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The Red Bulletin FR 05/25

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FRANCE OCTOBRE   2025

HORS DU COMMUN

TAYC LE ROI DE

L’AFRO LOVE AU RED BULL SYMPHONIC

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ÉDITO ET CONTRIBUTIONS

Youth Soumahoro

Installé entre Paris et les États-Unis, le styliste habille des artistes de ­premier plan, de Naza à ­Tiakola, Yamé ou Saweetie. Sa vision marie culture de rue et élégance. Pour ce ­numéro, il habille Tayc : un fidèle collaborateur. P. 28

Kenny Germé

KENNY GERMÉ (COUVERTURE)

Photographe martiniquais basé à Paris, il nourrit son travail de ses racines caribéennes et des cultures punk, jazz et hip-hop. Après les magazines Time, Numéro et Interview, il signe pour nous la fantastique cover Tayc. P. 28

Ouafae Mameche

Journaliste musicale, conférencière et fondatrice des éditions Faces Cachées, Ouafae nous fait l’honneur d’écrire quelques mots sur Franck Boom à l’occasion du Red Bull Symphonic. P. 40

L

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e 1O novembre, Tayc, maître incontesté de l’Afro Love, repoussera les limites de son art au Red Bull Symphonic. Avec son style unique, il a réveillé le R&B français, mêlant mélodies suaves et rythmes afro pour chanter l’amour. Entre audace et introspection, Tayc prouve qu’un crooner peut aussi être subversif. Dans l’ombre, Franck Boom, son bras droit musical depuis 2019, peaufine chaque détail de ce show ambitieux. Et Barack Adama, ancien de la Sexion d’Assaut devenu producteur, reste le stratège discret mais essentiel derrière Tayc. Ensemble, ils préparent une soirée aussi élégante qu’intense. La musique n’est pas votre truc ? Jetez-vous au Red Bull Rampage ou dans des parties supersoniques de Tetris, avec Qlex, génie du speedrun. Bonne lecture ! La Rédaction

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4 Le directeur musical Franck Boom, acteur essentiel du Red Bull Symphonic.

Culture

Quand la nuit se réinvente

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Le monde de la nuit et du clubbing en quête d’un nouvel idéal : chapitre 2. Culture

Boiler Room en backstage

40 Galerie Playlist Sacs gonflés Jeunes Parisiens Fête non-stop

Inspiration

Tayc, roi de l’afro love

Féris Barkat

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Queen Classic

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Le surf autrement

Culture

D’une main de maître

Un homme important Derrière le groove sensuel de Tayc : Barack Adama.

Un rush d’adrénaline

40

44

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Le Red Bull Rampage fait encore flipper. Immersion. Gaming

Découvrez le directeur musical Franck Boom. Culture

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Ce soir-là, le Théâtre des Champs-Élysées sera à lui.

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L’art du social

VTT Red Bull Symphonic

Yushy

Attiré par la marge

L’histoire derrière l’histoire de ces DJ sets fous.

Celui qui a vaincu Tetris Alexis est aussi Qlex ; programmeur, il est aussi un « Grand Master ». 85 90 92 94 95 96 98

Voyage   Red Bull Tetris Hyrox mania Poignet de force Retour au snow Ours First Move

74 ALEX BRUCATO, CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

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CONTENUS

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Rad : Robin Goomes, tête à l’envers, sur la première édition féminine du Red Bull Rampage (2024).

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GALERIE

Courchevel, France

Allez Lipooooo ! Vous l’aviez peut-être découvert dans The Red Bulletin de juin, le voici en action, le 24 juillet dernier, lors de la 18e étape du Tour de France, aux prises avec le redoutable col de la Loze, sur les hauteurs de Courchevel. Face à ce parcours d’étape exigeant de 171,5 km, et sur l’ensemble du Tour, Florian ­Lipowitz a brillé par son endurance et sa ­détermination, affirmant son rôle clé au sein de R ­ ed Bull - BORA - hansgrohe. Une perf et une troisième place au général qui ont ravi les fans de cet Allemand de 25 ans. IG : @redbullborahansgrohe THE RED BULLETIN


MAXIMILIAN FRIES/RED BULL CONTENT POOL

HANS HAMMER

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GALERIE

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ANTHONY ACOSTA/RED BULL CONTENT POOL

DAVYDD CHONG

Los Angeles, USA

L’exécuteur de rails Un killer ! Le skateur originaire de Floride Jamie Foy est légendaire sur les rails. Photographié ici par Anthony Acosta à Los Angeles pour sa vidéo A ­ ftermath, ce rider de 29 ans fait partie de l’élite du street – un maître des ledges, des transitions, de tout. « Chaque jour, je pense à quelque chose de nouveau à e ­ ssayer, ou à quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant », dit Foy, élu deux fois Skater of the Year par le magazine Thrasher (consécration internationale), en 2017 et 2024. « C’est ça qui me motive à aller skater. » Regardez Aftermath sur la chaîne YouTube s­ kateboard de Red Bull THE RED BULLETIN


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Goodwood, Angleterre

World first

Des gosses avec des cordes à sauter. Des chats effrayés par l’aluminium. Van Halen. L’impulsion de sauter est universelle. Kriss Kyle le sait mieux que quiconque. En 2019, le rider BMX s’est élancé, avec son vélo, d’un hélicoptère sur le toit du Burj Al Arab à Dubaï. Cet été, les projets de Kyle étaient plus terre-à-terre – même si réaliser le tout premier saut en BMX au-dessus d’une voiture de Formule 1 lancée à pleine vitesse n’est pas moins risqué. « Faire face à une F1 qui fonce droit sur vous va à l’encontre de tous les instincts naturels, dit-il. De loin la chose la plus difficile que j’aie faite. » redbull.com

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DAN GRIFFITHS/RED BULL CONTENT POOL

DAVYDD CHONG

GALERIE 11

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GALERIE

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Kitzbühel, Autriche

SAMO VIDIC/RED BULL CONTENT POOL STEPHAN HILPOLD

De l’émotion Les courses de ski de descente sont des montagnes russes émotionnelles : la tension succède à l’émerveillement, la fébrilité alterne avec des moments choc. Ce va-et-vient des émotions est capturé dans le film documentaire Downhill Skiers—Ain’t No Mountain Steep Enough, dans lequel le réalisateur Gerald Salmina a suivi pendant une saison une série de skieurs et skieuses de descente, dont la star montante Cyprien ­Sarrazin ainsi que les excep­tionnels Marco Odermatt et Dominik Paris. On voit ici ­Odermatt sur la Streif à Kitzbühel. Le réalisateur avait rendu hommage à cette piste légendaire il y a dix ans dans Streif – One Hell of a Ride. Plus d’infos : downhill-skiers.com THE RED BULLETIN


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PLAYLIST

Suzi Analogue

Sonic Future À la découverte des visions expérimentales afrocentriques de la dance music avec Suzi Analogue. La productrice, autrice-compositrice, ex-professeure de musique à l’université de Caroline du Nord et créatrice du label Never Normal Records basée à Miami, en Floride, est une pionnière de la nouvelle vague de femmes productrices dans le domaine de la musique électronique. Son label voit le jour en 2014, alors qu’elle n’arrivait pas à trouver de maison de disques correspondant à son identité. ­L’artiste décide de fonder sa propre structure pour offrir une plateforme pluri-disciplinaire et un ­refuge pour celleux qui ne rentrent pas dans les cases. De son vrai nom Maya Shipman, née à Baltimore, elle puise son inspiration dans la house, le foo twork, le hip-hop, le ­reggae pour amplifier les histoires et créer de nouveaux ­univers. Pour elle : « L’avenir du son dit “sonic future“ réside sur les dancefloors qui nous ­rassemblent. C’est la même pulsation que je cherche dans mes propres productions, comme sur mon dernier album ONEZ, où la fusion des rythmes régionaux devient le modèle d’une libération mondiale dans mes beats. » Une expérience audacieuse et libératrice.

Presents: GUKUBA (2022)

« Voici ce qui se passe lorsque des producteurs afro-indigènes et afro-diasporiques se réunissent dans le futur postcolonial. Gukuba transcende les domaines de la ­musique électronique et techno classique, utilisant des samples, des synthés et des poly-rythmes qui racontent l’histoire de la reconnexion. » THE RED BULLETIN

KHX05

Slikbak

Heavee

« Premier album auto-produit de KHX05, productrice et rappeuse transgenre gullah-geechee originaire de ­Caroline du Nord. Dans un monde qui parle rarement ouvertement des histoires queer noires, cet album est produit de main de maître, avec des raps et des mélodies associés à des beats ultra percutants, et très inspirés de la jungle. »

« Rencontre entre l’avenir de la bass et la sensibilité de l’Afri-que de l’Est. C’est comme si le dubstep rencontrait la techno : les idées poly-rythmiques sont tellement ancrées dans la culture africaine qu’elles trouvent un écho profond en moi. Quand je l’écoute, je me dis que les pionniers de la techno apprécieraient vraiment sa liberté. »

« Heavee démontre avec ses productions une maîtrise du design sonore et une compréhension approfondie des règles de la house et du footwork. Il crée une nouvelle voie très unique et créative. Lorsqu’on pense au footwork du futur, qui ne se limite pas au resampling et qui suscite des émotions profondes, Heavee est un nom incontournable. »

Menace To Society (2024)

Apparition (2025)

Unleash (2024)

CHELSEY CROUCHER

Never  Normal  Records x  ANTI-MASS

MARIE-MAXIME DRICOT

Écouter Suzi Analogue, ONEZ, Disciples. IG : @suzianalog


SACS GONFLÉS

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FIN BOWLES

RACHAEL SIGEE

C

haque année, des centaines de milliers de personnes affluent à Bristol, Angleterre – « capitale mondiale de la montgolfière » – pour admirer les montgolfières colorées qui emplissent le ciel de la Bristol International Balloon Fiesta. Au sol, une marque de mode durable transforme leur tissu résistant en sacs de coursiers pour la communauté vélo de la ville. La marque de streetwear ReRun réutilise depuis 2018 du denim vintage, de vieilles couvertures et des tentes pour en faire des vêtements de skate, mais travailler avec du tissu de montgolfière a représenté un nouveau défi. « Nous étions toujours à la recherche de matériaux à transformer, et puis nous avons réussi à récupérer un lot de chutes de montgolfière, explique Toby Thorpe, cofondateur de ReRun, qui a lancé la marque avec son ami Wilf Hastings. Je crois qu’au début, nous avons essayé de les coudre nous-mêmes, mais c’était un vrai cauchemar. Elles sont restées inutilisées dans nos piles de tissus pendant probablement deux ans. Nous attendions simplement la bonne personne pour pouvoir nous aider sur ce projet. » Ce fut le designer et ­skateur Theo Schaale, qui s’est mis à travailler avec des chutes provenant de Cameron Balloons – le plus grand fabricant de montgolfières au monde – dont l’usine se trouve à deux pas de l’entrepôt ReRun, à Bedminster (un quartier de Bristol). Ne possédant aucune élasticité, le tissu de ballon est « extrêmement glissant et ­difficile à coudre », explique Thorpe, mais c’est le matériau idéal pour un messenger bag résistant. « C’est du nylon ripstop, mais certains comportent un film métallique spécial pour réfléchir la chaleur, précise Schaale. C’est parfait pour les sacs en raison de sa durabilité par rapport à son poids. J’ai conçu le sac

Sacs montgolfière ReRun

Tombés du ciel

Qu’ont en commun les montgolfières et les cyclistes ? Bien plus que de simples paniers, grâce à cette marque de mode avant-gardiste. en tenant compte des contraintes du tissu afin ­d’obtenir une pièce très légère mais solide. » Une fois que ReRun a compris comment travailler avec le matériau, le plus grand défi a été la palette de couleurs. « Le ­principal problème que nous avons rencontré, c’est que les mont­ golfières sont de couleurs très vives, explique Thorpe. Quand on regarde le ciel, c’est comme un arc-en-ciel. Notre esthétique a toujours été un peu plus sobre et axée sur la mode, et nous ne voulions pas que les sacs soient faits de bric et de broc. » Après sept ans passés à travailler dans la mode durable

Envolés : la première collection de sacs de coursiers de ReRun, fabriqués à partir de tissu de ballon, s’est vendue en un peu plus de 30 minutes.

et à parcourir le monde pour trouver des matériaux, Thorpe est toujours stupéfait par la quantité de choses jetées. Malgré tout, il note un « regain d’intérêt pour la réparation des sapes – surtout chez les jeunes et les skateurs ; c’est encourageant ». Comme de constater à quel point le design durable est devenu populaire. Il y a peu de chance que l’équipe de Thorpe manque de tissu. « Un ami vient de m’envoyer un message pour dire qu’il a tout un tas de chutes de montgolfières, raconte-t-il, « tout porte à croire que nous allons en fabriquer d’autres. » rerunstreetwear.com THE RED BULLETIN


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Jeunes Parisiens De Spike Lee à Aya Nakamura, Hugues Lawson-Body a vu passer devant son objectif de nombreuses stars tant françaises qu’internationales. Mais dès septembre prochain, c’est la jeunesse parisienne qu’il met à l’honneur au cœur de Châtelet, plaque tournante de la capitale. Hugues Lawson-Body a l’œil qui saisit l’âme des villes. Franco-togolais né à Lomé en 1977, il a grandi dans le 4e arrondissement de Paris, au cœur d’un décor où l’énergie brute des années 1990 résonnait dans chaque coin de rue. À l’adolescence, il plonge dans le tumulte incandescent du rap hexagonal : block parties, freestyles improvisés, visages qui deviendront légendaires. À 17 ans à peine, appareil photo en bandoulière, il immortalise les premières icônes du genre – MC ­Solaar, Booba – comme on saisit des instants avant qu’ils ne basculent dans l’histoire. Une carrière façonnée par la curiosité, la fièvre des rencontres, et cette obsession de capter la beauté là où elle éclate, parfois sans prévenir. Mais à 33 ans, le photographe se rend compte qu’il a vieilli.

projet Jeunes Parisiens, où la capitale se raconte à travers celles et ceux qui la traversent. À travers son appareil photo, les silhouettes deviennent langage, les regards des manifestes silencieux. Ici, un tatouage se lit comme une déclaration, là, un jogging comme un drapeau, une coupe de cheveux est quant à elle symbole de mouvement culturel comme la Tecktonik. Au contact des jeunes, Hugues remarque deux choses. « D’abord, leur contact me rajeunit. Ils m’éblouissent par

Hier Aujourd’hui

« J’ai eu un vrai wake-up call. Je me suis rendu compte que j’étais passé de l’autre côté. On m’appelait “Monsieur”, je n’étais plus considéré comme jeune. Et surtout, je me suis retrouvé face à une nouvelle génération que je ne comprenais plus. On est en 2005 et la jeunesse était en pleine mutation : elle se prenait de plein fouet de nouvelles influences. C’est là que je me suis dit qu’il fallait la capturer. » Depuis 2007, le photographe tisse une fresque à hauteur de trottoir avec son THE RED BULLETIN

Place de la ­Fontaine des ­Innocents, Paris, 2009. ­Hugues : « Ils étaient hyper curieux et sympathiques et avaient une forme ­d’innocence. Leurs ­vêtements n’étaient qu’une carapace. »


PHOTOGRAPHIE

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Esplanade du Forum des Halles, Paris, 2008. Les jeunes lookés façon Tecktonik.

leur originalité, me galvanisent par leur candeur. Ce feeling de 17 ans – croire tout savoir – ils l’ont encore, et ça m’inspire. L’échange est vraiment à double sens : je raconte ma démarche, eux me montrent la leur. Il y a de la confiance. Ils m’ouvrent un bout de leur quotidien, sans réaliser que ce présent file déjà. Ils m’apprennent les codes du moment : les expressions, les silhouettes, pourquoi on porte une chemise comme ça maintenant. Je ­décrypte, ça nourrit mon regard et affine ma pratique. Je les approche de plus en plus simplement. Les réseaux ont démocratisé l’image : ils connaissent leur meilleur ­profil et n’hésitent pas à dire : “Celle-ci, tu la supprimes.” Avant, il y avait de l’innocence ; aujourd’hui, une hypersensibilité à soi. C’est la grande différence entre 2007 et maintenant. La deuxième chose : les signes spirituels et identitaires sont bien plus visibles. La société a changé ; on affiche qui l’on est – une croix, un chapelet, un ­symbole… C’est aussi une réponse aux formes d’exclusion : quand on ne vous dit : “Pas assez français”, on affirme son image. Moi, je le vois, je le documente. J’ai la chance de prendre la température de la ville – et d’en comprendre les choix. »

HUGUES LAWSON-BODY

MERYL

Zoom

Hugues Lawson-Body est un photographe et réalisateur connu pour ses portraits de la jeunesse et des icônes culturelles et sportives. On lui doit notamment le livre Jeunes Parisiens (2010) et le documentaire Colette Mon Amour (2020). Il a aussi collaboré avec des médias comme L’Équipe, GQ ou ELLE, ainsi que Netflix pour Nouvelle École.

D’ailleurs c’est quoi la Tecktonik ? Il s’agit d’un phénomène de mode né au milieu des années 2000, issu de soirées électro organisées dès le début des années 2000 au Métropolis, discothèque de Rungis. Inspiré par le hardstyle et le jumpstyle – genres nés en Belgique et aux Pays-Bas, au rythme pouvant atteindre 170 bpm –, ce mouvement et son esthétique sont introduits en France par Alexandre Barouzdin et Cyril Blanc, avant de devenir un véritable marqueur culturel des années 2006-2007.

D’autre part, le photographe note que : « Grâce aux réseaux, à leur curiosité et à l’accès facile à la culture, ils ont un temps d’avance. La nouvelle génération est très sensible à la fast-fashion : ils ne se ruent pas tous sur le dernier tee-shirt “Gamma”, tu vois. Pour ce qui est de la trend des “Labubu”, par exemple, c’est un petit phénomène hyper rentable pour les fabricants, mais beaucoup de gamins y restent hermétiques. Ce qu’ils veulent, c’est danser, être eux-mêmes, exister. Dire : “Regardez-moi, j’existe, je suis dans mon prime”. Les codes corporels ont bougé : les piercings (même aux sourcils) ne posent plus problème, et les tatouages sont passés des ­tribals approximatifs à de vrais dessins, voire des BD directement sur la peau. Les mollets et les tibias sont devenus de nouvelles toiles. Et capillairement, c’est flagrant : les barbiers ont poussé partout. Avant, il y en avait peu à Paris (hors réseaux afro, indiens ou maghrébins où l’offre était déjà plus large). Aujourd’hui, tu sors d’un barber­shop avec une bête de coupe. Les mecs sont sapés et coiffés comme jamais. »

Archives sensibles

Hugues Lawson-Body circule dans les rues comme un anthropologue attentif : au cœur du groupe ou en retrait, capturant la distance juste. Bandes de néo-punks, minets assumés, voyous profilés… ses images composent, année après année, une archive sensible des codes vestimentaires, attitudes et rituels urbains d’une génération. À la fois œuvre photographique et étude sociologique, la série documente l’évolution des corps et de leur manière d’habiter la ville : un Paris en mouvement, ultra réaliste ­saisi sur le vif. Jeunes Parisiens 2010-2025 Exposition, jusqu’au 20 octobre 2025, sur les grilles de la tour Saint-Jacques, à Paris. IG : @hugueslawsonbody THE RED BULLETIN


INVENTION

Rollercoaster de jardin

Fête non-stop Si vous avez déjà versé une larme en quittant un parc d’attractions, ce mini-grand huit est peut-être pour vous. Terminé les files d’attente au parc d’attractions. Grâce à la start-up Magictecture basée en Caroline du Sud (USA), l­’attraction est dans votre ­jardin. Pendant la pandémie, le ­directeur général Sean ­LaRochelle a été inspiré par une vidéo en ligne d’une famille qui avait créé une attraction de type Disneyland dans son salon. Pensant ­pouvoir faire encore mieux, ­LaRochelle a commencé à concevoir sa propre attraction dans son ­jardin, puis l’a construite avec l’aide de ses proches. Après avoir créé non seulement un mais deux manèges élaborés et thématiques, il aide désor­mais d’autres personnes à THE RED BULLETIN

Sur la bonne voie : Sean LaRochelle, directeur général de Magictecture ; (en haut) le Coaster in a Box déballé.

construire leurs propres ­montagnes russes dans leur jardin. Actuellement disponible en précommande, le Coaster in a Box vous permet de transformer votre ­espace extérieur en parc ­d’attractions. Proposé en trois tailles ­différentes – chacune équipée d’un kart auto-propulsé en fibre de verre qui file sur une piste construite en acier de qualité industrielle – le ­circuit est conçu pour être expédié en modules et assemblé à domicile. « Clairement, ça repousse les limites, dit LaRochelle. Mais un gars que nous connaissons a construit le prototype du plus grand modèle tout seul en une semaine… C’est plus facile

que certains meubles Ikea que j’ai montés. » Vous aurez cependant besoin de suffisamment d’espace – la plus petite montagne russe occupe une surface de 6 × 6 m, la plus grande 6 × 15 m – et Magictecture recommande que les clients fassent couler une dalle de béton plate par des professionnels afin que la structure puisse être solidement fixée au sol. Par ailleurs, la sécurité à deux facteurs exige la présence de deux personnes – une à l’extérieur et une à bord de l’attraction – pour démarrer réellement le kart. Cela peut sembler un peu risqué, mais, selon LaRochelle, « c’est bien plus sûr que beaucoup de choses que l’on trouve actuellement dans les jardins. C’est plus sûr qu’un trampoline, ou qu’une tyrolienne ». Le prix d’un « Coaster in a Box » commence à environ 170 000 euros – une fraction du coût de construction d’une attraction de parc à thème classique. « Les montagnes russes traditionnelles ont une voie très intelligente et un véhicule de manège très basique, explique LaRochelle. Mais nous nous sommes dit : “Et si nous faisions l’inverse, avec un véhicule intelligent et une voie basique ?” Ainsi, nous n’avons pas besoin d’apporter toute l’électricité – tout est embarqué dans le véhicule. Ce qui coûterait normalement 850 000 euros et nous le vendons cinq fois moins cher. » Bien que ses montagnes russes ne comportent pas de loopings, LaRochelle affirme que c’est une attraction palpitante, atteignant des vitesses allant jusqu’à 40 km/h et culminant à près de 8 mètres à son point le plus haut. « Nous avons placé un accéléromètre dessus et nous avons ressenti trois G, ce qui est plutôt fou, dit-il. Mais le parcours est exceptionnellement fluide. C’est le genre d’attraction qui fait peur la première fois, puis qu’on a envie de refaire encore et encore. » magictecture.com/coaster-in-a-box

RACHAEL SIGEE

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VOUS N’AVEZ PAS BESOIN DE GUIDE POUR TROUVER VOTRE COMMUNAUTÉ.

PATAGONIE, ARGENTINE @BFGoodrichEurope

09.11.24


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PHOTOGRAPHIE

Zones libres

Il a photographié Jamie xx, Flowdan, Glastonbury et l’équipe de foot d’Angleterre. Le dernier projet du photographe anglais Yushy explore la scène underground la plus secrète du UK. Texte Alice Austin Photo Stefan Weil

Entre fin 2023 et début de 2025, le photographe culture et nightlife Yushy a passé la plupart de ses week-ends à voyager vers des lieux obscurs de Londres, guidé par des coordonnées envoyées depuis des numéros de téléphone inconnus et accompagnées d’instructions telles que : « Ne te fais pas remarquer. » Il se retrouvait dans des entrepôts désaffectés, sous des voies rapides, dans des cinémas, des banques ou des boulangeries abandonnés. En suivant une ligne de basse retentissante, il finissait par arriver devant une porte qui s’ouvrait pour révéler un sound system imposant, des dizaines de personnes et une facette de la culture underground que la plupart ne découvriront jamais. La communauté des free parties de Londres, un vaste réseau de collectifs et de sound system dédiés à la transformation des espaces inutilisés de la ville en lieux de rave éphémères, promouvant l’égalité et la solidarité. Dans son livre photo ­Section 63: Underground & Unmasted, Yushy documente ces nuits, capturant des images de gens escaladant des murs, transportant des sound system et dansant les yeux fermés – des instants fugaces de l­ iberté, loin d’un monde qui existe en ­dehors des limites de la société. the red bulletin : Comment êtes-vous devenu photographe ? yushy : J’avais 16 ans lorsque j’ai pris un appareil photo pour la première fois, et j’ai étudié le photojournalisme à l’université de Cardiff. Mon premier emploi a été de photographier un événement drum’n’bass et bassline. Cela m’a amené à couvrir beaucoup de manifestations dans la ville.

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Une visibilité grandissante

2020 Yushy publie son premier livre, Rave to the Grave, sur la scène rave à Cardiff, Pays de Galles 2020-2025 Photographie au Carnaval de Notting Hill chaque été 2023-2024 Travaille avec des artistes tels que Flowdan et Jamie xx 2024 Collab avec l’opérateur EE et l’équipe anglaise de foot sur une campagne anti-racisme 2024-2025 Documente le grime à Mumbai et le baile funk à Rio de Janeiro

Pourquoi la vie nocturne ? Se sentir comme un marginal. Je cherche des endroits où l’on peut être soi-même, car cela me fait me sentir plus à l’aise. Quel fut votre accès à la scène rave ? J’ai rencontré des jeunes lors d’un festival à Hyde Park (à Londres, ndlr) fin 2022, et ils m’ont invité à leur événement. Je n’y ai pas trop pensé, mais je les ai recroisés dans le centre de la capitale anglaise, et cette fois, je les ai suivis. C’était étrange. Nous sommes descendus par un escalier plongé dans le noir, le sol était couvert de poussière, et j’entendais de la musique au bout du couloir. Ça débouchait sur un immense tunnel sous un monument célèbre. Ils avaient installé un sound system, des lumières, et il y avait un DJ. Je ne sais pas comment ils ont réussi à descendre tout ce matériel là-dessous. C’était une vraie rave. Ensuite,on m’a ajouté à un groupe de discussion de 400 personnes. Qu’est-ce qui vous a plu dans cette communauté ? Je me suis senti un peu trahi par les clubs mainstream qui prétendent être diversifiés, sauf que c’est superficiel – la direction et les équipes médias sont majoritairement

blanches. J’ai vécu du racisme dans ces clubs, et la diversité y semble cloisonnée. On voit des groupes de personnes queer danser à côté de groupes d’hommes hétéros, mais pas ensemble. Mais la scène free m’a semblé vraiment diverse et mélangée. Je voyais des routiers en full look survêt danser avec des jeunes queer. Ensemble. Ces espaces me semblent sûrs – plus sûrs que les clubs mainstream, où j’étais souvent la personne la plus foncée de la salle. Cette scène vous a-t-elle fait confiance ? Cela m’a aidé d’avoir photographié la ­musique depuis longtemps et d’avoir ­réalisé beaucoup de sujets grand public. C’était comme un feu vert, montrant que cette culture est valide et importante. Les membres de ces communautés sont souvent diabolisés, alors qu’ils n’aspirent qu’à être vus. Ce sont des personnes ­ordinaires, qui ont beaucoup d’empathie et qui ne se sentent tout simplement pas à l’aise dans les clubs traditionnels. Quels ont été les moments les plus ­surprenants pour vous ? Recevoir du soutien inattendu, comme ces grands costauds qui rôdent pour s’assurer que tout le monde est en sécurité et que rien ne se passe mal. Si jamais j’avais un problème avec des kids qui essayaient de m’embrouiller à cause de mon appareil photo, l’un d’eux venait immédiatement leur dire de me laisser tranquille. Ils font la même chose pour tout le monde. Si quelqu’un ennuie des jeunes queer, cette personne est exclue des chats et des événements. Je n’avais jamais connu une telle solidarité auparavant. C’est tout l’opposé de ce que je ressentais dans les espaces ­traditionnels. Quels ont été les moments forts de votre carrière ? J’adore documenter des moments de culture authentique, underground, ancrée dans la résistance. Je dois donc mentionner notre travail sur la scène grime en Inde. C’était un moment étrange et très symbolique pour moi, après avoir documenté la musique grime et les événements Dialled In (autour de la culture sud-asiatique, ndlr) au Royaume-Uni. Il y a aussi les soirées baile funk dans les favelas de Rio – c’était i­ ncroyable. Section 63: Underground & Unmasted est paru chez Velocity Press ; velocitypress.uk


« Je cherche des endroits où chacun peut simplement être soi-même. » Le photographe londonien Yushy sur son travail dans les scènes de la nuit.

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SOCIÉTÉ

L’art social Féris Barkat, 21 ans, milite pour l’écologie et la lutte contre les inégalités dans les quartiers populaires. Un activisme qu’il transmet à travers l’art, pour montrer des réalités mises de côté. Texte Brice Bossavie Photo Yyotchh

Le jour de notre interview, Féris Barkat se trouve à Paris, chez un ami peintre, Artemile. La raison de sa venue ? « On est en train de préparer un projet avec un jeune de chez moi. On va le peindre sur un bâtiment entier à Strasbourg. » Depuis trois ans, ce jeune activiste originaire ­d’Alsace utilise l’art dans un but qui lui est cher : sensibiliser à des sujets de société, sous différentes formes créatives. En première ligne de ses combats, l’écolo­ gie, mais aussi les inégalités sociales, notamment dans les quartiers populaires. Il explique : « L’art fait ressentir des émo­ tions et c’est quelque chose de particulière­ ment efficace. Ça permet d’attirer l’atten­ tion sur des sujets, même auprès de ceux qui ne sont pas concernés. C’est comme ça qu’on crée de la rencontre et de la mixité pour remettre les gens ensemble. »

Écologie populaire

Avant de se faire une place dans le milieu artistique et militant, Féris Barkat a grandi loin des institutions culturelles pari­ siennes. C’est dans le quartier de Koenigs­ hoffen à l’ouest de Strasbourg qu’il passe ses jeunes années, où son environnement familial va lui donner une conscience ­politique. « Je suis issu d’une famille où tout le monde était ouvrier. Mon père, mes oncles et mes tantes ont été déplacés ­d’Algérie vers la France quand ils avaient 5 ans, et avant ça, mon grand-père a aussi fait la Seconde Guerre mondiale. Ma famille s’est battue pour faire valoir ses droits et son histoire. » Sur les bancs de l’école, l’Alsacien est bon élève et va être remarqué par plusieurs de ses enseignants, qui vont l’inciter à continuer dans cette voie et lui donner confiance : « Je pense à une prof d’histoire au collège et une prof d’anglais au lycée, qui m’ont beaucoup accompagné. » Ces

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Actualités

Professeur de philosophie et d’écologie politique pour deux classes à l’université de la Sorbonne (Paris) Une action avec le Musée national de l’histoire de l’immigration Lancement de sa chaîne YouTube

efforts vont l’emmener à partir, après le lycée, à la prestigieuse London School of Economics. Avant d’arrêter au bout de la deuxième année : à cette période-là, Féris apprend que sa mère est atteinte d’un cancer. Les raisons de sa maladie vont subitement enclencher tout son militan­ tisme. « Je me suis demandé : d’où ça vient, quelles sont les causes ? » Il continue : « Et j’ai compris que c’était l’environne­ ment où elle avait grandi, son quartier, avec la pollution et les particules fines. » De ce constat va naître Banlieues ­Climat, une association lancée fin 2022 avec Sanaa Saitouli, Abdelaali El Badaoui et le rappeur Sefyu. Le but : sensibiliser les quartiers populaires à l’écologie, à tra­ vers les sujets de santé. « C’est cet angle-là qui nous a le plus mobilisés au début, notamment sur le fait qu’on était plus exposés que la moyenne avec nos familles à des choses qui ne sont pas normales. Et dans l’indifférence totale. »

Ouvrir les musées

Le 27 mars 2024, un groupe d’individus cagoulés entre en début de soirée dans le Palais de Tokyo à Paris. Dans le musée fermé au public, la bande traverse les ­couloirs avant d’installer une toile avec écrit Pour la culture, pour le futur. Retrans­ mise sur les réseaux sociaux, cette fausse effraction coordonnée par Banlieues ­Climat et le Palais de Tokyo visait à annon­ cer l’arrivée de Féris Barkat au sein du conseil ­d’administration du musée d’art

contemporain parisien, pour le conseiller et mener des actions autour de l’art et l’écologie populaire via des projets enga­ gés. Et il y a aussi cette envie d’ouvrir le musée à de nouvelles personnes, pour créer du dialogue social. Depuis ses premières actions fin 2022, le jeune Alsacien a en effet tourné ses actions militantes et sociales autour de l’art : c’est notamment lui, qui a diffusé en juin 2024 sur les murs de l’Assemblée nationale une fresque du peintre Artemile représentant Aya Nakamura, son grandpère tirailleur, et une chibania, lors de l’entre-deux tours des élections législatives anticipées. Une action remarquée qui a fait passer Barkat dans la sphère grand public, et qui lui a donné des idées pour la suite : « Investir l’espace public à travers l’art, c’est quelque chose vers lequel j’ai envie d’aller à l’avenir. C’est ce qui m’anime le plus parce que ça permet d’imposer sa propre réalité et sa propre légitimité. »

Confiance en soi

En attendant une future projection sur un bâtiment, Féris Barkat prépare sa rentrée, qui s’annonce chargée. En dehors de ses activités avec Banlieues Climat et le Palais de Tokyo, le jeune militant va devenir à 21 ans professeur en philosophie et écolo­ gie politique pour deux classes à l’univer­ sité de la Sorbonne à Paris, organiser une action avec le Musée national de l’histoire de l’immigration, et – si tout se passe bien – ouvrir sa propre chaîne YouTube pour dévoiler les coulisses de ses actions mili­ tantes et artistiques, afin de diffuser ses actions à un plus grand nombre. Une hyperactivité et une ouverture aux autres qui souligne le message de fond que Féris Barkat souhaite faire passer à tra­ vers ses actions militantes et artistiques : « Je parlais avec un ami récemment et il me disait que tout le monde avait un talent dans un domaine. Moi je pense l’inverse : on est tous un peu moyens dans tout à la base, mais certaines personnes arrivent à se dire qu’elles sont capables de le faire. Quand on arrive à faire réaliser aux gens qu’ils ne sont pas moins forts que les autres, c’est là qu’on se met à faire des choses. » En redonnant de la confiance aux gens, de nombreuses portes peuvent s’ou­ vrir. C’est la clé du combat de Féris Barkat. IG : @ferisbarkat


« Investir l’espace public à travers l’art, ça permet d’imposer sa propre réalité et sa propre légitimité. » Féris Barkat est déterminé à poursuivre cette voie, quoi qu’il en coûte.

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SURF

Surfeuses autrement

À Biarritz, le Queen Classic Surf Festival bouscule les clichés d’un sport encore prisonnier de ses codes genrés. Une compétition inclusive qui donne de la visibilité aux athlètes oubliées. Texte Chloé Sarraméa Photo Neige Thebault

En 2021, HBO dévoile sa toute nouvelle création, 100 Foot Wave, qui revient sur la découverte des vagues géantes de Nazaré, l’histoire du surf de gros et de ses légendes Garrett McNamara, Laird Hamilton et Kai Lenny. Parmi elles, une femme : Justine Dupont, seule compétitrice à figurer en tant que personnage principal de la série et l’une des rares stars féminines de cette discipline kamikaze. Son rôle à l’écran révèle toute la symbolique autour : une surfeuse acharnée, qui a bâti sa réputation grâce à son niveau et non avec son image, et forme un duo avec son compagnon, homme de l’ombre qui consacre sa vie à la tracter sur des vagues de plus de 20 mètres. Une formidable exception dans le surf, où les athlètes féminines sont souvent contraintes de capitaliser sur leur physique pour exister médiatiquement.

Briser les clichés

Contre ces diktats de représentation des femmes dans ce sport – qui souffrent des stéréotypes de la « surfeuse mannequin », une blonde au teint halé qui chevauche sa planche dans des publicités pour des marques de glisse – trois surfeuses du Pays basque ont eu l’idée d’organiser un festival à Biarritz : le Queen Classic. Chaque année, depuis 2021, elles réunissent pendant deux jours les athlètes du monde entier pour une compétition ouverte à celles qui ne sont pas représentées dans les médias, boudées par les marques, ou qui viennent parfois de pays défavorisés sans moyens ni sponsors pour concourir aux quatre coins du globe. « Amaya Gomis, l’une des fondatrices,

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Queen Classic Surf

Co-fondatrices Margaux Arramon-Tucoo, Aimée ­Arramon-Tucoo, Amaya Gomis Édition 2025 Présence de Sasha Jane Lowerson ; avec des drag shows, de l’aérobic, une compétition de skate, des concerts, un atelier érosion, des stands de prévention.

directrice artistique de métier qui a toujours surfé, comme ses acolytes, sur cette plage de la Côte des Basques, explique : « On voulait modifier l’image des femmes et des minorités dans le surf, qui crée beaucoup de discriminations. On voulait plus de diversité, plus d’inclusion… Avec Aimée et Margaux (Aramon-Tucoo, les deux autres co-fondatrices, ndlr), on s’est demandé pourquoi les marques de surf font poser des mannequins plutôt que des athlètes pour leurs campagnes. C’est l’un des rares sports où l’on observe ça, c’est très bizarre ! »

Déconstruire la glamourisation

Souvent conviées à des compétitions en Europe, nos surfeuses – dont Margaux qui en a fait son métier – déplorent que ces rendez-vous reproduisent, même encore aujourd’hui, les clichés des festivals de surf au féminisme marketing de la décennie précédente. Longtemps niée comme faisant partie de la culture surf, la culture surf féminine a en effet souffert d’un coup de projecteur soudain et de l’image de la surfeuse gracieuse, qui doit remplir le contrat de la performance et de la désirabilité sur la planche. À la fin des années 2000, la Roxy Jam incarne parfaitement ces mécanismes : « Des

s­ urfeuses pros de 18-19 ans savaient qu’elles avaient leur place grâce à un physique conforme aux normes de ces années-là. D’autres, pourtant très douées, restaient sans sponsor ni moyens. Avoir un corps de mannequin à 15 ans, c’était pouvoir viser un titre à 18 », analyse Jérémy Lemarié, historien et sociologue, dans le podcast Le surf, une vague mondiale, diffusé en 2021 sur France Culture. Se déroulant à Biarritz jusqu’au mitan des années 2010, cette compétition de longboard féminine ouvre néanmoins la voie à plus de visibilité des femmes dans le surf, un sport longtemps accaparé par les hommes. « Toutes les meilleures surfeuses au monde venaient chaque été. Quand ça s’est arrêté à cause de la crise économique qui a frappé les marques de surf, on s’est dit que c’était quand même dommage. Ça nous avait fait rêver, poussé à faire du surf et donné des contre-exemples féminins dans cette d ­ iscipline », déplore Aimée, la cofondatrice du Queen, qui s’inspire de ce modèle de compétition en le faisant évoluer pour en faire un événement festif, inclusif et engagé. Elles vont chercher des surfeuses des quatre coins du monde, de la N ­ orvège au Brésil en passant par l’Iran et le Maroc. « On invite des filles assez connues mais qui incarnent aussi une certaine vision de la diversité, parce qu’elles sont queer ou parce que leur physique n’est pas celui montré dans tous les magazines. Je repère des filles sur Instagram, jusqu’en Palestine ! », explique Margaux, qui programme les surfeuses en compétition – dont Sasha Jane Lowerson, la première femme transgenre à remporter une compétition professionnelle. Les jeunes femmes utilisent les réseaux sociaux pour peut-être, un jour, venir poser leurs valises au Mexique ou au Ghana pour des éditions itinérantes en collaboration avec des associations locales de surf. En attendant, elles font de leur festival biarrot gratuit un lieu où l’on aborde des thématiques de société que le surf exacerbe, en invitant des collectifs queer engagés et des associations locales pour promouvoir le patrimoine. « Cette année, on a même un podcast sur la santé mentale dans le surf, qui est un sport qui souffre beaucoup des addictions. » IG : @queenclassicsurfestival ; la dernière édition s’est tenue du 12 au 14 septembre.


« Pourquoi les marques de surf font poser des mannequins plutôt que des athlètes... » Amaya Gomis au sujet de l’image des femmes dans le surf.

De gauche à droite : Amaya Gomis, Aimée et Margaux ArramonTucoo, les co-fondatrices du Queen Classic Surf Festival.

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LE RÈGNE DE TAYC

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DU DM PROVIDENTIEL À L’U ARENA, TAYC A RÉANIMÉ LE R&B HEXAGONAL EN LUI INJECTANT LA CHALEUR CONTAGIEUSE DE L’AFRO LOVE. RENCONTRE AVEC UN CROONER CAMÉLÉON QUI JONGLE ENTRE BRANDING CISELÉ, SPIRITUALITÉ VACILLANTE ET BANGERS CERTIFIÉS, BIEN DÉCIDÉ À PROUVER QUE CHANTER L’AMOUR N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI SUBVERSIF.

AFRO LOVE NATION Texte Marie-Maxime Dricot Photos Kenny Germé Stylisme Youth SMHR THE RED BULLETIN


RED BULL SYMPHONIC C’est au M Studio, à Paris, que Tayc pose devant l’objectif de Kenny à l’occasion du Red Bull Symphonic.

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n soir d’automne 2017, quand la ­notification s’affiche : « Yo, ta ­voix, je la veux sur un track. » À l’autre bout du DM, Barack Adama, figure fondatrice de Sexion d’Assaut, vient d’ouvrir une brèche dans laquelle J­ ulien Bouadjie, alias Tayc – l’acronyme de Take All You Can – se glisse sans hésiter. Deux ­semaines plus tard, signature à la clé, le chanteur cambrioleur de sentiments troque les couloirs anonymes de Marseille pour un studio parisien. Le R&B que l’industrie disait « mort » pulse à nouveau ; son messie porte parfois ses tresses, parfois son afro aux contours ultra soignés, des joggings comme des costumes et plus que tout, un rêve XXL : faire de la France la nouvelle capitale de l’afro love. Dans la cabine, il suffit d’un accord et d’un refrain pour que les doutes se dissolvent : « Le R&B va revenir grâce à toi », prophétise Adama. Huit ans, un U Arena rempli et six millions d’auditeurs mensuels plus tard, la vision a pris chair. Entre un fils à langer, des violons à dompter pour un Red Bull Symphonic (à Paris le 10 novembre prochain, au Théâtre des Champs-­ Élysées) et une foi qu’il cherche encore à cadrer, Tayc avance à 200 km/h, tiré par le carburant ambigu d’une notoriété-poison : douce, sucrée et ­entêtante. Ce sont dans les locaux de Radio France, que je rencontre Tayc, pour un moment de relâche et de vulnérabilité, entre rires et confidences, comme si nous nous connaissions depuis toujours.

the red bulletin : Ça fait combien de temps que vous collaborez avec Barack Adama et comment vous êtesvous rencontrés ? tayc : Depuis 2018, on est ensemble. On est entrés en contact via Instagram en 2017. Il m’avait contacté pour un featuring à l’époque. Il avait juste entendu ma voix sur un titre. Lui sortait de Sexion d’Assaut, c’était une période un peu plus creuse de sa carrière. Il voulait de la fraîcheur, il cherchait de nouveaux artistes et il a entendu un de mes titres, que personne n’avait encore écouté, mais lui, il est tombé dessus. Il a kiffé et il m’a tout de suite appelé pour qu’on fasse un titre, et direct, il m’envoie une instru. Alors je THE RED BULLETIN

lui propose ce que j’ai à proposer. Il me dit qu’il verra avec mon label directement. Je lui réponds : « Je n’ai pas de label. Je suis désolé mais je travaille avec mon frère et Djnass212 qui est encore dans mon équipe, c’est lui qui mixe la quasi-totalité de mes musiques. » Il me dit « Quoi ? » Je lui explique que je suis tout seul avec ces deux-là à faire des bails comme on peut. Il me dit de venir chez lui… là, tout de suite ! Il était 17 heures. À 21 heures, je me retrouve donc chez lui avec mon frère. Et on signe, même pas deux semaines après. Qu’est-ce qui rend cette alliance musicale si unique, qu’est-ce qui fait sa spécificité et qu’est-ce que tu apprécies dans sa démarche quand tu travailles avec lui en studio ? En fait, Adama, il arrive dans un moment de ma vie où toutes les portes se ferment, entre guillemets. C’est-à-dire, j’ai un style musical : à ce moment-là, c’est le R&B. Je n’ai pas encore l’afro love. Alors quand je parle aux gens de R&B, on me rit au nez : « Le R&B, tu es bien beau, tu es bien mignon, mais on est une maison de disques, on veut faire du chiffre, on ne va pas vendre des CD. » C’est ainsi qu’Adama ­arrive, à un moment où tout le monde me dit que c’est nul, que ça ne va pas marcher, bref, que le R&B c’est mort. Même : « Tu chantes trop bien, t’es chiant ! » ­Arrive un moment où je suis en mode fin de jeu, c’est mort pour moi. Et Adama ­débarque et me lance : « Tu sais quoi, je suis un fou, fan de R&B, ta voix elle est exceptionnelle, et j’ai la vision sur le fait que le R&B va revenir en France grâce à toi. » Tu vois, c’est dingue. Et il me dit : « Je veux que les titres sortent dans deux ans. Le R&B n’est pas mort. Tayc en est la preuve. » On se galvanise tous les deux en se disant ça. C’est ça, qui m’a donné la confiance. Déjà d’être avec Barak Adama, qui est membre de la Sexion d’Assaut, ce n’est pas rien. J’ai une légende en face de moi quand même. Un gars qui me dit, en fait, ce que tu fais là comme style, c’est ça qui va tout niquer. C’est ça qui va tout casser. C’est ça qui va tout arracher. Il a gonflé mon ego. À ce moment-là, je n’avais plus aucun doute sur le fait que ça marcherait. On est en 2017, ton premier album ­Alchemy sort. L’afro love n’existe pas encore. Ce label n’a pas encore été pensé et réfléchi. Mais tu as quand même déjà cette signature sonore où avec ces musicalités africaines au sens large. Et avec Alchemy, tu remets sur le devant de la scène le R&B. Qu’est-ce que ce genre, au-delà de ce que tu proposes aujourd’hui, t’a ­­­apporté dans ta


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D’abord séduit par le théâtre et la danse, Tayc se tourne dès son arrivée à Paris en 2012 vers le chant, qui deviendra sa véritable passion.

« QUAND ON TRAVAILLE, C’EST RAREMENT NOUS QUI DÉCIDONS DE NOTRE SORT, DE CE QU’ON FAIT OU DE CE QU’ON DIT. ON NE S’APPARTIENT PLUS. » THE RED BULLETIN


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vie ? C’est quelque chose que tu consommais naturellement ? J’ai toujours aimé le R&B. Surtout celui qui vient des États-Unis. Je n’ai jamais trop écouté de musique française, à part dans le rap un peu, à Marseille, etc. La chanson française, je n’en ai jamais été très friand. Quand ça parlait de chansons, moi, j’étais branché sur ce qui vient des États-Unis ou de Londres. Alors quand ça arrive en France, ça me gifle. Ne-Yo, Chris Brown, Usher, Joe, etc., je n’écoute qu’eux, je ne vis que pour ça : les clips, les machins, les potins. Tu vois, tout ce qu’on lit dans les magazines, tout ce qu’il s’est passé. J’aimais trop ça, les gossips des stars. J’étais vraiment fan de l’univers américain, des love ­stories et du R&B, tu vois. Quand est-ce que survient le déclic de l’appellation « afro love » ? C’était juste avant Fleur Froide, un peu avant que l’album ne sorte. Mais on avait déjà rendu les bandes et tout. C’est ­Nyadjiko qui a inventé cette expression ; et Nyadjiko, c’est un de mes producteurs aujourd’hui. Ça paraissait tellement sensé quand il l’a dit. Tellement fluide. Et tu sais, moi, j’aime bien le branding. J’aime bien vendre quelque chose, comme tu l’as fait remarquer tout à l’heure. J’aime bien la marque. J’aime bien le slogan. J’aime bien le jingle. Et quand on a commencé à mettre « afro love » dans une phrase, ça glissait tellement que pour nous, ça allait de soi. Si tu devais la définir en une phrase, que tu dirais-tu ? Je dirais que c’est... un amour d’été, un amour d’été avec tout ce que ça englobe. Quand tu es amoureux de l’amour, tu l’es aussi de la partie néfaste. Quand on aime l’amour, on prend tout. Tu aimes cette ­dispute parce que tu sais que c’est pour mieux retrouver ton ou ta chérie. C’est l’été, donc on aime. Et en même temps, c’est l’été, donc vas-y. J’ai reparlé vite fait avec mon ex. Ma nouvelle meuf, elle me casse la tête. C’est tout ça. C’est ce que je mets dans la musique. Les bonnes choses comme les mauvaises. Et pourquoi je dis été ? Parce que l’afro love, c’est chaleureux, ça connecte les gens.

Comment fait-on pour construire une image soignée et en même temps qui ne soit pas surfaite. Comment la pense-t-on avec son équipe ? Comment en vient-on à poser presque une signature internationale ? Et qu’est-ce que ça coûte personnellement ? On pourrait presque déposer l’afro love en tant que marque aujourd’hui, la tienne. Il faut trouver le parfait dosage, qui est d’ailleurs propre à chacun. Il y a des gens qui pensent que j’en fais trop, d’autres qui pensent que je n’en fais pas assez, d’autres qui pensent que je suis une pile dans le bon dosage. Et c’est là que c’est difficile. C’est un peu inexplicable, par exemple, je fais du R&B, de la soul, du jazz, de l’afro love mais, j’aime beaucoup le sport. Et quand on va au sport, on s’habille en jogging. Et j’aime aussi me montrer comme ça, car ça permet de rester connecté avec les gens. C’est bizarre à dire, mais porter tel survêt, tel bonnet, que tout le monde a l’habitude de mettre, ça permet que la jeunesse se dise : «Tayc, il est dans l’air du temps. » Si je faisais de la musique en m’habillant toujours hyper classe, le dosage ne serait pas le bon. J’aime aller au sport, j’aime me mettre en jogging, être à l’aise. J’aime me montrer dans mon autre réalité. Qu’en est-il pour du dosage dans la musique ? Quand une production est très complexe, moi, je vais la simplifier avec un thème très facile : d’amour, de trahison, de sexe. Quelque chose de simple pour que le cerveau digère facilement. Si ta production est compliquée et que le texte aussi compliqué, tu perds les gens. Et à l’inverse, quand la production est simple, j’aime bien aller chercher des textes plus structurés et complexes. Tu disais juste avant que tu fais du R&B, de la soul, de la musique aux ­sonorités africaines, avec l’utilisation parfois d’instruments traditionnels ou pas et que tu refuses de t’enfermer dans des genres. Aujourd’hui, on a l’impression que c’est quelque chose qui est hyper simple parce que

« MAINTENANT QUE JE SUIS AU TOP, JE NE VAIS PAS CRACHER DANS LA SOUPE, ÇA SERAIT INGRAT. QUAND ON ME PROPOSE UN CONCERT À JE NE SAIS PAS COMBIEN D’EUROS, QUI SUIS-JE POUR DIRE NON ? » THE RED BULLETIN

­ lobalement la musique se métisse g de plus en plus, elle est multiculturelle. Est-ce que ça a été facile pour toi de trouver ton son, si on omet le fait qu’on ne croyait pas forcément à ta proposition musicale au début ? C’est assez marrant de te dire ça parce qu’au final, oui, quand même. Je ne l’ai vraiment volé à personne mon talent musical, je l’ai juste sublimé avec le temps. Pareil, pour ma voix. Ça n’a jamais été très dur pour moi, la musique. C’est dingue à dire, mais j’assume : ça n’a jamais été difficile pour moi. J’ai fait des morceaux nuls, j’ai fait des morceaux moins bons que d’autres, mais ça n’a jamais été quelque chose de compliqué. Je n’ai jamais buté sur un titre, un texte, ni une mélodie ; ce sont des choses qui sortent de moi comme un bonjour. Tu es, par ailleurs, ce qu’on peut ­qualifier d’autodidacte. Te souvienstu de ta première fois dans un studio, tes premiers pas dans le son ? La première fois que j’arrive à Paris en 2012, pour te donner l’anecdote, je me retrouve dans un internat où il y a un studio. Je rentre dans le studio. Je m’assois, je regarde tous les posters. C’était un studio super beau gosse. Il y avait des disques d’or. Et il y a un gars en train de composer une instru pour un rappeur. Je commence à fredonner des trucs sur l’instrumental qu’il était en train de faire. Le mec a tellement aimé ce que j’ai fait qu’il n’a pas donné le son au rappeur. Il me l’a laissé en me disant : « On s’en fout, t’inquiète, ça reste entre nous. » Ta musique, c’est de l’amour : l’amour de vivre et de rassembler. Mais quand on fédère, qu’on est une personnalité publique de ton envergure, on incarne aussi la fonction de « rôle modèle » malgré soi. Je pense qu’à un moment donné, il faut laisser les gens et les artistes tranquilles, dans le sens où je veux juste faire du son, moi. Tout ce qui relève des « fais pas ci, fais pas ça, tu es Tayc » etc., je suis en mode : « Mais qu’est-ce que tu me racontes ? Moi, je vais au studio, je fais du son, c’est tout. » Derrière, en découle une carrière, forcément. Cependant c’est aux politiciens qu’on doit dire d’avoir une responsabilité, ce sont eux qui portent la parole peuple, qui sont censés être à l’écoute. Donc ça, c’est la réponse que je te donne parce que je suis détente. Mais si je dois te donner la version costume-cravate, je te dirais que oui, i faut assumer le fait que je suis écouté par des jeunes. Aujourd’hui, je suis fier


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ton fils et de lui essuyer ses couches pleines de caca. Et c’est ça, méditer, ­finalement, tu vois, c’est changer les couches de ton fils… Ce rythme a quelque chose d’addictif, c’est presque une drogue dont on ne peut se défaire. C’est une drogue et un poison. Par ailleurs, je n’ai pas fait tout ça pour rien... Parfois, je repense à moi en 2017, quand je n’avais pas un rond, et que j’allais jusqu’à Dreux pour faire du son. Maintenant que je suis au top, je ne vais pas cracher dans la soupe, ça serait ingrat. Quand on me propose un concert à je ne sais pas combien d’euros, qui suis-je pour dire non ? En vérité, mon cerveau n’en a pas envie. Au-delà de tout ceci, ça impacte ma spiritualité. Aller dans une église, aujourd’hui, tous les dimanches, ce serait ­inconcevable pour moi. Comment je fais ? Je viens avec une sécu. Même sur un plan logistique, c’est compliqué...

L’ego de Tayc pourrait sembler surdimensionné mais il n’est qu’à l’image de son perfectionnisme et de la rigueur qu’il s’impose au quotidien.

­ ’entendre des gens dire : « Moi aussi, d je fais de l’afro love. » Donc, tu te dis : « Putain, c’est dingue, c’est mon mot, ­celui que j’ai créé… les gens l’utilisent. » Tu deviens un repère pour beaucoup de monde donc, tu es un modèle alors oui, il faut l’assumer, c’est sûr. J’essaie. Lorsqu’on arrive à ton niveau artistique, on a tendance à juxtaposer la notion d’intégrité à la notoriété, pour ne pas se perdre en chemin. Ce qui fait écho à ce que tu disais au micro de Léa Salamé lors d’une matinale, soit ton besoin de retrouver une certaine spiritualité. Notamment pour faire face au décès d’un de tes proches en 2024. En toute humilité, à mon niveau, ce n’est même plus moi qui dicte ma vie mais mon métier. Quand on travaille, c’est rarement nous qui décidons de notre sort, de ce qu’on fait ou de ce qu’on dit. On ne peut plus aller manger une glace ni se promener avec sa femme et son fils dans son quartier. Donc, on n’est plus du tout

soi-même. On ne s’appartient plus. Et ça, Barack me l’avait déjà dit en 2018 : « Tôt ou tard, tu ne t’appartiendras plus. » Je n’y croyais pas, mais là, je le vois. Et en fait, la spiritualité, elle s’évapore parce que tu es dans un train qui va à 200 km à l’heure, et ce n’est même pas toi le conducteur. Essayer de garder le repère que tu avais au début de ta carrière, quand tu avais le temps de réfléchir, c’est dur. Maintenant, je n’ai plus le temps de penser ni de méditer. Le téléphone sonne sans arrêt, on me dit qu’il faut aller à tel truc à Monaco, qu’il faut faire telle date, qu’il y a tel deal à honorer, etc. Ensuite, tu y vas parce qu’on te dit aussi que c’est maintenant ou jamais, qu’il ne faut pas rater une belle opportunité. Alors tu remets une pièce dans le juke-box, bien que la musique, tu la connaisses déjà par cœur. C’est comme un refrain entêtant qui finit par te saouler. Mais comme c’est toi qui remets une pièce, tu y retournes et tu vas à Monaco pour le Grand Prix, alors que tu avais juste envie d’être avec

Comment est-ce que tes proches vivent cette situation ? Et comment gères-tu les émotions des autres en plus des tiennes, dans ces moments où on te voit bouger et faire des choses parfois à contre-cœur ? Cet instant où tu leur dis : « Non, il faut que j’y aille, mais je reviens vite » et qu’on te répond par exemple : « Es-tu sûr ? On voit bien que là ça ne va pas. » Ma mère m’a souvent dit que je m’éloignais de qui j’étais profondément, de ma spiritualité. Cependant, j’ai l’impression que tant qu’elle reste connectée à Dieu, c’est comme une espèce de voile qui continue de me protéger de tout ce qui m’arrive dans la vie. Honnêtement, je me sens un peu perdu : dans mes croyances, dans ma religion. Mais ma mère prie tellement fort pour moi et elle est tellement convaincue de sa spiritualité que c’est comme dans Harry Potter. Harry continue de vivre grâce à l’amour tellement puissant de sa maman que lorsque ­Voldemort tente de le tuer enfant, il ­résiste et récupère même une partie de l’âme de ce dernier : un horcruxe, lui ­laissant une cicatrice sur le front. L’amour est un langage universel, il est le langage par excellence de ta musique et le reflet des sentiments les plus forts que ta mère te porte. Tu as aussi grandi entouré de femmes. Quand tu écris, c’est pour elles et toutes les femmes du monde, entre autres. Qu’est-ce qui fait que c’est un thème qui te touche particulièrement ? L’amour, c’est la vie. Je pense que je suis THE RED BULLETIN


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« L’AMOUR, C’EST LE THÈME LE PLUS INTÉRESSANT DANS LA MUSIQUE ET DANS L’ART. JE NE ME VOYAIS PAS CHANTER LA RUE. JE NE ME VOYAIS PAS CHANTER SUR LES PROBLÈMES SOCIOPOLITIQUES. »

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Tayc flamboyant, en train de danser et de briller telle l’étoile du Cameroun. THE RED BULLETIN


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fait de ça. J’en ai beaucoup à donner de manière générale, à mes proches, aux gens. Je suis quelqu’un de très attaché et attachant. C’est-à-dire que vraiment, en une demi-journée, on peut connecter ensemble comme si ça faisait des années qu’on se connaissait. Parce que déjà, je n’ai pas ce truc d’artiste, de distance. Si je t’aime bien, le soir même, on est à la maison, on se fait une bouffe, on fait ce qu’on veut. D’autre part je n’ai pas honte de le dire : l’amour, c’est le thème le plus intéressant dans la musique et dans l’art. Je ne me voyais pas chanter la rue. Je ne me voyais pas chanter sur les problèmes sociopolitiques. La seule chose qui m’anime quand je chante, c’est l’amour et pourtant et j’ai essayé de me faire violence. Parlons du fait que tu sois né en France. Comment penses-tu l’intégration de tes origines dans tes productions musicales ? Car de nos jours, beaucoup d’artistes s’imprègnent et prennent les sonorités et musicalités du continent, sans pour autant rendre la pareille, et donner du crédit à la scène musicale de leur pays d’origine. J’accepte déjà une chose que le Camerounais devrait accepter aussi : dans le décor africain et même le décor mondial, le Cameroun n’est pas un porteur musical. C’est la vérité. Personne ne peut se lever et dire qu’on a le même impact que le Congolais avec le Ndombolo ou l’Ivoirien avec le Coupé-décalé. Nous, on a eu le Makossa, on a le Bikutsi, ce sont des genres qui sont incroyables, mais dire qu’on a été porteur de musique, à part Manu Dibango (avec qui Tayc a sorti le titre Ewondo ou Bami en 2019, ndlr) qui a vraiment défrayé la chronique et quelques autres, ce n’est pas la musique dont on doit être le plus fier, c’est de tout le reste ! Notre accent, c’est quelque chose que les gens adorent chez nous. Notre humour et nos expressions aussi. Quant à la nourriture, c’est la meilleure d’Afrique ! Et j’essaye de mettre ça en avant. La première fois que j’ai fait un concert au Cameroun, j’ai fait monter ma mère sur scène pour un mini-sketch où on reprenait avec humour les codes de notre culture. Et, selon moi, ça a bien

plus marché que si j’avais juste fait un morceau 100 % camerounais. Ce petit moment-là d’humour a fait plus de 4 millions de vues, parce que le peuple s’est identifié. Je prends ce qui est lourd chez nous, pour nous, et je le mets dans mon personnage. Il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, je ne suis pas juste un musicien, je suis un personnage complet. Qu’entends-tu par « personnage » exactement ? Que tu es un artiste complet et que tu souhaites qu’on se souvienne de toi comme… ? Je veux dire par là que j’essaie d’être original, dans ma manière d’annoncer les choses et je désire qu’on se souvienne de moi pour ça. Être un artiste ce n’est pas seulement aller au studio, faire un clip, être beau gosse. Au bout d’un moment, qu’est-ce que je suis dans la globalité ? Quand je serai six pieds sous terre, qu’est-ce qu’on dira de moi ? Alors j’essaye de mettre en avant le Cameroun comme je peux, à travers sa culture, entièrement. Ça peut m’arriver d’écouter de la musique de chez nous parce que je l’adore, mais dire qu’elle m’inspire dans mes productions, ce serait de mentir. Au-delà de la population camerounaise et de la France, tu touches de nombreux pays occidentaux mais aussi certains du continent asiatique, ce qui te fait plus 6 millions de streams par mois. Ce qui fait que tu rentres dans le top 10 (2025) des artistes francophones les plus écoutés dans le monde sur Spotify, aux côtés de GIMS, Jul et Aya Nakamura. Dans tout ça, ce qui fait ta singularité, c’est que ton public est intergénérationnel. Lorsqu’on va à l’un de tes concerts, il y a des jeunes de 25 ans comme des parents avec leurs ados, et des adultes, des groupes de potes dont on ne saurait définir l’âge et la classe sociale, etc. Oui ! C’est complètement fou. Je trouve que c’est clairement une force. On n’est pas beaucoup, en France aujourd’hui, à pouvoir rassembler les petits et les grands. Mais ça passe par ce qu’on disait tout à l’heure : trouver le bon équilibre. J’étais à Ivry en juin dernier pour un

« SOIT TU M’ADORES ET ON EST 80 000 À L’U ARENA, SOIT TU NE VIENS PAS ET TU ME CRITIQUES. MAIS DANS LES DEUX CAS, TU AS UNE ÉMOTION FORTE ME CONCERNANT. » THE RED BULLETIN

concert au pied d’une cité ; j’appréhendais un peu parce que je chantais Le miel et je ne savais pas si ça allait prendre. Mais on était 40 000 personnes au total et c’était incroyable. Tout le monde connaissait mes morceaux. Et ça, c’est aussi parce que les jeunes de là-bas, ils me voient arriver, comme eux et quand ils sont sur mes réseaux – où je drope des petites vidéos marrantes où je chante –, ils se rendent compte que nous ne sommes pas si différents. Tu penses beaucoup de temps à ­soigner ton apparence ? Je passe beaucoup de temps à choisir mes vêtements parce qu’à mes yeux, c’est l’identité d’une personne. Quand on fait l’album, Héritage, avec Dadju, c’est ça qu’on se dit : « On fait un album prestigieux, mais on n’arrive pas en ­costard, grand daron », lui qui a 35 ans, moi qui en ai 30 bientôt. « Viens, on connecte avec les gens et on envoie de la sape. » Il faut que, visuellement, les gens puissent aussi connecter avec toi, au-delà de la musique. Si tu n’étais pas toi et que tu te voyais, que tu t’écoutais, que tu te découvrais d’un point de vue extérieur, que dirais-­tu ? Je pense que je ne m’aimerais pas. (Rires) Avec moi, c’est tout ou rien. Dans le pro comme dans le perso. Même pour ceux qui connaissent Julien (son prénom civil, ndlr), c’est soit tu m’adores parce que tu m’as compris en 360°, soit ça ne passe pas. Et c’est okay, j’aime être clivant, que les choix soient clairs. Soit tu m’adores et on est 80 000 à l’U Arena, soit tu ne viens pas et tu me critiques. Mais dans les deux cas, tu as une émotion forte me concernant. Il ne faut pas oublier que la personne qui te déteste, elle t’observe bien plus que celle qui t’aime. Cardi B le disait déjà en 2018 pendant son discours de remerciement aux iHeartRadio Music Awards, pour son award Best New Artist : « Je tiens à ­remercier mes fans et aussi tous ceux qui me détestent, car ils ont téléchargé mes morceaux pour pouvoir les écouter et en dire du mal, mais cela m’est bénéfique. » Je m’égare… Ta musique c’est clairement l’art du banger, tu en as plusieurs à ton actif, N’y pense plus, Dodo, Forévà, etc. Quand tu écris, ­as-tu parfois cette voix qui te dit : « Okay, là il faut faire un hit », stratégie marketing étant de mise face aux attentes de l’industrie, ou t’es du genre :


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« CE N’EST PAS LA MUSIQUE DONT ON DOIT ÊTRE LE PLUS FIER, C’EST DE TOUT LE RESTE ! NOTRE ACCENT, C’EST QUELQUE CHOSE QUE LES GENS ADORENT CHEZ NOUS. NOTRE HUMOUR ET NOS EXPRESSIONS AUSSI. QUANT À LA NOURRITURE, C’EST LA MEILLEURE D’AFRIQUE ! »

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C’est avec les points serrés que Tayc pense à ce temps de pause qu’il compte bien s’octroyer. Bientôt. THE RED BULLETIN


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« Je vais au studio et on verra si la ­magie opère » ? Aucun artiste qui se respecte ne prendra la première solution. La musique, ce n’est pas toi qui la commandes. Quand j’ai fait N’y pense plus, donc, banger, grosse énergie, catchy, rotation, on est partout, mon album Fleur Froide devait sortir deux mois après (en décembre 2020, ndlr). J’étais en rendez-­vous avec ma maison de disques, on repassait tous les titres de l’album pour savoir où est-ce qu’on allait. Ils écoutent. Premier titre, okay. Deuxième, okay. Troisième, okay. Ah, N’y pense plus, ça danse un peu, à contre-temps, bien sûr. Mais ça danse quand même. On continue puis à la fin, ils me font : « On adore, mais ça nous manque peut-être un deuxième N’y pense plus », parce que pour eux, ça rime avec argent. Et c’est normal, je les comprends, ça reste une maison de disques, leur truc, c’est de vendre. Ce ne sont ni des passionnés, ni des artistes.

GREG NOIRE/RED BULL CONTENT POOL

J’imagine que, suite à cette réunion, tu retournes au studio pour répondre à leurs attentes ? Oui. Je m’enferme en studio pendant deux semaines pour leur sortir un morceau dans la même veine… Ce furent les quatorze jours les plus horribles de ma carrière. La chose la plus désagréable quand t’es un artiste, c’est d’arriver au studio avec une ambition de réussite et pas une ambition musicale. Il n’y a pas de logique ou de science dans la création d’un banger, si ce n’est faire sa musique avec sincérité, mettre ses tripes dedans et espérer que ça prenne. Si tu devais choisir le titre dont tu es le plus fier, parmi l’ensemble de ta discographie qui ne sont pas des featurings, où tu t’es dit : « Mon public a compris ! », ce serait lequel ? Promis Juré. C’est un des premiers titres que j’ai sorti avec mon label H24. Ce son-là m’a particulièrement touché. Si je m’enfermais aujourd’hui pendant deux mois avec le même beatmaker avec qui je l’ai réalisé, on ne pourrait pas retrouver cette même douceur. Tu sais, nous, en tant que croyants, il y a des sons qui ont une onction, c’est-à-dire que quand le son passe, déjà, tu ne peux pas parler, c’est sacré. Carry Me aussi est un peu comme ça. Ce sont des morceaux que tu aimerais jouer pour le Red Bull Symphonic ? Oui, ils sont déjà dans ma tracklist ! Où en es-tu côté direction musicale ? Nulle part. (Rires) Ça fait six ans que je

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« LA CHOSE LA PLUS DÉSAGRÉABLE QUAND TU ES UN ARTISTE, C’EST D’ARRIVER AU STUDIO AVEC UNE AMBITION DE RÉUSSITE, ET PAS UNE AMBITION MUSICALE. » suis avec les mêmes musiciens, nos sons on les connaît sur le bout des doigts. Par ailleurs, j’ai juste envie d’offrir aux gens une performance vocale vraiment très très très puissante dont ils vont se souvenir longtemps. Ils pourront se dire : « On était là au Red Bull Symphonic. » C’est mon seul mot d’ordre. Et je souhaite sublimer les violons. Ça sera tout l’inverse d’un showcase à 3 heures du matin quand le public se met à chanter à ta place. Il faut bien remettre l’église au milieu du village parfois, afin que le monde n’oublie pas que Tayc, c’est aussi une voix et une sensibilité. Au moment de se quitter, je retrouve Tayc là où il se tient après huit ans de carrière : sur la crête instable qui sépare la ferveur scénique du besoin de respirer. Il l’admet, son besoin ­crucial de retrouver sa vie, être de

IG : @tayc Red Bull Symphonic, le 10 novembre 2025, Théâtre des Champs-Élysées, Paris. Pour la première fois, Red Bull ­Symphonic pose ses valises en France pour une édition exceptionnelle. Ce format emblématique réunit deux mondes que tout semble opposer : un R&B aux couleurs afrobeats et la puissance orchestrale de la musique classique.

nouveau dans le contrôle. Pourtant, le chanteur refuse de troquer l’ivresse pour le ­cynisme : rassembler à Ivry 40 000 personnes, ou à l’U Arena 80 000 n’est pas qu’un exploit comptable, c’est la preuve qu’un même refrain peut toucher « les petits et les grands » et rappeler que la France sait encore chanter l’amour d’une seule voix. Demain, c’est sous la nef symphonique de Red Bull qu’il promet de rendre hommage à l’orchestre qui l’accompagnera et d’offrir une performance vocale sensationnelle. On le prévient, le rôle-modèle colle à la peau ; il sourit, répond qu’il « veut juste faire du son », mais consent à porter l’étendard afro love si cela aide la nouvelle génération à croire au R&B. On se dit au revoir, avec la conviction qu’une ballade peut encore changer l’humeur d’une ville.

­ epuis 2020, ce concept a vu D naître des shows inédits aux quatre coins du monde, de Metro Boomin à Rick Ross, en passant par Kabza De Small. Chaque édition donne lieu à une performance unique portée par un ou une artiste iconique et un orchestre symphonique. Cette année, c’est ­l’Orchestre Lamoureux qui sera aux côtés de Tayc, alors que Franck Boom officiera en tant que directeur musical.

Écouter la discographie de Tayc. THE RED BULLETIN


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FRANCK BOOM DIRECTEUR MUSICAL DE TAYC DEPUIS 2019, FRANCK BOOM SERA EN CHARGE DE LA COORDINATION ARTISTIQUE DU RED BULL SYMPHONIC POUR LE CHANTEUR. RENCONTRE AVEC UN PASSIONNÉ QUI GÈRE TOUT D’UNE MAIN DE MAÎTRE.

LE MAESTRO Texte Ouafae Mameche Photos Alex Brucato THE RED BULLETIN


CULTURE Batterie, clavier, guitare, basse… Franck a plus d’une corde à son arc, et surtout : la vision !

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CULTURE

ncore mal connu en France, le métier de directeur musical consiste à coordonner la prestation des musiciens sur scène, en adéquation avec l’artiste et les arrangements décidés en amont. Un métier qui nécessite de bonnes connaissances de tous les corps artistiques, mais également des qualités humaines comme l’écoute et la créativité. Des atouts que possède Franck Boom, musicien multi-instrumentiste ayant travaillé avec Amel Bent, Matt Pokora, Shay, Clara Luciani, Dadju ou Angèle. Celui qui se dit « ne pas être trop vocal » est revenu sur son cheminement, ses méthodes de travail et le show qu’il prépare avec Tayc pour Red Bull Symphonic.

DE L’ÉGLISE À LA SCÈNE

L’histoire d’amour entre Franck Boom, 39 ans, et la musique débute au sein de l’église qu’il fréquente depuis sa jeunesse, à Ivry-sur-Seine. Il s’y prépare un concert tous les dimanches, « avec minimum 300 et jusqu’à 1 000 personnes pour certaines églises. Il y a une Boule Noire ou une Scène Bastille chaque semaine », expliquet-il. Les fidèles deviennent alors musiciens, techniciens ou chanteurs, suivant leurs compétences et leurs caractères. Et Franck était bien souvent celui qui prenait le lead de l’équipe en gérant « les répétitions, les arrangements et la communication avec tout le monde », détaille-t-il. Le jeune homme s’essaie d’abord à la batterie et au clavier, avant de devenir un guitariste/bassiste confirmé. S’engageant pleinement dans sa passion, il en a délaissé les études. « J’avais le choix entre une épreuve d’histoire-géo du bac et une répétition, et j’ai choisi le concert. Mon père a pété un câble », se souvient Franck en souriant. Par la suite, il trouve un job alimentaire pour continuer la musique en tant que videur, devenant même « membre de la sécurité de Shy’m quand elle était au sommet ». Le musicien autodidacte ne regrette rien de ses choix, sa passion est devenue son métier, c’était écrit. Franck a par la suite été bassiste pour le Rimshot Crew, un groupe mené par le guitariste Joon Switon, qui faisait office de directeur musical. Boom découvre THE RED BULLETIN

alors les facettes d’un métier où la confiance est primordiale. « Ce n’est pas forcément toi le meilleur, mais ton équipe te fait confiance pour mener à bien ta mission. S’il y a un truc négatif ou positif qui se passe, c’est à toi de le gérer. » Fasciné par cette place pivot, Franck s’intéresse aux figures américaines car en France, pas d’autres modèles à l’horizon. « On s’auto-gère, chacun propose ses idées. Les gars me faisaient confiance, je parle aussi bien avec l’artiste qu’avec les musiciens, j’arrive à allier les deux mondes et j’ai de bonnes idées. Donc ça se faisait comme ça, sans mettre de nom précis sur ce métier », raconte-t-il. Sa ­carrière est donc lancée.

UN MÉTIER D’ORFÈVRE

Franck Boom slalome entre instruments, arrangements et accompagnement, du hip-hop à la variété en passant par la pop – il est le bassiste de M. Pokora depuis son Red Tour en 2015. Au fur et à mesure des rencontres et des performances, il est de

plus en plus sollicité. « On me contacte pour accompagner un artiste ou pour monter une équipe entière de musiciens. Et comme on se connaît tous, on a voulu créer un collectif. » C’est comme ça qu’en 2016 est née MMBS (Music Made to Be Shared), la première agence de booking de musiciens en France. La même année, Boom performe pour la première fois au Stade de France, aux côtés de Gims. Sa force ? Être issu de cette culture et connaître les références de la black music et du hip-hop. « Je sais comment jauger, comment mettre en avant la formation rap et un peu moins le live. C’est ma force de mettre en avant le rap », déclare-t-il. Il y a eu un avant et un après le Fuego Tour de Gims pour ce directeur musical dont la notoriété et celle de son collectif ont connu une belle croissance. En 2025, MMBS a collaboré avec ­Genezio, Shay, les Flammes, que ce soit avec la présence de musiciens sur scène ou en préparant les arrangements en amont. Pour le Vélodrome du rappeur Alonzo, par exemple, Franck Boom a arrangé la totalité du show, en suivant la volonté du Marseillais de moderniser ses morceaux. « À la base, j’avais fait un truc un peu plus épique pour l’entrée sur scène à cheval, plus Avengers. Mais Alonzo voulait que je le rende plus dark, plus viking. Je suis allé dans son sens et tout le monde était émerveillé », poursuit Franck. Et depuis plusieurs années, c’est aux côtés de Tayc que Franck Boom développe sa vision artistique.

AFRO ET CLASSIQUE

Franck Boom découvre Tayc en 2018. Pas encore en pleine ascension, l’artiste n’avait sorti qu’un seul EP et son premier album Fleur froide n’arrivera qu’en 2020. Mais planait déjà dans l’air un parfum de réussite : « Il savait très bien chanter, il avait cette culture R&B, de bonnes productions et un bon flow. C’était rare. Tous les feux étaient au vert », explique Franck. Leur collaboration débute lors d’un concert au Trianon du chanteur en 2019. Lorsque Red Bull propose à Tayc de participer à l’expérience Symphonic, il se demande si ses titres ne seront pas totalement changés, voire ralentis. Franck le

« IL SAVAIT TRÈS BIEN CHANTER, IL AVAIT CETTE CULTURE R&B, DE BONNES PRODUCTIONS ET UN BON FLOW. C’ÉTAIT RARE. TOUS LES FEUX ÉTAIENT AU VERT. » FRANCK AU SUJET DE SA RENCONTRE AVEC TAYC


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Franck Boom à la basse, au théâtre ­a ntique de Vienne pour le concert de TAYC, juillet 2025.

« À LA BASE, J’AVAIS FAIT UN TRUC UN PEU PLUS ÉPIQUE POUR L’ENTRÉE SUR SCÈNE À CHEVAL, PLUS AVENGERS. MAIS ALONZO VOULAIT QUE JE LE RENDE PLUS DARK, PLUS VIKING. » r­ assure grâce à son rôle de directeur musical le jour J : « On gardera quand même le band hip-hop aux côtés des quarante musiciens de l’orchestre, et il y aura des arrangements. » Franck Boom est sûr de lui, c’est lui qui donnera la direction musicale à tout ce beau monde, même s’il s’agit d’une première, « surtout avec un orchestre aussi grand », dit-il. Franck choisit alors lui-même son équipe, dont l’arrangeur, un rôle indispensable pour une ré-orchestration. Le processus de travail se déroule ainsi : Boom

donne sa vision pour chaque titre afin que son acolyte écrive les partitions. Ils présentent ensuite leurs choix au chef de ­l’Orchestre Lamoureux afin qu’il confirme ou non la possibilité des musiciens de les jouer comme souhaités. Avant de faire valider le tout par Tayc et de débuter les répétitions. L’une des visions du directeur musical a été d’ajouter à la formation un joueur de kora, cet instrument traditionnel à cordes d’Afrique de l’Ouest, ainsi qu’un ordinateur. « Au début d’un morceau, il y a sou-

vent un tag ou un mot qui font qu’on reconnaît directement le titre. Je garde ces éléments qui seront joués par l’ordinateur. Le but, c’est quand même d’emmener les gens avec toi dans un concert. » Les titres pourront donc être rejoués tels quels, sans ré-orchestration complète, ou proposés dans de nouvelles versions. Concernant la setlist, c’est Tayc qui l’a choisie, « 50 % en fonction des envies du public et 50 % en fonction de ses propres goûts ». « Il a vraiment envie de se faire kiffer », ajoute Franck. Artiste productif possédant un répertoire riche que le grand public ne connaît pas forcément, Tayc a sélectionné des morceaux plus anciens et peu performés sur scène. « On va par exemple jouer Philip Morris, sorti en 2017. Ça va être une expérience pour le public qui va découvrir un texte dans des sonorités différentes. » Le Red Bull Symphonic de Tayc se veut un véritable mélange entre la musique afro et la musique classique, et pour cela, des concessions doivent être faites. « Il y a des titres où ça sera surtout le band qui jouera, d’autres où ça sera l’orchestre, et d’autres où ça sera plus équilibré », explique Franck. Les sonorités afros, omniprésentes dans les titres de Tayc, ne pourront pas être rejouées par l’orchestre, mais plutôt par l’ordinateur ou le groupe. « On pourra retirer une sonorité ou un instrument pour un autre. Peut-être que sur un morceau avec de la kora, on enlèvera la guitare parce que ces deux instruments sont un peu similaires. » Franck Boom donne l’exemple de Toxic Boy, un morceau « hyper deep » sur lequel l’orchestre aura toute la place pour s’exprimer, « quitte à enlever toute la prod et que le public ne reconnaisse pas le morceau ». De même, Le Temps aura une version totalement différente. Pour Franck Boom, ce concert sera ­vraiment à part car tout a été pensé comme une première fois. « Qui sait, le show pourra peut-être être réutilisé après ça t­ ellement il est unique… » IG : @boom2music THE RED BULLETIN


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BARACK ADAMA

MUSIQUE COLLECTIVE Texte Dolores Bakela THE RED BULLETIN

IYAD BGX

L’ANCIEN MEMBRE DU GROUPE SEXION D’ASSAUT POURSUIT UNE CARRIÈRE DE PRODUCTEUR À L’IMAGE DE SON ­PARCOURS : SUR LE DEVANT MAIS SURTOUT DERRIÈRE LA SCÈNE. À L’OCCASION DU RED BULL SYMPHONIC, OÙ JOUE TAYC, L’UN DES ARTISTES DE SON LABEL, IL R ­ EVIENT SUR SON PARCOURS.


CULTURE

THE RED BULLETIN


uelque part dans les Hauts-de-Seine, le rendez-vous est pris avec l’ancien membre du groupe mythique Sexion d’Assaut. On ne s’attend pas à ce qu’Adama Diallo aka Barack Adama, 39 ans, a ­ rrive à l’heure. Avant la rencontre, on s’imagine l’homme occupé, donc pressé, on sait vaguement qu’il ne vit plus en France depuis cinq ans et il ne fait pas mystère de ses obligations familiales. Son fief accueille ses activités, dont celles de son label, le bien-nommé H24 ; on n’est donc pas étonné de croiser tout le monde sauf lui. À commencer par Yaya, son fidèle acolyte, qui le suit dans ses péripéties rap depuis le début. L’homme de la situation a la discrétion nécessaire pour être les yeux et les oreilles de Barack Adama. À un autre endroit de la pièce, les artistes maison Abou Tall et Warren Saada devisent, fraîchement débarqués d’un voyage au Brésil. On est ravi d’apprendre que le premier, ancienne moitié de The Shin Sekaï, groupe formé avec Dadju, continue de vivre des choses intenses et belles tant sur le plan personnel qu’artistique, avec le sillon qu’il creuse dans sa réinterprétation personnelle de la bossa nova. Le second, qui nous avait attrapé l’oreille avec son morceau sentimental Sans toi et fera son premier Olympia en 2026, nous donne un premier aperçu de ce que sa collaboration avec Barack Adama lui a apporté : « Un truc en plus pour convertir ce qu’on avait amorcé. » THE RED BULLETIN

CULTURE

« JE SORS D’UNE FORMATION, OÙ IL Y AVAIT UN VRAI TRAVAIL D’ÉQUIPE UN PEU COMME AU FOOT. JE TRAVAILLAIS POUR LES AUTRES MAIS QUAND J’AI DÉCIDÉ DE BOSSER POUR MOI, JE NE SAVAIS PAS QUI J’ÉTAIS. »

IT’S A FAMILY AFFAIR

À eux deux, ils incarnent bien la patte que Barack Adama a apposée sur l’industrie et dans la musique depuis ses débuts, il y a plus de 25 ans (!) : musicalité, nouveauté, fidélité. On comprend mieux aussi la symbolique de l’endroit où l’on se tient quand le taulier débarque enfin avec une partie de sa petite famille, où l’on rêve de projets qui maillent le monde, un antre familial d’où l’on peut créer des œuvres qui touchent, pour certains, des millions de personnes. Être ici et là-bas, Barack Adama n’a pas tranché et évoque, à notre demande, cette vie qu’il mène désormais au Sénégal, dont il est originaire via son père. Il y a vécu entre ses 18 mois et ses 3 ans, s’est régulièrement rendu au village et y a passé tous les étés de son enfance et de son ­adolescence, pour finalement s’y installer il y a cinq ans ; ce faisant, il a réalisé à la fois un rêve d’enfance et un objectif familial de longue date. « Je ne voulais pas partir tout de suite mais mon épouse m’a convaincu. La pandémie nous a montré qu’on pouvait bosser à distance. On construisait des projets, faisait des ­réunions, en étant tout aussi efficaces. »

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Tayc (à gauche) en compagnie de Barack Adama, son plus fidèle collaborateur. THE RED BULLETIN


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« MA VIE A LONGTEMPS ÉTÉ D’ACCOMPAGNER DES ARTISTES, JE CONNAIS LEURS ÉTATS D’ÂME, LEURS PEURS, LEUR TRISTESSE ET JE SAIS LES CONSEILLER. J’AI D’AILLEURS COMME PROJET DE METTRE EN PLACE DES CELLULES PSY POUR LES SOULAGER. » THE RED BULLETIN


CULTURE

C’est à la faveur du succès avec son ancien groupe qui les entraîne en tournée, qu’il redécouvre son pays. « Tafa, l’organisateur du concert de la Sexion est très panafricain. Il insistait beaucoup sur le “retour des compétences”. Chaque année ou presque, j’y retournais car il avait réussi à semer une graine dans ma tête ; j’y restais dix jours, mais ce n’était jamais assez pour ne pas culpabiliser. » Un choix pesé, qu’il admet ne pas regretter aujourd’hui, mû par son désir de « vivre une autre vie ». Le futur lui donnera tort.

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AFRICA IS NOW

À force de bosser avec Iss 814, figure de proue de la nouvelle scène rap sénégalaise, et de la Dakar trap, « je me suis pris au jeu et aujourd’hui je suis associé avec Tafa pour produire son album». ­Barack Adama accomplit l’étrange aventure de passer de la lumière à une ombre relative. De là, il continue de soumettre ses efforts en solo au public, avec des titres qui ­pavent son cheminement, retour à luimême, loin du rap pur de ses débuts, comme récemment Cefor et Sans forcer. Aujourd’hui, l’homme se définit volontiers comme producteur, il se sent complètement à sa place et sait bien définir son rôle : « J’aime beaucoup m’associer et apporter une plus-value là où je vois qu’il y a déjà quelque chose en place. » Cette démarche existe en réalité depuis des années ; on peut même affirmer qu’elle a toujours été son mode de fonctionnement. « Je sors d’une formation, où il y avait un vrai travail d’équipe un peu comme au foot. Je travaillais pour les autres. Ce qui fait que quand j’ai décidé de bosser pour moi, je ne savais pas qui j’étais. J’ai eu besoin de temps pour me trouver pendant que je me consacrais à ma carrière d’artiste. J’ai trouvé un bon équilibre dans mon travail : j’ai d’abord passé un ou deux ans à travailler sur moi et sur mon art. Puis j’ai ressenti le besoin de revenir en coulisses, aux côtés des artistes, comme me le permet mon métier de producteur – tout en gardant à l’esprit qu’être artiste, c’est un véritable métier. C’est avoir un public qui t’aime, et en prendre soin et le nourrir avec ta musique… Être une star, c’est du boulot. » L’artiste a publié plusieurs opus en son nom, depuis le milieu des années 2010. Il a aussi connu des moments moins simples et des frustrations dans sa carrière. Celui qui a l’âme d’un chef et a à cœur de veiller sur celles et ceux qu’ils souhaitent accompagner sait ce que c’est que d’être exposé, voire « jugé » en ­permanence. « Ma vie a longtemps été d’accompagner des ar-

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« JE SUIS TRÈS FAN DE TAYC ; IL REPRÉSENTE TELLEMENT LE LABEL : ACHARNÉ DE TRAVAIL, DISCIPLINÉ, INSPIRÉ ET DUR AVEC SES ÉQUIPES POUR AVOIR DU RÉSULTAT, SURTOUT SUR SCÈNE. »

tistes. Je connais leurs états d’âme, leurs peurs, leur tristesse et je sais les conseiller. J’ai d’ailleurs comme projet de mettre en place des cellules psy pour les soulager. » On le sait peu ou on l’oublie, mais il a œuvré sur les premiers albums de Gims et de Black M, contribuant au succès du lancement de la carrière solo de ses amis et anciens membres de groupe. Chez ­Barack Adama, on maîtrise toutes les strates d’une identité artistique. « Depuis petit, je m’occupe des autres. Dans mon quartier, on m’appelait l’assistante sociale ! J’ai toujours bossé pour les humains : c’est devenu mon travail. »

UN CONSTRUCTEUR

Si Barack Adama a toujours su qu’il allait avoir un grand avenir, il n’avait pas misé sur une carrière florissante de producteur. « Je voulais juste faire de la musique et de la bonne, mais moi, je me voyais aussi en groupe. La réalité de la vie, c’est aussi que chacun a son propre rêve. Quand je l’ai réalisé, il a fallu que je me réinvente. Je n’aime pas travailler pour quelqu’un, parce que j’ai toujours vendu, fait du commerce. Mon père m’a mis dans la tête qu’il fallait que je sois riche !, poursuit-il. Il me faisait des master­-class après chaque bêtise, se souvient Adama, issu d’une fratrie de onze frères et sœurs. Chez moi, il n’y avait pas de place pour l’échec ! » Du côté maternel, guadeloupéen, il ne se souvient pas d’une guerre de transmission, car « ma mère était très pacifiste, pas revendicatrice ». Il a visité la Guadeloupe. Là-bas, il ne ressent pas le même attachement qu’avec le Sénégal. Pourtant, il a découvert cette atmosphère festive des samedis soirs, où l’on dansait et écoutait du zouk. » Et de revenir sur la Sexion d’Assaut, « du passé ! », mais il garde des liens avec ses anciens comparses de La Sexion d’Assaut, ceux « du passé ! » : « Voir Gims qui fait des sons en ce moment et qui squatte les premières places, ça me fait plaisir, je suis heureux pour lui ! » Au point de rejouer et de participer au retour maintes fois évoqué et enterré du crew ? « Ah non ! M’oublier, m’occuper des autres, c’est fini ! Ou alors, il faut que ça me ­rapporte », lâche-t-il mali-

cieusement. Sa collaboratrice le regarde en souriant. « En vrai, c’est tout sauf un capitaliste ! », soupire-t-elle. Focus donc sur l’avenir. Dérouté de ses projets de tranquillité au Sénégal, Barack Adama ne chôme pourtant pas. Pis, comme à son habitude, il travaille pour apporter sa plus-value, avec un nouveau cheval de bataille musical : l’afrobeat. Le genre musical correspond à sa vision de l’Afrique. « Quand c’est arrivé, j’en suis tombé raide dingue ! » Même si Rema est numéro un dans ce domaine, Adama confie qu’il n’a pas été vraiment impressionné par lui dernièrement, avec un sentiment de flottement. Pour lui, « on est encore dans l’attente de la personne qui va amener un petit vent de renouveau ». Ses observations sur la scène sénégalaise « en pleine mutation », qui va de la musique moderne à la tradimoderne, sont vécues de l’intérieur. « Le Sénégal est dans une démarche de “par nous pour nous”. Un jour, on est allés à un événement caritatif avec la mère de Tayc. Quand les mecs parlaient, ils ne le faisaient qu’en wolof. Ils ont du mal à s’exporter… Ce sera plus long pour eux que pour les artistes de Côte d’Ivoire (où on chante en français, ndlr) ! » À l’aube du Red Bull Symphonic, celui qui est devenu l’un des artistes phares de l’événement – un chantre d’un R&B afro parfois un peu trop osé –, et qui a récemment annoncé vouloir faire une pause dans sa carrière, va tout de même performer ; Barack Adama est confiant quant au résultat. « Je suis très fan de Tayc ; il représente si bien le label : acharné de travail, discipliné, inspiré et dur avec ses équipes pour avoir du résultat, surtout sur scène », dit-il sans tarir d’éloges sur celui avec qui l’aventure a commencé avant qu’il ne devienne son producteur. « J’irai à ce concert avec l’envie de me laisser surprendre... J’attends la claque ! » Barack Adama a la bougeotte : il cherche à vivre des aventures avec les siens et ne s’en cache pas. Il est à l’affût de son prochain challenge. « Je ne suis pas un compétiteur, je suis plutôt un constructeur. Il y a tellement à faire que je ne peux pas dire que j’en ai terminé », conclut-il. THE RED BULLETIN


ÉLECTRO CHOC

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Des DJ stars à la viralité de TikTok, des clubs survoltés aux collectifs ­fédérateurs : la fête électronique n’a ­jamais autant brillé ni autant vacillé. Texte Chloé Sarraméa Illustration Marine Barbaud

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CULTURE

LA NUIT EN MUTATION THE RED BULLETIN


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Face à la recrudescence des affaires de violences sexistes et sexuelles au moment où la musique électronique devient une industrie de plus en plus main­stream, une résistance s’organise. Collectifs engagés, lieux inclusifs, artistes militant·e·s… Ils et elles incarnent sans doute l’un des derniers bastions de la liberté.

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ans la première partie de cette enquête, nos interviews révélaient combien le monde de la nuit a été bouleversé par les conséquences économiques du Covid et les réseaux sociaux. Devenue un hashtag à 13,4 milliards de vues sur TikTok, la musique électro explose en ligne où elle est récupérée par la pop, tandis qu’en France, elle souffre du manque d’aides pour investir des lieux festifs et a été salie par des affaires de racisme et d’agressions sexistes et sexuelles. Pourtant, certain·e·s rêvent d’un nouvel idéal. Plus proches des valeurs initiales du mouvement, iels inventent une autre fête : moins rentable, plus militante, souvent précaire, mais surtout animée par l’envie de faire du dancefloor un lieu d’émancipation, de soin et de lutte.

« On avait envie de dire aux directeurs artistiques qui se justifient de ne pas programmer de femmes parce qu’il n’y en a pas assez : « Les voilà, elles existent. » Camille Mathon, programmatrice de Girls Don’t Cry THE RED BULLETIN

La fête comme nouvel idéal militant Fin avril 2025, le DJ Fantasm fait le buzz sur la toile. La star de la hard techno aux près de 400 000 abonné·e·s sur Instagram est programmée au festival Dour… et presque aussitôt déprogrammée. La raison ? Les accusations d’agressions sexistes et sexuelles dont il fait l’objet. « Lorsque notre communauté s’émeut à ce point de la programmation d’un·e artiste, nous ne pouvons que nous remettre en question », a écrit le comité organisateur sur les réseaux sociaux, forcé de réagir face à la vague d’indignation qu’a suscité l’ajout de son nom au line-up. De plus en plus fréquents dans la scène électro, ces mêmes questionnements perturbent les lignes d’un milieu qui doit prendre à bras le corps, depuis plusieurs années, les affaires de violences sexistes et sexuelles et les accusations dont de nombreux membres font l’objet. Apparus dans le sillage du mouvement MeToo au mitan des années 2010 et devenus un sujet majeur des années 2020, les enjeux d’inclusivité et de féminisation des luttes contre les violences sexuelles s’imposent dans les lieux festifs, d’abord par une réappropriation symbolique des corps. « On a vu beaucoup de femmes se mettre seins nus dans certaines soirées safe. À La Station, par exemple. Il y avait aussi beaucoup de séries photo montrant hommes et femmes dansant torse nu. C’était vraiment nouveau. Une forme de revendication de liberté corporelle, dans des soirées bien ciblées », explique Jean-Yves Leloup, journaliste spécialisé et auteur de Techno 100 (aux éditions Le mot et le reste). L’amélioration des espaces nocturnes s’impose peu à peu comme une urgence. « Le monde de la fête a beaucoup de côtés cool, mais il y a aussi des expériences pénibles. [...] Il est nécessaire de réfléchir à des solutions pour que nos espaces, censés être festifs, le soient réellement pour tous·tes », pointe la DJ Paloma Colombe, qui raconte à l’été 2023 le harcèlement qu’elle a subi lors d’une performance dans


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un club parisien. Devenu viral, son post Instagram pousse la presse française à s’intéresser à la question des violences sexistes et sexuelles dans le milieu de la musique électronique – elle qui faisait déjà état, en 2022, d’une vague d’attaques à la seringue ayant touché plus de 800 personnes en moins de huit mois, dont 80 % de femmes (comme le souligne le média StreetPress dans leur vidéo Seringues, GHB, boites de nuit). Semant la peur et la méfiance, ces agressions font réagir, tandis que certaines professionnelles du monde de la nuit travaillent depuis longtemps sur ces questions. Elles s’inscrivent, selon elles, dans un continuum de violences multiples (morales, symboliques ou ­physiques) à l’œuvre au sein d’un milieu encore et toujours régi par un « boys club » qui fait régner l’omerta. La Petite, association toulousaine d’organisation d’événements de musique électronique fondée en 2004, amorce dès 2015 une réflexion autour de l’égalité des genres au sein des espaces festifs. « Quand on a commencé à y réfléchir, on s’est rendu compte qu’elle n’était pas du tout intégrée dans nos pratiques – on programmait très peu de femmes », raconte Camille Mathon, l’une de ses membres. Le collectif lance alors des soirées paritaires et développe le média Girls Don’t Cry pour donner de la ­visibilité aux artistes femmes : « On avait envie de dire aux directeurs artistiques qui se justifient de ne pas programmer de femmes parce qu’il n’y en a pas assez : “Les voilà, elles existent.” » Cette démarche résonne avec celle de Sarah Gamrani, DJ et chanteuse, membre du duo Pureblast, qui s’interroge dès 2021 sur l’expérience des personnes minorisées dans les lieux festifs : « Quand j’ai commencé à mixer, je me suis demandée comment retourner à la fête post-Covid. Et si on le faisait, ­comment tout transformer positivement? » De cette initiative naît le collectif Au-delà du club, qui compte

aujourd’hui quatre participantes et s’est associée à Réinventer la nuit – un réseau d’entraide et d’outils ­pensés par et pour les DJ et professionnel·le·s du secteur musical. Ensemble, elles organisent des cercles de parole : « J’en ai parlé plusieurs fois lors de ces rencontres. En tant qu’artiste, j’ai souvent été ignorée par les équipes techniques masculines. On ne s’adressait qu’à mon binôme masculin. Cela impacte profondément ma performance », confie-t-elle. Le collectif dresse un inventaire de solutions pour corriger la sous-représentation des femmes, alors que seulement 14 % étaient programmées en festival en 2019 (selon L’état des lieux sur la présence des femmes dans la filière musicale, du CNM, édition 2025). Pour Laure Togola, co-fondatrice d’Au-delà du club et DA de La Boule Noire, « il faudrait surtout renouveler les programmateurs pour avoir un impact direct, à la fois sur les publics et les programmations ». Depuis, des progrès sont observés : en 2023, le taux de femmes programmées atteint 29 %, et des dispositifs comme Future Female Sounds, communauté née à Copenhague et lancée en France dès 2021, favorisent ­l’accès au DJing pour les femmes et personnes non-­ binaires, tout comme More Girls Behind Decks, une initiative bien plus récente. Au Pays basque, le

« À Essaim, quand les gens ­attendent dans la queue pour ­entrer, on leur fait un brief. On leur présente nos ­valeurs et ce que l’on ne tolère pas. » Brice Coudert, fondateur et directeur artistique d’Essaim

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c­ ollectif Moï Moï initie les femmes au mix pour enrichir la scène locale. « Notre structure a toujours été très paritaire. On était plutôt une bande de nanas aux postes clé !, se souvient Jeanne Boulart, co-fondatrice de la structure. Avec la nouvelle génération arrivée en 2019, on a ressenti le besoin d’espaces plus safe et de créer un cycle de formation. » Grâce aux formations dispensées par des associations comme Consentis – qui laissent des affiches de prévention dans les loges et les toilettes des clubs –, la question de l’accueil des personnes minorisées dans les lieux festifs est devenue une priorité pour

« Avec les années, un travail colossal a été fait par Anaïs Condado, ­l’ancienne directrice artistique. Elle s’est emparée de ce sujet avec tous·tes les employé·e·s, a écrit une charte, élaboré un protocole, créé un poste de physio… » Camélia Moghaddam, physionomiste au sujet de la prévention et de la sécurité à La Machine du Moulin Rouge THE RED BULLETIN

nombre d’établissements. Certains d’entre eux ouvrent d’ailleurs des postes dédiés à la sécurité des fêtard·e·s à l’intérieur des clubs. On les appelle les « responsables safety » – ou même parfois les « anges gardiens ». En CDI à Essaim ou à La Machine du Moulin Rouge, iels sont formé·e·s à la réduction des risques liés à la consommation de drogues (RDR) et sensibilisé·e·s aux violences sexistes et sexuelles. « Aujourd’hui, ce n’est plus juste un truc en plus. À Essaim, quand les gens attendent dans la queue pour entrer, on leur fait un brief. On leur présente nos valeurs et ce que l’on ne tolère pas », explique Brice Coudert, directeur artistique du lieu. Encore largement externalisés, les services de sécurité demeurent un rouage essentiel du bon déroulement des soirées – souvent même le seul garant du bien-être des fêtard·e·s à l’intérieur du club. Dans un contexte où «les gens sont [très] violents dans leurs gestes », comme le constate Patrick, chef de sécurité à La Machine du Moulin Rouge, ces fonctions restent pourtant précaires. Les agent·e·s cumulent fréquemment plusieurs emplois, enchaînant parfois avec un travail de jour après leur service de nuit. Dans ce contexte, quelques lieux pionniers ont fait de l’accueil une priorité. Avec une capacité de plus de 1 200 personnes, la gigantesque Machine du Moulin Rouge, l’une des plus vieilles discothèques de France, a internalisé l’ensemble de son service de sécurité. Elle est un exemple en matière de safety au sein de ses espaces. « Quand j’allais là-bas, plus


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jeune, ce n’était pas un lieu particulièrement safe pour moi. Avec les années, un travail colossal a été fait par Anaïs Condado, l’ancienne directrice artistique. Elle s’est emparée de ce sujet avec toutes et tous les employé·e·s, a écrit une charte, élaboré un protocole, créé un poste de physio… Là-bas, les équipes sont majoritairement composées de femmes et de personnes queer, c’est rarissime ! Ça se ressent énormément dans la manière dont le lieu est structuré », note Camélia Moghaddam, physionomiste passée par d’autres structures parisiennes dont le Sacré (Paris IIe) et Fawa (Paris XIXe).

Précarité et dancefloors plus inclusifs En 2024, le syndicat Culture Nuit obtient du CNAPS (Conseil national des activités privées de sécurité) la publication d’une fiche pratique sur la palpation de sécurité, notamment pour les personnes transgenres. Une décision initiée par La Station – Gare des Mines, tiers-lieu culturel du XIXe arrondissement, qui avait signalé un flou juridique sur ce point. Désormais, une personne trans peut choisir le genre de l’agent·e chargé·e de la fouille. Ouvert en 2016 par le collectif MU, ce lieu très identifié LGBTQ+ et prisé par les publics minorisés s’est imposé comme un modèle de réussite artistique et sociale. « C’est le meilleur club de Paris », affirme le DJ queer Broodoo Ramses. Dans le cadre de cette enquête, associations, collectifs et artistes citent tous et toutes ce lieu né d’une convention avec la société SNCF Immobilier comme un exemple de succès incomparable : un lieu libre, inclusif et profondément accueillant. « La Station a ouvert les portes à tout le monde – et notamment à Fawa – pour rêver du possible. Ils donnent leur chance à des jeunes encore fragiles, mais très ambitieux », souligne DJ Monique. Interrogé sur le rayonnement du lieu, David Georges-François, co-fondateur du collectif MU, revient sur les débuts de La Station : une friche ferroviaire reconvertie, à la frontière d’Aubervilliers, à proximité des campements d’exilé·e·s et des usager·ère·s de crack. « Cette période a marqué beaucoup de monde. Ça a été une aventure collective assez dingue, avec plein de difficultés bien sûr – et encore aujourd’hui – que ce soit au niveau économique ou en interne. On sentait que le lieu devenait un refuge. Ce n’était pas cher, safe, avec une programmation défricheuse mais pas chiante, exigeante mais festive. Une famille s’y est improvisée. » La Station incarne l’émergence d’un nouveau type d’espace : les tiers-lieux. À la croisée de la culture, du social et du politique, ces territoires hybrides favorisent la mixité des pratiques artistiques, proposent des tarifs accessibles et revendiquent une gestion collective. « Ce sont des espaces de liberté qui n’existaient pas encore à Paris », résume David Georges-François. Illa Giannotti, co-fondateur du ­collectif queer Sœurs Malsaines, explique pourquoi son crew s’est tourné vers La Station : « Là-bas, tout est consacré à la création. Leur objectif n’est pas financier. On y organise des soirées avec Coucou Crew, une asso d’aide aux exilé·e·s. On prépare les événements avec les jeunes : ateliers dédiés au mix, scénographie, performances… Il y a une vraie ambiance familiale. » D’autres lieux au bord du péri-

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« Nous avons tenu bon. Contre la spéculation, contre l’aseptisation des espaces, contre l’invisibili­ sation des cultures populaires et militantes. Mais notre modèle ­économique est en tension. » La Flèche D’or

phérique comme Virage ou Kilomètre25 s’en sont inspirés, misant eux aussi sur les espaces extérieurs ou les événements en journée – mais dans une optique plus commerciale, avec des programmations de stars aux cachets élevés. Situés dans les quartiers populaires de l’Est parisien, La Station, Fawa, La Flèche d’Or ou Le Sample perpétuent une vision politique de la fête. On y croise celles et ceux pour qui danser, organiser, programmer reste un acte militant, un prolongement des luttes sociales, un miroir d’une société qui cherche à se réinventer. Lors d’une after de Fawa organisée par le collectif Sous tes reins, on pouvait voir Félix Maritaud, acteur queer engagé de 120 battements par minute, servir des verres au bar. « Les chiottes de La Station, c’est la plus grande vitrine politique d’extrême gauche de France ! », lance DJ Monique. À La Flèche d’Or, la DJ militante Paloma Colombe retrouve un lieu « qui partage toutes [ses] valeurs ». Mais faire vivre ces espaces implique des compromis. Souvent peu rémunéré·e·s pour leurs engagements militants, des DJ acceptent des partenariats commerciaux pour financer leurs projets. « Je peux mixer pour une marque, puis jouer bénévolement à La Flèche d’Or pour soutenir le collectif des jeunes du Parc de Belleville », confie l’une des fondatrices de Réinventer la nuit. Malgré des loyers bas, de nombreux tiers-lieux restent économiquement fragiles. Le centre culturel


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« La Station a ouvert les portes à ­tout le monde – et notamment à Fawa – pour rêver du possible. Ils donnent leur chance à des jeunes encore ­fragiles, mais très ambitieux. » DJ Monique

et restaurant solidaire Fawa, ouvert en 2023, vient d’annoncer se trouver dans une situation critique. Même constat à La Flèche d’Or, autre bastion festif et militant de l’Est parisien, qui a lancé un appel aux dons en mai 2025 via un post Instagram : « Depuis cinq ans, [le lieu] est un espace féministe, queer, antiraciste, solidaire, festif et politique. [...] Nous avons tenu bon. Contre la spéculation, contre l’aseptisation des espaces, contre l’invisibilisation des cultures populaires et militantes. Mais notre modèle économique est en tension. » À La Station, qui accueillait en 2022 l’after du défilé Balenciaga, 80 % des recettes proviennent de la billetterie, du bar et des privatisations, contre seulement 20 % de subventions publiques. Dans un secteur peu subventionné, soumis à des normes strictes et affecté par l’inflation, beaucoup de clubs font appel aux collectifs pour animer leur programmation. Un phénomène accentué par la nécessité de proposer des environnements plus sûrs aux publics minorisés. « En 2018, du fait de l’expérience de la discrimination au sein même des clubs, on a voulu créer des espaces pour pouvoir se mettre torse nu comme tout le monde. On a vite compris que le milieu de la nuit reproduisait les oppressions de la société », explique Illa Giannotti de Sœurs Malsaines, un collectif queer et féministe de 30 000 abonné·e·s sur Insta qui a effectué deux résidences au Rex Club. Dotés d’un public fidèle, les collectifs renouvellent aussi l’univers sonore des clubs avec des styles comme la ghettotech, un genre musical dance issu de la techno de Détroit où se mêlent house de Chicago et influences hip-hop, le jersey club, un breakbeat originaire du New Jersey, ou encore le shatta, un sousgenre du dancehall apparu en Martinique dans la seconde moitié des années 2010, qui résonnent désorTHE RED BULLETIN

mais dans les sound systems. La Creole, depuis 2018, fait rayonner les cultures du métissage et a ouvert la voie à des initiatives comme La Pulse, une soirée en mixité choisie ouverte aux personnes transmasculines et non-binaires. « En tant que femmes noires lesbiennes, on avait besoin d’un espace à notre image. Et de jouer la musique qu’on aime », expliquent Stencia et Mariana, programmant dancehall, hip-hop et R&B à La Machine. Mais les initiatives se multiplient sous différentes formes à l’instar de Preto Novo dont l’essence fait rayonner les musiques afro-diasporiques, « rassemblant des sonorités qui dialoguent avec l’atlantique noir » ou encore le collectif Headbutt qui offre un espace qui célèbre la techno et où chacun·e peut « être soi-même, sans jugement, tout en honorant la culture noire et en rejetant toute forme de discrimination ».

Repenser l’avenir des nuits électroniques À Paris, certains clubs comme La Machine ou le Rex confient une partie de leur programmation à des collectifs. À l’inverse, Macadam (Nantes) ou Essaim (Paris) misent sur une direction artistique incarnée, des prises de position fortes, et des tarifs accessibles (au bar comme pour les cachets des artistes). « Les clubs font appel à des collectifs pour sous-traiter leur travail. On appelle ça “collectif” pour que ça sonne humain, mais c’est le signe de la perte d’identité du club. Au Berghain (à Berlin, ndlr) ou à De School (à Amsterdam, ndlr), toute la programmation est faite en interne, c’est la seule manière de raconter une histoire », affirme Brice Coudert. Tandis que la musique électronique triomphe à l’international, les clubs, eux, traversent une profonde crise existentielle. Le public a changé : certains ne voient plus l’intérêt de sortir, d’autres recherchent des expériences inédites. À Essaim, Brice Coudert assume un virage de niche : “On propose une formule qui ne plaira, certes, pas à tout le monde, mais à ceux qui s’y intéressent vraiment.” À l’ère des méga festivals et des soirées dans des hangars bondés, l’heure est désormais au retour à l’intime… et aux sources. Le festival toulousain Les Siestes (Électroniques) invite ainsi quelques dizaines de personnes à passer la nuit allongées dans une chapelle. Proche de l’esprit originel de la teuf, le collectif Tweak Soundsystem installe son système son, hérité de la tradition dub anglo-saxonne et des free parties politiques et marginales, dans des lieux toujours différents, parfois éloignés de tout cadre festif. La salle parisienne La Boule Noire fait danser les gens jusqu’à 4 heures du matin sur des musiques instrumentales héritières du jazz. Plus près des valeurs fondatrices de la musique électronique – de communion, de partage et d’utopie collective – ces événements ne datent pas d’hier mais continuent de séduire un public de plus en plus large, lassé de devoir partager les espaces nocturnes avec des fêtard·e·s étranger·ère·s à leurs codes. Suffisent-ils seulement à redonner à la fête son genre idéal ? Sans cesse grappillé par l’industrie musicale, absorbé par les majors qui signent des artistes électro à la chaîne et investi par les milliardaires conservateurs qui rachètent les grands festivals et les plateformes de billetterie en ligne, le territoire du mouvement électronique, en même temps qu’il s’étend,


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semble se réduire. Il se redessine à l’image du marché, incarnant désormais une vision capitaliste de la nuit que de nombreux membres de la scène exècrent. Pour d’autres, pourtant, la lutte se poursuit. Discrète mais tenace, elle réside dans des gestes du quotidien, parfois invisibles, qui suffiront, si ce n’est à réinventer en mieux, à préserver ce qu’il reste d’utopiste dans la fête. Ils et elles sont DJ et utilisent les réseaux sociaux pour protester ou afficher leur soutien aux causes qui leur sont chères – au risque d’en être banni·e·s ou invisibilisé·e·s. Ils et elles sont artistes en développement, pas même encore capables de vivre totalement de leur musique, mais refusent de jouer pour des structures symboles d’oppression. Dans un monde où le capitalisme pervertit

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« En tant que femmes noires ­lesbiennes, on avait besoin d’un ­espace à notre image. Et de jouer la musique qu’on aime. » Stencia et Mariana, fondatrices de La Pulse

souvent la culture, les acteurs et actrices de la fête dressent leurs corps et leurs sons comme des remparts, offrant l’un des derniers bastions de liberté et d’imaginaire.


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Comment Boiler Room a changé l’histoire de la dance music Fondée en 2010 à Londres, la plate­forme de diffusion de DJ sets a bouleversé la musique électronique. En devenant une marque globale, peut-elle encore incarner l’esprit underground qui a fait sa force ?

Texte Chloé Sarraméa

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RAPHAËL CHÊNE

CULTURE

En 2023, la Boiler Room s’installait au ­Centquatre pour un week-end inoubliable.

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Le DJ et producteur portugais, Trikk, au Red Bull Music Academy x Boiler Room, ­Lisbonne, janvier 2014.

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HUGO SILVA/RED BULL CONTENT POOL

U

n soir de mars 2024, Arca est revenue dans sa ville natale de Caracas montrer au monde qu’elle est une icône. En mini bustier simili cuir, la reina autoproclamée regarde fixement la caméra tandis que tous les iPhones sont braqués sur elle et les trois armoires à glace qui la précèdent. La productrice de musique électronique expérimentale met ainsi en scène son couronnement : un DJ set face à une marée extatique qui peine à suivre le rythme de ses transitions cacophoniques mais aura l’honneur de dire qu’elle y était. Si elle ne cumule que 700 000 vues sur YouTube, la vidéo produite et diffusée par Boiler Room illustre à merveille la transformation de l’entreprise britannique de retransmission de DJ sets filmés : une machine à fabriquer des images virales et un outil de starification d’artistes de plus en plus obsédés par leur reflet. Il faut le dire : en quinze ans, Boiler Room s’est fait l’un des principaux responsables de cette obsession. La marque fondée en 2010 autour d’un concept assez simple – un plan fixe, un lieu, un DJ – a inventé une stratégie de communication unilatérale des DJ qui ­filment (presque) tous leurs sets pour exister sur les réseaux et espérer plus de bookings dans la vraie vie. Elle a ouvert la voie à toute une flopée de web­radios et de médias spécialisés qui se sont mis à programmer des performances retransmises sur le Net devant un fond coloré. Boiler Room a bâti un système de ­validation indéfectible dans une industrie de la musique électronique qu’elle a aussi contribué à fabriquer, enterrant à tout jamais les « J’y étais », sans photo ni vidéo à l’appui, qui suffisaient autrefois à ­asseoir la réputation des artistes. Mais si ce n’avait pas été elle, qui l’aurait fait ?

L’histoire remonte à 2010, quand Blaise Bellville, jeune professionnel de l’industrie musicale, veut transformer un entrepôt délabré de l’Est londonien en ateliers d’artistes. Il découvre une ancienne chaufferie – une boiler room, en anglais – et y installe des platines et une caméra bon marché. « Avec Femi (Adeyemi, futur fondateur de la webradio NTS, ndlr), Blaise nous a proposé de mixer, se rappelle Thristian Richards, collaborateur de Gilles Peterson sur BBC Radio 1. On a diffusé ça en direct sur Ustream. Dix ou vingt personnes ont regardé. On a trouvé ça génial ! » Le rendez-vous est donné chaque mardi à 19 heures. Boiler Room est né. Très connectés à la scène musicale londonienne, Blaise Bellville (encore aujourd’hui CEO du projet) et Thristian Richards invitent leurs proches, les jeunes DJ Mount Kimbie, James Blake, Ben UFO et Hudson Mohawke à jouer, chaque semaine, la musique club anglaise du moment (grime, garage, breakbeat, UK funky…) dans cet entrepôt dépouillé. Un jour, le roi de la house de Détroit Theo Parrish, de passage à Londres, se pointe à Boiler Room sans disque ni clé USB. Il improvise un mix avec quelques vinyles de la collection de Thristian Richards. « À partir de là, tout a changé dans la tête des gens. Quand ils ont vu Theo Parrish en freestyle devant les platines, tous les autres DJ ont voulu en être », analyse l’intéressé, ­directeur musical de la plateforme jusqu’en 2015. Richie Hawtin, Carl Cox, Seth Troxler… À mesure que le projet grandit, les intentions initiales changent. La direction musicale s’ouvre à d’autres genres, à de nouveaux profils d’artistes, parfois déjà très connus. Certains, comme Peggy Gou ou Kaytranada, y ont fait leurs armes. Boiler Room s’exporte et voyage à travers le monde en venant poser sa caméra à Johannesburg, Détroit, São Paulo, Tbilissi ou ­Beyrouth. Invitée par des salles ou des festivals, la marque offre un coup de projecteur sans précédent aux scènes locales souvent invisibilisées. « On n’avait rien investi de notre poche et on travaillait tous à côté

« À partir de là, tout a changé dans la tête des gens. Quand ils ont vu Theo Parrish en freestyle devant les platines, tous les autres DJ ont voulu en être. » Thristian Richards

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pour payer les factures. Le modèle économique n’était pas stable mais on a réussi à trouver des investisseurs, confie Thristian Richards. On était devenus tellement cool qu’on était invités aux quatre coins du monde et les marques nous appelaient pour poser notre logo dans leurs événements. » En moins de cinq ans, le public, d’abord à peine ­visible, devient le personnage central d’une performance musicale déjà bien codifiée. Autrefois composé de chanceux invités par les organisateurs, il doit désormais s’inscrire gratuitement sur une liste et être tiré au sort. On le place tout autour du DJ – ce qui donne naissance au fameux « dispositif Boiler Room », repris dans les clubs parce qu’il favorise un sentiment de proximité avec l’artiste jusqu’ici placé en hauteur, à distance de la foule. Les danses, les looks ou les comportements parfois loufoques attirent les curieux, parfois même insensibles à la musique électronique, et sont compilés sur une chaîne YouTube dédiée, People of Boiler Room. Les DJ, eux, voient le nombre de leurs followers exploser.

Un tournant mainstream et marketing

En 2015, le DJ français Teki Latex devient curateur de Boiler Room en France et à l’international. « Ça a été un sacré tremplin, à la fois pour les artistes qui jouaient et pour les programmateurs », se rappelle-til. L’entreprise n’a pas dix ans d’existence, et on sent qu’elle commence à ouvrir – peut-être trop – son spectre musical. Elle fricote avec l’industrie et renforce son modèle économique en faisant notamment payer les tickets d’entrée à ses événements. « Les managers, les RP, les bookers… Tout le monde a voulu sa part », admet Thristian Richards. Des DJ d’EDM (musique électronique très commerciale) y font de plus en plus d’apparitions, comme Skrillex en 2016, tandis que des jeunes collectifs prometteurs ont de

« Ils se sont dit : “Tout le monde se bat pour nous avoir. On va se servir du nom, le mettre sur un flyer et in­vestir des endroits immenses parce que la marque est trop forte.” » Teki Latex

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plus en plus de mal à y être programmés. « J’ai voulu organiser une Boiler Room avec La Créole. J’ai senti que ça allait être très compliqué : il fallait que ce soit gratuit et ça n’allait pas aux équipes », regrette Teki Latex. Adieu la webcam scotchée au mur. À la fin des années 2010, Boiler Room, c’est toute une équipe technique qui se déplace avec plusieurs caméras pour filmer une soirée. L’entreprise a des bureaux à Berlin, Los Angeles, Montréal, organise des festivals, fait payer les tickets et vend du merch. « Il y avait tellement d’événements qu’ils ont décidé d’en faire sans les filmer. Ils se sont dit : “Tout le monde se bat pour nous avoir. On va se servir du nom, le mettre sur un flyer et investir des endroits immenses parce que la marque est trop forte” », explique Teki Latex. Certains collectifs iraient même jusqu’à payer pour exploiter le label Boiler Room sans captation vidéo. La plateforme, qui jusqu’ici n’avait jamais rémunéré les DJ, concède à leur octroyer un cachet pour les événements payants. Encore aujourd’hui, les montants seraient deux fois moins élevés que ceux des prix du marché…

Un label dans la tourmente

Avec le temps, la marque cristallise les critiques. Si certaines vidéos font sensation sur YouTube – avec plus de 70 millions de vues pour Solomun et Carl Cox – et ont contribué à la diffusion et à la popularisation de la musique électronique, on reproche à Boiler Room son manque d’authenticité. L’entreprise s’est rapprochée de la techno mainstream, collabore avec les plus grands festivals (Weather, Primavera Sound) et programme des artistes hardtechno aux shows calibrés pour YouTube et TikTok. Les performances ressemblent désormais davantage à des productions TV qu’à des DJ sets improvisés. En février 2024, Charli XCX choisit Boiler Room pour teaser son prochain album Brat. Sa performance new-yorkaise, filmée comme une entrée sur un ring, cumule 7 millions de vues et devient la plus grosse soirée gratuite sur liste de l’histoire de la marque. Elle montre aussi le virage vers le spectacle de masse. Rachetée par la plateforme de billetterie en ligne Dice en 2021 puis par Superstruct Entertainment, « le deuxième plus grand groupe de festivals au monde » dont l’actionnaire majoritaire est KKR, une société de capital-investissement qui, selon le média spécialisé Resident Advisor, aurait des « liens avec des fabricants d’armes et des entreprises impliquées dans le développement de colonies israéliennes illégales en Cisjordanie », Boiler Room est plus que jamais dans la tourmente. Boudée par une partie de l’opinion publique, elle a vu de nombreux artistes annuler leurs apparitions et a publié un communiqué en réaction, rappelant son soutien indéfectible à la Palestine.


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« Connecter et mettre en valeur les communautés musicales locales à travers le monde. » C’est la mission que s’est donnée l’entreprise lorsqu’elle offrait un aperçu de l’underground londonien. Mais elle a réussi à aller encore plus loin, en bouleversant les carrières et les vies de nombreux DJ. En 2019, la ­Britannique Sherelle était prête à arrêter la musique pour de bon quand sa Boiler Room, devenue virale, lui permet de monter son propre label et d’avoir une résidence sur la BBC. En 2023, le Vénézuélien DJ Babatr, figure mythique de la raptor house des années 2000, avait stoppé sa carrière pour se consacrer à sa vie de famille. Il est invité sur la scène de Boiler

Ci-dessus, certaines des Boiler Room les plus mémorables de l’histoire.

Room à Primavera Sound et les bookings dans plusieurs festivals internationaux s’enchaînent, l’autorisant, peut-être, à vivre un peu plus confortablement dans un pays au climat politique instable. Malgré les critiques, controverses et lives pré-fabriqués, une performance sur Boiler Room reste un graal à atteindre pour les DJ. Dans un monde où tout se filme et tout se partage, la marque, qui a placé la communauté musicale de Hackney, à Londres, au centre du monde, n’a pas fini de dicter le cool dans la musique électronique. Mais encore jusqu’à quand ? THE RED BULLETIN


64 Avec le style et l’amplitude qui lui ont valu un record de cinq victoires au Red Bull Rampage, Brandon Semenuk brille lors de l’édition 2024.

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BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL

Ça fait quoi de se jeter au Red Bull Rampage ? Le regarder depuis son canapé ou se régaler de ses meilleurs moments est captivant, mais qu’est-ce que cela fait réellement de participer au Super Bowl du VTT freeride ? Ici, quatre riders vétérans – dont les deux vainqueurs en 2024 – décrivent le chaos fou et lourd de conséquences du Red Bull Rampage. Texte Hans Hammer THE RED BULLETIN


Brandon Semenuk

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Brandon Semenuk

Années de participation au Red Bull Rampage : 12 Meilleur résultat : 1er (cinq fois) « Pour d’autres événements, tu arrives sur un parcours qui est déjà tout prêt et tu roules sur ce qu’on te donne. Mais Red Bull ­Rampage, c’est une toile blanche où tu peux t’exprimer, où tu construis ta propre ligne. Créer des projets de contenu et explorer de nouvelles façons de rouler, c’est une grande partie du VTT pour moi, donc j’aime le fait que Rampage me permette de donner vie à ma propre vision. Attendre au sommet, c’est stressant. Là-haut, c’est exposé ; tu ressens les éléments. Ce n’est pas de la peur, mais tu sais ce qui t’attend. Une fois que tu te lances, tu veux avoir une vision en tunnel pour rester concentré sur ce que tu dois faire. L’an passé, je n’ai pas terminé ma première descente et j’ai dû attendre des heures avant la deuxième. Ce n’est pas super agréable, mais c’est comme ça dans les compétitions. J’ai vécu ça des millions de fois. Le seul truc à faire, c’est de rester concentré. Arriver dans la zone d’arrivée, c’est juste du soulagement. Je suppose qu’il y a un peu de joie, mais c’est surtout la joie d’être soulagé. En plus, j’ai des amis qui ont aidé à construire le parcours, donc c’est un soulagement d’avoir honoré leur travail et que personne ne rentre chez lui déçu. Quand je termine, je ne pense ni au score ni au classement. Je ne roule pas sur la même piste que les autres, donc c’est difficile de me comparer à eux. J’arrive avec un plan, et s’il fonctionne, alors je me dis que j’ai fait ce que je pouvais. Je ne dirais pas que j’adore le jour de l’événement, mais j’aime vraiment toute l’expérience Rampage. J’adore la construction. Quand as-tu l’occasion d’avoir soixante de tes amis avec toi sur la montagne pour construire ce que tu veux ? C’est juste incroyablement cool. »

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CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

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« C’est juste incroyablement cool. » Semenuk, ici lors d’un entraînement en 2024, participera cette année pour la treizième fois au Red Bull Rampage. THE RED BULLETIN


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Casey Brown

Années de participation au Red Bull Rampage : 1 Meilleur classement : 3 e

« Il y avait une pression à être parmi les premières femmes à concourir. » Brown, qui a passé des années à batailler pour une version féminine du Red Bull Rampage, a profité de ce moment durement acquis pour s’envoler vers une place sur le podium.

Casey Brown

BARTEK WOLINSKI/CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

« Après des années à militer pour un Red Bull Rampage féminin, participer à ma première édition était un rêve devenu réalité. J’étais tellement excitée d’arriver sur la rampe de départ. J’avais hâte de m’amuser, de montrer mon niveau de ride – et d’arriver en bas. La peur est très saine ; elle me donne juste ce qu’il faut de concentration. La première partie de ma ligne était fun et impressionnante, même s’il y avait des rochers dangereux qui auraient pu tout stopper. Je me suis donc concentrée sur la maîtrise de mon vélo. Ensuite, j’ai pris de grandes inspirations et je me suis préparée à plonger dans la Laundry Chute, le moment clé de ma ligne. Une fois que j’ai atterri, j’étais tellement heureuse. Ce passage fut comme une expérience hors de mon corps. Il y avait des passages entre les sections difficiles où je pouvais visualiser toute la descente et réfléchir à la suite – et m’assurer de ne pas m’emballer ou de ne pas me relâcher. C’était fou à quelle vitesse je suis arrivée en bas. En mode : “Ah, j’y suis !” Mon objectif était de construire un truc bien et technique, mais aussi de montrer un ride fun et fluide, et de faire en sorte que cette première soit un succès. Il y avait une pression à être parmi les premières femmes à concourir, que j’ai ressentie pendant des mois avant le Rampage. »

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Carson Storch

Carson Storch

Années de participation au Red Bull Rampage : 10 Meilleur classement : 3 e (à deux reprises) « Red Bull Rampage, c’est un peu comme le Super Bowl de notre sport : c’est l’événement qui attire le plus de regards et qui met le plus de pression. C’est terrifiant, mais dans le bon sens du terme. Honnêtement, il me faut des mois pour m’y prépa­rer mentalement. Être là, sur la rampe de départ, ce n’est vraiment pas une sensation agréable, et ça ne devient jamais plus facile. J’essaie juste de gérer ces émotions et d’en faire quelque chose de constructif. C’est effrayant jusqu’au moment où tu te lances – et là, le bruit de l’hélicoptère au-dessus de ta tête disparaît et tu es dedans. Tout s’enchaîne très vite après ça. J’essaie de prendre les choses une à une, obstacle par obstacle. Si tu te projettes trop, c’est là que les erreurs arrivent. Pendant la semaine d’entraînement, j’apprends chaque portion de ma ligne par cœur. Donc, quand je me lance pour mon run de compétition, je sais exactement ce que je fais. L’an dernier, j’ai fait un gros trick en rotation. Je me suis dit que je n’avais aucune raison de m’inquiéter. Mais j’étais surexcité et j’ai sauté chaque module trop loin, j’allais vraiment vite. Donc, dès que j’ai lancé mon 360 sur ce gros drop – dans ma tête, je me suis dit : “Oh merde, c’est parti, ça va peut-être mal finir.” Mais j’ai tenu bon. Arriver dans le corral d’arrivée, c’est la meilleure sensation au monde. À ce moment-là, peu importe ce qui vient de se passer, je ne pense plus au score. Tu vois ta famille, tes amis, tout le monde qui crie, et c’est un moment de folie après tant de préparation. »

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BARTEK WOLINSKI/CHRISTIAN PONDELLA/RED BULL CONTENT POOL

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« Il me faut des mois pour m’y préparer mentalement. » Storch, un élégant vétéran qui a participé au Red Bull Rampage à dix reprises, est monté deux fois sur le podium: en 2016 et en 2023. THE RED BULLETIN


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« C’est là que je voulais être. » Lors de la manche d’ouverture du premier Red Bull ­Rampage ­féminin historique l’année ­dernière, Goomes, qui aime se surnommer «Backflip Barbie», a réalisé deux backflips parfaits pour remporter l’épreuve.

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Robin Goomes

ROBIN O’NEILL/RED BULL CONTENT POOL, BARTEK WOLINSKI/RED BULL CONTENT POOL

Années de participation au Red Bull Rampage : 1 Meilleur classement : 1re

Robin Goomes

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« Le matin du Red Bull Rampage, il nous restait encore les runs à faire, mais après avoir passé dix jours là-bas à creuser, on faisait vraiment corps avec le lieu. Toutes les filles étaient assises en haut, regardant le site en contrebas, les gens arrivaient, et tout à coup, cet endroit se transformait en ce que tu vois à la télé quand tu mates ­Rampage. J’ai vraiment eu peur, mais je me suis simplement dit que c’est là que je voulais être. Red Bull Rampage est unique. Dans la plupart des événements auxquels je participe, quelqu’un a déjà fait le travail difficile de construire et de tester la piste. Je viens et je me concentre sur mon pilotage. Alors qu’ici, le site est une page blanche. Tu dois choisir où tu veux que ta ligne passe, la construire et la tester. Tout repose sur toi. Mais j’avais une équipe de creuseurs géniale qui m’a enlevé beaucoup de pression. J’ai répété les plus gros sauts, mais je n’avais pas fait de run du début à la fin avant le matin de la finale et je ne savais pas comment les vitesses allaient s’enchaîner. Il y a beaucoup de points de freinage, où tu vas très vite et tu dois ralentir pour avoir la bonne vitesse pour l’obstacle suivant. Tu dois vraiment te faire confiance, aveuglément – c’est l’expérience accumulée au fil des années qui te permettra de réagir du mieux possible sur le moment. Réussir une ligne sur un Rampage est la sensation la plus incroyable qui soit. J’ai atterri le dernier flip de ma ligne et j’ai hurlé jusqu’à la ligne d’arrivée. C’était tellement d’excitation et de soulagement. Rien que du bonheur. Heureuse d’être vivante. » Red Bull Rampage, du 16 au 18 octobre dans l’Utah (USA), à suivre en live sur Red Bull TV ; redbull.com

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Il fait partie d’une élite, auréolé d’un titre que seule une poignée d’humains partagent. Grand Maître sur ­Tetris et spécialiste du speedrun, Alexis Jacob aka Qlex, est une exception dans l’univers du gaming. À l’approche de la finale mondiale de Red Bull Tetris à Dubaï en décembre (voir page 90), il nous relate quinze ans d’évolution à toute vitesse dans cet univers. Texte Pierre-Henri Camy Photos Alexi Pavlov

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Alexis, alias Qlex, pose au studio 258, à Paris dans sa tenue aux formes géométriques. THE RED BULLETIN


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Set-up d’allure rétro pour honorer un jeu vidéo vieux de quatre décennies, pour lequel il a beaucoup donné.

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herchez Qlex sur Google, pas grand-chose à en tirer. Sur YouTube, de rares séquences vidéo lui sont dédiées, notamment celle qui le montre être consacré « Grand Master ». On y voit Alexis/Qlex jouant à Tetris. Enfin, jouer… Les Tétrominos (cinq sortes au total, ce que nous appelons communément les « barres », ou encore les « T ») défilent à une vitesse folle : à peine avez-vous eu le temps de les voir apparaître à l’écran que Qlex les a déjà « verrouillés » dans la structure du jeu, la « pile » – pour les pros. Tetris, conçu par l’ingénieur soviétique Alekseï Pajitnov et sorti en 1984, c’est ce jeu vidéo culte où des blocs colorés tombent du ciel et où votre cerveau devient une machine à empiler. Simple, addictif et universel, il a défié des générations avec ses règles faciles à comprendre mais difficiles à maîtriser. Résultat ? Une légende mondiale qui traverse les âges ! Et ce fameux Tetris, lors de cette séquence, Alexis s’acharne à le surpasser. Plus fort que l’un des jeux les plus populaires de la planète, le voilà sacré Grand Master de Tetris. Nous sommes en 2023. Mais ses débuts sur ce classique remontent à l’adolescence… the red bulletin : Quel est votre historique avec le jeu Tetris ? qlex : J’y avais joué quand j’étais très jeune, mais pas plus que ça, jusqu’à ce je vois le Invisible Tetris Championship, une vidéo sur YouTube, qui a vachement fait parler d’elle. Et il y avait eu aussi une autre série de

Grand Master sur Tetris, c’est quoi ? L’appellation Tetris: The Grand Master désigne le niveau de maîtrise le plus élevé du jeu. Sa difficulté d’obtention a monté de jeu en jeu. Pour certains, c’est un point de départ. Pour d’autres, c’est un but ultime. THE RED BULLETIN


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« En prépa d’école d’ingénieur, j’avais besoin d’un break. Tetris: The Grand Master, est devenu mon instant de pause. » v­ idéos qui étaient tirées du même jeu ­Tetris, l’édition Tetris: The Grand Master… Ces vidéos vous ont-elles motivé à vous dédier plus sérieusement à Tetris ? Durant les vacances d’été 2010, j’avais la vingtaine, je me suis dit que j’allais me « matrixer », que j’allais jouer, avec ferveur, à Tetris sur DS, puis ensuite à des versions alternatives de Tetris: The Grand Master. J’étais alors en classe préparatoire aux grandes écoles. Je travaillais énormément pour préparer les concours, mais j’avais besoin d’un break. C’est ainsi que Tetris: The Grand Master est devenu mon instant de pause. Et puis, je suis arrivé aux grandes écoles. Quelles études avez-vous suivies ? Une école d’ingénieurs à Grenoble, l’ENSIMAG, de 2011 à 2015, un établissement qui m’a permis de faire une année de césure au Japon, de 2013 à 2014… Sur place, je suis allé dans les salles d’arcade. Cela m’a permis de voir qu’il y avait vraiment un aspect social autour du jeu vidéo que j’avais déjà trouvé à une époque très éloignée, avec le jeu Smash. Quand j’étais plus jeune, on jouait surtout à Smash dans les apparts des gens, un peu en décalage avec la façon dont les événements sont organisés aujourd’hui. Qu’est-ce qui était différent dans ces salles d’arcade japonaises ? Ce côté proximité, tu vas dans une salle d’arcade et tu discutes avec dix personnes. Ça me parlait quand même beaucoup. J’ai un peu gardé ça avec moi. Qlex nous explique ensuite comment il s’est intéressé au speedrun et aux marathons de speedrun (voir notre encadré). Notamment les Awesome Games Done Quick (AGDQ). « Un marathon américain diffusé en ligne qui a commencé en 2010 dans le grenier de l’organisateur Mike Uyama. » Il bascule définitivement en 2014 : « J’ai vu une suite de THE RED BULLETIN

parties de jeu toutes plus incroyables les unes que les autres. C’était une course de Super Metroid, jeu que j’ai adoré petit. En fait, c’était quatre personnes qui essayaient de finir Super Metroid le plus vite possible. C’était du speedrun. » Qu’est-ce qui vous a intéressé dans ces marathons de speedrun ? La vibe caritative. Ils proposent des dons à une association et je trouvais que ça permettait de mêler l’utile à l’agréable. Comme un bon moyen de me rendre utile, d’essayer de me familiariser un peu avec les problèmes du monde extérieur. Je me suis peu à peu impliqué dans l’organisation de marathons, en France comme à l’étranger, notamment en 2015, aux USA, sur l’AGDQ 2015 en Virginie. Il y a aussi eu les SGDQ 2015 (Summer Games Done Quick, ndlr), organisés dans le Minnesota. Et ensuite, les Summer Games Done Quick 2016, à Minneapolis. Vous présentiez des speedruns de ­Tetris sur ces événements. Comment se passaient ces séjours aux USA ? Je faisais l’aller-retour aux States pendant une semaine, à profiter de l’événement dans la mesure du possible, mais aussi en préparant les « blocs » Tetris. Un bloc désigne une suite de présentations avec un thème en commun, en l’occurrence ­Tetris: The Grand Master. Donc je passais des semaines en France à préparer la présentation de Tetris, puis je venais aux USA une semaine pour profiter de l’événement mais surtout anticiper la présentation, puis je rentrais, après un peu de tourisme. J’ai réalisé que ça me plaisait beaucoup. Et le public était très satisfait. Qu’est-ce qui a plu au public dans Tetris, avec ces formats de jeux exécutés à très grande vitesse. Le jeu peut paraître répétitif au premier abord, par rapport à d’autres, plus épiques, disons avec des personnages et des combats…

C’est sûr, il y avait des sceptiques, mais dès le premier bloc à l’AGDQ 2015, les gens ont immédiatement compris qu’il y avait une énorme valeur de vitesse : c’était très rapide à regarder. Et il y avait une énorme valeur de difficulté, c’était immédiatement impressionnant à regarder et très simple à concevoir. On a continué là-­dessus et j’ai fait d’autres marathons en Europe et en France. Puis j’ai basculé sur un autre mode, en tant que joueur sur des événements français. Comment définiriez-vous ces blocs speedrun ? Quand que je fais un speedrun, je parle du jeu en même temps que j’y joue. Je gère le rythme. Je sais ce qu’il se passe en une minute, je sais ce qu’il se passe en une minute trente. C’est moi qui gère et je suis un peu mon propre metteur en scène. Je peux déterminer quand il faut un moment de silence, quand il y a un moment où on fait monter la hype, quand est-ce qu’on parle de l’histoire du jeu, etc. Vous vous êtes cantonné à Tetris ? J’ai commencé à me dire que j’étais connu comme le mec de Tetris qui n’arrête pas de faire que des trucs Tetris, Tetris, ­Tetris… J’étais alors obligé d’originaliser un petit peu la formule et de trouver d’autres jeux. C’est là où j’ai proposé le jeu Ristar dans les marathons en France, notamment pour Bourg La Run 2017, événement dont on peut se douter qu’il se déroulait à Bourg-la-Reine. (Rires) Lors de l’édition 2019, j’ai proposé le jeu ­Trauma Center: Under the Knife, un jeu de chirurgie sur DS…

Programmeur dans le civil, Alexis est mis en lumière dans nos pages, au-delà de la sphère gaming/speedrun qui l’a consacré.


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1. Awesome Games Done Quick 2015 Herndon, Virginie, USA.

Qlex a aidé à l’organisation du bloc Tetris: The Grand Master, une heure dédiée à la présentation de jeux TGM joués par plusieurs joueurs reconnus de la communauté, le tout présenté en direct. Il a coordonné cet effort avec le staff de Games Done Quick, puis a joué quelques-uns des modes pendant le jour J.

4. SpeeDons 2023

du 9 au 12 mars 2023, au Palais des congrès de Paris. Cet événement a été l’occasion pour Qlex de présenter la série de jeux Tetris: The Grand Master au format SpeeDons, tout en passant un examen Grand Maître en direct, sous les yeux de la foule et de plus de 100 000 spectateurs concurrents sur Twitch.

2. Bourg La Run 2016 dans l’espace Joseph Kessel de Bourg-la-Reine. Ce fut le premier contact de Qlex avec les communautés de speedrun françaises.

3. Interglitches 2021

le retour de Qlex dans la scène des speedruns après la pandémie de Covid et une pause personnelle. Il y a présenté Ristar, qu’il avait déjà proposé lors de BLR 2017, mais cette fois-ci, il a tenté de révolutionner la formule pour marquer son retour. Qlex se souvient d’avoir misé gros pour revenir dans les marathons, car pour participer en tant que joueur, il faut que le comité de sélection des jeux approuve la suggestion. Il était donc crucial pour lui de faire une bonne impression après sa pause.

5. SpeeDons 2024

en mars 2024, au Centre des congrès de Lyon. Qlex a participé à cet événement en tant que commentateur, mais il est particulièrement fier d’avoir aidé plusieurs personnes à présenter leur jeu au groupe de sélection, avec trois propositions acceptées. Cet événement marque la continuité des efforts de Qlex pour mettre en avant des jeux, mais aussi pour valoriser d’autres personnes remarquables au sein de la communauté.

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Hobby étudiant, Tetris est devenu une expertise pour Qlex, lui ouvrant les sphères internationales.

Un jeu de chirurgie ?! Oui, c’est un jeu développé par Atlus, un studio japonais qui aime bien faire dans l’excessif. Au début du jeu, tu fais tes deux premières opérations, on ets proche de la réalité : ce sont à peu près des trucs qui se passeraient dans la vraie vie. Et après, ça dégénère. (Rires) Tu finis par avoir des maladies artificielles qui ont été créées par des méchants, et du coup, tu te bats contre des séquences de game design, c’est absurde.

« Avec Tetris, les gens ont immédiatement compris qu’il y avait une énorme valeur de vitesse : c’était très rapide, donc fascinant à regarder. » THE RED BULLETIN

Restons dans le domaine médical, comment avez-vous vécu la période du Covid ? Je n’ai pas vraiment pu participer à des marathons et j’ai un peu perdu la motivation. J’ai repris un petit peu d’espoir avec un truc en 2021 : le fameux Bourg La Run qui était devenu Interglitches, et qui se déroulait à l’hôpital Pitié-Salpêtrière, à Paris. Je me suis rendu compte que des gens avaient continué à être actifs. Alors je me suis mis un peu de pression, car je voulais continuer de jouer et de parler de jeux vidéo. J’avais l’impression qu’il fallait que je rejustifie ma place dans ces marathons. Quel type de jeu avez-vous choisi pour ce retour ? Il s’agissait de Ristar (un jeu incarné par une étoile anthropomorphe, ndlr), que j’avais déjà pratiqué, mais que j’abordais comme un « re-début ». J’avais taffé un script sur un Google Doc, de A à Z en me disant qu’il fallait que je varie le vocabulaire le plus possible, en utilisant tel mot dans telle phrase. J’avais vraiment passé


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Quand la partie atteint des vitesse folles, observer les mains de Qlex à l’œuvre sur son pad peut relever de l’expérience hypnotique.

du temps à préparer tout cela, et j’avais même posé des vacances professionnelles ! Je pense que j’avais bien pris deux bonnes semaines pour travailler là-dessus… à raison d’au moins trois heures par jour. C’est-à-dire que vous prépariez cela comme un grand oral ? Je me disais : « Bon, on va pratiquer ça », puis je repassais sur la vidéo du jeu pour me dire : « Okay, à quel moment est-ce que je me suis un peu mélangé ? Est-ce que j’ai dit un truc qui était un peu trop long à raconter ? Ça, on va enlever, ça on va l’expliquer après… Ça, finalement, on ne va pas l’expliquer. » J’avais vraiment fourni un énorme travail là-dessus parce que j’avais beaucoup aimé l’expérience narrative de la run 2019 sur Trauma Center: Under the Knife, le jeu de chirurgie. L’expérience narrative me plaît beaucoup. C’est la meilleure façon de parler d’un jeu, avec un temps bien fixé, qui nous laisse vraiment dire ce que l’on veut.

Le speedrun, parfois traduit en « contrela-montre », est une pratique visant à ­atteindre un objectif-clé d’un jeu en le temps le plus court possible. Sa pratique est voisine à d’autres domaines dans le jeu vidéo 1 joueur, parfois appelé le « superplay » ou le « powerplay », dans lequel l’objectif peut être d’avoir le score le plus élevé, ou même d’accomplir un exploit considérable (finir un jeu sans se faire toucher, par exemple).

Un marathon de speedrun est un ­ vénement visant à divertir une audience é à travers une série de speedruns, parfois 24/7 pendant une semaine entière. Entre chaque speedrun, une pause de dix minutes. Certains marathons étant caritatifs, la pause sert à lire les dons qui ont été envoyés à une association caritative. Dans certains cas, les dons ou la participation servent à ajouter des présentations en plus, ou à changer la catégorie des speedruns prévus (monter la difficulté d’un jeu, montrer des bugs drôles du jeu en question...)

Selon Qlex, même si le speedrun est une pratique qui s’étend à travers énormément de domaines et communautés,

Narcissa Wright est considérée comme l’une des références ultimes. « Une speedrunneuse américaine qui a contribué à l’explosion et à la démocratisation du speedrun à travers sa partie de jeu sur The Legend of Zelda: Ocarina of Time. Elle s’est retirée de la scène suite à des problèmes de santé mentale mais sa performance a sûrement fait de Twitch le site qu’il est aujourd’hui », dit Qlex. Sur la scène française, Qlex évoque MisterMV, l’organisateur principal des SpeeDons. « Son travail et

son ­implication sont remarquables, son e ­ xpérience dans le divertissement ont permis à la scène speedrun, déjà bien d ­ éveloppée, d’être porteuse ­d’événements caritatifs majeurs et ­reconnus dans le monde. »

Vous racontez à la fois le déroulé du jeu en cours que vous expédiez à grande vitesse, et le contexte du jeu lui-même ? Oui, durant la prestation on peut m’entendre dire : « Je vais faire telle technique, c’est super dur à faire. » On va expliquer un peu le détail de la physique du jeu, mais en plus de ça, on peut parler du scénario du jeu, et après on peut parler de ce qui est autour du jeu, c’est-à-dire : « Est-ce que le jeu a eu une suite ? Est-ce qu’il a bien été reçu ? Est-ce que le jeu était considéré comme un succès par son équipe ? Est-ce que ça avait été sorti dans le mal ? » Du coup, c’est un peu comme une vidéo YouTube qu’on pourrait faire sur un jeu vidéo, sauf que dans ce contexte, on la fait en une prise, devant un public, et on termine le jeu. Combien de temps dure la prestation ? Cela dépend du jeu… Pour moi, le plus long a été Trauma Center: Under the Knife 2 à Interglitches 2023, qui a duré environ deux heures avec un extra à la fin – ce qui est vraiment long. Du coup, il me fallait une co-commentatrice, en l’occurrence Leviathan, la détentrice du record du monde dans la catégorie, et qui avait THE RED BULLETIN


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fait un super travail. Sinon, généralement, c’est plutôt de l’ordre de l’heure. Et pour Ristar, de la quarantaine de minutes. Et vous commencez et terminez le jeu systématiquement ? Exactement. Ça débute par une petite introduction, quand le timer n’est pas encore lancé, une présentation où j’explique les conditions du speerdun et pourquoi j’ai choisi cette catégorie de jeu. Puis le ­timer est enclenché, au tout début du jeu, quand j’appuie sur Start et il se termine quand j’assène le dernier coup au dernier méchant. Avec du coup, la possibilité de battre un record parce que : « Tiens, sur ce coup-là, tu as fait meilleur temps que le mec d’avant qui avait fait le meilleur temps précédemment. » J’imagine qu’il y a aussi un aspect challenge… Le challenge est assez prévalent dans certains marathons. Il y a un peu un côté « j’ai fait un record du monde en live ». Ça fait un peu Guinness. Je m’intéresse un peu moins à ça : le temps n’est pas une finalité, même si assez souvent, il finit par y avoir un élément de comparaison. Il faut aussi évoquer l’aspect spectacle, divertissement : « Personne n’est allé aussi vite que ça jusqu’à ce moment-là. C’est un grand truc qu’on vient de vivre ! » Même si l’on n’est pas très branché ­gaming, on peut trouver de l’intérêt dans ces speedruns, notamment grâce à l’aspect pédagogique de l’approche ? Complètement. Ça n’est même pas de la conférence… C’est de la performance mêlée à du pédagogique, versus la culture gaming. C’est tout un tas d’ingrédients en un temps donné. Et visuellement, c’est hyper cool. Votre univers pro, c’est quoi ? Je suis programmeur.

Quel était votre set-up sur ces events mémorables ? Actuellement, les jeux sont principalement sur PC ou console moderne, donc plus de soucis. À l’époque... Des câbles, des cartes mère, des machines qui demandent des alimentations de PC, des câbles vidéo de l’époque VHS, sans compter des adaptateurs et des clés USB indispensables pour lancer les jeux, sans quoi le jeu ne se lance pas. Je ne parlerai même pas de l’époque où la machine que j’avais a planté pendant quelques jours. Pour faire très simple, j’utilisais un supergun, c’est un peu comme une borne d’arcade, mais en miniature ; un stick arcade, ou une manette arcade moderne sans ­levier ; et une télé cathodique − ou un écran plat avec adaptateur pour que le jeu s’affiche dessus. Parlons du statut de « Grand Maître » de Tetris. Qui a été le premier ? Un G.O.A.T. dans la communauté Tetris: The Grand Master, KevinDDR, un Nord-Américain qui a montré le chemin en étant le premier à avoir le grade de Grand Maître sur le troisième jeu en Occident. Il a été devant sur la quasi-totalité des modes de jeu TGM (pour Tetris: The Grand Master, ndlr) à l’époque et il a gardé ce niveau jusqu’à ce qu’il s’éloigne de la communauté. Sans lui, je pense que je n’aurais pas eu de modèle pour avancer comme je l’ai fait. Vous êtes donc vous-même un Grand Master ? Oui, dans les jeux Tetris: The Grand ­Master, 1, 2 et 3, il y a un grade de Grand Maître. Dans le premier, il est assez simple à obtenir : en moyenne, les gens prennent six mois, mais ils y arrivent. Le deuxième, est vraiment plus dur, parce qu’à la fin, il y a du Tetris invisible, donc on compte seulement une centaine de Grand Maîtres sur ce jeu. Pour le ­troisième, à un moment donné, ça se

« Ma décision de jouer la pièce suivante se fait pendant la pièce actuelle. Plus la queue des pièces suivante est longue, plus je suis rapide ! » THE RED BULLETIN

c­ omptait sur les doigts de la main. Maintenant, il y en a une vingtaine. J’avais les deux premiers grades, mais il me manquait le troisième. Et vous avez décidé de tenter ce « passage de grade » sur scène, en mode speedrun… C’est quelque chose qui me parlait. Et plus j’y ai réfléchi, plus je me suis dit que ce qui faisait sens, c’était d’avoir un « examen grand maître sur la scène », qui reste un truc aléatoire, donc il y a des chances que ça ne se produise pas du tout. Le fait que je réussisse cet examen en live, c’était totalement impensable… jusqu’à ce que je le fasse. La séquence de jeu qui vous permis de passer ce stade sur Tetris: The Grand Master 3, vous n’étiez pas sûr qu’elle se présenterait durant votre prestation ? Exactement. Il y avait des chances pour que ça ne se produise pas du tout. Il y a une petite vidéo sur YouTube qui explique un peu ça. Vous n’étiez donc pas sûr pas de « ­passer l’examen » ? Oui, c’est ça. Je n’étais pas sûr que le jeu allait « m’offrir » un examen. J’avais fait une énorme analyse de risque et de récompense parce que je voulais aussi m’assurer de ne pas faire une énorme bêtise. Mais le pire qui pouvait se produire, c’était que le jeu ne m’offre jamais un examen. Ce passage d’examen réussi au stade de Grand Master 3 de Tetris, c’était où et quand ? Lors de l’événement SpeeDons, au Palais des Congrès, à Paris, en 2023. Comment parvenez-vous à gérer le jeu quand la partie défile à toute vitesse… on a l’impression que les Tétrominos sont juste apparus à l’écran et que vous les avez déjà pris en charge, en quelque sorte. Cela semble hyper rapide et impossible à gérer… C’est la vitesse de chute dite « infinie », qu’on retrouve dans pas mal de jeux ­Tetris. C’est important de gérer la queue des pièces qui arrivent : ma décision de jouer la pièce suivante se fait pendant la pièce actuelle. Plus la queue des pièces suivante est longue, plus je suis rapide ! Savez-vous à quelle vitesse descendent les Tétrominos, au max ? Au bout de la vitesse infinie, tous les ­paramètres changent pour accélérer la ­vitesse de jeu. Tout est plus rapide. Les


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Que vous ayez 50 ans et découvert Tetris sur Game Boy ou la vingtaine et visiez la World Final de Red Bull ­Tetris à Dubaï, voici trois conseils de Qlex pour vous hisser dans le game. 1. Il est important d’améliorer sa progression au maximum avec une boucle de retour.

Je joue, je vois ce que j’ai fait, j’analyse ce qui a bien marché, pourquoi ? Puis seulement après, ce qui n’a pas bien marché, pourquoi ? Si possible, avoir un enregistrement vidéo. Parfois, regarder ce que d’autres personnes ont fait sur ­Internet. Puis reprendre après une pause saine. L’objectif n’est pas de beaucoup jouer, c’est de jouer régulièrement avec un plan de jeu !

2. Garder la pile stable.

Découper la pile en trois zones dans sa tête : gauche, milieu et droite avec un puits à droite (mais on peut le mettre à gauche). Avoir la pile la plus plate possible. Le puits à droite est idéalement large de deux cases, pour permettre à toutes les pièces de rentrer dedans sans se priver de la possibilité de laver plus de lignes plus tard. Avoir la partie opposée au puits un peu plus élevée si possible.

3. Parfois, il faut ralentir pour comprendre les cas de survie, là où une décision hasardeuse pourrait être la fin de partie.

Si la pile est instable, il faut le reconnaître, puis envisager les cas de figure où un lavage de ligne libère des trous. Un point de départ : imaginez une pièce posée à plat, où irait-elle ? Et imaginez ceci avec la ligne, qui est souvent bien plus avantageuse pour la survie quand elle est à l’horizontale. Le reste vient de lui-même, avec le temps !

« lavages de lignes » sont de plus en plus courts, le délai de verrouillage d’une pièce devient de plus en plus petit. Les pièces arrivent immédiatement une fois la précédente verrouillée... Mais ça dépend des modes de jeu. Vous parliez d’un Tetris qui se joue en « invisible », ça consiste en quoi ? Parfois, dans les Tetris: The Grand Master, un mode arrive dans lequel les pièces qui se verrouillent disparaissent petit à petit de la vue du joueur, mais elles sont toujours bien là. L’objectif est d’avoir une

bonne mémorisation de la pile, et de ­simplifier le terrain de jeu le plus possible afin d’avoir le moins à retenir. Pour le cas d’excellents joueurs, on comprend ce qui se passe, tellement la pile est stable !

Une force tranquille : le speedrun et les marathons dédiés ont permis à Qlex de partager ses skills et sa passion pour le gaming.

Combien de Grands Maîtres ont-ils les grades 1, 2 et 3 en France ? Seulement un : moi. Dois-je vous appeler Grand Maître ? Non ! (Rires) Qlex sur X : @QlexTENDER THE RED BULLETIN


CAP AU NORD

WILL COPESTAKE

WILL COPESTAKE

Kayak et bivouac dans les Summer Isles, Écosse

PERSPECTIVES

S’équiper, optimiser et vivre la plus belle des vies

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VOYAGES/

ÉCOSSE

THE RED BULLETIN

WILL COPESTAKE

Plissant les yeux sous les rafales de grêle, je jette un regard par-dessus mon kayak vers la longue ligne de vagues rugissantes. Les grêlons ricochent et dansent à la surface de l’eau, frappant la mer et mon embarcation échouée. Le vent d’hiver, presque en force de tempête, mord mes joues d’une morsure glaciale, tandis que les embruns s’engouffrent dans l’extrémité ouverte de ma pagaie de secours, sifflant comme une flûte à la proue. Je n’ai pas encore quitté la plage, et déjà mes mains, enfouies dans les pogies en néoprène fixées à ma pagaie comme des moufles, me font souffrir du froid. Je distingue à peine l’horizon à travers les embruns. Ma combinaison sèche me protège et conserve un peu de chaleur, mais le confort est relatif : le sable qui m’a brûlé les yeux en traversant les dunes d’Achnahaird a été rincé par une nouvelle piqûre de sel venue du rivage. J’ai choisi ça, me dis-je, presque amusé face à la montée de l’inconfort.

Je veux être ici. C’est au bord même de ma zone de confort que je me sens vraiment heureux. C’est ça, le but. Malgré leur nom qui évoque l’été, les Summer Isles – un groupe d’îles à l’embouchure de la baie d’Annat, sur la côte nord-ouest de l’Écosse – révèlent toute leur splendeur en hiver. Ce voyage s’inscrit dans un projet au long cours : passer une nuit sur chacune des 44 îles, récifs et écueils de l’archipel. L’idée m’est venue au fil des dix années passées à diriger une entreprise de kayak guidé : dormir sur chacune d’elles, c’était m’ancrer dans ce territoire que je considère comme mon « bureau ». Si j’en ai exploré certaines seul, aujourd’hui je dois retrouver ma partenaire, Jen, au-delà du cap, dans le petit port abrité d’Old Dornie. Là, nous chargerons nos kayaks avec tentes, sacs de couchage, provisions et vêtements, avant de partir pour la nuit. Notre destination : Eilean Fada Beag, un îlot d’à peine 200 m². Vingtième étape de mon projet, c’est l’une des rares Summer Isles où je n’ai jamais mis les pieds, encore moins passé la nuit ; nous avons choisi l’hiver, par respect pour les oiseaux qui n’y nichent pas à cette saison. De retour sur la plage, j’enfonce mes mains dans le sable et, d’une poussée, je glisse à l’eau. J’empoigne ma pagaie, rame à fond, la tête baissée, et engage mon kayak vers le large. À la première vague, une gerbe glaciale m’inonde le visage. Le souffle coupé par le choc, je retrouve rapidement ma respiration, porté par une décharge d’adrénaline. Je donne tout entre les séries, luttant pour garder mon cap dans le vent de travers. Avec le bon timing et un coup de pagaie bien placé, je savoure ce bref instant de lévitation lorsque mon kayak s’arrache à l’eau, plane, puis retombe dans un fracas de fibre de verre. Les vagues de deux mètres me dépassent

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« Je savoure, l’espace d’un instant, cette sensation d’apesanteur lorsque mon kayak s’élève au-dessus de la vague, prend son envol, puis retombe dans un fracas qui fait vibrer la coque en fibre de verre. »


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ISLE STYLE déferlantes dans la baie d’Achnahaird (haut) ; camping à Sgeir nam Mult ; kayaks échoués sur Carn nan Sgeir ; pause pour Copestake (à gauche) ; Eilean Fada Beag (photo d’ouverture). THE RED BULLETIN


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PERSPECTIVES

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falaises par des siècles de houle. Au-delà de la ligne des hautes mers, une épaisse couverture de mousses et de lichens se fond dans l’herbe. Du sommet, une mouette solitaire nous observe, sentinelle des lieux. Nous installons la tente et observons les rayons disparaître derrière les nuages. Le martèlement de la pluie sur la toile et le ressac régulier des vagues sur les rochers finissent par nous bercer.

Au rythme des saisons

Les Summer Isles sont un groupe de 44 îles, célèbres pour leurs plages isolées et leurs arches et grottes de grès. Elles doivent leur nom à la saison durant laquelle, autrefois, on y emmenait les moutons pour paître. Et elles portent souvent bien ce nom, avec leurs eaux bleu cristal et leur ensoleillement.

Notre simple désir d’être présents dans les é ­ léments est comblé. Le lendemain, nous nous levons avec la première lumière – un lever tardif pour la saison. Les tempêtes revenant, nous décidons de contourner le cap et de surfer vers Achnahaird avant que les conditions ne dépassent les limites du raisonnable. Cette fois, les embruns qui me fouettent le visage annoncent une douche chaude, un lit moelleux et le souvenir d’une belle escapade hivernale dans les Summer Isles. Explorer cet archipel hors saison, c’est retrouver un supplément de solitude et d’engagement. Les éléments plus durs et les jours plus courts offrent une intensité que l’été ne connaît pas. Je connais ces îles comme ma poche, mais chaque saison et chaque lumière les rendent à nouveau neuves et excitantes. Les journées froides et humides et les longues heures sous la tente ajoutent à la difficulté… et donc à la satisfaction. Will Copestake est un explorateur écossais et guide de kayak de mer, qui organise et partage des expéditions à travers le monde, de l’Écosse à la Patagonie et à l’Antarctique. willcopestake.com ; kayaksummerisles.com ; IG : @willcopestake ; @kayak.summerisles

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largement, abruptes et déferlantes, jusqu’à ce que je franchisse enfin la zone de surf. Libéré des vagues, affrontant désormais seulement le vent, je me retourne sur la crête de la dernière vague alors que les embruns fouettent mon épaule. Derrière la plage, les montagnes d’Inverpollaidh se dressent telles des léviathans solitaires sous le ciel sombre de novembre. Soufflant un nuage de condensation dans l’air glacé, je mets le cap à l’ouest pour contourner la péninsule de Coigach – un engagement physique aussi exigeant que le surf dans ces conditions. Il existe des routes plus directes vers l’archipel, mais j’aime l’idée de faire le tour du cap comme partie intégrante du voyage. Les yeux encore piqués par le sel, je baisse la tête et affronte la grêle. Après avoir rejoint Jen en cours de route, nous atteignons Eilean Fada Beag, couvert d’une herbe dense et verte, après quatre heures de rame soutenue. Il n’est que 14 heures, mais le soleil est déjà bas : ses rayons dorés filtrent à travers les nuages, donnant à la scène une atmosphère presque irréelle. La grêle a cessé, laissant derrière elle des arcs-en-ciel. L’île, minuscule, cache pourtant une crique de galets polis, brassés entre les

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DISCOVERY CHANNEL Copestake et son kayak explorent les formations géologiques du site de Carn nan Sgeir ­­ – longues et étroites crevasses formées par l’érosion.


HORS DU COMMUN Retrouvez votre prochain numéro en Août en abonnement avec et avec dans une sélection de points de distribution et sur abonnement. LITTLE SHAO/RED BULL CONTENT POOL

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PERSPECTIVES

f­ inales dans chaque pays. Chez nous, la Paris Games Week sera une étape qualificative à la finale nationale. Seul son vainqueur remportera son ticket pour représenter la France à Dubaï.

Show unique à Dubaï

La finale mondiale, prévue pour décembre 2025, transcendera le simple jeu vidéo. Imaginez un ­Tetris grandeur nature, où les pièces tombantes sont contrôlées par des drones, offrant un spectacle époustouflant sous le ciel du désert. Ce format novateur promet de captiver spectateurs comme joueurs, en combinant la magie de la technologie et l’intensité de la compétition.

Des chiffres fous

Avec 60 pays représentés, plus de 200 000 joueurs et 1 million de parties jouées, Red Bull Tetris s’impose déjà comme un phénomène mondial. Les finales nationales et la grande finale mondiale attirent également un large public, avec plus de 30 000 spectateurs attendus. Ce tournoi ne s’adresse pas seulement aux compétiteurs aguerris, mais aussi à un public varié : amateurs de jeux vidéo, fans de Tetris ou simples curieux en quête d’une expérience unique.

Universel et accessible

Tetris®, jeu intemporel qui a conquis des générations, fait un retour spectaculaire grâce à Red Bull Tetris. Ce tournoi mondial mêle innovation, ­compétition et show grandiose, pour des joueurs du monde entier. Depuis les qualifications sur mobile jusqu’à la finale mondiale à Dubaï, l’aventure sera grandiose.

Une compétition d’envergure mondiale

La quête pour couronner le champion ­ultime de Tetris démarre avec des qualifications ouvertes à tous, accessibles directement sur mobile. Intuitif et rapide, le format permet à chacun de tenter sa chance, à tout moment, en scannant un simple QR code. Jusqu’à novembre 2025, les scores les plus impressionnants permettront aux meilleurs joueurs de se qualifier pour les THE RED BULLETIN

Red Bull Tetris par Qlex

« Tetris est un jeu au concept probablement le plus simple à comprendre parmi les jeux vidéo. Mais il est difficile d’accéder à son très haut niveau, avec les décisions prises en un instant. Ce jeu est facile à commencer, mais difficile à maîtriser. J’ai encore du mal à imaginer la World Final de Red Bull Tetris à Dubaï, je reste sans r ­ éponse claire, et très curieux. » Scannez ce code pour vous confronter à Red Bull Tetris. redbull.com

Un rendez-vous incontournable

En complément de la PGW, la France accueillera également l’EVO France 2025, du 10 au 12 octobre à Nice, un tournoi de jeux de combat qui met en lumière l’esport. Ces événements renforcent l’importance de la scène gaming en France et offrent une vitrine pour des compétitions comme Red Bull Tetris, qui mêlent habileté, passion et spectacle.

À vous de jouer !

Que vous soyez un joueur casual, un ­passionné de Tetris ou un compétiteur chevronné, Red Bull Tetris est l’occasion rêvée de repousser vos limites. Alors, scannez le code ci-dessous et préparez-vous à entrer dans une compétition où chaque ligne compte. À vous Dubaï ?

RED BULL TETRIS ® & © 1985~2025 TETRIS HOLDING

NOUVEAUX SOMMETS

HANS HAMMER

ÉVÉNEMENT/

La force de Tetris réside dans son accessibilité. Que l’on joue pour se détendre, pour relever un défi ou atteindre le sommet des classements, chacun peut y trouver son compte. Red Bull Tetris reprend cette essence, en rendant la compétition accessible à tous, tout en offrant une plateforme pour les joueurs de haut niveau, notamment ceux issus de la communauté CTWC (Classic Tetris World Championship), bien implantée.


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FITNESS/

HYROX, MODE D’EMPLOI

La coach Elli Stenfors énumère les stations de la compétition Hyrox. Retour sur cette discipline qui vous séduit de plus en plus. À propos d’Elli Stenfors À 28 ans, la coach finlandaise s’est déjà taillé une solide ­réputation : les séances d’Hyrox qu’elle dispense au BLG Sports Club (Zurich, Suisse) comptent parmi les plus difficiles d’Europe. Ancienne nageuse, elle fait un détour par le Crossfit avant de découvrir l’Hyrox, dont elle apprécie le côté endurant. Elle a remporté l’Hyrox de St-Gall 2025, et vise la qualification pour les Elite 15 à Genève et Stuttgart.

DÉPART

La course (8 x 1 km) « La course est la partie la plus importante de l’Hyrox. Tu cours un kilomètre au départ et entre chaque station. Mais être une bonne coureuse n’est pas forcément gage de réussite à l’Hyrox, car il faut aussi faire des exercices avec des charges lourdes. Si l’on n’est pas habituée, on se retrouve vite avec les jambes en feu. »

1

2

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1. SkiErg 1000 m

2. Sledpush 50 m

3. Sledpull 50 m

« À la première station, tout le monde est super motivé. L’adrénaline bat son plein, et beaucoup partent trop fort. Oui, il faut se faire mal, mais ­seulement au point de pouvoir continuer à courir au même rythme par la suite. C’est important d’utiliser tout le corps et pas seulement les bras ! »

(Femmes 102 / Hommes 152 kg, Pros 152 / 202 kg)

(même charge)

THE RED BULLETIN

« Tu pousses un traîneau avec tout ton corps et il faut aussi que tes chaussures aient du grip pour éviter de glisser sur le tapis. Il faut pratiquer cet exercice régulièrement et idéalement avec des charges plus lourdes qu’en compétition. »

« Il n’y a pas une technique meilleure que les autres, chacun doit trouver la sienne. La plupart tirent en marchant en arrière, la corde entre les jambes ou sur le côté. Là aussi, l’important est de ne pas compter que sur les bras, qui tiennent la corde, car la force vient des jambes et des hanches. »

4


PERSPECTIVES

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5. 1 000 m Row

4. 80 m Burpee Broad Jump

« Selon moi, c’est la station Hyrox la plus simple. Tu peux garder un bon rythme sans aller à tes limites. À l’entraînement, on peut par exemple ramer 6 à 10 fois 500 mètres avec 30 à 45 secondes de pause. Comme point de repère, si tu connais ton temps sur 5 km, il suffit de ramer un peu plus vite que cela. »

« Aucun exercice ne trahit mieux ta forme physique. Le cœur s’emballe, les sauts sont épuisants, tout comme la partie pompe, surtout pour les coureurs. Il y a plusieurs variantes pour sauter, se relever. Chacun doit trouver ce qui lui convient. »

MURIEL FLORENCE RIEBEN

EMIL BISCHOFBERGER

5

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ARRIVÉE

6. 200 m Farmers Carry

7. 100 m Sandbag Lunges

8. 100 Wall Balls

(Femmes 2x16/Hommes 2x24 kg, Pros 24/32 kg)

(Femmes 10/Hommes 20 kg, Pros 20/30 kg)

(Femmes 4/Hommes 6 kg, Pros 6/9 kg)

« C’est un mouvement simple. Il suffit de marcher en tenant les kettlebells. Mon conseil : penche-toi légèrement vers l’avant. À l’entraînement, je préconiserais de renforcer tout le haut du corps, et en compétition, de bien s’enduire les mains de magnésie avant de commencer. »

« Les fentes sont un exercice plus technique. Il faut de la force dans les jambes pour se baisser. Un bon ­indicateur est d’avoir un angle de 90 degrés au niveau des genoux et des chevilles. À l’entraînement, il faut travailler avec des charges plus lourdes que celles en compétition. »

« Mentalement, c’est la station la plus exigeante, et la plus impitoyable, car c’est la dernière. Ça peut être humiliant, car c’est le moment où tu peux ruiner tout ton Hyrox. Les hanches doivent descendre plus bas que les genoux à chaque squat car sinon, la répétition ne compte pas. »

THE RED BULLETIN


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PERSPECTIVES

MONTRE/

À L’ASSAUT DES CIRCUITS

THE RED BULLETIN

« La Formule 1, entre technologie de pointe et courses chargées d’adrénaline. » Une devise qu’IWC a fait sienne, à travers son échelle ­tachymétrique, sa lunette en céramique ou encore son bracelet en caoutchouc : ce chronographe rime avec vitesse et contrôle, fidèle à l­ ’esprit et aux couleurs de l’équipe fictive APXGP du film F1, sorti en juin au cinéma. Une touche hollywoodienne encore soulignée par le b ­ oîtier, véritable chefd’œuvre d’ingénierie de 41 millimètres de d ­ iamètre en or rouge 18 carats et orné d ­ ’appliques dorées. 28 900 €, iwc.com

IWC

Le boîtier abrite un mouvement chronographe automatique. Le calibre de manufacture robuste, à commande par roue à colonnes, garantit une réserve de marche de 46 heures et une mesure du temps précise, même dans les conditions les plus ­extrêmes.

SASKIA JUNGNIKL-GOSSY

IWC entre dans une nouvelle ­dimension. Inspirée du film F1 avec Brad Pitt, la Pilot’s Watch Performance Chronograph 41 incarne la passion du sport automobile et une précision sans compromis.


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corps à cette sensation de brûlure après le snowboard. « Je me suis déboîté le genou à 13 ans ; depuis, le vélo d’appartement fait partie de mon échauffement à la salle de sport – c’est un bon moyen de réveiller le corps et de faire bouger les jambes. Lane recommande 20 minutes à une intensité moyenne à faible : « Il n’est pas nécessaire d’être essoufflé ; il s’agit juste de faire travailler les jambes et de faire circuler le sang. »

Trouver son équilibre

Avant de construire son installation dans son jardin, Lane passait des heures sur un Indo Board (photo) – planche en bois en forme de plateau sur laquelle on se tient debout en équilibre sur un tube en plastique. « Je restais dessus en regardant la télé, et cela m’a aidé à garder l’équilibre au centre de la planche et à travailler tous les tricks de press », explique-t-il. Il reconnaît que c’est difficile au début, mais cela a un impact direct une fois sur la neige : « On comprend le mouvement que l’on a avec un objet instable sous les pieds et comment manœuvrer avec les hanches et les genoux. »

Passez à l’action

FITNESS/

AVANT-SKI

CHARLIE ALLENBY

Pro du snow, Charlie Lane explique comment se préparer physiquement pour les pistes et éviter les blessures. Avoriaz, France. St Moritz, Suisse. Brighton, Royaume-Uni. Bien que l’une de ces destinations soit plus connue pour sa plage de galets que pour le snowboard, cela n’a pas empêché Charlie Lane, originaire de la côte sud de l’Angleterre, de se faire un nom comme l’un des espoirs les plus prometteurs du snowboard freestyle. À 17 ans, il a remporté l’or et l’argent dans les épreuves de slopestyle et de Big Air lors du Festival olympique de la jeunesse européenne d’hiver 2023, et il fait partie du programme de développement britannique. Mais lorsqu’il ne dévale pas les pentes au Japon ou ne perfectionne pas sa technique en Finlande, il s’entraîne chez lui à Brighton, dans un snowpark aménagé dans son jardin, avec une pente sèche, un saut et un rail. « C’est une idée que j’ai eue cet été, explique Lane. Ça a changé la donne, et mon niveau sur les rails a beaucoup progressé en peu de temps. Je suis assez

i­mpatient de voir ce que cela va apporter à mon niveau de ride à l’avenir. » La préparation de Lane ne se limite pas à ce set-up DIY, loin des montagnes : il utilise des outils et des techniques d’entraînement spécifiques pour rester en forme pour le snow toute l’année. Voici des techniques abordables pour vous débarrasser de la rouille avant les vacances au ski…

Construisez votre base

« Si vous n’avez pas été sur la neige depuis un an, le premier jour sera un choc pour votre corps », explique Lane. Il inclut une séance de vélo avant chaque entraînement en salle pour habituer le bas de son

« Le premier jour sur la neige sera un choc pour votre corps. » Charlie Lane, snowboardeur freestyle

Les bases des figures d’un snowboardeur freestyle sont toutes perfectionnées sur un simple trampoline : « J’ai passé environ un an dessus, à maîtriser les mouvements de base – salto arrière, salto avant, underflip, cab underflip – que je peux ensuite réaliser sur neige. C’est excellent pour la conscience aérienne, on s’habitue à être la tête en bas sans voir où l’on va atterrir. » Même si vous ne prévoyez pas de voler, Lane pense qu’un trampo peut être bénéfique. « Sauter doucement, simplement de haut en bas, peut aider à la stabilité des hanches et à s’assurer que vous exercez une force égale sur chaque jambe. »

Demi-mesures

Le ski ou le snowboard nécessitent de rester légèrement accroupi à chaque descente, ce qui peut provoquer des douleurs aux jambes pendant les premiers jours de vacances. Lane explique qu’il existe un moyen de simuler cela à la salle de sport et de minimiser les courbatures : « Je fais des squats assez bas qui me préparent aux impacts des atterrissages, mais un demi-squat, où les genoux sont à 45 degrés, suffit. » Il recommande aussi de descendre un peu plus bas pour reproduire les sensations de la montagne et vous préparer aux bosses sur les pistes : « Descendre plus bas assouplit les jambes et améliore votre suspension. » IG : @charlie.lane_ THE RED BULLETIN


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MENTIONS LÉGALES

The Red Bulletin autour du monde Directeur de la publication Andreas Kornhofer Rédacteur en chef Andreas Rottenschlager Direction créative Erik Turek (dir.) Kasimir Reimann Maquette Marion Bernert-Thomann Martina de Carvalho-Hutter Miles English Kevin Faustmann-Goll Carita Najewitz Tara Thompson Rédaction photo Eva Kerschbaum (dir.) Marion Batty Susie Forman Rudi Übelhör Gestion de la rédaction Marion Lukas-Wildmann Managing editor Ulrich Corazza Global content Tom Guise (dir.) Lou Boyd Publishing management Sara Car-Varming (dir.) Hope Elizabeth Frater Direction artistique commerciale Peter Knehtl (dir.) Lisa Jeschko Martina Maier Julia Schinzel Florian Solly Direction des op. éditoriales Sigurd Abele Direct to consumer business Peter Schiffer (dir.) Marija Althajm Matteo Luciani Melanie Schmid Katharina Tirouflet Yoldaş Yarar Management vente Klaus Pleninger Fabrication & production Veronika Felder (dir.) Martin ­Brandhofer Walter O. Sádaba Sabine Wessig Iconographie Clemens Ragotzky (dir.) Claudia Heis Nenad Isailovic Josef Mühlbacher Finances Ziga Balic Nora Kovacs-Horvacs Simone Kratochwill Digital Business Mathias Fritsch THE RED BULLETIN

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BOUGER

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Fitness First move Dans chaque édition, un membre du team fitness soutenu par Red Bull raconte son premier pas vers une vie active et sportive. À vous de jouer ?

Tout a commencé à l’instinct : une simple story Instagram de moi faisant des abdos dans mon salon. Sans plan ni objectif, juste un moment partagé sur le vif. Contre toute attente, ça m’a plu, et j’ai posté mes séances de sport, mes repas, mes petites victoires du quotidien… pour à peine 200 followers à l’époque. Un jour, j’ai retrouvé une vieille corde à sauter. Sans vraiment m’en rendre compte, je m’entraînais de plus en plus, et le sport s’est installé dans ma vie comme une évidence. Ma routine et mes priorités ont changé. Mes objectifs devenaient ambitieux. C’est là que j’ai décidé de participer à une compétition de bodybuilding. Un véritable défi : entre le régime alimentaire ultra strict et les entraînements intensifs, c’était une

épreuve autant physique que mentale. J’étais déterminée. Résultat : une 3e place et une immense fierté personnelle. Ce parcours m’a aussi ouvert des portes inattendues, comme ma participation à Ninja Warrior – incroyable !

« Ma grande réussite, c’est d’avoir osé croire que c’était possible. » Gianna Lenoir, coach et créatrice de contenus fitness

Parallèlement, je m’étais fixé l’objectif d’atteindre les 50 000 followers sur Insta. C’était symbolique, mais c’était aussi une manière de mesurer l’impact de ce que je partageais. Et j’y suis arrivée. Toutes ces étapes, ces petits défis relevés, m’ont aidée à construire ma confiance en moi, à affirmer ma personnalité. Et pour officialiser tout ce parcours, j’ai passé mon ­diplôme de coach sportif. Aujourd’hui, je vis de ma passion. Pour rien au monde, je ne reviendrais en arrière.

Le prochain THE RED BULLETIN sortira le 4 décembre 2025. THE RED BULLETIN

MEHDI EL MABROUK

Gianna Lenoir, 24 ans, est une coach sportive diplômée depuis 2023. Basée à Paris, elle est ­ créatrice de contenus sur les réseaux depuis 2020. Elle est notamment suivie pour ses skills à la corde à sauter. IG : @gianna.lenoir


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