L’année s’est ouverte sous le signe de l’élégance avec la collection de Doris Brynner. Dans le même élan, la vente RM Sotheby’s atteignait 81 millions d’euros à Paris, réalisant la vente européenne la plus importante de l’histoire de la maison.
Cette dynamique s’est poursuivie avec « Contemporary Discoveries », portée par un ensemble remarquable d’œuvres de Dado et par l’incroyable collection d’art d’Afrique et d’art amérindien réunie par Daniel Hourdé.
Le printemps prendra une dimension patrimoniale avec un hommage à JeanMarie Rossi, figure visionnaire du goût français. Antiquaire le jour, art dealer le soir, il sut mêler xviiie siècle et avant-garde avec une liberté rare. Sa fille, Marella Rossi, révèle ici la personnalité d’un homme qui anticipait les modes sans jamais les suivre.
Les « Paris Sales » prolongent ce dialogue entre tradition et modernité en réunissant les grands noms de l’art moderne et contemporain, avec notamment un ensemble exceptionnel de gouaches du cycle « Cirque » de Marc Chagall. Ces œuvres lumineuses, vibrantes d’onirisme et de poésie, incarnent l’attachement du peintre à Paris.
La capitale française est également le point d’ancrage de collections destinées à rayonner au-delà de nos frontières. La collection de Jean et Terry de Gunzburg, sourcée et présentée dans nos salons du Faubourg, sera proposée à New York en mai.
Le design sera à l’honneur avec la vente « Important Design », dont la scénographie sera signée par Ellie Peugeot. Son approche sensible redonne aux pièces majeures du xxe siècle leur dimension humaine et expérimentale.
En juin, nous présenterons la collection de Georgette Salles, ensemble précieux de livres et de reliures. Le même mois, la collection Röbbig rappellera l’excellence de la tradition européenne de la porcelaine, notamment à travers des œuvres issues de la manufacture de Meissen.
Ce numéro met en lumière celles et ceux qui incarnent l’esprit du 83. Nous revenons sur la collection minimaliste et conceptuelle de Françoise et Jean-Philippe Billarant, dont l’engagement fidèle en faveur des artistes – de François Morellet à Richard Serra – est un modèle de transmission. Leur regard, à la fois rigoureux et généreux, rappelle que collectionner est un acte de conviction et de durée.
Hubert Le Gall, dont les luminaires habillent notre bâtiment du Faubourg, nous confie ses adresses parisiennes préférées et évoque le restaurant du 83, dont il a imaginé le décor.
Charlotte Casiraghi partage ses secrets de lecture et présente son premier livre, rappelant combien la littérature nourrit la pensée et le regard.
JR et Vladimir Yavachev, neveu de Christo, reviennent sur l’anniversaire du Pont-Neuf empaqueté, geste monumental où l’art transforme la ville et la mémoire collective.
Cette saison s’inscrit dans un contexte de résultats exceptionnels en 2025. Sotheby’s confirme sa position de numéro 1 en France, avec un total vendu de 440,5 millions d’euros. À Paris, nos ventes d’art moderne et contemporain ont atteint 89,7 millions d’euros, un record pour Sotheby’s France. Elvire en buste de Amedeo Modigliani a été adjugée pour 27 millions d’euros, établissant un record pour l’artiste en France.
À New York, lors de nos ventes d’art moderne et contemporain, le Portrait of Elisabeth Lederer de Gustav Klimt a atteint 236,4 millions de dollars, devenant l’une des œuvres les plus chères jamais vendues aux enchères et le plus haut prix jamais réalisé par Sotheby’s pour une œuvre d’art. À l’échelle mondiale, Sotheby’s a enregistré près de 7 milliards de dollars de ventes consolidées en 2025, confirmant notre position de leader international et la confiance que nous accordent collectionneurs et institutions.
Gouache préparatoire pour la lithographie originale M. 491 (Cirque, Paris, Tériade éditeur, 1967), 1956-1959
« The Paris Sales » Ventes à Paris les 16 et 17 avril
Terrine Galatea et son couvercle en porcelaine de Meissen, fin xixedébut xxe siècle, d’après le modèle du service aux cygnes réalisé au xviiie siècle pour le comte de Brühl
Estimation : 6 000-10 000 €
« From Meissen to Paris, The Röbbig Collection » Vente à Paris le 24 juin
Mais au-delà des chiffres, ce sont les œuvres, les idées et les personnalités qui donnent sens à notre engagement. Le 83 est un lieu vivant, où patrimoine et création dialoguent en permanence, à Paris et avec le monde. ○
Mario Tavella
Chairman, Sotheby’s Europe
Président, Sotheby’s France
3 Éditorial par Mario Tavella
8 Jean-Marie Rossi, le goût d’un géant par Marella Rossi
16 Sous le chapiteau de Chagall
18 Haute culture par Hubert Le Gall
20 Le Pont-Neuf : de Christo à JR, l’héritage du geste monumental Interview de JR et Wladimir Javacheff
26 L’œil averti
28 Minimalisme & transmission : la collection Billarant par Guy Boyer
C’est le sous-titre de la vente hommage à Jean-Marie Rossi qu’organise la maison Sotheby’s 10, 11 et 12 mars à Paris. Quatre cents lots qui témoignent, quelle que soit leur époque, du flair, de l’expertise et de l’audace du célèbre antiquaire parisien, décédé en 2021.
avait ce goût singulier pour l’exceptionnel, capable de faire cohabiter une commode xviii e avec un chef-d’œuvre de Jouve, un bureau Régence avec une table de Carlo Bugatti, toujours avec la même curiosité et la même audace – et ce plaisir discret de créer l’étonnement, de provoquer la rencontre inattendue, chez ses clients comme chez les visiteurs de notre maison familiale de Rueil-Malmaison. »
Fritz et Cynthia Rossi
L’éclectisme – même si le mot est un peu galvaudé aujourd’hui – est ce qui définit le mieux le goût de Jean-Marie Rossi. Les amateurs de très beau mobilier du xviiie siècle savaient qu’ils trouveraient aussi dans sa galerie de la place Beauvau à Paris quelques pas de côté, avec des créations étonnantes signées CharlesGuillaume Diehl ou Édouard Lièvre. Quant à ses proches qu’il recevait pour ses fameux dîners du dimanche soir dans sa propriété de Rueil-Malmaison, ils étaient habitués à son environnement de collectionneur boulimique, où les œuvres de ses amis artistes César et Arman dialoguaient avec des bleus de Chine, des fauteuils de Carlo Bugatti, des toiles de Jean Fautrier. Sa fille Marella Rossi, qui a longtemps travaillé à ses côtés et qui dirige maintenant la galerie, nous explique ce qui faisait la spécificité de son œil et le moteur de ses coups de cœur.
Pouvez-vous nous rappeler les débuts de votre père ?
Jean-Marie a commencé en 1956, à l’âge de 25 ans, en poussant la porte de l’antiquaire Maurice Aveline, qui lui a très vite proposé de s’associer. Ensemble, ils ont écumé les grandes ventes en Angleterre et ont trouvé des merveilles, comme une enfilade de BVRB que mon père vendra ensuite à Anténor Patiño. Au début, chez Aveline, il y avait la pièce Louis XIV, la pièce Louis XV et la pièce Louis XVI… Il a progressivement chamboulé cet ordre établi, en y mélangeant des meubles anglais et italiens, qui n’avaient alors pas du tout la cote. Ensuite, il s’est intéressé au xixe siècle, mais uniquement aux pièces qui sortaient de l’ordinaire. Il aimait les meubles qui étaient modernes, en avance sur leur temps, quelle que soit l’époque.
Parallèlement, il s’intéresse très tôt à la création contemporaine… Oui, il disait toujours que son métier d’antiquaire s’arrêtait à 19 heures et, ensuite, il courait les vernissages. Il a ainsi assisté en 1960 à la fameuse performance d’Yves Klein traînant une femme nue dans de la peinture. Il était ami avec César, Arman, Jean-Claude Farhi, Bernar Venet. Ils se voyaient tout le temps, même en vacances, l’été, dans le Midi. Daniel Buren a retrouvé dans ses cahiers qu’il avait été son troisième client. Dans son appartement du 8 avenue de Breteuil, il a demandé à JeanPierre Raynaud de réaliser une œuvre de 125 mètres. Pour ma naissance, Mimmo
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Arman, Jean-Marie Rossi et César Baldaccini, Saint-Tropez 1970
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Jean Fautrier
Tête d’otage n° 19, 1945
Estimation : 400 000-600 000 €
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Carlo Bugatti
Table de présentation, pièce unique
Estimation : 120 000-180 000 €
Rotella a offert un tableau à mes parents et César a réalisé deux expansions de marbre sur des chenets anciens. Plus tard, dans la maison de Rueil, ma salle de bains était tapissée de vingt-deux panneaux d’Arman et Farhi avait fait ma tête de lit. Avec mon frère et mes sœurs, nous avons été élevés dans cette atmosphère éclectique exceptionnelle qui a éduqué notre œil au beau.
Il y a aussi ce coup de cœur étonnant pour Jean Fautrier ?
Il avait une passion pour son travail. Entre 25 et 30 ans, il a acheté beaucoup de ses œuvres et avait même passé un contrat avec le galeriste Michel Couturier pour vendre ses toiles. Il y a neuf tableaux dans la vente, dont une fameuse tête d’otage.
Dans un tout autre genre, votre père réunit une grande collection de bleus de Chine…
Il en était en effet boulimique. C’était une collection à laquelle il tenait, car elle avait été commencée par son père, qui avait quitté Milan pour Paris à 19 ans. Il avait débuté comme ouvrier spécialisé tourneur, puis était devenu un brillant ingénieur, qui allait inventer le roulement à billes coniques et créer son usine à LevalloisPerret. Grâce à cette réussite, il s’est installé avec sa femme avenue É mile-Acollas, sur le Champ-de-Mars, et mon père leur faisait acheter des meubles !
À quel moment déménage-t-il la galerie place Beauvau ?
En 1999. Après la mort de Maurice Aveline, il était resté rue du Cirque et n’avait pas même changé l’enseigne. Quand l’opportunité s’est présentée de s’installer place Beauvau, il n’a pas hésité, la visibilité était extraordinaire et la surface faisait plus du double, près de 700 mètres carrés.
C’est à ce moment-là que vous arrivez à ses côtés ?
Oui, ma mère travaillait déjà avec lui, mais elle m’a appelée pour que je vienne prêter main-forte dans ce nouvel espace.
Il vous avait déjà transmis sa passion ?
J’ai baigné dedans toute ma vie ! Quand nous étions enfants, il venait tous les samedis nous chercher ma sœur jumelle et moi pour aller à Drouot et déjeuner dans le quartier avec les brocanteurs. De salle en salle, il nous demandait quel était l’objet qu’on avait préféré… Heureusement, parfois, on tombait bien ! Cela m’a formé l’œil !
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Michelangelo Pistoletto
Untitled
Estimation : 40 000-60 000 €
Bureau plat, cartonnier et pendule de cartonnier en placage de bois de rose et amarante et bronze doré de la fin de l’époque Louis XV, vers 1766-1770, estampille de Philippe-Claude Montigny
Estimation : 250 000-400 000 € ↓
Jean-Marie Rossi et Salvador Dalí
Ce n’était pas trop difficile de travailler avec lui ?
Mon père avait une forte personnalité, tout le monde le sait. Mais sa passion du beau dépassait tout. Parfois il était capable de baisser le prix d’un meuble, comme ça, simplement parce qu’il voulait qu’il aille chez quelqu’un de bien, qu’il avait estimé digne de son objet. Il disait souvent : « Il faut donner de l’ambition à ses clients. »
Comment définiriez-vous son goût ?
Certains l’appelaient « l’anticipator » ! C’est vrai, il anticipait les modes, il n’en a suivi aucune, il n’écoutait que son cœur et son intuition. Les grands antiquaires parisiens avaient chacun leur spécialité, mais pas lui. Sa curiosité était tous azimuts. Il avait la réputation d’avoir un très bon œil, c’était un découvreur. Un jour, un collectionneur était venu me voir et m’avait dit : « Quand ton
papa fermera les yeux, préviens-moi pour que je vienne avant tout le monde… » JeanMarie disait que l’art contemporain lui avait permis d’avoir cet œil novateur dans le choix du mobilier. Éviter les suiveurs, les petits maîtres, que ce soit en art comme dans les meubles. Quand je lui ai proposé d’exposer de l’art contemporain à la galerie, c’était pour suivre sa philosophie. Au fond, il avait été précurseur de ce mouvement du mélange des styles et des époques. Il n’était pas très enthousiaste au début, mais a ensuite été ravi de rencontrer Michelangelo Pistoletto ou Malcolm Morley, et de retrouver son ami Daniel Buren qui a merveilleusement habillé la façade de l’immeuble de la place Beauvau de ses célèbres rayures le temps d’une exposition éphémère à la galerie.
Vous aviez eu besoin de ce dialogue pour redynamiser la galerie ?
Quand je suis arrivée, et jusqu’en 2010, les décorateurs faisaient la queue devant la porte ! Puis, les tendances ont évolué, mais aujourd’hui l’intérêt reprend pour cette époque au savoir-faire fascinant. Il y a toujours des amateurs pour le xviiie siècle, simplement leur profil a changé.
Y a-t-il des meubles du xviiie siècle dans la vente ?
Bien sûr ! C’est avant tout l’ADN du goût Rossi ! Par exemple, il y a ce très beau bureau attribué à Noël Gérard qui appartenait à Hubert de Givenchy, cette commode en marqueterie de métal de Nicolas Sageot, ce petit bureau en acajou provenant de Bagatelle, ou encore cette commode italienne de 1760 avec un placage de fleurs japonisant, qui était présentée dans une vente comme Art nouveau ! C’est typiquement le genre de meubles qu’aimait mon père : difficile à définir et novateur pour son époque. Et pour que cet hommage lui soit le plus fidèle possible, nous avons demandé à François-Joseph Graf de faire la scénographie de l’exposition avant la vente. Il avait réalisé l’aménagement de la galerie de la place Beauvau et c’était un habitué des dîners du dimanche soir, il saura exactement recréer l’univers singulier et savant de mon père. ○
Propos recueillis par Éric Jansen
Journaliste et photographe, il collabore à de nombreux magazines lifestyle. Il est l’auteur de Destinations Jean-Louis Deniot (Rizzoli), Nouveaux cabinets d’amateurs (Gourcuff Gradenigo), Louis Benech, douze jardins en France et Louis Benech, douze jardins ailleurs (Gourcuff Gradenigo).
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Marc Chagall
Gouache préparatoire pour la lithographie originale M. 512 (Cirque, Paris, Tériade éditeur, 1967), 1956-1959
« The Paris Sales »
Ventes à Paris les 16 et 17 avril
La fascination de Marc Chagall pour l’univers du cirque est merveilleusement incarnée par le cycle éponyme de trente-huit gouaches sur papier peintes vers 1957. Réalisée au faîte de sa carrière pour un livre illustré édité par Tériade en 1967, cette série signe l’aboutissement ultime de ses réflexions et de son œuvre sur ce thème, entamées dès le début de sa vie de jeune peintre. Marqué par le souvenir d’enfance des acrobates dans les rues de la ville russe de Vitebsk où il a grandi, Chagall découvre à Paris la place significative du cirque dans la peinture et la littérature françaises, notamment à travers les œuvres de Seurat et de Rouault. Il accompagne régulièrement Ambroise Vollard dans sa loge personnelle au Cirque d’Hiver, qui lui inspire une première série de gouaches en 1927, intitulée « Cirque Vollard ». En 1956, alors qu’il est invité à assister au tournage d’un film sur le cirque, il explore à nouveau ce thème à Vence dans une série de dessins préparatoires pour l’une de ses compositions majeures : Le Grand Cirque, adjugée pour 16 034 000 $ le 14 novembre 2017 chez Sotheby’s à New York. Si Vollard incite Chagall à entamer son œuvre sur le cirque, c’est Tériade qui lui permet en 1967 de l’achever. De son vrai nom Stratis Eleftheriadis, le grand éditeur grec lui propose dès 1939 d’illustrer le célèbre roman Daphnis et Chloé, puis de voyager en
« Chagall découvre à Paris la place significative du cirque dans la peinture et la littérature françaises, notamment à travers les œuvres de Seurat et de Rouault. »
Grèce, dont il pressentait le fabuleux potentiel d’inspiration pour l’artiste. Tous deux se lient d’amitié et le peintre réalise deux grandes œuvres murales pour la maison de Tériade à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Cirque, cinquième livre illustré de Chagall édité par Tériade après Les Âmes mortes (1948), les Fables (1952), la Bible (1956) et Daphnis et Chloé (1961), incarne ainsi particulièrement cette complicité.
Par leurs chaudes couleurs éblouissantes, les sourires de leurs personnages qui lévitent ou s’enlacent et le joyeux onirisme de leur décor, ces trente-huit gouaches incarnent le cirque selon Chagall : l’irruption soudaine du merveilleux dans le rythme monotone de la vie quotidienne, laissant place à l’insouciance, l’amusement et la fantaisie. Perchés sur la tête ou survolant l’arène, ces gracieux acrobates défient les lois de la physique et suggèrent une certaine euphorie, révélant peut-être le bonheur que Chagall éprouve à Vence durant ces années de sa vie. La fantaisie du cirque lui permet aussi d’y introduire son célèbre univers fantastique : clowns à deux têtes, animaux anthropomorphes, personnages ailés ou amusantes chimères.
Le 16 avril prochain, Sotheby’s présentera sept gouaches originales de la série « Cirque » provenant de la succession de l’artiste lors de sa vente « Art Moderne et Contemporain Evening Auction ». ○
« The Paris Sales » Ventes à Paris les 16 et 17 avril
PROMENADE PARISIENNE
Le musée Jacquemart-André présente une collection de peintures espagnoles du Grand Siècle. J’y ai créé une mise en scène sobre, puissante comme la peinture de Velázquez et sensuelle comme les œuvres du Greco qui y sont présentées. Je travaille les expositions comme on construit un film, je suis très attentif aux rythmes, avant même de soigner chaque détail. Mes mises en scène racontent des histoires avec discrétion, parfois avec théâtralité, mais je n’oublie jamais qu’un scénographe doit être avant tout au service des œuvres qu’il présente ! 158, boulevard Haussmann, Paris 8e
Agate, probablement Rio Grande do Sul (Brésil) Paris, Muséum national d’histoire naturelle, collection de minéraux et gemmes, cliché François Farges
PAR
Hubert Le Gall
Au musée de Montmartre, découvrez l’atelier de Suzanne Valadon et Maurice Utrillo. Une reconstitution très documentée que j’ai réalisée à l’occasion de l’ouverture du musée en 2014. J’aime ce lieu, que je connais bien pour avoir fait l’accrochage des collections permanentes. Dernièrement, j’y ai vu l’exposition « Dufy et l’École de Paris ». À partir de ce mois de mars, le musée présentera les œuvres d’Otto et Adya van Rees, un couple d’artistes avant-gardistes ayant vécu et travaillé au Bateau-Lavoir, au cœur de la vie artistique parisienne du début du xxe siècle. 12, rue Cortot, Paris 18e 2 3
ROGER CAILLOIS
À L’ÉCOLE DES ARTS JOAILLIERS
Allez voir « Rêveries de pierres : poésie et minéraux de Roger Caillois », une exposition de minéraux d’une beauté incroyable, jusqu’au 29 mars. Depuis près de deux ans, ce musée qui a déménagé de la place Vendôme aux Grands Boulevards présente des expositions qui nous font redécouvrir de grands noms de la joaillerie. J’en sors toujours ébloui. 16 bis, boulevard Montmartre, Paris 9e
Depuis plus de 25 ans, Hubert Le Gall travaille dans les coulisses des musées parisiens pour lesquels il met en scène les plus belles expositions temporaires. Plus de 150 scénographies ont façonné son style feutré et coloré. Que ce soit à Paris, en France ou à l’étranger, on reconnaît son style.
Béatrice Hatala 6 4
DANS L’ATELIER VIVANT DE JEAN LURÇAT
La maison-atelier de Jean Lurçat vient d’être délicatement restaurée. Réservez vos places, l’espace est petit mais époustouflant ! Outre ses célèbres tapisseries qui couvrent les murs de l’atelier et les sièges dessinés par Pierre Chareau, Lurçat nous a laissé dans cet atelier un témoignage émouvant de son œuvre. Vous découvrirez l’histoire d’un homme engagé, mystique aux multiples talents. Son travail de céramiste a également marqué son époque. J’y suis très sensible, car je suis moimême collectionneur de céramiques zoomorphes ou anthropomorphes du xxe siècle, que je chine sur les brocantes. Pour la céramique contemporaine, je passe régulièrement à la galerie de Florian Daguet-Bresson au 16 rue de l’Arcade dans le 8e à Paris. Il présente des jeunes céramistes avec un œil et un esprit très personnels qui ne cessent de me surprendre. 4, villa Seurat, Paris 14e
En promenade rue du Faubourg-SaintHonoré, dans le quartier des grands marchands parisiens d’art et d’art décoratif ? Faites une pause déjeuner au 83 Le Café, situé au premier étage de chez Sotheby’s. J’y ai fait de précieux luminaires en verre bleu. 83, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e 5
AU MUSÉE DE LA CHASSE ET DE LA NATURE
Un musée inclassable qui a su trouver son identité grâce à une muséographie et une programmation originales. L’humour et la poésie y sont présents à chaque instant ; dès l’entrée, j’y ai mis ma patte humoristique avec un plafond traité comme un plan d’eau où nagent des canards. Dans la salle consacrée à Darwin, une créature animale hybride illumine le plafond. Cette chimère « Astro-crocilus » qui m’a été commandée par le musée a durablement marqué mon travail. Je ne rate aucune exposition temporaire ; en ce moment, « La licorne, l’étoile et la lune »… 62, rue des Archives, Paris 3e
Christo et Jeanne-Claude sont surtout connus pour leurs imposantes installations dans l’espace public comme le Pont-Neuf Wrapped (1975-1985). Pour fêter son quarantième anniversaire, le neveu de Christo, Vladimir Yavachev, a proposé à JR de créer une nouvelle œuvre sur le pont. La Caverne du Pont-Neuf, un paysage rocheux invitant les visiteurs à y pénétrer, sera dévoilé le 6 juin.
JR et Vladimir Yavachev
JR, quand avez-vous découvert le travail de Christo et Jeanne-Claude ?
JR : Quand j’avais 19, 20 ans. Je n’ai pas fait d’école d’art et lorsque j’ai abandonné le graffiti, j’ai découvert qu’il existait des artistes qui réalisaient des installations à une très grande échelle. J’ai alors compris qu’un tout autre univers s’offrait à moi. Christo et Jeanne-Claude ont été les premiers à m’impressionner par l’ampleur de leurs œuvres, leurs modes de financement et leur impact sur la ville et ses habitants. Ils ont placé la barre très haut et restent une source d’inspiration encore aujourd’hui.
Christo était présent au vernissage de votre exposition « Les Chroniques de San Francisco » au Museum of Modern Art de San Francisco en mai 2019. Quand l’avez-vous rencontré pour la première fois ?
JR : Vladimir, dont j’avais fait la connaissance à Miami, avait organisé un rendez-vous dans
son atelier à New York quelques années auparavant. Nos ateliers se trouvaient à quelques rues l’un de l’autre. J’ai ensuite retrouvé Vladimir et Christo le dernier jour des Floating Piers sur le lac d’Iseo, en Italie, en 2016. Un souvenir très précieux.
Comment est née l’idée de La Caverne du Pont-Neuf ?
Vladimir Yavachev : L’année dernière, nous avons célébré les 40 ans du Pont-Neuf Wrapped, les 30 ans du Wrapped Reichstag à Berlin et les 20 ans de The Gates à New York. Nous avons réfléchi à la manière de marquer ces événements. Pour la Fondation Christo et Jeanne-Claude, il est essentiel de soutenir l’art dans l’espace public. C’est en quelque sorte un passage de témoin. J’ai donc suggéré à JR de proposer une intervention sur le Pont-Neuf en hommage à Christo et Jeanne-Claude. Cette idée de transformer le pont avait déjà émergé en lui dans le cadre du cycle artistique qu’il a développé autour des cavernes.
Christo et JR au Museum of Modern Art de San Francisco lors de l’exposition de JR « Les Chroniques de San Francisco »
JR, parlez-nous de ce cycle de cavernes, Retour à la caverne, au palais Garnier (2023), et La Nascita (2024), à Milan, où vous avez transformé la façade de la gare et la Piazza Duca d’Aosta en un paysage rocheux avec votre première anamorphose sculpturale.
JR : Je souhaitais inviter les gens à explorer les failles intérieures des bâtiments. Là, avec La Caverne du Pont-Neuf, on pourra, pour la première fois, littéralement pénétrer dans une caverne. Je n’aurais jamais pensé pouvoir créer une œuvre qui me permette d’imaginer ce qu’on trouve à l’intérieur. Mes recherches ont été très enrichissantes, notamment les échanges avec des historiens et des philosophes comme Charles Pépin. L’idée de la caverne est inscrite dans notre ADN ; c’est la peur de l’obscurité, et en même temps, il existe de magnifiques métaphores, comme chez Platon. Une question fondamentale se pose à chacun d’entre nous. Voilà ce que devrait être l’art et cela me passionne.
V. Y. : C’est très freudien. On entre dans une grotte et on a un rapport différent au pont quand on est dans le noir. C’est une œuvre tridimensionnelle, et non pas un trompel’œil à deux dimensions. Donc, on peut l’appréhender sous différents angles et multiples perspectives. Mais il faut d’abord le voir. C’est toujours une surprise. C’est comme découvrir son bébé à l’échographie et le voir vraiment !
JR, est-ce que vous avez été directement inspiré par la façon de travailler de Christo et Jeanne-Claude ?
JR : Vladimir nous a montré des photos et diverses recherches et études qu’ils avaient menées. Cela nous a incités à envisager une approche différente, avec nos propres techniques ; c’est une collaboration formidable. Nous allons aussi nous appuyer sur des médiateurs qui seront présents aux abords de l’œuvre et répondront aux questions des visiteurs, au long de sa présentation, sur le modèle de ce que Christo et Jeanne-Claude réalisaient pour chacune de leurs œuvres. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant.
Ce projet immersif, long de 120 mètres, est à l’échelle architecturale. Quels nouveaux défis cela représente-t-il ?
JR : Ce mois-ci, nous construisons un huitième du pont dans un lieu secret afin d’observer l’interaction de la lumière et chaque détail, de l’odeur aux vibrations.
« Certaines personnes qui ont vu le PontNeuf m’ont dit ne pas se souvenir de l’avoir traversé, mais plutôt être restées là, devant, hypnotisées. C’est d’abord une affirmation architecturale surgissant au cœur de la ville, et ensuite, on peut y entrer. »
On prend beaucoup de risques et on ne sait jamais vraiment ce que ça va donner avant le dernier moment. Je dois réfléchir à ce que je veux que les gens ressentent en le traversant. Même si on peut se promener dans la caverne, ce n’est pas la seule façon d’apprécier l’œuvre. On peut l’admirer sous de nombreux angles dans la ville. Certaines personnes qui ont vu le Pont-Neuf m’ont dit ne pas se souvenir de l’avoir traversé, mais plutôt être restées là, devant, hypnotisées. C’est d’abord une affirmation architecturale surgissant au cœur de la ville, et ensuite, on peut y entrer.
V. Y. : C’était pareil avec l’Arc de Triomphe Wrapped [2021]. La plupart des gens voulaient voir le projet mais pas forcément pénétrer à l’intérieur ou se rendre à son sommet.
Quelles similitudes percevez-vous dans votre travail en termes d’éphémère et de réaction à l’espace public ?
JR : D’abord, l’impact sur un public qui ne fréquente pas forcément les musées. Lorsqu’on touche des milliers de personnes à un moment où elles s’attendent le moins à un changement dans leur environnement, elles ne l’oublient jamais. Certains New-Yorkais disent ne se souvenir d’aucun événement aussi important ou ambitieux depuis The Gates. Nous avons également constaté comment cette énergie a galvanisé les foules lors des Jeux olympiques de Paris.
V. Y. : Travailler dans l’espace public, c’est s’immerger dans la réalité, car on n’est pas dans un espace contrôlé comme dans un musée ou une galerie. Il y a les aléas climatiques : s’il fait très froid, ou très chaud ou s’il pleut, cela suscite des émotions différentes chez les visiteurs et influence profondément leur perception de l’œuvre.
Christo et Jeanne-Claude ont mené de longs et difficiles combats pour concrétiser leurs projets. Comment les choses ont-elles changé depuis ?
V. Y. : Quand on demandait à Christo et Jeanne-Claude quel avait été leur projet le plus difficile, ils répondaient toujours le Pont-Neuf. Ce fut une véritable montagne russe émotionnelle, un tourbillon d’autorisations à cause du conflit politique entre le président François Mitterrand et Jacques Chirac, alors maire de Paris. Les choses ont bien changé depuis. L’Arc de Triomphe Wrapped a été l’un des projets les plus faciles que nous ayons jamais mené. La perception de l’art dans l’espace public a
énormément évolué ; 90 % des gens, même s’ils ne le comprennent pas, le considèrent comme tel.
En quoi cela a-t-il facilité les choses pour la génération suivante ?
JR : Quand j’ai rencontré Christo, ma première question a été : « Pourquoi s’infliger toute cette paperasse pendant quinze ans pour une installation au lieu d’attendre le bon moment ? » Il m’a répondu : « Le projet existe déjà, même s’il n’existe pas physiquement. Il est dans l’esprit des gens. » Hier, j’étais à la mairie pour une réunion avec soixante-dix personnes – pompiers, élus –et je me suis rendu compte de ce que Christo et Jeanne-Claude ont vécu à chaque étape.
Leur investissement pour le Pont-Neuf a ouvert la voie et a grandement facilité la réalisation de mon projet. La plupart des personnes travaillant à la mairie et au gouvernement ont vu le Pont-Neuf Wrapped et connaissent l’impact qu’il a eu. Si personne aujourd’hui ne cherche à bloquer mon projet, c’est grâce à cet héritage.
V. Y. : Avec JR, il y a une dimension sociale – je pense aux favelas de Rio qu’il a habillées –, tandis qu’avec Christo et Jeanne-Claude, c’était l’aspect visuel qui primait. La génération précédente était confrontée à une vision de l’art utilisé comme outil de propagande ou à des fins religieuses dont les artistes n’ont eu de cesse de chercher à s’affranchir. La génération de JR est libérée de ce poids. ○
Lorsqu’il était jeune étudiant à l’École des beaux-arts de Sofia dans les années 1950, Christo passait ses étés à aider les agriculteurs à embellir leurs fermes. « L’Orient-Express traversait la Bulgarie et les dirigeants communistes voulaient que les fermes paraissent prospères. Les étudiants en art furent envoyés enseigner aux paysans tout l’aspect visuel, comme par exemple l’emplacement des tracteurs », raconte Vladimir Yavechev, le neveu de Christo. « Christo aimait beaucoup parler à des gens sans formation artistique et leur montrer comment ils devaient procéder. Cet enthousiasme a insufflé ses projets en l’amenant à s’adresser aux gens extérieurs au monde de l’art. »
Christo arrive à Paris en 1958, gagnant sa vie avec des portraits à l’huile. Il rencontre Jeanne-Claude en lui livrant un portrait de sa mère, l’épouse du général Jacques de Guillebon. Peu après avoir commencé à emballer de petits objets, des paquets et des boîtes de conserve, il réfléchit à la manière d’adapter et amplifier ses idées à l’envergure de l’espace public. En 1962, il crée un « rideau de fer » avec des tonneaux métalliques qui bloque la rue Visconti dans le 6e arrondissement, une référence poétique au mur de Berlin. Cette performance préfigure des œuvres comme The London Mastaba (2016-2018) sur le lac Serpentine.
Les installations du célèbre couple ont métamorphosé des paysages à travers le monde, émerveillant les visiteurs par leur beauté et leur ampleur. Connues pour leur nature éphémère, leurs réalisations prenaient souvent de longues années, voire plusieurs décennies avant de voir le jour. Valley Curtain (1970-1972), par exemple, s’est étendu sur une vallée du Colorado pendant seulement 28 heures. The Umbrellas (1984-1991) a vu des parapluies bleus disséminés dans une vallée d’Ibaraki, au Japon, s’ouvrir le même jour que des parapluies jaunes en Californie. The Gates (1979-2005) a orné Central Park à New York de milliers de panneaux de tissu ondulants. Floating Piers (2014-2016), sur le lac d’Iseo, a vu des pontons flottants être recouverts de tissu jaune scintillant sur lesquels des milliers de visiteurs ont marché. Tous ces projets ont été financés avec la vente de leurs propres œuvres.
Depuis la disparition de Christo en 2020 (Jeanne-Claude est décédée en 2009), c’est Vladimir Yavachev qui gère leur héritage. Il a notamment finalisé la réalisation d’Arc de Triomphe Wrapped (1961-2021) à titre posthume. Il a commencé à collaborer avec le couple sur The Umbrellas. « Christo était toujours comme une sauterelle, courant partout et exaspérant le photographe comme le cinéaste. Transmettre des émo-
tions visuellement est ce qu’il y a de plus difficile. En musique, les émotions arrivent beaucoup plus vite. Le plus passionnant, c’est de voir comment chacun l’interprète différemment. »
Aujourd’hui, Vladimir Yavachev travaille à The Mastaba, un projet pour Abu Dhabi. Imaginée comme une pyramide trapézoïdale avec une façade en mosaïque façonnée avec des centaines de milliers de barils multicolores, cette œuvre sera, selon lui, la plus grande sculpture au monde. « La surface qu’elle occupe équivaut à environ 60 terrains de football américain », s’exclame-t-il. Le projet est né en 1977, après que Louis de Guiringaud, alors attaché culturel, a parlé au couple de la création des Émirats arabes unis. Une fois devenu ministre des Affaires étrangères, il organisa leur première visite à Abu Dhabi. Actuellement, Vladimir Yavachev est en train de négocier le choix du site : « La construction durera quatre ans et nous fabriquerons les barils sur place. » ○
Par Anna Sanson Journaliste et correspondante pour The Art Newspaper, The Design Edit et Artnet.
« Christo aimait beaucoup parler à des gens sans formation artistique et leur montrer comment ils devaient procéder. Cet enthousiasme a insufflé ses projets en l’amenant à s’adresser aux gens extérieurs au monde de l’art. »
Voyage au cœur du xviiie siècle. Un chef-d’œuvre de marqueterie Boulle attribué à Alexandre-Jean Oppenordt, qui sera présenté dans la collection Röbbig.
Cette année marque le cinquantième anniversaire de l’ouverture des galeries Röbbig à Munich, en 1976. Réputée pour sa spécialisation dans la porcelaine ancienne de la plus haute qualité, avec un accent tout particulier sur les œuvres rares et précoces de Meissen, la galerie présentait également des pièces provenant d’autres manufactures européennes majeures, notamment Frankenthal, Fürstenberg, Nymphenburg, et Höchst, couvrant ainsi l’ensemble de la production du xviiie siècle en Allemagne et en Autriche. Parmi les œuvres phares de cette collection figurent un ensemble de sujets figuratifs de Meissen ainsi qu’un exceptionnel ensemble de quinze pièces issues du célèbre service Hoff, réalisé à Nymphenburg pour la cour de l’Électeur de Bavière Maximilien iii.
Dans cette collection, chaque pièce semble suspendue dans le temps. Ici, le mobilier français du xviiie siècle dialogue avec la porcelaine la plus délicate, comme dans une exposition où chaque objet raconte sa propre histoire. Témoins du raffinement et de l’excellence des arts décoratifs sous l’Ancien Régime, les pièces de mobilier illustrent la virtuosité de maîtres tels que Jacques Dubois, Pierre Roussel, Pierre iv Migeon ou encore François Mondon. Par la qualité de leurs lignes, la richesse des matériaux et la perfection de leur exécution, ces créations incarnent l’âge d’or de l’ébénisterie française.
Pour exemple, ce bureau Mazarin est un rare témoin de l’utilisation d’une marqueterie en trois tons de laiton, étain et écaille de tortue. La qualité de sa marqueterie, ses motifs raffinés et la symétrie parfaite de son plateau suggèrent sans doute l’intervention d’Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715), ébéniste ordinaire du roi et contemporain d’André-Charles Boulle. La pièce se distingue par son placage arrière raffiné, une rareté absolue pour un bureau Mazarin, indiquant qu’il était destiné à être admiré au centre d’une pièce dans une grande demeure.
Ce bureau s’inscrit dans une tradition prestigieuse : il rappelle le célèbre bureau brisé de Louis xiv conservé au Metropolitan Museum, ainsi que des commodes et cabinets, notamment ceux de Stratfield Saye dans le Hampshire, demeure ancestrale du duc de Wellington, attribués à Oppenordt ou fortement inspirés par lui. Son style sophistiqué et son exécution impeccable témoignent de l’excellence des ateliers royaux parisiens de la fin du xviie et du début du xviiie siècle.
L’estampille « I. Dubois » au revers révèle que ce bureau a probablement été restauré au milieu du xviiie siècle par Jacques Dubois (1693-1763), l’un des plus grands ébénistes de l’époque Louis xv, qui adapta également ses pieds au goût rococo du moment.
Autrefois dans la collection Boulle de Warwick Castle, constituée par le 2e et le 3e comte de Warwick, ce bureau Mazarin a traversé les siècles en conservant toute sa splendeur, symbole du raffinement absolu du mobilier français et de l’art du luxe sous Louis xiv et Louis XV. ○
Par Louis-Xavier Joseph Directeur Europe du département Mobilier
Bureau Mazarin en marqueterie en première partie de laiton gravé et étain incrusté sur fond d’écaille de tortue et ébène d’époque Louis XIV, vers 1685, attribué à Alexandre-Jean Oppenordt (1639-1715) et estampillé I. Dubois (1693-1763), restauré par Jacques Dubois, vers 1750 Estimation : 50 000-80 000 € « From Meissen to Paris, The Röbbig Collection » Vente à Paris le 24 juin
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Françoise et Jean-Philippe Billarant interviewés par Guy Boyer
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Façade du silo à grains situé à Marines (Val-d’Oise) qui a été réaménagé par l’architecte Xavier Prédine-Hug
↓ Vue de l’exposition INTERVIEW DE Françoise et Jean-Philippe Billarant
Tous les deux ans, Françoise et Jean-Philippe
Billarant proposent en juin un raccrochage de leur collection d’art minimal, d’art conceptuel et d’abstraction géométrique dans un lieu surprenant du nord de Paris, un silo à grains situé à Marines (Val-d’Oise) qui a été réaménagé par l’architecte Xavier Prédine-Hug. Des ensembles de François Morellet et Philippe Decrauzat, des sculptures de Carl Andre et Richard Serra, des peintures de Cécile Bart et Felice Varini, des installations de Daniel Buren et Krijn de Koning, des inscriptions de Robert Barry et Lawrence Weiner se répondent, avec élégance et retenue, sous cette vaste nef moderniste et dans les espaces privés du haut de la tour. Bref aperçu des raisons de cette passion qu’ils aiment partager avec le public.
Pourquoi ce rythme bisannuel ?
Pour faire découvrir les pièces nouvelles et mettre les anciennes dans des situations différentes. Il y a deux ans, par exemple, nous avions mis en avant le travail de l’Américain Peter Downsbrough car il venait de nous quitter. Cette année, à partir du 28 juin, on rendra hommage à Ceal Floyer et à François Morellet pour l’anniversaire des cent ans de sa naissance.
Gardez-vous votre habitude de faire le tour des lieux exposant les artistes qui vous sont le plus proches ?
Pendant des années, nous avons sillonné la France, l’Allemagne, le Bénélux et la
Minimalisme & transmission La collection Billarant
Vue de l’exposition
Suisse pendant l’été pour voir les expositions de nos préférés. Aujourd’hui, nous avons ralenti un peu le rythme. Mais, à côté des plasticiens, nous avons également les compositeurs de musique auxquels nous passons régulièrement des commandes. En novembre dernier, par exemple, nous étions à Francfort et Stuttgart pour Helmut Lachenmann, qui est un très grand compositeur comme l’était Pierre Boulez. Lors du festival Les Volques à Nîmes, nous sommes allés écouter l’œuvre de Rebecca Saunders, une compositrice britannique à qui nous avions demandé une œuvre.
Quelle est la première œuvre que vous avez achetée ?
Une toile d’Alberto Magnelli de 1914. Puis, pour les plus contemporains, une sculpture de Donald Judd.
Qu’est-ce-qui vous anime ?
Connaître les artistes et les faire connaître. Il y a bien sûr les musées et les galeries mais
les artistes que nous avons soutenus ne sont pas ceux qui sont le plus exposés. Du moins à l’époque. C’est le but du Silo où nous sommes présents presque toutes les semaines et où nous recevons beaucoup.
Continuez-vous à acheter ?
Presque toujours les œuvres des artistes que nous avons suivis depuis longtemps. À deux ou trois exceptions près, comme David Horvitz, Alexandre Curlet, Paul Czerlitzki ou Jochen Lempert.
Ce photographe n’est pourtant pas dans votre droite ligne minimaliste et conceptuelle ?
Non, mais ses présentations murales et ses vitrines composées comme des cabinets botaniques flirtent avec la poésie et c’est l’une des raisons majeures de notre choix. ○
Propos recueillis par Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des arts.
ELLIE PEUGEOT
Hommage au processus créatif
Sotheby’s a demandé à la décoratrice de concevoir la scénographie de la prochaine vente « Important Design » le 28 mai à Paris.
Une mise en scène autour de pièces emblématiques des plus grands créateurs des xxe et xxie siècles.
Installée à Paris en 2023, après avoir vécu à Londres où elle était une brillante avocate, Ellie Peugeot a très vite fait parler d’elle dans un tout autre domaine, celui de la décoration. Une activité qu’elle avait démarrée parallèlement à sa carrière de juriste et qui a rapidement pris le dessus. Plusieurs chantiers londoniens et parisiens, des scénographies pour Aline Chastel au PAD Paris et avec Hauser & Wirth à Gstaad, lui ont apporté une notoriété que son énergie, sa gaieté et son sens des relations publiques ont décuplée. Quand on lui demande si elle a des figures inspirantes, elle cite Robert Kime et Christopher Gibbs, mais aussi JeanMichel Frank, Armand-Albert Rateau, Louis Süe et André Mare. Mettre en scène la vente « Important Design » ne pouvait mieux lui convenir.
Allez-vous partir d’un thème pour votre scénographie ?
Pas vraiment d’un thème, mais d’une philosophie. L’idée est de revenir à l’origine de l’œuvre, à l’ADN artistique, comme une célébration du processus créatif. Avant que certaines de ces pièces ne deviennent des
INTERVIEW DE Ellie Peugeot
Marc du Plantier
Lit égyptien, vers 1939
Estimation :
80 000-120 000 €
« Important Design »
Vente à Paris le 28 mai
icônes du xxe siècle, elles ont été façonnées par des artistes, qui étaient motivés par le simple désir de créer ou par une recherche insatiable, sans penser à la dimension commerciale. Je souhaite rappeler cette ambiance d’expérience solitaire et autotélique.
Vous allez faire un décor qui rappellera leurs ateliers ?
Oui, j’aimerais créer un voyage immersif, qui évoquera les environnements créatifs dans lesquels ces artistes ont travaillé. La mise en scène sera une invitation à ralentir et à redécouvrir l’âme de l’œuvre, la vulnérabilité et la discipline derrière la pièce finie. Ce serait un succès si cela permettait aux gens de regarder les œuvres non seulement comme des pièces de design importantes, mais aussi comme des artefacts de tout ce que nous aimons : le travail manuel, le risque créatif, la persévérance. Je suis en discussion avec différentes galeries et musées pour reproduire quelques documents d’archives, afin d’accompagner cette évocation. Il y aura également des projections. Cela dit, l’exposition ne sera pas un exercice purement didactique, il y aura aussi de la fantaisie, avec par exemple l’intervention de Thierry Boutemy autour de pièces des
Lalanne. Je vois beaucoup de similitudes entre eux, au-delà de la fascination évidente pour la nature.
Cette vente et sa mise en scène vous ont-elles fait mieux connaître le travail de certains créateurs ?
Oui, bien sûr, par exemple, j’admirais le travail de Jean Dupas, en particulier les panneaux décoratifs qu’il avait créés pour le grand salon du Normandie, mais en faisant des recherches pour cette exposition, j’ai découvert beaucoup de commandes privées dont j’ignorais l’existence.
Parmi ces créateurs, y en a-t-il un que vous auriez aimé connaître ?
Diego Giacometti ! Je le trouve intéressant à cause de sa vie passée dans l’ombre. En tant que frère cadet d’Alberto Giacometti, il a travaillé pendant des décennies comme assistant, puis est lentement devenu un créateur majeur, même s’il vivait modestement, évitait la célébrité, se souciant essentiellement des animaux et de son métier. Son mobilier est plein d’esprit et de mélancolie, et sa vie
« J’ai repéré le bureau de Pierre Chareau à la très belle provenance, puisqu’il avait été conçu pour Madeleine Dior, la belle-sœur du couturier. Avec ses éléments coulissants et ses compartiments dissimulés, il est comme un morceau d’architecture cinétique. »
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Pierre Chareau Bureau MB405
Appartement de Raymond et Madeleine Dior, Paris, 1927
soulève des questions sur la création, l’humilité et la reconnaissance tardive. Il y a quelque chose de profondément émouvant chez lui en tant que personne. Diego est intéressant parce qu’il ne semblait pas être intéressant.
Faisons un rêve : avec quelle pièce de la vente aimeriez-vous repartir ?
J’ai immédiatement eu un coup de cœur pour le lit « égyptien » de Marc du Plantier, j’adore les pattes arrière ! J’ai également repéré le bureau de Pierre Chareau à la très belle provenance, puisqu’il avait été conçu pour Madeleine Dior, la belle-sœur du couturier. Avec ses éléments coulissants et ses compartiments dissimulés, il est comme un morceau d’architecture cinétique. ○
Propos recueillis par Éric Jansen
Journaliste et photographe, il collabore à de nombreux magazines lifestyle. Il est l’auteur de Destinations Jean-Louis Deniot (Rizzoli), Nouveaux cabinets d’amateurs (Gourcuff Gradenigo), Louis Benech, douze jardins en France et Louis Benech, douze jardins ailleurs (Gourcuff Gradenigo).
→ Alberto Giacometti Lampadaire modèle Figure dit aussi Tête de femme, version étroite, le modèle créé en 1933, bronze patiné
Estimation :
200 000-300 000 € « Important Design » Vente à Paris le 28 mai
PRÉCIEUSES RELIURES D’UNE BIBLIOPHILE
PAR
Anne Heilbronn
Dans ce monde de la bibliophilie souvent codifié, Georgette Salles détonne. Elle est une collectionneuse atypique, guidée par un seul maître : son plaisir. « Je suis ménagère », répondait-elle un jour avec malice à un libraire trop curieux, s’amusant de ne pas appartenir au sérail. Cette anecdote résume son esprit : Georgette est drôle, vive et d’une indépendance farouche. Elle n’a jamais acheté pour « faire bien », mais pour ce qui la faisait vibrer. Sa collection reflète cette liberté. Grande lectrice, ancienne institutrice issue d’un milieu très modeste, elle connaît et a lu presque tous les textes qu’elle possède et s’amuse de certains. Elle aime les textes – la poésie surtout, Éluard, Char – avant de se laisser emporter par la passion de la reliure. Elle achète sa première reliure, réalisée par Pierre Legrain sur Le Baiser au lépreux de François Mauriac, à la vente Henri Petiet en 1992. Sa première « vraie » reliure de Jean de Gonet, elle l’acquiert à la vente Philippe Zoummeroff en 1995 : Moulin Premier de René Char.
Parmi les 150 lots que compte cette collection, un tiers a été relié par Jean de Gonet (48, dont 13 revorim et un moule), avec lequel Georgette et Claude Salles ont
« Grande lectrice, ancienne institutrice issue d’un milieu très modeste, elle connaît et a lu presque tous les textes qu’elle possède et s’amuse de certains. Elle aime les textes – la poésie surtout, Éluard, Char –avant de se laisser emporter par la passion de la reliure. »
entretenu une longue amitié. La première reliure qu’elle lui commande est cette si jolie reliure rose poudré sur Œillades ciselées en branche. En deuxième et troisième positions viennent PierreLucien Martin et Georges Leroux. À ce trio s’ajoutent Monique Mathieu, Renaud Vernier, Daniel-Henri Mercher, Séguy, Rose Adler, frère Claes, Paul Bonet, Pierre Legrain pour n’en citer que quelques-uns. Sa préférée ? Difficile pour elle de le dire, mais sans doute la reliure à décor d’iris de Jean de Gonet sur Lespugue ou Madame Edwarda en veau monotypé à motif de spermatozoïdes.
Certains livres dépassent le seul critère de la reliure, et tant mieux si celle-ci recouvre un grand papier avec provenance et pièces ajoutées. C’est le cas de Calligrammes, l’exemplaire de Jacques Guérin, l’un des quatre sur japon, relié par Huser et enrichi d’un poème autographe d’Apollinaire ;
de La Chèvre-Feuille, l’exemplaire de Dora Maar, illustré d’un grand dessin à l’encre de Picasso, habillé d’une merveilleuse reliure souple en jonc de Jean de Gonet. Non reliée, mais sous chemise de Leroux, La Prose du Transsibérien illustrée par Sonia Delaunay est l’un des lots phares de la vente. « Ça fait rêver, le Transsibérien », dit-elle : cela lui rappelle son voyage à Moscou en 1956 : « Ce n’était pas le Transsibérien… On a mis trois jours pour faire Paris-Moscou en locomotive à vapeur. »
Mais ce qui frappe le plus, c’est l’intimité qu’elle entretient avec ses livres. Sa mémoire est impressionnante : elle connaît la provenance de chacun. Chez elle, sur des étagères de verre, elle organisait de véritables « expositions privées » et rédigeait des catalogues manuscrits, juste pour le plaisir de partager avec son mari, ou pour initier sa petite-fille à la beauté tactile d’un Liberté de Paul Éluard. Si cette vente porte le titre de « Collection Georgette J. Salles », elle est indissociable de Claude. C’est l’histoire d’une vie à deux. Sportif, protecteur, il s’est laissé « embarquer » par amour dans cette aventure de papier. Les livres ont été pour eux une nouvelle vie qui a cimenté leur couple.
Alors que Georgette s’apprête à fêter ses 90 ans, Sotheby’s est fier de présenter cet ensemble bâti dans la gaieté et la liberté. Parmi tous ces trésors, il en est un qui résume tout. Ce n’est pas le plus précieux, mais le plus émouvant : La Femme de ma vie, offert par Claude à Georgette. Il raconte bien plus qu’une collection de reliures : une passion, une exigence et une magnifique histoire. ○
Collection
Georgette J. Salles
BEAUX LIV R ES
RENCONTRE AVEC
Charlotte Casiraghi
Àla demande, Charlotte Casiraghi
sort La Fêlure de son sac à main. « Tout à coup, c’est réel et cela me touche », avoue-t-elle. Cependant, avant de se plonger dans son nouveau livre – une « enquête littéraire » personnalisée qui examine la force créatrice de grands noms tels que Balzac, Colette, Duras, Fitzgerald et Sand après leur effondrement –, Charlotte Casiraghi met en avant la couverture du livre, réalisée par l’artiste belge Éloïse Van der Heyden.
C’est surprenant, mais la fille aînée de la princesse Caroline sort des sentiers battus. Récemment, elle a endossé divers rôles, allant d’ambassadrice mondiale de Chanel à directrice des Rendez-vous littéraires de la rue Cambon, en passant par co-auteure d’Archipel des passions (2018) avec le philosophe Robert Maggiori. Néanmoins, La Fêlure est une œuvre solo. « Avec chaque portrait, j’ai voulu explorer différents angles, explique Casiraghi. George Sand,
Charlotte Casiraghi a dévoilé son tout premier livre, La Fêlure, le 29 janvier 2026 aux éditions Julliard.
ESSAIS ROMANS
par exemple, est l’opposée de Fitzgerald. Elle se jette à corps perdu dans la passion, tandis que Fitzgerald tente de contrôler son apparence jusqu’à ce qu’il n’y parvienne plus. » La Fêlure a nécessité un an d’écriture. « Mais j’y pensais depuis longtemps », révèle-t-elle. Son œuvre reflète sa passion pour la littérature et la poésie, tout comme les Rendezvous littéraires de Chanel, lancés en 2021, qui ont accueilli des personnalités telles que Rachel Cusk, Sarah Chiche et Katie Kitamura. « Chaque rendez-vous est inattendu, mais c’est là toute la magie de la conversation », dit-elle. « Discuter avec d’autres écrivains m’a encouragée et soutenue. » ○
Par Natasha Fraser-Cavassoni
Natasha Fraser-Cavassoni est une écrivaine, journaliste et productrice de documentaires basée à Paris.
Elle est l’auteure de seize livres, dont Monsieur Dior, After Andy et Tino Zervudachi.
↑ DOG DAYS
C’est l’une de mes œuvres préférées, car j’adore les teckels et j’en ai toujours eu. La façon dont Hockney rend hommage à ses teckels (Stanley et Boodgie), qui sont toujours à ses côtés lorsqu’il peint, est émouvante et joyeuse. Il leur donne tellement de caractère. J’aime particulièrement la façon dont ils dorment, enroulés l’un autour de l’autre.
Dog Days, écrit et illustré par David Hockney Londres, Thames & Hudson, 2011
↑ REQUIEM
À mon avis, Requiem est l’un des poèmes les plus importants du xxe siècle. Différente des œuvres précédentes d’Akhmatova, cette élégie obsédante décrit le traumatisme qu’elle a subi en perdant son fils et en survivant à la Grande Purge stalinienne. J’ai toujours apprécié les poètes russes. Avec peu de mots, Pouchkine et ses pairs évoquent un réalisme qui s’apparente au cinéma.
Anna Akhmatova, Requiem Paris, Interférences, 2005
→ LA VAGABONDE
Ce roman hautement autobiographique (1910) marque un tournant dans la carrière de Colette. Considéré comme son premier chef-d’œuvre, il retrace les aventures de Renée Néré, fraîchement divorcée, et son apprentissage de la vie en tant qu’artiste de vaudeville. Ce qui est magnifique, c’est l’atmosphère de l’époque, le monde burlesque et ses rencontres avec ses collègues artistes qui masquent leur tristesse et leur misère en se produisant avec une dignité imperturbable. Colette, La Vagabonde Paris, Albin Michel, 1992
↑ LA FÊLURE
Le livre autobiographique Crack-up (1936) est à la fois radical et inhabituel pour Fitzgerald. Le mélange d’honnêteté brutale, de courage et d’éloquence a retenu mon attention, car même si vous n’êtes pas alcoolique ou en pleine dépression, ce livre vous rappelle comment vous pouvez gâcher votre potentiel en poursuivant des objectifs qui ne sont qu’une échappatoire. Crack-up a inspiré mon livre.
La Fêlure, F. Scott Fitzgerald Éditions Folio, Paris 2014
↓ PENSÉES
Publié initialement en 1670, Pensées n’est pas un ouvrage facile. Évitez de le lire du début à la fin. Plongez-vous plutôt dans le livre pour découvrir par petites touches la perspicacité et l’esprit de Pascal. Il y évoque la fragilité de notre existence, notre incapacité à vivre sans distractions et la difficulté d’être confronté à notre vide personnel et à notre ego.
Dans l’espace intime du Salon, au premier étage du 83, rue du FaubourgSaint-Honoré, une sélection constamment renouvelée de montres de collection, de bijoux, de sacs à main et autres objets exceptionnels aux provenances remarquables est proposée à la vente, sans enchères ni liste d’attente. Voici l’offre du moment, riche en raffinements qui n’échapperont pas à l'œil de l’amateur.
Gérald Genta
Octo Bi-Retro Zebra, réf. OBR.X.60.999
Montre-bracelet en or blanc, sertie de diamants noirs et blancs avec heure sautante, minutes et date rétrogrades, vers 2009
Vendue : 18 400 €
Buccellati
Bracelet diamants Macri Classica
Vendu : 10 400 €
Impossible de croiser la Octo Bi-Retro Zebra de Gérald Genta sans esquisser un sourire. Cette montre, taillée dans l’or blanc et sertie de diamants noirs et blancs, joue d’un contraste savamment orchestré : un zèbre graphique, presque hypnotique, qui s’invite sur la lunette et le cadran comme un clin d’œil audacieux au monde animal. Et c’est précisément là le détail qui tue.
Loin d’être un caprice esthétique, ce motif zébré révèle tout l’esprit de Gérald Genta : un mélange de haute horlogerie et d’impertinence douce. Le design n’est pas seulement décoratif, il devient un langage. Les lignes géométriques du boîtier Octo rencontrent les rayures organiques du zèbre, créant une tension visuelle irrésistible. Résultat : une pièce qui semble à la fois sauvage et sophistiquée, luxueuse mais étonnamment accessible dans son esprit.
Et puis il y a la complication bi-rétrograde, signature de la maison : minutes d’un côté, date de l’autre, qui bondissent comme un animal prêt à filer dès qu’il atteint la fin de sa course. Là encore, tout est jeu, mouvement, personnalité.
La Octo Bi-Retro Zebra n’est pas qu’une montre. C’est une mini-sculpture horlogère, une prouesse qui transforme un détail insolite en véritable déclaration de style.
Buccellati
Bracelet diamants
Vendu : 17 980 €
JOAILLERIE
Depuis sa fondation à Milan par Mario Buccellati en 1919, l’entreprise est devenue synonyme de haute joaillerie artisanale où chaque création naît d’un savoir-faire issu de l’orfèvrerie Renaissance. La maison milanaise développe un langage où la gravure devient texture et où l’or prend des allures de tissu. Les maîtres orfèvres travaillent exclusivement à la main avec un burin, gravant le métal pour créer des textures qui évoquent des tissus précieux ou des motifs inspirés de la nature. Parmi les techniques signatures figurent le rigato : l’incision de fines lignes parallèles qui donne une brillance soyeuse rappelant la texture textile : le segrinato, une gravure dense et croisée produisant un effet velouté ; le telato, lignes hachurées évoquant le lin, et l’ornato, un ornement décoratif inspiré des brocarts et dentelles de la Renaissance.
Le bracelet rigide en or serti de dix diamants illustre parfaitement le rigato, emblématique de la collection Macri. Autour des diamants, un ornato décoratif floral stylisé enrichit l’ensemble.
Le bracelet en or deux tons serti de diamants associe un ajour proche d’une dentelle métallique à des bordures ciselées correspondant à un ornato décoratif textile. L’or jaune autour des panneaux ajourés est également travaillé au rigato, identifiable à ses lignes parallèles régulières.
Enfin, la bague en or, diamants et rubis combine ajour et ciselure : les motifs gravés autour de la pierre centrale relèvent d’un ornato organique, inspiré de formes florales stylisées, et l’or jaune sur les bords supérieur et inférieur de la bague est travaillé au rigato
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Hermès
Rose Confetti et bleu Atoll Epsom HSS
Kelly 28 Sellier Palladium Hardware, 2015
Vendu : 21 080 €
Buccellati
Bague rubis et diamants
Vendu : 14 880 €
HANDBAGS
Chez Hermès, les « stamps » discrètes apposées à l’intérieur des sacs constituent un véritable langage. Certaines indiquent le type de cuir utilisé : un carré pour l’alligator, deux points pour le crocodile niloticus… et témoignent du niveau d’exigence et de précision propre à la maison. Parmi ces marquages confidentiels, l’un revêt une signification toute particulière : le Horse Shoe Stamp plus communément appelé HSS
Ce petit fer à cheval, clin d’œil direct à l’héritage équestre de la maison Hermès, signale qu’un sac a été réalisé sur commande spéciale. Chez Hermès, la création d’un sac à la carte est un privilège accordé par la maison à certains clients. Elle leur permet de définir chaque élément du modèle : la taille, le cuir, les couleurs, ainsi que la garniture. Le sac devient alors une pièce unique, conçue spécifiquement pour son commanditaire, et se distingue immédiatement des productions classiques.
L’exemplaire présenté actuellement au Salon illustre parfaitement cette démarche. Il s’agit d’un Kelly 28 Sellier en cuir Epsom, réalisé en 2015, associant le bleu Atoll au rose Confetti et doté d’une garniture en palladium. L’harmonie des couleurs et la structure Sellier soulignent l’élégance du modèle, tandis que le Horse Shoe Stamp en révèle la véritable rareté. ○
Contact : Augustin Guillet de La Brosse augustin.guilletdelabrosse@sothebys.com +33 (0)1 53 05 52 80
Depuis le 25 octobre dernier, la Fondation Cartier a quitté ses locaux du boulevard Raspail à Paris pour s’installer dans l’ancien Louvre des antiquaires, face au musée du Louvre. « Espace de dialogue et d’expérimentation artistique », elle n’est ni un musée ni un centre d’art contemporain comme il y en a tant d’autres. Depuis sa création en 1984 par Alain Dominique Perrin, elle est un lieu à part, présentant au public des domaines de l’art souvent laissés de côté par les autres institutions, s’intéressant à des pratiques pluridisciplinaires et à des artistes venus de l’autre bout de la planète. La Fondation Cartier, c’est aussi une collection de plus de 4 500 œuvres de 500 artistes différents, de Joan Mitchell à JeanMichel Alberola. Pour l’inauguration de son nouvel espace conçu par l’architecte Jean Nouvel, elle a installé des pièces monumentales de Panamarenko, Absalon, Alessandro Mendini, Andrea Branzi et Olga de Amaral aussi bien que des ensembles de dessins ou photographies de Marc Couturier, David Lynch, Guillermo Kuitca et William Eggleston.
« Exposition générale », puisque tel est le titre de la première exposition de la Fondation Cartier dans ses nouveaux locaux, fait référence au passé du lieu, les Grands Magasins du Louvre ?
Tout à fait, car des expositions regroupant des objets d’arts décoratifs, des meubles ou des textiles y avaient lieu régulièrement et faisaient contraste avec les expositions classiques en s’ouvrant vers de nouveaux horizons. Notre exposition prolonge ainsi cette volonté d’élargissement du champ culturel et de circulation de nouveaux savoirs.
Comment s’est faite la sélection parmi votre fonds d’art contemporain qui est très important ?
Par leurs choix parmi les œuvres de la collection, les deux commissaires, Béatrice Grenier et Grazia Quaroni, retracent quarante ans d’art contemporain à la Fondation Cartier et soulignent la diversité de nos fonds allant de l’architecture au design, de la peinture au cinéma. Quatre sections en rappellent les lignes de force : Machines d’architecture, Être nature, Making Things et Un monde réel.
Avec ses niveaux de hauteur variable et ses espaces aux ambiances très différentes les unes des autres, le lieu est-il un atout pour montrer la collection ?
Jean Nouvel, qui connaît bien notre collection, a imaginé des plateaux mobiles qui poursuivent la tradition de l’architecture dynamique lancée il y a tout juste un siècle par Jean Prouvé à l’Exposition internationale de 1925. Cet aménagement permet de créer des formats innovants pour la programmation et de relier les espaces intérieurs à la ville avec ses larges baies donnant sur la rue de Rivoli et les façades du Louvre.
Quelles inflexions avez-vous données à la Fondation depuis votre arrivée à la place d’Hervé Chandès ?
D’abord, j’ai mené à bien ce transfert de nos activités au cœur de Paris et ce changement d’échelle car nous sommes passés de 1 200 à 6 500 m2 de surfaces d’exposition. J’ai voulu développer également les services destinés au public pour améliorer l’expérience de visite et la pédagogie. Le succès est au rendez-vous. Et je suis fier d’avoir poursuivi l’action menée par mes prédécesseurs : Marie-Claude Beaud, qui avait introduit de nouveaux domaines comme le design ou la philosophie, et Hervé Chandès avec tous les créateurs venus d’horizons lointains.
Votre carrière, entre art et théâtre, vous a-t-elle permis d’aborder cet univers artistique de manière différente ?
Ma première exposition, à l’université de Louvain en 1985, réunissait des plasticiens comme Dan Graham, Aldo Rossi et Thomas Schütte et des artistes du monde du théâtre. Ici, dans ce lieu de recherche d’expressions nouvelles entre les disciplines, je suis donc comme à la maison, comme si je me retrouvais au début de ma carrière.
Pour avoir dirigé la Réunion des musées nationaux, vous connaissez bien les structures publiques en France. Quelle est la différence avec la Fondation Cartier, qui est une structure privée ?
La maison Cartier a été imaginée par des personnalités curieuses du monde, voyageuses. La Fondation Cartier n’est pas un musée privé. C’est une institution consacrée aux artistes dont elle collectionne les œuvres. Elle a un engagement artistique avec son époque et reflète la liberté d’imaginer de sa maison mère.
Comment voyez-vous désormais la place de la Fondation Cartier à Paris ? Son emplacement, à deux pas de la Pinault Collection, vous oblige à faire une programmation différente de celle-ci ? Cet emplacement nous donne l’opportunité d’attirer de nouveaux visiteurs français et étrangers et de participer à la nouvelle vie d’un quartier qui s’est profondément transformé. En juin, nous allons ouvrir davantage notre programmation vers l’extérieur en installant sur la place du Palais-Royal la grande pièce de Raymond Hains évoquant le chantier du Grand Louvre. À l’automne 2026, l’artiste ghanéen Ibrahim Mahama invitera des artistes qui lui sont proches.
Si on laisse de côté la fermeture du Centre Pompidou pour travaux, l’offre d’art contemporain à Paris a beaucoup changé ces derniers mois. Pensez-vous que Paris est devenu un spot innovant ? Cette diversité et cette multiplicité d’offres culturelles représentent un foisonnement très positif pour Paris. Avec d’autres fondations comme Kadist, Lafayette Anticipations, Pernod Ricard ou Reiffers, nous permettons au public de rencontrer de jeunes artistes ou d’artistes inconnus du marché de l’art. Paris est devenue une place indispensable. ○
Propos recueillis par Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des arts
Nouvel, qui connaît bien notre collection, a imaginé des plateaux mobiles qui poursuivent la tradition de l’architecture dynamique lancée il y a tout juste un siècle par Jean Prouvé à l’Exposition internationale de 1925. »
Vue du salon de Londres, avec un tapis d’Ernest Boiceau, un canapé et des fauteuils de Jean Royère
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Vue de la salle à manger et du salon de New York, avec au premier plan une œuvre de Mark Rothko et une sculpture d’Alexandre Noll, au fond des œuvres d’Alexander Calder et Lucio Fontana avec des pièces de Marc du Plantier et Jean Dunand
En avril 2026, Sotheby’s New York aura le privilège de disperser une partie des collections de Jean et Terry de Gunzburg. Leurs maisons se sont façonnées au fil des œuvres qu’ils ont acquises et qui se sont intégrées à leur quotidien.
Tableaux, sculptures, objets et mobilier y dialoguent avec une évidence naturelle, dans des intérieurs pensés pour être habités plutôt que mis en scène. Chaque œuvre y trouve sa place, non comme un élément isolé, mais comme une présence essentielle. Jean et Terry de Gunzburg ont été accompagnés par leur ami, le décorateur Jacques Grange, qui en a dessiné les volumes, orchestré les circulations et su révéler, sans jamais l’imposer, la cohérence de cet ensemble.
Cette approche révèle un art de vivre profondément cultivé, où la collection n’est jamais une démonstration mais un langage, et où l’élégance naît de l’évidence, de la retenue et de la cohérence : un tapis d’Ernest Boiceau reçoit un salon Ours polaire de Jean Royère, tandis qu’un guéridon de Marc du Plantier cohabite avec une œuvre de Lucio Fontana quand une œuvre de Mark Rothko répond à un meuble en galuchat d’André Groult.
Leur goût se distingue par un éclectisme maîtrisé, où l’art moderne et contemporain cohabite avec les plus grands noms des arts décoratifs. Rien d’ostentatoire : tout tient à
la qualité intrinsèque des œuvres, à l’intelligence des rapprochements, à la justesse des proportions.
Pourtant, chaque pièce conserve une force autonome et une identité propre, capable d’exister pleinement par elle-même tout en enrichissant le dialogue avec l’ensemble. Certaines provenances confèrent à ces œuvres une aura particulière : issues notamment des collections d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, de Charles Templeton Crocker ou de Karl Lagerfeld.
Animés par le désir de faire évoluer leur espace de vie, Jean et Terry de Gunzburg offrent à certaines œuvres l’occasion de changer d’horizon. La vente consacrée aux arts décoratifs se tiendra à New York le 22 avril, tandis que celle dédiée à l’art moderne et contemporain aura lieu à la mi-mai, à New York également.
Cet ensemble exceptionnel comprendra environ 160 œuvres de Pablo Picasso, Georges Jouve, Paul Klee, Jean Royère, Lucio Fontana, Jean Dunand, Robert Ryman, Claude Lalanne, Agnes Martin, Jean-Michel Frank, Mark Rothko, Pierre Chareau, Anselm Kiefer, Marc du Plantier, Richard Serra, Alberto Giacometti, Alexandre Noll, Paul Dupré-Lafon, ou encore ArmandAlbert Rateau. ○
par Florent Jeanniard
Directeur du département Design
LE DERNIER CRI LE DERNIER CRI
Rare majolique de Minton, modelée par Paul Comoléra, représentant un paon grandeur nature, vers 1876
Vendue : 673 100 € 11 décembre 2025
À bon escient
Pré ciosi tés
Quand on parle joaillerie, la précision est de mise. Chaque mot se doit d’être soigneusement ciselé, à l’image du précieux propos. Voici quelques repères essentiels pour éviter les faux amis et employer, à bon escient, le vocabulaire qui éclaire toutes les facettes du bijou.
Le saphir n’est pas toujours bleu
Tous les saphirs ne sont pas bleus !
Contrairement à une idée reçue, tous les saphirs ne sont pas bleus. En effet, le saphir appartient à la famille des corindons, et sa couleur dépend notamment des éléments chimiques présents lors de sa formation. Ainsi, sa couleur bleue est due principalement à la présence de fer et de titane.
Mais le saphir peut aussi être jaune, rose, vert, violet, orange ou incolore (leucosaphir) ; on parle alors de saphirs de couleur.
Lorsque le saphir est bleu, l’usage veut que l’on ne mentionne pas la couleur. En revanche, si le saphir est d’une autre couleur que bleu, on se doit de le mentionner dans la description.
Un carat peut en cacher un autre
Carat ou K, quelle est la différence ? L’un (ct) désigne le poids des pierres, l’autre (K) désigne la pureté de l’or.
Le carat est une unité de poids qui a pour origine le caroubier, un arbre méditerranéen ancien. Cet arbre produit des gousses appelées caroubes. Or, les graines de caroube ont un poids constant et servaient de référence notamment pour le poids des pierres. Le poids de cette graine est d’environ 0,2 gramme. Aussi, aujourd’hui, dans notre système métrique, 1 carat = 0,2 gramme.
L’or est rarement vendu pur et est souvent le résultat d’un alliage (fréquemment avec de l’argent et/ou du cuivre). Les mentions 9K, 14K, 18K ou 24K indiquent la proportion d’or fin dans un alliage ; on parle de titrage. Ainsi, 24K signifie qu’il s’agit d’or pur tandis que 18K signale un titrage de 750°/000, autrement dit 750 grammes d'or pour 1 000 grammes de métal.
Le bouton de rose comme inspiration
Un diamant de taille rose n’est pas un diamant qui est taillé en forme de fleur mais en forme de bouton de fleur, plus précisément en forme de bouton de rose.
La taille rose est une taille ancienne qui est apparue en Europe et en Inde vers la fin du xvie siècle. Plusieurs variantes de taille rose existent. En effet, le nombre de facettes peut changer mais le principe reste toujours le même pour cette taille : une base plate et une partie supérieure bombée composée de facettes triangulaires. Aussi recense-t-on des tailles « rose primitive », « rose d’Anvers », « rose hollandaise », entre autres dénominations !
COLLECTION JEAN-MARIE ROSSI,
D’UN MONDE L’AUTRE
FROM MEISSEN TO PARIS,
THE RÖBBIG COLLECTION
Lille, Marseille, Nantes, Toulouse...
De Provence en provinces, de campagnes en Champagne, de villes en îles, nos régions révèlent continûment les trésors qui seront vendus chez Sotheby’s, que ce soit à Paris, New York ou Hong Kong.
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Estimation : 12 000-18 000 €
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BRETAGNEPAYS DE LA LOIRE ET TOURAINE
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Vase aux perruches, Modèle créé en 1919
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RHÔNE-ALPES
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Saint Michel terrassant le Démon
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FROM MEISSEN TO PARIS, THE RÖBBIG COLLECTION
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