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"Génération K" T1 de Marine Carteron - Extraits

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Le tome 1 de la trilogie a été élu meilleur roman jeunesse 2016 par la rédaction de Lire

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CART E RON MAR INE

Kassandre, Georges et Mina. Trois jeunes que tout oppose mais aux destins liés. Séparés par leur naissance et leur milieu social,ils ont en commun un ADN unique à l’origine de leurs pouvoirs. Un ADN qui attise bien des convoitises et va les obliger à fuir pour sauver leur vie. Ka l’aristocrate, Mina la fille de domestique et Georges le fils de personne ne le savent pas encore mais ils ne sont pas seuls. Ils sont la Génération K.

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Continuez l’aventure sur la page Facebook de Kassandre Báthory de Kapolna.

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les voyages dans l’imaginaire

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isbn : 978 2 8126 1108 7

IX-16

9 782812 611087 www.lerouergue.com

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De la même auteure au Rouergue Les Autodafeurs 1, mon frère est un gardien, roman doado, 2014 Les Autodafeurs 2, ma sœur est une artiste de guerre, roman doado, 2014 Les Autodafeurs 3, nous sommes tous des propagateurs, roman doado, 2015 Génération K, tome 1, roman épik, 2016 Génération K, tome 2, roman épik, 2017 Génération K, tome 3, roman épik, 2017 L’attaque des cubes, roman dacodac (ill. Gaspard Sumeire), 2018 DIX, roman doado noir, 2019

Illustration de couverture : © Patrick Connan Graphisme de couverture : Olivier Douzou © Éditions du Rouergue, 2016 www.lerouergue.com

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Marine Karteron

GÉNÉRATION K tome 1

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D’un côté l’extermination par l’homme, de l’autre les maladies contagieuses, voilà les principaux obstacles qui entravent le développement d’une espèce – et non pas la lutte pour les moyens d’existence, qui peut ne pas exister du tout. Piotr Alekseïevitch Kropotkine, L’entraide, un facteur de l’évolution.

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prologue

Une vingtaine d’années plus tôt… fin mars. Roumanie Village de Bras ov Entre l’ombre des remparts du château de Bran et Bras ov, un camp de Tziganes se dresse à l’écart des habitations. Cela fait des siècles que ces familles sont installées là, leurs caravanes font partie du paysage, pourtant c’est comme si un mur les séparait des habitants du village. Personne ici n’adresse la parole aux Tziganes à moins d’y être obligé. Personne ne les regarde passer quand ils marchent dans les rues, personne ne les écoute chanter ni ne les admire quand ils dansent. Au fond d’eux, les villageois aimeraient qu’ils partent, mais personne n’oserait dire cette phrase à haute voix. Car les vieux racontent des choses, des choses qu’ils tiennent de leurs ancêtres et qu’ils transmettent aujourd’hui à leurs petits-enfants. Des histoires qui donnent des cauchemars aux plus jeunes et

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font murmurer les femmes, des histoires que même les hommes les plus forts ne peuvent effacer d’un revers de la main. Quelque chose qui pousse les villageois du coin à éviter la zone, à baisser le ton quand ils en parlent et à rester chez eux à la nuit tombée. Alors, à Bras ov, dans l’ombre du château de Bran où aiment venir frissonner les touristes, les Tziganes restent et les habitants les ignorent. Mais aujourd’hui, même s’ils ne le savent pas encore, les Tziganes vont partir. Au milieu du camp se dresse une caravane plus grande que les autres, plus neuve et plus riche aussi. Quand les jeunes passent à côté ils cessent de courir, quand les adultes la frôlent, ils se taisent. C’est ici que vit la matriarche du camp, leur guide, la mémoire de leur peuple, la dépositaire de leur secret le mieux gardé. Dans cette caravane vit Celle qui écoute ; et depuis quatre mois quelque chose se passe. Quatre mois que la vieille ne sort plus de sa caravane, qu’elle dort, qu’elle écoute les murmures de la nouvelle génération qui se réveille. Quatre mois que le campement retient son souffle, que tous attendent, suspendus à son silence. Alors, quand la poignée de la porte blanche s’abaisse enfin, quand la vieille descend les marches de sa caravane et va s’asseoir près du feu, il ne faut qu’une minute à son peuple pour la rejoindre.

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Ils sont tous là : ses trois fils, sa fille, ses belles-filles, son beau-fils, ses neuf petits-enfants. Tous, même les chiens, sont assis, regroupés dans l’attente de ce que le monde a murmuré à l’oreille de Celle qui écoute. Et la vieille parle : – Le Maître se réveille. Quatre mots. Pas plus, pas moins, mais c’est suffisant pour que le silence explose et que les questions fusent. – Tu es certaine Mama ? C’est trop tôt ! Le Maître est déjà revenu il y a un siècle et demi ! jette son fils aîné Zoltan. Mais la vieille hoche la tête. Même si elle partage la surprise de son fils, elle est certaine de ce qu’elle a entendu et nul ne peut douter de sa parole. – Pourquoi revient-il si tôt ? insiste Zoltan. Autour du feu la vieille voit les visages se tendre vers elle dans l’attente d’une réponse mais elle va être obligée de les décevoir, car elle n’en a aucune. Jamais, de mémoire de veilleuse, le retour du Maître n’a été aussi rapide. Il avait dormi quatre siècles avant son précédent réveil… qui lui-même suivait un sommeil de mille quatre cents longues années. Pour ce qui est d’avant, personne ne se souvient, mais Celle qui écoute sait que le Maître était là bien avant les premiers humains. Les cycles se raccourcissent et la matriarche comprend l’inquiétude du clan. Même s’ils y ont été préparés, aucun d’eux ne pensait voir le Maître de ses propres yeux ; mais il est le Maître et ils sont son peuple, le peuple qu’il a choisi pour veiller sur lui et préparer son retour.

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Alors ils doivent savoir. Pourtant la vieille hésite à leur apprendre ce qu’elle a entendu, elle prend son temps, caresse les cheveux noirs de la minuscule fillette assise sur le sol à ses pieds, soupire, ouvre la bouche… puis la referme. Elle semble vouloir garder encore quelques instants le monde tel qu’il est. Elle sait que lorsqu’elle aura parlé plus rien ne sera jamais comme avant. Alors elle se tait encore un peu. Un tintement de bracelets lui fait baisser la tête. Une petite main est en train de secouer sa jupe. C’est Völva, sa petite-fille. – Tu l’as entendu, Mama ? lui demande doucement l’enfant. La vieille sourit. Elle s’en doutait depuis sa naissance, mais maintenant elle en est certaine : Völva est la seule de sa descendance à avoir le don, la seule à se douter de ce qui arrive. – Tu as entendu toi aussi ? l’interroge-t-elle en retour. La gamine aux grands yeux noirs hoche la tête et le silence se fait autour du feu. C’est la première fois que la matriarche évoque en public le don de Völva et tous comprennent ce que cela signifie : l’aïeule va passer la main ; bientôt. Mais avant il lui reste un dernier travail à accomplir. – Une nouvelle génération de Génophores arrive mais un grand danger les guette. Je sais où les trouver. Nous devons partir les aider, annonce-t-elle en se levant. À l’écart du village de Bras ov, le camp tzigane est maintenant vide.

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Tôt ce matin, les villageois ont vu passer les caravanes. La majorité a détourné le regard ; certains, heureux de leur départ, ont craché sur le sol. Mais les plus âgés, eux, se sont signés avec effroi. Car les plus âgés se souviennent des vieilles histoires, les plus âgés savent que lorsque les serviteurs du Maître se déplacent… c’est pour préparer son retour.

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Un mois plus tard, dans la nuit du 30 avril Quelque part dans le Jura Une jeune femme, pieds nus, court au cœur de la forêt. Les longs pans de sa blouse bondissent autour d’elle comme deux chiens de chasse, frappent ses mollets, s’accrochent aux branchages et la ralentissent. Cette blouse d’hôpital a manqué par deux fois de la faire tomber. Elle devrait l’enlever mais elle hésite. En dessous, elle ne porte qu’une simple chemise de nuit brodée au cœur d’un K sanglant et elle a froid. La jeune femme s’arrête, repousse d’une main ses longs cheveux noirs qui lui collent au visage et s’appuie contre un arbre pour reprendre son souffle. Il fait nuit mais elle sait que celle qu’elle cherche est là, quelque part, et qu’elle l’attend. Elle le sait car toutes les nuits une voix résonne dans son esprit et l’appelle. Une voix qui lui veut du bien, qui la rassure.

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La jeune femme n’en peut plus, elle hésite encore une seconde à enlever sa blouse puis renonce. Abandonner le vêtement ce serait laisser une trace, un indice sur la direction de sa fuite et, ça, elle ne le veut sous aucun prétexte alors elle resserre les pans de tissu autour d’elle, respire profondément et reprend sa course. Elle a parcouru moins d’un kilomètre et sait que c’est trop peu, que si elle veut avoir une chance de leur échapper il faut qu’elle coure plus vite, qu’elle s’éloigne encore plus loin… mais elle est si fatiguée. S’ils la rattrapent, ils la tueront. S’ils la rattrapent, ses enfants n’auront aucune chance. Alors elle court, sans prendre garde à ses pieds sanglants, à la sueur qui dégouline le long de son cou et à son souffle qui se raccourcit de plus en plus. Sous ses mains glissées comme un berceau autour de son ventre tendu, elle sent battre les cœurs de ses bébés et ce rythme rapide la galvanise. Ses bébés vont bientôt arriver, elle le sait, comme elle sait que cette course sera sa seule et unique chance de les sauver. Cette femme qui court dans la forêt pour sauver ses enfants s’appelle Kalinka. Kali, pour ses amis. Elle n’a que vingt-quatre ans et cela fait huit mois maintenant que les Enfants d’Enoch l’ont enlevée et la tiennent enfermée. Elle n’a jamais compris comment ils avaient su qu’elle était enceinte, mais ils l’avaient su et Vitali n’avait pas pu la protéger.

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Pourtant, au début, Kali avait espéré, espéré que Vitali la retrouverait et la tirerait de leurs griffes… mais personne n’était venu et elle avait dû se rendre à l’évidence, Vitali devait être mort : elle était seule et devrait sauver elle-même ses enfants, fuir avant leur naissance car après il serait trop tard. Kali avait été patiente, elle avait joué la passivité, endormi la méfiance de ses geôliers et, enfin, tout à l’heure, elle avait réussi à étrangler l’infirmière de garde, à lui voler son passe et à s’échapper de la clinique où ils la retenaient prisonnière. Mais il faut faire vite, car elle sait que dès qu’ils découvriront sa fuite ils se lanceront à sa poursuite. Une première contraction la traverse comme une flèche et la jette au sol. Kali a le réflexe de rouler dans sa chute pour protéger son ventre et tombe sur le côté. Elle ferme les yeux, palpe son abdomen, sent les enfants s’agiter et soupire de soulagement. – Tout va bien, murmure-t-elle en direction de son nombril. Immédiatement, une vague de douceur caresse son esprit ; ce sont ses enfants qui lui répondent. Kali inspire profondément. L’odeur d’humus lui fait du bien mais elle ne peut pas rester là. Elle roule sur une épaule, pousse sur ses bras, se met à quatre pattes et tente de se redresser mais une deuxième contraction, plus forte que la première, la cloue à terre. Elle s’évanouit.

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Allongée sur le sol, la jeune femme ne bouge plus. Son visage blafard, sa blouse immaculée forment une tache laiteuse au milieu du bois sombre. On dirait une statue et on pourrait la croire morte si des bosses mouvantes n’ondulaient à la surface de son ventre. Si elle reste là, les Enfants d’Enoch n’auront aucune difficulté à la trouver et ses bébés le savent. Enlacés dans leur vaisseau amniotique les jumeaux joignent leurs mains, collent leurs fronts encore mous l’un contre l’autre et ouvrent leurs lèvres pour pousser un hurlement silencieux. Leurs fontanelles palpitent au rythme de leurs cœurs minuscules. Ils sont concentrés. Du plus fort jaillit une fumée aux ailes noires et au bec acéré. Du plus faible s’extrait un corps mouvant d’un vert sombre et luisant. Le vert chevauche le noir et ils s’échappent de l’abdomen distendu pour se perdre dans les ténèbres des sous-bois. Ils volent au-dessus des cimes, plongent dans le moindre terrier, parcourent le fond des ruisseaux. Ils cherchent de l’aide et finissent par la trouver. Kali est réveillée par une langue râpeuse et chaude. Un museau à la truffe fraîche lui souffle une haleine de charogne au visage ; c’est une louve dont le ventre distendu semble répondre aux soubresauts de ses enfants. Kali n’a pas peur, elle sait que la bête est venue l’aider. Les contractions ont cessé ; elle se relève et, accrochée à son pelage chaud, elle suit la louve dans la forêt.

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L’animal n’hésite pas une seconde ; guidée par son instinct, elle l’amène à sa destination, celle que Kali voit en rêve depuis des nuits. Entre les feuillages il y a une lueur, un feu de camp, des roulottes et une vieille dont les breloques dorées scintillent dans la pénombre. L’aïeule chantonne. C’est peu mais suffisant pour que Kali apprenne son langage, car Kali est polylangue. C’est son don depuis sa naissance, un don trop banal pour faire d’elle la grande Génophore espérée par les Enfants d’Enoch, mais qui a été suffisant pour qu’ils veuillent lui voler ses enfants. Cachée derrière un arbre, appuyée contre la chaleur du pelage de la louve, il ne lui faut que quelques minutes pour assimiler le langage de la vieille. Kali fait signe à la louve de rester en arrière et s’approche seule du feu. La vieille ne sursaute pas. Elle est Celle qui écoute et c’est elle qui parle toutes les nuits dans les brumes du sommeil de Kali. Il y a un mois que son peuple et elle ont quitté la Roumanie, un mois qu’elle sait que le Maître va se réveiller et qu’il a besoin qu’elle protège ses enfants. La vieille sait ce qui doit se passer ce soir, c’est pour ça qu’elle n’est pas surprise quand Kali s’approche. Elle voit le ventre énorme, la peur dans les yeux de la jeune femme qui s’avance, et sait qu’elle est celle qu’ils attendaient. Alors elle lui sourit comme à une vieille amie et lui fait signe de la rejoindre.

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Kali s’allonge à ses côtés. Elle a compris que son temps est venu et qu’elle ne se relèvera pas. Elle explique à la Tzigane qu’elle va donner la vie et qu’elle va mourir. Elle veut que la vieille accepte de prendre ses enfants et de les cacher. Elle cherche un peu ses mots, bafouille, elle veut être certaine de faire le bon choix mais elle n’a pas besoin d’insister. La vieille pose la main sur son front, lui dit qu’elle est justement là pour ça, pour cacher ses fils aux Enfants d’Enoch. La Tzigane lui dit aussi que tout ira bien, que son peuple saura les protéger car c’est leur mission depuis des siècles. En disant tout cela l’aïeule sourit et Kali sait qu’elle est au bon endroit, là où elle devait être et que tout n’est pas perdu. Alors elle ferme les yeux et le travail commence. Les enfants ont compris qu’ils devaient sortir, qu’il y avait urgence, alors les contractions se succèdent à une cadence infernale sans que leur mère lâche un cri. Concentrée sur sa tâche la jeune femme utilise ses dernières forces pour expulser ses bébés, qui glissent hors de son corps dans un écœurant bruit de chairs écartelées. Épuisée, Kali enlève la médaille d’or qui pend à une chaîne autour de son cou et la tend à la Tzigane : – Pour le plus fort, dit-elle. Ne le garde pas près de toi, je veux qu’il ait une chance de grandir loin des complots… Dépose-le là où personne ne le trouvera jamais.

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La vieille opine, saisit l’enfant blond aux yeux bleus, coupe son cordon et le noue d’un geste habile avant de l’enrouler dans son foulard et de le poser au sol. Elle va pour s’occuper du deuxième mais n’en a pas le temps. La louve s’est rapprochée. D’un mouvement sec de la mâchoire la bête tranche le cordon du nouveau-né et se met à lécher l’enfant malingre qui y était rattaché. – Celui-là ne s’en sortira pas seul. Garde-le, élève-le, supplie Kali. La jeune femme aimerait prendre ses enfants dans ses bras mais elle n’en a plus la force ; elle peut juste plonger son regard dans les yeux bleus de son premierné avant de se tourner vers les profonds yeux noirs de l’enfant à la louve. Quelques secondes seulement et déjà tout se brouille. Elle sent qu’elle part, que bientôt elle ne sera plus de ce monde, qu’elle ne sera pas là pour protéger ses enfants. – Mes fils… Kali agrippe le bras de la vieille ; elle veut la prévenir, lui dire ce qu’elle a découvert avant de s’enfuir. – Les Enfants d’Enoch… mes fils, il ne faut pas… La vieille Tzigane se penche, tend l’oreille, mais la voix de Kali n’est déjà plus qu’un souffle ténu qui se perd dans les murmures de la forêt. Puis, plus rien. Rien que les pleurs des enfants et le hurlement de la louve.

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Kali s’est éteinte sans avoir le temps d’en révéler davantage. Quand l’aube se lève enfin sur la clairière, celle-ci est vide. Nulle trace de feu, de sang, de cadavre et encore moins d’enfants. C’est comme s’il ne s’était rien passé. Les Tziganes savent depuis toujours utiliser leurs dons pour courir dans l’ombre et effacer leurs traces et les Enfants d’Enoch auront beau retourner la forêt, ils ne les retrouveront pas. Jamais ils ne feront la relation entre leur prisonnière évadée et le cadavre de femme, à moitié dévoré par des loups, découvert par des gendarmes à quatre cents kilomètres de là. Jamais ils ne comprendront que le nouveau-né déposé le même jour sur les marches de la petite église du village d’Épailly est un des Génophores qu’ils attendent depuis plus d’un siècle. Dans le bureau de verre d’où il dirige son empire, Karl Báthory de Kapolna hurlera longtemps contre son personnel incapable. Mais il aura beau tempêter, dépenser des fortunes, ses recherches n’aboutiront à rien. Grâce à Celle qui écoute, Kali a réussi à lui échapper et à protéger ses enfants.

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"Génération K" T1 de Marine Carteron - Extraits by Éditions du Rouergue - Issuu