l’enfant qui ne voulait pas être roi
À Meï-Line D. P.
illustration de couverture : Juliette Barbanègre graphisme de couverture : Olivier Douzou © Éditions du Rouergue, 2020 www.lerouergue.com
Dominique Périchon
Cornélius Premier l’enfant qui ne voulait pas être roi illustrations de Juliette Barbanègre
« Il était une fois dans un pays lointain tout près d’ici… »
chapitre 1
Comme dans toutes les histoires, il y a d’abord un pays. Un pays lointain. Comme dans tous les pays, il y a des rivières, des forêts, des chemins perdus, de la neige en hiver, de la pluie en été. La montagne au milieu et la mer sur les bords. Des ours qui hibernent, des grenouilles qui plouffent, des pics-verts qui pique-niquent. Et des villages. Comme dans tous les villages, il y a des habitants qui vont et viennent, qui travaillent, chantent et se plaignent, parfois dorment, et 9
passent beaucoup de temps à se demander ce qu’ils font là… Comme ce tout jeune garçon, là-bas, qui s’appelle Cornélius. Comme tout le monde. Comme tout le monde ? Oh non… Car, dans ce pays, il y a toutes sortes de lois. La première dit que chaque individu doit porter un prénom – un seul ! – et pas de nom de famille. Aussi faut-il choisir un prénom qu’aucun autre habitant ne porte, histoire d’être unique et identifiable. Alors, les parents choisissent un prénom à la naissance – comme dans tous les pays sans doute – mais les plus beaux sont pris depuis longtemps : il ne reste que les vieux prénoms latins, les noms de plantes ou les surnoms ridicules. Finalement, Cornélius a eu de la chance : une de ses cousines a été baptisée « Géranium » et son plus jeune frère s’appelle « Boutd’gras » ! Alors, « Cornélius », il s’est habitué… Ainsi, notre garçon s’appelle Cornélius. Comme personne.
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chapitre 2
Ce matin-là ne ressemble à aucun autre. Cornélius saute de son lit, se précipite sur son calendrier : c’est son anniversaire ! Et pas n’importe quel anniversaire : il atteint aujourd’hui l’âge où les habitants de ce pays lointain deviennent majeurs. Être majeur signifie qu’on dispose désormais de nombreux droits : le droit d’aller se coucher sans se laver les dents, le droit de ne plus jouer aux billes et de ne plus se perdre
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dans la forêt, le droit de raconter des histoires aux enfants, de s’écorcher les genoux sans pleurer, etc., etc. Mais ce jour-là est unique dans une vie : c’est le jour où chacun se voit chargé d’une responsabilité, d’un Devoir avec une austère majuscule, et qui donne tant de rêves et de cauchemars aux jeunes gens. Celui de devenir… roi ! Cornélius sait que, dans les contes pour dormir le soir, il n’y a qu’un seul roi, une seule reine par pays et par histoire, et que les autres personnages sont chevaliers, marchands d’oiseaux-qui-parlent ou sorcières professionnelles. Pourtant, quand il se penche par la fenêtre de sa chambre, il ne voit passer dans la rue que des têtes couronnées. Ici, tout le monde porte un large manteau d’hermine, un sceptre à la main ou un diadème sur les cheveux. À part les enfants mineurs et les animaux de compagnie. Un pays de rois et de reines ? Drôle de pays. À 11 heures 32 précises (heure de sa naissance : la loi est rigoureuse), Cornélius est majeur ! Il descend l’escalier plus vite qu’une 14
fusée et retrouve ses parents qui l’attendent impatiemment depuis l’aurore. On fête l’événement à grand renfort de jus de fruits qui pétillent et de gâteaux à la crème. On souffle les bougies, on ouvre les cadeaux, on s’embrasse et puis vient l’instant de la Grande Question : – Alors, Cornélius, qu’as-tu choisi ? – Choisi quoi ? demande Cornélius, le nez toujours dans ses cadeaux. – Eh bien, reprend son père, sur quoi as-tu décidé de régner ?
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