Skip to main content

Extrait de "Scène de crime virtuelle" de Peter May

Page 1

Scène de crime virtuelle


Du même auteur Dans la collection Rouergue noir Trilogie de Lewis L’Île des chasseurs d’oiseaux (2010, Prix Cezam Inter-CE, 2010) L’Homme de Lewis (2011, Prix des lecteurs du Télégramme, 2012) Le Braconnier du lac perdu (2012, Prix Polar International du festival de Cognac) Série chinoise Meurtres à Pékin (2005, Babel, 2007) Le Quatrième Sacrifice (2006, Babel, 2008) Les Disparues de Shanghaï (2006, Babel, 2008) Cadavres chinois à Houston (2007, Babel, 2009) Jeux mortels à Pékin (2007, Babel, 2010) L’Éventreur de Pékin (2008, Babel, 2011) Dans la collection Assassins sans visages Le Mort aux quatre tombeaux (2013)

Graphisme de couverture : Odile Chambaut Image de couverture : © Plainpicture/donkeysoho/Effixe Titre original : Virtually Dead © Peter May, 2010 © Éditions du Rouergue, 2013, pour la traduction française www.lerouergue.com


Peter May

Scène de crime virtuelle

Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue


Lexique ATH : Affichage Tête Haute. Objet (par exemple un menu) que l’on attache à son avatar pour contrôler un autre objet. AV : Avatar. Grille : Ensemble des régions qui constituent le monde de Second Life. Griefer : Membre de Second Life dont le comportement vise à semer le désordre ou à harceler d’autres avatars. IM : Instant Message - Message Instantané. Message privé adressé à un ou plusieurs avatars. Seuls les destinataires peuvent le lire. Inventaire : Dossier contenant les objets achetés ou récupérés par un AV. Lag : Lenteur de l’affichage. Le monde 3D de Second Life est calculé en temps réel et certains ordinateurs peuvent avoir des problèmes de puissance pour offrir un affichage fluide. MDR : Mort De Rire. Poseball : Objet ressemblant à une balle auquel est attaché un programme (script) destiné, en général, à animer un avatar. POV : Point Of View. Point de vue. Prim : Primitive. Élément de base constituant les objets de Second Life. PTDR : Pété De Rire. Repère : Équivalent des favoris ou des signets Internet, ils permettent de se rendre à un endroit défini en se téléportant. Rezzer : Apparition des objets et des AV dans Second Life. Sims : Régions formant le monde de Second Life. Third Life : Jeu de réalité virtuelle pour les avatars de Second Life. Un jeu dans le jeu. TP : Invitation à se téléporter en un lieu de Second Life. VR : Vie réelle.


Chapitre 1 On se serait cru en enfer. Des pierres tombales bizarrement penchées. Un crâne au centre d’une croix celtique. Un énorme tombeau, couvert de mousse, sur lequel était gravé un message plein de promesses. Le Mal vous attend. Vous risquez de mourir. Max pouvait entendre des cris dans le lointain. Un épais rideau de toiles collantes lui barrait le chemin, une araignée géante tapie dans l’ombre attendait le moment propice pour se jeter sur sa proie. Une ambiance sonore obsédante emplissait l’atmosphère et lui pénétrait l’âme à tel point que, si elle s’était arrêtée, le silence qui l’aurait remplacée l’aurait presque écrasé. Il avait peur, sans vraiment savoir pourquoi. Après tout, que pouvait-il bien lui arriver de grave par ici ? Mais il y avait quelque chose dans cet IM énigmatique qui lui avait flanqué la trouille. Ces informations sur son compte que personne n’aurait dû posséder. Et le Repère qui y était joint, l’invitant à se rendre au Labyrinthe du Diable, ne présageait rien de bon. Maintenant qu’il s’y trouvait, un sentiment d’appréhension, étrange et inexplicable, l’envahissait – l’obscurité, le claquement proche des gouttes d’eau qui s’écrasaient au sol, et ces voix qui criaient dans le lointain. Effrayant. 7


Les pierres anciennes, plongées dans l’ombre, étaient à peine visibles. Sur un portrait accroché au mur du château, un visage se transforma en crâne. Il se cogna contre la paroi devant lui et un message apparut sur son écran. Le mur maléfique dit touchez-moi. Max s’exécuta et fut instantanément transporté dans une pièce dont les murs et le plafond étaient couverts de crânes sculptés dans la pierre. Au centre, sur le sol, gisait un véritable crâne qui l’implora. Touche-moi pour repartir. Il s’exécuta et se retrouva penché au-dessus d’une rivière de lave en fusion. Ou était-ce du sang ? Difficile à dire. En dehors de la lueur rouge sombre qu’elle diffusait, la seule source lumineuse provenait d’une rangée de torches enflammées, suspendues au mur à intervalles réguliers. Derrière lui, surmontée d’une voûte de pierre, se dressait une porte ancienne en bois. Il cliqua dessus. Elle s’abaissa comme un pont-levis. Il franchit l’arche et avança dans une cour sombre où des piliers de pierre de toutes tailles s’élançaient vers le ciel d’un noir d’encre piqué d’étoiles. Il entendit un raclement, se retourna et vit une ombre se déplacer entre les arches gothiques. L’espace d’une seconde, il aperçut un visage d’une pâleur effrayante. Il chercha l’étiquette qui aurait dû flotter au-dessus, et qui lui aurait permis d’identifier son poursuivant. Mais il n’y en avait pas. Il commença à se sentir franchement mal à l’aise. Il activa le Mode Course, fit demi-tour et repartit à toute allure par où il était venu. Il entendit des bruits de pas derrière lui, mais il ne se retourna pas. Un parapet en surplomb courait le long du trajet de la rivière rouge, il le suivit. L’appréhension s’était muée en peur. Inexplicablement, il se sentait menacé et il savait qu’il n’aurait pas dû venir. Il s’arrêta et jeta un coup d’œil en arrière. Personne. Cela le soulagea. Il s’était fourré dans un truc de dingue. Il était temps de partir. 8


Il ouvrit son Inventaire, sélectionna L’Île dans son dossier Repères, double-cliqua et fut téléporté chez lui. Son île rezza autour de lui. Les palmiers se balançaient doucement, poussés par la brise tiède, le murmure des eaux tropicales qui venaient mourir sur le sable argenté emplissait l’air. Les mouettes dessinaient des cercles dans le ciel et, sur l’affleurement rocheux à un peu plus de cinq cents mètres de la côte, des phoques se prélassaient en grognant sous le soleil de midi. Il avait changé de fuseau horaire et la lumière du jour, l’aspect familier des lieux, le rassuraient. Il se sentait en sécurité. Max aimait cette île qu’il avait minutieusement créée au cours des deux dernières semaines. Il appréciait le dessin du toit à la pente aiguë de sa maison asiatique, les yachts aux voiles rouges amarrés aux pontons et les promenades qu’il avait érigées autour de ce petit morceau de paradis tropical. Des boules rose et bleu étaient dispersées deux par deux un peu partout dans le jardin, des poseballs prévues pour danser qu’il avait disposées avec soin, même s’il n’avait pas la moindre idée de la personne avec laquelle il pourrait en profiter. Il se sentait totalement chez lui. À l’abri. Il cliqua sur la porte d’entrée et quitta la terrasse pour passer à l’intérieur. De chaque côté, de vastes baies vitrées s’ouvraient sur la mer. Il devait encore meubler et il s’y préparait avec un plaisir inattendu. Il n’aurait pas pensé qu’il apprécierait à ce point cet univers. Il possédait un caractère addictif qui l’avait surpris. Max était grassouillet, chauve, avec un petit bouc grisonnant. Pas vraiment le look que la plupart des gens auraient adopté pour cette vie virtuelle. Mais Max avait souhaité se ressembler. Par vanité. 9


Des étincelles de lumière autour de sa porte l’avertirent que quelqu’un essayait de s’introduire chez lui. Quelqu’un qui ne se trouvait pas sur la liste de ceux autorisés à entrer. Il se figea sur place. La sensation de confort qu’il éprouvait se dissipa comme la brume du matin et fut remplacée par l’appréhension qui n’avait cessé de le hanter en enfer. Il appela. Maximillian : Qui est là ? Pas de réponse. Pourtant, il sentait presque la présence de l’autre côté de la porte. Il était en sécurité à l’intérieur. Sans Repère, l’intrus ne pouvait pas entrer. Puis, à sa stupéfaction, il vit une poseball bleue rezzer au milieu de la pièce. Il entendit un son semblable à celui d’un serpent à sonnettes puis une forme apparut, bizarrement juchée en position assise sur la poseball. La forme se leva et se tourna vers lui. Pendant un instant, son cœur cessa de battre puis, reconnaissant son visiteur, il se détendit et sourit, soulagé. Maximillian : Oh, c’est vous. Comment diable êtes-vous entré ? Mais le visiteur ne répondit pas. Il restait debout, silencieux, et le fixait, les bras croisés, animé d’un balancement presque hypnotique. Soudain, d’un mouvement rapide, l’un de ses bras se déplia et braqua un revolver sur la poitrine de Max. Il comprit immédiatement que ce n’était pas un jeu. Qu’il était en danger et que, d’une manière ou d’une autre, cela allait mal finir. Il paniqua et essaya de se téléporter à l’extérieur. Au lieu de cela, il cliqua sur le bouton Mode Vol, décolla et se mit à se déplacer en tous sens à l’intérieur de sa maison, heurtant les murs et le plafond. Ses haut-parleurs crachaient des bruits sourds, bump, bump… Le revolver suivait sa trajectoire. Il savait que son assaillant était passé en vue subjective, et le tenait dans sa ligne de mire. Il essaya de trouver 10


un Repère qui le sortirait de là, mais il ne parvenait pas à se concentrer et semblait avoir perdu tout contrôle, comme un quelconque novice. Il afficha une fenêtre de téléportation, mais il la manqua et cliqua sur le plancher, faisant apparaître involontairement la fenêtre Édition. Autour de lui, la maison se mit à chanceler et à se soulever. Le sol s’inclina selon un angle bizarre. Un mur se sépara du plafond et bascula vers l’extérieur. Des morceaux entiers du bâtiment se détachaient et se balançaient. Il parvint à cliquer sur le bouton Atterrir, s’écrasa au sol et commença à glisser sur le plancher. Il se retourna. Le canon du revolver était toujours braqué sur lui. Il entendit le claquement sec d’un coup de feu. Une, deux, trois fois. Des trous apparurent sur son corps. Du sang. Tellement de sang. D’où venait-il ? Comment était-ce possible ? Il leva les yeux et vit son agresseur, revolver à l’étui, qui l’observait. Un sourire exagérément satisfait, comme une grimace, laissant apparaître des dents blanches et régulières. Et son écran vira au noir.

11


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Extrait de "Scène de crime virtuelle" de Peter May by Éditions du Rouergue - Issuu