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PALMARÈS LES AVOCATS D’AFFAIRES QUI COMPTENT NO 3091 – AOÛT 2020

RD CONGO

TSHISEKEDI, SEUL DANS LA TEMPÊTE

CÔTE D’IVOIRE

POURQUOI OUATTARA SERA CANDIDAT

DOSSIER

LE MAROC D’APRÈS Spécial 12 pages

Les 100 africains les plus influents .

Algérie 420 DA Allemagne 9 € • Belgique 9 € • Canada /A 12,99 $CAN • Espagne 9 € • France 7,90 € Grèce 9 € • DOM 9 € • Italie 9 € Maroc 50 MAD • Pays-Bas 9,20 € • Portugal continental 9 € • RD Congo 10 USD • Suisse 15 CHF • Tunisie 8 TND • TOM 1 000 XPF • Zone CFA 4800 F CFA • ISSN 1950-1285

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AFRIQUE DE L’OUEST 16 pages


François Soudan

Cinq mois, cinq élections

U

«

ne dictature, disait Georges Clemenceau, est un pays dans lequel nul n’a besoin de passer la nuit devant son poste de radio pour apprendre le résultat des élections. » À cette aune, indubitablement, l’Afrique n’est plus ce continent où voter revenait à parier sur une course à un seul cheval, quand tout, y compris les taux de participation mirobolants, était préfabriqué. De la Guinée à la Centrafrique en passant par la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Niger, aucun des cinq scrutins présidentiels de ces cinq prochains mois ne peut être considéré comme joué d’avance. Certes, dans chacun de ces pays, ce qui fait le menu des brèves de comptoir de médias occidentaux obsédés par la résilience de pseudo- « traits culturels » africains sera probablement présent. Du vote communautaire à la fraude, de la manipulation des foules aux achats de voix, ces cinq élections se dérouleront (quoique à des degrés divers) sur fond de réactivation – voire d’exaltation – des clivages identitaires, de clientélisme assumé et de ce revers quasi inévitable de toute confrontation électorale sur le continent qu’est la violence physique. Cependant, par rapport aux élections sans choix ni concurrence du passé, dont nul n’imagine plus le retour, le progrès est indéniable : la fraude et l’achat de voix ne sont plus l’apanage des partis ni celui des candidats au pouvoir, et, en deçà de ce qui est perçu comme le seuil de tolérance pour qu’une élection soit présumée

libre (ne pas faire obstacle à l’alternance), tous les coups sont permis en démocratie électorale, y compris l’usage de la force. Plus il y a de choix, plus la lutte est âpre, mais à tout le moins y a-t-il compétition pour la conquête du pouvoir…

GUINÉE. C’est là que devrait avoir lieu, le 18 octobre, la première édition de cette série de scrutins présidentiels. À l’heure où ces lignes sont écrites, la coalition au pouvoir s’apprête à désigner son candidat, et, sauf révolution copernicienne, ce sera le président sortant, Alpha Condé.

À BAMAKO COMME À CONAKRY, LA « RUECRATIE » RISQUE, SI ELLE S’IMPOSE, DE REMETTRE À LA MODE L’EXACT OPPOSÉ DE LA DÉMOCRATIE: LES JUNTES MILITAIRES. Tout comme son voisin Alassane Ouattara, Alpha Condé a fait adopter une nouvelle Constitution qui l’autorise à concourir. Mais à la différence de ce dernier, l’idée de céder la place à un dauphin ne l’a jamais effleuré: il se prépare à cette échéance depuis le jour de sa réélection, en 2015, persuadé de devoir achever son projet de modernisation de la Guinée avant de passer la main à une nouvelle génération. Ses deux principaux adversaires,

Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, que la mise en œuvre de ce scénario éliminerait ipso facto de la scène politique, sont résolus à l’en empêcher. Et comme ils ne reconnaissent pas à Alpha Condé le droit de se représenter, ce n’est pas dans les urnes mais dans la rue qu’ils comptent parvenir à leurs fins. Longtemps contraintes par la crise sanitaire, les manifestations devraient bientôt s’intensifier, et les dix semaines à venir seront tendues. Si la très probable candidature d’Alassane Ouattara pour un troisième mandat fait les affaires d’Alpha Condé, le président guinéen suit avec inquiétude les tentatives de déstabilisation de son camarade Ibrahim Boubacar Keïta, dont il est proche, au point de multiplier les appels téléphoniques aux protagonistes de la crise malienne. À Bamako comme à Conakry, la « ruecratie » risque fort, si elle s’impose, de remettre à la mode l’exact opposé de la démocratie : les juntes militaires.

CÔTE D’IVOIRE. Les circonstances exceptionnelles qui ont amené Alassane Ouattara à faire le choix de se représenter le 31 octobre sont longuement analysées dans ce numéro de Jeune Afrique par Marwane Ben Yahmed, seul journaliste à s’être entretenu avec le président ivoirien, en marge des obsèques d’Amadou Gon Coulibaly (lire pp. 56-59). Je n’y reviendrai donc pas. Si ce n’est pour dire ceci: en 2011, dans son discours d’investiture, Alassane Ouattara plaçait sa présidence sous le sceau de « l’écriture d’une page nouvelle » de l’histoire de son pays. Deux mandats plus tard, si la no3091 – AOUT 2020

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volonté de stabilisation par le biais de la croissance économique a incontestablement porté ses fruits, il n’en va pas de même de la stratégie de réconciliation nationale et de réduction des inégalités sociales. À cette contradiction, il faudra que le candidat Ouattara apporte des promesses crédibles de solution, car, au-delà des polémiques sur son éligibilité, c’est sur elle que jouera Henri Konan Bédié. Faute, évidemment, de brandir la carte de l’alternance générationnelle (s’il est élu, le « sphinx de Daoukro » sera, à 86 ans, le vice-doyen des chefs d’État africains, juste derrière Paul Biya), le postulant du PDCI avance déjà celle de l’alternance communautaire. Quitte à laisser ses partisans relancer sur les réseaux sociaux la traque nauséeuse des « étrangers qui n’ont pas de village en Côte d’Ivoire » (sic). Une décennie plus tard, la crise postélectorale demeure centrale dans le débat politique ivoirien, et elle continuera à le polluer tant que la vérité et la justice n’auront pas été complètement dites sur ces événements.

BURKINA FASO. Il fut un temps

où le régime de Blaise Compaoré rassemblait l’essentiel des élites du pays, le seul espace de compétition électorale se situant à l’intérieur du parti – ultra-dominant – au pouvoir. La révolution de 2014 a tout changé, sauf la mémoire: les Burkinabè savent que Roch Marc Christian Kaboré, qui briguera le 22 novembre un second mandat, tout comme ses concurrents Zéphirin Diabré, Kadré Désiré Ouédraogo, Eddie Komboïgo ou Gilbert Noël Ouédraogo, sont d’anciens barons du système mis en place par l’exilé d’Abidjan. Rares sont les candidats qui, à l’instar du juriste Abdoulaye Soma ou de l’ex-ministre Tahirou Barry, n’ont pas joui de postes avantageux à l’époque où l’alternance était un objectif improbable. Reste que ce ne sont pas les comptes du passé qui sont un enjeu dans cette élection où le président Kaboré part en position de favori, face à une opposition désunie. Mais bien plutôt les comptes sécuritaires du présent.

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no3091 – AOUT 2020

Groupes jihadistes, banditisme, litiges fonciers, milices paysannes, réfugiés: le bilan global des violences qui ont endeuillé le nord, l’est et l’extrême-ouest du Burkina Faso a été en 2019 supérieur à celui du Mali. Quel impact cette situation aura-t-elle sur la présidentielle ? L’élection pourrat-elle se tenir partout ? Et in fine : le chef de l’État a-t-il été à la hauteur du défi sécuritaire, compte tenu de la faiblesse des moyens dont il dispose? De la réponse à ces questions dépend en partie le résultat des urnes, dans moins de quatre mois.

NIGER. En désignant, il y a plus

d’un an déjà, son dauphin pour la présidentielle du 27 décembre en la personne de Mohamed Bazoum, Mahamadou Issoufou a fait le pari de la modernité et du vote transversal :

TANT QUE LA VÉRITÉ ET LA JUSTICE N’AURONT PAS ÉTÉ DITES, LA CRISE POSTÉLECTORALE DE 2010 CONTINUERA DE POLLUER LE DÉBAT IVOIRIEN. originaire d’une tribu arabe très minoritaire au Niger, l’ancien ministre de l’Intérieur peut apparaître a priori comme un candidat clivant qui devra en outre assumer la totalité du bilan de cette dernière décennie, y compris l’affaire récente des malversations présumées au sein du ministère de la Défense. Mais Bazoum, qui sillonne le pays depuis plusieurs mois, est un homme politique aussi madré qu’expérimenté, le parti sur lequel il s’appuie, une machine électorale, et son mentor, quoi qu’on en dise, un démocrate candidat au prix Mo Ibrahim. Pour autant, rien n’est gagné car la concurrence, renforcée par une société civile pugnace, est vive, même si Hama Amadou, qui fut en 2016 le principal adversaire du président Issoufou, ne pourra pas être de la

partie. L’ex-Premier ministre Seyni Oumarou se présentera pour la troisième fois, l’ancien général putschiste (et président de la transition) Salou Djibo rêve de revenir au pouvoir, et le vibrionnant Ibrahim Yacouba (ancien ministre) d’y accéder, alors que l’entrepreneur Hamidou Mamadou Abdou s’imagine en émule de Patrice Talon. Les jeux sont ouverts…

CENTRAFRIQUE. C’est sans doute l’élection la plus aléatoire des cinq : prévue en principe pour le 27 décembre, sans que l’on sache encore si les opérations d’enrôlement des électeurs pourront être achevées à temps. Ni quel pourcentage du territoire national sera concerné par ce scrutin. Près des deux tiers du pays sont toujours contrôlés par des groupes armés, en principe signataires des accords de paix de Khartoum et de Bangui, mais dont les chefs Abbas Sidiki et Mahamat Ali Darassa continuent de se comporter en seigneurs de guerre. Milice peule d’autodéfense, le groupe 3R (Retour, Réclamation, Réhabilitation) tient ainsi le NordOuest sous sa coupe, face à ce qui reste des bandes anti-balaka. Dans ce contexte, la candidature programmée du président Touadéra à un second mandat revient à faire avaliser par les Centrafricains un constat d’échec. Mais dans un pays qui n’a jamais brillé par la qualité de son leadership, la gouvernance n’est pas un critère. Seule compte la capacité du candidat à redistribuer et à « saluer les fronts » de sa clientèle. À ce jeu, celui qui tient le pouvoir à Bangui a sur ses adversaires une longueur d’avance, même si ces derniers – Anicet-Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Désiré Kolingba, Catherine Samba-Panza, Karim Meckassoua, avec l’ex-président François Bozizé en faiseur de rois – peuvent espérer, dans le cadre d’un éventuel second tour au début de février 2021, le renvoyer à sa chaire de mathématicien émérite. Encore faudrait-il pour cela qu’ils aient trouvé le vaccin contre le coronavirus des hommes politiques africains: l’ego.


SOMMAIRE SOMM

OBJECTIF MAROC 86

Riposte royale

ÉCONOMIE

102 BAD Adesina, le vrai bilan 106 La galaxie de Patrick Pouyanné 107 Finance Panique dans l’entre-soi marocain 108 Banque Bernard Dossongui Koné, le retour en force 110 E-commerce Jumia, une saison au purgatoire 112 1 Chronique Trois idées pratiques pour capter (enfin) le capital africain 113 1 Palmarès Les 100 leaders du droit des affaires

DOSSIER D LOGISTIQUE

118 À l’assaut de l’hinterland

CULTURE(S) C & LIFESTYLE

128 1 132 135 138 140

Littérature Timothée de Fombelle Hommage L’arche de Rodney Cinéma Par-delà La Haine Médias Quand l’image est une arme Musique Félicity Ben Rejeb Price, reine du clip

GRAND FORMAT

141 Cedeao Il était une fois dans l’Ouest

VOUS & NOUS

177 Le courrier des lecteurs 178 Post-scriptum 3

Éditorial par Franççois Soudan

PROJECTEURS 8

10 12 14 18

La femme du mois Rose Christiane Ossouka-Raponda Infographie Les zones les plus vulnérables au Covid-19, région par région Dix choses à savoir sur… Karim Keïta Le match Ngozi Okonjo-Iweala vs Amina Mohamed Esprits libres

CLASSEMENT 21

Les 100 Africains les plus influents

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

56 Côte d’Ivoire Pourquoi Ouattara sera candidat 60 Mali L’imam qui rêvait d’être guide 67 Gabon Dynastie contre dynastie 70 RD Congo Tshisekedi seul dans la tempête

MAGHREEEB & MOYEN-ORIENT

74 Tunisie Les femmes du président 80 Tribune Palestine: lettre ouverte à mes amis arabes 82 Algérie Chengriha, la locomotive de l’armée

Fondateur: Béchir Ben Yahmed, le 17 octobre 1960 à Tunis bby@jeuneafrique.com

Directeur de la publication: Marwane Ben Yahmed mby@jeuneafrique.com

Édité par Jeune Afrique Media Group Siège social: 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 Paris Tél.: +33 (0)144301960 Fax: +33 (0)145200969 Courriel: redaction @jeuneafrique.com

Directeur de la rédaction: François Soudan f.soudan@jeuneafrique.com

Directeur général: Amir Ben Yahmed Vice-présidents: Danielle Ben Yahmed, François Soudan

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no3091 – AOUT 2020

La rédaction et l’équipe de Jeune Afrique sont à retrouver sur www.jeuneafrique.com/quisommes-nous/

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PHOTOS COUVERTURES : ÉDITION AFRIQUE DE L’OUEST : ISSOUF SANOGO/AFP ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : MAP ÉDITION INTERNATIONAL ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE : FABRICE COFFRINI/AFP; SOUDAN/ALPACA/ANDIA; ERIC PIERMONT/ AFP; REX/SIPA;JEFFREY ABRAHAMS/GALLOIMAGES/GETTY IMAGES; PATRICK FOUQUE; RICHARD CANNON POUR JA; SIMONE MC COUTIE/THE WORLD BANK; VINCENT FOURNIER/JA; MATTHIEU ROSIER/REUTERS; BRUNO LÉVY POUR JA; ANDREW KELLY/REUTERS

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Communication et publicité

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COMMUNIQUÉ

Africa Re alloue 3,3 millions €EU à la lutte contre la Covid-19 en Afrique La Société Africaine de Réassurance (Africa Re), groupe numéro 1 de la réassurance en Afrique, a annoncé le décaissement de 3,3 millions $EU pour soutenir les parties prenantes à la lutte contre la pandémie de la Covid-19 sur le continent. L’annonce a été faite après l’approbation des comptes finaux 2019 d’Africa Re par l’Assemblée Générale le 26 juin 2020.

Ces fonds seront gérés par la Fondation Africa Re, une institution indépendante créée pour coordonner les projets de la Société en matière de responsabilité sociale.

Le groupe Africa Re en bref Le Groupe Africa Re est la société panafricaine de réassurance la plus importante en Afrique et au Moyen-Orient. Elle a été créée en 1976 par les États membres de l’Union Africaine (UA, ancienne OUA) et la Banque Africaine de Développement (BAD).

« Rester aux côtés de nos communautés dans la lutte contre la pandémie de la Covid-19 rentre en droite ligne de la mission d’Africa Re. C’est un devoir, et en même temps une fierté, de contribuer à l’atténuation du risque de crise sanitaire avec ses conséquences socioéconomiques. » déclare Dr Corneille KAREKEZI, Directeur Général du Groupe Africa Re

Africa Re est 37 e dans le classement de Standard & Poor’s de 2019 sur les 40 plus grandes compagnies de réassurance de la planète. La Société peut se prévaloir de la meilleure notation financière internationale : A/Perspectives stables par A.M. Best et A-/Perspectives stables par Standard & Poor’s. Pour plus d’information, prière de visiter le site : www.africa-re.com

Fin 2019, son capital social était détenu par les actionnaires suivants : > 41 États africains (34 %) ;

Pour davantage d’informations sur la Fondation Africa Re, rendez-vous sur : www.africa-re.com/about_us/africare_csr

> La Banque Africaine de Développement (BAD) (8%) ; > 117 compagnies africaines d’assurance et de réassurance (35 %) ; > 3 groupes de (Ré) Assurance Internationaux Non-Régionaux (23 %).

Tél. : +234-1-461 6820/461 6828/280 0924/280 0925 Fax : + 234-1-280 0074 Email : info@africa-re.com

Avec des primes souscrites de 845 millions €EU et des fonds propres de 975 millions €EU à fin 2019, Africa Re reste le plus grand pourvoyeur de capacité de souscription en réassurance en Afrique, permettant de protéger financièrement jusqu’à un total de 40 milliard €EU d’exposition aux risques d’assurance.

Plot 1679, Karimu Kotun St. Victoria Island, P.M.B.12765, Lagos, Nigeria

www.africa-re.com

JAMG - PHOTOS : D.R.

Cette assistance sera fournie à plusieurs États et institutions privées en première ligne dans la lutte contre la pandémie pour des campagnes de sensibilisation, les mesures de prévention, l’acquisition du matériel médical et le matériel de protection personnelle. Le décaissement se répartit entre les plusieurs bénéficiaires, à savoir : les villes abritant des bureaux d’Africa Re (Lagos, Johannesburg, Nairobi, Le Caire, Abidjan, Casablanca, Ebène et Addis-Abeba) ; les 41 Associations des assureurs des 41 Etats membres d’Africa Re et le Centre Africain de Contrôle et de Prévention des Maladies (CDC Afrique), organisme de santé publique de l’Union Africaine.

La Société, dont le siège est à Lagos, Nigeria, a le plus grand réseau commercial dans la réassurance en Afrique avec 6 bureaux régionaux (Casablanca, Le Caire, Abidjan, Nairobi, Johannesburg, Lagos, Ebène en Île Maurice et deux filiales principales que sont la Africa Re (South Africa Ltd.) basée à Johannesburg et la Africa Retakaful Company basée au Caire, Egypte.


PROJECTEURS LA FEMME DU MOIS

Rose Christiane Ossouka-Raponda Le temps des amazones

Nommée le 16 juillet Première ministre du Gabon, l’ex-maire de Libreville dirige un gouvernement qui, comme plusieurs institutions du pays, est largement féminisé.

E

GEORGES DOUGUELI

n omyéné, la langue maternelle de la nouvelle Première ministre du Gabon, l’ossouka est une mixture dont les propriétés augmentent les capacités physiques. La biographie officielle de Rose Christiane Ossouka-Raponda ne mentionne pourtant aucune potion magique susceptible d’expliquer l’irrésistible ascension de cette économiste de 56 ans. Peu à son aise avec les médias, elle cultive la discrétion au point que sa page Wikipédia n’a été créée que le 16 juillet dernier, tout juste trois heures après l’annonce de sa nomination à la primature. La présentation que cette encyclopédie participative fait d’elle n’a pas suffi à étancher la curiosité des Gabonais. Qui est donc cette inconnue propulsée à la tête du gouvernement ? À l’inscription de son patronyme sur l’onglet des moteurs de recherche, de curieuses occurrences se proposent. Les internautes s’interrogent sur ses origines alors qu’une rumeur lui attribue une ascendance étrangère. Selon nos informations, il n’en est rien. Certes, elle ne vient pas de l’une de ces grandes familles métissées de la bourgeoisie mpongwèe. Mais la deuxième partie de son patronyme lui épargne les procès

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no3091 – AOUT 2020

en illégitimité. Même s’il n’induit aucune parenté avec l’écrivain Raponda Walker, le premier Gabonais à avoir été ordonné prêtre de l’Église catholique romaine, le « R » dans l’anthroponymie gabonaise représente une particule de noblesse.

Philosophie du Djembe

En outre, « c’est un brillant sujet de la communauté », se félicite l’ancien secrétaire général de la présidence, Guy Rossatanga-Rignault, à propos de cette ancienne étudiante qui fut major, ex aequo avec l’actuel ministre de l’Économie, Jean-Marie Ogandaga, de la douzième promotion de l’Institut de l’économie et des finances du Gabon. D’autres recherches portent sur l’identité de son époux, lequel n’apparaît quasiment jamais auprès d’elle. Tout juste apprend-on qu’il est un Fang de

« DURANT SON PARCOURS, AUCUN SCANDALE. MAIS AUCUNE RÉFORME D’ENVERGURE NON PLUS », PERSIFLE UN ANCIEN MINISTRE.

Lambaréné (Moyen-Ogooué) et qu’il fut avant sa retraite un discret secrétaire général de ministère. Après ses études, Rose Christiane Ossouka-Raponda choisit la Direction de l’économie au sein du ministère du même nom alors que ses camarades se disputent les places au sein des juteuses régies financières. Puis, virant de bord, elle se recycle à la Banque de l’habitat comme directrice générale adjointe de cette filiale de la Banque gabonaise de développement. À partir de 2005, la jeune femme commence timidement à apparaître sur la scène politique en affichant son activisme dans une association de femmes cadres constituée en soutien à la réélection d’Omar Bongo Ondimba à la présidentielle prévue la même année. En 2012, elle prend en charge le portefeuille du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, puis, en juillet 2019, celui de la Défense nationale et de la Sécurité. « Durant son parcours politique, Ossouka-Raponda ne s’est pas fait remarquer. Aucun scandale, mais pas de réformes ni de projet d’envergure non plus », critique un ancien ministre. Cette prudence, renforcée par une certaine culture du secret, est attribuée par les commentateurs


Ils ont dit

à la philosophie du Djembe, la société secrète féminine myénée dont elle est une initiée. « Ne rien dire, ne rien faire qui dérange quiconque. » « Cette nomination est cosmétique et ne justifie pas l’éviction de Julien Nkoghe Bekale. Ce n’est rien de plus qu’une opération de communication », tacle un sénateur de l’Union nationale (opposition). Les détracteurs de la promue font remarquer qu’elle n’a jamais été élue au Parlement et lui promettent l’enfer lors de la séance des questions au gouvernement. Il est vrai que, en matière d’expérience politique, elle fait figure de petit poucet par rapport à ses rivaux que sont le ministre d’État chargé de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Alain-Claude Bilie-By-Nze, et sa consœur des Relations avec les institutions constitutionnelles, Denise Mekam’ne, deux poids lourds rompus aux joutes électorales. Pis, élue en huitième position sur la liste du 3e arrondissement de Libreville aux municipales de 2013, OssoukaRaponda a quand même été propulsée maire de Libreville à la faveur d’une instruction du Palais du bord de mer. Les autres prétendants au fauteuil tels que Laure Olga Gondjout et Alexandre Barro Chambrier

n’avaient pas digéré ce fait du prince. L’affaire fut le point de départ de la brouille qui conduisit à la démission de ce dernier du Parti démocratique gabonais. Le temps du pouvoir au féminin est, semble-t-il, venu au Gabon. Le gouvernement compte pas moins de onze femmes ministres. Constat inédit en Afrique subsaharienne : on n’avait encore jamais vu autant de femmes à la tête d’institutions constitutionnelles dans un seul pays. Présidente de la Cour constitutionnelle depuis plus de deux décennies, Marie-Madeleine Mborantsuo est l’une des personnalités les plus puissantes du pays. Lucie MilebouAubusson, qui dirige le Sénat, doit suppléer le chef de l’État en cas de vacance de la présidence. Comme ses devancières, Ossouka-Raponda est la première femme à occuper le poste de Premier ministre dans son pays, et même dans toute l’Afrique centrale. Braver les barrières culturelles en faisant voter une loi dépénalisant l’homosexualité, montrer à quel point les femmes sont respectées… Le Gabon est à l’avant-garde, avec un progressisme qui pourrait bien redorer son image à l’étranger et donc améliorer son attractivité aux yeux des investisseurs de tous les pays.

« Il n’est pas envisageable que le président Ibrahim Boubacar Keïta démissionne. Il a été élu démocratiquement par l’ensemble du peuple malien. Ceux qui veulent prétendre à la magistrature suprême de nos pays devraient passer par les urnes, et il serait dangereux de s’en écarter. » BOUBOU CISSÉ Premier ministre du Mali « Nos 60 milliards de dollars de réserve de change sont suffisants pour une relance. D’autres pays sont contraints d’emprunter des milliards auprès des institutions internationales. » ABDELMADJID TEBBOUNE Président de l’Algérie « Aucune plainte n’est actuellement déposée contre moi. Il y a des procès à mon encontre sur Facebook, mais rien devant les tribunaux. » ELYES FAKHFAKH Premier ministre démissionnaire de Tunisie « Je ne veux pas vivre la moralisation comme on la vit aux États-Unis, je veux qu’un homme puisse prendre un ascenseur avec une femme. » ÉRIC DUPOND-MORETTI Garde des Sceaux français

HAMILTON/REA

FRANÇOIS ZIMA

À Libreville, le 17 juillet.

« J’ai récemment attrapé notre ami garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, pour lui dire: “Je vais être un gros caillou dans ta chaussure. Pas une victime [de violences sexuelles] ne doit s’interdire de porter plainte.” » ÉLISABETH MORENO Ministre française déléguée, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes

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PROJECTEURS

LES ZONES LES PLUS VULNÉRABLES AU COVID-19, RÉGION PAR RÉGION Élaborée par la Surgo Foundation, une organisation caritative américaine, cette carte détaille le niveau de vulnérabilité au Covid au sein de chaque pays du continent, région par région. Les critères pris en compte sont: l’âge, la fragilité des habitants, leurs situations socio-économique et épidémiologique, l’état du système de santé, la densité de population, l’accès au logement et aux transports. RD Congo, Madagascar, Malawi, Éthiopie et Cameroun concentrent le plus de zones à risque. Plus étonnant: l’Ouganda, qui ne déplore aucun décès lié au Covid-19, compte aussi une région jugée vulnérable (frontalière de la RD Congo).

INDICE DE VULNÉRABILITÉ AU COVID-19 Très haut Haut Bas Très bas

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SOURCE : SURGO FOUNDATION

Modéré


LES VOIX DU MONDE DIANKÉ

Une histoire africaine au féminin

Le premier podcast natif de fiction ouest-africain Série audio en 12 épisodes disponible sur rfi.fr et sur les plateformes de diffusion (Apple Podcast, Deezer, Spotify, TuneIn) Sur l’antenne de RFI du 20 juillet au 6 août, du lundi au jeudi à 19h10 TU


PROJECTEURS

KARIM KEÏTA Il a démissionné de la présidence de la Commission parlementaire de la défense le 13 juillet. Au même moment, son père, le chef de l’État malien, voyait son pouvoir contesté par la rue. DÉPUTÉ

En 2013, il a tout juste 34 ans quand il se présente aux législatives – malgré les réticences de son président de père – dans la commune II de Bamako, sous la bannière du Rassemblement pour le Mali (RPM). Il a brigué un nouveau mandat en mars dernier, et l’a emporté avec près de 62 % des voix.

BADALABOUGOU

Fils aîné du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) et d’Aminata Maïga, il est né en France en 1979, mais a passé une bonne partie de son enfance à Bamako, dans le quartier de Badalabougou, aujourd’hui le fief de l’imam Mahmoud Dicko, virulent détracteur de son père (lire page 60).

Commission sécurité et défense de l’Assemblée nationale. Reconnaissant « des erreurs » et rejetant « la calomnie » dont il a été victime, il dit ne pas souhaiter « être un argument [antirégime] pour des personnes en mal de programme ».

PERSUASIF

En 2007, il fait campagne pour son père, qui brigue la magistrature suprême, et organise ses comités de soutien. Amadou Toumani Touré l’emporte dès le premier tour, mais les

RÉVEILLON

FÊTE PRIVÉE

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no3091 – AOUT 2020

En fin d’année, lui et quelques-uns de ses collègues députés aiment réveillonner aux côtés des troupes engagées e dans des opérations anntiterroristes. En décembre 2019, c’étaait à Mopti, dans le centre du Mali. EMMANUEL DAOU BAKARY

Le 13 juillet, alors que des milliers de manifestants étaient encore descendus dans la rue trois jours auparavant, il quitte la présidence de la

Il est marié à Rokhya Sidibé, la fille d’Issaka Sidibé, qui préside la Haute Cour de justice. La mère de son épouse est la sœur de l’ancienne première dame, Adame Ba Konaré. Des liens qui comptent dans la société malienne. malien Karim Keïta donne volontiers du « koro » (« grand frère ») à ses aînés. En 2019, alors qu’il est en déplaccement à Sikasso, il n’hésite pas à étreinddre un vieil homme, Balimory Cissé, en qui il vient de reconnaître le chauffeur qui l’emmenait à l’école vingt-cinq annnées plus tôt, à Abidjan, à l’époque où o son père était ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire.

Inscrit au lycée en Belgique, il étudie ensuite le commerce au Canada. Diplômé, il rentre à Bamako en 2006, où il crée une société de location de voitures ainsi qu’une entreprise de conseil aux investisseurs.

« CALOMNIE »

BELLE-FAMILLE

RECONNAISSANT

ENTREPRENEUR

Au début de juillet, des vidéos privées, datant de l'année précédente, fuitent sur les réseaux sociaux et font polémique. On l’y voit prenant du bon temps au milieu d’une fête. Il réagit en critiquant les « esprits mal intentionnés » qui veulent le « mêler à une cérémonie privée organisée à l’étranger par des amis et où [il n’a] fait qu’une très brève apparition ».

réseaux qu’il a tissés seront réactivés lors de la campagne de 2013. Cette année-là, il fait partie de ceux qui convainquent les autres candidats de soutenir IBK au second tour face à Soumaïla Cissé.

BASKET

Fan de basket-ball, il y joue fréquemment avec ses amis d’enfance. Il lui arrive aussi de m marquer quelques paniers, tard le soirr, sur le terrain de la résidence familiale, située dans le quartier de Sebeniikoro. AHMED, à Bamako BABA A


MERCI

À TOUS NOS

Dans le contexte inédit de la crise sanitaire actuelle, les collaborateurs de Bolloré Transport & Logistics ont su s’adapter pour assurer la continuité des activités et maintenir la cohésion au sein du réseau. Merci à tous nos héros du quotidien pour leur implication, leur motivation et leur efficacité malgré les conditions de travail complexes liées au Covid-19.

SC BTL-05/20

HÉROS DU QUOTIDIEN


PROJECTEURS

NGOZI OKONJO-IWEALA

Ancienne numéro deux de la Banque mondiale

B

AMINA MOHAMED

Ancienne présidente du Conseil général de l’OMC

OLIVIER CASLIN

ien décidée, depuis juillet 2019, à voir un Africain occuper – enfin – le fauteuil de directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Union africaine (UA) est en passe de gagner son pari. Qu’importe si la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala et la Kényane Amina Mohamed n’ont pas respecté le processus de désignation des candidats défini par les caciques de l’UA, les deux femmes font aujourd’hui la course en tête. Et il y a de fortes chances pour que l’une d’elles succède avant la fin de cette année au Brésilien Roberto Azevedo, qui a démissionné en mai. À moins que l’incapacité des Africains à se fédérer autour d’un nom unique – comme cela était souhaité à Addis-Abeba – n’anéantisse une nouvelle fois les espoirs du continent, ce qui constituerait un terrible gâchis au regard du pedigree de ces deux responsables politiques. L’une comme l’autre ont occupé les plus hautes responsabilités, tant dans leurs pays respectifs que dans des institutions internationales. Au point d’impressionner jusqu’aux bookmakers anglais, qui, au début de juillet, les plaçaient roue dans roue (à 3 contre 1), très loin devant les six autres postulants, dont Abdel Hamid Mamdouh. Malgré vingt années passées au sein de l’OMC, le profil de « technicien » de cet Égyptien ne fait pas le poids face à la stature beaucoup plus politique de ses deux adversaires. À 66 ans, Ngozi Okonjo-Iweala s’appuie sur un CV long comme le bras. Numéro deux de la Banque mondiale (2007-2011), elle est également la première femme à avoir été ministre des Finances, puis des Affaires étrangères, du Nigeria. Présidente depuis 2016 du conseil d’administration de l’alliance Gavi pour la vaccination dans le monde et membre du board de Twitter et de Standard Chartered, elle peut

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compter sur l’appui des États-Unis, qui auraient imposé son nom à Muhammadu Buhari, le président nigérian, pourtant méfiant envers la « dame de fer ».

Vaincre le signe indien

Tout au contraire, Amina Mohamed, elle, était soutenue à bout de bras par Uhuru Kenyatta avant même d’officialiser sa candidature. Au point de donner l’impression de s’être fait forcer la main par le chef de l’État kényan ainsi que par une grande partie de la presse britannique. Annoncée au début de juin à la direction générale du Commonwealth, elle a attendu la dernière minute pour se lancer dans un combat qu’elle avait perdu en 2013 face à Azevedo. Également devancée à la présidence de la Commission de l’UA en 2017 par Moussa Faki Mahamat, Amina Mohamed espère cette fois, à 58 ans, vaincre le signe indien. Comme sa concurrente nigériane, elle a occupé de multiples postes de premier plan. Au Kenya, elle a été ministre de la Justice, des Affaires étrangères puis de l’Éducation, et elle est depuis mars à la Culture et aux Sports. Cette diplomate passée par Oxford a représenté son pays au Conseil de sécurité de l’ONU, puis a été directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) de 2011 à 2013. Surtout, elle connaît parfaitement les arcanes de l’OMC pour en avoir dirigé les principaux organes, à commencer par le Conseil général, en 2005. La Nigériane comme la Kényane n’auront pas trop de toute leur expérience pour sortir l’OMC de sa paralysie. Toutes deux s’accordent sur un point: « La question n’est pas que le futur directeur général soit une femme mais qu’il soit compétent. » Et si, en plus, il pouvait venir d’Afrique…


24 novembre 2020 1re édition digitale du WFC Summit

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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO LA GRATUITÉ DE L’ENSEIGNEMENT, UNE RÉALITÉ La gratuité de l’enseignement de base est un défi de taille du quinquennat du président Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, qui en fait « la priorité des priorités ». L’article 43 de la Constitution consacre le caractère gratuit et obligatoire de cet enseignement en République démocratique du Congo. Pa r l a r é a l i s a t i o n d e s a promesse de campagne de décembre 2018, inscrite au pilier 8 de l’axe consacré à « L’homme » dans le programme présidentiel, Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO entend poser les fondements d’un autre Congo, avec l’éducation de la jeunesse comme gage d’une véritable démocratie : celle qui ouvre l’accès à l’information, permet la compréhension des droits et des devoirs du citoyen, la liberté de penser, la paix et la transformation de l’énorme potentiel du peuple congolais, promis à un avenir meilleur au cœur de l’Afrique et dans le concert des nations pour les soixante prochaines années. Dans sa vision « Le peuple d’abord », le cinquième chef de l’État congolais exprime sa dé te rmi na ti o n à v ou loir le m eilleu r p ou r les enfants de son pays. Il se montre persuadé des bénéfices de l’éducation en tant que puissant agent de changement et d’amélioration de la qualité de vie et de la santé des citoyens. Reflet bien perceptible de cette volonté, la gratuité de l’enseignement de base allège la charge des parents, permet aux enfants issus des milieux défavorisés de fréquenter l’école, améliore les conditions salariales des enseignants et viabilise les infrastructures scolaires.

Des avancées remarquables Une année plus tard, en dépit du contexte économique, la gratuité de l’éducation est bel et bien effective dans l’ensemble du territoire national congolais. Et les premières réalisations sont allées bien au-delà des prévisions. Les effectifs des écoles officielles ou conventionnées ont doublé, voire triplé, dès la rentrée de septembre 2019. Environ 4 millions d’enfants en â ge d’être scolarisés ont pu reprendre le chemin des classes, qu’ils avaient désertées faute de moyens. Le salaire des enseignants a connu une nette amélioration. Le premier palier de salaire des enseignants dits « debout et assis » (gestionnaires des écoles) a été honoré. Les enseignants des écoles catholiques (soit 71,4 %) ont été payés, et 11 465 écoles catholiques (soit 70,7 %) ont été mécanisées et budgétisées. Les frais de fonctionnement des écoles primaires ainsi que les frais de motivation, tous niveaux confondus (maternelle, primaire et secondaire), ont été revalorisés. D’autres frais scolaires, jugés inutiles, ont été supprimés. Plusieurs infrastructures scolaires, tant à Kinshasa que dans l’arrière-pays, ont été construites, à l’image de l’Institut Mokengeli et de l’école du camp Tshatshi.

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L’éducation de la jeunesse est le gage d’une véritable démocratie Son Excellence M. Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, président de la République démocratique du Congo


MESSAGE

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L’éducation est un puissant agent de changement De la volonté politique au financement

Les efforts du gouvernement dans la mobilisation des recettes nécessaires à la matérialisation de la noble vision éducative du chef de l’État – évaluées à 2,64 milliards de dollars (USD) pour l’exercice budgétaire 2020 – ont été soutenus par des partenaires internationaux. Ainsi, l’ambitieux Projet équité et renforcement du système éducatif (PERSE), essentiellement destiné à améliorer l’accès à l’enseignement primaire dans les provinces et à renforcer les systèmes éducatifs de base, a-t-il rencontré l’enthousiasme de la Banque mondiale, qui a alloué 800 millions USD pour le financer.

La gratuité de l’enseignement de base va de pair avec la qualité de l’éducation. Le crédit alloué au secteur éducatif pour l’exercice budgétaire 2020 (1,647 milliard USD, soit 17,84 % de l’ensemble des dépenses du budget général) est complété par l’appui de la France, qui a promis de soutenir cet enjeu avec un financement de 15 millions d’euros, en mettant l’accent sur la formation des instituteurs. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts et mobiliser davantage de recettes publiques afin de répondre positivement aux attentes des enseignants, axées essentiellement autour de la paie complémentaire de septembre 2019, de la prise en charge des NP et des NU du secondaire, et de l’extension de l’indemnité de transport et de logement à toutes les villes du pays pour la prochaine rentrée.

Avec la mise en place de la gratuité de l’enseignement de base, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est en train de gagner un pari : celui de permettre aux Congolais de relever le front, dans un pays devenu « exportateur de la paix », et de faire en sorte que change « le filtre et la narrative » au sujet de la RD Congo. Ainsi le chef de l’État l’a-t-il exprimé à New York, en septembre 2019, lors de la réunion de haut niveau sur l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Assurément, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est sur la bonne voie pour relever un tel défi.

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Palais de la nation, avenue Roi-Baudouin – Gombe-Kinshasa – BP 201 Kin1 - Tél. : (+243) 844 999 601 E-mail : communication@presidence.cd – http://www.presidence.cd – D @Presidence_RDC

JAMG - © PRÉSIDENCE DE RDC

La Banque mondiale n’est pas le seul partenaire engagé. Le gouvernement français a rendu disponible un fonds de 106 millions d’euros dans le cadre du contrat de développement et de désendettement (C2D) signé en novembre 2019 entre la RD Congo et la France. Ce C2D cible, entre autres, l’éducation et la formation professionnelle.


PROJECTEURS

ESPRITS LIBRES

Le mal malien Modibo Seydou Sidibé Professeur d’économie, Duke University (États-Unis)

B

amako, juin 2020. Des milliers de personnes se sont donné rendez-vous sur la place de l’Indépendance. Réunies à l’initiative du mouvement Espoir Mali-Koura (« nouveau Mali »), d’associations de la société civile et de partis politiques, elles dénoncent la mauvaise gouvernance du pays, et appellent à l’avènement d’une nouvelle République, qui passerait par la démission de toutes les institutions de l’État: l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Dans ce Mali indépendant depuis bientôt soixante ans, pour nombre de citoyens, la décadence est réelle. Le pays souffre d’un mal particulier, qui engendre toutes les difficultés économiques et sociales: la corruption. Endémique depuis l’éclosion de la démocratie, elle atteint des sommets. Si elle n’est pas spécifique au Mali, elle est parvenue à y bousculer les équilibres fragiles d’une société multiculturelle. On peut relier toutes les crises maliennes des vingt dernières années au partage des fruits de la corruption. Le coup d’État de 2012 en est la parfaite illustration. Parti d’une révolte de sous-officiers excédés par la gestion de la rébellion dans le Nord, il conduit le capitaine Sanogo à la tête du pays, dans une totale impréparation. Alors que le Mali perd toute autorité sur les deux tiers de son territoire, l’une des premières décisions du pouvoir est de transférer la perception de la Direction régionale des douanes au camp militaire où réside la junte… Aujourd’hui, la corruption s’étend à tous les secteurs économiques et

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sociaux: douanes, impôts, marchés publics, police, justice, hôpitaux, etc. Elle ne conduit pas uniquement au gaspillage des maigres ressources publiques, elle asphyxie l’appareil productif et fait du Mali un paradoxe économique. Bien que très peu de personnes aient un travail stable, Bamako achète presque tout à l’étranger. La corruption a biaisé l’arbitrage des acteurs économiques, rendant l’importation presque toujours plus profitable que la production locale. C’est ce qui explique que la montée en puissance de l’Office du Niger, annoncée à maintes reprises, n’ait pas eu lieu. Alors que près de 75 % du foncier de l’Office du Niger est non utilisé, le gouvernement subventionne l’importation de riz. La spéculation foncière est telle qu’elle rend presque impossible la perspective de l’accès à la propriété, même pour les cadres de la haute fonction publique.

TOUT ACTE DE CORRUPTION DOIT COMPORTER UN RISQUE NON NÉGLIGEABLE DE PERTE D’EMPLOI. Cette corruption qui désespère les habitants des villes est à l’origine de la montée du jihadisme dans la région de Mopti et du recul des symboles de l’État dans les campagnes. En effet, les groupes armés prospèrent dans le centre du Mali

sur le terreau des injustices faites aux bergers peuls, condamnés à payer des amendes astronomiques pour la non-vaccination de leurs troupeaux. Ils gagnent la sympathie des populations locales en se différenciant des agents des Eaux et Forêts, lesquels, sous le couvert de la lutte contre la désertification, infligent de lourdes amendes aux femmes qui découpent du bois de cuisine. À la différence des représentants du gouvernement qui, en cas de conflit, prennent des pots-de-vin de toutes les parties sans jamais trancher, les groupes armés écoutent les doléances et rendent une décision immédiatement. Le conflit dans le centre du Mali est une bataille pour gagner le cœur des populations locales, et seule une administration juste, au service du peuple, peut ramener la paix.

Lueur d’espoir

Pour désespérante que paraisse la situation malienne, elle n’est pas sans solutions. Sans reposer sur une approche moralisatrice ou culturelle, celles-ci nécessitent d’accepter que la corruption existe et persiste car elle est profitable aux agents publics et aux usagers. Lutter contre la corruption ne saurait être un slogan, mais plutôt un projet sociétal, un travail de longue haleine. La combattre ne saurait non plus être un prêche pour l’émergence d’un nouvel homme, les mêmes institutions conduisant inlassablement aux mêmes pratiques. Enfin, montrer l’exemple est essentiel, car il n’est possible ni politiquement ni éthiquement d’imposer des mesures contraignantes à une population qui pense que la


Que veut encore Fatou Bensouda? Samia Maktouf

Avocate à la cour, conseil auprès de la Cour pénale internationale « famille au pouvoir » amasse toutes les richesses du pays. Cette lutte suppose d’identifier les facteurs qui conduisent des individus à s’approprier le bien collectif. À la suite de ce diagnostic, il faut jouer sur deux leviers simultanément: sanctionner plus lourdement les agents publics corrompus, et accroître les bénéfices de la non-corruption pour les usagers. Tout acte de corruption doit comporter un risque non négligeable de perte d’emploi. Une refonte du système fiscal est nécessaire. Repenser la proximité et la qualité du service public l’est aussi. Comment ne pas comprendre qu’un citoyen cède à la facilité lorsqu’il lui faut parcourir 15 kilomètres afin de trouver l’unique guichet à Bamako pour payer une amende policière? Lorsque la capitale ne compte qu’un unique centre de contrôle technique? Lorsque la délivrance d’un compteur électrique peut prendre plus de neuf mois? Lorsque les forces de l’ordre rançonnent d’innocents citoyens? Berceau des grands empires, le Mali a besoin d’un leader déterminé à reprendre en main le destin du pays, conscient de sa riche histoire et à la hauteur des défis du monde moderne. Combattre les maux liés à la corruption offre une lueur d’espoir à cette jeunesse que le désarroi a poussé vers les extrêmes. C’est un engagement pour une gouvernance qui exprime notre gratitude envers ceux qui ont payé le prix ultime pour « Un peuple, un but, une foi ». Un préalable afin de bâtir une nation plus juste, plus solidaire, un pays qui offre une perspective à une génération n’aspirant qu’à l’émigration.

L

e 24 juin 2020, Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale (CPI), a interjeté appel de l’acquittement, prononcé en janvier 2019, de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ancien ministre Charles Blé Goudé, évoquant des vices de procédure et des erreurs de droit. Que veut réellement Fatou Bensouda dans ce procès emblématique? Quelle est la portée d’une telle procédure où les ressources de preuves sont épuisées? Les intentions de la magistrate paraissent difficiles à cerner, à la veille de son départ de la CPI. Car, même si la Cour devait reconnaître des ratés dans la forme, comment affirmer que cet acquittement est irrégulier? L’attente de justice ne doit pas occulter les fondements du droit. Et dans tout procès pénal, a fortiori où il est question d’accusation de crimes contre l’humanité, la preuve est maîtresse de toute sentence. Telle est la fondation d’un système judiciaire juste et la garantie de l’État de droit. L’histoire contemporaine nous l’enseigne, dix ans, c’est bien peu pour bâtir un État de droit. Comme dans les exemples bosnien et rwandais, il est rare de ne pas voir le besoin de justice se confondre avec les revendications politiques, chaque camp se considérant comme celui des victimes. Face à cette constante historique

universelle, la CPI doit poursuivre sa mission de résistance et de permanence du droit, en sa qualité de sentinelle de la justice. C’est sa raison d’être tant la culpabilité de Gbagbo et Blé Goudé était devenue non plus une éventualité judiciaire mais, pour leurs adversaires, un impératif politique.

Soro après Gbagbo

Il est d’autant plus important d’imposer le droit au milieu du chaos politique que, dans un tout autre registre, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, saisie par l’ex-chef des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire Guillaume Soro, a rendu, en avril, une décision majeure, et remarquée, en ordonnant le sursis à l’exécution d’un mandat d’arrêt émis contre lui par Yamoussoukro à l’issue d’un procès inique, in absentia et dont avaient été exclus jusqu’à ses avocats. Cette décision offre un salutaire rappel de l’universalité des droits des individus et des peuples et, au-delà, de l’urgence de garanties fortes de ces droits, y compris politiques. Oui, il y a urgence. Celle de démontrer qu’une véritable justice de l’humanité existe, qui n’écrase pas les frontières mais réaffirme que l’être humain ne se réduit pas à un passeport. Plus les cours régionales et internationales seront à même de remplir en ce sens leur mission de justice, plus le principe essentiel de cette justice en sortira renforcé.

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MESSAGE

ASECNA Mohamed Moussa candidat à sa succession La période que nous traversons, cruelle pour le secteur aérien, ne saurait affecter le dynamisme de Mohamed Moussa. L’actuel commandant de bord de l’ASECNA compte sur son bilan pour briguer un second mandat. L’ASECNA est un établissement public à caractère international créé en 1959 à Saint Louis au Sénégal. Sa mission essentielle repose sur la gestion de l’espace aérien et la fourniture de services aéroportuaires au sein d’un espace couvrant une superficie de plus de 16 millions de km². Une cinquantaine d’aéroports internationaux sont concernés. L’Agence intervient également dans

Au Niger, Mohamed Moussa a occupé des fauteuils ministériels stratégiques, comme le Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, le Ministère du Commerce et enfin le Ministère des Transports et du Tourisme. Lorsqu’il est nommé à la tête de l’ASECNA, il occupe alors les fonctions de Conseiller du Premier Ministre du Niger et Responsable de la Cellule d’Appui aux Partenariats Publics-Privés (PPP).

le développement des capacités dans les secteurs du

SUR LE PLAN TECHNOLOGIQUE,

management des aéroports, des études et réalisation

LA MISE EN ŒUVRE DU GUIDAGE RADAR

d’infrastructures aéronautiques, de la maintenance des

A ÉTÉ EFFECTIVE SOUS SON MANDAT

équipements aéronautiques et dans la formation aux membres et plus de 6000 employés répartis entre son siège de Dakar, ses différentes représentations dans les pays membres ainsi que ses trois écoles de formation. Pur produit de l’Agence pour la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar, Mohamed Moussa a grandi avec l’institution qu’il commande. Directeur Général, depuis 2017, cet économiste et ingénieur dans le domaine de la navigation aérienne s’est formé en France et au Niger. Il intègre l’ASECNA et y occupe toute une série de postes : Chef de service des projets, Chef du Département de la maintenance, Directeur de l’Ecole Régionale de la Navigation Aérienne et du Management (ERNAM), Représentant de l’ASECNA en Mauritanie puis aux Comores et Directeur des Ressources Humaines de l’ASECNA.

Mohamed Moussa, candidat à sa réélection au poste de Directeur général de l’ASECNA peut compter sur son bilan. Sur le plan technologique, la mise en œuvre du guidage radar a été effective sous son mandat. Ce procédé rend le contrôle de la circulation aérienne plus flexible et permet aux compagnies aériennes d’économiser en carburant. La mise en œuvre de l’ADS-B qui permet d’assurer la surveillance de l’ensemble de l’espace aérien géré par l’Agence a également été lancée par Mohamed Moussa. Sur le plan stratégique, la promotion du Ciel Unique Pour l’Afrique (CUPA) va permettre d’unifier tout l’espace aérien africain en termes de contrôle de la navigation aérienne. Et s’agissant du bilan financier, l’équilibre budgétaire de l’Agence a été rétabli, suscitant la confiance des bailleurs de fonds avec le financement en cours du PSE 2018-2022 qui se chiffre à plus de 400 milliards de FCFA.

JAMG - © ASECNA

métiers de l’aviation civile. L’ASECNA compte dix-huit États


CLASSEMENT

Tedros Adhanom Ghebreyesus – Aliko Dangote – Ngozi – Okonjo-Iweala – Mo Ibrahim Tony Elumelu – Burna Boy – Naguib Sawiris – Zweli Mkhize – Moulay Hafid Elalamy Akon – Tidjane Thiam – Moussa Faki Mahamat – Sadio Mané – Tewolde GebreMariam Trevor Noah – Davido – Mohamed Salah – Bobi Wine – Mostafa Terrab – Ladj Ly – Vera Songwe – Louise Mushikiwabo – Donald Kaberuka – Yemi Alade – Obiageli Oby Ezekwesili – Wizkid – Aziz Akhannouch – Siya Kolisi – Mossadeck Bally – Zozibini Tunzi – Antoinette Sayeh – Winnie Byanyima – John Nkengasong – Abdul Samad Rabiu – Koos Bekker Ade Ayeyemi – Angélique Kidjo – Akinwumi Adesina Matshidiso Moeti – Denis Mukwege – Black Coffee (Nko sinathi Inno cent Maphumulo) – Mahmoud Dicko – Alioune Ndiaye AFRICAINS – A’Salfo (Salif Traoré) Fa l l y I p u p a – M a r k Bristow – Dambisa Moyo Patrice Motsepe – Baba LES PLUS Ahamadou Danpullo Masai Ujiri – Chimamanda INFLUENTS Ngozi Adichie – Salif Keita Kako Nubukpo – Benedict Oramah – Paul Kammogne Fo k a m – Ab o u b a k e r Omar Hadi – Mohammed Dewji – Mike Adenuga – Isaad Rebrab – Acha Leke – Carlos Lopes – Clare Akamanzi – Salim Abdool Karim – Mohamed Ould Bouamatou – Ons Jabeur – Felwine Sarr – Abdelmadjid Attar – Patrick Soon-Shiong – Nadia Fettah – Apollinaire Compaoré – Anas Aremeyaw Anas – Virgil Abloh – Alaa Abdel Fattah – Yérim Sow – Hassanein Hiridjee – James Mwangi – Vanessa Nakate – Enoch Adeboye – Manal Rostom – Aziz Mebarek – Mahamadou Bonkoungou – Mustafa Sanalla – Touria El Glaoui – Jérôme Munyangi – David Frank Adjaye – Tiken Jah Fakoly – Rebecca Enonchong – Robert Andrew Shuter – William Kentridge – Kamel Daoud – Mohamed El-Kettani – Djamel Belmadi – Achille Mbembe – Mehdi Qotbi – Bassem Loukil – El Anatsui – Lady Sonia – Alaa Salah – Imane Ayissi – Isabel dos Santos

LES 100

Dirigeants de grandes entreprises, sportifs, artistes en vue, scientifiques ou politiciens: qui sont les 100 personnalités africaines incontournables en cette année 2020 hors norme? Jeune Afrique propose son classement. DOSSIER COORDONNÉ PAR OLIVIER MARBOT ET THALIE MPOUHO, AVEC LA RÉDACTION DE JA ILLUSTRATIONS: JEAN-MARC PAU POUR JA; CHRISTOPHE CHAUVIN

L

orsque nous avons commencé à recenser les personnalités appelées à figurer dans le palmarès des 100 Africains les plus influents, en janvier 2020, nul n’aurait parié que l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus occuperait la tête du classement. Six mois plus tard, pourtant, et alors que le monde traverse une crise sans équivalent dans les mémoires, difficile de ne pas lui attribuer la première place. L’année 2020 restera celle du coronavirus, et, face à ce fléau, il se trouve que c’est un Africain qui, parce qu’il a été élu en 2017 à la tête de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’est trouvé en première ligne. Que « Dr Tedros » ait bien ou mal géré la pandémie, il est trop tôt pour le dire. Mais lorsque

nous appliquons nos critères de sélection, il se détache irrésistiblement. Ces critères, nombreux, se divisent en trois grandes catégories. L’influence proprement dite, d’abord, c’est-à-dire la capacité à peser sur des décisions politiques (nous excluons les chefs d’État et de gouvernement, dont l’influence est trop évidente) ou économiques, ou à modeler l’opinion publique. La notoriété, ensuite, que nous mesurons par l’exposition médiatique et la popularité sur les réseaux sociaux. La trajectoire, enfin, à savoir la dynamique du parcours de chacun. Dans les trois catégories, le patron de l’OMS fait logiquement carton plein. Quant aux autres personnalités qui composent le classement, nous vous laissons le soin de les découvrir.

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

TEDROS ADHANOM GHEBREYESUS Éthiopie

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nt destin : le p Étonnant premier Africain à occuper le poste de directeur général de l’Organisandiale de la santé (OMS) tion mon affronte la première crise saniondialisée de l’Histoire. taire mo nt paradoxe également Étonnan quand on o sait que celui que l’on mme le Docteur Tedros surnom as médecin. C’est la biolon’est pa gie qu’ill a étudiée au Royaumeur décrocher un doctorat Uni pou en santté communautaire et un masterr en immunologie des maladiies infectieuses. En 2017, cien ministre éthiopien de cet anc la Santté et des Affaires étrangères ait élire à la tête de l’une des s’est fa es les plus importantes des agence ns unies sur un programme Nation clair : « Les gens ne doivent mourir parce qu’ils sont pas m pauvrres. » Auparavant, son action ête du Fonds mondial de à la tê contre le sida, la tuberculose lutte c avait été saluée, et le paludisme p tant sson implication s’apparentait e croisade. à une ersonnalité et l’itinéraire de La pe Tedrros Adhanom Ghebreyesus, ns, ne peuvent être 55 an mpris qu’à la com lumiière d’une

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pour sa réactivité et fustigé pour sa lenteur ou sa complaisance supposée à l’égard des autorités chinoises, sous le feu des critiques acerbes de certains, mais admiré par d’autres pour ses prises de parole, le directeur de l’OMS ne pouvait qu’occuper la première place de notre classement des 100 personnalités africaines les plus influentes en 2020. Face à un virus méconnu, sans réel pouvoir de contrainte sur les pays membres de l’organisation qu’il dirige, l’Éthiopien est et restera le visage et la voix d’une humanité confrontée à une menace aussi dramatique qu’inédite.

D’APRÈS LA PHOTO DE SALVATORE DI NOLFI/KEYSTONE VIA AP/SIPA

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enfance meurtrie par la disparition dramatique de son frère. Il n’a que 7 ans quand son cadet meurt d’une maladie virale, faute d’avoir reçu les traitements nécessaires. Il évoquera ce drame lors de la présentation de sa candidature à l’OMS, promettant de « travailler sans relâche pour garantir une couverture sanitaire universelle et veiller à ce qu’il y ait des ripostes solides dans les situations d’urgence ». Personne n’aurait prédit que, trois ans plus tard, le monde entier serait confronté à une telle situation et que ce père de cinq enfants serait en première ligne. À la fois loué


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

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ALIKO DANGOTE Nigeria 40

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Notoriété

(Notée sur 30)

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Face à l’adversité, certains s’effondrent, d’autres redoublent d’énergie. Sans surprise, le magnat nigérian, qui figure cette année encore sur le podium, fait partie de la seconde catégorie. Alors que la pandémie de coronavirus a cloué ce grand voyageur à Lagos et compliqué les opérations du navire amiral de son groupe, Dangote Cement, ainsi que les travaux de son mégaprojet de raffinerie à Lekki, Aliko Dangote s’est engagé dans la bataille contre le Covid-19. Outre un don de 3 millions de dollars, l’homme le plus riche d’Afrique (7,7 milliards de dollars en juillet 2020) a lancé au début de mars, avec la Banque centrale du Nigeria, une coalition du secteur privé pour organiser la riposte dans son pays. Sur le plan des affaires, ce natif de Kano peut compter sur la résistance de Dangote Cement, leader sur le marché nigérian et très combatif ailleurs. Mais, dans un contexte d’incertitude sanitaire et de crise économique, les mois à venir seront tendus pour le roi du ciment. Prochain test : sa capacité à inaugurer, comme annoncé et en faisant mentir tous les pronostics, la raffinerie de Lekki au début de 2021.

(Notée sur 30)

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Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

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NGOZI MO IBRAHIM OKONJO-IWEALA SoudanNigeria

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Retrouvera-t-elle en 2020 une fonction à la hauteur de sa réputation ? Réponse dans quelques semaines, puisque la « dame de fer » nigériane postule, à 66 ans, à la direction générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec de bonnes chances d’en occuper le fauteuil avant la fin de l’année. Depuis son départ du ministère des Finances, en 2015, Ngozi Okonjo-Iweala multiplie les fonctions honorifiques : présidente du conseil d’administration de l’alliance Gavi, créée pour favoriser l’accès à la vaccination ; coprésidente de la Commission mondiale sur l’économie et le climat ; membre du conseil d’administration de Twitter. Depuis avril, l’ancien numéro deux de la Banque mondiale (2007-2011) met aussi sa notoriété au service de l’Union africaine pour mobiliser l’aide internationale contre les effets de la pandémie de Covid-19. Ngozi Okonjo-Iweala a déjà remporté des parties bien plus serrées dans sa carrière, en matant par exemple la corruption dans son pays. C’est pendant qu’elle était ministre des Finances que le Nigeria est devenu, en 2014, la première économie du continent.

Royaume-Uni 34

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À 74 ans, le philanthrope anglo-soudanais, qui a fait fortune dans les télécoms, reste une voix écoutée sur le continent. Au début de la crise du Covid-19, Mo Ibrahim s’est appuyé sur le travail de sa fondation pour identifier trois pistes permettant à l’Afrique de mieux faire face à la pandémie : gouvernance coordonnée à l’échelle du continent, amélioration des systèmes de santé fondée sur l’expérience de l’épidémie d’Ebola de 2015 et meilleur accès des populations aux soins de base. Plus récemment, ce sont les rivalités à la tête de la Banque africaine de développement (BAD) qui ont suscité ses commentaires. Dans une interview accordée en juin à la presse allemande, le milliardaire égratigne l’attitude de beaucoup de dirigeants du continent: « Nous, Africains, aimons parler de souveraineté, mais lorsqu’il faut mettre la main à la poche pour financer la BAD nous ne voulons jamais payer. » Si ses jugements sont souvent sévères, Mo Ibrahim bénéficie d’une certaine crédibilité grâce au travail de sa fondation. Celle-ci décerne depuis 2007 un prix aux dirigeants africains qui se distinguent par leur « bonne gouvernance ».

En mars, le comité chargé de la sélection a annoncé que, malheureusement, il n’avait pas pu choisir de lauréat pour l’année 2020, aucun candidat ne répondant aux « critères rigoureux » qui conditionnent l’attribution du prix. « Les deux tiers de nos concitoyens vivent désormais dans un pays mieux gouverné qu’il y a dix ans, a toutefois tempéré Mo Ibrahim. Les progrès sont donc indéniables. »

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TONY ELUMELU Nigeria 28

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Milliardaire et philanthrope, le businessman nigérian de 57 ans s’investit depuis longtemps dans le développement économique de l’Afrique, apportant conseils et financements aux jeunes entrepreneurs du continent. Créée en 2015, la Tony Elumelu Foundation est dotée de 100 millions de dollars pour faire émerger start-up et nouvelles entreprises afin, comme le dit celui qu’on qualifie souvent d’afrocapitaliste, d’engendrer « d’autres Elumelu ». S’il progresse fortement dans notre classement par rapport à 2019, c’est que le milliardaire a connu une actualité riche depuis le début de l’année. Dès l’apparition des premiers cas de Covid en Afrique, il s’est mobilisé pour soutenir l’État nigérian dans sa lutte contre le virus, versant très

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vite 1 milliard de nairas (2,3 millions d’euros). Le Gabon a également profité de son soutien. Tony Onyemaechi Elumelu est par ailleurs intervenu, en qualité de président de la United Bank of Africa, à une table ronde réunissant en mai plusieurs chefs d’État et deux des envoyés spéciaux de l’Union africaine sur le Covid, Tidjane Thiam et Ngozi OkonjoIweala. À cette occasion, il a déclaré que la pandémie était l’occasion de « réinitialiser l’Afrique » et de la rendre moins dépendante des pays développés. Dans un registre plus léger, le 50e anniversaire de son épouse, Awele Vivian Elumelu, le 23 juin, a été l’un des événements mondains du début de l’été, même si le contexte sanitaire a obligé la famille à alléger le programme des festivités.

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Summum de la consécration musicale, Burna Boy caracole en tête du dernier classement du magazine américain Billboard consacré aux quinze meilleurs artistes d’Afrique subsaharienne. Le palmarès se fonde notamment sur les ventes digitales et le nombre de vues en ligne sur la période de juin 2019 à juin 2020. Devant ses compatriotes Davido (3e) et Wizkid (5e), Burna Boy et ses 435,57 millions de

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Telecom Holding (OTH). Cette dernière a connu une croissance rapide qui lui a permis de devenir le leader des télécommunications dans la région. Naguib Sawiris est par ailleurs actionnaire majoritaire d’Euronews, la chaîne européenne implantée à Lyon. Mais l’homme d’affaires est également connu pour son audace. En plein pic de la pandémie, il a réclamé que l’économie soit relancée, sans donner l’impression de se préoccuper de la dimension sanitaire de la crise, ce qui lui a valu les critiques de ses compatriotes, qui l’accusent de ne penser qu’à ses intérêts.

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ZWELI MKHIZE

NAGUIB SAWIRIS 32

Nigeria 20

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Égypte

BURNA BOY 20

vues s’impose comme le patron des stars nigérianes contemporaines. Ses prises de position et ses frasques participent aussi de sa légende. À la fin de mai, il était (encore) arrêté par la police de Lagos pour nuisances sonores. En 2019, quelques jours avant de se produire au festival de Coachella, il n’hésitait pas à interpeller les organisateurs sur les réseaux sociaux, leur reprochant de faire passer son nom au second plan: « Je suis un géant africain et je ne serai pas réduit à la petite taille de cette écriture. » Le musicien, véritable bête de scène, a tout pour lui : le génie de l’afrobeat, l’insolence de la jeunesse et la pugnacité du militant.

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Depuis qu’il a rejoint l’entreprise familiale, en 1979, Naguib Sawiris n’a cessé de contribuer à sa croissance et à sa diversification, jusqu’à faire d’Orascom le premier employeur du secteur privé en Égypte. Le milliardaire a notamment créé les branches chemins de fer et technologies de l’information et des télécommunications du groupe. Le succès de ces activités a convaincu la direction de scinder Orascom en plusieurs entités : Orascom Telecom, Orascom Construction, Orascom Hotels & Development et Orascom

Afrique du Sud 22

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Il est l’une des figures majeures du monde médical en Afrique q du Sud. En tant que ministre de la Santé, le e Dr Zweli Mkhize est, à 64 4 ans, en première ligne po our combattre l’épidém mie de Covid-19. Natif de e la région de Pieterm maritzburg, il a suivi sa forma ation à l’Université du KwaZ Zulu-Natal, l’un des rares en ndroits où, dans les années 1970, 1 les Noirs pouvaient é étudier la médecine. En marg ge de son parcours dans le domaine d de la santé, Zweli Z Mkhize s’est eng gagé très tôt en po olitique pour luttter contre le e régime d de

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MOULAY HAFID ELALAMY Maroc 33

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Alors que l’ancien homme d’affaires se faisait discret dans les médias depuis quelque temps, la crise liée au Covid19 lui a permis de se retrouver sous le feu des projecteurs. Moulay Hafid Elalamy (MHE), ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, s’est montré rassurant et pragmatique chaque fois qu’il a pris la parole, exposant solutions et opportunités. Au point de figurer


Trajectoire

Notoriété

(Notée sur 30)

parmi les membres du gouvernement qui se sont le plus illustrés durant la crise. MHE a très tôt compris qu’avec l’arrêt de l’activité des usines chinoises et la fermeture des frontières le royaume devait se mobiliser pour éviter une pénurie de masques. Il a donc demandé au secteur privé d’adapter son outil industriel pour se lancer dans la fabrication d’équipements de protection. Avec une production qui a vite dépassé 10 millions d’unités par jour, le Maroc a pu se constituer un stock stratégique et exporter le surplus en Afrique et en Europe. Côté business, après avoir vendu sa compagnie d’assurances Saham en 2018 au sudafricain Sanlam pour plus de 1 milliard de dollars, MHE a créé un fonds d’investissement qui nourrit de grandes ambitions sur le continent africain et dont la gestion est confiée à son fils Moulay M’hamed.

(Notée sur 30)

l’apartheid. En 1976, il participe au Mouvement de la conscience noire, de Steve Biko, avant de rejoindre trois ans plus tard le mouvement syndical au sein duquel Cyril Ramaphosa prend peu à peu son envol. Dans les années 1990, Zweli Mkhize intègre l’ANC. En février 2018, il est nommé ministre de la Gouvernance coopérative et des Affaires traditionnelles. Quinze mois plus tard, il devient ministre de la Santé.

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Sénégal-États-Unis 24

D’APRÈS LA PHOTO DE IAN HANNING/REA

Influence

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En janvier, le chanteur américain de 47 ans a levé le voile sur un rêve fou: créer une ville futuriste et écologique, Akon City, dans son pays d’origine, le Sénégal. Et même si ce projet de 6 milliards de dollars frôle quelque peu la démesure, on est tenté de suivre Akon dans sa folie des grandeurs, d’autant que le « rêve » tend à se concrétiser. L’entreprise américaine KE International a ainsi décroché à la mi-juin le contrat de construction d’Akon City. D’une superficie de 2000 hectares et située près de Mbodiène, au sud de Dakar, la ville du futur fonctionnerait entièrement à l’énergie renouvelable, serait équipée de son propre aéroport et utiliserait la cryptomonnaie Akoin. Et pour ceux qui pourraient encore douter des ambitions du

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

rappeur, rappelons qu’il y a cinq ans il finançait des installations solaires dans plus d’une dizaine de pays du continent. Akon, qui a connu le succès aux ÉtatsUnis, croit plus que jamais en l’Afrique.

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TIDJANE THIAM Côte d’IvoireFrance 30

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2020 restera une année charnière à plus d’un titre pour Tidjane Thiam. Au cours des six derniers mois, le banquier franco-ivoirien de 58 ans a eu, en février, la surprise de devoir quitter les fonctions qu’il occupait depuis juillet 2015 à la direction générale de Credit Suisse, puis la douleur de perdre, quelques mois plus tard, son fils Bilal des suites d’une longue maladie. Depuis son départ de Zürich, il est annoncé un peu partout. Il se contente pour l’instant de faire partie de la task force mise en place en avril par l’Union africaine pour collecter des fonds à l’étranger contre le Covid19. Il a aussi rejoint, en juin, le conseil d’administration du groupe de luxe français Kering. Des fonctions certes prestigieuses, mais bien loin des capacités montrées jusqu’alors par l’as africain de la finance internationale. Pressenti en France pour entrer dans le gouvernement remanié au début de juillet, c’est en Côte d’Ivoire qu’il est aujourd’hui attendu pour

jouer un rôle politique, avant ou après l’élection présidentielle d’octobre.

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MOUSSA FAKI MAHAMAT Tchad 25

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Le président de la Commission de l’Union africaine rempilera-t-il pour un second mandat en février 2021? En poste depuis 2017, l’ancien ministre tchadien des Affaires étrangères ne s’est pas formellement déclaré candidat, mais apparaît comme le favori logique à sa propre succession. Avec une méthode aux antipodes de celle de son prédécesseur, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, Moussa Faki Mahamat, plus « conciliateur et pragmatique », à en croire certains diplomates, peut revendiquer plusieurs succès lors de son premier mandat. L’un d’entre eux est la signature à Kigali, en mars 2018, de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine, ratifié depuis par suffisamment de pays pour entrer en vigueur. D’autres défis, comme celui de la réforme de l’Union africaine, connaissent un bilan plus mitigé. Cette ultime année de mandat a jusque-là été largement consacrée à la gestion de la réponse africaine face aux coronavirus, qu’il pilote avec le président en exercice de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa.

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somme que le Real Madrid ou le Paris-SG, qui n’ont jamais caché leur intérêt pour lui, sont capables d’aligner. Mané, qui gagne très bien sa vie en Angleterre (9,1 millions d’euros par an, hors primes et contrats publicitaires), reste très discret sur ce sujet. Réputé pour sa simplicité, le Sénégalais n’hésite pas à mettre la main à la poche pour aider son pays, comme il l’a fait lors de la crise du Covid-19, et plus particulièrement sa région natale en finançant, à Bambaly, le village où il est né, la construction d’un lycée, d’une mosquée et d’un hôpital.

SADIO MANÉ Sénégal D’APRÈS LA PHOTO DE PHIL DUNCAN/PROSPORTS/SHUTTERSTOCK

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Après la Ligue des champions, en 2019, Sadio Mané, 28 ans, vient de remporter pour la première fois le prestigieux championnat d’Angleterre avec Liverpool. Le Casamançais, considéré comme un des meilleurs attaquants du monde, est aussi l’un des plus chers. Sa valeur marchande est estimée à 140 millions d’euros, une

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EWOLDE GEBREMARIAM Éthiopie 32

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Après avoir géré, en 2019, la catastrophe du crash du Boeing 737 MAX, Tewolde GebreMariam, directeur général d’Ethiopian Airlines, ne s’attendait peut-être pas à traverser dès l’année suivante la pire turbulence de l’histoire du secteur aérien : avions cloués au sol, frontières fermées… Si la compagnie éthiopienne estime à 1 milliard de dollars le manque à gagner causé par la crise sanitaire, celui qui fête sa dixième année à la tête de l’entreprise symbolise encore une fois la bonne résistance d’Ethiopian face aux épreuves. Le transporteur,

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qui a assuré 40 vols de rapatriement par semaine depuis le début de la crise sanitaire, a réussi à dégager des revenus (120 à 150 millions de dollars par mois) lui permettant d’honorer les paiements des frais fixes, en accroissant fortement ses capacités cargo. Un tel résultat n’aurait pas été possible si Tewolde GebreMariam n’avait pas été l’artisan de la diversification des activités du géant des airs d’Addis-Abeba.

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TREVOR NOAH Afrique du Sud 22

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Fils d’un Suisse et d’une Sud-Africaine, l’humoriste et animateur vedette est né en 1984 à Johannesburg, en plein apartheid, quand

le mariage entre Noirs et Blancs était encore illégal. Comme il l’explique dans son autobiographie, il était donc « un crime » (Born a Crime, 2016). Après le départ de son père, sa mère se remarie avec un homme alcoolique et violent. Trevor Noah exploitera cette enfance chaotique dans ses spectacles. À 25 ans, il joue son premier one-man-show à Johannesburg, ce qui lui offre l’opportunité d’animer un talk-show en fin de soirée, puis, en 2011, de partir s’installer à Los Angeles, où il rencontre très vite le succès. Fort de cette popularité aux États-Unis, l’humoriste fait de plus en plus entendre sa voix. Il vient d’établir un parallèle entre le mouvement Black Lives Matter et la Commission Vérité et Réconciliation de l’après-apartheid, dans les années 1990: « Pour l’instant, il n’y a pas eu

de réconciliation, mais la vérité est en train d’éclater », a-t-il déclaré.

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DAVIDO Nigeria 22

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Avec une fortune estimée par le magazine Forbes à 24 millions de dollars, Davido, David Adedeji Adeleke de son vrai nom, est devenu, devant Wizkid, le musicien le plus riche du Nigeria. Ce fils de milliardaire a su capitaliser sur sa popularité à l’étranger. Un concert à l’O2 Arena de Londres (une gigantesque salle de 20 000 places), un titre avec le chanteur américain Chris Brown (Blow my Mind), un autre, Risky, avec la star jamaïcaine Popcaan, ont précédé la


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

sortie, en juillet 2019, de son deuxième album studio, enregistré à Atlanta, en Géorgie, où l’artiste est né. Plus récemment, le play-boy de 27 ans s’est mué en philanthrope. Il s’est engagé à reverser les profits de la vidéo de son nouveau titre, Dolce & Gabbana, à un fonds de recherche sur le coronavirus. L’artiste a été touché de près par la pandémie puisque sa fiancée, Chioma Rowland, a été testée positive et qu’il s’est lui-même confiné quatorze jours à titre préventif.

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MOHAMED SALAH Égypte 15

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(Notée sur 30)

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Avec Sadio Mané, son coéquipier chez les Reds, Mohamed Salah, qui a le même âge (28 ans), cumule les titres. Un peu mieux payé (11,6 millions d’euros, hors primes et revenus publicitaires) que le Sénégalais, légèrement moins valorisé (135 millions d’euros), Salah fait partie des meilleurs joueurs mondiaux à son poste, même s’il est parfois critiqué pour ses excès d’individualisme. En dehors du terrain, il se révèle plus dépensier que Sadio Mané, mais il soutient aussi activement différentes œuvres humanitaires, notamment dans sa ville natale de Nagrig. L’Égyptien, qui se tient soigneusement à l’écart

(Notée sur 30)

du jeu politique – il n’a jamais exprimé la moindre opinion sur le sujet –, jouit d’une popularité immense dans son pays. Le régime du très autoritaire Abdel Fattah al-Sissi ne l’ignore pas et sait – grande spécialité des chefs d’État africains – tirer profit de l’image du joueur, véritable icône nationale.

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BOBI WINE Ouganda 25

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Principal opposant du président ougandais Yoweri Museveni, le chanteur et député Bobi Wine, 38 ans, est devenu le porte-parole de toute une génération. Surnommé le « président du ghetto » par le peuple ougandais grâce à ses tubes dénonçant les injustices sociales, le chanteur de reggae et d’afrobeat s’est engagé en politique à la suite de la réélection, en 2016, de Museveni pour un cinquième mandat. De son vrai nom Robert Kyagulanyi, il a remporté en 2017 un siège de député face à un candidat du parti au pouvoir lors d’une élection partielle. Depuis, il s’oppose fermement au régime en place et incarne la voix de la jeunesse et du changement, ce qui lui vaut plusieurs arrestations et assignations à domicile. En juillet 2019, l’homme au bonnet rouge a annoncé son intention de briguer la présidence lors du scrutin de 2021. Très impliqué dans la

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

campagne #DontGoViral contre les fausses informations, Bobi Wine a mis en ligne, le 25 mars, une nouvelle chanson, Corona Virus Alert, pour sensibiliser les Africains aux dangers de la pandémie.

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MOSTAFA TERRAB Maroc 28

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Les années passent mais son influence demeure, malgré son extrême discrétion. À la tête du géant marocain des engrais OCP depuis 2006, Mostafa Terrab, 64 ans, formé au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et passé par la Banque mondiale, est un poids lourd de la scène économico-politique du royaume. C’est lui qui a conduit la transformation de l’Office chérifien des phosphates, qui fête ses 100 ans cette année, en un leader mondial (4,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019), présent sur les cinq continents et dans seize pays en Afrique. Face à la pandémie de Covid19, le groupe qu’il dirige a non seulement maintenu ses activités mais aussi ses projets, notamment en Éthiopie et au Nigeria. Pour le patron marocain, la crise confirme la pertinence du modèle OCP, qui parie sur l’agriculture et la formation comme moteur du développement et insiste sur la responsabilité sociale des groupes

industriels comme vecteur de progrès.

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LADJ LY Mali-France 24

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À 42 ans, le réalisateur franco-malien a créé l’événement en 2019 avec son premier long-métrage de fiction, Les Misérables. Grand Prix du jury à Cannes, nommé aux Golden Globes, le film a aussi représenté la France aux Oscars. Tournés à Clichy-Montfermeil, quartier qui l’a vu grandir, Les Misérables explorent un territoire abandonné par l’État français. Le film est une parfaite immersion dans le quotidien des policiers et des jeunes de banlieue, s’inspirant d’un événement que Ladj Ly évoquait déjà dans un documentaire sur les violences policières en 2008. Avec Les Misérables, le réalisateur a réussi à attirer l’attention du président Emmanuel Macron en braquant ses projecteurs sur les problèmes qui gangrènent les banlieues depuis des décennies.

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VERA SONGWE Cameroun 32

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Économiste réputée, secrétaire exécutive de la Commission

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LOUISE MUSHIKIWABO Rwanda

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Dix-huit mois après son entrée en fonction à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères gère au plus près les conséquences de la pandémie qui frappe les 88 États membres de l’organisation. Le 18e sommet de l’OIF, qui devait se tenir en décembre à Tunis, et l’édition 2021 des Jeux de la Francophonie ont dû être reportés à des jours meilleurs, ce qui laisse à cette proche de Paul Kagame le temps d’achever l’un de ses chantiers prioritaires: la restructuration d’une institution multilatérale aussi bureaucratique qu’éparpillée. Diminution des effectifs, chasse au gaspillage, audits sur la gestion et les budgets, la « méthode rwandaise » fait souffler un vent nouveau dans les couloirs de l’immeuble de l’avenue Bosquet. Très politique et pas peu fière de contribuer, de par son élection, au regain de la pratique du français dans son pays d’origine, Louise Mushikiwabo offre les services de l’OIF et ses propres talents de médiatrice là où leur expertise est requise. Guinée, Madagascar, Niger, Cameroun, RD Congo, Togo, Centrafrique, Côte d’Ivoire, etc., les résultats sont parfois mitigés, comme à Conakry, où elle ne s’est pas entendue avec le président Alpha Condé, mais la volonté est là, ce qui tranche avec son prédécesseur Michaëlle Jean. « Nous avons prévu d’être partout » dit-elle, tout en regrettant que la Francophonie soit « une organisation sous-vendue, qui peut-être même se sous-estime ». Il reste un peu plus de deux ans à celle qui revendique son indépendance (« personne ne me dicte ma conduite ») pour rendre son premier bilan. Avant un éventuel second mandat.

D’APRÈS LA PHOTO DE VINCENT FOURNIER

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Influence

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Trajectoire

économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies, Vera Songwe fait partie des experts qui plaident pour un moratoire sur la dette africaine. Elle tire la sonnette d’alarme sur la crise économique qui se profile en Afrique, laquelle aura plus de conséquences, selon elle, que la crise sanitaire. Camerounaise anglophone ayant grandi à Bamenda, Vera Songwe, 52 ans, a effectué la majeure partie de sa carrière à la Banque mondiale (1998-2016), avant de rejoindre la CEA, en avril 2017, pour prendre la suite du Bissau-Guinéen Carlos Lopes. En parallèle, elle est membre de l’équipe de réforme institutionnelle de l’Union africaine mise en place par Paul Kagame, ainsi que du conseil d’administration de l’African Leadership Network, une organisation de premier plan réunissant chefs d’entreprise, investisseurs, leaders et artistes.

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DONALD KABERUKA Rwanda 27

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Le CV de cet économiste de 68 ans est impressionnant. Ministre des Finances et de la Planification économique du Rwanda entre 1997 et 2005, il a été l’un des artisans de la reconstruction. Puis sont venues les

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années BAD. De 2005 à 2015, il dirige la Banque africaine de développement (BAD) avec une priorité en tête : en faire le principal organisme de financement du développement sur le continent. Ce que la banque deviendra effectivement, notamment en 2009, où elle accorde pour 8,8 milliards d’euros de prêts et de dons. Depuis qu’il a cédé la place à Akinwumi Adesina, Donald Kaberuka multiplie les missions et cumule les postes à responsabilité. On le retrouve représentant des intérêts du Qatar en Afrique, puis à la tête du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, où son expérience et son carnet d’adresses font merveille. Mais c’est avec la crise du Covid-19 qu’il revient vraiment sur le devant de la scène. Aux côtés de Tidjane Thiam, de Ngozi Okonjo-Iweala et de Manuel Trevor, il est l’un des quatre « mousquetaires » formant la task force mise en place par l’Union africaine pour affronter la pandémie et ses conséquences économiques.

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YEMI ALADE Nigeria 20

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À la recherche de son Johnny, Yemi Alade acquiert une notoriété internationale en 2013 avec ce tube qui a rencontré un immense succès, jusqu’au

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Royaume-Uni. Depuis, la chanteuse nigériane a sorti trois albums, dont Woman of Steel, sorti en août 2019. Dans cet opus, elle explore des sujets sociopolitiques ou évoque la pauvreté, en collaborant notamment avec Angélique Kidjo et Rick Ross. Sa musique mêle R’n’B et afrobeat. D’ailleurs, l’artiste prône l’expansion des sonorités africaines vers les autres continents. « Le monde nous écoute et nous regarde maintenant tout en essayant d’intégrer le mouvement », soulignait-elle dans une interview accordée à la BBC en janvier. Le 29 mai, la chanteuse a diffusé sur YouTube la chanson Boyz, premier titre d’un album à venir dont la date de sortie n’a pas encore été communiquée.

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OBY EZEKWESILI Nigeria 25

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Le 16 avril, dans une tribune publiée dans le Washington Post, Oby Ezekwesili appelle les autorités africaines à exiger des compensations financières de la Chine en raison des dégâts causés par la pandémie de coronavirus. Auparavant, l’ancienne ministre nigériane des Extractions minières avait participé au lancement du mouvement Bring Back Our Girls, après que 276 lycéennes avaient été enlevées en 2014 dans la ville de

Chibok par Boko Haram. Deux ans plus tard, elle participe à une discussion entre une délégation de parents des lycéennes et le nouveau chef de l’État, Muhammadu Buhari. Après des négociations entre le pouvoir nigérian et l’organisation terroriste, 21 puis 82 lycéennes sont libérées quelques mois plus tard. Oby Ezekwesili est également la cofondatrice de Transparency International, une organisation qui lutte contre la corruption étatique et institutionnelle.

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WIZKID Nigeria 18

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La pop-star nigériane a été très productive ces derniers mois: des singles en pagaille (Ghetto Love, Joro…), une mixtape proposée en téléchargement gratuit (Soundman vol. 1), des featurings (Dis Love, pour DJ Spinall, avec Tiwa Savage, etc.), des concerts à l’étranger, dont son premier show à Paris, à la fin de 2019. Ses nombreuses activités n’empêchent pas le jeune homme de veiller sur la carrière d’autres artistes à travers son label StarBoy Entertainment. Des contrats publicitaires juteux avec des multinationales – comme Pepsi, dont il est l’ambassadeur en Afrique depuis 2012 – lui ont également permis de devenir le quatrième musicien le plus riche du

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ENQUÊTE

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continent, avec une fortune estimée à 20 millions de dollars. Wizkid a beau avoir été extrêmement prolifique ces derniers temps, il a plus encore comblé ses fans en sortant, le 16 juillet, jour de ses 30 ans, son quatrième album. Annoncé depuis plus d’un an, Made in Lagos fait la part belle aux invités puisque y figurent quelques pointures, dont Burna Boy, Skepta ou encore Damian Marley.

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AZIZ AKHANNOUCH Maroc 34

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Nombreux le voient déjà comme le prochain chef de gouvernement du royaume. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), parti qu’il préside depuis 2016, se positionne comme le principal challenger du PJD pour les législatives de 2021 et occupe déjà plusieurs départements stratégiques au sein du gouvernement : finances, industrie, commerce, tourisme… Lui-même ministre de l’Agriculture depuis treize ans, il a été à l’origine de l’initiative pour l’Adaptation de l’agriculture africaine (AAA), lancée en amont de la COP22, organisée au Maroc. Associant 33 pays, ce programme lui offre un rayonnement continental. Héritier d’un des plus grands conglomérats du

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royaume, Akwa Group, et fondateur avec son épouse d’un des leaders de la distribution, Aksal, il peut aussi compter sur son poids et ses relais dans le monde des affaires pour appuyer sa carrière politique. Enfin, sa proximité avec Mohammed VI – qui lui a fait l’honneur de s’inviter à sa table en famille – lui donne une aura qui transcende les milieux politico-économiques.

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SIYA KOLISI Afrique du Sud 20

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Premier capitaine noir de l’équipe sud-africaine de rugby, Siya Kolisi a soulevé le trophée William Webb Ellis le 2 novembre 2019, à l’issue de la finale de la Coupe du monde remportée face aux Anglais. Élevé par sa grand-mère dans un township de Zwide, près de PortElisabeth, il se passionne très tôt pour le rugby. Il obtient en 2004, à l’âge de 12 ans, une bourse pour intégrer la Grey High School, où sport et études sont mis à l’honneur dans un environnement privilégié. Ses aptitudes physiques exceptionnelles et son sens du jeu lui font connaître sa première sélection avec les Springboks en juin 2013. Sa promotion en tant que capitaine, en 2018, fut un symbole fort dans un pays marqué par l’apartheid, où le rugby reste l’apanage de la minorité blanche.

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MOSSADECK BALLY Mali 26

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« Osez ! » C’est l’appel qu’aime lancer l’influent homme d’affaires malien Mossadeck Bally aux jeunes Africains. Le patron de la chaîne Azalaï n’a pas manqué d’audace en 1993 quand, pour vivre sa propre aventure entrepreneuriale, il a quitté l’entreprise familiale. Vingt-sept ans plus tard, et malgré un franc succès – il est à la tête d’un groupe hôtelier 100 % africain qui compte aujourd’hui dix luxueux établissements en Afrique de l’Ouest –, Mossadeck Bally, 58 ans, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Alors que ses établissements sont principalement implantés dans les pays francophones, il entend poursuivre son rêve africain en investissant au Nigeria, au Ghana ou encore dans des pays d’Afrique centrale, comme le Cameroun et le Rwanda.

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ZOZIBINI TUNZI Afrique du Sud 19

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Avec ses cheveux courts et crépus et sa peau ébène, la Sud-Africaine Zozibini Tunzi est entrée dans

l’Histoire à l’âge de 26 ans en devenant l’une des cinq femmes noires couronnées lors de concours de beauté majeurs. Plus encore, elle est la première d’entre elles à porter ses cheveux naturels. Le soir de son élection, dans un discours engagé pour la cause féminine, la Miss Univers 2019 a déclaré vouloir tout faire pour encourager les jeunes filles à prendre confiance en elles. Elle a aussi exprimé le souhait de voir les normes de beauté évoluer. Depuis son sacre, la jeune femme, qui est la première Sud-Africaine noire à remporter l’élection, s’est fortement engagée dans la lutte pour les droits des femmes et des minorités.

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ANTOINETTE SAYEH Liberia 33

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Numéro deux du Fonds monétaire international (FMI) depuis le 16 mars, la Libérienne connaît parfaitement l’institution. Avant d’en être nommée directrice générale adjointe pour seconder la Bulgare Kristalina Georgieva, elle a passé huit années à la tête du département Afrique du FMI, de 2008 à 2016, gérant plusieurs dossiers épineux : coordination d’un financement à taux nul pour les pays les plus touchés par l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola en 2015, suspension de


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l’aide au Mozambique en 2016 après le scandale de la dette cachée, etc. Cette titulaire d’une licence en économie et d’un doctorat en relations économiques internationales a également servi au sein de la Banque mondiale pendant dix-sept ans. Ministre libérienne des Finances de 2006 à 2008, elle peut se targuer d’être parvenue à apurer les dettes de son pays auprès du FMI. Un atout dans la perspective d’une extension du moratoire sur la dette auprès de certains pays africains ?

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JOHN NKENGASONG

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WINNIE BYANYIMA Ouganda

D’APRÈS LA PHOTO DE ANDREW KELLY /REUTERS

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Engagée de longue date en faveur des droits des femmes, l’Ougandaise est depuis 2019 la première femme à diriger l’Onusida. Sa première mission est de restaurer les comptes et la crédibilité de l’organisation, épinglée pour sa mauvaise gestion. Winnie Byanyima est née en 1959 à Mbarara. Son père est alors engagé en politique, tandis que sa mère, enseignante, est une militante des droits de l’homme. Diplômée en tant qu’ingénieure aéronautique au Royaume-Uni, elle rejoint la rébellion armée qui portera Yoweri Museveni au pouvoir en Ouganda, puis se construit une brillante carrière internationale: Union africaine, Pnud et Oxfam. Familière du Forum économique de Davos, cette féministe y porte la voix des plus vulnérables et s’en prend ouvertement aux plus grandes fortunes à propos des inégalités mondiales.

Cameroun 19

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John Nkengasong est le premier membre de sa famille à avoir poursuivi des études supérieures. Aujourd’hui sexagénaire, il pilote à l’échelle continentale la réponse sanitaire à la pandémie de Covid-19. Depuis Addis-Abeba, où il dirige les Centres africains de prévention et de lutte contre les maladies (Africa CDC), un organe de l’Union africaine (UA) créé il y a seulement trois ans, il conseille gouvernements et populations. Il y coordonne aussi l’acheminement des tests de dépistage et des équipements de protection individuelle. Virologue de formation, ce spécialiste du VIH a passé vingt ans au sein des CDC américains, en poste à Abidjan puis à Atlanta,

où il a acquis une connaissance fine des questions de santé publique. Calme et pédagogue, il s’insurge néanmoins contre le manque de moyens alloués à la prévention des maladies. Il lutte actuellement pour généraliser le port du masque et ne ménage pas ses efforts pour que l’Afrique prenne part à la création d’un vaccin efficace contre le coronavirus.

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ABDUL SAMAD RABIU Nigeria 25

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C’est un rival d’Aliko Dangote, figure indéboulonnable du haut du classement, qui fait son entrée dans le palmarès de cette année. Abdul Samad Rabiu, 59 ans, originaire lui aussi de Kano, est la huitième fortune d’Afrique, selon le magazine Forbes. Après avoir commencé sa carrière d’entrepreneur dans l’import de riz, de sucre et d’autres matières premières, le patron de BUA Group défend aujourd’hui les capacités de production du pays qui l’a vu naître. À la tête d’un empire qui s’étend du ciment à l’agro-industrie, en passant par l’immobilier et la logistique portuaire, celui que l’on dit proche du vice-président Yemi Osinbajo déclare désormais : « Il n’y a pas de raison que le Nigeria importe sa nourriture. »

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

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KOOS BEKKER Afrique du Sud 37

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Né à Potchefstroom en 1952, Koos Bekker est à la tête d’une fortune estimée à 2,3 milliards de dollars. Après un début de carrière dans la publicité, il fonde avec quelques jeunes collègues M-Net, l’un des deux premiers services payants de télévision en Afrique du Sud. En 1997, il devient le PDG du groupe de médias Naspers et y met en place un système de rémunération bien particulier: il ne

touche ni salaire, ni bonus, ni avantages, recevant uniquement des stock-options. En quinze ans, la capitalisation boursière de Naspers est passée d’environ 1,2 milliard de dollars à… 45 milliards de dollars.

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ANGÉLIQUE KIDJO Bénin 19

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Star incontestée de la musique africaine depuis trois décennies, Angélique Kidjo a remporté en début d’année son cinquième Grammy Award, face à un

Burna Boy donné largement favori. Née dans un environnement propice à la créativité avec une mère chorégraphe et un père photographe, la chanteuse béninoise allie musique africaine et musique occidentale. Celle qui inspire la jeune génération d’artistes du continent est également connue pour son militantisme. À travers la Fondation Batonga, qu’elle a créée en 2006 au Bénin, elle s’engage en faveur de l’autonomie et de l’éducation des adolescentes en Afrique subsaharienne. Également ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef depuis 2002, à tout juste 60 ans, elle s’investit dans la lutte contre le coronavirus. Elle vient

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ADE AYEYEMI Nigeria

D’APRÈS LA PHOTO DE GUILHEM ALANDRY/DOCUMENTOGRAPHY POUR J.A

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S’il espérait connaître une année plus calme, c’est raté. Celui qui bataille face aux actionnaires et aux syndicats depuis ses débuts à la tête d’Ecobank en 2015 – pour cause de dividendes toujours repoussés et de baisse continue des effectifs – fait face aujourd’hui à un énième défi. Et non des moindres : l’impact économique du Covid-19. Le cost-killer, comme on le surnomme, a tranché dès la fin de mars: « L’année s’annonce exceptionnellement trouble. » Depuis son bureau de Lomé, le Nigérian pilote un paquebot qui compte 15 000 employés et gère pas moins de 23 millions de clients répartis dans 35 pays d’Afrique. Une tâche ardue, tout particulièrement en période de distanciation physique et de croissance en berne. Mais le banquier, qui a fait ses classes au sein de Citigroup, essaie de rester optimiste. « La crise nous permet de penser l’économie d’après, a-t-il ainsi déclaré. Si nous prenons les bonnes décisions, nous pourrons en sortir renforcés. »

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de reprendre le titre Pata Pata, de la Sud-Africaine Miriam Makeba, pour le compte de l’organisation onusienne, en adaptant les paroles afin de sensibiliser aux gestes barrières.

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KINWUMI ADESINA Nigeria 26

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Il y a un an, Akinwumi Adesina s’imaginait réélu par acclamation à la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), poste qu’il occupe depuis septembre 2015.


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

En octobre 2019, après d’intenses négociations avec les actionnaires non africains de l’institution, États-Unis en tête, il a obtenu le doublement, à 208 milliards de dollars, du capital autorisé de la BAD. Las, une révolte interne a ruiné le scénario idyllique du leader nigérian. Au début de janvier, des lanceurs d’alerte ont adressé au comité d’éthique de l’institution une longue liste de griefs – parvenue à Jeune Afrique – contre la gouvernance, le management et divers financements approuvés sous sa présidence. Véritable scandale ou manœuvre d’intrigants ? Les avis restent partagés, malgré un rapport du comité d’éthique rejetant sommairement, en mai, les allégations des salariés. Un audit de ce rapport a depuis été confié à l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson. Ses conclusions seront scrutées avec attention avant l’élection prévue à la fin d’août.

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MATSHIDISO MOETI Botswana-Afrique du Sud 16

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Notoriété

(Notée sur 30)

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Le Dr Matshidiso Moeti est la première femme à occuper le poste de directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique, dont le siège est

(Notée sur 30)

à Brazzaville. Nommée en février 2015, elle a été reconduite dans ses fonctions au début de 2020. À ce poste, la Botswanaise a dû faire face aux épidémies d’Ebola et de choléra avant d’affronter le Covid-19. Travaillant pour le département Afrique de l’OMS depuis près de vingt-deux ans, Matshidiso Moeti est à l’origine de l’initiative des chefs d’État africains, lancée en février 2019, qui vise à accroître les investissements dans le domaine de la santé en vue d’instaurer la couverture santé universelle à l’échelle du continent.

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DENIS MUKWEGE RD Congo 16

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Denis Mukwege est un homme intransigeant. Dès le mois de mars, le médecin, Prix Nobel de la paix 2018, s’engage dans la lutte contre le coronavirus au sein d’un comité ad hoc dans sa province du SudKivu (est de la RD Congo). Il préconise alors la mise en place d’une stratégie : tester, identifier, isoler, traiter. Trois mois plus tard, dénonçant le manque de moyens et le « déni des réalités » de l’épidémie dans son pays, il claque la porte du comité, condamnant les « faiblesses organisationnelles de la riposte ». Denis Mukwege n’en est pas à sa première colère froide. Le gynécologue de 65 ans

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en a même fait sa marque de fabrique. La médecine est sa mission, pas la diplomatie. Dénonçant sans relâche l’impunité du viol comme arme de guerre, ne mâchant pas ses mots face aux États, selon lui « complices », Denis Mukwege est à la fois respecté et craint. Placé sous protection depuis qu’il a fait l’objet d’une tentative d’assassinat, en 2012, le pasteur pentecôtiste se taille peu à peu une stature de vieux sage, la voix posée mais le verbe haut.

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BLACK COFFEE Afrique du Sud 26

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Sur sa page Facebook (suivie par près de 2,2 millions de fans), l’icône de la house sud-africaine enrage de ne pas mixer cet été à Ibiza, comme il le fait d’habitude. Et promet « la tempête » pour 2021! Le musicien de 44 ans n’est pourtant pas resté les bras croisés ces derniers mois, malgré le confinement. Il a notamment réalisé des concerts depuis chez lui afin de récolter des fonds pour venir en aide aux Sud-Africains les plus démunis. Sa campagne « Home Brewed » lui a permis de réunir plus de 31 000 dollars. DJ donc, mais aussi chanteur, producteur et propriétaire du label Soulistic Music, Nkosinathi Innocent Maphumulo, de son vrai nom, s’est autant imposé comme artiste

que comme businessman. Selon le magazine Forbes, sa fortune s’élève à 60 millions de dollars, ce qui fait de lui le deuxième musicien le plus riche d’Afrique, derrière Akon.

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MAHMOUD DICKO Mali 24

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Un imam peut-il devenir un jour président du Mali ? La question n’a rien d’incongru quand on voit les démonstrations de force dont est capable Mahmoud Dicko. Le 5 juin, son appel réunit une foule immense à Bamako. Le credo des manifestants : Ibrahima Boubacar Keïta (IBK) doit démissionner. À la tribune, le tribun attaque frontalement le président du Mali, qu’il avait pourtant soutenu en 2013. « Cette fois, IBK le regrettera, et sa sortie du pays sera violente », prévient-il. Né en 1954 à Tonka, dans la région de Tombouctou, chantre de l’islam wahhabite, ce père de famille de dix enfants s’est formé en Mauritanie et en Arabie saoudite. En avril 2020, il quitte la présidence du Haut Conseil islamique du Mali (HCIM), continue de prêcher dans sa mosquée de Badalabougou, sur la rive sud de Bamako, et répond à de nombreuses sollicitations. À son domicile, les personnalités viennent plaider leur cause et, malgré leurs

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

divergences, le président IBK l’a souvent consulté. Mais la crise politique actuelle a confirmé l’imam dans son rôle d’opposant. Devenu l’un des leaders du Mouvement du 5 juin - Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), il appelle au calme tandis que ses partisans, craignant son arrestation, ont transformé le quartier qui entoure sa mosquée en camp retranché.

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A’SALFO (SALIF TRAORÉ) Côte d’Ivoire 22

ALIOUNE NDIAYE Sénégal 11

En janvier, le Sénégalais Alioune Ndiaye inaugurait fièrement le nouveau siège Afrique d’Orange (qu’il dirige depuis 2018), à Casablanca. À charge maintenant pour le diplômé de l’Institut Mines-Télécom Business School et de l’université Paris-Dauphine, longtemps à la tête de la filiale sénégalaise du groupe Sonatel, de concrétiser les objectifs financiers fixés par son PDG, Stéphane Richard. D’ici à 2025, Orange ambitionne de réaliser 20 % de son chiffre d’affaires en Afrique. Pour y parvenir, Alioune Ndiaye lancera en fin d’année Orange Bank en Côte d’Ivoire, avant de cibler d’autres pays de l’Uemoa. Surtout, il essaiera de décrocher une licence en Éthiopie, pays de plus de 100 millions d’habitants – qui a décidé d’ouvrir le

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D’APRÈS LA PHOTO DE SIA KAMBOU / AFP

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C’est peut-être la décision la plus difficile qu’il a dû prendre depuis qu’il a créé le Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua), à Abidjan. En mars, Salif Traoré, dit A’Salfo, a dû, la mort dans l’âme, annuler la 13e édition du festival, qui devait notamment accueillir Youssou N’Dour, Koffi Olomidé et Vegedream. « Nous ne voulions pas mettre en place un foyer de contamination », nous explique-t-il. L’artiste et homme d’affaires de 41 ans s’est donné jusqu’à septembre pour trancher la question du report du festival d’ici à la fin de l’année. En attendant d’y voir plus clair, il doit encaisser un autre coup dur avec l’annulation de la tournée internationale de son groupe Magic System. Ces contretemps ont néanmoins permis à Salif Traoré de se poser une nouvelle fois en businessman responsable qui place la santé au-dessus des enjeux financiers. Et le confinement n’empêche pas le stratège d’afficher son soutien à différentes personnalités politiques (ambassadeurs, préfet d’Abidjan, première dame…) sans choisir de camp, sinon celui des Ivoiriens, comme toujours.

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secteur des télécoms à la concurrence – et d’entrer sur un autre grand marché: Afrique du Sud, Nigeria ou, pourquoi pas, Algérie. Ces projets pourraient être financés grâce à l’introduction en Bourse du holding qui réunit toutes les opérations africaines de l’opérateur.

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FALLY IPUPA RD Congo 20

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Pointé du doigt pour sa proximité avec l’ex-président Joseph Kabila et son successeur, Félix Tshisekedi, « l’aigle du Congo » a failli voir son concert à l’AccorHotels Arena de Paris annulé, à la fin de février, sous la pression d’opposants congolais radicaux. Après le succès de sa prestation, le chanteur a annoncé la sortie du titre « Allô téléphone », extrait de son prochain album Tokoss 2. Diffusée en juin sur toutes les plateformes de streaming, la chanson a comptabilisé un million de vues quarante-huit heures après sa mise en ligne. Réputé pour ses pas de danse et sa maîtrise de la rumba congolaise, Fally Ipupa est également connu pour son engagement en faveur des victimes de violences sexuelles dans son pays natal. Il s’est impliqué dans la lutte contre la pandémie de Covid-19 en distribuant près de 2500 masques par l’intermédiaire de la Fally Ipupa


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

Fondation et en offrant un chèque de 20000 euros aux responsables de l’Hôpital de Panzi, à Kinshasa. Ces fonds représentent 10 % du cachet obtenu par l’artiste pour se produire à Paris.

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MARK BRISTOW Afrique du Sud 23

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Notoriété

(Notée sur 30)

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Pionnier de l’exploitation du métal jaune en Afrique de l’Ouest avec Randgold, qu’il a fondé en 1995, le bouillonnant Sud-Africain Mark Bristow est désormais à la tête du numéro deux mondial du secteur de l’or, Barrick, avec lequel il a fusionné sa première compagnie en janvier 2019. Depuis cette opération, il exploite des mines sur tous les continents, et plus seulement en Afrique, mais en gardant le modèle qui a fait le succès de Randgold: une direction générale réduite à son strict minimum, centrée sur les performances opérationnelles et sachant déceler des opportunités de classe mondiale, c’est-àdire pouvant produire chacune plus de 500000 onces par an. Constamment sur le terrain, connu pour son franc-parler vis-à-vis des gouvernements sur les questions de gouvernance et de réglementation, Mark Bristow a fait émerger en Afrique de l’Ouest et en RD Congo une génération de cadres locaux compétents qui sont désormais aux manettes des sites africains de Barrick.

(Notée sur 30)

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DAMBISA MOYO

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

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PATRICE MOTSEPE

Zambie 21

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Sa notoriété et son influence mondiale, la Zambienne de 51 ans, née à Lusaka et diplômée d’Oxford et de Harvard, les a bâties en quelques livres chocs. Dans Dead Aid, paru en 2009, elle assure que l’aide au développement ne fait qu’accroître la pauvreté dans les pays qui la reçoivent. L’ouvrage est un best-seller et fait immédiatement de Dambisa Moyo une voix qui compte, l’hebdomadaire américain Time l’intégrant à son classement des 100 femmes les plus influentes de la planète. Suivent How the West Was Lost, en 2011, sur le déclin des puissances occidentales, puis Winner Take All, en 2012, dans lequel elle analyse l’appétit grandissant de la Chine pour les ressources naturelles du reste du monde et la place de plus en plus centrale que Pékin va occuper. Devenue incontournable, l’économiste, qui vit maintenant à Londres, est sollicitée sur tous les grands sujets, et, naturellement, elle a été appelée à s’exprimer sur la crise économique née du Covid19. Elle plaide en faveur d’un « plan Marshall pour l’Afrique » et prédit que dans le monde post-pandémie les États vont retrouver un rôle plus important.

Afrique du Sud 24

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Premier associé noir d’un cabinet d’avocats sud-africain, premier milliardaire noir du pays, beau-frère du président Cyril Ramaphosa, Patrice Motsepe a fait fortune dans le secteur minier. Né à Soweto en 1962, il a effectué une partie de ses études aux États-Unis, avant de revenir dans son pays et de militer à l’ANC. Très sensible au sort des populations noires d’Afrique du Sud, il s’engage en leur faveur et effectue de nombreux dons, soit directement soit via la Motsepe Foundation, qui est particulièrement active dans les domaines de la santé et de l’éducation. En janvier 2020, c’est le faux pas. Lors d’un dîner organisé au Forum économique mondial de Davos, il lance au président américain Donald Trump : « L’Afrique aime l’Amérique. L’Afrique vous aime. » Rapidement relayée sur les réseaux sociaux, la déclaration vaut à Patrice Motsepe un flot d’injures et d’attaques. Le milliardaire rectifie rapidement le tir, explique que son but était simplement d’encourager le dialogue entre l’administration américaine et les entrepreneurs africains, avant de reconnaître qu’il n’avait pas à s’exprimer

au nom de qui que ce soit. Malgré ces excuses, la petite phrase continue de lui coller à la peau.

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BABA AHMADOU DANPULLO Cameroun 29

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De l’agriculture aux télécommunications en passant par l’élevage, l’immobilier ou encore la finance, la plus grosse fortune d’Afrique francophone (920 millions de dollars en 2019, selon Forbes) est aujourd’hui à la tête d’un empire qui ne cesse d’étendre ses tentacules. Son nouveau terrain d’action: la finance mobile. En juin, les médias locaux ont annoncé la création de la société Best Pay. Cette start-up dotée d’un capital de 500 millions de F CFA (762000 euros) entend fournir des services de paiement électronique. Alors qu’il est en conflit avec ses partenaires vietnamiens pour le contrôle de Nexttel, troisième opérateur de téléphonie mobile au Cameroun, l’homme d’affaires a fait une entorse à sa discrétion habituelle. Pour tenter de faire pencher en sa faveur l’arbitrage engagé par les autorités camerounaises, Baba Danpullo n’a pas hésité à plaider sa cause dans les médias. En attendant, la crise qui secoue Nexttel se répercute à l’intérieur de l’entreprise, où des grèves à répétition perturbent son bon fonctionnement.

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

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MASAI UJIRI Nigeria 17

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Ce Nigérian de tout juste 50 ans dirige l’équipe des Raptors de Toronto, qui a remporté l’année dernière le premier titre de NBA de son histoire. Fondateur du programme de formation Giants of Africa, destiné au Ghana, au Nigeria, au Kenya et au Rwanda, le manager continue de promouvoir les talents africains. Une politique qu’il applique à son propre club, où évoluent notamment le CongoloEspagnol Serge Ibaka et le Camerounais Pascal Siakam. Masai Ujiri est par ailleurs très impliqué dans la lutte contre le racisme et pour la représentation des Noirs dans le monde du basket. Il n’hésite pas à pointer du doigt le manque de diversité dans les postes de haut niveau au sein de la NBA.

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CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE Nigeria 19

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La mort de George Floyd, le 25 mai, à Minneapolis, a redonné un écho particulier à son roman Americanah, publié en 2013. Devenue une référence de la littérature

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nigériane, Chimamanda Ngozi Adichie, 42 ans, y évoque les questions d’identité culturelle, de racisme et de double culture. Depuis le succès de ce livre, elle fait entendre sa voix jusqu’aux États-Unis, où elle a été élue en 2017 à l’Académie américaine des arts et des sciences. La même année, elle est nommée parmi les 50 leaders du monde par le magazine Fortune, avant de publier Chère Ijeawele, un manifeste sur les grandes questions féministes. Pour son titre Flawless, la chanteuse américaine Beyoncé ira jusqu’à sampler une partie de son discours « We Should All Be Feminist », prononcé lors d’une conférence TEDx en 2012.

52 SALIF KEÏTA Mali 25

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Il avait marqué le début de 2019, année de ses 70 ans, par une série de concerts qui suivaient un album acclamé par la critique, Un autre blanc. Mais en novembre, dans une vidéo diffusée en live sur sa page Facebook et vue plusieurs centaines de milliers de fois, il chante une tout autre chanson. S’adressant au président Ibrahim Boubacar Keïta, il lui demande de cesser de se « soumettre » à Emmanuel Macron, accusé d’armer les jihadistes : « Tu n’es pas

au courant que c’est la France qui finance nos ennemis contre nos enfants ? » Ces propos complotistes ne sont pas nouveaux. Dans un entretien à Jeune Afrique datant de 2016, Salif Keïta affirmait déjà : « Qui a armé la rébellion ? Pour moi, Paris est en partie responsable. » L’impact de la vidéo de 2019 a été si fort que l’ambassade de France au Mali a réagi en dénonçant les propos « diffamatoires » du roi de la musique mandingue.

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KAKO NUBUKPO Togo 28

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Kako Nubukpo est, à 52 ans, un homme médiatique. Ses prises de position hostiles au franc CFA lui valent autant de partisans que de détracteurs. Mais que l’on applaudisse son audace ou que l’on vilipende son populisme, une chose est sûre : l’ancien ministre togolais de la Prospective est devenu, en quelques années, un acteur central du débat sur la réforme monétaire en cours en Afrique de l’Ouest. Cela lui a d’ailleurs valu d’être auditionné sur le sujet en septembre 2019 par le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui épaule le président Emmanuel Macron, ainsi que par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française à la fin

de juin. En désaccord avec les modalités du passage du franc CFA à l’eco (parité fixe par rapport à l’euro et maintien de la garantie française) proposées par Alassane Ouattara et son homologue français le 21 décembre à Abidjan, il milite pour un eco flexible avec un régime de ciblage de l’inflation pour les quinze membres de la Cedeao. Régulièrement consulté au sein des présidences africaines, il entend organiser, avant la fin de cette année, des états généraux de l’eco pour proposer une feuille de route qui guiderait les chefs d’État et les parlementaires de la Cedeao.

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BENEDICT ORAMAH Nigeria 29

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Promoteur du commerce comme outil de développement du continent, Benedict Oramah entend faire de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qu’il préside depuis septembre 2015, un acteur incontournable de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca). La banque a été mandatée par l’Union africaine pour mettre sur pied un mécanisme d’ajustement, doté de 5 milliards de dollars, pour aider les États à « gérer l’impact des pertes de recettes tarifaires résultant de la mise en œuvre de la


Trajectoire (Notée sur 30)

Zleca ». Le leader nigérian, réélu pour cinq ans à la mi-juin, peut se féliciter de la très nette croissance des crédits accordés au commerce africain durant son premier mandat : 30 milliards de dollars entre 2015 et 2019, dont environ la moitié pour les échanges intra-africains, passés de 3 % à 28 % du portefeuille de prêts d’Afreximbank.

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PAUL KAMMOGNE FOKAM Cameroun 20

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À plus de 70 ans, ce docteur en sciences de gestion devenu banquier est président d’Afriland First Group, holding bancaire basé en Suisse et implanté en Afrique, en France et en Chine. Il tire une bonne part de sa fortune de la Société africaine de participation (Sapa), un fonds de capital-risque qui participe à la création d’entreprises et grâce auquel il a un pied dans l’immobilier, les assurances ou la sécurité. Paul Fokam se positionne comme promoteur de l’autonomisation financière et économique du continent. En 2006 il crée le PK Fokam Institute of Excellence pour former des financiers africains. Sa fille, Rolande Kammogne, a fondé la chaîne panafricaine VoxAfrica. Paul Fokam

Notoriété

(Notée sur 30)

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

est surtout l’inventeur du modèle MC2 (microfinance communautaire de croissance), un réseau d’établissements de microfinance gérés de façon communautaire qu’il lance dans les années 1990. Il y voit un moyen de lutter contre la pauvreté, mais les MC2 ont aussi profité à sa banque. Aujourd’hui, l’homme d’affaires doit surtout faire face à une atteinte à la réputation de sa banque. Dans un rapport diffusé au début de juillet, l’ONG Global Witness et la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte (PPLAAF) en Afrique estiment qu’Afriland First Bank est liée à des fraudes en RD Congo. On parle de transactions douteuses en faveur de l’homme d’affaires israélien Dan Gertler et de ses associés, qui souhaitaient se soustraire aux sanctions américaines. La banque a porté plainte contre les auteurs du rapport.

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ABOUBAKER OMAR HADI Djibouti 20

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Ports, zones franches, aéroport, compagnie aérienne, corridors routiers, shipping… Aucun domaine visant à faire de Djibouti un nœud logistique mondial et polyvalent n’échappe à Aboubaker Omar Hadi, président de l’Autorité des ports et zones franches de Djibouti (DPFZA) depuis 2011. Formé à la prestigieuse université maritime de Malmö, ce sexagénaire, qui a dirigé le port de Tin Can Island (près de Lagos) pendant trois ans, œuvre tout particulièrement à la diversification de l’économie. Président de Great Horn Investment Holding (GHIH), la structure qui porte les investissements de l’État dans les infrastructures, il a signé au début de juillet un accord de coopération avec des entreprises chinoises d’une valeur de 2,5 milliards de dollars, comprenant la construction d’une raffinerie flottante sur le futur complexe pétrochimique de Damerjog, à la frontière somalienne. Administrateur à ce titre du Fonds souverain de Djibouti, lancé à la fin de juin, le dirigeant suit aussi le développement d’un projet éolien de 60 MW près du lac Assal, après avoir confié au français Engie, en 2019, la construction d’une centrale solaire de 30 MW.

D’APRÈS È LA PHOTO DE FELIX WONG/SOUTH CHINA MORNING POST VIA GETTY IMAGES

Influence

(Notée sur 40)

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MOHAMMED DEWJI Tanzanie 22

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Depuis son kidnapping très médiatisé en octobre 2018, le plus jeune milliardaire d’Afrique a revu ses priorités tant sur le plan professionnel que sur le plan personnel. Celui qui avait initialement pour ambition d’étudier la théologie, puis d’exercer à

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

Wall Street, avant d’hériter de l’entreprise familiale, déclare avoir « perdu son appétit » pour les affaires. Malgré tout, les activités du groupe MeTL, présent dans une dizaine de pays dans les domaines de l’agriculture, de l’assurance, des transports, de la logistique ou encore de l’agroalimentaire, semblent loin d’être ralenties avec la future ouverture d’une usine de détergent au Kenya ou celle d’une usine de fabrication de boissons en Ouganda. Depuis son élection en tant que député de Singida, beaucoup s’interrogent sur une éventuelle candidature du milliardaire à la présidentielle de 2025. La réponse de l’intéressé est claire: il n’a aucune ambition politique…

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MIKE ADENUGA Nigeria 28

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Éternel challenger d’Aliko Dangote, Michael Adeniyi Agbolade Ishola Adenuga Jr est milliardaire et nigérian, comme son rival, et a bâti l’essentiel de sa fortune dans le secteur pétrolier, notamment avec sa société d’exploration Conoil. À 67 ans, il règne aussi sur le deuxième opérateur mobile du Nigeria, Globacom. Diplômé de la Pace University de New York, ce père de sept enfants occupait au début de 2020 la troisième place du classement des milliardaires africains,

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derrière les inamovibles Aliko Dangote et Naguib Sawiris, avec une fortune estimée à 7,7 milliards de dollars selon Forbes.

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ISSAD REBRAB Algérie 25

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L’année 2019 aura été annus horribilis pour le PDG du groupe Cevital. Incarcéré pendant six mois pour une affaire de surfacturation et d’infraction à la législation relative au mouvement de capitaux – qu’il conteste –, il est condamné en janvier dernier à dix-huit mois de prison, dont six mois ferme. Discret depuis sa remise en liberté, cet industriel d’origine kabyle n’en est pas moins actif au sein du groupe qu’il dirige avec ses trois fils et sa fille. Les ennuis judiciaires de ce patriarche de 76 ans n’ont pas empêché le conglomérat qu’il a créé en 1998 de maintenir sa position de leader. Premier groupe privé en Algérie, Cevital affiche un chiffre d’affaires de près de 4 milliards d’euros. Estimée, quant à elle, à 3,4 milliards d’euros, la fortune personnelle d’Issad Rebrab fait de lui l’homme le plus riche d’Algérie et le sixième d’Afrique. La chute du régime du président Bouteflika, à l’origine des blocages de nombreux projets de Cevital, constitue une opportunité pour la famille Rebrab de diversifier ses activités.

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ACHA LEKE Cameroun-Afrique du Sud 35

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Président Afrique de McKinsey et membre depuis mai du Shareholders Council – une sorte de conseil d’administration au sein du cabinet de conseil américain –, Acha Leke, 47 ans, est un consultant qui compte sur le continent. Son mantra auprès des investisseurs : les économies africaines regorgent de potentiel. En cette période de coronavirus, il appelle à une collaboration plus étroite entre les gouvernements, le secteur privé et les institutions internationales. Entré chez McKinsey il y a plus de vingt ans, diplômé de la Georgia Tech et de l’Université Stanford, aux États-Unis, et résidant en Afrique du Sud, Acha Leke a développé un vaste réseau parmi les gouvernants et les hommes d’affaires, en Afrique et dans le monde, Aliko Dangote en tête. Il conseille aussi les gouvernements, comme celui du Sénégal, pour lequel McKinsey a aidé à établir le plan d’émergence en cours. Proche de sa compatriote Vera Songwe, secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies, il est membre, comme elle, de l’équipe de réforme institutionnelle de l’Union africaine mise

en place par Paul Kagame, et de l’African Leadership Network. Il a par ailleurs cofondé l’African Leadership Academy, une institution implantée à Johannesburg visant à former les leaders africains de demain, et plus récemment l’African Leadership University, avec des campus à Maurice et au Rwanda.

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CARLOS LOPES Guinée-Bissau 20

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« Après tout ce que le pays a enduré, il a le droit à un peu de répit de la part de ceux qui aiment “juger” et “évaluer”. Laissez le Rwanda tranquille ! » Le 4 juillet, par ce tweet publié à l’occasion de la fête de la Libération et illustré de photos montrant la transformation de la capitale, Kigali, Carlos Lopes a une nouvelle fois défendu le bilan du président Kagame. L’économiste bissau-guinéen est un fervent défenseur du chef de l’État rwandais, qui l’a nommé en 2016 parmi les membres de la commission de réforme de l’Union africaine (UA). Très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’ex-secrétaire général de la Commission des Nations unies pour l’Afrique milite plus largement pour que le continent devienne un acteur plus écouté au sein de la communauté


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

Notoriété

(Notée sur 30)

(Notée sur 30)

internationale. Désigné en 2018 représentant de l’UA pour les négociations avec l’Union européenne, il n’hésite pas à dénoncer des accords commerciaux qu’il estime trop peu favorables aux pays africains. Enseignant à l’Université du Cap, en Afrique du Sud, il donne aussi des cours aux étudiants de Sciences Po-Paris. En parallèle, il trouve le temps de conseiller plusieurs États comme le Togo ou Djibouti, mais aussi des institutions telles que la Banque arabe pour le développement économique en Afrique.

SALIM ABDOOL KARIM Afrique du Sud 18

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CLARE AKAMANZI Rwanda 10

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Directrice depuis 2017 du très influent Rwanda Development Board (RDB), l’agence gouvernementale chargée d’attirer les investisseurs étrangers, Clare Akamanzi est, à 41 ans, l’une des principales figures du milieu des affaires au Rwanda. Cheville ouvrière de la campagne Visit Rwanda, qui fait la promotion d’un tourisme de luxe au Pays des milles collines, elle a notamment œuvré pour les contrats de sponsoring signés avec le club de football anglais Arsenal, en 2018, et avec celui du Paris Saint Germain (PSG), conclu en décembre 2019. Ancienne négociatrice du Rwanda à

D’APRÈS LA PHOTO DE MATTHEW HENNING/CAPRISA

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Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

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S’il n’a acquis une notoriété mondiale qu’à la faveur de la pandémie de coronavirus, le Dr Salim Abdool Karim, qui vient tout juste de fêter ses 60 ans, est depuis longtemps une sommité en Afrique du Sud et au sein de la communauté scientifique internationale. Épidémiologiste, il s’est d’abord distingué dans la recherche sur le VIH, au point d’être nommé à la tête du panel d’experts de l’Onusida. Une première consécration qui venait récompenser le travail effectué aux côtés de Quarraisha Abdool Karim, son épouse, mais également de son ancien camarade d’université Zweli Mkhize, aujourd’hui ministre de la Santé. C’est le Covid-19 qui les réunit au printemps 2020 : lorsqu’il met sur pied un conseil scientifique chargé de guider la riposte du gouvernement, le ministre fait logiquement appel à son prestigieux camarade. Salim Abdool Karim devient, dès lors, l’un des principaux visages de la lutte contre le Covid en Afrique du Sud Sud,et et sur le continent. Sans langue de bois, il est le premier à prédire, alors que beaucoup croient encore que l’Afrique ne sera que peu touchée par le virus, que le pic de la pandémie pourrait ne survenir qu’en septembre. Et répète dans les médias que ses concitoyens doivent s’habituer à l’idée de vivre durablement avec le Covid.

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ENQUÊTE

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l’Organisation mondiale du commerce (OMC), passée entre 2016 et 2017 par la Strategy and Policy Unit (SPU), cellule centrale de la présidence rwandaise chargée de conseiller le chef de l’État, elle est, depuis le début de mai, membre du conseil d’administration de la nouvelle Fondation de l’Organisation mondiale de la santé.

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menacé par un mandat d’arrêt en 2017, il est rentré en Mauritanie au début de l’année, le nouveau président Mohamed Ould El Ghazouani ayant mis un terme aux poursuites à son encontre, avant de lui permettre de relancer les activités de ses différentes sociétés et notamment de son pilier bancaire, la Générale de banque de Mauritanie.

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MOHAMED OULD ONS JABEUR BOUAMATOU Tunisie

Mauritanie 26

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À 67 ans, Mohamed Ould Bouamatou est l’homme d’affaires le plus connu et peut-être le plus riche de Mauritanie. Parti de la boulangerie, il a étendu ses activités commerciales à la confiserie, aux cigarettes, à la téléphonie, au transport aérien, à l’assurance, aux médias et à la banque. Sa fortune lui a permis de se poser en une sorte de George Soros africain, distribuant généreusement des fonds aux mosquées, aux ONG, et finançant l’hôpital ophtalmologique de Nouakchott ou la rénovation du lycée français. Il a aussi aidé la grande majorité des partis politiques. En 2009, il a financé la campagne présidentielle victorieuse de son cousin (tribu des Ouled Bousbaa), le général Mohamed Ould Abdel Aziz, avec lequel il s’est brouillé en 2010. Exilé au Maroc puis

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Un dernier coup droit gagnant et elle lève fièrement le poing vers le ciel. Le 26 janvier, Ons Jabeur bat la Chinoise Qiang Wang en huitièmes de finale de l’Open d’Australie et devient la première tenniswoman arabe à atteindre les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem. Elle s’inclinera deux jours plus tard face à Sofia Kenin, futur vainqueur de la compétition. La 39e joueuse mondiale a commencé à jouer au tennis dès l’âge de 3 ans. Double championne d’Afrique des moins de 16 ans, elle fut également médaillée d’or des premiers Jeux africains de la jeunesse, en 2010. À la suite de sa performance en Australie en janvier, Kaïs Saïed, le président tunisien, l’a qualifiée « d’exemple pour les femmes et pour les jeunes ».

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FELWINE SARR Sénégal 15

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Découvert par le grand public grâce au succès de son essai Afrotopia en 2016, le Sénégalais de 47 ans est devenu une figure incontournable du paysage intellectuel continental. Depuis octobre 2016, Felwine Sarr organise dans son pays, avec le Camerounais Achille Mbembe, les Ateliers de la pensée, qui réunissent chaque année un vaste panel d’écrivains et d’universitaires africains et de la diaspora afin de « tracer de nouveaux chemins dans la pensée et dans la pratique, et de scruter le présent et le futur de notre monde à partir de l’Afrique ». Touche-à-tout assumé, cet économiste de formation est à la fois universitaire (il dirige l’UFR civilisations, religions, art et communication de l’université Gaston-Berger, à SaintLouis), musicien, écrivain, éditeur… En 2018, Emmanuel Macron a fait appel à lui pour mener, avec l’historienne de l’art Bénédicte Savoy, une mission d’étude sur la restitution aux pays d’origine du patrimoine culturel africain. Leur rapport a fait l’objet de nombreuses critiques et tardait à déboucher sur des décisions concrètes. Jusqu’à ce mois de juillet, lorsque le gouvernement

français a présenté un projet de loi qui prévoit un transfert de propriété concernant le sabre d’Omar Saïdou Tall, déjà restitué aux Sénégalais sous forme de prêt, et le transfert des œuvres béninoises exposées au Quai Branly dès que sera achevée la construction du musée d’Abomey, qui doit les accueillir.

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ABDELMADJID ATTAR Algérie 25

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Homme du sérail, ancien PDG de Sonatrach (19971999), Abdelmadjid Attar, 74 ans, a pris les commandes du ministère algérien de l’Énergie à la suite du remaniement gouvernemental partiel annoncé à la fin de juin, dans l’urgence de la crise du Covid-19. Fin connaisseur du secteur, ce géologue de formation a passé l’essentiel de sa carrière au sein de la compagnie pétrolière publique avant de lancer son cabinet de conseil et d’études dans le domaine des énergies, au début des années 2000. Déjà ministre des Ressources en eau en 2002, il gérera cette fois un portefeuille hautement stratégique. Lors de sa prise de fonctions, ce natif de Sétif a reconnu que le « secteur de l’énergie ne [pouvait] pas poursuivre avec la même organisation et les mêmes objectifs »,


Influence

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Trajectoire (Notée sur 30)

Notoriété

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Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

estimant que « l’économie nationale [devait] oublier la rente pétrolière et travailler sur la production de nouvelles richesses à moyen terme ».

San Diego Union-Tribune, après avoir acquis le très populaire club de basket des Los Angeles Lakers. Président de trois organisations à but non lucratif, dont la Fondation de la famille Chan Soon-Shiong qui vise à éliminer les disparités de l’accès aux soins de santé, il s’est engagé à donner au moins la moitié de sa richesse à des œuvres philanthropiques.

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PATRICK SOON-SHIONG Afrique du SudChine 15

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Né et élevé en Afrique du Sud par des parents chinois qui avaient fui l’invasion japonaise, Patrick Soon-Shiong vit aujourd’hui à Los Angeles et a acquis la nationalité américaine. Ce chirurgien, chercheur et philanthrope de 68 ans a inventé et développé l’Abraxane, un médicament pour le traitement des cancers du sein, du poumon et du pancréas. Pionnier de nouvelles thérapies, auteur de centaines d’articles scientifiques et de brevets dans le monde entier, le docteur allie rigueur scientifique et sens des affaires. De 1997 à 2010, il est à la tête de deux sociétés pharmaceutiques : American Pharmaceutical Partners et Abraxis BioScience. La vente de la première, en 2008, fait de lui un milliardaire. Il y a un an, Patrick Soon-Shiong s’est offert un groupe de presse en déclin pour 500 millions de dollars. Il est ainsi le nouveau propriétaire du Los Angeles Times et du

APOLLINAIRE COMPAORÉ

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Burkina Faso 28

NADIA FETTAH Maroc 21

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Sa nomination, en octobre 2019, dans le gouvernement de Saadeddine El Othmani, en tant que ministre du Tourisme, de l’Artisanat, du Transport aérien et de l’Économie sociale, fut une surprise. Celle qui était alors la patronne de Sanlam Panafrica General Insurance avait également été présidente du conseil d’administration de Saham Assurance et directrice générale déléguée de Saham Finances. Parmi ses faits d’armes, une offensive remarquée dans le secteur de l’assurance sur le continent, avec des acquisitions au Nigeria, en Angola ou encore au Rwanda. Nadia Fettah, qui a su se faire une place dans l’univers de la finance, un domaine particulièrement masculin, est également parvenue à obtenir un portefeuille gouvernemental stratégique. La jeune femme est volontiers décrite par son entourage comme « dynamique », « passionnée » et « avide de défis ». Des qualités qui ne seront pas de trop pour relever le secteur du tourisme marocain, qui traverse l’une des plus graves crises de son histoire.

D’APRÈS LA PHOTO DE MAP/AICP

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Malgré une année 2020 mouvementée en raison de la crise sanitaire, l’influent patron du groupe Planor Afrique réaffirme son intention de poursuivre ses investissements dans les télécoms et la banque. Plus de 55 milliards de F CFA (84 millions d’euros), dont la moitié sera débloquée cette année, sont nécessaires au renouvellement de la licence 4G de Telecel Faso, qui s’apprête à lancer Telecel Money, son service de mobile banking. Chez le voisin malien, Apollinaire Compaoré entend investir près de 150 milliards de F CFA pour développer Télécel Mali, qui a atteint le cap du million d’abonnés. Cette somme servira également à l’ouverture de deux filiales bancaires. Le sexagénaire, par ailleurs patron des patrons burkinabè, étudie aussi l’option de

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

lancer Wendkuni Bank International hors des frontières du pays. D’après nos informations, le Mali et la Côte d’Ivoire sont notamment dans sa ligne de mire.

ANAS AREMEYAW ANAS Ghana 14

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Le journaliste d’investigation le plus célèbre du Ghana a encore frappé. Après son documentaire sur la Confédération africaine de football (CAF), son enquête sur la corruption du secteur minier ou encore son travail sur le système judiciaire ghanéen, l’homme qui se cache derrière un voile de perles a révélé au début de juillet une escroquerie liée à l’épidémie de Covid-19. Dans un reportage diffusé sur BBC News, Anas Aremeyaw Anas a infiltré un réseau de médecins ghanéens qui prétendaient disposer d’un remède miracle. Après analyse, il s’est avéré que les produits vendus, outre leur inefficacité, ne répondaient pas aux normes sanitaires et pouvaient provoquer des maladies graves. Acclamé pour ses enquêtes réalisées en caméra cachée, le journaliste masqué compte bien continuer à révéler les dérives de la société ghanéenne, et notamment celles de ses élites.

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VIRGIL ABLOH Ghana 10

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Difficile de résumer Virgil Abloh en une seule étiquette. Recruté en 2018 par la vénérable maison Vuitton, soucieuse de dépoussiérer son image, le créateur travaille aussi avec plusieurs stars du sport et certains des musiciens les plus en vue de la scène hip-hop, quand il n’inonde pas les réseaux sociaux. À 39 ans, il gère également avec succès sa marque de prêt-à-porter Off White. Pour 2020, il vient de présenter chez Louis Vuitton la collection LV2, conçue avec un autre créateur star, le Japonais Nigo. Tout semble donc aller pour le mieux, et pourtant, depuis quelques mois, Virgil Abloh multiplie en parallèle les bad buzz. Choisi pour réaliser la pochette de l’album posthume du rappeur américain Pop Smoke, assassiné en février, il s’est attiré une avalanche de critiques, son travail ayant été jugé bâclé. Les attaques ont pris une ampleur supplémentaire lorsqu’un designer a reproché à Abloh d’avoir plagié son travail, au point que les fans de Pop Smoke ont lancé une pétition pour que la pochette de l’album soit modifiée. Pis: lorsque le mouvement Black Lives Matter a commencé à prendre de l’ampleur, le créateur a cru bon de signaler sur les réseaux sociaux qu’il

avait – comme d’autres stars telles que Beyoncé ou Rihanna – fait un don pour la cause. Problème, le don en question s’élevait à… 50 euros, ce qui a provoqué la fureur de certains, au point que des magasins distribuant les produits Off White ont été vandalisés lors des manifestations. Depuis, Virgil Abloh a corrigé le tir en précisant qu’il avait versé de l’argent sous d’autres formes. Et a allumé un contre-feu en mettant aux enchères sur internet une paire de baskets Off White spécialement conçue pour l’occasion, toujours au bénéfice du mouvement militant. Histoire de redorer un blason légèrement écorné.

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ALAA ABDEL FATTAH Égypte 15

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On le surnomme l’icône de la révolution de 2011. Militant des droits de l’homme de longue date, ce blogueur et informaticien de 38 ans s’est depuis engagé dans la lutte contre la torture des prisonniers politiques. Car son activisme lui attire de nombreux ennuis. Il a été emprisonné sous Hosni Moubarak en 2004, puis en 2011 durant la période de transition brutale qu’a connue le pays quand le maréchal Tantawi en était à la tête, puis après l’élection à la présidence de Mohamed Morsi, en 2012. Après le coup d’État de

juillet 2013 dirigé par Abdel Fattah al-Sissi, sa situation prend une tournure encore plus alarmante. Alaa Abdel Fattah est emprisonné en 2014 pour cinq ans pour avoir protesté contre une loi limitant le droit de manifester en Égypte. Après avoir purgé sa peine, il est placé sous contrôle judiciaire et doit retourner chaque soir au poste de police de Dokki, au Caire, pour y passer la nuit. Le dimanche 29 septembre 2019, il n’en ressort pas, victime d’une vaste campagne d’arrestations lancée par le régime après une mobilisation contre le président Sissi.

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YÉRIM SOW Sénégal 24

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Discret mais incontournable. S’il n’aime guère se mettre en avant ni communiquer, Yérim Habib Sow, 53 ans, n’en est pas moins omniprésent dans le monde des affaires en Afrique de l’Ouest. D’abord centré sur les télécoms, son groupe Teyliom s’est peu à peu mué en un holding diversifié actif aussi bien dans la banque que dans la logistique, l’agro-industrie, l’immobilier ou encore l’hôtellerie. Au début de la pandémie de Covid-19, Teyliom s’est allié à CSE (Compagnie sahélienne d’entreprises) et à Free Sénégal (dont Yérim Sow est actionnaire aux côtés du Malgache Hassanien Hiridjee et du


Influence

Trajectoire

(Notée sur 40)

(Notée sur 30)

Notoriété

(Notée sur 30)

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

Français Xavier Niel) pour faire don de 450 millions de F CFA (686 000 euros) au ministère sénégalais de la Santé. La période a pourtant apporté son lot de difficultés au groupe, qui a dû mettre plusieurs chantiers en sommeil, dont celui du siège de la filiale ivoirienne de l’opérateur MTN, que le groupe Teyliom construit près de l’aéroport d’Abidjan. Les télécoms, encore et toujours.

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JAMES MWANGI Kenya 24

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HASSANEIN HIRIDJEE Madagascar

D’APRÈS LA PHOTO DE ERIC LEFEUVRE/AXIAN

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S’il figurait déjà parmi les 100 Africains les plus influents en 2019, Hassanein Hiridjee, 44 ans, progresse fortement cette année grâce à une actualité très riche. Le groupe familial Axian, qu’il dirige depuis 2015, a lancé à la fin de juin un réseau de téléphonie mobile 5G à Madagascar, confortant son statut de leader national des télécommunications. Il est également actif dans ce secteur au Sénégal et au Togo, pariant à terme sur une concentration continentale des opérateurs mobiles. Présent dans la banque, la distribution, l’immobilier et l’agroalimentaire, Axian intervient aussi dans le secteur de l’énergie, avec de vastes projets d’électrification en Ouganda et au Mali. À la fin de 2019, le groupe a par ailleurs ouvert à Antananarivo NextA, un incubateur de start-up inspiré de la Station F, à Paris, du milliardaire Xavier Niel.

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En 2012, James Mwangi est entré dans l’Histoire en devenant le premier Africain désigné entrepreneur de l’année par Ernst & Young. C’est lui qui a sorti Equity Bank de la faillite, à son arrivée, en 1993, pour en faire le premier établissement financier d’Afrique de l’Est. Au premier trimestre 2019, Equity Group Holding Ltd comptait près de 12,4 millions de clients en Afrique de l’Est. Après avoir ouvert la banque au plus grand nombre, ce multimillionnaire (sa fortune personnelle est estimée à environ 50 millions d’euros) a lancé sa propre fondation pour envoyer ses jeunes compatriotes les plus méritants dans les meilleures universités du monde. Plus de 1200 étudiants kényans ont déjà bénéficié de ce programme.

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Ouganda 20

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« Activist & Organizer »: c’est ainsi que Vanessa Nakate, Ougandaise de 23 ans, se présente sur son compte Twitter. La jeune femme diplômée en marketing se consacre quasi exclusivement à la cause environnementale. C’est paradoxalement en étant « invisibilisée » qu’elle a gagné en notoriété. En 2019, lors du Forum de Davos, en Suisse, elle donne une conférence sur l’urgence climatique aux côtés de jeunes activistes, parmi lesquels la célèbre Suédoise Greta Thunberg. Sur une image publiée par l’agence

Associated Press, elle est exclue du cadre : seuls les jeunes militants occidentaux sont visibles. Nakate s’indigne, Thunberg la soutient. Les médias ougandais et internationaux (Al Jazeera, The Guardian…) lui tendent le micro. Son engagement remonte à 2018. « J’avais des lectures théoriques d’un côté. De l’autre je découvrais les retombées du réchauffement climatique sur les populations de mon pays », explique-t-elle au téléphone à Jeune Afrique. Durant le printemps 2019, elle se rend régulièrement – seule – sur la Jinja Road, à proximité du Parlement à Kampala, pancartes écolos en mains. Investie dans différents projets, comme l’installation de panneaux solaires dans des

écoles rurales, elle fonde le Rise Up Movement, qui rassemble de jeunes militants dans une dizaine de pays du continent. Le mouvement mène deux campagnes pour défendre le Parc national de Nairobi, au Kenya, et la forêt du bassin du Congo, menacée par l’exploitation forestière et minière. Le ton calme et posé de Nakate porte un discours tranché. « On peut se poser la question de savoir si le capitalisme et l’écologie sont compatibles. Nous, habitants du Sud, nous le savons: les investissements du Nord sont souvent synonymes d’augmentation d’émissions de CO2 », nous dit-elle. Plus que les jeunes militants européens, Nakate relie la protection de l’environnement aux droits économiques et au respect des populations indigènes. « En RD Congo notamment, les premières victimes de la déforestation sont les habitants des forêts », insiste-t-elle. Droits des femmes et défense de l’environnement vont aussi de pair pour elle: « Les changements climatiques affectent les plus fragiles, parmi lesquels les femmes, dont les travaux aux champs sont compliqués par les sécheresses, par exemple. » Nakate conclut par son mantra: « Mon ambition, c’est d’affirmer que l’Afrique a une voix, qu’elle peut raconter sa propre histoire climatique. »

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D’APRÈS LA PHOTO DE ISAAC KASAMANI / AFP

VANESSA NAKATE


Influence

(Notée sur 40)

Trajectoire

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ENOCH ADEBOYE Nigeria 12

12

Notoriété

(Notée sur 30)

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Ancien mathématicien devenu homme de Dieu, Enoch Adeboye accueille des foules de fidèles venus du monde entier dans sa célèbre Redeemed Christian Church of God (RCCG) de Lagos, qui recense près de 2 000 paroisses dans tout le Nigeria et possède aussi des milliers de maisons, des routes, des banques et des supermarchés. Né en 1942 au sein d’une famille très pauvre, le pasteur le plus célèbre du Nigeria aspire à révolutionner le concept même d’Église en créant différentes structures religieuses, et ce à l’échelle internationale. La RCCG compte déjà plusieurs Églises sur le continent, notamment en Côte d’Ivoire, en Afrique du Sud ou encore au Ghana. En Europe, c’est en France, au Royaume-Uni et en Allemagne qu’elle s’est installée, après son succès aux États-Unis et dans les Caraïbes. À l’aide de son épouse, Folu, il dirige également la Redeemer’s High School, créée en 1998, qui accueille des centaines de fils de pasteurs et de missionnaires dont l’admission s’appuie sur le mérite. En début d’année, le pasteur avait confié avoir reçu un message céleste lui informant qu’il y aurait des « vacances obligatoires

(Notée sur 30)

dans le monde entier à travers une peste pour prouver que Dieu est le tout-puissant ». Le Covid19 serait-il cette peste?

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MANAL ROSTOM Égypte 20

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Capable de gravir le Kilimandjaro, de faire de la plongée sous-marine, du cyclisme ou de courir le marathon de New York couverte d’un hijab – une première –, Manal Rostom est, à 40 ans, une athlète accomplie. Cette Égyptienne qui a grandi au Koweït est par ailleurs diplômée de pharmacologie et vit désormais à Dubaï. Égérie de Nike, Manal Rostom est par ailleurs considérée comme un modèle d’émancipation pour les femmes musulmanes. Elle est devenue une influenceuse grâce à son groupe Surviving Hijab, largement suivi sur Facebook, destiné à soutenir les femmes voilées qui s’estiment victimes d’une forte stigmatisation.

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AZIZ MEBAREK Tunisie 21

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Pionnier du capital-investissement avec AfricInvest, créé en 1994, le diplômé de l’École des ponts-ParisTech surgit toujours

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

là où on ne l’attend pas. En partenariat avec la société de gestion Cathay Capital, Aziz Mebarek, 57 ans, a lancé en 2019 un fonds de 150 millions d’euros à destination des jeunes pousses africaines. Jusqu’ici, les actifs gérés par AfricInvest, 1,3 milliard d’euros, étaient investis dans les secteurs traditionnels de la construction et du commerce. Avec ce nouveau véhicule, l’entreprise s’aventure pour la première fois dans l’économie numérique. Mais, pour le Tunisien, c’est autant un pari financier qu’un choix philosophique, celui de proposer un fonds panafricain pour les entrepreneurs continentaux. L’ancien dirigeant du sidérurgiste Tunisacier a su s’adapter à la nouvelle économie tout en cultivant la même discrétion. Il s’échine maintenant à identifier les nouvelles opportunités à saisir dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

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MAHAMADOU BONKOUNGOU Burkina Faso 19

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Le discret homme d’affaires burkinabè a réussi, en une trentaine d’années, à conférer une stature internationale à son groupe, Entreprises Bonkoungou Mahamadou et fils (Ebomaf), qui emploie plus de 3000 personnes dans six pays d’Afrique de l’Ouest. En

plus de son pays d’origine, où il a notamment eu la charge des chantiers de viabilisation du projet Zaca – une zone immobilière – et de la route Koudougou-Dedougou, ce champion du BTP parvient à décrocher des marchés dans plusieurs pays voisins. En juin, Ebomaf a ainsi signé avec le gouvernement togolais deux contrats pour la réalisation d’infrastructures routières et de drainage des eaux dans le sud du pays. La réussite du groupe a permis à son fondateur de tisser des liens étroits avec plusieurs chefs d’État de la région. En plus des travaux publics, l’homme d’affaires est actif dans l’immobilier, l’hôtellerie, le secteur bancaire et le transport aérien à travers sa compagnie de jets privés Liza Transport international.

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MOUSTAPHA SANALLA Libye 22

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Le président de la Compagnie nationale pétrolière (NOC) libyenne est quasiment le seul élément de stabilité du pays. Nommé en mai 2014, au moment même où le pays se scindait en deux politiquement et militairement, l’ingénieur en chimie de 59 ans a survécu à toutes les crises, tapant du poing sur la table quand il le jugeait nécessaire. Dernière sortie en

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ENQUÊTE

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date, sa colère, à la fin de juin, contre la présence de mercenaires russes dans le Sud empêchant la reprise normale de la production du champ de Sharara, le plus important du pays. Moustapha Sanalla se sait indispensable depuis qu’il a réussi à maintenir l’unité de la NOC quand celle-ci était convoitée par les autorités de l’Est et de l’Ouest. Épaulé par la Banque centrale, l’homme à la barbe poivre et sel a maintenu la distribution de la manne pétrolière sur tout le territoire, y gagnant la « protection » des États-Unis. Né à Benghazi mais originaire d’une famille de Misrata, Moustapha Sanalla a ses entrées partout en Libye.

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TOURIA EL GLAOUI Maroc 20

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La dernière édition physique de la foire d’art contemporain africain 1-54 s’est tenue à Marrakech, à la fin du mois de février. Quelques jours plus tard, de nombreux pays optaient pour le confinement de leur population. Mais il faudrait plus qu’une crise sanitaire mondiale pour que Touria El Glaoui, créatrice de l’événement en 2013 et fille du peintre Hassan El Glaoui, renonce à ses projets. En raison du coronavirus, la foire prévue à

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New York en mai a eu lieu en ligne. Et, depuis quelques semaines, 1-54 propose chaque mercredi un webinaire consacré à des thématiques liées à l’art contemporain. Pour l’heure, sauf dégradation des conditions sanitaires, la foire – qui attire chaque année 18 000 visiteurs –, devrait bien se tenir comme prévu au début d’octobre à Somerset House (Londres). Un rendez-vous attendu par le milieu de l’art contemporain africain et auquel Touria El Glaoui sait offrir sa chaleur, son enthousiasme et son professionnalisme.

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JÉRÔME MUNYANGI RD Congo 15

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Ce médecin de 35 ans, spécialiste de l’artemisia, s’est réfugié en France en mars 2019, déclarant faire l’objet de pressions en RD Congo. À Paris, il continue de vanter les bienfaits de la plante médicinale pour soulager les malades du paludisme. Sitôt connus les premiers cas de coronavirus, il fait partie des chercheurs suggérant de tester la plante contre la maladie, adressant courriers et notes détaillées à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à l’Union africaine et à l’ensemble des pays du continent. Ce qui lui vaut finalement d’être rappelé au pays par le président

Félix Tshisekedi. De retour à Kinshasa, il intègre la task force présidentielle chargée de lutter contre la pandémie, et sa notoriété devient vite internationale. Il dirige depuis le mois de juin le tout premier essai clinique randomisé dans le but de démontrer que le principe actif de l’artemisia peut être bénéfique face au Covid-19.

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DAVID ADJAYE GhanaRoyaume-Uni 21

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La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a coïncidé avec le premier anniversaire du retour de David Adjaye à Accra, au Ghana. Le « starchitecte » de 53 ans a mis à profit cette situation pour se replonger dans l’histoire du pays dont il est originaire. En 2019, celui qui regrettait que le Royaume-Uni ne dispose d’aucun musée « consacré à la culture africaine » a fait sensation à la Biennale de Venise en concevant le pavillon du Ghana pour accueillir les œuvres des pointures de l’art contemporain que sont ses compatriotes Ibrahim Mahama, El Anatsui et John Akomfrah. Sir David Adjaye, qui a installé ses bureaux à Londres, à New York et à Berlin, rencontre le succès aux quatre coins du globe. En janvier 2020, il signait à Los Angeles

l’architecture de l’enseigne The Webster, tout en courbes de béton rose.

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TIKEN JAH FAKOLY Côte d’Ivoire 17

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Il n’est plus monté sur scène depuis plusieurs semaines à cause du coronavirus. Sa voix, pourtant, Tiken Jah Fakoly continue de la faire entendre. Du haut de ses 52 ans, le reggaeman ivoirien est toujours un leader écouté et suivi par la jeunesse africaine francophone. À la mi-mai, il diffusait un nouveau clip pour sensibiliser les populations aux gestes barrières contre le Covid19. Mais c’est surtout sur le terrain politique que Tiken Jah Fakoly continue de distiller ses messages, comme il le fait depuis plus de vingt ans. À la fin de 2019, son duo Troisième dose-Amoulanfé avec le rappeur sénégalais Didier Awadi devenait l’un des hymnes du mouvement de contestation populaire contre le troisième mandat du président Alpha Condé, en Guinée. Plus récemment, celui qui avait été contraint de fuir la Côte d’Ivoire en 2003 et de s’installer en exil à Bamako s’est prononcé sur l’élection présidentielle incertaine d’octobre dans son pays. Dans une vidéo publiée le 24 juin sur sa page Facebook, suivie par près de 2 millions de


Trajectoire (Notée sur 30)

personnes, il appelait ses compatriotes à barrer la route à Alassane Ouattara, à Laurent Gbagbo et à Henri Konan Bédié, estimant que « leur temps [était] passé » et qu’ils devaient maintenant transmettre le témoin à une nouvelle génération.

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REBECCA ENONCHONG Cameroun 15

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C’est en tant qu’entrepreneure que Rebecca Enonchong, 53 ans, s’est fait un nom dans l’écosystème mondial des nouvelles technologies. Mais l’aura de la fondatrice d’AppsTech (fournisseur de logiciels de gestion) a depuis dépassé les frontières de la tech. Au Cameroun, cette originaire du Nord-Ouest anglophone est aussi l’une des voix du combat contre les injustices sociales. En 2017, elle a porté à bout de bras la mobilisation #BringBackOurInternet, après que le gouvernement eut coupé l’accès à internet dans les régions anglophones en proie à une importante crise sociopolitique. Depuis lors, Rebecca Enonchong n’hésite pas à se servir de son audience grandissante (plus de 105 000 abonnés sur Twitter) pour dénoncer les injustices dans son pays. ActiveSpaces, l’incubateur de start-up qu’elle a lancé au Cameroun, continue d’étendre son

Notoriété

(Notée sur 30)

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

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ROBERT SHUTER Afrique du Sud 22

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En mars, Rob Shuter pensait pouvoir attaquer sereinement sa dernière année en tant que patron du groupe sud-africain MTN. Grâce à son arrivée, en 2017, en provenance de Vodafone, le premier opérateur mobile du continent en nombre de clients avait mis un terme à son différend avec les autorités du Nigeria en payant une amende record de 1,5 milliard de dollars, mais aussi amélioré sa rentabilité et annoncé son recentrage sur ses activités essentielles. Une restructuration aux accents financiers qui n’a pas surpris de la part de celui qui, après avoir commencé sa carrière dans l’audit au sein de Deloitte, a ensuite occupé des postes de premier plan chez Standard Bank et Nedbank. Mais il était écrit que le passage de Rob Shuter au sein de MTN, dirigeant aussi discret qu’efficace, serait marqué par des événements exceptionnels. À la suite de la crise du coronavirus, ce fan de randonnée a pris la décision de réduire de 20 % les investissements de son groupe cette année. Il préserve ainsi sa capacité à investir en Éthiopie s’il parvient à y décrocher une licence. Un dossier dont il n’est pas sûr de voir le dénouement avant la date de son départ, prévu en mars.

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D’APRÈS LA PHOTO DE CHRIS RATCLIFFE/BLOOMBERG

Influence

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ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

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WILLIAM KENTRIDGE Afrique du Sud 10

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Âgé de 65 ans, l’artiste sud-africain William Kentridge est le créateur d’une œuvre monumentale et protéiforme. Ses installations exposées partout dans le monde font intervenir à peu près tous les arts: dessin, danse, musique, cinéma,

sculpture, performance, théâtre… Universel, son travail s’enracine dans la réalité de son pays, où il est très impliqué auprès des jeunes artistes. Le racisme et l’apartheid, l’exploitation de l’homme par l’homme, la (dé)colonisation, la politique et la violence innervent une démarche qui reste pourtant empreinte d’humour et de poésie. Fils de l’avocat Sydney Kentridge, qui défendit Nelson Mandela lors du fameux « procès de la trahison » dans les années 1960, William Kentridge continue de travailler dans ses ateliers de Johannesburg. Il bénéficie cette année, pour la première fois en France, d’une

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MOHAMED EL KETTANI 17

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En presque treize ans, Mohamed El Kettani a réussi à hisser la filiale bancaire du holding Al Mada parmi les plus importantes banques du continent. Devenue un acteur de premier plan au service de la bancarisation en Afrique grâce à son large réseau de presque 5 000 agences réparties dans quinze pays, Attijariwafa Bank gère actuellement 10 millions de clients. Après avoir conquis l’Afrique de l’Ouest, le groupe marocain espère connaître autant de réussite dans l’est du continent, où il devrait se déployer à moyen terme. Depuis le début de cette année, et après avoir perdu son fidèle bras droit, Boubker Jai, parti à la retraite, Mohamed El Kettani a opéré une réorganisation des instances dirigeantes autour de lui pour préparer la nouvelle ère de la banque.

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remarquable rétrospective au LAM de Lille, prolongée jusqu’au 13 décembre 2020.

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KAMEL DAOUD Algérie 18

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Lorsque cet auteur de renommée internationale ne fait pas l’actualité avec ses livres ou ses essais, les chroniques qu’il publie en Algérie dans Le Quotidien d’Oran, dans le magazine français Le Point ou dans le prestigieux The New York Times sont lues et commentées par des dizaines de milliers de

personnes. Qu’il s’exprime dans les médias et sur les réseaux sociaux ou qu’il garde le silence, Kamel Daoud ne laisse jamais indifférent. Natif de Mostaganem, dans l’ouest de l’Algérie, il a connu la consécration en 2015 lorsque son roman Meursault, contre-enquête, paru chez Actes Sud ainsi qu’aux Éditions Barzakh en Algérie, a obtenu le prix Goncourt du premier roman. Confiné dans la ville d’Oran pour cause d’épidémie de Covid, Kamel Daoud s’attelle à l’écriture d’un roman et d’un essai dont la parution devrait intervenir dans le courant de l’année prochaine.

D’APRÈS LA PHOTO DE BRUNO LEVY /ACF/JA

réseau. En juillet, la jeune entreprise a ouvert une nouvelle branche dans l’ouest du pays.


MESSAGE

Leader de la manutention portuaire et acteur socialement responsable A.P. Moller - Maersk est une entreprise logistique offrant des solutions intégrées pour le transport des marchandises en conteneurs. Notre compagnie a pour vocation d’intégrer et de simplifier la chaîne d’approvisionnement de ses clients. En tant que leader mondial des services d’expédition, nous opérons dans 130 pays, de 300 ports et nous employons environ 76 000 personnes. Notre mission est de rendre possible et de faciliter la chaîne d’approvisionnement mondiale en offrant à nos clients des opportunités de commerce au niveau mondial. Parmi les autres compagnies du secteur transports, nous pouvons citer Maersk Container Industry, Svitzer, Damco, Sealand, Twill, Safmarine et APM Terminals. Le groupe est devenu un acteur majeur du secteur du transport et de la logistique au Bénin et a pleinement intégré les principes de la Responsabilité Sociale. La division APM Terminals, spécialisée dans la gestion des ports et terminaux, opère 75 terminaux dans plus de 69 pays. Son siège est à La Haye aux Pays-Bas. C’est à cette composante du groupe qu’appartient notre société, COMAN S.A. : APM Terminals Cotonou.

Une libéralisation réussie

C’est au début des années 90 que le Bénin a entrepris une vaste politique de libéralisation de son économie. Plusieurs entreprises publiques ont été privatisées et certains secteurs clés de l’économie ont été réorganisés, notamment les télécommunications, les hydrocarbures et la manutention portuaire. Mais il a fallu attendre la libéralisation du secteur de la manutention des conteneurs, en 1998, pour que la société Cotonou Manutention (COMAN), alors filiale de Maersk Sealand Bénin, voit le jour. Dix ans plus tard, COMAN S.A., leader de la manutention au Port de Cotonou, construisit le premier port sec du Bénin, à 1,5 km du port de Cotonou, pour désengorger ce dernier et faciliter les activités d’empotage et de dépotage dans le respect des normes ISPS.

En 2010, COMAN S.A. rejoint APM Terminals et connaît une croissance impressionnante en performance opérationnelle (la meilleure de terminaux à grue mobile de la sous-région) et en part de marché en élargissant son portefeuille de clients. Aujourd’hui, sous la direction de Naved Zafar, COMAN S.A. poursuit son développement dans le contexte économique et social créé par la pandémie du COVID-19.

Un acteur responsable

Conformément aux valeurs du Groupe Maersk en matière de Responsabilité Sociale, COMAN S.A. a toujours intégré les préoccupations sociales, environnementales, et économiques de ses activités. Pour nous, « Prendre soin de la communauté est aussi important que de prendre soin de nos clients ». C’est ainsi que COMAN S.A., par le biais de sa division CSR, n’a cessé de soutenir divers orphelinats à travers le pays, mais a également sponsorisé des actions culturelles, comme les fouilles archéologiques à Agongointo au Sud du Bénin par exemple, en partenariat avec Maersk Bénin.

En tant que filiale de APM Terminals, nous fournissons : ➢ Des opérations stables, sécurisées et efficientes avec un accent sur l’amélioration continue. ➢ Une approche flexible et orientée-solutions pour la résolution des problèmes complexes de nos clients. ➢ Une standardisation de nos opérations en vue de garantir un haut niveau et une excellente qualité de service. ➢ Des solutions digitales novatrices pour permettre à nos clients d’accéder rapidement et aisément à nos services.

APMT Cotonou / Maersk House Zone OCBN, Lot 531 Parcelle B, 01BP2826 - Cotonou-Bénin Tél. : (+229) 21 31 60 94 / (+229) 97 97 06 43

APM Terminals, Lifting Global Trade www.apmterminals.com/cotonou

JAMG © APMT

Une stratégie centrée sur le client


ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

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ACHILLE MBEMBE Cameroun 16

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DJAMEL BELMAD DI Algérie 5

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Depuis qu’il a conduit l’équ uipe nationale de football à son deuxième sacre continenta al, en juillet 2019, après vingtneuf années de disette, Dja amel Belmadi, 44 ans, est devenu u quasiment intouchable en Algérie. La nouvelle idole d des supporters de la sélection semble décidé à s’inscrire dans d la durée, avec devant lui deu ux grands défis: la défense du titre acquis au Caire lors de la CAN 2022 au Cameroun et une u qualification pour la Coupe du monde 2022 au Qatar. Un n pays qu’il connaît bien pourr y avoir joué puis entraîné, et où o il réside plusieurs mois par an n. Malgré des offres faramineu uses émanant de clubs du golfe Persique et l’intérêt supposé é de quelques formations de l’élitte française, le discret Djamel Belmadi – qui a toutefois pub bliquement soutenu le Hirak – n’a jamais laissé entendre qu’il pourrait quitter l’Algérie avan nt la fin de son contrat, en 2022.

D’APRÈS LA PHOTO DE AI / REUTERS / PANORAMIC

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Professeur d’histoire et de sciences politiques à l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg, régulièrement invité à enseigner à Duke et à Harvard, aux États-Unis, ce spécialiste de la lutte pour l’indépendance camerounaise est un observateur aguerri de l’évolution de notre monde. Depuis la parution de son ouvrage De la postcolonie, en 2000, l’auteur de Sortir de la grande nuit (2010) et de Critique de la raison nègre (2013) décrypte les mutations africaines et les confronte aux évolutions des sociétés postcoloniales européennes, les unes étant liées aux autres et inversement. Dans Brutalisme, son dernier essai, publié en février, il dénonce les effets d’une idéologie dominante liée aux nouvelles technologies et une violence généralisée envers les populations.

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MEHDI QOTBI Maroc 21

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Étrangement, la fiche Wikipédia qui le concerne n’évoque quasiment que son travail d’artiste: « Mohammed Qotbi,


COMMUNIQUÉ

APMT COTONOU Maersk House

AVIS D’EXPERT

Zone OCBN, Lot 531 Parcelle B, 01BP2826 - Cotonou-Bénin Tél. : (+229) 21 31 60 94/ (+229) 97 97 06 43 Email : Irma.Ebo-Houinou@apmterminals.com

www.apmterminals.com/cotonou

« Nous souhaitons participer pleinement au développement du Port de Cotonou » Q

uelle est la stratégie du Groupe Maersk au Bénin ? La libéralisation du secteur de la manutention des conteneurs, en 1998, a permis la naissance de Cotonou Manutention (COMAN S.A.) qui est devenue le leader de la manutention au Port Autonome de Cotonou (PAC). Nous opérons sur un terminal de plus de 16 hectares avec une ligne de quai de 440 mètres et 4 grues mobiles. Nous accueillons des navires de plusieurs compagnies, dont Maersk. Notre capacité de manutention est de l’ordre de 500 000 EVP (équivalents vingt pieds).

L’État a engagé un plan d’extension et demodernisationduPortdeCotonou. Qu’en pensez-vous ? C’est une initiative très importante. Ce projet, dont les travaux vont démarrer prochainement, va permettre d’accroître les superficies disponibles pour les opérateurs portuaires ainsi que la profondeur des quais, indispensable afin de pouvoir accueillir des porte-conteneurs de plus grande capacité. Nous souhaiterions pouvoir agrandir notre concession et bénéficier d’une ligne de quai totale de 700 mètres ainsi que d’une profondeur de 15 mètres (contre 11,5 mètres actuellement). Cela nous permettrait d’améliorer les conditions d’accueil des navires.Nous souhaitons continuer à participer pleinement au développement du Port de Cotonou.

Nous opérons sur un terminal de plus de 16 hectares avec une ligne de quai de 440 mètres et 4 grues mobiles. Mais notre activité va bien au-delà du simple chargement ou déchargement de conteneurs. Le Groupe Maersk dispose également d’un port sec au Bénin et d’une filiale spécialisée dans la logistique. Grâce au réseau mondial du Groupe, nous sommes en mesure d’apporter des solutions qui répondent aux besoins des clients, « de porte à porte »,c’est à dire d’un bout de la chaîne d’approvisionnement à l’autre, au Bénin comme dans le reste du monde.

Pour quelles raisons souhaitez-vous renforcer votre présence ? Le Port de Cotonou bénéficie d’une position géographique idéale pour traiter les trafics vers et en provenance de plusieurs pays de la région. Il s’agit d’abord du Niger, grâce à la qualité de l’axe routier Cotonou-Niamey, mais également du Burkina Faso, du Mali, du Nigeria, et même du Tchad. Cet

Ifede Siddick MOUBACHIROU, Directeur Juridique en charge des Relations Extérieures, Groupe MAERSK Bénin-Niger et Côte d’Ivoire

« hinterland » devrait connaitre un développement continu au cours des prochaines années, qui génèrera de nouveaux flux de trafic, aussi bien à l’export qu’à l’import.Nous souhaitons être des acteurs de cette dynamique de développement en proposant nos solutions d’accompagnement « de porte à porte ». Comment avez-vous réagi face au COVID-19 ? Le port a continué à fonctionner selon ses horaires habituels (24 heures/24, 7/7 et 365/365). Notre premier souci à COMAN S.A a été d’assurer la santé et la sécurité du personnel travaillant sur nos installations afin de continuer à servir nos clients. La société COMAN S.A. s’est fait le devoir et l’honneur d’apporter un important don en équipements médicaux à l’État Béninois ce qui participe de la tradition du groupe APM Terminals d’aiderles nations à réaliserleurs rêves et à relever leurs économies.


ENQUÊTE

LES 100 AFRICAINS LES PLUS INFLUENTS

dit Mehdi, né en 1951 à Rabat, est un peintre franco-marocain. » Pourtant, ce petit homme dynamique et pressé est en quelque sorte le ministre de la Culture de son pays. Président de la Fondation des musées du royaume du Maroc depuis 2011, Mehdi Qotbi a l’oreille des puissants, et en particulier celle du roi, Mohammed VI. Il est de tous les événements culturels ou presque, grandes expositions et autres biennales. À l’instar de celle de Rabat, lancée en 2019 et pour laquelle le commissaire franco-algérien Abdelkader Damani a eu l’audace de ne sélectionner que des femmes. Homme de réseaux hyperactif, communicant habile et véritable amoureux des arts, Mehdi Qotbi est indubitablement l’un des acteurs majeurs de la politique extérieure du Maroc, en particulier vis-àvis du continent africain: il en promeut une séduisante image d’ouverture et de modernité.

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BASSEM LOUKIL Tunisie 25

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Après l’Afrique, le monde. Le directeur général du groupe Loukil (automobile, agro-industrie, BTP, TIC, immobilier, etc.) a lancé à la fin de juin le Tunisia Business Council Worldwide (TBCWW), ce qui l’a amené à quitter la présidence du

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Tunisia-Africa Business Council (TABC) qu’il occupait jusque-là. Sa mission est de faire rayonner l’entrepreneuriat tunisien dans le monde. Ces cinq dernières années, Bassem Loukil aura organisé une quinzaine d’événements continentaux pour tenter de convaincre les décideurs tunisiens que le pays a un rôle à jouer en Afrique. Si l’histoire s’est provisoirement terminée en queue de poisson en mars avec le refus de l’Assemblée tunisienne de ratifier le traité de Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), ce dirigeant de 55 ans continue d’investir sur le continent par l’intermédiaire des 35 filiales de son groupe. Il n’est pas non plus étranger à l’accélération de l’implantation, ces trois dernières années, d’entreprises tunisiennes en Côte d’Ivoire (de 13 à 57) et au Sénégal (de 3 à 15). Avec la TBCWW, Bassem Loukil élargit encore son horizon et retrouvera une proximité avec les États-Unis, lui qui a dirigé la Tunisian American Chamber of Commerce (TACC, 1991-1995) après avoir obtenu un doctorat en management industriel à la Georgia State University.

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EL ANATSUI Ghana 15

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Prolongée jusqu’au 1er novembre 2020 au Kunstmuseum de Berne,

en Suisse, l’exposition Triumphant Scale présente les œuvres phares de l’artiste ghanéen, superstar discrète qui vit et travaille à Nsukka, au Nigeria. Connu pour ses immenses draperies de métal constituées de bouchons pliés et reliés entre eux par des fils de cuivre, El Anatsui est aujourd’hui l’un des artistes africains les plus cotés sur le marché de l’art. Son œuvre Recycled Dreams (Uniting the World with a Stitch) a ainsi été vendue 1,5 million de dollars chez Christie’s en 2018. Le sculpteur de 76 ans fait par ailleurs de nombreux émules parmi les artistes africains et représente une source d’inspiration pour la jeune génération. Depuis le 15 juillet et jusqu’au 8 août, la galerie londonienne October Gallery présente une série de ses sculptures, mais aussi une sélection d’impressions réalisées avec l’atelier Factum Arte de Madrid.

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LADY SONIA Congo 10

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Avec plus de 1 million de fans sur les réseaux sociaux, Sonia Mabiala, alias Lady Sonia, est la nouvelle star du coaching de vie. À 45 ans, cette Congolaise prodigue ses conseils sur les réseaux sociaux. À travers des conférences aux quatre coins du monde ou

via des cours en ligne, la femme d’affaires enseigne « comment trouver ou réveiller l’amour » ou encore « les secrets de l’épanouissement ». La « #BossLady » compte désormais parmi ses sponsors des banques, des sociétés privées, des ONG, mais aussi des donateurs particuliers.

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ALAA SALAH Soudan 16

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Le 8 avril 2019, la photo de celle que l’on surnomme la « femme en blanc » faisait le tour du monde. Debout sur une voiture au milieu d’une centaine de personnes, Alaa Salah laissait entendre sa voix au cœur de la révolution soudanaise. Celle qui avait interrompu ses études d’architecture pour rejoindre le soulèvement populaire est devenue l’icône de toute une nation. Et pour cause, trois jours après la diffusion du célèbre cliché, Omar el-Béchir est renversé par un coup d’État militaire, après avoir dirigé le pays pendant trente ans et y avoir instauré une politique islamique de prédation. Le pays bascule alors dans une période transitoire de trois ans pour tourner la page des dérives du précédent régime. Aujourd’hui, l’étudiante de 23 ans multiplie les déplacements à travers le monde et accorde des interviews


Trajectoire (Notée sur 30)

à de nombreux médias pour tenter de faire sortir le Soudan de l’ombre.

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IMANE AYISSI Cameroun 10

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C’est après une carrière de danseur au sein du Ballet national du Cameroun qu’Imane Ayissi, 52 ans, s’investit dans la mode. D’abord styliste pour le plus grand atelier de fabrication du pays, il s’installe à Paris au début des années 1990 et entame une carrière de mannequin pour Lanvin, Dior ou encore Valentino. C’est à cette époque qu’il se recentre sur le stylisme, s’inspirant des cultures du continent pour concevoir ses collections. En janvier, il est devenu le premier styliste subsaharien à présenter ses créations à Paris lors de la Semaine de la haute couture.

Notoriété

(Notée sur 30)

Politique Économie Sciences Technologies Culture Sport

ISABEL DOS SANTOS Angola 8

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Ébranlée depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du nouvel homme fort de l’Angola, João

Lourenço, la fille de l’ancien président José Eduardo dos Santos a encaissé deux coups durs à quelques semaines d’intervalle. Après le gel préventif de ses avoirs en Angola (puis au Portugal) décrété à la fin de 2019, Isabel dos Santos,

visée par des enquêtes pour détournement de fonds publics, a été mondialement exposée au début de 2020 par les Luanda Leaks, qui ont révélé l’opacité de son empire financier. Depuis, la « princesse », dont la fortune est estimée à 1,7 milliard de dollars, rend coup pour coup: tweets critiquant l’administration Lourenço, mobilisation de grands cabinets d’avocats pour récupérer ses actifs, recours à l’agence de communication offensive Powerscourt pour dénoncer une justice angolaise aux ordres du pouvoir politique. Et rien ne détournera Isabel dos Santos de sa croisade pour défendre son nom et son statut.

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D’APRÈS LA PHOTO DE TOBY MELVILLE/REUTERS

Influence

(Notée sur 40)


RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO La valorisation des investissements privés dans le secteur agricole en RD Congo

« Enjeux et perspectives » En République démocratique du Congo – un paradis mondial pour l’agriculture, avec ses millions d’hectares de terres arables offrant de multiples opportunités –, la pandémie du Covid-19 a exacerbé les carences dont souffre le pays, notamment sur le plan socio-économique, et a affecté plus particulièrement l’approvisionnement de la capitale depuis les provinces. Dès lors, pour faire face aux conséquences de cette crise sanitaire et se doter d’une économie résiliente et diversifiée, la République démocratique du Congo a mis sur pied le Programme multisectoriel d’urgence d’atténuation des impacts de la Covid-19 (PMUAIC-19), évalué à 2 610 620 000 de dollars américains (USD), qui vise, entre autres, la promotion de l’entrepreneuriat local dans divers domaines d’activité.

« Il est temps que le sol prenne sa revanche sur le sous-sol ! » Son Excellence M. Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, président de la République démocratique du Congo

Le PMUAIC-19 contribue à la stabilité macroéconomique et à la relance de l’économie par la mise en œuvre de mesures adaptées, le soutien des activités économiques indispensables et susceptibles d’atténuer le choc dû à la pandémie, un meilleur encadrement des secteurs productifs et le renforcement de la résilience grâce à une diversification de l’économie. Dans la même optique de résilience et de diversification de l’économie nationale, le ministère de l’Agriculture a traduit les aspirations du gouvernement en mettant en place le Programme volontariste agricole, qui implique le concours de

quelques structures des secteurs public et privé, et celui de la société civile pour un coût total évalué à 46,8 millions USD, couvrant les dépenses d’exploita tion et d’investissement sur toute la chaîne de valeur. Arrimée au PMUAIC-19, l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANAPI), organe Conseil du gouvernement central et des gouvernements provinciaux en matière de promotion des investissements et de l’améliora tion du clima t d e s a ffa ir e s, a à s o n to u r in scr it l’a g r icu ltu r e parmi ses priorités dans son Plan d’urgence pour l’exercice 2020, à l’instar des infrastructures et de l’énergie. Pour l’ANAPI, la relance des investissements productifs dans le secteur agricole constitue en effet l’un des leviers indispensables et l’une des solutions optimales à encourager pour penser différemment l’économie congolaise, créer de la valeur ajoutée, résorber notablement le chômage et améliorer la position de la balance commerciale grâce à la réduction sensible des importations de produits alimentaires. Cette conviction de l’ANAPI repose essentiellement sur le potentiel de la RD Congo : 80 millions d’hectares de terres arables, dont 4 millions d’hectares irrigables, un climat privilégié, une pluviométrie exceptionnelle et plusieurs avantages comparatifs à même de développer une véritable chaîne agroindustrielle, tant au niveau national qu’au niveau continental, voire mondial. Le chef de l’État congolais synthétise sa vision en ces termes : « Il est temps que le sol prenne sa revanche sur le sous-sol ! » Face à l’écart structurel enregistré entre l’offre et la demande de produits agricoles, et compte tenu des bouleversements causés par le Covid-19,


MDMM pour JAMG

Gwenn Dubourthoumieu pour JAMG

MESSAGE

L’ANAPI en appelle aux investisseurs nationaux et internationaux pour booster le secteur agricole congolais. la relance efficace du secteur agricole est impérieuse en vue de combler le déséquilibre survenu dans l’approvisionnement en produits de grande consommation, tels que le maïs, le manioc, le riz, le haricot, et la rupture des exportations de produits issus des cultures pérennes, comme le café, le cacao et le thé. Il convient de noter que quelques grands projets agricoles ont déjà été lancés pour renforcer l’autosuffisance alimentaire. Son Excellence M. FélixAntoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, président de la RD Congo, a indiqué, lors de son allocution à l’occasion des 60 ans de l’indépendance, ceci : « Trente-trois mille hectares à travers le pays ont été affectés aux cultures vivrières et commencent à produire leurs premiers résultats, dont 3 000 tonnes de riz à Kimpese, 4 000 tonnes de paddy à Nkundi. Nous attendons de récolter et de transformer bientôt le manioc planté sur 800 hectares à Wangata. » La transforma tion de cette production en produits finis dans la chaîne de valeur pour créer de la richesse nationale requiert, ipso facto, des investissements dans le secteur de l’énergie, avec l’installation de pico-, micro- et petites centrales hydroélectriques. Le développement des énergies renouvelables (biomasse, solaire…) dont le pays dispose représente également un atout considérable. Le potentiel hydroélectrique de la RD Congo est estimé à plus de 100 000 MW, dont seulement 2 520 MW, soit 2,5 %, sont jusque-là exploités.

L’ANAPI, qui en appelle aux investisseurs nationaux et internationaux pour booster le secteur agricole congolais, opte pour l’approche ciblée de quelques filières, dont celles qui concernent la grande consomma tion et certaines cultures pérennes susceptibles d’être à nouveau exportées, afin de générer des réserves en devises en faveur de l’économie nationale. Il importe de rappeler qu’investir aujourd’hui dans le secteur agricole offre plusieurs avantages, en particulier les exonérations douanières, fiscales et parafiscales accordées par le Code des investissements (loi n o 004/2002 du 21 février 2002), par la Loi agricole et par le Décret sur le Partenariat stratégique sur la chaîne de valeur. Par ailleurs, la République démocratique du Congo g a r a n tit l’a m é lio r a tio n d u cl im a t d es affa ir es . Si celui-ci n’est pas encore mieux ressenti, la lutte contre la corruption et l’instauration de la bonne gouvernance par un État de droit prennent aujourd’hui forme. C’est dans cette optique que le président TSHISEKEDI a créé, par ordonnance du 28 mars 2020, l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC), dont la principale mission est d’intervenir, en amont de l’action des institutions judiciaires, sur la corruption qui gangrène le pays. En somme, l’ANAPI tient à rassurer les investisseurs et les assure de sa volonté et de sa détermination à les accompagner dans la concrétisation de leurs projets en RD Congo.■

AGENCE NATIONALE POUR LA PROMOTION DES INVESTISSEMENTS 33C, boulevard du 30-Juin, BP 1797 – Kinshasa 1 Kinshasa, République démocratique du Congo E-mail : anapi@investindrc.com Tél. : 00243 999 925 026

JAMG - © D.R.

D.R.

Le sous-secteur de l’électricité est totalement libéralisé. Avec en sus la promulgation de la loi n o 18/016 du 9 juillet 2018 portant sur le partenariat public-privé, l’ANAPI lance un appel aux investisseurs, tant publics que privés, en leur rassurant que ce cadre constitue un gage de préservation des droits et obligations des parties.


STEPHANE LEMOUTON/BESTIMAGE

AFRIQUE SUBSAHARIENNE


6O Mali L’imam qui rêvait d’être guide

67 Gabon Dynastie contre dynastie

7O RD Congo Tshisekedi seul dans la tempête

CÔTE D’IVOIRE

Pourquoi

Ouattara

seracandidat

Après le décès de son Premier ministre et dauphin désigné, Amadou Gon Coulibaly, le chef de l’État s’est finalement résolu à briguer un troisième mandat. Histoire secrète d’un revirement lourd de conséquences. MARWANE BEN YAHMED, ENVOYÉ SPÉCIAL À ABIDJAN

A

bidjan, esplanade du palais présidentiel, le 14 juillet en milieu de matinée. Tout de noir vêtu et portant un masque chirurgical, comme les règles sanitaires l’imposent, Alassane Ouattara écoute les hommages rendus à Amadou Gon Coulibaly (AGC) par la ministre de l’Éducation nationale, Kandia Camara, puis par le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi. Le chef de l’État semble perdu dans ses pensées, tiraillé entre le chagrin qui l’étreint – ravivé par l’émotion qui transpire de cette cérémonie en l’honneur de son Premier ministre –, la nécessité de faire bonne figure, et celle, plus insidieuse, de

remettre sur le métier l’ouvrage qu’il avait si méticuleusement confectionné : sa succession. Malgré près de trois décennies de combat politique au cours desquelles il affronta bien des tempêtes, dont une guerre civile qui fit plus de 3 000 morts, Alassane Ouattara est aujourd’hui confronté à l’une des séquences les plus pénibles de sa carrière. Son plus fidèle compagnon, son fils spirituel, s’est éteint le 8 juillet. Le cœur du « Lion », fragile au point de lui valoir une transplantation en 2012 et deux mois de convalescence en France cette année, en mai et juin, après un infarctus, a lâché. Amadou Gon Coulibaly, celui qui a cheminé trente années durant dans l’ombre de son mentor sans une seule anicroche, celui qui souffrait de devoir prendre la lumière pour être président à sa place et qui ne vivait que pour servir son chef, n’est plus. Il laisse autour de ce dernier un vide immense. Plus de

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CÔTE D’IVOIRE

Premier ministre, plus de dauphin, plus de confident, plus de « fils ». Le sort s’acharne : au même moment, le vice-président, Daniel Kablan Duncan, autre proche parmi les proches et vieux compagnon de route, contraint Ouattara à rendre publique sa démission, remise à la fin de février. Ce n’est pas une foucade décidée un soir de déprime : Kablan avait déjà envoyé une première lettre de démission en… juin 2018. C’est désormais un secret de polichinelle, Kablan nourrissait des ambitions présidentielles, qui se sont heurtées au choix de Ouattara en faveur d’AGC. S’il avait fini par intégrer cette donne, il aurait au moins aimé que les formes soient mises, qu’une primaire ou une sorte de consultation ait été organisée pour désigner le dauphin, sentir que le chef hésitait. Kablan n’a guère supporté ce qu’il a ressenti comme un manque de considération et a préféré se retirer la tête haute. Du fameux conseil présidentiel, ce quatuor des plus proches collaborateurs d’ADO formé d’Amadou Gon Coulibaly, de Daniel Kablan Duncan, du ministre d’État de la Défense, Hamed Bakayoko, et de Patrick Achi, ne reste donc que les deux derniers cités. Sans oublier les portes claquées précédemment par d’autres anciens alliés, comme Henri Konan Bédié et Guillaume Soro, mais aussi plus récemment par Marcel AmonTanoh ou Albert Toikeusse Mabri. La voie royale annoncée en mars dernier, quand un Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au faîte de sa puissance désignait Gon Coulibaly comme candidat à la présidentielle du 31 octobre, a aujourd’hui des allures de chemin de croix…

Au Palais des sports d’Abidjan, le 15 juillet.

Brutal changement de cap

Que va faire Alassane Ouattara ? Deux tendances se dessinent dans son entourage. D’un côté, il y a ceux qui le poussent à se représenter pour un troisième mandat, notamment parce que cette option les rassure et leur garantit une place au soleil – ce qui serait moins évident avec la désignation d’un candidat de substitution comme Bakayoko ou Achi. De l’autre, il y a les tenants du respect de sa promesse de transmettre le témoin aux générations suivantes, que ce soit par conviction ou par opportunisme. Le premier camp est aujourd’hui majoritaire. « La haute direction du RHDP, nous explique l’un de ses membres, a demandé officiellement au chef de l’État de se représenter. Il a voulu prendre le temps de réfléchir avant de répondre. Mais personne ne sait ce qu’il annoncera, ni quand. »

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ALASSANE OUATTARA N’A JAMAIS ENVISAGÉ DE PLAN B. C’ÉTAIT AMADOU GON COULIBALY OU RIEN.

L’issue de ce questionnement ne fait pourtant guère de doute: ADO se représentera. « À l’heure actuelle, compte tenu des délais, je ne vois hélas pas d’autre solution pour préserver la stabilité du pays », nous a-t-il confié le 15 juillet, lors d’un entretien à sa résidence de Riviera-Golf, tout en précisant poursuivre sa réflexion. Car, évidemment, le changement de cap est pour le moins brutal. De l’aveu de ses plus proches, le chef de l’État avait vraiment tourné la page depuis son annonce de mars. Il se préoccupait de plus en plus de sa future vie, et notamment de la mise en place de son institut, destiné à mettre au service de qui le solliciterait son expérience africaine et internationale. Et il se focalisait sur la campagne à venir, au cours de laquelle il ne comptait pas ménager son soutien à son candidat. Il devait l’accompagner à un premier meeting qui devait se tenir à Korhogo. Cruel clin d’œil du destin: en lieu et place de cette réunion aura lieu l’inhumation de son « fils »… Pouvait-il prendre une autre décision ? Depuis le début du processus qui l’avait conduit à renoncer à un troisième mandat et à désigner Gon Coulibaly pour briguer la présidence, ADO n’a jamais envisagé de plan B. C’était AGC ou rien. « Pour de multiples raisons, le président ne peut concevoir qu’un autre prenne la place d’Amadou, décrypte l’un de ses proches. D’abord parce qu’il estime que Gon était le meilleur d’entre nous. Ensuite parce que personne ne peut se prévaloir du même niveau de confiance. AGC au palais, Alassane Ouattara serait demeuré à ses côtés, et Amadou l’aurait écouté attentivement, les yeux fermés. Un tel


LUC GNAGO/REUTERS

scénario n’est pas garanti avec d’autres. Enfin, et ce n’est pas anodin, il estime que toute autre candidature dans les délais impartis, qui sont très courts puisque la date de l’élection est maintenue, serait susceptible de créer des clivages et pourrait plonger le pays dans l’instabilité. Le plan AGC, même s’il n’a été officialisé qu’en mars, est lancé depuis de longs mois, il est minutieusement préparé. La machine électorale mise à sa disposition n’a qu’à être rebranchée pour le chef de l’État. Avec un autre candidat, quel qu’il soit, ce serait beaucoup trop compliqué en seulement cent jours… ».

Faire passer la pilule

Exit donc les options Bakayoko ou Achi, le plus souvent évoquées. « Toute la difficulté pour le chef de l’État va être de faire passer la pilule auprès de ses troupes, notamment auprès de ces deux caciques dont il a plus que jamais besoin, mais à qui il envoie un signal guère positif, puisqu’il ne peut se résoudre à leur transmettre le flambeau dès aujourd’hui, poursuit notre source. Hamed, qui semblait être le plan B le plus évident, est trop libre, trop autonome aux yeux du président. Mais il sait qu’il peut compter sur lui, qu’il ne fera pas de vagues. En outre, il lui offre quand même des perspectives intéressantes: la primature et, peut-être, la vice-présidence, plus tard. Et n’oublions pas qu’il est désormais son successeur constitutionnel en cas de vacance… » Qu’en pense l’intéressé? Contacté le 14 juillet, voici ce qu’il nous a répondu: « Il y a quatre ans, dans le cadre d’une interview, vous m’aviez

demandé quelle serait mon attitude pour la présidentielle de 2020. Je vous avais répondu: “Je ferai ce que le président me dira de faire.” Je n’ai pas changé d’avis… ». D’après nos informations, Alassane Ouattara devrait rendre publique sa décision dans la seconde moitié du mois d’août, une fois écoulés les quarante jours du deuil musulman. La suite ne s’annonce pas de tout repos. Il lui faudra trouver les bons arguments pour motiver un choix que ses détracteurs ne manqueront pas de présenter comme une forfaiture. Aussi exceptionnelles que soient les circonstances, le chef de l’État donnera l’impression de se contredire et de renoncer à favoriser l’émergence d’une nouvelle génération. Même si, avant le décès d’Amadou Gon Coulibaly, il souhaitait vraiment quitter le pouvoir, il se retrouvera de facto rangé dans la catégorie des présidents qui ne savent pas quitter leur palais. Du pain bénit pour ses opposants. Et si, sur le papier, il est théoriquement autorisé à briguer un autre mandat, puisqu’une nouvelle Constitution, qui remet les compteurs à zéro, a été adoptée en 2016, ses adversaires lui contesteront ce droit, rappelant qu’il a déjà accompli deux mandats. Voilà qui promet le retour de passionnants débats de constitutionnalistes sur la Radio-Télévision ivoirienne (RTI)… ADO sait qu’il ne sortira pas indemne de cette campagne, que l’aura acquise depuis mars, en Côte d’Ivoire mais aussi dans tout le continent, pâtira inévitablement de sa candidature. Certes, les circonstances ont dramatiquement changé. Certes, il pourra également expliquer vouloir préserver la stabilité du pays, fût-ce au détriment de son image. Certes, enfin, il trouvera sur son chemin Henri Konan Bédié, 86 ans, qui aura lui-même bien du mal à convaincre qu’il demeure le seul recours, au sein du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), pour diriger le pays. Il n’empêche, alors que tout semblait en place pour une élection aussi apaisée que possible, il ne fait plus guère de doute que les couteaux sont prêts à être tirés. Détail piquant: heureusement pour ADO et Bédié, la limite d’âge (75 ans) n’a pas été réintroduite lors de la dernière modification constitutionnelle de mars, comme ce fut un temps envisagé. Celui qui s’y était opposé, par souci d’ouverture et d’apaisement, notamment vis-à-vis du Sphinx de Daoukro, n’est autre qu’Amadou Gon Coulibaly…

LE PRÉSIDENT SAIT QU’IL NE SORTIRA PAS INDEMNE DE CETTE CAMPAGNE, ET QU’IL PERDRA DE SON AURA.

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L’imam qui rêvait d’être guide

Devenu leader d’une opposition hétéroclite, Mahmoud Dicko a montré qu’il était en mesure de mobiliser la rue contre le pouvoir. Que compte-t-il au juste faire de cette influence?

es bras croisés, l’air grave, la barbe grisonnante, l’imam Mahmoud Dicko dirige la prière funéraire dans sa mosquée du quartier de Badalabougou, à Bamako. Quatre corps sont étendus devant lui en ce 12 juillet : quatre des onze victimes décédées lors des violences qui ont endeuillé les manifestations hostiles au président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) organisées deux jours plus tôt. Des fidèles, venus en nombre, portent les dépouilles jusqu’au cimetière tandis que des manifestants assurent la sécurité du cortège. Un calme relatif s’installe, le temps de dire adieu à ceux qui, il y a encore quelques jours, défilaient à leurs côtés, criant leur ras-le-bol du régime. Le chef religieux s’attendait-il à ce que les événements prennent une tournure aussi dramatique? Des mois durant, il avait assuré à ses interlocuteurs qu’il voulait à tout prix éviter un scénario à la burkinabè, au cours duquel des manifestants perdraient la vie et qui contraindrait le président à fuir le pays. Il l’avait répété – aussi bien publiquement, lors d’interviews et de discours, qu’en privé – à ses fidèles et aux personnalités africaines venues le rencontrer. Mais, le 10 juillet, troisième vendredi de contestation, Bamako a paru sombrer dans le chaos, et le sang a coulé. Q uel rôle joue précis ément Mahmoud Dicko et jusqu’où peut-il aller? Il est le visage le plus médiatique de la contestation, dont les membres se placent sous son autorité morale. L’ancien président du Haut Conseil islamique du Mali (HCIM) a en tout cas réussi à fédérer autour de lui un mouvement hétéroclite où se côtoient marxistes et libéraux, socialistes

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bon teint et religieux. Ensemble, ils ont formé le Mouvement du 5-JuinRassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), tous unis par une même colère contre le président malien, dont ils réclament le départ. Et en l’absence du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, enlevé le 25 mars dans la région de Tombouctou, c’est Mahmoud Dicko qui mène la danse au sein de cette coalition de circonstance. Ses meetings rassemblent des milliers de personnes, et ses diatribes font trembler le palais de Koulouba. « Il y a une confédération des inimitiés contre le régime, résume l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Celles des enseignants, qui étaient en grève depuis six mois, et celles de tous ceux qui se sont sentis floués lors des législatives d’avril. » Le 11 juillet, dans sa quatrième adresse à la nation depuis le début de la crise, IBK a pourtant annoncé des mesures allant dans le sens des revendications des manifestants. « J’ai décidé d’abroger le décret de nomination des membres restants de la Cour constitutionnelle et d’aller vers la mise en œuvre des recommandations issues de la mission de la Cedeao », a-t-il déclaré. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? Partie de Bamako le 19 juillet, une deuxième délégation de l’instance ouest-africaine conduite par le Nigérian Goodluck Jonathan laisse derrière elle un pays toujours en crise. La désobéissance civile bat son plein, et les positions des deux clans semblent irréconciliables.

décennies qu’il est constant dans ses actes et ses discours », affirme Bréma Ely Dicko, sociologue à l’université de Bamako. Son histoire débute à plusieurs centaines de kilomètres de là, à Tonka, dans la région de Tombouctou, où il naît au sein de la communauté peule vers 1954. Le jeune Dicko étudie le Coran à Douentza, près de Mopti, puis en Mauritanie. Dans les années 1970 et 1980, le Mali subit deux vagues de sécheresse, et l’Arabie saoudite, entre autres, vient en aide aux populations vulnérables. « Ces nouveaux acteurs

Wahhabisme

Tous les regards sont désormais tournés vers Mahmoud Dicko, dont la popularité n’a fait que croître au cours de ces derniers mois. L’imam est loin d’être un nouveau venu sur la scène malienne. « S’il est aussi écouté, c’est précisément parce que cela fait des

MICHELE CATTANI/AFP

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AÏSSATOU DIALLO, AVEC BENJAMIN ROGER


ont fini par remplacer l’État dans ses fonctions régaliennes: donner accès à la santé, à l’eau et à l’électricité, poursuit Bréma Ely Dicko. Car là où il y a une mosquée, il y a en général une medersa, un forage et, bien souvent, un centre de santé. Tout cela est allé de pair avec une mutation vers le wahhabisme. Des jeunes ont obtenu des bourses pour aller se former au Yémen, au Qatar ou en Arabie saoudite. Ils en ont rapporté une idéologie différente de l’islam malékite pratiqué au Mali. » Mahmoud Dicko est de ceux-là. Après la Mauritanie, c’est à Médine, en Arabie saoudite, qu’il part étudier. De retour au Mali, il passe un concours de la Fonction publique et devient professeur d’arabe… et de sport, dans un collège de Tombouctou. Déjà, Dicko passe pour un intellectuel, mais il appartient à cette petite élite marginalisée – et donc frustrée – parce qu’elle n’a pas

« ON EN VIENT À OUBLIER LES THÈSES RADICALES QU’IL A DÉFENDUES. POURTANT, IL N’A PAS CHANGÉ! IL FAIT SEULEMENT PREUVE DE PRAGMATISME. » été formée en français. « Il se contentait d’enseigner, raconte un notable de la ville aux 333 saints. Il sait très bien que les religieux de Tombouctou éprouvent de l’aversion pour le wahhabisme. » « Il était très discret, loin de l’homme qu’il est devenu », ajoute une personne qui l’a côtoyé. Mahmoud Dicko n’est pas resté longtemps à Tombouctou, mais, des années plus tard, il y compte

Le chef religieux (au micro) sur la place de l’Indépendance, à Bamako, le 5 juin.

toujours de bonnes relations. Et il y jouit aujourd’hui encore d’une certaine popularité, notamment auprès des jeunes qui militent au sein d’associations islamiques. Ce qui n’est pas anodin puisque ces derniers organisent des rassemblements à Tombouctou dès qu’il y a des manifestations à Bamako. Au début des années 1980, il s’installe dans la capitale. Lui qui a « toujours aimé prêcher » devient l’imam d’une mosquée de Badalabougou. Il y dispose d’un logement de fonction, où il s’installe avec sa première épouse. C’est là que Dicko devient Dicko.

Polyglotte et éloquent

Cultivé, polyglotte et éloquent, il commence à militer dans diverses associations et se fait remarquer. Il ne tarde pas à rejoindre la Ligue des imams du Mali et devient, en 1987, l’une des figures de l’Association malienne pour l’unité et le progrès de l’islam (Amupi), une instance de concertation créée sous la présidence de Moussa Traoré. En 2008, il s’est suffisamment distingué pour être élu à la tête du HCIM, créé parAlphaOumarKonaréquelques années plus tôt afin de représenter les intérêts des musulmans auprès des pouvoirs publics. « Lorsqu’il entre en fonction, il est déjà connu pour son franc-parler et sa dénonciation des inégalités, affirme Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), à Bamako. Le HCIM est bien implanté à travers le pays et fédère de nombreuses organisations islamiques. C’est donc une vitrine importante. Mais le tournant a vraiment été pris en 2009, lorsqu’il s’est opposé à la réforme du code de la famille. » À l’époque, Mahmoud Dicko se pose en « garant des valeurs sociétales et morales du Mali ». Un argument qu’il utilisera à plusieurs reprises, comme en décembre 2018 pour empêcher la publication d’un manuel scolaire sur l’éducation sexuelle qui abordait la question de l’homosexualité. « Il est parvenu à rallier à lui une partie de l’intelligentsia, les organisations de la société civile, les acteurs économiques… On en vient même à oublier

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les thèses radicales qu’il a défendues. Pourtant, il n’a pas changé! Il fait seulement preuve de pragmatisme. Il manipule les symboles religieux en même temps qu’il laïcise son discours », commente un chercheur du Timbuktu Institute. Lors du coup d’État de 2012, Dicko joue les médiateurs entre la junte, les partis et les organisations de la société civile pour mettre en place une transition. Ce faisant, il acquiert le statut d’acteur dont la voix compte. L’imam revendique d’ailleurs son droit à participer au débat public: « Je ne suis pas un politique, insiste-t-il. Mais je suis un leader et j’ai des opinions. » Un leader, certes, mais prudent. « Il est doté d’un vrai sens politique. Il refuse l’étiquette de wahhabiste parce qu’il sait qu’elle est synonyme de violence dans l’esprit des Occidentaux, analyse Bréma Ely Dicko. Il sait aussi que cette mouvance est minoritaire au Mali et il n’a jamais demandé l’application de la charia. Ses prêches sont engagés mais n’incitent pas pour autant à la haine religieuse. Il a conscience que les Maliens ne sont pas prêts à vivre dans une République islamique. »

Discours anti-impérialiste

Quand on lui reproche de vouloir islamiser la contestation, Dicko se défend: « Notre combat n’est ni idéologique, ni religieux, ni ethnique. C’est une union des fils de la patrie pour la restauration du Mali. » « Il sait bien que nous ne sommes pas ses talibés [“disciples”], ironise Sy Kadiatou Sow, l’une des figures du M5. Les Maliens ne renonceront pas à la laïcité. » « On a essayé de nous dénigrer en disant que l’on s’était alliés avec un wahhabiste rigoriste. Mais, en RD Congo, la contestation était dirigée par l’Église catholique, et cela n’a ému personne », fait remarquer Choguel Maïga, le leader du Front de sauvegarde de la démocratie. Sur fond de défiance à l’égard des partis traditionnels et des forces armées étrangères présentes au Sahel, le discours anti-impérialiste de l’imam Dicko séduit de plus en plus de jeunes. « Nous sommes dans un carcan où c’est la communauté internationale

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UN TRAIT D’UNION

C’est pour lui un atout, et non des moindres: Mahmoud Dicko est l’interlocuteur le plus susceptible d’être écouté par les groupes jihadistes. À Bamako, il plaide depuis longtemps en faveur d’un dialogue avec les deux principaux chefs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM): les Maliens Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa, qu’il considère comme des « fils du pays ». qui vient voir si nos élections se sont bien passées. Il est temps que nos dirigeants s’assument, s’emportait-il dans les colonnes de JA en mars 2019. Ce système de démocratie représentative qu’on nous impose ne fonctionne pas chez nous. Les peuples africains doivent se dire qu’il serait temps d’essayer autre chose. La démocratie est universelle, mais, chaque pays et chaque peuple ayant sa spécificité, elle doit s’appuyer sur nos valeurs sociétales et religieuses. » « Il a un langage ouvert dans ses interviews, tempère Nicolas Normand, ex-ambassadeur de France au Mali. Mais, dans les mosquées, il tient un discours antioccidental et antidémocratique. Souvenons-nous que Dicko a salué l’attentat du Radisson Blu, dans lequel il voyait une punition divine. » La France s’inquiète-t-elle de sa montée en puissance ? Un diplomate décrit « un homme très opportuniste, qui a su se présenter comme un point d’équilibre entre le pouvoir et les opposants les plus radicaux, et qui sortira renforcé de la crise actuelle ». « Il va parvenir à faire entrer certains de ses proches au gouvernement, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent », poursuit une source bien informée, qui voit à travers lui « l’incursion des islamistes dans le champ politique malien ». Si Paris suit les sorties de Dicko avec attention, c’est parce qu’« après le mot d’ordre “IBK dégage” le prochain slogan pourrait bien être “France dégage”,

et [que] cela ne s’arrêtera pas au Mali », indique un chercheur à Bamako. Bien que Dicko se campe en opposant numéro un au chef de l’État, il a longtemps entretenu de bonnes relations avec ce dernier. Le religieux avait soutenu la candidature d’IBK en 2002 et en 2013. Mais, à partir de 2016, des dissensions apparaissent. Aux côtés du chérif Bouyé Haïdara, autre chef religieux très influent dont il se revendique, Dicko devient critique à l’égard de la gestion d’IBK. « Peu à peu, il a pris ses distances avec le chef de l’État, qu’il avait pourtant activement contribué à faire élire », rappelle le chercheur Ibrahim Maïga. En 2018, le fossé se creuse encore quand Soumeylou Boubèye Maïga arrive à la tête du gouvernement. Estimant les résultats obtenus insuffisants et opposé à tout dialogue avec les jihadistes, le Premier ministre prive de ses moyens la commission que Dicko dirige pour mener le dialogue avec Iyad Ag Ghaly et Amadou Koufa. « Dicko a vécu cette séquence politique comme une marginalisation », affirme Ibrahim Maïga. « Il fait partie de ceux qui ont reproché à Boubèye Maïga d’avoir utilisé la milice Dan Na Ambassagou pour lutter contre le jihadisme dans le Centre, ajoute un observateur de la politique malienne. Cela a installé une spirale de violences intercommunautaires. » Même si Mahmoud Dicko dit ne pas se considérer comme un acteur politique à proprement parler, difficile de ne pas déceler dans les manifestations de ces dernières semaines une intention profondément politique. De fait, il est devenu indispensable. Certains chefs d’État, inquiets de la situation à Bamako, l’appellent même directement. Il tient la rue et exerce son influence sur un mouvement qui, sans lui, ne serait pas parvenu à mobiliser autant. Il jure qu’il n’a pas l’intention de briguer de mandat électif. Mais il est d’autres manières d’exercer le pouvoir, et l’on peut être puissant sans occuper un fauteuil de président. Sans doute Mahmoud Dicko s’accommoderait-il aisément d’une stature de guide spirituel. Au-dessus de la mêlée, mais incontournable.


MESSAGE

GUINÉE

LES AVANCÉES DE LA NOUVELLELOI

© C. BINANI/AFP

FONDAMENTALE

Adoptée le 22 mars 2020 par référendum, la nouvelle Constitution guinéenne est la cinquième Loi fondamentale de l’histoire de la République de Guinée, après celles de 1958, 1982, 1990 et 2010. Le nouveau texte entend moderniser les institutions et offrir aux Guinéens, de nouveaux droits.


GUINÉE

LES AVANCÉES DE LA NOUVELLELOI

© V. FOURNIER/JA-REA

FONDAMENTALE

L

a Guinée n’avait pas organisé de référendum depuis le mois de novembre 2001. Malgré l’adoption en 2010, d’une Constitution par un Conseil national de transition composé de membres non élus, dont le projet n’avait pas été soumis au vote populaire. En 2019, s’est ouvert à Conakry un débat sur la nécessité de doter le pays d’une nouvelle loi fondamentale qui serait adoptée par référendum. Le président Alpha Condé avait instruit le Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana – du 12 septembre au 4 octobre 2019 – d’ouvrir les consultations avec les institutions, les partis politiques, les syndicats et les organisations professionnelles, ainsi que les membres de la société civile, pour recueillir les avis et opinions, avant qu’une commission supervisée par le ministre de la Justice ne travaille à l’élaboration du texte proprement dit.

© Y. LENQUETTE /JA

Les deux principales formations politiques de l’ancienne opposition parlementaire, et quelques autres mouvements regroupés dans un front, ont décidé de boycotter le nouveau projet. Raison officielle selon eux : une nouvelle Constitution permettrait au président en exercice de s’inscrire dans une nouvelle compétition électorale en 2020. Pourtant, sur le plan légal, rien n’empêchait le président Alpha Condé de recourir à l’arbitrage populaire comme l’a relevé

Le président Alpha Condé est au cœur des réformes.

un ancien ministre de la Justice, Togba Zogbelemou, qui a fait remarquer qu’il ne s’agissait pas d’une révision constitutionnelle au sens des articles 152 et 154 de la Constitution de 2010, relatifs à la procédure et aux limites matérielles et temporelles de la révision. Mais d’une autre disposition inscrite à l’article 51 qui dispose que : « Le président de la République peut, après avoir consulté le président de l’Assemblée nationale, soumettre à référendum tout projet de loi portant sur l’organisation des pouvoirs publics, sur la protection et la promotion des libertés et droits fondamentaux, ou l’action économique et sociale de l’État, ou tendant à autoriser la ratification d’un traité. » Dès lors, était lancé en Guinée, un débat sur la notion de Constitution souvent liée dans les sociétés modernes à celle de la démocratie qui apparaît comme sa finalité. Oubliées ou reléguées au second plan, toutes les innovations apportées par le nouveau texte, à commencer par l’abolition de la peine de mort (article 6 de la nouvelle Constitution), qui est une vraie révolution dans le dispositif législatif guinéen.

L’État veille à travers des fonds spécifiques à la préparation de la jeunesse aux défis du futur.


© Y. LENQUETTE /JA

MESSAGE Pour le législateur guinéen, il fallait sortir du contexte de 2008-2010, lorsqu’une nouvelle Constitution fut adoptée par un Parlement de transition, en mai 2010, pour empêcher qu’une transition militaire ne dure à la tête de l’État.

La protection des femmes, jeunes et personnes vulnérables La Constitution de 2020 apporte de nombreuses innovations. Pour les législatives, désormais, tout Guinéen âgé de 18 ans révolus peut-être candidat, alors que la limite était de 25 ans auparavant. De nouvelles avancées sont enregistrées sur les questions de genre comme l’interdiction des mariages forcés et des mutilations génitales féminines.

Le gouvernement et les assemblées doivent être composés d’au moins un tiers de femmes.

LA NOUVELLE ASSEMBLÉE Un changement notable dans la nouvelle Constitution est le renforcement des pouvoirs de l’Assembléenationalesurlegouvernement. Le président de la République (élu pour un mandat de six ans renouvelable une fois) prononce une fois par an, un message à la nation devant l’Assemblée. Dans l’article 57 de la loi fondamentale du 7 mai 2010, le Premier ministre faisait une déclaration de politique générale devant l’Assemblée sans vote. Désormais, avec la nouvelle Constitution, le Premier ministre a droit à un vote favorable du Parlement pour être validé. À défaut d’un aval des parlementaires, il démissionne avec l’ensemble de son gouvernement (article 99) : « Lorsque l’Assemblée nationale adopte une motion de censure, ou lorsqu’elle désapprouve le programme ou une déclaration de politique générale du gouvernement, le Premier mi-

nistre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement. » Par ailleurs, il faut souligner l’instaurationd’unejournéeparsemaine de « questions au gouvernement ». Jusque-là, le Premier ministre et ses ministres ne se présentaient au Parlement que pour présenter une proposition de loi ou de budget. Cette fois-ci, avec la nouvelle Constitution, le Premier ministre et l’ensemble de son gouvernement sont obligés de répondre aux questions des parlementaires sur leur gestion, une fois par semaine. Et le Premier ministre peut engager la responsabilité de son gouvernement sur son programme. Autre nouveauté, l’intégration dans la Constitution de l’initiative populaire législative. Désormais, les citoyens guinéens peuvent être directement à l’origine des textes

de lois au Parlement. Pour cela, il leur faut réunir des signatures du corps électoral approuvés par un dixième des députés pour se présenter à l’Assemblée nationale. Article 92 : « L’initiative des lois appartient concurremment au gouvernement et aux députés. Le peuple peut soumettre à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à faire adopter une mesure d’intérêt général. Cette initiative doit être approuvée par un dixième des députés pour être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée, et faire l’objet d’un examen.» Avant l’initiative des lois n’était réservée qu’au gouvernement et aux députés. Quant à la révision de la constitution, elle reste du ressort du président et des députés et elle ne peut pas porter sur la forme républicaine de l’État, le principe de l’unicité de l’État, le pluralisme politique et la limitation des mandats présidentiels.


GUINÉE

MESSAGE

LES AVANCÉES DE LA NOUVELLELOI

FONDAMENTALE

Jelikatou Diallo, vice-présidente du Parlement.

La Constitution consacre aussi l’égalité femmeshommes, qui devient un objectif politique et social, et indique que le gouvernement et les assemblées doivent être composés d’au moins un tiers de femmes. En effet, l’égalité femmes-hommes est la première nouveauté par rapport au texte de 2010. Selon l’article 9 : « La République affirme que la parité homme-femme est un objectif politique et social. Le gouvernement et les assemblées des organes délibérants ne peuvent être composés d’un même genre à plus des deux tiers des membres. » De nouvelles dispositions protègent également les personnes les plus vulnérables. Ce point n’était pas pris en compte dans la Constitution de 2010, la nouvelle loi stipule dorénavant que les personnes âgées et les personnes handicapées ont droit à l’assistance et à la protection de l’État, des collectivités et de la société. Enfin, l’État veille à travers des fonds spécifiques à la préparation de la jeunesse aux défis du futur ; c’est ainsi que l’école devient obligatoire jusqu’à l’âge 16 ans.

Des citoyens approuvés par un dixième des députés peuvent être à l’origine d’une proposition de lois.

Tous les droits et libertés consacrés dans la loi fondamentale du 7 mai 2010 ont été conservés dans la nouvelle Constitution, avec de nouveaux acquis. Le respect de l’intégrité physique de la personne, rappelant à l’article 9 qu’aucune situation d’exception ou d’urgence ne doit justifier la violation des droits humains et nul ne peut se prévaloir d’une instruction ou d’un ordre pour exécuter une telle décision, aucun citoyen ne peut être contraint à l’exil, tout citoyen a droit à un avocat dès son interpellation. L’indépendance de la justice est consacrée vis-à-vis de tous les pouvoirs. Ainsi, les membres du Conseil supérieur de la magistrature ne seront nommés que par une loi organique. Le Conseil économique et social s’élargit et prend la dénomination de Conseil économique, social, environnemental et culturel. Il est compétent pour examiner les projets ou propositions de loi ainsi que les projets de décret à caractère économique, social, environnemental et culturel qui lui sont soumis, à l’exclusion des lois de finances. L’autre grand apport de ce projet de nouvelle Constitution est la prise en charge par l’État des personnes avec handicap. L’article 25 dispose désormais que : « Les personnes âgées et les personnes handicapées ont droit à l’assistance et à la protection de l’État, des collectivités et de la société. » Sans oublier les dispositions sur le panafricanisme. Il est inscrit dans la nouvelle Constitution que la Guinée peut décider de se fondre partiellement ou totalement dans une unité politique africaine. L’article 151 du titre XVII stipule que : « La République de Guinée peut conclure avec tout État africain des accords d’association, comprenant abandon partiel ou total de souveraineté en vue de réaliser l’Unité africaine. La république de Guinée accepte de créer avec les États africains, des organisations intergouvernementales de gestion commune, de coordination et de libre coopération. » Une telle disposition n’existait pas dans la Constitution de 2010.

www.presidence.gov.gn

DIFOCM/DF - PHOTOS : SUIVANT MENTION.

© Y. BAH

Élargissement du champ des libertés et panafricanisme


Le patron de l’UN à son domicile, à Libreville, le 15 juin 2017.

DR

GABON

Dynastie contre dynastie

Ancien pilier du régime de Bongo père devenu opposant au fils, Zacharie Myboto devrait quitter la tête de l’Union nationale cette année. Mais sa fille Chantal et son gendre Paul-Marie Gondjout comptent bien peser sur le choix d’un candidat à la présidentielle de 2023.

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MATHIEU OLIVIER

«

’oubli des ennemis et l’oubli des malheurs. » Ainsi Voltaire définissait-il en 1764 une « retraite heureuse ». Nul ne dit pourtant que Zacharie Myboto, 82 ans, ait fait sienne l’ambition du philosophe des Lumières. La politique, en particulier au Gabon, est une scène que l’on ne quitte jamais vraiment. Et Myboto, ancien ministre et ex-patron du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) devenu opposant, a eu le temps de penser à ce qui lui reste de chemin à parcourir.

Candidat en 2005 et en 2009 à la magistrature suprême, le président de l’Union nationale (UN) sait qu’il ne briguera plus le fauteuil présidentiel. Il a échoué deux fois, face à Omar Bongo Ondimba, puis face à Ali, et a ardemment œuvré en 2016 au rassemblement de l’opposition autour de Jean Ping. Si ce dernier a finalement endossé le costume du candidat unique, c’est en grande partie grâce à « Zach », comme le surnomment certains de ses proches. Zacharie Myboto avait alors 78 ans, et déjà des voix s’élevaient, quoique discrètes, pour réclamer un renouvellement des instances du parti. Orphelins d’André Mba Obame,

cofondateur de l’UN décédé en avril 2015, plusieurs cadres prônaient, à tout le moins, un passage de témoin. Mais Zach avait rempilé pour un nouveau mandat, avec une mission en tête : offrir à l’opposition, et à Jean Ping, le scalp d’Ali Bongo Ondimba. Ce sera un échec. Quatre années ont passé. Jean Ping s’est proclamé président élu, et Zacharie Myboto est toujours à la tête de l’UN. Mais la fin est proche : le patriarche a annoncé qu’il quitterait son poste durant le congrès qui devait se tenir en mars, mais qui a été décalé en raison de la pandémie de coronavirus. Les instances du parti espèrent désormais une grand-messe

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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

GABON

au cours du dernier trimestre de 2020. La fin d’une époque ? « Le président Myboto n’a qu’un rêve : passer plus de temps à Mounana, son village, et profiter de ses petits-enfants. Mais si on a besoin de lui et de sa sagesse politique, il répondra présent », confie sa deuxième fille, Chantal.

Idylles et ruptures

Patron du PDG de 1972 à 1990, membre du gouvernement de 1978 à 2001, Zacharie Myboto a marqué la vie politique gabonaise comme peu d’autres. Pilier de la galaxie d’Omar Bongo Ondimba, il en a été l’un des dauphins putatifs. Dans les années 1990, il commence même à croire en son étoile présidentielle. À l’époque, Chantal Myboto vit une idylle avec le chef de l’État, fraîchement séparé de Patience Dabany. Le couple aura un enfant, Onaïda Maisha, née en 1990. Un mariage est même évoqué à deux reprises. Mais l’union du président et de Chantal, conseillère personnelle très écoutée depuis 1988, ne se fera pas. Le chef de l’État épouse finalement Édith Lucie Sassou Nguesso, fille de son homologue congolais. En juin 2001, lors d’une cérémonie où les caciques du régime évitent de se rendre, Chantal Myboto convole en justes noces avec Paul-Marie Gondjout. Faute d’un mariage princier, Zacharie Myboto se résout à divorcer d’avec les Bongo. D’autant que, cinq mois auparavant, il a démissionné du PDG et du gouvernement, où il supportait mal la concurrence de son cadet, André Mba Obame. En 2005, alors à la tête de l’Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD), il se présente à la présidentielle et arrive en troisième position, avec 6 % des voix. Quatre ans plus tard, en juin 2009, Omar Bongo Ondimba s’éteint à Barcelone. Une nouvelle fois candidat à la succession, Zach se lance dans la bataille mais échoue, avec seulement 3,94 % des suffrages, loin derrière Ali Bongo Ondimba. Pour l’opposition, l’heure est au regroupement : en février 2010,

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l’UGDD fusionne avec deux autres formations pour créer l’UN. Myboto en devient le président. Mba Obame, avec qui il s’est réconcilié, en prend le secrétariat exécutif. Paulette Missambo, Casimir Oyé Mba et Jean Eyeghé Ndong complètent le quintette. « Il y a eu un partage des pouvoirs entre le mobilisateur et le gestionnaire: Mba Obame était le candidat pour battre Ali Bongo Ondimba, et Myboto prenait la présidence et la direction des instances », se souvient l’un de leurs subordonnés. Le tandem semble avoir de l’avenir. Mba Obame bénéficie du soutien de l’ethnie fang, la première du pays, quand Myboto se pose en rassembleur des Nzébis, la troisième communauté du Gabon. Mais la maladie de Mba Obame met un terme à cette stratégie. Après le décès de ce der-

« MON PÈRE NE RÊVE QUE DE PASSER DU TEMPS DANS SON VILLAGE. MAIS SI ON A BESOIN DE SA SAGESSE POLITIQUE, IL RÉPONDRA PRÉSENT. » nier, « le parti a eu du mal à rebondir et à retrouver un candidat naturel », confie un cadre de l’UN. Casimir Oyé Mba, fang lui aussi, finit par s’imposer en 2016, mais le parti, poussé par Zacharie Myboto, se range derrière Ping. Depuis, l’UN est en net recul. En 2018, elle ne réussit à faire élire qu’un seul député : Maxime Minault Zima Ebeyard, dans le Woleu-Ntem. « Une déroute prévisible », analyse froidement un battu de ce scrutin. Pour le clan Myboto, la « déroute » est même plus personnelle. Chantal Myboto-Gondjout voit sa candidature invalidée par la Cour constitutionnelle dans le 1er arrondissement de Libreville. Elle se retrouve donc sans siège à l’Assemblée nationale et doit se contenter d’un poste de conseillère

municipale à Libreville et de celui de trésorière de l’UN, quand Paul-Marie Gondjout en est le secrétaire exécutif adjoint. Est-ce suffisant pour assurer l’avenir politique de la famille ? « Ils ne manquent pas d’ambition, mais il y a peu de chances de les voir briguer la succession de Zacharie au poste de président », confie un cadre de l’UN. Le parti s’est en effet construit en opposition à la « succession monarchique » reprochée aux Bongo. Certes, Chantal et Paul-Marie sont des membres importants du bureau national, mais Zacharie Myboto a toujours préféré prendre les décisions importantes avec Casimir Oyé Mba et Paulette Missambo. « Le couple Gondjout a son mot à dire, mais pas davantage que d’autres membres du parti, et moins que les anciens », précise un ex-vice-président. « Nous n’avons pas encore pris de décision, assure Chantal Myboto-Gondjout. Nous observons et nous écoutons, mais rien n’est encore décidé. » Le défi serait de taille. « La communauté fang, qui forme la base du parti, ne les suivrait pas, ajoute notre source. Paul-Marie a de vraies ambitions et peut prétendre à un poste de vice-président qui lui permettrait de peser sur les échéances électorales. Chantal, plus proche des affaires, devrait rester trésorière. »

Vent en poupe

Qui serait alors le successeur – politique, cette fois – de Zacharie Myboto? Une personnalité a le vent en poupe : Paulette Missambo. Membre de la première heure de l’UN, cette ancienne ministre a été de toutes les décisions importantes. Nzébie, comme les Myboto, elle est aussi la deuxième femme de Casimir Oyé Mba, lequel fait figure de potentiel leader chez les Fangs. Citée en 2016 comme possible candidate à la présidentielle, elle n’avait alors pas souhaité griller la politesse à son mari. « Elle a l’avantage de l’expérience et pourrait conserver l’alliance entre Fangs et Nzébis », juge un cadre de l’UN. D’autant que le couple Oyé Mba-Missambo ne manque pas d’amis sur la scène


internationale, notamment les présidents Paul Biya et Alassane Ouattara, et aurait la carrure financière pour porter le parti. Paulette Missambo est-elle la candidate idéale ? L’affaire est en réalité plus complexe. « On va choisir le président du parti, mais tout le monde pense déjà à la présidentielle de 2023 », confie un cadre. Et qui rêve de la magistrature suprême aurait tout intérêt à laisser les rênes de l’UN à un camarade moins ambitieux. « Si elle fait ce calcul, Paulette Missambo peut jouer la carte Oyé Mba à la présidence du parti et se préparer elle-même pour 2023 », estime l’un de leurs proches. Zacharie Myboto n’y verrait, selon nos sources, rien à redire. « Dans une primaire, le président du parti est un militant comme les autres. Mais, évidemment, son avis compte », résume Chantal Myboto-Gondjout, tout en euphémisme. « Missambo a une bonne partie des cartes en main », conclut un membre du bureau politique de l’UN. Quid du couple Myboto-Gondjout? « Paul-Marie est plus médiatique et plus politique que Chantal, mais il n’a jamais gagné d’élection et ne devrait pas pouvoir se mêler à la bataille pour 2023, confie un camarade. Chantal,

« PAULETTE MISSAMBO A DE L’EXPÉRIENCE. AUTRE ATOUT POUR LA PRÉSIDENTIELLE : CETTE NZÉBIE EST MARIÉE À UN FANG. » elle, est davantage dans l’organisation interne et la trésorerie du parti. » S’il décidait de ne pas se lancer, le couple aurait toutefois d’autres cartes à jouer. Grâce à ses activités à l’étranger dans le domaine de l’intermédiation et de l’immobilier, il aurait lui aussi une assise financière suffisante pour peser sur le parti. Chantal MybotoGondjout fait partie des gros donateurs historiques de l’UN, comme l’était André Mba Obame et comme l’est aujourd’hui Zacharie, dont l’ancien domicile héberge toujours (gracieusement) le siège du mouvement. Paul-Marie, l’ex-ingénieur pétrolier et fonctionnaire, et Chantal, la femme d’affaires, vont-ils devoir se résoudre à jouer les seconds rôles ? Au sein de l’UN, beaucoup avancent cette hypothèse. Mais le couple a aussi un autre

atout dans la perspective de 2023 : Laure Olga Gondjout. L’ancienne médiatrice de la République est la sœur aînée de Paul-Marie Gondjout et de Vincent de Paul Gondjout, ancien député du PDG et aujourd’hui vice-président du Rassemblement pour la patrie et la modernité, d’Alexandre Barro-Chambrier. La fille de ce dernier, Roselyne, est en outre mariée avec le fils de Laure Olga Gondjout. En 2016, Barro-Chambrier s’était laissé convaincre, notamment par Zacharie Myboto, de laisser sa place à Jean Ping. Aujourd’hui, il est décidé à jouer sa carte à la prochaine présidentielle pour, enfin, ravir le trône aux Bongo. « Laure peut faire le lien entre les Myboto, les Gondjout et les Chambrier pour favoriser leur ralliement à l’opposant le mieux placé au premier tour », prédit un ancien de l’UN. Barro-Chambrier peut-il croire en l’alignement des dynasties? « Comme d’autres, Zach a ce scénario en tête. Politiquement, il a toujours un ou deux coups d’avance », conclut un intime. « Si la situation l’exige, il reviendra à Libreville », assure sa fille. Dans le jeu des puissants, la famille Myboto, avec son patriarche, son gendre et son héritière, n’a pas dit son dernier mot.

JOCELYN ABILA/AFRIKIMAGES

QUI SE PRÉPARE POUR LA PRIMAIRE?

Paulette Missambo, lors d’un meeting, le 15 août 2016.

Le candidat de l’Union nationale (UN) à la présidentielle de 2023 sera choisi à l’issue d’une primaire. Outre Paulette Missambo, l’influente vice-présidente du parti, qui n’a rien dévoilé de ses intentions mais dont les prétentions pourraient être légitimes, plusieurs cadres pourraient y participer. Parmi eux, Maxime Minault Zima Ebeyard, qui bénéficie de la popularité due à son statut de seul député de l’UN. Fang, il occupe en outre l’ancien fauteuil d’André Mba Obame, celui de secrétaire exécutif, et pourrait jouer sur cette symbolique. Le nom d’un autre Fang, l’ancien ministre des Finances Charles Mba, discrètement arrivé à l’UN en 2017 et qui vient de lancer un cercle de réflexion en France, revient également. Enfin, un ex-proche d’André Mba Obame, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, pourrait tenter de relever le défi. M.O.

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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

RD CONGO

Tshisekedi seul dans la tempête

Privé de Vital Kamerhe, son principal allié politique condamné à vingt ans de prison, le chef de l’État aura fort à faire pour gérer une coalition où tous les coups semblent permis.

apayes mûres, mangues vertes et citrons jaunes. Ce matin-là, Félix Tshisekedi et son épouse, Denise Nyakeru, admirent les étals bien garnis de la Foire internationale de Kinshasa (Fikin). Accompagné d’une poignée de ministres pour cette visite surprise consacrée à l’entrepreneuriat féminin et au « made in Congo », le chef de l’État, casquette, lunettes de soleil et masque anti-Covid, reste impassible. Ce 20 juin n’est pourtant pas un jour comme les autres. À quelques kilomètres de là, dans l’ouest de la tentaculaire capitale congolaise, derrière les murs de la prison de Makala, Vital Kamerhe attend d’être fixé sur son sort. Accusé de détournement de fonds et de corruption dans la gestion du programme d’urgence des cent jours, il écopera quelques heures plus tard, et à l’issue d’un verdict fleuve, d’une peine de vingt ans de prison. Depuis l’incarcération de son directeur de cabinet, le 8 avril, le président congolais s’applique à ne rien laisser paraître, comme indifférent au sort réservé à celui qui fut, à partir de novembre 2018, son principal allié au sein de la coalition Cap pour le changement (Cach). Il a scrupuleusement suivi chaque étape de la procédure, mais n’a jamais souhaité donner l’impression qu’il s’impliquait dans le dossier. Le patron de l’Union pour la nation congolaise (UNC) et ses avocats, qui ont espéré jusqu’au dernier moment un « geste » du chef de l’État, en ont été pour leurs frais. Cette condamnation a ouvert un nouveau chapitre dans le mandat de Félix Tshisekedi. « À titre personnel, ce n’est pas simple pour le président, assure l’un de ses proches. Mais, politiquement, cela ne change pas

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grand-chose. » Au sein du cabinet de Félix Tshisekedi, la chute de Vital Kamerhe a pourtant entraîné un discret remaniement. Celui-ci a profité à ces conseillers qui, malgré leur proximité avec le chef de l’État, étaient jusque-là relégués au second plan du fait de l’influence du « dircab ». Privé de ce dernier, Félix Tshisekedi est désormais seul aux commandes et doit gérer sa relation avec Joseph

PRÉSIDENCE RDC

P

ROMAIN GRAS

Kabila et son Front commun pour le Congo (FCC). Or ceux-ci ne lui laissent que peu de répit. Ils n’ont d’ailleurs pas attendu la fin du procès de Kamerhe pour passer à l’offensive en tentant de lui imposer leur réforme judiciaire. Très controversé, le projet comprend trois lois, qui ont été proposées par deux députés du FCC, Aubin Minaku et Garry Sakata, et qui ont


pour objectif de renforcer les attributions du ministre de la Justice – un portefeuille détenu par le camp de l’ancien président – au détriment des magistrats du parquet. L’initiative est perçue comme une tentative de musellement de la justice et met le chef de l’État, qui continue de promettre le rétablissement de « l’état de droit », dans une position délicate. « Le problème, avec la coalition FCCCach, c’est que Félix Tshisekedi se trouve obligé d’assumer certaines des décisions prises par son partenaire même s’il n’y adhère pas, explique un diplomate en poste à Kinshasa. Et même en faisant preuve de souplesse, certaines pilules sont difficiles à avaler. »

Paranoïa

La rapidité avec laquelle Vital Kamerhe a été condamné inquiète-t-elle le FCC? Les proches de l’ancien président ont beau revendiquer la paternité de l’enquête, il ne leur a pas échappé que Félix Tshisekedi n’a pas bougé pour venir en aide à un homme qui passait, il y a encore quelques mois, pour être le « président bis ». À Kinshasa, la paranoïa gagne donc du terrain. « Une certaine panique s’est installée dans l’entourage de Joseph Kabila, affirme un conseiller du président. Félix Tshisekedi a pourtant été clair depuis le début : il veut un nouveau départ et que les pratiques changent. Mais il n’est pas là pour faire la chasse aux sorcières. »

Conscient des tensions et du fait qu’il n’a pas forcément intérêt à s’en prendre frontalement à ses alliés du FCC, Tshisekedi joue l’apaisement. « Nous n’allons pas vers une rupture de la coalition, a-t-il déclaré le 16 juillet, en marge d’une visite à Brazzaville. » Mais il en faudra plus pour rassurer les personnes concernées. Car en voulant passer en force sur le dossier de la réforme judiciaire, le FCC a dû sacrifier l’un de ses pions les plus stratégiques au gouvernement : le vice-Premier ministre chargé de la Justice, Tunda Ya Kasende, qui a dû démissionner le 11 juillet. Il lui a en effet été reproché d’avoir transmis sans consultation préalable les observations du gouvernement sur ce dossier. Le couple présidentiel à la Foire internationale de Kinshasa, le 20 juin.

« MÊME QUAND ON FAIT PREUVE DE SOUPLESSE, CERTAINES PILULES SONT DIFFICILES À AVALER », EXPLIQUE UN DIPLOMATE.

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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

RD CONGO

« S’agissant du ministre, nous aurions pu opter pour une solution judiciaire, mais nous avons privilégié l’option politique », insiste un conseiller du chef de l’État. Officiellement, l’examen de la réforme a été reporté à la session parlementaire du mois de septembre. Si, du côté du FCC, on parle d’un simple délai destiné à faire de la « pédagogie », l’entourage du président ne cache pas sa volonté d’enterrer le projet. « Ils parlent de pédagogie pour sauver la face, résume notre interlocuteur. Mais ce projet n’aboutira pas. » Félix Tshisekedi est-il toujours l’allié fiable que le FCC a cru voir en lui? Dans la vallée de la N’sele, où trône l’imposant domaine de Kingakati, on en doute de plus en plus, et les tractations autour de la démission de Benoît Lwamba, le président de la Cour constitutionnelle, n’ont fait que renforcer la méfiance entre les deux camps.

Jeu de dupes

Devenu président de cette juridiction en 2015, Lwamba a longtemps été, pour l’opposition, l’incarnation d’une justice réputée aux ordres du chef de l’État. Le jeu de dupes qui s’est installé autour de sa démission, actée par Tshisekedi le 15 juillet mais toujours fermement démentie par son entourage, montre bien l’enjeu que représente cette cour, dont l’une des principales attributions est de trancher les contentieux électoraux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Tshisekedi y a promu, quelques jours plus tard, trois nouveaux membres, dont Dieudonné Kaluba Dibwa, l’un des avocats de l’État dans le procès de Vital Kamerhe. Le FCC et le Cach sont prêts à se rendre coup pour coup. Déjà considérée comme un sujet « sensible », la relation entre Kabila et Tshisekedi est devenue quasi taboue. Après plusieurs jours, quelques rendez-vous avortés et une discrète médiation de la patronne de la Monusco, la diplomate algérienne Leïla Zerrougui, les deux hommes ont fini par se voir, le 2 juillet. Rien ou presque n’a filtré de cette réunion, qui aura duré trois heures. Tout juste sait-on qu’ils sont convenus

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de l’intérêt de maintenir un « agenda commun » et de relancer le comité de suivi de l’accord FCC-Cach. Mais quand, l’entretien arrivant à son terme, Tshisekedi découvre que l’Assemblée nationale vient d’entériner le choix de Ronsard Malonda comme nouveau président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et que Kabila ne lui en a pas touché un mot, la situation se tend de nouveau. L’ancien président a-t-il sciemment gardé le secret sur le coup de force que menaient les députés pendant qu’eux-mêmes tentaient d’aplanir leurs différends? Plus tard, en Conseil des ministres, Tshisekedi assurera lui avoir posé la question. À l’en croire, Joseph Kabila a nié et aurait eu l’air aussi surpris que lui. M a i s s e f o n t- i l s s e u l e m e n t confiance? Le coordonnateur du FCC, Néhémie Mwilanya, répond que « ces questions sont souvent subjectives ». « De toute façon, ces rencontres sont hypocrites », lâche Peter Kazadi, conseiller juridique de l’Union pour la démocratie et le progrès social

« DE TOUTE FAÇON, CES RENCONTRES ENTRE LE PRÉSIDENT ET KABILA SONT HYPOCRITES », LÂCHE PETER KAZADI, UN CADRE DE L’UDPS. (UDPS, au pouvoir). Serait-ce pour s’éviter les immanquables réticences du FCC que Tshisekedi a profité d’un déplacement de Sylvestre Ilunga Ilunkamba, le Premier ministre, pour faire contresigner, le 17 juillet, les ordonnances de nomination dans la magistrature et dans l’armée – et la mise à l’écart du général John Numbi par le ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde ? « Avec le Premier ministre, ces ordonnances allaient traîner », reconnaît l’un des stratèges du chef de l’État. Si, dans le camp présidentiel, on ne cache plus ses doutes vis-à-vis des ministres FCC, le « désamour est

Ils ont le vent en poupe

A

près les luttes d’influence entre l’entourage de Félix Tshisekedi et celui de Vital Kamerhe, de discrets changements sont en cours à la Cité de l’Union africaine depuis l’incarcération de ce dernier, le 8 avril. Alors que Désiré Cashmir Eberande Kolongele est directeur de cabinet intérimaire depuis le 12 mai, le nom de Claude Ibalanky revient avec insistance dans l’entourage présidentiel pour l’attribution de ce poste. Jusqu’à présent, il est coordonnateur du mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, chargé officieusement par Tshisekedi de la gestion de la diplomatie au niveau régional.

Tout comme Claude Ibalanky, d ’a u t re s p e r s o n n a l i té s q u i étaient en délicatesse avec le précédent directeur de cabinet bénéficient d’un regain d’influence à la présidence. C’est le cas du haut représentant du chef de l’État, Kitenge Yesu, élevé au rang de vice-Premier ministre en mai, après l’abrogation d’une ordonnance de novembre 2019 qui le plaçait à un niveau hiérarchique inférieur à celui de Vital Kamerhe. Félix Tshisekedi se sert notamment de lui pour faire le relais avec ses différents partenaires politiques. Il est aussi régulièrement envoyé auprès de Joseph Kabila pour transmettre des messages à l’ancien président.


réciproque », assure un cadre sécuritaire de l’ère Kabila. À Kinshasa, la tension ne cesse de monter. Au début de juillet, la société civile et la coalition de l’opposition Lamuka ont manifesté contre la nomination de Ronsard Malonda. L’UDPS aussi, offrant l’image étrangement familière d’une foule qui déferle sur les grands boulevards de Kinshasa, scandant son hostilité à l’égard de Joseph Kabila, comme elle l’avait fait tant de fois quand le parti était dans l’opposition. « Au sein de l’UDPS, il n’y a jamais vraiment eu d’explication sur la façon dont on était arrivé à cette coalition, résume un connaisseur de la politique congolaise. Du coup, les militants ont du mal à comprendre quel est leur rôle dans cet attelage politique. » Tshisekedi pouvait-il se permettre de valider la nomination de Malonda, dont son propre entourage qualifiait le processus de « frauduleux »? Sous ses allures de colosse, il a parfois été perçu comme trop « tendre » pour gérer sa base. À Limete, commune kinoise où est installé le QG du parti, nul n’a

oublié que c’est la colère de l’UDPS qui a fait que Tshisekedi a retiré son soutien à Martin Fayulu, en 2018, et qu’il s’est porté candidat. Une fois de plus, l’UDPS espérait bien le faire céder et le dissuader d’offrir à Ronsard Malonda l’onction présidentielle que le camp Kabila attendait. « Comment, dans sa position de chef de l’État, Félix Tshisekedi peut-il accepter une décision qui irait à l’encontre du peuple? » lance Peter Kazadi. « Il faudrait clarifier le jeu. Où l’on est au pouvoir, ou l’on est dans la rue », rétorque Néhémie Mwilanya. Évoquant, dans un courrier adressé le 13 juillet à Jeanine Mabunda, la présidente de l’Assemblée nationale, les « différents mouvements de contestation observés à travers le pays », Tshisekedi a expliqué qu’il n’entérinerait pas le choix de Malonda.

Soutien américain

Ce refus pourrait entraîner un nouveau bras de fer avec le FCC. Faute d’options, Félix Tshisekedi semble prêt à ouvrir le dialogue pour désigner

le futur président de la Ceni. Selon nos informations, cette hypothèse a été évoquée avec le roi Philippe et la Première ministre, Sophie Wilmès, lors d’un récent déplacement en Belgique du chef d’État congolais. Brazzaville, où il s’est également rendu, encourage aussi la recherche d’un consensus. Comme depuis le début de son mandat, Tshisekedi peut compter sur son allié américain. Les États-Unis ne s’en sont jamais cachés : ils considèrent qu’il peut être l’homme de la rupture. Mais il doit être prêt à y laisser quelques plumes. La condamnation de Vital Kamerhe était, à ce titre, une « étape » que Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, a saluée, y voyant la preuve que « nul, quel que soit son rang, ne peut être au-dessus des lois ». Dans certaines chancelleries, la démarche suscite quelques réticences. « Les Américains poussent Tshisekedi à la confrontation, c’est leur choix, glisse un diplomate. Mais si un jour la situation dégénère, ils ne déploieront pas de marines à Kinshasa. »

PRESIDENCE RDC

De g. à dr.: Fortunat Biselele, conseiller privé du président; Michée Mulumba, son assistant personnel; et Taupin Kabongo, son secrétaire particulier.

Assistant personnel de Félix Tshisekedi, Michée Mulumba a, de son côté, hérité du poste de conseiller en communication du président de la République. Proche de longue date du chef de l’État, il a

ainsi récupéré certaines des prérogatives jusque-là confiées à Lydie Omanga, une fidèle de Kamerhe, nommée vice-présidente de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications le 16 juin.

Taupin Kabongo, le secrétaire particulier de Félix Tshisekedi, gère désormais l’agenda du président, une tâche précédemment dévolue à Michée Mulumba. Autre personnalité à tirer avantage de l’incarcération de Vital Kamerhe, le sénateur François Muamba a été nommé, en avril, coordonnateur national du Conseil présidentiel de veille stratégique, une cellule créée spécialement pour lui. R.G.

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

Juristes ou journalistes de formation, elles font partie de la garde rapprochée de Kaïs Saïed. Remarquées pour leur parcours parfois atypique, ces nouvelles venues en politique font grincer des dents dans les cercles de pouvoir.

ONS ABID

TUNISIE

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Les femmes no3091 – AOUT 2020


80 Tribune Palestine : lettre ouverte à mes amis arabes

82 Algérie Chengriha, la locomotive de l’armée

Le couple Saïed, à Tunis, le 13 octobre 2019.

du président no3091 – AOUT 2020

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

TUNISIE

K

FRIDA DAHMANI, À TUNIS

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Nadia Akacha et le chef de l’État dans les locaux de l’unité spéciale de la Garde nationale, à Bir Bouregba, le 26 février.

PRÉSIDENCE DE TUNISIE

aïs Saïed avait mené, en 2019, une campagne électorale atypique qu’il semblait gérer avec une poignée de proches. Ceux qui pensaient que ces derniers deviendraient tout naturellement membres du bureau présidentiel se trompaient. Neuf mois après son accession au pouvoir, celui qui déclarait : « […] ce n’est pas aujourd’hui que la femme tunisienne retournera en arrière », a choisi de s’entourer essentiellement de collaboratrices, qui, pour la plupart, sont passées par l’université de droit de Tunis et y ont parfois été ses collègues. La charnière centrale a été confiée à Nadia Akacha et à Rachida Ennaïfer. La première, que l’on surnomme « la dame de fer », est chargée de la bonne marche du palais de Carthage. Elle est l’interlocutrice indispensable de quiconque souhaite accéder au chef de l’État. La seconde dirige d’une main de maître la communication présidentielle, et s’est elle-même entourée d’une équipe de femmes. Une juriste – Sarra Maaouia – pilote la cellule diplomatique. Ces choix ont étonné ceux qui estiment que la valeur d’un conseiller ne se mesure qu’à la longueur de son curriculum vitae. Pas peu fier de prendre le contre-pied de ses prédécesseurs, Kaïs Saïed, lui, se garde de tout commentaire. Son équipe est à l’œuvre, et il en est satisfait. « Il a toujours été attentif à l’avis des femmes et assez admiratif de leur détermination et de leurs sacrifices. Il est l’un des rares à connaître en détail leur mobilisation dans la lutte nationale », raconte l’un de ses anciens confrères, qui balaie d’un revers de main tout parallèle avec les amazones de Mouammar Kadhafi. Si les Tunisiennes ne sont pas séduites par une carrière politique – un fief encore essentiellement masculin –, elles sont nombreuses à avoir détenu des portefeuilles ministériels, occupé des postes dans des ambassades ou des charges de hauts commis de l’État. Mais rares ont été celles en poste à Carthage. Le fait est assez insolite pour être relevé, bien que Béji Caïd Essebsi ait ouvert la voie, en 2018, à la fin de son mandat, avec Selma Elloumi, directrice du cabinet présidentiel, Saïda Garrach, conseillère principale chargée de la société civile et des dossiers sociaux, et Aïda Klibi, responsable de la coordination avec les médias.

NADIA AKACHA, la directrice de cabinet

LES TUNISIENNES EN POLITIQUE REPRÉSENTENT

16 %

des têtes de liste aux législatives de 2019

5%

des candidats aux législatives

47 %

des élus aux conseils municipaux de 2018

Brune, l’allure presque martiale, Nadia Akacha soigne son image de femme en vue. Elle ne quitte jamais ses strictes vestes de tailleur, ni ses grands sacs à main, qu’elle tient à bout de bras. Cheville ouvrière de tout ce qui a trait au fonctionnement du palais de Carthage, dont elle semble détenir toutes les clés, elle en est le numéro deux, celle sans qui rien ne se fait. Inconnue il y a encore un an, elle est aujourd’hui le bras droit du président. Œuvrant dans l’ombre, assez secrète, voire réfractaire à toute forme de médiatisation, la jeune femme supervise le parcours du chef de l’État dans les moindres détails. Elle n’est jamais très loin de lui, comme on l’a vu durant la visite officielle du président Saïed à Paris, en juin, qu’elle a scrupuleusement organisée, mais aussi lors d’événements plus confidentiels, comme la réunion du Conseil supérieur des armées, où siègent uniquement le président de la République, le ministre de la Défense et les chefs d’état-major des trois corps armés. Recrutée dès l’investiture de Saïed comme conseillère juridique auprès de la Présidence,


ICHRAF CHEBIL SAÏED, L’ÉPOUSE

elle a en quelques mois écarté ceux qui gênaient son ascension pour prendre, à la fin de janvier 2020, la direction du cabinet présidentiel. Le général Mohamed Salah Hamdi, ancien conseiller à la sécurité nationale (qui s’était irrité d’être écarté de certaines rencontres et de ne pouvoir consulter le président en tête à tête), et l’ex-ministre conseiller Abderraouf Bettaïeb en ont fait les frais. Rien ne prédestinait pourtant Nadia Akacha à se retrouver à Carthage : docteure en droit public et spécialiste de droit constitutionnel, celle qui a eu pour mentor le juriste Rafaa Ben Achour a partagé ces centres d’intérêt avec Kaïs Saïed au sein de l’Association tunisienne de droit constitutionnel. Enseignantechercheuse à l’Institut Max-Planck de droit public comparé et de droit international à Heidelberg (Allemagne), elle envisageait d’embrasser une carrière d’universitaire, mais ses travaux sur la protection des droits fondamentaux et sur l’État au cours d’une transition démocratique l’ont conduite à rejoindre,

aucun domaine de la vie publique. Native de Sfax, fille de juge et petite-fille de Sidi Ali Chebil, un homme vénéré dans la région de Teboulba, dont sa famille est originaire, elle s’est mise en réserve de ses fonctions de vice-présidente de la chambre civile du tribunal de première instance de Tunis pour la durée du mandat présidentiel, « par égard pour l’indépendance de la magistrature ». Ce qui ne l’empêche pas de faire partie, avec Ridha el-Mekki, Naoufel Saïed – le frère du président –, et la militante Sonia Charbti, du premier cercle de Kaïs Saïed. Et de se montrer très attentive à l’évolution de la situation politique en Tunisie. F.D. À Tunis, en octobre 2019.

ONS ABID

Durant sa campagne, le futur président avait annoncé qu’en cas de victoire son épouse ne porterait pas le titre de « première dame », un statut qui ne figure pas dans la Constitution. Il donnait ainsi le ton de son mandat et imposait sa stricte interprétation de la Loi fondamentale. Si l’ancienne étudiante en droit – qui a rencontré son mari à la faculté de Sousse, où il enseignait – a accepté de s’installer à Carthage avec sa famille pour des raisons de sécurité, elle n’en demeure pas moins d’une discrétion absolue. Depuis l’investiture de Kaïs Saïed, où elle avait fait forte impression par son élégance, elle n’est pas apparue aux côtés de son époux et n’intervient dans

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

TUNISIE

RACHIDA ENNAÏFER, la chargée des services de communication

ONS ABID

Sa plume, incisive et engagée, en avait dérangé plus d’un sous l’ancien régime, quand elle avait défendu la liberté de la presse, notamment en présidant l’Association des journalistes tunisiens (AJT). Issue d’une famille de notables tunisois, cette francophone qui a enseigné à la Faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis, où elle a côtoyé Kaïs Saïed, ainsi qu’à l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), a claqué la porte, en 2015, de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), dont elle avait été membre dès sa création. Cette forte tête fait tampon entre un président très réservé et des médias très demandeurs. Après un temps d’adaptation, au cours duquel son inimitié avec l’ancien minis tre - cons eiller Abderraouf Betbaïeb avait éclaté au grand jour, elle privilégie désormais la discrétion en matière de communication. Et s’emploie à la faire régner à Carthage.

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Rym Gacem.

ELLES COMPTENT AUSSI • Comme ses autres collègues à Carthage, Sarra Maaouia, la conseillère chargée de la coopération diplomatique, connaît bien les arcanes de la Faculté des sciences juridiques de Tunis, dont elle docteure en droit. Elle y a fait l’essentiel de sa carrière, consacrée à l’enseignement du droit international, des droits humains et des droits de l’enfant. • À Carthage depuis le début d’avril, Hella Lahbib porte, selon le Journal officiel, le titre d’« attachée », sans plus de précision. De sa vingtaine d’années de carrière dans le journalisme, le grand public a surtout retenu son entretien fleuve avec Rachida Ennaïfer. Celle-ci y dévoilait, en octobre 2019 – au lendemain des élections –, « la face cachée de Kaïs Saïed: l’histoire d’un homme devenu président de la République ». Ni l’une ni l’autre n’étaient officiellement pressenties pour travailler à Carthage, mais, avec le recul, les observateurs y voient un lien de cause à effet. Après un passage par la Faculté des sciences juridiques de Tunis et une maîtrise en lettres et civilisations françaises, la journaliste avait longtemps travaillé en milieu institutionnel avant de rejoindre le quotidien La Presse et d’obtenir, en 2013, un mastère en sciences politiques. • Ancienne joueuse et arbitre de handball, Rym Gacem, l’attachée à la communication, est diplômée de l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi). Elle a commencé sa carrière au service des sports de l’Agence Tunis Afrique Presse (TAP) avant de passer au service multimédia, chargée du développement digital. Rédactrice en chef du service culture et formatrice de journalistes dans le cadre de la transition démocratique, elle a quitté la TAP pour rejoindre le palais de Carthage, où elle encadre le travail d’Ihsen Sbabti, nommée à la fin de mai attachée à la communication digitale. F.D.

HICHEM

Hella Lahbib.

HICHEM

pour les scrutins de 2011 et de 2014, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne en Tunisie (MOE UE). La quadragénaire vit à Ezzahra (banlieue sud de Tunis), où elle a pour voisins Ghazi Jeribi, l’ancien ministre de la Justice, et Hichem Mechichi, l’actuel ministre de l’Intérieur. Elle a noué des amitiés en politique, notamment lors de son passage par le think tank d’Al Badil, que Mehdi Jomâa a lancé puis transformé en parti. Certains la disent proche de Tahya Tounes du fait de son amitié avec Selim Azzabi, secrétaire général de cette formation et ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale. Mais Nadia Akacha, qui connaît désormais le tout-Tunis politique, est surtout une fidèle parmi les fidèles du chef de l’État et de son épouse.


AU CARREFOUR DES DÉFIS RELEVÉS PAR L’AFRIQUE L’Université Mohammed VI Polytechnique est un pôle de recherche, d’innovation, d’éducation et d’entrepreneuriat, qui aspire à devenir un pont solide entre le Maroc, l’Afrique et le monde

Située dans la « Ville verte Mohammed VI » à Benguerir, près de Marrakech, l’UM6P l’UM applique une approche d’apprentissage par la pratique, le “learning by doing”, et développe de solides partenariats avec des universités de classe mondiale, afin de promouvoir le leadership et la formation dans des domaines de recherche ciblés. En contribuant à la formation d’une nouvelle génération de chercheurs, d’entrepreneurs

et de leaders, l’UM6P s’engage à positionner le Maroc et l’Afrique à la pointe de la technologie et des sciences humaines. L’Université Mohammed VI Polytechnique aspire à devenir une université de classe mondiale, engagée, et activement impliquée dans la formation de leaders dans les domaines des sciences, de la technologie et des sciences humaines en Afrique.

www.um6p.ma


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Tribune

PALESTINE

Lettre ouverte à mes amis arabes Lakhdar Brahimi

VINCENT FOURNIER/JA

Ancien ministre algérien des Affaires étrangères

Diverses personnalités du monde arabe se sont associées pour déposer prochainement une pétition auprès de plusieurs organisations internationales (ONU, OMC, Ligue arabe, Union africaine, Union européenne, etc.). L’objectif: (ré)affirmer leur opposition au plan de paix américain de janvier 2020, dit « deal du siècle », censé résoudre le conflit israélo-palestinien. JA reproduit ici le message que Lakhdar Brahimi, l’ancien médiateur de l’ONU, a pris l’initiative d’adresser à ces figures du monde arabe pour les mobiliser.

J

«

’adresse cette lettre aux amis arabes – anciens responsables gouvernementaux, officiels, intellectuels et militants – dont j’ai réussi à rassembler les adresses. Mais, comme il apparaîtra plus loin, mon ambition est d’atteindre une audience plus large encore, dans le monde arabe et au-delà. Je ne prête aucune attention aux affiliations politiques, quelles qu’elles soient. J’estime que ce que font les Israéliens

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et l’Administration américaine doit nous mener à mettre de côté nos divisions internes et les divisions entre États. Aussi, cette lettre parviendra à des personnes que je n’ai pas eu le privilège de rencontrer personnellement. Leurs noms me sont connus par leurs écrits, ou bien ils m’ont été suggérés par des amis communs. La dépossession brutale, systématique et continue par Israël du peuple palestinien atteint son paroxysme avec le


prétendu “deal du siècle”. Depuis des décennies, Israël bénéficie du soutien illimité des États-Unis en particulier, et des principaux gouvernements européens en général. Cet appui a désormais franchi la dernière limite: le Premier ministre israélien décide, l’Administration américaine exécute.

Hébron, en Cisjordanie.

LE PREMIER MINISTRE ISRAÉLIEN DÉCIDE, L’ADMINISTRATION AMÉRICAINE EXÉCUTE.

SURROCA LAURA/SIPA

« Accord du siècle? »

Dans quelle mesure cette dernière a-t-elle réellement contribué à la rédaction de cet accord du siècle? Netanyahou s’est publiquement vanté d’avoir désigné une équipe entièrement israélienne qui s’est assurée avec zèle que le texte paraisse tel quel. Le seul Américain à avoir un tant soit peu participé aux discussions de fond, selon les Israéliens, fut David M. Freedman, l’ambassadeur des États-Unis en Israël. Nous savons tous que l’homme est, a été, et demeurera un promoteur dévoué et un bailleur de fonds de la colonisation israélienne de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le but de cette lettre n’est pas de débattre des réactions des gouvernements arabes, et encore moins de leur prodiguer des recommandations. Mon objectif est de voir si, en tant qu’individus, nous pouvons agir ensemble. Et je crois que nous le pouvons. Les Israéliens n’ont jamais daigné accorder la moindre attention au Plan de paix arabe – pas même un commentaire sérieux, pour autant que je sache. Ils avaient leur propre plan, bien avant la déclaration de Balfour, en 1917: ils ont créé leur État, et poursuivi avec constance l’application progressive de leur grand projet. Je crois qu’à un certain moment, très tôt, les leaders israéliens ont été surpris de constater qu’ils seraient même en mesure de s’approprier toute la Palestine. Ils ont avancé en ce sens à pas de géant. Ces deux dernières années, ils ont franchi les deux marches les plus importantes: la loi sur l’État-nation juif et l’annexion de Jérusalem, du plateau du Golan et, à tout moment maintenant, de 30 % de la Cisjordanie. Les Palestiniens sont bien trop faibles pour défier les menées israéliennes. Ils font ce qu’ils peuvent, et je crois qu’ils feront davantage encore. Les gouvernements arabes sont tout aussi faibles et seraient tout aussi inefficaces s’ils étaient désireux de faire quelque chose. Mon propos n’est pas de soulever ici le débat du manque d’unité des dirigeants palestiniens, ou celui de la désormais absence presque totale de coopération entre gouvernements arabes. La Ligue

des États arabes ne peut pas prendre de position plus ferme que celle que ses membres lui permettent collectivement de prendre.

Boycott et sanctions

Des officiels arabes à la retraite et des intellectuels seraient, à l’évidence, encore plus impuissants à mener par eux-mêmes la moindre action. Mais ils peuvent parler haut et fort. Et s’ils le font, ils seront entendus. Ils savent pertinemment que leurs vues seraient partagées par l’immense majorité des Arabes, qu’ils vivent dans leur pays ou ailleurs dans le monde. Je suggère une déclaration qui ferait simplement le constat de l’impuissance du leadership palestinien et des gouvernements arabes face aux menées du Premier ministre Netanyahou et de l’Administration Trump. Mais qui affirmerait solennellement que nous, en tant qu’individus, et en tant que groupe, considérons ces actions – déjà condamnées par les Nations unies et par quasiment chacun de ses États membres – illégales et illégitimes. Elles sont et doivent rester nulles et non avenues. Nous soutenons avec force leur rejet par les dirigeants palestiniens et le peuple palestinien des Territoires occupés, de Jérusalem, de Gaza, d’Israël et de la diaspora. Nous soutenons aussi le droit du peuple palestinien à se battre contre cette insupportable injustice par tous les moyens à sa disposition. Nous soutenons en particulier le BDS [boycott, désinvestissement et sanctions] et appelons le monde entier à y prendre part activement, comme cela a été le cas contre l’apartheid en Afrique du Sud, avec le succès que l’on sait. Le plus tôt nous nous exprimerons, le mieux ce sera. Permettez-moi d’insister: il s’agit ici d’une initiative strictement personnelle. Je suis convaincu que nous partageons tous les mêmes sentiments de colère et d’impuissance, que nous voyons tous que ce à quoi le peuple palestinien est soumis est injuste, totalement inacceptable et aussi humiliant pour lui que pour nous. »

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

ALGÉRIE

Chengriha, la locomotive de l’armée Un an après la crise de confiance entre le pouvoir et la population, le nouveau chef d’état-major a la lourde tâche de moderniser et de rajeunir l’institution militaire, ainsi que d’œuvrer à la réconciliation que prône le président Tebboune.

I

AKRAM KHARIEF, À ALGER

«

l y a trois types d’officiers, ou, disons, trois types de carrières dans l’armée. Devenir officier de carrière dans son arme d’origine, c’est comme être dans un train ; se tourner vers l’extérieur en étant attaché militaire ou chargé des achats de matériels et des marchés publics, c’est comme être dans un péage ; enfin, flirter avec la décision politique, c’est comme faire du horspiste. En l’occurrence, Saïd Chengriha n’est pas dans un train, il est la locomotive. » C’est en ces termes qu’un général à la retraite décrit la trajectoire du chef d’état-major par intérim. Avant d’ajouter, pour que l’on ne se méprenne pas : « S’il est arrivé à jouer un rôle politique, c’est grâce à son parcours, qui lui a donné de l’endurance et beaucoup de souplesse. Deux atouts qui lui ont permis d’éviter les chausse-trapes et de tenir face à l’adversité. » Notre interlocuteur ne se considère pas comme l’ami de Chengriha. D’ailleurs, il ne lui connaît que peu d’amis, en dehors du général Abdelaziz Medjahed, un compagnon de route. Les deux hommes ont en effet suivi les mêmes voies, fréquenté les mêmes unités de combat et partagé les moments les plus difficiles de leur carrière, pendant les années 1990. Il faut beaucoup creuser pour trouver trace des chemins empruntés par l’actuel chef d’état-major des armées.

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Les rares fois où son nom est cité, c’est lors de règlements de conflits. Saïd Chengriha est né le 1er août 1945, à El-Kantara, dans l’actuelle wilaya de Biskra. Véritable paradis sur terre, la petite ville est à l’époque un haut lieu du tourisme saharien : à la fois première étape de la longue boucle qu’empruntent les aventuriers et camp de base de touristes désireux de goûter aux charmes du désert. Le lieu, majestueux, relie le Sahara à l’Atlas, tel un ruban sinueux parsemé d’oasis luxuriantes qui débouchent directement sur les dunes. El-Kantara est alors une ville réputée pour l’érudition et l’ascétisme de ses habitants : de nombreux marabouts et mourides la choisissent comme havre de contemplation et d’enseignement. Celui qui se retrouvera quelque soixante-dix années plus tard à la tête de l’Armée nationale populaire (ANP) est issu de l’une des plus anciennes familles de la région. Si lui-même est alors trop jeune pour rejoindre l’Armée de libération nationale (ALN), qui a recruté en masse dans l’est du pays, un autre Chengriha est devenu une figure de la révolution. En l’occurrence, son oncle, Abdelkader Chengriha, cofondateur du Croissant rouge algérien, membre du ministère de l’Armement et des Liaisons générales (Malg), le service de renseignement extérieur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Depuis le Maroc, où il s’était replié, Abdelkader Chengriha participa en effet à la création du centre de transmission de l’ALN. Abdelhafid

Boussouf, le patron du Malg, le chargea d’acquérir des équipements de radio de l’Otan pour « écouter » l’armée française. Bien des années plus tard, Abdelkader Chengriha léguera à son neveu Saïd le surnom qu’il avait reçu à cette époque: Tcheng. Le baccalauréat en poche, Saïd Chengriha s’engage à une période décisive de l’histoire de l’Algérie indépendante, en 1963, lorsque l’ALN devient l’ANP. Tout est à faire. La nouvelle armée est partagée entre le gros des effectifs, composé d’anciens maquisards, et un noyau de technocrates formés dans de prestigieuses académies militaires, en Égypte, en Irak, en Syrie, en Chine, en Bulgarie et en URSS. Chengriha, lui, est formé à l’école de Saint-Cyr Coëtquidan, en France. Il fait partie de la première promotion de l’indépendance. Élève officier studieux, il choisit les blindés comme spécialité. Tcheng est déjà lieutenant lorsqu’il est envoyé en Égypte pendant la « guerre d’usure » à laquelle se livrent ce pays et Israël, en 1969-1970. À son retour, il est nommé chef de régiment de chars au sein de la prestigieuse 8e brigade blindée, qui connaîtra


ZINEDINE ZEBAR

Alger, le 17 mars. Le général Saïd Chengriha (à gauche) installe le commandant des forces terrestres, Amar Athamnia.

le feu et le succès en octobre 1973, lors de la guerre du Kippour. Le corps expéditionnaire algérien est alors commandé par des officiers supérieurs qui acquerront un rôle politique et militaire déterminant dans les années 1990 et 2000. Parmi eux, Khaled Nezzar et Abdelmalek Guenaizia.

Binôme

Saïd Chengriha, lui, parfait sa formation. Il fait son stage de capitaine en Union soviétique, à l’Académie militaire de Vorochilov. Rentré en Algérie, il retrouve la 8e brigade blindée, qui deviendra bientôt une division, elle aussi commandée par de futurs poids lourds : Abdelmalek Guenaizia ; le futur président Liamine Zéroual ; Mejdoub Lakehal Ayat, qui dirigera le renseignement pendant les années 1980 ; ou le trublion Hocine Benhadid. Avec ce dernier, Saïd Chengriha entretiendra toujours d’excellentes relations. Ce natif des Aurès continuera à travailler aux côtés d’Abdelaziz Medjahed, son supérieur direct à Teleghma (wilaya de Mila), au siège de la 8e division blindée, jusqu’en janvier 1992, quand débute l’insurrection

TRÈS ENGAGÉ DANS LA LUTTE ANTITERRORISTE DURANT LES ANNÉES 1990, « TCHENG » PASSE AUSSI POUR UN FAUCON ANTIMAROCAIN. née de l’interruption du processus électoral. À partir de cette date, des régions entières basculent dans l’insécurité, les forces de l’ordre deviennent la cible de groupes terroristes, des casernes sont attaquées, et des maquis se constituent dans les régions boisées difficiles d’accès, qui deviennent autant de zones de non-droit. À cette époque, l’ANP, bâtie sur le modèle des armées du Pacte de Varsovie, n’est pas configurée pour mener une guerre contre-insurrectionnelle. Aussi est-il très vite décidé de découper le pays en secteurs opérationnels et d’y affecter les officiers les plus aguerris pour organiser la riposte antiterroriste sur le terrain. À la demande du général Nezzar est créé, sous la direction du général Mohamed

Lamari, le Centre de conduite et de coordination des actions de lutte antisubversive (CCLAS), qui regroupe les unités spéciales de l’armée chargées de mener ce combat. Le binôme Medjahed-Chengriha est envoyé dans le secteur opérationnel de Bouira (SOB), à une centaine de kilomètres au sud-est d’Alger. Les deux hommes ne prennent pas leurs quartiers dans le chef-lieu de la wilaya et choisissent d’installer leur poste de commandement dans le lieu-dit du Radar, au piémont du maquis de Lakhdaria, l’une des régions les plus dangereuses. C’est aussi là que se trouve une installation de télécommunications par satellite, stratégique pour le pays. Chengriha y restera de la fin de 1992 à décembre 1994, comme adjoint chef du SOB, puis comme chef du SOB par intérim lorsque Abdelaziz Medjahed est nommé commandant de l’Académie militaire interarmes de Cherchell. De son passage à Lakhdaria, peu de choses ont été racontées. Tout juste le nom de Saïd Chengriha est-il mentionné dans La Sale Guerre, le livre de l’officier félon Habib Souaïdia, qui servit lui aussi dans la région de Bouira. Dans son récit, l’auteur dénonce la brutalité des chefs chargés des opérations antiterroristes. Un témoignage contredit, en 2001, par le général Khaled Nezzar, dans un entretien accordé au journal français Le Figaro. Nezzar ne tarit pas d’éloges, en revanche, sur les qualités humaines de Saïd Chengriha : « Lui et Chibani, qui se sont succédé à la tête de la division, sont passés par Saint-Cyr, Saumur et l’École de guerre [en France]. Ce sont des hommes remarquables. Quand je lis leurs portraits sous la plume de Souaïdia, je me dis : si cela est vrai, si tous ces officiers sont ce qu’il en dit, c’est moi le responsable. Si j’ai formé des monstres pareils, alors c’est que je suis un monstre moi aussi ! Qu’il me désigne donc ! Or, curieusement, il m’épargne. » Après deux années de lutte et une réorganisation du dispositif anti-insurrectionnel, Saïd Chengriha regagne le commandement de la 8e division

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

ALGÉRIE

Désapprobation

Chengriha passera quatorze années à la tête de la IIIe RM jusqu’à sa nomination à l’état-major, en 2018. De son bilan, on retient une redéfinition du rôle du commandement militaire, qui mène un combat sans merci contre les terroristes et contre tous leurs réseaux logistiques : contrebandiers, trafiquants de drogue, etc. Durant cette période, le haut gradé s’autorise même quelques incursions dans la gestion des affaires civiles. Le 27 février 2015, il intervient personnellement pour calmer les travailleurs d’Air Algérie, qui avaient paralysé l’aéroport de Béchar par une grève surprise alors que la ville attendait l’arrivée d’une délégation saoudienne. Bis repetita en novembre 2017, au lendemain des législatives : la population de Tindouf se soulève contre des résultats jugés truqués. Des émeutes éclatent, l’intervention de Chengriha permet le retour au calme. Le 27 août 2018, Tcheng succède à Ahcène Tafer à la tête des forces terrestres. Le graal : ce poste, le plus

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élevé dans l’armée de terre, le fait entrer dans l’antichambre du haut commandement militaire. Six mois plus tard, l’Algérie connaît une révolution populaire pacifique. Face à cette situation inédite, le patron de l’armée de l’époque, Ahmed Gaïd Salah,

Le général Amar Athamnia.

CHANGEMENTS DE KÉPIS

Ancien commandant de la VIe région militaire (Sud), puis de la Ve (NordEst), le général-major Amar Athamnia a été nommé, le 10 mars, commandant des forces terrestres. Il remplace Saïd Chengriha, promu, lui, au poste de chef d’état-major de l’armée. Mais ce n’est pas le seul changement au sommet de la hiérarchie. Un décret présidentiel du 27 mai met également fin aux fonctions du général-major Hamid Boumaiza en tant que commandant des forces aériennes. « Son successeur, le général-major Mahmoud Laraba, a été installé dans ses nouvelles fonctions le 18 juillet. » Le reste de l’état-major demeure tel qu’il était sous Ahmed Gaïd Salah. Le général-major Mohamed Larbi Haouli dirige les forces navales, le général-major Ammar Amrani, les forces de défense aérienne du territoire, le général-major Abderrahmane Arar, la Gendarmerie nationale, et l’inamovible général d’armée Benali Benali, la Garde républicaine. NEÏLA LATROUS

ZEBAR

blindée à Ras el-Mâ, dans la wilaya de Sidi Bel-Abbès. Sa mission? Réfléchir à la modernisation de l’armée de terre face à l’apparition de nouvelles menaces et à la disparition d’alliés traditionnels. L’un des défis relevés par ce groupe de travail est de consolider le front ouest, à la frontière avec le Maroc et le Sahara occidental, tout en réduisant les effectifs. Après un passage à la direction de l’École des blindés de Batna, Tcheng est propulsé en 2004 à la tête de la très sensible troisième région militaire (IIIe RM), à Béchar – en théorie la frontière la plus longue à défendre, dans un espace totalement ouvert, contre une éventuelle attaque marocaine. À Rabat, justement, l’homme est dépeint comme un faucon antimarocain, surtout depuis qu’ont fuité des extraits d’un discours qu’il a prononcé lors de manœuvres, en mars 2016. Saïd Chengriha y évoquait les positions anticolonialistes de l’Algérie et saluait la lutte du peuple sahraoui pour son indépendance.

surnommé AGS, prend la décision d’évincer Abdelaziz Bouteflika. Tout au long de l’année 2019, Gaïd Salah se démène pour préserver l’institution militaire des appels au changement politique que lancent des millions d’Algériens. De la chute du raïs, le 2 avril, jusqu’à la présidentielle du 12 décembre, AGS joue de facto le rôle de chef de l’État, dans une Algérie au bord de l’explosion. En seconde ligne, Chengriha se voit confier une partie des pouvoirs du grand chef, trop occupé à ramener le calme dans la rue. Fidèle à ce patron imposant qui ne laissait aucune place à la contradiction, il exprime pourtant, mezzo voce, sa désapprobation lorsque les généraux Hocine Benhadid et Ali Ghediri sont emprisonnés pour avoir osé remettre en question les choix d’Ahmed Gaïd Salah. À la disparition de ce dernier, quelques jours après l’élection d’Abdelmadjid Tebboune, Saïd Chengriha, désormais chef d’état-major par intérim, entreprend de faire libérer Hocine Benhadid. Moins d’un mois après sa sortie de prison, ce dernier est admis dans un hôpital parisien. Geste élégant, Saïd Chengriha envoie lui-même ses hommes s’occuper des démarches administratives pour que soient pris en charge les soins médicaux de Hocine Benhadid à l’étranger. À la présidence, Saïd Chengriha retrouve un vieil ami : Abdelaziz Medjahed, qui compte parmi les conseillers influents du nouveau chef de l’État. Le duo s’attelle à engager des changements au sein de l’institution militaire. Réputé pour son aversion pour la politique, Chengriha pourrait être l’homme par qui viendraient la modernisation et le rajeunissement de l’ANP. Encore faudrait-il qu’il parvienne à faire appliquer le code du personnel militaire, qui impose une limite d’âge drastique aux officiers supérieurs. Abdelmadjid Tebboune semble décidé à lui laisser du temps : le 3 juillet, Tcheng a été confirmé au poste de chef d’état-major de l’armée, après plus de six mois d’intérim.


Les dessous d’une réhabilitation

Sujet de discorde

Commandant de la IIIe région militaire et de la 8e division blindée, réputée pour son engagement dans la lutte antiterroriste,

MDN

L

e 4 juillet, Hocine Benhadid a reçu à son domicile le chef d’état-major de l’armée, Saïd Chengriha, pour une visite de courtoisie. Au cours de cette rencontre, ce dernier l’a invité officiellement à prendre part à la cérémonie organisée au cercle des militaires, à Beni-Messous, à l’occasion de la fête de l’Indépendance. Le lendemain, le général à la retraite a reçu, au milieu des siens, les honneurs des hauts gradés ainsi que des responsables civils, parmi lesquels Abdelaziz Djerad, le Premier ministre, et Salah Goudjil, le président par intérim du Conseil de la nation. Pris en charge par une équipe médicale envoyée par le ministère de la Défense, Benhadid, dans un fauteuil roulant, a même posé au côté du chef d’état-major Saïd Chengriha. Le site du ministère de la Défense a aussitôt publié les photos. Celles-ci confirment la réhabilitation du militaire de 76 ans, incarcéré à deux reprises ces dernières années à la prison d’El-Harrach. « Les invités militaires, dont ses amis et collègues, avaient les larmes aux yeux », témoigne l’une de ses connaissances, présente à cette cérémonie.

Hocine Benhadid (en fauteuil roulant) avec Saïd Chengriha (à sa droite), à Beni-Messous, le 5 juillet.

ce diplômé de l’Académie militaire de West Point (États-Unis) fait toujours l’objet de poursuites judiciaires. Une procédure lancée par Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée et vice-ministre de la Défense, décédé entretemps, en décembre 2019. En septembre 2015, Gaïd Salah l’avait fait emprisonner une première fois pour « outrages à corps constitués », après qu’il l’eut notamment accusé d’être

GAÏD SALAH AVAIT FAIT EMPRISONNER BENHADID, CHENGRIHA L’A FAIT LIBÉRER.

mêlé à un scandale de mœurs datant de l’époque où il commandait l’École de formation des officiers de réserve de Blida. Libéré en juillet 2016 pour raisons de santé, Benhadid avait été condamné, en mars 2018, à un an de prison avec sursis. L’année suivante, retour à la case prison, cette fois pour avoir reproché à Gaïd Salah d’être à la solde d’une puissance étrangère. Placé sous mandat de dépôt, Benhadid est poursuivi pour atteinte au moral de l’armée et à la sécurité de l’État. Son incarcération devient alors un sujet de discorde entre Gaïd Salah, homme fort du pays après la démission forcée d’Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril 2019, et Saïd Chengriha, un ami de longue date, qui occupait

à l’époque les fonctions de commandant des forces terrestres de l’Armée nationale populaire (ANP). Benhadid est finalement libéré le 2 janvier 2020, après le décès de Gaïd Salah. Chengriha lui fait restituer son passeport diplomatique, confisqué plusieurs années auparavant sur ordre de l’ex-chef d’état-major.

Procès reporté

De retour en Algérie le 31 mai, Hocine Benhadid a été brièvement admis à l’hôpital militaire de Aïn Naadja avant de regagner son domicile. Sa réhabilitation ne signe pas pour autant la fin de ses déboires judiciaires. Programmé pour le 11 juin, son procès a une nouvelle fois été reporté sine die. FARID ALILAT

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OBJECTIF MAROC UN PAYS, SES DÉFIS

POLITIQUE

MAP

Riposte royale


Confinement décidé à bon escient, mesures de soutien à l’économie, optimisation des aides sociales… Face à la pandémie, l’État a su agir de manière rapide et innovante. Mais, alors que le virus fait de la résistance, le royaume parviendra-t-il à limiter ses effets dévastateurs ?

T

FAHD IRAQI, À CASABLANCA

Le 20 mars, Mohammed VI préside une séance de travail consacrée à la gestion de la pandémie de Covid-19. Y participent le chef du gouvernement, Saadeddine El Othmani; le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit; le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb; le directeur général de la Sûreté et de la Surveillance du territoire, Abdellatif Hammouchi; ainsi que le général Mohamed Haramou, commandant de la Gendarmerie royale, et le général Abdelfettah El Ouarrak, inspecteur général des FAR.

out commence le jeudi 12 mars. Ce jour-là, une activité royale est annulée au dernier moment. « Le souverain a failli se retrouver en contact avec une personne atteinte du coronavirus, confie une source proche du conseil de Casablanca, ville où devait se tenir l’événement. Plusieurs hauts responsables de la métropole ont d’ailleurs été mis discrètement en quarantaine. » Dès lors, la psychose du coronavirus prend de l’ampleur. D’autant que, chez les voisins européens, le Covid-19 commence à faucher des vies par milliers. Réaliste quant à ses capacités à affronter cette crise sanitaire, le royaume va prendre rapidement des mesures énergiques. Le soir même, il commence à verrouiller ses frontières. Une semaine plus tard, le Maroc tout entier est en lockdown (« confinement »). Des blindés de l’armée sont dans les rues pour faire respecter l’état d’urgence sanitaire.

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OBJECTIF MAROC

POLITIQUE

Cette ambiance apocalyptique fait craindre le pire aux Marocains, dont nombre étaient loin d’imaginer que leur royaume serait érigé en exemple au niveau international pour sa gestion de la crise sanitaire. Car rapidement et de plus en plus sûrement au fil des semaines de confinement, le Maroc a su se réinventer. « Le pays est sorti du lockdown avec de nombreux acquis, explique un cadre de l’exécutif. En matière de santé, dans le processus d’identification des personnes vulnérables, sur le plan industriel ou dans les domaines de la digitalisation et du paiement électronique, cette crise sanitaire a été un véritable accélérateur. Des choses que l’on disait impossibles à réaliser se sont révélées faisables. »

Générosité

Cette stratégie énergique et proactive a été rendue possible grâce à la prise en main directe par le Palais de la gestion de crise. Dès les premiers jours, le roi donne le ton en multipliant les réunions au sommet. Une sorte de task force est constituée pour gérer en premier lieu les questions sécuritaires et sanitaires. Les instructions sont données pour que tous les départements, administrations et services du royaume soient mobilisés, afin de se montrer inventifs et efficaces dans ce contexte inédit. L’implication personnelle de Mohammed VI s’est aussi traduite par l’instauration rapide d’un mécanisme de solidarité, le Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Covid-19, qui se révélera crucial pour la mise à niveau du dispositif sanitaire, ainsi que pour l’atténuation des conséquences socio-économiques (lire pp. 92-97). Le souverain y a lui-même contribué à travers le holding familial Al Mada, avec un don de 2 milliards de dirhams (plus de 180 millions d’euros). Tous les grands groupes et les grosses fortunes du royaume ont immédiatement rivalisé de générosité pour suivre l’exemple royal, permettant d’alimenter le fonds anticrise de quelque 35 milliards de dirhams, soit près de 3 % du PIB du pays. Le chef de l’État a par ailleurs pris ses responsabilités en tant que commandeur des croyants en décidant de fermer tous les lieux de culte, après consultation du Conseil des oulémas, dès la déclaration de l’état d’urgence sanitaire, le vendredi 20 mars. Une première dans le royaume. La dynamique impulsée par le souverain a entraîné dans son sillage l’ensemble des composantes

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PRÉVISIONS À COURT TERME CROISSANCE Contraction historique de 5,2 % en 2020, puis rebond de 4,2 % en 2021

INFLATION Maîtrisée à 1 % en 2020 et en 2021

BALANCE COMMERCIALE Baisse estimée de 15,8 % des exportations et de 10,7 % des importations en 2020

IDE Chute à 1,5 % du PIB pour 2020, puis retour au niveau habituel de 3,2 % du PIB dès 2021

SOLDE ET DETTE Le déficit budgétaire devrait être de 7,6 % du PIB en 2020 (contre 4,1 % en 2019) et de 5 % en 2021. L’endettement du Trésor atteint 75,3 % du PIB en 2020 (contre 65 % en 2019) et devrait se maintenir à 75,4 % en 2021

institutionnelles. Même la grande muette s’est révélée plus ouverte que jamais : ses discrets galonnés sont devenus plus médiatisés, et les médecins militaires sont venus en renfort auprès de leurs confrères dans les hôpitaux publics. Du côté du cabinet exécutif, la cadence des Conseils de gouvernement s’est accrue, et l’appareil législatif s’est montré plus prolifique que jamais. En cette période d’état d’urgence sanitaire (prorogé jusqu’au 10 juillet), Saadeddine El Othmani a réuni deux à trois Conseils de gouvernement par semaine au lieu d’un seul habituellement. Entre le 12 mars et le 24 avril, pas moins de dix Conseils de gouvernement se sont ainsi tenus par visioconférence. Cette organisation a permis d’adopter très rapidement des décrets-lois importants, comme celui portant création du Fonds spécial pour la gestion de la pandémie de Covid-19 ou celui relatif aux modalités d’exécution des dépenses du ministère de la Santé. Il n’y avait plus de temps pour des débats, parfois stériles, en commission ou en sous-commission. Il fallait élaborer des décret-lois, les adopter et les mettre en œuvre quasiment le jour même. Avec son architecture institutionnelle particulière, le royaume est parvenu à allier rapidité dans la prise de décision et respect des règles constitutionnelles.

Travailleurs informels

En outre, des avancées considérables ont été réalisées en matière d’identification et de ciblage des populations les plus modestes. En plus des salariés inscrits à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) par des entreprises qui se sont retrouvées en difficulté, les autorités ont pu débloquer des aides pour soutenir les ménages démunis bénéficiant déjà du régime d’assistance médicale (Ramed) et, surtout, les travailleurs du secteur informel qui ne figuraient jusqu’alors sur aucun registre. Un véritable prélude à la constitution du Registre social unifié (RSU), censé optimiser les différentes aides sociales distribuées par l’État à travers de nombreux programmes. D’ailleurs, pour faire avancer ce chantier royal dès la sortie du confinement, le gouvernement s’est empressé de présenter à la Chambre des représentants le projet de loi 72.18 relatif au système de ciblage des bénéficiaires des programmes d’appui social


OBJECTIF MAROC

POLITIQUE

et à la création de l’Agence nationale des registres, qui a été adopté par la commission des secteurs sociaux le 11 juin. Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) s’est quant à lui autosaisi pour donner un avis sur le texte. Pour les experts de ce conseil consultatif, il reste toutefois des points à améliorer. « Le processus d’élaboration de la loi n’a pas été suffisamment participatif […]. Il discrimine indirectement les personnes sans domicile fixe ou ne pouvant, pour diverses raisons, justifier d’un lieu de résidence », peut-on lire dans les conclusions du Conseil. S’ils espèrent que ces remarques seront prises en compte, les membres du Cese ne

DES PROGRÈS CONSIDÉRABLES ONT ÉTÉ RÉALISÉS POUR IDENTIFIER ET CIBLER LES POPULATIONS VULNÉRABLES.

souhaitent pas pour autant qu’elles soient un prétexte pour retarder la machine législative. Des amendements peuvent être apportés très rapidement, de façon que ce chantier d’optimisation des aides sociales, qui a démontré toute son importance durant la crise sanitaire, continue d’avancer. « De toute manière, c’est un processus qui nécessite des ajustements en permanence. Le plus important, c’est de maintenir la cadence et de capitaliser rapidement sur les acquis de cette crise », souligne un membre du cabinet exécutif. Célérité et efficacité, tel devrait être le mantra du nouveau modèle de développement. Pandémie de Covid-19 oblige, la commission nommée par Mohammed VI en décembre 2019 pour travailler à son élaboration ne rendra finalement son rapport qu’en janvier 2021.

Le billet

D

Politiques vs technocrates

ans toutes les équipes gouvernementales qui se sont succédé au Maroc ces vingt dernières années, on a pu observer un clivage entre professionnels de la politique et technocrates expérimentés. Les premiers décrochent pour la plupart leur maroquin grâce à leur position au sein d’un parti – lequel a gagné sa légitimité dans les urnes – et restent globalement fidèles à la ligne de leur formation, parfois contraints à quelques manœuvres et calculs imposés. Les seconds sont généralement recrutés dans le milieu des affaires pour leur compétence. Ils n’ont pas de légitimité électorale et, bien qu’ils finissent souvent par se ranger sous la bannière d’un mouvement, ne se mêlent que rarement de la vie partisane. En situation de crise, le fossé entre les uns et les autres s’est creusé. Dans la perception du grand public, le sentiment que « les technos » font mieux que « les politiciens » a été conforté par les performances individuelles des ministres dans la guerre contre le Covid-19, sur les

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a remporté les dernières législatives avec 1,6 million de suffrages… alors que 16 millions de Marocains étaient appelés aux urnes.

Fahd Iraqi plans sanitaire, économique et social. Les Marocains estiment qu’ils ne devraient pas avoir à choisir entre légitimité électorale et efficacité. Ils semblent surtout de plus en plus désemparés face à l’incapacité des partis à attirer des profils compétents ou à donner leur chance aux plus méritants de leurs militants. Car qu’il s’agisse de fonctions à responsabilité, de postes de « cabinard » ou de conseillers ministériels, ce sont généralement les affinités particulières et le népotisme qui l’emportent sur le savoir-faire. Cette défiance désormais installée des citoyens à l’égard de la pratique politique s’exprime lors des élections. L’on bat des records d’abstention à chaque nouveau scrutin. Résultat, le parti le mieux organisé

Union nationale

Les prochains rendez-vous – les scrutins communaux, régionaux, législatifs et les élections à la Chambre des conseillers, tous maintenus en 2021 – risquent fort de ne pas échapper à cette tendance. D’où la revendication de plus en plus forte, au sein d’une partie de la classe politique et de la société civile, de former un gouvernement d’union nationale. Un moyen de forcer la main des partis pour qu’ils présentent leurs profils les plus compétents. Les promoteurs de ce paradigme rappellent que la formule avait plutôt bien fonctionné de 2002 à 2007, au sein du gouvernement de Driss Jettou. À tel point qu’elle avait alors permis aux partis politiques eux-mêmes d’accueillir dans leurs rangs quelques têtes bien faites qui ne les auraient jamais rejoints en d’autres circonstances. L’expérience vaut peut-être la peine d’être retentée.


OBJECTIF MAROC

DÉCRYPTAGE

JALAL MORCHIDI/ANADOLU AGENCY/AFP

À Rabat, le 25 juin, les restaurants et cafés rouvraient leurs terrasses.

Croissance sous perfusion Pour pallier la chute de la production, de la consommation et des recettes du tourisme, l’État apporte un soutien massif aux entreprises et aux ménages. Objectif: faire redécoller l’économie dès le mois de septembre… sans trop déséquilibrer les comptes publics.

C

EL MEHDI BERRADA, À CASABLANCA

«

’est la pire crise que le pays ait jamais connue. Elle est bien plus dure que les précédentes. Elle est planétaire, sanitaire, économique, financière et sociale », a indiqué Abdellatif Jouahri, le wali de Bank Al Maghrib (gouverneur de la Banque centrale) à propos de la crise causée par l’épidémie de Covid-19 qui s’est abattue sur le royaume en mars. Venant de celui qui a géré dans les années 1980 l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire récente du pays, celle du Plan d’ajustement structurel (PAS), la phrase est éloquente. À la mesure de la menace, bien réelle, que confirment les chiffres et les projections. Le royaume a détecté son premier cas de coronavirus le 2 mars et comptait environ 17 000 cas déclarés et

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plus de 270 décès au 20 juillet. Dès le 20 mars, le gouvernement a décrété l’état d’urgence sanitaire et imposé un confinement strict et généralisé. Une façon de protéger la population et, aussi, d’éviter que les hôpitaux ne soient rapidement saturés faute de lits en nombre suffisant. Selon des sources médicales, force est de constater que, plus de quatre mois après le début de la pandémie, la situation sanitaire du Maroc reste relativement « bonne » en comparaison de celle de bien d’autres pays. C’est sur le plan économique et social que le bât blesse. Le retour à la vie normale se fait progressivement depuis le 11 juin, mais il faudra encore quelques mois pour mesurer l’impact de la crise sanitaire sur la santé socio-économique du pays. Ce qui est certain, c’est que le Covid-19 aura une incidence sur les avancées réalisées par le Maroc ces dernières années.

Un malheur n’arrivant jamais seul, il a très peu plu au Maroc cette année. « La saison agricole est marquée par une diminution des précipitations. Celles-ci n’atteignent que 141 mm, contre une moyenne de 254 mm au cours de ces trente dernières années, soit un déficit de 40 % par rapport à l’an passé et de 44 % par rapport à une année normale », a indiqué en mars Aziz Akhannouch, le ministre de l’Agriculture, lors d’une intervention devant le Parlement. La situation météorologique ne s’est pas arrangée depuis.

Sécheresse

Pâtissantdel’effetconjuguédelasécheresse et des mesures restrictives mises en place pour limiter la propagation de la maladie, l’économie marocaine devrait accuser une contraction de 5,2 % en 2020, selon Abdellatif Jouahri. Ce qui en ferait la plus mauvaise année depuis 1996. Cette récession trouve son origine dans l’arrêt des lignes


COMMUNIQUÉ

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Bruno PITOU, Directeur Général de Bureau Veritas pour l’Afrique du Nord

plongée la planète. Cette épidémie qui frappe durement tous les pays n’est pas terminée. D’autres virus du même type pourraient même émerger s’il on en croit certains scientifiques. Ceci suppose la plus grande vigilance et la plus grande prudence pour tous. Que l’on soit usagers, collaborateurs, clients, on doit pouvoir disposer de

Vérifier que toutes les conditions adéquates de santé, de sécurité et d’hygiène sont opérationnelles pour le redémarrage des activités permettre d’obtenir le label « Welcome Safely » mis en place sous l’autorité du Ministère. Comment envisagez-vous l’avenir ? Cette pandémie traduit bien l’urgence sanitaire dans laquelle est aujourd’hui

lieux de vie, de consommation et de travail où toutes les mesures en matière sanitaire et d’hygiène ont été prises et challengées par des acteurs tiers indépendant dont c’est précisément le métier comme c’est le cas de Bureau Veritas.


OBJECTIF MAROC

DÉCRYPTAGE

de production. Car, si quelques secteurs ont continué à fonctionner normalement ou presque, comme la santé, le commerce et la distribution, l’économie a souffert de l’arrêt brutal de nombreuses activités. Pendant le confinement, près de six entreprises sur dix ont suspendu temporairement leurs activités, voire définitivement fermé leurs portes. Ce qui s’est traduit, selon le Haut-Commissariat au plan (HCP), par la perte d’environ 726000 emplois, essentiellement dans les secteurs des services, de l’industrie et de la construction. Parallèlement au choc subi du côté de l’offre, la demande a considérablement chuté. Les revenus d’une grande partie de la population se sont mécaniquement effondrés avec le confinement, entraînant une baisse de la consommation. « Nous en sommes arrivés à un cercle vicieux, puisque la demande faiblit faute de revenus. C’est cette simultanéité des problèmes d’offre et de demande qui rend la situation si exceptionnelle et dangereuse. Il est très difficile de mesurer combien de

temps cette onde de choc va affecter l’économie nationale », estime Tarik El Malki, docteur en économie, enseignant-chercheur pour le groupe Iscae et analyste au Centre marocain de conjoncture (CMC). Comme la plupart des partenaires étrangers du royaume sont également confrontés à cette situation dramatique, les entreprises exportatrices subissent le contrecoup de la crise : perturbations liées à l’approvisionnement, affaiblissement de la demande étrangère. « Pour l’année 2020, les exportations devraient accuser une baisse globale de 15,8 %. La quasi-totalité des secteurs serait affectée », indique Abdellatif Jouahri. Enfin, étant donné que l’état d’urgence sanitaire a été prolongé jusqu’au 10 août et que les frontières auront été fermées pendant plusieurs mois, les recettes du tourisme, qui avaient atteint 80 milliards de dirhams (7,2 milliards d’euros) en 2019 – une source non négligeable de devises pour le royaume –, vont chuter d’au moins 60 %. Les professionnels du secteur, qui n’ont cessé

DU PAIN ET DES MASQUES L’immobilier, le tourisme, le transport de voyageurs, le secteur aérien, les industries automobile et aéronautique, ainsi que bien d’autres activités ont été considérablement ralenties, voire mises complètement à l’arrêt, pendant le confinement entré en vigueur à la mi-mars. Toutes les activités dites « non nécessaires » et qui ne pouvaient pas être exercées en télétravail ont été suspendues. En revanche, la crise a profité à d’autres secteurs, en particulier au commerce de produits alimentaires. Zouhair Bennani, le PDG de Label’Vie – partenaire exclusif du français Carrefour au Maroc –, a révélé que le chiffre d’affaires de ses magasins avait triplé durant les quatre premières semaines du confinement. L’industrie textile du royaume a elle aussi connu une extraordinaire embellie après que le port du masque a été rendu obligatoire le 6 avril. Dès le lendemain, pour répondre aux besoins de la population, les autorités ont mobilisé 34 usines, avec une cadence de production de 5 millions d’unités par jour. Mieux, la demande nationale étant pleinement satisfaite, le Maroc s’est rapidement distingué comme un champion mondial de l’exportation de masques grand public, dont la production quotidienne atteint désormais 7 millions d’unités. E.M.B.

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de tirer la sonnette d’alarme depuis le mois de mars, savent qu’ils vont devoir se contenter des voyageurs locaux pour la haute saison et réclament un soutien massif de l’État.

Aide d’urgence du FMI

Pour contrecarrer cette situation inédite, le Maroc a, à la suite d’une initiative royale, rapidement créé un fonds anticrise qui a été généreusement abondé à hauteur d’environ 35 milliards de dirhams. Le gouvernement s’est empressé, à son tour, de mettre en place un comité de veille économique (CVE) – que préside Mohamed Benchaaboun, le ministre des Finances. Objectif: soutenir les entreprises et aider les ménages les plus vulnérables. Quelque trois cents mesures ont ainsi été prises, notamment pour accompagner les salariés déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), mais aussi les travailleurs du secteur informel. Au total, près de 5 millions de ménages ont bénéficié des aides de l’État (950 000 salariés, auxquels s’ajoutent 4 millions de travailleurs du secteur informel). « Le principal enjeu pour les pouvoirs publics reste de financer le coût exorbitant de ces mesures et d’en gérer l’impact sur le budget de l’État, particulièrement en période de récession. À mon sens, il convient pour un temps de mettre de côté la doxa libérale et le respect des sacro-saints équilibres macroéconomiques. Il faudra laisser filer le déficit du Trésor et, surtout, continuer à engager les dépenses publiques prévues par la loi de finances 2020. Et puis, s’endetter si nécessaire », conseille Tarik El Malki. La Banque centrale a estimé le déficit budgétaire du pays à 7,6 % du PIB en 2020, contre 4,1 % en 2019. L’endettement du Trésor devrait passer quant à lui de 65 % du PIB en 2019 à 75,3 % d’ici à la fin de l’année. Parmi les premières actions qu’il a engagées, le Maroc a débloqué sa ligne de précaution et de liquidité (LPL) auprès du FMI pour un montant de près de 3 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros), remboursable sur cinq ans, avec une période de grâce de trois ans – cette


OBJECTIF MAROC

DÉCRYPTAGE

DISTRIBUTION Avant même l’annonce du confinement, les Marocains ont dévalisé les rayons des magasins. Les ventes de farine, d’huile, de sucre, de pâtes, de semoule, de riz et de féculents en tout genre ont doublé pendant les premières semaines de la crise. Quant aux ventes des produits sanitaires et d’hygiène, elles ont explosé, avec un chiffre d’affaires trois fois supérieur à celui réalisé habituellement. De l’épicier du coin à l’hypermarché, des logisticiens aux distributeurs, tous ont travaillé à plein régime. La grande distribution en a profité pour attirer de nouveaux clients: le chiffre d’affaires des magasins Carrefour a connu une hausse de 300 % durant les quatre premières semaines de confinement. Du jamais-vu, selon Zouhair Bennani, le PDG de Label’Vie (partenaire exclusif du groupe français au Maroc), qui espère fidéliser les nouveaux clients et gagner des points de part de marché – qui était d’environ 30 % avant la pandémie.

OR ME EN F

LTÉ FICU DIF

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TÉLÉCOMMUNICATIONS Lien avec les proches, télétravail et visioconférences, cours par internet de l’école primaire à l’université, e-commerce… Les trois opérateurs locaux – Maroc Telecom, Orange et Inwi – auront passé le test de la crise du Covid-19 avec succès. Ils ont été promus « services de première nécessité » pendant le confinement, et ont connu une forte pression sur les échanges de données (data). Aucun chiffre officiel n’a été fourni mais, selon les estimations des experts, la croissance serait de 40 % en moyenne chez les trois opérateurs.

EN

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LTÉ FICU DIF

« Depuis le début de la crise liée au Covid-19, nous avons tous été très impressionnés par la capacité d’anticipation, de planification et de réaction de l’État, par l’engagement exemplaire du personnel médical et des agents d’autorité, et par l’esprit de solidarité des citoyens. Il est impératif que cela perdure, confie Tarik El Malki, car ce sont là les bases de notre futur modèle de développement. » Interrogé sur ses prévisions pour la reprise économique, Abdellatif Jouahri explique qu’il privilégie un « scénario en V », autrement dit celui d’un rebond immédiat. Selon lui, l’ensemble des mesures prises par les autorités vont dans ce sens. À commencer par la décision de la Banque centrale de ramener son taux directeur, à compter du 16 juin, de 2 % à 1,5 % , un niveau historiquement bas. Les entreprises, petites et grandes, ont ainsi pu profiter de cette main tendue des autorités monétaires. Et une série de crédits ont été octroyés par les banques avec la garantie de l’État. « Avant de parler de plan de relance, il faut que les pouvoirs publics définissent une vision économique et stratégique à moyen terme et à long terme pour le pays. On fixe d’abord un cap, puis on affine afin d’apporter des réponses adaptées à chaque secteur, conseille Tarik El Malki. Je plaide depuis le début de la crise pour la mise en place d’un plan de soutien massif qui prendrait en considération le caractère concomitant et inédit de cette crise sur l’offre et la demande. » Redoutant une hausse fulgurante de l’inflation et ses conséquences sur la balance des paiements. Abdellatif Jouahri, lui, refuse catégoriquement l’idée de faire marcher la planche à billets. En tout cas, pour Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, la relance de l’activité sera plus rapide que prévu.

ONNE VOIE EN B

EN BONNE VOIE

EN

« Scénario en V »

Baromètre sectoriel EN F OR M E

aide d’urgence n’affectera donc pas le niveau de la dette publique. D’autres prêts ont suivi, notamment ceux de la Banque mondiale (325 millions de dollars) et du Fonds monétaire arabe (211 millions de dollars).

E-COMMERCE Le confinement, la peur de sortir, la facilité d’acheter et de payer en ligne ont fait décoller l’e-commerce, ainsi que le nombre de sociétés et de magasins désireux de s’équiper d’un module de paiement en ligne. Selon le Centre monétique interbancaire (CMI), les résultats du premier trimestre de 2020 sont déjà historiquement hauts: les sites qui lui sont affiliés ont réalisé 2,8 millions d’opérations de paiement, soit une hausse de 25,3 % par rapport au premier trimestre de 2019, représentant un chiffre d’affaires de plus de 1,4 milliard de dirhams (127 millions d’euros). D’après Mikael Naciri, le directeur général du CMI, les transactions en ligne ont bondi de 60 % entre le début d’avril et la mi-mai par rapport à la même période en 2019. Et il devrait en rester quelques effets dans les habitudes de consommation des Marocains. AUTOMOBILE L’arrêt des lignes de production des deux usines de Renault et de celle de PSA pendant un mois et demi a eu un impact négatif sur tout le secteur automobile, et en particulier sur les 250 équipementiers qui travaillent dans le sillage des deux constructeurs et emploient quelque 180000 personnes. La filière, qui représente 6,5 % du PIB, 27 % des exportations du pays et un chiffre d’affaires de plus de 7 milliards d’euros en 2019, connaît une reprise d’activité timide depuis la fin d’avril. La crise ne peut qu’inciter les constructeurs à augmenter le niveau de l’intégration locale, qui ne dépasse pas les 60 % dans le meilleur des cas.


EN F

EN É CULT FFI DI

OR ME

EN BONNE VOIE

AGRICULTURE La pluviométrie n’a pas été au rendezvous, et le secteur agricole (12,3 % du PIB) devrait connaître ses pires campagnes de récolte depuis longtemps, avec une chute de 44 % par rapport à une année normale, selon les prévisions du ministère de l’Agriculture. Estimée à 30 millions de quintaux, la production céréalière devrait reculer de 42 % par rapport à celle de 2019 et de plus de 60 % par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années. Par ailleurs, en

raison de la pandémie, le secteur n’a pas pu organiser, en avril, son Salon international de l’agriculture au Maroc (Siam), qui rapporte habituellement 12 milliards de dirhams à la filière des coopératives et des groupes économiques, soit près de 80 % de leur chiffre d’affaires. Les constructeurs de machines agricoles, qui profitent du Salon pour démarcher leurs clients, devraient perdre entre 30 % et 50 % de leurs revenus annuels. TOURISME C’est l’un des secteurs qui souffrent le plus de la pandémie. Il représente 7 % du PIB au Maroc, où les hôtels ont pratiquement tous fermé leurs portes faute de clients. Au début de juillet, les opérateurs avaient reçu peu de signaux encourageants quant

à une éventuelle reprise. La Confédération nationale du tourisme (CNT) évalue les pertes du secteur à plus de 34 milliards de dirhams en 2020 (contre 78,6 milliards de dirhams de recettes en 2020), avec quelque 6 millions de touristes en moins. Même à supposer que la baisse du nombre de visiteurs étrangers soit partiellement compensée par le tourisme local, la banque d’affaires CFG estime que le nombre de nuitées devrait chuter de 30 % en 2020 (25,2 millions en 2019). D’autant que, pour le moment, la reprise d’exploitation des établissements ne peut se faire qu’à 50 % de leur capacité afin de respecter les contraintes sanitaires et la distanciation physique en vigueur dans le royaume. E.M.B.

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OBJECTIF MAROC

Tribune

Notre carte de visite pour demain Kamal El Mesbahi

Économiste, professeur à l’université Sidi-Mohamed-Ben-Abdellah, de Fès, membre du conseil national de Transparency Maroc

L

es guerres, les épidémies et les grandes crises économiques et sociales ont changé le sort de l’Humanité. Consubstantielles à l’évolution du monde, elles influent sur le cours de l’Histoire. Soit pour le bloquer, soit pour enclencher des processus de remise en cause. Elles alimentent controverses et débats théoriques. Certains y voient une turbulence passagère. D’autres considèrent que c’est une rupture, un moment de mutation, une opportunité pour réformer et moderniser. Le coronavirus n’échappe pas à cette règle. Il pose les mêmes questions à tout le monde et au même moment. Engendre des réponses circonstanciées selon les pays, leur taille, leurs capacités. Oriente le débat autour d’une question quasi existentielle: « Quel monde après la crise? » Cette interrogation n’est pas nouvelle. Elle a souvent accompagné d’autres grandes crises mondiales auparavant.

Management agile

Chaque crise est en soi un temps d’incertitude. Elle réduit la visibilité, perturbe les habitudes, induit des avis nécessairement divergents. Face à cette complexité, il est sage d’encourager la délibération, de faciliter le débat contradictoire, d’alimenter les arbitrages du moment, d’évaluer leur impact, de mesurer leurs coûts ou leurs bénéfices. Gérer une crise de cette ampleur ne doit pas signifier mettre la démocratie sous une chape de plomb. Entre confinement et déconfinement, au Maroc comme ailleurs, les défis ne sont pas identiques. Il fallait parer au plus pressé, faire de la sécurité sanitaire un préalable de survie. Ce choix implique des coûts économiques et sociaux élevés. Il fallait ensuite agir vite pour circonscrire le feu, réduire autant que possible les dégâts. Cette double séquence permet à elle seule de mesurer la particularité du coronavirus, la nature des enjeux, les moyens multiples à mettre en œuvre. Depuis le 20 mars, début d’un confinement strict, long, pénible, pesant et coûteux, notre relation au temps semble

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métamorphosée. Fini les interminables palabres et l’enchevêtrement de commissions et sous-commissions pour prendre la moindre décision. La dilution irrationnelle des responsabilités a presque subitement disparu. Des décrets-lois sont conçus, discutés, votés et publiés au Bulletin officiel quasiment le même jour. Le temps est redevenu utile, efficace. Le reste du calendrier confirme ce changement positif. Une gestion réactive, souple, sage, réfléchie. Une communication assumée, plutôt transparente. De nouvelles capacités de management agile sont subitement apparues. Le Maroc sortira de cette crise sanitaire doté d’une expertise supplémentaire, d’un savoir-faire d’une grande valeur ajoutée et confiant en ses capacités intrinsèques. Voilà notre carte de visite pour demain. Le royaume peut s’enorgueillir de son habileté dans la gestion de la crise. L’État a utilisé tout son arsenal d’artillerie lourde pour maintenir et sauvegarder l’économie du pays. Des allégements, reports fiscaux et sociaux pour l’économie structurée; un appui pour préserver la liquidité des banques afin que celles-ci accompagnent les entreprises, avec des reports d’échéance ou des crédits de trésorerie ponctuels; des subventions pour les secteurs non structurés ou ne pouvant bénéficier des solutions précitées; de l’aide directe aux millions de ménages ne disposant d’aucune couverture. Autant d’actions à saluer, à sauvegarder, à maintenir. Si l’on devait décliner ce changement positif pour l’approfondir dans un monde post-Covid, l’on choisirait six axes se consolidant mutuellement: 1/ Améliorer le fonctionnement des règles de concurrence. 2/ Consolider les moyens juridiques, humains et financiers de l’instance de lutte contre la corruption. 3/ Donner corps à l’article 36 de la Constitution relatif aux conflits d’intérêts. 4/ Faire de la confiance et de la reddition des comptes la base d’un nouveau contrat social. 5/ Accroître la clarté de la prise de décision. 6/ Adopter un langage de vérité dans la gestion de la chose publique.


ENTREPRISE

Le goût du succès Hakim Marrakchi a fait de la PME familiale Maghreb Industries un champion de l’agroalimentaire. Il est aussi l’une des chevilles ouvrières du patronat marocain.

C

et présidé par Chakib Alj –, Hakim Marrakchi a repris goût au militantisme, puisant ainsi dans la success-story familiale. Diplômé de l’Essec, avant une première expérience dans la banque à Londres, puis au sein d’un groupe marocain en tant que directeur financier, Hakim Marrakchi rejoint en 1989 l’entreprise fondée trente ans plus tôt par son père (décédé en 2019), spécialisée dans la fabrication de chewinggum. Grâce à un actionnariat à 100 % familial, Maghreb Industries parvient à résister, au début des années 2000, à l’offensive du britannique Cadbury,

EL MEHDI BERRADA

Centrale photovoltaïque

BRUNO LEVY

es derniers mois ont été mouvementés, à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). À l’instar de Chakib Alj, le patron des patrons, Hakim Marrakchi, président de la commission Fiscalité et Douane de l’institution, est monté au créneau pour défendre un secteur privé en grande difficulté et inquiet pour son avenir. « Pendant la crise sanitaire, il y a eu une interaction entre les pouvoirs publics et le secteur privé, ce qui est une bonne chose pour tous, souligne-t-il. L’aspect fiscal est très important, car les entreprises marocaines souffrent d’un manque de liquidités, et il était impensable de leur faire payer des impôts alors que l’activité était à l’arrêt. Les pouvoirs publics ont aussi pu mesurer l’importance des entreprises dans la création d’emplois. » Voici douze ans que le PDG de Maghreb Industries joue un rôle actif au sein du patronat, où son engagement et sa maîtrise des enjeux du secteur privé sont unanimement salués. Il a été vice-président de la CGEM de 2009 à 2012, puis président de la commission International de l’institution, avant d’échouer à prendre la présidence de celle-ci, en 2018, face à l’ancien ministre Salaheddine Mezouar, qui n’a pourtant jamais été chef d’entreprise. « Comme beaucoup d’autres, je pensais qu’un entrepreneur devait prendre les rênes de la Confédération. Je n’ai pas été assez convaincant, mais je suis heureux d’avoir mis en lumière le rôle essentiel de l’entreprise », commentait-il à l’époque. Au sein du nouveau bureau de la CGEM – élu en janvier dernier

qui avait racheté plusieurs fabricants de chewing-gum dans le monde. Avec des marques phares, comme Flash ou Rocket, le groupe représente la moitié du marché national sur son créneau et s’est développé à l’étranger. « Pour tester le marché européen, nous avons décidé de travailler avec des marques de distributeurs », explique Marrakchi. Actuellement, la moitié du chiffre d’affaires, qui s’élève à 200 millions de dirhams (plus de 18 millions d’euros), est réalisée à l’export, notamment en Europe (Belgique, Espagne, Autriche, Allemagne, Portugal…) et aux États-Unis, où ses produits rencontrent un énorme succès auprès de quelques distributeurs.

LE GROUPE REPRÉSENTE LA MOITIÉ DU MARCHÉ NATIONAL DU CHEWINGGUM ET RÉALISE LA MOITIÉ DE SON CHIFFRE D’AFFAIRES À L’ÉTRANGER.

« Pour une entreprise familiale, le plus important n’est pas le bénéfice ou les dividendes qu’on en tire, mais la continuité du business. Le plus important pour moi, c’est l’Ebitda [l’excédent brut d’exploitation] », poursuit le patron, autant attaché au développement durable qu’à la pérennité de son groupe. Il a d’ailleurs fait le choix d’investir dans un site trois fois plus étendu que le précédent et, surtout, avec une empreinte carbone des plus réduites – le toit est couvert d’une centrale photovoltaïque qui permet une quasi-autonomie en matière de consommation et de stockage d’énergie. Un patrimoine que l’industriel souhaite pouvoir céder à la future génération dans les meilleures conditions. « L’histoire d’une entreprise dépend beaucoup de sa capacité à se développer et à se transmettre », dit-il. En l’occurrence, son fils aîné, de 29 ans, qui travaille dans une société de conseil à l’étranger et devrait bientôt rentrer à Casablanca pour faire ses premiers pas au sein du groupe.

no3091 – AOUT 2020

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OBJECTIF MAROC

ENTREPRISE

QUESTIONS À

Christophe Maquet Directeur Afrique & Moyen-Orient de Veolia

« Nous misons sur la digitalisation » PROPOS RECUEILLIS PAR JULES CRÉTOIS

C

hristophe Maquet se rend une fois par mois au Maroc, qui est le premier marché du groupe français Veolia sur le continent. Ses filiales Amendis et Redal assurent depuis dix-huit ans la gestion déléguée des services de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement des agglomérations de Rabat-Salé et de Tanger-Tétouan. Loin de se désengager du royaume (la cession des deux filiales avait été évoquée en 2013), le leader mondial des services collectifs y diversifie ses activités, notamment pour accompagner les grands chantiers de l’État et des collectivités territoriales.

Jeune Afrique: Que représente le Maroc pour votre zone Afrique & Moyen-Orient?

Christophe Maquet: Pour Veolia, c’est le premier pays au sein de cette zone, en chiffre d’affaires comme en effectifs, avec 4000 employés sur un total de 10000. C’est aussi un pays qui dispose d’une réelle expertise en matière de développement urbain, avec des modèles très évolués de péréquation, l’électricité venant, par exemple, financer le traitement des eaux. Nos activités nous obligent à observer les changements dans la société, les nouvelles politiques en matière d’aménagement, d’environnement, de régionalisation… Autant de facteurs qui déterminent notre approche.

Cet intérêt est-il renforcé par le fait que le Maroc se veut un tremplin 100

no3091 – AOUT 2020

pour les entreprises visant une implantation continentale?

Où en sont vos projets en matière de traitement des déchets médicaux?

Pour beaucoup, Veolia Maroc, c’est avant tout Amendis et Redal…

Qui seront vos clients?

Le groupe est déjà très présent en Afrique. Pour nous, le Maroc est un pays très important, pas une simple vitrine. Mais, en effet, la politique Sud-Sud de Rabat n’est pas qu’une incantation, elle est bien concrète. Nous sommes prêts à accompagner l’essor des entreprises marocaines sur le continent.

Ce sont nos deux principales activités dans le royaume, et il est logique que nos services B to C soient mieux connus que les autres. Mais nous sommes aussi présents ailleurs, par exemple auprès de Renault à Tanger. Nous utilisons des grignons d’olives comme combustible pour couvrir les besoins thermiques de l’usine. Cette solution permet au site d’être la première usine automobile au monde avec zéro rejet de CO2.

GRÂCE À L’UTILISATION DE GRIGNONS D’OLIVES, RENAULT-TANGER EST LA PREMIÈRE USINE AUTOMOBILE AU MONDE AVEC ZÉRO REJET DE CO2.

La pandémie de Covid-19 a légèrement retardé le lancement de cette activité, qui devrait voir le jour à la fin de 2020 dans le cadre d’une coentreprise avec SOS-NDD, une société marocaine spécialisée dans la gestion des déchets. Notre objectif est toujours le même: traiter 4000 tonnes de déchets médicaux par an, sur les 22000 tonnes produites. Pour le moment, de petites officines, essentiellement dans la région située entre Casablanca et Kenitra. Dans ce secteur où les mauvaises pratiques existent, nous offrons des garanties, de la transparence et des possibilités d’audit par des tiers. D’autant que c’est une activité que nous connaissons bien: nous traitons déjà des déchets dangereux en Afrique du Sud, et en France Veolia représente un tiers du marché du traitement des déchets médicaux.

Quel a été l’impact de la pandémie sur vos activités classiques au Maroc, à savoir la gestion déléguée des services des eaux et de l’électricité?

La priorité est de garantir la sécurité de nos équipes tout en assurant la continuité du service. Je crois que nous avons été au rendez-vous, car il n’y a eu aucune coupure. Plus généralement, nous avons interrompu momentanément une partie de nos activités, par exemple les chantiers, pendant qu’environ un tiers des effectifs restaient mobilisés.


Au siège social de Veolia, à Aubervilliers, dans la banlieue parisienne.

Nous avons par ailleurs accéléré la digitalisation de nos entreprises. Pendant le confinement, les usagers pouvaient relever eux-mêmes leurs compteurs, et le nombre de particuliers et d’entreprises connectés à l’« agence digitale » a triplé. Pour accompagner

ces nouvelles habitudes, Amendis propose désormais de gérer ses factures de A à Z de manière dématérialisée. La partie opérationnelle s’est elle aussi numérisée, avec la mise en place d’un système de gestion à distance à l’aide de capteurs.

BRUNO LEVY POUR JA

Le stress hydrique est un sujet de préoccupation majeur. Comment contribuer à le réduire?

Nous sommes attentifs aux objectifs définis par le royaume, notamment dans le cadre du Plan Maroc vert et de Vision 2030, et savons que les wilayas sont aussi très intéressées par ce sujet. Nous essayons d’être force de propositions, sinon de solutions. Réduire le stress hydrique, c’est d’abord assurer un bon rendement des réseaux. Avec un taux de rendement de 82 % au Maroc, nous sommes sur la bonne voie. Dans le cadre de nos contrats de gestion déléguée, nous assurons aussi la réutilisation des eaux usées. Ainsi, la station de traitement de Tamuda Bay permet de réutiliser l’eau pour l’irrigation agricole ou les terrains de golf. Sur le site de Renault, les eaux usées sont elles aussi réutilisées. Résultat, une voiture du constructeur à Tanger a « bu » deux fois moins d’eau qu’un véhicule sorti des chaînes de montage européennes.

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106 International La galaxie de Patrick Pouyanné, PDG de Total

ÉCONOMIE BAD

Adesina, le vrai Unique candidat à sa succession, le patron de l’institution panafricaine est toutefois fragilisé depuis quelques mois par des accusations en interne. État des lieux des grands chantiers qu’il a engagés depuis près de cinq ans.

E

«

ESTELLE MAUSSION, AVEC JOËL TÉ-LÉSSIA ASSOKO

t cette question unique, ami, même maintenant, savez-vous de quoi s’agit-il au fond ? » Ainsi s’achève Civil et Soldat, célèbre poème du Nobel nigérian de littérature, Wole Soyinka, évocation d’une brutale et futile confrontation. Dans la défense ardue et fière qu’il oppose depuis plusieurs mois à ses contempteurs au sein de la BAD, Akinwumi Adesina a souvent donné l’impression de ressasser l’interrogation de son illustre compatriote, natif comme lui du sud-ouest du Nigeria. Travailleur acharné, attentif au détail, obsédé par les résultats, selon ses proches, celui qui préside depuis septembre 2015 la plus importante institution financière panafricaine a longtemps pensé que son bilan suffirait à faire taire les critiques que ses choix brusques avaient fait naître au sein de ses équipes, voire chez certains actionnaires de la banque. Il croyait aussi que ce bilan lui assurerait une réélection sans encombre à la présidence de la BAD. Las, depuis la fin de janvier et l’envoi par des lanceurs d’alerte d’un courrier au comité d’éthique de l’institution dénonçant sa gouvernance, sa gestion des ressources humaines et l’aval qu’il a donné à des contrats controversés, l’ex-ministre nigérian de l’Agriculture est sur la défensive. Au point que sa réélection (prévue ce mois-ci)

102

no3091 – AOUT 2020

paraît compromise. Sans préjuger de cette affaire et alors qu’une « revue indépendante » a été demandée par le bureau du Conseil des gouverneurs à l’ancienne présidente de la République d’Irlande, Mary Robinson, Jeune Afrique a décidé de se concentrer sur le bilan d’Akinwumi Adesina. C’est le fond, donc, qu’il s’agit d’analyser. À son arrivée à la BAD, en 2015, après les dix années de présidence du Rwandais Donald Kaberuka, le responsable nigérian a usé de tous ses dons de communicant pour faire adopter un ambitieux programme axé autour de cinq priorités, les « High 5 », fixant des objectifs à l’horizon 2025. Au terme de ce mandat, l’analyse des Revues annuelles sur l’efficacité du développement (RAED, réalisées par une unité de la BAD), l’étude des rapports d’activité et des échanges avec des spécialistes permettent de dresser un état des lieux précis.

1 - Énergie: des avancées réelles, mais en deçà des promesses

« L’électrification de l’Afrique est la vraie priorité. C’est l’équivalent du sang pour l’économie », affirmait Akinwumi Adesina à Jeune Afrique en février 2016. Sur ce volet, la BAD a réalisé des progrès, plus qualitatifs que quantitatifs. Les financements qu’elle a accordés n’ont permis d’installer qu’environ 500 MW de nouvelles capacités de production par an entre 2016 et 2018 (l’objectif annuel était de 880 MW). Mais la banque a amélioré son mix énergétique en faveur du renouvelable.


107 Maroc Panique dans l’entre-soi financier

108 Côte d’Ivoire Bernard Dossongui Koné, le retour en force

110 Panafricain Jumia, une saison au purgatoire

Le Nigérian, lors de sa cérémonie d’investiture à la tête de la BAD, à Abidjan, le 1er septembre 2015.

no3091 – AOUT 2020

LUC GNAGO/REUTERS

bilan

103


ÉCONOMIE

BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT

APPROBATIONS DU GROUPE DE LA BANQUE PAR PRIORITÉ DES « HIGH 5 », 2016-2018 En milliards de dollars

2016

2,08

104

no3091 – AOUT 2020

2017

1,94 1,99

1,92 1,6

2018

3,09

3,3

2,23

1,56 1,21

1,09 1,14

Éclairer l’Afrique

Nourrir l’Afrique

DÉCAISSEMENTS

(Montants en milliards de dollars)

2016-2018

20,14

2013-2015

13,82

2 - Agriculture: transformation amorcée

Si la banque n’investit qu’à hauteur de la moitié de son ambition pour 2025 (près de 1 milliard de dollars par an, contre 2,4 milliards souhaités), elle affiche de bons résultats dans un secteur cher à l’ex-ministre nigérian de l’Agriculture. Entre 2016 et 2018, l’institution a globalement tenu ses engagements, aidant quelque 33 millions de paysans à augmenter leur production, construisant près de 6 000 kilomètres de routes de dessertes et fournissant plus de 5 000 tonnes d’engrais, selon les rapports RAED. « La BAD défend une approche pertinente, centrée sur la chaîne de valeur, liant production, transformation et commercialisation », salue Peter Sullivan, responsable secteur public de Citi en Afrique. La banque soutient la création de zones de transformation agro­ alimentaire. Déployé au Togo et en Éthiopie, le concept devrait être étendu à une quinzaine de pays. « La BAD a aussi appuyé l’alliance qu’ont formée la Côte d’Ivoire et le Ghana afin de peser davantage sur le marché du cacao »,

4,45

Industrialiser l’Afrique

0,989 1,08

Intégrer l’Afrique

Améliorer la qualité de la vie

ajoute l’expert de Citi. Il rappelle, en outre, le prêt de 200 millions de dollars octroyé en juin au Cocoa Board, le gendarme de la filière au Ghana, pour augmenter la production de cacao ainsi que la durabilité des exploitations. Garanties de prêts agricoles, financement de la recherche agronomique, action pour résister au changement climatique complètent la palette de ces actions. Pourtant,selonlesobservateurs,laBADpeine sur deux volets clés: le développement de systèmes de gestion de l’eau, et l’accès, notamment des femmes, aux technologies agricoles (tracteurs, téléphones portables, drones, robots).

3 - Industrie: rendez-vous manqué

LE TAUX D’OPÉRATIONS NON PERFORMANTES EST EN HAUSSE DEPUIS 2015.

L’objectif de la banque a beau être clair – soutenir les entreprises du continent de toutes tailles – et son action bien définie – à travers six programmes –, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes ni des fonds dépensés. Or l’industrialisation bénéficie du deuxième budget (2 milliards de dollars par an) par l’importance après celui de l’amélioration de la qualité de la vie. De fait, la BAD atteint son objectif de kilomètres de routes réhabilitées en 2017, mais pas lors de l’exercice précédent ni lors du suivant. Même irrégularité pour le nombre de PME soutenues, l’amélioration de l’accès aux services financiers ou le niveau de recettes publiques générées par les investissements. Malgré quelques succès, comme le soutien à l’industrie textile en Afrique de l’Ouest et surtout en Éthiopie, elle a essuyé nombre d’échecs, les lignes de crédit octroyées aux banques ne parvenant soit jamais soit pas assez vite ou alors

RAPPORT ANNUEL 2018 DE LA BAD

La puissance « verte » installée est ainsi passée de 41 MW en 2016 à 191 MW en 2018. Forte de son expérience au Maroc (avec les projets d’Ain Beni Mathar et de Ouarzazate), la banque a, entre autres, appuyé la réalisation de la centrale solaire de Ségou, au Mali (33 MW), première de cette importance en Afrique de l’Ouest, et le complexe hydroélectrique de Nachtigal, au Cameroun (420 MW), en cours de construction, tout en investissant dans des projets d’interconnexions électriques. Depuis 2017, la BAD contribue aussi au développement des solutions hors réseau en soutenant États ou entreprises. Par ailleurs, en septembre 2019, elle a cessé de financer des centrales à charbon et s’est retirée, deux mois plus tard, du projet de Lamu (980 MW), au Kenya. Si, entre 2016 et 2018, la BAD a approuvé pour près de 2 milliards de dollars par an de projets énergétiques (contre 2,4 milliards annuels prévus), les délais de mise en œuvre des chantiers, qui engendrent des surcoûts et empêchent de passer à la vitesse supérieure, sont longs. Le taux d’opérations non performantes (susceptibles d’être annulées) était de 27 % en 2018, contre 25 % en 2015, avec un objectif fixé à 12 % en 2025. En outre, même si la banque a fortement augmenté les montants décaissés sous le mandat d’Adesina (avec un pic à 7,73 milliards de dollars en 2017), elle peine à combler l’écart entre les approbations et les décaissements.


assorties de taux d’intérêt prohibitifs aux entreprises bénéficiaires. Il lui faut encore « démontrer les résultats des opérations du secteur privé », reconnaît-elle dans son rapport RAED 2019. Le bilan est également modeste pour les actions conjointes, comme celles menées avec la Banque européenne d’investissement via le programme Boost Africa. Jusqu’à présent, la BAD n’a pas réussi à enclencher un effet d’entraînement faisant décoller le PIB industriel africain, qui stagne autour de 600 milliards de dollars par an quand elle veut le voir doubler d’ici à 2025.

4 - Intégration: moins efficace qu’annoncé

Sur ce volet sensible car touchant à la souveraineté des États, l’action de la BAD est double : la construction d’infrastructures transfrontalières et la promotion d’un discours en faveur de l’intégration. Concernant le premier point, le bilan est honorable avec des réalisations importantes – corridor routier de Nacala entre la Zambie, le Malawi et le Mozambique, soutien au nouvel aéroport de Dakar – et d’ambitieux projets, dont la liaison entre les marchés d’Afrique de l’Est et le port de Dar es-Salaam. Pour le second volet, l’évaluation est beaucoup plus délicate. Certes, la BAD contribue financièrement – via une enveloppe de 4,8 millions de dollars octroyée à l’Union africaine – à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange africaine (Zleca). Mais, en dehors de l’activité de lobbying, son apport concret au développement du commerce intra-africain reste limité. « En comparaison, l’action de la banque africaine d’import-export (Afreximbank) est bien plus énergique, grâce à la mise en œuvre d’instruments pratiques: octroi de lignes de crédit pour compenser les éventuelles pertes liées au renforcement de l’intégration régionale ; lancement, en 2019, d’un système continental de paiement et organisation d’une foire commerciale intra-africaine », souligne l’économiste Carlos Lopes.

5 - Action sociale: en progrès, malgré une évaluation difficile

Outre les progrès en matière énergétique, les avancées sociales constituent un autre motif de satisfaction pour la banque, « alors que l’on ne l’attendait pas forcément sur ce créneau », note Carlos Lopes. Critiquée pour son caractère un peu « fourre-tout », la cinquième priorité des « High 5 » – l’amélioration de la qualité de vie des Africains – reçoit quoi qu’il en soit la plus

importante part du budget de la BAD (plus de 4 milliards de dollars en 2016, 3 milliards en 2017 et en 2018). Bien que cette priorité ne soit nullement de son seul ressort, la BAD – dont les opérations intègrent une composante « emplois pour les jeunes » – a fait de la lutte contre le chômage l’un de ses sujets phares. L’impact reste cependant des plus limités: il a progressé de 10,9 % à 11,6 % entre 2015 et 2018 au sud du Sahara. Grâce à une certaine décentralisation et à l’alignement de ses projets sociaux sur les priorités de chaque pays, l’institution réussit cependant dans la plupart des cas à mener un pilotage local – à renforcer avec les municipalités – synonyme d’efficacité. Outre dans la bataille pour l’emploi, la BAD est aussi devenue un fer de lance sur les questions de genre et la féminisation des institutions. En 2018, les femmes représentaient 30 % de son personnel et 26 % de la direction, taux proche de la cible de 38 % (pour les deux groupes) fixée pour 2025.

DES RÉUSSITES ALÉATOIRES EN DEHORS DES « HIGH 5 » Contre tous les sceptiques, en octobre 2019, Akinwumi Adesina a convaincu les actionnaires de la BAD d’accroître de 125 % le capital autorisé de l’institution, qui passera de 93 à 208 milliards de dollars entre 2020 et 2030. « Toujours sur le plan financier, elle a aussi fait la preuve de sa capacité d’innovation », souligne Peter Sullivan, de Citi, bon connaisseur de la banque, citant le recours à des instruments financiers sophistiqués sur les marchés internationaux. À preuve, la levée réussie en mars d’une « obligation sociale » de 3 milliards pour lutter contre le Covid-19 et le maintien, par les agences S&P et Fitch, de la notation AAA de la BAD. « De ce fait, la banque a largement contribué à l’augmentation des investissements sur le continent », estime l’économiste Carlos Lopes. Mais les écueils persistent. Après une délocalisation de douze ans à Tunis, le retour (décidé sous la présidence de Donald Kaberuka) de la banque à son siège d’Abidjan, en 2015, a été difficile. Cela a compliqué la décentralisation que souhaitait son nouveau patron, critiqué par ailleurs pour son recours excessif aux consultants (683 à la fin de 2018). Enfin, si Adesina est parvenu à rassembler des actionnaires africains longtemps divisés – sa candidature a reçu l’appui de l’UA –, le fossé entre ces derniers et les actionnaires non africains s’est dangereusement creusé. Une source de crispations qui met en péril sa réélection (prévue ce mois-ci), tout candidat devant obtenir la majorité auprès de chacun des deux groupes d’actionnaires. E.M. ET J.T.-L.A.

no3091 – AOUT 2020

105


ÉCONOMIE

LA GALAXIE DE

Patrick Pouyanné

LA LUANDA CONNECTION

JOÃO AMARAL Directeur des affaires générales et des filiales d’exploration pour l’Afrique, ce géologue angolais, chevronné et affable, ménage les relations avec les autorités, particulièrement en zone lusophone. Il est administrateur des filiales en Angola, au Sénégal et en Mauritanie.

106

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SEBASTIÃO PAI QUERIDO GASPAR MARTINS PDG de Sonangol depuis mai 2019, ce vétéran de la compagnie nationale angolaise a fréquenté Patrick Pouyanné au début des années 2000, quand celui-ci était secrétaire général de Total à Luanda. Le Français connaissait aussi son prédécesseur, Carlos Saturnino, chargé à la même époque des relations de la Sonangol avec Total.

JEAN-MICHEL LAVERGNE Très écouté quand il faut prendre des décisions finales d’investissement et bon connaisseur du continent, l’ex-patron de Total E&P en Angola a été directeur stratégie, croissance, recherche & développement de 2016 à 2019. Il veille aujourd’hui à la bonne intégration des ingénieurs transfuges d’Anadarko travaillant sur le projet Mozambique LNG.

ENZO INSALACO Depuis 2016, ce brillant géologue italien est vice-président chargé de l’exploration au sud du Sahara. En 2020, Patrick Pouyanné lui a confié 450 millions d’euros pour dénicher les mégagisements qui feront l’avenir de Total.

IAN LANGSDON/AP/SIPA AMPE ROGERIO/MAXPPP TOTAL BRUNO LEVY POUR JA

Politiquement à droite – il a été conseiller de François Fillon au ministère de l’Industrie et en est resté proche –, Patrick Pouyanné est actif au sein du Medef. Il y fréquente notamment PATRICK DRAHI (à g.), PDG d’Altice, qui a été son condisciple à Polytechnique (promotion 1983). Et discute régulièrement avec LIONEL ZINSOU des perspectives du continent africain.

KOSTADIN LUCHANSKY

LES VIP

STÉPHANE MICHEL Également passé par l’X, le président Moyen-OrientAfrique du Nord de Total E&P est un homme de confiance du PDG, qu’il côtoie depuis une dizaine d’années. Bon connaisseur de la Libye (DG en 2010-2011), il se rend aussi régulièrement à Alger pour aplanir les différends avec les autorités.

DR

MOMAR NGUER Ce Franco-Sénégalais de 63 ans a quitté, à la fin de 2019, la direction de la division marketing et services et le comité exécutif de Total, où il travaillait depuis 2016 à la demande de Pouyanné. Depuis octobre 2019, il préside le comité Afrique du Medef. Figure du paysage pétrolier franco-africain (trente-cinq ans chez Total), il reste conseiller spécial du PDG pour les activités africaines, notamment au Sénégal et en Ouganda.

MARCO DUFOUR

NICOLAS TERRAZ Polytechnicien, ex-patron Total E&P Nigeria, il dirige depuis septembre 2019 l’exploration et la production en Afrique subsaharienne. Il s’est illustré par sa diplomatie lors de la reprise par Total du projet Mozambique LNG, de l’américain Anadarko.

TOTAL

LES OPÉRATIONNELS

ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

LES FACILITATEURS

BRUNO LEVY/DIVERGENCE POUR JA

Le patron de Total sait que les prochains mois seront difficiles pour son groupe, qui a annoncé plus de 3 milliards de dollars de coupes dans les investissements. Cela touchera forcément le continent (25 % de la production, près d’un tiers du budget d’exploration). Néanmoins, le polytechnicien, 57 ans, croit fermement au destin africain de Total. Il mise sur la filière gazière au Mozambique, ainsi que sur le maintien du premier réseau de stations-service en Afrique.


FINANCE

Panique dans l’entre-soi marocain Le procès de Hynd Bouhia, la dirigeante de Global Nexus, s’est ouvert le 7 juillet. L’épilogue d’une affaire qui tient en haleine le microcosme financier du royaume depuis dix-huit mois ?

de luxe et l’éducation), a versé 10 millions de dirhams au titre de la première tranche (26 millions) du fonds, le reliquat étant versé par Serifia (une société privée) ainsi que par l’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (Iresen) et la Caisse centrale de garantie (CCG), tous deux publics. H&A conteste l’étalement des versements accordé à la CCG et à l’Iresen, ce calendrier violant, selon lui, les clauses de « traitement égalitaire » des souscripteurs.

BRUNO LEVY POUR JEUNE AFRIQUE

Elle a été conseillère économique de Driss Jettou quand celui-ci était chef du gouvernement, puis patronne de la Bourse de Casablanca.

Poursuivie pour escroquerie, abus de confiance, faux en écriture…

E

FAHD IRAQI, À CASABLANCA

n février 2008, Hynd Bouhia, diplômée de Centrale Paris et de Harvard, ancienne de la Banque mondiale, est nommée, à 35 ans, directrice générale de la Bourse de Casablanca. Elle était jusque-là conseillère économique du chef de gouvernement, Driss Jettou. Cette même année, le classement Forbes des 100 femmes les plus influentes de la planète la place juste derrière Hillary Clinton (28e)… Hynd Bouhia reste pourtant à peine neuf mois en poste, puis disparaît des écrans radars avant de resurgir, deux ans plus tard, comme conseillère spéciale du directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). Épouse d’un haut responsable de l’appareil sécuritaire du pays, sœur d’une chargée de mission au cabinet royal, cette femme de réseaux se met à son propre compte en 2015 et crée avec des proches Global Nexus, qui obtient en 2017 un agrément pour la collecte et la gestion de ressources à destination du fonds Green Innov Invest. Or, le 18 juin dernier, le Collège des sanctions de l’Autorité marocaine des

marchés de capitaux (AMMC) a retenu plusieurs griefs contre le gestionnaire: utilisation des actifs pour son propre compte, non-respect des obligations légales… Et il lui a infligé une amende de 1 million de dirhams (91000 euros), demandant en outre le retrait de son agrément. BMCE Bank of Africa, dépositaire du fonds, a également reçu un blâme. Le Fonds Green Innov Invest, lui, a été dissous en mai 2019. H&A Investment Holding avait été le premier à alerter l’AMMC, en mars 2019, avant de porter l’affaire au pénal, en octobre. Cette structure, qui représente les intérêts de la famille El Fehdi (présente dans l’immobilier

FEMME DE RÉSEAUX, ELLE EST L’ÉPOUSE D’UN HAUT RESPONSABLE DE L’APPAREIL SÉCURITAIRE CHÉRIFIEN ET LA SŒUR D’UNE CHARGÉE DE MISSION AU CABINET ROYAL.

Conseillé par Africa Advisors, H&A Investment Holding note par ailleurs que sa contribution de 10 millions de dirhams s’est retrouvée quasi immédiatement sur le compte bancaire d’une société fantôme et s’étonne de la concomitance entre le versement de sa souscription et l’acquisition, par Global Nexus, d’une parcelle de terrain dans le très huppé quartier Ambassadors de Rabat. Enfin, l’identité des quatre firmes soutenues par Green Innov Invest a surpris. Parmi elles : Bubble Marina, une entreprise de restauration fondée par l’épouse d’un dirigeant de l’Iresen, et G3 Climat, dont la patronne de Global Nexus aurait été actionnaire… Brièvement écrouée le 20 juin, Hynd Bouhia comparaît libre à son procès, qui s’est ouvert le 7 juillet. Si elle a obtenu le retrait de la plainte de H&A Holding contre des chèques certifiés, assortis d’un calendrier de remboursement, la CCG, elle, n’a pas retiré sa plainte au civil. Dans cette procédure peu ordinaire, qui passionne le microcosme politico-financier marocain, la dirigeante reste poursuivie par le Ministère public pour escroquerie, abus de confiance et faux en écriture. Des chefs d’accusation passibles chacun de un à cinq ans de prison.

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ÉCONOMIE

BANQUE

Bernard Dossongui Koné, le retour en force

À 70 ans, le patron ivoirien rachète trois filiales subsahariennes de BNP Paribas. Un choix mûrement réfléchi qui couronne une double expertise de trente ans dans les TIC et la finance. JOËL TÉ-LÉSSIA ASSOKO, BAUDELAIRE MIEU, À ABIDJAN, ET NADOUN COULIBALY, À OUAGADOUGOU

S

’est-il assagi ? Il fut une époque où les activités de Bernard Dossongui Ko n é ( b a n q u e , a s s u rance, agro -industrie, TIC) défrayaient régulièrement la chronique. Aujourd’hui, fini les foires d’empoigne comme celles qui l’ont opposé, dans les années 2000, au magnat burkinabè Apollinaire Compaoré et au Béninois Séverin Adjovi, ses ex-alliés dans le développement de l’opérateur de téléphonie Telecel. Derrière lui, aussi, le long feuilleton de la cession, en 2012, de sept filiales ouest-africaines de Banque Atlantique au marocain BCP. Ce dernier a été rejoint en 2015 par le capital-investisseur Development Partners International (DPI) dans Atlantic Business International, maison mère du groupe subsaharien. En juin 2019, BCP revendiquait 70 % du holding commun, contre 20 % pour DPI et 9,8 % pour Atlantic Financial Group (AFG), le joyau de l’empire du businessman ivoirien. Ces dernières années, le natif de Gbon, en pays sénoufo (dans le nord de la Côte d’Ivoire), s’est fait dramaturge grec : si conflits il y a, ils se déroulent en coulisses, loin du proscenium médiatique. En retrait, Dossongui ? Peut-être. Mais fini, « rangé des voitures »? Pas si sûr… À 70 ans, le serial-entrepreneur, ancien ministre et ex-député, vient de faire une piqûre de rappel à ceux qui, à Abidjan et ailleurs, avaient oublié son impressionnante capacité à rebondir, lui dont les affaires ont

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tantôt fleuri, tantôt résisté aux vents contraires, sous toutes les présidences ivoiriennes, d’Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara en passant par Laurent Gbagbo. « Too big to fail », selon un observateur. Trop imposant, trop habile, peut-être trop connecté pour échouer.

Convergence entre mobile money et mobile banking

Comme l’a révélé Jeune Afrique Business+ en mai, le fondateur d’AFG finalise la reprise de trois filiales subsahariennes de BNP Paribas – sous réserve de l’obtention des autorisations réglementaires. En jeu : 85 % du géant français au capital de la Bicim au Mali (14 millions d’euros de revenus en 2019) et 51 % du capi-

D’AUCUNS PENSENT QUE CE REDOUTABLE NÉGOCIATEUR CONTRIBUERA À ACCROÎTRE LE DYNAMISME DU SECTEUR. tal de BIC Comores (3 millions d’euros). Le magnat ivoirien est en passe de prendre le contrôle de la Bicig (61 millions d’euros en 2018) auprès du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), qui, en avril, avait acquis temporairement – par portage – les 47 % détenus par BNP, après deux ans de difficiles négociations. « Nous revenons dans la banque avec une nouvelle approche : la convergence entre mobile money

et mobile banking », explique à JA Léon Konan Koffi, président d’AFG Central & East Africa (C&EA), holding régional de AFG. Ce collaborateur de longue date de Dossongui dirige Banque Atlantique Cameroun et a été en première ligne avec Georges Wilson, secrétaire général d’AFG et autre fidèle du patron ivoirien, lors des négociations avec BNP, accompagné de Finactu International (conseil financier) et des avocats de Viguié Schmidt & Associés. e groupe Selon nos informations, le a débloait financier de Dossongui aura u uros pour qué quelque 31 millions d’eu l et l’acquisition de la filiale mallienne o celle our seulement 547 000 euros po des Comores, marché plu s étroit. La reprise de la Bicig par le FGIS e de milaurait coûté une trentaine n d’euliards de F CFA (45 millio ns n ntant du ros environ), mais le mon transfert des actifs à AFG reste difficile à estimer, en raison d’incertip de tudes sur le traitement du passif l’établissement. Bernard Le retour en force de B n nque n’a Dossongui Koné dans la ban r ceux, pas manqué de surprendrre ent sorti, nombreux, qui l’en croyaie e de ses après la cession de l’essentiel u ue. parts dans Banque Atlantiqu e que ce Certains veulent croire redoutable négociateur contrimisme du buera à accroître le dynam i secteur. D’autres se souv iennent m meroun, que Banque Atlantique Cam é 2010 ées née du rachat dans les anné é incluse d’Amity Bank, n’avait pas été n sous le nt dans le deal avec BCP, restan o nomont contrôle d’AFG C&EA. Ils so e quant es breux à s’avouer perplexe aux futures relations entre Bernard t Dossongui Koné et ses par tenaires


marocains, alors que le dirigeant ivoirien apparaît encore comme président du conseil d’administration d’Atlantic Business International… Toujours selon nos informations, AFG négocie avec BCP la cession de ses parts dans Atlantic Business International. Les sommes récoltées serviront en partie à solder l’acquisition des filiales de BNP Paribas. Pour Léon Konan Koffi, le rachat des filiales de BNP n’est nullement un effet d’aubaine, mais le résultat d’une longue réflexion menée par Bernard Dossongui Koné et ses équipes, accompagnés depuis 2017 par Onepoint. Le spécialiste européen de la transformation digitale compte parmi ses clients Bpifrance et a recruté en mars dernier Thierry Lacroix (ex-Deloitte) pour se développer en Afrique.

« Nous avons beaucoup travaillé sur la convergence entre tech et services bancaires », explique ce proche de Dossongui Koné. Le fondateur de Banque Atlantique renoue donc avec ses anciennes passions, combinant la grande expertise acquise à la fois dans la banque et dans les télécoms. La nouvelle aventure bancaire de Dossongui s’appuiera sur la filiale tech de son groupe : Digital Business Solution (DBS), créée pour transformer « les actifs bancaires et les sociétés d’assurances [du groupe] au Mali, au Bénin et au Cameroun ». Soumaila Coulibaly et Gaby Ngongo, deux anciens d’Atlantic Telecom, ont été nommés respectivement directeur général et directeur des systèmes d’informations de DBS. Une

« Nous avons développé des projets pilotes au Cameroun, comme AssurTous Santé, une micro-assurance digitale qui cible les populations à faibles revenus dans un écosystème numérique avec une prime annuelle comprise entre 20 000 et 25 000 F CFA couvrant des soins à hauteur de 400 000 F CFA », explique Léon Konan Koffi. AFG propose également des produits de micro-épargne et de microcrédit via le mobile, ainsi que les transferts internationaux en partenariat avec l’opérateur français Orange.

SAAD POUR JA

Consolidation des nouvelles acquisitions et rebranding

fusion de tous les systèmes d’informations des banques devrait intervenir après le closing du deal avec BNP. AFG compte recourir aux systèmes d’informations bancaires Oracle (Flexcup) et Oracle Banking Digital Experience, auxquels a déjà recours la Poste du Sénégal, pour développer un réseau physique et surtout digital pour « une grande inclusion financière », en ciblant le mass market, selon le jargon interne d’AFG. Aux filiales du Gabon, de la Guinée, des Comores et du Cameroun devraient être ajoutées d’autres implantations, avec des demandes d’agrément bancaire prévues à Madagascar et en Côte d’Ivoire, a appris Jeune Afrique. Après la consolidation des nouvelles acquisitions, AFG n’exclut pas de faire appel à d’autres investisseurs. Un rebranding des filiales reprises est attendu sous la marque AFG Bank, porte-flambeau de la nouvelle aventure bancaire de Dossongui Koné. Du côté du magnat ivoirien, on insiste sur la bonne intelligence maintenue avec le futur ex-partenaire marocain, voire de possibles coopérations dans la banque d’affaires. Un optimisme qui pose question. En effet, le groupe marocain a lancé, en 2019, sa solution de banque digitale Atlantique Mobile en zone Uemoa (Bénin, Burkina, Mali, Niger, Sénégal et Togo). Et détient également des sociétés d’assurances au Togo et en Côte d’Ivoire, rachetées d’ailleurs, en 2014, à l’entrepreneur ivoirien. Ni DPI ni BCP ne se sont pour l’instant exprimés sur cette opération. « S’il y avait eu de l’eau dans le gaz avec eux, les Marocains nous auraient rendu la vie dure. À aucun moment je n’ai ressenti cela. Bien au contraire, notre partenariat s’est bien passé », assure Léon Konan Koffi. Pour les équipes du magnat ivoirien, l’alliance avec BCP se conjugue déjà au passé composé…

109


ÉCONOMIE

E-COMMERCE

Jumia, une saison au purgatoire

Dans les locaux de Nairobi, au Kenya, où le service de paiement en ligne JumiaPay connaît une forte croissance.

J

QUENTIN VELLUET

umia a retrouvé le sourire. C’est un Jérémy Hodara enthousiaste et pédagogue qui, au début de juillet, s’est plié au questionnaire du Nyse Floor Talk (un podcast vidéo de la Bourse de New York), portant sur l’actualité, sur l’impact du Covid-19 et sur les perspectives de la plateforme d’e-commerce active en Afrique. Pour le cofondateur et codirecteur général de Jumia (qu’il dirige en binôme avec Sacha Poignonnec), la période actuelle constitue une occasion en or pour « accélérer » et « faire en sorte que les vendeurs et les consommateurs adoptent plus vite le commerce électronique ». Cet ancien de McKinsey a salué l’adhésion de plus en plus de « grandes marques » à sa plateforme. Parmi elles, Reckitt Benckiser, le géant des produits d’hygiène, qui a signé en mars un partenariat avec Jumia. L’apparition médiatique de l’entrepreneur français, âgé de 38 ans, au beau milieu des célébrations du huitième anniversaire de Jumia (22 juin-5 juillet) et de la traditionnelle quiet period – phase de silence précédant la publication des résultats trimestriels des sociétés cotées –, coïncide avec la fin d’une période particulièrement difficile pour le cours du titre. Introduit au Nyse en avril 2019 à 14,5 dollars, ledit titre avait très rapidement atteint le pic de 49,8 dollars le mois suivant, avant d’entamer une chute quasi ininterrompue jusqu’à 2,5 dollars au premier trimestre de cette année. Il était affecté tant par la conjoncture économique que par

110

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l’incompréhension des investisseurs face à la stratégie de l’entreprise. Un sentiment exacerbé par les attaques, en mai 2019, d’Andrew Left, spécialiste controversé de la vente à découvert et fondateur de Citron Research, qui contestait les données financières de Jumia. Entre le pic de popularité du titre et son plus bas niveau, la valorisation de la plateforme a reculé de 3,3 milliards de dollars. Après une longue année de turbulences à Wall Street, l’action Jumia a renoué il y a peu avec la croissance. À la mi-juillet, elle dépassait 8 dollars, pour une valorisation de l’entreprise de 580 millions de dollars, soit son niveau antérieur à l’irruption de la pandémie de Covid-19. « La société a aussi été surcotée parce que, à Wall Street, il y a une très forte méconnaissance de la Une baisse vertigineuse avant la stabilisation (en dollars) En un an, la valeur de Jumia, à la Bourse de New York, a chuté de plus de 3,3 milliards de dollars. 51 48 45 42 39 36 33 30 27 24 21 18 15 12 9 6 3 0 Avril 2019

Au début de mai 2019, un rapport controversé et critique de l'investisseur Citron Research a accéléré la chute du cours de Jumia

Déc. 2019

Juillet 2020

NICHOLE SOBECKI/VII/REDUX-REA

Après l’annus horribilis qui a suivi son entrée triomphale à la Bourse de New York, la première « licorne » d’Afrique se redresse peu à peu. Et envisage l’avenir avec sérénité.

réalité du business africain », estime Julien Garcier. Pour le fondateur du cabinet de conseil Sagaci Research, établi au Kenya et bon connaisseur de la « licorne » continentale, le retour à la croissance indique que les investisseurs anticipent de bons résultats pour le deuxième trimestre (ils sont attendus pour la mi-août). « Il me semble aujourd’hui que le prix de l’action est plus proche de la réalité de l’entreprise, qui reste une belle activité sur le continent », poursuit cet ancien consultant du Boston Consulting Group (BCG). Un avis que partagent des analystes new-yorkais. La boutique spécialisée Zacks Investment Research anticipe un cours autour de 9 dollars sur les douze à dix-huit prochains mois. « Les revenus de Jumia continuent de croître à un rythme respectable, et l’entreprise dispose d’un plan convaincant pour redresser la situation à long terme », assure un autre cabinet américain. Le chiffre d’affaires de Jumia a bondi de 93 millions d’euros en 2017 à 160,4 millions d’euros en 2019, mais les pertes se sont accrues de 40 % sur la période, à 226,7 millions d’euros. Au premier trimestre de 2020, les ventes étaient en léger recul à 29,3 millions d’euros (– 6,9 % sur un an), pour


une perte nette de 42,9 millions d’euros (en amélioration de 5,6 %). Mais les signaux positifs sont visibles. Les commissions reçues sur les ventes d’articles d’entreprises tierces ont progressé de un tiers, à 6,9 millions d’euros. Il en va de même (en pourcentage de hausse) pour les revenus tirés de la publicité et des frais de livraison. Le segment des produits commercialisés directement par Jumia – sur lesquels la marge est plus faible – a reculé de 36,4 %, à un peu moins de 10 millions d’euros.

Trois leviers: grandes marques, paiement, logistique

La cure d’amincissement entamée à la fin de 2019 – retrait du Cameroun, de Tanzanie, du Rwanda et revente de Jumia Travel à Travelstart – commence à porter ses fruits, avec une perte d’Ebitda ajustée en recul de 10 % sur un an à 35,6 millions d’euros au premier trimestre de 2020, son niveau le plus bas au cours des six derniers trimestres. La plateforme aux 6,4 millions de clients actifs a mis l’accent sur son service de paiement JumiaPay. Disponible sur sept marchés (Nigeria, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Kenya, Tunisie et, bientôt, Ouganda en

DE L’AVIS GÉNÉRAL, LE GROUPE METTRA DU TEMPS À RETROUVER SON RYTHME DE CROISIÈRE ET À ACQUÉRIR DES MARGES CONFORTABLES. partenariat avec Airtel), il a atteint un volume total de 35,5 millions d’euros de paiement au premier trimestre de 2020, soit + 71 % sur un an. Jumia compte faire de ce service une application du quotidien – à l’image du modèle kényan M-Pesa – permettant de régler plusieurs services et produits, y compris hors de son écosystème. La piste des services logistiques est étudiée. Le groupe revendique 20 millions de colis livrés en 2019, dont un quart en zone rurale. La direction a ouvert ses capacités logistiques à des clients extérieurs au Nigeria (en février) et au Kenya (en mars). Priorité a été donnée aux grandes marques (Unilever, Carrefour, Reckitt Benckiser, L’Oréal, Samsung, Xiaomi…) pour attirer de nouveaux clients. « En réalité, l’essentiel du business repose actuellement sur la vente de téléphones ou de petit électronique », tempère Julien Garcier, qui se montre sceptique quant à l’impact de cette accélération sur les marges du groupe d’e-commerce. Ce dernier

objecte que 20 % des items vendus sur sa plateforme sont des produits d’habillement, contre 12 % de téléphones, 9 % de matériel électronique, le reliquat arrivant quasi à égalité avec les services digitaux (JumiaPay), les produits domestiques, les produits de beauté, la livraison de repas et d’autres biens de consommation. Jumia communique sur le nombre de ventes, mais pas sur le chiffre d’affaires ou la marge de chaque catégorie. Par ailleurs, les frais généraux et administratifs ont crû de moitié entre 2018 et 2019, à 144 millions d’euros. Tout n’est donc pas réglé pour la plateforme d’e-commerce, qui, après avoir amassé près de 200 millions de dollars lors de son introduction en Bourse, doit lever des fonds pour soutenir sa croissance. À la fin de mars, ses liquidités étaient de 191 millions d’euros. Les actionnaires, eux, restent muets sur leur niveau d’engagement. Contacté par Jeune Afrique, le groupe français Pernod‑Ricard (5,08 % de Jumia) n’a pas donné suite. Son compatriote Orange (5,7 %) non plus. De l’avis général, Jumia mettra du temps à retrouver son rythme de croisière et à acquérir des marges confortables. L’entreprise, qui se décrit volontiers comme l’amazon.com de l’Afrique, a longtemps demandé à ses investisseurs de s’armer de patience. « De nombreux défis nous attendent, mais nous avons des décennies de croissance devant nous, au regard des opportunités que nous voyons et des besoins que nous comblons », assurait, en juillet, Jérémy Hodara aux investisseurs de New York. Les plus anciens d’entre eux se souviennent peut-être qu’Amazon, entré en Bourse en 1997 au cours de 18 dollars, a mis huit ans à obtenir ses premiers bénéfices. Après une annus mirabilis 1998 au cours de laquelle sa valeur avait été multipliée par 18, le futur géant mondial avait subi un crash express en 2000, au moment de l’éclatement de la bulle internet. Vingt ans plus tard, le titre atteint 3 000 dollars. À cette nuance près que comparaison n’est pas raison. Sorti du purgatoire, Jumia a encore du chemin à parcourir.

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ÉCONOMIE

Chronique

Trois idées pratiques pour capter (enfin) le capital africain Joël Té-Léssia Assoko

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40,8 40,5

80,2

Ce lobbying doit s’accompagner d’un effort important et soutenu de pédagogie, mettant en valeur les résultats positifs du capital-investissement: success-stories, rendements considérablement supérieurs à la moyenne… et plus encore. « L’innovation précède le développement », estime Iyinoluwa Aboyeji, pour qui « les gestionnaires de l’épargne africaine doivent comprendre que les start-up technologiques du continent participent à l’amélioration de l’économie et à celle de leurs propres business ». À preuve: l’impact positif de ACTIFS TOTAUX DES FONDS DE PENSION (en % du PIB)

1,6 1,3 0,8 0,6

4,4 3,5

6,7

9,2 8,3

Premier impératif: il faut lever les contraintes réglementaires qui interdisent aux fonds institutionnels de prendre des participations dans le capitalinvestissement. Une position conservatrice à rebours des habitudes des populations. « Le Nigérian moyen investit 37 % de son épargne en dehors des produits classiques », a rappelé, lors du webinar, Iyinoluwa Aboyeji, cofondateur de Flutterwave (services de paiements) et d’Andela (développeur de logiciels). Pour ce serial-entrepreneur de 29 ans, il revient aux particuliers, aux entrepreneurs et à leurs représentants de mener des actions de lobbying auprès des gouvernements et des élus pour que ceux-ci accordent aux

2- Expliquer pourquoi c’est rentable et bénéfique

13,7 12,9

1 - Mener des actions de lobbying auprès des gouvernements et des élus

gestionnaires d’épargne la « liberté d’investir » dans des fonds de capital-investissement (Private Equity), comme c’est déjà le cas au Kenya ou en Afrique du Sud.

Namibie Botswana Afrique du Sud Malawi Kenya Ouganda Tanzanie Nigeria Ghana Zambie Égypte Maurice Angola Mozambique

P

«

our notre levée de fonds, j’avais fait le pari que 50 % des capitaux viendraient d’Afrique, alors que certains prédisaient qu’ils ne représenteraient que 20 % tout au plus. In fine, très peu de fonds sont venus du continent », expliquait, au début de juillet, Tidjane Deme, associé gérant de Partech Africa (125 millions d’euros mobilisés en 2019), lors d’un webinar qu’organisait le Cercle Afrique de Sciences Po. Or, selon l’OCDE, les fonds de pension africains détenaient, en 2013, au moins 380 milliards de dollars d’actifs, souvent investis à l’étranger ou faiblement rémunérés. Voici trois pistes pour remédier à cette situation.

Journaliste à Jeune Afrique

Kobo 360, le « Uber pour camions », sur le prix et l’approvisionnement en tomates au Nigeria, celui des services financiers mobiles sur la modernisation des circuits monétaires ou la contribution d’Andela aux recettes d’exportations des services.

3 - Miser sur la transparence

Enfin, l’écosystème du capital en Afrique doit cesser d’être exclusif et devenir plus transparent. Il doit ainsi mettre davantage en avant les performances des entreprises soutenues par les capital-investisseurs. Celles-ci sont en effet peu nombreuses à publier leurs comptes annuels ou à se faire coter en Bourse, ce qui décourage la mobilisation de l’épargne africaine. « Les gens qui voient l’impact de la technologie sur leur vie quotidienne veulent acheter les actions de ce type d’entreprises, mais nous ne leur en ouvrons pas l’accès », déplore Iyinoluwa Aboyeji. Résultat, le Private Equity africain reste dépendant des bailleurs de fonds occidentaux (Proparco, CDC, FMO, IFC…). Plus ouvert au soutien des investisseurs publics et privés occidentaux, dont plusieurs sont présents au tour de table de Partech Africa Fund, Tidjane Deme appelle ces derniers à rejoindre l’effort de mobilisation de l’épargne africaine. « Ces investisseurs ont une influence. Ils peuvent parler aux gouvernements africains ainsi qu’aux banques africaines, dont 90 % ont recours à leurs financements. Ils en sont écoutés. C’est un levier d’influence important », conclut le cogérant de Partech Africa.


LES 100

GETTY IMAGES/EYEEM

LEADERS DU DROIT DES AFFAIRES

L

LA RÉDACTION

a quatrième édition du palmarès Jeune Afrique et Jeune Afrique Business+ – notre lettre d’information premium – des avocats d’affaires les plus influents de l’Afrique francophone ne comporte pas une mais trois innovations. Pour mieux refléter la pluralité et la richesse des praticiens, notre classement général compte désormais 100 lauréats (sur 350 candidats), contre 50 auparavant. Autre évolution, cette édition présente

plusieurs sous-catégories (cabinet de l’année, cabinet africain, contentieux, énergies renouvelables, financement de projet…), avec pour chacune leur champion. Enfin, nous proposons notre premier classement dévolu aux seuls cabinets du continent, mettant en lumière les spécialistes locaux. Les dossiers présentés – entre le début de 2019 et le début de 2020 – ont été évalués à l’aune de plusieurs critères pondérés, parmi lesquels le nombre d’interventions, la diversité géographique, la valeur financière en jeu ou la complexité des missions. Une

surpondération a été attribuée aux projets « à impact » (énergies renouvelables, infrastructures de santé…). Cochant le plus grand nombre de cases, Sena Agbayissah (Hughes Hubbard & Reed), qui était cinquième en 2019, obtient la première place. Il est suivi de Bertrand Andriani (Linklaters), premier l’an dernier, et de Pascal Agboyibor (Asafo & Co). Le palmarès est dominé par trois réseaux : Gide Loyrette Nouel (10 avocats classés dans le Top 100), Asafo & Co. (10) et Herbert Smith Freehills (7).

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113


ÉCONOMIE

RETROUVEZ

L’INTÉGRALITÉ DE NOTRE PALMARÈS SUR JEUNE AFRIQUE BUSINESS +

Rang 2020 1

Rang 2019 5

Avocat

Cabinet

SENA AGBAYISSAH

Hughes Hubbard & Reed Linklaters

2

1

BERTRAND ANDRIANI

*

2

PASCAL AGBOYIBOR

Asafo & Co.

4

9

YVES BARATTE

Simmons & Simmons

5

17

NICOLAS JEAN

Gide Loyrette Nouel AARPI

6

8

OLIVIER MÉLÉDO

Mayer Brown

7

12

THIERRY LAURIOL

Jeantet

8

14

DANY KHAYAT

Mayer Brown

9

7

VICTOR GRANDGUILLAUME

Gide Loyrette Nouel AARPI

10

**

ANNE-SOLÈNE GAY

Behring

11

6

MARIE BOUVET-GUIRAMAND

Gide Loyrette Nouel AARPI

12

26

RÉMY FEKETE

Jones Day

*

15

EMMANUEL GAILLARD

Shearman & Sterling

*

11

ROLAND ZIADÉ

Linklaters

*

19

FRANÇOIS-GUILHEM VAISSIER ET PAULE BIENSAN

White & Case

16

22

PIERRE MARLY

CMS Francis Lefebvre Avocats

*

4

BORIS MARTOR

Bird & Bird AARPI

*

10

YVES LEPAGE

ORRICK

*

**

KARIM MAALIOUN

Fasken

*

23

JULIEN DAVID

Gide Loyrette Nouel AARPI

*

13

DELPHINE SIINO COURTIN

Clifford Chance

*

27

MUSTAPHA MOURAHIB

Clifford Chance

23

**

BERTRAND MONTEMBAULT

Herbert Smith Freehills

*

**

MARIANNA SÉDÉFIAN

Trinity International

ALAIN MALEK

Norton Rose Fulbright LLP

*

40

*

3

HICHAM NACIRI

Allen & Overy

*

38

MICHEL LEQUIEN

Ashurst

*

**

ARNAUD DE LA COTARDIÈRE

Linklaters

*

**

STÉPHANE VERNAY

Gide Loyrette Nouel AARPI

30

16

STÉPHANE BRABANT

Herbert Smith Freehills

*

18

PATRICK LARRIVÉ

Asafo & Co.

*

**

YAS BANIFATEMI

Shearman & Sterling

*

24

PIERRE BERNHEIM

Trinity International

*

21

CHRISTOPHE ASSELINEAU

Norton Rose Fulbright LLP

*

**

CENDRINE DELIVRÉ

CMS Francis Lefebvre Avocats

*

45

SÉBASTIEN GAUDU

Asafo & Co.

*

**

AMIR JAHANGUIRI

Willkie Farr & Gallagher LLP

*

35

SIMON RATLEDGE

Asafo & Co.

*

**

BARTHÉLEMY FAYE

Cleary Gottlieb Steen & Hamilton

*

29

MICHAEL OSTROVE

DLA Piper

*

30

SAMY LAGHOUATI

Gide Loyrette Nouel AARPI Ashurst

42

**

YANN ALIX

*

**

DIDIER BOUA DOUX

Asafo & Co.

*

**

FRANÇOIS BOURRIER-SOIFER

Viguié Schmidt & Associés

ÉRIC VILLATEAU

DLA Piper

HUGUES DE LA FORGE

Fidal

*

**

*

28

47

**

MEHDI HAROUN

King & Spalding

*

**

BOB BASTOS

Asafo & Co.

*

42

BABA HADY THIAM

Thiam & Associés

*

**

OLIVIER LOIZON

Viguié Schmidt & Associés

* : EX AEQUO ** : NE FIGURAIT PAS DANS LE CLASSEMENT 2019

CLASSEMENT GÉNÉRAL

LES 100 LEADERS DU DROIT DES AFFAIRES


Ils se sont distingués cette année

No 1

No 4 Yves Baratte

Simmons & Simmons

Sena Agbayissah

Yves Baratte, présent dans notre Top 10 pour la troisième année consécutive, est responsable, en France, de l’équipe Énergie, ressources naturelles et infrastructures du cabinet britannique. Il accompagne Kimbo, en Guinée, dans un projet intégré de bauxite (3,3 milliards de dollars). Il est également actif dans plusieurs dossiers miniers (Mauritanie, RD Congo…) ou liés à la logistique et à l’éolien (Djibouti, Maroc).

No 8

Dany Khayat

Mayer Brown

WEFFEBI

Chef de file, à Paris, de la pratique « contentieux et arbitrage » du cabinet américain Mayer Brown, Dany Khayat a défendu avec succès Veolia Africa contre le Gabon dans l’affaire, très médiatisée, de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). L’arbitrage entre investisseurs privés et États constitue le gros de l’activité de ce Franco-Libanais formé à l’université d’Assas, avec une quinzaine de dossiers en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale ainsi qu’au Maghreb. À noter son intervention dans plusieurs dossiers d’arbitrage dans le football professionnel. Hormis cette place au classement général, où il gagne six rangs, Dany Khayat est aussi coleader avec Emmanuel Gaillard (Shearman & Sterling) en « contentieux ».

No 10

Anne-Solène Gay Behring

Fondatrice du cabinet parisien Behring, Anne-Solène Gay intègre pour la première fois le Top 10. Cette spécialiste des TIC et du droit de la propriété intellectuelle, passée par Jeantet et Bird & Bird, met au point des contrats, sur le continent, avec les grands opérateurs privés ou les gouvernements, quand elle ne mène pas une mission en fusion-acquisition pour un fonds panafricain. Avec 23 dossiers en cours, elle est active dans une douzaine de pays francophones. Elle assiste notamment plusieurs leaders occidentaux du numérique dans le développement de leurs projets d’expansion (services numériques, infrastructures…), ainsi que dans des procédures de contentieux. ZOÉ DUCOURNAU

BRUNO LEVY POUR JA

Cinquième l’an dernier, Sena Agbayissah, l’associé parisien star de la firme new-yorkaise, décroche la médaille d’or de notre classement, avec 24 dossiers à son actif. Passé par SNR Denton, cet avocat formé à Montpellier et à Rennes se distingue notamment par son rôle auprès du géant de l’uranium Orano (ex-Areva), qu’il appuie dans de cruciales négociations contractuelles avec le Niger. Il accompagne l’État ivoirien dans des projets énergétiques majeurs totalisant près de 900 millions d’euros d’investissements. Sena Agbayissah conseille aussi plusieurs opérateurs dans le secteur agricole en Côte d’Ivoire, au Mali et au Bénin.

DR

Hughes Hubbard & Reed

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115


ÉCONOMIE

LES 100 LEADERS DU DROIT DES AFFAIRES

Cabinet de l’année

GIDE LOYRETTE NOUEL Gide Loyrette Nouel s’affirme comme l’un des cabinets les plus importants en Afrique. Ce que récompense la première place de notre nouvelle catégorie « Cabinet de l’année ». Un praticien sur dix du classement fait partie du réseau Gide, dont deux associés, Nicolas Jean (5e) et Victor Grandguillaume (9e), figurent dans le Top 10. Présent sur un large spectre de pratiques, avec 170 dossiers, le nom de Gide reste associé aux fusions-acquisitions (lire ci-contre le portrait de Julien David), restructurations et opérations en capital ou dette, et ce de la Côte d’Ivoire à la région des Grands Lacs, en passant par l’Afrique du Nord.

Cabinet africain

DR

SD AVOCATS GUINÉE

L’avocate guinéenne Salimatou Diallo (SD Avocats, photo) se hisse à la première place de notre nouveau classement sectoriel « Cabinet africain de l’année », instauré pour mettre en valeur les praticiens du continent et fondé sur les recommandations des cabinets ayant répondu à notre enquête. L’ancienne de Herbert Smith Freehills, qui a créé sa structure en 2013, s’est imposée comme une référence à Conakry et au-delà. Spécialisée en projets, financements et fusions-acquisitions, Salimatou Diallo a conseillé IFC pour un prêt êt au minotier Sonoco (25 millionns de dollars) et d’autres innstitutions de développeement (BEI, Proparco, DEG…). Elle accompagne Qatar National B Bank pour un prêt à la Guinée, ainnsi que la Banque africaaine d’import-export. Enfin, dans le secteur minnier, crucial en Guinée, elle a appporté son concours à Celtic Resources ((Nordgold).

Projet

Pascal Agboyibor Asafo & Co.

V.FOURNIER/JA

Les vainqueurs par catégories Habitué des premières places, Pascal Agboyibor est deuxième au classement général et décroche la médaille d’or « Projet ». Le cabinet qu’il a fondé en 2019 (Asafo & Co.), centré à 100 % sur l’Afrique, ne cesse de grandir. Il compte un nombre impressionnant de dossiers actifs, plus de 200 selon nos pointages, dont une bonne quarantaine pour le seul Pascal Agboyibor. Client phare de l’avocat togolais, la Gécamines l’a suivi dans son aventure. Celle-ci ne fait que débuter, puisque Asafo & Co. s’est, en mai, allié avec le cabinet sud-africain Lawtons Africa et ses 70 praticiens.

Contentieux

Emmanuel Gaillard, Shearman & Sterling et Dany Khayat, Mayer Brown Sommité internationale de l’arbitrage, professeur invité à Yale et à Harvard, Emmanuel Gaillard se distingue dans son activité reine, puisqu’il est coleader de la catégorie avec Dany Khayat (Mayer Brown). Celui qui pilote sur le plan mondial l’activité arbitrage de Shearman & Sterling est très actif en Afrique. Il représente le gouvernement algérien dans plusieurs arbitrages internationaux, notamment face à Orascom. Il défend aussi l’opérateur portuaire Togo Terminal face à Lomé. Au total, Emmanuel Gaillard est présent dans 25 dossiers de contentieux, portés pour l’essentiel devant le Cirdi.

Fusions-acquisitions

Julien David, Gide Loyrette Nouel Ancien associé gérant du bureau de Casablanca (2011-2014), ce spécialiste des « fusac » conseille sur le continent plusieurs poids lourds tels que BPCE (banque), Sagemcom (infrastructures) et IFC.

Financement de projets

Paule Biensan et FrançoisGuilhem Vaissier, White & Case Conduite par Paule Biensan, la pratique Énergie, infrastructure, financement de projets du bureau parisien de White & Case intervient dans la structuration financière de quelques-uns des plus grands projets énergétiques d’Afrique francophone. Elle conseille notamment Eranove sur le barrage de Kénié, au Mali. Avec FrançoisGuilhem Vaissier, un ancien de Suez et de Total, Paule Biensan, qui travaille depuis plus de vingt-cinq ans au sein de White & Case, accompagne également Eranove dans plusieurs autres pays, dont la Côte d’Ivoire, ainsi que le français Eiffage au Sénégal.


DR

Conseil aux États

Rémy Fekete, Jones Day EMERICH

Associé et chef de file de la pratique TMT (Technologie, Médias et Télécoms) à Paris, Rémy Fekete se distingue sur son terrain de prédilection, le numérique, accompagnant le Togo (cybersécurité), le Bénin (licences de télécoms) ou le Mali (accès universel aux TIC). Autre dossier phare : via IFC, il conseille le gouvernement éthiopien en matière de cession de licences de télécoms. On le retrouve sur des dossiers de smart cities (villes utilisant les TIC pour améliorer la qualité des services urbains ou pour réduire leurs coûts) et d’infrastructures (électricité, câbles, data centers).

Énergies renouvelables

Pierre Bernheim Trinity International

Associé et créateur, en 2016, de la pratique parisienne du cabinet londonien spécialisé dans l’énergie et les infrastructures en Afrique, Pierre Bernheim a fait de l’énergie renouvelable son terrain de jeu quasi exclusif, avec une trentaine de dossiers en Afrique francophone (CDC, Tembo Power…). Il conseille aussi en Tunisie plusieurs consortiums de grande envergure pour des concessions dans le solaire.

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AVIS D’EXPERT

Opportunités d’investissement étranger en Tunisie À l’époque de la crise de la Covid-19, nous pouvons affirmer que la Tunisie a su démontrerqu’elle était plus quejamais,uneopportunitéuniquepour tout investisseur étranger.

nombre et proportion de cas contaminés extrêmement faible) ;

•

•

Les secteurs d’investissement étranger les plus porteurs et intéressants selon ma connaissance du marché local et expertise sont le secteur :

Industries textiles 100% exportatrices : proximité géographique, main d’œuvre compétente, qualifiée à faible coût ;

•

Énergies renouvelables : cadre juridique attractif pour l’énergie solaire/éolienne ;

•

Partenariats Publics Privés (PPP) ;

•

Service reste toujours attirant.

En effet, trois points forts qui se dégagent de cette crise : •

Une démocratie stable et affirmée qui ne fait plus aucun doute ;

•

Une capacité avérée à gérer les pandémies et une stabilité sanitaire très attractive à l’époque où le risque principal reste les pandémies futures (gestion quasi parfaite de la pandémie, une production assurée par rapport à d’autres, nombre de décès faible,

Fares Koussay EL HENI,

Une innovation débordante lors du confinement et de la Covid-19 avec une mise en service de plusieurs technologies locales aux standards internationaux et l’accélération de la digitalisation.

•

Médical et Pharmaceutique : secteur mature et clé en Tunisie ;

•

Digital et des nouvelles technologies : forte valeur ajoutée ;

Avocat – Managing Partner (Tunis) – Deputy Head Africa Group (Paris)


DOSSIER LOGISTIQUE DÉSENCLAVEMENT

À l’assaut de l’hinterland Alors que le secteur confirme qu’il joue un rôle déterminant pour atténuer les effets de la crise économique et sanitaire, acteurs historiques et nouveaux entrants se livrent une bataille acharnée pour mieux desservir l’intérieur des terres. 118

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S OLIVIER CASLIN

i la pandémie de Covid19 a mis en lumière ces derniers mois la fragilité d’une économie internationale plus que jamais ouverte aux quatre vents de la mondialisation, elle a également souligné le rôle fondamental des secteurs du transport et de la logistique. D’ailleurs, dès la mi-mars, au moment où le confinement et les restrictions de mouvements se généralisaient à travers


La situation commençait alors à devenir critique pour le transport maritime. Les navires, qui transportent chaque année plus de 80 % du commerce mondial, faisaient face, au début de mars, à d’importantes mesures de quarantaine avant de pouvoir accoster, quand les ports n’étaient pas tout simplement fermés. Le cabinet de conseil américain Kearney estime qu’à cette période un départ sur deux était annulé depuis la Chine et que le taux de remplissage des navires marchands qui appareillaient ne dépassait pas les 30 %, « provoquant des ruptures importantes dans les chaînes d’approvisionnement ». L’activité portuaire a donc elle aussi plongé, dans le sillage du ralentissement général de l’économie. Anvers a annoncé une baisse de 4,9 % de ses volumes au premier semestre, Rotterdam près du double. Marseille a vu fondre ses tonnages de 17 % depuis le début de l’année, Le Havre et Rouen de 27 %, pendant que, sur les côtes nord-africaines, des terminaux de transbordement aussi significatifs que Damiette, en Égypte, ou Tanger, au Maroc, s’attendent à une chute de 40 % de leurs nombres d’escales au second semestre.

La bonne gestion de la transition terre-mer, qui permet une sortie rapide des capitales portuaires, est devenue l’argument clé des logisticiens. Ici, le port d’Abidjan.

la planète, Kitack Lim, le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), demandait aux gouvernements de rester pragmatiques, estimant « qu’en ces temps difficiles la capacité du secteur à livrer des biens fondamentaux tels que des fournitures médicales et des denrées alimentaires sera[it] essentielle pour répondre à cette pandémie et, à terme, la surmonter ». Quelques jours plus tard, les experts de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) appelaient à leur tour « au maintien et à la protection du trafic maritime et des chaînes logistiques ».

JACQUES TORREGANO/DIVERGENCE

Répondre au défi des nouvelles normes environnementales

Mais, dans un contexte maritime international déjà compliqué par la guerre commerciale sino-américaine, par la surcapacité récurrente de la flotte mondiale et par les défis que doivent relever les armateurs afin de répondre aux nouvelles normes environnementales, le secteur portuaire africain « a globalement maintenu ses volumes », pour reprendre la formule utilisée chez Bolloré Transport & Logistics (BTL). Bien sûr, l’Afrique n’a pas évité les six semaines de baisse d’activité du commerce mondial, d’avril à mai, qui continuent d’affecter chaque maillon de la chaîne logistique. Mais la reprise de la production industrielle en Chine, déjà constatée en juin, « laisse présager une augmentation progressive du transport de conteneurs », estime un cadre de la CMA CGM. Voilà pour l’import. Côté export, « les stocks de coton, de noix de cajou et de cacao sont en très forte augmentation », estime-t-on chez BTL. Aux opérateurs de savoir jongler entre des capacités de stockage vite limitées et les impératifs saisonniers propres à chaque production agricole. Le temps que les carnets de commandes se remplissent et que la flotte mondiale reprenne vraiment du service.

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119


DOSSIER LOGISTIQUE

DÉSENCLAVEMENT

Avant la crise sanitaire et malgré ses difficultés structurelles, le secteur maritime avait établi un nouveau record en 2019, en transportant 11 milliards de tonnes de marchandises. Plus de 800 millions d’équivalents vingt-pieds (EVP) avaient alors sillonné les océans, dont près de 4 % à destination – ou en provenance – de l’Afrique. Véritables mètres-étalon de la mondialisation, les conteneurs partent toujours d’Asie et d’Occident chargés de biens de consommation et d’équipements, mais ils sont chaque année un peu plus nombreux à quitter les ports africains gonflés de vrac agricole et minier. Si bien que, « même si une décélération du trafic conteneurisé est constatée à l’échelle mondiale, l’Afrique continue de jouir d’une croissance satisfaisante », constate Georges Serre, conseiller chargé des relations internationales chez CMA CGM, qui, ces dernières années, comme beaucoup d’autres grands armateurs (Cosco, MSC, Maersk…), a élargi son offre de services, notamment à terre, pour garder ses parts de marché sur une activité toujours plus concurrentielle. Les acteurs historiques les plus solidement établis, transporteurs maritimes et grands logisticiens comme BTL, font face à des groupes arrivés plus récemment, souvent d’origine asiatique – tels Arise, filiale du singapourien Olam, et le philippin ICTSI –, pour trouver en Afrique de nouveaux relais de croissance.

Privilégier les implantations portuaires hors des grandes capitales

Car « les ports ne sont plus un sujet en Afrique », estime Yann Alix, expert maritime auprès de la fondation Sefacil. « Aujourd’hui, dès qu’un conteneur touche terre, tout devient compliqué », confirme un opérateur abidjanais. Et, dans la foulée des compagnies maritimes, des manutentionnaires historiques, mais aussi de certains « chargeurs », comme le géant agro-industriel Olam, c’est tout le continent africain qui doit prendre le virage logistique. Si le versant portuaire a fait sa mue à travers l’Afrique depuis une douzaine d’années, pour répondre aujourd’hui globalement aux attentes de ses utilisateurs, tout reste à faire une fois franchies les clôtures des terminaux, lorsqu’il s’agit de desservir l’hinterland. L’Afrique manque toujours de routes, de voies ferrées, d’aéroports, alors que l’urgence du Covid-19 a démontré la nécessité de s’appuyer sur le secteur aérien pour sa flexibilité et sa rapidité, sur le ferroviaire pour massifier et sécuriser le transport des marchandises, et

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Les ambitions refroidies des armateurs asiatiques

L

e nom de Pacific International Lines (PIL) est bien ancré dans les ports ouest-africains. Mais l’exaspération de certains des clients togolais de ce même PIL, qui n’avaient toujours pas reçu, deux mois après la date prévue, des centaines de conteneurs de marchandises chinoises attendus à Lomé, témoigne des difficultés du singapourien. Créé il y a un demi-siècle et toujours contrôlé par la famille chinoise Teo, le numéro dix mondial du conteneur va mal. Endetté pour plus de 3,8 milliards de dollars, il n’a pu honorer plusieurs échéances bancaires depuis le début de l’année et négocie actuellement son rachat par le fonds d’État singapourien Temasek. PIL a déjà dû se retirer de la ligne Asie-Europe en avril 2019 et du marché transpacifique en mars 2020. Propriétaire de 89 navires, il a aussi vendu 6 grands porte-conteneurs de 11900 EVP. Officiellement, PIL veut se recentrer sur les marchés Nord-Sud, et les lignes vers l’Afrique subsaharienne sont prioritaires. Le singapourien y est de loin l’armateur asiatique le mieux implanté. Il affirme détenir 16 % du marché Asie-Afrique subsaharienne, soit dix fois sa part du marché mondial. En 2019, le volume des marchandises qu’il transporte d’Asie vers l’Afrique de l’Ouest a crû de 9 %, et même de 22 % dans le sens inverse. Mais la chute du prix du pétrole

et la crise due au Covid-19 ont réduit les volumes et renforcent la pression concurrentielle des Européens (Maersk, CMA CGM et MSC) sur l’armateur. PIL a annoncé, à la fin de mai, une meilleure desserte du Nigeria, du Ghana et du Togo depuis la Chine, mais cela se fera par le biais de lignes communes avec le chinois Cosco, partenaire clé de PIL, et avec CMA CGM. Cosco a annoncé, en février 2019, un accord de coopération avec Bolloré dont le contenu n’a toujours pas été précisé. L’armateur n’a pas renforcé récemment la fréquence de ses lignes africaines ni annoncé d’investissements dans la logistique terrestre. Le groupe chinois s’est contenté de vendre ses lignes sous une autre marque, O O CL , compagnie de Hong Kong rachetée en 2018. Mais les deux armateurs chargent sur les mêmes navires, ce qui n’ajoute aucune capacité au marché. « Les Asiatiques prétendaient qu’ils allaient casser la baraque en Afrique, mais ils ne se développent pas, et la crise actuelle des pays pétroliers les conduit plutôt à faire profil bas, observe un logisticien. Les chargeurs africains peuvent plutôt se féliciter du maintien des Européens, qui restent très présents. » CMA CGM, qui détient environ un quart du marché maritime africain, au coude à coude avec Maersk, a ainsi annoncé le 6 juillet la création d’une nouvelle ligne qui fait le tour de l’Afrique.

ALORS QUE LE MARCHÉ SE RÉTRÉCIT, PIL ET COSCO SONT SOUS PRESSION.

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DOSSIER LOGISTIQUE

DÉSENCLAVEMENT

FERNAND KUISSU POUR JA

L’aménagement des corridors vers l’intérieur – ici un nouveau tronçon de l’autoroute qui reliera Yaoundé à Douala – draine de nouveaux investissements.

ce « jusqu’au dernier kilomètre », comme le veut la finalité même de l’activité logistique. Or la congestion urbaine ralentit dès le début de l’évacuation des conteneurs. « L’interface entre une ville et son port pose souvent problème », a déjà plusieurs fois confirmé Philippe Labonne, le directeur général adjoint de BTL, qui cite parmi d’autres les exemples de Pointe-Noire ou de Lagos. La Cnuced a calculé que, s’il fallait en moyenne huit heures pour évacuer un conteneur d’un port japonais ou allemand, la même opération prenait dix fois plus de temps au Nigeria et au Sénégal, douze fois plus au Kenya. Conscients du problème bien avant la crise sanitaire, les autorités publiques africaines comme les opérateurs internationaux privilégient dorénavant les implantations portuaires hors des grandes capitales.

Interconnecter les plateformes afin de constituer un réseau à vocation continentale

À Djibouti et à Tanger, les derniers terminaux ont été construits loin des agglomérations engorgées. Au Sénégal, DP World a jeté son dévolu sur le site de Ndayane, situé à une cinquantaine de kilomètres de Dakar. En Côte d’Ivoire, MSC a misé sur San Pedro pendant que CMA CGM choisissait Kribi au Cameroun. Ces nouvelles interfaces portuaires, aux dimensions toujours plus démesurées pour faire face à l’explosion des volumes provoquée par celle attendue de la démographie à travers le continent, sont également équipées de vastes zones multimodales de stockage et de distribution, comme à Vridi pour BTL, afin

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d’accompagner le développement du futur TC2 d’Abidjan, ou à Nkok pour Olam, en arrière-plan du terminal gabonais d’Owendo. Ces plateformes logistiques, mais aussi parfois industrielles, sont appelées à s’interconnecter pour constituer la première ossature d’un réseau logistique à vocation continentale. Les marchés de l’intérieur seront ensuite desservis par de grandes « pénétrantes », routières depuis Dakar vers Abidjan et Lagos dans la zone Cedeao, ou bien de Douala vers Ngaoundéré, N’Djamena et Bangui en Afrique centrale; ferroviaires dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie tracées par les Chinois à travers le Sahel ou dans l’Est africain. De telles infrastructures, en fluidifiant les approvisionnements, doivent assurer le développement d’une industrie de transformation en Afrique, dont la valeur ajoutée créée justifiera les investissements souvent substantiels à réaliser. « L’Afrique importe chaque année pour près de 50 milliards de dollars de denrées alimentaires qu’elle pourrait produire elle-même », rappelle Karim Aït-Talb, directeur général délégué de Geocoton. À condition de disposer d’une chaîne logistique suffisamment efficace pour accélérer la constitution d’espaces économiques régionaux qui doperont les échanges intra-africains, encore limités à 12 % (contre 60 % en Europe et 40 % en Asie). Les experts de l’Afreximbank assurent déjà depuis plusieurs années que le développement de ce commerce interne « constitue pour l’Afrique le moyen le plus sûr de se protéger des chocs économiques extérieurs ». C’est en suivant cette logique que la logistique tisse sa toile à travers le continent.


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DOSSIER LOGISTIQUE

STRATÉGIE Ceva Logistics

Mathieu Friedberg Directeur général

« Nos priorités : les corridors de Dakar, Abidjan et Douala » Le patron de la filiale de l’armateur français CMA CGM revient sur le récent rachat d’AMI Worldwide, qui permet au groupe de se positionner comme un acteur de premier plan sur le continent. x-patron de l’armateur Delmas, Mathieu Friedberg dirige depuis janvier Ceva Logistics, la filiale de logistique du géant des mers marseillais CMA CGM, qui compte 70000 salariés dans le monde. Rachetée en 2018 par le groupe de transport maritime, elle était jusqu’alors, contrairement à sa maison mère, peu présente sur le continent. Le rachat d’AMI Worldwide, présent dans 11 pays d’Afrique orientale, va lui permettre de changer la donne. Jeune Afrique : Il y a deux mois, Ceva a annoncé qu’il rachetait AMI Worldwide. Pourquoi vous implantez-vous en Afrique de l’Est ? Mathieu Friedberg : A M I

Worldwide est une très belle entreprise qui travaille avec CMA CGM depuis longtemps. Une occasion unique s’est présentée, et nous l’avons saisie. Il n’existe pas d’autres opérateurs indépendants en Afrique de l’Est d’une taille et d’une présence comparables. Il nous aurait fallu beaucoup de temps pour créer un tel réseau. Or AMI – qui n’a pas vocation à conserver ce nom et va devenir Ceva Logistics – est présent dans toute la partie orientale du continent, notamment au Mozambique, où nous voulons développer de la logistique de projets, autour des énormes

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investissements en cours dans le secteur du gaz. Que représentait Ceva en Afrique avant le rachat d’AMI Worldwide ?

L’Afrique était un peu une terra incognita. Nous n’y avions des installations en propre qu’en Angola et en Afrique du Sud. Mais les clients du groupe, dans les télécoms, l’automobile, la tech et, demain, dans le secteur de la santé, nous encouragent à nous implanter sur le continent comme nous l’avons déjà fait ailleurs dans le monde. Se positionner comme acteur de référence dans toute l’Afrique subsaharienne est une décision stratégique de Rodolphe Saadé, le PDG du groupe. Comment vous appuyez-vous sur CMA CGM, l’un des deux premiers armateurs en Afrique ?

CMA CGM est un soutien précieux. Acteur clé du secteur maritime en Afrique [où il est présent partout sauf en Centrafrique], le groupe connaît aussi parfaitement ses marchés internationaux: la Chine, le Moyen-Orient et l’Europe. Il est le premier armateur d’envergure internationale à avoir desservi la Somalie et le Mozambique, ou à être revenu en Libye. Nous réfléchissons à utiliser Mayotte, où CMA CGM est très bien implanté, comme hub qui connecterait le Mozambique à l’Asie ou à Durban.

CEVA LOGISTICS

E

PROPOS RECUEILLIS PAR THIBAUD TEILLARD

Comment Ceva, qui part quasiment de zéro en Afrique, entend-il se positionnerfaceàdesopérateursdéjàbien installés, tels que Bolloré ?

Nous sommes persuadés qu’il y a, sur le continent, une demande pour une offre alternative, et que celle-ci émane des acheteurs du transport et de logistique, qui souhaitent davantage de transparence et de traçabilité. Ceva veut s’inscrire dans ce mouvement et être capable d’expliquer en détail à ses clients les contraintes administratives et opérationnelles auxquelles ils doivent s’attendre, afin qu’ils investissent sur le long terme.

Confrontée à des barrières tarifaires et, surtout, non tarifaires, liées à la congestion aux passages de frontières, la logistique africaine


s’est nettement détériorée en vingtcinq ans. Les corridors restent-ils des passages obligés ?

NOS CLIENTS DEMANDENT DAVANTAGE DE TRANSPARENCE ET DE TRAÇABILITÉ. NOUS RÉPONDONS PRÉSENT !

Le « paysage » reste rudimentaire. Autant on peut desservir Munich depuis de nombreux ports et façades [Hambourg, Anvers ou Koper, sur l’Adriatique], autant les choses sont différentes en Afrique. Nous avons donc choisi de nous organiser autour de ces corridors en nous appuyant sur la force de frappe de CMA CGM, qui nous garantit sa bonne connaissance du terrain. Certes, mais Ceva n’a pas forcément les mêmes clients et les mêmes prestataires que CMA CGM…

Il est vrai que nous avons voulu maintenir Ceva logistics comme une entité séparée. Il y a, d’un côté, un armateur qui s’appuie sur des actifs et des lignes régulières, et, de l’autre, une organisation logistique plus légère, dont le business model est sans actifs. Celle-ci ne travaille pas forcément toujours avec CMA CGM. Quels clients cherchez-vous à conquérir en Afrique ?

nécessite néanmoins une très bonne connaissance du terrain…

Je vous l’accorde, mais regardez ce qui s’est passé au milieu des années 1990. Les États africains ont compris l’enjeu que représentait l’amélioration de leurs infrastructures portuaires. Les barrières purement maritimes se sont fortement atténuées. Certes, tout se complique quand un conteneur touche le sol portuaire africain, mais il y a de grosses différences selon les corridors. Sur une liaison DjiboutiÉthiopie, les améliorations sont notoires, avec une possibilité de desserte par train-bloc. Sur un trajet Mombasa-Soudan du Sud, c’est toujours aussi compliqué. Sur un DakarBamako, nous sommes même obligés de constater que la liaison ferroviaire

Nous en avons de plusieurs types. Il y a les clients du groupe, qui voient dans l’Afrique un marché de consommation en plein essor, dans les télécoms, l’agroalimentaire, les pièces automobiles. Il y a ensuite les clients spécialisés dans les matières premières exportées d’Afrique. Enfin, il y a ceux qui voient dans l’Afrique une zone de production potentielle pour le marché mondial, au-delà de la production locale surtout destinée aux marchés locaux ou sous-régionaux. Dans le textile, le groupe américain The Children’s Place illustre bien cette tendance. Il a changé ses fournisseurs : de la Chine, il s’est tourné vers le Vietnam, puis vers le Bangladesh, et, aujourd’hui, il a choisi l’Éthiopie. Avec 100 millions d’habitants et une bonne stabilité politique, ce pays a un gros potentiel, et l’on voit bien qu’autour du hub logistique de Modjo, où nous investissons, s’implantent des

industriels indiens, sud-coréens et turcs. À partir de coton importé, ils vont livrer Zara ou H&M. Quels sont les pays sur lesquels Ceva mise le plus en Afrique ?

Après l’Afrique de l’Est, nous ciblons d’autres pays. En Afrique de l’Ouest, nous avons créé, le 1er avril, une agence en propre en Mauritanie, pays qui pourrait représenter une autre solution à la desserte du Mali. Cette année, nous visons en priorité les corridors DakarBamako, Abidjan-Ouagadougou et Douala‑N’Djamena. Nous avons ainsi repris les entités de CCIS, filiale de CMA CGM, à Bamako et à Abidjan, où nous créons, en coentreprise avec Proline, plusieurs milliers de mètres carrés logistiques, y compris en température contrôlée, près de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny. Ceva s’implante aussi en propre au Cameroun, et notre objectif est d’être très vite opérationnels au Burkina. En 2021, nous irons certainement ailleurs en Afrique de l’Ouest. Qu’en est-il de l’Afrique du Nord ?

Nous investissons au Maroc, qui a une ambition africaine et une longueur d’avance dans la logistique, avec le hub de Tanger Med, où le groupe CMA CGM est très présent. L’offre de Royal Air Maroc constitue aussi un grand atout dans le secteur aérien. Dans l’automobile, les télécoms, la tech, plusieurs de nos clients sont déjà bien implantés dans le royaume. En nous vendant sa filiale CC Log, CMA CGM nous permet de contrôler Acomar, rebaptisé Ceva Logistics. Simultanément, nous avons pris une participation majoritaire dans Asti [société de transit et de transport], notre agent actuel. Grâce à ces deux sociétés, nous devenons l’un des premiers logisticiens marocains. Nous voulons renforcer notre présence en Algérie, pays très important pour CMA CGM. En Égypte, nous bouclons une prise de participation majoritaire dans notre agent actuel, IBA. L’objectif est d’acquérir rapidement une activité significative sur tous les grands marchés africains.

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DOSSIER LOGISTIQUE

CONVOIS EXCEPTIONNELS

GALLO IMAGES/REX FEAT/REX/SIPA

Le transport hors normes (jusqu’à 250 tonnes) nécessite parfois un réaménagement routier.

GoFast veut garder une longueur d’avance En pleine croissance, la filiale de Weaving spécialisée dans l’acheminement d’équipements lourds est confrontée à la concurrence des géants généralistes du secteur.

A

RÉMY DARRAS

«

vanttoutechose,nous faisons une étude de la route. Nous vérifions qu’elle est en mesure de supporter le convoi. Nous pouvons même être amenés à l’aménager, voire à démonter puis à remettre en état un pont », explique Florian Wouters, directeur France de GoFast Freight Forwarding. Ce transitaire spécialisé dans l’acheminement de bout en bout des équipements lourds ne compte plus les solutions de transport qu’il a élaborées pour des projets industriels en Algérie. Un pays qui constitue le berceau de sa maison mère, le groupe Weaving (40 millions d’euros de CA en 2018), créé par le Franco-Algérien Arezki Idjerouidène, artisan dans les années 2000 du succès de la compagnie aérienne Aigle Azur, disparue l’année dernière. Leader de ce créneau logistique hors normes dans ce pays, GoFast choisit et coordonne les différents acteurs

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logistiques, maritimes et terrestres, des convois spéciaux. Il a participé entre autres aux projets pétroliers de Saipem (filiale d’ENI), à l’acheminement des éléments de quatre centrales électriques du groupe d’ingénierie américain KBR, à celui des turbines produites par GE, ainsi qu’au transport d’équipements de signalisation et de télécommunications ferroviaires de Siemens Mobility. Et, dernièrement, le commissionnaire a assuré la totalité du transport des wagons et du matériel pour le métro d’Alger.

Mines, énergie… Les besoins sont de plus en plus nombreux

Si chaque solution se prépare au cas par cas, les charges peuvent aller jusqu’à 250 tonnes, ce qui oblige les camions à adopter une vitesse maximale de 15 km/h. Certains bateaux acheminant ces équipements de grande taille doivent parfois être dotés de grues qui les rendront autonomes dans le déchargement de la cargaison, quand le port n’est pas équipé des moyens de levage nécessaires.

La crise sanitaire a beau avoir quelque peu ralenti l’avancée des projets sur le continent, l’appétit de GoFast au sud du Sahara reste intact. L’entreprise a ainsi répondu à deux appels d’offres, l’un au Mali, pour le transport d’engins roulants, l’autre en Guinée. « Que ce soit au Sénégal, en Côte d’Ivoire ou au Nigeria, une grande majorité des ports d’Afrique de l’Ouest sont très bien équipés pour le transport hors normes. Ce qui n’est pas forcément le cas en Afrique de l’Est », poursuit le responsable de l’entreprise, qui a vu son chiffre d’affaires (15 millions d’euros) augmenter de 60 % en 2018 et qui tablait, avant la crise sanitaire, sur un doublement des revenus d’ici à la fin de 2020. Au-delà des projets miniers, les besoins se font de plus en plus pressants dans le secteur de l’énergie, avec de nombreux projets de centrales. Le transport des convois exceptionnels, marché de niche, est aujourd’hui convoité par des logisticiens généralistes, comme les français Bolloré et Geodis Projets ou les allemands Deugro et Ipsen Logistics, quand certaines grandes entreprises ne disposent pas en interne de services dévolus à cette activité. Reste que les groupes spécialisés tels que GoFast gardent une longueur d’avance quand il faut acheminer le matériel loin des ports, dans des régions enclavées. « L’aménagement des routes ne s’improvise pas, il peut renchérir le coût du transport jusqu’à 70 % », assure Florian Wouters, qui rappelle qu’il n’existe pas de barème de prix et que chaque opération a ses propres caractéristiques. Et ce n’est pas demain que la route risque d’être concurrencée par le chemin de fer pour l’acheminement de convois exceptionnels, malgré la réapparition de projets de réhabilitation de voies en Afrique de l’Ouest. « Lorsque l’on gère ce type de transports, on réfléchit aussi aux risques et on limite le transbordement des équipements, les ruptures de charge, le transport par rail puis par camion. La livraison au dernier kilomètre ne peut pas se faire par train », conclut Florian Wouters.


COMMUNIQUÉ

LA RADIOCOMMUNICATION « MOTOROLA SOLUTIONS », UN OUTIL DE PERFORMANCE ESSENTIEL AU PORT AUTONOME DE DAKAR Motorola Solutions est un leader mondial des communications stratégiques. La société conçoit des plates-formes de radiocommunication, des logiciels de centres de commande, des solutions de sécurité et d’analyse vidéo afin de rendre les villes plus sûres et de contribuer à la prospérité des communautés et des entreprises. Dans le monde entier, sa gamme de communication « push-to-talk » répond particulièrement aux différents besoins de communications critiques dans le domaine du transport et de la logistique.

Monsieur Beye, que représente le Port Autonome de Dakar aujourd’hui ? Aujourd’hui, je dois vous dire que nous sommes à l’ère de la transformation au port de Dakar. Dans ce cadre nous avons lancé, la vision d’un port moteur de l’émergence qui repose sur quatre axes stratégiques : • L’amélioration de la satisfaction de nos clients • Le doublement du chiffre d’affaires • Le quintuplement de la rentabilité • L’amélioration de la fluidité avec une réduction du temps de séjour des navires et des marchandises Cette approche dans la gouvernance nous a permis d’atteindre une bonne santé financière et d’augmenter notre chiffre d’affaires. Elle a rendu possibles plusieurs initiatives, telles que des travaux d’infrastructures sur la voirie du Port et l’amélioration de son éclairage, pour ne citer que celles-ci. Vous avez mis en place un système de radiocommunication professionnelle Motorola Solutions. Dans quel but ? Une solution de communication assurant l’efficacité et la sécurité de nos agents et la protection de nos marchandises et de nos équipements, est un outil essentiel de notre croissance. Choisir un système numérique (remplaçant un système analogique) nous a permis de doubler la capacité de notre réseau et d’augmenter la qualité des communications.

La souplesse du système a permis de structurer nos groupes de communication pour correspondre au schéma d’organisation de notre COP (Centre Opérationnel Polyvalent). En cas d’urgence, la mobilisation des équipes d’intervention et de secours est immédiate. La supervision du réseau se fait via la salle de contrôle. En quoi consiste cette supervision ? Nous localisons en temps réel l’ensemble de nos agents équipés d’une radio portative. Ceci permet de les affecter à des priorités pour augmenter la productivité. Par ailleurs, la salle de contrôle est alertée lorsqu’un agent est en difficulté, les postes portatifs disposant d’un bouton d’alarme. Si l’agent n’est pas en état de manipuler la radio, celle-ci prévient de façon autonome la salle de contrôle qui prend alors les mesures nécessaires. Grâce au « geofencing », la salle de contrôle est immédiatement informée si une radio sort de son périmètre habituel et, en cas de vol, elle est désactivée à distance. La confidentialité des communications, qui sont cryptées, est, en effet, essentielle, le Port étant un avant-poste de la sécurité du pays. La communication avec les navires est-elle prise en compte ? Dès qu’un navire se présente, une communication automatique et systématique en VHF « fréquence marine » est établie. Quels ont été vos partenaires sur ce projet ? « CFAO Technology & Energy Sénégal » nous a parfaitement aidé à concevoir le système et à installer et à programmer les équipements. Motorola Solutions s’est imposé par la qualité du matériel proposé, aspect essentiel dans un environnement marin très exigeant.

MOTOROLA SOLUTIONS SOUTH AFRICA 22 Kildoon Rd, Jindal Africa Building, Bryanston, Johannesburg, 2196 - South Africa / Tél. : +27 (0) 11800 7800

www.motorolasolutions.com

JAMG - © MOTOROLA SOUTH AFRICA

ENTRETIEN AVEC MONSIEUR ABOUBACAR SEDIKH BÈYE, DIRECTEUR GÉNÉRAL DU PORT AUTONOME DE DAKAR


Illustrations de Franรงois Place.

CULTURE(S) & LIFESTYLE


132 Hommage L’arche de Rodney

135 Cinéma Par-delà La Haine

138 Médias Quand l’image est une arme

140 Musique Reine du clip

A Fombelle LITTÉRATURE

PROPOS RECUEILLIS PAR NICOLAS MICHEL

uteur connu pour Tobie Lolness, parabole écologique et poétique sur le monde contemporain, Timothée de Fombelle suit dans son nouvel opus les aventures d’une jeune Oko, dont une partie de la famille a été enlevée par des marchands d’esclaves, de Joseph, aventurier français embarqué à bord d’un navire négrier, et d’une foultitude d’autres personnages. Le premier volet d’une trilogie à la verve puissante, soutenu par une riche documentation et porté par une écriture aussi sensible qu’enlevée.

Timothée de « Chaque être était arraché avec toute sa vie »

Jeune Afrique : Alma, la grande fresque sur l’esclavage que vous venez d’entamer, est née d’un séjour en Afrique quand vous étiez adolescent.

Timothée de Fombelle : Quand j’avais environ 5 ans, j’ai vécu une année au Maroc, à Agadir. Mon père était architecte et urbaniste, il s’occupait du schéma directeur de la ville. Cette période a permis au petit Français né à Paris dans le 14e que j’étais une découverte sensible de l’ailleurs. Plus tard, vers l’âge de 13 ans, j’ai vécu pendant deux ans en Côte d’Ivoire, mon père travaillant à l’Atelier d’urbanisme d’Abidjan. Au collège Jean-Mermoz, j’ai pu faire de nombreuses rencontres. Cela a été un moment très intense de découvertes. Il n’y avait pas chez nous l’idée de rebâtir une sorte de petite France à l’étranger, et Abidjan a été le point de départ de balades vers le Mali et le Ghana. Aujourd’hui, quand je dois me repérer dans le temps, je me rends compte que toute ma mémoire est construite autour de ce moment: il y a l’avant- et l’après-Côte d’Ivoire.

Dans Alma, le vent se lève, le romancier français propose le premier volet d’une trilogie consacrée à l’histoire de l’esclavage.

JOEL SAGET/AFP

Vous avez changé à ce moment-là ?

Le changement est lié au déracinement, à l’ailleurs, qui sont des obsessions dans ce que j’écris. Se retrouver à Abidjan, c’est un décentrement qui fait du bien et me permet de découvrir des vies très différentes de la mienne, au moment où je vis l’adolescence. Cela m’a transformé. À cet âge, nous sommes des éponges très sensibles à ce qui nous entoure, et même nos parents ne peuvent se rendre compte de l’intensité de ce que nous vivons. Adulte, j’ai voulu repartir. Au Vietnam, comme jeune professeur, je me suis rendu compte que je cherchais l’Afrique en Asie!

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LITTÉRATURE

concernent la vie dans les plantations sont plus nombreux. Je me suis aussi documenté sur l’Afrique ancienne. La recherche en la matière s’est approfondie ces dernières années, notamment grâce au livre de François-Xavier Fauvelle. Et puis il y a aussi les travaux de quelques fous, comme Jean Boudriot, qui a écrit sur un bateau qui s’appelle L’Aurore!

C’estàpartirdela Côted’Ivoirequevousdécouvrez les forts construits sur la côte…

Pendant les vacances de la Toussaint, nous sommes partis vers le Ghana, dans notre Mazda break. On a visité tout le chapelet des forts que j’évoque dans Alma: Elmina, Cape Coast, Shama. Mon appareil photo autour du cou, je ne savais pas ce que j’allais trouver quand nous avons atteint la première de ces forteresses blanches qui tombent dans la mer. Cela a été un choc terrible. J’avais sans doute entendu parler du drame de l’esclavage, mais c’était quelque chose d’abstrait. Là, un gardien nous a expliqué ce qu’il s’était réellement passé dans ce lieu où des milliers d’Africains – des millions à l’échelle de toute la côte – ont transité avant d’être embarqués pour traverser l’Atlantique. Il restait des traces du passage de ces hommes et de ces femmes dans la croûte de terre des caves du fort. C’était bouleversant.

C’est celui qui vous a inspiré La Douce Amélie, dans lequel embarque Alma…

Oui, ce bateau est parti en 1784, deux ans avant La Douce Amélie. J’ai cinquante ou soixante plans de ce navire et de sa charpente qui me permettent de m’y promener. L’Aurore a quitté Rochefort, où il a été construit, pour une traversée classique. Il est arrivé au Sénégal, puis il a caboté le long de la côte jusqu’au royaume du Kongo. Ensuite, il a traversé l’Atlantique vers Saint-Domingue, alors au faîte de sa splendeur. Le trafic des esclaves y était intensif pour permettre la production de sucre.

DansAlma,plusieurspersonnagesprennentde la même manière conscience de la réalité.

Oui, cette transformation s’inspire de ma prise de conscience personnelle et surtout du chemin que j’aimerais faire parcourir à mes lecteurs. On peut apprendre qu’une masse de personnes ont été déportées vers un autre continent, mais c’étaient des individus avec chacun leur histoire. Chaque être était arraché avec toute sa vie ! C’est ce dont j’ai pris conscience à Elmina.

Alma est l’une des dernières représentantes du peuple oko. Ce peuple a-t-il vraiment existé?

Vous êtes-vous beaucoup documenté?

Oui, je fais comme une enquête en écrivant. Ma documentation est variée. Il y a des livres d’histoire qui synthétisent ce que l’on sait de la traite atlantique, comme ceux de Marcus Rediker sur le navire négrier, la piraterie et tout le prolétariat de la mer. Il a une vision assez marxiste de l’Atlantique du XVIIe siècle et s’intéresse aux plus démunis. J’ai aussi lu des études très précises, dont l’une sur la traite à La Rochelle. Et, grâce à Gallica, la bibliothèque en ligne de la BnF [Bibliothèque nationale de France], j’ai eu accès aux archives brutes que sont les livres de bord des navires, avec une majorité de témoignages de négriers, ce qui est très troublant. Les récits d’esclaves, comme celui d’Olaudah Equiano, qui offre un point de vue depuis la cale et non depuis le pont supérieur, sont beaucoup plus rares. Il existe quelques témoignages issus de sources judiciaires qui racontent le parcours et la traversée de certains esclaves, mais on les compte sur les doigts d’une main, alors que ceux qui

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Illustrations de François Place.

Non, c’est ma part d’imaginaire. J’avais besoin de cette liberté dans le monde bien réel que je décris en évoquant le royaume de Boussa, le fleuve Niger, les Ashantis. J’ai trop souffert en lisant ce qui existait en littérature sur le sujet : des parcours typiques de jeunes captifs… dans le genre « Vis ma vie d’esclave » ! Une mémoire commence à être vivante quand on peut y insuffler de l’imaginaire. C’est la seule manière de lui rendre hommage. J’ai donc créé les Okos, ce qui me permet de frôler le fantastique avec cette idée d’un peuple qui, se réduisant, concentre les pouvoirs et les talents. Si bien qu’ils vont presque acquérir des superpouvoirs. Il existe une orisha portant ce nom…

Ce peuple, c’est une sorte de synthèse, un collage un peu cubiste d’éléments empruntés à des civilisations différentes. J’ai lu l’histoire d’une cité désertée très rapidement, sans que


l’on sache pourquoi, et où l’on a retrouvé beaucoup de poteries. C’est dans les plis de ce genre de mystère que j’ai inventé ce peuple. Le mot lui-même est une fabrication, même s’il existe un peuple oyo… Ilyadansvotreromanunepartdemagie.Est-ce parce qu’on l’associe souvent au continent?

Je voulais qu’il y ait une part de magie – quand il s’assied, des plantes poussent sous le frère d’Alma – parce que ce genre de vision me transporte. Mais je n’aurais pas utilisé un superpouvoir à la Spider-Man, j’avais besoin de fonder cette magie sur des traditions africaines, les chants et les griots notamment. La mère d’Alma, qui fait tenir le navire par son chant et son récit, je ne l’ai pas inventée. Sur un navire négrier, on a laissé une femme chanter la nuit parce que, quand elle faiblissait, la révolte grondait. C’est une histoire qui me fait penser que je ne serai jamais à la hauteur de ce qui est arrivé. Dans ce tome, vous racontez comment des Africains capturaient d’autres Africains.

Tous les historiens en parlent. Au XVIIIe siècle, il n’y avait pas de razzias, parce que les Occidentaux avaient peur. Ils préféraient sous-traiter ce boulot très dangereux qui les obligeait à s’éloigner de leur base et à se battre alors qu’ils préféraient négocier. Dans Alma, je montre à quel point ce commerce, avec ses navires et leurs cales béantes qui avalaient de l’être humain, a complètement désorganisé et épuisé l’Afrique. Cette industrialisation est provoquée par l’envie de café et de sucre dans les cours et les faubourgs européens. Je ne me trompe pas sur la main qui la dirige. Avec trois volumes de 400 pages, je peux montrer la complexité de cette histoire. Vos personnages aussi sont complexes. Et profondément humains.

Ma matière première, c’est l’humain et l’universel dans l’humain. Que je fasse vivre un Européen ou un Africain, je le fais exactement de la même manière. Chaque personnage a mille facettes, et je ne parviens pas à créer un méchant sans montrer la faille qui l’a rendu méchant. Je n’essaie pas de les excuser – j’ai de vraies ordures dans ma galerie de portraits! –, mais ils ne sont pas sortis du ventre de leur mère avec le panneau « méchant » sur le front. Vous avez tout de même une vision assez marxiste des relations entre les bons et les méchants…

C’est aussi une vision classique du récit de toute éternité, opposant le loup et l’agneau. J’ai les bons vieux défauts du raconteur d’histoires qui confronte l’obscur méchant à la pauvre petite chose ballottée par la vie. Cette vision verticale des relations que l’on retrouve dans Tobie Lolness avec Jo Mitch, sorte de magnat de l’immobilier, c’est le reflet de la vie. Dans le cadre de la traite, je n’ai pas eu de difficultés à construire le personnage d’un méchant. Ce moment de l’Histoire est sidérant en ce qu’il nie une partie de l’humanité. Et tout le monde en profitait. Un boulanger du fin fond de la France pouvait vendre ses biscuits jusque sur les bateaux! L’Europe s’est construite ainsi! Où vont se dérouler les deux prochains tomes?

Le deuxième commence dans la ville du Cap-Français et se passe à Saint-Domingue ainsi qu’en Louisiane, du côté des plantations. Il y a aussi une partie européenne, avec les tout débuts de l’abolition en Angleterre, autour d’un personnage qui a vraiment existé, Thomas Clarkson, jeune Britannique qui commence à se battre pour la libération des esclaves. Et Alma va se retrouver à Versailles au cours de l’hiver qui précède la Révolution française. Le troisième tome sera centré sur la grande révolte de Saint-Domingue. Parallèlement aux mouvements d’abolition européens qui n’aboutissent pas, je veux traiter du marronnage et de ces moments où les esclaves tentent de se libérer par eux-mêmes.

Alma, le vent se lève, de Timothée de Fombelle, Gallimard jeunesse, 400 pages, 18 euros

POLÉMIQUE DANS UN VERRE D’EAU Une petite polémique a agité le milieu littéraire à la sortie d’Alma. L’éditeur anglo-saxon de Timothée de Fombelle, Walker Books, a en effet décidé de ne pas le publier sous prétexte qu’en tant que Blanc l’auteur ne serait pas légitime pour raconter l’histoire d’une enfant noire confrontée à l’esclavage. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’idées s’invite dans le débat: il fut un temps où certains rescapés des camps de concentration refusaient que leur histoire fasse l’objet d’un livre d’imagination. Mais, pousser jusqu’au bout cette logique, ce serait signer l’arrêt de mort de toute littérature. Un certain Victor Hugo écrivait en préface des Contemplations: « On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas! Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas? Ah! insensé, qui crois que je ne suis pas toi! » NICOLAS MICHEL

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CULTURE(S) & LIFESTYLE

HOMMAGE

L’arche de Rodney Singulier destin que celui de cet historien du Guyana! Auteur d’ouvrages consacrés au continent africain, à l’esclavage et à la colonisation, il rêvait, pour son pays, d’une solidarité de classe qui aurait dépassé les divisions ethniques. Retour sur la vie de cet intellectuel engagé, assassiné en 1980.

Walter Rodney, en 1970.

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HÉLÈNE FERRARINI

ans les rues en damier du centre-ville de Georgetown, la capitale du Guyana, un modeste mémorial rend hommage à l’historien et militant politique Walter Rodney (1942-1980). Sur le terre-plein central d’une avenue passante, des palmiers sont ceints de bandes vertes, jaunes et rouges, les couleurs nationales de ce petit pays anglophone d’Amérique du Sud. Une arche en fer forgé porte les initiales W. A. R., pour Walter Anthony Rodney. Sur les piliers en béton, qui supportent la structure métallique, les titres de huit de ses livres ont été gravés. Comme si ses travaux, de l’histoire de l’esclavage à celle de la classe ouvrière guyanienne, en passant par l’exploitation des ressources du

continent africain par les puissances coloniales, formaient le socle de son action combative. « Du moins une évaluation historique correcte contient-elle des solutions implicites », écrivait-il. Au sol, une inscription proclame la pérennité de celui qui fut assassiné à quelques pas de là : « Walter Rodney lives » (« Walter Rodney vit »). Le soir du 13 juin 1980, l’explosion d’un talkie-walkie piégé lui arrache la vie. Il lui avait été remis par un membre des forces de défense spéciale du Guyana. La commission qui, en 2014, a enquêté sur les circonstances de sa mort, a conclu à l’implication du gouvernement de l’époque, dirigé par Forbes Burnham, et dont Rodney s’était révélé être un opposant de plus en plus populaire. Inauguré en 2010, trois décennies après son assassinat, le mémorial constitue aujourd’hui, dans l’espace public guyanien, l’une des rares traces de l’historien depuis que son nom a été retiré des archives nationales à la fin de 2019. Quarante ans après son décès, Walter Rodney continue de diviser le monde politique du Guyana, dont tout un pan est historiquement lié à sa disparition.

Famille ouvrière

DR

Parmi les Guyaniens, le souvenir de l’intellectuel s’estompe. « Rodney était très intelligent. Jamais personne d’aussi cultivé n’est entré, depuis, dans la vie politique du Guyana, reconnaît Joel, au volant de son taxi stationné près du mémorial. Mais son histoire est morte depuis longtemps ici. Aujourd’hui, les gens se soucient bien davantage d’arriver à joindre les deux bouts. » Walter Anthony Rodney naît le 23 mars 1942 au sein d’une famille ouvrière du Guyana, alors colonie britannique, situé dans le nord-est du continent sud-américain. Dans les années 1960, il suit des études supérieures en Jamaïque, puis à l’École

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PHOTO12/ALAMY/MJ PHOTOGRAPHY

Le Walter Rodney Memorial, à Georgetown, la capitale du Guyana.

des études orientales et africaines à l’université de Londres. C’est dans la capitale britannique qu’il rencontre l’intellectuel caribéen Cyril Lionel Robert James, dont il deviendra l’un des plus fidèles disciples et avec qui il partagera la pensée anticolonialiste et panafricaniste. En 1966, Rodney soutient sa thèse sur la traite en Afrique de l’Ouest, dont il tirera History of the Upper Guinea Coast 1545-1800 – publié en 1970 aux Presses universitaires d’Oxford –, l’un des livres mentionnés sur les piliers du mémorial. La moitié des écrits qui y figurent concerne du reste l’Histoire du continent africain, auquel Rodney a consacré une partie de sa vie et auquel le Guyana est lié par la traite esclavagiste. « S’il est souvent considéré comme un “historien africain”, et s’il se présenta lui-même ainsi, ce n’était donc pas en raison de ses origines mais bien de sa trajectoire intellectuelle et de ses positions panafricaines affirmées », écrit Amzat Boukari-Yabara, l’auteur

DR

L’historien, avec des militants du Working People’s Alliance, dans les années 1970.

béninois de Walter Rodney. Un historien engagé, 1942-1980, première biographie en français consacrée à l’intellectuel guyanien (Présence africaine, 2018). Une fois diplômé, Rodney rejoint en qualité de lecteur la jeune université de Dar es-Salaam, dans la Tanzanie socialiste de Julius Nyerere. Dans les réserves de la Bibliothèque nationale du Guyana, West Africa and the Atlantic Slave Trade, un opuscule sur l’histoire de la traite transatlantique, signé par Rodney et publié à Nairobi

en 1967 pour le compte de l’Association d’histoire de Tanzanie, rappelle le dynamisme de l’école universitaire de Dar es-Salaam durant ces années. Rodney y participa activement. C’est à cette même époque qu’il écrit son ouvrage le plus connu : How Europe underdeveloped Africa, publié en 1972 et traduit en français sous le titre Et l’Europe sous-développa l’Afrique, en 1986. L’historien y analyse la domination des économies africaines par les puissances coloniales, maintenant le continent dans une situation

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HOMMAGE

était le lieu d’écriture de l’histoire de l’Afrique et du monde entier », note de son côté Amzat Boukari-Yabara. En 1974, Rodney quitte la Tanzanie pour retourner au Guyana. À son arrivée, le poste de professeur qui lui était promis à l’université lui est finalement refusé à la suite de pressions du gouvernement. Rodney retrouve, certes, un pays indépendant (depuis 1966), mais divisé entre ses principales composantes ethniques que sont les afrodescendants et les Indiens (descendants, eux, de travailleurs originaires du sous-continent indien). Il s’engage ainsi au sein d’un mouvement qui œuvre à dépasser les

THOMSON200/WIKIMEDIA COMMONS

de sous-développement chronique et contribuant à l’essor du capitalisme européen. Dans la préface qu’elle a écrite à l’occasion de la réédition de cet ouvrage désormais classique, Angela Davis se souvient de « l’urgence révolutionnaire générée parmi les cercles universitaires et militants qui l’entouraient » lorsqu’elle avait rencontré Rodney à Dar es-Salaam, en 1973. « Parce qu’il a écrit quelques-uns des textes les plus importants pour l’Afrique depuis la Tanzanie ou la Jamaïque et non depuis Oxford, Harvard ou la Sorbonne, Rodney est un pionnier dans la critique de la thèse qui a longtemps soutenu que l’Europe

Bibliothèque Robert W. Woodruff, au centre universitaire d’Atlanta (États-Unis).

À CÔTÉ DE MARTIN LUTHER KING C’est à Atlanta, dans l’État de Géorgie (États-Unis), que se trouve le principal fonds d’archives de Walter Rodney. En 2003, ses héritiers ont fait don des documents de l’historien à la bibliothèque Robert W. Woodruff du centre universitaire de la ville, spécialisée dans l’histoire africaine-américaine, et qui abrite déjà le fonds Martin Luther King. En 2006, la famille Rodney crée une fondation qui fait vivre la mémoire de l’intellectuel et organise, chaque année en mars, un symposium dont l’ambition est de faire résonner la pensée de Walter Rodney avec des enjeux contemporains. En 2019, la figure du penseur humaniste Frantz Fanon était à l’honneur, et, cette année, la militante Angela Davis devait être la principale intervenante de ce rendez-vous, finalement repoussé en raison de l’épidémie de Covid-19. H.F.

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divisions ethniques de la société guyanienne pour privilégier une solidarité de classe. Rodney entremêle alors plus que jamais la recherche historique et le militantisme, diffusant des outils de compréhension des mécanismes historiques, sociaux et économiques qui régissent le pays. Il s’attellera à l’écriture d’une histoire populaire du Guyana, restée inachevée : A History of the Guyanese Working People. 18811905, dont seul le premier tome sera publié à titre posthume, en 1981, et qui fait aujourd’hui partie des huit livres inscrits sur le mémorial.

Série pour la jeunesse

Les proches de Walter Rodney ont aussi veillé à y faire graver deux de ses ouvrages les plus méconnus: deux livres pour enfants, dans lesquels l’auteur vulgarisait le savoir historique à destination d’un jeune public. Dans Kofi Badu out of Africa et Lakshmi out of India, il raconte l’arrivée des Africains et des Indiens au Guyana. Conscient de la nécessité d’expliquer la présence de populations originaires d’Afrique, d’Asie et d’Europe dans ce bout de forêt équatoriale du continent sud-américain, il souhaitait poursuivre cette série avec l’histoire des Portugais, des Chinois, des Européens, et la clore par une histoire amérindienne du Guyana. « Dans la société guyanienne, où la division raciale est structurelle, la déshumanisation de l’autre commence par la socialisation primaire dans l’espace privé, explique le sociologue guyanien Wazir Mohamed. Nous devons resocialiser notre population pour lui faire reconnaître l’humanité de chacun, et, pour cela, nous pouvons utiliser l’héritage de Rodney. » Hormis une rééditition de ces livres jeunesse dans les années 2000 à l’initiative d’une association, les ouvrages de Rodney sont quasi introuvables au Guyana, et sa pensée n’est toujours pas enseignée. Encore récemment, en novembre 2019, Patricia Rodney demandait que les livres de son mari soient rendus accessibles aux Guyaniens. Et pas seulement mentionnés au pied d’un mémorial.


STUDIO CANAL

CINÉMA

Vincent Cassel, Saïd Taghmaoui et Hubert Koundé, les trois acteurs principaux.

Par-delà « La Haine »

Une version restaurée, un beau livre, un DVD avec bonus… Vingt-cinq ans après sa sortie, le film de Mathieu Kassovitz refait parler de lui. Premier à évoquer la France métissée des banlieues pauvres, le réalisateur a créé un genre. Et suscité des vocations.

L

LÉO PAJON

adj Ly a 15 ans lorsqu’il voit La Haine. Le film le marque à tel point qu’il décide de devenir un jour cinéaste. Lorsque nous l’avions interviewé, en novembre 2019, à l’occasion de la sortie de son propre opus, Les Misérables, celui qui est désormais quadragénaire confiait son admiration pour Mathieu Kassovitz : « C’est l’un des premiers à avoir raconté la cité, il nous a tous inspirés. » Sorti en 1995, La Haine a eu l’effet d’un uppercut pour le cinéma hexagonal. Récompensé à Cannes (prix de la mise en scène) et aux Césars (meilleur film), le long-métrage aux 2 millions d’entrées s’apprête à provoquer

une nouvelle onde de choc, puisqu’il retrouvera les salles obscures françaises dans une version restaurée, le 5 août prochain. Un beau livre, Jusqu’ici tout va bien, rassemblant des photographies de Gilles Favier, ainsi que le scénario et des textes du réalisateur, a été édité en juin par Maison CF. Enfin, un DVD collector contenant des bonus exclusifs doit sortir à la fin de novembre. Pourquoi la célébration des vingtcinq ans du film prend-elle autant d’ampleur ? Sans doute parce que La Haine n’a rien perdu de sa pertinence, alors que les affaires de violences policières se succèdent en France et que les cités n’en finissent pas de craquer sous le poids de la misère. Mais il n’y a pas que ça. Pour comprendre la force de l’œuvre et sa singularité, il faut la replacer dans son contexte. En 1995, le cinéma français se

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CULTURE(S) & LIFESTYLE

regarde un peu le nombril. Les productions d’alors, ce sont souvent « des films avec deux gars qui discutent dans une cuisine », résume, rigolard, Kassovitz, dans les commentaires de l’une des éditions DVD du film, distribuée par la Criterion Collection. « Le cinéma français était alors souvent partagé entre les films comiques et la description d’un entre-soi petit-bourgeois », appuie Régis Dubois, qui enseigne l’histoire du cinéma à Marseille et a écrit de nombreux ouvrages spécialisés, parmi lesquels Les Noirs dans le cinéma français (éditions Lettmotif). En parlant des « minorités visibles », Kassovitz ouvre une troisième voie. L’histoire est celle de trois banlieusards d’une cité française pauvre que l’on suit durant une journée pleine de rebondissements. Avec les trois personnages interprétés par Vincent Cassel, Saïd Taghmaoui et Hubert Koundé, respectivement un Blanc juif, un Maghrébin et un Noir, la France se découvre métissée. « Il y a un avant et un après La Haine, note Régis Dubois. Avant, c’est Black Mic-Mac [de Thomas Gilou, sorti en 1986], avec des caricatures d’Africains à Paris. Et après, ce sont Hexagone, de Malik Chibane, Bye-Bye, de Karim Dridi, Ma 6-T va crack-er, de Jean-François Richet… La Haine a inventé un genre en France, le “film de banlieue” ». Et l’a fait avec élégance.

Mini-hélicoptère

Mathieu Kassovitz veut une révolution politique et, aussi, dénoncer les bavures policières dont ont été victimes, à l’époque, Malik Oussekine (frappé à mort par des CRS en 1986) et Makomé M’Bowolé (tué d’une balle tirée à bout portantparuninspecteurdansuncommissariat parisien en 1993). Il pose un cadre stylistique d’une grande rigueur pour filmer la rage qui l’habite. Il y a bien sûr l’image en noir et blanc, moins un choix qu’une contrainte imposée pour des raisons financières (le budget du long-métrage s’élève à l’équivalent de 2,5 millions d’euros, soit 500 000 euros de moins en moyenne qu’un premier film de l’époque). C’est pourtant

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STUDIO CANAL

CINÉMA

À gauche, Karine Viard et Julie Mauduech.

d’abord cette sobriété qui donne son cachet intemporel au film. D’autres audaces surprennent : tournage caméra à l’épaule, utilisation d’un mini-hélicoptère télécommandé pour faire virevolter la caméra dans la cité, mouvements de zoom, d’accélération, travelling contrarié (le célèbre « effet Vertigo » utilisé par Hitchcock dans Sueurs froides), qui dynamisent

« ÇA NOUS PRENAIT LA TÊTE QU’UN BRANCHÉ PARISIEN VIENNE NOUS RACONTER NOTRE VIE. » KOOL SHEN, DU GROUPE NTM

la réalisation… « Le film fait la jonction entre un cinéma jeune, populaire par son sujet, et le cinéma d’auteur », estime Régis Dubois. Le choix des acteurs principaux, mais aussi des figurants, repérés pour beaucoup dans la cité de la Noé, à Chanteloup-Les-Vignes, sur le lieu du tournage, fait le pari de la diversité. La production a elle-même durablement ouvert une brèche dans le cinéma français. Kassovitz confie par exemple le casting à Jean-Claude Barny, originaire de la Guadeloupe et de Trinité-et-Tobago, qui réalisera par la suite ses propres longs-métrages, comme Nèg Maron ou, plus récemment, Le Gang des Antillais. Rachid Djaïdani, né d’un père algérien et d’une mère soudanaise, embauché comme agent de sécurité et régisseur


faire carrière et [que] l’acteur noir a disparu de nos écrans ». L’on a aussi tenu rigueur à Kassovitz, né à Paris et fils de réalisateur, de parler de la banlieue sans y avoir habité. « Ça nous prenait la tête qu’un branché parisien vienne nous raconter notre vie », râlait déjà Kool Shen, du groupe NTM, en 1995, dans un entretien accordé à Libération, après avoir retiré un titre (« La Loi du talion ») initialement prévu dans la bande originale du film. Même Ladj Ly regrettait récemment qu’à la suite du cinéaste « beaucoup de gens aient filmé [la banlieue], alors qu’ils ne venaient pas de là », et n’avaient pas le temps « de réaliser un vrai travail d’immersion ».

En attendant le crash

sur le tournage, poursuivra une carrière d’acteur (Ma 6-T va crack-er) et de réalisateur (Tour de France, en 2016, avec Gérard Depardieu). Ce multiculturalisme n’empêche pas aujourd’hui les polémiques de surgir. L’actrice Aïssa Maïga a par exemple reproché à Vincent Cassel, dans un discours alambiqué prononcé lors de la dernière Cérémonie des Césars, d’avoir été le « renoi du cinéma français » – l’acteur ayant endossé dans La Haine le rôle d’un banlieusard, bien qu’il soit issu d’un milieu favorisé et malgré sa couleur de peau (même si, pour rappel, il y a aussi des Blancs en banlieue). La journaliste et militante Rokhaya Diallo a ajouté, dans un tweet, que Cassel était le seul comédien du film à avoir percé tandis que « l’Arabe a dû s’expatrier pour

Pour Régis Dubois, ces critiques sont « un moment obligé de l’histoire de l’émancipation ». « Les grands réalisateurs qui ont commencé à évoquer la question du racisme, comme John Cassavetes dans Shadows, en 1959, ou Roger Corman dans The Intruder, en 1962, étaient des Blancs progressistes mieux intégrés dans le milieu du cinéma à l’époque. Ils ont fait ces films avant que les Noirs puissent les faire. Aujourd’hui, les réalisateurs noirs peuvent prendre la parole. Même si je peux le comprendre, je trouve un peu ingrat qu’on fasse des reproches aux Blancs qui ont fait avancer la cause. » Au-delà des polémiques récentes, le regard de Mathieu Kassovitz sur la société française n’a rien perdu de son acuité. Minées par la violence, le trafic de drogue, les injustices, les banlieues populaires sont toujours au bord de l’abîme. Et, figés devant ce spectacle effrayant, nous continuons d’observer leur chute, fascinés, en attendant le crash. « Jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien. »

Le long-métrage est sorti en 1995.

Métisse, de Mathieu Kassovitz, 1993

Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, de Spike Lee, 1986

DANS LES PAS DE SPIKE LEE Métisse, le premier long-métrage de Kassovitz, regardait déjà vers Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, le premier opus de Spike Lee. La Haine s’inspire pour sa part d’un autre film de l’Américain, Do The Right Thing, qui raconte vingt-quatre heures de la vie d’un quartier de Brooklyn sur fond d’émeutes et de brutalités policières. « Spike Lee a inventé le film hip-hop, il a importé cette culture dans le cinéma; Kassovitz a fait la même chose en France », observe Régis Dubois. Graff, break dance, DJing… Presque toutes les disciplines du hip-hop apparaissent dans le long-métrage. À l’exception de NTM, les plus grands groupes de rap hexagonaux de l’époque, de IAM à Ministère A.M.E.R., en passant par Assassin (fondé par le frère de Vincent Cassel), figurent sur une compilation de musiques inspirées du film, sortie chez Delabel. L.P.

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CULTURE(S) & LIFESTYLE

MÉDIAS

Quand l’image est une arme

Dans la revue Continents manuscrits, deux historiennes montrent comment, pendant la guerre d’Algérie, l’un et l’autre camp ont utilisé la photographie pour prendre le monde à témoin.

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no3091 – AOUT 2020

Sensationnel

Un parcours cependant parfois inattendu. Ainsi, tout en continuant pendant des années à célébrer le travail de « pacification » de l’armée française – notamment à travers des photos où des soldats mettent en joue et humilient des fellaghas, réels ou supposés –, Paris Match n’hésite pas à employer, dès 1955, le mot « guerre », alors qu’en haut lieu cette expression restera longtemps taboue. Après le tournant imposé par de Gaulle, on se résigne à aller vers l’indépendance tout en continuant à glorifier les parachutistes et les légionnaires face aux fourbes indépendantistes. On

MOHAMED KOUACI

ors d’une guerre, la vision des mêmes événements diffère d’un camp à l’autre. En consacrant son dernier numéro en ligne à l’histoire de la photographie en Algérie et au rôle que cet art a joué durant la guerre d’Algérie (1954-1962), Continents manuscrits en fait une nouvelle démonstration, à travers les recherches de deux historiennes. Celles-ci se sont penchées sur la manière dont la rédaction en chef d’un grand magazine français, d’une part, et le responsable du service photographique des indépendantistes, d’autre part, ont utilisé les images. Fadila Yahou, dont les travaux visent à reconstituer une histoire culturelle de la guerre d’indépendance, analyse à partir des photos publiées et de leur mise en contexte, surtout en une, comment Paris Match et son imposante équipe de 21 photoreporters ont couvert le conflit. Dès 1954, le ton est donné : « La vague terroriste a franchi la frontière de l’Algérie », titre, en couverture, le magazine, le 6 novembre. Le texte est en gras, encadré dans un bloc blanc incrusté sur la photo de l’actrice italienne la plus célèbre du moment, Gina Lollobrigida. Bien des unes qui suivront seront conçues sur le même principe : une combinaison d’annonces choc et de photos de vedettes de l’époque, qui entend célébrer l’insouciance des Trente Glorieuses. Les événements d’Algérie ne sont traités que comme de regrettables faits divers, et les sujets sont souvent présentés tels des romans-photos, même lorsqu’ils évoquent des épisodes tragiques de la lutte armée contre le colonisateur et de la terrible répression qui s’ensuivit. Paris Match ne déviera jamais de cette ligne éditoriale, qui « colle » avec

peut ainsi à la fois regretter le putsch des généraux, partisans de l’Algérie française, et magnifier ces militaires félons à travers des portraits photographiques les représentant en majesté. De même, tout en acceptant l’inéluctable indépendance, on ne cesse de montrer les pieds-noirs comme des victimes qu’il ne faut pas abandonner. La seule ligne vraiment intangible du journal grand public reste le sensationnel, qui fait davantage appel à l’émotion qu’à la raison. C’est évidemment une tout autre histoire qui est vécue et racontée par l’autre camp. Marie Chominot, qui a consacré une thèse aux pratiques et aux usages de la photographie pendant la guerre et publié Regards sur l’Algérie (Gallimard, 2016), l’évoque dans son article consacré au photographe algérien le plus connu de cette époque, Mohamed Kouaci. Après avoir exploré ses riches archives, pour l’essentiel inédites, elle a pu reconstituer le parcours

MOHAMED KOUACI

L

celle du pouvoir. Du moins jusqu’à l’arrivée du général de Gaulle et sa décision de recourir à un référendum d’autodétermination, en 1959. Devenu gaulliste, le magazine épousera tous les changements d’orientation jusqu’aux accords d’Évian et à l’indépendance.

RENAUD DE ROCHEBRUNE


de celui qu’elle qualifie d’« artisan de la Révolution par l’image ». Considéré comme « le » photographe de la Révolution, Kouaci fut la figure centrale d’une communication par l’image entreprise par les indépendantistes. Auteur prolifique de clichés, militant anticolonialiste bien avant la guerre, il organisa cette communication en tant que responsable du service photographique du ministère de l’Information du Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) dès 1958. Ce dont témoignent ses archives, constituées de ses images et, aussi, de toute la documentation du service photo de cette institution. Une aubaine quand on sait que quasiment tout le fonds qui avait été transféré de Tunis (où était alors installé le ministère algérien de l’Information) à Alger, en 1962, semble avoir disparu. La politique d’information des Français, qui domine le champ médiatique en métropole et à l’étranger, consiste à nier l’existence d’une guerre tout en célébrant les vertus de son armée et à réduire

l’activité du FLN à des exactions de hors-la-loi. Les indépendantistes ne pouvant la concurrencer frontalement, ils s’attachent à décrédibiliser la propagande française en démontrant que le FLN dispose d’un grand nombre de combattants, qu’il remporte des succès et que les troupes colonialistes sont responsables de bavures et de massacres, notamment contre les civils. Les photographies jouent un rôle majeur en tant que preuves visuelles. Publiées dans la presse du FLN (Résistance algérienne, puis El Moudjahid), elles proviennent d’abord de travaux amateurs réalisés par des moudjahidine,

Couvertures du magazine Paris Match qui illustrent la ligne éditoriale choisie pour couvrir le conflit.

Femmes militaires (page de g.), dites moudjahidate, photographiées par Mohamed Kouaci, ci-contre, au premier plan, vers 1961.

avant que les résistants mobilisent des photographes militants, algériens ou étrangers.

Clichés héroïsants

Quand la construction de la ligne Morice, à la frontière de la Tunisie et du Maroc, rend quasi impossible toute entrée en Algérie, les photos dont dispose le FLN sont surtout réalisées avec l’armée des frontières de Houari Boumédiène. Ces clichés héroïsants montrent des troupes pourtant bloquées, sauf exception, à l’extérieur du territoire, tandis que Kouaci, dans des camps de réfugiés, exprime son talent de portraitiste humaniste. Le FLN ne se prive pas pour autant d’utiliser tous les clichés susceptibles de servir son combat médiatique et, notamment, ceux… du service cinématographique des armées de la France! On ne saurait sous-estimer le rôle majeur joué par la photographie pour délégitimer les discours du gouvernement français comme celui des Européens d’Algérie. Et, surtout, pour faire entendre « la voix algérienne » et les revendications indépendantistes. Le manque de moyens de ces derniers, surtout au début, n’était pas forcément un handicap insurmontable. Pour éveiller les consciences, la quantité et la qualité des clichés importaient moins que l’impact de quelques-uns d’entre eux. Le FLN a su utiliser « le poids des mots, le choc des photos » pour reprendre le slogan… de Paris Match. À la lecture de l’ensemble de ce numéro de Continents manuscrits, on est cependant frappé par ce que la photographie n’arrive guère à montrer – ou ne peut montrer. Le grand oublié de ces images de propagande est le peuple algérien. Comme le précise un texte intitulé « L’image manquante », ce dernier semble n’avoir obtenu de droit à l’image qu’en 2019, soixante ans après la fin de la guerre, grâce aux manifestations populaires du Hirak. Tournant ou simple parenthèse?

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CULTURE(S) & LIFESTYLE

MUSIQUE

Reine du clip En l’espace de deux ans, la Franco-Britannico-Tunisienne Félicity Ben Rejeb Price a imposé son style au rap français.

C

THALIE MPOUHO

’

est à elle que l’on doit 40 %, d’Aya Nakamura, Bâtiment, de Niska, ou Chambre 122, de Koba LaD. S’ajoutent à son palmarès la pochette de Cyborg, le dernier album de Nekfeu, et des collaborations photographiques avec des pointures du rap, comme Booba et Damso. Après des études de stylisme, Félicity Ben Rejeb Price s’oriente vers la photographie, qui la propulse sur la scène rap et hip-hop. Plongée dans un univers créatif dès son enfance – sa mère, peintre, crée des accessoires de mode –, elle bascule ensuite dans la direction artistique, en musique comme en publicité – pour des marques telles que Converse et Adidas. Après avoir supervisé le clip de la chanson Bob Marley, de Dadju, à la sortie de l'album Gentleman 2.0, en 2017, elle s’oriente vers la réalisation. « Dadju pensait à son prochain clip, Django, et il a demandé qu’on lui soumette des idées, ce que j’ai fait. Sans m’en rendre compte, je lui avais fourni un synopsis. Comme j’avais déjà fait un travail détaillé sur Bob Marley, on m’a confié la réalisation de Django », se souvient-elle. Le titre cartonne et frôle les 100 millions de vues sur YouTube. « Grâce à cette visibilité, on m’a contactée pour réaliser d’autres clips. »

réponse fuse : « À partir du moment où tu montres aux artistes que tu travailles bien et que tu vas leur apporter quelque chose, peu importe que tu sois une fille. » Grâce au succès de ses clips, Félicity Ben Rejeb Price se paie le luxe de travailler avec des stars comme l’Américain Will.i.am et la Britannique Tara McDonald. Elle parvient à imposer un style coloré assorti d’une touche de bling-bling. Critique envers ellemême, la réalisatrice tente de s’adapter à l’univers de chaque artiste avec lequel elle est amenée à collaborer. « Parfois, je me fais un film à partir d’une image. Mais l’important est

UNE DE SES IDÉES FOLLES? FAIRE ÉVOLUER NISKA AU CÔTÉ D’UN ALLIGATOR PARÉ D’UN COLLIER DE DIAMANTS!

d’être à l’écoute de son partenaire tout en laissant libre cours à sa propre imagination. » Imagination débordante, qu’elle va souvent stimuler à l’étranger, notamment aux États-Unis. « Quand je suis là-bas, j’ai le sentiment que tout est possible, que l’American dream n’est pas un mythe », confie-t-elle. Entre studios, équipes et idées folles, celle qui a mis le rap français à ses pieds tire parti des bienfaits du pays de l’oncle Sam. Le clip Bâtiment, tourné sous le soleil de Los Angeles l’an dernier, en est un parfait exemple. Pendant plus de trois minutes, le rappeur Niska enchaîne les punchlines au côté d’un alligator paré d'un collier de diamants. « Quand j’ai discuté de l’alligator aux diamants, personne ne s’est moqué de moi. Ils m’ont tous dit OK. Quand j’ai reçu les mensurations de l’animal, j’ai trouvé cela assez drôle. » Tourné entre Old Tucson, dans l’Arizona, et Corbeil-Essonnes, dans le 91, Paranoïak, de Moha MMZ, est le dernier clip que Félicity Ben Rejeb Price a réalisé. Et, selon elle, le plus abouti : « C’est la première fois de ma vie que j’ai quatre mois pour m’occuper d’un projet », explique la réalisatrice, qui, malgré un CV bien rempli, estime ne pas avoir encore exploité tout son potentiel.

La réalisatrice, à Paris, le 23 juin.

Sur son parcours et son histoire personnelle, Félicity refuse de s’exprimer. Femme de l’ombre d’un métier qui réunit tout ce qu’elle a entrepris auparavant, elle s’est taillé une place de choix dans la culture urbaine. Lorsqu'on lui demande si le fait d’être une femme dans un milieu réputé masculin peut être un obstacle, la

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BRUNO LEVY POUR JA

Un zeste de bling-bling


GRANDFORMAT

KC NWAKALOR POUR JA

Le siège de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, à Abuja.

CEDEAO

Il était une fois dans l’Ouest Quinze États membres, 375 millions d’habitants, des institutions qui embrassent tous les sujets économiques et s’attellent à résoudre les crises, qu’elles soient d’ordre politique, sécuritaire ou sanitaire… Quarante-cinq ans après sa création et malgré les turbulences actuelles, l’organisation régionale maintient le cap. no3091 – AOUT 2020

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GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

ENJEUX

Et pourtant elle tourne

Sa cohésion a été mise à rude épreuve ces derniers mois. Beaucoup reste à faire pour développer les échanges entre voisins. Alors qu’elle célèbre ses 45 ans, la Cedeao affiche cependant un bilan plutôt positif. Pour continuer de progresser, encore faut-il qu’elle reste unie.

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ISSOUF SANOGO/AFP

E

STÉPHANE BALLONG st-ce la crise de la cinquantaine avant l’heure ? Ou celle de la quarantaine qui surgit avec quelques années de retard ? Depuis près d’un an, la cohésion de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui vient tout juste de fêter ses 45 ans, est mise à rude épreuve, sur le plan diplomatique comme sur le plan économique. Il y a d’abord cette querelle de voisinage entre le Nigeria et le Bénin. Le 20 août 2019, le premier a brutalement décidé de fermer sa frontière terrestre avec le second, reprochant à celui-ci de déverser sur son territoire national, gigantesque marché de près de 200 millions de consommateurs, des biens issus de

la contrebande. Ce qui, d’après Abuja, pénaliserait sérieusement sa propre production locale. « Depuis les indépendances, le Bénin fait partie des pays qui pratiquent ce qu’on appelle en droit douanier “la politique de la porte ouverte”, nous expliquait récemment l’économiste togolais Kako Nubukpo, doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Lomé. Il importe pour réexporter […]. Il n’est guère surprenant que cela provoque des frictions avec le Nigeria, qui cherche à créer une base industrielle. » Les relations entre les deux pays se sont détendues lorsque, à la mi-juin, le Bénin a retiré sa candidature pour le poste de directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), se ralliant à celle du Nigeria. Cependant, cette inédite fermeture de frontière, qui ne devait durer que vingt-huit jours, est toujours en vigueur.

Sommet extraordinaire du 14 septembre 2019, à Ouagadougou, consacré à la lutte contre le terrorisme et à l’avenir du G5 Sahel.

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1 215,39

GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

(2,2 %)

ENJEUX

LA DYNAMIQUE DES QUINZE (Pour l’année 2019)

PIB réel (à prix courants, en milliards de dollars internationaux*) Croissance du PIB (à prix constants, en %) 47,41

Population (en millions d’habitants)

(5,1 %)

34,66

64,10

(5,8 %)

(5,3 %)

18,5

* Dollars des États-Unis convertis en parité de pouvoir d’achat (PPA)

47,30

(5,5 %)

0,5 6,41

(6 %)

2,1

15,9

Guinée-Bissau

3,69 1,9

13,09

158,29 (6,9 %)

(4,6 %)

Il y a ensuite cette 7,6 tension qu’a fait naître Sierra Leone le projet de création d’une monnaie unique pour les quinze membres de la Cedeao. Tout semble pourtant bien engagé lorsque, le 29 juin 2019, l’ensemble des chefs d’État de la Communauté se mettent unanimement d’accord à Abuja sur les modalités de lancement de cette monnaie, qu’ils décident d’appeler « eco ». La situation se dégrade très vite lorsque, six mois plus tard, huit des quinze États de cette même Cedeao – par ailleurs regroupés au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) – décident unilatéralement de réformer le franc CFA en vigueur au sein de l’Uemoa et de lui donner également le nom d’eco, sans remplir toutes les conditions définies collectivement dans la capitale nigériane. Le projet de monnaie unique, vieux de plus de trente ans, qui devait symboliser une intégration régionale renforcée et fluidifier les échanges commerciaux entre les pays d’Afrique de l’Ouest, devient ainsi une source de discorde. La dureté de la réaction du président nigérian, Muhammadu Buhari, illustre bien la gravité de cette tension. « J’ai l’impression que la zone Uemoa veut adopter l’eco en remplacement de son franc CFA avant les autres États membres de la Cedeao. Il est préoccupant de voir ceux avec qui nous souhaitons entrer dans une union prendre des initiatives sans nous faire suffisamment confiance ni nous consulter au préalable », a-t-il écrit sur son compte Twitter. Pour l’homme fort d’Abuja, il est impératif que tous les États membres se conforment au processus retenu par tous pour atteindre leur « objectif collectif ». Le président nigérian

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(5,6 %)

Niger 40,64

33,39

(5,1 %)

144

21,5

(5,7 %)

Sénégal Gambie

Mali

12,7

19,2

(6,4 %)

204,81 (6,1 %)

Burkina Faso

11,2 Bénin

Guinée

14,97

199,2

7,8

Nigeria

(5,3 %)

6,28

(-2,5 %)

4,7 Liberia

Togo 24,3 Côte d’Ivoire

28,8 Ghana

a également insisté sur la nécessité, pour les quinze, de se traiter « mutuellement avec le plus grand respect ». Et de conclure : « Sans cela, nos ambitions pour une union monétaire stratégique en tant que bloc de la Cedeao pourraient être gravement compromises. »

Passeport commun

Évidemment, lorsque l’on s’arrête à ces deux principaux faits qui ont marqué l’actualité récente de l’espace communautaire, on pourrait être tenté d’en déduire que celui-ci est au bord de l’implosion. Pourtant, il n’en est rien. Née en 1975 pour promouvoir la libre circulation des personnes et des biens en Afrique de l’Ouest et pour créer plus de richesses dans la région, la Cedeao fonctionne, malgré les difficultés auxquelles elle est confrontée. C’est une certitude, le socle de l’intégration régionale est solide. Aujourd’hui, plus personne au sein de cet espace n’a besoin de visa pour voyager d’un pays à l’autre, et les citoyens des pays membres peuvent résider et travailler où ils le souhaitent. « Je me déplace d’université en université avec mon passeport de la Cedeao. Je peux répondre très facilement à une invitation que me ferait une université dans le nord du Nigeria, parce que mon passeport me le permet », nous rappelait il y a

SOURCES : ONU, BANQUE MONDIALE, FMI

Cap-Vert

4,34


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

quelque mois dans une interview le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne. Sur les plans politique et sécuritaire, la Cedeao, actuellement présidée par le Nigérien Mahamadou Issoufou, affiche un bilan positif et l’image d’une communauté soudée. On l’a bien vu au début de la pandémie de Covid-19 sur le continent, l’ensemble des chefs d’État de la Communauté se sont spontanément réunis par visioconférence pour lancer les bases d’une action collective sur le plan sanitaire mais aussi sur le plan économique, en vue de limiter les conséquences de cette crise. On se Le 21 décembre 2019, au siège de la Communauté, à Abuja. De g. à dr.: le chef de l’État nigérian, souvient du sommet extraordinaire Muhammadu Buhari; son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou, président en exercice de qui les a réunis à Ouagadougou, en l’institution; et l’Ivoirien Jean-Claude Kassi Brou, président de la Commission de la Cedeao. septembre 2019, au cours duquel ils ont décidé de mettre en œuvre un plan d’action de près de 1 milliard de produits vers des marchés extérieurs à l’espace dollars (environ 880 millions d’euros) communautaire. Selon Eurotrace, la base de pour contrer l’avancée du terrorisme. données de la Commission de la Cedeao, le total On se souvient également, en remondes échanges intracommunautaires s’est élevé tant un peu le temps, de l’intervention en moyenne à 22 milliards de dollars par an de militaire de la Cedeao pour maintenir 2013 à 2017, soit à peine 11 % du commerce total la paix au Liberia et en Sierra Leone, de la Communauté. alors ravagés par une guerre civile. Dans une zone qui compte les deux premiers Au début de cette année, les diriproducteurs mondiaux de cacao, le premier geants de la Cedeao se sont mobilisés producteur africain de pétrole, ainsi que des avec une certaine efficacité pour aider champions de l’or, du coton et de nombreux la Guinée-Bissau à sortir d’une crise produits agricoles (lire pp. 148-152), l’accépostélectorale mortifère, ainsi qu’ils lération du processus d’industrialisation à l’avaient déjà fait en Gambie fin 2016l’échelle de la région est plus que jamais la début 2017, lorsque Yahya Jammeh priorité, avant même la création d’une monavait tenté de prendre en otage la jeune démonaie unique. « La Cedeao devrait pouvoir créer cratie de son pays. Par ailleurs, bien qu’une des filières de transformation de matières mission de chefs d’État de la Communauté en premières pour son marché de 400 millions Guinée ait été annulée, ils ont pu organiser, au d’habitants et réduire ainsi sa dépendance visdébut de mars, un audit du fichier électoral à à-vis de l’extérieur. Pour cela, elle doit encore Conakry. Enfin, à plusieurs reprises depuis la protéger son marché intérieur, le temps d’augmi-juin, ils ont envoyé des missions de médiamenter la productivité de ses économies pour tion au Mali pour tenter de rapprocher les que celles-ci puissent être un peu plus compoints de vue du président Ibrahim Boubacar pétitives. Aujourd’hui, on réduit les droits de Keïta et de l’opposition. douane à une allure exponentielle. Si l’on se contente de construire une zone qui permet au reste du monde d’alimenter notre marché, on n’aura pas fait beaucoup de progrès », met Désormais, de la même manière qu’elle travaille en garde Kako Nubukpo. à une politique sécuritaire commune, la Cedeao Quant à Souleymane Bachir Diagne, il est doit trouver le moyen de dynamiser les flux convaincu que seule « une Cedeao solide, commerciaux entre ses membres et de créer assise sur des bases économiques réelles, qui davantage de richesses dans la région. Car, et développe un commerce intérieur » pourra c’est là où le bât blesse, le volume des échanges « peser significativement sur le cours des évéintrarégionaux est ridiculement faible, la plunements ». À bon entendeur… part des pays de la Cedeao exportant les mêmes

ENVOI D’EXPERTS À BISSAU, AUDIT DU FICHIER ÉLECTORAL À CONAKRY, MÉDIATION À BAMAKO… LES MISSIONS DIPLOMATIQUES SE MULTIPLIENT.

Priorité à l’industrialisation

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ISSOUF SANOGO/AFP

ENJEUX


COMMUNIQUÉ

© MERLA / ADOBESTOCK

« Telecel Play est une plateforme de services collaboratifs innovants, parfaitement en phase avec les attentes de nos clients africains » Entretien avec Hugues Mulliez, président du groupe Telecel

HUGUES MULLIEZ

Président du groupe Telecel

Pouvez-vous vous présenter ?

JAMG - PHOTOS : D.R. SAUF MENTION

Telecel est un groupe africain de télécommunications, créé en 1986, et actif dans une trentaine de pays dans le monde. L’Afrique représente le cœur de notre activité et nous sommes installés dans sept pays et territoires : République centrafricaine, RoyaumeUni, Gibraltar, Île Maurice, Afrique du Sud, Libéria et Sénégal.

Le groupe comprend quatre entités principales : • Telecel Mobile qui possède, contrôle et gère des opérateurs de téléphonie mobile. • Telecel Global Services : Voix, SMS, SMS Firewall, VAS, IPTV et services de cybersécurité. • Telecel Play. • L’African Startup Initiative Program qui inclut un incubateur de start-up, un accélérateur, un programme dédié aux communautés et des investissements qui soutiennent les start-up technologiques africaines.

sieurs services : paiements, messagerie électronique RCS (Rich Communication Services) et une plateforme de commerce électronique (« market place ») ouverte aussi bien aux entreprises qu’aux particuliers. C’est un concept radicalement nouveau de « guichet unique », qui est parfaitement en phase avec les attentes de nos clients africains.

Comment fonctionne l’application ? Chaque utilisateur dispose d‘un porte-monnaie électronique (« wallet ») qui lui permet de recevoir de l’argent, mais aussi d’en transférer, de payer des factures, de retirer de l’argent liquide et d’utiliser la « market place ». La messagerie va bien au-delà de l’envoi de SMS et permet d’envoyer des contenus plus riches et attrayants : création de conversation de groupe, photos et vidéos de haute définition, fichiers lourds, etc. Elle offre une nouvelle manière de communiquer.

Qu’en est-il de la « market place » ? Cet outil est ouvert aux entreprises, locales et étrangères, mais aussi aux particuliers. Elle offre la possibilité de réaliser des transactions B2B; B2C et C2C. Les utilisateurs pourront parcourir, rechercher, enregistrer, partager, surveiller, suivre les commandes et passer à la caisse grâce à une expérience centrée sur l'utilisateur et des options de livraison rapide.

Pouvez-vous nous en dire plus à propos de Telecel Play ?

Quelle est la « valeur ajoutée » de votre offre ?

Il s’agit d’une application mobile offrant plu-

Telecel Play n’est pas un système figé mais

www.telecelgroup.com

un outil souple qui peut être adapté au contexte local de chaque pays. C’est une plateforme qui inclut à la fois des services collaboratifs innovants et un instrument de redynamisation du commerce local afin d’offrir une expérience client sans équivalent en Afrique. J’ajouterais que nous avons beaucoup travaillé sur les coûts afin de pouvoir offrir des tarifs compétitifs.

Pourquoi avez-vous choisi le Sénégal pour démarrer le projet ? Notre volonté est de faire un test grandeur nature de l’application. Nous avons choisi le Sénégal parce que ce pays offre une conjonction exceptionnelle d’atouts : taux d’équipement élevé de la population en smartphones, dynamisme économique, degré de maturité de la distribution par rapport aux pays voisins, qualité de l’environnement des affaires et stabilité politique. Sur la base de l’expérience au Sénégal, nous déploierons ensuite progressivement Telecel Play dans d’autres pays africains.

Un mot de conclusion ? Telecel Play vise à transcender le commerce tel qu’il existe actuellement. Nous souhaitons développer un « new retail ». Celui-ci transformera en profondeur la façon dont les entreprises répondent aux besoins de leurs clients. En définitive, Telecel Play est un projet qui favorise l’utilisation des outils digitaux par nos clients de téléphonie mobile et leur permet de s’insérer dans un écosystème qui répond à des besoins qui vont bien au-delà des télécommunications.


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

STRATÉGIE

Une carrure de champion La Cedeao compte parmi ses membres des producteurs mondiaux de premier plan dans nombre de filières: cacao, coton, élevage, hydrocarbures… Le défi est de fédérer les efforts des États et des professionnels pour influer sur les cours et les marchés.

L JACQUES TORREGANO POUR JA

ALAIN FAUJAS

À Zogbodomey, au Bénin, l’usine de décorticage d’anacarde de Fludor, filiale locale du holding nigérian Tropical General Investment (TGI).

a Cedeao se développe, mais pas assez vite pour réduire la pauvreté de la population ouest-africaine. S’il est vrai que l’or, le coton, le cacao ou l’uranium constituent de belles opportunités pour ces pays en mal de recettes et d’emplois, cela reste toutefois insuffisant en raison du rythme élevé de la croissance démographique, selon le rapport « Dynamiques du développement en Afrique. Réussir la transformation productive », publié en 2019 par l’Union africaine et le Centre de développement de l’OCDE. En dépit des efforts déployés pour tirer le meilleur parti de ces atouts, « la transformation productive de la région reste limitée », peut-on y lire. Le secteur industriel de l’Afrique de l’Ouest ne progresse pas. La part de l’agriculture y a reculé de 3,1 points de pourcentage au cours des dix dernières années, alors qu’elle a progressé dans les autres régions du continent. « La croissance totale de la productivité est en recul depuis 2000, principalement en raison de l’insuffisance du développement

technologique », indique le document. Le commerce intrarégional reste limité (15 % du total des marchandises exportées), et les échanges sont peu diversifiés. En 2016, les matières premières non transformées représentaient 75 % des exportations de la sous-région à destination d’autres continents. « Ces résultats mitigés soulignent le succès limité des stratégies adoptées jusqu’à présent en faveur de la transformation productive », poursuivent les auteurs du rapport.

Treize produits phares

Et si la Cedeao évitait de se disperser et abattait ses cartes maîtresses ? « Son plus grand potentiel réside dans l’agro-industrie », estime Bakary Traoré, économiste au Centre de développement de l’OCDE. En 2017, entre cinq et neuf pays de la sous-région figuraient parmi les vingt premiers producteurs mondiaux de treize produits agricoles, dont voici la liste (avec le pourcentage que représente l’Afrique de l’Ouest dans la production mondiale): le fonio (céréale sans gluten, comme le quinoa, 99,9 %), la noix de cajou (35,5 %), la noix de karité (99,9 %), l’igname (92,2 %), le millet (32,1 %), le gombo (28,2 %), l’arachide (12,8 %),

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la noix de kola (84 %), le niébé (83,4 %), le cacao (63,5 %), le manioc (33 %), le caoutchouc (6 %) et l’huile de palme (4,7 %). Qu’ils aient une vocation alimentaire ou hygiénique, « on constate que la croissance de la demande de ces produits dans la région est supérieure à celle de la demande globale mondiale », souligne l’économiste. Pour optimiser ces atouts, il faudrait que les pays de la Cedeao suivent l’exemple de la Côte d’Ivoire et du Ghana (lire ci-contre), qui se sont unis pour obtenir des chocolatiers une meilleure rémunération de leurs fèves de cacao et une augmentation de la transformation locale des produits primaires. La création de filières efficaces concernant les produits agricoles pour lesquels l’Afrique est très bien placée suppose une amélioration des compétences, en vue de les valoriser, ainsi que des infrastructures pour les acheminer et de l’énergie pour les transformer.

Interconnexions

L’union fait la force, dans ces domaines comme dans les autres. À cet égard, l’un des principaux défis de la Cedeao sera de favoriser la mise en commun d’infrastructures. Cela passe par le développement des réseaux énergétiques, routiers et ferroviaires. « Les zones économiques spéciales [ZES] sont aussi un outil précieux, ajoute Bakary Traoré. Celle à dominante agro-industrielle créée [en mai 2018] avec l’appui de la Cedeao entre le Mali (région de Sikasso), le Burkina Faso (région de Bobo-Dioulasso) et la Côte d’Ivoire (région de Korhogo) est une première. Mais la Cedeao ne va pas assez vite pour multiplier ces zones de complémentarité transfrontalières, qu’il faut exploiter partout où un potentiel a été identifié. » Pour que ces ZES éclosent en plus grand nombre, encore faudrait-il que la Cedeao s’inspire de la Communauté d’Afrique de l’Est et réalise au plus vite l’interconnexion numérique de ses systèmes douaniers. Celle-ci apporterait une fluidité extraordinaire au commerce intrarégional, dont les premiers bénéficiaires seraient les producteurs de denrées agricoles, que celles-ci soient ou non déjà transformées. Depuis sa création, la Cedeao a montré l’exemple au reste du continent dans de nombreux domaines, notamment avec son passeport communautaire, qui, depuis 1995, permet la libre circulation des personnes sur l’ensemble de son territoire. D’ici à la fin de l’année, elle devrait supprimer le coût du roaming pour les utilisateurs de téléphone portable. Ses atouts naturels devraient l’inciter à faire preuve de la même hardiesse et du même esprit communautaire dans l’élaboration de sa politique de transformation productive.

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Lire aussi: « La Cedeao en marche vers un vrai marché régional de l’électricité », sur www.jeuneafrique.com

Cartel cacaoyer, un modèle à suivre

A

vec la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux premiers producteurs mondiaux, mais aussi le Nigeria, qui occupe le cinquième rang derrière l’Équateur et le Cameroun, la Cedeao concentre 68 % de l’offre de cacao de la planète, soit 3,4 millions de tonnes récoltées pour la campagne 2019-2020, sur un total mondial de 5 millions de t. Problème : les pays producteurs africains ne perçoivent, selon les données de l’Organisation internationale du cacao (Icco), que 3 % des revenus de la filière chocolat. Alors que la Côte d’Ivoire a produit 2,1 millions de tonnes de cacao en 2017 (44 % de la production mondiale), elle n’a tiré de son négoce que 3,3 milliards de dollars (2,9 milliards d’euros), contre 22 milliards de recettes pour les majors américaines. Si les trois pays de la sousrégion ont considérablement accru leur production depuis vingt ans (voir infographie),

TROIS PAYS, 68 % DU CACAO DE LA PLANÈTE Production de cacao

Total Côte d’Ivoire

Primes et bonus

Le Conseil du café-cacao (CCC) ivoirien et le Cocoa Board (Cocobod) ghanéen sont déjà parvenus, en juillet 2019, à imposer un mécanisme de compensation pour les producteurs. Leur suspension des ventes de fèves a pesé si lourdement sur les cours mondiaux qu’il n’a pas

MARCHÉ MONDIAL DU CACAO

3,4

(en millions de tonnes)

il a fallu attendre le 26 mars 2018 pour que se mette en place la première coopération entre les exploitants et les organismes interprofessionnels de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Le président Alassane Ouattara et son homologue Nana Akufo-Addo ont signé ce jour-là la « déclaration d’Abidjan » instaurant « une Opep du cacao ». Grâce à cette alliance, la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent à eux deux 65 % de la production mondiale de cacao, vont harmoniser leurs politiques de commercialisation pour gagner en influence et augmenter leurs recettes.

2,2

15 % 4%à 6%

100

milliards d’euros

75 %

1,7 0,9

1,2

Ghana Nigeria

0,33 0,16

0,3

Fabrication de chocolat et distribution (dont TVA) Négoce, transport et taxes dans les pays producteurs

2002-2003

2019-2020

Planteurs et producteurs

SOURCE : ORGANISATION INTERNATIONALE DU CACAO (ICCO)

GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST


GRAND FORMAT

Transformation locale

Enfin, pour limiter les variations du marché et créer davantage de valeur ajoutée, l’accent sera mis sur la transformation locale. Le CCC projette de construire deux unités de première transformation, d’une capacité de 50 000 t chacune, dans le port de San Pedro (premier port exportateur de fèves de cacao au monde) et dans celui d’Abidjan. L’objectif est d’atteindre une capacité de broyage de 1 million de tonnes d’ici à 2022, contre 500 000 t actuellement. L’an dernier, le Ghana a quant à lui fait passer ses capacités de 250 000 t à 400 000 t. Reste que 80 % des gains de la filière sont réalisés lors de la deuxième transformation (fabrication de la pâte de cacao), encore inexistante localement au niveau industriel. Les marges de progression sont donc énormes. BAUDELAIRE MIEU, À ABIDJAN

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SIMON DAWSON/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

fallu plus d’un mois pour que les traders et les industriels du chocolat acceptent le principe d’une prime de 400 dollars par t sur tous les contrats de vente. Surnommé « différentiel de revenu décent » (DRD), ce bonus entrera en vigueur à partir de la campagne 2020-2021, qui débutera en octobre, et permettra de garantir une meilleure rémunération aux producteurs. L’alliance entre le CCC et le Cocobod repose aussi sur une synchronisation des campagnes, avec un accord sur les volumes à placer sur le marché et une harmonisation du prix garanti aux producteurs, afin d’éviter la contrebande aux frontières. Les deux partenaires envisagent par ailleurs de construire des entrepôts pour stocker les récoltes en attendant de les mettre sur le marché au moment opportun. La Côte d’Ivoire prévoit ainsi de « bloquer » sa récolte aux alentours de 2 millions de t.

Lingot tout juste raffiné, au sein du complexe minier de LouloGounkoto, exploité par Barrick, au Mali.

Un potentiel en or

«

L

’Afrique de l’Ouest a plus de potentiel que n’importe quelle autre région de la planète. Sa géologie est semblable à celle du nord de l’Ontario, du Québec ou de l’Australie-Occidentale, des ceintures exceptionnellement prolifiques », nous confiait il y a quelques mois Richard Young, le patron du groupe minier canadien Teranga Gold Corporation (TGC), actif au Sénégal et au Burkina Faso. La région se situe au troisième rang mondial des zones les plus riches en terrains aurifères, après l’Australie et le Canada. Trois pays font désormais partie du top cinq des producteurs africains d’or, à commencer par le Ghana (l’ancienne Gold Coast), qui est devenu le plus grand producteur du continent avec 142 tonnes extraites en 2019, devant l’Afrique du Sud (118 t), le Soudan (76 t), le Mali (61 t, avec quinze mines industrielles exploitées) et le Burkina Faso (51 t, quatorze mines). Si, selon les experts, la région est encore largement « sous-explorée », elle attire cependant un nombre croissant d’acteurs, à l’instar de Barrick Gold. Devenu le numéro un mondial du secteur après sa fusion avec Randgold Resources en janvier 2019, le groupe canadien est installé au Mali depuis une quinzaine d’années et est aujourd’hui présent au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. C’est aussi le cas de ses compatriotes Iamgold (Sénégal, Burkina, Mali) et Endeavour Mining. Cette dernière compagnie, qui a racheté en mars

la Société d’exploitation minière en Afrique de l’Ouest (Semafo) pour 640 millions de dollars (567 millions d’euros), est présente au Burkina, au Mali et en Côte d’Ivoire. Parmi les pays où la filière se développe fortement, la Côte d’Ivoire, justement, a vu sa production passer de 7 t en 2009 à près de 30 t en 2019. Le pays compte aujourd’hui cinq mines industrielles, exploitées par Barrick, Endeavour Mining et l’australien Perseus Mining. Au Sénégal, la mine industrielle qu’exploite Sabodala Gold Operations (SGO), filiale locale de Teranga Gold, a produit 18 t d’or en 2019, un record depuis son entrée en production, en 1998.

Cherté de l’électricité

Les nouveaux codes miniers élaborés par les différents pays pour attirer et sécuriser les investissements étrangers ont favorisé le boom de l’or et l’arrivée d’opérateurs venus du monde entier. Par exemple, l’obtention d’un permis minier peut se faire en un an, contre au moins cinq ans en Amérique du Nord. Les principaux défis auxquels se trouvent confrontés les États et les professionnels de la filière sont l’insécurité liée aux attaques jihadistes dans le Sahel, le déficit en énergie et la cherté de l’électricité, ainsi que la nécessité de régulariser l’activité des mines artisanales et d’encadrer l’orpaillage, véritable fléau, tant pour les recettes de l’État que pour les investissements des opérateurs privés. AMADOU OURY DIALLO, À DAKAR


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

DÉCRYPTAGE

Comment en finir avec la schizophrénie d’Abuja

Le géant nigérian devrait être la locomotive de la Cedeao. Pourtant, sa décision de fermer ses frontières terrestres, ses divergences de vues sur la monnaie unique et un certain complexe de supériorité constituent un frein à l’intégration régionale.

L

ALAIN FAUJAS

es Nigérians souffrent d’une sorte de schizophrénie par rapport à la Cedeao. Pères fondateurs de la Communauté, ils ralentissent aujourd’hui l’intégration régionale. Alors qu’ils pourraient être les grands bénéficiaires de ce marché commun, ils se barricadent derrière leurs frontières pour un oui ou pour un non. Bien qu’il dispose d’un patronat très dynamique, qui rêve de développer ses activités dans la sous-région, le pays a peur de la concurrence de ses voisins, qu’il considère comme déloyaux. Le géant nigérian se pose en gendarme de l’Afrique de l’Ouest sans assumer les responsabilités que cela implique. Les causes de cette attitude paradoxale sont nombreuses. Avec près de 200 millions d’habitants,

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no3091 AOUT

le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique. Ce qui lui confère un poids économique considérable, puisqu’il contribue à hauteur de 67 % au produit intérieur brut (PIB) de la Cedeao. Le boom pétrolier des années 19902000 et son avalanche de milliards de dollars ont conforté les dirigeants nigérians dans leur nationalisme, voire parfois dans une arrogance critiquée en Afrique de l’Ouest. L’histoire explique aussi ce comportement. « Je suis toujours frappé du mépris dont les Nigérians font preuve à l’égard de leurs voisins francophones, qu’ils considèrent comme des valets de l’impérialisme français », explique Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). La position de Paris et d’Abidjan en faveur des sécessionnistes sudistes du Biafra et la guerre

qui a ensanglanté le pays (1967-1970) n’y sont sans doute pas pour rien dans cette sourde hostilité.

Vision passéiste

La myopie des responsables politiques joue également un rôle. « Le Nigeria dispose d’une jeunesse nombreuse et de mieux en mieux formée, relève Bakary Traoré, économiste au Centre de développement de l’OCDE. Il est le plus grand hub technologique d’Afrique devant le Kenya. Malheureusement, ses dirigeants ont du mal à saisir que l’avantage comparatif de leur pays n’est plus dans le pétrole ou dans les usines. Ces secteurs sont incapables de créer suffisamment d’emplois pour les classes d’âge qui arrivent sur le marché du travail. » Le plus myope de tous semble être le président Muhammadu Buhari. « Profondément nationaliste, il

NYANCHO NWANRI/REUTERS

Vue du quartier d’affaires et du port de Lagos. Berceau de la Communauté, la ville est la plus grande métropole du continent.


COMMUNIQUÉ

AFRIR

AVIS D’EXPERT

Email : contact@energieregulation.org

www.energieregulation.org www.minesparis.psl.eu

Libéralisation des secteurs de l’électricité en Afrique : le rôle central de la formation des cadres africains

C

haque année en Afrique l’offre d’électricité augmente signifi-

cativement avec l’inauguration de

nouvelles centrales notamment dans le renouvelable. La hausse des capacités de production est toutefois peu visible si l’on considère le taux d’accès moyen à l’électricité aujourd’hui estimé à 15 % en Afrique Subsaharienne. En effet, sous l’effet conjugué d’une forte croissance économique et démographique, les systèmes de production d’électricité sont sous pression alors qu’ils doivent par ailleurs gérer de nombreuses autres contraintes (tarification, recouvrement des factures, pertes dans les réseaux de transport, etc.).

Si la libéralisation permet de rendre les systèmes plus efficients et efficaces, elle demeure toutefois complexe avec une myriade d’enjeux. Le secteur privé n’investira que si la rentabilité est suffisamment élevée et le risque suffisamment maîtrisé. La capacité de l’opérateur historique à respecter ses engagements d’achats d’énergie est par exemple un enjeu de taille. Le calcul des tarifs de rachat spécifié dans ces contrats est aussi un exercice délicat. Du fait de la complexité des modalités d’ouverture à la concurrence, les cadres du secteur doivent disposer de tous les outils pour accompagner efficacement les réformes.La capacité à encadrer, planifier et organiser le secteur ne doit pas être négligée.

Diop SIDY, Directeur Afrique, Deloitte Economic Advisory, Deloitte France

Cette initiative inédite, fonctionne grâce aux collaborateurs de trois structures : Mines ParisTech, Deloitte et l’ANARE-CI, le régulateur ivoirien de l’électricité. Cette formation de haut-niveau a pour objectif de familiariser instances de régulation, opérateurs du secteur ou encore ministères de l’énergie aux enjeux

Cette double dynamique économique et démographique soutient des taux de croissance de la demande que l’on retrouve aujourd’hui nulle part dans le monde (près de 10% pour la Côte d’Ivoire ou le Mali par exemple). Dans ce contexte, l’ouverture à la concurrence des marchés d’électricité joue un rôle primordial dans la satisfaction de cette demande crois-

La capacité à encadrer, planifier et organiser le secteur ne doit pas être négligée. C’est précisément pour accompagner ce processus que la formation diplômante BADGE « Régulation de

sante.Les pays avec des mécanismes

l’Énergie - Ouverture à la concurrence

efficaces d’ouverture connaissent des

du secteur de l’électricité » a été créée

taux d’accès à l’électricité plus élevés.

à Mines ParisTech.

et outils les plus pointus sur le plan économique, technique et juridique. Nous lançons la 5e promotion de cette formation et informons les cadres intéressés qu’ils ont jusqu’au 14 septembre pour envoyer leur candidature.


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

DÉCRYPTAGE

a une vision passéiste, analyse Pérouse de Montclos. Son programme économique se limite à relancer l’agroalimentaire dans le nord du pays. Il n’a jamais hésité à prendre des mesures protectionnistes dommageables pour ses voisins. Durant sa première présidence, en 1985, il avait expulsé les immigrés nigériens, aggravant la crise alimentaire au Niger, où l’on parle, encore aujourd’hui, de “la famine Buhari”. Au début de cette année, le chef de l’État a relancé l’activité des entreprises publiques qui avaient été démantelées dans les années 1980 dans le cadre d’un programme d’ajustement structurel. Il ne comprend rien aux mécanismes de l’économie et, comme il dispose d’une Assemblée à sa botte, personne n’est en mesure de lui dire qu’il est en train de se tirer une balle dans le pied au moment où tous les signaux annoncent une récession de 7 % et un recul inévitable de la production pétrolière. » Le protectionnisme nigérian tient aussi à la toute-puissance d’une bureaucratie tatillonne et ombrageuse. « Des douanes presque paramilitaires et la Standards Organisation of Nigeria [SON] exercent un contrôle très strict sur les importations et les exportations du pays, constate Poul Hansen, responsable de la section de la facilitation des échanges à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Leur intervention n’est pourtant pas réellement nécessaire, puisque les produits nigérians sont aussi contrôlés dans le pays

NÉE À LAGOS…

L’idée de créer une zone d’intégration économique régionale a émergé en 1972 à l’initiative du président nigérian d’alors, le général Yakubu Gowon, et de son homologue togolais, le général Gnassingbé Eyadéma. Leur proposition a abouti à la signature du traité de Lagos le 28 mai 1975, acte de naissance de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

où ils arrivent. » Mais cela complique les échanges et renchérit leur coût. « Normalement, ajoute Poul Hansen, la meilleure route pour exporter les produits des pays enclavés comme le Niger et le Burkina Faso est celle qui mène au port de Lagos. La multiplication des contrôles pour y parvenir, l’insécurité, la petite corruption pratiquée par les forces de l’ordre et la bureaucratie des autorités portuaires dissuadent les exportateurs-importateurs de l’hinterland de faire transiter leurs produits par Lagos. Ceux-ci lui préfèrent les ports béninois, togolais ou ghanéens. C’est dommageable pour le Nigeria, car, en augmentant le volume

de son trafic portuaire, il abaisserait le coût de ses importations et donc des produits vendus aux consommateurs nigérians. »

Naira contre eco?

Le mastodonte nigérian pose aussi un problème en matière monétaire. En 2019, les chefs d’État de la Cedeao ont décidé de doter leur communauté d’une monnaie unique, l’eco. Prenant tout le monde de vitesse, le président ivoirien Alassane Ouattara a fait avaliser à ses pairs de l’Uemoa, en décembre 2019, une transformation du franc CFA en eco, au grand dam du président Buhari, qui y voit une mainmise abusive sur la future monnaie. L’on assiste donc à un affrontement entre Abidjan et Abuja pour imposer l’avatar du CFA pour l’un, le naira pour l’autre. « Étant donné son poids dans la population, le PIB et les échanges commerciaux de la sous-région, le Nigeria devrait faire figure de leader naturel de toute zone monétaire qu’il s’agirait de mettre en place dans la Cedeao, déclare Aly Mbaye, professeur d’économie à l’université CheikhAnta-Diop, de Dakar. En même temps, ce pays fait face à d’importants défis de politique économique et, souvent, à des pénuries de réserves [monétaires] qui le qualifient très peu pour ce rôle de leader. Mettre en place un système de change ou une politique monétaire régionale dans tout arrangement institutionnel incluant ce pays ferait courir un très grand risque à tous les États, et pas seulement à ceux de l’Uemoa. »


À court terme, on voit mal comment l’égocentrisme nigérian pourrait être corrigé ni comment la Cedeao, avec une telle entrave, pourrait accélérer sa marche vers l’intégration. Il existe pourtant des pistes. Abuja devrait d’abord changer de stratégie économique. « Le Nigeria a un énorme potentiel de créativité, souligne Bakary Traoré. Les Gafam lorgnent son marché, IBM et Facebook en ont fait leur tête de pont en Afrique. Le pays a les moyens de développer ses atouts dans le numérique grâce à sa diaspora, qui, en 2018, lui a envoyé des fonds dont le montant équivaut à son PIB annuel. Il faut que ses dirigeants comprennent qu’il est temps de se tourner vers les services et de ne plus faire de l’industrie une priorité. » Cela faciliterait la pénétration de ces activités chez ses voisins… À condition que le Nigeria accepte de respecter la libre circulation des produits de ces derniers, conformément aux règles de la Cedeao.

LE NIGERIA REPRÉSENTE 67 % DU PIB DE LA CEDEAO ET 53 % DE SA POPULATION, AVEC PRÈS DE 200 MILLIONS D’HABITANTS.

Qualités d’écoute

Peut-être faudra-t-il attendre pour ce changement des mentalités que le président Buhari, 77 ans, cède la place à un dirigeant plus moderne. Pourquoi pas à son vice-président, Yemi Osinbajo, 63 ans, chrétien du Sud, diplômé de la London School of Economics et ancien avocat d’affaires? « Quand il assurait l’intérim de Buhari, longuement hospitalisé au Royaume-Uni en 2017, se souvient Marc-Antoine Pérouse de Montclos, les hommes d’affaires étaient ravis de ses qualités d’écoute et de sa politique. » Mais si Yemi Osinbajo semble en mesure de faire évoluer l’attitude de son pays vis-à-vis de ses partenaires de la Cedeao, il faudra d’abord qu’il parvienne à se frayer un chemin vers la magistrature suprême à travers les arcanes politiciens d’un Nigeria compliqué.


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

ENTREPRENEURIAT

Ouverture à l’africaine

SYLVAIN CHERKAOUI POUR JA

De l’agroalimentaire à la logistique, depuis Dakar ou Abidjan, des femmes et des hommes d’affaires ont choisi de développer leurs activités dans la sous-région. Un pari gagnant.

Mamadou LAMINE GUEYE

PDG de la Compagnie sénégalaise de transports transatlantiques-Afrique de l’Ouest (CSTT-AO) Fondée en 1949, plus d’une décennie avant l’indépendance du pays, l’entreprise familiale sénégalaise s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs de la logistique industrielle, notamment minière, en Afrique de l’Ouest et même au-delà. CSTT-AO est présent dans l’ensemble des activités de la chaîne d’approvisionnement (achat de marchandises, transport, stockage de matériel, etc.) de grands opérateurs industriels et miniers tels qu’AngloGold Ashanti (son premier client en volume d’affaires), Sabodala Gold Operations (SGO) ou Barrick Gold, qui a racheté Randgold Resources en 2018. C’est d’ailleurs de l’expérience client de ce dernier dont Mamadou Lamine Gueye est le plus fier: « Nous avons été témoins des débuts dans la sous-région de Randgold, qui nous a accordé sa confiance. Le chemin parcouru ensemble est impressionnant! » s’enthousiasme le PDG de CSTT-AO. L’opérateur sénégalais accompagne l’important développement minier en cours depuis une dizaine d’années en Afrique de l’Ouest. Il est aujourd’hui présent dans de nombreux pays de la sous-région, en particulier au Mali, au Burkina Faso, en Guinée, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Son efficacité repose notamment sur sa plateforme logistique d’une superficie de 30000 m2 (qui a nécessité un investissement de 3,8 millions d’euros) située à Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, la principale région aurifère du pays. Le groupe a même étendu ses activités en Afrique du Sud, en RD Congo, en Zambie et au Mozambique. Fort de son expérience au service des miniers, CSTT-AO compte se positionner en aval du secteur des hydrocarbures au Sénégal, où le projet offshore de Sangomar est en cours de développement. Il est par ailleurs candidat à la gestion de la future plateforme pétrolière et gazière du port de Dakar. AMADOU OURY DIALLO, À DAKAR

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Massogbé TOURÉ DIABATÉ

PDG de la Société ivoirienne de traitement d’anacarde (Sita)

HIMBAZA PACIFIQUE POUR JA

Cette femme d’affaires ivoirienne a fondé le groupe agro-industriel Sita en 2000. D’abord uniquement active dans la production d’anacarde, Massogbé Touré Diabaté a ensuite investi dans la transformation de noix de cajou, qu’elle exporte principalement vers les États-Unis et les pays du Golfe. Le groupe emploie aujourd’hui environ 800 personnes, essentiellement des femmes, et dispose de filiales dans la transformation du riz, dans l’hôtellerie, le transport et le crédit. Massogbé Touré Diabaté, 56 ans, est membre du conseil d’administration du Conseil du coton et de l’anacarde (CCA) ivoirien, qui réunit les pouvoirs publics, les producteurs et les industriels de la filière. Elle est également vice-présidente de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), au sein de laquelle elle est chargée de la commission « Développement de l’entrepreneuriat féminin ». L’épidémie de Covid-19 a durement frappé certains secteurs de l’économie ivoirienne, notamment l’hôtellerie et l’industrie, et la fermeture des frontières qui s’est ensuivie a eu des conséquences sur les exportations de Sita. AÏSSATOU DIALLO

Ibrahima DIAWARA Entrepreneur à succès, Ibrahima Diawara bénéficie de solides réseaux d’influence. Depuis qu’il s’est lancé dans les affaires, il y a vingt-cinq ans, il a toujours obéi au même credo : prendre des risques et travailler sans relâche. À 50 ans, ce patron malien continue de multiplier les projets, et ses entreprises, présentes dans des domaines aussi variés que l’énergie, l’industrie, les transports (terrestre et aérien), le BTP et, depuis peu, l’agriculture. Grâce à la bonne santé de l’ensemble de ses filiales, IBI Group espère maintenir un chiffre d’affaires d’environ 50 millions d’euros pour l’exercice 2020. C’est en Indonésie, en 1995, qu’Ibrahima Diawara fait ses premiers pas dans le monde de l’entrepreneuriat en créant Sabika, une société spécialisée dans l’emballage et l’expédition de colis. Un succès. La même année, le jeune patron lance Diawara Solar Energy, à Bamako, pour distribuer des panneaux solaires achetés en Australie. Deux ans plus tard, de retour dans la capitale malienne,

il y ouvre Diawara Concrete Industry, une unité de fabrication de carreaux, de tuiles et de briques, rebaptisée Stones en 2003. La success-story se poursuit en 2005, avec la création de Malian Aero Company (MAC). Après avoir commencé par la création d’une flotte d’avions spécialisés dans les opérations de « pluies provoquées », l’entreprise a rapidement étendu ses prestations aux évacuations sanitaires, aux vols charters et au transport de VIP. Fort de ses succès au Mali, Ibrahima Diawara développe en parallèle ses activités dans la sous-région. En 2011, il crée le holding IBI Group SA, chargé de piloter les différentes entités. Les sociétés relatives au BTP et aux infrastructures fusionnent au sein de Builders, qui est aujourd’hui un leader régional dans le domaine de l’assainissement et de l’adduction d’eau potable, et qui possède des filiales en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Niger, au Congo et en Centrafrique. À partir de 2012, le groupe élargit encore

EMMANUEL DAOU BAKARY POUR JA

PDG d’IBI Group

son périmètre d’activité. À cette fin, Ibrahima Diawara crée plusieurs sociétés, dont Diawei, spécialisée dans le transport routier de marchandises (avec plus d’une centaine de camions), Belale, chargée de l’étude et du développement de projets d’énergie renouvelable, ou Bricoco Gold, active dans la prospection et l’exploitation minières. Enfin, dernier-né du groupe en 2019, le centre de recherche et de développement Diazon œuvre dans le domaine de la production agricole. Son objectif est de doper les rendements afin de participer activement au renforcement de la sécurité alimentaire au Mali et dans la sous-région. MOUSSA COULIBALY, À BAMAKO

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LE GROUPE KIRÈNE LANCE PEPSICO AU SÉNÉGAL ! Dans la continuité de son engagement auprès des consommateurs sénégalais, le Groupe Kirène lance pour la première fois au Sénégal, en partenariat avec le géant américain PepsiCo, une gamme complète de boissons gazeuses : Pepsi, Pepsi Max, Seven Up et Mirinda en format canette de 33 cl. PepsiCo a déjà à son actif 12 accords de franchise en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, et compte renforcer sa présence au Sénégal, considéré comme un marché clé avec plus de 150 millions de litres de boissons gazeuses consommées en moyenne chaque année. Cette innovation majeure, mûrie depuis 2 ans, met en avant la volonté du Groupe Kirène de compléter son portefeuille de marques de boissons et d’offrir davantage de choix aux consommateurs sénégalais. Fort de sa position de leader agroalimentaire dans le domaine de l’eau, du jus et du lait, l’entreprise souhaite maintenir plus que jamais sa dynamique d’innovation performante et gagnante sur le marché.

Un impact positif sur l’emploi Plus de choix de qualité, plus de parfums variés, à travers une offre locale, produite au Sénégal… tel est le crédo du Groupe Kirène qui n’a de cesse de valoriser le « Made in Sénégal » dans un contexte économique qui appelle de plus en plus

à dynamiser les emplois locaux, le pouvoir d’achat et à stimuler la croissance du secteur des boissons.

des Sénégalais mais aussi par la recette et la promesse d’une expérience unique aux consommateurs.

Grâce à l’expertise de ces 2 leaders, une ligne de production de canettes a pu être installée sur le site de production du Groupe Kirène à Diass. Celle-ci permet de fabriquer plus de 24 000 canettes/ heure. Le matériel de production ainsi que les nouveaux espaces de stockage ont été installés grâce à un investissement de plus de 5 milliards de FCFA.

Ce partenariat entre les deux entreprises, leaders dans leurs domaines respectifs, met en lumière des valeurs communes d’entreprises dynamiques, inspirantes et citoyennes, partageant les mêmes idéologies et les mêmes préoccupations de produits de qualité pour plus de moments de bonheurs et de joie auprès des Sénégalais.

Cet investissement a permis de créer plus de 25 nouveaux emplois dans l’usine. Une cinquantaine d’emplois directs supplémentaires et plus de 200 emplois indirects vont être créés pour soutenir la production et la distribution locale de cette innovation.

Des valeurs communes Grâce à ce partenariat stratégique solide avec PepsiCo, le Groupe Kirène est décidé à propulser une nouvelle dynamique sur le marché des boissons au Sénégal, en apportant une innovation par le format, particulièrement adapté aux modes de vie et au pouvoir d’achat

Ces marques, très connues à travers le monde, raviveront certainement des souvenirs à une génération sénégalaise, nostalgique d’une époque ou Seven Up a même donné son nom à un rondpoint stratégique de la capitale dans les années 90.

Ce projet valorise le « Made in Sénégal » dans un contexte économique qui appelle de plus en plus à dynamiser les emplois locaux et le pouvoir d’achat. Avenue Malick Sy Immeuble Sehran 6e étage

Tél. : (+221) 33 849 56 66


COMMUNIQUÉ

Entretien Alexandre Alcantara, directeur général du Groupe Kirène

« Nous voulons construire une belle histoire avec nos clients » Quelle est l’importance de ce projet dans la stratégie du Groupe Kirène ? Le Groupe Kirène a mis en œuvre une stratégie d’innovation permanente. Ceci nous a permis d’apporter des produits de qualité à des prix avantageux, qui sont parfaitement en phase avec les attentes des consommateurs. Je rappelle que dès 2001, le Groupe Kirène a fait figure de pionnier en lançant sur le marché la première eau minérale embouteillée du Sénégal. Dans le contexte difficile du Covid-19 nous avons voulu poursuivre cette stratégie avec un lancement qui est très important pour nous. Nous nous sommes associés avec le groupe PepsiCo pour fabriquer et commercialiser des boissons gazeuses du groupe. Surtout, nous n’oublions pas la marque Seven Up qui est très connue au Sénégal parce qu’elle a été commercialisée jusque pendant les années 90. Nous avons envie de faire une très belle proposition à nos consommateurs et de construire une histoire avec eux.

Avec un bel outil industriel… Face à l’afflux des importations de boissons gazeuses, nous avons fait le pari de développer une production locale. Le groupe a investi 5 milliards de FCFA principalement pour fabriquer plus de 24 000 canettes/heure. C’est l’une des plus grandes usines de production de boissons de grande consommation d’Afrique de l’Ouest et une illustration de l’engagement du secteur privé sénégalais en faveur du développement économique et social du pays.

Quels sont vos projets ? Nous avons l’intention de continuer à lancer de nouveaux produits, notamment des boissons à base de thé. Nous voulons également nous déployer dans d’autres pays de la sous-région en profitant du savoir-faire que nous avons acquis au Sénégal. Nous souhaitons que ce succès ne soit pas uniquement national mais sous-régional.

Entretien Marius Vorster, directeur du marketing de PepsiCo pour l’Afrique sub-saharienne

« Notre ambition est de bâtir un partenariat prospère dans les années à venir » Pourquoi vous intéressez-vous au Sénégal ?

En quoi ce partenariat est-il important pour vous ?

Nous souhaitons accélérer notre croissance dans le monde et devenir le leader du marché des produits alimentaires et des boissons. Nous pensons que l’Afrique a un immense potentiel de croissance. PepsiCo possède des franchises d’embouteillage dans douze pays du continent et a sa propre unité d’embouteillage en Égypte. Nous souhaitons être davantage présents en Afrique de l’Ouest.

Nous avons un grand portefeuille de marques très fortes. Celles-ci sont appréciées dans le monde entier et nous avons hâte qu’elles soient consommées dans tous les foyers sénégalais.

Le partenariat que nous avons conclu avec le Groupe Kirène est très important à nos yeux car nos deux entreprises partagent les mêmes valeurs. Notre ambition est de bâtir un partenariat prospère dans les années à venir.

Email : marketing@kirene.sn / serviceconsommateur@kirene.sn

www.kirene-groupe.com

JAMG - PHOTOS : D.R.

Le Sénégal a une économie dynamique et résiliente. Son marché des boissons gazeuses est encore peu développé et a de belles perspectives de croissance. Notre partenaire, le Groupe Kirène, est leader sur le marché de l’eau minérale, des jus et des produits laitiers. Cette position stratégique va nous aider de manière décisive à commercialiser nos boissons gaz zeuses au Sénégal.

Nous croyons que cet accord offre une opportunité exceptionnelle pour créer des moments de bonheur en offrant des boissons délicieuses et rafraichissantes ainsi que des expériences de marque uniques aux consommateurs du Sénégal.


GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

SOCIÉTÉ

Angélique Kidjo « Nous, Africains, avons de nombreux préjugés les uns envers les autres » La diva béninoise revient sur les obstacles qui handicapent la coopération régionale. Parmi eux, une certaine méconnaissance de l’Histoire et de l’altérité. PROPOS RECUEILLIS PAR AÏSSATOU DIALLO

D

u haut de ses t ro i s d é c e n nies de carrière couronnées de récompenses, la chanteuse béninoise passe d’un style à l’autre, revendique son « internationalité » et inspire la jeune génération de musiciens du continent. La reprise de son titre Wombo Lombo par la Nigériane Yemi Alade dans son tube Shekere, sorti au début de février, dépasse les 10 millions de vues sur YouTube. Burna Boy, célébrité internationale à qui elle a ravi le Grammy Award du meilleur album de musique du monde en janvier dernier, l’avait aussi invitée sur son album African Giant, sorti l’année dernière. Ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef depuis 2002, Angélique Kidjo reste, à tout juste 60 ans, une artiste engagée, notamment en faveur de la scolarisation des jeunes filles et

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du commerce équitable. Le 25 mai, elle figurait parmi les têtes d’affiche des concerts virtuels donnés pour célébrer la journée de l’Afrique et sensibiliser le public à la pandémie de coronavirus. Avec son franc-parler habituel, elle confie à JeuneAfrique son point de vue sur l’intégration régionale ouest-africaine, sur les manifestations pour les droits des Noirs aux États-Unis et en France, ainsi que sur les conséquences du Covid-19 sur la vie artistique. JeuneAfrique:LaCedeaocélèbre son 45 e anniversaire cette année. Est-elle un modèle d’intégration régionale ? Angélique Kidjo : Il

faut que l’espace communautaire soit un vrai marché commun, au sein duquel les populations puissent voyager ou s’installer. Or il existe encore des freins à cela. C’est très bien de faire des textes, mais, s’ils ne sont pas respectés, ils ne servent à rien. Si nous arrivons à


garantir une vraie libre circulation des personnes et des marchandises dans cet espace, ce sera déjà un grand pas en avant. Nous, Africains, avons de nombreux préjugés les uns envers les autres. Par exemple, dans mon pays, les gens du Sud trouvent à redire sur les gens du Nord. Il faut aussi former des douanières et des douaniers, et bien les payer afin d’en finir avec le racket. L’épidémie de Covid-19 doit aussi être l’occasion pour les pays de la Cedeao de repenser leur coopération en matière de recherche. Ils doivent se mettre d’accord pour créer un grand laboratoire, pour que leurs chercheurs puissent établir des protocoles et lancer des tests afin d’apporter des solutions locales à la pandémie. C’est en mutualisant nos moyens que nous pourrons nous en sortir. L a création de l’eco peutelle garantir l’indépendance économique ?

Je ne suis pas spécialiste des questions monétaires et ne peux donc juger de cela. Mais il est clair qu’avant toute chose nous devons créer un environnement économique propice aux affaires. Cela passe entre autres par la création d’infrastructures routières et ferroviaires, par l’harmonisation des taxes, par la sécurité des personnes sur les routes transfrontalières, la libre circulation des informations, etc.

PATRICK FOUQUE

Le débat concernant la restitution du patrimoine africain a été animé, et le Bénin est l’un des pays les plus actifs sur la question. Qu’en pensez-vous ?

Selon moi, le rapatriement des œuvres du continent doit s’inscrire dans un cadre plus

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GRAND FORMAT AFRIQUE DE L’OUEST

SOCIÉTÉ

large. Chaque pays doit travailler à la création d’un musée multimédia, non seulement pour l’art mais également à des fins éducatives et pour conter nos histoires, aussi douloureuses soientelles, comme l’esclavage. Pour cela, nous devons former les guides, rendre les musées ludiques pour les enfants et inscrire leur visite dans le système scolaire. Nous devons aussi parler aux jeunes générations des royaumes qui ont existé avant l’esclavage et de la colonisation, afin qu’elles soient fières de leur histoire. La société civile doit s’impliquer. Elle peut contribuer à la création de musées en tenant compte des matériaux locaux et du réchauffement climatique. On peut ensuite prévoir des abattements fiscaux, par exemple, pour ceux qui contribuent à leur construction. Tout cela peut être fait en parallèle du lobbying pour le retour des œuvres d’art. Les manifestations qui ont éclaté aux États-Unis et en Europe après la mort de George Floyd sont-elles l’occasion de nouer un dialogue sur notre passé?

Nous, Africains, devons dans un premier temps crever l’abcès de cette culpabilité qu’on nous met sur le dos à propos de l’esclavage. Trop souvent lorsqu’on aborde le sujet, on nous répète que ce sont des Africains qui ont vendu les leurs, sans préciser qu’il y avait à cette époque des personnes qui se sont battues contre l’esclavage. L’éducation est la base du dialogue et de la paix. Il faut expliquer le fondement de ce qui se passe aux États-Unis et en France aujourd’hui. La plupart des Français ignorent leur histoire liée à l’Afrique. C’est à la limite si on ne dit pas que, pour connaître l’Afrique, il faut lire Tintin ! Le problème du racisme, c’est l’ignorance. Les gens n’ont pas appris et ils ne comprennent pas. Ma musique est une façon de collaborer avec le monde entier et de faire comprendre qu’il n’y a pas de différences. Quand on aime le blues, le jazz, le funk, la salsa, le gospel ou le rock’n’roll, on aime l’Afrique; c’est l’Afrique! Selon moi ces manifestations doivent être un moyen d’exiger le

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POUR NOTRE CONCERT, MANU DIBANGO AVAIT FAIT UN ARRANGEMENT SUR INDÉPENDANCE CHA CHA. dialogue et non d’inciter à la violence. Nous devons dialoguer sur tous les sujets de notre passé commun pour permettre à chacun de prendre ses responsabilités. Avez-vous mis à profit votre confinement en France pour concevoir de nouveaux projets ?

J’ai plus travaillé durant cette période de confinement que durant les six derniers mois de 2019. Cela a été un moment de réflexion et de remise en question, notamment sur la nécessité d’agir pour sauver la planète. Sur le plan artistique, j’ai créé beaucoup de musique. Pour le continent africain, j’ai repris Pata Pata, de Miriam Makeba. L’Unicef, dont je suis ambassadrice, en a acquis les droits pour une année. « Pata Pata » signifie « touche-touche » dans plusieurs langues sud-africaines. L’idée était de faire passer des messages de sensibilisation aux gestes barrières, comme se laver les mains et garder une distance physique. J’explique que, s’il ne faut pas se toucher pour l’instant, ce n’est pas la fin de nos contacts avec les autres, mais une pause pendant laquelle il faut penser à soi et aux personnes fragiles. Cette forme de sensibilisation est facilement diffusable sur les radios, un média plus accessible en Afrique que la télévision ou internet. Quel regard portez-vous sur la nouvelle scène musicale ouest-africaine?

Aujourd’hui, l’afrobeat est à la mode. Ce phénomène dépasse les frontières de l’Afrique de l’Ouest. C’est le moment de se fédérer pour créer, à partir de cette base qu’est l’afrobeat, quelque chose qui permette aux

jeunes Africains d’être fiers et qui les incite à rester chez eux. L’Afrique a eu un impact culturel dans le monde et, aujourd’hui, il faut que l’on s’extirpe du cerveau que ce qui vient de l’extérieur est meilleur que ce qui vient de chez nous. Nous, artistes, avons la capacité de rendre notre continent désirable. Pour ce faire, nous devons mieux organiser notre industrie musicale, former des ingénieurs du son, des producteurs, des managers, etc. Le Covid-19 a emporté des baobabs de la musique africaine, dont Manu Dibango, Tony Allen et Mory Kanté. Des décès qui vous ont particulièrement touchée…

En à peine une semaine j’ai perdu mon beau-père, Tony Allen, Mory Kanté… C’est là qu’on se rend compte en tant qu’artiste que, même si nous disparaissons, notre musique restera. Cela a été très difficile, d’autant que je voulais que Manu Dibango soit présent à mon concert, initialement prévu pour le 14 mars, et qui devait célébrer les soixante ans d’indépendance de plusieurs pays africains. Je suis née le 14 juillet 1960 [à Ouidah], quinze jours avant l’indépendance de mon pays. Manu ayant vécu sous la colonisation et assisté aux indépendances, il représentait pour moi la mémoire de ce temps. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour préparer le concert. Sa vision de la colonisation était intéressante. Le cas de son pays, le Cameroun, est particulier – il y a eu les Allemands, les Anglais, les Français… Manu avait fait un arrangement spécial sur Indépendance Cha Cha. Ce concert devait aussi être l’occasion de réunir sur scène Baba Maal, Yemi Alade et Brittany Howard, la chanteuse d’Alabama Shakes. On oublie souvent que les mouvements des indépendances en Afrique coïncident avec le début du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Je voulais que ces deux histoires se rencontrent sur scène. La musique me permet de créer des ponts pour faire comprendre que ce que nous vivons aujourd’hui a ses origines dans l’Histoire.


PU UBLI-INFORMATION

ONI BURKINA

UNE INFRASTRUCTURE D’IDENTIFICATION AU SERVICE DU BIEN PUBLIC

Aristide Kayaba BERE, Directeur Général

En 2019, l’office a ainsi délivré plus de 1,5 millions de CNIB. Inédit dans l’histoire de la maison. Et rien que pour le premier semestre 2020, près de un million de cartes ont déjà été produites, malgré la situation sécuritaire du pays et la pandémie du Covid-19 qui avait donné un coup d’arrêt aux activités de la structure.

PERFORMANCES L’œil non averti ne peut pas se douter, au regard de la sérénité qui règne dans les locaux de l’ONI à Ouaga 2000, que cet EPE a été paralysé en 2018 par une grave crise de confiance entre les travailleurs et la direction. Nommé en octobre 2018 à la tête de la direction générale, Aristide BERE s’est employé à juguler cette crise grâce au dialogue et en mettant en place un manuel de procédures, un règlement intérieur, un comité mixte paritaire, un conseil de discipline, etc., outils nécessaires au pilotage stratégique. Aujourd’hui, la sérénité est revenue à l’ONI, lui permettant de délivrer en un temps record les documents relatifs à la sécurité des citoyens.

01 BP 5675 Ouagadougou 01 Tél. : (+226) 25-49-77-95 / 25-49-77-36 - Email : Oni@oni.bf

DÉCONCENTRATION Pour tenir le pari des élections qui se profilent à l’horizon, l’ONI s’est montrée particulièrement active ces derniers mois pour offrir aux Burkinabè en âge de voter, un passeport ou une CNIB, les deux documents de votation consacrés par le code électoral burkinabè. « Nous avons pris part à des missions dans 22 pays où résident des Burkinabè. Sur le plan intérieur, nous avons délivré un certain nombre de document essentiels au processus électoral », explique Aristide Béré. La crise jugulée, la machine relancée, cet administrateur civil qui a occupé de nombreux postes de responsabilité a entrepris, avec ses collaborateurs, de bâtir une infrastructure d’identification au service du bien public, en simplifiant et en fluidifiant l’accès à la CNIB et aux autres documents. Depuis un an, l’ONI a entamé un processus de déconcentration progressif des centres de production. Un centre de production de passeports a ainsi été installé à Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays. « À terme, la carte d’identité sera produite dans les 13 régions du Burkina Faso », annonce M. BERE.

JAMG - Photos : ONI

Secoué par une crise en 2018, l’Office National d’Identification (ONI) se porte bien. Créé en 2004, cet Établissement public de l’État (EPE) en charge de la délivrance de Cartes Nationales d’Identité Burkinabè (CNIB) et du passeport ordinaire fait tourner la machine à plein régime.

En 2019, l’office a délivré plus de 1,5 millions de CNIB L’autre défi majeur pour l’office, est d’offrir des e-services à une clientèle particulière qui pourrait avoir besoin des données de la carte d’identité pour un usage autre que l’identification.

www.oni.bf


ANNONCES CLASSÉES

RECRUTEMENT

Le Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS) est la première plateforme numérique centralisée, dédiée à prester des services de traitement, compensation et règlement des échanges et paiements commerciaux intra-Africains.

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RejoignezNous Pour Transformer le Commerce Africain.

PAPSS est une entité de la Banque Africaine d’import-export (Afreximbank) qui est )6% "6.+"+)+"56 8626("41% 3262$1"(2"6% multilatérale établie en 1993 dans le but &% 8626(%1 %+ 31575)'5"1 9% (577%1(% intra et extra-Africain. Afreximbank assure l’exploitation et la gestion de PAPSS. PAPSS est sur le point de lancer ses opérations et recherche des professionnels expérimentés, innovants, entreprenants et imbus de passion et d’engagement à transformer l’Afrique par le biais du commerce. Nous vous invitons à envoyer vos dossiers de candidature pour les postes vacants suivant: – Chef de service chargé du Système Panafricain de Paiement et de Règlement (PAPSS) ; – Chef de Service chargé de la Gestion des Produits et du Développement Commercial ; – Responsable du Développement des Produits Numériques et du Développement Commercial ; – Responsable des Services de Données et de la Recherche ; – Responsable de l’Adhésion des Membres et Participants ; – Responsable de la Communication Numérique ; – Responsable chargé de la Sécurité Informatique et d’Entreprise ; – Chef de Service chargé de la Technologie et des Opérations.

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Pour plus d’informations sur Afreximbank, veuillez visiter : www.afreximbank.com Tous les postes sont basés au Caire (Egypte) sauf indication contraire dans la description du poste. CA Global Headhunters a été exclusivement mandaté pour la recherche et la présélection des candidats. Pour postuler, veuillez-vous rendre .)1 9% ."+% ###-(208626(%-(57*92+%.+0!5/. ,5)1 &% 39). 2739%. informations, veuillez contacter M. Bryan Le Roux, Directeur Général de CA Global International par email : bleroux@caglobalint.com


ANNONCES CLASSÉES

Avis d’Appel d’Offres international - Cas sans pré-qualification FOURNITURE D’UN DISPOSITIF DE COLLECTE ET TRAITEMENT DE LA QOE EN TEMPS RÉEL F_ARTP_036 1. Cet Avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés paru dans le quotidien d’informations générales « L’AS » n°4321 du mercredi 18 mars 2020. 2. L’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) a obtenu dans le cadre de son budget 2020 des fonds, afin de financer la fourniture d’un dispositif de collecte et traitement de la QOE, et a l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer des paiements au titre du Marché Fourniture d’un dispositif de collecte et traitement de la QOE en temps réel, N° F_ARTP_036. 3. L’ARTP sollicite des offres sous pli fermé de la part de candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour fournir le dispositif de collecte et traitement de la QOE. Les variantes ne seront pas prises en considération. 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres international ouvert tel que défini dans le Code des Marchés publics, et ouvert à tous les candidats éligibles.

6. Les exigences en matière de qualification sont : • La production états financiers certifiés pour les années, 2017, 2018 et 2019. Ils doivent être certifiés soit par un « comptable » ou un « expert-comptable » agréé par l’Ordre National des Experts Comptables et des Comptables Agréés du Sénégal (ONECCA) ou par un « organisme similaire » pour les candidats Sénégalais. Pour les non Sénégalais, les états financiers doivent être certifiés par un organisme équivalent ou similaire à l’ONECCA dans l’Etat dont ils sont ressortissants ; • La réalisation d’au moins de deux (02) marchés de nature et de taille similaire à l’acquisition d’un dispositif de collecte et de traitement des informations de la QoS/ QoE en temps réel au cours des cinq (05) dernières années (2015, 2016, 2017, 2018 et 2019), justifiée par des attestations de satisfaction ou de bonne exécution signées par les clients ; • La mise à disposition d’un Chef de projet (Responsable du projet) ayant un diplôme d’Ingénieur, en télécommunications, en informatique ou équivalent et avec au moins sept (07) ans d’expérience professionnelle dans la conduite et la mise en œuvre des grands projets (technologies de l’information et de la communication) ; joindre le CV ; • La mise à disposition d’un ingénieur en réseau télécoms ou équivalent en réseaux télécommunications ou en réseaux informatiques, avec au moins cinq (05) ans d’expérience dans la mise en œuvre des grands projets des réseaux de télécommunications ; joindre le CV ; • La mise à disposition d’un Expert en QoS, ayant un diplôme d’ingénieur ou équivalent en télécommunications ou équivalent ; avec au moins cinq (05) ans d’expérience dans la mise en œuvre des systèmes de monitoring et de mesures de la QoS et la QoE ; joindre le CV ; • La mise à disposition d’un Expert en informatique, ayant un diplôme d’Ingénieur ou équivalent en informatique ou télécommunications ; au moins cinq (05) ans d’expérience professionnelle dans la mise en œuvre des grands projets des systèmes d’information, notamment dans l’intégration de solutions logicielles et Business Intelligent ; joindre le CV.

APPEL D’OFFRES

5. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations auprès de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes auprès de Monsieur Ousmane NDIAYE (Email : ousmane.ndiaye@artp.sn) ou de Madame Néné Traore TAMBEDOU (Email : nene.traore@artp.sn) ; et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-après : Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes, Ouakam, route des Almadies, en face Ex Clinique des Mamelles, au 1er étage, bureau n° 124 ; ouverte du lundi au jeudi de 09 heures à 16 heures avec un temps de pause de 13 heures à 14 heures et le vendredi de 09 heures à 13 heures.

Une marge de préférence de 15% applicable à certaines fournitures fabriquées dans les États membres de l’UEMOA sera octroyée aux candidats éligibles. Voir le document d’Appel d’offres pour les informations détaillées. 7. Les candidats intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’offres complet en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-après : l’Autorité de Régulation de Télécommunications et des Postes, Ouakam, route des Almadies, en face Ex Clinique des Mamelles, contre un paiement non remboursable de 25.000 F CFA (vingt-cinq mille). La méthode de paiement sera par chèque certifié au nom de l’ARTP ou en espèces. Le document d’Appel d’offres sera adressé par retrait au niveau de Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), Ouakam route des Almadies, en face Ex Clinique Mamelle, ou téléchargeable sur le site www.artp.sn. Un exemple de DAO sera disponible et consultable sur place aux heures d’ouverture pour les soumissionnaires qui en expriment le besoin. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse indiqué au point 5 au plus tard le 16 septembre 2020 à 10 heures précises. Les offres soumises après la date et heure limite de dépôt des offres, ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des candidats présents à l’adresse signalée au point 5 le 16 septembre 2020 à 10 heures précises. Les offres demeureront valides pendant une durée de quatre-vingt-dix (90) jours à compter de la date limite de soumission. Personne Responsable du Marché

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ANNONCES CLASSÉES

REPUBLIC OF CAMEROON Peace-Work-Fatherland --------MINISTRY OF LIVESTOCK FISHERIES AND ANIMAL INDUSTRIES ---------------

RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Paix-Travail-Patrie --------MINISTÈRE DE L’ÉLEVAGE, DES PÊCHES ET DES INDUSTRIES ANIMALES ---------------

AVIS D’APPEL D’OFFRES APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL OUVERT N° 41/OICB//LIFIDEP/STB/2020 DU 17/7/2020 POUR LA FOURNITURE ET INSTALLATION D’ÉQUIPEMENT POUR UNE ÉCLOSERIE, UN BUREAU ET UN LABORATOIRE POUR UN CENTRE AQUACOLE ET D’ÉQUIPEMENTS POUR LES LABORATOIRES VÉTÉRINAIRES EN DEUX (02) LOTS POUR LE PROJET DU DÉVELOPPEMENT DE L’ÉLEVAGE ET DE LA PÊCHE DE LA RÉGION DU NORD OUEST, CAMEROUN. Financement : BANQUE ISLAMIQUE DE DÉVELOPPEMENT (BID)/GOUVERNEMENT DU CAMEROUN (N° 2CM0066)

APPEL D’OFFRES

1. Le Gouvernement de la République du Cameroun a reçu des fonds de la Banque Islamique de Développement(BID) pour le financement du Projet de Développement de l’Elévage et de la Pêche (LIFIDEP) pour la Région du Nord-Ouest. Le Projet compte utiliser une partie de ce financement pour le paiement sur contrat, la fourniture d’équipement pour une écloserie, un laboratoire et un bureau d’un centre aquacole et d’équipements pour les laboratoires vétérinaires en deux (02) lots pour le Projet du Développement de l’Elevage et de la Pêche de la Région du Nord-Ouest, Cameroun. 2. Le Projet de Développement de L’Elevage et de la Pêche (LIFIDEP), Autorité Contractante, invite par la présente, les entreprises éligibles à présenter les offres selon les deux lots ci-apres : Lot1 : Fourniture et installation d’équipements pour une écloserie, un bureau et un laboratoire pour un centre aquacole Lot 2 : Fourniture et installation d’équipements pour les laboratoires vétérinaires. Les critères de qualification comprennent (a) la situation financière (b) l’expérience et les capacités techniques, (c) la conformité des biens avec les spécifications et les normes internationales. Les offres qui n’auront pas ces informations, peuvent être rejetées. La période de validité des offres est de cent vingt (120) jours à partir de la date limite de dépôt des offres. Le délai maximum pour la livraison pour chaque commande des biens est de cent vingt (120) jours à partir de la date de notification de l’ordre de service de fournir les prestations. 3. L’Appel d’offre se fera par voie d’Appel d’Offres international selon le « Guidelines for Procurement of Goods and Works under Islamic Development Bank Financing, May 2009, revised February 2012 », et est ouvert à tous soumissionnaires éligibles comme définis dans les procédures de passation des Marchés de la BID. En plus, il faut se référer aux paragraphes 1.6 et 1.7 énumérant la police de la banque en ce qui concerne le conflit d’intérêt. La participation à cet appel d’offres est ouverte aux entreprises Internationales. Seront exclues de cet appel d’offres toute entreprise qui tombe sur les provisions suivantes : -les entreprises sous suspension suite à l’annulation des marchés conformément à l’article 191 du code des Marchés Publics du Cameroun, -les entreprises publiques ou parapubliques sans autonomie financière et non régies par les lois commerciales. 4. Les soumissionnaires éligibles et intéressés qui ont besoin de plus de clarification peuvent les obtenir auprès du Coordonnateur du Projet LIFIDEP Immeuble LIFIDEP Ayaba Street, BP 142 Bamenda, Cameroon, Téléphone : (+237) 691 046 397, e-mail: lifidepnwr@gmail.com, au moins quatorze (14) jours avant la date limite de dépôt des offres et peuvent consulter le dossier d’appel d’offres à l’adresse ci-dessus pendant les heures ouvrables (de 9h à 15h), à l’adresse ci-dessous. 5. Le Dossier d’Appel d’Offres en anglais peut être obtenu de lundi à vendredi, de 9h à15h au Sécrétariat du Coordonnateur LIFIDEP, Ayaba Street, BP 142, Bamenda, Téléphone : (+237) 691 046 397, e-mail : lifidepnwr@gmail.com dès la publication du présent avis, sur présentation de l’original d’une quittance de versement de la somme non-remboursable de cent cinquante mille (150,000) FCFA, payable dans une agence BICEC au « compte « AGENCE DE RÉGULATION DES MARCHÉS PUBLICS » N° 97568660001-28 ». La quittance doit identifier le payeur comme représentant de l’entreprise ou groupement désireux de participer à l’Appel d’Offres. 6. Chaque offre rédigée en anglais ou en français en quatre (4) exemplaires dont un(1) original et trois (3) copies marqués comme tel, devra parvenir au Sécrétariat du Coordonnateur, Immeuble LIFIDEP, Ayaba Street, Bamenda, Téléphone (+237) 691 046 397 , au plus tard le 23/9/2020 à 10 h et devra porter la mention : APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL OUVERT N° 41/OICB//LIFIDEP/STB/2020 DU 17/7//2020 POUR LA FOURNITURE ET INSTALLATION D’ÉQUIPEMENT POUR UNE ÉCLOSERIE, UN BUREAU ET UN LABORATOIRE POUR UN CENTRE AQUACOLE ET D’ÉQUIPEMENTS POUR LES LABORATOIRES VÉTÉRINAIRES POUR LE

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ANNONCES CLASSÉES

PROJET DU DÉVELOPPEMENT DE L’ÉLEVAGE ET DE LA PÊCHE DE LA RÉGION DU NORD OUEST, CAMEROUN EN DEUX(2) LOTS (lot(s) n°…) « À N’OUVRIR QU’EN SÉANCE DE DÉPOUILLEMENT » Les soumissions par voie électroniques ne sont pas autorisées. Les offres en retard seront rejetées. L’ouverture des offres aura lieu en présence des soumissionnaires ou leurs représentants dûment mandatés, et autres personnes qui veulent assister à l’ouverture, à l’adresse ci-dessous, le 23/9/2020 à 11h, heure locale 7. Chaque offre doit obligatoirement être accompagnée d’une caution de soumission selon le modèle émis par une banque de premier ordre ou organisme financier agrée par le Ministère chargé des Finances de la République du Cameroun, ainsi qu’il suit : Lot 1 : Cinq millions cinq cent cinquante mille (5 550 000) Francs CFA Lot 2 : Deux millions cinq cent mille (2 500 000) Francs CFA, ayant une période de validité de cent quarante-neuf (149) jours à partir de la date limite de remise des offres. L’absence ou une caution non conforme au modèle du dossier d’appel d’offres engendra le rejet de l’offre. Une caution délivrée par une institution bancaire non-camerounaise, devra désigner une banque ou institution financière camerounaise agréée par le Ministère chargé des Finances de la République du Cameroun comme correspondant pour rendre opératif ladite caution 8. Les adresses citées ci-dessus sont :

Pour consultation/obtention de dossier d’appel d’offres. Attention : Coordonnateur du Projet Addresse : Immeuble LIFIDEP, AYABA Street, Niveau/Salle : Sécrétariat du Coordonateur LIFIDEP, Premier Étage - Ville : BAMENDA Pour Ouverture des offres. Addresse : Immeuble LIFIDEP, AYABA Street, Niveau/Salle : Salle de Conférence, Rez de chaussée - Ville : BAMENDA

Pour tout acte de corruption, bien vouloir appeler ou envoyer un SMS au MINMAP aux numéros suivants : 673 20 57 25/699 37 07 48

PIUS MBIPEH Coordonnateur du Projet

APPEL D’OFFRES

Pour le Projet de Développement de L’Elevage et de la Pêche

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL L’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI) lance un appel d’offres pour le recrutement d’un consultant en vue de l’étude pour réaliser le projet 2IG/MC par Etat membre de l’OAPI. Peuvent soumissionner les entreprises possédant une expertise dans le domaine objet du présent appel d’offres. Les termes de référence du présent appel d’offres sont disponibles, sur le site web de l’OAPI dont l’adresse est : www.oapi.int. Chaque soumissionnaire devra fournir les pièces exigées dans les termes de référence. Les offres, dont un original et quatre copies, devront être présentées dans une grande enveloppe contenant les plis technique, administratif et financier, distinctement marqué comme tel, sous pli fermé portant uniquement la mention : « Appel d’offres international pour le recrutement d’un consultant en vue de l’étude pour réaliser le projet 2IG/MC par Etat membre de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle, à n’ouvrir qu’en Commission ». Les offres devront parvenir au siège de l’OAPI au plus tard le mercredi 30 septembre 2020 à 14 heures, à l’adresse ci-après : OAPI, Place de la Préfecture, Nlongkak, B.P. 887 - Yaoundé – CAMEROUN Tél. : (237) 222 20 57 00 L’ouverture des plis aura lieu en séance publique le mercredi 30 septembre 2020 à 14 heures 30 au siège de l’Organisation. L’OAPI choisira librement le soumissionnaire qui lui paraîtra répondre le mieux au besoin exprimé suivant les critères indiqués dans les termes de référence. Les résultats du présent appel d’offres seront publiés à l’adresse : www.oapi.int. En cas d’annulation de l’appel d’offres, les soumissionnaires ne pourront prétendre à aucune indemnité. La Direction Générale de l’OAPI se réserve le droit d’apporter toutes modifications ultérieures au présent appel d’offres ou de ne lui donner aucune suite. LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DE L’OAPI Denis L. BOHOUSSOU

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ANNONCES CLASSÉES

République Tunisienne Ministère de la Formation Professionnelle et de l’emploi Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle AVIS D’APPEL D’OFFRES APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL OUVERT N° 2020/11 AC Acquisition d’équipements de formation en Agroalimentaire

À travers la procédure d’achat en ligne TUNEPS

APPEL D’OFFRES

1. Le Gouvernement Tunisien a obtenu un prêt de la Banque Islamique de Développement «BID» pour financer le projet de développement de la formation et de l’apprentissage professionnelle dans les régions sud-ouest de la Tunisie. Le coût total du projet est de 47 Millions $ US, soit l’équivalent de 70 millions de dinars tunisiens. La contribution de la Banque Islamique de Développement «BID» représente 27 millions $ US et le reste 20 millions $ US financé par le budget de l’Etat du gouvernement tunisien. 2. L’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle se propose de lancer un appel d’offres international ouvert pour l’acquisition d’équipements de formation en agroalimentaire pour : - Le Centre de Formation et d’Apprentissage de SERS Gouvernorat du KEF - Tunisie - Le centre de formation et de promotion du travail Indépendant de BOUSSALEM – Gouvernorat de JANDOUBA – Tunisie 3. Les équipements prévus par le présent appel d’offres sont répartis en Neuf (09) lots comme suit :

La valeur de la garantie de soumission est égale à : Lot n°

Montant du cautionnement en TND

01

10 000

02

5 000

03

1 000

04

100

05

500

Lot

Désignations

06

1 000

01

Conserves

07

2 000

02

Laiterie

08

1 500

03

Energie

09

2 000

04

Equipements pour SAS

05

Equipements frigorifiques

06

Labo physico

07

Labo microbiologie

08

Labo céréales

09

Huiles et séchage

4. La participation à l’appel d’offres doit être obligatoirement en ligne à travers le système d’achat en ligne TUNEPS. Les soumissionnaires intéressés sont invités à télécharger gratuitement le dossier de l’appel d’offres sur le site web du système TUNEPS « www.tuneps.tn » 5. L’envoie des offres se fera obligatoirement à travers le système d’achat public en ligne TUNEPS conformément au guide de procédures établie par haute instance de la commande public. Seuls les documents suivants doivent être expédiées sous enveloppe cachetée portant obligatoirement la mention «Ne pas Ouvrir» Appel d’offres international ouvert n°2020/11 AC–Acquisition d’équipements de formation en Agroalimentaire pour CFA Sers & CFPTI Boussalem » : − La garantie de Soumission (pour tous les soumissionnaires) − Extrait original du registre de commerce (pour les soumissionnaires résidents) − Certificat de non-faillite et extrait du registre de commerce : (pour les soumissionnaires non-résidents) • Délivrés par les organismes compétents en langue française pour les soumissionnaires francophones. • Accompagnés par la traduction en langue française pour les autres soumissionnaires, la traduction doit être visée par le consulat de la Tunisie du pays du soumissionnaire.

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L’enveloppe devra être adressée au nom de Monsieur le Directeur Général de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle, 21 Rue de Libye-Tunis B.P. n°164 - 1080 CEDEX TUNIS CARTHAGE, par voie postale recommandée ou par rapide poste ou déposée directement au bureau d’ordre central de l’ATFP contre récépissé.

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La garantie de soumission doit être valable jusqu’à vingt-huit (28) jours après la fin de la validité des offres. 6. La date limite de remise des offres est fixée au Mardi 6 Octobre 2020 à 10H00. Passé ce délai, la participation à travers la procédure en ligne TUNEPS sera automatiquement fermée et aucune offre ne pourra être acceptée. Pour les documents envoyés sous enveloppe cachetée le cachet du bureau d’ordre centrale fait foi. 7. La séance d’ouverture des plis est publique. La réunion de la commission d’ouverture des plis aura lieu le Mardi 6 octobre 2020 à 11H00 au siège de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle au 21, Rue de Libye – Tunis (6ème étage). La commission d’ouverture des plis rejette automatiquement : - Toute offre arrivée après la date et l’heure limites de remise des offres. - Toute offre qui ne contient pas la garantie de soumission - Toute offre parvenue ouverte. - Toute offre ne contenant pas le bordereau des prix unitaires en ligne. - Toute offre ne contenant pas le tableau des désignations et spécifications techniques en ligne 8. Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres durant 120 jours à compter du jour suivant la date limite de réception des offres. 9. Pour plus d’informations sur la procédure d’enregistrement et d’utilisation du système TUNEPS, les soumissionnaires intéressées sont invités à contacter l’unité de gestion TUNEPS à la haute instance de la commande public (HAICOP) sur le numéro de téléphone (+216) 70.130.340 ou par mail tuneps@pm.gov.tn.


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RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL Ministère du Tourisme et des Transports Aériens

Avis d’Appel d’Offres (AAO)

Appel d’Offre international ouvert N° : T_SAPCO-SÉNÉGAL_012 1. Cet Avis d’Appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation de Marchés paru dans le journal « le soleil » du 07 Janvier 2020. 2. La Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) a obtenu des fonds et a l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer des paiements au titre du marché relatif aux travaux de construction de la station d’épuration de la zone touristique de Pointe Sarène. 3. La Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) sollicite des offres sous pli fermé de la part de candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour réaliser les travaux de construction de la station d’épuration de la zone touristique de Pointe Sarène. 4. Consistance des travaux : voir DAO

6. La passation du Marché sera conduite par Appel d’Offres International Ouvert (AOIO) tel que défini dans les procédures du Code des Marchés publics, et ouvert à tous les candidats éligibles. 7. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations auprès de la Direction Générale de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) sise à l’Avenue Bourguiba, Sicap Liberté III, Lot 2118 – Dakar, par tel : (+221) 33 869 08 88 , ou par E-mail : n.diouf@sapco.sn ; et prendre connaissance des documents de l’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-après : Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) Avenue Bourguiba , Sicap Liberté III Lot 2118, - Dakar tous les jours ouvrables, du Lundi au vendredi de 8h00 à 17h.

APPEL D’OFFRES

5. Le délai d’exécution des travaux est fixé à douze (12) mois :

8. Les exigences en matière de qualifications sont : • Avoir effectivement exécuté en tant qu’entrepreneur, ou sous-traitant ou membre d’un groupement au moins deux (02) marchés de nature ou de complexité similaires au cours des dix (10) dernières années avec, pour chacun, une valeur minimum de 3 000 000 000 FCFA qui ont été exécutés de manière satisfaisante et terminés, pour l’essentiel, et qui sont similaires aux travaux proposés. La similitude portera sur la taille physique, la complexité, les méthodes/technologies ou autres caractéristiques telles que décrites dans la Section IV du DAO. • Avoir un minimum de chiffres d’affaires (attestés par des états financiers certifiés par l’ONECCA ou un organisme assimilé) annuel moyen des activités de construction de (6 000 000 000) FCFA qui correspond au total de paiements mandatés reçus pour les marchés en cours ou achevés au cours des cinq (05) dernières années à partir de 2010. • Avoir accès à des financements tels que des avoirs liquides, lignes de crédit, autres que l’avance de démarrage éventuelle, à hauteur de 1 000 000 000 FCFA. 9. Les candidats intéressés peuvent obtenir un dossier d’Appel d’Offres complet en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-après : Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) Avenue Bourguiba, Sicap Liberté III Lot 2118 - Dakar contre un paiement non remboursable de deux cent cinquante mille (250.000) FCFA. La méthode de paiement sera par chèque de caisse ou par virement à l’ordre de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal). Un exemplaire du dossier d’Appel d’Offres complet est mis à disposition pour être consulté gratuitement sur place par les candidats qui le souhaitent. 10. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-après : Bureau de la cellule de passation des marchés de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) Avenue Bourguiba, Sicap Liberté III Lot 2118, - Dakar au plus tard le 11 septembre 2020 à 10h00 GMT. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des candidats présents à l’adresse ci-après : Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO-Sénégal) Avenue Bourguiba, Sicap Liberté III Lot 2118- Dakar, le 11 septembre 2020 à 10h00 GMT. 11. Les offres doivent comprendre une garantie de soumission, d’un montant de soixante millions (60 000 000) Francs CFA valable 28 jours après l’expiration de la durée de la validité de l’offre. Les offres devront demeurer valides pendant une durée de 120 jours à compter de la date limite de soumission. Me Aliou SOW Directeur Général de La SAPCO-Sénégal

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République Tunisienne Ministère de la Formation Professionnelle et de l’emploi Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle AVIS D’APPEL D’OFFRES APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL OUVERT N° 2020/14 AC Acquisition d’équipements de menuiserie du bois

À travers la procédure d’achat en ligne TUNEPS 1. Le Gouvernement Tunisien a obtenu un prêt de la Banque Islamique de Développement «BID» pour financer le projet de développement de la formation et de l’apprentissage professionnelle dans les régions sud-ouest de la Tunisie. Le coût total du projet est de 47 Millions $ US, soit l’équivalent de 70 millions de dinars tunisiens. La contribution de la Banque Islamique de Développement «BID» représente 27 millions $ US et le reste 20 millions $ US financé par le budget de l’Etat du gouvernement tunisien.

APPEL D’OFFRES

2. L’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle se propose de lancer un appel d’offres international ouvert pour l’acquisition d’équipements de menuiserie du pour le Centre de Formation et d’Apprentissage du Kef. 3. Les équipements prévus par le présent appel d’offres sont répartis en Onze (11) lots comme suit : Lot

Désignations

01

Déligneuse à lame mobile

02

Dégauchisseuses et raboteuses

03

Mortaiseuses

04

Défonceuse verticale à colonne

05

Scie d'anglet, Scie à Ruban et Scie sauteuse

06

Toupie

07

Ponceuse calibreuse

08

Scie à panneaux verticaux

09

Plaqueuse de chant unilatérale et perceuse

10

Equipements d’aspiration

11

Equipements de finition

4. La participation à l’appel d’offres doit être obligatoirement en ligne à travers le système d’achat en ligne TUNEPS. Les soumissionnaires intéressés sont invités à télécharger gratuitement le dossier de l’appel d’offres sur le site web du système TUNEPS « www.tuneps.tn » 5. L’envoie des offres se fera obligatoirement à travers le système d’achat public en ligne TUNEPS conformément au guide de procédures établie par haute instance de la commande public. Seuls les documents suivants doivent être expédiées sous enveloppe cachetée portant obligatoirement la mention «Ne pas Ouvrir» Appel d’offres international ouvert N°2020/14-AC–Acquisition d’équipements de menuiserie du Bois pour CFA KEF » : − La garantie de Soumission (pour tous les soumissionnaires) − Extrait original du registre de commerce (pour les soumissionnaires résidents) − Certificat de non-faillite et extrait du registre de commerce : (pour les soumissionnaires non-résidents) • Délivrés par les organismes compétents en langue française pour les soumissionnaires francophones. • Accompagnés par la traduction en langue française pour les autres soumissionnaires, la traduction doit être visée par le consulat de la Tunisie du pays du soumissionnaire.

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L’enveloppe devra être adressée au nom de Monsieur le Directeur Général de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle, 21 Rue de Libye-Tunis B.P. n°164 - 1080 CEDEX TUNIS CARTHAGE, par voie postale recommandée ou par rapide poste ou déposée directement au bureau d’ordre central de l’ATFP contre récépissé. La valeur de la garantie de soumission est égale à : Lot n°

Montant du cautionnement en TND

01

500

02

500

03

500

04

200

05

300

06

300

07

500

08

1000

09

800

10

100

11

500

La garantie de soumission doit être valable jusqu’à vingt-huit (28) jours après la fin de la validité des offres. 6. La date limite de remise des offres est fixée au 08 Octobre à 10H00. Passé ce délai, la participation à travers la procédure en ligne TUNEPS sera automatiquement fermée et aucune offre ne pourra être acceptée. Pour les documents envoyés sous enveloppe cachetée le cachet du bureau d’ordre centrale fait foi. 7. La séance d’ouverture des plis est publique. La réunion de la commission d’ouverture des plis aura lieu le 08 Octobre 2020 à 11H00 au siège de l’Agence Tunisienne de la Formation Professionnelle au 21, Rue de Libye – Tunis (6ème étage). La commission d’ouverture des plis rejette automatiquement : - Toute offre arrivée après la date et l’heure limites de remise des offres. - Toute offre qui ne contient pas la garantie de soumission - Toute offre parvenue ouverte. - Toute offre ne contenant pas le bordereau des prix unitaires en ligne. - Toute offre ne contenant pas le tableau des désignations et spécifications techniques en ligne 8. Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres durant 120 jours à compter du jour suivant la date limite de réception des offres. 9. Pour plus d’informations sur la procédure d’enregistrement et d’utilisation du système TUNEPS, les soumissionnaires intéressées sont invités à contacter l’unité de gestion TUNEPS à la haute instance de la commande public (HAICOP) sur le numéro de téléphone (+216) 70.130.340 ou par mail tuneps@pm.gov.tn.


ANNONCES CLASSÉES

Présent dans plus de 30 pays africains Plus de 15 ans d’expertise Plus de 2 000 transactions par an Plus de 275 000 m² réalisé en Afrique

RÉPUBLIQUE DE GUINÉE - MINISTÈRE DU COMMERCE

PROJET DE RENFORCEMENT DE LA CAPACITÉ OPÉRATIONNELLE DE L’OFFICE NATIONAL DE CONTRÔLE DE QUALITÉ

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL

depuis 2001

Date début : 13 juillet 2020 - Date limite : 27 août 2020 Titre : Fourniture, installation, mise en service et formation des utilisateurs d’équipements du Laboratoire National de Contrôle de Qualité de Matoto.

BÂTIMENTS GALVANISÉS EN KIT

+ ROBUSTE + QUALITATIF + ABORDABLE

~1 000m²

34 105$*

Le Gouvernement de la République de Guinée a obtenu un financement du Fonds d’Affectation Spéciale (FAS) du Cadre Intégré Renforcé (CIR), en vue de la mise en œuvre du Projet de Renforcement de la Capacité Opérationnelle de l’Office National de Contrôle de Qualité (ONCQ).

Dès 34$*/m²

Une partie de ce financement va être utilisée pour acquérir, installer, mettre en service et former les utilisateurs des équipements d’inspection et de laboratoire.

I 27 0

I 450

A cet effet, le Gouvernement de la République de Guinée à travers le Ministère du Commerce, lance le présent Avis d’Appel d’Offres international pour solliciter des offres fermes de la part de fournisseurs, répondant aux qualifications requises dans le cadre du projet.

8m

48m

Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres pendant une période de 120 jours à compter de la date limite du dépôt des offres.

20,6m

1 Conteneur 40’OT

Les dossiers complets de l’appel d’offres sont disponibles contre paiement de frais de dossier non remboursable de huit cents (800) dollars des Etats Unis ou équivalent en francs guinéens. Ces frais sont à verser dans le compte du Projet ouvert à la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) indiqué ci-après : Banque Intermédiaire : CITIBANK NA 111,WALL STREET, NEW YORK, NY10043 Swift : CITIUS33

Le dossier de l’avis d’appel sera délivré contre présentation du reçu de versement des frais. Pour plus d’information, vous pouvez contacter par e-mail : Camaramohamedkalifa@gmail.com copie à bahguiket19@gmail.com ; yombounoemile@gmail.com Conakry, le 13 juillet 2020 Arch. Boubacar BARRY MINISTRE DU COMMERCE

Dès 39$*/m²

60 I3

8m

36m

25 m *Prixdépart départHT, HT,voir voirsite siteinternet. internet.Photos non contractuelles. Sauf erreur ou omissions. *Prix

: 00352 621 355 134 commercial@batimentsmoinschers.com Tél : 00352 20 20 10 12 www.afrique.batimentsmoinschers.com

Banque des États de l’Afrique Centrale - Services Centraux Commission Générale de passation des marchés n° 01

DIVERS - APPEL D’OFFRES

Le montant en francs guinéens est fixé à 7 750 000 GNF à verser sur le compte du Projet suivant : 2011000396

35 370$* I 450

Banque : BANQUE CENTRALE DE Compte : 201 201 0078 USD LA REPUBLIQUE DE GUINEE BP 692-Conakry Titulaire : Projet de Renforcement de la capacité Swift : CITIUS33 opérationnelle de l’ONCQ

~900m²

Appel d’offres international ouvert n°107/BEAC/SG-DPMG/AOIO/Bien/2020 du 15 juillet 2020 pour la fourniture, l’installation et la mise en service d’un tourniquet double flux bidirectionnel aux Services Centraux de la BEAC Dans le cadre de sa politique de sécurité, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale envisage d’acquérir, sur ressources propres, un tourniquet double flux bidirectionnel. A cet effet, elle invite, par le présent avis d’appel d’offres, les entreprises qualifiées, intéressées et remplissant les conditions requises, à présenter une soumission. Le processus se déroulera conformément aux dispositions du Règlement n°01/CEMAC/UMAC/CM/18 portant adoption du Code des marchés de la BEAC. Les entreprises peuvent obtenir un complément d’information à l’adresse cidessous, entre 9 heures et 12 heures, les jours ouvrés. Le dossier d’appel d’offres rédigé en français peut être consulté gratuitement, acheté et retiré à l’adresse indiquée ci-dessous. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE SERVICES CENTRAUX - Direction Générale de l’Exploitation CGAM, 14ème étage, porte 1412 * : 736 Avenue Monseigneur Vogt - BP 1917 Yaoundé - Cameroun ( (+237) 222 23 40 30 ; (+237) 222 23 40 60 postes 5452, 5431, 5412 ou 5403 6 : (+237) 222 23 33 29 - @ : cgam.scx@beac.int La participation au présent appel d’offres est conditionnée par le paiement de la somme non remboursable de cinquante mille (50 000) francs CFA ou l’équivalent dans une monnaie librement convertible. Le paiement devra être effectué en espèces aux guichets de la BEAC à l’exception du Bureau de Paris,

sur rendez-vous en raison des contraintes sanitaires qu’impose la lutte contre la propagation de la pandémie du coronavirus ou par virement bancaire. Une visite du site obligatoire se tiendra le mercredi 29 juillet 2020 à 11 heures. Les soumissions, obligatoirement accompagnées d’une garantie bancaire de soumission sous forme de garantie autonome à première demande, conforme au modèle indiqué dans le DAO et d’un montant forfaitaire d’un million (1 000 000) FCFA, devront être déposées à l’adresse indiquée ci-après, au plus tard le jeudi 10 septembre 2020 à 12 heures précises. Les soumissions reçues après le délai fixé seront rejetées. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE – SERVICES CENTRAUX BUREAU D’ORDRE 15ème ÉTAGE, PORTE 15.01 * : 736 Avenue Monseigneur Vogt BP 1917 Yaoundé - Cameroun Les soumissions seront ouvertes en une phase, le jeudi 10 septembre 2020 à 13 heures, aux Services Centraux de la BEAC à Yaoundé. La séance d’ouverture ne sera pas publique en raison des contraintes sanitaires qu’impose la lutte contre la propagation de la pandémie du coronavirus. Le Président de la Commission, Joachim LEMA OKILI

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SOLLICITATION DE MANIFESTATIONS D’INTÉRÊT N°07/2020-PGSM-MMP Projet de Gouvernance du Secteur des Mines (PGSM) RECRUTEMENT D’UN BUREAU DE CONSULTANTS POUR LA DÉFINITION D’UN MODÈLE DE DONNÉES GÉO SCIENTIFIQUES EN VUE DE L’AMÉLIORATION DE LA BASE NATIONALE DES DONNÉES GÉOLOGIQUES DU MALI Pays : Mali - N° de CRÉDIT : 6447-ML Le Gouvernement de la République du Mali a reçu un financement de l’Association Internationale de Développement (IDA) et se propose d’effectuer les paiements au titre du contrat de services de consultant relatif à la « définition d’un modèle de données Géo Scientifiques en vue de l’Amélioration de la Base Nationale des Données Géologiques du Mali. » Il s’agit pour ce faire, de mettre en place un système organisé dans lequel les géo-données pourront être hébergées, utilisées et exportées, mais servir également d’outil pour faciliter la production et le stockage des données et des informations géologiques détaillées. L’objectif de cette étude est de permettre à la Direction Nationale de la Géologie et des Mines du Mali d’être dotée d’infrastructures performantes et d’un modèle amélioré de base de données géologiques et minières servant à la constitution de la Base Nationale des Données Géologiques du Mali (BNDG).

MANIFESTATION D’INTÉRÊT

Le Projet de Gouvernance du Secteur des Mines (PGSM) est chargé de la mise en œuvre de cette étude sous la tutelle du Ministère des Mines et du Pétrole du Mali. Pour rappel, il est important de noter que la présente étude doit prendre en compte et incorporer les données de levé géophysique aéroportée et les travaux de cartographie géologique qui seront obtenues à partir des projets de cartographie des zones minières de Mali Ouest et Sud aux échelles 1/500.000 et 1.200.000 ci-dessous. En d’autres termes, la présente étude devra traiter et intégrer l’ensemble des données (géologiques, cartographiques, minières, gïtologiques, structurales, métalogéniques, etc…), qui seront recueillies à partir des études thématiques ci-dessous actuellement en cours, à savoir : - TdR- A2.- Réalisation d’une campagne géophysique aéroportée (Magnétométrie, Radiométrie et EM) sur les zones Ouest et Sud du Mali (sélection du bureau en cours) ; - TdR- A3.- Réalisation d’une campagne de cartographie géologique de six degrés carrés de la zone Ouest du Mali à l’échelle 1 : 50 000 (sélection du bureau en cours) ; - TdR- A4.- Réalisation d’une campagne de cartographie géologique de quatre degrés carrés de la zone Ouest du Mali à l’échelle 1 : 200 000 (Préparation de la Manifestation d’Intérêt) ; - TdR- A5.- Réalisation d’une campagne de cartographie géologique de trois degrés carrés de la zone Sud du Mali à l’échelle 1 : 200 000 (Préparation de la Manifestation d’Intérêt) - TdR- A6.- Développement d´une étude sur la « prospectivité et le potentiel minéral des zones-cibles (Validation/Consolidation des TdR en cous) ; - TdR- A7.- Développement d’un appui technique pour mieux définir les zones d’intérêt artisanal pour la promotion de l’orpaillage et l’exploitation minière à petite échelle (Validation/Consolidation des TdR en cous). Le Projet de Gouvernance du Secteur des Mines (PGSM) invite les bureaux de consultants admissibles à manifester leur intérêt pour réaliser les services décrits ci-dessus. Les critères de sélection pour l’établissement de la liste restreinte de consultants sont, entre autres : - Avoir une expérience générale d’au moins dix ans (10) dans le domaine de la géologie, des mines, de la cartographie géologique de la télédétection, etc… ; - Avoir une expérience spécifique d’au moins cinq (05) dans l’élaboration des bases des données géologiques, analyse et interprétation des données géophysiques aéroportée ; la télédétection et les systèmes d’information géographiques (SIG) ; - Avoir réalisé, en tant que consultant principal, au moins un (01) projet de nature et de complexité comparable relatif à l’élaboration d’une base de données géologiques ou géo scientifiques ; - Avoir une expertise avérée dans la création et le développement des bases de données, incluant l’utilisation des formats des géo-données avec une expérience directe de traitement des données géo-scientifiques ; - Disposer d’un personnel clé, comprenant au minimum les spécialistes suivants (non exhaustifs) : o Un Ingénieur géomaticien, spécialisé en télédétection et système d’information géographique (SIG) ; o Un Ingénieur cartographe, spécialisé en système d’information géographique (SIG) et

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cartographie ; o Un Ingénieur géologue, spécialiste en géochimie, en gitologie ou en minéralogie ; o Un Expert administrateur et programmeur des bases des données géo-spatiales. Pour les procédures de pré qualification, les bureaux de consultants devront : - avoir un calibre international, une réputation confirmée et disposer d’une connaissance profonde de la géologie et des ressources minérales de l’Afrique de l´Ouest, ou, le cas échéant, d’un pays ayant un contexte géologique et minier semblable à celui du Mali ; - avoir une solide expérience dans différents domaines de traitement et d’analyse des bases de données géologiques et géo scientifiques et être très familiarisé avec le développement et la structuration des informations SIG ; - être spécialisé dans l’analyse du territoire avec une expérience prouvée dans la réalisation des travaux de cartographie, télédétection et une bonne connaissance des systèmes d’informations géographiques (SIG) ; - fournir : o les manifestations d’intérêt ainsi que leurs références techniques documentaires en français ; o les pièces à conviction : copies des pages de signature des contrats, attestations de bonne fin ; PV de réception ou toutes autres pièces pouvant justifier l’expertise du bureau ; o un récapitulatif et une brève description des prestations similaires réalisées. LIEU D’ÉXÉCUTION La base des données géologiques nationales sera installée à la Direction Nationale de la Géologie et des Mines à Bamako avec des possibilités de consultation à partir des postes qui seront installés dans les Directions Régionales de la Géologie et des Mines de Kayes et de Sikasso. DURÉE DE LA CONSULTATION La durée prévue pour la réalisation de la présente mission est de Six (6) mois. Il est porté à l’attention des consultants que les dispositions 3.14, 3.16 et 3.17 de la Section III relatives aux Services de Consultants et au conflit d’intérêts du nouveau Règlement de Passation des Marchés pour les Emprunteurs sollicitant le Financement de Projets d’Investissement (FPI) de juillet 2016 révisé en Novembre 2017 et Août 2018 de la Banque mondiale sont applicables. Les Consultants peuvent s’associer avec d’autres firmes pour renforcer leurs compétences respectives en la forme d’un groupement solidaire ou d’un accord de sous-traitant. Pour la présente consultation, un même candidat ne peut appartenir à plus d’un groupement (ou de sous-traitant) présentant une réponse. Le transfert de connaissance et le partage d’expertise étant des aspects importants dans le cadre de la présente mission, le partenariat du bureau de consultants avec une firme malienne sera un atout avantageux qui sera pris en compte dans les procédures de sélection. Un consultant sera recruté selon la méthode « Sélection Fondée sur la Qualité et le Coût (SFQC) », telle que décrite dans le nouveau Règlement de Passation des Marchés. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires à la demande par courriel et/ou retirer les TDR à l’adresse ci-dessous et aux heures suivantes de 09 heures 00 mn à 14 heures 00 mn du lundi au jeudi et le vendredi de 09 heures 00 mn à 12 heures 00 mn. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées ou adressées à l’adresse ci-dessous par porteur ou par courrier électronique, au plus tard le 05 Août 2020 à 09 h 00 à Mr Hamara TOURE, Coordinateur Quartier Hamdallaye ACI 2000-Bamako, Immeuble du Conseil National du Patronat du Mali (CNPM) 3ème étage, face au Gouvernorat de District de Bamako. Tél. : 00223 76 12 41 61 A l’attention de Mr. Bakary DOUMBIA, Spécialiste en Passation des Marchés/PGSM Contacts E-mail : pgouvernance@gmail.com; doumabou24@gmail.com.


ANNONCES CLASSÉES

RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Paix - Travail - Patrie -------------------AGENCE D’ÉLECTRIFICATION RURALE DU CAMEROUN --------------------DIRECTION GÉNÉRALE

REPUBLIC OF CAMEROON Peace - Work - Fatherland -----------------RURAL ELECTRIFICATION AGENCY OF CAMEROUN ------------------DIRECTORATE GENERAL

Yaoundé, le 28 Fev 2020

COMMUNIQUÉ N°004/AER/DG/PER II/2020

Portant publication du résultat de l’Appel d’Offres International Limité aux Pays Membres N°001/AOIPM/AER/PER II/CSPM/2019 du 13/01/2019 - lot 4

Le Directeur Général de l’Agence d’Electrification Rurale (AER), Maître d’Ouvrage, communique : L’Entreprise METCH ELEC B.P : 2148 Rue Dobelle Akwa Douala - Tél. : (237) 33 42 57 99 / 33 43 77 90 /33 47 63 91 Email : info@metch-elec.com, est attributaire du Marché relatif à l’exécution des travaux d’électrification rurale dans certaines localités dans la Région de l’Ouest - lot N°04, dans le cadre du Projet d’Electrification Rurale Phase II. Montant du Marché Hors Taxes : Quantités prioritaires : Neuf cent un millions dix-neuf mille quatre cent soixante-onze (901 019 471) francs CFA ; Quantités additionnelles : Six cent dix-sept millions cent douze mille huit cent quatre-vingt et un (617 112 881) francs CFA ; Délai d’exécution : Neuf (09) mois.

Par ailleurs, les soumissionnaires non retenus sont invités à se présenter au Secrétariat de la Commission Spéciale de Passation des Marchés auprès du Projet d’Electrification Rurale Phase II (PER II), sis à l’Annexe de l’AER Etoudi au Carrefour du Palais, sous quinzaine, à l’effet de retirer leurs Offres, à l’exception de l’original et l’exemplaire destiné à l’Agence de Régulation des Marchés Publics. Passé ce délai, elles seront tout simplement détruite. Le présent communiqué tient lieu de main levée de caution pour les soumissionnaires non retenus. Le Directeur Général, MOUSSA OUSMANOU

RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN Paix - Travail - Patrie -------------------AGENCE D’ÉLECTRIFICATION RURALE DU CAMEROUN --------------------DIRECTION GÉNÉRALE

Les Plantations du Haut Penja (PHP) envisagent d’attribuer un marché pour la fourniture et l’installation de matériel pour le système de convoyage des stations de Nassif haut et de Kumbé financé par les Mesures d’accompagnement aux pays ACP fournisseurs de bananes (MAB). Le dossier d’appel d’offres sera publié sur le site internet de l’ASSOBACAM www.assobacam.com La date limite de remise des offres est fixée à 18h le vendredi 07 août 2020. Des informations supplémentaires éventuelles ou des éclaircissements/questions au dossier d’appel d’offres seront, le cas échéant, publiés sur le site internet de l’ASSOBACAM.

REPUBLIC OF CAMEROON Peace - Work - Fatherland -----------------RURAL ELECTRIFICATION AGENCY OF CAMEROUN ------------------DIRECTORATE GENERAL

Yaoundé, le 06 Mai 2020

COMMUNIQUÉS - AVIS DE MARCHÉS

Ladite Entreprise est par conséquent invité à se présenter à la Direction Générale de l’AER sise à Nylon Bastos, dès publication du présent communiqué, pour suite de procédure.

LIS 38 Fourniture et installation de matériel pour système de convoyage des stations de Nassif haut et de Kumbé

COMMUNIQUÉ N°007/AER/DG/PER II/2020

Portant publication du résultat de l’Appel d’Offres International Limité aux Pays Membres N°001/AOIPM/AER/PER II/CSPM/2019 du 13/01/2019 - lot 2

Le Directeur Général de l’Agence d’Electrification Rurale (AER), Maître d’Ouvrage, communique : L’Entreprise STEG International Services Résidence du Parc, Les Jardins de Carthage 2046 Les Berges du Lac Tunis, Tél. : +216 70 247 800 Fax : +216 70 247 801, Email : stegis@steg-is.com, Tunisie, est attributaire du Marché relatif à l’exécution des travaux d’électrification rurale dans certaines localités des Régions du Centre et du Sud - lot N°02, dans le cadre du Projet d’Electrification Rurale Phase II. Montant du Marché Hors Taxes : Quantités prioritaires : Deux milliards cinq cent quatre-vingt-dix-neuf millions huit cent quatre-vingt-dix mille deux cent trente (2 599 890 230,02) Francs CFA ; Quantités additionnelles : Deux cent quarante-six millions six cent trente et un mille quatre cent quarantequatre (246 631 444,16) Francs CFA ; Délai d’exécution : Treize (13) mois. Ladite Entreprise est par conséquent invité à se présenter à la Direction Générale de l’AER sise à Nylon Bastos, dès publication du présent communiqué, pour suite de procédure. Par ailleurs, les soumissionnaires non retenus sont invités à se présenter au Secrétariat de la Commission Spéciale de Passation des Marchés auprès du Projet d’Electrification Rurale Phase II (PER II), sis à l’Annexe de l’AER Etoudi au Carrefour du Palais, sous quinzaine, à l’effet de retirer leurs Offres, à l’exception de l’original et l’exemplaire destiné à l’Agence de Régulation des Marchés Publics. Passé ce délai, elles seront tout simplement détruite. Le présent communiqué tient lieu de main levée de caution pour les soumissionnaires non retenus.

LIS 39 Achat de 545 000 vitroplants Les Plantations du Haut Penja (PHP) envisagent d’attribuer un marché pour l’achat de 545 000 vitroplants financé par les Mesures d’accompagnement aux pays ACP fournisseurs de bananes (MAB). Le dossier d’appel d’offres sera publié sur le site internet de l’ASSOBACAM www.assobacam.com La date limite de remise des offres est fixée à 18h le lundi 03 août 2020. Des informations supplémentaires éventuelles ou des éclaircissements/ questions au dossier d’appel d’offres seront, le cas échéant, publiés sur le site internet de l’ASSOBACAM.

Le Directeur Général, MOUSSA OUSMANOU

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ANNONCES CLASSÉES

RÉPUBLIQUE DU NIGER CABINET DU PREMIER MINISTRE AUTORITÉ DE RÉGULATION DES COMMUNICATIONS ÉLECTRONIQUES ET DE LA POSTE

AVIS D’APPEL À CANDIDATURES Le Gouvernement du Niger a décidé de favoriser beaucoup plus les investissements dans l’Internet fixe large bande en attribuant de nouvelles licences individuelles pour l’établissement et l’exploitation de réseaux et services Internet ouverts au public sur le territoire de la République du Niger. Le présent appel à candidatures est ouvert aux candidats nationaux et internationaux. Pour des informations détaillées sur les critères de qualification ou les critères d’évaluation, les personnes intéressées peuvent se référer au Dossier d’Appel public à Candidatures (DAC). Le DAC comporte trois (3) documents : a) Volume 1 : Considération d’investissement ; b) Volume 2 : Le règlement d’appel public à candidatures ; c) Volume 3 : Le modèle de cahier des charges des licences pour l’établissement et l’exploitation de réseaux et services Internet ouverts au public sur le territoire de la République du Niger. Les candidats intéressés peuvent obtenir un complément d’informations et consulter gratuitement le dossier d’appel à Candidature auprès de la Direction de la logistique et des Approvisionnements de l’Autorité de Régulation des Communications Electroniques et de la Poste (ARCEP), Immeuble Derrière 2ème arrondissement Communal, Tél. : (227) 20 73 90 08 BP.13179 Niamey - Niger, Email : habibou.mahamadou@arcep.ne, arcep@arcep.ne, http://www.arcep.ne, du lundi au jeudi de 8h à16h et le vendredi de 8h à12h.

DIVERS - APPEL À CANDIDATURES

Tout candidat éligible, intéressé par le présent avis, doit acheter un jeu complet du Dossier d’Appel à Candidatures, auprès de la Direction de la logistique et des Approvisionnements de l’ARCEP et moyennant le paiement d’un montant non remboursable de cinq cent mille (500 000) francs CFA.

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Les candidatures devront être remises au plus tard le mardi 08 septembre à 10 heures précises du matin, au siège de l’ARCEP, et devront être adressées à « Monsieur le Directeur Général de l’ARCEP », avec la mention : « Appel à Candidatures N°001/2020/FAI/ARCEP/DG/DLA pour l’attribution de licences pour l’établissement et l’exploitation de réseaux et services internet ouverts au public sur le territoire de la République du Niger ». L’ouverture des plis aura lieu le mardi 08 septembre 2020 à 10 heures 30, dans la salle de réunion de l’ARCEP, en présence des représentants des candidats qui souhaitent y assister. Les dossiers reçus hors délai seront rejetés. Les questions des candidats ayant retiré le dossier d’appel public à candidatures concernant des demandes d’information ou d’éclaircissement, sont à adresser à l’adresse mail suivante : Email : habibou.mahamadou@arcep.ne Le Directeur Général HACHIMOU HASSANE

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Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à courrier@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris

LIBAN

Enfin maître de son destin?

Enfant durant la guerre du Liban, je me suis éveillé au monde au rythme des files d’attente au point d’eau du quartier, du rationnement en électricité et des bousculades au bas des camions de colis alimentaires marqués du sceau de leurs généreux donateurs étrangers. Je n’ai pas connu la « Suisse du Moyen-Orient »; je doute même qu’elle ait existé ailleurs que dans cette mythologie dans laquelle nous, Libanais, nous nous complaisons. Le récent vacillement du système bancaire du pays, jadis admiré, a achevé d’écorner la légende. Et voilà qu’aujourd’hui ressurgissent les images de l’enfance. Envolée, la Beyrouth capitale de la vie nocturne du monde arabe. L’heure est désormais […] à l’espoir d’une énième perfusion financière internationale. Une nouvelle fois, le salut du Liban ne semble pouvoir venir que de l’extérieur: la diaspora libanaise, la communauté internationale, les rapports de force régionaux. Tel un enfant chétif, le Pays du cèdre ne saurait survivre que sous l’aile de puissants parrains. Cette croyance est à ce point enracinée que nombre d’entre nous la regardent comme une donnée immuable. […] Or, si elle peut paraître nécessaire, l’aide extérieure seule ne suffira pas. Pas davantage aujourd’hui que par le passé. […] Et si, à bientôt cent ans, le Liban n’était plus le spectateur mais l’acteur de son salut ? […] ORPHÉE HADDAD, AVOCAT AU BARREAU DE PARIS

CÔTE D’IVOIRE

Le dilemme de Ouattara

Depuis la mort de son dauphin Amadou Gon Coulibaly, certains, dans l’entourage du président Alassane Ouattara, semblent l’encourager à briguer un troisième mandat, comme l’y autorise la Constitution de 2016. Beaucoup d’Ivoiriens, y compris dans son propre camp, pourraient estimer qu’il est temps pour lui de quitter la scène. Pour se porter candidat, maintenant que Gon n’est plus, Ouattara devra convaincre les siens qu’il est le seul membre de son parti à pouvoir diriger le pays. En l’absence de Soro et de Gbagbo, deux adversaires potentiels contraints à l’exil, les Ivoiriens seraient entraînés dans un duel entre Ouattara et

Bédié, un remake du combat qui les opposa en 1993, après la disparition d’Houphouët-Boigny. Ouattara pourrait alors se retrouver dans la même position que Gbagbo en 2010: seul face à un front d’opposition uni, les partisans de Gbagbo et ceux de Soro s’alignant derrière Bédié. […] Mais une autre voie s’offre à lui, plus démocratique, plus progressiste: l’organisation d’une véritable convention – comme celle qu’il exigea de Bédié en 1993 – qui permettrait à ses partisans de désigner eux-mêmes leur candidat à la présidentielle. À défaut, sa sortie de la politique pourrait être au moins aussi tumultueuse que son entrée, il y a une trentaine d’années. ABDOULAYE W. DUKULÉ, LAUREL, MARYLAND, ÉTATS-UNIS

CAMEROUN

La statue du maréchal Leclerc doit tomber

Installée depuis 1948 en plein cœur du quartier des affaires à Douala, la statue du maréchal Leclerc a été décapitée puis recollée à sept reprises. Elle a notamment subi les assauts successifs des activistes Camille Mboua Massock et André Blaise Essama, sans que les autorités camerounaises ne se décident à la déboulonner. Elles ne veulent surtout pas fâcher la France – laquelle, d’ailleurs, assure l’entretien du monument à travers la fondation Maréchal-Leclerc. Le plus surprenant est l’apathie des jeunes. Ils répètent comme des perroquets fiers qu’ils sont camerounais, mais ne se sentent pas humiliés par la présence de cette statue, alors que leurs ancêtres enrôlés de force n’ont même pas une plaque en bois commémorant leur sacrifice. Tôt ou tard, ils devront faire tomber Leclerc. « Ne devrait-on pas éviter de réécrire le passé? » se demandent certains. « La mémoire coloniale ne devrait-elle pas être préservée? » renchérissent d’autres. Répondons-leur ceci: un pays pauvre n’a pas droit à l’oubli, surtout quand cet oubli le maintient dans un état de vulnérabilité. Leclerc doit tomber pour que le corps camerounais se redresse enfin et que, comme lui, un pied en avant, une main sur la hanche, l’autre tenant une canne, il scrute l’horizon avec le sourire radieux de celui qui est confiant en sa destinée. TIMBA BEMA, ÉCRIVAIN, GRAND PRIX LITTÉRAIRE D’AFRIQUE NOIRE, ÉCUBLENS, SUISSE

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Florian Ngimbis @ngimbis

Rictus et invectives

U

n vendredi ordinaire, à un carrefour de Yaoundé… Dans un flot incessant, les véhicules, pour la plupart des taxis jaunes aux mille et une vies, avancent par à-coups pour faire de la place aux motos qui slaloment à leurs côtés au mépris de tout. Soudain, c’est le choc, suivi par la clameur des badauds : « Ooooooh! Il l’a tué! » Sur le bitume gît une moto. À côté, son conducteur, sonné. Pas besoin d’être expert pour comprendre que le motocycliste et sa conduite hasardeuse sont responsables de l’accident. L’évidence se dilue soudain dans un bouillon kafkaïen. L’automobiliste reste prostré sur son siège, probablement sous le choc, lui aussi. La foule, qui s’est formée en quelques secondes, interprète cette immobilité comme un refus d’assistance à personne en danger, un « crime » qui évolue rapidement en suspicion de délit de fuite. Des invectives pleuvent. « Bloquez son véhicule! » Un mur humain se dresse illico devant la berline. Le conducteur finit par en sortir. Rictus et invectives se font plus durs : il a le profil type d’une race profondément haïe dans cette société majoritairement pauvre et débrouillarde, celle qui a réussi trop tôt, trop facilement, trop bien. Qu’importe si personne ne le connaît, à Yaoundé… Rouler si jeune dans un véhicule si neuf et dans un costume si bien coupé ne peut signifier qu’une chose : on appartient à la classe des « mangeurs », celles des gens d’en haut dont la moindre miette tombée de la table de l’opulence suffirait à en

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engraisser plus d’un. Le jeune homme tente de se justifier, en vain. Ses explications sont vite balayées par une sentence laconique : « Mon frère, tu n’as rien à dire, ta voiture est intacte, notre ami, lui, est blessé. » Le conducteur renonce à se mettre en colère. On lui intime l’ordre d’ouvrir sa jolie voiture. L’accidenté y est installé d’autorité tandis que deux autres quidams, gardes du corps autodésignés, occupent les places vacantes. Les histoires de motocyclistes abandonnés aux urgences des hôpitaux par des « chauffards riches et chiches »

IL A LE PROFIL TYPE D’UNE RACE HAÏE, CELLE QUI A RÉUSSI TROP TÔT, TROP FACILEMENT. sont légion. Alors : « Tant qu’il n’aura pas payé pour les soins du blessé, il ne partira pas! » Le véhicule s’ébranle sous les vivats de la foule. Un V de victoire est brandi à travers la vitre par l’un des gardes du corps. Qu’on se rassure, Yaoundé n’est pas une zone de non-droit. Très souvent, la police interrompt à temps les apprentis Torquemada dans leur élan de justiciers du vendredi. Néanmoins, le phénomène est intéressant du point de vue sociologique. À l’instar de la plupart des capitales subsahariennes, Yaoundé est une ville clivée, avec des niveaux d’inégalité parfois abyssaux. Seulement, avec le temps, la ségrégation sociospatiale en vigueur dans

cette cité d’origine coloniale a vite cédé le pas à une mixité de fait. Dans les quartiers, riches et pauvres se côtoient au gré du rêve camerounais, qui tantôt fabrique des success-storys difficiles à retracer, tantôt désagrège le tissu social au gré des faillites et des licenciements économiques, préludes à la précarité.

Uniforme jaune moutarde

La différence entre classes tient aux hauts murs érigés autour des bâtisses des nantis et aux gardiens en uniforme jaune moutarde chargés de dissuader les quémandeurs, les amis de circonstance, la famille élargie – aux problèmes tout aussi tentaculaires et insolubles, et qui arrive toujours sans prévenir, moins par impolitesse que par tactique, l’effet de surprise ayant fait ses preuves depuis des millénaires. Il existe heureusement des agoras où circule le peuple sans distinction de classe sociale : les rues. À moto ou au volant d’une énorme cylindrée, chacun y profite d’une part de l’illusion égalitaire, criant sa rage, sans qu’on sache si ces invectives sont destinées aux nombreux chauffards ou à un système qui oppresse autant qu’il délaisse. En cas d’accident impliquant l’un de ceux qu’on soupçonne, à tort ou à raison, d’être de la caste des « mangeurs », c’est la curée : entre l’ambulancier, le brancardier ou l’assureur, le malheureux passe par toutes les cases symbolisant les échecs du système dont il est censé profiter, dans un simulacre de justice aussi inique que celle subie au quotidien. Ces incidents, souvent, se terminent plutôt bien. Sauf en cas de décès de l’un des accidentés. Mais ça, c’est une tout autre histoire.


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