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Extrait de "L'île du serment" de Peter May

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Peter may L’île du serment Kirsty Cowell a-t-elle poignardé son mari à mort, cette nuit tourmentée sur Entry Island, à l’extrême-est du Canada ? Tous le croient, tout l’accable et pourtant Sime Mackenzie, le policier chargé de l’interroger, ne peut se résoudre à l’accuser. Mais l’étrange sentiment de familiarité qu’il éprouve à son égard n’estil pas une arme dangereuse offerte à une femme manipulatrice ? À moins que les rêves étranges qui le ramènent à la vie de son aïeul, émigré des Hébrides en terre de Québec au xix e siècle, ne recèlent une part du mystère ? Comme envoûté, Sime va devoir choisir entre les exigences de l’enquête et son propre destin. Un chemin qui a toutes les chances d’être sans retour… Dans ce nouveau roman, Peter May revient à son Écosse, magnifique et persécutée, dont les paysages semblent inspirer la tragédie. Avec une forte intensité émotionnelle, il tisse une énigme policière qui est aussi une grande histoire d’amour.

Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue

3 septembre 2014 14 x 20,5 - 432 pages - 23 e env. ISBN : 978 2 8126 0685 4

The Times (UK) Après sa superbe trilogie de Lewis, Peter May nous donne un nouveau roman tout aussi captivant. The Independent (UK) Les deux récits s’entremêlent, avec autant d’élégance qu’un motif celtique, jusqu’à ce que May les fasse converger dans le dénouement final. Il en résulte un aperçu fascinant sur un épisode honteux et généralement occulté de l’histoire britannique. Daily Mail (UK) Mené avec une rare clarté et une fine observation de la claustrophobie propre à la vie insulaire, il lie les générations par un sort hypnotique et nous prouve combien May est un auteur à aimer.


extrait

l’île du serment

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le policier de Cap-aux-meules se préparait à manger dans la cuisine avant de retourner dans la grande maison y monter la garde pour la nuit. Par la porte à demi entrouverte, le plafonnier dessinait un rectangle lumineux sur le sol du salon. sime entendait Kirsty se déplacer à l’étage. l’escalier était éclairé, mais le salon était plongé dans l’obscurité et seule une petite liseuse dessinait un cercle jaune autour d’un fauteuil disposé dans le coin opposé. sime déambula parmi les ombres, se contenant de toucher les bibelots du bout des doigts. un bouddha en émeraude, tout sourire avec un ventre gras et rond ; un calendrier composé de deux cubes sur lesquels étaient inscrits des chiffres, posés sur un support en cuivre. Une figurine en céramique représentant monsieur Micawber, le personnage de David Copperfield, avec son crâne chauve et luisant. À côté de l’un des fauteuils, une table d’appoint en acajou était couverte d’un napperon circulaire en dentelle qui la protégeait des rayures et des marques qu’aurait pu lui infliger le cadre photo en étain posé dessus. Sime le fit pivoter face à lui. C’était un portrait de Kirsty. Il l’attrapa et le tint à la lumière pour l’examiner. elle devait avoir à peine plus de vingt ans, les joues un peu plus pleines, son sourire exprimant la candeur et l’innocence de la jeunesse. elle n’était pas prisonnière à cette époque. ses parents étaient encore vivants, et elle s’était sentie libre de quitter l’île.

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Il contempla la photographie pendant plusieurs minutes avant de faire courir le bout de ses doigts sur le verre et de reposer le cadre sur la table. Il se demanda si, comme norman morrison, il n’était pas en train de devenir obsédé par Kirsty Cowell. le policier passa la tête par la porte de la cuisine pour lui souhaiter bonne nuit et, depuis la fenêtre, sime le regarda traverser la pelouse dans le noir. même si la grande maison était illuminée comme un arbre de noël et qu’il pouvait regarder la télévision tranquillement installé, sime ne l’enviait pas. C’était la maison d’un mort et, bien que son corps ait été emporté, son esprit habitait chaque meuble, chaque vêtement suspendu dans son placard, le sang répandu sur le sol. « Où avez-vous l’intention de dormir ? » surpris, sime tourna sur lui-même. Il ne l’avait pas entendu descendre les escaliers. elle s’était douchée et changée, ses cheveux étaient encore humides, et elle avait revêtu une robe de chambre en soie noire brodée de dragons chinois aux couleurs vives. « le canapé fera l’affaire », répondit-il. « Je ne dormirai pas. » elle traversa la cuisine à pas feutrés et mit la bouilloire en route. « Je prépare du thé, vous en voulez ? », lui proposa-t-elle par la porte ouverte. « Quelle sorte ? – Vert, à la menthe. – Avec plaisir. » elle réapparut quelques minutes plus tard avec deux mugs fumants et en posa un sur la table basse devant le canapé à l’attention de sime. elle s’installa ensuite dans le fauteuil placé dans le cercle de lumière et ramena ses jambes sous elle tout en faisant tourner sa tasse au creux de ses mains, comme si elle avait froid. « eh bien, voilà qui est étrange », dit-elle. Il s’assit dans le canapé et but une gorgée de thé en manquant de s’ébouillanter les lèvres. « Vous trouvez ? – le chasseur et sa proie faisant la trêve et dégustant une bonne tasse de thé. » la remarque piqua sime au vif. « C’est ainsi que vous me voyez ? Comme un chasseur ?

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– en tout cas, je me sens traquée. J’ai l’impression que vous avez déjà décidé que je suis coupable et que ce n’est qu’une question de temps avant que vous ne me fassiez craquer ou que vous ne me piégiez. J’ai à l’esprit l’image d’un lion et d’une gazelle. devinez lequel je suis. – Je ne fais que… – Je sais », l’interrompit-elle. « Que votre travail. » Elle fit une pause. « et moi, je suis seulement quelqu’un qui a vu son mari se faire poignarder à mort. Je n’ai pas dormi depuis. – dans ce cas, nous avons au moins ça en commun. » elle le dévisagea avec curiosité. « Que voulez-vous dire ? – Je n’ai pas dormi depuis des semaines. » Il regretta immédiatement ses paroles, mais il était trop tard pour revenir en arrière. « Pourquoi ? » Il se contenta de hausser les épaules. « C’est sans importance. – Cela a quelque chose à voir avec la fin de votre mariage ? » Elle avait visé juste, et il se sentit presque coupable. Être séparé de sa femme ne rentrait pas tout à fait dans la même catégorie que d’avoir vu son mari sauvagement assassiné. « laissez tomber », dit-il avant de changer de sujet. « Vous avez fini par retrouver ce pendentif ? » « Non. » Elle fixa le fond de son mug, l’air pensif. « Je ne l’ai pas retrouvé. et j’ai remarqué qu’il y a d’autres choses sur lesquelles je n’arrive pas à remettre la main. » Il reposa son mug sur la table basse, soudain intéressé. « Comme quoi ? – Oh, des petites choses. un bracelet en toc datant de mes études. des barrettes à cheveux. une paire de boucles d’oreilles. rien de valeur. Peut-être les ai-je juste égarés, mais je ne les retrouve pas. – Ils ne pourraient pas se trouver dans l’autre maison ? » elle haussa simplement les épaules comme si elle avait soudain décidé d’oublier le sujet. « Peut-être. » Il sentit qu’elle n’y croyait pas. « Vous ne pensez pas vraiment que je suis en danger, n’est-ce pas ? – À cause de norman morrison ? – Oui. » Il secoua la tête. « Pas vraiment, non. mais le lieutenant ne veut courir aucun risque. »

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Bien qu’elle eût à peine entamé son thé, elle se leva et, son mug à la main, partit en direction de la cuisine. elle s’arrêta à côté du canapé et le regarda. « Pourquoi vous ont-ils choisi pour rester et me surveiller ? – Je me suis porté volontaire. » ses yeux s’agrandirent à peine, seule manifestation de sa surprise. « Pourquoi ? – Parce que je savais que je ne risquais pas de m’endormir. » elle soutint son regard pendant un long moment puis détourna les yeux et se rendit dans la cuisine. Il l’entendit vider sa tasse dans l’évier puis la rincer. elle éteignit la lumière et passa dans la chambre du fond. Quelques instants après elle revint avec un duvet à une place et un oreiller. « Au cas où », dit-elle. « Bonne nuit. » l’escalier fut plongé dans le noir quand elle arriva sur le palier. Il l’entendit traverser le plancher au-dessus de lui, son sommier grinça lorsqu’elle se mit au lit. l’image de son corps nu entre les draps glacés lui traversa l’esprit mais il la chassa aussitôt. Il resta assis un moment dans le halo tamisé projeté par la liseuse puis il se leva, traversa la pièce et l’éteignit. Il alla fermer la porte d’entrée, alluma la lampe éclairant le porche et verrouilla la porte de derrière. Il savait que, sur l’île, fermer les portes à clé était un anathème, mais il ne souhaitait pas jouer avec le feu. Il regagna le canapé, ôta ses chaussures et s’allongea en laissant aller sa tête sur l’oreiller. À travers la fenêtre, la lampe du porche projetait des ombres qui s’étiraient sur toute la longueur de la pièce. sa clarté rasait le plafond, révélant aux yeux de sime les craquelures et les défauts qui seraient ses compagnons pendant les longues heures d’insomnie qui l’attendaient. de temps en temps, il l’entendait se retourner dans son lit et se demandait si elle aussi peinait à trouver le sommeil. Il ressentait une intimité étrange à être si proche d’elle, allongée dans son lit, juste au-dessus de lui. et pourtant, le gouffre qui les séparait n’aurait pas pu être plus grand. le temps passait et il commençait à sentir le froid. le chauffage s’était éteint et la température extérieure chutait. Il passa le bras audessus de sa tête et ramena le duvet sur lui. sa douceur l’enveloppa

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et il sentit sa propre chaleur qui commençait à l’imprégner. Il prit une inspiration lente et profonde puis ferma ses yeux douloureux. Il pensa à son anneau. et au pendentif. “ne la laisse pas te retourner la tête”, lui avait dit Crozes. sans véritable raison, il la croyait à propos du pendentif. Il essaya de se rappeler si son père avait un jour parlé de l’anneau. d’où il provenait. Pourquoi il était important. sime regrettait de ne pas avoir prêté plus d’attention aux histoires familiales. leurs racines écossaises. son héritage. sime était trop occupé à s’intégrer. Être un Québécois, parler français. Au bout du compte, seules lui restaient en mémoire, vives et précises en dépit des années, les histoires que sa grand-mère avait lues dans les journaux intimes de son ancêtre

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Il pleut. Une pluie fine et pénétrante semblable à de la brume. Un crachin ramené de la mer par un vent à vous couper en deux. Je suis avec mon père. nous sommes saisis de peur et nous courons, presque accroupis, le long de la crête de la colline qui domine Baile mhanais, là où la pente rejoint le loch de mer que je connais sous le nom de loch Glas. mes vêtements sont trempés et le froid m’anesthésie presque. Je ne suis pas sûr de mon âge, mais je ne suis pas beaucoup plus vieux que lorsque Kirsty et moi nous nous sommes embrassés pour la première fois à côté des pierres levées au bout de la plage. mon père a enfoncé sa vieille casquette usée en tissu jusqu’audessus de ses sourcils et je vois la noirceur de son regard tandis qu’il regarde en arrière par-dessus son épaule. « Pour l’amour de dieu, fiston, reste baissé. S’ils nous voient, ils se lanceront à notre poursuite et nous mettrons dans ce bateau, nous aussi. » Nous atteignons un affleurement rocheux presque enterré dans la tourbe au sommet de la colline. et, après avoir pataugé dans un ruisseau en crue, nous nous aplatissons dans l’herbe humide juste derrière. J’entends des voix portées par le vent. des hommes qui crient. nous rampons sur le ventre jusqu’à avoir une vue sur la pente qui rejoint les rives du loch Glas et le village de sgagarstaigh, avec sa petite jetée en pierre.

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Extrait de "L'île du serment" de Peter May by Éditions du Rouergue - Issuu