De la même auteure au Rouergue Les Autodafeurs 1, mon frère est un gardien, roman doado, 2014 Les Autodafeurs 2, ma sœur est une artiste de guerre, roman doado, 2014 Les Autodafeurs 3, nous sommes tous des propagateurs, roman doado, 2015 Génération K, tome 1, roman épik, 2016 Génération K, tome 2, roman épik, 2017
Illustration de couverture : © Patrick Connan Graphisme de couverture : Olivier Douzou © Éditions du Rouergue, 2017 www.lerouergue.com
Marine Karteron
GÉNÉRATION K tome 3
les personnages de la série
Kassandre Báthory de Kapolna, dite Ka Seize ans, contessina, fille de Karl et Karolina Báthory de Kapolna, elle est la meilleure amie de Mina. Génophore de niveau 6, elle a le pouvoir d’entendre les cœurs battre.
Michelle-Anne, dite Mina Seize ans, meilleure amie de Ka, elle est la fille de Marika, servante travaillant pour les Báthory de Kapolna, et de Carlo Caracciolo Di San Theodoro. Génophore de niveau 6, elle a le pouvoir de discerner les mensonges des vérités. Georges d’Épailly Vingt ans, frère jumeau d’Enki, abandonné à la naissance dans la ville d’Épailly, il tourne à la délinquance. Fils de Vitali Camponi, un parrain de la Camorra napolitaine. Génophore de niveau 6, il a en lui un dragon noir ayant le pouvoir de lire les peurs de ses ennemis.
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Enki Vingt ans, frère jumeau de Georges, abandonné à la naissance et recueilli par les Tziganes de Braşov. Groupe choisi par le Maître il y a des millénaires pour veiller sur son sommeil. Fils de Vitali Camponi, un parrain de la Camorra napolitaine. Génophore de la nature de niveau 6, il a le pouvoir de commander les animaux et prendre possession de leur corps. Karl Báthory de Kapolna Père de Kassandre, quarante-sept ans, aristocrate, richissime homme d’affaires et directeur général de Biomedicare, multinationale pharmaceutique, et membre des Enfants d’Enoch. Chargé par l’OMS de trouver un remède au métavirus qui se répand sur la planète. Porteur K de niveau zéro (information confidentielle).
Karolina Báthory de Kapolna Mère de Kassandre, quarante ans, aristocrate, grande mondaine. Avec l’aide de Marika, elle a dissimulé les pouvoirs de Kassandre et Mina aux Enfants d’Enoch pour les protéger. Porteuse K de niveau 1. Marika Mère de Mina, quarante ans, servante pour la famille Kapolna. Elle a élevé Kassandre et aidé Karolina à dissimuler leurs pouvoirs aux Enfants d’Enoch. Porteuse K de niveau 2, elle a le pouvoir de modifier la mémoire des personnes qu’elle touche.
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Carlo Caracciolo Di San Theodoro, dit le Cannibale de Naples, dit la Chose : Père de Mina, trente-huit ans, issu d’une des plus vieilles familles nobles de Naples, membre des Enfants d’Enoch. Volontaire pour les expériences médicales menées chez Biomedicare, Carlo s’est vu implanter deux gènes K artificiellement, mais ceux-ci l’ont rendu fou. Après avoir enlevé, torturé et consommé des dizaines de personnes, il est devenu l’âme damnée de Karl Báthory de Kapolna. Porteur K artificiel de niveau 4, il a une force surhumaine, peut sentir les autres porteurs K et s’immiscer dans leur esprit. Vitali Camponi, dit Don Camponi Père de Georges et Enki, cinquante-deux ans, ancien membre des Enfants d’Enoch, rendu infirme à cause des expériences médicales menées sur lui par Karl Báthory de Kapolna vingt ans plus tôt. Parrain redouté de la Camorra, il règne en maître sur le quartier de Scampia dans la banlieue napolitaine et cherche à se venger des Enfants d’Enoch. Porteur K de niveau 3, il a le pouvoir de lire dans l’esprit d’une personne et d’y projeter des images, à condition de la toucher. Jarod Trente-huit ans, généticien albinos, il joue un double jeu. Travaillant dans la clinique secrète de Biomedicare, il est en fait une taupe au service de Don Camponi auquel il doit sa survie et le financement de ses études. Porteur K de niveau 4, il peut se déplacer sur quelques mètres à une vitesse imperceptible à l’œil nu.
Regarde, ma belle : la piste s’est cassée en deux tiges étroites de terre rouge, les branches gisaient là tordues comme des cadavres, au-dessus de ma tête cent oiseaux annonçaient le prochain orage et le volcan dressait sa peau enflée de lave sèche et de bosquets, je n’ai croisé personne sinon ta fièvre qui surgissait dès qu’un morceau du soleil tentait d’imiter la lueur de tes yeux quand je passe doucement une main apaisée dans le foin de tes cheveux. Regarde, ma belle : le ciel grondait, je l’écoutais souffler : sœurs humaines, soyez sans crainte le volcan est à la fois la chanson et la plainte avancez donc sur ses phalanges d’acier où j’ose parfois déchaîner ma colère. J’ai continué jusqu’au promontoire qui donne sur la vallée ; de là les hommes paraissent plus fins qu’une tige de fleur sauvage, et pendant que la lumière retirait du jour la promesse de l’été, tout en ayant l’air de dire “je reviendrai demain” l’orage préparait sa vengeance le ciel terrifié descendait aux cratères, et plongeait dans ces yeux grands ouverts comme je plonge, chaque nuit, dans les tiens. Cécile Coulon, 2017 « I’ll be back » Terminator, 1984.
prologue
18 mai Suisse Centre d’essais cliniques de Biomedicare Marika avait perdu la notion du temps. Dormir, elle avait envie de dormir, de plonger dans une douce inconscience pour pouvoir rêver de sa fille : revoir ses yeux verts, ses boucles rousses et son sourire si doux. Une nouvelle fois, la mère de Mina essaya de fermer les yeux. Il fallait qu’elle échappe à la lumière qui la poursuivait sans relâche. Mais rien. Rien à part la douleur causée par les crochets maintenant ses deux paupières levées. Elle gémit. Aussitôt, la lumière brûlante disparut, remplacée par le visage de Carlo se penchant vers elle. – Cesssssse de lutter, ccc’est inutile. Tu te fais du mal pour rien. Ccce ssserait sssssi sssssimple d’arrêter tout ççça, Marika… tu dois empêcher ton esssprit de bloquer la machine du Doc, tu dois le laissser acccéder à tes ssouvenirs.
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– Marika, répétez-moi ce qui s’est passé dans la villa, insista le docteur Walberck sans quitter son pupitre. La mère de Mina déglutit. Sa gorge était si sèche que le moindre mouvement était une torture. Mais Carlo avait raison : il fallait qu’elle parle, qu’elle convainque l’homme en blouse blanche qui la questionnait depuis des heures qu’elle disait la vérité. C’était vital. – Je vous l’ai déjà dit, coassa-t-elle en sentant ses lèvres se craqueler. Carlo a tué tous ceux qui étaient dans cette maison, pour pouvoir vous ramener le corps du Maître. Tous, il les a tous tués, même Kassandre, même Mina notre propre fille… ce n’est plus un homme, c’est une bête… siffla-t-elle avant de reprendre sa respiration. – Allons, allons, Marika, toi et moi savons que c’est impossible. Pourquoi Carlo t’aurait épargnée toi et pas sa fille ? Même lui est incapable de répondre à cette question… c’est étrange, Marika, tu ne trouves pas ? Comme à chaque fois que sa réponse déplaisait au Doc, une décharge électrique se déversa en elle. Son corps nu s’arc-bouta sur la table et se mit à tressauter follement sans qu’un seul cri franchisse ses lèvres. Marika avait dépassé le stade des hurlements ; elle était au-delà de la douleur : elle était devenue la douleur. Elle accueillit la souffrance avec reconnaissance. Walberck pensait la briser mais chaque nouvelle décharge renforçait sa volonté. La souffrance était devenue son alliée, elle la trouvait rassurante. Souffrir voulait dire qu’elle était encore en vie et que son rôle n’était pas terminé.
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Au bout de dix secondes, Walberck coupa le courant. Le corps de la femme retomba sur l’acier dans un désagréable claquement de chair morte. Une seconde, le scientifique pensa qu’il était allé trop loin avant de constater sur son écran que le cerveau de Marika fonctionnait correctement. Depuis qu’il avait commencé à la questionner, la volonté de cette femme ne cessait de l’étonner. N’importe qui à sa place aurait craqué, ou serait mort, mais pas elle, et cette résistance le rendait suspicieux. Walberck jeta un œil à sa montre et grommela. Son patron attendait son rapport et il ne pourrait pas le faire patienter plus longtemps. Contre toute logique, alors que tous les voyants de sa machine lui indiquaient que la femme disait la vérité, alors que sa version correspondait en tout point à celle de Carlo, le scientifique s’obstinait. Quelque chose, un sixième sens inexplicable, lui criait que ces deux-là cachaient quelque chose. Mais quoi ? Alors qu’il avait bien plus urgent à faire dans la pièce d’à côté, Walberck affina ses réglages et reposa sa question. – Marika, je te le demande une dernière fois : Où sont les Génophores ? – Je vous ai… déjà… tout dit… mille fois, morts, ils sont tous morts. Carlo les a éventrés, juste avec ses mains et il a noyé… notre fille, termina la femme avant de s’évanouir. Walberck pesta : – Verts ! Tous les voyants sont au vert ! – Vous voyez, je vous l’avais bien dit, ajouta la Chose en décrochant son téléphone.
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Pendant que Carlo écoutait son interlocuteur en hochant la tête, Walberck enleva ses gants et éteignit sa machine. Quels que soient ses doutes, il ne trouverait rien de cette manière. – Le patron veut vous voir, lui dit Carlo en raccrochant. Cette fois-ci le scientifique n’avait plus le choix, il allait devoir dire à Karl Báthory de Kapolna que son homme de main disait la vérité mais, avant, il lui restait une dernière chance de prouver que ces deux-là étaient complices. – Débarrassez-moi de ça, lança-t-il à Carlo en franchissant le seuil de son laboratoire. – Je sssssais que tu ne dors pas, Marika. La voix de Carlo tira Marika des brumes de son inconscience. Depuis combien de temps était-elle là ? Des heures ? à moins que ce ne soit des jours ? elle ne savait plus. – Tu aurais dû m’écouter, cccc’est fini maintenant. Tu es à moi. La voix résonnait dans son esprit, perçant son cerveau, rebondissant dans les moindres recoins de sa boîte crânienne. Un sifflement aigu ne lui laissant aucun répit. Mais la voix avait raison, elle en avait presque fini. En constatant que Walberck l’avait laissée seule avec Carlo, Marika sourit. Sa mission allait enfin s’achever. Elle allait pouvoir retrouver sa fille. Quand Carlo la tuerait, Karl Báthory de Kapolna serait convaincu de sa loyauté. Mais avant elle devait
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lui rendre sa mémoire. Toute sa mémoire. Celle qu’elle avait modifiée pour réussir à tromper son patron, mais aussi celle qui avait disparu quand il avait été génétiquement augmenté il y a des années. Marika puisa au plus profond d’elle : il fallait absolument qu’elle rappelle à Carlo l’homme qu’il était quand elle l’avait connu ; celui qu’elle avait aimé. – Carlo, murmura-t-elle. La Chose pencha son immense silhouette au-dessus du corps de la femme et la regarda avec curiosité. Walberck avait beau penser qu’ils étaient complices, lui savait bien que c’était idiot. Cette femme n’était rien pour lui, pas plus que la fille qu’il avait noyée dans le lac et ces autres gamins qu’il avait éventrés dans la villa. Seuls comptaient sa loyauté à son patron et le plaisir qu’il prenait à tuer. – Donne-moi ta main… s’il te plaît. La Chose, surprise, souleva les sourcils et regarda plus attentivement le bout de viande en train d’agoniser. Lui donner sa main ? Quelle drôle d’idée. – Je ssssuis là pour te tuer, Marika, et cccc’est ce que je vais faire. Tu es à moi maintenant, ajouta-t-il en souriant d’un air gourmand. Dépliant son index droit, la Chose posa la pointe de son ongle entre les deux seins blancs de la femme avant de s’arrêter ; avec un corps aussi abîmé, elle risquait de ne pas tenir longtemps, percer sa cage thoracique était une mauvaise idée. Carlo hésita, puis fit glisser lentement son ongle jusqu’au nombril de la femme qui se mit à gémir. – Carlo, prends ma main… je t’en supplie.
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La Chose passa sa langue sur ses lèvres. Le sang qui perlait de la longue balafre qu’il venait de tracer sur le ventre blanc l’attirait, lui donnait faim, mais il savait que la dévorer la tuerait trop vite. – Ma main, prends ma main… La Chose haussa les épaules. Après tout, pourquoi pas, cela faisait longtemps qu’il n’avait pas brisé de doigts. – Sssssi tu y tiens… Délaissant l’appétissante chair blanche Carlo glissa sa large paume sous celle de Marika… et cessa de respirer quand une vague de souvenirs l’envahit. À quelques mètres de là, assis derrière un écran de contrôle leur renvoyant les images du laboratoire, Karl Báthory de Kapolna et le docteur Walberck avaient une vue plongeante sur ce qui s’y déroulait. Mais ils devaient bien avouer que, pour l’instant, ces images étaient d’un ennui profond. – Vous lui avez bien ordonné de l’éliminer ? demanda Karl. Walberck hocha la tête. – Alors qu’est-ce qu’il fabrique ! s’énerva son patron en pointant le doigt sur l’écran. Si le P.-D.G. était énervé, c’est que Carlo était sa créature. Il ne supportait pas l’idée que celui-ci puisse lui désobéir. Pourtant, au lieu de démembrer Marika, Carlo lui tenait la main sans bouger depuis près d’une minute et, même si aucun des deux ne prononçait une parole, la scène était suffisamment étrange pour le mettre dans une rage noire.
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– Vous voyez, j’en étais certain, avança Walberck. Même si la machine dit le contraire, ces deux-là sont de mèche et… Un brusque hurlement fit ravaler ses propos au docteur. Carlo était allé si vite qu’il n’avait pas eu le temps de le voir agir mais, malgré les taches de sang maculant l’objectif de la caméra, aucun doute n’était permis. Sur l’écran, la bête immonde était en train de dévorer le cœur de la mère de Mina. – Eh bien, vous voyez Walberck, j’avais raison ! jubila son patron. Carlo nous a dit la vérité, aucun lien ne le relie à cette femme. Alors arrêtez de perdre votre temps et concentrez-vous plutôt sur le corps de l’homme qu’il nous a ramené… et faites nettoyer votre labo, termina Karl Báthory de Kapolna en grimaçant d’un air dégoûté.