2021 Vol. 80
Schweizerische Zeitschrift für Philosophie Revue suisse de philosophie Rivista svizzera della filosofia Swiss journal of philosophy
Studia
Philosophica Sémiotique, Grammaire et Logique Semiotik, Grammatik und Logik De la scolastique tardive à la philosophie austro-allemande Von der Spätscholastik bis zur österreichischen Philosophie
Rédaction/Redaktion Anton Hügli Janette Friedrich/Hélène Leblanc Numéro dirigé par/ HeftherausgeberInnen Hélène Leblanc/Claudio Majolino
Inhalt | Table des matières Schwerpunkt j Thème central : Semiotik, Grammatik und Logik. Von der Spätscholastik bis zur österreichischen Philosophie j Sémiotique, Grammaire et Logique. De la scolastique tardive à la philosophie austro-allemande Hélène Leblanc et Claudio Majolino: Introduction j Einleitung . . . . . . . . . . .
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E. Jennifer Ashworth: Signs and Signification as treated by Iberian Logicians from Domingo de Soto to John of St Thomas . . . . . . . . . .
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Jacques Moeschler: Parallélisme logico-grammatical, compositionnalité sémantique et inférence pragmatique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Colin Guthrie King: Word, thought, and object in De int. 14 and Metaphysics Γ3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Stephan Meier-Oeser: Die Zeicheneuphorie der zweiten Hälfte des 19. Jahrhunderts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Aurélien Djian: De l’horizon au champ déictique et retour. Une étude sur Husserl et Bühler . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
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Pierre-Jean Renaudie: Entre grammaire et logique: la signification du discours poétique selon Husserl et Benveniste . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114 Buchbesprechungen j Comptes rendus Beatrice Sasha Kobow: Der Sprung in die Sprache oder Denken-als-ob (V. Marconi) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137 Massimo Dell’Utri: Putnam (R. Egidi) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139 R. Martinelli (a cura di): William James, Carl Stumpf: Correspondence (1882–1910) (T. Viola) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142 François Jaquet et Hichem Naar: Qui peut sauver la morale? Essai de métaéthique (O. Desmons) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145 Ophélie Desmons, Stéphane Lemaire et Patrick Turmel (dir.): Manuel de métaéthique (J. Notter) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147 Silvan Imhof, Jean Terrier und Urs Marti-Brander (Hg.): Jeanne Hersch: Ausgewählte philosophische Schriften (A. Pieper) . . . . . . . 150 Iso Kern: Der gute Weg des Handelns. Versuch einer Ethik für die heutige Zeit (E. Angehrn) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155
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Inhalt | Table des matières
Emil Angehrn: Vom Anfang und Ende: Leben zwischen Geburt und Tod (T. Rentsch) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157 Gunnar Hindrichs: Zur kritischen Theorie (M. Döller) . . . . . . . . . . . . . . . . . 160 Philip Kovce und Birger P. Priddat (Hg.): Bedingungsloses Grundeinkommen. Grundlagentexte (C. E. W. Kremser) . . . . . . . . . . . . . . . 163 Roland Buser: Der Mensch im Kosmos (U. Mäder) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165 Adam Knowles: Heidegger’s Fascist Affinities. A Politics of Silence (M. G. Festl) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 170 Mario Castellana: Federigo Enriques e la «Nuova epistemologia» (E. Castelli Gattinara) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 172 Maximilien Winter: Il metodo storico-critico per una nuova filosofia delle matematiche (Claudio D’Aurizio) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 175
Schwerpunkt j Thème central : Semiotik, Grammatik und Logik j Sémiotique, Grammaire et Logique
Introduction Hélène Leblanc et Claudio Majolino 1. Dans un article paru en 1893, Sur le rapport entre la grammaire et la logique, Anton Marty attirait l’attention sur le destin philosophique d’une célèbre analogie de proportion: la logique serait à la grammaire ce que l’âme est au corps.1 Par une telle analogie, aussi ancienne qu’influente, le lien entre les deux disciplines apparaît comme étant tout aussi intime que l’unité substantielle d’un être vivant ou d’une personne. À la question de savoir si le grammairien se doit de prendre en considération la logique, on ne peut donc que répondre par l’affirmative, car le principe du mouvement du corps langagier n’est autre que le mouvement même de la pensée. Comme l’écrit Karl Prantl, auteur de l’ouvrage monumental Histoire de la logique en occident, entre logique et grammaire subsiste une véritable «unité d’essence» [Wesenseinheit].2 Marty signale cependant la présence d’une deuxième analogie, sans doute plus récente mais tout aussi influente. Selon Heymann Steinthal, par exemple, «la grammaire du passé a faussement attribué au langage une âme logique plutôt qu’une âme linguistique propre»,3 alors que «dans le corps linguistique habite une âme linguistique, et il ne saurait s’y loger aucune âme logique».4 Les rapports entre grammaire et logique seraient donc bien plus extrinsèques que l’analogie chère à Prantl aurait voulu le faire croire. On l’aura remarqué, le grammairien Steinthal renonce à l’analogie de l’âme et du corps aussi peu que l’historien de la logique Prantl. Car pour l’un et pour l’autre vaut malgré tout le précepte suivant: qui dit langage dit signe, et qui dit signe dit unité intime du sensible et du spirituel. Tant qu’un tel précepte sémiotique restera non interrogé, les articulations manifestes au niveau de la couche sensible du langage pourront toujours être comparées à la multiplicité des parties d’un corps: soumis au principium individuationis de la ‘matière’ mais constamment ‘habités’ par les différentes fonctions issues d’un principe spirituel
1 Anton Marty: Gesammelte Schriften. T. II, vol. 2 (Halle: Niemeyer, 1920) 58‒99; trad. fr. par Denis Seron, in: À l’école de Brentano, Denis Fisette & Guillaume Fréchette (éd.) (Paris: Vrin, 2007) 385‒421. 2 Karl Prantl: Geschichte der Logik im Abendlande. T. I–IV (Leipzig: Verlag von S. Hirzel, 1855–1870). La formule est issue d’un article écrit par Prantl pour l’Académie de Munich en 1875, cité par Marty dans Gesammelte Schriften. T. I., vol. 1 (Halle: Niemeyer, 1916) 5. 3 Heyman Steinthal: Grammatik, Logik und Psychologie. Ihre Prinzipien und ihr Verhältnis zu einander (Berlin: Ferd. Dümmler’s Verlagsbuchhandlung, 1855) 143. Sauf mention contraire, nous traduisons les textes cités. 4 Id. p. 215. Cf. également, p. 156: «finalement, si la pensée était si nécessairement organique à la pensée comme un corps à l’âme, comme la matière à la force, alors la division du son de la pensée serait destructive et létale pour l’un et pour l’autre comme le serait la séparation du corps de l’âme, ou aussi impossible que la séparation de la matière de la force. Mais tel n’est pas le cas».
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analogue à l’âme. Le seul problème sera donc de bien savoir choisir la nature d’un tel analogon – logique (Prantl), linguistique (Steinthal) ou autre. 2. Si à la fin du 19ème siècle Anton Marty – psychologue et philosophe du langage, armé d’une remarquable culture historique allant de la scolastique à la pensée moderne, connaisseur autant des Modistes des 13e et 14e siècles que des Grammairiens de Port Royal au 17e siècle – 5 croit devoir se pencher, une fois de plus, sur ce conflit des analogies, c’est en raison de sa capacité à illustrer, d’une manière tout à fait exemplaire, un problème structurel concernant le statut épistémologique de la grammaire en tant que discipline théorique. L’apparente pertinence grammaticale de l’analogie du corps et de l’âme, avec ses déplacements divers et variés, n’est en effet que le symptôme d’un problème plus vaste dont les deux éléments constitutifs sont: 1) l’équivocité de la notion de logique, 2) et celle de la notion de signe. Quant au premier aspect, afin de penser sur de nouvelles bases descriptives à la fois ce que la grammaire doit et ce qu’elle ne doit pas à la logique, il est nécessaire, selon Marty, un véritable travail de fond, consistant à distinguer les divers sens du concept de logique, qui reste encore à accomplir. Un travail visant à éviter toute «confusion entre les différents sens où l’on peut parler du caractère logique et d’une approche logique du langage».6 Afin de comprendre si et dans quelle mesure il est pertinent de dire que le grammatical est le «corps» [Leib] du logique (comme le veut Prantl et le conteste Steinthal) ou qu’il en est le «vêtement» [Gewand] (comme le veut Frege) ou, encore, qu’il existe une «armature» [Gerüst] logico-grammaticale des langues à ne pas confondre avec son «corps» linguistique (pour reprendre les mots de Edmund Husserl) – encore faut-il libérer le concept de logique de toute ambiguïté. D’autre part, l’emprise de l’analogie du corps et de l’âme ne peut être contrée que par un questionnement parallèle portant sur l’équivocité des notions de ‘signe’ et de ‘signification’. Au lieu d’opérer, d’une manière préconçue, avec un concept de signe univoque, pensé à partir de la duplicité du sensible et du spirituel, il s’agit plutôt, dit Marty, d’établir «si le terme même de signifier est univoque ou s’il est utilisé en plusieurs sens».7 Lorsqu’on se réfère à la montée de la colonne d’un baromètre en tant que signe d’une tempête à venir, ou à un geste en tant que signe de colère, ou à un signe linguistique grammaticalement articulé tel qu’un nom ou une phrase, lorsqu’on fait signe en pointant du doigt un objet
5 Voir sur ce sujet Hélène Leblanc: Grammaire générale and Grammatica speculativa: The Historical Roots of the Marty-Husserl Debate on General Grammar, in: Mind and Language – On the Philosophy of Anton Marty, Guillaume Fréchette and Hamid Taieb (eds.) (Berlin: De Gruyter, 2017) 325–343. 6 Anton Marty: Gesammelte Schriften. T. II, vol. 2, op. cit., 60. 7 Anton Marty: Untersuchungen zur Grundlegung der allgemeinen Grammatik und Sprachphilosophie, Bd. I (Halle: Niemeyer, 1908) 280.
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Introduction
sensible – est-ce dans le même sens que ce mot ‘signe’ est utilisé? Est-il légitime de qualifier les pensées elles-mêmes de signes mentaux ou non-sensibles?8 Aux yeux de Marty, c’est seulement en croisant cette double équivocité – ‘logique’ et ‘sémiotique’ se disent en plusieurs sens – que le dossier des rapports entre grammaire, logique et sémiotique peut être instruit, sans que de simples images de la forme interne figurale [figurale] (telle l’analogie du corps et de l’âme)9 censées diriger le regard du philosophe du langage, se transforment en véritables paradigmes et finissent par lui cacher la vue. 3. Ce débat opposant Marty à Prantl d’un côté et à Steinthal de l’autre, se déroule à la fin du 19ème siècle, dans un milieu philosophique germanophone, marqué à la fois par une grande attention à l’égard des sciences empiriques et par une extrême sensibilité vis-à-vis de la tradition historique, moderne et médiévale. Dans un tel contexte, pour des philosophes comme Marty, l’émergence du problème des rapports entre grammaire, logique et sémiotique n’était pas séparée de l’étude des transformations historiques relatives à la manière de concevoir de tels rapports. Une telle émergence allait également de pair avec la conscience accrue d’une rivalité croissante entre deux disciplines, telles la logique et la linguistique, dont les statuts épistémologiques propres et les rapports à la philosophie dans son ensemble étaient en train d’être profondément remis en cause.10 L’entrée en scène de la psychologie scientifique, dans ses multiples formes, d’un côté, et le rapprochement de plus en plus inévitable de la logique formelle aux mathématiques, allaient ajouter une complexité ultérieure aux termes du débat. Des problèmes tout à fait classiques comme la question du rapport entre parole et pensée, la possibilité d’une grammaire générale, ou universelle, allaient donc s’agencer aux avancées disciplinaires les plus récentes dans un échange de modèles théoriques dont il nous faut encore aujourd’hui mesurer toute l’ampleur.11 La force heuristique des anciennes analogies allait en être, évidemment, 8 Sur cette question, nous renvoyons aux pages 15‒38 de Claudio Majolino: Par-delà la suppléance. Contributions à une sémiotique phénoménologique. Bühler et Marty, in: Anton Marty & Karl Bühler. Between Mind and Language, ed. by Laurent Cesalli, Janette Friedrich (Basel: Schwabe, 2014) 3‒41, ainsi que Hélène Leblanc: Sign and Language in Anton Marty: before and after Brentano, in: Philosophy of Language in the Brentano School: Reassessing the Brentanian Legacy, Arnauld Dewalque, Charlotte Gauvry, Sébastien Richard (eds.) (Palgrave Macmillan, 2021) 119‒140. 9 Sur la question des effets de la forme interne langagière, cf. l’étude classique mais encore incontournable de Otto Funke: Innere Sprachform. Eine Einführung in A. Martys Sprachphilosophie (Reichenberg i.B: Sudetendeutscher Verlag Franz Kraus, 1924), notamment p. 26‒83. 10 Pour un regard d’ensemble cf. Lia Formigari: Filosofia e linguistica, in: La filosofia. T. II. La filosofia e le scienze, a cura di Paolo Rossi (Torino: UTET, 1995) 183‒214, notamment p. 195‒201; Id. Il linguaggio. Storia delle teorie (Roma-Bari: Laterza, 2001) 210‒234. 11 Pour n’évoquer qu’un exemple, encore Marty, aristotélisant et ‘psychologiste’, discute en détail et en termes tout à fait positifs la réforme de la logique entamée par Frege – une discussion qui, à l’heure actuelle, n’a pas attiré l’attention des interprètes. Cf. Gesammelte Schriften. T. I., vol. 1, op. cit., p. 55‒58.
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tantôt ébranlée, tantôt renouvelée, tantôt abandonnée à la lumière de nouveaux modèles de recherche. L’examen théorique des multiples sens du ‘logique’ et du ‘sémiotique’, préconisé par Marty, devait donc s’accompagner d’un regard rétrospectif sur l’histoire des rapports entre grammaire et logique, solidaire des changements profonds et des développements des sciences empiriques, d’un côté, (psychologie et linguistique) et des sciences formelles de l’autre (logique et mathématiques). D’un point de vue strictement théorique il fallait chercher le périmètre de cette «zone neutre» évoquée par Alexius Meinong au tout début de sa Théorie de l’objet. Une zone où grammaire et logique tantôt se superposent, tantôt se séparent, tantôt se laissent penser de plusieurs points de vue complémentaires: Les confusions à propos des frontières entre les différents domaines scientifiques peuvent se manifester de deux manières opposées: soit que les différents domaines se chevauchent, soit qu’ils n’aient pas de contacts de sorte qu’entre eux un domaine reste en friche. Or, l’importance de semblables confusions est, dans le domaine théorique, exactement inverse de ce qu’elle est dans le domaine pratique. La ‘zone neutre’ y est, en effet, la garantie toujours bienvenue, rarement obtenue de relations de bon voisinage, tandis que le chevauchement des frontières revendiquées représente le cas typique de conflits d’intérêt. Par contre, dans le domaine du travail théorique où fait défaut la moindre légitimité de pareils conflits, le recoupement de deux secteurs frontière, qui, par conséquent, peuvent être éventuellement traités de plusieurs points de vue, représente, objectivement, tout au plus un bénéfice, tandis que leur séparation est toujours un inconvénient dont l’importance sera naturellement fonction de l’étendue et de l’importance du secteur intermédiaire ainsi créé.12
D’un point de vue historique en revanche, une telle démarche théorique devait être complétée par une étude des manières dont une Modernité philosophique entendue dans un sens très large a occupé, en fonction des différents moments de l’évolution épistémologique de disciplines concernées, cette zone neutre que la logique, la grammaire mais aussi la psychologie, continuent encore à se disputer. Une Modernité où les frontières entre la scolastique médiévale et la logique de Port-Royal sont moins nettes qu’on aurait pu le croire; où la scolastique tardive joue un rôle charnière décisif; où la logique d’Aristote subit bien plus de secousses que la boutade célèbre de Kant (la voulant d’ores et déjà «close et achevée») croyait le suggérer. 4. Qu’en est-il aujourd’hui? En savons-nous davantage au sujet de cette prétendue «zone neutre» dont parle Meinong? Avons-nous un tableau plus clair de ce vaste spectre de positions, s’étalant du strict parallélisme logico-grammatical évoqué par Prantl à la radicale séparation préconisée par Steinthal, qui Alexius Meinong: Gegenstandstheorie, in: Gesamtausgabe, t. II, p. 484; tr. fr., M. de Launay et J.-F. Courtine, Alexius Meinong: Théorie de l’objet et présentation personnelle (Paris: Vrin, 1999) 66‒67.
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Introduction
mène au débat provoqué par Marty? Sommes-nous mieux placés pour savoir lequel des multiples sens du ‘logique’ et du ‘sémiotique’ témoigne du voisinage structurel entre ces deux disciplines – lequel indique en revanche leur écarts? Les essais publiés dans ce numéro thématique des Studia philosophica ont pour but de contribuer à fournir des éléments de réponse à ces questions. Des questions qui – formulées avec une grande lucidité par des philosophes comme Marty ou Meinong, dans le cadre de cette tradition philosophique que l’on a pris l’habitude d’appeler austro-allemande13 – indiquent autant de lignes de recherche pour reconstruire une autre histoire de la modernité en ce qui concerne la question, tout compte fait classique, du lien entre sémiotique, grammaire et logique. Une histoire gravitant autour de deux moments pivot et permettant d’accomplir, pour ainsi dire, un pas de côté par rapport à une série d’interprétations traditionnelles qui ont longtemps compris la pensée moderne sans questionner ni l’équivocité du signe ni celle du logique, uniquement sous le sceau du «parallélisme logico-grammatical» attribué aux auteurs de Port-Royal.14 Le premier moment pivot, qui constitue le terminus a quo de notre parcours, se situe dans cette scolastique dite moderne qui connait au cours des 16ème et 17ème siècles, un nouvel essor. Du point de vue qui nous intéresse ici, cette renaissance se manifeste notamment dans le vif débat qui s’y joue sur la question même de l’équivocité du concept de signe, que certains auteurs veulent large au point d’inclure les éléments logiques (concepts et species intelligibilis) de la représentation mentale, quand d’autres (qui prévaleront en définitive) prétendent en limiter la portée au domaine du sensible. Les premiers défendent ainsi ce qu’ils qualifieront de signe formel. Les seconds, ne reconnaissant que le signe dit instrumental, tiendront pour un retour à une définition qui remonte à Augustin, selon laquelle le signe est une chose sensible qui doit être connue pour porter à la connaissance de quelque chose d’autre. Ce débat original correspond par ailleurs à la recherche d’un nouveau lieu pour définir la notion de signe – qui après être passé du champ théologique de la doctrine sacramentelle au champ logique durant la période médiévale, tend à s’insérer plus précisément dans le cadre des commentaires au traité De l’interprétation d’Aristote, acquérant par là une dimension supérieure de technicité. Ce faisant, le débat sur le signe formel s’intègre dans une réflexion plus large sur le statut de la logique et sur son rapport au langage et à son étude.15 Le second moment pivot, terminus ad quem de notre parcours, concerne précisément cette tradition austro-allemande dont Marty est, on l’a vu, l’un des Voir notamment et pour d’ultérieures références Kevin Mulligan: Wittgenstein et la philosophie austro-allemande (Paris: Vrin, 2012), 11‒12. 14 Voir Charles Serrus: Le parallélisme logico-grammatical (Paris: Alcan, 1933). 15 Nous renverrons ici à Stephan Meier-Oeser: Die Spur des Zeichens (Berlin-New York: de Gruyter, 1997) 238‒262 et Hélène Leblanc: Théories sémiotiques à l’âge classique. Translatio signorum (Paris: Vrin, 2021) 31‒138. 13
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représentants majeurs. À l’entrecroisement des 19ème et 20ème siècles, aux frontières de l’Empire Austro-Hongrois, des auteurs liés à l’école de Franz Brentano, de Meinong, de Husserl ou de Kazimierz Twardowski poursuivent leur réflexion sur la grammaire et le langage dans un rapport étroit avec, d’un côté, l’évolution de la pensée logique de l’époque, et, de l’autre, l’histoire de longue durée de la pensée sur les signes dont l’un des jalons majeurs est, précisément, celui de la réception d’Aristote dans la scolastique tardive. Les six articles qui composent ce numéro visent donc à ressaisir le rapport entre logique et grammaire dans une période moderne largement entendue, et à comprendre en quoi la réflexion sur les signes, entre équivocité et univocité, joue ici un rôle novateur. 5. C’est sur la scolastique tardive ibérique des 16ème et 17ème siècles que Jennifer Ashworth ouvre ce panorama. Ce second âge d’or de la scolastique a en effet été particulièrement riche en matière de théories des signes et de la signification, celles-ci s’insérant dans une étude du langage qui constitue le principal point de partance des logiciens. C’est à partir de deux textes des plus fameux d’entre eux, les Summulae (1529) de Domingo de Soto et l’Ars logica (1631‒2) de Jean de Saint Thomas (ou Jean Poinsot), que l’article détaille la question de la classification des signes linguistiques (des humains) et signes non-linguistiques (qui comprennent ceux de la communication animale) au sein d’une typologie générale des signes. Cet effort classificatoire est notamment lié aux problèmes soulevés par le triangle sémantique qui rattache mots, concepts et choses. L’étude de Jacques Moeschler, en revanche, prend à bras le corps le problème du parallélisme logico-grammatical qui trouve son origine dans la Grammaire et dans la Logique de Port-Royal. L’auteur critique alors la fameuse thèse – dont il ne s’agit pas d’éclairer les nuances historiques – selon le point de vue de la linguistique contemporaine, pour nier qu’il existe non seulement un parallélisme grammatico-sémantique, mais aussi un parallélisme sémanticopragmatique. Cette critique est étayée par l’étude de quatre cas: la signification sémantique des quantificateurs ne correspondant pas à la représentation syntaxique; les quantificateurs logiques pourvus, dans leur usage, de significations non-logiques; les connecteurs logiques, dont l’interprétation linguistique dépasse la signification logique; et enfin la négation, qui présente des propriétés dites méta-représentationnelles et non-logiques. Les études suivantes se resserrent ensuite sur les 19ème et 20ème siècles, sans pour autant renoncer aux mises en perspective diachroniques. L’on sait, par exemple, que le philosophe polonais Jan Łukasiewicz – élève de l’‘austroallemand’ Twardowski16 – dans son étude Über den Satz des Widerspruchs bei Sur le caractère non exclusivement géographique de la notion de philosophie ‘austro-allemande’ ou encore ‘autrichienne’, voir notamment Barry Smith: Austrian Philosophy. The Legacy of Franz Brentano (Chicago-La Salle, IL: Open Court, 1994) 3.
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Introduction
Aristoteles, avait soulevé diverses objections au passage de Métaphysique Γ3 où il est question du principe de contradiction. Colin G. King part de cette lecture critique pour s’y opposer, en confrontant le passage aristotélicien avec celui du De l’interprétation 14. Alors que les interprètes y cherchent souvent trois ‘versions’ – ontologique, psychologique et logique – dudit principe, l’auteur veut montrer que le passage de Métaphysique Γ3 présente plutôt deux principes bien différents quoique reliés: une version du principe d’identité et la possibilité, corollaire, d’accepter deux éléments ‘opposés’ en même temps. L’article de Stephan Meier-Oeser élargit le cadre de l’examen et propose une vue synoptique, visant à caractériser ce qui a été un temps de véritable «euphorie sémiotique», en explorant le champ encore inconnu des textes qui gravitent autour de la naissance conjointe, durant la seconde moitié du 19ème siècle, de la sémiologie et de la sémiotique. Il met en rapport le développement des systèmes de notation (George Boole, Charles Sanders Peirce, Gottlob Frege) et d’une réflexion accrue sur les signes (Husserl, Ferdinand de Saussure, Peirce, ainsi que Eduard Martinak, Richard Gätschenberger, Alois Höfler, et Meinong), avec les progrès pratiques et techniques à travers lesquels se multiplient à la même époque les mediums sémiotiques (phonographie, photographie, télégraphie, sténographie), ceux-ci accédant au statut de modèle pour penser notamment les processus langagiers. La principale conséquence de cette évolution est alors la prédominance du signe graphique et de la fonction remémorative. L’article d’Aurélien Dijan revient sur un aspect tout à fait stratégique du croisement entre grammaire, logique et sémiotique, à savoir la nature des déictiques. En partant de quelques-unes des suggestions de Husserl formulées dans Logique formelle et transcendantale, où la notion d’horizon apparaît comme un moment essentiel de toute théorie logique des jugement déictiques, l’auteur propose un recoupement entre la notion husserlienne d’horizon et les analyses linguistiques du champ déictique menées par Bühler. Cet article se termine par quelques remarques sur la relation entre la sématologie de Bühler et la phénoménologie transcendantale de Husserl. Une démarche transcendantale qui, selon l’auteur, n’a pas encore montré toute sa fécondité pour la philosophie du langage en général. Ce volume s’achève avec l’étude de Pierre-Jean Renaudie, qui offre une relecture des thèses de Husserl sur la grammaire pure au regard de ce qu’elles peuvent apporter concernant les usages esthétiques et littéraires du langage. Après un examen de ces passages des Recherches logiques où Husserl formule les principes d’une grammaire pure logique, l’auteur vise à montrer comment, à partir de ceux-ci, il est possible d’établir un dialogue fructueux avec les réflexions linguistiques d’Émile Benveniste. Loin d’être limitées au domaine logique, les analyses husserliennes consacrées à la grammaire a priori, s’avèrent, en effet, d’une grande pertinence notamment en ce qui concerne la question du statut du discours poétique. StPh 80/2021, 5–12, DOI: 10.24894/StPh-fr.2021.80001
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Hélène Leblanc et Claudio Majolino
On l’aura compris, les articles recueillis dans ce volume ne sauraient être que des coups de sonde et demandent certainement à être complétés. Ce numéro thématique trouve d’ailleurs tout son sens au sein des activités de recherche qui se sont déroulées de 2016 à 2019 entre l’Université de Genève et l’Université de Lille/UMR-CNRS 8163 STL au sein du projet «SĒMAINŌ. Archéologie différentielle du signe linguistique» (ANR: NR-15-CE33–0008/FNS: n810019E-164070), sous la direction de Leone Gazziero (Lille), Claudio Majolino (Lille) et Laurent Cesalli (Genève); avec la collaboration d’Aurélien Dijan (Lille), Carla Di Martino (Lille), Frédéric Goubier (Genève) et Hélène Leblanc (Genève). C’est en remerciant toutes et tous les participants aux journées d’études, colloques, workshop et séminaires organisés dans un tel cadre, et en renvoyant aux autres publications qui en sont issues, que nous voudrions conclure cette introduction.17 Dr. Hélène Leblanc, Université de Genève, Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, 40, boul. du Pont-d’Arve, CH-1211 Genève 4; helene.leblanc@unige.ch Dr. Claudio Majolino, Université Lille, Département de Philosophie, Domaine du Pontde-Bois, BP 60149, 59653 Villeneuve d’Ascq cedex; claudio.majolino@univ-lille.fr
17 Cf. par exemple Leone Gazziero (éd.): Dire et vouloir dire dans les arts du langage anciens et tardo-antiques, in: Methodos 19 (2019) (https://journals.openedition.org/methodos/6211).
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Schwerpunkt j Thème central : Semiotik, Grammatik und Logik j Sémiotique, Grammaire et Logique
Einleitung Hélène Leblanc und Claudio Majolino Aus dem Französischen von Janette Friedrich 1. In einem 1893 veröffentlichten Artikel Über das Verhältnis zwischen Grammatik und Logik machte Anton Marty auf das philosophische Schicksal einer berühmten Analogie aufmerksam: die Logik sei für die Grammatik, was die Seele für den Körper ist.1 Gemäß dieser ebenso alten wie einflussreichen Analogie besteht zwischen den beiden Disziplinen eine derart enge Beziehung, als wären sie eingebunden in ein und dieselbe substantielle Einheit von der Art eines Lebewesens oder einer Person. Die Frage, ob der Grammatiker die Logik berücksichtigen soll, könnte man daher nur bejahen, denn was den Sprachkörper bewegt, ist nichts anderes als die Bewegung des Denkens selbst. Wie Karl Prantl, Autor der monumentalen Geschichte der Logik im Abendlande, schreibt, besteht zwischen Logik und Grammatik eine wahre «Wesenseinheit».2 Marty weist jedoch auf die Existenz einer zweiten Analogie hin, die zweifelsfrei jünger, aber ebenso einflussreich ist. Nach Heymann Steinthal zum Beispiel hat die Grammatik der Vergangenheit «fälschlich der Sprache eine logische Seele statt der eigenthümlich sprachlichen geliehen»3, obwohl «im Sprachleibe eine Sprachseele (wohnt), und es (…) keine logische in sie (sic) einwandern (kann)».4 Die Beziehungen zwischen Grammatik und Logik seien daher viel äußerlicher als die für Prantl so wichtige Analogie glauben lassen wolle. Der Grammatiker Steinthal verzichtet aber offensichtlich ebenso wenig auf die Analogie von Seele und Körper wie der Logikhistoriker Prantl. Denn für den einen wie für den anderen gilt trotz allem das Gebot: Wer Sprache sagt, sagt Zeichen, und wer Zeichen sagt, spricht von inniger Einheit des Sinnlichen und des Geistigen. Solange dieses semiotische Gebot unbestritten bleibt, können die Artikulationen, die sich auf der Ebene der sinnlichen Schicht der Sprache manifestieren, immer mit der Vielheit von Körperteilen verglichen werden: dem principium individuationis der ‚Materie‘ unterworfen, aber ständig ‚bewohnt‘ von den verschiedenen Funktionen, die sich aus einem der Seele analogen spirituellen Anton Marty: Gesammelte Schriften. T. II, vol. 2 (Halle: Niemeyer, 1920) 58‒99. Karl Prantl: Geschichte der Logik im Abendlande. T. I–IV (Leipzig: Verlag von S. Hirzel, 1855–1870). Die Formel befindet sich in einem von Prantl für die Akademie von München 1875 geschriebenen Artikel und wird von Marty zitiert in: Gesammelte Schriften. T. I., vol. 1 (Halle: Niemeyer, 1916) 5. 3 Heyman Steinthal: Grammatik, Logik und Psychologie. Ihre Prinzipien und ihr Verhältnis zu einander (Berlin: Ferd. Dümmler’s Verlagsbuchhandlung, 1855) 143. 4 Ibid., 215. Cf. auch, S. 156: «Endlich aber, wäre der Laut dem Denken so organisch nothwendig, wie ein Leib der Seele, ein Stoff der Kraft: so müßte die Trennung des Lautes vom Denken für beide eben so zerstörend und tödtlich wirken, wie die Trennung des Leibes von der Seele, oder so unmöglich sein, wie die des Stoffes von der Kraft. Das ist nicht der Fall.»
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Prinzip ergeben. Das einzige Problem bestünde dann darin, die Natur eines solchen Analogons genauer zu bestimmen: Ist es logischer (Prantl), sprachlicher (Steinthal) oder anderer Natur? 2. Am Ende des 19. Jahrhunderts kommt Anton Marty, Sprachpsychologe und Sprachphilosoph, vertraut mit der Geschichte des Denkens von der Scholastik bis zur Neuzeit, mit genauer Kenntnis sowohl der Modisten des 13. und 14. Jahrhunderts wie auch der Grammatiker von Port Royal im 17. Jahrhundert,5 zur Überzeugung, dass er sich erneut mit diesem Konflikt der Analogien befassen muss. Denn letztere illustrieren auf einzigartige Weise ein strukturelles Problem, das den erkenntnistheoretischen Status der Grammatik als theoretischer Disziplin betrifft. Die offensichtliche grammatikalische Relevanz der Analogie von Körper und Seele in ihren verschiedenen Variationen ist in der Tat nur das Symptom eines größeren Problems mit zwei konstitutiven Elementen: 1) der Zweideutigkeit des Begriffs der Logik und 2) der Zweideutigkeit des Zeichenbegriffs. Der erste Aspekt, bei dem es darum geht, auf neuen deskriptiven Grundlagen sowohl darüber nachzudenken, was die Grammatik der Logik schuldet, wie auch darüber, was sie ihr nicht schuldet, erfordert nach Marty eine grundlegende Untersuchung, die darin zu bestehen hätte, die verschiedenen Bedeutungen des Begriffs der Logik zu unterscheiden. Sie müsste darauf abzielen, «einer Vermengung der verschiedenen Bedeutungen, in welchen von einem logischen Charakter der Sprache und einer logischen Sprachbetrachtung die Rede sein kann»6 entgegenzuwirken. Um zu verstehen, ob und inwieweit es relevant ist zu sagen, dass die Grammatik der «Leib» der Logik sei (wie Prantl es will und Steinthal es bestreitet) oder dass sie ihr «Gewand» sei (wie Frege behauptet) oder gar, dass es ein logisch-grammatisches «Gerüst» der Sprachen gebe, das nicht mit ihrem sprachlichen «Leib» verwechselt werden dürfe (um die Worte von Edmund Husserl zu benutzen), muss man den Begriff der Logik von jeglicher Mehrdeutigkeit befreien. Auf der anderen Seite kann man der Überzeugungskraft der Analogie von Körper und Seele nur durch eine parallele Infragestellung der Zweideutigkeit der Begriffe ‚Zeichen‘ und ‚Bedeutung‘ entgegenwirken. Anstatt mit einem eindeutigen vorbestimmten Zeichenbegriff zu arbeiten, der von der Dichotomie des Sinnlichen und des Geistigen ausgeht, geht es laut Marty eher darum festzustellen, «ob der Terminus bedeuten selbst eindeutig oder ob er in mehrfachen Sinne
Siehe dazu: Hélène Leblanc: Grammaire générale and Grammatica speculativa: The Historical Roots of the Marty-Husserl Debate on General Grammar, in: Mind and Language – On the Philosophy of Anton Marty, Guillaume Fréchette and Hamid Taieb (eds.) (Berlin: De Gruyter, 2017) 325– 343. 6 Anton Marty: Gesammelte Schriften. T. II, vol. 2, op. cit., 60.
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Einleitung
gebraucht wird».7 Wenn man an den vielfältigen Gebrauch des Wortes ‚Zeichen‘ denkt – das Ansteigen der Barometersäule als Zeichen für einen heraufziehenden Sturm, eine Geste als ein Zeichen des Zorns, einen grammatikalisch artikulierten sprachlichen Ausdruck als Zeichen für einen Namen oder einen Satz, oder wenn man ein Zeichen macht, indem man mit dem Daumen auf einen Gegenstand zeigt – stellt sich die Frage, ob hier jedes Mal das Wort ‚Zeichen‘ in demselben Sinn verwendet wird. Ist es legitim, die Gedanken selbst als mentale oder nicht-sinnliche Zeichen zu bestimmen?8 Nur wenn man diese doppelte Zweideutigkeit – die ‚logische‘ und die ‚semiotische‘ in ihren verschiedenen Bedeutungen – parallel erforscht, kann, Marty zufolge, die Frage der Beziehungen zwischen Grammatik, Logik und Semiotik richtig angegangen und verhindert werden, dass bloße Bilder der inneren figürlichen Sprachform (wie die Analogie von Körper und Seele),9 die ursprünglich nur den Blick des Sprachphilosophen lenken sollten, sich in veritable wissenschaftliche Paradigmen verwandeln und am Ende den Blick verstellen. 3. Diese Debatte, in der Marty einerseits Prantl andererseits Steinthal gegenübersteht, findet Ende des 19. Jahrhunderts in der deutschsprachigen Philosophie statt, deren besonderes Kennzeichen sowohl ein großes Interesse an den empirischen Wissenschaften ist als auch eine hohe Sensibilität gegenüber der mittelalterlichen und neuzeitlichen Tradition der Geschichte der Philosophie. In einem solchen Kontext war für Philosophen wie Marty die Entstehung des Problems der Beziehungen zwischen Grammatik, Logik und Semiotik nicht zu trennen von der Untersuchung der historischen Transformationen, welche die Art und Weise betreffen, wie diese Beziehungen erfasst wurden. Die Entstehung dieses Problems war eng verbunden mit dem zunehmenden Bewusstsein einer wachsenden Rivalität zwischen zwei dieser Disziplinen, der Logik und der Linguistik, deren spezifischer erkenntnistheoretischer Status und deren jeweiliges Verhältnis zur Philosophie als Ganzer gerade grundlegend in Frage gestellt wurden.10 7 Anton Marty: Untersuchungen zur Grundlegung der allgemeinen Grammatik und Sprachphilosophie, Bd. I (Halle: Niemeyer, 1908) 280. 8 Zu dieser Frage verweisen wir auf die Seiten 15‒38 von Claudio Majolino: Par-delà la suppléance. Contributions à une sémiotique phénoménologique. Bühler et Marty, in: Anton Marty & Karl Bühler. Between Mind and Language, ed. by Laurent Cesalli, Janette Friedrich (Basel: Schwabe, 2014) 3‒41, und auch auf Hélène Leblanc: Sign and Language in Anton Marty: before and after Brentano, in: Philosophy of Language in the Brentano School: Reassessing the Brentanian Legacy, Arnauld Dewalque, Charlotte Gauvry, Sébastien Richard (eds.) (Palgrave Macmillan, 2021) 119‒140. 9 Zur Frage der Effekte der inneren Sprachform siehe die klassische, aber immer noch unumgehbare Studie von Otto Funke: Innere Sprachform. Eine Einführung in A. Martys Sprachphilosophie (Reichenberg i.B: Sudetendeutscher Verlag Franz Kraus, 1924), bes. p. 26‒83. 10 Für einen Blick auf das Ganze siehe: Lia Formigari: Filosofia e linguistica, in: La filosofia. T. II. La filosofia e le scienze, a cura di Paolo Rossi (Torino: UTET, 1995) 183‒214, vor allem S. 195‒201; Ibid. Il linguaggio. Storia delle teorie (Roma-Bari: Laterza, 2001) 210‒234.
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Das Aufkommen der wissenschaftlichen Psychologie in ihren mannigfaltigen Formen einerseits und die zunehmende unvermeidliche Annäherung der formalen Logik an die Mathematik andererseits haben die Art, wie die Debatte sich entwickelte, nachträglich noch komplexer gemacht. Klassische Probleme wie die Frage nach der Beziehung zwischen Sprechen und Denken oder nach der Möglichkeit einer allgemeinen oder universellen Grammatik fügten sich den neuen Fragen, die sich aus dem Fortschritt der einzelnen Disziplinen ergaben, hinzu. In diesem Zusammenhang kommt es zu einem Austausch theoretischer Modelle, der in seinem ganzen Umfang noch heute einer gründlichen Analyse harrt.11 Die heuristische Kraft der alten Analogien wurde natürlich manchmal gebrochen, manchmal erneuert, manchmal angesichts neuer Forschungsmodelle aufgegeben. Die von Marty empfohlene theoretische Untersuchung der verschiedenen Bedeutungen von ‚Logik‘ und ‚Semiotik‘ muss daher von einem Rückblick begleitet werden auf die Geschichte der Beziehungen zwischen Grammatik und Logik und auf die tiefgreifenden Veränderungen und Entwicklungen der empirischen Wissenschaften (Psychologie und Linguistik) und der formalen Wissenschaften (Logik und Mathematik). Aus rein theoretischer Sicht ist es notwendig, den Perimeter der «neutralen Zone» zu bestimmen, die Alexius Meinong zu Beginn seiner Gegenstandstheorie erwähnt: die Zone, in der sich Grammatik und Logik mal überschneiden, mal trennen, mal unter mehreren komplementären Gesichtspunkten gesehen werden: Aber Unklarheiten über die Grenzen der verschiedenen Wissenschaftsgebiete können in zwei entgegengesetzten Weisen zur Geltung kommen: entweder so, daß die Gebiete, auf denen tatsächlich gearbeitet wird, übereinander greifen, oder so, daß sie einander nicht erreichen, und infolgedessen unbearbeitetes Gebiet inmitten bleibt. Die Bedeutung solcher Unklarheiten aber ist in der Sphäre des theoretischen Interesses genau die entgegengesetzte wie in der Sphäre des praktischen. Hier ist die ‚neutrale Zone‘ eine jederzeit erwünschte, nur selten realisierbare Bürgschaft freundnachbarlicher Beziehungen, indes das Übereinandergreifen angesprochener Grenzen den typischen Fall des Interessenkonfliktes darstellt. Dagegen ist im Bereiche theoretischer Arbeit, wo zu derlei Konflikten mindestens jeder Rechtsgrund fehlt, objektiv betrachtet das Aufeinanderfallen von Grenzdistrikten, die infolgedessen eventuell von verschiedenen Seiten her Bearbeitung finden, höchstens ein Gewinn, das Auseinanderfallen jedoch stets ein Nachteil, dessen Größe dann natürlich von der Größe und sonstigen Bedeutung des Zwischengebietes abhängen wird.12
Um nur ein Beispiel zu nennen, Marty, Aristoteliker und ʻPsychologistʼ, diskutiert ausführlich und überaus positiv die Reform der Logik, die Frege begonnen hat, – eine Diskussion, die bis heute in der Literatur nicht beachtet wurde. Cf. Gesammelte Schriften. T. I., vol. 1, op. cit., p. 55‒58. 12 Alexius Meinong: Gegenstandstheorie, in: Gesamtausgabe, Bd. II p. 484; tr. fr., M. de Launay et J.-F. Courtine, Alexius Meinong: Théorie de l’objet et présentation personnelle (Paris: Vrin, 1999) 66‒67. 11
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Einleitung
Aus historischer Sicht dagegen muss ein solch theoretischer Ansatz durch eine Untersuchung ergänzt werden, die sich der Art und Weise zuwendet, in der eine im weiten Sinn verstandene philosophische Moderne – den einzelnen Momenten in der erkenntnistheoretischen Entwicklung der betroffenen Disziplinen entsprechend – diese neutrale Zone besetzt hat, eine Zone, in der die Logik, die Grammatik, aber auch die Psychologie sich gegenseitig noch immer den Platz streitig machen. Und eine Moderne, in der die Grenzen zwischen mittelalterlicher Scholastik und der Logik von Port Royal weniger klar sind, als man denken könnte; in der die späte Scholastik eine Schlüsselrolle spielt und in der die Gewissheiten der Aristotelischen Logik eine weit größere Erschütterung erfahren haben als Kants berühmte Worte (mit denen er diese Logik schon zu seiner Zeit als «geschlossen und beendet» erklärte) glauben machen. 4. Was ist mit heute? Wissen wir mehr über diese sogenannte «neutrale Zone», von der Meinong spricht? Haben wir ein klareres Bild dieses breiten Spektrums von Positionen, das vom streng logisch-grammatikalischen Parallelismus, den Prantl erwähnt bis zu der von Steinthal befürworteten radikalen Trennung reicht und zu der von Marty provozierten Debatte führt? Sind wir in einer besseren Position, um zu wissen, welche der vielfältigen Bedeutungen von ‚Logik‘ und ‚Semiotik‘ von der strukturellen Nähe zwischen diesen beiden Disziplinen zeugen und welche vielmehr auf ihre Unterschiede verweisen? Die in diesem Band der Studia philosophica veröffentlichten Aufsätze wollen dazu beitragen, Antworten auf diese Fragen zu geben. Fragen, die von Philosophen wie Marty oder Meinong im Rahmen der philosophischen Tradition, die man sich angewöhnt hat, die österreichisch-deutsche13 zu nennen, mit großer Klarheit formuliert wurden, und die ebenso viele Möglichkeiten aufzeigen, um eine andere Geschichte der Moderne zur klassischen Frage der Beziehung zwischen Semiotik, Grammatik und Logik zu schreiben. Es würde sich um eine Geschichte handeln, die um zwei entscheidende Momente kreist und es ermöglicht, über eine Reihe traditioneller Interpretationen, die das moderne Denken seit langem beherrscht haben, einen Schritt hinauszugelangen. Interpretationen, die weder die Zweideutigkeit des Zeichens noch die der Logik hinterfragt haben und deswegen die Semiotik und Logik der Neuzeit nur durch das Prisma des «logisch-grammatischen Parallelismus» gesehen haben, der den Autoren von Port-Royal zugeschrieben wurde.14 Das erste entscheidende Moment, das den terminus a quo unserer Reise darstellt, findet sich in der sogenannten modernen Scholastik, die im 16. und 17. Jahrhundert einen neuen Aufschwung erlebt. Unter dem uns interessierenden Blickwinkel manifestiert sich diese Renaissance insbesondere in der lebhafSiehe vor allem und auch für die späteren Bezüge: Kevin Mulligan: Wittgenstein et la philosophie austro-allemande (Paris: Vrin, 2012), 11‒12. 14 Voir Charles Serrus: Le parallélisme logico-grammatical (Paris: Alcan, 1933). 13
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ten Debatte über die Frage der Zweideutigkeit des Zeichenbegriffs, den einige Autoren so breit fassen möchten, dass er auch die logischen Elemente (Begriffe und species intelligibilis) der mentalen Repräsentation umfasst, während andere Autoren (die sich letztendlich durchsetzen werden) dafür plädieren, den Umfang des Zeichenbegriffs auf den Bereich des Sinnlichen zu beschränken. Die ersten verteidigen das, was sie als formelles Zeichen bezeichnen. Die zweiten, die nur das instrumentelle Zeichen anerkennen, sind für eine Rückkehr zu einer Definition, die auf Augustinus zurückgeht und derzufolge das Zeichen ein sinnlicher Gegenstand ist, der erkannt sein muss, um über etwas anderes Kenntnis zu erhalten. Diese eigenartige Debatte entspricht der Suche nach einem neuen Ort, von dem her sich der Begriff des Zeichens definieren ließe. Nachdem der Zeichenbegriff im Mittelalter vom theologischen Feld der sakramentalen Doktrin ins logische Feld gewandert war, suchte er sich in den Rahmen der Kommentare zu Aristoteles Schrift De Interpretatione einzufügen und wurde dadurch selbst ‚technischer‘. Die Debatte über das formale Zeichen wurde so Teil einer breiteren Reflexion über den Status der Logik und ihrer Beziehung zur Sprache und zu deren Studium.15 Das zweite entscheidende Moment, der terminus ad quem unserer Reise, betrifft eben jene österreichisch-deutsche Tradition, für die Marty, wie wir gesehen haben, einer der wichtigsten Vertreter ist. An der Schnittstelle zwischen dem 19. und dem 20. Jahrhundert, an den Grenzen der Österreichisch-Ungarischen Monarchie, setzen Autoren, die mit der Schule von Franz Brentano, Alexius Meinong, Edmund Husserl oder Kazimierz Twardowski verbunden sind, ihre Reflexion über Grammatik und Sprache fort. Dies in enger Beziehung einerseits zu der Entwicklung des logischen Denkens ihrer Zeit und andererseits zu der langen Geschichte des Denkens über Zeichen, dessen wichtigster Meilenstein die Rezeption von Aristoteles in der Spätscholastik ist. Die sechs Artikel, aus denen sich dieser Band zusammensetzt, suchen das Verhältnis zwischen Logik und Grammatik in einer weit gefassten Moderne neu zu erfassen und zu verstehen, inwieweit die Reflexion über Zeichen, zwischen Zweideutigkeit und Eindeutigkeit, eine innovative Rolle in diesem Kontext spielt. 5. Mit der späten iberischen Scholastik des 16. und 17. Jahrhunderts eröffnet Jennifer Ashworth das Panorama. Dieses zweite goldene Zeitalter der Scholastik war in der Tat besonders reich an Zeichen- und Bedeutungstheorien, die Teil eines Studiums der Sprache waren, das den prinzipiellen Ausgangspunkt der Logiker darstellt. Ausgehend von zwei der berühmtesten Texte, den Summulae (1529) von Domingo de Soto und der Ars logica (1631‒1632) von Johannes a Sancto Thoma (oder Poinsot), geht der Artikel detailliert auf die Frage der KlasWir verweisen hier auf Stephan Meier-Oeser: Die Spur des Zeichens (Berlin-New York: de Gruyter, 1997) 238‒262 und Hélène Leblanc: Théories sémiotiques à l’âge classique. Translatio signorum (Paris: Vrin, 2021) 31‒138. 15
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Einleitung
sifizierung der Sprachzeichen (des Menschen) und der nichtsprachlichen Zeichen (einschließlich derjenigen der Tierkommunikation) innerhalb einer allgemeinen Typologie der Zeichen ein. Diese Klassifizierungsbemühungen hängen insbesondere mit den Problemen zusammen, die durch das semantische Dreieck, das Wörter, Begriffe und Dinge miteinander verbindet, aufgeworfen werden. Jacques Moeschlers Studie nimmt das Problem des logisch-grammatischen Parallelismus in Angriff, das seinen Ursprung in der Grammatik und in der Logik von Port-Royal hat. Der Autor kritisiert die berühmte These des Parallelismus – ohne dabei ihre historischen Nuancen berücksichtigen zu wollen – aus der Sicht der zeitgenössischen Linguistik und stellt nicht nur ihre klassische grammatikalisch-semantische Form, sondern auch die semantisch-pragmatische Variante in Frage. Diese Kritik wird durch vier Fallstudien gestützt. Sie gelten der semantischen Bedeutung von Quantoren, die nicht der syntaktischen Darstellung entspricht; den logischen Quantoren, die in ihrer Verwendung nichtlogische Bedeutungen haben; den logischen Konnektoren, deren sprachliche Interpretation über die logische Bedeutung hinausgeht; und schließlich der Negation, die sogenannte meta-repräsentationelle und nicht-logische Eigenschaften aufweist. Die dann folgenden Studien konzentrieren sich auf das 19. und 20. Jahrhundert, ohne jedoch auf die diachronische Perspektive zu verzichten. Bekanntlich hat der polnische Philosoph Jan Łukasiewicz – ein Schüler des österreichisch-deutschen Twardowski16 – in seiner Studie Über den Satz des Widerspruchs bei Aristoteles verschiedene Einwände gegen die Textstelle der Metaphysik Γ3 erhoben, in der es um das Prinzip des Widerspruchs geht. Colin G. King geht von dieser kritischen Lesart aus, um sie in Frage zu stellen, indem er diese aristotelische Textstelle mit einer anderen aus De Interpretatione 14 konfrontiert. Während die Interpreten häufig nach drei ‚Versionen‘ – einer ontologischen, einer psychologischen und einer logischen – dieses Prinzips suchen, möchte der Autor zeigen, dass die Textpassage der Metaphysik Γ3 eher zwei sehr unterschiedliche, wenn auch miteinander verbundene Prinzipien enthält: eine Version des Identitätsprinzips und (aus ihm folgend) das Prinzip, zwei ‚entgegengesetzte‘ Elemente gleichzeitig akzeptieren zu können. Der Artikel von Stephan Meier-Oeser erweitert den Rahmen der Untersuchung und bietet einen synoptischen Blick, der zu zeigen sucht, dass es eine Zeit wahrer «semiotischer Euphorie» gab. Dazu untersucht er das noch wenig bekannte Feld der Texte, die während der zweiten Hälfte des 19. Jahrhunderts die Entstehung der Semiologie und der Semiotik begleiteten. Er bringt die Entwicklung von Notationssystemen (George Boole, Charles Sanders Peirce, Gottlob 16 Zur nicht nur ausschliesslich geographischen Bedeutung des Terminus ‚österreichisch -deutsch‘ oder eben ‚österreichisch‘ siehe vor allem Barry Smith: Austrian Philosophy. The Legacy of Franz Brentano (Chicago-La Salle, IL: Open Court, 1994) 3.
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