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"Le jardin économe" de Stéphanie Dessy - Extrait

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sommaire

Introduction : les dix commandements du jardinier économe

Connaître son terrain ou comment économiser du temps et de l’argent

L'état des lieux

La végétation indigène

Multiplier les plantes ou comment obtenir plus sans rien dépenser

Le semis

Le bouturage

La division

Le marcottage

Gros plan : accueillir la biodiversité

Acheter de manière raisonnée ou comment consommer moins et mieux

Des pépiniéristes qualifiés pour vous conseiller

Acheter en seconde main

Gros plan : vive les haies vives !

Valoriser les « déchets » du jardin ou comment rien ne se perd, tout se transforme

Les paillis

Les tuteurs, haies sèches et bien d’autres

Le terreau de feuilles

Le compost

Gros plan : des potées de récupération

Entretien zéro tracas ou comment faire moins et laisser la nature travailler

Un jardin qui s’autogère naturellement

Épargner les ressources

Conclusion

Glossaire

Un coin repos près de la mare.

introduction les dix commandements du jardinier econome

Qu’il est agréable de profiter des belles journées ensoleillées au jardin, d’y paresser en lisant un roman, d’y voir jouer les enfants, d’y cultiver quelques aromates ou d’y recevoir des amis… Mais avant cela, il faut souvent s’atteler à quelques aménagements. Ceux-ci, à moins que vous ne soyez féru de jardinage, peuvent sembler intimidants ou être source de déceptions, d’autant qu’ils nécessitent généralement certains investissements, en réflexion, en temps, en huile de coude et bien sûr financiers.

Quand on se retrouve face à son terrain, nu ou peut-être laissé à l’abandon depuis quelques années, il n’est pas toujours évident de se projeter et de savoir par où commencer. On se retrouve bien souvent dans une jardinerie, à déambuler parmi les allées, poussant son chariot à la recherche de coups de cœur parmi les multitudes de plantes exhibées sur les présentoirs du magasin. Et c’est là que les embêtements et les dépenses impulsives commencent. En effet, les végétaux, pas plus que votre terre, ne sont des meubles inertes et dociles, ils sont vivants ! Ils demandent des conditions spécifiques pour vivre, en termes de nature du sol, de taux d’humidité, de température… Bien les connaître est donc essentiel si l’on veut éviter les pertes sèches, plus encore en ces temps de changements climatiques.

Apprendre à découvrir sa région, les espèces qui s’y plaisent, sélectionner celles qui vous font envie, constituent donc les premières étapes de votre feuille de route.

Gardez aussi en mémoire que si l’aménagement démarre avec les plantations, il perdure et prospère grâce à un entretien adéquat et optimisé. Ainsi, le jardinier économe prendra soin des ressources nécessaires, comme l’eau par exemple, et mettra en place des techniques permettant de limiter les arrosages, de réduire le désherbage, d’entretenir sa parcelle au naturel, et pourquoi pas de préserver la biodiversité par la même occasion.

Que tous les débutants se rassurent ! Grâce à quelques conseils judicieux, il est tout à fait possible de jardiner durablement, en minimisant les investissements. Dans ce livre, vous trouverez les astuces afin de préparer votre terrain, optimiser vos achats, repérer les bonnes affaires, choisir des espèces adaptées et soigner au naturel.

Le vocabulaire technique n’aura plus aucun secret pour vous grâce au glossaire en fin d’ouvrage reprenant les termes spécifiques qui apparaissent en italique dans le texte.

Sauge des bois (Salvia nemerosa ‘Ostfriesland’), euphorbe des jardins (Euphorbia peplus), géranium des prés (Geranium pratense)

LES DIX COMMANDEMENTS DU JARDINIER ÉCONOME

1 depensez moins, plantez malin !

Sélectionner des végétaux adaptés à votre terrain et résilients face aux changements climatiques, c’est la clé pour éviter les pertes et réussir ses plantations.

2 on ne connait bien que ce qu’on apprivoise

Plus vous observerez votre terre et comprendrez les besoins spécifiques des plantes, plus vous concevrez un jardin durable.

3 il pousse plus de choses dans un jardin que n’en seme un jardinier

Faites la part belle aux indigènes, laissez la spontanéité de la nature vous combler

4 Fais ce que tu peux avec ce que tu as

Récolter et semer ses propres graines, bouturer les arbustes existants, multiplier les plantes soimême, une façon simple et économique d’étoffer ses plantations.

5 la variete est l’epice de la vie

Plus vous diversifiez les espèces végétales, plus vous accueillez la biodiversité et protégez le vivant.

6 achetez mieux pour acheter moins

Stop aux achats tous azimuts, privilégiez les pépiniéristes qualifiés et les échanges entre jardiniers passionnés.

7 rien ne se perd, tout se transForme

Dans la nature comme au jardin, tout « déchet » devient richesse.

8 reduire / reutiliser / recycler : 3 r pour entretenir son jardin

Économiser les ressources, réutiliser au maximum, détourner les matériaux comme les objets, ça ne coûte rien et ça profite à tous.

9 la nature Fait bien les choses

Rien de tel que de laisser les équilibres naturels prendre soin de votre jardin.

10 les bonnes choses prennent du temps

Le jardinier économe ne sera pas pressé, il aura la patience de regarder pousser son œuvre au fil des saisons.

connaitre son terrain

ou comment économiser du temps et de l’argent

Terre argileuse, craquelée par la sécheresse estivale en l’absence de paillis ou de couvre-sol.

L'état des lieux

Choisir des végétaux adaptés aux conditions de culture est le meilleur moyen de limiter les pertes et d’obtenir des plantations saines, prolifiques, nécessitant peu d’entretien, permettant d’économiser votre temps et votre argent. L’idée étant de construire avec son terrain, et non contre lui.

Tout projet de plantation commencera donc par une phase d’observation et la réalisation d’un état des lieux pour composer au mieux avec ce qui est déjà présent, tout en rêvant à ce qui pourrait être. Promenez-vous au fil des saisons, regardez le paysage environnant, prenez conscience des points forts de votre propriété, comme des arbres, la présence d’eau, un relief vallonné, de belles pierres ou des murets, et de ses contraintes, par exemple des vis-à-vis, la présence de plantes « invasives » ou envahissantes…

Intéressez-vous aux caractéristiques environnementales du terrain : la topographie, la nature du sol (pH, acide ou calcaire, sec ou humide, argileux ou sablonneux, profond ou superficiel), le climat (ensoleillement, précipitations, chaleur, gel hivernal), l’exposition au soleil et aux vents, les végétaux qui y poussent spontanément, etc.

H Tout d’abord, la nature du sol influencera le choix des espèces à privilégier : une plante de rocaille pourrira en terrain humide, une autre dite « de terre de bruyère » ne se développera pas en terre calcaire, une terre argileuse et lourde n’accueillera pas les mêmes plantes qu’un sol sableux… Si l’observation à l’œil nu permet dans un premier temps de collecter quelques informations, l’idéal est de pousser plus loin les mesures en utilisant un kit d’analyse de terre (vendu en jardinerie) sur plusieurs carottages réalisés en différents endroits. En effet, la nature du sol peut varier d’une partie à l’autre de votre terrain, il est donc intéressant de tester différentes zones du jardin. Notez aussi que, même si l’on peut éventuellement améliorer le substrat grâce à l’ajout de sable, de compost ou de terreau spécialisé, il reste préférable d’adapter vos plantations au terrain existant.

DAstuce : aidez-vous de la végétation spontanée qui pousse, car les plantes bio-indicatrices vous renseignent sur le milieu. Pour les découvrir, différents ouvrages existent, par exemple L’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales, de Gérard Ducerf, Éd. Promonature.

H Le climat dominant, bien qu’en train de changer et appelé à évoluer, est évidemment en corrélation directe avec les conditions de culture des végétaux. En climat maritime comme continental, observez les températures estivales et hivernales, les vents dominants, les embruns, les gelées, les épisodes neigeux ou les canicules prolongées… Vous pourrez ainsi choisir au mieux les végétaux aimant la chaleur, résistant au froid, supportant l’humidité ou la sécheresse, appréciant de grandes différences saisonnières ou non, devant affronter les frimas hivernaux ou les conditions venteuses…

H L’exposition du jardin quant à elle, et en particulier celle de chaque massif, déterminera le lieu de plantation. Repérez les points cardinaux, la course du soleil et les zones d’ombre et de lumière, sachant qu’il existe des variations saisonnières. Placez les plantes aimant l’ombre au nord ou sous les arbres, celles nécessitant soleil et chaleur en zone dégagée, plutôt côté sud.

La végétation indigène

On définit les plantes indigènes comme celles originaires d’un territoire donné, car elles y sont présentes naturellement, sans intervention des hommes. De ce fait, elles sont adaptées à leur environnement et vivent en harmonie avec les autres espèces animales et végétales.

Elles s’invitent dans nos jardins lorsque l’on ne les chasse pas, elles y apportent leur beauté sauvage, demandent moins d’entretien, et souvent moins d’arrosage, que des plantes horticoles.

Ainsi, lorsque vous songez aux plantations pour votre terrain, commencez donc par apprécier la végétation déjà présente : couvre-sols, fleurs, lianes, haies, arbustes ou arbres se trouvant spontanément sur place constituent vos premiers trésors pour un jardin durable… et à moindres frais !

Il est vrai que l’on n’est pas toujours un expert naturaliste capable de recenser les espèces typiques de sa région. Heureusement, il existe de nombreux livres bien documentés sur la flore européenne (Guide Delachaux des fleurs de France et d’Europe, collectif, Delachaux & Niestlé, Flore complète portative de la France, de la Suisse et de la Belgique, Gaston Bonnier et Georges de Layens, Belin, etc.) ainsi que des applications de reconnaissance très faciles d’utilisation (ObsIdentify, Pl@ntNet, etc.), sans compter les publications des associations pour la protection de la nature près de chez vous (Office français de la biodiversité, France Nature Environnement, Natagora en Belgique, Pro Natura en Suisse, BirdLife, etc.). Vous pourrez donc jouer au Sherlock Holmes botaniste, loupe et calepin à la main, sur la piste de vos joyaux sauvages. Bien sûr, comme tout bon enquêteur, il faudra prendre le temps nécessaire aux observations, et en particulier au rythme des saisons : les floraisons printanières ou estivales, les baies automnales, les feuillages caducs ou persistants, les écorces décoratives, les couvre-sols tapissants… La patience est la qualité sine qua non de l’enquêteur comme du jardinier.

Une fois cet inventaire réalisé, l’idée est de mettre ces sauvageonnes en valeur et d’en ajouter davantage. Pour ce faire, le moyen le plus facile et le moins onéreux reste la multiplication. Vous pourrez par exemple laisser les fleurs monter en graine et se ressemer à leur gré, ou récolter quelques graines

Ail des ours en fleur (Allium ursinum), butiné par une osmie collectant le pollen sur ses pattes arrière.

Cardamine des prés (Cardamine pratensis)

Fleur de coucou ou primevère officinale (Primula veris) et, en arrière-plan, ficaire fausse-renoncule (Ficaria verna)

Myosotis
Achillée millefeuille (Achillea millefolium)

pour les semer ailleurs dans le jardin. En ce qui concerne les végétaux ligneux, vous pourrez les bouturer ou les marcotter, avant de les replanter lorsqu’ils auront grandi (voir Multiplier les plantes ou comment obtenir plus sans rien dépenser, page 22 pour les techniques de multiplication). Vous bénéficierez ainsi de plantes « gratuites » et adaptées, profitant à la faune locale et à la biodiversité, tout en nécessitant souvent très peu ou pas d’entretien (voir Entretien zéro tracas ou comment faire moins et laisser la nature travailler, page 72). Que demander de mieux ?

Par contre, si vous n’avez pas la chance d’accueillir dès le départ une telle végétation, ou si vous souhaitez l’enrichir sans trop d’efforts, sachez que des pépinières de plantes sauvages existent afin de répondre tant à un besoin de restauration de la biodiversité des espaces exploités par l’homme qu’à la tendance des jardins « au naturel ». Vous pourrez vous y procurer des espèces régionales et bénéficier de précieux conseils. Notez aussi que les communes, soucieuses de favoriser la flore locale, offrent parfois des arbres ou arbustes indigènes à l’occasion de « fêtes nature », n’hésitez pas à vous renseigner.

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"Le jardin économe" de Stéphanie Dessy - Extrait by Éditions du Rouergue - Issuu