Skip to main content

The Red Bulletin FR 02/26

Page 1


LE ROI DU MANS

Vainqueur mythique en 2025, JOHANN ZARCO rejoue la course et poursuit sa quête de LA sensation

WAOUH GARANTI ! NOUVELLE 408

HYBRIDE

Dès 408€ /mois(1)

LLD 49 mois

Sous condition de reprise

– Consommation mixte WLTP (l/100km) : 0. (1) Exemple pour une location longue durée (LLD) 49 mois 40 000km, d’une Nouvelle 408 Allure Hybrid 145 ch e-DCS6 neuve, hors option. Modèle présenté : Nouvelle E-408 GT exclusive avec option : 573€/mois sans apport. Montants exprimés en TTC hors autres prestations facultatives. Offre non cumulable, réservée aux particuliers, sous condition de reprise. Valable pour toute commande jusqu’au 31/05/2026 auprès du réseau Peugeot participant. Sous réserve d’acceptation du dossier par CREDIPAR, loueur et SA au capital de 138.517.008 €, RCS Versailles n° 317 425 981, ORIAS 07004921 (www.orias.fr), 43 Rue Jean Pierre Timbaud 78300 POISSY. Peugeot care : 2 ans de garantie constructeur et jusqu’à 6 ans de garantie additionnelle activée à chaque entretien effectué dans le réseau Peugeot participant, valable jusqu’à l’entretien suivant dans la double limite de 8 ans et 160 000 km. Automobiles PEUGEOT 552 144 503 RCS Versailles.

Au quotidien, prenez les transports en commun. #SeDéplacerMoinsPolluer

Fanny Viguier

Photographe et cofondatrice du collectif La Créole, elle explore et déconstruit les clichés sociaux et raciaux à travers des portraits, la mode et des reportages sur des espaces festifs. Elle a photographié , icône de la bass culture. Page 36

Jules Renault

Pour lui, pas de shooting sans musique. Jules a rencontré Mariana, artiste pluridisciplinaire. « Tout a été photographié sur pellicule avec un filtre qui assombrit les hautes lumières et donne à l’image une aura presque religieuse. » Page 44

Thémis Belkhadra

De Trax à NYLON, le journaliste issu de Créteil se consacre, de sa plume intime et singulière, à l’étude des phénomènes culturels populaires et alternatifs. Pour nous, il dresse le portrait de Mariana Benenge… Page 44

Un an après son triomphe historique au Mans, Johann Zarco ouvre ce nouveau numéro. Il nous replonge dans cette journée folle où il est devenu le premier pilote national vainqueur du Grand Prix de France depuis Pierre Monneret, en 1954. Mais ce n’est pas tout. Dans ce numéro, on change de rapport sans lever le pied : le photographe Alexis Perrin nous offre un portfolio exclusif au cœur de la F1, tandis que la bass music française rayonne avec , figure clé du Red Bull Back2Beyond. Et Marie-José Pérec, légende du sport français, nous donne rendez-vous sur la ligne de départ du Wings for Life World Run 2026.

Côté culture, place aux game changers : Mariana Benenge, chorégraphe globe-trotteuse de l’afrobeats, et Rnboi, premier talent signé par Aya Nakamura, posent leur énergie et leurs visions dans ces pages. Ce numéro va vous faire vibrer.

Bonne lecture !

Rnboi est bien plus qu’un hit – et travaille fort pour vous le faire entendre.

Courir avec Marie-José Pérec, c’est possible !

500 pilotes se présentent au Red Bull Erzbergrodeo, quasi autant abandonnent.

Avec le photographe français Alexis Perrin au plus près de l’élite auto.

VOUS N’AVEZ PAS BESOIN DE PLANIFIER L’AVENTURE LORSQUE VOUS ÊTES PRÊT À LA VIVRE.

Lorsque l’envie de sortir et de vivre des sensations inoubliables vous appelle, il vous faut des pneus à la hauteur. Les pneus BFGoodrich All-Terrain T/A KO3 repoussent les limites du tout-terrain pour vous permettre de rendre chaque aventure encore plus épique.

RENDEZ-VOUS SUR BFGOODRICH.FR

Chamonix, France

Questionner

« Cette photo est peut-être ma préférée parmi celles qu’on a réalisées ensemble, nous confie le photographe Mathurin Vauthier à propos de cette action d’Aurélien Lardy, immortalisée dans Virages et photos éphémères. On est partis remonter la mer de Glace, à Chamonix, en cherchant “quelque chose de nouveau, de jamais fait”. Une fois sur place, le déclic : des volumes énormes, une rampe de glace, et moi au fisheye sous Aurel, entre bloc et glacier, pour accentuer le vide et questionner l’engagement. » Splendide ! IG : @mathurinvth.pics ; @aurel_lardy

Manama, Bahreïn

Aller-retour

Deux athlètes audacieux ont réalisé une première mondiale avec un vol en wingsuit synchronisé entre les tours jumelles de l’emblématique Bahrain World Trade Center, à Manama. L’Espagnol Dani Román (à gauche) et le Français Fred Fugen ont sauté d’un hélicoptère à 1 200 mètres d’altitude, fonçant à 220 km/h pour se croiser à une vitesse relative de 440 km/h, l’un par rapport à l’autre, avec seulement 10 mètres d’écart. Après des années de préparation, ils ont réalisé leur rêve, démontrant précision, confiance et travail d’équipe. redbull.com

Londres, Angleterre Tête à l’envers

Londres, 19 juillet 2025. Un regard immortalisé par Paul Harding (et gratifié d’une mention spéciale aux World Sports Photography Awards). Yaroslava Mahuchikh, 24 ans, athlète de saut en hauteur, s’élance au Novuna London Athletics Meet. Championne du monde 2023, médaillée d’or olympique à Paris 2024, multiple championne d’Europe et du monde en salle, l’Ukrainienne au sourire lumineux transforme chaque saut en déclaration de résilience et de foi en l’avenir. redbull.com

Mikey Dread

Channel One

Découvrez la selecta roots du plus renommé des sound systems pour le Red Bull Back2Beyond.

Lancé en 1979 à Londres par deux frères jamaïcains, Mikey Dread et Jah T, Channel One Sound System est aujourd’hui une institution. Sous l’œil vigilant de leur père, propriétaire originel du sound system, les deux frères apprennent que la basse n’est pas un simple instrument mais presque une religion. Ils choisissent le nom Channel One en hommage au mythique studio jamaïcain. Chez eux, rien n’est laissé au hasard, sauf peutêtre le volume, toujours un peu plus haut que prévu. Le collectif s’impose rapidement comme l’un des sound systems les plus emblématiques de Londres. Leur signature ?

Une sélection 100 % vinyles, un mur de son monumental, et cette capacité rare à transformer une rue en temple roots, notamment lors du Carnaval de Notting Hill : une célébration de l’identité caribéenne noire. Mikey Dread nous rappelle que la culture, ça ne se streame pas, ça se vit (en vinyle).

Retrouvez Channel One au line-up du Red Bull Back2Beyond à Paris, le 25 avril 2026.

Burning Spear

Slavery Days (1974)

« Il s’agit d’un morceau majeur dans la culture noire et l’histoire du roots reggae. C’est un titre diffusé sur les sound systems depuis des décennies, et il conserve encore toute sa puissance aujourd’hui. Les paroles sont fortes et profondes, revenant sur l’histoire et l’impact de l’esclavage. À travers un sound system puissant, ce message frappe encore plus fort – on ne fait pas que l’entendre, on le ressent. »

Yabby You

Deliver Me From My Enemies (1977)

« Yabby You était un artiste soutenu par le mouvement, et ce morceau est devenu incontournable grâce à son contenu lyrique profond, rastafarien, et à son message spirituel. Le rythme est hypnotique, tandis que la voix porte un sentiment de foi et de force. C’est l’un de ces titres qui fédèrent la danse –roots, culture et message réunis en un seul morceau. »

Vivian Jones

Revelation Revealed (2021)

« C’est un morceau spécial pour nous. Le regretté et immense Vivian Jones est un artiste que nous avons joué régulièrement au fil des années, et ce titre est devenu un véritable hymne de Channel One. Les paroles profondément personnelles donnent à la chanson une sincérité supplémentaire. La version dub est sortie sur notre EP Raw Dubs, permettant à la musique de respirer autrement. »

Wailing Souls Kingdom Rise Kingdom Fall (1980)

« Nous jouons ce morceau depuis plus de 25 ans. La ligne de basse est incroyable dans les enceintes, et le rythme porte cette énergie roots inimitable qui définit une véritable session sound system. Le morceau parle de pouvoir, de changement, d’ascension et de chute des royaumes. Des messages qui résonnent encore dans les rues du carnaval Notting Hill et au-delà. »

Quand les glaciers chantent

Un son très frais

Ce compositeur capte les sons des glaciers d’Islande et raconte l’histoire de ces massifs aujourd’hui menacés.

Quand Konstantine Vlasis écoute un glacier, il entend « un monde que nous ne pourrions connaître autrement ». « On ne peut pas voir un glacier évoluer en temps réel : c’est trop lent pour être perceptible. » Pour ce compositeur environnemental originaire du Tennessee, « on peut écouter la glace bouger. Les craquements, les grondements, c’est puissant  ».

Vlasis enregistre les glaciers en Islande depuis plusieurs années, inspiré en partie par l’EP

Banquise de bienvenue : l’ami des glaciers, Konstantine Vlasis.

Rímur de Sigur Rós, sorti en 2001, qui comprend une chanson folklorique islandaise associée au son d’un ruisseau. Son dernier projet, When Glaciers Sing, est une « histoire audio immersive ». Il mêle les sons des glaciers à des chants et poèmes traditionnels islandais, dont beaucoup font référence à ces masses de glace éternelles.

Vlasis. « Un glacier n’est pas simplement une masse de glace, mais une masse de glace qui bouge. Et chaque mouvement crée un son, chaque son raconte une histoire. Cela évoque le son de la glace, l’eau, l’air, la terre. Comme la vie. »

Équipé de matériel d’enregistrement et de sécurité, Vlasis se rend une ou deux fois par mois sur les glaciers près de la ville de Höfn. « Quand je parle de mon travail, les gens imaginent peut-être un artiste vivant des expériences immersives et transcendantes, dit-il. Il y a des moments comme ça, mais en réalité, je surveille surtout la météo. C’est très intense, et cela peut changer extrêmement vite. Ces paysages sont dangereux. »

Mais le risque est justifié. En utilisant des microphones très sensibles développés à partir de la technologie des sismomètres, ses enregistrements de terrain sont étonnamment variés. Ils incluent le ruissellement des systèmes d’eau à l’intérieur des grottes et cavernes glaciaires –« l’acoustique de la glace ellemême » – ainsi que le crépitement et le pétillement des bulles d’air à l’intérieur des formations de glace. « Ce que vous entendez réellement, ce sont ces formes singulières d’air qui s’échappent selon différents motifs, comme de l’air dans une trompette. »

En plus des sons, Vlasis collecte des données en collaboration avec des scientifiques. « Les glaciers font partie de la cryosphère fragile, et ces éléments fondamentaux de notre planète changent à l’échelle d’une vie humaine, ce qui est alarmant. Au début, j’ai ressenti beaucoup de va-et-vient entre la fascination esthétique et l’éco-anxiété, maintenant c’est plutôt un sentiment d’émerveillement. Les glaciers n’ont pas nécessairement à supporter ces associations de perte, de disparition et de fatalité – ils peuvent aussi inspirer l’espoir. »

« Si vous parcourez l’histoire documentée des glaciers en Islande, il y a toujours des descriptions sonores », explique konvlasis.com

Décryptage

L’impact Frank Ocean

Dans Les Garçons ne pleurent jamais, Nicolas Rogès (cidessus) explore tous les recoins de la vie de Frank Ocean. Sans le faire parler, il fait sortir le chanteur de son silence.

Pendant longtemps, son ami Will [paix à son âme] a saoulé Nicolas pour qu’il écoute la musique de celui qui avait changé sa vie. Intrigué par cette obsession, l’auteur finit par se plonger dans la discographie de Frank Ocean, puis dans la rédaction d’un livre. Il remonte le fil de son histoire, de la Californie à la NouvelleOrléans, apportant de nouvelles données pour éclairer la carrière d’un artiste aussi mythique que mystérieux.

Un ovni musical

Véritable icône générationnelle, Frank Ocean est une

anomalie dans l’industrie musicale. Après deux albums considérés comme des chefsd’œuvre, il se retire de la vie publique en 2016, laissant les fans sans nouvelles.

Il faut dire que le chanteur américain a tout bousculé, sans jamais faire de concessions. Il déstructure le R’n’B pour y ajouter jazz, gospel, funk, rendant sa musique alternative inclassable. Il s’affranchit des formats radio, des timings, offre des pistes musicales gratuitement, sans annonce. Surtout, il touche les cœurs avec des textes introspectifs et sincères, il

évoque la dépression et son homosexualité. Avec lui, l’intime devient universel. Le jeune homme solitaire donne le courage à des millions de personnes d’assumer qui elles sont, face au monde. Pour découvrir et comprendre toutes ses facettes, Nicolas Rogès a rencontré une cinquantaine de personnes, « des femmes et des hommes qui ont marqué l’enfance de Frank, son adolescence et sa vie artistique, mais que l’on n’a jamais cherché à interviewer ». De ce fait, « toutes les informations concernant Frank Ocean sont doublement ou triplement sourcées », précise Rogès.

Un livre hybride

Les Garçons ne pleurent jamais n’est pas une biographie traditionnelle. Construit comme un programme télévisé, chaque chapitre est une chaîne différente, sans ordre chronologique, naviguant dans le temps et l’espace. À l’image de la musique de Frank Ocean, la structure du livre est tortueuse, avec des transitions et une trame narrative qui rendent l’ensemble décousu mais cohérent.

Les pubs sont les chapitres Interruption du programme, dans lesquels l’auteur écrit à la première personne. Ces moments de respiration permettent à Nicolas Rogès d’ajouter un peu de fiction, de donner les coulisses de son enquête, de mettre en avant ses ressentis ou d’analyser des albums – comme Blonde

Mêlant rigueur scientifique, analyses musicales et propos incarnés, Nicolas Rogès offre avec ce livre une forme inédite dans le domaine de la littérature musciale. Il s’agit d’un double voyage : à travers la vie et la carrière de Frank Ocean, mais aussi à travers les émotions de l’auteur, qui n’est ici qu’un auditeur bouleversé par la musique du chanteur.

Nicolas Rogès, Les Garçons ne pleurent jamais, aux éditions JC Lattès, 19  €

La couverture est l’œuvre Seigfried (In the Dark), 2025, du peintre Anthony Lee Pittman.

Délivrance par le mouvement

Récit féministe d’émancipation, le spectacle

Maldonne, créé par Leïla Ka, l’une des sœurs aînées de Zaho de Sagazan, connaît un succès retentissant à travers le monde.

Pendant plus de trente ans, Leïla Ka n’a pratiquement jamais porté de robe. Et encore moins à feurs. Son uniforme, jusqu’alors, c’était le jersey-joggingbaskets de rigueur dans les salles de répétition. Mais depuis trois ans, la danseuse et chorégraphe a changé ses habitudes. Elle passe son temps à alterner entre la nuisette crème, le jupon noir, la longue chemise à imprimé léopard et la fameuse robe à feurs, personnage principal de sa dernière création, Maldonne. « Mon idée de départ pour cette pièce, c’était des pleurs et des robes, nous explique-t-elle lors de notre entretien par téléphone. J’en avais récupéré plein (chez Emmaüs, ndlr), et je voulais les faire danser. Je voulais les faire vivre. » Créé en novembre 2023, le spectacle sillonne la France et les continents. Chaque tournée annuelle cumule près d’une centaine de dates – une exception dans le paysage de la danse contemporaine, fragilisé par les coupes budgétaires qui réduisent les représentations dans les théâtres publics. Certains extraits sont vus plus de quinze millions de fois sur Instagram, jusqu’à se retrouver entre les mains des équipes de Beyoncé, qui proposent à la jeune Française de créer une chorégraphie pour le titre Amen à l’occasion du Cowboy Carter Tour de la chanteuse

Engagement artistique

« J’ai énormément de retours de femmes, confe la chorégraphe. Elles m’écrivent sur Instagram, m’envoient des mails, des lettres et viennent nous voir après les spectacles. Elles pleurent et me disent être très touchées par ce qu’elles ont vu. C’est très émouvant… Je ne m’attendais

Focus

Créations chorégraphiques

Pode Ser, 2018

C’est toi qu’on adore, 2020

Se faire la belle, 2022 Maldonne, 2023

pas du tout à cela. » Après la création de son premier solo Pode Ser en 2018, et des spectacles courts C’est toi qu’on adore (2020) et Se faire la belle (2022), Leïla Ka présente Maldonne et se forge la réputation d’artiste engagée. Récit frappant d’une quête émancipatrice et de reconquête du pouvoir, la pièce traverse les âges, les genres et les catégories socioprofessionnelles. Son succès pousse de nombreuses associations qui luttent contre les violences faites aux femmes à contacter la chorégraphe. « Quand j’ai commencé à travailler, je ne me rendais pas compte que les expériences dont je parlais à travers la pièce allaient toucher tant de monde. Je n’avais pas réalisé que ce que l’on vivait, mes amies et moi, c’était quelque chose de beaucoup plus global. » Dans Maldonne, cinq danseuses se disputent, imitent des postures sexuelles ou l’exécution de tâches ménagères. La pièce s’ouvre sur une scène de chutes en cascade, rythmée par les respirations saccadées et la gestuelle millimétrée des interprètes. Tétanisant.

« Danser est un moyen d’exprimer des choses sur lesquelles je ne parviens pas à poser de mots », analyse Leïla Ka, quelques jours après avoir donné, à l’Olympia, une représentation inédite du spectacle, augmenté d’une dizaine de danseuses, d’une captation vidéo projetée en direct sur scène et d’une apparition surprise de Catherine Ringer. Ce soir de

février, la fosse de la mythique salle parisienne est transformée en un parterre de sièges rouges plein à craquer, jusqu’aux strapontins. Toute la famille de l’artiste est réunie. « C’est sa sœur, la chanteuse Zaho de Sagazan ! », soufe-t-on dans le public après la longue standing ovation qui clôt le spectacle.

Née il y a 34 ans, Leïla Ka est la deuxième d’une sororie de cinq qui a toujours baigné dans l’art. Autodidacte, la danseuse grandit à Saint-Nazaire et s’initie au hip-hop avant d’être repérée par la chorégraphe Maguy Marin, pour qui elle interprète la pièce culte May B.

Hors des sentiers battus

Populaire, elle se place en rupture avec l’élitisme de la danse contemporaine, jugée parfois trop illisible, tandis qu’elle assume des références grand public, comme la reprise du titre Je suis malade (1994) de Serge Lama par Lara Fabian, que les interprètes de Maldonne chantent à tue-tête pendant presque l’intégralité du spectacle. « Je n’ai pas de parcours académique. Quand j’ai commencé, j’avais un regard assez vierge sur la danse et ses codes. Je suis quelqu’un de normal, qui n’a pas une grande culture chorégraphique ni artistique, donc ce qui me parle, c’est ce qui parle à un public large », confesse celle qui admet ne voir que très peu de spectacles de danse. Maldonne est ainsi jouée à New York, mais aussi à Libourne et Périgueux. Presque partout où elle passe, la jeune femme frêle aux grands yeux bleus, timide et mesurée, donne des bribes de ses spectacles aux écoles de danse et aux associations de femmes qui en font la demande. Elles les difusent à leur tour, comme dans un ultime geste de transmission et de sororité.

Depuis le succès retentissant de Maldonne, Leïla Ka est revenue aux tenues de sport. Elle les porte quotidiennement, en répétition au 104Paris , où elle est artiste associée, jusqu’aux shootings photo pour GQ ou Marie Claire Collaborant avec sa sœur sur les chorégraphies de ses concerts, elle repart en novembre en tournée mondiale avec une nouvelle création – en robe ou en shorty.

Maldonne (2023) de Leïla Ka, en tournée dans toute la France jusqu’en mai 2026.

« Ce qui me parle, c’est ce qui parle aux gens normaux. »
Leïla Ka au sujet de sa culture chorégraphique.

Accro aux déchets

L’auteur décalé Damien Gabet parcourt

l’Angleterre à vélo, pour donner envie d’aimer la campagne, non de la souiller.

Saner

Un costume rose pâle, une remorque blindée de déchets et 1 600 km à avaler à vélo : l’équation avait tout pour dérailler. Damien Gabet s’en est vite rendu compte. « Les frottements et les bleus aux fesses m’ont rapidement empêché de continuer à porter un costume », sourit le journaliste de 41 ans. Il passe donc en mode cuissard, mais garde le costume soigneusement plié dans une sacoche. À chaque étape, il l’enfle pour enregistrer des interviews avec les gens croisés en route. L’idée : raconter, avec style, une campagne anglaise littéralement tapissée de détritus et lever des fonds pour l’ONG Trash Free Trails. Pour ce déf de 22 jours, au départ de Margate, dans le Kent, il suit un itinéraire en forme de bouteille en plastique, du sud au nord de l’Angleterre, et récolte quelque 2 500 canettes et bouteilles abandonnées.

Né à Paris, élevé dans le Worcestershire, Gabet s’est d’abord fait connaître par des sujets décalés – concours de congélation de cheveux au Canada, championnats du monde de tricot heavy metal en Finlande… Son envie de militer naît pendant le Covid, après une baignade clandestine dans le lac d’un domaine privé. Pourquoi tant de coins de nature restent­ils fermés au public ?

En 2023, il pousse la réfexion plus loin : 800 km à pied de Hastings à Gretna Green, bivouacs sauvages sur des terres privées et traversées de clôtures pour dénoncer l’accès limité à la campagne britannique. Le projet, mené pour le collectif Right to Roam, lui révèle une autre réalité : partout, les chemins sont jonchés de déchets. De là naît l’idée du grand tour à vélo. Malgré le sérieux du sujet, Gabet ne se départ jamais de son humour ni de son allure de dandy cabossé. « Je déborde de mauvaises idées et il n’y a jamais de vraie

Jouez-la comme Gabet : ses cinq conseils de voyage

Protégez la sérendipité

« C’est le moteur invisible des voyages mémorables, et les téléphones la tuent. Évitez la technologie. »

Trouvez-vous un QG en arrivant quelque part

« Pour moi, ce sont les bars rock. »

Partez trop chargé

« Il n’y a rien de plus déprimant que de porter le même T-shirt encore et encore. » Évitez activement les sites touristiques

« Le sur-tourisme gâche la vie des autochtones, alors tentez d’en limiter l’impact. »

Limitez-vous à strictement cinq photos par jour

« Puis faites-les imprimer à votre retour. »

préparation, confe­t­il. C’est un peu volontaire, ça rend l’histoire plus intense. Mais j’ai aussi un TDAH de compétition, donc la planifcation, très peu pour moi. Je suis désespérément impulsif. » Sa prochaine aventure ? Peut­être de la plongée en tourbière, « en costume, évidemment ».

the red bulletin : Quels ont été les plus grands défs de ce tour à vélo ? damien gabet : Parcourir 80 km par jour pendant 22 jours, c’est costaud mais faisable. Le vrai cauchemar, c’était Trisha The Trasher, ma remorque sur mesure. Elle devait pouvoir contenir 500 bouteilles : résultat, un poids monstrueux. Dès qu’une côte se présentait, c’était l’enfer, surtout sans entraînement. Les

pneus arrière n’étaient pas prévus pour le tout­terrain ; j’ai enchaîné les crevaisons sur les chemins forestiers et les bas côtés défoncés des routes nationales, là où s’accumulent les déchets… mais aussi le verre et le métal. À mi­parcours, le frein arrière a lâché : j’ai fni l’Écosse et les North York Moors avec un seul frein.

Avez-vous afné votre technique de ramassage ?

Je suis devenu maniaque ! Je ralentissais, je chopais la bouteille d’un coup sec avec la pince, je pivotais et je la lâchais dans la remorque : tac tac, presque une chorégraphie. Chaque objet ramassé, déclenche un petit shoot de dopamine. On ne s’en rend pas compte, mais ça devient vite addictif.

Toujours en camping sauvage ?

Oui, et c’est l’un des plaisirs du voyage. Il y a toujours un coin pour planter une tente une place et poser un vélo : talus, bosquets, bouts de plage fuviale… Un soir, je me suis installé sur un banc de sable boisé au bord d’une rivière : baignade, dîner, coucher de soleil. Parfait, et gratuit. Je reste pourtant un pur citadin, pas vraiment « fls de la campagne ». Ces expéditions sont un moyen de réapprendre la nature. Souvent, je m’interroge : si moi, avec mon accent posh, je me sens illégitime à la campagne, qu’en est­il des personnes moins privilégiées ?

Que vous enseignent ces trips à vélo ?

Que l’accès à la nature touche à tout : sentiment d’appartenance, santé mentale, inégalités de richesse. Pourquoi tant d’espaces restent­ils interdits ? On devrait profter davantage de la campagne, de façon responsable. J’ai traversé de magnifques propriétés privées dans le plus grand respect : elles montrent à quel point de vastes pans du pays restent invisibles. Quand on gagne sa vie en nomade, brûler du kérosène en quête de plaisir au bout du monde devient difcile à justifer. Alors que nous avons tant d’opportunités sous la main. L’aventure est souvent au bout de la rue. Et, détail amusant : si vous ramassez les déchets sur un terrain privé, même le propriétaire le plus méfant fnit souvent par dire : « Bon, d’accord ! »

Contribuer : justgiving.com/crowdfunding/ lucrusade

« Chaque objet ramassé déclenche un shoot de dopamine. »
Damien, sur ses virées à vélo pour rendre la campagne moins sale.

La reine d’un nouveau monde

Championne et figure des échecs, Tania

Sachdev brille sur une scène qui évolue comme jamais. Face aux nouveaux players, elle veut garder le rythme.

Texte

Hugues Pascot

Impossible d’y échapper. Depuis quelques années, les échecs ont quitté les salons feutrés pour s’inviter partout : vestiaires, plateformes de streaming, jusqu’aux routines d’entraînement des athlètes. Jeu millénaire, discipline cérébrale par excellence, les échecs sont devenus un phénomène de pop culture. Sur les réseaux, une nouvelle génération de créateurs transforme ouvertures, sacrifices et gambits en spectacle. L’échecs mania ne séduit plus seulement les puristes : elle infiltre tous les univers. Les échecs sont devenus le sport préféré de vos sportifs et créateurs de contenu favoris.

Une joueuse en or Un constat qui convient à Tania Sachdev. Grand maître féminin et maître international, l’Indienne observe cette transformation depuis les premières loges. « Les stéréotypes autour des échecs sont aujourd’hui remis en question, expliquet-elle. Il y a tellement de personnalités différentes qui contribuent à les briser. Grâce aux réseaux sociaux et à une jeune génération très à l’aise avec les médias, les choses évoluent beaucoup plus vite. »

La native de New Delhi parcourt les tournois internationaux depuis plus de trente ans, d’un échiquier et d’un fuseau horaire à l’autre. Une vie rythmée par les 64 cases de l’échiquier. « J’ai commencé à jouer à 6 ans. Au départ, c’était un hobby. Mais, comme souvent dans la vie, les choses changent », confie-t-elle. Dans son cas, très vite et dans la bonne direction. Championne d’Inde chez les moins de 12 ans, puis championne d’Asie chez les moins de 14 ans, elle se souvient encore

La Danse des Cavaliers est un tournoi d’échecs unique, organisé en mars et imaginé par Gartin, talent protéiforme qui bouscule les codes de l’échiquier, tant sur les réseaux que face à l’horloge. Soutenu par Red Bull et basé sur des règles inédites, l’événement avait pour ambition de sortir les échecs de leur cadre conventionnel et d’y insuffler les codes actuels du divertissement.

du moment où tout a basculé : « Je jouais contre une adversaire chinoise qui avait un demi-point d’avance. Pour décrocher l’or, je devais gagner. La partie a duré des heures, et à la fin, nous étions toutes deux épuisées ; mais j’ai réussi. Je me suis dit : je veux revivre ça, encore et encore. » Ses succès l’ont conduite à intégrer, en 2008, l’équipe nationale féminine indienne d’échecs. Depuis, les victoires se sont enchaînées : la médaille de bronze en 2022 à l’Olympiade d’échecs, puis le graal en remportant l’or en 2024. « Cette victoire était très spéciale pour moi. C’était ma huitième Olympiade avec l’équipe indienne. Après avoir presque touché l’or en 2022, cette médaille m’a permis de réaliser un rêve que je nourrissais depuis ma première olympiade, en 2008. »

Next Gen

En juillet 2025, la plateforme d’échecs en ligne Chess.com comptait plus de 20 millions de joueurs indiens. Un chiffre qui place l’Inde au deuxième rang mondial de l’activité sur le site, juste derrière les États-Unis. Cette poussée ne s’explique pas seulement par l’essor du jeu en ligne. Elle accompagne l’émergence d’une

génération de prodiges comme Dommaraju Gukesh, devenu, en 2024, le plus jeune Champion du monde de l’histoire. Pour Tania Sachdev, cette vague n’a pourtant rien d’un phénomène inattendu. « C’est le résultat d’un travail de fond. Tout remonte à une vision, et surtout à Viswanathan Anand (grand maître international et quintuple champion du monde, ndlr). Il a ouvert la voie. Il a montré que c’était possible. La génération actuelle a grandi avec son héritage. » Tania mesure ce basculement à l’aune de sa propre trajectoire. « Moi, j’ai reçu mon premier entraînement avec un grand maître à 18 ans. Aujourd’hui, des enfants commencent à être formés à 7 ou 8 ans. Ils jouent des tournois très tôt, sont exposés au très haut niveau dès le départ. » Résultat : une nouvelle génération de joueuses et de joueurs aux profils différents et de plus en plus précoces, qui « fait émerger un autre type de jeu et de personnalité ».

Voix familière

Pour une joueuse d’échecs de haut niveau comme Tania, décrocher est impensable. Pendant des années, l’Indienne enchaînait près de dix tournois par saison, un rythme qui l’a forcée à apprendre à lever le pied pour durer. « J’essaie vraiment de prendre quelques jours de repos à mon retour, de m’éloigner de tout travail ou appel professionnel. Mais en tant que joueuse, depuis mon plus jeune âge, je ne crois pas qu’il se soit passé un seul jour sans que je ne croise un échiquier. »

Si sa carrière s’est longtemps construite autour de la compétition, Tania Sachdev explore aujourd’hui une autre facette de son univers. Toujours présente sur l’échiquier, elle est devenue une voix familière du jeu en tant que commentatrice. Une évolution qu’elle savoure, même si la compétition lui manque parfois. « Je me suis fortement investie dans le commentaire et l’analyse des compétitions, au point de jouer moins qu’avant, et cela me manque un peu. J’aimerais retrouver le rythme des tournois.»

Pour celle qui s’est récemment vu décerner le prix Contribution to Indian Sports Award of Excellence, sa carrière est encore loin de l’échec et mat.

IG : @taniasachdev

« Il ne se passe pas un jour sans que je ne croise un échiquier. »
Le grand maître pose ici lors du Red Bull Armageddon, Inde, en 2025.

Un uniquegars

À 35 ans, le pilote Castrol Honda LCR Johann Zarco assume pleinement la force de l’expérience, porté par une victoire hallucinante au Michelin Grand Prix de France Moto du Mans 2025, arrachée sous le chaos et la pluie. Nous le rencontrons à l’aube d’une nouvelle saison, où tout peut arriver.

Texte Pierre-Henri Camy
Johann Zarco, de l’écurie Castrol Honda LCR, sur le circuit thaïlandais de Buriram, lors du premier GP de 2026.

LA ZARCO BIO… À TOUTE VITESSE !

Johann Zarco, né en 1990 à Cannes, est l’un des pilotes français les plus titrés en vitesse moto. Révélé en Red Bull Rookies Cup, qu’il remporte en 2007, il gravit ensuite les échelons des Grands Prix. Champion du monde Moto2 en 2015 et 2016, il se fait remarquer par son style spectaculaire et son sens de l’attaque. Arrivé en MotoGP en 2017, il signe plusieurs podiums et devient une référence de la catégorie reine, apprécié pour sa combativité, sa franchise et sa longévité au plus haut niveau. Et pour son salto signature.

OOn était venus parler de son coup de force au Mans de 2025, mais aussi sentir son feeling avec sa nouvelle moto, son spirit, en bref, comment allait ce pilote MotoGP discret autant que fantasque, apprécié pour son côté accessible et humble.

Mais on venait aussi pour le reste, ces instants Zarco, où une conversation avec le pilote part sur tout autre chose, ces secondes de pause et de réflexion, ces traits d’humour, d’instinct qui le caractérisent.

Juste apprécier le moment avec ce gars unique, pour vous le faire apprécier. Entre lucidité physique, quête de LA sensation, larmes de fans et rêve de basse dans un bar parisien, la parole est à Johann Zarco.

the red bulletin : Comment vas-tu ? johann zarco : La saison 2026 a attaqué doucement mais sûrement. Et le fait d’avoir une vision sur deux ans avec Honda LCR, ça permet de se dire : « Je prends mon projet sportif de la meilleure manière possible et je ne tire pas la sonnette d’alarme dès le premier GP si les sensations ne sont pas là. Je ne suis pas satisfait pour l’instant des performances que je peux sortir sur la moto, mais je ne suis pas stressé, ni alarmé. Je m’autorise à prendre du temps pour bien gérer. »

Tu parles de l’aspect mécanique, technique. Et ton physique ? La bécane Zarco, comment tu l’entretiens ? J’essaie de l’entretenir au mieux. Il y a eu de petits doutes en me disant : « Mince, à

35 ans, il y a un déclin ? Comment faire évoluer l’entraînement ? » Je suis content d’avoir un préparateur physique, Olivier Pedron, qui regarde bien dans le détail toutes mes sessions d’entraînement, qui essaie de pouvoir ajuster, mais qui me rassure souvent, et du coup ça, c’est agréable à entendre. Mais c’est clair qu’à 25 ans, si tu as un kilo de sucre à dépenser, tu n’en as potentiellement besoin que de 700 g, donc il te reste 300 g de marge si tout va bien. Alors qu’à 35 ans, tu as besoin du kilo de sucre, tu n’as plus cette marge.

Une fn de course en 2026 par rapport à une fn de course il y a dix ans… Quelles sont les sensations ?

Sur la moto, en course ou en fin de course, c’est à peu près similaire. Après,

« Tu peux briller là où tu ne t’y attends pas et galérer sur un circuit ”facile“. »
Zarco côté pile, avec son équipe, lors des qualifs pour le Grand Prix moto de Thaïlande.

ce sera peut-être plus sur le lendemain et le surlendemain qu’on sent qu’il y a eu une dépense d’énergie importante, et que l’énergie ne revient pas si vite. C’est intéressant d’en discuter avec un Marc Márquez, par exemple, qui me demandait : « Tu n’as pas la sensation, parfois, que même le week-end, tu es fatigué, tu sembles usé ? » Et c’est vrai qu’il n’y a pas la même énergie le dimanche que le vendredi, avant les essais libres. Disons qu’il y a des dimanches matins plus difficiles que d’autres. (Sourire)

Et des dimanches matins où l’on ne sait pas encore qu’on va entrer dans l’histoire du sport mécanique français… Cette fameuse course au circuit Bugatti le 11 mai 2025, ta victoire, a déjà été racontée sous tous les angles dans les médias spécialisés, mais nous

voulions mesurer son impact sur tes supporteurs. Dans les commentaires d’une vidéo de Canal+ consacrée à ton dernier tour ce jour-là, on découvre le message très poignant d’un fan : « Pendant dix ans, j’ai assisté au Grand Prix du Mans avec mon père. Nous avons soutenu Johann Zarco chaque fois qu’on a pu. Mon père est parti l’année dernière d’une crise cardiaque, et Johann gagne cette année. Je suis à la fois ému et dévasté. J’espère qu’il a pu voir ça de là-haut. » Des mots qui montrent à quel point ta réussite touche les gens intimement : est-ce quelque chose dont tu avais pleinement conscience ?

Les années passant, les fans continuent de m’apporter un support inconditionnel. C’est là que je me rends compte que je peux générer beaucoup d’émotions, aussi

bien chez des femmes, que des parents ou des enfants. Comme cette femme, la cinquantaine, qui est venue me parler l’autre fois, et qui m’expliquait : « C’est grâce à vous que je viens de me mettre à la moto. Je ne vous en remercierai jamais assez. » Il y a aussi ces enfants qui ont filmé leurs parents célébrer la victoire au Mans. C’était incroyable de voir comment le public vit le truc.

Il est intéressant de noter que tu es apprécié de toutes les générations… Souvent, ça démarre avec les parents qui me suivent… et les enfants finissent par devenir fans à leur tour. Un jour, une ado de 17 ans fait la queue sur un GP pour me parler. Elle me dit : « On ne m’a jamais forcée à être fan de toi, mais je te connais depuis que j’ai 6 ans, et je suis trop contente de te rencontrer. » Ça m’a vraiment touché. Je me suis dit : « J’ai fait partie de son enfance, puis de son adolescence. Au début à travers son père, puis elle s’est approprié l’histoire. » Et à cet âge-là, il se passe tellement de choses : on se cherche, on se construit, on essaie de savoir qui on est. C’est là où je me rends compte que j’ai pu, et que je peux toujours, influer sur beaucoup de vies finalement.

Tu les sens, ces fans, derrière toi, quand tu es au départ d’une course ou dans un moment de difculté ? Tu te dis : « Bouge-toi, il y a cette gamine, il y a ce gars qui me soutiennent… » ?

Non. Dans ces moments de course, on n’a pas le temps, et il vaut mieux s’en détacher, parce que ça voudrait dire qu’on n’est pas concentré sur le présent.

Comment décrirais-tu cette victoire au Mans avec tes mots ? On a parlé de succès tactique, de concours de circonstances… Chacun et chacune a pu largement exprimer sa théorie sur cette course d’anthologie.

De l’intérieur, dans ma tête, c’était : « Tiens bon en pluie, la flotte arrive. C’est pas possible qu’en slick, avec toutes ces gouttes, les autres tiennent. » Certains restaient sur leurs roues, d’autres se mettaient par terre. C’était complètement aléatoire. Fabio et Binder tombent juste derrière Marc, alors que lui ouvre la piste, théoriquement sur la partie la plus humide… et pourtant, ce n’est pas lui qui chute, mais les deux derrière.

Ce choix de pneus dès le départ de la course a donc été crucial ?

Je savais que le pneu slick, ça ne pouvait pas aller. Avec la météo annoncée, il

22 Grands Prix sur 5 continents : Johann se lance dans la saison 2026.
« Je me rends compte que je peux générer beaucoup d’émotions. »
« Avec la météo annoncée, il fallait partir en pneus pluie : “Ça doit tomber, ça doit tomber, ça va tomber.” »

fallait partir en pneus pluie : « Ça doit tomber, ça doit tomber, ça va tomber ».

On s’imagine que d’habitude, tu n’espères pas qu’il pleuve…

La pluie, ça ne me gêne pas. Si elle tombe, je me dis : il y a une opportunité, ça vaut le coup d’aller la chercher. Concernant les pneus pluie, il faut savoir qu’il y a deux choix : le pneu soft et le medium. Par deux fois au Mans j’avais fait un choix de pneu medium arrière, et deux fois j’ai été puni. Cette fois, j’ai pris le soft. Jack Miller et Miguel Oliveira ont choisi le medium, et ils ont chuté dans le dernier

virage : pour eux, c’était le « bon », car ils n’imaginaient pas qu’il allait pleuvoir tant que ça.

Ce pneu pluie arrière soft, c’était aussi un choix assumé par ton équipe ? Dans le box, même si mon ingénieur m’avait demandé : « Medium ou soft ? », j’aurais répondu direct : « On ne se prend pas la tête, on met le soft et on y va. » Sur le papier, avec la météo, le medium semblait plus raisonnable. Mais j’avais déjà été puni deux fois, je ne voulais pas l’être une troisième. Avant même le départ, tu dois trancher, parfois à l’encontre des

calculs des ingénieurs… Et au final, la décision, c’est toujours la tienne, même contre des ingénieurs qui calculent tout, voire même contre Michelin qui dira « peut-être que ». Dans mes souvenirs, dans mes sensations, je savais : « Non, ici, le medium, ça ne marchera pas. »

Malgré tout, au-delà de tes choix stratégiques, il y a eu des coups de chaud.

Oui, comme ce moment de panique dès le premier virage, parce que je me fais taper dedans : j’ai dû lâcher la main du guidon pour reprendre mon équilibre. C’était un truc de fou !

Que s’est-il passé ?

Une chute d’Enea Bastianini, qui entraîne Pecco Bagnaia avec lui. Pecco, en tombant, percute Joan Mir aussi, et Mir me prend. J’étais le dernier de la chaîne. J’ai réussi à redresser la moto, mais on s’est tapés super fort, et du coup je suis parti dans les graviers.

Qui était le plus gros adversaire pour Johann Zarco ce jour-là ?

Le top de la moto de vitesse donne tout durant les 40 à 45 minutes de chaque course de la saison.

Mon plus gros souci, c’était Jack Miller. Dans ces conditions, il est toujours dangereux, il gagne souvent. Quand je l’ai vu tombé, je me suis dit : « Okay, là il y a un coup à jouer. » Une fois en tête avec de l’avance, plus l’écart grandit, plus je me calme : « Pas de stress, fais juste ton boulot, tu continues à creuser et tout va bien. »

Et le facteur chance ?

De loin, forcément, on a une drôle d’impression, on se dit : « Il y a vraiment beaucoup de choses qui se sont alignées. » Si je regarde la course avec un œil extérieur et un peu critique – pas négatif, mais un peu détaché – je me dis : « Avec toutes les planètes qui se sont alignées, quelle chatte… » Oui, il y a une part de chance, mais j’étais en tête, j’aurais pu me crisper et me faire remonter. Ce qui n’est pas arrivé, j’ai même pris de l’avance, alors que dans des conditions comme ça, il y avait plus de raisons de se chier dessus que de continuer à creuser l’écart. C’est une bonne manière de rappeler que ce jour-là, au Mans, il y a une vraie gestion de pilote, de l’expérience : je suis concentré et je fais mon job.

Et il s’agissait de ta première course en MotoGP où tes deux parents avaient fait le déplacement !

Mon père était déjà venu sur plusieurs courses, et sur ce coup, j’avais aussi proposé à ma mère de venir : « Le Mans, ça va être cool, tu verras les fans, c’est taré, ça galvanise. Au pire, si tu as envie de t’aérer, il y a toutes les loges, où tu seras reçue comme la mère du roi. » Voilà, c’était un peu ça la démarche : s’il y a un GP à faire, c’est Le Mans !

Johann, quelle est ou a été l’activité de tes parents ?

Mon père est chiropracteur, et ma mère a été prof de sport. Ensuite, sa vie, ce furent ses enfants. Elle a arrêté de travailler très tôt et est restée auprès de nous pendant que nous grandissions. Par choix. Je suis le troisième, le petit dernier, bien choyé. Elle avait 38 ans quand elle m’a eu, alors elle s’est dit : « Ce sera le bon petit dernier. » Mon meilleur souvenir d’enfance, c’est avec ma mère et ma sœur, parce que mon frère a quatorze ans de plus que moi. Du coup, lui, il faisait déjà autre chose. Mon enfance, c’était avec ma sœur et ma mère, parce que mon père bossait souvent. Il partait de nuit.

Pourquoi ?

Il a eu son diplôme de chiropracteur aux États-Unis, et à l’époque, ça n’était pas reconnu partout en Europe, alors il a dû se créer une patientèle en Italie.

LE MANS EN FURIE

La course épique où Johann Zarco a enfin offert la victoire française que tout un pays attendait depuis 1954.

Sous une pluie capricieuse, le Michelin Grand Prix de France Moto 2025 vire au chaos. Tour de chauffe en slicks, quasi-chute de Fabio Quartararo, ruée générale vers la pitlane : drapeau rouge. Au restart, piste déclarée mouillée, pénalités de Long Lap en série. Francesco Bagnaia tombe dès le premier tour, Quartararo mène puis se fait piéger et chute à la dernière courbe, entraînant Brad Binder. Les leaders jonglent entre pneus slicks et pluie, Fermín Aldeguer se retrouve un temps en tête

avant de devoir lui aussi changer. Resté fidèle à ses pluies, Johann Zarco prend les commandes et s’envole. Marc Márquez remonte mais ne peut empêcher l’écart de grimper à près de 20 secondes. Chutes de Miguel Oliveira puis d’Álex Márquez, Aldeguer arrache finalement la troisième place. Devant, Zarco gère, franchit la ligne du circuit Bugatti en solitaire et offre à la France sa première victoire à domicile en MotoGP depuis 1954, devant un Mans en furie.

Pierre Monneret, le dernier pilote français vainqueur du Grand Prix de France en 1954… Avant que Zarco n’offre à nouveau cette performance au public local.

La semaine, il faisait ses trajets en Italie, et le week-end on allait faire du sport.

Quels seront, pour toi, les gros moments de la saison ? Les courses où tu te dis à l’avance : « Là, je vais vraiment m’éclater, tester des trucs, me lâcher », pas forcément pour gagner, mais parce que le circuit te parle ?

Avec l’expérience, je sais que je ne peux rien prévoir : je peux briller là où je ne m’y attends pas et galérer sur un circuit « facile ». Il faut rester méthodique pour retrouver la bonne sensation sur la moto, même si elle n’est pas là dès le FP1 (les Free Practice 1, les essais libres du vendredi, ndlr). Austin sera exigeant, et la Hongrie un vrai défi après l’an dernier : j’aimerais y rouler avant pour faire un reset. D’habitude, je m’entraîne sur des circuits pas loin de la maison. Là, ce serait comme organiser un entraînement à 1 600 km de la maison.

Cette nouvelle édition du Mans, comment l’appréhendes-tu ?

En temps normal, la ferveur du public est déjà incroyable, mais là, ça va être encore plus. Ils vont vouloir me toucher, pour avoir un bout de Jojo. Il faudra que je me détache de ça.

Quelle va être ton approche ?

Je vais y arriver sans pression particulière, avec l’envie de profiter. Gagner au Mans, finalement, c’est passé. Dans l’idéal, j’aimerais l’emporter à nouveau, mais vu ce qu’on a vécu l’an dernier, c’est déjà tout bénef. Et puis, ressasser le passé, même si c’est un moment exceptionnel, c’est pas bon.

Quand tu parles de « la bonne sensation », on se doute qu’il s’agit de bien plus qu’une histoire de sensation... Qu’est-ce que ça veut dire en langage Zarco ?

C’est quand tu diriges la moto presque juste avec le regard, que tu peux la mettre où tu veux, à n’importe quelle vitesse. Je l’ai surtout ressentie à l’époque Yamaha. Je la cherche toujours, car la retrouver, c’est la clé pour réussir une saison entière.

Cette quête de LA sensation, que tu avais déjà évoquée dans un entretien précédent avec The Red Bulletin, estelle un bon moteur ?

Oui, parce que je pense vraiment que je peux avoir très confiance en ce que je vois et ce que je ressens. La vitesse, c’est vraiment mon élément et je m’en rends de plus en plus compte.

Lors de notre première rencontre chez toi, en 2019, ta tante, qui vivait juste à côté de ton domicile, te préparait des Tupperwares impeccablement calibrés, adaptés à tes besoins d’athlète. Quelle est l’approche nutrition aujourd’hui ?

J’ai un suivi avec un micro-diététicien, surtout pour les apports, les compléments, etc. Avec de bonnes prises de sang aussi, niveau neurotransmetteurs : c’est très intéressant. Là, il me fait des menus. Surtout, il me fait une liste d’ingrédients à davantage choisir ou pas. Quand tu commences à savoir ça, rien que quand tu te retrouves devant un buffet, tu choisis beaucoup mieux. Là-dessus je vais pouvoir gagner un peu plus dans le détail.

Et côté ftness, forme physique, qu’estce que tu pratiques pour rester ft ?

Davantage de vélo. Je prends goût aussi à la natation. L’hiver, le ski de rando m’a bien plu, je me suis pris un split pour redescendre en snow. S’entraîner en altitude et dans le froid, c’est bénéfique : je ne suis pas tombé malade cet hiver.

On sait qu’en plus de la vitesse, il y a d’autres choses qui te motivent dans la vie, comme la musique, le piano… tu joues toujours ?

Du fait de vivre en Andorre, j’ai pu bien me mettre au snowboard. Mes cousins m’ont fait découvrir la poudreuse, un peu en mode aventure, entre les arbres… Je m’intéresse aussi de plus en plus à la basse. Plus je regarde des bassistes, notamment celui du groupe Vulfpeck, ou plus j’entends des chansons, plus j’aimerais apprendre la basse. Le bassiste, je le vois comme le bon soldat : « Je suis là, je suis derrière, tu peux compter sur moi. » Quand j’arrêterai la moto, j’ai envie de faire de la basse dans un bar à Paris. (Rires)

Avec Diogo Moreira, son coéquipier brésilien de 21 ans. But commun : foncer.
« Ils vont vouloir me toucher, pour avoir un bout de Jojo. »

DJ ET PRODUCTEUR, NOURRI DE SHATTA ET OBSÉDÉ PAR LES TEXTURES

BASS, TECHNO DANCEHALL, DUBSTEP ET HOUSE,

EXPLOSE AVEC SON TITRE DEMBOW TRONICO AVANT DE PASSER DU CLUB AU STADE DE FRANCE. AUJOURD’HUI, IL

PROPULSE TRASMAN, DES SOIRÉES QUI CONNECTENT SCÈNES LOCALES ET UNDERGROUND GLOBAL.

GLOBAL BASSLINES

Texte Marie-Maxime Dricot
Venu de Maurice, souhaite explorer les musiques électroniques autant qu’il veut comprendre leurs racines sociales.

Àl’occasion de son arrivée sur le line-up de Red Bull

Back2Beyond, rencontre avec un artiste guidé par la trans-

mission, la curiosité et des basslines qui frappent juste.

La musique arrive rarement seule. Elle arrive avec un lieu, un corps, une mémoire. Chez , tout commence par un geste presque instinctif : frapper un rythme. À Maurice, l’enfance s’écrit dans un paysage sonore mouvant. Le salon familial ressemble à un petit carrefour musical où se croisent jazz, pop et rock. Son père est musicien, et les disques passent comme des visiteurs réguliers. Les grooves s’installent dans l’air humide de l’île, s’imprègnent dans les murs, les gestes, les silences. Le jeune observe longtemps avant de répondre. Puis il frappe. La batterie devient son premier territoire. Il entre au conservatoire François-Mitterrand, où il suit une formation de batterie jazz. Une discipline qui apprend autant à écouter qu’à jouer. Dans le jazz, on ne domine pas le rythme : on le partage. Aujourd’hui encore, il raconte cette époque avec une simplicité presque désarmante. « Quand j’étais

enfant, ce qui me plaisait surtout, c’était de taper sur des trucs. » Mais derrière la phrase, il y a déjà un rapport physique à la musique. Comprendre un son par la vibration, par le corps, par l’impact. Chez lui, le rythme ne se pense pas encore. Il se ressent. La batterie lui apprend une chose essentielle : le groove est toujours collectif. Et très vite, ce groove cherche d’autres machines.

Première piste

À Port-Louis, découvre un autre instrument : la foule. Dans un bar de l’hôtel Hennessy, il devient résident. Chaque semaine, il mixe pour un public venu danser. Le répertoire est direct, efficace : dancehall, afro-pop, tubes qui font lever les bras. Une école du dancefloor. Lire les corps. Sentir l’énergie d’une salle. Comprendre le moment précis où un morceau doit tomber. Ces nuits deviennent une formation

« C’EST GRÂCE À LA

PARTIR DE LÀ, TOUT S’EST

parallèle. Une université informelle de la fête. Mais déjà, une autre curiosité s’installe. Une envie de traverser les styles, de comprendre les racines des musiques qu’il joue. Il quittera alors Maurice en 2019, direction Paris.

Le lab

Officiellement, il vient étudier la musicologie. Officieusement, il entre dans un écosystème. Paris agit immédiatement comme un amplificateur. Les nuits deviennent des terrains d’exploration : la Concrete, La Créole, Boukan Records, autant de lieux et de collectifs où fusionnent les esthétiques électroniques contemporaines et innovantes.

Au début, regarde : « J’étais surtout un consommateur de la fête. J’étais juste heureux d’être dans une ville où je pouvais enfin entendre en soirée les sons que j’aimais. » Ce temps d’observation est précieux. Il comprend comment se structurent les scènes, comment les artistes émergent, comment les styles migrent d’un collectif à l’autre. Effervescence absolue, quand soudain : la pandémie arrive. Les clubs ferment. Les nuits disparaissent. Paris se mue mais, pour certains artistes, ce silence devient un espace. passe des heures devant Ableton. Il produit, teste, déconstruit, recommence. Les journées s’enchaînent, se ressemblent et se transforment en véritable laboratoire sonore, car sa seule obsession du moment : trouver son propre son.

Track qui voyage

Samedi 12 septembre 2020. Le déclic arrive presque par hasard. Lors d’un open air organisé par La Créole, Rinse France et Boukan à La Prairie du Canal de Bobigny. rencontre plusieurs figures de la scène parisienne. « C’était une super soirée. Et avec le recul, c’est vraiment cette date qui a marqué un tournant pour moi. Ce soir-là, j’ai rencontré pour la première fois des personnes que je suivais depuis longtemps, mais que je n’avais jamais eu l’occasion de croiser, comme Brice ou l’équipe de Rinse. À l’époque, on ne se connaissait pas du tout. C’est grâce à La Créole et à Boukan que je me suis retrouvé programmé sur cette fête. Et à partir de là, tout s’est enchaîné et Rinse m’a proposé une émission ». Dans les jours qui suivent, envoie ses premières démos à Brice Coudert, rencontré à ce même open air et, ce dernier signera son premier EP Eau coulée Smart City, sur lequel figure son titre emblématique Dembow Tronico bricolé avec King Doudou en une heure. Une boucle simple, quelques ajustements, une intuition.

incarne le futur de la musique électro, à mi-chemin entre underground et mainstream.

RED BULL BACK2BEYOND

Paris se transforme en capitale de la bass music pour une nuit, au Phantom, le samedi 25 avril.

Red Bull Back2Beyond place le B2B au centre, comme un espace de dialogue provoquant la rencontre et la transmission entre artistes et univers. Cette approche unique offre une énergie et une diversité musicale accrues, tout en mettant en avant la complicité entre les artistes. Cette année, les scènes BASS et la culture soundsystem seront célébrées : de la jungle au dubstep, du UK Garage au footwork, des hybridations dancehall aux sonorités techno et global dancefloor. Ces esthétiques multiples participent à redéfinir une scène musicale riche et en perpétuel mouvement. En ouverture, focus sur les sound systems actuels, avec une rencontre entre deux générations : le mythique collectif anglais Channel One jouera sur le sound system des jeunes Français Tweak Soundsystem. Suivi d’un line up complètement explosif !

Symbole de la puissance des cultures créoles dans la club culture française actuelle, tiendra le rôle de master of ceremony. Il aura l’honneur d’accueillir chez lui à Paris .

SHERELLE Figure majeure qui relie l’héritage des sound systems aux sonorités électroniques et militante d’une scène plus inclusive et féminine.

SKREAM Le pionnier du dubstep et histoire vivante de la UK bass.

BAMBII La productrice canadienne qui réinvente la bass culture à travers le prisme queer.

sa première édition en

À

Retrouvez toutes les infos de Red Bull Back2Beyond
Pour
France en 2025, The Blessed Madonna, HAAi, Salute et Bambounou ont ouvert le bal.
gauche, lors d’une soirée du collectif La Créole.

Mais les morceaux les plus efficaces sont souvent les plus instinctifs. Très vite, le titre circule. Dans les clubs. Dans les sets. Sur les réseaux sociaux des DJs. « C’est le son dont les gens se souviennent encore aujourd’hui. Je reçois encore des stories de gens qui le jouent partout dans le monde. » Avec ce titre, quelque chose bascule : les invitations arrivent, les radios, les festivals, les premières grandes scènes. Et puis un appel inattendu.

Scène nationale

Lorsqu’on le contacte pour jouer dans le cadre des Jeux paralympiques de Paris, croit d’abord à une erreur. Il pense qu’on lui propose une place dans une fan zone. Le même jour, il doit déjà jouer dans un festival au Maroc. Puis les organisateurs rappellent. Cette fois, le décor est clair : Stade de France. Le choix revêt une dimension symbolique.

« Je me suis demandé : est-ce qu’un Mauricien a déjà fait ça ? Est-ce que quelqu’un de mon pays va le refaire ? » La réponse est non. Alors il accepte. Ce moment dépasse la simple performance. Pour lui, il s’agit aussi de représenter une trajectoire insulaire dans un espace monumental. « Maurice est un pays entièrement indépendant. Pour moi, c’était une chance de représenter mon pays, tout ce que je suis, ce que je représente. À partir de là, il n’y avait même plus de questions à se poser. » Mais malgré cette visibilité soudaine, refuse une chose : simplifier sa musique.

Refuser les cases

Dans l’écosystème électronique, chaque artiste est souvent associé à un style précis. préfère naviguer. Ses sets traversent librement shatta, techno, house, footwork ou bass music. Un atlas sonore mouvant qui reflète ses propres écoutes. « Pendant longtemps je me suis demandé si je devais me limiter à un style pour que les gens m’identifient mieux. Mais j’aime trop de musiques différentes pour me brider. »

Cette liberté n’est pas toujours évidente à défendre. Parce qu’il est Mauricien, certains publics s’attendent instinctivement à entendre un registre très précis. Lui préfère déplacer les attentes. « Le but d’un set, c’est de naviguer entre plein de choses. »

Playful ! C’est bien du partage et de la diversité que veut transmettre avec ses platines.

« L’IDÉE DE LA SOIRÉE, C’ÉTAIT JUSTEMENT DE FAIRE L’INVERSE DE CE QUI SE FAIT
HABITUELLEMENT À MAURICE. »

Mais naviguer ne veut pas dire oublier l’histoire des genres. insiste souvent sur la nécessité de comprendre les racines sociales des musiques électroniques. Une réflexion qui irrigue aujourd’hui son projet le plus personnel.

Trasman

Le mot trasman vient du créole mauricien, prononcé « tracement » non « trasmane ». Il désigne quelqu’un qui possède les bons réseaux, les bons contacts. Celui qui sait où chercher. « En gros, quelqu’un qui a les bons tuyaux. » Le projet naît d’une idée simple : créer un pont entre Maurice et les scènes électroniques internationales. La première édition a lieu au Rex Club à Paris en novembre 2025 avant d’exporter le concept à Port-Louis avec Lu2k et Miley Serious. Le résultat dépasse les attentes. Six cent personnes bougent à l’unisson, dans un espace volontairement débarrassé des codes classiques de la nuit. Pas de tables VIP. Pas de bouteilles. Juste la musique. « L’idée de la soirée, c’était justement de faire l’inverse de ce qui se fait habituellement à Maurice. La plupart des fêtes làbas tournent autour du shatta, du dancehall ou du zouk. Moi, j’avais envie de proposer un espace où l’on puisse aussi écouter de la house et de la techno. Sans se fermer pour autant : tout reste possible, mais avec une direction clairement électronique. » Sans oublier « un bon système son, des lumières tamisées, et l’envie de passer un bon moment ensemble ». Mais Trasman est aussi une expérience humaine. Les artistes invités passent plusieurs jours sur l’île, découvrent Maurice, rencontrent la famille de . « Ils sont venus dîner chez moi, rencontrer mes parents. Je voulais partager quelque chose de sincère. » Un premier franc succès pour et son collaborateur Alex Paturau dont ils se souviendront, même si c’était un peu stressant : « C’était la première fois que j’organisais une soirée de A à Z : la

sono, l’orga, les hôtels, la gestion des artistes… tout ce que je n’ai pas l’habitude de faire. J’ai énormément appris, même si la pression était bien là. » Le plus gratifiant reste d’avoir comblé le vide nocturne de Maurice, car « les gens attendaient justement un événement comme ça » !

Basses fréquences

En parallèle, prépare son retour discographique. Son prochain EP sortira sur Club Romantico, le label de DJ Florentino (le producteur d’origine colombienne basé à Manchester a réussi à développer un espace unique où se rencontrent tradition musicale et scène club underground, un mélange de rythmes latinos aux lignes de basse ultra puissantes et de sonorités de la scène britannique). Donc oui, c’est avec forte impatience que le projet de est attendu, après quatre ans sans aucune production, mais quatre ans de recherche : « Pendant ce temps, je n’ai fait que du son, du son, du son. »

Le résultat promet un spectre large : shatta, hyperpop, dembow, reggaeton, EDM. Avec, pour la première fois, des voix sur ses morceaux et des collaborations, à faire trembler le floor des plus grands clubs. Cette obsession pour les textures rythmiques trouve un terrain naturel dans la bass music.

Un territoire sonore qui rassemble jungle, drum’n’bass, UK bass ou bouyon. C’est précisément cet univers que célébrera Red Bull Back2Beyond, aux côtés d’artistes comme Bambii, Sherelle ou Channel One. Une programmation qui impressionne encore . « Sherelle, c’est un rêve pour moi. On a tous vu sa Boiler Room mémorable. » Pour l’occasion, il promet un set rapide, dense, flirtant avec les 160 BPM. Parce que pour lui, la bass music n’est pas seulement un genre. C’est une manière de penser la musique.

IG : @grgregreg

Feu sacré

Rencontre avec Mariana Benenge pour un shooting exclusif au Studio Est Lumière, à Montreuil.

Chorégraphe, entrepreneuse…militante, À 27 ans, Mariana Benenge a marqué de son empreinte la scène culturelle française. De Kinshasa aux podiums de haute-couture, de la House of Revlon aux clips d’Aya Nakamura, la jeune femme continue de mettre l’époque en mouvement pour la beauté du geste.

Texte Thémis Belkhadra Photos Jules Renault

La

Toccata de Bach… En ce moment, c’est ça que Mariana entend quand elle a les yeux fermés. Les arpèges de violons austères et mélodramatiques lui inspirent des visions de corps noirs. Des femmes, des nuisettes blanches et des mouvements de main frénétiques : ceux du waacking, dont elle maîtrise le langage depuis plus de dix ans. Le beau, l’inattendu, la rencontre transgressive du baroque et de la culture queer des années 70…. La Toccata, c’est l’un des premiers morceaux qu’elle se souvient avoir entendus à son arrivée en France à l’âge de 12 ans. Vingt ans plus tard, elle fantasme à l’idée de le réinterpréter selon ses propres commandements.

Encore à l’état embryonnaire, ce projet dit déjà beaucoup de cette chorégraphe, créatrice de mode et militante qui s’est imposée partout où elle et les siens n’avaient pas leur place. Bousculer l’ordre établi, inverser la tendance, imposer son propre point de vue… Quoi de plus naturel pour cette jeune femme originaire de Kinshasa, capitale du style, de la résilience et de la créativité, dont la culture n’a jamais cessé d’inspirer ces industries qui lui claquaient la porte au nez. « J’étais fatiguée de voir toujours les mêmes corps à la télé, et de n’être prise à aucun casting. Alors j’ai fni par me choisir moi-même. Je me suis dit : “Si personne ne m’ouvre la porte, je construirai la maison.” »

À 27 ans, Mariana Benenge s’est rendue indispensable aux yeux de l’industrie créative française. Une présence d’utilité publique, dévouée corps et âme à mettre les marges au centre. Aya Nakamura, Yseult, Tshegue, Holy Brune… Son nom circule désormais dans les plus hautes sphères. Mais les paillettes, ça ne l’impressionne pas : « Que la personne soit reconnue ou non, je travaille toujours avec un être humain. On ne m’a pas appris à juger les gens d’après leur statut social. » Pur produit de

l’underground, des battles du 104 et de la House of Revlon, la chorégraphe reste concentrée sur sa mission : élargir les passages étroits et étoufants qu’elle a dû emprunter pour pouvoir exister à sa façon.

« J’ai besoin de bâtir une sécurité, pour moi et pour les gens qui m’entourent, explique-t-elle. Pour qu’ils se sentent bien, qu’ils sachent qu’ils ont les moyens d’y arriver. C’est ma mère, Claudine Benenge, une femme avec un cœur immense, qui m’a élevée comme ça. C’est la seule personne qui m’intimide. Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vues, mais je garde près de moi toutes ses valeurs d’amour, de vivre-ensemble et d’humanité. C’est ma maman qui m’a appris à voir ce qu’il y a de beau en chacun de nous».

« Savoir d’où je viens »

Avec Mariana, tout démarre dans les hanches. Comme une sagesse ancestrale à transmettre, elle confe : « C’est dans la zone du bassin que se construit la confance en soi. C’est là que naît la vie, là que réside ton énergie sacrée. Si cette zone est bloquée, tout est bloqué ; si elle circule, tout circule. Quand je donne un cours, je commence toujours par réveiller les hanches. » Une mémoire du corps héritée de ses premiers mouvements : ceux des danses du peuple Luba qu’elle découvre dès le plus jeune âge au Congo. « C’est par cette porte que je suis rentrée dans la danse, se souvient-elle. Connaître mon histoire, savoir d’où je viens, ça m’a toujours aidée à croire en moi. »

À Kinshasa, elle grandit dans une ville vibrante, en mouvement. Quand on l’interroge sur ses souvenirs, elle mentionne des « coupures de courant », l’écho des instabilités politiques… Mais surtout, elle nous parle d’une communauté soudée, « des rires, de la musique, de la fête. Au Congo, la joie est une forme de résistance, explique-t-elle avec le sourire de ceux qui bénissent chaque nouveau jour. C’est quelque chose de précieux qu’on ne nous enlèvera jamais ».

Loin de Paris, de ses hiérarchies et de ses normes de beauté déprimantes, Mariana grandit avec quelque chose de précieux : une représentation positive d’elle-même et de sa culture. À l’école, on lui enseigne l’histoire du royaume du Kongo, la richesse des écosystèmes de la région, l’histoire des fgures éminentes du continent. « Les personnes noires qui grandissent en France sont exposées très tôt à une vision dégradante de leurs peuples, professe-t-elle avec inquiétude. La colonisation, l’esclavage, les massacres… Il faut étudier ça, mais l’histoire africaine ne se résume pas à la soufrance. Pourquoi ne

leur parle-t-on pas aussi des cultures, des âges d’or ou de nos grandes fgures ?

L’éducation que j’ai reçue au Congo, c’est l’une de mes plus grandes forces. »

Freed from trauma

« Femme noire et lesbienne », fgure de la ballroom parisienne, et ambassadrice de l’association Oasis Congo qui milite en faveur des droits LGBT+ dans son pays natal, Mariana Benenge porte avec ferté toutes les couleurs de son identité. C’est aussi de son intersectionnalité que vient son « feu » : « Mon histoire fait partie de moi, mais laisser mes traumas me défnir ?

C’est hors de question. »

« C’est quand je suis arrivée en Picardie, à l’âge de 12 ans dans une école remplie de racistes, que j’ai compris que j’étais noire, ironise-t-elle. Avant ça, j’étais juste une Congolaise comme les autres. » La danse devient son refuge. Elle s’inscrit d’abord en MJC pour s’initier au hip-hop, mais s’y heurte aux mêmes regards inhospitaliers. Et très vite, le besoin d’échapper à la fatalité : « Je ne voulais pas me conformer. Et c’est quelque chose que j’essaie de transmettre à nos aînés. Ça n’a pas été facile pour eux : ils sont venus, ils ont dû prouver, s’intégrer… Mais moi, je veux croire qu’on puisse vivre ensemble sans se diluer les uns dans les autres. » L’envie d’enjamber les murs dressés sur son chemin motive ses premières fugues vers la capitale. « Mon frère et ma sœur m’attrapaient tout le temps, raconte-t-elle. Ils avaient peur de me voir partir danser en cachette. Mais j’avais besoin de trouver ma communauté, de me challenger… » À deux heures de TER, Mariana découvre la halle du Centquatre-Paris, sanctuaire des corps libres en mouvement niché aux confns du XIXe arrondissement de Paris. Elle y rencontre les communautés du krump, du hip-hop, du voguing : « C’était comme dans un flm ! Rencontrer des personnes passionnées, et qui me ressemblaient, ça m’a donné envie de me pousser plus que jamais. » De la halle, Mariana s’élance vers les battles de l’underground parisien – si nombreux qu’elle peine à présent à toutes les citer. Récemment, elle concourait encore sur les scènes du Red Bull

Le Congo sur les paupières : Mariana brille devant l’objectif de Jules Renault.

« Connaître mon histoire, savoir d’où je viens, ça m’a toujours aidée à croire en moi. »

Pour Mariana, c’est souvent dans les détails que les grandes histoires se racontent.

« Chaque cicatrice, chaque bataille m’inspire un mouvement. »

Dance Your Style, Onze Bouge ou bien encore Clubsandwich en Autriche. Dans la ballroom, elle est devenue une intouchable : icône inégalée des catégories Runway et Fashion Killa. La halle, les battles, la ballroom… C’est dans ces safespace que Mariana entretient sa famme. Son obsession : la partager.

Avec Stencia Yambogaza, son ancienne coloc qui jongle aussi entre une casquette d’artiste, de danseuse et d’activiste engagée sur la santé mentale, Mariana a co-fondé la Pulse : un espace festif réservé aux femmes, aux personnes non-binaires et transmascs. Elle raconte : « On se baladait toutes les deux dans le Marais à la recherche d’une soirée lesbienne, et il n’y avait que des soirées réservées aux mecs. On s’est dit qu’il fallait créer un espace pour montrer qu’on existe. Un endroit où l’on pourrait rencontrer d’autres femmes comme nous : queer, fraîches, marrantes… On pensait aussi aux femmes hétéros qui font face au harcèlement. » Face à l’omniprésence de la techno brutale, les jeunes femmes défendent une approche musicale « plurielle », décentrée de l’esthétique club européenne : « On voulait pouvoir écouter du Summer Walker, du dancehall, de l’afrobeat… »

« Le sens de nos gestes »

La danse, c’est la porte par laquelle la jeune femme s’ancre politiquement. «Ce qui réunit toutes ces danses (krump, hiphop, voguing, waacking…), c’est que ce sont des danses de révoltes. Des personnes oppressées qui cherchaient un échappatoire, développe-t-elle. Si tu fais du krump sans savoir que c’est une danse de révolution née à Los Angeles après une bavure policière, tu ne peux pas avoir le feu. » Avec le réveil des hanches, cet apprentissage politique de la danse est l’une des autres étapes-clé de la méthode Mariana Benenge.

Lorsqu’elle travaille avec des artistes pour un clip, un live ou une campagne, elle cherche encore cette raison d’être du mouvement. Elle entrevoit alors des blessures intimes, des corps verrouillés par la

honte ou l’exposition permanente aux regards. «Je découvre des trucs tellement durs, confe-t-elle. Chaque cicatrice, chaque bataille m’inspire un mouvement. Je me dis : “Okay, on va travailler ça, tu vas aller chercher cette attitude…” L’apprentissage du corps est essentiel, surtout pour des artistes qui sont constamment sous le feu des projecteurs. »

Aujourd’hui, sa pratique oscille entre la chorégraphie pure et le movement directing : cet art délicat et encore méconnu de la suggestion corporelle. « Ça va passer par des mini-mouvements, décrypte-telle. Une position de doigts, une manière de se poser, de regarder la caméra, de pencher la tête. C’est avec de petits détails qu’on raconte une histoire. » Même lorsqu’elle dirige une foule entière lors d’événements haute-couture, Mariana reste obsédée par le sens : quelle cadence, dans quelle direction, avec quel abandon ?

« Si je lève la main comme ça, ça veut dire quelque chose ; de l’autre côté, ça veut dire autre chose. Il ne faut jamais négliger le sens de nos gestes. »

Cette expertise, les grandes marques se l’arrachent à présent. Chanel, Yves SaintLaurent, Levi’s, Isabel Marant… Des opportunités prestigieuses que Mariana accepte toujours, à condition de pouvoir les partager. « La mode a compris qu’elle avait intérêt à ouvrir les portes, explique-t-elle. Les gens en ont marre de consommer du banal. Et nous, la créativité, on connaît. »

Alors quand le salon international de mode féminine Who’s Next lui donne carte blanche pour célébrer ses trente ans en septembre 2024, Mariana saisit l’occasion : « Ils m’ont dit : “Fais ce que tu veux !”

Alors j’ai fait ce que je voulais. Voguing, waacking, krump, contemporain, classique… J’ai essayé de rassembler toutes les cultures dans lesquelles je gravite et de célébrer la beauté sous toutes ses formes. »

En plateau, Mariana décrit son rôle comme celui d’une « maman ». Sa ligne rouge, infranchissable : le respect mutuel. « Si tu te comportes mal avec des gens parce qu’ils sont moins connus que toi, c’est que tu n’as pas de valeurs, condamnet-elle. Ça peut me faire refuser un projet. »

Styliste

Tahi Guy Roland

Assistants stylisme

Yassine Errajel, Sophia Romodt

Make up artist

Oldie Christal MBani

Hair stylist

Eunice Yodé

Nail artist

Inès Ould Kaci

Assistant photo

Hugo Sewa

« Les personnes qui ont l’habitude d’avoir du pouvoir ont parfois besoin qu’on leur apprenne les bonnes manières. »

Là où d’autres détournent le regard, elle éduque et responsabilise. « Les personnes qui ont l’habitude d’avoir du pouvoir ont parfois besoin qu’on leur apprenne les bonnes manières », s’amuse-t-elle encore.

« Tant qu’on respire »

Derrière un sourire qui semble à toute épreuve, Mariana ne cache pas la colère que lui inspirent parfois les temps modernes. Il y a d’abord ces industries créatives dans lesquelles elle évolue, et qui prospèrent sur la précarité des artistes issus des marges : « Les productions nous mettent en compétition et nous poussent à accepter des conditions de travail inférieures. Quand on a vécu des choses difciles, on cherche à nous utiliser. Les industries savent qu’on a peur de perdre le job si l’on en demande trop. » Elle en sait quelque chose : « J’ai beaucoup travaillé gratuitement au début. Je ne me rappelle même pas ce qu’était mon premier gig, lâche-t-elle en riant. Quand t’es pas payée, t’oublies. » La solution : savoir dire non collectivement et tenir la porte pour ceux qui viendront après. « Moi, j’ai toujours eu cette bouche comme ça : j’aime pas l’injustice. »

Sa colère, elle brûle fort ces derniers temps. « Le système occidental me révolte de plus en plus, assène-t-elle. Tout ce qui se passe : les génocides en Palestine, au Congo… Les agresseurs avérés qui gardent leurs postes bien placés… Notre génération doit faire le ménage. » Pour garder le rythme, Mariana « reste dans l’action » : « C’est la merde, oui. Mais tant qu’on respire, ce n’est jamais la fn du monde. Aujourd’hui, j’attends d’avoir encore plus de pouvoir : c’est le seul moyen de changer les choses. » Quand on lui demande d’où vient cette foi inébranlable dans la puissance de l’art, elle remonte le fl de l’histoire. « Leur intérêt pour nous, il a toujours été là, reprend-t-elle. Avant, pendant et après l’esclavage : notre art nous a permis de résister, de survivre. Les arts de survie transmettent une émotion dont les arts d’élites privilégiées sont incapables. Et ça,l’industrie le sait. »

Par amour

Ces derniers mois, la trajectoire de Mariana Benenge a pris de l’amplitude. Fin février, les images d’un battle lors duquel elle performait accompagnée du

drapeau bleu-jaune-rouge de la RDC ont fait le tour du pays. En story, l’artiste-militante accueillait ses nouveaux abonnés congolais avec une chaleur toute particulière pour sa communauté LGBT locale.

L’amour d’elle-même, des siens, de l’humain… C’est ce qui guide ses pas dorénavant. Maîtresse du mouvement, elle en a saisi toute la portée. Plus qu’une artiste, Mariana est une guerrière, guérisseuse de corps et d’esprits. Quand on lui parle de body positivity – elle hausse les épaules : « Je suis venue avec mon corps, en fait. » Là où d’autres parlent d’acceptation, Mariana parle d’humanité : « Un corps, c’est tout un écosystème. Il y a le corps spirituel, le corps physique, le corps psychique... C’est essentiel que toute la beauté de l’être humain trouve sa place sur scène. »

Parmi les fgures qui nourrissent sa famme : Bell Hooks et Toni Morrison pour « diriger la colère », la gestuelle subversive de Joséphine Baker et les corps en symbiose d’Alvin Ailey. La puissance du storytelling, elle le retrouve chez Kendrick Lamar : « Il ne cherche pas la perfection, il cherche à dire quelque chose. »

Et puis il y a ce « feu sacré ». Celui qu’elle nourrit à l’intérieur et partout autour d’elle. « Les gens doivent s’intéresser

à l’aura qu’ils dégagent. Quand tu entres dans une pièce, c’est ton feu intérieur qui attire ou non les regards. Pas tes vêtements. » Pour l’entretenir, pas de secrets : « Il faut bouger tous les jours. Réveiller les articulations dès le matin. Transpirer. Décompresser en club. La seule chose qui connecte ton esprit, la terre et l’au-delà, c’est ton enveloppe corporelle. »

Outre les grandes stars qui lui font confance, et les marques de haute-couture qui se pressent dans sa boîte mail pour emprunter un peu de sa sagesse, Mariana Benenge cite Tshegue parmi les collaborations les plus marquantes de ces derniers mois. Aujourd’hui, ses journées ne lui laissent pas de répit. Depuis notre rencontre, elle est encore apparue aux côtés d’Yseult. Mais son rêve, c’est de retourner au Congo et d’y bâtir un espace de création pour la jeunesse : « Ça trotte dans ma tête depuis que j’ai 5 ans. Je le ferai un jour, je le sais. » Un emploi du temps bien rempli pour les vingt prochaines années, à la hauteur de ses ambitions personnelles et collectives : « Tout ce que je fais, je le fais par amour, avec amour et pour l’amour. »

IG : @mariana_benenge ; @pulse.only ; @pulsearts_

C’est à coup de mouvements, de sensualité et de sourires que Mariana Benenge combat les injustices.

LE PROTÉGÉ D’AYA NAKAMURA EST L’UNE DES VOIX LES PLUS ÉCOUTÉES DE LA MUSIQUE FRANÇAISE.

RNBOI LE HIT DU MOMENT ?

PROPULSÉ PAR LE SUCCÈS VIRAL DE MON BÉBÉ, IL NAVIGUE ENTRE TUBES ENTÊTANTS, COLLABS PRESTIGIEUSES ET PREMIÈRES SCÈNES INTERNATIONALES.

DERRIÈRE LES CHIFFRES ET LES TENDANCES, L’ARTISTE ET SON ÉQUIPE DÉFENDENT UNE AMBITION : DURER, ÉLARGIR SA PALETTE ET PROUVER QU’IL EST PLUS QU’UN PHÉNOMÈNE.

Texte Dolores Bakela Photos Benjamin Ranger

My Eyes OnlyFlashback, ce sont 14 titres mélodieux, sur lesquels RnBoi affine son écriture.

ON

n’est pas sérieux quand on a 19 ans ; on est souvent amoureux, ou déjà nostalgique. On pourrait résumer ainsi le profil de Samy Schmitt Fahli aka RnBoi et son début de carrière fulgurant. Depuis sa sortie, fin octobre 2025, le morceau Mon bébé cartonne, au point d’agacer une audience française qui trouve qu’on l’a assez entendu. C’est le sort des tubes efficaces, qu’on finit par détester d’avoir trop aimé. « Tu sais que le succès attire les problèmes », disent les L2B, avec qui il feate sur ce nouveau projet tout juste sorti quand vous tiendrez ce magazine entre les mains. Au moment où on lui parle, en visio avec son équipe, RnBoi, aussi bizarre que ça puisse être, aime à répéter qu’il n’a toujours pas pris la pleine mesure de ce qui lui est arrivé. « J’avais l’intuition que ça allait vraiment prendre, mais je ne me rends pas encore compte à 100 % de l’ampleur que ce son a pris. Grâce à ce son, d’autres portes se sont ouvertes », il a attiré l’attention de personnalités qui le repartagent comme le footballeur Lamine Yamal ou Désiré Doué – qu’il adore. C’est ce son toujours qui lui a permis de voyager en Amérique du Nord pour promouvoir sa musique et même de chanter aux côtés de la superstar béninonigériane Ayra Starr.

TUBE APRÈS TUBE

Il nous certifie aussi qu’il prépare déjà la suite. Comme il le confie, le chanteur est en pleine gestation de son tout premier concert, après avoir déjà été à la rencontre de son public jusqu’au Canada pendant l’hiver. On entend – et voit – bien le jeune homme à la tête sur les épaules, taiseux et rieur quand il faut, un peu comme sur les réseaux. Car si on regarde les chiffres, RnBoi n’a rien à prouver, mais il sait qu’une carrière, c’est bien plus que ça. Au au moment de notre échange, il s’active déjà pour sortir de la case dans laquelle on voudrait le laisser, être plus qu’une trend hivernale, bel et bien un artiste. Est-ce qu’avec le titre My Eyes only – Flashback, le Seine-et-Marnais, qui commence à s’inscrire sur la carte des laboratoires où se fait aussi la musique d’aujourd’hui, a dépassé son statut de one hit-wonder ? Question rhétorique puisqu’il en a plu-

Artistes en feat. sur le projet : Ayra Starr, Aya Nakamura, Nono La Grinta, L2B, ElGrandeToto.

sieurs certifiés dont Reste-là, son single en trio avec Monsieur Nov et l’une de ses inspirations, Tiakola, sorti à la mi-septembre 2024 et disque de platine. My Eyes Only –Flashback répond à pas mal de questions. Pour celles et ceux qui ne peuvent plus écouter la voix de RnBoi, il vaut mieux ne pas se pencher sur ce projet, lequel couve d’autres tubes bien entêtants qui n’échapperont pas à la rotation en radio. Les autres : vous allez vous régaler et ce, dès l’intro. Il propose une entrée en matière en

« ON ESSAYE

deux temps, avec piano, snap, et une déclaration pour un amour post-mortem. Certains y verront des ficelles faciles pour mieux nous attraper au moment de l’arrivée des cuivres, en majesté. « J’voulais son cœur, j’ai visé à côté », annonce la voix de RnBoi. Pour les autres, son introspection sentimentale entre émotion sensuelle et sincérité toxique tape dans le mille. « Le morceau est né de manière impromptue lors d’un showcase, RN avait une prod dans les loges, il m’a dit : “Écoute !

DE SE DONNER LE LUXE DE POUVOIR

CARTONNER DANS PLUSIEURS

STYLES DE TITRES. »

Maximilien Silva, producteur et guitariste

Dinguerie !” et il a fait la mélo la 2e partie du morceau », se remémorent ses producteurs qui évoquent aussi la fougue de l’artiste, prêt à enregistrer dans la foulée – il était 2 ou 3 heures du matin.

La formule : on prend les mêmes (Max à la guitare et Seny au piano, 24 et 27 ans, et déjà une flopée de disques d’or, de platine), et on recommence, tout en essayant d’aller plus loin, et en dévoilant toujours un peu plus ses skills. « Beaucoup de ce que je raconte dans mes sons sont des histoires qui sont arrivées à moi ou à des amis. À partir du moment où je pense que ça peut toucher le public, j’en parle. » Chahuté –gentiment– sur ses textes, il admet que son écriture évolue petit à petit. « Il m’arrive d’écrire avec Max ; sa plume est différente car plus mature que la mienne. » C’est à croire qu’il se passe quelque chose de particulier en Seine-et-Marne. Le département, à quelques exceptions près, a rarement fait parler de lui comme territoire novateur de musique, longtemps dans l’ombre de lieux plus denses et proches de la capitale pour les musiques rap, R’n’B. Ont-ils le sentiment d’appartenir à une scène, avec un son et une manière d’émerger particulière ? « Pas vraiment. » Fermons le ban. Ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut aller chercher l’alchimie particulière que ces trois-là ont développée ensemble. « Le son qu’on a créé avec RN (sic), c’est de la musique populaire. On fait et on y injecte toutes les musiques qu’on aime et qu’on écoute depuis qu’on est petits. Parfois on fait du zouk, parfois de l’afro, mais on ne peut pas donner un genre à ce qu’on fait », appuie Seny. « On essaye de se donner le luxe de pouvoir cartonner dans plusieurs styles de titres ; RnBoi ne veut pas être dans une case, l’idée, c’est de faire la musique qu’il aime », complète Max. Et de préciser qu’ils travaillent avec d’autres artistes dont leur petite sœur Lily Rose, qui fait de la variété/pop française.

AUTOPORTRAIT

L’idée de My Eyes Only – Flashback, c’est bien d’étendre et de montrer la palette d’un artiste polyvalent qu’ils ont connu à ses débuts. « C’était vraiment la naissance de ce qu’il était en train de devenir, il avait déjà son talent, son truc pour nous mais on se disait que ce qu’il faisait n’était pas encore abouti ; on arrive à projeter ça sur plein d’artistes. RN a ce qu’il faut pour se déployer dans plein de styles », poursuit Max. Artiste de l’époque, voire consacré ambassadeur de sa génération, coincé entre les réseaux et les découvertes boostées par la plateforme, RnBoi dérègle

« LE SON QU’ON A CRÉÉ AVEC RNBOI, C’EST

DE LA

MUSIQUE

POPULAIRE.

ON FAIT ET ON

Y INJECTE

TOUTES LES MUSIQUES

QU’ON AIME. »

Seny Silva, producteur et pianiste

quelque peu les attentes à ce sujet. Les morceaux font plus de deux minutes et le teaser qui annonçait le projet dévoilait sa cover avec un photomaton. Pièce d’antiquité, la cabine qui développe les photos sur place et en noir et blanc est au centre de la mise en scène RnBoi. Après le flash, les photos sortent et c’est accompagné d’une femme qu’il apparaît sur les clichés, comme si le souvenir amoureux ne pouvait pas se décoller.

LA CONFIRMATION

Sur son berceau se sont penchées trois des fées qui donnent le La dans l’industrie musicale française aujourd’hui. Parmi elles : Aya Nakamura. L’histoire de leur connexion a été maintes fois racontée, on a même vu la chanteuse de Carnet d’adresses rejoindre son artiste lors de son passage sur scène lors de la fête de fermeture du Centre Pompidou, en octobre dernier.

Cette planche photographique fait la cover de ce projet, qui sort un an après son premier EP, My Eyes Only – Flashback, pour rappel la fonctionnalité de Snapchat « protégeant les contenus personnels », c’est-àdire les souvenirs passés. L’idée de figer le temps qui passe, d’encapsuler la mémoire traverse le projet.« Je suis toujours dans ma bulle », affirme RnBoi, qui espère pouvoir donner une vision plus intime de son univers. Tout en patinant ses morceaux d’une touche rap, dans l’intention et les thèmes. Dans Bonhomme, RnBoi joue la carte de l’egotrip à fond et signale, tout en assonances et allitérations, « c’est nous les hommes, les pirates (...) On croit en dieu pas aux miracles ». Dans Mes sous, il parle de sa mentalité, face au quartier et à l’argent. Dans My Eyes Only – Flashback, tout est donc efficace et catchy. Helena, le titre qu’il partage avec ElGrandeToto –« quand je suis allé au studio avec lui, ma mère était ouf ! » – est un autre des tubes du projet, où déroulent de suite ses inspirations nord-africaines. On y entend aussi le son du Cap-Vert de Max et Seny dans Elle voulait et sa gaita (petit accordéon diatonique). L’histoire de RnBoi pourrait définitivement se raconter à la manière d’un conte, moderne donc forcément sans frontières, dans lequel un enfant prodigue, beatmaker et mélodiste avant d’être chanteur, grandit dans la musique grâce à un père passionné (avec un grand P) de R’n’B, et une mère qui saturait les enceintes de la maison de musique nord-africaine. IG : @rnboii

Et évidemment, lors de chaque interview, l’attente d’un duo était devenue une question récurrente. Sa présence plane tout au long de My Eyes Only – Flashback, et ce dès l’intro, où il clame fièrement : « Demande à Aya, elle a capté la choré. » Plus que validé par celle que son public prénomme « la Reine de France » comme elle le produit, le public a enfin ce qu’il attendait car elle intervient sur Je pense à toi. Le morceau n’est pas inconnu puisqu’il est sorti sur Vevo. Une bonne façon de le tester et de vérifier que tout le monde a capté la choré. « On a enregistré en studio, on a fait poser Aya sur le son, que je kiffe de fou ; il a une place importante dans le projet, c’est le premier feat. que je fais avec elle. »

Aujourd’hui, avec ses producteurs, qui ont gagné la confiance de ses parents, pour permettre au RnBoi jadis mineur de suivre sa passion de la musique et de s’y réaliser, il parle d’un rapport « fraternel ». Ils l’accompagnent, notamment pour échapper aux affres d’une industrie qui peut broyer les talents et se souhaitent « que notre petite équipe continue de bosser dans cet état d’esprit sain ».

L’autodidacte a fait du chemin. On n’est pas sérieux quand on a 19 ans, mais on est pro. Et, aujourd’hui, pour préparer concerts et festivals de l’été, il prend des cours de chant. Story faut éviter, faut pas s’afficher.

Aller au bout

Née en 2004 après l’accident du pilote Hannes Kinigadner, la fondation Wings for Life finance la recherche sur la moelle épinière grâce à la course caritative Wings for Life World Run, qui aura lieu le 10 mai. En 2026, son ambassadrice française est l’iconique athlète Marie-José Pérec – que nous avons rencontrée.

L’une des athlètes les plus populaires de France s’associe aujourd’hui à la mission de la fondation Wings for Life.

The red bulletin :

Marie-José Pérec, pourquoi courir fait du bien ?

marie-josé

pérec : Tout simplement, je pense que le sport, c’est la santé. On retrouve du plaisir, on est moins stressé. On vit mieux, on respire mieux. Courir, c’est tout simplement être bien dans son corps, c’est bien vivre. C’est la vie, c’est la liberté.

D’où vient, chez vous, cette envie de courir, qui a commencé au collège et vous a emmenée jusqu’aux Jeux olympiques ?

Ce fut d’abord le plaisir de courir, de bouger, de se déplacer. Et puis très vite, si on va vers la compétition, on a envie de se lancer des défis. On a envie de se mesurer, de voir jusqu’où on peut aller. Quelles sont nos limites ?

Au fl de votre carrière, cette envie de performance s’est doublée d’une mission plus grande…

« Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre. »

Marie-José Pérec à Paris, le 10 mars, lors d’un media day pour le Wings for Life World Run.

Je me suis rendue compte que je pouvais être la voix de ceux qui n’en ont pas. Je me servais de ça pour parler. On peut parler sans utiliser sa bouche. En bougeant, en agissant, on peut raconter une histoire par la course.

Qui vouliez-vous « emmener » avec vous sur les pistes d’athlétisme ?

Je dirais que ça démarre avec le fait de montrer ma population. Les Antillais. J’entendais toujours : « les Antillais sont comme ci, comme ça, ils sont fainéants, ils n’ont pas de projet. »

J’avais envie de prouver le contraire, de montrer aux jeunes : quel que soit le rêve qu’on a, on peut le réaliser, même en venant d’une toute petite île de 300 000 âmes. Et c’est devenu bien plus grand que moi. Je me suis rendue compte que je touchais vraiment beaucoup de monde. Les gens souvent me disaient merci ou bravo. Et moi, je préfère le merci !

Quand on parle de Wings for Life, qui nous réunit aujourd’hui, on

L’icône Marie-José Pérec

Née en 1968 à Basse-Terre, MarieJosée Pérec grandit dans un milieu modeste en Guadeloupe, où le collège révèle ses qualités de sprinteuse. Arrivée à l’INSEP dans les années 1980, elle se spécialise sur 200 m et surtout 400 m. Finaliste du 200 m à Séoul en 1988, elle devient championne du monde du 400 m en 1991 puis 1995. Aux JO de Barcelone 1992, elle décroche l’or sur 400 m, avant le doublé historique, anthologique,

Atlanta, 31 août 1996 : quarts de finale du 200 m. Déjà en or sur 400 m, elle s’imposera en finale le lendemain.

200 m et 400 m à Atlanta en 1996 qui fait d’elle une légende. Marquée par l’épisode des Jeux de Sydney en 2000, elle s’engage ensuite pour un accompagnement plus humain du haut niveau, la santé mentale et la reconversion des athlètes. Figure majeure de l’athlétisme français, très liée à la Guadeloupe, Marie-José Pérec soutient le développement local du sport et incarne aujourd’hui une référence symbolique autour de Paris 2024.

Go ! Le Wings for Life World Run 2025 s’est élancé le 4 mai. Comme ici à Saint-Denis, parc de la Légion d’Honneur.

À nous de jouer, tous ensemble !

La fondation Wings for Life naît en 2004 d’un accident tragique. Lors d’une course caritative de motocross, le jeune pilote autrichien Hannes Kinigadner chute et se retrouve paralysé, en fauteuil roulant. Son père, Heinz, champion de motocross et proche de Dietrich Mateschitz, fondateur de Red Bull, l’appelle pour qu’il rende visite à son fils à l’hôpital.

Confrontés à la brutalité de la lésion de la moelle épinière – qui peut toucher n’importe qui, bien au delà des sports extrêmes, notamment lors d’accidents de la route – les deux hommes décident de créer une fondation dédiée à la recherche sur la moelle épinière. Wings for Life est ainsi fondée avec un objectif clair : financer les meilleurs projets scientifiques pour trouver des traitements.

Afin de collecter des fonds et sensibiliser le grand public, la fondation lance en 2014 le Wings for Life World Run, une course unique au monde. Chaque année, début mai, à 13 heures françaises, des centaines de milliers de personnes prennent le départ simultanément dans plus de 170 pays,

en événement physique ou via une application mobile. Il n’y a pas de ligne d’arrivée fixe : une « catcher car » réelle ou virtuelle se met en mouvement après le départ et rattrape progressivement chaque participant. La course s’arrête pour vous au moment où la voiture vous dépasse.

Ainsi, chacun peut participer à son niveau – marcheur, coureur occasionnel ou athlète de haut niveau – en sachant qu’il sera tôt ou tard rattrapé.

L’intégralité du prix du dossard est reversée à la recherche, ce qui a déjà permis de financer plusieurs centaines de projets et de collecter des dizaines de millions d’euros.

En 2026, le Wings for Life World Run en France aura une ambassadrice d’exception : Marie-Josée Pérec. Triple championne olympique, figure emblématique de l’athlétisme français, elle mettra sa notoriété et son histoire d’athlète au service de la cause, pour encourager le plus grand nombre à courir – ou marcher – afin de soutenir la recherche sur les lésions de la moelle épinière. wingsforlife.com ; wingsforlifeworldrun.com

parle aussi de celles et ceux dont le rêve est simplement de remarcher. Êtes-vous confrontée à cette réalité du handicap ?

J’ai des proches qui sont dans un fauteuil, et par le biais du sport, je connais pratiquement presque tous les athlètes handisport, parce qu’une bonne partie d’entre eux viennent sur un événement qu’on organise, Les Étoiles du Sport. On discute avec eux et on se rend compte à quel point la vie est compliquée. On se rend aussi compte de la force qu’ils ont, le mental, l’engagement de tous les jours dans la vie quotidienne, difficile.

Et il y a tous ces anonymes, aussi en situation de handicap… Souvent, on parle des sportifs de haut niveau. Mais on n’imagine pas ce qu’endure une personne normale. Le sportif de haut niveau, il est mis dans la lumière, il a beaucoup d’aide, même si ce n’est pas encore ce qu’il faut. Et puis on imagine Monsieur Tout-leMonde et on se dit : mais comment font les gens au quotidien ? Quand on est confronté à cela, on a forcément envie de faire quelque chose.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de devenir ambassadrice du Wings for Life World Run, la course caritative pour la recherche sur les lésions de la moelle épinière, qui aura lieu le 10 mai prochain ? J’ai envie de m’engager dans ce que j’aime. Ce qui me plaît avec le Wings for Life World Run, c’est qu’on ne court pas pour rien : on court pour l’autre. En même temps, on fait aussi du bien à soi-même, puisque le sport, pour moi, c’est un médicament. Mais le fait de courir pour la recherche, pour faire du bien à l’autre, ça me parle.

Qu’est-ce qui diférencie cette course de toutes les autres ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de courses un peu partout. Le fait

de savoir que, dans le cadre de cette course-là, l’intégralité des donations et de l’argent est reversé à la recherche, c’est important. Et j’aime beaucoup l’histoire de Wings for Life : ça part d’une histoire d’amitié. Les gens se donnent la main. Et le sport, c’est ça : on se donne la main, on avance ensemble. On n’est pas seul, on n’avance pas tout seul. C’est ce qui m’anime et finalement, c’est ça ma vie.

La recherche sur les lésions de la moelle épinière, c’est comme un adversaire à battre, comme une fnale olympique ?

C’est une belle image. C’est ça, pour moi : se donner la main, avancer, ne pas perdre espoir, se dire qu’on ne lâche rien. Oui, on avance ensemble. Et il y a en effet un parallèle entre science et haut niveau. Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est la chose la plus importante. Lorsqu’on a un pourquoi, lorsqu’on ne perd pas le sens de ce que l’on fait, forcément on avance. On sait pourquoi on se lève, pourquoi on cherche, on comprend ce qu’on fait.

Le jour d’une course, quand la fatigue ou la femme menacent, quelle est votre méthode ?

Ma technique, c’était de me dire : un pas après l’autre. Et en courant, lorsque ça devenait très dur, je me disais : « Inspire du positif et expire du négatif. » Quand ça faisait mal, le fait de se dire ça, ça faisait du bien. C’est va être ça, ma petite astuce.

Quel sera votre objectif le 10 mai ? (Elle sourit, à nouveau) Je dirais : allez, on y va ! Chacun à son allure. Pour moi, aller au bout de l’effort, c’est ça le plus important. On n’est pas là pour faire une performance. Il s’agit de récupérer des fonds et de savoir qu’au fond de soi, ce qui compte, c’est d’aller au bout et d’apporter un peu d’espoir.

« Le sport et la recherche, c’est être persévérant. La persévérance, c’est

La fondation Wings for Life

2004

Création de la Fondation Wings for Life

50 %

des lésions de la moelle épinière sont dues aux accidents de la route et de la circulation

100 %

des donations et de l’argent récoltés vont à la recherche

72 projets de recherche actuellement soutenus

344 projets soutenus depuis les débuts de la fondation

3 ans La durée moyenne de financement d’un projet

Wings for Life World Run

Courir pour celles et ceux qui ne le peuvent pas

2014 premier Wings for Life World Run

1,8 million de participants depuis 2014

60 millions d’euros collectés au total

Édition 2025

310 790 participants dans 170 pays

Plus de 310 000 participants l’an dernier

8,6 millions d’euros récoltés en 2025

Cette année

10 mai 2026 jour de la course

13 heures

l’heure de départ en France ; partout dans le monde : 11 heures UTC

25 euros le prix du dossard (France)

9

ll’e nombre d’app runs

Les coulisses de l’exploit

La course d’enduro la plus dure au monde : à l’occasion de la 30e édition du Red Bull Erzbergrodeo, découvrez l’envers du décor de cet enfer mécanique organisé chaque année dans une montagne en Styrie (Autriche).

Texte Werner Jessner avec la participation de Petra Sturma & Nina Kaltenböck

Le dominateur Manuel Lettenbichler, 27 ans. Tenant du titre, le Bavarois prendra le départ du Red Bull Erzbergrodeo après en avoir remporté les quatre dernières éditions. Ici en 2024 lors de la montée vers le checkpoint Wacker Neuson.

Plus de mille personnes tentent de se qualifier pour le Red Bull Erzbergrodeo chaque année. Moins de la moitié y parvient. Celles et ceux qui s’élanceront dans la cuvette de départ font partie de l’élite de l’enduro. Au bout de quatre heures, sur la ligne d’arrivée, une douzaine sont encore en lice. Tous les détails sur l’épreuve d’endurance ultime.

Go, go, go! Quand chaque rangée s’élance l’une après l’autre sur la ligne de départ, la nervosité des pilotes est palpable. Une ambiance à laquelle il faut assister au moins une fois dans sa vie.

Vétéran mythique

Le Britannique Graham Jarvis est un historique.

« Mon histoire au Red Bull Erzberg rodeo est un peu spéciale. J’y suis arrivé la première fois en 2006. J’ai fait quatrième, mais avec des Ricains comme Travis

Pastrana et Jeremy McGrath au départ, personne n’avait de raison de s’intéresser à moi, et ça m’allait très bien. Discret, je reste concentré sur la moto. Ici, ça m’a parfois joué des tours : deux fois, j’ai été disqualifé pour avoir manqué un checkpoint, trop absorbé par le pilotage pour penser aux scanners. J’ai juste lâché un « Nice race ! », parce ce qui compte, c’est rouler, me faire plaisir. Les copains anglais se sont même amusés à imprimer des rubalises avec mon nom et une fèche, histoire que je trouve enfn le bon chemin. Quand la victoire est arrivée en 2013, ce fut une belle récompense. Aujourd’hui, à 51 ans, j’ai cinq victoires, mais je me vois surtout comme un gars de Leeds qui a eu la chance de beaucoup rouler dans ces montagnes »

L’étoile filante

Viktoria Dorfer a fini 2e sur 16 participantes.

« J’ai conduit ma première moto à 10 ans et fait mes premières courses à 12. J’ai su très tôt que je voulais devenir pilote d’enduro. J’ai remporté le KRKA Enduro Raid en 2023 et 2024 et l’Enduro Trophy en 2025. L’an dernier, c’était ma troisième participation au prologue du Red Bull Erzbergrodeo. Le manque de fair­play de certaines participantes me tape parfois sur les nerfs, comme cette pilote slovène avec un numéro de départ plus élevé qui avait camoufé un chifre pour n’en avoir plus que deux et pouvoir partir cinq heures avant moi, dans des conditions de piste plus optimales. Heureusement, elle a été disqualifée par les organisateurs. Je suis née au pied de l’Erzberg, j’adore venir sur ce circuit et faire partie des seize femmes qui mèneront la vie dure à nos homologues masculins. L’an dernier, j’ai terminé 2 e au classement féminin du prologue, comme en 2023 ! C’est une afaire de famille : ma mère, mon père et mon frère, tous motards. Une passion qui se combine idéalement avec mon job de serrurière dans l’entreprise familiale. »

Le cerveau

Fondateur de la course, Karl Katoch se charge de tout superviser.

« Le jour de la course, je suis super tranquille. Personne ne le croit, mais c’est la vérité et c’est surtout grâce à mon équipe : chacun sait ce qu’il a à faire. Les premières années, on improvisait pas mal, maintenant on est super pros. On est tellement bien organisés

que même sans moi, le Red Bull Erzberg rodeo roulerait sur du velours. (Après, il faut bien quelqu’un pour tirer toutes les fcelles.) Quoi qu’il en soit, le jour de la course, mon job est un vrai bonheur, l’aboutissement d’une année entière de préparation. Après le départ (que je supervise dans la cuvette avec Heinz Kinigadner), j’ai encore une bonne heure devant moi pour profter de l’action dans des points sélectionnés du parcours, puis je fonce vers l’arrivée pour accueillir les premiers arrivants. La lueur dans leurs yeux, la joie partagée, les high-fve… chaque année, c’est toujours aussi spécial. »

La guide suprême

Anne Lovrin veille au bon maintien de l’ordre.

« Depuis 2010, je coordonne environ 300 guides. On fait la police, pour ainsi dire. C’est indispensable dans cette zone minière encore en activité. Toutes et tous sont bénévoles, on n’a que 7 % de nouvelles têtes, les 93 % restants reviennent chaque année. Cela donne une continuité optimale. Dans le civil, je travaille à l’aéroport, en tant que responsable de l’assistance au sol pour Austrian Airlines. Il faut de solides capacités de coordination, ce qui me sert beaucoup pour le Red Bull Erzberg rodeo… tout comme mon sens de l’autorité ! Ce qui nous arrive en un an, on le vit en un week-end, ici. Soleil, neige, tempête et j’en passe, on a tout eu. Ce sont mes guides qui veillent à ce que l’événement marche comme sur des roulettes, et j’en suis très fère. Je pense que c’est toutes ces personnes qui font le rodéo. »

Karl aux commandes En trente ans, Karl Katoch et son équipe ont transformé un modeste événement au cœur de la province autrichienne en un immense show tout-terrain mondialement reconnu.

Vraiment tout le monde en bave Même un pilote expérimenté comme Jonny Walker doit tout donner pour atteindre la ligne d’arrivée. Il suffit parfois de quelques centimètres pour franchir une section en roulant… ou en poussant.

Coûte que coûte

Peu importe la manière tant que la moto arrive à bon port : le Red Bull Erzbergrodeo ne ménage pas le matos, et les pilotes font preuve d’une étonnante créativité pour franchir certains obstacles.

Tradition

À l’instar du Superbowl, le Red Bull Erzbergrodeo est numéroté en chiffres romains. On ne manque pas de créativité dans l’alignement des pilotes pour célébrer dignement les anniversaires (ici en mai 2014).

L’animateur

Andi Brewi, l’écho de la montagne.

« Voilà plus de dix ans que je présente l’événement. Au départ, je viens du VTT, mais j’ai toujours fait de la moto en parallèle. J’ai rencontré Karl Katoch lors d’un salon, c’est lui qui m’a fait faire mes premiers pas. C’était un peu comme passer l’épreuve du bac : le public du Red Bull Erzbergrodeo en connaît un rayon et je me serais fait recaler aussi sec si je n’avais pas été bien préparé. Pas le droit à l’erreur ! Pendant le week-end, je fais en sorte de garantir une bonne ambiance, d’informer le public, et aussi de bien faire comprendre qu’il y a des règles à respecter, ce qui est ultra important au milieu d’une zone minière active. En plus, j’anime le briefng des pilotes et le dimanche, je commente toute la course en direct. De tous mes jobs, l’animation sur le Red Bull Erzbergrodeo est le plus polyvalent. C’est un cocktail vraiment intense. Je n’ai jamais autant appris qu’ici. »

Le champion

Manuel Lettenbichler s’impose depuis 2022.

« Ces dernières années, on a pris l’habitude d’organiser des randos en montagne le lundi et le mardi, et pas mal de pros y participent. On passe par plusieurs sections du Red Bull Erzbergrodeo, ce qui nous permet de nous familiariser avec ce terrain très particulier, même si on ne connaît jamais le tracé exact par avance. J’arrive généralement le dimanche précédant la course et j’essaie d’avoir

les batteries physiques et mentales au top vu que la semaine sur l’Erzberg se passe surtout dans la tête : on fait partie des meilleurs pilotes, alors forcément, on nous attend au tournant. Le Red Bull Erzbergrodeo, c’est le zénith de la saison sportive, on ne veut surtout pas se rater. Ma stratégie est simple : je donne tout. Pas de place pour les jeux tactiques, c’est comme ça que les erreurs arrivent. Donc, je fonce en tête et je me concentre sur moi-même. Mes quatre victoires consécutives n’y changent rien : je ressens tous les ans une pression énorme. Franchir la ligne d’arrivée à seulement 16 ans est l’action dont je suis le plus fer (plus même que ma première victoire). C’est ce qui fait le prestige de l’événement : fnir le rodéo est déjà un exploit en soi. »

Peindre la vitesse

À 25 ans, le photographe Alexis Perrin vit la F1 de l’intérieur. Des paddocks aux podiums détrempés, il s’investit pour capter l’émotion brute des circuits et signer des images aussi préparées qu’instinctives.

Texte Hans Hammer Photos Alexis Perrin

Monaco, 2024 À Monaco, les voitures passent à une vitesse folle, elles frôlent les murs – cela exige une précision extrême. Ici, je voulais garder le casque net et laisser le reste se dissoudre en pur mouvement. Comme si l’image avait été peinte par la vitesse.

« J’aime expérimenter avec le mouvement et les perspectives pour créer des images presque abstraites », dit Alexis, qui débute la photo en 2017, dans l’esport. Il enchaîne sur des compétitions auto au niveau local et européen.

En 2023, il couvre quatre

Mexico City, 2025

Depuis ce point de vue en plongée, avec une vitesse d’obturation lente, la voiture devient une traînée de couleurs qui traverse l’image. En F1, tout va extrêmement vite, et parfois la meilleure façon de montrer cette vitesse est justement de ne pas la figer.

Zandvoort, 2025

Grands Prix

de F1 pour Motors

Inside. En 2025, Alexis Perrin se déplace sur 14 GP, et déclare : « Le sport auto est le plus complet à photographier : émotions, paddocks, podiums, scènes très artistiques… C’est là où on peut le plus utiliser sa créativité. »

Isack Hadjar célèbre son premier podium lors de sa saison rookie en Formule 1. Des moments comme celui-ci sont la raison pour laquelle j’aime tant photographier ce sport. Derrière la vitesse et la technologie, il y a toujours des émotions très fortes à capturer.

Monaco, 2025 Shooter à Monaco offre des perspectives uniques au calendrier. Depuis ce point de vue, les voitures semblent filer entre la piste et le port rempli de yachts, contraste saisissant entre la vitesse et le décor immobile. Jouer avec le mouvement permet de renforcer cette sensation.

Silverstone, 2025

Lewis Hamilton sort des stands à Silverstone. Plutôt que de me placer face à la voiture, je me poste derrière les mécaniciens et réalise un filé : les silhouettes se fondent dans le mouvement et l’encadrent, donnant plus d’énergie à l’image.

« Photographier le sport auto, c’est au moins 75 % de préparation en amont. Et laisser place à l’instinct. »

Spielberg, 2024

Cette photo de Max Verstappen a été prise juste avant qu’il ne prenne la piste. Ce qui me marque particulièrement ici, c’est l’intensité de son regard. On ressent la concentration, le sérieux, et cette détermination très forte qui caractérise les grands champions.

Monza, 2025

Sur l’un des circuits les plus rapides, on ressent l’effet de vitesse tout en jouant avec la composition entre le premier plan, l’arrière-plan et les couleurs du circuit. Cet équilibre permet à la Visa Cash App Racing Bulls de ressortir naturellement dans l’image.

Bahreïn, 2025

George Russell juste après la course à Bahreïn. Les conditions peuvent être extrêmement éprouvantes pour les pilotes, surtout sous la chaleur du désert. Un moment très humain après l’effort, lorsqu’il s’asperge le visage d’eau pour se rafraîchir.

Le photographe

« Se faire une place en F1, ça passe par les contacts dans le paddock, en étant souriant, gentil, et présent. » Alexis Perrin, ici en photo après le Grand Prix d’Abou

Dabi le 7 décembre 2025.

IG : @alexis.perrin_

Depuis Shanghai, le jeune photographe français Alexis Perrin, 25 ans, raconte son chemin du graphisme esport à la photo de F1 : « Je suis tombé amoureux de la photo parce que c’est l’art de capturer de l’émotion. » Fan de sport auto depuis l’enfance, il gravit patiemment les séries – Ultimate Cup, moto – avant d’entrer en F1 via le média Motors Inside et de structurer son activité avec Overtake Agency, qui couvre quatorze Grands Prix en 2025. Obsessionnel de la préparation, il décortique chaque circuit en onboard : « Le sport auto, c’est au moins 75 % de préparation. » Sur place, il se poste au plus près des podiums et célébrations, sans craindre d’être trempé (ce que d’autres photographes évitent), et mise sur un flux continu de stories et reels : « Mon rôle, c’est de continuer à travailler dur et à miser sur moi. »

Qatar, 2024 Max Verstappen au Qatar, quelques instants avant de prendre la piste. Le fond du garage disparaît presque complètement, donnant l’impression d’un portrait de studio. Les reflets de lumière sur le casque et la visière créent une atmosphère très graphique.

LE GRAND RETOUR

D’UNE LÉGENDE EN F1

FORD ET RED BULL : L’INNOVATION SUR LA PISTE, LA RÉVOLUTION SUR LA ROUTE

Après plus de vingt ans d’absence, l’ovale bleu revient en force sur la scène la plus prestigieuse du sport automobile mondial : la Formule 1. Ford, associé à Red Bull Ford Powertrains, ouvre un nouveau chapitre de son histoire légendaire.

Une histoire faite de victoires, d’innovations et d’une passion indéfectible pour la course. Ce n’est pas seulement un retour ; c’est une déclaration, un engagement vers l’avenir, et la promesse d’une ingénierie de pointe qui façonnera non seulement les circuits, mais aussi nos routes de demain.

Un passé glorieux, gravé dans l’histoire de la F1

Pour comprendre l’ampleur de ce retour, il faut regarder en arrière, se pencher

sur le passé glorieux de Ford en Formule 1. Ford n’est pas un nouveau venu ; c’est un géant dont l’empreinte, dans l’histoire de la Formule 1, est indélébile. De la fin des années 1960 au début des années 1980, le partenariat avec Cosworth a été synonyme de domination absolue. Imaginez : dix titres de Champion du monde des constructeurs, dont sept consécutifs entre 1968 et 1974 ! À cela s’ajoutent treize titres pilotes et un total stupéfiant de 174 victoires en course. Des noms comme Jim Clark, Graham Hill, Mario Andretti et

même Michael Schumacher – qui a remporté son premier titre en 1994 avec un moteur Ford Zetec-R V8 – ont été propulsés vers la gloire par la puissance du « Blue Oval ».

Au cœur de cette épopée, il y a eu le légendaire moteur Ford-Cosworth DFV de 3 litres. Conçu par Keith Duckworth (de Cosworth), ce V8, basé sur des moteurs de production Ford, a été développé en seulement six mois. Son innovation majeure ? Il faisait partie intégrante du châssis, servant de section transversale principale et supportant à la fois la carrosserie et la suspension arrière. Ce concept révolutionnaire a permis un gain de poids considérable et un rapport poids-puissance particulièrement compétitif, compensant une puissance légèrement inférieure à certains rivaux. Dès ses débuts en 1967, avec une victoire de Jim Clark au Grand Prix des Pays-Bas, le DFV a prouvé sa supériorité.

L’année suivante, Lotus-Ford raflait les deux championnats, et en 1969, ce fut une saison parfaite. En 1973, presque toutes les équipes de F1 utilisaient un moteur Ford-Cosworth DFV, témoignant de son influence inégalée. Ce moteur emblématique a accumulé 155 victoires avant l’ère des turbos, un record à l’époque.

FORD AU MAX L’as Max Verstappen au volant de la Oracle Red Bull Racing RB22 en Australie.

Même après son retrait initial, Ford a continué à innover, rachetant la division course de Cosworth et l’équipe Stewart Grand Prix avec une dernière victoire en 2003 au Grand Prix du Brésil. Puis pour finalement former Jaguar Racing. Ce passé riche est le socle sur lequel Ford bâtit son avenir en F1.

La nouvelle ère :

Red Bull Ford Powertrains

Aujourd’hui, Ford ne se contente pas de regarder en arrière. Le partenariat avec Red Bull Ford Powertrains est une véritable collaboration technique, un effort colossal mené conjointement par les équipes d’ingénieurs de Milton Keynes en Angleterre et de Dearborn, Michigan. Ensemble, ils développent une nouvelle unité de puissance hybride qui incarne l’avenir de la course automobile, avec un accent majeur sur l’électrification et les carburants durables.

C’est un défi de taille, mais aussi une opportunité unique de repousser les limites de l’ingénierie moderne. Les meilleurs esprits des deux organisations travaillent main dans la main pour créer un moteur non seulement performant, mais aussi respectueux des nouvelles réglementations environnementales de la F1.

Ce retour s’inscrit dans un moment où la Formule 1 atteint des sommets de popularité mondiale, offrant à Ford une plateforme inégalée pour montrer son leadership technologique et son engagement envers un avenir plus durable.

Du circuit à la route : le laboratoire ultime

Pourquoi ce retour en F1 est-il si crucial pour Ford ? Réponse simple : la course est le laboratoire ultime de l’entreprise. En 2026, Ford sera engagé dans 34 séries de courses différentes, du Dakar au NASCAR, en passant par les légendaires 24 Heures du Mans. Ce que Ford apprend sur la piste ne reste pas sur la piste. Les logiciels développés par Ford pour gérer la récupération d’énergie en Formule 1, l’aérodynamisme affiné pour les monoplaces, les matériaux avancés testés dans des conditions extrêmes – tout cela consti-

tue les fondations de l’innovation pour ses véhicules de série. C’est un véritable pipeline d’innovation directe. Imaginez les prochaines générations de Raptor ou de Mustang : elles bénéficieront directement des avancées technologiques issues de la Formule 1, les rendant plus rapides, efficaces, passionnantes.

Pour Ford, gagner ce n’est pas seulement franchir la ligne d’arrivée en premier ; c’est découvrir de nouvelles façons de rendre ses produits encore meilleurs et plus performants pour le quotidien. C’est la magie de la course.

Ford : plus fort que jamais

Le « Blue Oval » sur les nouvelles livrées

Oracle Red Bull Racing et Visa Cash App Racing Bulls est plus qu’un logo ; le symbole de l’engagement des ingénieurs de Ford à Dearborn et Milton Keynes, le reflet d’un héritage inestimable et la promesse d’un avenir enthousiasmant.

Ford peut être fier du chemin parcouru, et l’entreprise est encore plus optimiste quant à l’avenir. L’attente est terminée. Il est temps de courir. Il est temps pour Ford de reprendre sa place légitime au sommet du sport automobile, et de continuer à innover pour tous.

redbullpowertrains.com fordracing.com

Le jeune Anglais Arvid Lindblad (18 ans) et sa Visa Cash App Racing Bulls, à Melbourne.
Les écuries Oracle Red Bull Racing et Visa Cash App Racing Bulls lors de la présentation de leurs livrées respectives à Détroit, dans le Michigan (États-Unis), le 15 janvier 2026.

RED BULL VÉL’EAU DÉBARQUE DANS LE NORD.

DIMANCHE 28 JUIN,

LES PRÉS DU HEM, ARMENTIÈRES

ENTRÉE GRATUITE

S’équiper, optimiser et vivre la plus belle des vies

ROCK AND ROLL

L’Islande en rollers, une première !

PERSPECTIVES

Laugavegur est le sentier de grande randonnée le plus réputé d’Islande : 55 kilomètres de lave et de pierres, les pieds dans l’eau et dans la boue. L´Autrichien Björn Hunger est le premier à le parcourir en rollers. Il nous relate son expérience.

Il pleut à torrent et il fait un froid glacial. Je ne sens plus mes doigts ni mes orteils depuis un bail. Le parcours d’aujourd’hui est accidenté, escarpé et glissant. Pourquoi, bon sang, ai-je décidé de déballer mes rollers ici ? Quel crétin je suis !

Depuis douze ans que je pratique avec passion le roller tout-terrain, je rêve de parcourir ces 55 kilomètres du sentier Laugavegur à la recherche des spots de roller les plus excitants. Ce trek qui traverse les hauts plateaux islandais au sud de l’île est connu pour ses paysages variés composés de montagnes de rhyolite colorées, de champs de lave, de déserts de sable noir et de glaciers, avec des défis particuliers tels que la traversée de rivières et bien sûr des conditions météorologiques changeant en un clin d’œil. Je ne voulais pas découvrir tout cela à pied, mais sur mes rollers.

La nouvelle de notre arrivée se répand rapidement parmi les randonneurs d’Afrique du Sud, des États-Unis, d’Islande et d’Israël qui empruntent le sentier en même temps que nous. Nous avons été accueillis avec curiosité, et examinés de près : nous, c’est Pascal, le type avec l’appareil photo et ses 16 batteries, et 9 batteries de drone, et Björn (moi), le fou sur des rollers avec 26 kilos de bagages sur le dos, dont une tente, de la nourriture pour sept jours et tout un tas de matériel.

Sur le volcan

Il n’existe dans le monde qu’une poignée de patineurs tout-terrain et trois marques qui fabriquent l’équipement nécessaire (dont ma favorite, une marque allemande : Powerslide). Il se compose d’une botte de roller classique à coque rigide avec un châssis en aluminium. Trois roues tout-terrain, montées sur une platine et semblables à des mini-roues de VTT, sont remplies d’air. Les patins pèsent au total 4,5 kilos. Que dire : cette aventure s’annonce assez intense !

EN QUÊTE D’AVENTURE

Le monde du roller toutterrain est petit. Björn Hunger, 28 ans, originaire de Windischgarsten en Autriche, en est l’un des rares représentants.

« Ma technique de freinage est rudimentaire, mais efficace : je me jette par terre. »

QUE LA FÊTE COMMENCE

Les rollers tout-terrain spéciaux, composés d’un châssis en aluminium et de roues pneumatiques, pèsent 4,5 kilos.

Lorsque j’ai commencé à planifier mon voyage, deux spots de roller m’ont emballé : l’un près de l’imposant lac volcanique Ljótipollur, et l’autre, une crête étroite au milieu des montagnes de roche volcanique dans la région de Landmannalaugar, que je veux attaquer dès le premier jour. Les montagnes de rhyolite sont typiques de la région. Elles sont constituées d’une roche riche en silice qui se colore de tons jaunes, rouges et rose vifs et est formée de lave s’écoulant lentement. Ces montagnes sont souvent riches en soufre et en minéraux. Il n’est pas surprenant que ces trésors géologiques soient une destination recherchée.

« De vastes chaînes de montagnes et des plaines recouvertes de mousse ainsi que des déserts de cendres et de sable noir : l’Islande a vraiment tout pour plaire ! »
CUISINE MOBILE

Les repas préparés avec de l’eau chaude constituent le pain quotidien de l’équipe. Le fin du fin : du saumon frit proposé par le voisin !

Pas de freins

Mais pour l’instant, je me rends à pied jusqu’à la crête des montagnes de rhyolite, un spot de descente si raide que je dois dégonfler mes roues pour ralentir. Comme je n’ai pas encore de freins sur mes rollers, j’utilise ma méthode de freinage, qui a fait ses preuves : je pose mon sac à dos au sol à l’avance, au niveau du précipice pour avoir un repère visuel, et lorsque j’arrive là où je veux pendant la descente, je me jette par terre. Une manœuvre de freinage sale, mais réussie ! Après cette première journée, ma nervosité concernant les étapes suivantes s’est nettement apaisée. Nous continuons donc avec tous nos bagages. Notre programme quotidien standard : nous marchons jusqu’aux plus beaux endroits, puis je roule sur du gravier,

Conseils de voyage

Meilleure période

De juin à août pour les randonnées sur les hauts plateaux, car les jours sont plus longs.

Comment s’y rendre

En avion jusqu’à Reykjavík. Puis en bus pour atteindre la région de Landmannalaugar, où se trouvent un camping et des sources chaudes.

des pierres, des prairies et du sable. Voilà les repas que nous nous offrons : chips de banane, mélange de fruits secs, porridge et barres d’avoine, ainsi que curry thaï, chili et pâtes bolognaise en sachets de randonnée.

Nous atteignons enfin le lac de cratère Ljótipollur : quel défi de rouler dans le sable volcanique ! Je dois garder mon élan, sinon je m’enfonce et mes roues restent coincées. Tout cela me rappelle le ski dans la neige profonde, sauf que c´est dans le sable. Une expérience unique.

Avec le recul, nous avons pensé à beaucoup de choses et n’avons oublié que quelques détails : heureusement, nous avions emporté des masques de sommeil, car en été, il ne fait presque jamais nuit. Nous avions également pris des chaussures d’eau pour traverser les rivières et des sacs étanches. Il manquait juste un sac de couchage plus chaud et des gants imperméables qui auraient été les bienvenus.

Au bout de sept jours, nous avons finalement réussi : nous avons traîné, marché et patiné dans le brouillard, le soleil, le vent, la pluie et le froid sur un total de 73 kilomètres et 2 000 mètres de dénivelé. Un chauffeur de bus islandais m’a dit : « C’est génial. Tu es le premier rider sur les hauts plateaux d’Islande ! »

Et je pense que je vais probablement rester le seul pendant encore un bon bout de temps.

Instagram : @bjoernhunger, @pascalhurlbrink ; scanne le code pour visionner le clip de Björn, Traces of Laugavegur

HORS DU COMMUN

Retrouvez votre prochain numéro en Avril en abonnement avec et avec , dans une sélection de points de distribution et sur abonnement.

AARON BLATT / RED BULL CONTENT POOL

ÉQUIPEMENT/ NOUVELLE VAGUE

Filmer l’action en mer devient un jeu d’enfant avec la première caméra autonome 100 % étanche au monde.

Au top sur terre, les caméras autonomes peuvent rencontrer des difficultés à proximité de l’eau : la surface réfléchis sante perturbe les capteurs, provoquant instabilité, chutes et plongeons. L’Aqua, premier modèle 100 % étanche du spé cialiste HOVERAir, serait-elle la solution? Neutre en flottabilité, elle peut décoller et amerrir, avec 15 modes de vol pour cap turer l’action sous tous les angles, dont le mode Snorkelling, où l’appareil flotte en surface pour filmer sous l’eau. Un contrôleur portable, le Lighthouse, gère décollage, atterrissage et rappel ; le reste, y compris les réglages et l’aperçu en direct, se fait via l’écran AMOLED de 1,6 pouces. Elle peut filmer en 4 K jusqu’à 100 images par seconde, résister à des vents de 33 nœuds et couvrir les terrains les plus exigeants à 55  km/h. hoverair.com

DANS LE BON SENS

L’Aqua a la capacité de se retourner automatiquement avant le décollage si elle est à l’envers ou qu’une vague l’a retournée.

Garrett McNamara est une légende du surf de grosses vagues. Il est aussi un pionnier du sport : en 2011, cet athlète né dans le Massachusetts et élevé à Hawaï a fait connaître Nazaré – un petit village portugais alors peu connu – en surfant une vague de 23,77 m (78 pieds), alors record du monde.

Depuis, McNamara a consacré sa vie à affronter des vagues toujours plus gigantesques, comme le montre la série HBO 100 Foot Wave – désormais dans sa troisième saison – et il ne montre aucun signe de ralentissement. L’Américain affronte ces titans élémentaires armé de techniques physiques et mentales qui l’aident à défier les probabilités et à revenir relativement indemne.

Ici, McNamara partage quelques conseils pour préparer son corps et son esprit à affronter le défi physique qui représente sa propre vague géante…

Rester calme

Toute situation nécessitant des performances physiques maximales – que ce soit pour attraper des vagues monstrueuses, participer à un événement HYROX ou s’attaquer à une course de trail exigeante – requiert une concentration totale, de la confiance en soi et une préparation mentale. « Je ferme les yeux, j’expire tout mon air, j’inspire, j’expire à nouveau, puis je répète une troisième fois », explique McNamara. De longues expirations par la bouche et inspirations par le nez oxygènent pleinement le sang et activent le système nerveux parasympathique, ce qui fait taire l’instinct de lutte ou de fuite et réduit l’anxiété.

La pratique rend parfait

McNamara croit fermement à la visualisation et au perfectionnement constant pour se préparer à toute éventualité. Pour réussir la « meilleure session » de sa vie – une vague de 12,2 m (40 pieds) à Jaws, un spot de surf légendaire – il a passé deux ans à s’entraîner à Pipeline, un autre spot hawaïen, afin de pouvoir conquérir Jaws les yeux fermés lorsque les conditions seraient réunies. Cette compétence lui a été utile : le jet violent de la vague lui a affecté les yeux en pleine tentative et il a dû finir la vague à l’aveugle. « Je devais juste m’en remettre au pouvoir de la manifestation et penser très fort : “Tu dois y arriver !”, raconte-t-il. J’ai été aspiré dans la face de la vague, j’ai failli tomber, puis le vent d’ouragan m’a soulevé et projeté devant la vague au moment où j’ai ouvert les yeux. »

MONTER EN PUISSANCE

Relever n’importe quel défi physique – sur terre ou sur l’eau –avec le surfeur de grosses vagues Garrett McNamara.

Corps fort, esprit fort

McNamara développe sa force globale grâce à un entraînement physique qui le protège dans les vagues. « Quand on se prépare physiquement hors de l’eau, on est aussi prêt mentalement dans l’eau », explique-t-il. Le surfeur combine entraînement régulier de force et souplesse ; il apprécie notamment les bandes de résistance, qui offrent une tension à chaque phase de l’exercice, renforçant muscles et articulations sur toute leur amplitude et

« La régularité est essentielle pour bâtir sa résilience. »
Garrett McNamara, icône du surf de grosses vagues

les rendant plus résistants aux blessures. Selon lui, la clé de tout objectif physique, c’est la régularité : « Si vous ne pouvez pas vous entraîner tous les jours, faites-le trois fois par semaine. Mais faites-le, car la régularité est essentielle pour bâtir un corps et un esprit plus résilients. »

Arrêter le temps

Pour parer aux chutes, McNamara porte une combinaison renforcée avec genouillère et développe masse musculaire et densité osseuse pour encaisser des impacts comparables à un accident de voiture. Ses entraînements : landmine presses, sauts plyométriques sur box, lancers de médecine ball et intervalles à haute intensité sur vélo d’assaut, qui font travailler cœur, poumons et corps entier. Ainsi préparé, il peut survivre à l’impact puis endurer la chute. À l’approche de sa septième décennie, il attribue sa longévité à cette routine : « Facile de rester en forme, difficile de le redevenir ; plus on vieillit, plus il faut travailler pour ne pas régresser. » COMMENT/

garrettmcnamara.com

En action, la WN7 possède toutes les qualités d’une Honda.

DEVIENS LE VENT

WN7, LA PREMIÈRE MOTO ÉLECTRIQUE HONDA

Silence, couple instantané, prise en main immédiate : avec la WN7, Honda signe sa toute première moto électrique et ouvre un nouveau terrain de jeu. Une machine pensée pour ressentir le vent et enchaîner les trajectoires.

Le déclic se fait dès les premiers mètres. Pas de montée en régime, pas de vibrations : juste une poussée nette, immédiate. Sur la WN7, la poignée répond au millimètre et l’accélération arrive comme un sprint silencieux. Pour Honda, c’est un jalon : la première moto électrique de la marque, zéro émission mais pensée pour le plaisir du pilotage. Avec une maniabilité déconcertante, elle avale les virages comme une sportive, n’ayant jamais peur d’attaquer. Même la ville et ses pièges deviennent un terrain de jeu : un trou dans le trafic, un simple regard, la moto se faufile. Un pilotage facile, instinctif qui devient vite addictif et offre une nouvelle génération de sensations fluides, naturelles et silencieuses.

Une nouvelle sensation de vitesse

Rouler électrique, c’est redécouvrir le vent. Sans bruit moteur pour couvrir l’instant, tout remonte : le souffle dans le casque, le frottement des pneus, on

L’écran TFT de la Honda WN7 est connecté. Il s’utilise facilement et vous permet de trouver et de sélectionner les bonnes informations.

ressent la route comme jamais auparavant. La WN7 transforme chaque sortie en expérience sensorielle plus pure. La vitesse n’est plus une question de décibels, mais de trajectoire et de feeling.

Fun instantané, maîtrise immédiate

Honda a conçu la WN7 pour qu’on se sente à l’aise tout de suite à son guidon. Après tout, c’est une Honda. Sa selle est plus étroite qu’une moto avec un moteur thermique entre les jambes. Cela facilite la prise en main à basse vitesse et dans le trafic dense. La batterie, placée bas et au centre, équilibre les masses : résultat, une moto agile, qui réagit facilement et donne confiance dès le premier demitour. Même les manœuvres du quotidien deviennent plus faciles grâce au mode de marche avant/arrière à vitesse lente, idéal pour sortir d’une place serrée ou se faufiler dans un garage.

Du béton aux virages, sans changer de rythme

La WN7 ne se limite pas à l’urbain. Dès que la route s’ouvre, on joue avec la décélération réglable : plus douce pour cruiser sur voie rapide, plus marquée pour enchaîner les courbes en laissant la moto se poser naturellement à l’entrée du virage. Et parce que le

flow ne se pilote pas toujours pareil, quatre modes de conduite affinent le caractère : SPORT pour la réactivité, STANDARD pour le quotidien, RAIN pour plus de sécurité sur route mouillée, ECON pour maximiser l’autonomie. Le tout avec une idée qui est claire : une interface simple, pour rester concentré sur la route.

Du couple, du silence, de la souplesse

Avec un couple annoncé de 100 Nm, équivalent à une grosse cylindrée, la WN7 délivre cette sensation typiquement électrique : la force disponible tout de suite, sans à-coups, parfaitement dosable. La transmission par courroie renforce le confort, avec une conduite fluide et un silence exceptionnel. Moins de fatigue, plus d’attention pour la route. Et plus de place pour l’émotion.

Un style premium, un cockpit prêt pour le quotidien

Signature LED, finition soignée et design épuré : la WN7 affiche un style moderne et assumé. Le poste de pilotage est pensé pour l’usage réel : écran TFT 5’’, commandes rétro-éclairées, prise USB. De quoi garder le cap, et les appareils chargés, quand la sortie improvisée finit par se prolonger.

La fiche express

Autonomie

jusqu’à 140 km (cycle WMTC)

Deux versions

11 kW (Permis A1 / Permis B+7h) et 18 kW (Permis A2), puissance

max annoncée : 50 kW

Couple annoncé

100 Nm ; transmission par courroie

Charge rapide CCS2

20 % 80 % en env. 30 min

(prise Type 2 en charge classique)

Modes

SPORT / STANDARD / RAIN / ECON + décélération réglable

Équipements

TFT 5’’, signature LED, commande rétro-éclairée, prise USB

Pratique

mode de manœuvre avant/arrière à vitesse lente

1. La transmission par courroie, unique chez Honda, renforce la sensation de douceur et de silence. 2. L’autonomie est optimisée pour un usage urbain et périurbain. Avec la charge CCS2, on prolonge le plaisir sans patienter trop longtemps ! 3. Style unique et nouveaux codes.

La liberté, en version recharge Jusqu’à 140 km d’autonomie annoncée (cycle WMTC), une charge rapide CCS2, un standard présent dans l’automobile qui permet d’utiliser les bornes de charge rapide existantes, et qui permet de passer d’environ 20 % à 80 % de batterie en 30 minutes. Il y a aussi une prise Type 2 pour la recharge classique, à la maison : la WN7 se cale sur des rythmes modernes. Un café, un brief, une pause, et c’est reparti.

Une moto pour une nouvelle génération

La WN7 n’essaie pas de « faire comme » une thermique. Elle ouvre une voie différente : plus douce, plus précise, plus intuitive, sans renoncer au plaisir brut du deux-roues. Une nouvelle génération de motos pour une nouvelle génération de pilotes : ceux qui veulent de la performance, mais aussi du contrôle, du confort… et cette liberté unique de ressentir les éléments.

honda.fr

GAMING/ THE FINISHER

Devenez presque imbattable sur n’importe quel jeu de versus fighting, grâce aux recos de Mael « Wade » Jomie, joueur star attendu sur Red Bull Knockout*.

Qui ne s’est pas déjà pris une raclée à Street Fighter, Tekken ou Mortal Kombat ? Ces jeux de combat, que les initiés appellent le versus (vs) fighting, ont déclenché plus d’une rivalité dans les fratries. Pour Mael « Wade » Jomie, tout commence à l’âge de16 ans, lorsque son frère lui fait découvrir Mortal Kombat, puis quelques années plus tard Dragon Ball FighterZ. Très vite, le jeu devient une obsession avec un objectif clair : devenir pro player. Ce qu’il atteindra, au niveau international. Aujourd’hui, Wade s’impose comme l’une des figures françaises de 2XKO, le premier jeu de vs fighting développé par Riot Games.

Avant de s’envoler pour les États-Unis en vue de participer au Combo Breaker, puis aux mythiques Evolution Championship Series de Las Vegas, Wade (qui a le Red Bull Knockout en tête) partage ses meilleurs conseils pour progresser en vs fighting.

Ne pas craindre la défaite « C’est dans la défaite qu’on apprend. Tous les joueurs, des débutants aux pro, sont passés par là », déclare Wade. Une vérité simple, mais souvent difficile à accepter quand l’écran affiche un nouveau K.-O. Car pour atteindre le niveau qui est aujourd’hui le sien, Wade a dû enchaîner les sessions où la victoire semblait hors de portée. Dans le vs fighting, une défaite est une mine d’informations. « Demandetoi si tu as vraiment réussi à appliquer ce que tu avais prévu au début », soulève-t-il. C’est comme ça qu’on progresse.

« Je me force à faire un nouveau combo vingt fois d’affilée. »

Mael « Wade » Jomie, ce player que vous ne voulez pas affronter.

Apprendre des autres

Pour Wade, l’échange avec la communauté est essentiel. « Il ne faut pas hésiter à contacter d’autres joueurs, discuter avec des streamers ou rejoindre des serveurs dédiés pour échanger et faire des rencontres », explique-t-il. Une manière d’élargir sa vision du jeu, de confronter ses idées et de découvrir de nouvelles approches. Comme dans un sport classique, la progression passe autant par le mental que par la technique. « Ces deux aspects sont importants. Il faut donc un entourage vraiment bien construit. »

Entraîner sa dextérité

Que vous jouiez à la manette, au stick arcade ou au leverless, peu importe l’outil, ce qui fait la différence, ce sont les doigts. « En tournoi, tu peux être stressé, avoir les mains qui tremblent ou qui transpirent. Si tes mouvements ne sont pas automatiques, ton combo ne sortira jamais au bon moment. » Dans le vs fighting, la technique doit devenir un réflexe. La solution tient en un mot : la répétition. « Quand j’apprends un nouveau combo, je me force à le faire vingt fois d’affilée. Parfois je me dis même que je dois le réussir dix fois de suite. Tant que je n’y arrive pas, je ne vais pas dormir. »

Avoir un gameplan

Pour Wade, un game ne se joue jamais au hasard. « Tu dois avoir une ligne directrice. Tu te dis : “Je fais telle action, si ça touche ça mène à tel combo, puis j’applique la suite de mon plan.” » Dans sa tête, chaque match ressemble à une frise chronologique. « Parfois il y a des branches parce que l’adversaire te touche ou que tu rates quelque chose. Mais ton objectif reste de revenir au plan de départ. »

S’amuser

Enfin, l’un des conseils majeurs de Wade est simple : ne jamais oublier de s’amuser. « Quand ta passion devient ton métier et que la compétition devient très sérieuse, tu as tendance à tout prendre à cœur et à oublier le fun, rappelle-t-il. Et pour lui, le lien est évident. Quand tu ne prends plus de plaisir, ton niveau descend aussi. Tu es moins créatif, plus stressé et tu te mets beaucoup plus de pression. » Au final, le vrai combo gagnant est le suivant : persévérance, stratégie… et plaisir.

IG : @wade_971 ;

*Le Red Bull Knockout aura lieu à la Salle Wagram, à Paris, le 16 mai 2026. Il s’agit d’une compétition invitational en duo du nouveau jeu de combat de Riot Games, 2XKO. Toutes les infos sur redbull.com

Directeur de la publication

Andreas Kornhofer

Rédacteur en chef

Andreas Rottenschlager

Direction créative

Erik Turek (dir.)

Kasimir Reimann

Maquette

Marion Bernert-Thomann

Miles English

Kevin Faustmann-Goll

Patrick Schrack

Rédaction photo

Eva Kerschbaum (dir.)

Marion Batty

Susie Forman

Matti Wulfes

Gestion de la rédaction

Marion Lukas-Wildmann

Managing editor

Ulrich Corazza

Global content

Tom Guise (dir.)

Lou Boyd

Publishing management

Sara Car-Varming (dir.)

Hope Elizabeth Frater

Design éditorial

Peter Knehtl (dir.)

Lisa Jeschko

Tino Liebmann,

Matthias Preindl

Sophie Weidinger

Management vente

Klaus Pleninger

Subscription

Peter Schiffer (dir.)

Marija Althajm

Viktoria Schwärzler

Yoldaş Yarar

Fabrication & production

Veronika Felder (dir.)

Martin Brandhofer

Walter O. Sádaba

Sabine Wessig

Iconographie

Clemens Ragotzky (dir.)

Claudia Heis

Nenad Isailovic

Josef Mühlbacher

Adresse de la publication

Am Grünen Prater 3

A-1020 Vienne

Téléphone : +43 1 90221-0 redbulletin.com

The Red Bulletin autour du monde

Servus Media

Dietmar Otti

(Head of Servus Media)

Matthias Brügelmann (Head of Content)

Marlene Beran (Head of Operations)

Stefan Ebner (Head of Commercial & Marketing)

Propriétaire médias et éditeur

Red Bull Media House GmbH

Oberst-LepperdingerStraße 11–15

5071 Wals bei Salzburg

Autriche FN 297115i

Landesgericht Salzburg

ATU63611700

Directeurs généraux

Dietmar Otti

Marcus Weber

THE RED BULLETIN Allemagne

ISSN 2079-4258

Rédacteur en chef Allemagne

David Mayer

Rédaction

Stephan Hilpold (senior editor), Lisa Hechenberger

Country project management

Natascha Djodat

THE RED BULLETIN Autriche

ISSN 1995-8838

Rédactrice en chef Autriche

Nina Kaltenböck

Rédaction

Stephan Hilpold (senior editor), Lisa Hechenberger

Country project management

Julian Vater

THE RED BULLETIN Royaume-Uni

ISSN 2308-5894

Rédactrice en chef Royaume-Uni

Ruth McLeod

Country project management

Ollie Stretton

THE RED BULLETIN

Suisse

ISSN 2308-5886

Rédactrice en chef Suisse

Anna Mayumi Kerber

Rédaction

Stephan Hilpold (senior editor), Lisa Hechenberger, Christine Vitel

Country project management

Meike Koch

THE RED BULLETIN

France

ISSN 2225-4722

Rédacteur en chef et distribution France

Pierre-Henri Camy

Rédactrice adjointe et projets spéciaux

Marie-Maxime Dricot

Production éditoriale

Christine Vitel

Country project management

Louise Hebbinckuys

Traductions & correction

Willy Bottemer

Valérie Guillouet

Claire Schieffer

Gwendolyn de Vries

Audrey Plaza (correction)

Abonnement

Prix : 12 €, 10 numéros getredbulletin.com

Siège de la rédaction 16 rue Saint-Antoine

75004 Paris

+33 (0)1 40 13 57 00

Impression

P/mint Sp. z o.o. ul. Pułtuska 120 07-200 Wyszków

Pologne

Ventes médias & partenariats

Yoann Aubry yoann.aubry@redbull.com

François Vergès francois.verges@redbull.com

Date de parution 29 avril 2026

Dépôt légal À parution

Les journalistes de SO PRESS n’ont pas pris part à la réalisation de The Red Bulletin. SO PRESS n’est pas responsable des textes, photos, illustrations et dessins qui engagent la seule responsabilité des autrices et des auteurs.

The Red Bulletin est distribué dans cinq pays chaque mois. Voyez ici sa cover britannique, dédiée à la skateuse
Lola Tambling.

Fitness First move

Dans chaque édition, un membre du Fitness Squad Red Bull Road To Hyrox raconte son premier pas vers une vie active et sportive. À vous de jouer ?

Enfant, le sport était un exutoire. Ado, il devint un refuge. En classe, je n’étais pas le meilleur, mais sur un terrain, dans une piscine, je pouvais progresser et gagner quelque chose d’essentiel : de la confiance en moi. En m’engageant de plus en plus dans le sport, j’ai appris à respecter un plan, revenir malgré la fatigue, accepter l’inconfort… la fierté ne venait pas du résultat, mais de l’engagement. Il en fut de même en préparant mon Ironman 70.3 : j’ai été transformé par le chemin parcouru pour y arriver. Le sport me construisait intérieurement, et j’ai compris qu’il pouvait faire bien plus. En 2024, j’ai créé le Flow Club pour remettre un maximum de personnes en mouvement. J’y ai vu des amitiés naître, des parcours différents se retrouver sur la même ligne de départ.

Profil

Florian, 32 ans, coach sportif et créateur de contenu basé à Paris, est le fondateur du Flow Club, une communauté qui rassemble plusieurs milliers de coureurs et de coureuses autour du running et de l’Hyrox. IG : @floriansrvs

Le mouvement devenait langage commun. Peu importe d’où l’on vient : seul le travail accompli parle. Le sport crée une forme d’égalité, simple, universelle.

Aujourd’hui, mon prochain défi est clair : améliorer mon chrono en Hyrox et passer sous l’heure en duo homme.

« Courir est un privilège. »

Florian Servais, coach sportif et fondateur du Flow Club

Le Grand Palais sera la prochaine étape sur ce chemin.

Mais au-delà de la performance, une question reste centrale : pourquoi bouger

La course caritative Wings for Life World Run, à laquelle je vais contribuer ce 10 mai, m’apporte une réponse évidente : courir pour celles et ceux qui ne le peuvent pas. Transformer l’effort individuel en impact collectif.

Courir est un privilège. Tant qu’on peut bouger, on a la responsabilité de donner du sens à ce mouvement.

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
The Red Bulletin FR 02/26 by Red Bull Media House - Issuu