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Jesse Owens, le coureur qui défia les nazis - extrait

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Jesse Owens

le coureur qui dĂŠfia les nazis

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Du même auteur au Rouergue La dernière reine d’Ayiti – 2016, roman doado. La révolte d’Éva – 2015, roman doado Noir. EBEN ou les yeux de la nuit - 2015, roman doado. La cité des filles-choisies - 2014, roman doado. Banksy et moi - 2014, roman doado. Les trois soeurs et le dictateur - 2014, roman doado. Les poings sur les îles - 2011, album (ill. Violeta Lópiz). Le garçon qui volait des avions - 2011, roman doado. L’été à Pékin - 2010, roman dacodac. La cérémonie d’hiver - 2010, roman doado Noir. La reine des chats - 2010, roman zigzag (ill. Céline Le Gouail). Un koala dans la tête - 2009, roman dacodac. Chasseur d’orages - 2009, roman doado. Et aussi Bel ordure – 2016, Calmann-Lévy. Lettre à Dennis Rodman, bouffon de la Corée du Nord - Les Échappés/Charlie Hebdo, 2015. Blue book - 2015, roman, Calmann-Lévy. Ma vie précaire - 2012, roman, Calmann-Lévy. Le palais de mémoire - 2011, roman, Calmann-Lévy. L’homme qui haïssait les femmes - 2011, roman, Grasset. Les disparues de Vancouver - 2010, roman, Grasset (prix Erckmann-Chatrian 2010). L’aérostat - 2008, roman, Grasset. Unica - 2007, roman, Stock (grand prix de la SF 2008, prix Rosny). Brûlements - 2006, roman, Grasset (prix Plume d’or 2006). L’enfant rouge - 2002, roman, Grasset. Demain les filles on va tuer papa - 2001, roman, Grasset. Le palais de la Femme - 1999, roman, Grasset. La gommeuse - 1997, roman, Grasset.

Graphisme de couverture : Olivier Douzou Photographie de couverture : © World History Archive / Alamy Stock Photo © Éditions du Rouergue, 2020 www.lerouergue.com

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Élise Fontenaille

Jesse Owens le coureur qui défia les nazis

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À l’ami disparu.

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Berlin 1936/ L’homme le plus rapide du monde

En août 1936, l’homme le plus célèbre du monde – le plus rapide, aussi – s’appelle Jesse Owens. Il a vingt-deux ans, il est noir, américain, il vient de remporter quatre médailles d’or aux JO de Berlin : du jamais vu ! Ces jeux Olympiques au faste extraordinaire, qui ont coûté une fortune à l’Allemagne nazie, ont été préparés par Hitler et Goebbels avec acharnement, afin de prouver au monde la supériorité de la race aryenne. Les grands blonds aux yeux bleus sont les maîtres de l’Univers ! C’est du moins ce que prétend Hitler (qui est petit, brun, aux yeux sombres : deux puits sans fond). Depuis trois ans, l’Allemagne se prépare pour gagner. Et voilà qu’un coureur noir rafle l’or sous le nez des meilleurs athlètes aryens ! Pourtant entraînés depuis des années avec acharnement au sein des jeunesses hitlériennes. 9

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Face à Jesse Owens, tout en haut du podium, qui salue le drapeau américain, Hitler et Goebbels sont révulsés. Les Jeux sont filmés, les vainqueurs montrés presque en temps réel dans le monde entier… Ce qui ajoute encore à l’humiliation d’Hitler et à la fureur de Goebbels. Mais qui est ce jeune sportif qui tient tête aux nazis ? Et qu’un film – Les Dieux du stade1 – va immortaliser ?! Sur le même podium du saut en longueur, Luz Long, le sprinter allemand qui a gagné la médaille d’argent, est devenu l’ami de Jesse Owens : celui qu’Hitler aurait voulu qu’il haïsse. Loin de le haïr, il est devenu son ami. Il l’a même aidé à obtenir sa seconde médaille d’or… Cette audace, il la paiera très cher. C’est l’histoire de ces deux hommes, et de leur extraordinaire amitié, que nous allons ici raconter. Mais commençons par l’enfance de Jesse Owens.

1. Olympia/Les Dieux du stade, film de Leni Riefenstahl (1936).

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100 livres de coton (petit-fils d’esclave)

À six ans, le petit Jesse Owens porte chaque jour cent livres de coton sur ses frêles épaules. Un enfant qui ne fait même pas la moitié du poids de sa charge. Et ceci, chaque jour pendant la récolte… Sous un soleil de feu. Petit-fils d’esclave, Jesse Owens… Son père est métayer, il trime de l’aube à la nuit dans les plantations, il ne sait ni lire ni écrire. Comment aurait-il appris ? Chaque dimanche, Henry Owens fait la course avec les autres fermiers noirs des environs, et souvent, il gagne ! Pendant quelques instants, il oublie ses soucis. Jesse regarde son père courir, et gagner : il l’admire. Que fait-il donc dans les champs si tôt le matin, cet enfant ? Il devrait plutôt aller à l’école ! Il est doué, vif ! Intelligent. 11

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Seulement voilà, il est né noir, dernier rejeton d’une famille misérable, dans un État du sud des ÉtatsUnis : l’Alabama – État ségrégationniste2… Jesse va à l’école dès qu’il peut, quand il ne travaille pas dans les champs de coton, comme ses frères et sœurs. L’école est à quatorze kilomètres, alors le petit Jesse y va en courant. Quand il court, il se sent libre ! Comme l’oiseau. En filant comme le vent, il oublie qu’il est un enfant noir né dans une famille pauvre, voué à la misère. La course, c’est la joie, la liberté ! On est maître de son destin quand on court. Surtout quand on va plus vite que tout le monde. Pendant un instant, dans l’ivresse de l’envol, Jesse oublie les immenses croix de feu qui brûlent la nuit sur la colline… Il ne pense plus aux spectacles effroyables auxquels il a assisté… Il a vu des membres du Ku Klux Klan3 pendre des jeunes Noirs aux branches basses des arbres. Pour rien, sans raison, pour faire peur aux autres. Pour montrer qui est le maître ici. En bas, au pied de l’arbre, tandis que le frêle corps se balance, des foules de Blancs endimanchés, venus 2. Ségrégation : séparation des personnes selon des critères de race, au sein d’une nation, notamment entre les Noirs et les Blancs, aux États-Unis. 3. Organisation d’extrémistes de race blanche, racistes, ultra-violents et criminels.

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assister au spectacle en famille, rient aux éclats : les réjouissances sont rares, à la campagne. Visions atroces, qui hantent les cauchemars du petit Jesse. Les auteurs de ces crimes – connus de tous – ne sont jamais punis. Dans le sud des États-Unis, depuis la guerre de Sécession4, rien n’a vraiment changé. Ici, dans les États du Sud, comme l’Alabama, on a institué les lois Jim Crow, raciales, racistes, qui figent la ségrégation : « Égaux, mais séparés. » Une façon pour les États du Sud – qui n’ont jamais digéré la victoire du Nord en 1865, abolissant l’esclavage – de revenir en arrière. Les Noirs se retrouvent par familles entières exploités dans les champs de coton, payés une misère à trimer pour de gros patrons blancs… Un sort pas si différent de l’esclavage, finalement. Surtout quand on est métayer, comme le père de Jesse : contraint de donner une grosse partie de la récolte, en échange du travail de la terre. Un travail ingrat, difficile, et qui permet à peine de nourrir une famille, surtout avec tant d’enfants ! Toutes ces bouches à nourrir…

4. Guerre civile entre les États du nord et du sud des États-Unis, qui a abouti à l’abolition de l’esclavage ; elle fut très sanglante et dura quatre ans : de 1861 à 1865.

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Emma, la mère de Jesse, a eu dix enfants, dont trois morts en bas âge. Quand on ne peut pas payer le médecin, la moindre fièvre peut être fatale… la rougeole peut devenir une maladie mortelle. Donc des enfants vivants, aux Owens, il leur en reste sept… Jesse est le petit dernier : celui qui court tout le temps. – Il ira loin… dit sa maman. Oui : celui-là n’est pas comme les autres… – Je l’ai toujours su, dira-t-elle plus tard. J’ai toujours su qu’il aurait un destin différent. Il y avait en lui une lumière. Dès qu’il a su marcher. Et même avant… Mais en attendant, Jesse est victime, comme les autres, de la ségrégation raciale : inégaux et séparés. La ségrégation : des humiliations constantes, histoire de rappeler aux Noirs leur statut d’inférieurs. En Alabama, les Noirs sont cantonnés au fond des bus, ils vont dans des restaurants réservés aux Noirs, ils fréquentent des écoles défavorisées. Les meilleures écoles sont réservées aux Blancs. Les lois Jim Crow5 : séparés et inégaux. Les églises aussi : il y a celles des Noirs, et celles des Blancs. 5. Lois Jim Crow : lois racistes, qui imposent aux Noirs des places à part dans tous les lieux publics, sous peine de prison, elles seront abolies en 1964.

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Dieu n’est pas le même pour tous, en Alabama. Alabama… Un nom indien, qui signifie, dans la langue choctaw chickasaw : ceux qui ramassent les herbes… Un beau nom, pour une terre si rude, qui génère tant d’injustices… Et où sont-ils, les Indiens ? Cent livres de coton chaque jour que Dieu fait, sur les épaules d’un enfant. – Viens ici, Jesse ! Viens ! Toujours à courir. Pas bien grand, pourtant… Menu, maigre même… Mais une force extraordinaire l’anime. – Du vif-argent, je vous dis ! soupire sa maman, qui a depuis longtemps renoncé à mettre la main sur Jesse. Un lièvre ! Toujours en cavale. Oui, il ira loin, celui-là… se dit Emma, en voyant Jesse disparaître à l’horizon. Il ira loin… Et personne ne le rattrapera. L’hiver, à trimer dans les champs, dans le froid, sous la pluie, Jesse attrape une pneumonie… Pas d’argent pour faire venir un médecin bien sûr ! Alors, quand l’infection s’en mêle, Emma doit opérer Jesse à vif, sans l’endormir, avec des ciseaux… Jesse serre les dents. Il guérit, mais il gardera une cicatrice toute sa vie. Il a l’habitude… Ici, personne ne se plaint. Se plaindre à qui ? De quoi ? 15

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Depuis toujours, Jesse a des problèmes respiratoires, il souffre d’asthme… Là encore, pas de médecin. Il a du mal à respirer. Tant pis, il doit travailler quand même. Une enfance difficile. Mais il ne s’en plaindra jamais. – Nous étions joyeux, tous ensemble… Bien sûr, on ne mangeait pas de viande tous les jours ! dit-il en souriant, lors d’une interview. Presque jamais, même… Mais qui mange de la viande tous les jours ? ajoute-t-il. Courageux, gentil, travailleur… Bien élevé, rien à dire là-dessus ! soupire Emma. Il fait ce qu’on lui demande, ne fréquente pas les mauvais garçons. Va à l’église le dimanche, en famille… Mais sinon : toujours à courir. Il veut échapper aux champs de coton. Échapper au destin qui l’attend, s’il reste en Alabama. La mère voit l’enfant courir à travers champs. Plus vif que le lièvre ! Plus vif que le daim que le coyote poursuit ! Vers la rivière Alabama, où il se jette tête la première… Où il fait si bon nager, dans la chaleur écrasante de l’été. Avec les poissons arc-en-ciel, il se laisse porter au fil de l’eau : il rêve à une autre vie. Couché à la renverse, allongé sur les flots, il regarde filer les martins-pêcheurs… 16

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Ooooh ! dit l’enfant, admirant l’éclair bleu qui rase l’eau : voler comme l’oiseau. Emma, elle, regarde courir son fils et le comprend. Il faut partir ! Loin des champs de coton… Loin des lois Jim Crow : vers le nord. Là-bas au moins, ils auront droit à une bonne éducation… – Dieu nous a créés pour croître et multiplier, soupire Emma. Un beau jour, la famille Owens quitte l’Alabama et ses plantations, écrasées par la chaleur… Vers le nord ! La Grande Migration : un million et demi d’Afro-Américains en font autant, cette année-là. Vers le nord… Direction : l’Ohio ! Cleveland : la grande ville. – Là-bas, les enfants auront l’espoir d’une vie meilleure. En disant cela, Emma croise les doigts. – Pas une vie de misère comme la nôtre, oh non… On n’a pas mis tous ces enfants au monde pour qu’ils souffrent autant que nous. Le père lui, ne dit rien, il suit le mouvement. Il y a des hauts-fourneaux, là-bas, des aciéries… Il trouvera sûrement un travail, ainsi que ses fils aînés… Jesse est le plus jeune. Il pourra aller à l’école, avoir une bonne éducation. Mais sans voiture, comment aller vers le nord ? 17

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– On ira en train ! En troisième classe. Et les voici, tous les neuf, entassés sur le toit d’un vieux wagon bringuebalant, avec tant d’autres miséreux, des escarbilles plein les yeux : direction l’Ohio ! La région des Grands Lacs. Érié : un lac vaste comme une mer. Érié… là encore, un nom indien. Le lac est un haut lieu de trafic d’alcool pendant la prohibition6, le whisky arrive la nuit par bateau depuis le Canada. Kanata : encore un nom indien. Avant de faire venir des esclaves noirs par bateau, les colons européens ont massacré les Indiens, parqué les survivants dans des réserves. Ils leur ont pris leurs terres, mais ils ont gardé leurs noms si beaux, ultime trace de leur passage en ce pays, où ils étaient pourtant chez eux. Alabama… Ohio… Erie… Kanata ! Tous ces noms, souvenirs amers de tribus disparues, jalonnent la vie de Jesse Owens. Les Indiens, eux aussi, filaient comme le vent. En route vers le nord. Le chemin de fer longe le fleuve. Le train à vapeur, qui crache une épaisse fumée noire, dépasse des guimbardes, des familles entassées dans des rafiots. 6. Entre 1920 et 1933, loi américaine interdisant le commerce de l’alcool.

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Des carrioles bien trop chargées tirées par des chevaux. Jesse a toujours aimé les chevaux. Il rêve de courir avec eux. Les doigts dans leur crinière blonde ou brune. Les beaux appaloosas des Indiens : gris pommelé de blanc, ou noir comme le charbon. Ou brun luisant, comme le fruit du mahogany. Courir avec les chevaux… Un rêve de gosse. – Que d’épreuves, mon Dieu, que d’épreuves… soupire Emma qui, elle, a fini de rêver : tout ce qu’elle veut, c’est protéger sa nichée. – Au moins, je pars avec mes enfants ! Je ne peux pas me plaindre. Ils sont tous en bonne santé. Jesse, lui, ne dit rien. Il est heureux de laisser derrière lui cette terre ingrate, les champs immenses, cette terre trop dure, où ses parents ont perdu leur jeunesse. Après un long voyage en train, épuisant – un long jour, une longue nuit sans dormir, et encore un jour… Au soir, les voici enfin à Cleveland. Un autre monde ! Des usines partout – ouvertes même la nuit. Des hauts fourneaux rouges de flammes, crachant des geysers d’étincelles, des ouvriers en heaume de métal, qui ressemblent à des diables, l’enfer ! Cleveland : ville de l’acier. Une immense cité en fusion – qui ne dort jamais. Oakville, où il a grandi, est bien loin. Adieu les champs de coton… 19

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À Cleveland, on construit même des avions. Il y roule une quantité de voitures incroyable, du bruit, du monde partout ! Des rues, des magasins, des écoles. Des Noirs, des Blancs. Des pauvres, des riches. Un nouveau monde ! – Cleveland ! Tout le monde descend ! s’écrie Jesse, en sautant du wagon. – Hourra ! crient les enfants Owens, petits et grands, en s’égaillant dans la gare comme une volée de moineaux. Lillie, la fille aînée, est déjà là… Elle est partie la première, il y a deux ans : c’est elle qui accueille la tribu Owens. – Comme tu as grandi, Jesse ! Elle le prend dans ses bras. Deux ans déjà… Elle a bien changé, Lillie. Elle n’a plus rien de la petite campagnarde : une vraie femme. Le cheveu lisse et plat, une jolie robe, la bouche rouge foncé, comme une cerise au cœur de l’été. Mais c’est bien elle, pas de doute ! Son rire frais et léger. Le père et les frères de Jesse trouvent du travail dans une aciérie ; la mère, elle, installe tout son monde dans une nouvelle maison. Pour faire vivre sa famille, elle repasse, du soir au matin, et du matin au soir. Jesse l’a toujours connue un fer à la main, du linge fumant aplati devant elle sur une table en bois brut. 20

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La maison est petite, modeste, sans confort, ils sont tous entassés dans trois pièces, mais cela leur suffit, pour le moment. – Ce ne sera pas facile, Seigneur… Oh non ! Mais pour mes enfants, je déplacerais les montagnes… soupire Emma. Sur la table, de hautes piles de linge blanc, bien lisse. Que Jesse va livrer en courant à ses clientes… En volant. À croire qu’il a des fusées sous les pieds.

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Jesse Owens, le coureur qui défia les nazis - extrait by Éditions du Rouergue - Issuu