SOCIÉTÉ
LA FABRIQUE DES FOLLES
ENQUÊTE
E
VICTOIRE RADENNE LORENA CANOTTIERE
n 1972, en pleine deuxième vague du féminisme, la professeure de psychologie Phyllis Chesler, figure du mouvement, publiait aux États-Unis un premier livre au destin de best-seller. Écoulé à plus de deux millions d’exemplaires, Women and Madness (Les Femmes et la Folie) proposait une relecture complète de stigmates qui prospéraient depuis l’Antiquité. Certes, les patientes représentent une part importante des malades mentaux, médicamentés ou hospitalisés, constatait l’écrivaine, mais « qui décide que ces femmes sont folles ? ». « Pourquoi les thérapeutes ont-ils le pouvoir de considérer une femme comme malade lorsqu’elle s’affirme sur le plan sexuel, économique ou intellectuel ? Pourquoi les femmes sont-elles pathologisées lorsqu’elles manifestent une réaction humaine normale face aux abus et au stress, y compris celui, permanent, lié à leur statut de citoyennes de seconde zone ? » interrogeait-elle. En France, les hôpitaux psychiatriques, mais aussi les tribunaux judiciaires et les cabinets médicaux, restent imprégnés de préjugés misogynes. Il a fallu attendre un renouveau du mouvement pour les droits des femmes, dans les années 2020, pour que les questions pionnières de Phyllis Chesler resurgissent avec force. De la part de chercheurs et d’essayistes, mais aussi d’avocates et de citoyennes, qui ne tolèrent plus que plane sur les femmes un soupçon permanent de folie.
43
44
SOCIÉTÉ
45
46
SOCIÉTÉ
47
48
SOCIÉTÉ
* Le prénom a été changé. 49
* Le prénom a été changé. 50
SOCIÉTÉ
51
52
1. « DIAGNOSED PREVALENCE OF EHLERS-DANLOS SYNDROME AND HYPERMOBILITY SPECTRUM DISORDER IN WALES, UK », J. DEMMLER , M. ATKINSON, E.REINHOLD, E CHOY, R LYONS, S. BROPHY, 2019.
SOCIÉTÉ
53
54 D’APRÈS ICONOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE DE LA SALPÊTRIÈRE, 1879-1880.
SOCIÉTÉ
55
56
D’APRÈS LA NATURE, N°"294, 18/01/1879.
D’APRÈS ICONOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE DE LA SALPÊTRIÈRE, 1879-1880.
SOCIÉTÉ
57
58
D’APRÈS ICONOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE DE LA SALPÊTRIÈRE, 1879-1880, GRAVURES ANONYMES.
D’APRÈS ICONOGRAPHIE PHOTOGRAPHIQUE DE LA SALPÊTRIÈRE, 1879-1880, CARTE POSTALE.
SOCIÉTÉ
* Selon une étude portée sur les archives méd*cales frança*ses, suisses et bel,es. 59
60
SOCIÉTÉ
61
62
SOCIÉTÉ
63
64
SOCIÉTÉ
65
66
VIC.OIRE RADENNE, LORENA CANOT.IERE
SOCIÉTÉ
67
EN SAVOIR +
L A L E ÇO N D E
C H A R COT
Tableau clinique
Peint en 1887 par l’artiste André Brouillet, Une leçon clinique à la Salpêtrière embrasse dans une scène fictive, bien que très inspirée du réel, un moment de l’histoire de la médecine et de nombreux protagonistes.
EN SAVOIR +
À la fin du XIXe siècle, le neurologue Jean-Martin Charcot délivre en public à la Salpêtrière, à Paris, des cours de médecine si populaires qu’ils deviennent un spectacle mondain. Objets de fascination : les patients - et surtout les patientes diagnostiqués « hystériques ». L’obsession de l’hystérie
Pionnier de l’étude du système nerveux, Charcot fait des « hystériques » son sujet phare. Le terme, aujourd’hui très décrié, amalgame des symptômes divers : convulsions, dissociation, paralysies, etc. Amateurs de dessin et de photo, Charcot et ses assistants immortalisent les « postures » des malades, comme « l’arc de cercle » représenté au mur.
Neurologues et badauds
Les étudiants de Charcot composent une partie de l’audience exclusivement masculine, à l’instar de Georges Gilles de La Tourette, qui donnera son nom à une maladie se manifestant par des tics. S’y mêlent des journalistes, romanciers, poètes ou politiques, venus comme au théâtre.
Avant le divan
Charcot cherche à l’hystérie une origine neurologique. Sigmund Freud, son élève à cette période, explorera des causes traumatiques et des traitements fondés sur la parole. Le tableau d’André Brouillet, décliné en lithographies, décorera le bureau du fondateur de la psychanalyse.
EN SAVOIR +
EN SAVOIR +
Un spectacle hypnotique
À lire
Tous les yeux sont tournés vers un Charcot héroïsé, à la fois éminence scientifique et metteur en scène : par l’hypnose, le professeur prétendait plonger les malades dans un état de crise pour analyser leurs symptômes. Selon le médecin, l’hystérie pouvait toucher aussi certains hommes, mais ce sont les femmes, exhibées inconscientes, qui offraient à leurs dépens le clou du spectacle.
«"Aliénées"»
En retrait se tient une infirmière de l’hospice où ces malades étaient internées. Charcot prône « l’importance capitale de l’isolement », malgré une fréquente « forte opposition de la part de [leur] mère ».
Le Bal des folles, de Victoria Mas. Un roman court et dense sur les «!aliénées!» de la Salpêtrière, une communauté hétéroclite de femmes soudées face à la violence des hommes. [Éd. Albin Michel, 2019]
Marie Wittman Surnommée Blanche, elle est la patiente la plus célèbre de Charcot. L’adolescente aurait été victime de violences sexuelles et de «!crises!» qui lui vaudront d’être enfermée. Devenue assistante en radiologie, elle aurait ensuite subi des amputations dues aux radiations. Sa légende est nourrie par les œuvres de fiction qu’elle a inspirées.
© ALBERT LONDE, VERS 1880.
À écouter Les Fantômes de l’hystérie, histoire d’une parole confisquée, de Pauline Chanu. Une série documentaire sur le parcours d’un mot et de ses applications misogynes, de l’Antiquité à nos jours. [France Culture, 4x57 min, 2023]
Un maître de l’illusion ?
« Que certains malades aient été des acteurs, qu’il y ait eu tromperie de la part de collaborateurs de Charcot, c’est malheureusement vrai », estimait en 2012 Roger Teyssou, membre de la Société française d’histoire de la médecine, dans une interview au journal Le Monde.
EN SAVOIR +
Texte Alexia Eychenne
EN SAVOIR +
Mon vrai nom est Elisabeth, d’Adèle Yon. L’autrice revisite l’histoire de son arrièregrand-mère internée, «!traitée!» aux électrochocs et lobotomisée pour ne pas s’être pliée aux normes de son temps. [Éd. du Sous-sol, 2025]