNNAM.

451

17. — Toutes les

fois qu'un négociant étranger aura des Art. marchandises à embarquer ou à débarquer, il devra d'abord remettre la note détaillée au consul ou agent consulaire qui en donnera communication au chef de la douane. Celui-ci délivrei\a sur-le-champ un permis d'embarquement ou de débarquement. Il sera alors procédé à la vérification des marchandises, dans la forme la plus convenable pour qu'il n'y ait chance de perte pour aucune des parties. Le négociant devra se faire représenter sur le lieu de la vérification (s'il ne préfère y assister lui-même) par une personne

réunissant les qualités requises, à l'effet de veiller à ses intérêts au moment où il sera procédé à cette vérification pour la liquidation des droits; faute de quoi, toute réclamation ultérieure restera nulle et non avenue. Si le négociant ne peut tomber d'accord avec l'employé an-

valeur à fixer, chaque partie appellera deux ou chargés d'examiner les marchandises, et le prix le plus élevé qui sera offert par l'un d'eux sera réputé constituer la valeur desdites marchandises. Les droits seront prélevés sur le poids net on déduira, en

namite sur

la

trois négociants,

;

conséquence, le poids des emballages et contenants. Si le négociant ne peut s'entendre avec l'employé annamite sur la fixation de la tare, chaque partie choisira un certain nombre de caisses et de ballots parmi les colis objets du litige; ils seront d'abord pesés bruts, puis tarés ensuite, et la tare moyenne des colis pesés servira de tare pour tous les autres. Si, pendant le cours de la vérification, il s'élève quelque difficulté qui ne puisse être résolue, le négociant pourra réclamer l'intervention du consul, lequel portera, sur-le-champ, l'objet de la contestation au chef des douanes, et tous deux s'efforceront d'arriver à un arrangement amiable mais la réclamation devra avoir lieu dans les vingt-quatre heures, sinon il n'y sera pas donné suite. Tant que le résultat de la contestation restera pendant, le chef de la douane n'en portera pas l'objet sur les livres, laissant ainsi toute latitude pour l'examen et la solution de la difficulté. Les marchandises qui auraient éprouvé des avaries jouiront d'une réduction de droits proportionnée à leur dépréciation. Celle-ci sera déterminée équitablement et, s'il le faut, par ex;

pertise contradictoire, ainsi qu'il a été stipulé plus haut.

— Tout

Art. 18. de l'Annam,

et

qm

bâtiment entré dans l'un des ports ouverts n'a point encore levé le permis de débar-


TRA.1TÉ

452

DE COMMERCE AVEC L'aNNAM.

quemcnl mentionne dans l'article précédent, pourra, dans les deux jours de son arrivée, quitter le port et se rendre dans un autre port, sans avoir à payer ni droits d'ancrage ni droit de douane, attendu qu'il les acquittera ultérieurement dans le port

où

il

eflfectuera la vente

Art.

19.

— Les

de ses marchandises.

droits d'importation seront acquittés par les

capitaines ou négociants au fur et à mesure du débarquement des marchandises et après leur vérification. Les droits d'ex-

portation le seront de la même manière lors de l'embarquement. Lorsque les droits de tonnage et de douane dus par un tâtiment étranger auront été intégralement acquittés, le chef de la douane délivrera une quittance générale, sur l'exhibition de laquelle le consul rendra ses papiers de bord au capitaine et lui

permettra de

Toutefois,

partir.

si le

capitaine y consent,

il

sera loisible à l'admi-

nistration des douanes (afin de faciliter les opérations du commerce) de percevoir les droits d'après les papiers de bord sans

qu'on soit obligé de décharger les marchandises pour en constater la valeur et la quantité. Après l'expiration des deux jours mentionnés Art. 20.

—

dans l'article 18 et avant de procéder au déchargement, chaque bâtiment de commerce acquittera intégralement les droits de phare et d'ancrage fixés par l'article 3. Aucun autre droit, rétribution ou surcharge ne pourra être exigé sous aucun prétexte.

Lors du paiement du droit précité, le chef de la douane délivrera au capitaine ou au consignataire un reçu en forme de certificat constatant que les droits de phare et d'ancrage ont été intégralement acquittés et, sur l'exhibition de ce certificat au chef de la douane de tout autre port où il lui conviendraitde se rendre, le capitaine sera dispensé de payer de nouveau ces droits pour son bâtiment, tout navire étranger ne devant en être passible qu'une seule fois à chacun de ses voyages d'un pays étranger en Annam. Tout navire étranger entré dans l'un des ports Art. 21. ouverts au commerce, et qui n'y voudra décharger qu'une partie de ses marchandises, ne paiera les droits de douane que pour la partie débarquée; il pourra transporterie reste de sa cargaison dans un autre port et l'y vendre. Les droits seront

—

alors acquittés.

Dans le cas où des étrangers, après avoir acquitté dans un port les droits sur des marchandises, voudraient les réexporter


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC LANXAM.

453

et aller les vendre dans un autre port, ils en préviendraient le consul ou agent consulaire; celui-ci, de son côté, informera le chef de la douane, lequel, après avoir constaté l'identité de la marchandise et la parfaite intégrité des colis, remettra aux réclamants une déclaration attestant que les droits afférents auxdites marchandises ont été effectivement acquittés.

Munis de cette déclaration, les négociants étrangers n'auront, à leur arrivée dans l'autre port, qu'à la présenter par l'entremise du consul au chef de

la

douane, qui déli\Tera, pour

cette partie de la cargaison, sans retard et sans frais,

un permis de débarquement en franchise de droits; mais si l'autorité découvrait de la fraude ou de la contrebande parmi ces marchandises ainsi réexportées, celles-ci seraient, après vérification, confisquées au profit de la caisse des douanes. Aucun transbordement de marchandises ne Art. 22. pourra avoir lieu que sur permis spécial, et dans un cas d'urgence. S'il devient indispensable d'effectuer cette opération, il

—

devra en être référé au consul qui délivrera un certificat, sur vu duquel le transbordement sera autorisé par le chef de la douane. Celui-ci pourra toujours déléguer un employé de son administration pour y assister. Tout transbordement non autorisé, sauf le cas de péril en la demeure, entraînera la confiscation au profit de la caisse des douanes, de la totalité des marchandises illicitement transbordées. Dans chacun des ports ouverts au commerce Art. 23. étranger, le chef de la douane recevra pour lui-même, et déposera au consulat français des balances légales pour les marchandises et pour l'argent, ainsi que des poids et mesures exactement conformes aux poids et aux mesures en usage dans l'Annam et revêtus d'une estampille et d'un cachet constatant cette conformité. Ces étalons seront la base de toutes les liquidations de droits et de paiements à faire. On y aura recours en cas de contestation sur le poids et la mesure des marchandises, et il sera statué d'après les résultats qu'ils auront donnés. Toute marchandise introduite ou exportée en Art. 24. contrebande, par des navires ou par des négociants étrangers dans les ports, quelles que soient d'ailleurs sa valeur et sa nature, comme aussi toute denrée prohibée débarquée frauduleusement, sera saisie par l'autorité locale et confisquée. En outre, le gouvernement annamite pourra, si bon lui semble, le

—

—


451

TRAITÉ DE COMMERCE AVEC L'aNNAM.

interdire l'entrée de ses ports au bâtiment surpris en contravention et le contraindre à partir aussitôt après l'apuration de SCS comptes. Si quelque navire étranger se couvrait frauduleusement d'un pavillon qui ne serait pas le sien, l'autorité française prendrait les mesures nécessaires pour la répression de cet abus. La totalité des sommes provenant de la vente des objets confisqués sera versée à la caisse de la douane. Le produit des amendes pour contravention aux règlements des douanes, dans les ports ouverts, sera également versé à cette caisse. Son Excellence le Président de la République Art. 25. Française pourra faire stationner un bâtiment de guerre dans les ports ouverts de l'Empire où sa présence sera jugée nécessaire pour maintenir le bon ordre et la discipline parmi les équipages des navires marchands et faciliter l'exercice de l'autorité consulaire. Toutes les mesures nécessaires seront prises pour que la présence de ces navires de guerre n'entraîne aucun mconvénient. Les bâtiments de guerre ne seront assujettis à aucun droit. Tout bâtiment de guerre français croisant pour Art. 26. la protection flu commerce sera reçu en ami et traité comme tel dans tous les ports de l'Aunam où il se présentera. Ces bâtiments pourront s'y procurer les divers objets de rechange et

—

—

de ravitaillement dont ils auraient besoin, et s'ils ont fait des avaries, les réparer et acheter dans ce but les matériaux nécessaires, le tout sans la

moindre opposition.

en sera de même à l'égard des navires de commerce français ou étrangers qui, par suite d'avaries majeures ou pour toute autre cause, seraient contraints de chercher refuge dans un port quelconque de l'Annam. INIais ces navires devront également n'y séjourner que momentanément et aussitôt que la cause de leur relâche aura cessé, ils devront appareiller sans pouvoir y prolonger leur séjour et sans pouvoir y commercer. Si quelqu'un de ces bâtiments venait à se perdre sur la côte, l'autorité la plus proche, dès qu'elle en serait informée, porterait sur-le-champ assistance à l'équipage, pourvoierait à ses premiers besoins et prendrait les mesures d'urgence nécessaires pour le sauvetage du navire et la préservation des marchandises. Puis elle porterait le tout à la connaissance du consul ou agent consulaire le plus à portée du sinistre, pour que celui-ci, de concert avec l'autorité compétente, pût aviser aux moyens de rapatrier l'équipage et de sauver les débris du Il

navire et de la cargaison.


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC L'aXNAM.

455

Le port de Thuan-an, à cause de sa situation dans une rivière qui conduit à la capitale et de sa proximité de cette capitale, fera exception et aucun bâtiment étranger de guerre ou de

commerce ne pourra y pénétrer. Cependant, si un bâtiment de guerre français était chargé d'une mission pressée pour le gouvernement de Hué ou pour le résident français, il pourrait franchir la barre après en avoir

demandé

et obtenu l'autorisation expresse du gouvernement annamite Art. 27. Les navires de commerce annamites qui se rendront dans tous les ports de France ou des six provinces françaises de la Basse-Gochinchine pour y commercer, y seront traités au point de vue des droits de toute nature comme la

—

nation

la

plus favorisée.

—

Le gouvernement français renouvelle la promesse Art. 28. faite au gouvernement annamite, à l'article 2 du traité du 15 mars, de faire tous ses efforts pour détruire les pirates de terre et de mer particulièrement dans le voisinage des villes et ports ouverts au commerce européen, de façon à rendre les opérations du commerce aussi sûres que possible. La présente convention aura la même force que Art. 29. le traité du 15 mars 1874, auquel elle restera attachée; elle sera mise en vigueur aussitôt après l'échange des ratifications qui aura lieu en même temps que celui du traité du 15 mars 1874, si c'est possible, et en tous les cas avant le 15 mars 1875.

—

En

foi

de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signée et

apposé leurs sceaux. Fait à Saigon, au palais du gouvernement, en deux expéditions en chaque langue comparées et conformes entre elles, le

y

ooit

trente-un août mil huit cent soixante-quatorze.

Signé

:

Krantz,

etc., etc.

Afin d'éviter des difficultés dans l'interprétation de quelques passages des nouveaux traités, les plénipotentiaires des deux hautes parties contractantes sont convenus d'ajouter au présent traité un article additionnel qui sera considéré comme en fai-

sant partie intégrante.

Article additionnel. Il

est

entendu que

commerce

la ville

même

de Hanoï est ouverte au

étranger, et qu'il y aura dans cette ville un consul


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC l'aNNAM.

456

avec son escorte, une douane, et que les Européens pourront y avoir des magasins et des maisons d'habitation aussi bien qu'à Ninh-Haï et à Thi-Naï. Si par la suite on reconnaissait que la douane de Hanoï est inutile et que celle de Ninh-Haï suffît, la douane de Hanoï pourrait être supprimée, mais il y aurait toujours dans cette ville un consul et son escorte, et les Européens continueraient à y avoir des magasins et des maisons d'habitation. Les terrains nécessaires pour bàlir les habitations des consuls et de leurs escortes seront cédés gratuitement au gouvernement français par le gouvernement annamite. L'étendue de ces terrains sera, dans chacune des villes ou ports ouverts, de cinq maus, mesure annamite (environ deux hectares et demi). Les terrains nécessaires aux Européens pour élever leurs maisons d'habitation ou leurs magasins seront achetés par eux aux propriétaires; les consuls et les autorités annamites interviendront dans ces achats, de façon à ce que tout se passe avec équité. Les magasins et les habitations des commerçants seront aussi rapprochés que possible de la

demeure des consuls.

A

consul et son escorte continueront à occuper que cela sera jugé nécessaire pour assurer la posécurité du commerce. Il habitera plus tard sur le

Ninh-Haï

le

les forts, tant lice et la

maus qui lui aura été concédé. On respectera les pagodes et les sépultures, et

terrain de cinq

les Européens ne pourront acheter les terrains sur lesquels il existe des habitations qu'avec le consentement des propriétaires et en payant

une juste indemnité. Les commerçants européens paieront l'impôt foncier d'après les tarifs en usage dans la localité où ils habiteront, mais ils ne paieront aucun autre impôt.

A

Saïgon,

le

trente-un août mil huit cent soixante-quatorze.

Signé

:

Krantz,

etc., etc.

Convention annexe au Traité de comni.erce du 31 août 1874. Le contre-amiral Krantz, commandant en chef la division navale des mers de Chine et du Japon, gouverneur par intérim et commandant en chef en Cochinchine, commandeur de l'Ordre national de la Légion d'honneur, etc., etc., muni des


TRAITÉ DE COMMERCE AVEC l'aNXAM.

457

pleins pouvoirs de son Excellence le Président de la Républi-

que Française. Et le haut fonctionnaire Nguj^èn Van Tu'o'ng, Ministre de la Justice, décoré du titre de Ki vi Ba, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté le roi d'Annam, sont convenus d'apporter au traité de commerce, signé le 31 août 1874, les modifications suivantes «

Est et

deux du

« « «

w

« «

« «

le

dernier paragraphe de l'article

susdit traité ainsi conçu

:

entendu que les marchandises importées ou exportées par des bâtiments chinois ou appartenant à l'Annam, seront soumises aux mêmes interdictions, et que celles importées et exportées sous pavillon chinois seront soumises aux mêmes droits que les marchandises importées ou exportées sous pavillon européen ou américain (ce que l'on entend, dans ces deux traités, par pavillon étranger). Mais ces droits seront perçus séparément par les mandarins annamites du service de la douane, et versés dans une caisse spéciale, à l'entière disposition du gouvernement Annamite. » Ledit paragraphe supprimé est remplacé par le texte sui« Il

«

:

demeure supprimé

est

vant.

«

« Il est entendu que les marchandises importées de l'étranger dans les ports ouverts, ou exportées des ports ouverts à l'étranger par des bâtiments chinois ou appartenant à l'Annam, seront soumises aux mêmes interdictions et aux mêmes droits que celles importées de l'étranger ou exportées à l'étranger sont tout autre pavillon; et que ces droits seront perçus par les mêmes employés et versés dans les mêmes caisses que ceux perçus sur les marchandises importées de l'étranger ou exportées à l'étranger sous les pavillons dits

«

étrangers. »

«

« « « «

« «

La présente convention sera rattachée au

traité

du 31 août

1874, lors de l'échange des actes de ratification, et en fera partie

intégrante.

En

de quoi les Plénipotentiaires ont signé aujourd'hui novembre 1874, correspondant au 15™*^ jour du 10» mois de la 27"= année de Tu' Dù'c. foi

vingt-trois

Signé

:

C. A*' Krantz, etc. nie.


XXVIII Etat des marchandises importées à Haï-Phông et des marchandises exportées de ce même port depuis

le

15 septembre iSlo jusqu'au il juin 1876.

1°

a a

MARCHANDISES IMPORTÉES.

Anglais, Allemand. »

»

»...

NOMBRE

en

DES MABCHASDISE3

Chine

VALEUR

POIDS

N AT U R E PAVILLON

ai

PICCLS

en

TAELS

(1)

489 08

Alun

1.432 93

\llumette3

»

Allemand

\cier

»

Anglais

Absinthe

.

16 00

.

»

Anglais, Allemand. Achards

Chinois

»

Anglais

121 44 14 caisses

Allemand »

1

colis

1

caisse

92 19

.

105 84 .

4

.

2 00

Arachides Arsenic.

5 colis 2 caisses.

72 .

Anglais, Allemand.

Ang., AU., Chinois. Boites diverses

»

Allemand

300

»

Bois de sapan

n

Bois à brûler Anglais, Allemand.

»

Anglais

»

»...

347 85

n

25 20

404 68 6 colis

1:0 00

32 33 7 20

747 91

Bière

1.191 29

Bougies

1100

Bourses chinoises.. Bols en faïence.

72

288 02

Bois de sandal

»

950 60 75 paquets..

»

»

24 70

36 52

Biscuits

Ang., All.jChinois. Baguettes parfumées

»

32

4 80

Articles de Paris...

»

»

2,

.

72 20

1.51G 12

.

A

reporter

7.691 37

(2)

Le picul vaut 60 kilogrammes environ. Le taël, d'après le calcul des douanes franco-annamites, vaut un peu plus de

Ir.

71.

(1)


MARCHANDISES IMPORTEES AU TOXG-KING

459

POIDS

NATURE

NOMBRE

PAVILLON I>Ii.>

IIAIÎCHASDISES

Report

7.691 37

Chinois

Bois à construire..

iO pièces.

9

»

Anglais

Burettes à huile

20 pièces.

»

3.J

18

»

»

Bouchons

»

Bitler

>i

Balances

1000 1

2\ boites..

Beurre

1

Bonneterie

»

Chinois

Brosses à dents

Anglais

Bimbeloterie

Anglais, Allemand.

Colon

»

»

.

Anglais, Allemand.

Chapeaux

Allemand

Cure-oreilles

Cuivre

Chinois

Chaux

Anglais

Café

6

»

82 73 25 20

..

50

»

67.294 39 90 99

603 26 163 34

500 paquets

104 40

86 40

2.848 2 00

»

» 20

88 79

Conserves

»

Chandelles

»

Camphre

406 43 l

8 66

2.0

9 colis

79 20

.

» 70

Clous

Choux

15 89 3 jarres

salés

.

14 caisses

Cognac

»

Couvertures

»

Ci;,'ares

1

20

36 68 183 6S

66 88

Allemand

Couleurs

Anglais

Cartouches

900 paquets.

»

Champagne

210 bouteil..

304 56

Allemand, Chinois

Cuillères chinoises..

Chinois

Cocos vides

»

34 20

» 46 caisse

4200

»

Anglais

1

Carreaux

Anglais, Allenoand

»

5 articles.

50

Confitures

Chaussures

Chinois

pièce..

filé

Ang., Ail., Chinois

»

caisse..

Charbon de bois

.

7

19

73 44 77 36

..

2 colis. ..

» 35

155 paniers.

18 36

»

Cornes de cerf

25

»

Cire

10 88

Anglais, Allemand

Chandeliers

Chinois

Cartes

»

il

11 96

jouer

..

Ceinluresencaoutch

Anglais, Allemand

Cotons

Anglais, Chinois..

Chaudronnerie

(11

85

122 88

28.372 73

(tissus)

88 56

A

reporter.

109.110 43


MARCHANDISES IMPORTÉES AU TOXG-KING

460 03

VA L E u i:

POID.S

NATUKE

a

PAVILLON

NOMBRE

en

DES MAKCHANDISKS

en

PICULS

TAELS

Report Chine ))

Anglais

))

Anglais, Chinois..

.

973 Gi

Droguerie

35 28

Eau-de-vie

265 75

Etoffes diverses.

))

Aniflais

))

Ang., Ail., Chinois. Etain

))

Anglais

Eau de

))

Anglais, Allemand.

Espèces d'argent.

»

109.110 43

Anglais, Chinois... Cinabre

.

115 20

.

771 74 Seltz

1

Anglais

Essence de menthe.

7500

Eventails

1000

Anglais

Encre de Chine

»

Fauteuils

»

Flanelle (tissus)

1

fioles..

))

Anglais, Allemand.

Ang., Ail., Chinois. Fer

»

.

696 09

»

n

.

.

Fruits

»

»

.

.

Fer-blanc

893 49

24724 pièces.

Faïence

Ang., Ail., Chinois. Fleurs

»

Anglais

»

39 colis..

Gélatine

.Anglais

Gingembre

Allemand

Graines de melon

52

1

24 40

20 5 colis

..

1

..

colis ..

20

>.

8 08

26

87.

Ang., AU., Chinois. Huile

536 54

Anglais, Allemand. Houille

149 25

Allemand

Huîtres sèches

Anglais

Herbes marines..

»

»

»

))

Japonnerie

»

))

Jeux

))

Lanternes

..

Indigo

)>

à

20

»

22

»

2 caisses.

28 06

3 caisses.

88 30

Jambons

»

Ui

9.273 GO

Fil de coton

Chinois

825 38 57 GO

Fournit, de bureau.

Allemand, Chinois. Gâteaux

»

»

124 10

30 05

»

»

»

3.098 06

n

»

9 40

66 68

Farine

»

Chinois

90 11 » 70

Fromage >)

»

11 52

42 1

.

1

1.244 IG

Chinois

»

baril..

..

9 40

compter

23 64

176 46

Livres

586 60

Liqueurs

593 84

Anglais, Allemand.

Lait

Anglais, Chinois..

Légumes

.\nglais

Laiton

254 boites.

25 60 77

»

269 64

A

reporter

130.498 73


MARCHANDISES IMPORTÉES AU TONG-KING a a

POIDS

NATURE

PAVILLON

VA L E U R NOMBRE

en

DES MARCHANDISKS

»

Anglais, Allemand.

Lampes

Chinois

Literie

Anglais, Allemand.

Laines (tissus)

»...

» Ârtg.,

6 85

2.245 68 5.027 63

Mercerie

47.109 75 18 72

Anglais

....

Marmites

»

130.498 73 81 86

AU., Chinois. Médecine

Chinois

en

TAELS

PICTLS

Report Chine

461

Mèches

253 26

8319

2 50

.

Anglais, Allemand. Miroirs

Anglais

357 71

232 64

Mercure

»

46 14

9 têtes...

n

Moutarde

))

»

Allemand

»

Anglais

»

» »

7 20

15

Malles.

5

30

4 32

))

Nacre

»

Nattes

43 16

22 50

. .

4 32

i

115 20 Anglais, Allemand.

Opium

Chinois

Ouvrages en bois

))

Anglais, Allemand.

Parfumerie

1)

Chinois

Pipes en bronze..

16.237 15 61 20

.

79 04 1

.

7.756 06

Ang., AU., Chinois. Papier Peinture

An'''lais

»

Anglais, Chinois

.

3 60

caisse..

1

Pipes à opium.

Anglais

Plumes

Anglais, Chinois..

Pinceaux

Anglais, Allemand.

Pots

.

40 36

00

2.571 89

.

23 32

p. pinceaux.

127 50 124 36

Pétrole »

»

»

»

»

»... »...

»

.

890

2391

h fleurs

127 40

Pâtes '

Pendules

Anglais, Allemand.

n

»

n

Anglais

»

Chinois

»...

682 80

Parapluies

88 20

Provisions de bouche

Pommes Poterie

de terre

.

commune

.

98 03

57 00

4405

.

articles.

Parfums chinois..

83 44

20

Pain Anglais

359 20

2.952 70

Ang., AU., Chinois. Porcelaine »

»

3.689 74

Poivre

»

708 30

.

A

reporter

222.815 50


MARCHANDISES IMPORTÉES AU TONG-KING

462

POIDS

NATURE

a ai

PAVILLON DES MAUCHAKDISES

VALEUli

NOMBRE

en

en

PICCLS

TAELS

Report Chine

Chinois

l'uisoirs

»

Anglais

Poics salés

222.815 56 2 44

1

caisse

.

Allemand, Chinois. Peaux de bœufs »

Chinois

Pantoufles

Anglais, Chinois..

Poissons secs

»...

»

Allemand, Chinois. Plâtre

»

Chinois

41

50 SO

68 80 2 14 2 46

Pistaches Anglais, Allemand.

Plantes médicinales.

Anglais

Pipperment

»

3.680

Plomb

))

80 70

Savons

8::8

Ang., AU., Chinois. Sucre » »

»

»

Saures

Anglais

1

Sellerie

))

»

))

Sirops

72 bout..

72

Sels

»

Anglais, Allemand.

Soieries (tissus)..

.

.

Chinois

Sauces chinoises.

»

Anglais

Soufre

»

Ang., AU., Chinois. Souliers chinois »

))

»

»

»...

>.

5

04

6 05

171.616 34 6

..

21 CO .

702 14

.

Tabac

7.324

»

3.712

»

19.067 80

Thé 35000

36

»

Tuiles

Anglais.

Tabourets

Chinois

Ustensiles en bois.

Anglais, Allemand.

Vin

1.128 20

Verrerie

1.393 10

)>

»... »...

Anglais, Chinois

»

»

58

Chinois

»

»

.

flacons

Anglais, Allemand. Teinture »

»

"

59

40 61

Saumures

.

» »

3 60

Rotins fendus

))

9

35

832 22

Anglais, Allemand. Ouincaillerie

Anglais

n

93 60

Papeterie

»

76

174 22

Pois chinois

;)

»

54 70

Pétards

»

13 68

.

28 51

38 88

Vermouth

202 50

Vêtements

239

»

18

»

Allemand

Vases de cheminée.

Anglais

Vermillon

546 50

Anglais, Allemand. Végétaux

185 25

A

reporter

435.195 59

[


MARCHANDISES IMPORTEES AU TONG-KING a ca

as

463

VALEUR

POIDS

NATURE PAVILLON

NOMBRE

en

DES MARCHANDISES

en

TAELS

PICCLS

435.195 59

Report Chine

Anglais

Vessies de poissons.

Anglais

Vinaigi'e

21 60

» 85

96

litres...

15 50 4 32

Zinc

»

435.237 01

Total

Marchandises importées de Saigon.

PAVILLON

NOMBRE

en

DES MARCHANDISES

Saigon Anglais

VALEUR

POIDS

NATURE as

Absinthe..

8 caisses

.

Allumettes

»

15 caisses

Articles de Paris

»

Allemand

Appareil photogr.

))

Anglais

Bière

»

» »

... 1000

Bouchons

»

106 80

»

Cotonnade

1

balle...

»

»

Conserves

»

»

Cognac

.

.

.

»

18

»

.

11

»

caisse..

7

»

72

»

4

»

12 caisses 3 caisses

Chapeaux

1

15 kilog.

35 50

Huile

12 25

Jouets.

588 bouteilles

Liqueurs Miroirs

31 83

144

231 50

Curaçao

.

4 caisses

l'arfumerie. »

n

»

caisse..

»

»

3

62

1

»

25

Couvertures 2 caisses

))

»

22

Clous

»

»

720

Bougies

Chaussures

»

»

97

168 50 7 caisses.

»

»

25

129 73

1

.

Bitter

»

en TAKLS

KILOG.

.

248

»

11

»

14

»

93 50

Parapluies

A

reporter

2.292 Cl


MARCHANDISES EXPORTEES DU TOXG-KIXG

464

a

VALEUR

POIDS

NATUUE PAVILLON

XOMBKE

en

DES MARCHANDISES

en

TAELS

KILOG.

Report Saïgon

Anglais

»

»

Passementerie

1

Pipes

»

2.292 Cl

caisse

»

4

»

21

»

500

Porcelaine

»

,1

Quincaillerie

n

»

Savon

»

»

Sellerie

158 50 6 caisses

»

Sucre

»

Vêtements confect.

»

8

.

60 kilog.

»

Verrerie

»

Vins

U

»

33

»

!2

»

171

>'

57 60

.

316 50

Total des marchandises importées de Saigon

3.085 21

Etat des navires entrés. C

XOMBEE

HA

li

GE

Anglais

6

Allemand.

49

TONNAGE

PAVILLON

8

.

SL'K

s

.

NOMBBE

LEST TONNAGE

PAVILLON

2.876

3

Anglais

649

1.852

67

Chinois

1.483

1.000

Chinois

2.132

70 63

5.728

2°

MARCHANDISES EXPORTÉES. VALEUR

POIDS

NATUP.E PAVILLON

NOMBRE

en DES MARCHANDISES

Chine

Anglais, Chinois...

Amidon

»

Anglais, Allemand.

Boîtes laquées

»

.\nglais

Boites vernies

en

TAELS

PICULS

355 62

183 50

1.168 16

,

7 colis ....

90 pièces.

Ang., All.jChinois. Bois pour cerc

A

reporter

..

112 68 139 50

1.775 90


MARCHANDISES EXPORTEES DU ÏONG-KING

VALEUR

FOIDS

NATURE CT3

4G5

PAVILLON

NOMBRE

en DES JIARCHAN-DISKS

en

TAELS

PICULS

Report Chine

Allemand

Bois ouvrés vernis

Chinois

Bois p. incrustations

Allemand

Bambous

Anglais, Chinois... Boules de nau

Ang., AIL, Chinois. Chaaipiguons secs..

»

Allemand, Chinois. Coton égrené Ang., AU., Chinois. Cornes de

»

»

»

»

..

Ang., AIL, Chinois. Coton (tissus) ))

\no'lais

.

Cardamoues

.

»

Anglais, Chinois..

Cannelle

))

Allemand

Colle de poisson.

»

Allemand, Chinois. Chanvre

»

397 50

342 81

9.478 39

427 34

501 09

1317 98

1.109 96

59 53

701 61

67

41 86

62 26

365 01

22 96

Cordons en soie

.

»

1.687 32

1 ..

6

10816 00

36 90

Cnlicot

»

»

1086 80

3 00

Cornes de cerfs

Chinois

1

158 07

16.871 69

bœuf

Cornes de buffle

.

304 78

2 paquets.

p. cannes.

»

;)

1.773 96

26 caisses..

.

360 pièces

.

243 16

155 paires

.

60 48 » 77

00

Anglais, Chinois..

Chaux

»

Anglais

Dépouilles de paon.

2S77 pièces..

55 90

»

Anglais, Allemand.

Dép. d'oiseaux bleus.

4180 pièces .. 2674 25 4974 saumons

20.988 86

»

»

»

.

Eventails

Anglais

Ecaille

»

riz

.

.

riz

Huile d'anis étoile ..

Anglais, Chinois..

Haricots verts

Anglais

Huile d'arachides ...

Gambier

187 82

188 26

15 fardeaux

56

6 jarres...

1

65 65

7.412 70 221 90

58

2 20

89 00

85 10

3 38

»

»

Huile à vernir

»

.

41 paniers

.

3 sacs. ...

159 05

123

colis

1341 52 2033 jarres...

Ang., AIL, Chinois. Médecines Anglais, Allemand.

.Muscades

Allemand

Noix d'arec

Chinois

Nattes

738 84 21 63

1.691 63

10.620 11 339 99

Incrustations

Laque en bâtons..

»

250 58

57 45

)i

3

1.346 93

Gomme de poissons Gomme laque

Anglais, Allemand.

640 77

848 82

Anglais, Allemand. Graines de paradis. .\nglais

»

l'huile

Anglais, Allemand.

»

284 53

2.190 62

Eau-de-vie de

Ang., AIL, Chinois. Fécule de

i

4 09

Ecorceàclar.

Chinois

»

Etain

Ang., AIL, Chinois.

))

»

...

6.490 48

701 15

26.961 73

2023 01 257 14 19 00

1.772 30

i

64 sacs 10 pièces..

A

1

eporter

89 35 1

»

115.834 27


MARCHANDISES EXPORTÉES DU TOXG-KING

466

VALEUR

POIDS

XATUliE PAVILLON

NOMBRE

en DES MAKCIIANDISKS

en

PICULS

ÏAELS

Report Chine »

400 00

288

Allemand, Chinois. Os de bœufs

193 60

967 27

Allemand

Ouvrages en élain..

»

Ang., AIL, Chinois.

Papier

»

Anglais, Allemand. Peaux de bœufs

»

113.834 27

Os de buffles

Chinois

1

caisse ..

))

» 20

1.46a 91 261 92

50 03

Anglais

Poudre de tubercules

Chinois

Paddy

27

198 48

578 00

231 20

l

240 pipes...

Anglais

Pipes en bois

Allemand

Planches

46 pièces

..

Anglais, Chinois...

Porcs

55 tètes

.

104 36

..

398 42

.

56 99

46 70

Plumes bleues pour Anglais

»

7155 pièces

parure

Chinois »

Pois

103 00

32 40

Riz

780 60

609 40

Anglais

Rotins

181 75

»

Chinois

Sel

202 00

59 68

»

Anglais, Allemand. Soie grège

301 77

36.374 07

»

Ang., AU. ^Chinois. Stick lac

»

»

»

»

Tissus de soie

.

Anglais »

65 10

»

..

194 79

215 pièces..

Tapis brodés

»

»

»

423 44

67.859 34

.

14012 07

Ang., AIL, Chinois. Teinture

»

147 paquets.

445 77

14.886 67

Thé

301 94

Anglais

Tabac

Chinois

Vannerie

Ang., AIL, Chinois.

Vernis à laquer..

252 paquets. 5 paniers ..

1331 33

Anglais, Allemand. Vessies de poissons.

15 44

.

9 72 7 20

16.245 14 406 62 Total

258.109 90

Etat des navires sortis. C HARGÉ NOMBRE

PAVILLON

SUR LEST

S

TONNAGE

NOÎIUP.E

PAVILLON

TONNAGE

7

Anglais

2.233

2

Anglais

1.249

4

Allemand

1.339

41

Chinois

659

Chinois

1.280

51

43

62

4.852

1.908


TABLE DES MATIERES

Pages

Avant-propos

1

INTRODUCTION. ChapitPvE

—

I.

Les nouvelles voies de commerce avec

la

Chine 5

centrale

—

Aperçu général de l'histoire de l'Annam relations avec la France avant 1872

Chapitre

II.

et

de ses 13

LIVRE PREMIER. Des événements qui ont amené Chapitre Chapitre Chapitre

la conquête

du Delta du Tong-King.

— Explorations de M. Seiiez — M. Dupuis — Comment M. Senez intervint en

I.

11.

III.

35 45

faveur de M.

Du58

puis

—

Comment M. Dupuis parvint à remonter le fleuve Chapitre IV. du Tong-King Comment M. Dupuis chercha à utiliser la voie du Chapitre V. fleuve du Tong-King Comment le gouverneur de la Cochinchine FranChapitre VI. Projet de M. Seçaise fut amené à intervenir au Tong-King.

63

—

69

—

—

nez

77

,

—

Chapitre VII. Comment M. Francis Garnier fut envoyé en mission au Tong-King Quelles devaient être les instructions de Chapitre MIL M. Francis Garnier Départ de l'expédition de W. Francis Garnier. Chapitre IX. Son arrivée à Hà-Nôi Chapitre X. Négociations. Leur insuccès

83

—

—

—

—

—

88 94 101

LIVRE IL

La Chapitre tifs

I.

—

conquête

du Delta du Tong-King.

Etat des forces de

M. Francis Garnier.

— Prépara-

de l'attaque de la citadelle de Hà-Nôi

Chapitre Chapitre delle.

II.

III.

— Prise de la citadelle de Hà-Nôi — Installation du corps expéditionnaire

— Réorganisation

de

la

province de Hà-Nôi

109 113

dans

la cita-

117


TABLE DES MATIÈRES.

468

—

Chapitre IV. Expédition de M. Balny d'Avricourt. sion de Hu'ng-Yên prise du Phu Ly Chapitre V. Expédition de M. Balny d'Avricourt

—

Pages

Soumis127

;

—

—

(suite).

Prise de Haï-Dzu'o'ng

137

— — —

Chapitre VI. Prise de Ninh-Binli par M. Ilautefeuille Chapitre VII. Prise de Mam-Dinh par M. Francis Garnier. Chapitre VIII. Retour offensif des Annamites dans la province de Hà-Nôi L'ambassade et la suspension des hostilités. Chapitre IX. Chapitre X. La journée du 21 décembre 1873. Mort de M. Francis Garnier et de M. Balny d'Avricourt Chapitre XI. Commandement intérimaire de M. Bain de la Co.

— —

.

.

.

.

152 167 175

182

—

186

—

querie

194

— — —

L'arrivée du renfort Chapitre XII. Chapitre XIII. Commandement politique de M. Esmez Chapitre XIV. Administration de M. Ilautefeuille en NinhBinh Chapitre XV. Administration de M. Harmand en Xam-Dinh et de M. de Trentinian en Haï-Dzu'o'ng

199 203

208

—

LIVRE L'évacuation

Chapitre I. Chapitre IL

—

et ses

III.

conséquences.

—

Quelle pouvait être sa mission M. Philastre. Evacuation de Massacre de prétendus pirates.

—

.

231

—

Haï-Dzu'o'ng

Chapitre III. Chapitre IV.

221

235

— Evacuation de Ninh-Binh et de Nam-Dinh .... — Rétablissement de l'autorité annamite dans la

province de Hà-Nôi

241

249

— Evacuation de la citadelle de Hà-Nôi le successeur Chapitp.e VI. — Conséquences de l'évacuation Chapitre V.

255 de

:

260 M. Rheinart, est obligé de quitter Hà-Nôi 2G5 Chapitre VIL Le traité Chapitre VIII. Dernières conséquences de l'intervention fran269 çaise l'insurrection des lettrés du Tong-King Méridional. Chapitre IX. Dernières conséquences de l'intervention française (suite) l'insurrection des partisans de la dynastie Le et sa 273 répression par les forces françaises de Haï-Phông 289 Epilogue

M.

Philastre,

— —

.

:

.

.

—

:

301

Conclusion Appendice

321

PIÈCES JUSTIFICATIVES.

—

I.

.

Traité de Louis

XVI avec

le

roi

de CochinChine Nguyên

Anh

— Traité

du 5 juin 1862, conclu à Saigon entre l'Espagne' d'une part, et l'Annam de l'autre

II.

323 la

France

et

325


TABLE DES MATIÈRES.

469 Pages

— Essai sur le système fluvial du Tong-King — Lettre de M. Senez à Le Tuan, commissaire

III.

IV.

329 royal dans les

provinces de Haï-Dzu'o'ng et de Quang-Yèn Extrait d'un acte reçu Chaignon, notaire à Saïgon,

—

V.

juillet

par

1.

—

—

§ 2.

25

1873 (prêt de trente mille piastres à M. Dupuis cautionné

la colonie

VI. §

337 le

de Cochinchine)

338

question du Tong-King, par M. Francis Garnier

La

.

.

Extrait de la correspondance de M. Francis Garnier

346

avec sa famille § 3.

—

Extrait de la correspondance de M. Francis Garnier

avec § 4,

—

le

355

colonel Yule, de l'armée britannique

Extrait de

la

correspondance de M. Francis Garnier

avec les officiers du corps expéditionnaire Note de M. Francis Garnier sur M. Esmez

§ 5.

—

357 et

M. de 365

Trentinian § 6.

§ 7.

— Lettre de M. Francis Garnier k M. Dupuis — Extrait de la correspondance de M. Francis

avec M.Gautier, rédacteur du Moniteur du § 8.

S 9.

365

Garnier

Puy-de-Dôme.

de M. Francis Garnier à M. Luro, administrateur des affaires indigènes à Saïgon Extrait du rapport de M. Bouchet à la Chambre des députés relatif aux négociations de M. Francis Garnier

ministre

les autorités

annamites de Hà-Nôi

de lettre du contre-amiral Dupré

de France en Chine, d'après

le

369 i\

M. de Geoffroy,

brouillon de l'écriture

de M. Francis Garnier VIII. Lettre du contre-amiral Dupré au vice-roi de Canton

—

IX

368

—

avec

370 .

.

.

— Lettre du contre-amiral Dupré au vice-roi d'Yù'n-Nàn — Extraits de la correspondance officielle du contre-ami-

IX.

366

— Lettre

— Projet

VII.

339

.

.

.

373

375

bis.

Dupré

ral

(tirés

du rapport de M. Bouchet

îi

la

Chambre des 376

Députés)

—

X.

Projet de lettre de

M. Francis Garnier au maréchal Nguyèn 394

Tri Phu'o'ng XI.

—

Liste des officiers, des marins et des soldats du corps expé-

396

ditionnaire

— Ordre d'attaque de la citadelle de Hh-Nôi XIII. — Ordres de M. Francis Garnier relatifs h

403

XII.

l'administration

du Tong-I^ng Traité de paix proposé le 9 décembre 1873 par M. Balny XIV. d'Avricourt aux mandarins de Haï-Dzu'o'ng Situation du Tong-King îi l'époque qui a précédé l'interXV.

— —

—

Instructions pour l'expédition de Ninh-Binh.

—

Lettre de

M. Francis Garnier à M. Balny d'Avricourt XVII.

— Rapport sur

ment du Decràs

408 410

vention française

XVI.

407

les

415

opérations de la compagnie de débarque-

417


TABLE DES MATIÈRES.

470

Pages

—

XVIII.

Lettre de M.Philastre à

— Lettre de

XIX.

M.

Friiiicis Garniei"

M. Luro, administrateur des

à Saïgon, à M. Francis Garnier Lettre de M. C'** L"*, secrétaire

XX.

—

417 indigènes

affaires

423 de

l'amiral Dupré, à

M. Francis Garnier Lettre de M. de M"" F"", lieutenant de vaisseau, aideXXI. de-camp de l'amiral Dupré, h M. Francis Garnier Lettres de M. Testard du Cosquer, capitaine de frégate, XXII. commandant l'aviso le Decrès \° A M. Bain de la Coquerie

424

—

426

—

:

2^

XXIII.

A

M. de Trentinian

—

427

428

:

Convention du 5 janvier 1874, relative à l'évacuation de

Ninh-Binh et de Nam-Dinh XXIV. — Requête des mandarins de la province de Nam-Dinh nommés par M. Francis Garnier (traduit du chinois)

XXV.

— Convention du 6

la citadelle

XXVI.

février 1874, relative

îi

430

432

l'évacuation de

de Hà-Nôi (traduit du chinois) conclu à Saïgon le 5 mars 1874 entre

— Traité

433 la

France

et

le royaume d'Annam XXVII. Traité de commerce conclu à Saïgon le 31 août 1874 entre la France et le royaume d'Annam Article additionnel, relatif au traité du 15 mars 1874 Convention annexe au traité de commerce du 31 août 1874 XXVIII. Etat des marchandises importées à Haï-Phông et des

437

—

.

444

455 4.56

.

—

marchandises exportées de ce même port, depuis tembre 1875 jusqu'au 17 juin 1876 1» Marchandises importées Marchandises importées de Saïgon

— — Etat

2"

le

15 sep-

,

458 458

463

des navires entrés

464

Marchandises exportées

464

— Etat

466

des navires sortis

T?ar-le-Duc

—

Typographie L. Philipona


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