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Portfolio Antoine LEVEN

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La Bascule

Une histoire de notre temps.

Photo Documentaire
Magnum Photo & Spéos
Antoine Leven

Sur le littoral, à Saint-Jouin-Bruneval, l’évolution de la topographie et des activités qui s’y déroulent sont le résultat de choix ou la résultante de combats politiques qui s’échelonnent depuis plus de cinq décennies.

Ce bout de territoire rassemble, à lui seul, des éléments marquants de notre histoire contemporaine. La dépendance énergétique de notre mode de vie, les préoccupations écologiques grandissantes ou encore l’effondrement continu de la confiance dans les responsables politiques, symptôme de la crise de la démocratie.

L’histoire balbutiant, la crise actuelle du détroit d’Ormuz fait écho à celle de Suez qui est à l’origine du terminal pétrolier d’Antifer, tout comme la lutte des habitants de Saint-Jouin-Bruneval, contre le projet de terminal méthanier, a précédé de nombreux combats au nom de l'environnement. La prise de la mairie par une liste citoyenne en 2008 a, quant à elle, été à l’origine d’une tendance qui n’a cessé de croître depuis.

Désormais, par le fait du «progrès» qui ne connait point d'obstacles quand il recherche l'utilitaire, même aux dépends de la beauté

d'un site, le mugissement des sirènes répondra gravement au son de tinterelle de la cloche de l'humble église.

Edward Montier. Histoire de Saint-Jouin-Bruneval, Association du Vieux Fécamp, 1978, p. 278.

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Falaise à Saint-Jouin. André Legoupil. 1957. Collection du Musée d'Art Moderne André Malraux, Le Havre.

Couverture de la transcription de la communication faite à l'Académie de Marine le 25 février 1974, «Les Raisons d’Être et les Travaux en Cours au Nouveau Port d'Antifer». Bibliothèque municipale Armand Salacrou, Ville du Havre.

Par AlbertoOhist73 — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=149136831

En juin 1967, la guerre des Six-Jours oppose Israël à l’Égypte, à la Syrie, à l’Irak et à la Jordanie, à la suite à une invasion du désert du Sinaï en Egypte par l'armée israélienne. Du fait de l’occupation de la partie orientale du Canal de Suez, cette bataille, bien qu’elle ne dure que du 6 au 10 juin 1967, entraîne la fermeture du canal jusqu’en 1975.

Pendant huit ans, les pétroliers devront dès lors contourner le cap de Bonne-Espérance, afin d’approvisionner l’Europe. Cela revient à doubler la distance à parcourir et a pour conséquence d'augmenter le prix des produits pétroliers. N’étant plus contraint par les limites physiques du canal et par souci d’amortir le coût supplémentaire du transport, on voit apparaître à cette époque les pétroliers géants, d’un tonnage allant de 400 000 à 600 000 tonnes, contre 250 000 tonnes pour les pétroliers standards.

Pour pouvoir accueillir ces navires d’une autre dimension, il fallut identifier les sites adéquats où construire les infrastructures nécessaires. Au nord de l’Europe, il existe peu de sites, côtiers ou de pleine mer, disposant des 30 mètres de fond dont a besoin un port en eaux profondes.

Le site d’Antifer, sur le territoire de la commune de Saint-Jouin-Bruneval à 20 km au nord du Havre et 10 km au sud d’Étretat, a été identifié comme l’un d’entre eux, et en 1969, il fut décidé d’y développer le terminal pétrolier. De 1972 à 1976 des travaux titanesques furent entrepris afin de déployer une digue circulaire de 3,5 km de long, d’installer des cuves pour une capacité de stockage de 640,000 m³, d'assembler les 26 km de pipeline souterrain, pour relier celles-ci au port du Havre et à d’autres installations pétrolières plus en amont sur l’estuaire de la Seine, et de construire la route permettant d’accéder au site.

Ces chantiers modifièrent la falaise, le littoral et les fonds marins. Et même la plage de Bruneval, en amont du site, disparut du fait de la modification des courants entraînée par la digue. Sa mise en service alors que le canal de Suez avait été rouvert l’année précédente, les chocs pétroliers des années 1970 et le ralentissement économique de la fin des Trente Glorieuses ont fait du terminal d’Antifer une infrastructure surdimensionnée. À date, un ou deux pétroliers standards font escale chaque mois, le plus souvent pour se délester d’une partie de leur cargaison afin de pouvoir poursuivre leur route vers les ports du nord de l’Europe, Anvers en Belgique ou Rotterdam aux Pays-Bas.

Inauguration du site d'Antifer. 25 juin 1976.

Toutes les photographies sur cette page proviennent des archives municipales de Saint-Jouin-Bruneval.

Début des travaux du futur site d'Antifer. 13 avril 1972.
Chantier de la route d'accès. 7 juillet 1972.
Chantier de l'épi expérimental. 1er septembre 1972.
Chantier du port et du terminal. 4 janvier 1974.

Extraits de la communication faite à l'Académie de Marine le 25 février 1974, «Les Raisons d’Être et les Travaux en Cours au Nouveau Port d'Antifer». Bibliothèque municipale Armand Salacrou, Ville du Havre.

Mobilisation sur la plage de Saint-Jouin, du collectif d'élu et des associations, contre le projet de terminal méthanier. 1er juin 2008.

Annonce de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Environnement, en faveur du projet du terminal méthanier. Le Havre Presse. édition du 14 mars 2009.

Toutes les photographies sur cette page proviennent des archives municipales de Saint-Jouin-Bruneval.

L'une des nombreuses mobilisations et manifestations locales contre le projet de terminal méthanier. Juillet 2008.

À 40 ans de distance, en 2006, du fait de ce précédent, en guise de point d’entrée du gaz naturel liquéfié (GNL) en France, un projet de terminal méthanier fut décidé au nom de la diversification des approvisionnements énergétiques et par souci écologique (sic).

Ce projet comportait des infrastructures de déchargement, de stockage, de mise sous pression et de regazéification à eau de mer. Ces dernières entraînant un refroidissement de l’eau autour du site avec un impact sur la flore et la faune marine.

Au-delà de la baisse de température de l'eau, l'accès à la plage, pour les activités de loisirs, n'aurait plus été possible.

Ces intérêts industriels et financiers se heurtèrent à l’opposition vive et déterminée de la population locale qui lutta pendant 6 ans afin que ce projet ne voit jamais le jour. Au cours de ce combat, elle constitua sa propre liste électorale lors des élections municipales de 2008 et remporta la mairie de Saint-Jouin Bruneval.

Cette équipe portait un projet alternatif touristique, de valorisation de la longue plage située à côté du site occupé par le terminal pétrolier et le port de service.

Digue du terminal pétrolier d'Antifer. Mars 2026.

Cuves de pétrole en contrebas de la falaise. Saint-Jouin-Bruneval. Décembre 2025.

Pétrolier accostant au terminal d'Antifer. Mars 2025.

Route d'accès à la digue et au terminal pétrolier d'Antifer. Décembre 2025.

Borne marquant le passage souterrain d'une canalisation d'hydrocarbures. Saint-Jouin-Bruneval. Décembre 2025.

Le parking de la plage de Saint-Jouin et le port de service d'Antifer. Mars 2026. Capitainerie du port de service d'Antifer. Février 2026.

Digue de Saint-Jouin, qui sépare le port de service d'Antifer de la plage de Saint-Jouin. Décembre 2025.

Le Spot, restaurant ouvert durant l'été sur la plage de Saint-Jouin. Février 2026.
Digue de Saint-Jouin, qui sépare le port de service d'Antifer de la plage. Décembre 2025.
Plage de Saint-Jouin. Décembre 2025.
Plage de Saint-Jouin. Décembre 2025.
Douches publiques sur la plage de Saint-Jouin. Février

Groupe de longeurs (pratiquants de la discipline de longe-côte) sur la plage de Saint-Jouin. Décembre 2025.

Pêcheur au filet sur la plage de Saint-Jouin. Décembre 2025.

Parking du restaurant Le Belvédère et le village de Saint-Jouin-Bruneval en arrière-plan. Décembre 2025.

Restaurant Le Belvédère et son parking. Saint-Jouin-Bruneval. Décembre 2025.

Cuisine du restaurant Le Belvédère en surplomb du port d'Antifer. Saint-Jouin-Bruneval. Mars 2026.
Conseil municipal d'installation de la liste issue de la mandature sortante. Saint-Jouin-Bruneval. 21 mars 2026.

Lors des élections municipales de mars 2026, la liste citoyenne J'aime mon village a été réélue, au premier tour.

Lors de ce scrutin, près de 800 listes citoyennes ont été recensées, soit le double du nombre enregistré lors des élections précédentes en 2020. À Saint-Jouin-Bruneval, la liste citoyenne a été élue pour la première fois en 2008, et a été réélue sans interruption depuis. Le phénomène n'étant pas identifié à l'époque, il n'existe pas de statistiques pour le scrutin de cette année-là. Il est en augmentation constante depuis.

Il apparait en corollaire de la baisse, tout aussi constante, de la confiance dans les institutions représentatives, que l'on observe depuis 2009, date à laquelle cette étude régulière du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po associé au CNRS) a commencé.

Alors qu'elle est beaucoup moins commentée dans les médias, que la disparition du duopole républicain et la fracturation de l'électorat, l'émergence de cette volonté citoyenne de présider à ses propres destinées interpelle.

Quel est le sens de cet engagement ? À Saint-Jouin-Bruneval, quel souvenir ce collectif a-t-il gardé de ce combat ? Quelles conclusions en tirer ?

https://tinyurl.com/2882mlou

Illustration de la Vague 17 du Baromètre de la confiance politique CEVIPOF. 9 février 2026. Science Po Paris.

En plus de la documentation citée, les archives de 2006 à 2012 de la mairie de Saint-Jouin-Bruneval, ainsi que l'ouvrage de François Auber, maire de Saint-Jouin-Bruneval, Résistance Citoyenne, échec au projet de port méthanier, éditions Cogito, 2013, ont nourri ce projet.

Tous mes remerciement:

- aux habitants, commerçants, employés de la commune et élus de Saint-Jouin-Bruneval; - aux personnels de la Maison Européenne de la Photographie et de l'Académie de Marine, à Paris, du Musée d'Art Moderne André Malraux, et de la bibliothèque Armand Salacrou, au Havre;

- aux professeurs et personnels de l'école Spéos;

- à l'équipe Éducation, aux tuteurs, et aux intervenants de Magnum Photos;

- à la promotion Photographie Documentaire 2026 de Spéos.

Antoine Leven est né en 1972 à Paris où il vit désormais, après un séjour de 7 ans en Irlande au début des années 2000 et une enfance entre le Portugal, l'Inde et la France. Il est photographe documentaire et de paysage, s'intéressant tout particulièrement aux thématiques liées au changement climatique et à la transition énergétique. Il a déjà participé à plusieurs expositions collectives au Independent Image & Art Space à Chongqing (Chine), au 3eme festival B&W d’Athènes (Grèce), à la Decode Gallery à Tucson (Arizona, E-U) et à la Galerie Kiff + Marais et au Palais de La Femme à Paris.

Autoportrait, Paris. Avril 2026.

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