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L'Oise picarde. Patrimoines d'un territoire rural

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IMAGES DU PATRIMOINE

IMAGES DU PATRIMOINE

IMAGES DU PATRIMOINE

L’OISE PICARDE

L’OISE PICARDE

L’OISE PICARDE

PATRIMOINES D’UN TERRITOIRE RURAL

PATRIMOINES D’UN TERRITOIRE RURAL

PATRIMOINES D’UN TERRITOIRE RURAL

HAUTS-DE-FRANCE

HAUTS-DE-FRANCE

HAUTS-DE-FRANCE

Préface

Dans l’Oise, les Hauts-de-France donnent à voir un patrimoine à la fois discret et insigne, où la géographie des plateaux et des vallées, travaillée par le temps long des sociétés humaines, a façonné un territoire d’une exceptionnelle profondeur historique, puisqu’il est occupé et aménagé depuis l’Antiquité.

La ruralité, ferment d’identité du territoire régional, s’exprime pleinement dans un territoire comme l’Oise picarde, où se lisent avec une particulière acuité la continuité des paysages, l’organisation des villages, les formes de l’habitat et les équilibres entre sociétés humaines et milieux. En choisissant d’y concentrer son attention, l’Inventaire général éclaire un territoire dont l’apparente simplicité révèle l’une des clés de lecture les plus fines de l’histoire et de la géographie de l’Oise.

Étudier un tel territoire, c’est s’inscrire dans une tradition intellectuelle forte, à la suite des travaux fondateurs d’Albert Demangeon, de Pierre Goubert ou de Robert Fossier. Ces chercheurs ont appris à regarder les paysages, les structures rurales et les sociétés paysannes comme des révélateurs essentiels de l’histoire des hommes et des mentalités. Le travail présenté dans cet ouvrage s’inscrit dans cette filiation : il invite à arpenter une géographie sensible et une histoire incarnée, où le patrimoine devient une clé de compréhension du réel.

C’est précisément la mission du Service régional de l’Inventaire du patrimoine culturel. Héritier de l’Inventaire général créé en 1964 à l’initiative d’André Chastel et d’André Malraux, il a pour vocation de recenser, d’étudier et de faire connaître les éléments du patrimoine présentant un intérêt culturel, historique ou scientifique. Compétence confiée aux Régions depuis 2004, il constitue aujourd’hui un outil structurant de la politique culturelle régionale, inscrit dans un cadre scientifique national et mis en œuvre au plus près des territoires.

Dans les Hauts-de-France, le Service régional de l’Inventaire joue un rôle essentiel dans la connaissance et la valorisation d’un bien commun : le patrimoine culturel. Par la rigueur de ses méthodes et la qualité scientifique des études menées, par l’attention portée aussi bien au patrimoine monumental qu’aux formes les plus modestes, il contribue à constituer un socle partagé de connaissances, indispensable à la conservation et à la transmission. En s’attachant tout particulièrement aux territoires ruraux, il met en œuvre un principe d’équité territoriale auquel notre collectivité régionale est profondément attachée.

L’étude de l’Oise picarde illustre pleinement cette ambition. Elle montre combien des paysages de grandes cultures, parfois perçus comme ordinaires, portent un patrimoine à part entière. Les sols, les ressources locales, les formes d’habitat et les volumes bâtis racontent une adaptation constante aux milieux, aux contraintes économiques et aux évolutions sociales. En révélant ces logiques, l’Inventaire éclaire le présent et contribue à une meilleure reconnaissance de ces territoires.

À l’heure où la ruralité, la cohésion sociale et les transitions territoriales sont au cœur des débats, ce travail de longue haleine prend une résonance toute particulière. Le patrimoine culturel est en effet à la fois un facteur de qualité du cadre de vie, d’attractivité et de rayonnement, et un puissant vecteur de cohésion et de citoyenneté.

En publiant cet ouvrage dans les collections nationales de l’Inventaire général du patrimoine culturel, la Région Hauts-de-France réaffirme son attachement à une connaissance exigeante, partagée et accessible du patrimoine, et sa volonté d’en faire un moteur du dialogue et du rayonnement culturel régional.

Xavier Bertrand, Président de la Région Hauts-de-France

François Decoster, Vice-président en charge de la culture, du patrimoine, des langues régionales et des relations internationales

Mady Dorchies, Conseillère régionale déléguée à l’Inventaire général du patrimoine culturel

Le Mesnil-Saint-Firmin, église SaintFirmin, verrière : scènes de la vie du Christ, atelier Latteux-Bazin, seconde moitié du xixe siècle.

Introduction

Situé entre Amiens et Beauvais, le territoire que couvrent les cinquantedeux communes de la Communauté de Communes de l’Oise picarde (CCOP) est un espace rural au cœur du plateau picard, dans la partie septentrionale du département de l’Oise. Cette entité administrative créée en 2017 rassemble presque la totalité de trois anciens cantons : ceux de Breteuil et de Froissy ainsi que celui de Crèvecœur-le-Grand, à l’exclusion de ce chef-lieu et de huit communes. La commune d’Oroër, la plus au sud de ce territoire, a quant à elle été rattachée à l’ancien canton de Nivillers. En 2022, l’Oise picarde comptait 20 939 habitants dont 4 189 résidant à Breteuil, son chef-lieu. Sa surface s’étend sur 395,60 kilomètres carrés, pour une densité de population de 53 habitants au kilomètre carré.

L’église de Vendeuil-Caply et son cimetière vus depuis l’ouest.

Pour Robert Fossier, le haut Moyen Âge est « la phase capitale du peuplement picard, avec la christianisation de ces villages ». La tradition attribue en effet à saint Lucien, évêque de Beauvais, l’évangélisation du Beauvaisis à partir du iiie siècle. Son nom est cité sur une inscription moderne, placée sur la façade occidentale de l’église d’Oursel-Maison, indiquant qu’il aurait prêché en ce lieu. L’édifice serait l’un des trois premiers créés dans le Beauvaisis. À Breteuil, un lieu de culte aurait été installé aux premiers temps du christianisme autour de l’église Saint-Cyr et Sainte-Julitte. Si les origines mérovingiennes de l’abbaye d’Oroër, fondée par saint Évrost à la fin du vie siècle, sont largement relayées par l’historiographie locale, celles de l’abbaye de Breteuil sont plus incertaines.

Outre la christianisation, la période comprise entre le iiie et le xe siècle est marquée par des déplacements et des regroupements de populations. Parallèlement, le nombre des noyaux d’habitat a diminué. Cette évolution est due à des périodes de troubles et d’insécurité liées notamment à d’importants mouvements de populations venues d’Europe de l’Est, qualifiés par la tradition historiographique d’« invasions barbares ».

Ils auraient alors conduit à l’abandon de nombreuses villae et de sites comme celui de Vendeuil-Caply. L’agglomération antique est en effet peu à peu désertée au cours du ve siècle, et la population se déplace en périphérie. Des fouilles menées aux lieux-dits les Marmousets et le Clos de Vendeuil (autour de l’église) ont mis au jour des sarcophages mérovingiens. D’autres nécropoles de cette période ont été identifiées sur le territoire, comme celles de Paillart ou de Cormeilles, à l’emplacement du cimetière actuel de ces communes.

La tradition historiographique rapporte qu’à partir du ixe siècle et jusqu’au milieu du xe siècle le Beauvaisis a subi des raids normands. Certains villages auraient été totalement détruits puis déplacés : celui d’Hardivillers se trouvait ainsi, à l’origine, autour d’un monastère sous le vocable de saint Pierre, à l’emplacement de l’actuel cimetière.

Les cadres de la féodalité (xe-xiiie siècle)

Entre le xe et le xiiie siècle, les cadres de la féodalité se mettent en place, ce qui implique un important morcellement des pouvoirs. Outre la faible correspondance entre la localisation des villae repérées par les prospections aériennes de Roger Agache et François Vasselle et les villages actuels, le nombre des noyaux de peuplement se réduit par rapport à la période antique, et la population se rassemble dans les villages. Il faut toutefois imaginer que les agglomérations étaient plus nombreuses qu’aujourd’hui. La carte de Cassini – la première carte topographique de la France, réalisée au milieu du xviiie siècle – permet en effet de mesurer le recul du nombre des hameaux, qui s’est principalement opéré à partir de l’exode rural dans le dernier quart du xixe siècle.

Dès les xe et xie siècles, des mottes castrales dont les traces sont encore visibles aujourd’hui (Bonneuil-les-Eaux, Conteville, Paillart, Beauvoir ou Breteuil) matérialisent les nouvelles formes de pouvoir en place et assurent une protection à la population. C’est à cette période que l’implantation des villages telle qu’on la connaît s’amorce et que le tissu

bâti s’étend autour des pôles structurants que sont l’église, le château ou le domaine seigneurial (manoir laïc ou ferme ecclésiastique). Ce mode d’habitat, groupé en villages, a perduré jusqu’à nos jours. Il serait également lié à une exploitation des terres fondée sur l’assolement triennal : une sole réservée au méteil (mélange de blé et de seigle), une deuxième aux cultures de printemps (notamment l’orge ou l’avoine pour nourrir les chevaux), une dernière laissée en jachère (permettant le pâturage de nombreux troupeaux de moutons appartenant principalement aux abbayes). Pour plusieurs historiens dont Pierre Goubert, la forme des villages picards, caractérisée par une forte concentration du bâti et de la population, serait ainsi liée à la discipline collective que ce type d’agriculture implique : des plaines agricoles sans haie ni clôture, interrompues le moins possible par le tissu bâti, une délimitation stricte de l’espace habité du village et de l’espace cultivé, matérialisée notamment par les sentiers des tours de ville. Ces derniers marquent la frontière entre les cultures et les courtils qui comprennent les pâtures, les vergers et les potagers à l’arrière des habitations.

Détail de la carte de Cassini (1757) : Breteuil et ses environs (IGN).

Des patrimoines en images

Tartigny, intérieur du pigeonnier du château (inscrit au titre des monuments historiques).

La structuration d’un territoire Les formes des villages et leur milieu d’implantation

Les villages prennent différentes formes selon leur situation géographique. Trois types d’implantation répondent ainsi à trois types de paysages : plateaux, vallées sèches et vallées humides. Les villages de plateaux sont les plus nombreux. Entourés de vastes cultures, ils prennent le plus souvent la forme de villages-rues : l’habitat est aligné le long d’un axe unique. Le parcellaire, très serré, est constitué de fines lanières nommées « trinquettes » en picard. Cette organisation pourrait remonter à l’époque médiévale, lors de la mise en place de l’assolement triennal qui exigeait une rationalisation de l’espace afin de consacrer le maximum de terres aux cultures.

Le Crocq, vue aérienne vers le nord. Au Crocq, la rue s’élargit au cœur du village pour laisser place à des espaces verts incluant place publique plantée et mare communale. La mairieécole et d’anciens commerces leur font face. L’église est également située à proximité. La présence de larges bandes enherbées le long de la voie principale est beaucoup plus systématique dans les villages de Picardie Verte, situés plus à l’ouest. Ces espaces collectifs entre la chaussée et les habitations sont nommés « flégeards » dans le nord de la France. Une configuration similaire se retrouve dans les villages voisins de Doméliers, Viefvillers et Le Gallet.

Sérévillers, vue aérienne vers l’ouest. À Sérévillers, la position de l’église, à l’écart des habitations, s’expliquerait par le déplacement de la population à la suite de l’invasion des troupes espagnoles en 1636 : le village initialement établi autour de l’église est détruit et reconstruit à son emplacement actuel, un peu plus au nord-ouest.

La Hérelle, vue aérienne vers le nord-ouest.

L’axe principal du village s’étire le long d’un vallon. Une rue bifurque à l’est vers l’église et son cimetière.

Un peu plus loin, au centre de l’image, un second axe se hisse sur le versant ouest.

Les villages de vallées sèches sont lovés au creux d’un « fond » où coulait autrefois un cours d’eau, comme le rappelle par exemple le toponyme de Bonneuil-les-Eaux, qui fait référence à la présence de sources au moins jusqu’au xviie siècle. Leur plan épouse les aspérités topographiques de leur environnement.

Troussencourt, vue aérienne vers le nord.

Certains villages, comme Bucamps ou Troussencourt, sont implantés au point de rencontre de plusieurs vallées. Leurs axes principaux suivent le tracé des vallons et leurs intersections forment alors une croix ou une étoile.

À Troussencourt, la rue Roger-Mention, au premier plan, marque l’entrée sud du village et suit le tracé du Fond du Moulin. Au centre de l’agglomération, elle rencontre la Grande-Rue, établie dans le creux de la Vallée Yvon à l’ouest (à gauche de l’image).

La partie nord du village, à l’arrièreplan, se hisse sur une partie du Blanc Mont, versant abrupt constitué de rideaux et de bosquets.

La structuration d’un territoire Croix et calvaires, repères spatiaux de la piété

Les entrées de villages sont matérialisées par des croix de chemin. Parfois placées à l’intersection de la rue et du tour de ville, elles s’inscrivent le plus souvent dans un parcours de processions liturgiques. Véritables repères spatiaux, elles ont pu être érigées en mémoire d’une personne (croix de la NeuveRue à Maisoncelle-Tuilerie), d’une mission (croix élevée à la suite du passage d’un missionnaire) ou d’une prière exaucée (croix du domaine de Malmaison à Bonneuil-les-Eaux). Les plus anciennes, comme la croix de la rue de la Ville à Thieux, matérialisée sur un plan terrier du xviie siècle, ont le plus souvent été remplacées au xixe siècle, bien que leur datation précise soit difficile à établir faute de sources. Ce sont les travaux des bénévoles de l’Association pour la connaissance et la conservation des calvaires et croix du Beauvaisis qui ont permis de les recenser.

Maisoncelle-Tuilerie, croix de chemin à l’entrée nord de la Neuve-Rue. Cette croix de chemin à fleurons en fer forgé marque le début du chemin du tour de ville. D’après les registres paroissiaux, elle a été bénie le 8 juillet 1781 en mémoire de Jean Lesobre, laboureur et marchand de fruits dans le village. Il se peut toutefois qu’elle ait été remplacée au xixe siècle.

Reuil-sur-Brêche, piédestal d’une croix figurant une Mise au tombeau du Christ. D’autres croix de chemin occupent une position plus centrale dans le village. À Reuil-sur-Brêche, la croix de la rue de la Chaussée, ancienne voie romaine, est ainsi appuyée contre la façade d’une maison, probablement à la suite de son déplacement. Son piédestal, malheureusement en mauvais état, est orné d’un bas-relief figurant la Mise au tombeau du Christ, datant du xviie ou du xviiie siècle.

Catheux, calvaire, 1822. Ce calvaire a été érigé en 1822 sur un promontoire au cœur du village, à l’emplacement d’une ancienne motte castrale. Volées dans les années 1970, les statues de la Vierge et de saint Jean ont été remplacées par des anges lors de la restauration du monument en 2025. Une seule autre commune de l’Oise picarde, La Neuville-Saint-Pierre, conserve dans son espace public un calvaire, élevé dans la seconde moitié du xixe siècle.

Sainte-Eusoye, croix de chemin. Sur le cadastre de 1809, une croix marque déjà l’entrée occidentale du village de Sainte-Eusoye. Celle qui est visible aujourd’hui est signée « LUPART », un atelier de fonderie d’art amiénois actif dans la seconde moitié du xixe siècle. Elle reprend un modèle de fabrication industrielle très répandu en Picardie à cette époque (on le retrouve à Cormeilles, Esquennoy, Villers-Vicomte, etc.) : un tronc constitué de fuseaux de fonte, à mi-hauteur une niche abritant une statuette de la Vierge, des fleurons à l’extrémité des bras de la croix.

Farivillers (commune de Saint-AndréFarivillers), croix de chemin. Cette croix de chemin, dite « croix Bailly », est implantée à l’extérieur du village, au bord de la route entre Hédencourt et le moulin de BoisRenault. Érigée au cours du xixe siècle, elle se distingue par la richesse de son décor, composé de volutes, de cœurs et de trèfles, et par le soin apporté au travail de ferronnerie. Non signée, elle se rapproche d’autres croix visibles dans des villages de l’Oise picarde, comme celle du cimetière d’Esquennoy.

Le patrimoine religieux Les

traces du premier maillage paroissial (xe -xiie siècle)

L’architecture des églises rurales est difficile à dater. Dans la plupart des cas, l’édifice aujourd’hui visible est le résultat de campagnes successives d’agrandissement, de reconstructions et de rénovations. Pour les périodes les plus anciennes, les propositions de datation reposent principalement sur l’analyse des maçonneries. En croisant ces observations in situ avec les rares sources et travaux historiques disponibles, on peut établir que les vestiges les plus anciens remontent aux xe et xie siècles (certaines parties des églises d’Oroër, Vendeuil-Caply ou Oursel-Maison). Le chevet de l’église de Conteville, la chapelle Saint-Cyr et SainteJulitte de Breteuil (qui correspond au chœur du premier lieu de culte britulien) et le clocher de celle de Croissy se rattachent stylistiquement à l’architecture romane un peu plus tardive du xiie siècle.

Oroër, église Saint-Martin, vue depuis le nord-est.

Au vie siècle, un monastère mérovingien est fondé par saint Évrost à Oroër, dont le nom même évoque la présence d’un oratoire. Au siècle suivant, une communauté féminine s’installe près du tombeau du saint avant d’abandonner le site en raison des incursions normandes au ixe siècle. L’édifice actuel aurait été construit entre la fin du xve et le début du xvie siècle sur les fondations de cette abbaye et d’une première église élevée au xie siècle. Son plan consiste en une nef à vaisseau unique prolongée par un chœur polygonal en pierre de taille. Un clocher polygonal se dresse sur la dernière travée de la nef. Des restaurations importantes (maçonnerie, toiture, charpente et sols) se sont achevées en 2011.

Oroër, église Saint-Martin, détail de l’élévation nord. Sa partie la plus ancienne, datée du xie siècle, est un pan de mur en silex de l’élévation nord qui présente une mise en œuvre en arêtes de poisson (opus spicatum). Elle correspond certainement à l’église édifiée au xie siècle après le départ de la communauté monastique en raison des raids normands, au ixe siècle.

Vendeuil-Caply, église Saint-Martin, vue générale depuis le nord et détail de l’élévation nord.

La première église de VendeuilCaply est certainement érigée grâce au réemploi de pierres de l’ancien site gallo-romain. La présence de maçonneries de moellons et d’ouvertures en plein cintre pour la nef, comme celle qui a été percée dans l’élévation nord, pourrait être l’indice d’une construction entre le xe et le xie siècle. Au xiiie siècle, la nef est fortement remaniée et le chœur réédifié. Une tour de clocher est érigée à l’entrée occidentale au xvie siècle. Comprenant quatre niveaux séparés par des larmiers, elle est épaulée par deux contreforts sur chacun de ses côtés. Les deux chapelles latérales, dont l’une est visible sur la photographie, sont construites à la même période.

Croissy-sur-Celle, église Saint-Léger, vue depuis l’ouest.

Vétuste et sous-dimensionnée, l’église de Croissy-sur-Celle est reconstruite par l’architecte amiénois Victor Delefortrie entre 1866 et 1871. De l’ancien édifice, seule la tour de clocher romane, datée du milieu du xiie siècle et visible à droite, est conservée. Son élévation est constituée de trois niveaux. Le deuxième niveau est ajouré de baies jumelées en plein cintre, soutenues par des colonnettes ornées de chapiteaux. Chacune de ces baies est surmontée d’un arc en plein cintre doublé d’une frise dentelée.

Croissy-sur-Celle, église Saint-Léger, chapiteau du portail du clocher.

L’arc brisé du portail du clocher repose sur des colonnes couronnées de chapiteaux sculptés en faible relief et aux formes très stylisées. Celui de droite, visible ici, est orné de trois visages crachant du feu, un motif courant dans la sculpture romane.

Le patrimoine religieux Les reconstructions

des xve et xvie siècles

Après les troubles de la guerre de Cent Ans, de très nombreuses églises sont détruites et une période de reconstruction s’amorce dans plusieurs paroisses. Les églises bâties entièrement ou en partie aux xve et xvie siècles sont ainsi les plus nombreuses sur le territoire. Ces édifices combinent souvent les vocabulaires stylistiques du gothique flamboyant et de la Renaissance en partageant une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : tour de clocher monumentale, chœur polygonal largement éclairé, voûtes à liernes, larges baies de chœur au remplage garni de soufflets et mouchettes.

Saint-André-Farivillers, église SaintAndré, vue depuis le sud. Isolée au milieu des champs, l’église de Saint-André-Farivillers est reconstruite dans le deuxième quart du xvie siècle, comme l’indiquent les dates relevées dans l’édifice (1543 à droite du portail occidental, 1555 dans le chœur). Le commanditaire de ces travaux est probablement l’abbé de Breteuil, principal décimateur et détenteur du patronage de la cure. L’architecture et le décor du chœur monumental convoquent

un vocabulaire Renaissance : baies larges et élancées au remplage enrichi de jours de réseau, chaperons de style Renaissance au sommet des contreforts, moulurations doriques, abside circulaire… Sa forme élancée contraste avec la taille modeste de la nef, dont la construction est légèrement antérieure. Composée de quatre travées séparées par des contreforts, celle-ci est percée de simples baies à arc brisé. Un imposant clocher de plan carré flanque au nord l’entrée occidentale.

Détail de la voûte du chœur. À l’intérieur, le chœur est couvert de voûtes à liernes, comme dans d’autres églises du territoire édifiées à cette époque (Hardivillers, Bonneuilles-Eaux). Les liernes − nervures rectilignes qui traversent les quartiers rayonnants du chœur et les voûtes –sont ponctuées de clés pendantes richement décorées.

Esquennoy, église Saint-Pierre, vue depuis le sud-est.

Le territoire compte dix tours de clocher monumentales construites vers la fin du xve ou au début du xvie siècle. Celle de l’église d’Esquennoy est représentative de ce corpus dont font partie par exemple les églises de Paillart, Mory-Montcrux et SainteEusoye. De plan quadrangulaire, la tour présente différents niveaux scandés par des larmiers. Elle est accessible depuis le côté occidental par une porte surmontée d’un arc en anse de panier, lui-même orné d’un gâble. À l’intérieur, la circulation entre les niveaux s’effectue au moyen d’une tourelle d’escalier de plan polygonal. À l’origine, une coupole en pierre la couronnait ; elle a été remplacée par un nouvel édicule à la couverture de zinc. L’ensemble de l’édifice, bâti en craie, a été commandité par le prieuré de Bonneuil-les-Eaux. Son style signale par ailleurs une architecture à la charnière du gothique flamboyant et de la Renaissance : tracé polygonal du chœur, larges baies aux lancettes étirées et au remplage à soufflets et mouchettes.

Les équipements communaux Les mairies et les écoles (1860-1900)

Après la Révolution française, les communes nouvellement créées ne disposent pas d’un bâtiment spécifique pour la mairie : le conseil municipal se réunit alors le plus souvent chez le maire. Plusieurs communes sont déjà dotées d’une école avant la loi Guizot sur l’instruction publique du 28 juin 1833, qui rend obligatoire la présence d’une école dans chaque commune. En 1836, toutes celles du canton de Froissy en sont dotées. Cependant, la classe est le plus souvent installée dans un bâtiment communal existant ou dans une maison louée à un particulier. Les insuffisances de ces locaux – vétusté, étroitesse, humidité – sont dénoncées. À Esquennoy, par exemple, l’école occupe en 1832 un bâtiment en location, sombre et mal aéré. Le maire sollicite alors le préfet afin d’obtenir une subvention pour créer de nouvelles fenêtres. Il faut attendre la loi Falloux sur l’instruction publique du 15 mars 1850, puis la circulaire sur la construction des maisons d’école du 14 juillet 1858, pour que les communes financent de nouveaux locaux. Afin de mutualiser les dépenses, les mairies et les maisons des instituteurs sont intégrées aux projets. Les chantiers des mairies-écoles des communes de l’Oise picarde, menés à partir des années 1860, sont dirigés par les architectes de l’arrondissement de Clermont, en particulier Honoré Désiré Bellanger.

Fontaine-Bonneleau, mairie-école avec logement pour l’instituteur. Avec cinq travées et un étage, cette mairie-école fait partie des plus imposantes de l’Oise picarde. Elle a le même plan et la même distribution intérieure que celles de Troussencourt et de Croissy-sur-Celle, par exemple. Le devis établi en 1862 par l’architecte Defer de la Croix précise que la salle de classe sera installée au rez-dechaussée, à gauche, tandis que la salle de mairie, le cabinet pour les archives et le bureau pour le percepteur se trouveront à l’étage. Le logement de l’instituteur (cuisine, salle à manger et salon au rez-dechaussée ; trois chambres, chacune pourvue d’une cheminée, à l’étage) est quant à lui aménagé dans la partie droite. Les travaux exécutés par Pierre-François Lelièvre, maître carrier à Bonneuil-les-Eaux, sont achevés en 1866.

Ansauvillers, mairie-halle.

Ansauvillers, élévation nord du projet de mairie-halle, architecte Charles Verhaege, 1864 (archives communales).

La mairie-halle d’Ansauvillers est un cas unique sur le territoire de l’Oise picarde : le bâtiment combine une halle aux grains en rez-de-chaussée et une salle de mairie, toujours en usage, à l’étage. L’architecte parisien Charles Verhaege est chargé du projet, achevé en 1866. La halle aux grains était fermée par de larges arcades en plein cintre. La façade est enrichie d’un décor néoclassique : frontons triangulaires au-dessus des portes de la façade principale et de la travée centrale, pilastres et chaînes animés par une alternance de brique et de pierre, volutes, modillons à glyphes soutenant corniches et balcon.

Les équipements communaux Les infrastructures hydrauliques

Sainte-Eusoye, mare communale, rue de l’Église.

Doméliers, mare communale, rue Principale. Si le nombre des mares communales a diminué depuis le début du xxe siècle (beaucoup ont été comblées ou se sont asséchées), celles qui demeurent font partie de l’identité des villages de l’Oise picarde : il n’est pas rare d’y croiser quelques canards qui obligent les automobilistes à ralentir à leur approche. Celles de Sainte-Eusoye et de Doméliers sont situées près de l’église, au cœur du village. Elles sont structurées par des murs de soutènement maçonnés en brique qui empêchent les glissements de terrain, comme celui qui ferme la mare de Sainte-Eusoye côté rue (dans le bas de la photographie). Comme l’illustrent ces photographies, les abords des mares sont garnis de végétation : saules, haies vives et arbustes.

Châteaux d’eau, de gauche à droite, puis de haut en bas : Viefvillers, Hardivillers, Beauvoir, Thieux, Le Mesnil-Saint-Firmin, Rocquencourt (date portée « 1933 »).

Patrimoine funéraire ou commémoratif Les cimetières

Doméliers, cimetière.

L’histoire du cimetière de Doméliers s’inscrit dans le mouvement de déplacement des lieux d’inhumation à l’extérieur des villages après l’ordonnance de 1843. En 1852, le sous-préfet invite le conseil municipal à trouver un nouvel emplacement pour son cimetière : la commune achète alors deux parcelles à environ 200 mètres au nord des habitations. Le commissaire-enquêteur missionné pour évaluer la pertinence de ce choix rédige un rapport dans lequel il ne cache pas sa sensibilité romantique : « Nous avons reconnu que le lieu était solitaire et peu fréquenté et prêtait à la méditation, ayant pour ceinture une vallée agréable entourée elle-même de plusieurs bois dont la vue appelle la mélancolie. »

Bonneuil-les-Eaux, chapelle Saint-Roch du cimetière.

Le cimetière de Bonneuil-les-Eaux, initialement localisé autour de l’église, est déplacé sur son site actuel en 1867. Un lieu d’inhumation dédié aux victimes des épidémies avait déjà été installé à cet emplacement lors de l’épisode de peste qui a décimé le village vers 1668 ; sur la carte de Cassini (1757) il est qualifié de « cimetière des pestiférés ». Une chapelle en pierre de taille dédiée à saint Roch, saint antipesteux, est édifiée en 1733. Son portail, composé d’une porte bâtarde inscrite dans un arc en plein cintre mouluré, est structuré par deux pilastres cannelés supportant un fronton triangulaire coiffé de chaperons.

Patrimoine

funéraire ou commémoratif Le

cimetière soviétique de Noyers-Saint-Martin

C’est sur le territoire de l’Oise picarde que se situe le plus important cimetière soviétique de France. Un projet de cimetière militaire soviétique est lancé en 1979 par l’État français ; l’emplacement choisi se trouve sur l’ancienne base de transmission de l’armée de l’air, sur la commune de Noyers-Saint-Martin. Établi au nord-est du village, sur la route de Campremy, le cimetière est officiellement créé l’année suivante par un arrêté du secrétaire d’État aux Anciens Combattants. Aménagé d’après les plans de l’architecte russe Igor Voskresensky, il recueille les restes de 4 598 prisonniers soviétiques morts en France entre 1941 et 1945, principalement dans les usines d’armement d’Alsace et de Moselle. Il comprend deux ossuaires et soixante-dixhuit tombes individuelles. Le site est entretenu par l’Office national des anciens combattants et des victimes de guerre, rattaché au ministère français des Armées.

Noyers-Saint-Martin, cimetière soviétique, vue générale du côté est. Les monuments funéraires individuels, en granite, sont triangulaires et répartis sur plusieurs rangées de part et d’autre de l’allée centrale. Lorsque les corps ont pu être identifiés, le nom des victimes est gravé sur une plaque métallique.

Les Fleurs de la Russie, sculpture de Vladimir Surovtsev, 2001. La sculpture monumentale en bronze Les Fleurs de la Russie a été commandée au sculpteur Vladimir Surovtsev en 2001. Comme l’indique une plaque métallique fixée au revers du piédestal, elle a été créée à l’initiative de plusieurs partenaires : l’ambassade de Russie en France, le ministère français de la Défense, le ministère russe de la Culture et la commune de Noyers-SaintMartin. Réalisée par la fonderie Lit Art à Joukovski, en Russie, elle est acheminée à Noyers-Saint-Martin et inaugurée en 2002.

Patrimoine funéraire ou commémoratif Les croix de cimetière

Les croix de cimetière soulignent le caractère sacré du lieu d’inhumation au milieu duquel elles sont le plus souvent érigées ; elles servaient aussi de station lors des processions. Les plus anciennes croix conservées remontent au xvie siècle mais elles ont le plus souvent été remplacées au cours des siècles, surtout dans la seconde moitié du xixe siècle avec le déplacement des cimetières sur un nouveau site. Elles sont alors commandées à des ateliers locaux comme ceux de Théophile Guilbert à Tartigny (Plainville, Sainte-Eusoye), Bertin à Breteuil (Noyers-Saint-Martin) ou Decaux à Beauvais (Reuil-sur-Brêche).

Sérévillers, croisillon de la croix de cimetière, xvie siècle.

Paillart, croisillon de l’ancienne croix de cimetière, conservé dans l’église, xvie siècle.

Les quatre plus anciennes croix de cimetière recensées dans l’Oise picarde (à Bonvillers, Paillart, Sérévillers et Saint-André-Farivillers) remontent au xvie siècle. En pierre, elles figurent toutes une Crucifixion avec parfois, au revers, une représentation de la Vierge (Bonvillers). Elles sont caractérisées par une forte stylisation des traits du Christ, présenté dans une posture frontale, et des branches épaisses. Bien souvent, seul le croisillon (partie supérieure de la croix) est d’origine : l’emmarchement

et le fût ont été refaits postérieurement ou ont disparu (Paillart). Les branches du croisillon de la croix de Sérévillers sont ornées de volutes agrémentées de feuilles et de fleurons à leur extrémité.

Bonneuil-les-Eaux, calvaire du cimetière, fonderie J. J. Ducel et fils, 1864.

La fonderie J. J. Ducel et fils a réalisé ce calvaire pour le cimetière de Bonneuil-les-Eaux. La Vierge et saint Jean se tiennent sur des piédestaux de part et d’autre d’une Crucifixion. Comme l’indique une des plaques qui y sont fixées, il a été offert par la famille Payen-Lefranc en 1864. Il a été restauré en 1922. Un serpent monte sur le fût de la croix. À l’exception de l’emmarchement en pierre, l’ensemble du groupe est en fonte. Ce calvaire peut être comparé à celui qui marque

l’entrée du village de La Neuville-SaintPierre, réalisé par le même atelier. Les postures des personnages diffèrent cependant : à Bonneuil-les-Eaux, la Vierge a les bras croisés sur la poitrine tandis que saint Jean tend sa main droite en avant.

Reuil-sur-Brêche, croix de cimetière, marbrerie Decaux-Cozette, 1889. La croix de cimetière de Reuil-surBrêche a été érigée par la marbrerie beauvaisienne Decaux-Cozette en 1889. Cette entreprise a également fourni des monuments funéraires à plusieurs cimetières de l’Oise picarde, comme ceux d’Esquennoy ou Froissy. Elle a en outre réalisé l’ossuaire (en 1891) et le monument à la mémoire des victimes de la guerre de 1870-1871 (en 1893) du cimetière général de Beauvais. Le monument est implanté au centre du lieu d’inhumation, dans l’axe de l’entrée. Sur un piédestal en

pierre où figurent des instruments de la Passion, la croix, constituée de plusieurs tubes de fer, présente un Christ en fonte. Ce dernier reprend un modèle défini d’après l’œuvre qu’Edme Bouchardon (1698-1762) a conçue pour l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, à Paris. Ce type est largement diffusé dans les ateliers de fondeurs du xixe siècle et se retrouve dans plusieurs cimetières de l’Oise picarde. Ainsi, en 1890, le devis rédigé par le marbrier Guilbert à Tartigny pour la croix du cimetière de Sainte-Eusoye stipule que « le Christ doit reprendre le modèle de Bouchardon ».

Habiter l’Oise picarde Manoirs et châteaux

L’Oise picarde n’est pas un territoire riche en châteaux et manoirs, probablement en raison de deux facteurs : d’une part l’importance du patrimoine des établissements ecclésiastiques sous l’Ancien Régime, et d’autre part la destruction de plusieurs châteaux (Hardivillers, Le Crocq ou Catheux) au cours de la période révolutionnaire. Les châteaux et manoirs conservés sont le siège de domaines constitués dès le Moyen Âge par des familles issues de la noblesse locale (De Guillebon, Cavé d’Haudicourt…), en particulier autour de Breteuil (par exemple à Beauvoir, VendeuilCaply ou Troussencourt) et dans la partie occidentale du territoire (Oursel-Maison, Viefvillers ou Choqueuse-les-Bénards).

Tartigny, château (inscrit au titre des monuments historiques), vue depuis le sud.

Le château de Tartigny a été construit au xvi e siècle par la famille de Laval et remanié aux xviii e et xix e siècles. Il a remplacé une forteresse médiévale détruite pendant la guerre de Cent Ans. Les façades du logis sont rythmées par un ordonnancement symétrique constitué d’un corps principal entouré de deux pavillons. Datant du xvie siècle, la tourelle qui flanque le pavillon de gauche abrite un escalier à vis qui dessert les étages. L’entrée principale, surmontée d’un fronton triangulaire orné d’angelots, date du xviiie siècle. Dans le premier quart du xixe siècle, le logis a été prolongé à droite par une nouvelle aile.

Vue aérienne du potager circulaire du château.

Le domaine est acquis en 1781 par Pierre Cavé d’Haudicourt. Ce sont probablement son fils Antoine (mort en 1847) et son petit-fils Hermès qui entreprennent de grands travaux tant dans le château que dans le parc. Un potager circulaire ceint de murs en brique et complété d’une serre en demi-cercle (à droite de la photographie) est aménagé à l’ouest. Divisé en huit sections, il accueille

des cultures maraîchères et des arbres fruitiers, dont des pommiers cultivés en espaliers contre les parois intérieures. Sa forme arrondie lui permet de profiter au maximum de l’ensoleillement tout en le protégeant des vents dominants. Les murs emmagasinent la chaleur du soleil le jour et la restituent lentement la nuit, créant ainsi un microclimat propice à la culture de primeurs ou d’espèces sensibles.

Serre du potager circulaire, vue depuis le sud-ouest.

Intérieur de la serre.

La serre semi-circulaire est dotée d’un système de récupération des eaux pluviales afin d’alimenter un bassin intérieur et de disposer d’un niveau d’hygrométrie constant. Un four à charbon en brique (disparu) chauffait la serre via un réseau de tuyaux installés le long des parois.

Habiter l’Oise picarde La ferme picarde, un habitat polyvalent

Vendeuil-Caply, ancienne grange sur rue, 25, rue de Beauvais. Les grandes dimensions de cette grange sur rue reflètent l’importance de l’exploitation agricole du propriétaire. Deux « grand’portes » permettent d’accéder à la cour tandis que les deux autres sont réservées à la grange. Cette dernière, traversante, sert à la fois de remise à véhicules et d’aire à battre. La structure en pan-de-bois est apparente et permet d’apprécier le savoir-faire des charpentiers : des poutres sablières (horizontales) séparent les niveaux tandis que les poteaux de fond (verticaux) délimitent les travées. Les décharges sont les sections obliques qui absorbent les poussées qui s’exercent. Enfin, les tournisses (situées entre les sablières et les décharges) et les poteaux de remplissage (placés verticalement entre deux sablières) complètent la trame structurelle.

Ansauvillers, ancienne ferme à l’angle de la rue des Poissonniers et de la place du Bail. Les fermes picardes sont le plus souvent implantées sur des parcelles en lanière perpendiculaires à la rue, mais leur organisation s’adapte à un parcellaire contraint, comme le montre cette habitation à l’angle d’une rue d’Ansauvillers : la grange est alignée sur la rue des Poissonniers tandis que le logis est ouvert sur la place du Bail. La couverture de la grange est en panne picarde, une variante locale de la panne flamande. Dans le mur-pignon du logis mis en œuvre en rouges barres, la couleur orangée des briques indique qu’elles sont plus anciennes (elles datent probablement du xviiie siècle) que celles des rampants du toit, liées à des travaux réalisés dans la seconde moitié du xixe siècle.

Thieux, porte charretière, 1, rue Notre-Dame.

Montreuil-sur-Brêche, porte charretière et porte piétonne, 149, rue de l’Abreuvoir.

Chepoix, porte piétonne avec imposte à claire-voie, 44, rue Roland-Mariage.

Blancfossé, porte charretière et porte piétonne avec imposte à claire-voie, 20, Grande Rue.

Froissy, imposte ajourée portant la date de 1836, 46, rue de Beauvais.

Blancfossé, porte charretière et porte piétonne, 18, Grande Rue.

Le patrimoine industriel Les moulins

Si, comme en témoigne la carte de Cassini (1757), les moulins à vent étaient beaucoup plus nombreux que les moulins à eau, seuls ces derniers ont laissé des traces matérielles. La force hydraulique a été exploitée sur les trois rivières du territoire dès le Moyen Âge. Sur la carte de Cassini, trois moulins sont figurés le long de la Selle entre Croissy et Catheux, deux sur la Noye à Paillart et un à Montreuil-sur-Brêche. Au xixe siècle, cinq moulins sont en activité à Paillart et à Breteuil, et au moins cinq se répartissent le long de la vallée de la Selle. Ces établissements étaient presque tous des minoteries (moulins des Moines et des Prés à Croissy, moulin de Bonneleau…) et produisaient donc de la farine. Font exception le moulin à foulon (moulin servant à battre des pièces de tissu) d’une ancienne papeterie aujourd’hui disparue à Paillart, et le moulin hydraulique utilisé pour la mise en bouteille de l’eau ferrugineuse à Fontaine-Bonneleau.

Paillart, vue aérienne du moulin Ventin. Des moulins à eau sont cités à Paillart dès le Moyen Âge. En témoigne par exemple une charte de 1190 émise par le seigneur Gautier de Paillart qui cède plusieurs revenus aux religieuses de Bellefontaine, dont du blé à prélever sur le moulin Théon. Bien que son origine ne soit pas connue, le moulin Ventin, situé juste au sud du village, existait sous l’Ancien Régime car la carte de Cassini (1757) semble indiquer son emplacement. La date de 1805 est portée sur le pignon du bâtiment du moulin, à droite de la photographie, ce qui laisse supposer qu’il a été rénové ou reconstruit au sortir de la Révolution. Le logis en pan-de-bois et brique est postérieur. Les propriétaires actuels ont restauré l’ensemble des bâtiments, démonté l’ancienne turbine – aujourd’hui visible dans le parc – et fait réaliser une nouvelle roue par un charpentier local. Le site, ouvert à la visite, est labellisé Jardin remarquable.

Croissy-sur-Celle, minoterie dite « moulin des Moines ».

Située au cœur du village de Croissy, cette ancienne minoterie a appartenu à la famille Villiers de Fransures qui l’a fait construire dans le premier tiers du xviiie siècle, comme l’indique le cartouche visible dans le logis du meunier, ici à droite. Ce moulin est dit « des Moines » parce qu’il a été exploité par le chapitre cathédral d’Amiens à partir de la seconde moitié du xviiie siècle. Le meunier locataire, Pierre Dannelle, cesse d’exploiter le moulin quand il est vendu comme bien national, dans les années 1790. Plusieurs propriétaires se succèdent ensuite. Le bâtiment de meunerie visible à gauche a été reconstruit en brique à partir de 1857. L’activité de la minoterie cesse vers 1940 et le matériel hydraulique, notamment la roue verticale, est démonté.

Croissy-sur-Celle, minoterie dite « moulin des Prés ». Le moulin des Prés est une minoterie construite en 1795 par la famille Dannelle, qui exploitait auparavant le moulin dit « des Moines » au centre du village de Croissy-sur-Celle. Dans les années 1870, lors de la commande passée à la briqueterie de Fransures pour la reconstruction de l’église de Croissy, le conseil municipal propose aux habitants d’acheter des briques à un tarif préférentiel. Louis Dannelle saisit cette opportunité pour engager la reconstruction des bâtiments liés au moulin : la minoterie proprement dite, comprenant deux étages, la grange en retour et les dépendances agricoles. Le site est modernisé en 1925 et la roue hydraulique remplacée par une turbine. Un silo à grain en parpaing est alors édifié contre le bâtiment de la minoterie. Une entreprise de chaudronnerie s’installe sur le site dans les années 1980 ; elle occupe notamment les ateliers visibles à gauche de la photographie. Cette activité a pris fin et l’ancien moulin est aujourd’hui un gîte.

Fontaine-Bonneleau, Les Sources, usine d’embouteillement d’eau ferrugineuse. La source d’eau ferrugineuse, réputée pour ses vertus thérapeutiques, est exploitée dès 1858 par M. Laverneaux, pharmacien à Conty (Somme), au sud-ouest du village de FontaineBonneleau. Un pharmacien beauvaisien, M. Recourat, modernise l’établissement dans les années 1870. En 1892, il fait réaliser des travaux visant à augmenter le volume d’eau du bassin, grâce aux eaux d’un bras de décharge alimentant le moulin de Catheux, à quelques centaines de mètres de là. Le logis du directeur, visible à droite, est édifié à cette époque, tandis que l’atelier de conditionnement des bouteilles, à gauche, en fond de cour, est reconstruit à la fin des années 1950 par Pierre Caulier, alors propriétaire. En 2003, la source est déclarée polluée par les nitrates et l’établissement cesse toute activité.

Le patrimoine industriel Entreprises agricoles

Au cours du xixe siècle se développent des établissements de transformation de produits agricoles, souvent au sein même des fermes les plus importantes (par exemple la conserverie du domaine de Grandmesnil ou la distillerie de la ferme Saint-Ladre, sur la commune de NoyersSaint-Martin). L’Oise picarde a également compté des entreprises distinctes des exploitations agricoles comme des laiteries, des distilleries et des râperies, toutes disparues aujourd’hui. Ces établissements ont profité de l’ouverture des lignes ferroviaires pour acheminer leurs produits vers les gros centres urbains de la région (Amiens et Beauvais) mais également vers Paris.

Noyers-Saint-Martin, ancienne usine de machines agricoles, rue des Pommiers.

Détail des grilles métalliques. En 1957 les frères Matrot ouvrent une usine de construction d’arracheuses de betteraves à Noyers-Saint-Martin. Élevés entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, les bâtiments comprennent deux ateliers de fabrication en béton, dont les pignons à redents sont essentés de tôle, ainsi qu’un immeuble de bureaux en brique à l’angle arrondi, couvert par un toit-terrasse. L’ancien logo de l’usine (deux cercles rouges imbriqués) est visible sur les grilles métalliques. Dans les années 1980, la production se diversifie avec la fabrication de pulvérisateurs. Racheté en 2001 par un grand groupe, le site ferme en 2020.

Froissy, la distillerie, carte postale, éd. L’H. Paris, coll. D. Dhardivillé [1er quart du xxe siècle], (collection particulière).

L’ancienne distillerie implantée sur la route départementale entre Froissy et Noyers-Saint-Martin est aujourd’hui une coopérative agricole. Cette carte postale offre une vue de l’entrée du site au début du xxe siècle, prise depuis la route actuelle. Le site a été complètement remanié depuis, et seul le logement patronal en brique, visible au premier plan, est conservé aujourd’hui. La présence d’une voie de chemin de fer indique que l’entreprise disposait d’un quai de déchargement pour les betteraves, qui étaient râpées sur place avant que leur jus ne soit distillé. On peut distinguer à l’arrièreplan, de gauche à droite, deux silos, l’entrepôt, la cheminée et l’atelier de fabrication, comprenant la salle des machines et la colonne de distillation. Une autre râperie de betteraves était en activité au début du xxe siècle sur le territoire de l’Oise picarde à BoisSaint-Martin (Abbeville-Saint-Lucien) ; réquisitionnée par les Allemands pendant la guerre, elle a été incendiée par les résistants en 1943.

Chepoix, ancienne laiterie, rue de la Hérelle. Trois laiteries coopératives ont été recensées sur le territoire, à Chepoix, Bacouël et Fontaine-Bonneleau. Leur activité a cessé après la Seconde Guerre mondiale mais les bâtiments, transformés en habitations, sont toujours en place. La laiterie de Chepoix est identifiée comme lieudit habité dans les recensements de population à partir de 1876, signalant son essor à cette période. En 1901, M. Hézet est le patron de cet établissement. Son activité semble s’arrêter dans le premier quart du xxe siècle au profit de la laiterie de Bacouël, établie à proximité.

De gauche à droite, il est possible d’identifier l’immeuble de bureaux, à étage, et dans son prolongement un entrepôt ou atelier percé d’un passage charretier ; le logement patronal, édifié dans le style anglo-normand à la charnière des xixe et xxe siècles, est implanté en retour. Son élévation sud, visible ici, est éclairée par de larges baies aux jambages harpés ; les murs sont ornés d’un cordon, d’une frise denticulée et d’un appareillage en rouges barres au dernier niveau. Le traitement sophistiqué de la couverture est caractéristique de ce style architectural : les pans des toitures sont débordants et soutenus par des aisseliers.

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Charte graphique

A. Dejean de la Bâtie, Paris

Éditions 303

Direction

Aurélie Guitton

Édition

Carine Sellin

Diffusion

Élise Gruselle

Mise en page BURO-GDS

Correction

Philippe Rollet

Photogravure

Pascal Jollivet

Impression

Edicolor Print

© Éditions 303 et Région Hauts-de-France, 2026.

Dépôt légal : mai 2026.

ISSN : 02999-1020

ISBN : 978-2-487296-22-0

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