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Dans l’enfance de Bibi, peu de livres. Une encyclopédie seule a suffi. Elle s’appelait Alpha.
Tout illustrée de photographies, elle contenait, de A à Z, plus que l’Univers entier : tout ce qui exalte l’esprit et embellit la vie, un espace de rêves, une promesse de liberté.
Petit explorateur à la dérive, Bibi y découvrait de nouveaux horizons, abordait les mondes merveilleux de l’art et du savoir, en pressentait l’immensité et l’intime beauté.

Entre les rives de l’Écriture et de la Lecture, coule un fleuve de mots et d’images, nommé Littérature. Toujours changeant, il traverse nos rêves et nos vies, les irrigue, les nourrit. Avec ses affluents, ses ruisseaux, ses rivières, ses torrents. Avec ses méandres, ses remous, ses courants. Avec son lit profond, ses débordements, ses gués, ses ponts. Avec ses eaux claires et ses eaux troubles, ses boues noires, ses cailloux jolis et les mille reflets du jour et de la nuit. Avec ses chants, ses silences, ses bruits. Avec tout ce qui y nage, barbote, s’engloutit, tout ce qui y mijote et fleurit… Mais ce fleuve infini, de quelle source, de quel songe a-t-il surgi ?




… ou plutôt une parole

De conteuse peut-être, ou de conteur. Et cette parole ne voulait pas s’éteindre dans la nuit, s’évanouir dans le vent.
Pour la préserver et lui permettre de voyager plus loin et plus longtemps, les humains inventèrent le livre.
Il deviendrait le porte-voix, le porte-parole d’une partie grandissante de l’Humanité.












































































































































































Le livre a longtemps été l’apanage des religieux, des seigneurs et des nantis. Au Moyen-Âge, les gens du peuple, illettrés pour la plupart, n’avaient pas d’autre choix que de se soumettre à leur pouvoir et de travailler à leur prospérité. Accablés de devoirs, ils n’avaient pas droit au savoir.
C’était dans l’ordre des choses, comme on dit.
L’ordre que les maîtres de ce monde, soi-disant selon la volonté de Dieu, avaient eux-mêmes établi.


Grâce à l’invention de l’imprimerie, les livres se sont répandus en nombre avec les idées qu’ils colportaient.
Voyant dans cette soudaine expression de la liberté un danger pour la société, le clergé a tout fait pour en limiter la portée.
Il a d’abord présenté le livre imprimé comme un objet du diable, susceptible d’ensorceler les gens et de les conduire en enfer.
Depuis, les autorités au pouvoir, toujours méfiantes à son égard, n’ont jamais cessé de le contrôler.

Combien de livres au fil des siècles ont ainsi été censurés, interdits, détruits ! Combien d’auteurs ont été persécutés parce qu’ils dérangeaient l’ordre établi ! Cet ordre injuste qui, aujourd’hui encore, continue de sévir dans le monde et qui empêche tant de gens d’avoir accès au fabuleux pouvoir des mots.
Dès lors, comment s’étonner que le livre soit toujours, ici ou là, objet de crainte, de défiance ou même de rejet ? Trop de préjugés demeurent à son sujet. Et trop de gens s’en détournent, persuadés qu’ils n’en sont pas dignes ou qu’ils n’en ont pas besoin pour vivre.






