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Futur Durable
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Caroline Siefarth & Frank Wilde
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Les visages de CoffeeB dévoilent comment la « capsule sans capsule » entend réinventer le café portionné, entre innovation suisse, durabilité et ambitions internationales. Local and seasonal cuisine
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focus.swiss
2 Éditorial
Monika Vollmer Michel
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Peut-être devrions-nous simplement appeler la durabilité par son nom
a durabilité est devenue un terme qui fait polémique. Pourtant, au fond, elle renvoie à quelque chose d’étonnamment simple : comment préserver une Suisse dans laquelle nous aurons encore plaisir à vivre demain, où nous pourrons prospérer économiquement et que nous pourrons transmettre à nos enfants dans de bonnes conditions ? En bref : il s’agit de notre capacité à construire l’avenir.
financier. Mais nous devrions davantage chercher les domaines dans lesquels les bénéfices écologiques et sociaux vont de pair avec les bénéfices économiques.
Le terme « durabilité » souffre d’un problème de compréhension. Demandez à dix personnes ce qu’elles entendent par là et vous obtiendrez dix réponses : changement climatique, protection de l’environnement, biodiversité, critères ESG, économie circulaire, justice sociale, réglementation, mobilité électrique, installations solaires. Peut-être aussi les pailles en papier, qui ne suscitent pas chez tout le monde un enthousiasme sans réserve.
Nous n’avons pas à sauver le monde, mais à construire notre propre avenir Reste la question de notre propre rôle. Personne ne pourra, ni ne voudra, mener sa vie de manière parfaitement durable à tous points de vue. Ce serait une exigence plutôt épuisante.
D’une idée raisonnable, nous avons fait un terme qui divise. C’est dommage. Car derrière toutes ces abréviations, stratégies et débats se cache une question toute simple : – À quoi voulons-nous que notre avenir ressemble ? – Voulons-nous un pays dont les entreprises sont prospères et créent des emplois et de la richesse ? Probablement oui. – Souhaitons-nous une eau propre, des sols fertiles, un air pur, des forêts en bonne santé et des paysages qui restent agréables à vivre pour les générations futures ? Sans doute tout autant. – Aspirons-nous à une société où les individus assument leurs responsabilités les uns envers les autres, tolèrent la diversité des opinions et savent résoudre leurs conflits sans se considérer comme des ennemis ? Là encore, il serait difficile de s’y opposer. – Et souhaitons-nous laisser à nos enfants une Suisse qui leur offre au moins autant de possibilités que celles dont nous avons bénéficié ? Si nous considérons la durabilité sous cet angle, elle perd une grande partie de sa charge politique et idéologique. Il ne s’agit plus avant tout de gauche ou de droite, de renoncement ou de croissance, de morale ou de prescriptions. Il s’agit de notre capacité à construire l’avenir. L’avenir arrivera de toute façon, mais à quoi ressemblera-t-il ? Cette question se pose aujourd’hui avec une certaine urgence. Non pas parce que le monde va disparaître demain, mais parce que les conditions-cadres évoluent à un rythme jamais vu auparavant. Les entreprises doivent composer avec les incertitudes géopolitiques, les nouvelles technologies, des ressources qui se raréfient et des chaînes d’approvisionnement plus vulnérables. Le changement climatique modifie les conditions de l’agriculture, du tourisme, des infrastructures et des assurances. Dans le même temps, notre société
C’est également là qu’intervient NZZ Sustainable Switzerland : un espace où la science rencontre l’économie et dialogue avec la société autour de solutions communes. Une approche fondée sur les faits, ciblée et réaliste.
vieillit, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée préoccupe de nombreux secteurs et l’intelligence artificielle transforme radicalement notre monde du travail. On peut considérer ces évolutions comme une menace, ou comme une opportunité. C’est particulièrement vrai pour la Suisse. Notre pays dispose de nombreux atouts pour faire face à ces transformations : un excellent système éducatif, des entreprises innovantes, une place financière forte, une stabilité politique, des institutions qui fonctionnent et une longue tradition de solutions pragmatiques. Si nous voulons participer à façonner le changement, nous devons nous demander : que pouvons-nous changer et améliorer ? Comment produire davantage de valeur avec moins de ressources ? Comment construire des bâtiments qui restent agréablement frais même lorsqu’il fait chaud ? Comment faire évoluer notre approvisionnement énergétique, notre mobilité et notre alimentation ? Comment concevoir des produits dont les matériaux puissent être réutilisés ? Comment utiliser l’intelligence artificielle pour rendre les processus plus efficaces ? Et comment faire en sorte que le progrès économique profite au plus grand nombre ? Ce ne sont pas des questions « vertes ». Ce sont des questions entrepreneuriales, sociétales et, au fond, très suisses. L’enjeu devient particulièrement intéressant lorsque durabilité et intérêt économique se rejoignent : lorsque réduire la quantité de matériaux signifie aussi réduire les coûts. Lorsque l’efficacité énergétique diminue la dépendance. Lorsque l’économie circulaire ouvre la voie à de nouveaux modèles d’affaires. Lorsque de bonnes conditions de travail permettent d’attirer des collaborateurs qualifiés. Lorsque la gestion responsable des sols et de l’eau ne sert pas seulement la nature, mais garantit aussi notre approvisionnement à long terme. La durabilité ne devient alors plus le contre-modèle de la prospérité, mais l’une des conditions permettant de la préserver. Cela ne signifie pas que toute mesure pertinente doit immédiatement produire un rendement
Le fait est que nous prenons des décisions chaque jour : en tant qu’entrepreneur, collaborateur, consommatrice, investisseur, voisin, parent, enseignant, ami ou citoyenne appelée à voter. Certaines ont des conséquences considérables ; la plupart sont étonnamment ordinaires. Nous pouvons travailler dans une entreprise qui pense à plus long terme. Soutenir une idée, même si elle ne profite qu’à quelques personnes. Éviter de gaspiller des ressources simplement parce qu’elles sont bon marché. Traiter les gens équitablement. Accepter un compromis, même si cela heurte notre ego. Écouter réellement une opinion différente. Ou simplement préférer une bonne solution à la solution la plus confortable. Aucune de ces actions ne changera à elle seule le monde. Mais, mises bout à bout, elles comptent. Après tout, la Suisse n’est pas devenue prospère parce qu’un jour quelqu’un avait élaboré le grand plan parfait. Une grande partie de ce que nous avons construit est née de mille petites améliorations, de l’esprit d’entreprise, de la recherche, de la recherche d’un équilibre entre les intérêts, de la responsabilité individuelle et de la volonté d’adapter sans cesse les choses. Pourquoi en irait-il autrement pour la durabilité ? Peut-être devrions-nous donc moins nous disputer sur tout ce que signifie la durabilité et sur la question de savoir à qui appartient ce terme, et davantage parler de la Suisse que nous souhaitons transmettre à nos enfants.
Contenu. 04 La Suisse de 2050 08 IA & durabilité 10 Interview : Caroline Siefarth & Frank Wilde 12 Agir durablement 16 Repenser la ville face au climat 18 Alimentation durable Focus Futur Durable. Chef de projet Adrien Avril CEO Carl-Henrik Hagelberg Rédactrice en chef Romandie Marie Geyer Graphistes Morgane Pedroletti, Marie Geyer Journalistes Océane Kasonia, Léa Stocky, Marc-Antoine Guet, Walter Nogueira, SMA Image de couverture màd Canal de distribution Tribune de Genève et 24Heures Imprimerie DZB Druckzentrum Bern
Smart Media Agency. Gerbergasse 5, 8001 Zürich, Schweiz Tel +41 44 258 86 00 info@smartmediaagency.ch redactionFR@smartmediaagency.ch focus.swiss
Une Suisse économiquement prospère. Innovante. Socialement stable. Agréable à vivre. Une Suisse qui gère ses ressources de manière raisonnable tout en restant curieuse face au progrès. On pourrait appeler cela la capacité à construire l’avenir. Ou tout simplement la durabilité. Texte Monika Vollmer Michel, NZZ Sustainable Switzerland
Bonne lecture ! Adrien Avril Project Manager
Brandreport • Equant AG
La technologie au service des processus critiques Aujourd’hui, les processus critiques pour l’entreprise doivent être efficaces, disponibles, sécurisés et adaptables. Rastad Askari, CTO et membre du conseil d’administration d’Equant AG, explique comment l’innovation technologique crée de la valeur grâce à une mise en œuvre fiable. et exigences réglementaires doivent donc être prises en compte dès le départ. La transformation numérique devient un avantage lorsqu’elle rend les entreprises plus efficaces, résilientes et agiles.
Rastad Askari CTO et membre du conseil d’administration d’Equant AG
Monsieur Askari, pourquoi la transformation numérique peut-elle devenir un avantage ou un risque dans les applications critiques ? La transformation numérique crée un avantage durable lorsque la technologie répond aux exigences de l’entreprise. Dans des secteurs comme la finance, la santé, l’énergie et les transports, fiabilité et qualité sont prioritaires. La mise en œuvre est déterminante : les technologies doivent renforcer les processus clés sans compromettre la sécurité ni l’exploitation. Les erreurs peuvent affecter la réputation, la satisfaction des clients et la continuité des activités. Sécurité, évolutivité
L’IA transforme presque tous les secteurs. Où crée-t-elle de la valeur et où l’humain reste-t-il indispensable ? L’IA est particulièrement performante dans le traitement de grandes quantités de données, la reconnaissance de schémas et l’automatisation des décisions récurrentes. Dans la fintech, elle permet par exemple d’analyser plus rapidement les transactions et les risques. La valeur réside toutefois dans la complémentarité entre l’humain et la machine. L’IA apporte ses capacités de traitement des données, tandis que l’être humain apporte expérience, intuition, empathie et responsabilité. Pour les décisions critiques, la compréhension du contexte et la responsabilité restent essentielles. L’IA doit donc être intégrée comme un outil de soutien aux capacités humaines. Comment introduire de nouvelles technologies sans compromettre
stabilité, conformité ou confiance ? L’innovation doit être associée dès le départ à la sécurité et à la gouvernance. Chez Equant, nous misons sur des processus de développement itératifs et des tests continus. « Développer d’abord, sécuriser ensuite » ne suffit plus : les risques doivent être identifiés avant la mise en production. Des principes d’architecture clairs, une approche rigoureuse de la sécurité et une prise en compte précoce de la conformité sont essentiels. Une gestion professionnelle des mises en production et des changements protège la stabilité du système. Cloud, IA et automatisation offrent de grandes opportunités lorsqu’ils sont utilisés de manière contrôlée, transparente et avec des responsabilités clairement définies. Quel sera le facteur clé pour rester résilient et compétitif, et comment Equant y contribue-t-elle ? Les entreprises doivent pouvoir intégrer rapidement les changements tout en préservant leur stabilité. La résilience devient ainsi essentielle face aux cyberrisques, aux marchés en évolution et aux exigences réglementaires.
Equant accompagne ses clients de la stratégie à l’exploitation sécurisée, avec une offre allant du conseil informatique et du développement sur mesure aux solutions de réseau et de sécurité. Nous combinons Software-defined Networking et SASE avec des mécanismes tels que la microsegmentation. L’automatisation rend les environnements IT, OT et IoT plus sûrs, efficaces et transparents. Nos solutions sont notamment établies dans les secteurs bancaire et de la santé. Avec un ancrage suisse, un réseau national et plus de 25 ans d’expérience, Equant dispose des compétences technologiques et sectorielles nécessaires pour répondre aux enjeux des activités critiques. Notre ambition : créer une valeur ajoutée mesurable grâce à davantage de sécurité, d’efficacité et de résilience. Interview Walter Nogueira Plus d’informations sur www.equant.ch
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TBF + Partner • Brandreport 3
©MECUM, 2026. Tous droits réservés.
La durabilité doit être intégrée dès la conception des usines d’incinération : la nouvelle usine de La Chaux-de-Fonds Au cœur de La Chaux-de-Fonds, un nouveau chantier va prochainement démarrer : la reconstruction de l’usine d’incinération de la ville. Vadec SA a mandaté le groupement des mandataires MECUM, piloté par TBF+Partner AG et composé de WSP et Julien Dubois Architectes SA, pour l’accompagner sur ce projet visant à renouveler les infrastructures de valorisation énergétique des déchets de la région. Dans cette interview, Roberto Macchi, chef de projet MECUM, nous présente les objectifs de cette réalisation, mais aussi le rôle de TBF + Partner dans ce type de projets. Actuellement, plusieurs projets liés à la décarbonation, c’est-à-dire le remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables, occupent largement les équipes de projet.
Roberto Macchi Partenaire, Responsable de la succursale de Genève de TBF + Partner AG
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oberto Macchi est responsable de la succursale de Genève du bureau d’études TBF + Partner. Son parcours professionnel de plus de 20 ans dans le domaine de la valorisation et optimisation énergétique lui confère une solide expérience dans des projets liés à l’environnement et à la valorisation des déchets. Roberto Macchi, quelle est la mission de TBF+Partner et quels types de prestations proposez-vous ? Nous intervenons dans les domaines de l’énergie, de la valorisation énergétique des déchets et de boues d’épuration. Nous travaillons au niveau européen à la fois avec des clients publics, tels que des villes, des cantons et des provinces, et des clients privés actifs dans ces domaines. Le bureau d’études se positionne sur deux axes. D’un côté, nous accompagnons les projets de nos clients, de la phase d’étude jusqu’à la mise en service des installations. De l’autre, nous travaillons également sur des missions d’expertise plus spécifiques qui nous sont confiées, notamment autour de l’optimisation énergétique et du développement durable. Le bureau de Genève regroupe 20 ingénieurs. La succursale s’apprête d’ailleurs à fêter ses dix ans ! Toutes ces années d’expérience nous ont permis de consolider notre présence en Romandie et en France. Grâce au soutien des autres bureaux de TBF, nous pouvons désormais proposer des prestations dans le domaine du traitement des eaux, mais également en transport urbain et en génie ferroviaire. Surtout, nous avons su développer une réelle relation de confiance avec nos clients, que nous accompagnons avec rigueur, sécurité et écoute. Comment intégrez-vous les enjeux de durabilité dans chacun de vos projets ? Nous intégrons les enjeux de durabilité dès la phase d’étude de nos projets d’installations industrielles, ainsi que dans nos missions d’expertises plus ciblées. Cela passe, premièrement, par l’optimisation des procédés de traitement d’un point de vue environnemental et énergétique. Dans ce cadre, nous œuvrons également à la réduction de la consommation des ressources et à la valorisation des sous-produits dans une logique d’économie circulaire.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les plus grands défis auxquels votre secteur est confronté ? La durabilité doit être intégrée dès la phase de conception avec une approche globale. Par exemple la recherche de la performance énergétique ne doit pas pénaliser d’autres enjeux environnementaux tels que la consommation d’eau. La réduction des émissions de CO2 est devenue un enjeu majeur dans tous nos projets. Cet objectif peut être réalisé soit par le remplacement des combustibles fossiles, soit par la mise en place de systèmes de captation de CO2, soit par l’amélioration de l’efficacité des procédés industriels. Comment l’innovation et les nouvelles technologies transforment-elles votre façon de concevoir et de réaliser les projets ? Il est important de se rappeler qu’après la pandémie de Covid-19, les habitudes des clients ont changé, et les nôtres aussi. Nous avons pu intégrer de nouveaux outils numériques de collaboration, qui facilitent par exemple la collaboration ou le partage de documents. Pour accompagner la conception et le suivi de la réalisation, de nouveaux outils digitaux, tels que le Building Information Modeling (BIM), se sont également imposés. Ces installations virtuelles nous permettent, dès la phase d’étude, d’avoir une vue très précise et concrète sur le projet fini et aident les clients à anticiper les enjeux liés à l’exploitation. Nous sommes également en train d’intégrer des solutions d’intelligence artificielle pour optimiser les performances des installations grâce à l’analyse des données d’exploitation des différents sites.
Pouvez-vous nous présenter le projet que vous réalisez à La Chaux-de-Fonds et les objectifs qu’il poursuit ? Le client de ce projet est Vadec SA, l’entité publique qui gère le traitement des déchets de l’arc jurassien. Actuellement, Vadec exploite deux installations qui arrivent en fin de vie, une à Colombier et une à La Chaux-de-Fonds. Le but du projet est de remplacer ces deux usines par une seule installation à La Chaux-de-Fonds capable de traiter la totalité des déchets du canton neuchâtelois. L’un des objectifs prépondérant de ce projet consiste à valoriser les déchets pour alimenter le réseau de chauffage à distance de la ville. Cette approche s’inscrit pleinement dans les objectifs de la transition énergétique en favorisant une utilisation efficiente des ressources et en contribuant à la décarbonation du territoire. Quels sont les principaux enjeux techniques, environnementaux ou urbains de ce projet ? La nouvelle usine sera construite sur le même site que l’usine existante. Un des enjeux principaux est donc de concevoir la nouvelle installation dans un espace restreint pour maintenir l’usine actuelle en fonctionnement pendant la durée des travaux, en intégrant un procédé efficient d’un point de vue environnemental et énergétique.
inspirer vos futurs projets ? À ce jour, le projet rentre dans sa phase de réalisation. C’est pourquoi nos enseignements concernent surtout la phase d’étude. Nous sommes avant tout des ingénieurs et nous pensons principalement aux aspects techniques. Nous n’avons donc pas toujours la sensibilité liée à l’urbanisme du lieu. Le fait de porter, dès les débuts du projet, une attention particulière au paysage urbain nous a fait prendre conscience que le travail avec les architectes constitue un véritable atout. Cette collaboration nous permet d’élaborer une conception commune qui inclut déjà ce volet urbain que nous sous-estimons parfois. Si vous deviez résumer ce projet en une seule idée illustrant le « futur durable », laquelle choisiriez-vous ? Si nous comparons des projets similaires sur les vingt dernières années, nous voyons bien que la sensibilité aux enjeux environnementaux est beaucoup plus forte aujourd’hui. Une usine de nouvelle génération, telle que prévue à La Chaux-de-Fonds, s’intègre pleinement dans la définition d’une filière durable en transformant les déchets non recyclables en une ressource locale d’énergie et en réduisant la dépendance aux énergies fossiles. Interview Léa Stocky
Un phasage des travaux et une coordination détaillée sont nécessaires pour assurer la réalisation en toute sécurité sans perturber l’exploitation de l’usine existante. En matière d’urbanisme, le projet de La Chaux-de-Fonds a une spécificité : la ville dispose d’un label UNESCO et d’une zone patrimoniale protégée. L’usine n’est pas située directement dans la zone protégée, mais à proximité. Avec les architectes, nous avons donc dû trouver des solutions pour intégrer parfaitement la nouvelle usine dans le tissu urbain de La Chaux-de-Fonds. En quoi ce projet apporte-t-il une valeur ajoutée pour les habitants, les usagers et le territoire de La Chaux-de-Fonds ? La véritable valeur ajoutée de ce projet est de pouvoir profiter du raccordement au réseau de chauffage à distance qui assure la valorisation de l’énergie produite par le traitement des déchets. Celui-ci bénéficie de plusieurs avantages. Il permet notamment de remplacer des chaudières individuelles avec une installation centralisée, neuve et optimisée qui dispose d’un rendement énergétique plus élevé. De plus, grâce à la nouvelle turbine à vapeur la ville sera alimentée en électricité par une source locale et durable. Quels enseignements retirez-vous de cette réalisation et comment pourront-ils
TBF + Partner AG Quai du Seujet 10 1201 Genève www.tbf.ch
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La Suisse de 2050
Quels changements pour la Suisse d’ici 2050 ? À quoi pourrait ressembler la Suisse en 2050 ? Dans moins d’un quart de siècle, le pays devra avoir profondément transformé son système énergétique et réduit ses émissions nettes de gaz à effet de serre à zéro. Cet objectif est désormais inscrit dans la loi depuis l’adoption de la Loi sur le climat et l’innovation en 2023. notamment durant l’hiver ? Le développement de la production indigène, des réseaux, du stockage et d’une consommation plus flexible sera déterminant.
Avec la recharge intelligente et, à terme, la recharge bidirectionnelle, les véhicules pourraient également jouer un rôle dans la gestion du réseau électrique.
Sur ce point, swisscleantech défend une accélération du développement des énergies renouvelables. L’association estime également que la recharge intelligente des véhicules électriques, le stockage et une meilleure gestion des réseaux peuvent contribuer à équilibrer l’offre et la demande. Elle souligne toutefois que le développement des infrastructures doit être concilié avec la protection de la biodiversité.
Une transformation économique La transition climatique est aussi une transformation économique. De nouveaux marchés peuvent se développer dans les domaines de l’énergie, de la construction, de la mobilité et des technologies propres, tandis que certaines activités devront adapter leurs modèles.
S’adapter à un climat différent Même avec zéro émission nette, le changement climatique ne disparaîtra pas. La Suisse devra donc également adapter ses villes, ses infrastructures, son agriculture et son économie aux nouvelles conditions climatiques. La Confédération considère réduction des émissions et adaptation comme deux axes complémentaires de sa politique climatique.
C’est l’un des aspects mis en avant par swisscleantech, qui réunit des entreprises et organisations engagées en faveur d’une économie compatible avec les objectifs climatiques. L’association considère la transition comme un défi, mais également comme une source potentielle d’innovation et de nouvelles activités économiques.
Certaines émissions seront par ailleurs difficiles à supprimer totalement, notamment dans certains secteurs industriels, l’agriculture ou le traitement des déchets. La Suisse prévoit donc aussi le recours au captage et au stockage du CO2 ainsi qu’à des technologies permettant de retirer du CO2 de l’atmosphère.
Elle défend notamment une combinaison de réglementation, d’incitations et de mécanismes d’encouragement, ainsi qu’une politique visant à donner un signal économique au CO2.
Un avenir qui reste ouvert La Suisse de 2050 ne peut pas être prédite avec précision. Les scénarios énergétiques de la Confédération décrivent différentes trajectoires possibles plutôt qu’un avenir unique.
Ces choix font néanmoins l’objet de débats, notamment autour de leur coût, de leur impact sur la compétitivité et de leur acceptabilité.
Ce qui se dessine déjà est toutefois une transformation profonde : moins d’énergies fossiles, davantage d’électricité renouvelable, des bâtiments plus efficaces, une mobilité différente et de nouvelles solutions industrielles.
Des bâtiments plus sobres Le secteur du bâtiment sera également appelé à évoluer. Isolation, pompes à chaleur, réseaux de chaleur et production solaire pourraient progressivement remplacer les systèmes fonctionnant aux énergies fossiles. La Confédération considère la rénovation énergétique et le remplacement des chauffages fossiles comme des éléments importants de la trajectoire vers zéro émission nette. Image iStockphoto/OlyaSolodenko
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errière cette échéance se dessine une transformation qui concernera l’énergie, les bâtiments, la mobilité et l’industrie, mais aussi la manière dont la Suisse utilise ses ressources. Elle devra parallèlement s’adapter aux conséquences du changement climatique. Plus d’électricité, plus de renouvelables L’un des changements majeurs pourrait concerner l’énergie. Selon l’Office fédéral de l’énergie, atteindre la neutralité climatique implique notamment une électrification accrue des bâtiments, des transports et de certains secteurs industriels, ainsi qu’un développement des énergies renouvelables. Cette évolution pose une question centrale : comment produire suffisamment d’électricité,
swisscleantech défend de son côté une combinaison entre efficacité énergétique et électrification, notamment grâce à une meilleure isolation des bâtiments, aux pompes à chaleur et à la récupération de chaleur. Cette transformation représente toutefois un investissement important pour les propriétaires, les entreprises et les collectivités. Son rythme dépendra donc aussi des coûts, des incitations et des capacités de rénovation. Une mobilité en mutation En 2050, la mobilité pourrait être largement électrifiée. Mais la transition ne consiste pas uniquement à remplacer les moteurs thermiques par des moteurs électriques. Dans ses prises de position, swisscleantech associe l’électrification au développement des transports publics et de la mobilité douce. L’association considère également que les infrastructures de recharge devront évoluer parallèlement au nombre de véhicules électriques.
les pays voisins peuvent contribuer à équilibrer les périodes de forte et de faible production.
Produire davantage, mais rester connecté Une Suisse moins dépendante des énergies fossiles ne signifie pas nécessairement une Suisse totalement autonome. Le développement des renouvelables pourrait réduire certaines importations, mais la production solaire et hydraulique doit être complétée par des infrastructures capables de répondre aux besoins, notamment en hiver. swisscleantech défend ainsi une forte intégration de la Suisse au marché européen de l’électricité et considère qu’une autonomie énergétique complète ne serait pas réaliste. Cette question sera particulièrement importante dans un système où les échanges d’électricité avec
Pour swisscleantech, l’enjeu est désormais celui de la mise en œuvre : développer les infrastructures, accélérer les renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique et créer les conditions permettant aux entreprises d’innover. La Suisse de 2050 dépendra ainsi moins d’une technologie unique que d’une combinaison de choix énergétiques, économiques et politiques. Entre ambition climatique, sécurité énergétique, innovation et protection de l’environnement, les décisions prises aujourd’hui contribueront à définir le pays de demain. Texte SMA
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Exemple d’éléments de construction réemployés. Projet de la Maison de l’enfance et de l’adolescence à Lausanne. Août 2025.
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Tekhne SA • Brandreport 5
« Il n’existe pas de recette magique pour construire durable, si ce n’est d’y penser en amont » Architectes et administrateurs de Tekhne SA, Perrine Bruyas et Cédric Albert accompagnent les maîtres d’ouvrage dans leurs projets de construction, de transformation et de rénovation. Ensemble, ils reviennent sur la construction durable en Suisse, du réemploi des matériaux à l’adaptation des bâtiments aux fortes chaleurs.
surcoût. Notre expertise consiste donc aussi à trouver la bonne manière de réaliser les bâtiments pour que les objectifs de durabilité restent possibles. Quelle place occupent encore les labels dans cette démarche ? Ils constituent une bonne base de travail parce qu’ils donnent un cadre. Mais il faut parfois savoir le dépasser pour apporter une solution mieux adaptée à une situation particulière. Certains labels sont notamment très rigides en rénovation : on peut avoir une solution durable et intelligente qui ne rentre pas exactement dans leurs critères. Beaucoup visent également la performance énergétique finale du bâtiment et récompensent moins le fait d’avoir utilisé moins d’énergie pour le construire. Il existe aussi des labels internationaux plus larges, mais le réemploi des matériaux ou l’énergie nécessaire à la construction restent encore peu valorisés.
Perrine Bruyas Associée et administratrice, Tekhne SA
Cédric Albert Associé et administrateur, Tekhne SA
Perrine Bruyas, Cédric Albert, quand on parle aujourd’hui de construction durable, de quoi parle-t-on concrètement ? La durabilité recouvre aujourd’hui de nombreux aspects, au point d’occuper une place croissante dans le secteur de la construction. Cette tendance traduit toutefois des convictions que nous portons au sein du bureau depuis toujours. Nous construisons dans un territoire, et pour les 40, 50 ou 60 prochaines années. On ne peut donc pas être insensible à cette problématique. Ce qui a réellement changé ces cinq dernières années, c’est surtout l’ouverture des clients à des solutions plus alternatives. Les maîtres d’ouvrage sont également davantage demandeurs, sous l’effet des exigences légales et normatives ou des engagements pris par les politiques. Certains maîtres d’ouvrage ont aussi des objectifs de réduction de leur empreinte carbone auxquels ils doivent répondre. Construire durable, c’est enfin réfléchir à la manière dont le bâtiment se construit et à ses coûts d’entretien, plutôt que seulement sa consommation. L’enjeu ne se situe donc plus uniquement dans la consommation énergétique du bâtiment ? Non, parce que la situation a beaucoup évolué. Il y a cinquante ans, les bâtiments consommaient énormément en exploitation. Depuis, beaucoup d’efforts ont été faits : on les isole mieux, les vitrages sont meilleurs et on limite davantage les déperditions par exemple. Nous sommes aujourd’hui arrivés à des niveaux de consommation relativement bas, ce qui rend les gains supplémentaires plus difficiles. L’enjeu se déplace donc vers la construction elle-même : comment construire avec moins d’énergie ? Parallèlement, le changement climatique fait émerger un nouvel enjeu : celui de la surchauffe estivale. Avec les températures estivales que nous connaissons, il faut désormais réfléchir au refroidissement des bâtiments sans faire repartir leur consommation à la hausse. Cela peut passer par des solutions passives, l’utilisation de l’eau des lacs ou des pompes à chaleur réversibles. Jusqu’à présent, le focus était surtout mis sur l’hiver. Il faut maintenant travailler aussi sur l’été et sur la construction du bâtiment. À quel moment faut-il intégrer ces enjeux dans un projet ? Le plus tôt possible, car les choix faits au départ conditionnent largement la suite. Par exemple, les normes SIA demandent aujourd’hui de dimensionner les installations techniques sur une température estivale de 33 °C. Sur certains projets, nous expliquons aux maîtres d’ouvrage, dès l’avant-projet, qu’il peut être pertinent de prendre plutôt 35 ou 36 °C comme valeur, parce que c’est vers cela que nous allons, et que c’est dès le départ que les
Évolution de la consommation de CO2 pendant la construction/rénovation vs l’exploitation.
installations techniques sont dimensionnées. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit trop tard une fois le projet avancé. Même après un permis de construire, on peut encore utiliser des bétons plus performants, réduire la structure ou remplacer certains matériaux. Nous avons vu qu’il était possible de baisser les émissions de CO2 jusqu’à 20 % sans changer le projet en tant que tel. Mais l’impact le plus important reste celui que l’on peut avoir dès la conception. Le réemploi doit-il lui aussi être pensé très en amont ? Oui, parce qu’il peut avoir des conséquences sur l’ensemble de la démarche. À Neuchâtel, nous travaillons par exemple sur une structure en bois : le maître d’ouvrage souhaitant recourir à des essences locales, il faut alors identifier celles qui sont disponibles, déterminer quand les arbres doivent être abattus et débités, puis organiser le travail avec les scieries, etc. Ces choix influencent les appels d’offres, le calendrier et jusqu’à la conception. La logique est la même avec des éléments existants : si l’on veut réutiliser une charpente ou des portes, les architectes et les mandataires doivent pouvoir les intégrer dès le départ. Une fois l’ensemble conçu, cela devient beaucoup plus difficile en raison des dimensions ou des normes. Jusqu’où peut aujourd’hui aller le réemploi ? Il peut intervenir à plusieurs niveaux. La première démarche consiste à se demander si l’on peut conserver le bâtiment lui-même. Prolonger sa durée de vie est souvent préférable à une démolition suivie d’une reconstruction. Lorsque cela n’est pas possible, la déconstruction prend progressivement le pas sur la démolition : il s’agit de déposer les éléments du bâtiment avec soin afin de pouvoir les réutiliser, sur le nouveau bâtiment ou sur un autre projet. L’idée est de réfléchir à la meilleure utilisation de la matière : si elle existe déjà, c’est mieux ; si elle existe à proximité, c’est aussi bien, etc. Il n’existe toutefois pas de solution automatique : un élément métallique neuf consomme beaucoup d’énergie, alors que son réemploi peut devenir intéressant. Quelles sont les principales limites au réemploi ? Elles tiennent surtout aux normes et garanties, aux coûts et au temps. Une porte existante ne peut par exemple pas forcément être réutilisée à un endroit où elle doit répondre à une exigence particulière de sécurité. Déconstruire prend aussi plus de temps que démolir, puisqu’il faut démonter les éléments de manière
suffisamment qualitative pour pouvoir les réutiliser, puis parfois les stocker. Nous l’avons expérimenté sur le projet du futur bâtiment de la Fondation Montétan pour l’enfance et l’adolescence, situé à la place de l’ancien hôpital de l’Enfance de Montétan. La question du réemploi est arrivée assez tard, mais nous avons réalisé un inventaire et organisé le démontage soigné de certains éléments. Environ 48 tonnes de matériel hospitalier et 21 tonnes d’éléments constructifs ont ainsi pu être données à l’étranger dans le cadre d’actions humanitaires pour les premiers, et réutilisées ou données à d’autres projets et à des particuliers pour les seconds. Les emmener à la décharge aurait représenté plus de 50 000 francs. Le réemploi est-il nécessairement plus cher ? Non, mais tout dépend de la situation. Mettre des éléments à disposition pour le réemploi peut coûter moins cher que de les emmener à la décharge. En revanche, lorsqu’on souhaite les réutiliser directement, il faut tenir compte du stockage, du transport et des adaptations nécessaires. En anticipant cette démarche, il y a de fortes chances de faire quelques économies. Et plus largement, construire durable entraîne-t-il un surcoût ? Il faut regarder au-delà du seul coût de départ et prendre en compte le cycle de vie des matériaux. Construire durable signifie souvent utiliser des matériaux plus écologiques et de meilleure qualité. Une isolation en fibre de bois, par exemple, peut coûter plus cher qu’une isolation en plastique, mais offrir d’autres qualités sur la durée. Quel rôle joue Tekhne pour que les objectifs fixés au départ se retrouvent dans le bâtiment livré ? Nous intervenons généralement assez tôt dans les projets, soit en planification générale, soit en assistance à maîtrise d’ouvrage. Cette position nous donne un rôle de conseil auprès du maître d’ouvrage, et nous offrons régulièrement des prestations sur mesure pour le guider dans son projet. En interne, nous faisons aussi circuler les expériences d’un projet à l’autre afin que chacun puisse proposer de nouvelles solutions dans ses propres projets. L’objectif est ensuite de trouver des solutions cohérentes avec les ambitions fixées sans engendrer de coûts trop importants. Un détail mal conçu peut nécessiter davantage de matière ou provoquer un
Qu’est-ce qui va le plus changer dans la construction suisse ces prochaines années ? Le premier changement tient au passage d’une logique où l’on devait surtout se protéger du froid à une situation où il faut désormais aussi se protéger du chaud. Jusqu’à maintenant, les normes prenaient 33 °C comme référence estivale. Aujourd’hui, la question devient : s’il fait 38 °C pendant cinq jours d’affilée, comment le bâtiment réagit-il ? Peut-on encore continuer à vivre dedans ? Cette évolution aura des conséquences sur la conception. Les bâtiments entièrement vitrés, par exemple, vont devenir plus compliqués à construire. L’autre grand sujet est la rénovation des bâtiments. C’est une priorité de la Confédération depuis dix ans, mais elle a encore du mal à réellement se mettre en place. Les objectifs politiques et les lois peuvent donner un coup de fouet à des discussions que certains propriétaires ont depuis quinze ans. Il n’existe donc pas une seule manière de construire durable ? Non, comme il n’existe pas une seule manière de construire, il n’existe pas de recette magique pour construire durable. Tout dépend du bâtiment, de ce que l’on a à disposition, de l’endroit où l’on se trouve et des besoins d’utilisation de ce bâtiment. C’est aussi ce que montre le réemploi, qui peut se penser à plusieurs échelles. On peut réutiliser des éléments de construction, mais également un bâtiment entier. À Genève, nous avons par exemple étudié la transformation d’un bâtiment de bureaux en logements. L’étude de faisabilité a montré que cela fonctionnait et le maître d’ouvrage a développé le projet. Réutiliser un bâtiment construit pour une autre fonction et l’adapter à un nouvel usage, c’est aussi du réemploi. Interview Marc-Antoine Guet Plus d’informations sur www.tekhne.ch
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Toiture durable : mode d’emploi
eux immeubles voisins, même structure, même performance thermique. Seule différence : les matériaux d’isolation et d’étanchéité posés sur leur toit. Résultat : l’impact environnemental peut varier d’un facteur proche de trois. Mais les matériaux ne font pas tout : la longévité compte aussi. Une toiture qui dure quarante ans plutôt que vingt divise son impact par deux. Encore faut-il savoir quoi mesurer et comment faire durer un toit.
Mesurer le CO2, mais pas seulement L’empreinte carbone est l’indicateur le plus répandu : elle additionne les émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie, en équivalent CO2. Mais un matériau sobre en carbone peut rester lourd en ressources, en toxicité ou en pollution de l’eau et des sols. L’UCE* complète cette lecture. Elle agrège les impacts sur le climat, les ressources, la toxicité et la pollution de l’air, de l’eau et des sols, pondérés selon les objectifs environnementaux de la Suisse. Moins parlante qu’une tonne de CO2, elle permet de vérifier qu’un matériau sobre en carbone ne déplace pas simplement son impact ailleurs. D’où l’intérêt de combiner les deux indicateurs. Exemple : à performance thermique équivalente, le polyuréthane et le polystyrène graphité affichent une empreinte carbone quasi identique. Le premier présente toutefois un score UCE 20 % plus élevé, et donc plus néfaste. Isolant, membrane d’étanchéité : tout est une question de matière Une toiture plate superpose plusieurs couches : enduit, pare-vapeur, isolant, étanchéité et, selon la conception, gravier ou substrat végétalisé. Deux d’entre elles concentrent l’essentiel de l’enjeu. L’isolant d’abord. À performance thermique égale, l’écart d’UCE entre le meilleur et le moins bon du panel atteint un facteur trois. Surprise : la laine de roche, souvent perçue comme « naturelle », figure parmi les moins performantes. L’une des explications tient à la quantité de matière nécessaire : à isolation égale, elle
en demande davantage qu’un polyuréthane. Le meilleur du panel est un polystyrène graphité 100 % recyclé.
L’étanchéité creuse également les écarts, avec des facteurs de deux à près de trois selon les configurations. Les membranes synthétiques devancent les bitumineuses : 14 148 contre 41 006 UCE/m². Là encore, la quantité de matière joue un rôle : une étanchéité bitumineuse se pose en deux couches, plus épaisses que la monocouche synthétique. À surface égale, le volume de matière à produire, transporter puis évacuer n’est donc pas le même. Faire durer son toit Pour un propriétaire, la longévité d’un toit se joue en trois temps : conception, réception et entretien. Le dernier est le plus déterminant, mais ne rattrape jamais complètement les deux premiers. De la conception sur plan... Tout commence par le concept d’étanchéité, défini selon les sollicitations prévisibles, le niveau de sécurité et la durée d’utilisation attendue. Il conditionne les exigences concernant les matériaux, l’exécution et les contrôles. L’épaisseur de l’étanchéité est déterminante pour la résistance à la perforation. La norme fixe un minimum : 8 mm pour le bitumineux, 1,8 mm pour une membrane synthétique TPO. Prévoir dès la conception une épaisseur supérieure se paie une fois et se récupère sur des décennies. Les regards de contrôle permettent de vérifier la présence d’eau dans le complexe isolation-étanchéité. Détectée à temps, une infiltration peut être traitée avant que l’isolant ne soit imbibé. Une pose après coup reste possible, mais nécessite de sécuriser l’intervention et de retirer gravier ou substrat, avec des coûts supérieurs. Plus performants encore, les systèmes de détection d’humidité en temps réel alertent à la moindre variation suspecte. Placés dans le complexe de toiture, ils doivent être prévus dès la conception.
Plus largement, le temps consacré au concept est l’investissement le moins visible, mais loin d’être le moins rentable.
À la livraison Un protocole écrit de réception d’ouvrage est obligatoire : un procès-verbal signé par le client et l’entrepreneur, qui acte l’achèvement des travaux, avec ou sans réserve, et atteste que la toiture a été contrôlée et jugée conforme. S’y ajoutent deux documents établis par l’entrepreneur : le dossier d’assurance qualité, qui précise les exigences respectées et les consignes d’entretien, et la convention d’utilisation, qui fixe les règles d’usage de la toiture. Le propriétaire doit en exiger la remise : ils serviront de référence pour toute intervention future. Plusieurs décennies d’usage C’est là que se joue l’essentiel : aucun choix de matériau ne rattrape un toit mal entretenu. La fréquence dépend du type de protection : une fois par an pour un gravier simple, deux fois pour une végétalisation extensive et quatre fois pour une intensive. Un défaut d’entretien peut engager la responsabilité du propriétaire en cas de dommage à un tiers, comme une infiltration chez un locataire, et l’assureur peut refuser de couvrir le sinistre. La plupart des entreprises d’étanchéité proposent des contrats d’entretien annuel. L’entretien consiste notamment à dégager les écoulements, retirer la végétation et les objets susceptibles de perforer la membrane, puis inspecter les points faibles : garnitures, raccords de ferblanterie et éléments traversants.
Écologie • À structure égale, les matériaux peuvent faire varier le bilan environnemental d’un facteur proche de trois ; isolant et étanchéité concentrent l’essentiel de l’écart. • Une solution « naturelle » n’est pas toujours la plus écologique. • Combiner carbone et charge écologique globale pour une vision plus complète. Longévité • La durée de vie d’un toit se joue en trois temps : conception, réception et entretien. • Une étanchéité plus épaisse que la norme réduit le risque de perforation ; une surveillance active ou passive de l’humidité détecte une infiltration à temps. • Un entretien insuffisant peut engager la responsabilité du propriétaire et compromettre la couverture du sinistre par l’assurance.
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Simulateur
Autre risque : les corps de métier intervenant en toiture sans connaître les précautions à prendre. Limiter les accès, sensibiliser les intervenants et tenir un historique des interventions constituent les meilleurs garde-fous. Avant tout travail, une notice auprès de l’étancheur est indispensable. *L’UCE, unité de charge écologique, est l’indicateur de la méthode suisse dite de la saturation écologique. Pour la rendre plus concrète, PHIDA a développé un simulateur d’impact environnemental des toitures plates, qui compare plusieurs variantes. Retrouvez l’outil en ligne sur ecoscore.phida.ch.
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Innosquare • Brandreport 7
Du bois au béton : à Fribourg, les cendres cherchent une seconde vie Les cendres issues des installations de chauffage au bois sont encore largement destinées à la décharge. À Fribourg, le projet ECOLIANTS explore une autre voie : leur utilisation, aux côtés d’argiles calcinées, dans de nouveaux liants destinés à la construction. Une piste qui pourrait valoriser une ressource locale tout en contribuant à réduire l’impact environnemental du béton. Le béton reste incontournable dans la construction moderne. Polyvalent, résistant et relativement économique, il est présent partout. Mais son empreinte environnementale est fortement liée au ciment qu’il contient et, plus précisément, au clinker utilisé pour le produire. La fabrication du clinker demande des températures très élevées et entraîne des émissions de CO2 lors de la transformation chimique du calcaire. Réduire la quantité de clinker dans le ciment, tout en conservant des propriétés mécaniques adaptées aux usages de la construction, constitue donc l’un des leviers explorés pour diminuer l’impact carbone du béton. ECOLIANTS s’inscrit dans cette logique, avec une particularité : chercher autant que possible les solutions du côté de ressources déjà disponibles localement.
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orsque l’on pense au chauffage au bois, on pense volontiers à une énergie renouvelable et locale. Moins aux cendres qui restent une fois le bois brûlé. Pourtant, les installations de chauffage à distance en produisent massivement et une grande partie de ces résidus finit encore en décharge. À Fribourg, ces cendres ont éveillé l’intérêt de chercheurs et d’industriels. Et si, au lieu d’être uniquement un déchet à éliminer, elles pouvaient trouver une nouvelle utilité dans un secteur qui cherche lui aussi à réduire son impact environnemental ? C’est autour de cette question qu’est né ECOLIANTS, un projet porté par l’institut iTEC de la Haute école d’ingénierie et d’architecture de Fribourg (HEIA-FR). Son ambition est d’étudier dans quelles conditions les cendres de bois pourraient être intégrées, avec des argiles calcinées et du calcaire, dans la fabrication de liants à plus faible teneur en clinker.
De la cendre au matériau de construction Transformer une cendre en matière première ne se résume pas à l’incorporer dans une recette de béton. Les cendres issues de la biomasse ne sont pas toutes identiques : leur composition dépend notamment du bois utilisé et des conditions de combustion. La première étape du projet consiste donc à analyser précisément les matières disponibles. Composition chimique, propriétés physiques, réactivité ou encore présence éventuelle de polluants sont étudiées afin de déterminer quelles cendres peuvent être utilisées et sous quelle forme. Les chercheurs travaillent en parallèle sur les argiles entrant dans les formulations. À partir de ces données, plusieurs compositions de liants sont développées et testées. Le but est de vérifier si elles peuvent répondre aux exigences d’une utilisation réelle. Les formulations les plus prometteuses doivent être testées à une échelle proche des conditions industrielles, jusqu’à la réalisation de prototypes
de produits en béton, préfabriqués ou coulés sur site. Une analyse du cycle de vie permet également de comparer leur impact environnemental à celui de solutions conventionnelles. Cette approche permet de vérifier qu’une solution est réellement pertinente, en tenant compte de ses performances, des traitements nécessaires et de son impact sur l’ensemble de la chaîne de production. Une chaîne de valeur réunie autour du projet ECOLIANTS repose sur un consortium réunissant des acteurs intervenant à différentes étapes du parcours de la matière. Gruyère Energie et Groupe E sont concernés par la production et la valorisation des cendres issues de leurs installations. Du côté du ciment, Holcim, Vigier et Juracime apportent leur expérience des procédés industriels et des contraintes liées à l’introduction de nouvelles matières premières. Plus en aval, Helfer/Leva, Antiglio et le Groupe JPF permettent de confronter les solutions aux réalités du béton préfabriqué, des chantiers et des applications de construction. Climate Services intervient pour l’évaluation environnementale, tandis que les travaux scientifiques sont conduits par la HEIA-FR, sous la responsabilité du professeur Daia Zwicky et la direction technique du Dr Julien Ston. Cette diversité donne au projet une dimension concrète. Une formulation prometteuse en laboratoire peut rester difficile à produire, trop variable ou mal adaptée aux procédés industriels. À l’inverse, les besoins industriels peuvent orienter les recherches vers des solutions plus faciles à mettre en œuvre.
carbone de leurs matériaux. Entre les deux se dessine la possibilité d’une nouvelle chaîne de valeur. Prévu d’avril 2025 à l’été 2027, le projet représente un budget total de 240 000 francs. Il bénéficie de 150 000 francs de financement au titre de la Nouvelle Politique Régionale (NPR), complétés par les contributions des partenaires industriels : 51 000 francs en financement direct et 39 000 francs sous forme de collaboration. INNOSQUARE a accompagné le montage du projet et la mise en relation des partenaires. Son intervention s’inscrit dans le cadre des projets collaboratifs soutenus par la NPR, qui permettent à des entreprises et à des hautes écoles de travailler ensemble sur des problématiques technologiques présentant un intérêt pour l’économie régionale. Dans le cas d’ECOLIANTS, la question de départ est simple : peut-on faire d’un résidu local une matière utile pour la construction tout en réduisant les quantités de déchets destinés à la décharge ? Les résultats des essais en laboratoire étant prometteurs, ECOLIANTS teste actuellement ses formulations sur des prototypes à l’échelle industrielle. Si les solutions étudiées s’avèrent techniquement et environnementalement pertinentes, les cendres de bois pourraient alors changer de statut : non plus seulement un résidu à éliminer, mais une matière intégrée à une nouvelle chaîne de valeur régionale. Plus d’informations sur www.innosquare.com
C’est tout l’intérêt de réunir des entreprises qui travaillent dans des univers différents. D’un côté, des producteurs d’énergie cherchent une meilleure destination pour leurs cendres. De l’autre, des acteurs de la construction cherchent à réduire l’impact
Parcandi • Brandreport
Vers un stationnement plus intelligent Les habitudes de mobilité en milieu urbain évoluent constamment, à l’image de la société dans son ensemble. Des heures de pointe plus marquées, des usages qui varient et des besoins de mobilité de plus en plus ponctuels rythment désormais le quotidien. C’est précisément dans ce contexte que Parcandi intervient.
Image iStockphoto/pigphoto
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es modes de vie et de travail sont devenus plus flexibles, mobiles et numériques. Cette évolution a des conséquences directes pour les villes, les entreprises et les propriétaires immobiliers : non seulement le trafic augmente, mais il devient également plus difficile à anticiper. Dans le même temps, l’espace urbain atteint ses limites. Les surfaces sont rares, tant dans le domaine public que privé. Rues, places et infrastructures de stationnement doivent donc exploiter au mieux l’espace disponible. Or, les concepts traditionnels et statiques de gestion du stationnement répondent de moins en moins aux réalités actuelles. Parcandi entend répondre à ce dilemme. Grâce à une approche fondée sur la gestion dynamique du stationnement, l’entreprise propose aux propriétaires, aux régies, aux entreprises et aux villes un outil leur permettant de s’adapter à ces nouvelles contraintes et d’en tirer des avantages concrets.
Multiplier les usages plutôt que laisser les places vides L’un des éléments clés de cette approche réside dans l’utilisation intelligente et multiple des surfaces de stationnement. Les attributions fixes doivent progressivement laisser place à des usages plus dynamiques. Les places utilisées par les employés de bureau durant la journée restent souvent inoccupées le soir. Dans le même temps, les habitants du quartier cherchent des possibilités de stationnement.
Les places visiteurs, une solution pour soulager l’espace public Cette simplicité d’utilisation permet également d’exploiter le potentiel considérable des places de stationnement destinées aux visiteurs. De nombreuses places privées restent inutilisées pendant de longues périodes. En les ouvrant à des utilisateurs pour des besoins ponctuels, il devient possible de déplacer une partie de la pression sur le stationnement de l’espace public vers les surfaces privées.
Grâce à une gestion numérique et flexible, une même place peut ainsi servir de parking d’entreprise pendant la journée et de parking de quartier le soir. L’infrastructure existante est ainsi mieux exploitée, sans nécessiter de nouvelles surfaces. Ce partage des places de stationnement répond aux besoins des nouveaux modes de travail hybrides, dans lesquels des places attribuées de manière fixe restent parfois inutilisées pendant plusieurs jours.
Cette approche contribue à désengorger les rues et les quartiers, à réduire le trafic de recherche d’une place et à améliorer la qualité de vie dans l’espace public.
Une approche disruptive fondée sur la « Radical Simplicity » Pour que ce partage fonctionne au quotidien, Parcandi mise sur la simplicité d’utilisation. Le principe est clair : trouver une place de stationnement en trois clics. « Nous ne demandons aucune donnée inutile aux utilisateurs : le numéro de plaque et le numéro de téléphone suffisent », souligne Corsin Sulser, CEO de Parcandi. Cette simplicité, pensée dans le respect de la protection des données, réduit considérablement les obstacles à l’utilisation du service. Les automobilistes sont guidés directement vers leur destination via l’application, peuvent ouvrir la barrière avec leur smartphone et se garer en toute sécurité. À la clé : moins de trafic lié à la recherche d’une place, une baisse mesurable des émissions de CO2 et moins de stress. « C’est exactement cette situation gagnant-gagnant que nous recherchons », souligne Olga Pieritz, cofondatrice et responsable marketing de Parcandi.
Une nouvelle source de valeur pour les propriétaires et les entreprises Pour les propriétaires et les régies, la gestion dynamique du stationnement ouvre de nouvelles sources de revenus. À une époque où la pression sur la rentabilité des portefeuilles immobiliers ne cesse de croître, les surfaces annexes, telles que les places de stationnement, attirent soudain davantage l’attention. « Les propriétaires ne réalisent souvent pas la valeur qui se perd dans leurs parkings souterrains », explique Corsin Sulser. « Nous analysons donc précisément la situation : qu’est-ce qui est réaliste, où et quel potentiel de chiffre d’affaires reste inexploité ? » Plutôt que de réserver les places à un groupe d’utilisateurs déterminé, une attribution flexible permet ainsi de générer des revenus supplémentaires. Les entreprises bénéficient elles aussi d’une utilisation plus efficace de leurs infrastructures et peuvent proposer à leurs collaborateurs et à leurs visiteurs des solutions adaptées à leurs besoins. Un bénéfice pour les villes et la collectivité Les villes sont elles aussi confrontées au défi de répartir un espace limité de manière équitable et durable. Lorsque les capacités privées existantes sont
mieux exploitées, de l’espace peut être libéré dans le domaine public pour d’autres usages : espaces verts, zones de rencontre ou nouvelles formes de mobilité. La collectivité bénéficie ainsi d’une réduction du trafic lié à la recherche de stationnement, d’une diminution des émissions et, plus largement, d’une amélioration de la qualité de vie. La mobilité de demain nécessite des solutions flexibles, numériques et intégrées. La gestion dynamique du stationnement proposée par Parcandi montre comment les ressources existantes peuvent être utilisées plus intelligemment, au bénéfice des propriétaires, des entreprises et des villes. Parcandi Parcandi a été créée avec un objectif : repenser le stationnement. Dans de nombreuses villes, des places de parking privées restent inoccupées tandis que des automobilistes tournent en rond, parfois désespérément, à la recherche d’une place libre. Grâce à sa plateforme, Parcandi met ces deux besoins en relation, de manière simple, numérique et équitable. Le résultat va bien audelà de la simple mise en relation : davantage de places disponibles, moins de trafic lié à la recherche d’un stationnement et des villes plus intelligentes.
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IA & durabilité
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L’IA, alliée ou nouvelle contrainte pour la transition écologique ? L’intelligence artificielle consomme de l’électricité et mobilise des ressources pour faire fonctionner les centres de données et fabriquer les équipements nécessaires à son développement. Mais elle peut aussi contribuer à réduire certaines consommations, optimiser les réseaux électriques ou améliorer des procédés industriels. Entre promesses d’efficacité et risque d’effet rebond, son rôle dans la transition durable reste à mesurer au cas par cas.
L
’intelligence artificielle s’invite désormais dans de nombreux secteurs, des bâtiments aux transports en passant par l’industrie et les réseaux électriques. Son développement soulève toutefois une contradiction : les technologies d’IA nécessitent des infrastructures informatiques puissantes, alors même qu’elles sont présentées comme des outils capables d’améliorer l’efficacité énergétique. La question est d’abord celle de son propre impact. Les modèles d’IA sont entraînés et utilisés dans des centres de données qui consomment de l’électricité. À cela s’ajoutent l’eau utilisée pour certains systèmes de refroidissement et les ressources nécessaires à la fabrication des serveurs et des puces. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les centres de données ont consommé environ 415 TWh d’électricité dans le monde en 2024, soit 1,5 % de la consommation électrique mondiale. Cette consommation pourrait atteindre environ 945 TWh en 2030, soit plus du double. L’IA constitue le principal moteur de cette croissance, même si les centres de données hébergent également de nombreux autres services numériques. Ces chiffres ne signifient donc pas que l’IA est responsable de l’ensemble de cette consommation. Ils montrent surtout que son développement intervient dans un secteur électrique en forte croissance. L’impact peut également être très localisé : les centres de données sont concentrés dans certaines régions et peuvent exercer une pression importante sur les réseaux électriques locaux. Des bâtiments plus intelligents C’est aussi là que l’IA peut devenir un outil de transition. Dans les bâtiments, des algorithmes peuvent analyser des données provenant de capteurs; température, occupation des locaux ou consommation électrique, afin d’adapter le chauffage, la climatisation ou l’éclairage aux besoins réels.
Le principe n’est pas nouveau : les systèmes de gestion technique des bâtiments utilisent depuis longtemps des automatismes. L’IA peut cependant analyser davantage de données et identifier des relations plus complexes entre différents paramètres. Le même raisonnement s’applique aux réseaux électriques. Avec le développement du solaire et de l’éolien, les gestionnaires doivent composer avec une production variable. Des outils d’IA peuvent contribuer à prévoir la production renouvelable et la demande d’électricité, afin d’ajuster plus finement le fonctionnement du réseau. L’AIE identifie également des applications dans l’industrie et le secteur énergétique : optimisation de certains procédés, amélioration de l’efficacité des centrales ou détection de fuites de méthane. Dans les usines, la maintenance prédictive peut par exemple permettre d’anticiper une panne et d’éviter un arrêt de production. Une efficacité qui ne garantit pas la sobriété La mobilité constitue un autre terrain d’expérimentation. L’analyse de données peut aider à optimiser certains itinéraires, organiser les transports publics ou réduire les trajets à vide dans la logistique. Mais une amélioration de l’efficacité ne garantit pas nécessairement une diminution de l’impact environnemental. Si un service devient moins coûteux en énergie, son utilisation peut aussi augmenter. C’est le principe de l’effet rebond. Une optimisation obtenue grâce à l’IA peut ainsi être en partie annulée par l’augmentation des usages. La question n’est donc pas seulement de savoir si une technologie consomme moins d’énergie, mais si cette économie se traduit effectivement par une baisse de l’impact environnemental à l’échelle du système.
L’électricité ne raconte pas toute l’histoire Pour mesurer l’empreinte de l’IA, il faut également regarder au-delà des centres de données. La fabrication des serveurs et des puces nécessite des matières premières, de l’énergie et de l’eau. Les équipements arrivés en fin de vie contribuent eux aussi au problème des déchets électroniques. L’ADEME, dans un avis publié en juillet 2026 sur l’IA générative, souligne cette diversité d’impacts, à la fois directs et indirects, négatifs et potentiellement positifs. L’agence estime que la croissance des usages de l’IA va notamment contribuer à augmenter la consommation énergétique des centres de données en France. L’électricité utilisée constitue par ailleurs un élément déterminant du bilan climatique. Selon l’AIE, les énergies renouvelables devraient fournir près de la moitié de l’électricité supplémentaire nécessaire aux centres de données d’ici 2030. Mais le gaz naturel, le charbon et le nucléaire participeront également à cette croissance, avec de fortes différences selon les régions. Une même technologie peut donc avoir une empreinte différente selon le lieu où elle est utilisée et la manière dont son infrastructure est alimentée. Encore difficile de mesurer les bénéfices Une autre difficulté concerne précisément les économies que l’IA permettrait de réaliser. Il est relativement facile de mesurer la consommation électrique d’un centre de données. Il est beaucoup plus complexe de déterminer si une baisse de consommation dans une usine, un bâtiment ou un réseau est directement imputable à l’IA. Pour répondre à ce problème, l’Union internationale des télécommunications (UIT) a adopté en février 2026 une nouvelle recommandation consacrée à l’évaluation environnementale des systèmes d’IA. Sa méthodologie
repose sur une analyse du cycle de vie, intégrant notamment les matières premières, la fabrication des équipements, l’utilisation du système et sa fin de vie. Elle prévoit aussi de comparer une solution utilisant l’IA avec des alternatives sans IA ou avec d’autres systèmes. Cette approche permet de déplacer le débat. Il ne s’agit plus simplement de demander combien d’électricité consomme une intelligence artificielle, mais de comparer ce qu’elle consomme avec ce qu’elle permet d’économiser. Un outil, pas une solution miracle L’IA apparaît ainsi comme un outil supplémentaire de la transition durable, plutôt que comme une solution autonome. Dans certains cas, elle peut contribuer à réduire une consommation, éviter une panne ou faciliter l’intégration des énergies renouvelables. Dans d’autres, elle peut simplement ajouter une consommation informatique sans bénéfice environnemental significatif. Son bilan dépendra donc de nombreux paramètres : l’efficacité des modèles et des équipements, l’électricité utilisée, la durée de vie du matériel, mais aussi les usages et les éventuels effets rebond. Une chose semble toutefois se préciser : pour savoir si l’IA contribue réellement à la transition, il faudra pouvoir mesurer à la fois son coût environnemental et les bénéfices qu’elle génère. La question n’est donc peut-être pas de savoir si l’IA est, dans son ensemble, « verte » ou « polluante ». Elle consiste plutôt à déterminer dans quelles conditions et pour quels usages son recours permet effectivement de réduire l’empreinte environnementale d’un système. C’est cette comparaison, usage par usage, qui permettra de mesurer sa véritable contribution à la transition durable. Texte SMA
Brandreport • Fonds de technologie
Un coup de pouce pour la cleantech suisse Dans une conjoncture économique difficile, le Fonds de technologie de la Confédération accompagne les entreprises suisses qui développent des solutions innovantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Simone Riedel Riley, directrice du bureau du Fonds de technologie, explique comment cet instrument contribue à faire émerger et à financer ces innovations.
Simone Riedel Riley Directrice, secrétariat du Fonds de technologie & Partner Emerald Technology Ventures SA
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uerre commerciale, hausse des prix à la consommation et situation sécuritaire tendue : le contexte actuel n’est guère propice aux investissements dans l’innovation durable. Pourtant, le changement climatique n’attend pas une amélioration de la conjoncture. « Renforcer l’indépendance énergétique de la Suisse nécessite des solutions innovantes. Le Fonds de technologie aide les PME et les start-up suisses à commercialiser avec succès des technologies respectueuses du climat et contribue ainsi à faire progresser la transition énergétique », souligne Simone Riedel Riley.
Instrument de politique climatique de la Confédération, le Fonds de technologie est placé sous la responsabilité stratégique de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Il accorde des cautionnements pour des prêts à des entreprises suisses dont les produits ou procédés permettent une réduction significative et durable des émissions de gaz à effet de serre. Sont également concernées les technologies favorisant l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables et la préservation des ressources naturelles. Madame Riedel Riley, vous êtes directrice du secrétariat du Fonds de technologie. Selon quels critères sélectionnez-vous les entreprises susceptibles de bénéficier d’un cautionnement ? L’utilité environnementale est notre priorité. Un produit ou un logiciel doit apporter une amélioration écologique, par exemple en permettant d’économiser de l’électricité ou de réduire la consommation de ressources. Le deuxième facteur est le potentiel commercial. La solution doit présenter un caractère unique et s’adresser à un marché qui n’est pas déjà saturé. Le produit doit également avoir atteint un certain degré de maturité et générer
déjà un chiffre d’affaires minimum de 100 000 francs. Enfin, la solvabilité du bénéficiaire doit être garantie. C’est pourquoi nous analysons chaque business plan très attentivement et exigeons transparence et ouverture. Nous accordons en moyenne des cautionnements de deux millions de francs à des entreprises suisses, aussi bien des start-up que des PME, qui réalisent une part appropriée de leur création de valeur en Suisse et génèrent ainsi une véritable plus-value. Dans quels domaines technologiques voyez-vous le plus grand potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Plus de 130 entreprises suisses font partie de notre portefeuille. Beaucoup sont actives dans des secteurs qui génèrent d’importantes émissions, notamment les transports, le secteur du bâtiment et l’industrie. C’est également dans ces domaines que les potentiels d’économies sont les plus importants. Comment peut-on déposer une demande de cautionnement ? Sur notre site Internet, un outil pratique de
vérification préalable guide les entreprises à travers un questionnaire qui ne prend que cinq minutes. Si les critères d’éligibilité sont remplis, elles sont ensuite dirigées vers le formulaire de demande en ligne. Secrétariat du Fonds de technologie Bellerivestrasse 241 8008 Zürich +41 44 269 61 40 info@technologiefonds.ch www.fonds-de-technologie.ch
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10 Interview • Frank Wilde & Caroline Siefarth
Frank Wilde & Caroline Siefarth
Et si le café portionné pouvait se passer de capsules ? Depuis son lancement en 2022, CoffeeB entend révolutionner le café portionné avec une innovation développée en Suisse : une boule de café sans aluminium ni plastique, recouverte d’une fine couche protectrice d’origine végétale et compostable. Quatre ans après son lancement, le système a déjà séduit plus de 750 000 consommateurs en Suisse, en Allemagne et en France. Frank Wilde, responsable de la marque, et Caroline Siefarth, responsable de l’équipe Recherche & Développement, reviennent sur les défis technologiques, les ambitions internationales et l’avenir du café durable. Interview Océane Kasonia Images màd Frank Wilde, Caroline Siefarth, quel est votre rôle au sein de CoffeeB et quelles sont vos principales responsabilités dans le développement de cette marque ? Caroline Siefarth : Je suis responsable de l’équipe Recherche & Développement et je travaille au sein de l’équipe R&D de CoffeeB sur le perfectionnement de la technologie de la boule de café, l’optimisation de nos processus de production ainsi que sur de nouveaux assemblages et des innovations autour du système CoffeeB.
Comment concilier écologie, praticité et plaisir ? Frank Wilde : Notre objectif n’a jamais été de placer les consommateurs face à un choix entre durabilité et praticité. CoffeeB réunit les deux: la simplicité de préparation d’un café portionné et une solution sans déchets de capsules. En parallèle, des cafés de qualité, une grande diversité de variétés et une excellente qualité en tasse garantissent que le plaisir reste pleinement au rendezvous. Nous sommes convaincus que les solutions durables ne peuvent réussir que si elles sont aussi simples et agréables que les alternatives existantes.
Frank Wilde : En tant que responsable de la marque CoffeeB, j’accompagne le développement stratégique du système, la gestion de la marque ainsi que le développement des partenariats et des marchés en Suisse, en Allemagne et en France, de même que les activités de licence dans le reste du monde. CoffeeB est né d’un constat simple : les capsules de café génèrent une quantité considérable de déchets. Pourquoi était-il nécessaire, selon vous, de repenser complètement le concept de café portionné plutôt que simplement d’améliorer le recyclage des capsules ? Frank Wilde : La question des déchets de capsules nous préoccupe depuis de nombreuses années. C’est incroyable : plus de 100 000 tonnes de déchets de capsules sont générées chaque année dans le monde, tandis que le marché du café portionné continue de croître. Nous devons agir. À mes yeux, il faut résoudre le problème, et pas seulement le gérer. Le recyclage peut réduire les effets des déchets de capsules, mais il ne supprime pas le problème. C’est pourquoi nous avons voulu repenser entièrement le café portionné et développer une solution qui évite la production de déchets dès le départ. Quatre ans après son lancement en 2022, quel bilan tirez-vous de CoffeeB ? Le concept a-t-il rencontré le succès que vous espériez ? Frank Wilde : Je suis très satisfait du développement de CoffeeB. Depuis son lancement, plus de 750 000 machines ont déjà été vendues sur nos marchés principaux, à savoir la Suisse, l’Allemagne et la France. Nous avons également réussi à convaincre des marques de café renommées telles qu’illy, Dallmayr, Melitta et La Semeuse de rejoindre notre système, ainsi qu’à gagner Keurig Dr Pepper (KDP) comme partenaire de licence majeur pour les États-Unis, le Canada et le Mexique.
Quelle importance la production suisse revêt-elle dans votre stratégie et dans l’identité de la marque ? Caroline Siefarth : La production en Suisse est un élément essentiel de notre identité. Dans notre usine de Birsfelden, le café est fraîchement torréfié, moulu, pressé sous forme de boules de café, puis enveloppé d’une couche protectrice d’origine végétale. La production suisse est synonyme de qualité, de capacité d’innovation et, élément non négligeable, de circuits courts qui nous permettent de transférer aussi rapidement que possible nos nouveaux développements sur la ligne de production.
concrètement après qu’un consommateur l’a déposée dans son compost ? Caroline Siefarth : Après utilisation, la boule de café, qui est entièrement exempte de plastique et d’aluminium, peut être déposée directement dans le jardin, le compost ou le bac à biodéchets. En quelques semaines, elle est décomposée par des micro-organismes et transformée en un précieux humus. Pendant toute la phase de développement, j’ai régulièrement composté des boules de café dans le jardin de notre immeuble, en les cachant soigneusement puisque le produit était strictement confidentiel jusqu’à son lancement. Après quelques jours seulement, les boules de café étaient couvertes de vers, d’escargots et de petits insectes qui les décomposaient activement. En moins de deux semaines, elles avaient complètement disparu.
Malgré les succès obtenus jusqu’ici, nous ne sommes qu’au début de notre parcours. L’accueil réservé à nos boules de café et à la technologie qui les sous-tend est extraordinairement positif dans le monde entier. Il n’existe pratiquement aucun marché du café important qui n’ait pas déjà manifesté son intérêt pour notre système. Cet immense intérêt international confirme que CoffeeB est bien plus qu’un projet d’innovation suisse local et qu’il dispose encore d’un potentiel de croissance considérable. La grande innovation de CoffeeB est cette boule de café compostable. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à résoudre techniquement pour parvenir à remplacer une capsule tout en conservant la qualité et les arômes du café ? Caroline Siefarth : La première mission qui m’avait été confiée, avec une équipe initialement très réduite, était tout simplement : « Faites une capsule sans capsule. » Au départ, cela ressemblait à une mission impossible. Le principal défi consistait à développer une couche protectrice naturelle, capable de protéger le café contre l’oxygène, de former une enveloppe stable et d’être totalement compostable. Nous sommes partis d’une feuille blanche et avons étudié différentes substances naturelles. Après de nombreux essais, l’alginate s’est révélé être la solution idéale : d’origine végétale, il préserve les arômes et la fraîcheur du café tout en formant une enveloppe stable autour de nos boules de café pressé. Vous affirmez que la boule est 100 % compostable au jardin et se décompose en quelques semaines. Que se passe-t-il
Peut-on réellement parler d’un café sans déchet, sachant que le système nécessite tout de même un emballage, une machine et des ressources pour produire et transporter le café ? Frank Wilde : Bien entendu, aucun café n’est produit sans consommation de ressources. Le café doit être produit, transporté et emballé, et une machine à café possède elle aussi une empreinte environnementale. Le café parfait, sans aucun impact, n’existe pas, mais notre objectif était de résoudre le principal point faible des systèmes à capsules traditionnels : les déchets de capsules. Nous ne voulions pas simplement mieux gérer ou recycler le problème, mais éliminer totalement la capsule comme source de déchets. C’est précisément pour cela que CoffeeB a été développé. La durabilité est au cœur du positionnement de CoffeeB. Comment mesurez-vous concrètement l’impact environnemental du système par rapport aux capsules traditionnelles ? Caroline Siefarth : Pour CoffeeB, nous avons réalisé des analyses du cycle de vie en collaboration avec un
institut indépendant. Elles montrent que l’empreinte environnementale d’une tasse de café CoffeeB peut être réduite de plus de 30 % par rapport à un café préparé avec une machine automatique à grains. Les systèmes à capsules présentent en principe une empreinte carbone plus faible, car une quantité moindre de café est extraite pour préparer une tasse. Ce point est particulièrement important puisque le café lui-même représente plus de 50 % de l’empreinte carbone d’une tasse de café. Parmi les systèmes de café portionné, CoffeeB se distingue en outre par l’absence de déchets de capsules. Les boules de café sont également fabriquées à partir de matières premières renouvelables et ne contiennent ni aluminium ni plastique. Nous sommes donc fiers de nos affirmations « 0 % » : 0 % de plastique et 0 % d’aluminium. Dans un contexte où le changement climatique menace directement les cultures de café, comment imaginez-vous l’avenir de cette filière ? Frank Wilde : À mon avis, le plus grand danger n’est pas seulement le changement climatique, mais aussi l’idée que nous pouvons continuer comme avant. La filière évoluera davantage au cours des prochaines années qu’elle ne l’a fait pendant les dernières décennies. Je reste néanmoins optimiste. Le café est l’un des produits de consommation plaisir les plus appréciés au monde et la capacité d’innovation de la filière est immense. De nouvelles méthodes de culture, technologies et modèles de partenariat rendront la caféiculture plus résiliente. Mon objectif chez CoffeeB est de contribuer à cette évolution. La durabilité ne doit pas se limiter à la culture, mais englober l’ensemble du système. À long terme, les solutions les plus performantes associeront responsabilité environnementale, viabilité économique et expérience consommateur convaincante. La boule de café peut-elle devenir une véritable alternative aux capsules traditionnelles à grande échelle, ou restera-t-elle un produit destiné à une clientèle particulièrement sensible aux questions environnementales ? Frank Wilde : Oui, j’en suis convaincu. Si la boule de café ne séduisait que les consommatrices et consommateurs particulièrement sensibles à la durabilité, nous n’aurions jamais atteint l’échelle actuelle. Le succès de CoffeeB montre que les consommateurs ne veulent pas choisir entre durabilité et plaisir. Ils attendent les deux. C’est précisément ce qui me fait penser que la boule de café peut s’imposer à long terme comme une véritable alternative sur le marché de masse.
Frank Wilde : CoffeeB est en effet profondément ancré dans l’ADN de Migros et dans l’héritage entrepreneurial de notre fondateur, Gottlieb Duttweiler. Depuis toujours, Migros a eu l’ambition de rendre les produits du quotidien plus accessibles tout en développant des innovations qui créent une réelle valeur ajoutée pour la société. CoffeeB s’inscrit parfaitement dans cette tradition : repenser les solutions établies, remettre en question le statu quo et proposer une alternative plus durable, sans compromis sur la qualité ni sur le plaisir du café. CoffeeB commence à se développer dans d’autres pays grâce notamment à des partenaires et licenciés. Quelles sont aujourd’hui vos ambitions internationales et quels marchés représentent le plus fort potentiel ? Frank Wilde : Nos marchés principaux restent la Suisse, l’Allemagne et la France. En parallèle, nous déployons CoffeeB à grande échelle par l’intermédiaire de partenaires internationaux et de licenciés. Les coopérations avec Keurig Dr Pepper aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ainsi qu’avec des marques comme illy, montrent que l’intérêt mondial pour notre technologie est considérable. À long terme, nous souhaitons établir CoffeeB comme une plateforme technologique et de licences à l’échelle mondiale. Je ne vois aucune raison pour laquelle notre technologie à base d’alginate ne pourrait pas remplacer les capsules en aluminium. À quoi ressemblera, selon vous, le café durable dans dix ans ? Et quelle place CoffeeB entend-il y occuper ? Caroline Siefarth : Commençons par regarder en arrière : les capsules de café existent depuis plus de 30 ans et leur utilisation continue de croître de manière exponentielle à l’échelle mondiale. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elles sont très pratiques: faciles à utiliser, elles permettent de combiner différentes variétés au sein d’un même foyer, tout en offrant un goût fiable et une préparation qui demande peu d’effort. Nous n’arrêterons pas cette tendance. Dès le départ, notre question de développement déterminante a donc été la suivante : comment rendre le café portionné nettement plus durable et ainsi adapté à l’avenir ? Pour revenir à votre question, je suis convaincue que le café portionné fera encore partie intégrante de notre quotidien dans dix ans. La durabilité des différents systèmes à capsules jouera alors un rôle central, également sous l’impulsion du nouveau règlement européen PPWR. CoffeeB souhaite jouer un rôle de pionnier et démontrer, grâce à sa technologie à base d’alginate, qu’il est possible de concilier praticité, plaisir et durabilité. La forte demande pour notre technologie et ses licences, littéralement venue du monde entier et déjà évoquée par Frank Wilde, renforce ma conviction que CoffeeB répond aux attentes de notre époque et que notre « capsule sans capsule » s’établira durablement sur le marché.
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Delica AG • Brandreport 11
Une innovation suisse qui veut changer les habitudes
ée en Suisse d’une ambition simple : profiter de la praticité du café portionné sans générer de déchets d’aluminium ou de plastique, CoffeeB a lancé en 2022 un système inédit autour d’une boule de café compostable. Produite près du Rhin par Delica AG, cette innovation suisse poursuit aujourd’hui son développement au-delà des frontières.
Et si l’on supprimait la capsule ? L’idée paraît aujourd’hui évidente. Elle ne l’était pas au départ. CoffeeB est née d’une question : pourquoi une tasse de café, aussi simple et agréable soit-elle, doit-elle générer autant de déchets ? Chaque année, des milliards de capsules en aluminium et en plastique sont vendues dans le monde. Selon CoffeeB, plus de 65 % d’entre elles sont jetées après une seule utilisation, générant plus de 100 000 tonnes de déchets par an. Plutôt que de chercher à améliorer la capsule, les équipes de Delica ont choisi de remettre en question le concept lui-même. Leur ambition : conserver la simplicité, la qualité et le plaisir du café portionné, mais sans capsule.
Le café [...] est fraîchement torréfié puis moulu avant d’être compressé en boule et recouvert de sa couche protectrice. Celle-ci contribue à préserver les arômes et à assurer la stabilité de la boule lors de son utilisation. Après plusieurs années de recherche, d’essais et de prototypes, une solution voit le jour : la boule de café, une portion de café pressée en forme de boule et entourée d’une fine couche protectrice composée de matières premières d’origine naturelle. Une technologie qui donne son identité à la marque. Une innovation produite en Suisse CoffeeB est officiellement lancée en Suisse en 2022. Derrière la jeune marque se trouve Delica AG, entreprise de l’industrie Migros issue du regroupement de plusieurs sociétés, dont Chocolat Frey, Midor, Riseria et Total Capsule Solutions. Fondée en 2021, Delica réunit aujourd’hui environ 2000 collaborateurs et collaboratrices ainsi que cinq sites en Suisse, avec des activités également à l’étranger. La production des boules de café est réalisée à Birsfelden, à proximité du Rhin. Le café y est fraîchement torréfié puis moulu avant d’être compressé en boule et recouvert de sa couche protectrice. Celle-ci contribue à préserver les arômes et à assurer
la stabilité de la boule lors de son utilisation. Chaque variété est ensuite identifiée directement sur la boule par marquage laser, sans encres ni colorants. Après utilisation, la boule de café peut être déposée dans le compost. Dans des conditions d’humidité appropriées, elle se décompose naturellement en quelques semaines. Le café avant tout Si la technologie constitue le cœur de l’innovation, CoffeeB entend surtout ne pas faire de compromis sur le contenu de la tasse. La marque propose aujourd’hui une gamme de cafés aux profils et intensités variés, des lungos équilibrés aux espressos et ristrettos plus corsés, ainsi que des mélanges et des variantes décaféinées. Les machines ont, elles aussi, été développées spécifiquement pour fonctionner avec les boules de café. Leur technologie d’extraction brevetée doit permettre de retrouver la simplicité d’utilisation d’un système à capsules tout en révélant les arômes du café.
Une jeune marque qui grandit Lancée en Suisse en 2022, CoffeeB a poursuivi son développement en Allemagne dès 2023. La marque s’est ensuite ouverte à des partenaires issus de la culture café : illycaffè a rejoint le système en 2024, suivi de La Semeuse en Suisse en 2025. Melitta fait également désormais partie du système en Allemagne. Une évolution qui traduit une ambition de plus en plus internationale. Pour Matthias Wunderlin, directeur de l’Industrie Migros, « chaque boule de café vendue constitue une étape supplémentaire vers un avenir plus durable ». Le développement de CoffeeB s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de Delica, qui place l’innovation, la qualité suisse et la durabilité au cœur de son activité. L’ambition affichée par CoffeeB dépasse désormais le seul marché suisse : faire de cette approche sans capsule une nouvelle manière de penser le café portionné, en conciliant praticité, plaisir et réduction des déchets.
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Image iStockphoto/Tim Delmar
12 Agir durablement
Face aux limites planétaires, comment passer de l’inquiétude à l’action ? Face aux canicules à répétition et à l’impression d’une action politique trop lente, comment agir sans se limiter aux « petits gestes » individuels ? Pour Laurène Descamps, co-directrice du One Planet Lab pour la Suisse romande et alémanique, la réponse passe par une mobilisation collective : changer les règles du jeu économique, soutenir les alternatives et investir l’espace politique. Elle appelle aussi à retrouver un élan citoyen, notamment à travers les mobilisations annoncées cet automne.
Laurène Descamps Co-directrice du One Planet Lab pour la Suisse romande et alémanique
Laurène Descamps, pourquoi est-il si difficile de passer de l’inquiétude à l’action ? Nous sommes aujourd’hui confrontés à des problèmes qui nous dépassent largement. Les canicules, les sécheresses ou encore l’érosion de la biodiversité donnent le sentiment que nous avons peu de prise sur ce qui se passe. Et lorsqu’on entend parler de changements à l’échelle mondiale, il est facile de se sentir impuissant. Mais cette impression ne doit pas conduire à l’inaction. Il faut au contraire se demander où se situe réellement notre pouvoir d’agir. Tout ne repose pas sur les comportements individuels. Une grande partie des transformations nécessaires concerne les infrastructures, les politiques publiques, les entreprises et les règles économiques. L’enjeu est donc de passer d’une logique où chacun essaie de faire « sa part » dans son coin à une dynamique collective. C’est en nous organisant que nous pouvons peser sur les décisions et faire émerger d’autres façons de produire, de consommer et de vivre ensemble. Pourquoi les « petits gestes » ne suffisent-ils pas ? Parce qu’ils peuvent donner l’illusion que la transition dépend essentiellement de nos choix individuels. Bien sûr, nos habitudes ont leur importance. Mais si l’on veut réduire réellement les émissions et préserver les ressources, il faut agir sur les systèmes qui organisent nos modes de vie.
Prenons l’exemple de la mobilité : demander aux individus de prendre moins leur voiture est une chose. Mais si les transports publics sont insuffisants ou si les infrastructures ne permettent pas de se déplacer autrement, le choix reste limité.
Cela peut passer par une mobilité plus sobre, une réduction de la consommation de viande ou encore une réflexion sur nos placements financiers et sur ce qu’ils contribuent à financer.
C’est la même chose pour l’alimentation, le logement ou la finance. Nous avons besoin de politiques qui rendent les options durables plus accessibles et plus simples. Et nous avons besoin de citoyens qui s’engagent pour que ces changements deviennent possibles.
Et la troisième : participer à la création d’alternatives. Rejoindre une coopérative, soutenir une initiative alimentaire ou d’habitat, créer quelque chose localement… Ces projets permettent à la fois de construire concrètement un autre modèle et de renforcer la résilience de nos communautés.
Quels sont alors les grands leviers sur lesquels agir ? Il y en a plusieurs. La politique est évidemment essentielle : voter, interpeller les élus, participer aux débats publics, soutenir des campagnes ou rejoindre des mobilisations sont autant de manières de contribuer à faire évoluer les décisions. Il y a aussi le levier économique. Nous pouvons soutenir les entreprises et les modèles qui correspondent davantage à nos valeurs, mais également nous interroger sur ce que financent notre épargne et nos placements. Enfin, il y a le levier collectif et local. Des coopératives, des projets alimentaires, des initiatives citoyennes ou des formes d’habitat partagé montrent déjà qu’il est possible de construire des alternatives. Ces expériences sont importantes parce qu’elles permettent de passer du discours à la pratique. Quelles sont les premières choses que peut faire une personne qui veut agir dès maintenant ? Je donnerais trois pistes. La première : rejoindre la société civile. Il existe beaucoup de collectifs, d’ONG et d’associations qui ont besoin de personnes prêtes à s’engager. On peut commencer modestement, selon son temps et ses compétences. La deuxième : agir sur les grands leviers de notre quotidien, lorsque nos moyens nous le permettent.
Mais comment éviter que l’engagement reste limité à quelques personnes déjà convaincues ? C’est justement l’un des grands défis. Il faut sortir d’un entre-soi militant et montrer que ces questions concernent tout le monde. La transition ne peut pas être portée uniquement par celles et ceux qui sont déjà sensibilisés. Cela passe aussi par la manière dont on parle de ces enjeux. Il ne s’agit pas seulement de culpabiliser ou de demander toujours davantage d’efforts. Il faut montrer les bénéfices d’une transformation collective : des villes plus agréables à vivre, une alimentation de qualité, moins de dépendance aux énergies fossiles, davantage de solidarité et de résilience. L’engagement peut devenir quelque chose de positif, qui donne envie de participer plutôt qu’un nouveau poids qui s’ajoute à nos préoccupations quotidiennes. Comment prolonger cet engagement cet automne ? Plusieurs occasions existent. La coalition « Pas d’étés à 50 degrés ! » appelle à une large mobilisation autour d’un plan de mesures d’urgence combinant adaptation et réduction des émissions. Son appel alerte sur le risque de voir la Suisse connaître des températures estivales de 50 °C d’ici 2050 sans changement de trajectoire. Pas d’étés à 50 degrés !
En Suisse romande, une manifestation est annoncée le 19 septembre, tandis qu’une mobilisation est également prévue en Suisse alémanique le 25 septembre. Le 29 septembre à Genève, le One Planet Lab organise également son Afterwork Engagé – édition automne, de 17h30 à 20h30 à la Maison de l’Avenir. Cette rencontre, organisée avec Impact Hub Genève et la Maison de l’Avenir, s’adresse aussi bien aux personnes déjà engagées qu’à celles qui souhaitent faire leurs premiers pas : rencontres, speed networking, présentation d’initiatives et apéro sont au programme. Afterwork Engagé – édition automne Enfin, pour suivre les initiatives, événements, formations et ressources du réseau, le One Planet Lab propose une newsletter mensuelle consacrée à la durabilité. Newsletter du One Planet Lab Et si le message essentiel était finalement de ne pas rester seul face à l’urgence ? Oui. Je pense que c’est vraiment le point central. Nous ne pouvons pas demander à chaque individu de résoudre seul un problème qui est systémique. Il faut évidemment faire ce que l’on peut à son échelle. Mais surtout, il faut se mettre en lien avec les autres. La transition ne doit pas être vécue comme une succession de sacrifices individuels. Elle peut aussi être une manière de reconstruire du collectif, de créer des alternatives et de retrouver du pouvoir d’agir. Selon une publication du One Planet Lab, même des comportements de consommation exemplaires de la part de tous ne permettraient de réduire les émissions que d’environ 20 %. Un résultat significatif, qui montre aussi combien les leviers collectifs et les conditions-cadres sont essentiels pour atteindre les objectifs climatiques. www.one-planet-lab-fr.ch/post/seul-ou-ensemble-pour-le-climat Interview Océane Kasonia
Brandreport • H2 Rema
Produire l’hydrogène vert là où il est consommé Ingénieur en mécanique diplômé de l’EPFL, Neuchâtelois d’origine, Steven Schenk est CEO et cofondateur de REMA. Née il y a deux ans d’une technologie développée dans un laboratoire de recherche, la start-up vaudoise entend rendre la production d’hydrogène vert plus accessible aux industriels.
L
’idée de REMA part d’un constat simple : l’hydrogène vert reste aujourd’hui trop coûteux pour concurrencer l’hydrogène produit à partir de gaz naturel. Or, pour certains industriels, une part importante de la facture provient aussi de son transport. « La logistique de l’hydrogène, qu’il soit vert ou gris, est extrêmement coûteuse pour ces utilisateurs et peut représenter plus de 50 % du coût total », explique Steven Schenk. Produire sur place plutôt que transporter C’est précisément sur ce maillon que REMA entend intervenir. La start-up développe des électrolyseurs permettant aux entreprises de produire leur hydrogène directement sur leur site, à partir d’eau et d’électricité. Une approche destinée notamment aux industriels qui utilisent des quantités trop faibles pour justifier leur propre production à grande échelle, mais qui doivent aujourd’hui se faire livrer leur hydrogène. « Notre volonté est d’abord d’apporter une solution à un marché existant, qui ne dispose aujourd’hui d’aucune alternative », souligne le CEO. La technologie développée par REMA repose sur une électrolyse de type AEM (Anion Exchange Membrane), combinant performances, compacité et maîtrise des coûts.
Une technologie pensée pour durer Si l’électrolyse AEM présente un potentiel intéressant, elle comporte encore des défis en matière de durabilité et de fiabilité. REMA a donc travaillé sur la conception de ses systèmes, notamment sur l’optimisation des flux d’eau et de gaz produits. L’objectif : améliorer la durée de vie et la fiabilité des équipements tout en conservant une structure permettant une fabrication à coûts maîtrisés.
Pour REMA, l’enjeu est désormais de confronter sa technologie aux besoins du terrain, tout en poursuivant son industrialisation et sa commercialisation. La start-up recherche notamment des utilisateurs pilotes et des investisseurs pour accompagner cette nouvelle phase.
La première solution, le REMA Be2, est désormais disponible. Cet électrolyseur de 2,5 kW peut produire jusqu’à un kilo d’hydrogène pur par jour et est destiné notamment aux phases pilotes industrielles et aux laboratoires. Un premier système est déjà opérationnel à la HES à Sion.
Rendu possible par le Fonds pionnier Migros.
Du pilote à l’échelle industrielle La prochaine étape se dessine avec la gamme REMA We1, dont le développement vient de démarrer. Ces systèmes, d’une puissance de 50 à 1000 kW, seront conçus pour une utilisation industrielle et pourront produire entre 20 et 400 kilos d’hydrogène par jour.
« L’objectif de REMA est simple : offrir à ceux qui en ont besoin la possibilité de produire, là où ils en ont besoin, de l’hydrogène vert et abordable », résume Steven Schenk.
Texte Océane Kasonia Plus d’informations sur www.h2rema.ch
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Avis Vert • Brandreport 13
Végétaliser la ville : penser ensemble l’eau, le sol et l’arbre La ville de demain aura besoin de davantage de végétation, mais surtout d’une végétation pérenne. C’est à ce moment qu’Avis Vert intervient. Le rôle du bureau d’études et d’ingénierie en environnement est justement de créer les conditions permettant aux arbres de s’installer et de croître durablement. Quelle place donnez-vous à l’eau dans vos projets ? L’eau est centrale. Rappelons qu’un arbre de grande envergure peut transpirer plusieurs centaines de litres d’eau au cours d’une journée estivale favorable. Marie Palman Chargée de projet végétalisation urbaine, Avis Vert
A
vis Vert travaille sur la végétalisation au sens large, aussi bien en milieux naturels qu’en contexte urbain. Ses interventions vont des études écologiques globales à la renaturation, en passant par la gestion de la biodiversité au sein du bâti et aux projets d’arborisation. Au fil de cet échange, Marie Palman, chargée de projet végétalisation urbaine chez Avis Vert, insiste sur l’importance de considérer l’environnement dans son ensemble pour des projets de plantations réussis et durables. Marie Palman, quel est aujourd’hui le principal défi de la végétalisation en milieu urbain ? Les contraintes sont nombreuses : sols compactés, volumes de terre limités, réseaux souterrains, surfaces imperméables, chaleur et sécheresses... Le principal défi est de passer d’une logique quantitative à une logique qualitative basée sur la croissance et le développement de la canopée. Comment abordez-vous ces enjeux ? Notre expérience depuis plus de 15 ans nous permet de comprendre l’arbre non pas comme un objet ponctuel, mais bien comme un être vivant en interaction constante avec son environnement. Nous travaillons beaucoup autour du triptyque Eau–Sol–Arbre, aujourd’hui porté à Genève. L’idée est simple : on ne peut plus concevoir séparément la gestion des eaux pluviales, le fonctionnement des sols et le choix de la végétation.
Cette ressource est puisée dans le sol par les racines, notamment via les précipitations infiltrées. D’où l’intérêt de la logique de « ville éponge » : plutôt que d’évacuer rapidement la pluie vers les canalisations, il faut autant que possible la ralentir, l’infiltrer et la stocker dans les sols pour qu’elle redevienne une ressource pour la végétation. Encore faut-il disposer de sols perméables, structurés et surtout biologiquement actifs. Pour nous, une plantation réussie est une plantation qui tend vers l’autonomie et qui, hors épisodes climatiques exceptionnels, n’a plus besoin d’apports d’eau extérieurs réguliers. Et concernant le sol et les continuités souterraines ? Le sol, et plus largement la « trame brune », constitue, lui aussi, un enjeu fondamental. Il s’agit de préserver ou recréer des continuités de sols fonctionnels. Pour l’arbre, cela signifie sortir de la logique de la fosse isolée. Les racines sont en croissance permanente. Il faut donc réfléchir non seulement au volume disponible à la plantation, mais aussi à l’endroit où elles pourront se développer dans dix, vingt ou trente ans. L’image du « racinoduc », développée par Claire Atger, est parlante : nous planifions des passages pour l’eau, l’énergie ou les télécommunications ; pourquoi ne pas anticiper aussi les futurs chemins des racines ? Fosses continues, connexions entre espaces plantables et coordination avec les réseaux doivent permettre à l’arbre d’aller chercher les ressources nécessaires à son développement.
Comment évaluez-vous ensuite si un arbre se développe correctement ? Nous suivons notamment l’évolution annuelle de la circonférence du tronc et, selon les projets, celle de la couronne. Rapportée à la dimension de l’arbre à la plantation, cette évolution permet de calculer un taux de croissance annuel et d’objectiver sa trajectoire. L’intérêt est aussi de construire progressivement des références locales. En comparant des arbres d’une même essence dans différents contextes du canton, nous pouvons tendre vers des ordres de grandeur de croissance attendus à l’échelle du bassin genevois et intervenir plus tôt sur un sujet ou un alignement en difficulté. Croisé avec les données d’arrosage, le suivi hydrique, l’état du feuillage et les conditions météorologiques, ce taux devient un véritable indicateur de résultat. C’est aussi ainsi que l’arbre joue son rôle face aux îlots de chaleur : l’ombre limite l’échauffement des surfaces et contribue ainsi à améliorer le confort thermique des usagers. Un arbre en souffrance n’apportera pas les mêmes services qu’un arbre auquel on aura donné les conditions de devenir grand.
Avis Vert +41 22 301 50 01 info@avis-vert.ch www.avis-vert.ch
Finalement, faut-il avant tout planter davantage ou planter différemment ? Il faut évidemment planter davantage, mais surtout permettre aux végétaux de réellement se développer. Le principe de « la bonne plante au bon endroit » est donc la clef. La résilience passera par la diversité des essences, des strates et des modes de plantation. Car planter un arbre est une action ponctuelle ; lui permettre de devenir mature est un projet de long terme. Interview Léa Stocky
Suissedigital • Brandreport
Des offres attractives pour les PME Les quelques 170 membres de Suissedigital s’adressent de plus en plus aux PME avec leurs offres. L’accent est mis sur les services dans les domaines de la connectivité, de la communication et des centres de données.
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râce à la numérisation, les PME peuvent optimiser l’efficacité de leurs processus et atteindre plus facilement leurs clients potentiels. Pour cela, elles ont besoin d’une connexion Internet performante, de solutions de communication intelligentes, d’une mise en réseau sécurisée de leurs différents sites et d’un service client fiable. Les quelque 170 membres de Suissedigital, actifs au niveau local, proposent toutes ces prestations. Des centres de données sur place Certains membres de Suissedigital proposent en outre des services dans les domaines de la colocation et des centres de données, dont les PME peuvent tirer profit. Grâce à une connexion par fibre optique et à des mesures de sécurité de premier ordre, telles que la protection contre les incendies, la vidéosurveillance, le contrôle d’accès, les systèmes d’alimentation de secours et les racks verrouillables, ces centres de données sont adaptés au stockage de données sensibles. Test en ligne de sensibilisation à la cybersécurité Avec la numérisation croissante, le risque pour les PME d’être victimes de cybercriminalité augmente. C’est pourquoi Suissedigital a lancé, sur www.suissedigital.ch, un test en ligne destiné à sensibiliser les PME à la cybersécurité. Ce test permet une auto-évaluation et, au fil du temps, une comparaison avec d’autres PME.
Informations et réseautage lors du Suissedigital-Day 2026 Vous souhaitez en savoir plus sur les offres destinées aux PME proposées par les membres de Suissedigital ? Renseignez-vous auprès de votre entreprise de communication locale sur www.suissedigital.ch/pme ou participez au Suissedigital-Day, qui se tiendra le 19 novembre 2026 au Kursaal de Berne. Lors de cet événement, environ 400 représentants d’entreprises de télécommunications et d’informatique rencontreront des PME pour nouer des contacts et échanger. Au programme : des conférences passionnantes sur des thèmes d’actualité liés à la numérisation. Pour plus d’informations et inscriptions sur info@suissedigital.ch +41 31 328 27 28
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16 Repenser la ville face au climat
Repenser la ville face au climat Face aux vagues de chaleur, aux pluies intenses et aux périodes de sécheresse, les collectivités commencent à adapter leurs rues, leurs bâtiments et leurs infrastructures. Mais la résilience urbaine ne se joue pas uniquement à l’échelle des grands projets. Elle se construit aussi dans les immeubles, les quartiers et les usages quotidiens. Une ville qui apprend à vivre avec la pluie Le climat de demain posera aussi une question moins visible : que faire de l’eau lorsqu’elle arrive en très grande quantité, après plusieurs semaines de sécheresse ?
Image iStockphoto/CHUNYIP WONG
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maginez une journée d’été en 2040. Le thermomètre dépasse les 35°C. Dans certains quartiers, pourtant, les rues ne ressemblent plus à celles d’aujourd’hui. Des arbres ont remplacé une partie des surfaces minérales, les places accueillent davantage de végétation et certains parkings ont laissé place à des espaces ombragés. Cette évolution répond à un enjeu très concret. En ville, le béton et l’asphalte emmagasinent la chaleur et peuvent contribuer à créer des îlots de chaleur urbains. À l’inverse, les arbres apportent de l’ombre et la végétation peut contribuer au rafraîchissement local.
Pendant longtemps, les villes ont surtout cherché à évacuer rapidement les eaux de pluie. Une autre approche gagne désormais du terrain : laisser davantage de place à l’eau dans la ville. Jardins de pluie, noues végétalisées, sols perméables ou espaces capables de retenir temporairement les précipitations permettent de ralentir le ruissellement et de favoriser l’infiltration. Cette logique peut également s’appliquer à l’échelle domestique. Dans les espaces où cela est possible, la récupération de l’eau de pluie, la réduction des surfaces imperméables ou le choix de végétaux adaptés peuvent contribuer à une utilisation plus sobre de la ressource. L’enjeu est surtout de changer de perspective : plutôt que de considérer l’eau comme un élément à évacuer, certains aménagements cherchent à lui redonner une place dans le fonctionnement même de la ville.
La végétalisation devient donc un outil d’adaptation, en plus de ses bénéfices pour la biodiversité et la qualité des espaces publics. Elle ne consiste cependant pas simplement à planter partout. Le choix des espèces, leur besoin en eau, l’entretien et la disponibilité des sols doivent être pris en compte.
Des bâtiments conçus pour les étés de demain La transition climatique se joue également derrière les façades. Pendant longtemps, la performance énergétique des bâtiments a principalement été pensée autour du chauffage hivernal. Avec l’augmentation des températures, le confort d’été prend une importance croissante.
Et cette transformation peut dépasser les grands parcs municipaux. Une cour d’immeuble, un toit, un balcon ou un jardin peuvent également participer, à leur échelle, à rendre un quartier plus végétal. Dans les copropriétés, la végétalisation peut même devenir un projet collectif, au même titre que la rénovation d’un bâtiment.
Isolation, protections solaires, ventilation, orientation, matériaux ou végétation peuvent contribuer à limiter la surchauffe des logements. La rénovation énergétique devient ainsi également un moyen d’adapter le parc immobilier aux conditions climatiques futures.
Ces travaux soulèvent toutefois une réalité moins spectaculaire : rénover coûte cher et les décisions peuvent être complexes, notamment dans les copropriétés. La résilience urbaine dépend donc aussi de la capacité à rendre ces transformations accessibles au plus grand nombre. Une ville où la voiture occupe moins d’espace Adapter la ville au climat passe aussi par les déplacements. Faciliter la marche, le vélo ou les transports collectifs peut réduire les émissions tout en libérant de l’espace pour les arbres, les pistes cyclables et les espaces publics. Encore faut-il que ces alternatives soient réellement accessibles. Des infrastructures continues, des transports publics efficaces et des services de proximité sont indispensables pour permettre l’évolution des habitudes. Les habitants peuvent également y contribuer, en adaptant certains trajets, en partageant une voiture ou en participant à des initiatives locales. Des choix qui, à leur échelle, peuvent aussi faire évoluer les besoins et les politiques urbaines. Et à l’échelle individuelle ? Les grandes transformations urbaines dépendent largement des collectivités, des investissements publics, des entreprises et des choix d’aménagement. Mais cela ne signifie pas que les habitantes et habitants sont de simples spectatrices et spectateurs. À l’échelle d’un logement, certaines décisions peuvent contribuer à l’adaptation : améliorer la protection contre la chaleur, réduire les consommations d’eau, végétaliser un espace extérieur ou engager des travaux de rénovation lorsqu’ils sont possibles.
À l’échelle d’un immeuble, la marge de manœuvre peut être plus importante encore. Une copropriété peut réfléchir à l’isolation, à la végétalisation d’une cour ou d’un toit, à la gestion de l’eau ou à la production d’énergie. À l’échelle d’un quartier, les habitants peuvent également participer aux consultations et aux projets d’aménagement qui déterminent progressivement le visage de leur environnement. Ces actions ne remplacent évidemment pas les décisions publiques. Un habitant ne peut pas créer seul une ligne de tramway ou transformer une rue en parc. Mais les usages, les initiatives locales et les attentes exprimées par les citoyens font partie de l’équation. La ville de demain sera-t-elle vraiment différente ? Il n’est pas nécessaire d’imaginer des métropoles futuristes pour entrevoir la ville résiliente de demain. Elle pourrait au contraire sembler familière : davantage d’arbres, des bâtiments mieux protégés de la chaleur, des sols capables d’absorber la pluie et des déplacements plus diversifiés. Le défi sera de concilier ces solutions avec les réalités économiques et sociales de chaque territoire. Il n’existe en effet pas de recette universelle : une ville dense n’a pas les mêmes possibilités qu’une commune périurbaine, ni un immeuble ancien les mêmes contraintes qu’une construction récente. Repenser la ville face au climat consiste donc moins à la reconstruire qu’à transformer progressivement celle qui existe déjà. Une évolution qui dépendra à la fois des politiques publiques, des projets locaux et des choix collectifs et individuels. Texte SMA
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18 Alimentation durable
Mieux manger : rendre notre alimentation plus durable Manger sainement, préserver les ressources, privilégier des produits de saison ou locaux, tout en continuant à se faire plaisir : comment mieux consommer sans transformer l’alimentation en une longue liste de contraintes ? Pour Claire Casteran, directrice du Cluster Food & Nutrition, la réponse passe par une mobilisation de toute la chaîne agroalimentaire, de la production à l’assiette. pas. Et s’il est financièrement inaccessible, cela constitue également une barrière. L’alimentation durable doit donc aussi rester accessible.
Claire Casteran Directrice du Cluster Food & Nutrition
Claire Casteran, vous dirigez le Cluster Food & Nutrition. Quel est le rôle de cette association ? Le Cluster Food & Nutrition est une association à but non lucratif créée en 2015. Nous réunissons des acteurs du secteur agroalimentaire : entreprises, acteurs académiques, associations… Notre rôle est de faire collaborer les acteurs de la chaîne pour qu’au final, le consommateur puisse trouver dans son assiette des produits plus sains, plus durables, accessibles et savoureux. La Suisse dispose d’un écosystème qui offre beaucoup de ressources et qui est aussi très innovant. Nous avons donc la possibilité de faire émerger des solutions et de travailler collectivement pour que ces évolutions se retrouvent, à terme, dans l’assiette du consommateur. Que signifie la formule « consommer mieux » lorsqu’on parle d’alimentation ? Cela implique plusieurs dimensions : une alimentation saine et équilibrée, mais aussi durable. On peut notamment réfléchir à la saisonnalité, au local ou encore au bio, même si chacun reste libre de ses choix. Il faut aussi ajouter deux critères essentiels : le plaisir et le prix. Un produit peut réunir tous les critères environnementaux et nutritionnels, s’il n’est pas bon, le consommateur ne le rachètera
Pourquoi faut-il aujourd’hui faire évoluer nos manières de produire et de consommer ? Il y a d’abord un enjeu de gestion des ressources naturelles : l’eau, les terres agricoles, les cultures disponibles. Nous devons aussi être capables de nourrir une population mondiale croissante. Et il y a un autre enjeu majeur : le gaspillage alimentaire, qui existe chez les particuliers et dans les collectivités, mais aussi à l’échelle industrielle. C’est notamment pour cela que nous voyons se développer de nombreux projets autour de l’économie circulaire. L’idée est de mieux valoriser ce que l’on appelait auparavant des déchets et que l’on désigne désormais plutôt comme des « coproduits ». Par exemple, que peut-on faire des coquilles de noix ou du petit-lait issu de la fabrication du fromage ? Comment utiliser davantage ce qui est produit ? Le local est-il pour autant synonyme de durabilité ? Le local est clairement une des solutions, mais ce n’est pas la seule. En Suisse, certains aliments que nous consommons régulièrement, comme le chocolat, le café ou les avocats, ne peuvent pas être produits localement. Et tous les produits locaux ne sont pas nécessairement durables. Il faut donc éviter les raisonnements trop simples. Manger local peut être intéressant, mais il faut aussi tenir compte d’autres paramètres. Une alimentation durable repose sur plusieurs dimensions. La transformation doit-elle venir principalement des consommateurs et consommatrices ? Non. C’est toute la chaîne, « du champ à l’assiette », qui doit avancer. Le consommateur et la consommatrice
ont évidemment un rôle, notamment à travers l’information et l’éducation, mais les autres acteurs aussi.
réussir à réfléchir simultanément à la durabilité, à la viabilité économique et à la qualité nutritionnelle.
L’agriculture fait déjà beaucoup, même si elle a parfois le sentiment d’être montrée du doigt. Il reste des choses à améliorer, bien sûr. L’industrie agroalimentaire doit également travailler sur ses consommations d’énergie et de matières premières, l’optimisation de ses processus, la réduction des déchets et la valorisation des coproduits.
Autre difficulté : la consommatrice et le consommateur sont confrontés à une multitude de labels et d’informations. Comment s’y retrouver ? C’est effectivement un vrai défi. Il peut y avoir le sentiment qu’il y a trop de labels, mais, en même temps, il faut donner aux consommateurs et consommatrices les moyens de faire un choix éclairé.
Quelles innovations vous paraissent particulièrement intéressantes aujourd’hui ? Je vois beaucoup de projets portés par des PME et des acteurs de terrain autour de la valorisation des coproduits et de la biomasse. L’idée est de parvenir à utiliser davantage l’ensemble d’une matière première. Si l’on peut valoriser quelque chose qui était auparavant jeté, on crée à la fois un bénéfice environnemental et économique. La durabilité n’est donc pas uniquement environnementale. Elle est aussi économique : transformer une matière qui était considérée comme un déchet en une nouvelle source de valeur peut être intéressant pour l’entreprise comme pour l’environnement. Vous insistez beaucoup sur la notion de plaisir. Pourquoi est-elle si importante ? Parce que le goût reste un critère essentiel dans l’achat d’un produit alimentaire. On peut donc se demander comment conserver le plaisir tout en améliorant les qualités nutritionnelles et environnementales d’un produit. L’industrie travaille par exemple sur la réduction du sucre. La question est alors : comment continuer à proposer un produit bon sans avoir recours à autant de sucre, de colorants ou d’autres ingrédients ? Il faut
Les labels et les informations permettent justement de rendre certains éléments plus visibles. L’enjeu est donc moins de supprimer l’information que de la rendre compréhensible et utile. L’éducation joue également un rôle, notamment dès le plus jeune âge. Ensuite, chacun peut faire ses choix en fonction de ses priorités, qu’elles soient liées à la santé, à l’éthique, au local ou au bio. Les entreprises agroalimentaires ont, elles aussi, une responsabilité d’information, dans un cadre réglementaire qui encadre déjà fortement l’étiquetage. Dans cinq ou dix ans, qu’est-ce qui pourrait concrètement changer dans nos assiettes ? En Suisse, je pense notamment à la nouvelle pyramide alimentaire. Elle est intéressante parce qu’elle associe les dimensions nutritionnelles et de durabilité. Elle peut servir de référence commune pour réfléchir à la manière de se nourrir à l’avenir. Mais il faudra ensuite traduire ces principes en actions, que ce soit dans les familles, les restaurants ou chez les entreprises agroalimentaires. Chaque actrice, chaque acteur se trouve à un endroit différent de la chaîne et peut agir à son échelle. Interview Océane Kasonia
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POURQUOI DIRE NON ©stemutz
à l’initiative sur l’alimentation ?
«
J’aime les légumes, mais aussi la viande, les produits laitiers et les œufs d’origine suisse. Je ne veux pas d’une politique qui décide ce que je peux manger. Informer et garantir la transparence, oui. Dicter ce qui doit être dans nos assiettes, non. C’est pourquoi je rejette l’initiative.
»
Isabelle Chassot, Conseillère aux États Fribourg Présidente de l’Association suisse des AOP-IGP
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