RADIO FRANCE
ÉDITION SPÉCIALE
LA REVUE DESSINÉE
BIG PHaRMa finance lobbys
ILS NOUS RUINENT La SaNTÉ
ÉDITION SPÉCIALE
P
DESSIN BIANCA BAGNARELLI
On retrouve son trait en couverture du New Yorker ou d’ouvrages des éditions anglaises Penguin. La dessinatrice italienne, au terrain de jeu international, a aussi illustré des textes de Kazuo Ishiguro pour Faber et de Chimamanda Ngozi Adichie pour Einaudi. Son recueil de contes en bande dessinée Étranges Créatures est paru en 2026 chez Gallimard Jeunesse.
rintemps 2020. Tous les soirs, des applaudissements nourris se font entendre à 20 heures précises, un peu partout en France. Un hommage improvisé au personnel soignant, en première ligne face au Covid-19. À l’époque, la santé est au cœur de toutes les préoccupations, du moindre logement confiné jusqu’au plus haut sommet de l’État. « Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre État providence… ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux », avait déclaré Emmanuel Macron lors d’une allocution à la nation dès le 12 mars, quelques jours avant de décréter le premier confinement. Six ans plus tard, il ne reste pas grand-chose de cette unité nationale et des promesses présidentielles d’en tirer « toutes les leçons [et d’en sortir] avec un système de santé encore plus fort ». Si l’état exsangue de l’hôpital ne peut plus être ignoré, peu a été fait pour y remédier, et les enjeux financiers ont vite repris la priorité sur la santé publique. Un constat qui revient souvent au fil des enquêtes que mènent au quotidien la cellule investigation de Radio France et La Revue Dessinée. Nos deux rédactions ont donc décidé de s’associer pour cette édition spéciale consacrée à ceux qui nous ruinent la santé. Ici, ce sont les groupes pharmaceutiques qui se soucient peu de voir leur appât du gain créer des pénuries de médicaments. Là, les objectifs de rentabilité des institutions médicales qui pressurisent le personnel et les patients. Ailleurs encore, les lobbys industriels qui manœuvrent pour faire prospérer leur business, malgré les risques liés à leurs produits. Des logiques similaires, et une seule victime : notre santé à toutes et à tous. L A R E V U E D E S S I N É E /! L A C E L L U L E I N V E S T I G AT I O N D E R A D I O F R A N C E
sommaire Ils nous ruinent la santé
38 Comme un poison dans l’eau
4 La bourse OU la vie
L’eau en bouteille contaminée par des bactéries, celle du robinet par des polluants éternels... Le bien vital par excellence est source de nombreux scandales. ANne-laure barral Marie dupiN Valentine delussy
78 mauvais traitement
Des usines fermées, des pharmacies sans stocks, des délocalisations pour réduire les coûts : enquête sur les pénuries de médicaments.
Pendant des années, des patientes traitées à l’Androcur n’ont pas été informées du risque de développer des tumeurs invalidantes.
BENOÎT COLLombat Fabien Roché
Laetitia cherel ALexandra petit
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EN COMPLÉMENT Une pilule plus dure à avaler
EN COMPLÉMENT À la recherche des polluants inconnus
EN COMPLÉMENT La revue qui irrite BIG PHaRMa
DS LE POI BYS B D ES L O
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28 Marchands d’illusions
capital santé
Les antidépresseurs, cas d’école du lobbying pharmaceutique.
L’enquête sur le suicide d’un praticien ternit l’image de l’Hôpital américain de Paris, prisé des stars et des chefs d’État. Stéphane pair Yann le bec
benoît collombat ROZENN Le saint Damien cuvillier
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152 Poussées à bout L’accouchement à l’hôpital a sauvé des vies. Mais en limitant certains risques, en a-t-on créé d’autres ? De la juste place de la médecine en salle de naissance. EMManuelle michel Manon mugnier
À votre santé ! Des politiques très attentifs aux intérêts des alcooliers. Géraldine Hallot Jean-christophe mazurie
100 fausse note L’agroindustrie européenne défend son bout de gras. GÉraldine HalLOT THibaut SOULCIÉ
140 écrans de fumée
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EN COMPLÉMENT Le public en carence de soins
EN COMPLÉMENT Distance d’insécurité
Les entreprises de la tech ont l’école en ligne de mire. Marie Dupin ALICE chemama
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BENOÎT
FA B I E N
CO L LO M B AT
ROCHÉ
ENQUÊTE
DESSIN
La bourse ou la vie Alerte enlèvement : chaque mois, des centaines de médicaments s’avèrent introuvables dans les pharmacies et à l’hôpital. Pour des millions de malades, ces disparitions inquiétantes font courir un risque vital. Au fil des interrogatoires, des guichets des officines aux usines de production, notre détective tente de démasquer les coupables. Son enquête révèle un crime presque parfait, où se mêlent tensions géopolitiques, stratégies industrielles délétères et quête effrénée du profit.
MÉDICAMENTS
* Dans un reportage diffusé dans l'émission « C dans l'air », sur France 5, le 15 juin 2023. 5
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MÉDICAMENTS
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MÉDICAMENTS
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MÉDICAMENTS
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MÉDICAMENTS
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* Propos recueillis en septembre 2023. 14
MÉDICAMENTS
* Comité économique des produits de santé. ** Plus de 90 000 euros en 2023. 15
* 8,14 milliards d'euros de l'époque. 16
MÉDICAMENTS
* Référence au Gilead de la série La Servante écarlate, adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood. 17
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MÉDICAMENTS
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MÉDICAMENTS
* La mise en production d’une usine de fabrication des principes actifs du paracétamol est annoncée pour 2027 à Toulouse. 21
* D'après l'enquête de « Cash Investigation » Pénuries de médicaments : les labos font-ils la loi ? 2025. 22
MÉDICAMENTS
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* Assistance publique-Hôpitaux de Paris.
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MÉDICAMENTS
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EN COMPLÉMENT
Une pilule plus dure à avaler D’une part, l’Union européenne court après certains médicaments usuels devenus rares sur son territoire. De l’autre, les grands groupes pharmaceutiques se refont une santé. Le verre se vide d’un côté quand il se remplit de l’autre.
70 %
490 EUROS
C’est le montant moyen par an et par habitant de la consommation de médicaments en France, en 2023. Selon les données de l’Assurance maladie, cela fait pour les assurés français une moyenne de quarante et une boîtes de médicaments par an, un chiffre très disparate selon les catégories d’âge : une par mois pour les moins de 18 ans, dix par mois pour les plus de 80 ans.
STOCK EN OPTION Entre 2017 et 2022, le nombre de déclarations de rupture de stock envoyées par les laboratoires à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a presque quadruplé, passant de 425 à 1 621. S’il a baissé depuis, il reste supérieur à 1 000.
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Le nombre de pénuries critiques de médicaments (c’est-à-dire ceux ne pouvant être remplacés par aucun médicament de substitution) signalées entre janvier 2022 et octobre 2024 par les pays de l’Union européenne.
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C’est la part des substances actives des médicaments consommés dans l’Union européenne et produites en Asie, selon le cabinet Iqvia. L’Union dépend totalement de ce continent pour les antalgiques courants, comme le paracétamol et l’ibuprofène, et à 80 % pour d’autres médicaments en pénurie critique tels l’amoxicilline, un antibiotique, ou le salbutamol, utilisé contre l’asthme.
CONCURRENCE DÉLOYALE En moyenne, les coûts de production des médicaments dans l’Union européenne sont 20 à 40 % plus élevés qu’en Asie, ce qui a contribué à la délocalisation d’une part importante de l’industrie pharmaceutique et à une dépendance vis-à-vis de ce continent.
TOP 5
1 607 Sources : Pénuries critiques de médicaments, rapport spécial 19/2025, Cour des comptes européenne ; Bilan économique, édition 2024, Leem ; The top 20 pharma companies by 2024 revenue, Fierce Pharma.
MILLIARDS D’EUROS
La France occupait la cinquième position sur ce marché, en 2023, avec 2,9 % du chiffre d’affaires mondial. Les États-Unis dominent amplement ce classement avec 44,4 %, devant la Chine (7 %), le Japon (4 %) et l’Allemagne (4 %).
C’est le montant du chiffre d’affaires mondial du marché du médicament, en 2023. En hausse continue depuis plus de dix ans, il devrait toujours croître et approcher les 2 200 milliards en 2028.
20 %
C’est la part du chiffre d’affaires mondial que se partagent les cinq premières entreprises pharmaceutiques mondiales.
SOUS LE SIGNE DU CANCER Avec un chiffre d’affaires estimé à 440 milliards de dollars, l’oncologie (ou cancérologie) devrait être de loin l’aire thérapeutique principale du marché du médicament en 2028, devant l’immunologie (192 milliards), le diabète (184 milliards) et les maladies cardiovasculaires (126 milliards).
LES DIX PREMIÈRES ENTREPRISES PHARMACEUTIQUES MONDIALES EN 2024 Chiffres d’affaires en milliards de dollars
1 Johnson et Johnson (États-Unis) 88,8 2 Roche (Suisse) 65,3 3 Merck & Co (États-Unis) 64,2 4 Pfizer (États-Unis) 63,6 5 AbbVie (États-Unis) 56,3 6 AstraZeneca (Royaume-Uni) 54,1 7 Novartis (Suisse) 50,3 8 Bristol-Myers Squibb (États-Unis) 48,3 9 Eli Lilly (États-Unis) 45 10 Sanofi (France) 41,1
DESSINS line hachem
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LE POIDS DES LOBBYS
marchands d’illusion Fini émotions négatives, anxiété et dépression… À grand renfort de lobbying, l’industrie pharmaceutique est parvenue à faire avaler la fable d’une solution miracle qui tiendrait dans un comprimé. benoît collombat et Rozenn Le saint damien cuvillier
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ANTIDÉPRESSEURS
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ANTIDÉPRESSEURS
* Sous les noms de Deroxat en France et de Paxil aux États-Unis. 31
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ANTIDÉPRESSEURS
* Des études menées par GSK dès les années 2000 ainsi que des études indépendantes. 33
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ANTIDÉPRESSEURS
* L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), devenue depuis l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).Elle n’a pas répondu à nos questions. 35
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ANTIDÉPRESSEURS
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ANNE-LAURE
MARIE
VA L E N T I N E
BARRAL
DUPIN
D E L U S SY
ENQUÊTE
ENQUÊTE
DESSIN
comme un poison dans l’eau L’eau du robinet ? Sûre et économique, promettaient les autorités sanitaires, avant qu’une série de prélèvements y révèle la présence de polluants éternels. L’eau en bouteille ? « Pure », « riche en minéraux », « adaptée à tous », juraient les industriels, jusqu’à la mise en cause de plusieurs d’entre eux pour des nappes polluées et le recours à des filtres interdits. Ces dernières années, en France, une série de scandales menacent l’accès à l’eau potable, bien vital par excellence.
POLLUTION
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* Rebaptisé « Ici » depuis novembre 2024. 40
POLLUTION
* Selon Santé publique France. 41
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* « 1 045 000 raisons de dire non !» ; « Eau sale, sales marchés ! » 46
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* Propos recueillis en septembre 2024. 47
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* Responsable de maladies pouvant aller de la gastro-entérite au syndrome hémolytique et urémique (SHU). 54
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* Le Coderst, conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. 59
* Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
* Cette autorisation s’appuie sur un « avis favorable reservé » rendu par l’ARS quelques semaines plus tôt. 62
POLLUTION
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EN COMPLÉMENT
À la recherche des polluants inconnus Alors que l’état des connaissances scientifiques sur les PFAS progresse timidement et que la vigilance s’étend à d’autres molécules, chercheurs et militants s’inquiètent d’un possible « effet cocktail ».
P
FOA, PFOS, PFHxS… Depuis janvier 2026, les collectivités locales doivent contrôler la présence dans l’eau de vingt polluants éternels. Mais l’Anses a déjà annoncé qu’il faudra bientôt en ajouter cinq, comme le TFA, car la surveillance évolue au fur et à mesure des connaissances sur leur toxicité. Nitrates, pesticides, solvants, microplastiques, résidus de médicaments : outre les PFAS, des centaines de molécules sont à surveiller dans l’eau des captages qui alimentent les usines de traitement ou arrivent directement chez les habitants. Là, l’eau n’est traitée que pour éliminer d’éventuelles bactéries, qui rendraient immédiatement malades les consommateurs. Pour les polluants chimiques surveillés, il est moins question d’intoxication immédiate que d’une exposition chronique à de petites quantités tolérées. À partir de quel taux n’est-il plus acceptable de boire ces molécules ? Sachant que l’on boit deux litres d’eau par jour, un seuil sanitaire est déterminé à partir d’expériences scientifiques sur des cellules, des animaux, voire des personnes exposées. Il est susceptible d’évoluer en fonction de nouvelles études. Mais ces calculs se font molécule par molécule. Quels effets ont les PFAS quand nous en buvons un « cocktail » ? Des études tentent
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OUTRE LES PFAS, DES CENTAINES DE MOLÉCULES SONT À SURVEILLER DANS L’EAU DES CAPTAGES de le déterminer, mais ces analyses ressemblent à un puits sans fond : les chimistes ont déjà identifié 3 000 PFAS qui, dans l’environnement, peuvent se recombiner en millions d’autres molécules. À chaque fois, il faut des années de recherches pour connaître leurs risques. Les chercheurs commencent à bien caractériser la toxicité et l’effet de perturbateur endocrinien d’une petite centaine d’entre elles seulement. En parallèle, des ONG comme Générations futures publient des cartes des analyses obligatoires depuis 2026 pour informer le grand public. Une transparence salutaire qu’il faudra étendre un jour aux rejets dans l’air et dans les sols. TEXTE ANne-Laure Barral • DESSIN Astrid Amadieu
Ça coule de source « L’accès à l’eau ne fait pas partie des droits de l’homme. Il devrait être privatisé. » Cette citation pullule sur Internet, attribuée à Peter Brabeck. L’ancien PDG de Nestlé ne l’a en réalité jamais prononcée, mais elle illustre l’esprit de propos qu’il a tenus en 2005 dans un documentaire autrichien, We Feed the World. Le marché de la faim. « La question est de savoir s’il faut privatiser la gestion de l’eau, déclaraitil dans ce film réalisé par Erwin Wagenhofer. Deux visions s’opposent. La première, que je considère comme extrême, est portée par certaines ONG :
selon elles, l’accès à l’eau devrait relever d’un service nationalisé et garanti à toute personne. C’est, à mes yeux, une position radicale. L’autre perspective considère que l’eau est une denrée alimentaire et qu’à ce titre elle doit avoir une valeur marchande. Donner un prix à une ressource permet à chacun de comprendre qu’elle n’est pas illimitée et qu’elle a un coût. » Même si Peter Brabeck a quitté Nestlé en 2017, la controverse sur ces propos perdure. Témoin du débat qu’ils ont suscité et de l’embarras de Nestlé, le groupe assure encore aujourd’hui sur son site Internet que ces mots ont été « sortis de leur contexte ». MaRIE DUPIN
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LE POIDS DES LOBBYS
À votre santé ! Pour protéger leurs intérêts financiers, les producteurs de vin, de bière et de spiritueux distillent leurs éléments de langage auprès des politiques de tous bords. Et c’est la prévention qui trinque. géraldine Hallot jean-christophe mazurie
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* Selon l’Observatoire français des drogues et tendances addictives. 77
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mauvais traitement ÀUn l’instar Chapodu DE Mediator, 500 signesantidiabétique jaune avance utilisé comme coupe-faim, des lentement dans le brouillardmédicaments laiteux et contre le cancer de la prostate ou Le surchauffé de cette fin d’après midi d’été. l’hyperpilosité trafic s’écoule ont souslongtemps la canicule,été se prescrits disperse pour d’autres usages : contraception, et se répand dans les mille recoins de endométriose... comme ils ont Budapest. La Et ville piétinele etMediator, les enfants assiègent les marchands de glace.Malgré La voiture provoqué un scandale sanitaire. des passe loin, tourne surà les grands ou alertes, lesaupatients traités l’Androcur boulevards, longe similaires une avenue et débouche à des molécules n’ont pas été sur le pont du Elisabeth. dans leune vide, informés risque Suspendu de développer acrobate au fil des ans etles de victimes, l’eau qui tumeur invalidante. Pour passent, le monument en essentiellement des traverse femmes,le le fleuve calvaire une enjambée médical se prolonge devant les tribunaux.
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* L'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), devenue depuis l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Elle n'a pas répondu à nos questions. 89
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ANDROCUR
* La Cnam justifie ce délai par le « respect de la durée de conservation des données imposé par la Cnil ». « Cela n’avait aucun intérêt médical, ajoute-t-elle, et n’a pas été souhaité car après une année d’arrêt du traitement le risque régresse. » 91
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* Date de la première alerte de pharmacovigilance émise. 94
ANDROCUR
* Les laboratoires doivent payer 97 % de la somme, le médecin lui ayant prescrit le médicament 2 %, son pharmacien 1 %. La justice civile statue uniquement sur la reconnaissance d'un dommage en vue de l'accord d'une compensation financière. 95
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EN COMPLÉMENT
La revue qui irrite BIG PHaRMa Farouchement indépendante face aux géants du secteur pharmaceutique, Prescrire a fait de l’éthique sa ligne éditoriale depuis les années 1980. Revue médicale d’un genre nouveau, elle a œuvré à la mise au jour des scandales sanitaires de notre époque.
L
ancée en janvier 1981 par Gilles et Danielle Bardelay, respectivement médecin généraliste et inspectrice des pharmacies, Prescrire détonne dans le paysage de la santé. Propriété de Mieux prescrire, une association à but non lucratif, cette revue mensuelle (papier et numérique) est aujourd’hui financée à 90 % par ses 21 000 abonnés – principalement issus du monde médical – et à 10 % par son activité d’organisme de formation à destination des médecins, des pharmaciens et des étudiants. Avant la création de Prescrire, les publications et les formations médicales étaient financées par les firmes du médicament, tandis que les notices du dictionnaire Vidal, la bible des médecins, s’apparentaient plus à des fiches publicitaires. C’est en réaction à ce tableau peu indépendant que s’est construite la revue. Elle a bénéficié à ses débuts d’une subvention du ministère de la Santé, qui a progressivement baissé pour s’arrêter en 1993.
La force du collectif Aujourd’hui, sa rédaction compte une centaine de personnes, essentiellement des professionnels du monde de la santé, épaulés par une sociologue et une historienne. Chaque article (qui fait l’objet d’une signature collective « Prescrire ») est le fruit d’un long travail collaboratif incluant une relecture en bout de
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CHAQUE RÉDACTEUR DOIT RESPECTER LA CHARTE QUI PROHIBE TOUT LIEN AVEC LES FIRMES PHARMACEUTIQUES
chaîne par des abonnés et des experts du sujet. Avec deux mots d’ordre : indépendance et éthique. Pas de publicité, ni de sponsor. Chaque rédacteur doit respecter la charte « Non merci », qui prohibe tout lien d’intérêt avec les firmes pharmaceutiques. Fidèle à son objectif, « aider les soignants à mieux soigner », la revue publie régulièrement une liste de « médicaments plus dangereux qu’utiles ». C’est par exemple en lisant Prescrire, qui évoque le sujet dès 1997, que la pn e um olog ue Irè n e Fra ch on pre n d conscience des effets nocifs du Mediator, l’antidiabétique prescrit comme coupe-faim, avant de devenir une lanceuse d’alerte emblématique. Autre exemple : en 2005, la revue met en garde contre le Di-Antalvic, un antidouleur finalement retiré du marché.
Le poids de la plume « Nous ne sommes ni pour ni contre les firmes, nous sommes pour la qualité des soins », déclare Gilles Bardelay au procès Mediator, le 9 octobre 2019. Clin d’œil de l’histoire, dès 1977, il alertait avec son épouse sur ce médicament, qui a fait de nombreux morts, sous le pseudonyme de docteur James Larnaque… dans la revue Pratiques, ancêtre de Prescrire. « Nous avons régulièrement des droits de réponse plus ou moins formalisés, mais les procès sont rarissimes », explique Pierre Chirac, responsable de rubrique qui a été neuf ans directeur de publication. La dernière firme qui a saisi la justice est Astellas Pharma en 2009. Le journal avait notamment alerté sur les risques de cancer entraînés par l’utilisation d’une pommade pour la peau. Le laboratoire dénonçait « le caractère erroné, voire mensonger » de ces critiques et réclamait 10 000 euros de dommages et intérêts. Il a été débouté en 2011. En revanche, souligne Pierre Chirac, « Servier, habituellement très procédurier, ne nous a fait aucun procès au sujet de nos articles sur le Mediator ». TEXTE BENOÎT COLLOMBAT • DESSIN NICOLaS DEWIT
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LE POIDS DES LOBBYS
fausse note
hOMMAgE À SUPERdUPONt, UN PERSONNagE DE GOTLIB Et LOb.
Vous reprendrez bien un peu de sucre, de sel et d’acides gras saturés ? En prenant leurs quartiers à Bruxelles, les commis de l’agroindustrie ont tué dans l’œuf le Nutri-Score européen. Un label qui vous voulait du bien. Géraldine Hallot Thibaut soulcié
* Aussi appelée « de la ferme à la fourchette », traduction de son nom anglais. 100
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* Propos recueillis début 2025. 106
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* Interrogée à ce sujet, la Commission européenne n’a pas répondu à nos questions. 108
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* Application collaborative de notation des produits alimentaires et cosmétiques. 110
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Capital santé Des moyens hors de portée du système de santé public et des prestations dignes d’un palace, telle est la promesse faite à ses clients par l’Hôpital américain de Paris, un établissement privé financé par des grands patrons. Mais à quel prix ? L’enquête sur le suicide d’un anesthésiste renommé révèle une autre histoire, faite de pression financière, de management brutal et de souffrance au travail. De quoi entacher la réputation de la clinique fétiche des stars.
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* Paru aux éditions Belin en 2014. 116
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* Réunion régulière de l'équipe médicale pour discuter des dossiers des patients. 133
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* Gérard Friedlander a quitté ce poste en 2024. 136
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* Une plainte avec constitution de partie civile permet à la victime d'une infraction de passer outre un classement sans suite et de saisir un juge d'instruction pour qu'il ouvre une information judiciaire. 137
EN COMPLÉMENT
Le public en carence de soins Malgré les promesses post-Covid, l’hôpital souffre de sous-investissements chroniques qui mettent à mal le système de santé. Et alimentent le renoncement aux soins des patients qui ne peuvent se tourner vers le privé.
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ai 2020. La France sort de son premier confinement et Olivier Véran, d’un conseil des ministres encore largement consacré au Covid-19. Lors d’un point presse, le ministre de la Santé annonce un « renouveau » du système de soins, une vaste réforme pour soulager en premier lieu les difficultés de l’hôpital public, reprenant un engagement
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d’Emmanuel Macron. Deux mois plus tard, trente-trois mesures émergent, inspirées des demandes des partenaires sociaux lors du « Ségur de la santé » et assorties de chèques importants : 19 milliards d’euros pour améliorer la prise en charge des patients et « le quotidien des soignants », 8,2 milliards pour augmenter les salaires, bien en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE, 15 000 recru-
tements à l’hôpital public… « Je vous ai compris », promet en substance aux soignants le neurologue passé en politique. Le ministre s’engage à tout faire pour attirer et garder les médecins dans le public, par exemple en plafonnant la rémunération des « mercenaires de l’intérim ». Pour améliorer l’accès aux soins, notamment face aux épidémies saisonnières, les établissements retrouveraient la possibilité d’ouvrir 4 000 lits « à la demande ». Les investissements seraient relancés pour en finir avec les pénuries de brancards, chariots ou pousse-seringues, et « déconcentrés » pour coller au mieux aux besoins. La très décriée tarification à l’activité (T2A), qui pousse les hôpitaux à faire du volume pour obtenir des fonds au détriment de la qualité des soins, serait aussi revue.
Des symptômes d’hypertension Mais six ans plus tard, les promesses n’ont pas eu les résultats escomptés. Plus d’un million de professionnels de santé ont effectivement vu leur fiche de paie augmenter. En mars 2022, une commission d’enquête parlementaire jugeait l’ampleur de cette revalorisation « sans précédent », mais aussi très insuffisante face à l’ampleur de la crise : les départs de soignants ne se sont pas taris et la « perte de sens » est toujours forte parmi eux. Face au mal-être, la commission suggérait alors d’instaurer des ratios maximaux de patients par soignant, piste à ce jour restée
lettre morte, et de rompre enfin avec la tarification à l’acte. Avec comme un air de déjà-vu. Par ailleurs, les hôpitaux publics peinent toujours à assurer les soins. Chaque année, une centaine d’entre eux se déclarent « en tension » ou activent dans l’urgence un « plan blanc », submergés par le flux des patients, faute de lits ou de personnel. En janvier 2025, le Samu-Urgences de France (SUdF), un syndicat de médecine d’urgence, s’étonnait que ces dispositifs soient devenus routiniers face à des épidémies pourtant prévisibles, comme la grippe. Et ce, malgré la garantie donnée en 2020 de permettre aux établissements de mieux affronter les pics d’activité. D’après un sondage du LES DISPOSTITIFS syndicat auprès d’une cenD’URGENCE taine d ’hôpitaux quasi SONT DEVENUS exclusivement publics, près ROUTINIERS FACE d’un tiers avaient déclaré des À DES ÉPIDÉMIES événements indésirables PRÉVISIBLES g raves co n sé cutif s à la surtension dans les services. À la même période, la Fédération hospitalière de France (FHF) estimait, elle, que plus de la moitié des patients des hôpitaux avaient du mal à s’y faire soigner, notamment aux urgences, compte tenu des délais d’attente. « L’hôpital public a besoin d’un soutien accru pour amplifier ses efforts et éviter un retour en arrière, voire une situation plus dégradée qu’à la veille du Covid vu l’aggravation des finances hospitalières », plaidait ce regroupement d’hôpitaux. Sous peine de voir les patients renoncer à des soins ou, pour ceux qui en ont les moyens, se tourner vers le privé. TEXTE Alexia EYCHENNE • DESSIN Bianca bagnarelli
LE POIDS DES LOBBYS
écrans de fumée Malgré les dangers potentiels de leurs outils sur les enfants, les entreprises technologiques tissent leur toile autour de l’école et des pouvoirs publics, peu prompts à prononcer des mesures d’interdiction. marie dupin alice chemama
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* Une proposition de loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans été adoptée par les députés en janvier 2026. 143
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* Propos recueillis en juin 2025. 145
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poussées à bout Dans les années 1950, les accouchements à l’hôpital deviennent pour la première fois en France plus nombreux que les naissances à la maison. Au nom de la lutte contre la douleur, de la réduction des risques, mais aussi d’une forme de rationalisation, la péridurale se généralise, les césariennes se multiplient. Patientes et soignants dénoncent aujourd’hui des excès. Le débat en cours pose la question du juste niveau d’intervention des médecins pour garantir à la fois la sécurité et le libre choix des patientes.
ACCOUCHEMENT
* Fin 2025, une dixième maison de naissance était en phase d'expérimentation. Deux maisons supplémentaires sont en projet pour 2026. 153
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ACCOUCHEMENT
* Selon un sondage Ipsos commandé en 2020 par le Collectif des maisons de naissance. 155
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1. «!PREVALENCE, EVOLUTION, AND PREDICTIVE FACTORS OF SYMPTOMS OF POSTPARTUM POSTTRAUMATIC STRESS DISORDER IN A FRENCH-SPEAKING COHORT!», JOURNAL OF MIDWIFERY & WOMEN’S HEALTH, SARRA BEN-HASSINE, MARGAUX CHABBERT, PATRICK ROZENBERG, JAQUELINE WENDLAND (2022). 2. ENQUÊTE NATIONALE PÉRINATALE 2021, INSERM. 3. ENQUÊTE NATIONALE CONFIDENTIELLE SUR LES MORTS MATERNELLES, 2016-2018, INSERM.
1. ENQUÊTE NATIONALE PÉRINATALE 2021, INSERM.
ACCOUCHEMENT
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*Enfants morts avant l’âge de 1 an. 158
ACCOUCHEMENT
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ACCOUCHEMENT
* Dans La Naissance en Occident (Éd. Albin Michel, 2004). ** Dans Accouchement, les femmes méritent mieux (Éd. Michalon, 2018). 161
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1. DRESS, 2022.
* Aujourd’hui Haut Conseil de la santé publique. 164
ACCOUCHEMENT
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*Elle est également responsable scientifique des enquêtes nationales périnatales.
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1. ENQUÊTE NATIONALE PRÉNATALE, 2021.
* Au contraire, l’oxytocine administrée après le travail, une fois l’accouchement effectué, est un moyen reconnu de prévention des risques d'hémorragie du post-partum. 178
* Le taux d’épisiotomies est passé de 20,1 % en 2016 à 8,3 % en 2021, d’après l’Enquête nationale périnatale.
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ACCOUCHEMENT
EN COMPLÉMENT
distance d’insécurité Accoucher sans risques, est-ce donner naissance le plus près possible de chez soi ou dans une grande structure mieux à même de gérer les complications ? Alors que le nombre de maternités chute depuis trente ans, deux visions s’affrontent.
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Q
ui veut gagner 1 000 euros en accouchant à Saint-Amand-Montrond ? Sachant sa maternité en sursis, le conseil municipal de cette ville du Cher a proposé des bons d’achat aux femmes qui donneraient naissance à leur bébé sur sa commune plutôt qu’à Bourges ou Montluçon, dans un plus gros hôpital. La sous-préfecture, 9 000 habitants, voit sa population décroître depuis les années 1980. Moins de 300 accouchements ont désormais lieu chaque année, sous le seuil fixé par la loi pour autoriser le maintien d’une maternité. Celle de Saint-Amand-Montrond fait partie de la vingtaine de lieux de naissance qui disposent d’une dérogation précaire. Décrié par des syndicats de soignants, le coup de com a ravivé un débat récurrent sur le sort de ces maternités menacées de fermeture. « Pro » et « anti » s’affrontent au nom d’un même argument : la sécurité des femmes et des bébés, alors que les décès maternels stagnent et que la mortalité infantile repart à la hausse en France. En 2023, le pays comptait 457 maternités, trois fois moins qu’en 1975. Deux phénomènes ont fait chuter leur nombre : une baisse des naissances au cours de la dernière décennie, et l’imposition de normes de sécurité plus strictes qui a provoqué la concentration des maternités. Plus du tiers (37 %) accueille désormais au moins 1 500 accouchements par an, contre 13 % en 1996. Seuls 5 % prennent en charge moins de 300 naissances, pour la plupart en zones rurales ou montagnardes : Ardèche, Aveyron, Corrèze, Dordogne, Savoie, Corse… En mai 2025, des députés qui ont souvent ferraillé en personne contre la disparition d’une maternité ont adopté un moratoire de trois ans sur la clôture des activités d’obstétrique. « Il n’est pas acceptable d’éloigner les femmes de leur lieu d’accouchement », a
plaidé Paul-André Colombani, EN 2023, LA député Liot de Haute-Corse. FRANCE COMPTAIT TROIS FOIS MOINS « C’est prendre le risque de laisser une femme accoucher DE MATERNITÉS loin, seule, sans recours », QU’EN 1975
arguait la députée réunionnaise Karine Lebon (Gauche républicaine et démocrate). D’après Murielle Lepvraud, députée LFI des Côtes-d’Armor, des naissances ont eu lieu dans des voitures depuis que la maternité de Guingamp renvoie les accouchements vers Saint-Brieuc, faute de praticiens.
La lutte enfantée Un mois plus tard, une tribune dans Les Échos taxait pourtant l’initiative de « moratoire de la honte ». Le vote bafouerait « l’évidence scientifique et médicale », selon ce texte cosigné par Yves Ville, chef du service maternité de l’hôpital Necker, à Paris. Comme deux ans plus tôt dans un rapport pour l’Académie de médecine, le professeur affirme qu’avec moins de 1 000 accouchements par an les établissements « ne peuvent pas garantir de manière pérenne la présence d’équipes obstétricales, anesthésiques et pédiatriques qualifiées », ce qui augmenterait les risques pour les mères et les enfants. Ses préconisations, qui s’appuient sur des études de l’Inserm et de la Société française de néonatologie, évitent le terme inflammable de « fermetures », mais prônent un « regroupement » des services en dessous de 1 000 accouchements par an, ce qui revient au même : les « petites » maternités n’assureraient plus que le suivi avant et après la naissance. Des syndicats de médecins soulèvent aussi le risque que les soignants ne sachent plus gérer les complications graves si les équipes pratiquent moins d’un accouchement par jour. Les députés ont prévu dans leur proposition de loi de rendre obligatoire une formation continue aux urgences obstétriques dans toutes les maternités, mais leur texte attend toujours d’être examiné par le Sénat. TEXTE ALEXIa EYCHENNE • DESSIN ASTRId Amadieu
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Les coulisses des enquêtes
Sources d’inspiration
e C o m mo n is o p un ea u dans l’
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«
À l’automne 2023, un lanceur d’alerte qui sait que je m’intéresse aux enjeux de santé environnementale me remet un compte rendu de décision interministérielle daté de février de la même année. Le gouvernement d’Élisabeth Borne y autorise Nestlé à utiliser, pour la production de ses eaux minérales naturelles, des dispositifs de filtration pourtant expressément interdits. Ce document est mon point de départ ; mon premier article paraît en janvier 2024, j’en écrirai vingt-huit. Au fur et à mesure de l’enquête, le problème central émerge : ce ne sont pas les traitements mis en place par l’entreprise, mais la qualité de la ressource elle-même. Les eaux exploitées pour Perrier, Vittel ou Hépar sont contaminées. Nestlé va pourtant concentrer toute sa communication MON PREMIER sur la fonction prétendument ARTICLE PARAÎT protectrice des filtres utilisés, EN JANVIER 2024, en occultant simultanément leur J’EN ÉCRIRAI inefficacité et la contamination VINGT-HUIT des sources. En enquêtant, je mesure aussi l’ampleur du lobbying exercé par la multinationale et son cabinet Brunswick sur les préfectures, les agences sanitaires et même l’exécutif. Non seulement Nestlé obtient des dérogations substantielles, mais ses éléments de langage, affirmant l’absence de risque sanitaire, sont repris par les ministres lors de leurs auditions devant la commission d’enquête du Sénat, malgré le constat contraire de toutes les administrations, jusqu’au directeur général de la santé. En dépit de nos révélations et de la fermeture de plusieurs captages, Nestlé conserve encore aujourd’hui pour ses eaux l’appellation d’eau minérale naturelle. Marie Dupin
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Des dessous très privés
«
l Capita é t n sa
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En novembre 2020, un médecin contacte la cellule investigation de Radio France. L’homme est extrêmement prudent au téléphone : « Nous serons plusieurs », précise-t-il en me fixant un rendez-vous en soirée. Quelques jours plus tard, six médecins chevronnés me retrouvent à la radio, la mine grave, pour dénoncer les circonstances qui ont mené au suicide, huit mois plus tôt, de leur confrère et ami Emmanuel Marret. Ils me décrivent une direction obnubilée par les revenus, un personnel soignant sous pression ainsi qu’un management de plus en plus toxique, dont leur collègue aurait été la victime. Ils veulent se confier à un journaliste pour dénoncer la gouvernance de l’hôpital, qui fuit à leurs yeux ses responsabilités, mais craignent que l’affaire ne soit étouffée par son puissant réseau d’influence capable, selon eux,
de faire taire la plupart des médias privés. L’accusation, un brin complotiste, ne me convainc pas sur le moment. Cinq ans plus tard, au fil d’une enquête à tiroirs, ces soupçons se sont confirmés. Un quotidien, des magazines, des chaînes de télévision n’ont pas souhaité laisser leurs journalistes investiguer ou publier des informations sur les coulisses de « l’Américain », et notamment sur les circonstances NOS de ce suicide. INTERLOCUTEURS Le président NE PARLENT QUE du conseil des D’ARGENT ET gouverneurs DU BUSINESS de l’Hôpital DE LA SANTÉ américain, Stéphane Roussel, également président de la fondation Canal + et ancien membre du directoire de Vivendi, déclinera notre interview… L’un de ses spin doctors, d’une agence de communication de crise qu’il partage avec Vincent Bolloré, nous répète que l’Américain est une organisation « à but non lucratif » qui ne vise pas à s’enrichir ni à être un outil d’influence de plus au service de la galaxie Bolloré. Pourtant, tout au long de notre enquête, nos interlocuteurs ne parlent que d’argent et du business de la santé. Le rapport sur les risques psychosociaux que nous avons consulté montre comment l’obsession de la rentabilité a rejailli sur le personnel et a détérioré la considération pour les patients. « À l’Américain, le patient est un business et rien d’autre », ose même un médecin qui y a exercé pendant plus de trente ans. Stéphane pair
sous tension
Écrans e é d e fu m
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«
Tout est parti d’un flot de messages. Médecins, enseignants, associations, parents : tous me disent qu’ils tentent depuis des années de faire passer un message de santé publique sur les risques liés à la surexposition des enfants aux écrans. Mais invariablement, des experts les contrent dans les médias ou sur les réseaux sociaux avec un discours rassurant. Ces pratiques me rappellent celles utilisées dans les années 1980-1990 par le lobby du tabac : stratégie du doute, mise en avant de la responsabilité individuelle, contestation des preuves scientifiques… À mesure que mon enquête progresse, les tentatives d’influence se multiplient. La chercheuse Séverine Erhel contacte des responsables éditoriaux de Radio France pour tenter de discréditer mon travail. Après parution, elle demande un droit de réponse, de même que le chercheur Franck Ramus. Leurs À MESURE QUE textes ne respectent pas les critères MON ENQUÊTE juridiques qui encadrent ce PROGRESSE, dispositif : ils les publient sur leurs LES TENTATIVES blogs ou réseaux sociaux. D’INFLUENCE SE Séverine Erhel saisit le Conseil de MULTIPLIENT déontologie journalistique et de médiation (CDJM), qui donne raison à la cellule investigation, estimant à l’unanimité que la saisine était infondée, que notre enquête respecte les exigences d’exactitude et de rectification, et repose sur des faits établis. Mais ces réactions montrent combien enquêter sur les liens entre recherche publique, industrie et risques sanitaires expose à des pressions et à des tentatives de disqualification. Elles nous rappellent l’impérieuse nécessité d’examiner et de rendre visibles les liens d’intérêt dès lors qu’il est question de santé publique, afin que les lecteurs et les auditeurs puissent comprendre d’où chacun parle. Marie Dupin
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À LIRE
LA CASSE DU SIÈCLE. À PROPOS DES RÉFORMES DE L’HÔPITAL PUBLIC, de Pierre-André Juven, Frédéric Pierru et Fanny Vincent. Des couloirs surchargés de brancards, des soignants en sous-effectif et régulièrement en burn-out… L’hôpital public semble englué dans une crise sans fin, liée au manque chronique de moyens, auquel la pandémie de Covid-19 a servi de révélateur. Comment en est-on arrivé là ? Pour le comprendre, trois sociologues spécialistes de la santé remontent le fil des réformes successives qui ont abouti à l’impasse actuelle. En toile de fond, le déferlement du « nouveau management public », avec ses indicateurs de rentabilité et sa vision techniciste de la médecine, au détriment des relations humaines pourtant au cœur du travail de soin. Moins attendu, les auteurs retracent aussi l’histoire des politiques dont l’hôpital a pâti et qui ont fait de cette institution le centre de gravité du système de soins, de formation et de recherche. Cette position l’oblige aujourd’hui à combler aussi bien les manquements de la médecine de ville que ceux des cliniques privées. Un livre récompensé en 2020 par le prix de la revue Prescrire (Éd. Raisons d’agir, 2019).
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Chantage sur ordonnance. Comment les labos vident les caisses de la Sécu, de Rozenn Le Saint. Cette enquête documentée plonge dans la sphère d’influence de Big Pharma pour révéler comment l’État du « quoi qu’il en coûte » s’est soumis à une industrie de plus en plus puissante. Quitte à mettre les citoyens en danger (Éd. du Seuil, 2023).
Excel m’a tuer. L’hôpital fracassé, de Bernard Granger. L’ancien responsable du service de psychiatrie de l’hôpital Cochin, à Paris, livre une charge contre la bureaucratie, la politique du chiffre et la « rationalisation » de l’activité hospitalière. Au fil des pages, il expose les conséquences parfois graves de ces stratégies (Éd. Odile Jacob, 2022).
Combien coûtent nos vies ? Enquête sur les politiques du médicament, de Pauline Londeix et Jérôme Martin. Contrairement à un adage répandu, la santé a bel et bien un prix. Comment garantir alors le droit à la santé ? Les cofondateurs du regretté Observatoire de la transparence dans la politique du médicament déroulent leur analyse et nous livrent leurs suggestions pour y parvenir (Éd. 10/18, 2022).
Cocktail toxique. Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau, de Barbara Demeneix. Les polluants ont des conséquences néfastes sur nos facultés neurologiques. Face à ce constat, la directrice de recherche au CNRS propose des solutions individuelles et collectives pour s’en prémunir (Éd. Odile Jacob, 2017).
Faire sans. Les pénuries de médicaments qui menacent notre santé, de Clémence Marque. La multiplication des ruptures d’approvisionnement de médicaments rend notre système de santé dépendant d’autres États. Une ancienne professionnelle de l’industrie pharmaceutique avance des pistes pour retrouver une souveraineté sanitaire (Éd. Actes Sud, 2026).
Mediator, UN CRIME CHIMIQUEMENT PUR, d’Irène Frachon, Giacometti et François Duprat. En 2007, la pneumologue coautrice de cette bande dessinée recense des atteintes cardiaques inexpliquées chez des patients, tous traités au désormais tristement célèbre médicament coupe-faim (Éd. Delcourt, 2023).
L’information en bande dessinée
LA RÉFÉRENCE DU JOURNALISME EN BANDE DESSINÉE UNE REVUE TRIMESTRIELLE
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2026
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À VOIR 120 BATTEMENTS PAR MINUTE, de Robin Campillo. Au début des années 1990, les infections au VIH progressent en France mais suscitent dans la société un mélange d’indifférence et de tabou. Créée en 1989, l’association Act Up-Paris s’engage dans la bataille pour la prévention et les traitements. Ses militants débattent : faut-il privilégier des discussions avec l’industrie pharmaceutique et les autorités, sur qui reposent les espoirs d’avancées thérapeutiques ? Ou radicaliser le combat, s’ériger contre le mépris et l’inaction ? Slogans chocs, envahissement de sièges sociaux, « die in », faux sang jeté au visage des institutionnels lors de happenings mémorables… Pour affronter l’État et les laboratoires, Act Up-Paris invente un répertoire d’actions. Le film, très largement inspiré de faits réels et récompensé du grand prix à Cannes, porte aussi à l’écran la soif de vivre d’une génération confrontée à une menace mortelle. Beaucoup de militants, inexorablement rattrapés par la maladie, ne survivront pas à une lutte qui inspirera d’autres mouvements sociaux (143 min, 2017).
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Opioïdes, business et addiction, de Paul Moreira. En près de trente ans, les surdoses d’opioïdes auraient causé 700 000 morts aux ÉtatsUnis. Cette enquête en deux volets révèle comment l’industrie pharmaceutique a rendu des millions de patients accros aux antidouleurs (France 5, 2 x 52 min, 2025).
À sec : la grande soif des multinationales, d’Alexander Abdelilah, Jörg Daniel Hissen et Robert Schmidt. De Danone à Nestlé Waters, les grandes multinationales de l’eau en bouteille accentuent leur pression sur les nappes phréatiques, malgré des niveaux d’eaux souterraines souvent alarmants (52 min, 2021).
Erin Brockovich, seule contre tous, de Steven Soderbergh. Dans ce film culte inspiré de faits réels, une mère célibataire au chômage, jouée par Julia Roberts, révèle un scandale de rejets toxiques dans l’eau potable (131 min, 2000).
Dark Waters, de Todd Haynes. Alerté par un éleveur de VirginieOccidentale dont le troupeau dépérit, Robert Bilott, un avocat d’affaires, découvre que l’industriel DuPont contamine l’eau par
des rejets de PFOA, un polluant éternel. Le combat d’un lanceur d’alerte incarné par Mark Ruffalo (126 min, 2019).
Madame Hofmann, de Sébastien Lifshitz. Le documentariste suit les derniers mois de carrière d’une infirmière de l’hôpital Nord de Marseille. L’issue d’une course effrénée de quarante ans à encaisser l’urgence, la douleur et la mort (104 min, 2023).
À la vie, d’Aude Pépin. Chantal Birman, sagefemme pendant cinquante ans en SeineSaint-Denis, revient sur son parcours et ses luttes au service des femmes et des mères, à rebours de l’industrialisation de l’accouchement à l’œuvre dans certaines maternités (78 min, 2021).
À écouter Polluants chimiques : un danger éternel ? Des néonicotinoïdes aux microplastiques, ces substances à la dangerosité avérée nous sont devenues indispensables. Un toxicologue et une épidémiologiste débattent des implications de cette dépendance (« La Science, CQFD », France Culture, 58 min, 2025).
Airbags Takata • Eaux en bouteille et laits infantiles Nestlé • Paradise Papers, Cum Cum : ces milliards qui échappent au fisc • Les archives inédites de l’abbé Pierre • Trafics de pesticides • Business de Tony Parker • Dopage dans le cyclisme • Suicides à l’École vétérinaire • L’insaisissable escroc aux sentiments • Affaire Sarkozy-Kadhafi • Assistants parlementaires du Modem et du Rassemblement national • Comptes de campagne de Jean-Luc Mélenchon • Ségolène Royal, ambassadrice des Pôles • McKinsey et la campagne d’Emmanuel Macron • Les affaires de Dominique de Villepin en Chine • Portraits de milliardaires : Bernard Arnault, Vincent Bolloré, Xavier Niel, Rodolphe Saadé, Pierre-Édouard Stérin... • La face cachée des multinationales : TikTok, Shein, Castel, Sanofi • Carnet du peintre David spolié par les nazis…
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le diagnostic de BESSE
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La BOURSE OU La VIE
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Mauvais traitement
MÉDICAMENTS
POLLUTION
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LE POIDS DES LOBBYS
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