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Par le lac
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Par le lac La glace est épaisse, je pourrais traverser le lac en une heure à peine. Le plus vite sera le mieux…
boomerang, une collection de courts romans recto verso. Pile ou face ? Commencez par l’un ou par l’autre et laissez-vous surprendre…
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© Éditions du Rouergue, 2019 www.lerouergue.com Illustration de couverture : Marta Orzel Graphisme de couverture : Olivier Douzou Ouvrage réalisé par Cédric Cailhol infographiste. Reproduit et achevé d’imprimer en décembre 2018 par Corlet imprimeur (Condé-sur-Noireau). Dépôt légal : janvier 2019 N° d’impression : ISBN : 978-2-8126-1729-4 « loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse »
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boomerang
Alex Cousseau
Par le lac illustrations Marta Orzel
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J’ai le choix. Passer par la forêt ou par le lac. Les deux se valent. Les deux sont bien. Dans la forêt, j’ai mes repères. Je connais par cœur le labyrinthe des sentiers. J’aime la compagnie des arbres. Mais c’est vrai aussi que les dangers peuvent être plus nombreux. Sur le lac, la glace est épaisse. Je peux marcher en ligne droite, et arriver
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de l’autre côté en une heure à peine. Le plus vite sera le mieux. Alors je choisis le lac. Je chausse mes bottes. Sous mon poncho, j’ajoute une épaisseur, parce que sur le lac je serai en plein vent. Je rabats ma capuche. Arc et carquois sur l’épaule, je m’en vais. — Tu vas où ? demande ma sœur. À la pêche ? — Non, je réponds. C’est un secret. Je te raconterai tout à mon retour. Je pars aux premières heures du jour. Le ciel est tourmenté. Au-dessus du lac, des nuages neigeux forment des vagues grises et blanches, bordées d’écume jaune. On a du mal à croire que l’hiver s’en va aujourd’hui. Tout à
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l’heure, le soleil se réveillera. Le printemps reviendra parmi nous, et je veux être là-haut pour voir ça. Tout là-haut, sur la Colline aux Lézards. En approchant des rives du lac, je sens le vent tourbillonner. Il vient d’en face. Du nord. Il est si glacial qu’il me pique les yeux. Je pose les pieds sur la croûte gelée du lac et me réchauffe en tapant des mains. Depuis mon village jusqu’ici, j’ai marché dans la neige. Et dans la neige, tout semble silencieux, c’est comme marcher dans un rêve. Mais maintenant que je suis sur le lac, le vent siffle à mes oreilles, la glace craque légèrement sous mon poids.
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Le lac ne commencera pas à dégeler avant plusieurs jours, mais c’est toujours impressionnant de l’entendre crier ainsi. Pendant l’hiver, on dit que tous les bruits du monde se réunissent là. Dans les profondeurs. Tous les bruits du monde sont enfermés dans ces eaux sombres, sous plusieurs centimètres de glace. Je me doute que c’est faux. C’est juste une histoire. La plupart des bruits ne se laisseront jamais enfermer dans le silence, hiver comme été. La nuit, on continue d’entendre les hululements de la chouette, et leur écho. Le jour, il y a les hennissements des chevaux, le tambour de ma grandmère, le feu qui crépite et les rires de ma sœur. Le silence parfait n’existe
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pas, il n’existera jamais, nulle part. Mais j’aime bien cette idée. J’imagine tous les bruits du monde fourmiller sous mes pieds. Je marche vite. Contre le vent. Contre le froid. Mon père doit déjà être loin, avec tous les autres hommes du village. Un jour, j’irai là-bas avec eux. Il me l’a promis. Dans trois ou quatre hivers, peut-être moins si je fais mes preuves. Je naviguerai sur le fleuve, j’irai aider les autres à réveiller le soleil endormi. — Attention devant, me prévient une voix.
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Je sursaute et me retourne. Un coyote m’a suivi jusqu’ici. On est au milieu du lac, là où les eaux sont les plus profondes. — Attention devant, répète le coyote. D’une main, j’attrape l’arc sur mon épaule. De l’autre, je sors une flèche de mon carquois. En deux temps trois mouvements, je suis prêt à tirer. Je vise le poitrail du coyote. Vers le cœur. L’animal s’immobilise. Les oreilles dressées, l’œil jaune avec des reflets verts. Il me fixe. Des taches rousses et noires parsèment son pelage gris. — Ne fais pas de bêtises, dit le coyote. Avec une seule flèche, au mieux tu
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réussiras à me blesser. Mais certainement pas à me tuer. Et j’aurai tout le temps de te sauter à la gorge. Ses babines retroussées lui donnent un air féroce. Ses mots ressemblent à une menace, mais sa voix est étonnamment douce. Il dit vrai. Face à lui, je ne fais pas le poids. Je suis trop près. Je recule d’un pas. — Attention, me rappelle le coyote. Regarde où tu marches. Persuadé qu’il me tend un piège, je reste concentré. Je garde l’arc tendu, la flèche tremble entre mes doigts. Un pas, deux pas en arrière. Si je recule encore, j’aurai peut-être le
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